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 Kids with Guns || Mikky ♥

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MASTER OF ILLUSIONS

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MessageSujet: Kids with Guns || Mikky ♥   Ven 12 Fév - 3:08




 
 
Mikkel & Roman
featuring

Dire que l'ambiance planant habituellement dans l'appartement de la famille Ievseï n'était pas vraiment au beau fixe relevait de l'euphémisme. Un doux mensonge que Roman aimait à entretenir, tant avec sa vie sociale qu'avec lui-même. Comment peut faire un homme pour survivre en voyant clairement, tous les jours, à quel point il a échoué ? A quel point il a réussi à tout foutre en l'air, continuellement, avec ses propres enfants ? Au moins Lizzie et Colin n'avaient pas suivi la même route. Au moins ses deux rayons de soleil restaient des anges, malgré leur caractère de cochon.
Non, le problème, le vrai, était Mikkel. Le problème sous-jacent était Andreï, et toutes les idées qu'il lui mettait en tête. Et le nœud de tout ça, le nerf sensible à l'origine de tous ces maux, c'était lui.
Roman.

Il passa une main lasse sur son visage, le nez presque plongé dans le café d'un noir d'encre qu'il venait juste de se servir. Une fois de plus, Mikkel avait claqué la porte, emboîtant le pas de son grand-père pour s'enfoncer dans la ville, sous la nuit noire, allant Dieu seul savait où. Une fois de plus, et Roman le savait, c'était à cause de lui. Une fois de plus, Roman le supposait, le sang vicié de la mère de Mikkel avait empoisonné l'intégralité de son être jusqu'à la cervelle, dans cette jolie tête qui ressemblait si dramatiquement à son épave de génitrice.
Pourquoi. Pourquoi avait-il fallu que la génétique ait à ce point été une connasse pour façonner son fils, pourtant si prometteur quand il était petit, à l'image de sa mère ? Il la revoyait dans chacun de ses gestes, dans chacune de ses attitudes. Sa façon d'étrécir légèrement ses yeux clairs, ceux de son père, avec ces sourcils sombres qui n'appartenaient qu'à elle. Sa moue boudeuse, avant que n'éclate la colère typique des Ievseï, ce n'était pas de lui non plus. Mais le pire, c'était le reste.
Le pire, c'était que malgré tous ses efforts, Mikkel ressemblerait toujours plus à sa mère qu'à lui. Et il la voyait déjà, prodigieuse, dangereuse à l'extrême, cette pente dans laquelle son rejeton s'engageait.
Une chute libre, sans filet, de laquelle il ne ressortirait pas indemne. S'il en sortait vivant.

Roman était un optimiste acharné. Il aimait croire que l'Humanité était capable du plus beau, du meilleur, pour peu qu'elle se secoue un peu le cul et aille directement au devant des galères. Après tout, il avait lui-même du faire ça toute sa vie, et ce pour élever ses trois enfants. Les sacrifices constants, impossibles qu'il avait dû faire marquaient autant son corps que son âme, et pourtant il avait tenu. Difficilement. Non en réalité il avait été un funambule constamment depuis la naissance de Mikkel, marchant à trop grandes enjambées sur un fil aussi épais et invisible qu'un fil de pêche, avec un équilibre dont il n'était pas sûr lui-même.

Mikkel était parti. Et avec lui le cœur de son père, encore, comme à chaque fois. Colin et Lizzie avaient pris peur, s'étaient réfugiés dans leur chambre respective pour éviter de prendre une balle perdue. On ne s'interpose pas entre des Ievseï. Même si on en est un. C'est la première règle.
Puis Lizzie, solaire et discrète comme à son habitude, était sortie silencieusement de sa chambre, avait lancé la cafetière, déposé un baiser sur la joue de son père pour le tirer de ses pensées, et était retournée dans son domaine. Comme à chaque fois, Roman serrait ses mains encore tremblantes sur le mug Transformers qu'il avait piqué à son petit dernier, le regard perdu dans le vide. Il ne dormirait probablement pas, cette nuit. Avant, il tirait le matelas d'appoint dans la chambre des petits, leur racontait une histoire et s'y endormait, rassuré par leur beaux rêves, à eux. Mais maintenant qu'ils étaient adolescents, il ne restait plus que lui, son café, et ses tremblements.

Une poignées de jours s'était passée sans qu'ils ne se croisent à nouveau. Comme d'habitude, à vrai dire. A chaque nouvelle friction, il fallait attendre. Et l'attendre encore. Alors Roman s'était fait une raison, à savoir celle de continuer de vivre la vie normalement, repousser le matelas sur lequel dormait Mikkel derrière l'armoire, et poursuivre le cours normal de l'existence. Il avait compris qu'il ne servait à rien de lui envoyer un sms, de tenter de l'appeler. C'était le fils de sa mère. Il reviendrait quand il le jugerait opportun, quand la tension serait retombée. Et même malgré son propre jugement, Roman ne lui fermerait jamais la porte.
C'était une relation comme ça. Avec ses hauts et ses bas. Mais dernièrement, il avait noté plus de bas que de hauts. Et ça, il avait du mal à le digérer.

Une journée de plus dans les pattes, il descendit de son vélo pour l'appuyer comme toujours dans la cage d'escalier de l'immeuble dans lequel ils s'entassaient tous. Son corps lui pesait alors qu'il poussa la porte d'entrée, la trouvant ouverte. Pas de grande surprise de ce côté-là. Lizzie ou Colin, voire les deux, devaient être rentrés depuis quelques heures, après leurs cours.
Les babillements adolescents de sa fille au téléphone avec une amie tombèrent au creux de son oreille, étirant un léger sourire sur son visage alors qu'il enlevait son blouson de cuir pour le jeter en vrac à côté du porte-manteau. Encore raté. Enfin, il repéra une paire de bottes de cuir, trônant fièrement sur la table basse du salon.

-Tu manges avec nous ce soir, Mikky ?

Il ne s'arrêta pas pour l'embrasser, ni même pour marquer son désagrément quant aux bottes sales sur le meuble. Il était trop éreinté pour une réflexion, du moins pour le moment. Au contraire, il alla jusqu'au frigo et attrapa une bière fraîche dans la porte, qu'il décapsula avec son t-shirt et un mouvement sec du poignet. Le breuvage coula le long de sa gorge, le rafraîchissant légèrement, allégeant surtout le poids de la journée.

-S'il te plait, enlève tes pompes de la table, ou au moins sors-les. C'est là qu'on mange.

Comme d'habitude, les mots étaient sortis tous seuls. Un reproche, sans même avoir demandé s'il avait passé une bonne journée. Règle numéro deux : la table passe avant la bienséance.
 


 
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MessageSujet: Re: Kids with Guns || Mikky ♥   Mer 17 Fév - 13:57




 
 
Mikkel & Roman
featuring

J'aurais eu du mal à décrire l'humeur dans laquelle je baignais actuellement. Planante, incertaine, volatile. Allongé dans le canapé, le visage à moitié enfoui dans les coussins, je flottais dans une demi-torpeur, matant d'un regard éteint l'écran de télé qui diffusait une émission de variété. Le martelage médiatique servait la cause du gouvernement qui distillait ainsi ses idées jour après jour, comme pour une séance d'hypnose collective. La bonne Morale, la vie Saine, le rejet des Vices. Moi, ça me servait surtout de somnifère. Depuis une bonne dizaine de minutes, j'essayais de me motiver à me lever pour aller me chercher une bière dans le frigo tout en plaçant sur une balance imaginaire ma flemme d'un coté et ma soif de l'autre. Jusqu'à présent, c'était la première qui gagnait et ma bouche était donc tristement sèche. Je tentai alors une stratégie peu coûteuse en énergie, à savoir attirer l'attention de ma sœur en claquant des doigts. Ma main levée émergea du canapé, bien visible, et je répétai les claquements plusieurs fois, secs et sonores.

D'habitude, Lizzie pigeait parfaitement bien cet ordre muet et j'avais ma bière dans la seconde. C'était une brave gosse, pas contrariante et toujours prête à faire plaisir à son grand frère adoré. Mais là, ça n'avait pas l'air de trop fonctionner, la faute à cette foutue conversation au téléphone qui l'accaparait totalement. Rien à faire, il fallait donc passer à l'étape supérieure. J'avais donc extrait l'un des coussins calé derrière ma nuque dans le but machiavélique de le lui envoyer en pleine poire. Si elle continuait encore à me nier après ça, c'est qu'elle le faisait exprès, hein !

Mais j'avais à peine esquissé mon geste qu'un bruit dans l'entrée interrompit mon mouvement. Je me crispai un peu, presque inconsciemment, en essayant de reconnaître l'origine de ces pas, sans avoir à tourner la tête. Du coin de l’œil, je vis alors apparaître les épaules carrées du paternel alors que je m'obstinais à rester aussi immobile que silencieux. Le regard braqué devant moi, le coussin à la main, le corps un peu plus enfoncé dans le canapé, je l'observai à la dérobée. Lui et sa tentative loupée avec son blouson. Looser. J'articulai dans un souffle inaudible. Mon sourcil se souleva à sa question, sans y répondre de suite, le voyant enfin passer dans mon champs de vision. Il ne s'y arrêta pas, poursuivant son chemin comme si de rien n'était et je ne pus m'empêcher de le suivre du regard.

Il avait l'air fatigué et cette impression m'inspira une vague moue indécise. Je n'avais reçu aucune nouvelle de lui depuis plusieurs jours, pas un coup de fil, que dalle. Et bien entendu, je n'en avais pas donné non plus. Le joyeux bruit de la bouteille décapsulée me tira soudain de mes réflexions et attisa ma soif d'un coup, comme si on m'avait soudainement enfoncé une pelletée de sable dans le gosier. Quel salaud. Et voilà qu'il me parlait de mes pompes maintenant ? Je levai les yeux au ciel.

« Hé j'espère que c'était pas la dernière !»

Je lâchai ces mots dans un glapissement de chacal avant de balancer le coussin dans la direction de Lizzie. Paf. En plein dans le mille. Elle laissa échapper un petit cri de surprise avant de rigoler et de fuir se mettre à l'abri dans la partie cuisine, sans pour autant lâcher son précieux téléphone. Sautillante et toujours lumineuse, elle colla un baiser sur la joue du vieux au passage avant d'aller se poser sur un tabouret, tout au fond de la pièce, reprenant ses innocents babillages. Elle était désormais hors d'atteinte et je lâchai un soupir. Mon père était-il donc mon dernier espoir d'obtenir ma pauvre bière tant désirée ? Cruelle perspective.

« Passe m'en une... s'te plait P'pa… j'suis en train de... me… déshydrater... »

Seul le haut mon visage apparaissait de derrière le dossier du fauteuil où j'étais tapi, lui envoyant un regard plus malheureux que celui d'Oliver Twist. J'aimais bien en rajouter trois couches et même davantage quand j'étais en forme, mais avec mon père, quelque chose me retenait malgré tout de trop faire le con. J'étais loin d'être un mec rancunier en règle générale et même si je pétais facilement les plombs, j'oubliais les motifs des querelles extrêmement vite. Mais avec mon père, tout était différent. Je soupirai légèrement avant de poser mon front contre le dossier une seconde, prétendument abattu par la sécheresse infâme de ma bouche. En vrai, mon soupir n'était peut-être pas que de la comédie finalement. Alors je me retournai souplement pour contempler mes bottes qui trônaient sur la table basse. Ce fameux délit qui me valait un reproche d'entrée de jeu.

J'avais bien failli en être privé pour toujours hier soir, au poker. Une vérité aussi effrayante qu'inavouable. Lorsque j'avais commencé à perdre, j'avais continué à jouer dans l'espoir de me refaire, jusqu'à me retrouver les poches pratiquement vides. Un saligaud de mes connaissances m'avait alors fait cette honteuse proposition, à moitié pour de rire à moitié pour de vrai. Peut-être pour voir jusqu'où j'étais capable d'aller. La veille, j'avais bel et bien parié et perdu mon téléphone – objet rare et difficile à obtenir en ces temps troublés – alors pourquoi pas miser mes grolles ? J'avais pas réfléchi. Un oui impulsif avait franchi mes lèvres, au risque de me coller le statut de va-nu-pieds sur le front. Déshonneur et humiliation. Rien à foutre.

« T'as pas vu comme elles sont belles mes pompes ? Sérieux, elles méritent un peu plus de respect de ta part. »

Et moi aussi, accessoirement. Je me retournai vers lui pour le fixer un moment, sans faire un geste vers la table basse. Je n'avais pas perdu mes bottes. Au contraire, j'avais même gagné la partie suivante, grâce à une quinte flush royale absolument extraordinaire. Peut-être bien qu'elles me portaient chance, peut-être bien que c'était grâce à elles que j'avais réussi à clouer le bec à l'autre merdeux de joueur. Alors non, je n'avais pas envie de les sortir, les pauvres, elles méritaient mieux que ça. Et oui, j'offrais une âme aux objets si j'en avais envie. Désormais, ces bottes étaient mes nouvelles meilleurs amies officielles, mes potes les plus fidèles, les plus loyales, les plus aimées. En plus, mon esprit de contraction étant ce qu'il était, ça m'aurait arraché la gueule d'accéder à la requête de mon père, donc non.

« J'crois que je vais leur donner un nom. Betsy et Letsy. Elles vont rester manger avec nous ce soir, tu voudrais pas les foutre dehors et risquer de les vexer, non ? »

Le ton de ma voix, un peu rêveur, était pourtant des plus grave et sérieux tandis que je surveillais les allées et venues de mon père dans la cuisine. Un peu que je voulais bien dîner avec eux, j'avais pas pris la peine de manger un plat consistant depuis au moins trois jours. Pas le temps. Ou du moins, je ne l'avais pas pris. Pourtant, je n'étais quand même pas revenu à l'appart dans un esprit de pique-assiette. Ça aurait été foutrement égoïste et profiteur de ma part, non ? A croire que je ne l'étais pas tant que ça. Mon regard se déporta vers Lizzie qui discutait toujours avec sa pote en toute insouciance et je souris légèrement. Ils étaient la seule famille que j'aurais jamais. Les seules personnes qui compteraient pour moi, en dépit de mon indépendance et de ma soif de liberté. Alors, quelle que soit l'intensité de mes engueulades avec mon père, je reviendrais toujours.

« On mange quoi ? »

Je m'étirai avec nonchalance avant d'allonger mes jambes pour les poser sur la table. Une petite provocation gratuite pour papa ? Meuh non, mes chaussettes étaient toutes propres. J'étais chez moi et notre bonheur familial était et serait toujours absolument parfait.

 


 

_________________
The Jackal comes, blood lust on his lips. He craves the dead, our lives in his grips. He's after our hearts, he'll chew and swallow. Blood pours from his mouth, our lives will soon follow. Death comes to those who wait, He feels this. Eyes wide. We try to run from our past, but the truth we cannot hide.


Spoiler:
 


Dernière édition par Mikkel G. Ievseï le Mar 23 Fév - 13:12, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Kids with Guns || Mikky ♥   Dim 21 Fév - 1:22



Il ne parvenait jamais à mettre le doigt sur cette sensation dérangeante, à chaque fois qu'il était dans la même pièce que Mikkel, et pourtant il pouvait la sentir à nouveau depuis qu'il lui avait fait cette remarque sur ses bottes. Comme si une nouvelle fois, la tempête allait éclater, les emportant dans cet ouragan qu'ils avaient l'habitude de créer à tous les deux. Incapables de communiquer, ils s'abrutissaient de mots, cassaient l'égo, le coeur, l'amour, parce qu'ils ne savaient rien faire d'autre. Le voir, là, avachi dans ce fauteuil sans avoir clairement l'envie d'en sortir, donna une sensation d'amertume à la bière qui venait tout juste de dévaler son gosier. Déjà qu'il était difficiile de s'en procurer, si en plus elle devenait aussi agréable que la pisse coupée de bas quartier qu'ils servaient dans les taudis que son fils fréquentait, ça n'allait pas le faire.
Pour autant il était content, d'une certaine manière. Mikkel présent, il ne manquait plus que Colin pour achever l'illusion d'une famille parfaite et unie. Une illusion que même ses pouvoirs ne pouvaient pas simuler, une apparence de vie ensemble, dans l'amour et la paix à laquelle il lui arrivait d'aspirer. Roman savait que, pour autant, ce n'était qu'un mythe, mais ça ne l'empêchait pas de croire que chaque nouvelle irruption de son fils dans l'appartement serait la définitive. Qu'il resterait, une bonne fois pour toutes.
Haha, la belle erreur.

Malgré la fatigue, il leva le nez vers son rejeton, sa bière fraîche toujours à la main. Les suppliques et les palabres étaient courantes, chez lui. En 28 ans, son père avait eu le temps de s'y faire. Comme il avait réussi à trouver une parade certes enfantine, mais tout aussi pleine de défi que le ton avec lequel Mikkel s'adressait à lui la plupart du temps. Surtout après avoir lancé un coussin sur sa soeur, qui fila en rigolant vers la cuisine pour se mettre en sûreté. Heureusement qu'il ne lui avait pas fait de mal, dans sa bêtise. Sinon, fatigué comme il l'était, Roman aurait probablement déjà explosé. A la place, il se contenta de lâcher :

-Tu la mérites ?

Bien sûr qu'il allait la lui donner. Sa main était déjà de nouveau sur la portière du frigo antique, qui marchait au coup par coup, et que Roman rafistolait pour ne pas avoir à en payer un nouveau. Main qui ne tarda pas a attraper le goulot d'une bouteille, la tirant de la porte, énième caprice qu'il concédait à son fils. Et si l'alcool était une denrée rare en ces temps de prohibition, si rare qu'il avait dû négocier quelques caisses avec un patient pas bien honnête avec la peur constante de se faire attraper les premières fois, il n'était pas pingre au point d'en refuser à son rejeton. Même s'il s'y était opposé fermement jusqu'à l'âge de ses 25 ans.
Il donnerait sa vie pour lui. Alors il pouvait bien lui décapsuler sa bière, ce qu'il fit tranquillement avant de la lui apporter lui-même et revenir à la cuisine.

De foi de père, il n'avait jamais aimé ces bottes. Dans l'ensemble, il trouvait que son fils était capable de faire preuve de goût dans sa façon de s'habiller. Bon, des fois il dépassait joyeusement la limite du vulgaire, et il verbalisait toujours son opinion à ces occasions, même si Mikkel ne lui demandait pas son avis expressément. C'est, paraît-il, à cela aussi que servent les pères. Et ces bottes étaient franchement dégueulasses, tant esthétiquement qu'objectivement. Le cuir était teinté de crasse, suffisamment pour entacher définitivement cette pauvre table basse qui n'avait rien demandé à personne.

-Je les respecterai quand elles seront loin de la table. Et elles vont apprendre à voler par la fenêtre si elles sont encore dessus dans cinq minutes.

Il esquissa un sourire narquois à l'adresse de son fils. Il n'avait que rarement mis ses menaces à exécution, si rarement que les occasions se comptaient sur les doigts de la main. D'autant que celle-ci, présentement, était comme une multitude d'autres : juste du bluff. Un nouvel élément qui coulait dans leurs veines, à quantité égale au sang, et qu'il était en quelques sortes fier d'avoir transmis à ses rejetons. Des enfants solides, qui filaient droit, à l'exception de Mikkel. Toujours vissée à son téléphone, mais gardant tout de même un œil ouvert, Lizzie finit par se hisser hors de son tabouret pour sortir deux grands plats et quelques ingrédients du frigo. Roman glissa une main dans le dos de sa fille pour prendre le relais, mettant la main à la pâte littéralement.

-Journée de merde, donc ce soir c'est pizza.

Lizzie connaissait bien cet air, chez son père. Une fatigue cumulée, qui le rendait acerbe et un peu taciturne, et le poussait souvent dans les limites de sa patience. Une bombe à retardement qu'elle avait réussie à désamorcer en proposant la solution salvatrice de la pizza, résultant en une sorte d'habitude un peu bancale où le plat revenait sur la table d'une multitude de variations quand la fatigue était trop conséquente chez Roman. Une perle, cette gamine. Elle lui fit parvenir les ingrédients et mit le four à préchauffer, toujours en pleine conversation, alors que le paternel tournait la tête vers son fils, les mains encore dans la sauce tomate.

-Tiens d'ailleurs, ta soeur a essayé de t'appeler l'autre jour, elle est tombée sur un message qui disait que la ligne n'était plus attribuée. T'as des soucis de téléphone Mikkel ?

Ce ne serait pas la première fois, et sûrement pas la dernière que son fils aurait "perdu" son téléphone. Et Roman l'avait prévenu que c'était la dernière fois, en tout cas, qu'il interviendrait quant à ce type de problèmes. Les écarts de Mikkel coûtaient cher, et s'il ne savait pas nécessairement d'où sortait l'argent de son aîné, il avait quelques théories sur le sujet. Théories qui ne lui plaisaient qu'à moitié. Il soupira un instant, sentant sa nuque se raidir sous l'agacement.
Prendre sur lui. Peut-être que cette fois-ci, ce n'était qu'une erreur. Même s'il était persuadé que Lizzie savait très bien se servir du sien, de téléphone, en témoignaient les babillements incessants de la jeune fille.

_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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MessageSujet: Re: Kids with Guns || Mikky ♥   Mar 23 Fév - 21:16




 
 
Mikkel & Roman
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Un bonheur familial parfait. Même camé jusqu'à l'os, je ne serais pas parvenu à me persuader de ce foutu mensonge. C'était pourtant pas faute d'avoir essayé, au risque de me démolir totalement le cerveau en cherchant à l’anesthésier, à l'abrutir pour ralentir un peu le flot de mes pensées. Non, la drogue ne transformait pas la réalité, je ne lisais toujours que de la déception et un vague mépris dans les yeux de mon père. Mais l'avantage d'être défoncé, c'est que ça m'aidait à m'en foutre totalement. Pourtant, ce jour là, j'étais clean et j’affrontais Roman l'esprit clair et lucide, sans même me protéger derrière la barrière ouateuse de la drogue. Nul besoin de le faire. Je n'étais plus cet ado en crise, perpétuellement en colère, cet écorché vif qui se détruisait lui même à petit feu. Oh que non. J'avais grandi en ne comptant que sur moi-même grâce à mon indépendance et à ma débrouillardise. Et cette maturité m'avait permis de trouver un équilibre et une parfaite maîtrise de mes émotions ainsi qu'une confiance en moi inébranlable. Voilà à quoi j'étais en train de penser en m'étirant mollement sur le canapé. Il n'y avait aucune raison que les choses se passent mal avec Roman ce soir, je n'étais pas venu pour me battre.

Sans même prendre le temps de réfléchir à sa question, je lui répondis avec un naturel aussi spontané que désinvolte. Si je le méritais ? « Bien-sûr que non, chef. » C'était plus une boutade qu'une marque d'insolence dans mon esprit. Je me surpris à employer ce surnom que j'utilisais par jeu avec lui quand j'étais gosse. Chef. L'autorité suprême du royaume de mon enfance, le héros à qui je m'empressais d'obéir avec un enthousiasme puéril. Mais mon père plaçait la barre de ses exigences tellement haute qu'il était en vérité impossible de le contenter et le pauvre môme que j'étais se voyait donc condamné à échouer et échouer encore, jusqu'à m'en écorcher l'âme et le cœur, jusqu'à comprendre que je n'obtiendrais absolument jamais la satisfaction du chef. Alors ce surnom qui renfermait toute la candeur et la vénération d'un gamin pour son père avait perdu tout son sens. Pour ne devenir qu'un sarcasme de plus.

M'enfonçant avec paresse dans les coussins, je fixais l'écran de télé d'un regard absent, sans plus regarder dans la direction de la cuisine. J'entendis le bruit de la porte du frigo puis celui  de la bouteille qu'on décapsule et un vague sourire s'afficha sur mes lèvres, entre incertitude et contentement. Je fis l'effort de les pincer pour n’afficher qu'un masque imperturbable, décidé à ne montrer aucune émotion lorsqu'il vint m'apporter la bière. Non sérieusement, je ne pensais pas qu'il me la donnerait. Pas que je n'avais pas confiance en sa générosité, au contraire, c'était bien une chose dont je n'avais jamais eu à me plaindre de la part de mon père. Mais je m'étais plus ou moins préparé à ce qu'il m'envoie me faire foutre comme il savait si bien le faire quand il voulait. Considérant la façon dont j'étais sorti de l'appart la dernière fois, ça n'aurait rien eu d'étonnant et je n'aurais pas pu le lui reprocher. J'étais donc passablement surpris de sa complaisance mais je ne lui offris qu'un regard chafouin en guise de remerciement. J'avalai une gorgée de cette bière bien fraîche pensivement, dans une longue rasade. Tout de même, ça faisait du bien d'être accueilli par autre chose que des reproches. Pour le coup, j'en fermais un peu ma grande gueule. « Cool, la prochaine fois, tu pourras me l'apporter en dansant s'te plait ? » Juste un peu. La bière était bonne. On l’appréciait d'autant plus qu'elle était rare et je me forçais à m'interrompre pour ne pas boire trop vite et mieux savourer. La tension qui m'avait envahi à l'arrivée du paternel retombait doucement. Je lâchai même un léger rictus à ses fausses menaces avant de contempler mes pauvres bottes, injustement haïes. « Han, ce serait trop dramatique… Très bien. Betsy, Letsy, il va falloir vous mettre à l'abri du tyran. »

Si quelques minutes auparavant, j'étais fermement décidé à m'opposer à sa demande, je cédais finalement assez vite. Pourquoi prendre le risque de se disputer pour une telle connerie ? J'aurais trouvé ça assez futile, quand même. Je n'en lâchai pas moins un énorme soupir en me redressant, comme si je portais toute la misère du monde sur les épaules, mimant une fatigue dont je ne souffrais en vérité même pas à moitié. Posant la bouteille sur la table basse, je ramassais donc mes bottes d'un geste léger avant d'aller les ranger dans l'entrée, sous le porte-manteau. J'en profitai pour admirer au passage mon visage dans le miroir piqueté qui ornait le mur, juste près de la porte. Il me fallut un effort d'imagination pour recomposer les reflets, brisés par un large éclat qui partageait le miroir en trois parties, séquelles de notre dernier débat. J'avais dû ouvrir la porte avec un peu trop de brutalité en partant la dernière fois… Pourtant, mon père n'avait pas l'air décidé à revenir là dessus et j'observais les contours gracieux de ma figure décomposée sans faire le moindre commentaire moi non plus. Bordel, j'avais quand même de fameuses cernes, les traces de trois nuits de débauche d'affilée, c'était pas joli joli. Je lançai un regard hésitant vers la cuisine où mon père s'affairait avec Lizzie, esquissant une vague moue. « Pizza hein… pas mal, ça fera l'affaire. »

Peut-être bien que j'aurais pu trouver plus sympa comme commentaire. Je me sentais un peu coupable de le voir s'occuper de la fristouille alors qu'il n'avait même pas encore pris la peine de se reposer. En même temps, un genre d'orgueil débile m'empêchait de les rejoindre lui et ma sœur dans ma cuisine. Et puis après tout, à deux c'était bien assez, ils devraient bien se débrouiller sans mon aide. Je revins donc me poser dans le canapé sans plus de scrupules, retrouvant ma bière dont le goulot rejoignit bien vite mes lèvres. En général, quand Roman était de mauvais poil, ça se sentait assez vite. Il ne parlait pas beaucoup, ou par monosyllabe, et on avait intérêt à ne pas creuser, sous peine de le voir exploser. Ma frangine savait comment l'amadouer, elle était assez délicate pour adopter le comportement parfait avec lui. De mon coté, c'était autre chose évidemment, j'avais même le don de le pousser à bout tout à fait consciemment, dans un genre de sadomasochisme jouissif. Mais pas ce soir. J'aurais eu envie d'écraser un peu, de ne pas briser cet équilibre précaire de bonne humeur qui aurait pu se maintenir toute la soirée. Pourquoi pas après tout ? On pouvait bien se montrer un peu optimiste parfois. Alors okay, j'allais être cool et lui foutre la paix. Je gardai même un calme olympien quand il évoqua soudainement mon téléphone. Néanmoins, le fait que mon père passe sans transition de "sa journée de merde" à ce sujet précis ne m'inspirait pas trop confiance.

« Ah ouais ? »
Mon regard se dirigea vers Lizzie, interrogatif, mais elle ne semblait pas nous entendre, absorbée par sa conversation. Je haussai les épaules, buvant posément ma bière, comme si ce point concernant mon téléphone n'avait pas la moindre importance.  « On me l'a volé en fait… mon casier ferme très mal au boulot. J'pense que n'importe qui a pu me le piquer, c'est vraiment pas de bol. » Je noyai mon mensonge dans une nouvelle gorgée, me relevant enfin pour contourner le canapé et rejoindre la cuisine d'une démarche nonchalante, une main dans la poche de mon jean. Je m'appuyai au meuble bar qui séparait les deux pièces et continuai sur le même ton détaché, surveillant les étapes de la confection de la pizza. « Ce serait cool que tu m'aides à en avoir un autre, il faut que je sois joignable, on sait jamais. Des fois que quelqu'un d'important m’appellerait. Ou même juste si c'est toi qui chercherais à me joindre.»  Je saisis le regard de Lizzie qui me fixait avec une certaine intensité, interrompant pour un moment sa conversation. Mieux valait changer de sujet assez vite, parce que là, ça risquait de filer sur une mauvaise pente. Voilà ce que voulait me dire le regard de ma sœur et je levai les yeux au ciel avant de vider le reste de ma bière. Quelque part, je savais qu'elle avait raison, ça n'était pas le moment de faire ce genre de demandes qui n'aboutirait à rien de constructif. J'en avais rien à foutre qu'il m'aide à me racheter un téléphone, j'avais juste envie de le narguer, fallait dire la vérité. Alors comme j'étais un mec très patient avec son vieux père bougon, je décidai sagement de lâcher l'affaire, du moins pour l'instant. Attrapant une tomate, je la fis rouler machinalement sur le plan de travail, sans pour autant lui proposer mon aide pour la découpe. « Bon et alors, c'était quoi cette journée de merde, hum ? » Petite tentative de changement de sujet, désir sincère de m’intéresser à ses soucis ou bien foutage de gueule… Peut-être bien les trois à la fois.

 


 

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MessageSujet: Re: Kids with Guns || Mikky ♥   Jeu 24 Mar - 2:17

La paternité a cela de beau qu'elle ressemble à la fois à une bénédiction et à un fardeau. La plus belle des choses qui puissent arriver à une âme, comme la plus atroce des déceptions. Il n'y avait pas de demi-mesures, dans des sentiments pareils. C'était purement et simplement impossible. Quantifier l'amour qu'il portait à ses enfants relevait de l'improbable, mais quand on en venait à Mikkel, Roman était parfaitement capable de dire qu'il l'aimait autant qu'il lui courait, la plupart du temps, sur le système. Un enfant qui n'en était plus un, que son père n'avait pas vu grandir en souhaitant trop le protéger, et qui était si vite devenu un adulte que Roman se demandait encore où étaient passées les années. Mais le pire dans tout ça ? C'était surtout de se dire qu'il avait grandi pour devenir un de ces adultes que Roman abhorrait jusqu'au fond même de son essence. Et pourtant c'était son fils. Et pourtant il l'aimerait jusqu'à son dernier souffle, connaissant de lui ce que peu pouvaient voir. Une âme, derrière toute cette insolence, qui avait quelques fois l'éclat d'une des gemmes les plus précieuses. C'était rare de la voir, mais des fois, en plissant les yeux, dans les moments d'abandons, il pouvait l'apercevoir. Ou peut-être tout simplement qu'il se voilait la face, fantasmant dans son fils quelqu'un qu'il aurait voulu qu'il soit plutôt que voir la réalité de qui il était.

Et là, présentement, il était pareil à ce lui-même qui hérissait si facilement son père. Un petit branleur à la langue trop pendue qui rêvassait dans son canapé au lieu d'aider les masses laborieuses. Mais il était sage, pour une fois. Façon Mikkel, mais sage, ce qui était suffisamment rare pour être souligné. Et pour mériter que Roman prenne sur lui, ne serait-ce que temporairement, en dépit de sa mauvaise journée.
Il suivit attentivement du regard chacun de ses mouvements, feignant d'être occupé à sa préparation. Les bottes trouvèrent de nouveau la place qui leur revenait de droit, dans l'entrée, avec nettement moins d'argumentations qu'il ne l'aurait cru. Son fils aurait-il un soupçon de pitié à son égard ? Il espérait que oui. Parce que passer une soirée, pour la première fois depuis bien longtemps, où ils ne finiraient pas par en venir aux mains serait pour le moins bénéfique. Il avait vu bien trop de souffrance, aujourd'hui. Essuyé nettement trop de frustrations, avec des patients ne faisant pas une once de progrès malgré tous leurs efforts, pour vouloir d'un énième conflit intergénérationnel. Et d'une certaine manière il était reconnaissant à Andreï de ne pas se trouver dans le salon ce soir-là, la gueule enfarinée ou ensanglantée dans une logique qui était probablement liée à l'alignement des planètes.
Du calme. Une soirée calme. Il en rêvait, n'aspirait qu'à cela. Il aurait bien voulu un massage en prime mais peut-être était-ce trop demander. Non, autant ne pas trop forcer sa chance.

Faisant preuve d'une dextérité sans pareille dans le maniement et de son téléphone, et d'un couteau, Lizzie était d'une aide non négligeable. La jeune fille babillait toujours, happée dans sa conversation, ne semblant pas à même de saisir le début de tension qui pointait dans la voix de son père. Père qui releva les yeux vers son fils aîné à mesure qu'il approchait du comptoir, lui glissant un couteau dans la main pour l'inciter à s'occuper de manière productive, notant chacune de ses paroles dans un coin de sa cervelle.

-Volé ? C'était pas déjà ça pour les deux d'avant ?

Pas que ce soit réellement vital. Bon, si, un peu. Quand bien même ils ne s'appelaient que rarement, Roman aimait toutefois savoir que son fils était potentiellement joignable. Et là, l'argument de ce dernier avait comme une odeur de rance qui ne lui plaisait qu'à moitié. On m'a tiré mon téléphone, chez Mikkel, pouvait avoir une grande quantité de significations cachées. Et surtout une, que Roman craignait tout particulièrement, bien qu'il n'en ait jamais eu la confirmation explicite. Il n'était pas difficile, vue la personnalité de son rejeton, que ce dernier se le soit effectivement fait voler. Mais qu'il ait été parfaitement au courant de l'action, l'ayant provoquée en misant l'objet sur une table de jeu, quelle qu'elle soit. Ce n'était, après tout, pas la première fois. Chassez le naturel, qu'ils disaient.
Roman soupira, canalisant sa frustration comme sa fatigue avec autant d'efforts que possible. Une énième bravade. Une énième insulte déguisée, enveloppée dans l'insolence sans limites du jeune homme. Et le sang qui pulsait contre sa tempe, synonyme de l'énervement qui commençait à monter.
Non, pas ce soir. Il pinça l'arrête de son nez, délaissant quelques instants sa préparation alors qu'il massait distraitement ses yeux. Non, pas ce soir. Prétendre accepter cette explication un peu vaseuse. Prétendre.

Prétendre. Il ne remarqua pas le regard de Lizzie à l'encontre de son frère, faisant dos à sa fille. La voix étreinte par la tension, qu'il tenta de ravaler avec une gorgée de bière, il finit par concéder malgré lui.

-Bon, on verra ce qu'on peut faire pour ça. Ma paie devrait pas tarder à tomber de toutes façons...

A tomber, oui, et toutes ses finances de faire de même avec les factures, et éventuellement l'achat d'un nouveau téléphone hors de prix pour son aîné. Concéder. Prétendre. Une nouvelle gorgée de bière, plus rapide, suivie d'une autre, pour mieux avaler la pilule. Mais au fond il savait qu'il était dangereux de mélanger les médicaments à l'alcool, même figurativement. Parce que Mikkel marchait sur des charbons ardents, et qu'il ne suffirait que de quelques malheureux faux pas pour les transformer en brasiers.
Ses doigts s'enroulèrent machinalement autour du manche du couteau, alors que son dos, raidi, se courbait d'avantage sous la tension. Sans savoir d'où cela venait, Mikkel s'intéressait à présent à lui. Chose qu'il ne faisait que rarement. Fait qui ne l'adoucit qu'à peine, éveillant une once de méfiance là, tout au fond de sa conscience. L'espoir d'une soirée sans heurts ni fracas revint s'immiscer dans ses pensées, noyant la tension alors qu'il répondait avec lassitude.

-Journée de merde ouais. Mes derniers arrivés progressent pas d'un poil. Et avec cette espèce de peste, en ce moment, c'est le bordel à l'Hôpital. Personne ne sait ce qu'il se passe. Je dois aller les aider, aux Urgences, dès que j'ai une minute. Tous les services s'alternent pour donner un coup de main, à part l'aile Psychiatrique qui se gratte royalement les couilles, parce que ces abrutis se sentent au dessus de tout. Et nous on court partout. On est débordés. Et rien ne bouge, forcément. Ce serait trop beau.

Le chaos n'était pas seulement à l'extérieur de la Nouvelle Orléans, de part le monde, mais aussi au sein de la ville. Au coeur même de cette utopie créée de toutes pièces par l'espoir des citadins, c'était aussi le chaos. Comme des poupées gigognes de destruction qui ne s'arrêtaient jamais de s'ouvrir sur un nouveau fléau, inlassablement. Mais Mikkel devait bien l'avoir vu, lui aussi. Après tout, il avait eu l'occasion d'apercevoir son rejeton au détour d'un couloir, dans d'autres journées de misère. Et le voir au contact de tous ces malades incurables lui donnait des frissons, il devait le reconnaître. Que se passerait-il si lui aussi se faisait contaminer ? Il ne voulait pas y penser.
Non, il avait autre chose en tête. Autre chose que les babillements renouvelés de sa fille ne faisaient qu'accentuer. La lame de son couteau s'abattit sur un oignon alors qu'il tentait de se canaliser. Mais la pensée était devenue obsédante. Trop obsédante pour être retenue.

-T'es sûr que tu t'es vraiment fait tirer ton téléphone, fils ?

Il ne pouvait pas ne pas revenir sur le sujet. L'entêtement, l'un des plus cruels défauts des Ievseï, mêlés à cette curiosité brûlante qui ne pouvait que leur provoquer des emmerdes. La lame du couteau continua de s'abattre sèchement sur le pauvre légume, sans relâche, avant d'atterrir sur le comptoir. Le regard que posa Roman sur son rejeton n'était plus doux, ni fatigué, et encore moins interrogateur. C'était un de ces regards accusateurs qui revenait bien trop souvent, scrutant jusqu'au fond de l'âme pour mieux décortiquer le vrai du faux. Ceux d'un homme plus assez dupe pour refuser de savoir jusqu'où son fils pouvait s'enliser dans son mensonge.

-Non parce que si c'est une autre raison, tu peux aussi me le dire.

La voix de Lizzie, qui quelques instants plus tôt occupait tout l'espace sonore, s'arrêta brusquement. Le silence s'invita entre eux, omniprésent, entêtant, ajoutant à la tension déjà latente du père de famille. Son regard toutefois ne cilla pas, planté dans les iris clairs de son fils aîné. Il attendait une réponse. Et elle devrait être aussi satisfaisante que rapide.
Imperturbable, il ne réagit même pas en sentant la main fine de sa fille se poser dans son dos, après qu'elle ait mis fin rapidement à sa conversation téléphonique. Le geste avait pourtant le don de le calmer, dans les situations de crise. Mais pas cette fois. Pas alors que le doute s'était immiscé dans tout son être, ne laissant plus de place à la compassion ou à la patience. Pas alors qu'une nouvelle fois, l'impression désagréable que Mikkel suivait par trop les pas de sa mère l'obnubilait.
Il avait intérêt à montrer patte blanche. Et ce même s'ils avaient tous les deux un couteau à la main.

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MessageSujet: Re: Kids with Guns || Mikky ♥   Jeu 31 Mar - 16:21




 
 
Mikkel & Roman
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Mon père, ce héros au sourire si doux. J'esquissai une moue circonspecte en ramassant le couteau qu'il m'offrait si généreusement. Au travers de ce simple geste, je devinais déjà les multiples reproches silencieux qui lui traversaient le crâne et qui ne demandaient qu'à être crachés dans ma direction. Certes, j'étais capable de cuisiner merveilleusement bien si j'en avais envie, j'aurais même mérité au moins cinq étoiles sur ma toque, un véritable petit cordon bleu. Mais par principe, j'avais décidé que je ne participerais jamais, de près ou de loin, à la moindre tâche ménagère dans le royaume paternel. Me prélassant dans mon rôle de Jean-Foutre, j'entrepris de massacrer posément la tomate que j'avais en main, pour en ôter un à un chacun des pépins. Une entreprise titanesque qui prendrait dix plombes et ne servirait à rien. Tout à mon œuvre, je me contentai de hausser les épaules à sa question, sans prendre la peine de développer. Il faisait vraiment le compte de tout ce gars là, moi-même j'avais déjà oublié que j'en étais à mon troisième téléphone perdu. Tiens donc, ça commençait à faire. Mais bah, je gagnerais rapidement de quoi m'offrir des dizaines d'appareils, alors, quelle importance ?

Ayant fini ma bière un peu vite – ma soif aidant – je me sentais plus léger et je reluquais déjà sur celle de mon père qu'il buvait avec un genre de nervosité contenue. Ses expressions, ses soupirs, ses gestes agacés, tout me hurlait ces foutues pensées qu'il se retenait d'exprimer. Et je me contentai de l'écraser du regard, de lui offrir un vague sourire arrogant dans un mélange de sadisme et de douleur. Je t'énerve hein, Roman ? Dès que tu vois ma tronche, c'est plus fort que toi, t'as juste envie de trouver un prétexte pour taper dedans. La classe, mec. Moi-même, je ne savais plus ce que je ressentais. J'avais cru sincèrement être capable de garder mon calme et de profiter d'une soirée en famille. Pourtant je sentais déjà ma mâchoire se crisper. Aucune trace de scrupule ne s'inscrivit dans le ton de ma voix lorsque je lui répondis, d'un ton aussi léger et je m'en foutiste que le sien était tendu. « Parfait, tu l'achèteras dès que tu recevras ta paie alors, parce que ça urge. » Croisant à nouveau le regard de Lizzie, planquée derrière le vieux, je roulais des yeux en ajoutant d'une voix complaisante. « C'est trop gentil en tous cas, merci beaucoup. Pour la peine, je t’appellerai tous les jours après l'boulot. »

Nous parlions donc de sa journée de merde. Dans un sens, j’espérais presque qu'il ait salement morflé et je l'écoutais dans un demi rictus. Sans le vouloir, je laissai échapper un léger ricanement que j'étouffai d'un raclement de gorge, il ne faudrait pas qu'il se transforme en fou-rire qui passerait un peu trop pour un affront. En vrai, l'image du grattage de couilles me faisait pouffer comme un con. Ouais, il me faisait rire avec son humour de merde. Un rien m'amusait quand même mais c'était sans doute nerveux. On n'en était pas à se poiler ensemble pour des blagues de pets, mon père et moi, fallait pas exagérer. Je secouais doucement la tête, dans une fausse compassion que je n'essayais même pas de mimer correctement. « Ouais ça craint avec la peste, c'est tellement horrible ce qui se passe, pauvres gens. Mais faut pas en vouloir aux psy t'sais, à part donner des antidépresseurs aux pestiférés, tu veux qu'ils fassent quoi ? Enfin, ils pourraient bien nous en filer à tous. Ainsi, à défaut d'avoir le droit de se torcher la gueule, l'équipe médicale se rattraperait sur les pilules anti-stress. J'préfère la bière, cela dit. » Voilà qui serait une bonne idée tiens, j'avais beau dire n'importe quoi, c'était pas si con que ça en avait l'air. Je méditais donc sur mes propres délires lorsque Roman m'interrompit par une salve accusatrice que je n''attendais pas.

Je relevai vers lui un regard évasif, notant la brutalité avec laquelle il malmenait les légumes. Okay… Je me pinçai les lèvres en silence, lequel écrasait à présent l'ambiance dans une lourdeur assez sinistre, mon regard planté dans celui de mon géniteur. Ma sœur avait laissé tomber sa conversation pour lui offrir un geste apaisant qui n'eut pas l'air d'avoir le moindre impact sur son humeur. « Si j'en suis sûr ? C'est bizarre, j'ai l'impression que tu glisses des sous-entendus dans ta question. Tu te méfierais de ton propre fils ? Peut-être que j'suis parano hein, t'oserais pas faire ça. » J'insufflais une sourde ironie dans mes paroles avant de planter plus rudement mon couteau dans la chair tendre de la tomate, dans une éclaboussure de son jus. Me retournant vers ma sœur, je lui montrai la direction de sa chambre d'un geste autoritaire, faisait claquer mes doigts. « File. » Un ordre qui sonnait assez sèchement mais qui n'avait pour but que de la soustraire à une enième dispute qui n'allait certainement pas manquer d'éclater. Dans le même temps, je savais que Roman ne supportait pas trop mes excès envers ma fratrie, considérant qu'il était le seul à même de leur donner des ordres. Lizzie nous offrait un regard implorant sans pour autant m'obéir, elle se mordillait les lèvres. « C'est bon, allez… on va préparer ces pizzas et manger tranquillement… s'te plait Mikkel. » Je secouais la tête sans la regarder, mes yeux toujours braqués vers la face du père. « Hé non, j'en ai bien peur. On doit parler du vol dont j'ai été la victime ce soir, c'est sacrément plus important. Parce que le truc, tu vois, c'est que p'pa ne me croit pas et que ça le tracasse à mort cette histoire. Donc voilà, va falloir régler l'affaire. T'as le temps de rappeler ta pote et lui raconter ta semaine en détail, va donc faire ça dans ta chambre, Lizzie. »

La gamine se retourna vers Roman, le visage marqué par l'incertitude. Elle recula un peu, ne sachant visiblement pas comment réagir pour arranger les choses au mieux. Je n'attendis pas qu'elle ait quitté la pièce pour poursuivre, le couteau à la main braqué inconsciemment dans la direction de mon père. Lui-même était armé et sa manière d'empoigner le manche du couteau donnait l'air d'un appel au combat. « Dis la vérité, c'est dans mon œil que t'aimerait enfoncer cette lame ? Bah alors, vas-y, t'attend quoi. » Une boutade, une insolence, une provocation de plus. Bien-sûr, on avait souvent des rapports assez brutaux et la violence verbale était très courante entre nous, pourtant je n'imaginais pas réellement qu'on puisse en venir à un combat mortel entre nous. Et je ne pensais pas qu'il pourrait me vouloir du mal physiquement. Évidemment, Roman m'avait déjà mis des branlées quand j'étais môme mais rien de trop grave pour autant, je ne me considérais pas comme un gosse battu. Pourtant, cet instant était tendu et nos attitudes pouvait donner une impression carrément flippante vue de l'extérieur, alors qu'on était face à face, nos regards durs ancrés l'un à l'autre. Lizzie tremblait légèrement mais elle n'osait plus rien dire. Et moi je ne la regardais pas, concentré sur le regard accusateur de mon père.

« Tu veux la vérité toi aussi ? Très bien. » J'ai perdu mon appareil au poker. Le mec qui me l'a pris était un dingue, il m'a donné le choix entre ma main gauche et mon téléphone. Alors ouais, j'ai choisi mon téléphone parce que tu vois, j'y tiens à ma main gauche. Il était déjà prêt à me la trancher avec sa machette, ce tordu. Il l'aurait fait que personne ne s'en serait inquiété et tu sais pourquoi ? Parce que j'suis obligé de jouer dans les trous les plus mal famés et pourris de la ville et que là dedans, y'a aucune loi ni que dalle. C'est ça, la réalité, c'est grâce à ton gouvernement chéri que les choses en sont venues à ce point. Parce qu'on vit dans un monde d'hypocrites. 

J'avais failli tout cracher. Mais non, il me fallait maîtriser ma crasseuse impulsivité. Le silence m'étouffait. Je reculai de trois pas, le couteau toujours en main, laissant les pelures de tomates retomber sur le sol dans un bruissement mouillé. « J'ai un casier qui ferme mal et les finances étant ce qu'elles sont, la direction de l’hôpital n'a jamais organisé aucune mesure de réparation. On me vole donc régulièrement mon téléphone. Je ne suis qu'une victime du système et je ne mérite pas cette méfiance que tu me balances à la gueule. » Parce que ça aurait pu être vrai. Pourtant, mes dons pour la manipulation me semblaient sinistrement dérisoires devant mon père. Je me sentais toujours moins bon devant lui, moins valable, moins respectable, juste minable et puis bah. « Qu'est ce que tu veux que j'te dise, Roman ? » J'insistai sur son prénom. Lui-même insultait mon grand-père Andreï en refusant parfois de l'appeler papa. Chacun son tour...

Ce fut à cet instant précis que Colin choisit de faire son entrée, la porte s'ouvrant à la volée sur son visage de jeune môme insouciant. Son sac à dos sur l'épaule, ses cheveux chiffonnés, un chewing-gum en bouche. « Hey bonsoir, ça roule ? Hum... » Il modéra son enthousiasme en considérant nos positions, son regard passant de l'un à l'autre dans un mélange de surprise et d'appréhension. Il referma avec précaution la porte derrière lui, déposa son sac dans l'entrée avant de se gratter l'arrière de la tête. Colin était un brave gosse, vraiment. J'avais beau ne pas être spécialement proche de lui ni partager aucun secret ou confidence, j'avais beaucoup d'affection pour mon frère et ça me tuait de l'accueillir avec ce genre d'ambiance. Il était un peu naïf parfois, à moins qu'il ne fasse exprès d'ignorer les disputes pour se lover dans son cocon d'insouciance. « Bah alors… ça va ? » Je lui offris un sourire sarcastique. « Ouais, au poil. Y'a même de la pizza. Si tu veux un supplément d'anchois, faut demander à p'pa, il est particulièrement de bonne humeur ce soir, comme tu pourras le constater. Alors profite. » Me retournant vers Roman, je lui lançai un sourire jaune, comme on lance un bout d'os à un chien. « Un supplément de mozzarella pour moi, je l'ai bien mérité après tout. »

Dis moi ce que j'ai mérité d'autre, p'pa ? N'aies pas peur, je m'attend à tout.

 


 

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MessageSujet: Re: Kids with Guns || Mikky ♥   Jeu 21 Avr - 11:13



Mikkel, enfant modèle. Comme une chorégraphie parfaitement travaillée, leurs gestes, leurs regards, faisaient l'écho d'un rituel maintes fois repris entre les deux hommes. Et si ça le peinait d'en arriver à de telles extrémités, après coup, il en était toujours comme cela lorsqu'il pouvait sentir que son fils lui mentait. Et là, à le voir épépiner sa tomate avec cette foutue insolence qui lui était si essentielle, Roman sentait de plus en plus que son propre rejeton se foutait royalement de lui. Tu te méfierais de ton propre fils ? Chacune des salves que Mikkel lui lançait dans la figure avait le goût amer d'une vérité que même lui refusait de reconnaître, et qui pourtant était douloureusement exacte. Oui, mon fils, chair de ma chair, oui, je me méfie de toi. Je doute de chacune des paroles qui sortent de ta jolie bouche, parce que je te connais, parce que c'est moi qui t'ai fait. Parce que je sais, au fond, que t'es pas qu'une sale petit con. Mais tu fais tout pour que j'le gobe en tout cas. Et ça ne prend plus. Plus maintenant.
Tendu, la pulpe de son index caressa distraitement la poignée de son couteau, plus par réflexe que par envie de le planter dans les traits droits de son rejeton. Jamais l'idée de le blesser ne franchirait son esprit, contrairement à ce que son attitude pouvait suggérer. Il n'était pas qu'un homme. Il était père, avant toutes choses. Et être père soulevait des responsabilités dont Mikkel n'avait pas l'ombre d'une notion, manifestement, comme celle d'arrêter de se faire pigeonner par son fils, d'arrêter de laisser son regard s'ombrer par l'amour qu'il pouvait éprouver pour lui et démêler le vrai du faux.

Les dents serrées, il avait poussé un grognement réprobateur devant l'attitude du jeune coq vis à vis de sa sœur. Rares étaient les fois où il s'adressait de la sorte à Lizzie devant lui, et fort heureusement, car Roman les haïssait cordialement. Qu'il soit l'aîné ne changeait rien à leurs rapports, en soit, pas devant lui en ce qui le concernait. D'où le grognement, qui aurait introduit une saillie verbale de son cru s'il n'avait pas entendu la voix fluette, incertaine, de Lizzie s'élever dans son dos. "C'est bon, allez… on va préparer ces pizzas et manger tranquillement… s'te plait Mikkel." Tous deux savaient que la supplique de la jeune fille n'était pas adressée seulement à son frère. Preuve en était qu'elle avait enfoncé ses doigts, imperceptiblement crispés, dans l'épaule de son père pour pincer un nerf et attirer son attention sur elle, alors qu'il gardait obstinément son regard fixé sur son aîné. Comme une dresseuse de fauves, elle savait où appuyer pour le réduire au calme, pour dompter son impulsivité avec autant de fermeté que de douceur, résultat d'un accord tacite entre père et fille suite à une énième crise familiale. Ils en étaient venus à cela, à cette négociation un peu hasardeuse, à ce geste codé qui n'appartenait qu'à eux pour que Roman se calme et que Lizzie le guide dans une retenue qui ne lui ressemblait pas. Tant qu'il sentait ses doigts enfoncés dans sa peau, dans ses nerfs, il se retiendrait. C'était la dernière barrière qui s'élevait encore entre Roman et Mikkel, sans même que ce dernier ne soit au courant qu'elle, sa sœur qu'il traitait manifestement comme une merde, qu'il méprisait ouvertement, qu'elle était celle qui le protégeait véritablement.

Sauf que Lizzie relâcha la pression de ses doigts devant la réponse de son frère. Un geste pourtant anodin, lui offrant la possibilité de marquer quelques pas de recul, clairement perdue devant l'intensité annoncée de la dispute à venir. Sauf que Roman savait qu'en faisant ce geste, ou plutôt en arrêtant son geste, elle lui laissait carte blanche. Ce lâcher prise n'avait rien d'anodin. La dresseuse relâchait le lion dans la foule, parée à assumer la responsabilité d'un éventuel bain de sang.
Et le pater familias de serrer encore plus son poing sur le couteau, ou de grincer des dents une nouvelle fois, son attention entièrement offerte à Mikkel, à son emphase et à ses simagrées.
Une énième boutade. La provocation aiguisa les sens de Roman, l'irritant au point qu'une vague de rage inonda brièvement tout sens critique dans son cerveau, le poussant à abattre violemment la lame de son couteau sur le plan de travail, le plantant droit comme une pique dans le bois défraîchi. Cette foutue condescendance. Con de descendance. Pas un mot ne sortit de sa bouche, juste un filet de voix rauque, feulement sourd, contenu, bien plus équivoque que la plus vicieuse des paroles. Animal. Non, il ne planterait pas ce couteau dans ses yeux. Mais il se demandait sincèrement ce qui faisait qu'une règle imaginaire avait été inventée dans le monde de la parentalité, interdisant les parents responsables de foutre une bonne branlée à leurs gosses une fois la vingtaine passée. Parce que sa main était littéralement à deux doigts de partir, attirée irrésistiblement par sa joue, et si le comptoir n'était pas entre eux il aurait imprimé la trace de ses doigts sur sa peau.

L'espoir toutefois revint quand Mikkel sembla prêt à lâcher la vérité. Et si Roman était le premier à admettre que toute vérité n'est pas bonne à entendre, il restait là, pendu à ses lèvres. Il était prêt à tout recevoir, pour une fois, juste pour avoir la sensation que son fils n'était pas juste un bonimenteur. Pire, il souhaitait que l'attitude dénigrante, son envie de faire le pire avant le meilleur, lui permette d'enfin connaître la vraie raison de la disparition du téléphone. C'était peut-être idiot, voire masochiste, comme réaction. Et pourtant, peut-être, après avoir hurlé un bon coup après lui, Roman pourrait le pardonner. Pour le seul fait d'avoir dit les choses en leur état, sans s'enfoncer de nouveau dans un mensonge qui ne convaincrait personne.
Son prénom claqua une nouvelle fois dans l'air, l'aveu sonore d'une nouvelle preuve de culpabilité. Depuis le temps qu'il connaissait son fils, il avait compris que lorsqu'il ne l'appelait que par son prénom, prononcé avec autant d'emphase, c'était justement parce qu'aucune de ses paroles n'était vraie. La déception creusa un énième sillon dans son cœur alors qu'il déglutissait, l'envie de reprendre le manche du couteau entre ses doigts secs s'intensifiant.

-Tu te fous vraiment de moi, Fils...

C'était trop. Il ne reconnut pas sa propre voix alors qu'elle sortait, bien trop rauque pour se ressembler. Il prit une nouvelle inspiration et ouvrait tout juste la bouche pour laisser libre cours à sa fureur lorsque son benjamin arriva, le coupant dans son élan.  
Colin n'était pas un mauvais garçon, au fond. Il semblait juste constamment fatigué, comme ces jeunes hommes que la puberté épuise continuellement même après qu'elle soit passée. Roman ne regrettait qu'une chose dans son deuxième fils, c'était qu'il ait pris non pas de sa mère ni de lui-même en ce qui concernait l'action. Colin n'allait jamais au conflit, bien au contraire. Il les évitait comme la peste, quitte à prendre sur lui en hochant silencieusement la tête le temps que l'orage passe. Tout bien réfléchi, il était étrange, ce garçon, dans la lignée si explosive qu'était la dynastie Ievseï. Un soupçon d'accalmie dans une atmosphère ombrageuse, un doux miracle de la génétique qui ne lui serait d'absolument aucun soutient pour cette rixe comme pour toutes les autres. En témoignait le pas qu'il esquissa pour aller se réfugier dans sa chambre, suite à la logorrhée verbale de son frère aîné, que le pater familias arrêta en reprenant la parole.

-T'oublies de préciser que c'est par ta faute que l'ambiance est au beau fixe, Mikkel. Mais c'est sûr, montrer à ton frère que comme toujours c'est moi le con, le salaud buté et accusateur, c'est nettement plus facile. J'sais même pas ce qui me retient de te foutre un coup de latte.

Laissant toujours son regard courroucé posé sur Mikkel, il ne manqua toutefois pas l'attitude penaude de son blondinet de benjamin dans l'entrée. Colin avait baissé le nez vers ses chaussures, pris à parti malgré lui dans une bataille qui ne le concernait pas. Ce fut le moment que Lizzie choisit pour intervenir, glissant une nouvelle fois sa main d'acier et de velours sur l'épaule de son père. Sa voix autrefois douce et chantante s'était armée d'une fermeté rare, dirigée vers les deux coqs de la pièce.

-Laisse Colin en dehors de ça, P'pa.

Si elle avait manqué de volonté, ou, au contraire, avait fait preuve d'une volonté bien trop destructrice, elle avait fini par trancher et prendre une décision. Ses doigts s'enfoncèrent profondément dans la peau de son géniteur, pile sur le nerf, et Roman afficha une brève grimace de douleur. Mais ce n'était pas son père qu'elle semblait vouloir maîtriser, dans l'immédiat. Ses iris clairs rivés sur le visage de son frère aîné, elle poursuivit :

-J'en ai marre. MARRE de vos conneries !

Sa pression s'intensifia dans la chair de Roman, tendant chacun de ses muscles, la douleur irradiant son épaule alors qu'il se retenait de se tordre pour lui échapper. La situation était pire que ce qu'il aurait cru. S'engueuler avec son fils, quitte à lui faire bouffer ses bottes d'une vulgarité sans précédent avant de le foutre à la porte, c'était une chose. Mais réveiller la fureur d'une adolescente pourtant calme comme tout, c'était une défaite sans précédent. Une scène qu'il s'était toujours refusée et qui pourtant devait bien finir par arriver, Lizzie prouvant de rares fois à quel point elle lui ressemblait.
Et elle n'avait pas fini.

-Pour une fois fermez vos gueules, foutez vous votre égo au cul et j'sais pas, essayez d'être des putains d'adultes, merde ! J'ai envie qu'on passe une vraie soirée en famille sans que ça finisse en chantier, c'est déjà l'Apocalypse dehors, c'est largement assez pour qu'on se la cogne pas en prime à la maison !

C'était la première fois. La première fois que Lizzie haussait le ton, sa colère éclatant sous forme de hurlement tonitruant s'achevant sur une tonalité aiguë, là dans cette minuscule cuisine. Une colère en crescendo qui s'était construite pendant trop d'années et finissait par leur claquer à la gueule avec l'intensité d'une bonne centaine de baffes en simultané. Et la honte de submerger Roman devant cet aveu cruel d'impuissance paternelle, là, alors que c'était sa propre fille de 17 ans qui s'armait de suffisamment de force pour arrêter un conflit qu'il aurait dû lui-même éviter.
Prétendre. Cela faisait trop longtemps que Lizzie prétendait, il ne le réalisait que ce soir. Une réalisation qui coula en sueur froide le long de son échine, tordue sous la violence de ses doigts dans sa chair. Même de ce côté-là il avait échoué. La pilule était si amère qu'il baissa enfin le regard, le posant sur la misérable tomate épépinée de Mikkel.
La méthode était à revoir, mais Lizzie avait marqué un point dans leur dispute. Prétendre. Elle avait raison. Prétendre que tout allait, qu'il s'en contrefoutait d'être pris pour un imbécile au profit d'une fausse famille soudée et aimante. Une gravure d’Épinal, cette photographie que l'on pouvait voir de gens trop beaux et trop heureux aux dents trop blanches dans les publicités pour ameublement de l'ancien temps, avant l'Apocalypse. Les serres de la jeune fille se relâchèrent à peine lorsqu'elle rompit le silence qui régnait dans l'appartement.

-Maintenant vous calmez votre joie et vous vous excusez. Tous les deux.

L'humiliation augmentait sa rage, alimentait sa hargne, et pourtant elle avait encore raison, et ça toute l'assemblée en était consciente. Et s'il ne savait pas si Mikkel allait obtempérer, s'il se doutait bien qu'il n'en aurait rien à faire, même, du coup de semonce de sa sœur, Roman décida de faire profil bas. Même si ça le tuait. Même s'il avait envie d'attraper son poignet menu pour retirer cette maudite main qui le blessait pour l'expédier fissa dans sa chambre avec une bonne insulte bien sentie. Même si s'écraser était loin de ses principes, et si l'amertume lui donnait envie de foutre le camp loin d'ici, loin de toute cette bande de gosses ingrats qui n'en avaient au final rien à foutre de la vérité. Rien à foutre de lui.

-Tu peux me lâcher, Lizzie. Désolé.

Un dernier mot qui lui écorcha la bouche, alors qu'il le prononçait, son visage levé vers son fils aîné. Un dernier mot auquel il ne croyait qu'à moitié, qu'il n'aurait jamais dit autrement, et qui pourtant était adressé à l'intégralité de sa progéniture. Mais surtout une requête à son fils aîné : toi aussi ferme ta gueule et excuse-toi, pour une fois. S'il te plait...


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MessageSujet: Re: Kids with Guns || Mikky ♥   Mar 10 Mai - 21:08




 
 
Mikkel & Roman
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C'était un don que je possédais, un talent ineffable, une habileté prodigieuse que j'appréhendais tout à coup dans toute sa gloire. Et cette vérité me frappait en pleine gueule, même si je m'obstinais à conserver un masque d'arrogance sans failles. Il semblait que j'avais développé la capacité à énerver mon père au rang d'un art. Une virtuosité que je maîtrisais à la perfection, force était de le constater. Et pourquoi ? Pourquoi putain ? C'était comme si je me délectais de farfouiller dans une plaie à vif, d'arracher méthodiquement des lambeaux de ma propre peau, couche après couche, afin de m'écorcher tout vif. Comme si je me détruisais avec une minutie obsessionnelle de perfectionniste, histoire d'être sûr de bien me foutre en l'air. Alors, voilà, on y était. La haine que je lisais dans le regard si dur de Roman était claire, elle était vivace et lumineuse, aussi aiguisée que la lame qu'il brandissait. Peut-être bien que tout ce qui le retenait, c'était sa morale, ses scrupules, ses valeurs. Allons bon ! Mais qu'ils les écrase, qu'il les renie et qu'il me foute enfin cette branlée qui le chatouillait tant ! C'était ce que je lui hurlais intérieurement, soutenant son regard. Est ce que je ne faisais pas tout pour en arriver là ? C'était à ce demander ce que j'avais dans le crâne.

Quand il me répondit de cette voix si rauque, si écrasée de tout un tas d'émotions colériques encore contenues, sa manière de prononcer le mot "fils" m'atteignit comme une balle. J'accusais le choc, bien plus dur que je ne l'aurais cru, sans sourciller, me mordant la joue en restant droit devant lui, haussant même un sourcil railleur en attendant l'offensive suivante. Les sarcasmes me sortaient de la gorge avec une rapidité déconcertante, comme un magicien capable de fabriquer des animaux avec des ballons de ses doigts agiles et de les doter de formes complexes en un temps record. A croire que c'était ma langue qui l'était et qui construisait cet échafaudage de réparties et de mensonges emmêlés. Parce qu'il ne méritait pas de recevoir la vérité. Parce que bordel de merde, il ne m'avait pas appris à lui faire confiance ! Est ce qu'il se rendrait jamais compte de ça ?  Les provocations se succédaient à la vitesse de l'éclair, tout cela face aux deux gamins, spectateurs involontaires de notre affaire.

Je n'avais même pas envie de m'attarder sur la dégaine piteuse de mon frangin et encore moins de laisser la culpabilité m'envahir en croisant son regard. Pourtant je ressentais déjà la lourdeur de cette douleur si bien connue m'écraser le cœur. En lieu d'afficher mes regrets et ma haine de moi-même, c'est un ricanement mauvais qui m'échappa, suite à la menace du paternel. Un coup de latte ? Qu'est ce qu'il attendait pour me l'offrir celui-là, on se le demandait tous, c'était la question à dix mille points. J'allais rebondir sur cette nouvelle salve de conneries qui fleurissaient déjà sur le bout de ma langue, prêts à jaillir. Mon poing serré sur le manche du couteau, le rictus que j'affichai enrobait déjà mes prochaines rebuffades. Pourtant j'en fus empêché par une intervention aussi inattendue que décoiffante de la personne la plus innocente de la pièce. J'écarquillai les yeux en voyant son visage imprégné d'une sévérité qui lui rendait un aspect étrangement mature. C'était comme si un ange se mettait à faire un doigt d'honneur au beau milieu d'un temple.

La p'tite Lizzie, était toujours présente dans la pièce, en dépit de ma si rude injonction à ce qu'elle se tire. Mais qu'est ce qu'elle avait cette gosse ? Je voyais la manière dont Roman grimaçait, comme si elle le pinçait ou je ne sais quoi… Quand elle éleva la voix, je fronçai les sourcils, surpris de la voir emprunter ce ton que je ne lui connaissais pas. Douloureux. Fatigué. Furieux. Je dirigeai mon regard vers elle, le regard chargé de gravité et d'incertitude. Sa voix déchirait l'ambiance de la pièce avec plus d'efficacité que le couteau que je tenais toujours en main. Aiguisée. Rendue plus agressive par une accumulation de trop de douleurs. Je restais immobile, sans relâcher mon souffle, retournant mon regard vers Roman au moment où il répondait, à ma plus grande surprise. Avais-je bien entendu ? Ce n'était pas le genre de mon père de céder, de mettre de coté son orgueil, d'accepter d'obéir à sa fille et d'inverser ainsi les rôles hiérarchiques de la famille Ievseï. Je cillai légèrement, pour quelques secondes de désarroi avant de me reprendre, détournant la tête dans un soupir.

« J'le crois pas... »

J'avais mal à la tête tout à coup, je venais de perdre tout espoir de passer une soirée normale.  Et dans le même temps, je me sentais catastrophé, dégoûté de moi-même en constatant à quel point ma sœur morflait. Pour qu'elle en vienne à éclater comme ça, c'est qu'elle en avait gros sur la patate et, bien qu'elle ne laissait jamais rien deviner de ses véritables pensées, je me rendais compte à présent qu'elle encaissait bien plus difficilement que je ne l'aurais pensé. Après tout, elle avait perdu sa mère il n'y avait pas si longtemps, elle avait dû abandonner sa vie à New-York, comme nous tous, elle subissait les privations, le climat d'insécurité, le risque de voir ses amis mourir autour d'elle, tous les jours. Tués par des monstres ou détruit par la peste ou une maladie moyenâgeuse qui sévissait dans ce monde infecté et horrible. Elle ne méritait sûrement pas de subir toute cette mauvaise ambiance au sein de sa propre famille, ce n'était pas ce que je voulais pour elle, sûrement pas.

Sans réfléchir, je m'approchais d'elle assez rapidement, contournant le plan de travail, sur lequel j'abandonnai ce maudit couteau. J'évitai soigneusement de croiser le regard de mon père en allant chercher Lizzie, la prenant spontanément par la main pour la ramener vers moi. « Hey Liz... » J'avais juste envie de la prendre dans mes bras, de la cajoler, de lui jurer que tout irait bien mais elle se déroba avec une fermeté qui me choqua, me reprenant sa menotte dans un geste nerveux ou agacé ou que sais-je et reculant d'un pas en arrière. Wow. Je savais que j'étais trop brusque parfois avec ma foutue impulsivité mais quand même, elle ne m'avait pas habitué à ça…  Je me passai la main sur le front dans un nouveau soupir avant de lui présenter mes paumes, dressées en signe de paix. J'aurais préféré discuter avec elle en dehors de la présence du Père mais je n'avais pas le choix à ce qu'il semblait. « Stop c'est bon… calme-toi. Ecoute, j'suis désolé princesse, franchement. Je voulais pas te ruiner ta soirée, c'est pas la joie dehors, j'sais bien.  Allez quoi, pucette, excuse moi, okay ?» Je lui offris une moue contrite et elle secoua la tête, désignant notre père. « C'est pas à moi que tu dois faire des excuses. Faites la paix quoi ! C'est si difficile que ça ? » Je roulais des yeux, offrant un regard en coin à Roman. Derrière moi, j'entendais Colin soupirer en s'asseyant dans le canapé avec précaution, comme s'il craignait de trop se mouiller en intervenant. C'est vers lui que je me retournai, écartant les bras en signe d'abandon. « Okay pardon à tous, mea culpa ! Non mais sérieux, vous faites pas chier, vous n'avez qu'à manger sans moi. »

Là dessus, je me retournai, sans plus un regard vers Roman, pour aller ramasser mes pauvres bottes rangées dans l'entrée. Quand je passai devant lui, Colin se risqua à un commentaire, motivé sans doute par son envie d'arrondir les angles. « Bah non, reste, ça sent bon en plus… faites gaffe que ça brûle pas au fait, ce serait con… Hein P'pa ? Ça craint rien dans le four ? » Il fit mine de renifler en dilatant ses narines, se redressant à demi pour humer en direction de la partie cuisine. En le voyant faire, je ne pus m'empêcher de relâcher un rire nerveux. Sa tentative de changer radicalement de conversation était foutrement décalée mais malheureusement, les choses n'étaient pas aussi simples. Je ne me sentais plus capable de rester dans le même espace que Roman, pas maintenant, pas tout de suite. Il me fallait relâcher ma tension d'une manière ou d'une autre et en ce moment, j'avais juste envie de descendre les escaliers quatre à quatre et d'aller me défouler en shootant dans les grosses poubelles de fer. Ensuite de ça, je me grillerai une clope et j'essaierai de respirer un peu l'air trop chaud du dehors. A quoi bon rester ici et me forcer à serrer les dents en mastiquant cette satanée pizza  tout en supportant le regard désapprobateur du vieux ? Je me connaissais très bien, je savais que je n'en serais pas capable et que tôt ou tard, je rentrerais dans le lard du père, à grand coup de saillies verbales, plus mordantes les unes que les autres. Et si ça se passait comme ça, vu l'état de nerfs de ma sœur, elle en souffrirait encore plus et ce n'était pas ce que je voulais. Le frangin me lança un coup d’œil avant de me répéter à mi voix. « Sans déc, reste quoi… il s'est excusé, c'est bon. » Mes lèvres se plissèrent dans un demi-rictus, et je balançai un regard évasif en direction de mon père, le genre de coup d’œil hasardeux et involontaire du mec qui attend qu'on le prie de rester, l'air de rien.

 


 

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MessageSujet: Re: Kids with Guns || Mikky ♥   Jeu 12 Mai - 17:39



La fureur de Lizzie était encore vive, omniprésente dans le minuscule appartement. Une fureur si profonde, refoulée depuis si longtemps, qu'elle n'était pas brève comme la colère habituelle des Ievseï. Elle sourdait encore dans la jeune fille, et menaçait de ressortir à tout moment, pour n'importe quelle raison. Une fureur que l'adolescente contenait avec cette force colossale, ahurissante, qui la caractérisait, alors qu'il était évident qu'elle avait encore beaucoup trop de poids sur le coeur. Sur le fil, elle menaçait de se déverser à nouveau, emportant l'appartement comme ses locataires dans son flot, une marée incessante d'amertume et de douleur qui n'avait encore jamais eu l'occasion de sortir, mais ne la manquerait certainement pas maintenant que la crue avait commencé. Prostré, Roman avait à peine suivi du regard le mouvement instinctif, protecteur, de son aîné. Pourtant il ne manqua pas une seconde de la façon dont Lizzie le repoussa, alors qu'il lui proposait un soutien aussi simple qu'habituellement efficace. La jeune femme s'affirmait, renvoyant les responsabilités de chacun sur leurs épaules propres, fatiguée de devoir gérer leurs frasques pour la fois de trop. Et s'il fut heureux, du fin fond de sa honte, de l'entendre remettre Mikkel à sa place, le résultat ne fut pas celui que le père comme la fille attendaient.
Forcément, il allait s'excuser, en oubliant bien évidemment l'éléphant dans la pièce. Un mastodonte oublié avec une telle obstination que la situation aurait pu être risible, pour peu que Roman ait été un élément extérieur à la scène. Sauf qu'il ne l'était pas. Sauf que ces excuses générales, adressées avec cette emphase si caractéristique ne lui étaient pas réservées, mais englobaient plus les adolescents que son propre père. L'amertume rongeant ses os, la honte ses chairs, Roman passa une main sur son visage pour la énième fois de la soirée. Pourquoi avait-il fallu qu'il ait un fils avec un tel caractère ? Pourquoi avait-il fallu qu'ils se ressemblent à ce point sur le terrain chaotique du déni ?

Et forcément, il prenait la fuite. Comme à chaque fois. L'emphase, toujours, la théâtralisation constante de tout ce qu'il faisait. Devant l'exagération de son fils, Roman n'intervint pas. Il était épuisé, profondément épuisé par cette mauvaise comédie, par l'impossibilité de Mikkel de faire le moindre geste spontané, résolument humain, sans avoir besoin d'en faire des tonnes. S'il voulait partir, comme sa démarche et ses gestes semblaient le sous-entendre, qu'il le fasse. Il valait mieux pour la sanité générale de la famille qu'il se tire en réalité. Tout du moins pour la santé mentale de son vieux père, qui sentait le poids des années et son incapacité complète à lui faire entendre raison courber son échine en le voyant prendre ses maudites bottes dans l'entrée.

La voix lente, laconique de Colin, s'éleva dans une remarque qui lui rappela ce qu'ils faisaient d'origine. Il avait oublié ces maudites pizzas, quand bien même elles embaumaient toute la pièce, diffusant un parfum bien trop doux pour les esprits échaudés de l'assemblée. Sentant une douleur émaner de sa main, il mit un instant à réaliser qu'il avait de nouveau serré le poing lorsque Mikkel avait approché de Lizzie. Pire, il se rendit compte que le geste avait été spontané, prêt qu'il avait été à le décocher au passage de son propre fils, un geste qu'il n'adressait en soit qu'à Andreï. Ils en étaient ainsi rendus là. Des monstres, autour d'une putain de pizza.
Maugréant un juron entre ses dents, il resta obstinément muet à la question de Colin, et alla vérifier l'état de la pitance non sans humeur. Comme pour lui répondre, Lizzie adressa un regard noir, impérieux à son frère sur le canapé, alternant ses œillades rapides entre Mikkel et Roman avant de les reposer sur Colin. N'en rajoute pas, c'est vraiment pas le moment de jeter de l'huile sur le feu, toi aussi.
Sauf que Colin n'était pas encore prêt de s'arrêter, tout occupé qu'il était à tenter d'arrondir les angles comme il le faisait souvent, lors de ces rares moments où il se découvrait un soupçon de courage. Ajoutant à l'injure, il marmonna quelques paroles en direction de Mikkel, son intonation traînante, caractéristique, tranchant avec l'explosion de Lizzie quelques instants plus tôt. Et Roman devait reconnaître cela à ses plus jeunes enfants : leur côté diplomate, c'était de leur mère qu'il l'avait pris, et fort heureusement. Car même si clairement Mikkel ne mangeait pas de ce pain-là, même s'il semblait surtout tout disposé à claquer la porte pour la énième fois de l'année, il avait tout de même marqué un arrêt dans l'entrée, à deux doigts de renoncer à son entreprise première. Un progrès s'il en était, mais que Roman n'était pas particulièrement en état de remarquer.
S'il voulait partir, qu'il parte. Roman ne voulait pas de concessions mielleuses dans le but de satisfaire les masses, sans que l'envie ne soit présente réellement. S'ils avaient eu toutes les cartes en main pour pouvoir passer une bonne soirée, l'ombre de leur début de dispute planait maintenant dans l'appartement, répandant un parfum âcre dans l'atmosphère malgré les bonnes odeurs de nourriture. Car Roman avait bien compris que les excuses précédentes ne lui étaient pas adressées. Qu'elles n'étaient qu'emphase, d'un manque de sincérité affligeant, si évident qu'il lui serrait le cœur dans un étau. Que son propre fils, qu'il avait tenté comme il pouvait d'élever au mieux, soit absolument incapable de prononcer le moindre mot ne serait-ce que conciliant à son égard l’écœurait si profondément qu'il sentait le bout de ses doigts trembler sous les nerfs.

Derrière lui, la voix de Lizzie retentit à nouveau, douce comme une caresse. La colère semblait être retombée de son côté, et elle refaisait petit à petit son nid au sein de tous les mâles de la famille, s'imposant à nouveau comme la médiatrice aux allures de mère. Une mère de dix-sept ans qui l'implorait un peu, cherchant à ménager la chèvre et le chou dans une tentative de réparation assez maladroite.

-P'pa ?

Roman savait ce que sa question, silencieuse, voulait dire. Allez, Papa, fais pas ton con toi non plus. Tu vois bien que tout le monde fait des efforts, dis-lui de rester, qu'on passe enfin une soirée normale en famille. Le sorcier pouvait presque sentir de nouveau la pression de ses petits doigts dans son épaule, une sensation qui ne fit qu'augmenter sa propre amertume. Un grognement guttural roula dans sa gorge, animal, trahissant cette colère qui ne s'était toujours pas apaisée. Ce dégoût profond pour sa propre impuissance. Cette honte de se faire corriger par sa fille cadette, alors qu'il était tout de même supposé être l'adulte responsable de la famille. Après tout, ce n'était pas comme s'il pouvait compter sur Andreï pour servir d'exemple. Lizzie l'appela à nouveau, doucement, avec cette fois-ci cette voix des mauvais jours, celle où l'invective se mêlait à la supplique. Ce fut trop pour Roman.

-C'est bon Mikkel, on a compris. Reste. Lizzie, surveille les pizzas, faut que j'aille fumer une clope.

Il n'était pas lâche, en temps normal. Il prenait les choses de front, quitte à se battre contre ce moulin monumental qu'était son fils aîné. Mais pas cette fois. Il était épuisé de devoir se battre constamment contre le vent, de devoir hurler à la face du monstre qu'il avait lui-même créé, quand bien même il faisait ça pour son bien. Parce qu'il l'aimait. Et voir toutes ses tentatives foulées au pied de la sorte, voir qu'elles faisaient même du tort à Lizzie ou à Colin, c'était une pilule encore plus difficile à avaler que le reste.
Oui, il aurait pu gérer un simple conflit avec Mikkel. Oui, ça aurait probablement fini avec des cris et le départ inopiné du susdit. Mais cette fois il était fatigué de toute cette mascarade, de ce grand déballage de sentiments factices sans qu'ils ne soient, l'un ou l'autre, capables d'un minimum sinon de retenue, au moins d'humanité.
Il essuya ses mains encore tâchées de tomates sur un torchon, posé à proximité de l'évier, avec une certaine nervosité, sans croiser une seule fois le regard de ses trois enfants incrédules. Il savait pertinemment que s'enfuir de la sorte était un aveu de sa propre impuissance, et que son fils aîné se ferait un malin plaisir à la lui frotter en plein visage maintenant qu'il avait pris le dessus. Mais pour une fois, juste une fois, il lui céderait la victoire.
Parce qu'il n'avait plus envie de se battre.

L'air frais l'accueillit sur le palier, alors qu'il sortait, léchant son visage sans qu'il ne soit gênant. Le couloir d'accès, voire même tout l'immeuble, était un vent constant, si bien que les enfants  l'avaient renommé affectueusement «l'immeuble aux courants d'air». Un nom qui lui allait à merveille, et qui avait fait rire Laura quand ils l'avaient trouvé. Laura. Elle lui manquait tellement, ces derniers temps. Le manque revenait par vagues, par marées, transportant avec lui les souvenirs et l'inconscience, l'addiction confuse et le chagrin. Cette soirée approchait, après tout, de cette date anniversaire lugubre où sa femme avait disparu, quatre ans auparavant. Attrapant une cigarette de son paquet souple, il la cala entre ses lèvres et descendit les escaliers pour rejoindre l'extérieur. C'était donc pour ça qu'il était aussi fatigué. Parce que bientôt il reverrait l'expression sombre, triste, des enfants de Laura. Que bientôt Aslinn passerait le voir pour lui apporter son soutien, comme elle le faisait à chaque fois depuis qu'il l'avait rencontrée. Que bientôt Rachael tenterait d'organiser un truc, n'importe quoi, juste pour le tirer de ses idées noires.
Mais ça ne marchait pas. Ça ne marchait jamais. L'ombre de Laura, sa fantomatique présence, continuait de flotter dans l'air tout autour de lui, répandant des poussières de regrets tout le long de sa route. Ça ne pouvait jamais marcher parce que le matin quand il se réveillait dans ce grand lit affreusement vide, il ne pouvait plus sentir l'odeur de ses cheveux sur l'oreiller déformé à côté de lui, qu'il n'avait plus touché depuis son départ.

Mais ça, Mikkel ne pouvait pas le comprendre. Ça, Mikkel ne pouvait pas le tolérer. Crachant la fumée dans la nuit, au pied du réverbère devant leur immeuble, il se demanda un instant si son fils aîné connaissait même la notion d'amour. Ce sentiment qui vous transporte, qui vous transcende et vous tue ensuite à petit feu. Cet état de transe proche de l'addiction, qui noie autant qu'il permet de respirer. Il se demanda s'il savait ce que c'était de sentir son propre coeur enserré dans le pire des étaux, de sentir une brique dans son estomac et une corde autour de son cou, quand l'être aimé n'était plus là. Parce que si Mikkel avait aimé, il comprendrait peut-être que c'étaient exactement ces sensations qu'éprouvait son vieux père à chaque fois qu'il se tirait comme un prince.

L'Astre Mikkel, dont le sourire brûle le soleil. Laura l'avait appelé comme ça, une fois, quand ils commençaient tout juste à se fréquenter. Le bambin était arrivé vers eux, illuminé d'un sourire si radieux qu'il était contagieux. Le surnom était resté, une nouvelle gravure d'Epinal dans un contexte bien trop abstrait maintenant, bien trop lointain pour être applicable à nouveau. Parce que le sourire de l'Astre Mikkel, depuis des années, s'attachait tout particulièrement à immoler son père jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que des cendres.

Cendres. Roman tapa les siennes avec négligence, profitant encore de la solitude, s'étant assis sur une rigole non loin du lampadaire. Personne n'osait plus sortir dans le voisinage, passée une certaine heure. Il était certain d'être tranquille, si bien qu'il écrasa son mégot et profita de l'occasion pour rallumer une autre cigarette. Occupé à maîtriser la flamme de son briquet, il ne remarqua pas que quelqu'un était sorti du bâtiment et s'approchait de lui à pas amples. Jusqu'à ce qu'il aperçoive enfin les extrémités pointues de ces bottes vulgaires qu'adorait son fils aîné.

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He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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MessageSujet: Re: Kids with Guns || Mikky ♥   Jeu 26 Mai - 18:02




 
 
Mikkel & Roman
featuring


En ce moment, j'avais la sensation d'être le héros dramatique d'une tragédie dont j'aurais moi-même dressé le décor. Était-ce à force d'habiller constamment mes mots d'ironie, de tourner chaque chose en dérision, de toujours en faire des caisses comme si je vivais sous le feu des projecteurs ? Je me sentais autant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la pièce, en même temps spectateur et acteur de cette scène théâtrale. Et si une part de moi-même me soufflait que tout cela était absurde, je ne pouvais m'empêcher de poursuivre, conscient d'être la cible de tous les regards et me vautrant dans ce narcissisme morbide. Ainsi, je me redressai de toute ma hauteur arrogante, un masque d'insolence plaqué sur mon gracieux visage que j'admirai dans un vif coup d’œil au miroir brisé. La tension qui habitait l'ambiance était perceptible et je m'en nourrissais dans un plaisir malsain, à demi-conscient. Qu'ils admirent tous mon départ royal parce que c'était bien ce que je m’apprêtais à faire, au vu du silence du vieux con. Non, il ne dirait rien, il se contenterait de me toiser en silence jusqu'à ce que je me tire sur un dernier éclat de voix. Lorsque la sienne s'éleva enfin, j'arquai un sourcil dédaigneux, surjouant l'indifférence avec une facilité qui me stupéfiait moi-même.

On a compris. Je fronçai les sourcils, me pinçant les lèvres. Dans un premier temps, je ne perçu même pas le pauvre mot qui aurait dû pourtant me frapper en priorité. Je ne l'entendis pas ce "reste", il n'avait même pas atteint ma conscience, sans doute parce que je l'écrasais de trop de certitudes négatives, de trop de colère, de rancœur, de douleur emmêlées. Tout ce que j'entendais c'était qu'il me dénigrait, qu'il me cassait, qu'il me rejetait. Son attitude si blasée était bien-sûr incroyablement plus dure à encaisser que n'importe quelle engueulade et je me murai dans le silence, l'écrasant d'un regard assassin. Je n'esquissai pas le moindre geste lorsqu'il passa devant moi, sans un regard, pour me coiffer au poteau. Il m'avait dépassé le salaud, il était sorti avant moi, il avait cassé misérablement mon projet de départ scénique, il m'avait tourné le dos !!! Comment avait-il pu oser faire ça ? Je serrai les poings, le suivant des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse et que j’expulse ma frustration dans un soupir pulsé. Quelques secondes me furent nécessaires pour me rassembler. Alors que je me croyais prêt à assumer n'importe quelle réaction, le dédain du père me donnait l'impression d'étouffer. Pourtant, lorsque je croisai le regard de Lizzie, mon expression était sereine.

« Alors quoi, pucette, j'suis un sale con ? »

Elle s'approcha de moi doucement, refermant le four qu'elle venait d'ouvrir pour rejoindre ma position à petits pas. J'admirais sa capacité à maîtriser ses émotions, une qualité remarquable, surtout pour une gamine de cet âge. Rien qu'à croiser son regard, je sentis qu'elle ne m'en voulait pas, pas vraiment, nous n'avions jamais été en conflit elle et moi et elle me démontra son regret de m'avoir repoussé en se hissant sur la pointe de ses pieds pour venir embrasser ma joue. Je lui décoiffai doucement mes cheveux, ayant retrouvé sans peine ma désinvolture légendaire.

« Nan. Allez, il faut encore dix bonnes minutes de cuisson, la pâte est épaisse, t'as le temps d'aller te griller une clope avec papa avant de remonter, okay ? » Je lui offris un sourire exagérément niais. « T'es mignonne. » Ma sœur fronça légèrement les sourcils, reprenant d'un ton plus sérieux. « Il t'a dit de rester... » A cet instant précis, j'hésitais encore à éclater de rire, croyant sincèrement qu'elle se foutait de ma gueule et je la dévisageai dans un mélange de moquerie et d'incertitude. « Arrête, il a envie de tout sauf de me voir, là. » Je roulai des yeux dans un vague ricanement, me détournant pour aller me recoiffer dans le miroir du bout des doigts, déjà prêt à envisager de nouveaux plans pour la soirée. Ce fut à ce moment que j'entendis la voix traînante de Colin s'élever à son tour, toujours affalé dans le fauteuil. Il ne me ressemblait pas du tout ce mec, il était toujours coiffé comme un pétard, l'air à moitié endormi, évaporé, dans sa bulle et pourtant, en dépit de son air pas concerné, il avait le don de prononcer d'un ton tout simple des trucs vachement profonds.

« T'sais que c'est bientôt l'anniversaire de la disparition de m'man. C'est pas un cap facile à traverser pour lui, p'pa a tendance à se renfermer un peu quand il pense à elle. C'est ça aussi qu'il a l'air de tirer la gueule. » Lizzie baissa doucement la tête à ces paroles, croisant doucement les bras pour se détourner. Une moue se forma sur mes lèvres avant que je ne les fasse rouler dans un soupir pénible. « Je sais. » En réalité non, je n'avais pas du tout fait gaffe à la date, simplement parce que de mon coté, j'étais trop ancré dans le présent et que j'avais tendance à passer extrêmement vite à autre chose. Étais-je insensible ? Des mecs comme mon père me l'auraient sûrement reproché. Je me surprenais moi-même de mon manque cruel d'intuition concernant mon vieux. D'ordinaire, j'étais particulièrement attentif aux affects des autres mais, comme tout ce qui concernait Roman, l'exception était toujours de mise vis à vis de lui. Cela dit, on n'allait tout de même pas se mettre tous à chialer en chœur maintenant, non ? « C'est pour ça que j'suis revenu vivre ici avec vous et je compte pas vous abandonner, ça va aller, on est ensemble !»

Ma capacité à retrouver rapidement une humeur optimiste et joyeuse ne fut pas en reste. Étais-je réellement convaincu ou pas de mes émotions factices, moi-même je l'ignorais, mais ce fut avec naturel que je rattrapai ma sœur pour lui pincer doucement la joue dans un sourire chaleureux. « Rajoute du fromage sur la pizza, bichonne, faut le mettre à la fin, pour pas qu'il brûle. » Dans un dernier clin d’œil léger envers le frangin, je fis volte face pour passer la porte et me retrouver sur ce pallier venteux. Ainsi, je n'eus qu'à descendre allègrement la volée de marches pour traverser le hall principal de l'immeuble et sortir enfin au dehors. J'avais toujours été attiré par le mystère qu'offrait l'ambiance de la nuit, un mystère nimbé de dangers cachés, de frissons, d'expériences aussi exaltantes que sinistres. Le manteau de ténèbres avait beau m'effrayer d'un certain coté, il était également mon complice de toujours puisqu'il me permettait de camoufler mes frasques aux yeux du monde. Si certaines personnes gentilles, respectables et honnêtes étaient faites pour vivre à la lueur du jour, je me sentais né pour me tapir au creux des ombres et me laisser pervertir par elles, parce que je ne valais guère mieux.

Je balayai les environs d'un regard ample avant de tomber sur une silhouette familière, planquée sous un lampadaire. Le faible halo lumineux entourait sa masse sombre quand un filet de fumée grisée s'échappait d'entre ses lèvres. D'un pas impulsif, je m'avançai vers lui de ma démarche assurée, sans même prendre le temps d'y réfléchir. Ce ne fut que lorsque je me retrouvai planté debout devant lui qu'un vague malaise m'envahit. Qu'est ce que j'étais censé lui dire, bordel ? J'écrasai mon propre embarra avec une obstination rageuse, refusant de le reconnaître pour afficher un sourire, aussi cynique qu'éclatant. Ployant les jambes, je m’accroupis à son niveau pour lui offrir une œillade circonspecte, inclinant la tête de côté. « Bah alors, tu boudes ? » Ce murmure m'échappa dans un souffle, conscient du risque d'agacer encore plus mon père sans pour autant m'en soucier. Ce n'était pas ce que j'aurais eu envie de lui dire mais pourtant, je ne pouvais pas m'empêcher d'être insolent et de chercher la merde, encore et encore. Le ton de ma voix était tout de même délicat même s'il était clairement moqueur. Pas d'agressivité, juste une franche dose d'impertinence avec cette désinvolture qui me caractérisait. Je reculai néanmoins d'un pas après m'être redressé pour fouiller mes poches et m'allumer une clope à mon tour. La rue était calme mais il ne s'agissait pas de ce genre de paix rassurante ou sereine. Je ressentais le danger dans l'air ambiant, celui qui rôdait dans le noir, celui que les bonnes gens évitaient et qui les forçait à se barricader chez eux une fois la nuit tombée. La fumée s'échappa de mes lèvres dans une longue exhalation.

« La bouffe sera prête dans dix minutes. » Ou un peu moins. Info pertinente non ? Heureusement que j'étais descendu pour l'avertir. Merci qui ? Je secouai doucement la tête, baissant vers lui un regard désenchanté. Comme souvent, j'ignorais comment on en était arrivé là, à ce point de tension extrême, sans que rien de spécial n'ait pu le prévoir. Je savais par contre qu'il me serait impossible de revenir en arrière, même si je l'avais voulu, simplement parce que toute forme de communication était coupée depuis longtemps entre Roman et moi. Est-ce que j'aurais dû m'y résigner ? J'étais un mec indépendant, je l'avais toujours été, je ne comptais que sur moi même et je ne pouvais me reposer sur personne. Non, je n'avais aucune attache, j'étais libre comme le vent et je n'avais besoin de personne. Mon visage exprimait d'ailleurs parfaitement bien mon aisance alors que je reléguais mes douleurs loin loin, tout au fond de mes tripes. Mais quoi, qu'est ce que j'aurais dû lui dire ? Il m'aurait été facile de le manipuler, de singer le regret avec des yeux mouillés avant de lui promettre monts et merveilles dans un sourire enjôleur. Ainsi, j'aurais pu profiter d'une soirée agréable en famille, nous nous serions reposé les uns sur les autres, à la manière de louveteaux, lovés contre les flancs de leur patriarche. Une image aussi idyllique qu'improbable. Je cillai légèrement, reprenant une bouffée de clope et mon impulsivité me dépassa soudainement.

« Qu'est ce que tu voulais que j'te dise au sujet de ce foutu téléphone, sincèrement ? Je pense que tu la connais déjà très bien la vérité, t'as juste envie de creuser encore et encore, jusqu'à prouver à la face du monde que tes soupçons sont fondés. »

Quelque part, je savais que c'était moi qui creusais mon propre trou et que j'aurais mieux fait de m'abstenir, qu'il fallait juste laisser tomber, faire semblant de rien, prétendre, oui prétendre comme je le faisais si bien. J'en aurais été parfaitement capable alors pourquoi je lui lâchais tout ça ? Ma voix était trop légère, presque amusée, comme si je n'avais absolument rien à foutre de ce que je racontais, comme si tout n'était qu'un jeu, une vaste blague, un spectacle désopilant. Un simulacre de plus pour mieux m'enfoncer alors que je soufflai doucement ma fumée dans sa direction, me penchant pour mieux l'atteindre en plein visage avec une vulgarité crasse. Mon propre mouvement trop impulsif me dépassait. En descendant les marches, il me semblait que j'étais sincèrement décidé à faire un effort mais… « J'lai perdu aux jeux ce téléphone. J'suis comme ma mère, tu vois ? J'peux pas m'en empêcher. C'est ça que t'avais envie que je te dise, Roman ? C'est ça que t'avais réellement envie d'entendre, pour te rassurer, pour te convaincre que t'as bien raison sur toute la ligne ? » J'avais l'impression d'être en train de me suicider en me grattant la gorge dans le but d'atteindre ma propre carotide à coups d'ongles pour me l'arracher avec énergie. Et pourtant j'avais la force de le défier d'un sourire provocateur, plus aiguisé que n'importe quelle lame. Je poursuivais en russe, cette langue qu'il m'avait lui même apprise sous mon insistance, celle de mon grand-père. « Les chiens ne font pas des chats.»

Frappe-moi, frappe-moi, frappe-moi.



 

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MessageSujet: Re: Kids with Guns || Mikky ♥   Sam 11 Juin - 1:37



La nicotine commençait tout juste à se répandre dans son organisme, coulant avec son sang dans ses veines, apaisant juste à peine ses sens. Une échappatoire bien piètre, pas assez suffisante, mais qui pourtant s'avérait bénéfique sur le moment. La situation n'aurait pas été si délicate qu'il serait allé chercher une bouteille d'alcool fort dans sa réserve, se serait servi un bon verre serré et l'aurait siroté en laissant son esprit divaguer, ailleurs. Mais il ne pouvait pas se soumettre à un tel comportement. Pas alors que tous ses enfants étaient dans le salon, dans la cuisine, partout. Pas alors que l'Astre Mikkel répandait ses rayons partout à travers l'appartement, brûlant tout ce qu'il approchait. Même son père.
Alors la nuit noire suffirait. Deux cigarettes suffiraient. Elles le devaient, toutes, conjointement. Parce qu'il avait besoin de reprendre des forces. Parce qu'une énième confrontation alors que tout aurait pu se passer normalement était bien trop pour ses nerfs. Injustifiée, imprévue. Une énième écorchure dans le vernis déjà griffé qui enveloppait la belle et soudée famille Ievseï.
Conneries. Même lui n'y croyait plus, à cette belle cohésion qu'il avait tenté de construire. Toute sa vie s'était fait la malle, en l'espace de seulement quelques années, et elle continuait de filer entre ses doigts malgré la moindre once de contrôle qu'il pouvait tenter d'y donner. Une tentative désespérée s'il en était, désespérante essentiellement, Roman le savait. Mais il ressentait ce besoin brûlant de réunir toute la tribu sous le même toit, quel qu'en soit le coût. Quelles que soient les personnalités.
Le fantasme éculé d'une âme qui, même en étant bien entourée, se sentait bien trop seule.

Il n'entendit qu'à peine la boutade de son fils, se refusant de lever immédiatement le nez vers lui. Il savait qu'il le verrait, encore, cet éternel sourire qui n'était pas le sien mais celui de son incompétente de mère, quand il le taquinait comme ça. Et quand bien même il l'aimait, généralement, ce sourire, même quand il était dirigé vers lui, il n'avait pas la force de l'affronter sur le moment. D'un geste évasif, il agita la main qui tenait la cigarette dans le vent, profitant de la caresse de ce dernier sur sa peau, avant de lever les yeux vers le tourbillon de fumée, et, inéluctablement, sur le visage de son fils. Un garçon qui ne lui ressemblait que de traits, et pas de coeur. Il se demandait toujours où il avait échoué, en voyant le visage de Mikkel. Où il avait franchi la limite, le point de non retour, le non-lieu qui tranchait définitivement leur lien à tous les deux. Un gouffre s'était creusé entre eux, et tous deux s'étaient retranchés chacun de son côté, attendant constamment le tir ennemi. Pourquoi ? Il l'ignorait. Comment ? Il l'ignorait encore. Et pourtant il retenait chacune des fois où la question lui brûlait les lèvres de savoir pourquoi ils agissaient aussi stupidement l'un envers l'autre. Cette maudite pudeur teintée de fierté, cette crainte d'enfin savoir ce que son fils, sa chair, lui reprochait.
Parce que la vérité lui faisait peur. Tout autant qu'elle le tuait à petit feu.

-Bien.

Des banalités. Ils en étaient réduits à des banalités, alors qu'ils pouvaient faire l'effort l'un comme l'autre de crever l'abcès. C'était donc là qu'ils en étaient arrivés, tous les deux. Un père et un fils incapables de communiquer autrement que par des banalités, ou en se hurlant dessus. Roman ne réagit pas plus à la présence accroupie à côté de lui, et passa sa main sur son visage dans un soupir las. Après tout, la faute était aussi la sienne. C'était à cause de sa propre obstination que la conversation était montée d'un cran, et cette pauvre Lizzie avait été contrainte d'intervenir, excédée par leur petit jeu. Non, c'était définitivement sa faute. Mikkel le savait. Roman le savait. Alors l'aîné prit une profonde inspiration, après une nouvelle bouffée de nicotine, et sa voix fila dans le vent.

-Ecoute Mikkel je...

Il n'eut pas le temps de poursuivre. Pas le temps de lui dire ces quelques petits mots. Ecoute, Mikkel, je suis désolé. Je ne me sens pas bien, en ce moment, je suis peut-être un peu abrupt. Ecoute Mikkel, je t'aime, et je suis fier de toi. Je te le dis pas assez souvent, je le sais, mais je suis fier de voir que mon fils est capable de se débrouiller seul, quoi qu'il fasse. J'ai toujours été fier de toi, même malgré tes mensonges. Mais surtout, quoi que je t'aie fait, je suis désolé.
Mais non, il n'eut pas le temps, parce que son fils l'avait interrompu. Parce que la vérité éclatait enfin, sombre et crasseuse, honteuse, le giflant à nouveau en plein visage. Décontenancé, Roman porta immédiatement un regard perplexe sur son fils aîné. S'il avait été debout, il aurait probablement senti un vacillement, une de ces légères pertes d'équilibre que l'accablement comme les coups verbaux, répétés de son fils provoquaient systématiquement. Une perte de contrôle, qui l'embrasait, en suivant. Parce que la situation ne se déroulait jamais selon des règles précises, en ce qui concernait Mikkel. Parce que le jeune homme entrerait toujours en conflit avec son père, en sachant pertinemment ce qui fonctionnait pour le mettre hors de lui. Et ça marchait.
La preuve en était de son coeur qui recommençait à battre contre ses tympans, et à la colère qui, bien que s'étant apaisée, revenait pulser dans ses veines. Et les mots, les vrais, qui s'évanouissaient dans la nuit avec la fumée de sa cigarette presque éteinte.

-Bien sûr, ça pouvait pas être autrement. Et t'étais obligé de mentir, au lieu de dire les choses directement. Comme à chaque fois. Comme ta conne de mère.

Fiel. Il revenait, gâchant les mots, les vrais. Les écrasant, les martelant du pied, les massacrant dans son esprit, déchirant le vrai du faux. Car dans ce petit jeu du mensonge à l'autre comme à soi-même, Roman n'était pas en reste. Et il pouvait entendre, faiblement, une voix plus jeune, la sienne, qui clamait que ce n'était pas ça qu'il voulait dire. Qu'il n'en pensait rien, au fond. Qu'il n'avait pas envie que la conversation se teinte à nouveau d'aigreur, qu'il n'avait pas envie d'être à nouveau en conflit avec son fils.
Parce que je t'aime. Je t'aime à en crever, je t'aime à m'en arracher le coeur à mains nues, à me briser les côtes pour te l'offrir même si je devais en mourir. Parce que tu es et as toujours été la lumière de mes jours, Astre Mikkel, et parce que je suis désolé.
Je suis désolé.
Je t'aime.


-Et enfin, enfin tu dis la vérité. C'est pas trop tôt. Va pas me dire que c'était infondé, maintenant, tu le dis toi-même. Même pas foutu de te retenir, même pas foutu d'arrêter de faire le con. Comme ta putain de mère. Comme un putain de gosse incapable de se retenir devant un putain de stand de bonbons. Ca va être quoi la prochaine erreur, hein ? Tu vas réussir à te foutre dans une merde encore plus noire que celle où t'es déjà, voilà. Et tu vas encore mentir, encore, parce que c'est tout ce que tu sais faire. Et lorsque tu vas te faire planter dans une rue parce que t'auras trop joué au con, tu vas mentir aussi ? Parce qu'au point où t'en es, j'vois pas d'autre alternative.

Les mots avaient claqué dans le vent, effaçant définitivement les autres. Réponse à l'insolence, réponse à cette fumée crachée impunément à son visage. Marque de domination poussive, sur une situation qu'il n'avait jamais réellement contrôlée. Parce que Mikkel le poussait hors de ses gonds. Parce que Mikkel le poussait à sortir des horreurs alors qu'il n'en pensait pas une once, en vérité. Et là, alors même qu'il réalisait l'ampleur de ses propres paroles, alors que son alter-ego plus jeune hurlait dans cette tempête qui se profilait sous son crâne qu'il était désolé, son fils porta le coup final. Et quelque chose céda, dans le fracas d'un verre se brisant sur le sol.

CLAC.

La gifle était partie toute seule. Il esquissa un pas de recul. Sa main vibrait encore sous la violence du coup, sous l'impulsivité qui l'avait poussé à ce geste. A cette extrémité qu'il s'était toujours juré de ne jamais atteindre. Debout, face à Mikkel, Roman mit quelques secondes à réaliser son geste. Ses doigts picotaient, fourmillaient au bout de sa main, au bout de ce bras qu'il gardait encore en suspension au niveau de son abdomen. Sa gorge était sèche, nouée, sous le choc comme la réalisation brutale qu'il venait de le faire. L'inadmissible. L'abject. Et si son regard dubitatif se posait d'abord sur sa main puis dans les yeux gris-verts de son aîné, il se durcit en sentant un nouvel électrochoc tout le long de son échine. Parce que ce n'était pas Mikkel adulte qu'il voyait, là, devant lui.
C'était cet enfant aux grands yeux ouverts avec une curiosité constante sur le monde, qui l'observait. C'était cet enfant avec ses vêtements crottés, ce petit garçon de quatre ans qu'il avait cru avoir perdu après qu'il ait été kidnappé par son oncle. C'était son enfant, son fils, son sang, c'était cet amour profond, colossal, bien plus gros qu'eux deux, qu'il éprouvait pour lui. C'était cette terreur constante de le perdre définitivement, c'était ce besoin viscéral de l'avoir à côté de lui. C'était ce petit garçon pleurant toutes les larmes de son corps parce que sa mère avait disparu, parce qu'il avait lui-même disparu. C'était cette promesse qu'il lui avait faite, ce soir de retrouvailles, de ne jamais plus le perdre de vue. C'était sa petite main dans la sienne encore vibrante, lorsqu'ils s'étaient endormis l'un contre l'autre pendant toutes ces nuits où ils étaient encore fusionnels. Où le temps et la réalité étaient toutes autres et bien plus simples.
Et sa propre voix hurlait contre ses oreilles alors que la sensation de vide profond, si intense qu'il avait vécue toutes ces années auparavant, revenait. Parce qu'il ne voulait pas avoir fait ça. Parce qu'il allait le perdre définitivement une nouvelle fois.
Non. Non. Non. Non. Non. Non. Non. Pitié pas ça. Non. Non. Mikkel.
Non.

Les larmes lui montèrent aux yeux, sans jamais franchir ses paupières toutefois. Un goût de bile se répandit dans sa bouche. Mais surtout, les mots revinrent au galop. Des mots qu'il tenta d'articuler, mais qui moururent sur ses lèvres entrouvertes.

-Putain Mikkel je...

Je suis désolé.
Je t'aime.
Je suis désolé.
Je t'aime.
Bordel.


-Je...

Mais les mots refusaient de sortir. Encore. Et encore. Malgré ce besoin viscéral de se précipiter vers son fils pour le serrer dans ses bras et s'excuser. Malgré ses hurlements internes, malgré son besoin de les dire. Insolents, eux aussi, ils refusaient obstinément de sortir alors qu'il devait les dire. Alors qu'il devait absolument les dire, pour éviter qu'il ne le perde. Parce qu'il savait que c'était inéluctable. Que ça lui pendait au nez.
Pitié.
Pitié sortez.
Pitié, ne m'arrachez pas mon fils une nouvelle fois...


Sauf que c'était trop tard, maintenant. Sauf que si cette fois, on lui arrachait son fils, si on lui arrachait son âme, c'était entièrement sa faute.


_________________

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MessageSujet: Re: Kids with Guns || Mikky ♥   Jeu 23 Juin - 0:37




 
 
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Mon sourire s'était figé dans un rictus mauvais et sans joie, habillé de cynisme. Et la fumée s'échappait d'entre mes dents, au travers de mes lèvres étirées, sans que je ne quitte mon père du regard. Il avait tardé à m'offrir le sien, comme si cette simple faveur était déjà un trop grand luxe pour ma sale gueule, il préférait bien-sûr se complaire dans son attitude blasée et taciturne, comme le vieil ours qu'il était. Si ça ne tenait qu'à lui, on serait restés comme ça, côte à côte sur ce trottoir désert, à écouter le bruit lointain des bagnoles, sans même se regarder, jusqu'à ce que ces putains de pizzas soient cuites ! Mais comment avait-il pu imaginer une seule seconde que j'allais supporter son indifférence merdique sans réagir ? Même moi, j'aurais dû savoir que ça se passerait mal, que je serais incapable de me la fermer ou de me contenter de fumer à coté de lui en faisant comme si son silence ne m'atteignait pas. Parce que je me serais consumé de frustration bien plus vite que ma clope, jusqu'à m'embraser juste à coté de lui sans qu'il s'en rende compte, jusqu'à ce que j'en crève, que je ne sois plus qu'un misérable petit tas de cendres à ses pieds ! Est ce qu'il s'en serait seulement aperçu ou bien est ce qu'il m'aurait juste marché dessus pour passer son chemin ? Alors, tous mes mots avaient escaladé ma gorge dans une cavalcade, avant de bondir de ma langue comme d'un plongeoir pour aller se fracasser sur sa face.

Bien-sûr, son expression désorientée me frappa en priorité et je m'en remplis les yeux, les agrandissant dans un haussement de sourcils railleur. Parvenir à le choquer me réjouissait plus que tout autre chose, j'aurais aimé le surprendre et le voir se liquéfier devant moi suite à mes aveux. Oui j'en aurais joui putain, je m'en serais régalé, ça aurait été le summum de l'exaltation de contempler cet effarement scandalisé qui aurait déformé son visage. Mais non, bien-sûr que non. Il n'allait pas me faire ce plaisir là, il savait déjà ce que j'étais, il était déjà tellement convaincu de ma saloperie que je ne parvenais même plus à le surprendre, n'est-ce pas ? Alors, je lui offrais juste ce qu'il désirait, une confirmation officielle de mon statut de raté. Ainsi, il se confortait dans ses certitudes, les prononçant tout haut comme pour mieux déposer le sceau du mépris paternel sur mon misérable front, avec ma propre bénédiction. Sa façon de parler de ma mère me heurta violemment, même si je m'y attendais, même si c'était pas la première fois, même si je croyais en avoir l'habitude. A croire qu'il parvenait toujours à me faire mal même quand j'étais persuadé d'avoir réussi à me construire un rempart d'acier.

Une conne, une putain, tu salis son souvenir comme tu voudrais me salir moi parce que c'est ce que j'suis à tes yeux, c'est ce que j'suis. Et pourtant, je conservais ce mince sourire accroché à mes lèvres pincées, accueillant ces insultes par de légers hochements de tête, comme au spectacle, surjouant les mimiques affables, fouteur de gens jusqu'au bout. Ses flèches empoisonnées me meurtrissaient l'âme sans surprise, je les recevais avec une complaisance de masochiste qui se délectait de chaque bribe de souffrance. Tout valait mieux que son indifférence. Sa haine proclamée, c'était ce que j'avais voulu, c'était ce que je recherchais. Pendant un moment, je réussis presque à me persuader moi-même que ça ne me touchait pas. Une seconde de grâce où je me sentais flotter au dessus de tout ça. Une sinistre farce, voilà ce que c'était, et mon humour noir me donnait envie d'en rire pour de vrai.

Le russe m'était venu naturellement, sans que j'aie besoin d'y réfléchir. Pourtant, ça faisait longtemps que je ne l'avais plus employé avec mon père, sans qu'on ne se soit réellement concerté là dessus. Sans doute que je ne l'avais plus fait depuis l'arrivée d'Andreï dans nos vies, un an auparavant. J'utilisais cette langue uniquement avec mon grand-père désormais, dans cette complicité de criminels qui nous unissait. Et alors, si je l'employais aujourd'hui dans ce nouvel élan, peut-être bien que c'était une provocation de plus que je fournissais sur un plateau à mon père, une nouvelle raison de raviver sa colère contre moi, histoire d'y aller bien à fond. Parce qu'il n'y avait pas que ma conne de mère pour pourrir mes gênes, ça aurait été trop simple. Il y avait également ce coté tant abhorré de sa propre famille, son père à lui, à qui je ressemblais tant ! Prends ça dans ta gueule, Roman ! C'est là que la gifle fusa.

J'accusai le choc sans véritablement m'y attendre, aveuglé par ma folie autodestructrice, par cet espèce d'état de transe bizarre dans lequel je me trouvais et où je me convainquais moi-même de me foutre de tout. Je l'avais voulue cette baffe, j'en désirais même bien davantage, je voulais que les choses explosent, je voulais le faire réagir, je voulais pousser sa haine à son niveau maximum ! Pourquoi putain mais pourquoi ? La brûlure de cette gifle me prit de court, sa force me coupa le souffle, même s'il n'y avait eu que mon visage qui suivit le mouvement. Je n'avais pas cherché à l'éviter, il m'avait arraché la clope que j'avais aux lèvres, elle s'était envolée pour retomber un peu plus loin sous la brutalité de son geste. Moi, je ne chancelai pas, je ne reculai même pas et pendant encore un moment, je restais campé sur mes jambes comme un automate, le visage orienté vers la droite, la marque de ses doigts dessinée contre ma joue. Le temps semblait s'être arrêté alors que je demeurais sans bouger pendant quelques secondes encore, perdu dans le brouillard. Et puis je redressai doucement la tête pour le fixer, l'esprit confus, le cœur palpitant, pour retrouver son regard. Frappe encore, ne t'arrête pas maintenant, ne me laisse pas reprendre mon souffle, j't'en prie, surtout ne me laisse pas m'interroger, ne laisse pas retomber le silence. Est ce que la douleur physique peut étouffer toutes les autres ?

Je me sentais juste comme un gosse paumé, incapable de réagir, incapable de faire le moindre mouvement, de prononcer le moindre son. Alors que j'aurais dû bondir sur lui, ne pas laisser se refroidir son ardeur, battre le fer tant qu'il était chaud, profiter de mon impulsivité pour rester dans l'action, le secouer, rouler dans la poussière avec lui sur ce trottoir sale pour qu'on se batte comme des chiffonniers ! Pour qu'on s'exprime enfin putain, tout valait mieux que cette non-communication aussi froide que désespérante ! Mais non. Mes muscles me paraissaient tous paralysés, ankylosés, comme je ne l'avais jamais ressenti. Impossible de lui rendre la pareille, je n'y arrivais pas. Je ne me sentais pas mieux, je ne ressentais pas ce flux de colère ou de rage libérateur qui m'aurait permis de me défouler une bonne fois en cassant la gueule de mon père ! Mais non c'était pire ! Je me sentais tellement vide, mes yeux l'étaient, mon visage inexpressif l'était, avec un poids si lourd dans la poitrine que la sensation était juste insupportable au point que j'aurai dû disparaître et laisser le sol m'engloutir. Je ne me sentais ni en colère ni triste, je ne sentais plus rien parce que je me sentais juste mort intérieurement. Mort de le voir me fixer de cette façon, de l'entendre balbutier. Je préférais quand il m'insultait chaleureusement. Dis quelque chose papa, achève moi. Ne me laisse pas comme ça. Je ne supporte pas le silence, je ne supporte pas.

« Je te déteste, tu le savais ? »

Je te déteste, Mikkel, je te déteste.

« Pour ta gouverne, t'as loupé ton pari concernant ma merde parce que je vais très bien, y'a aucun souci dans ma vie, je gère comme je l'ai toujours fait et y'a aucun risque que j'me fasse planter. Désolé de te décevoir sur ce point.»

Ma voix était trop calme, trop neutre, je la détestais elle aussi. Mais je sentais que je me fissurais à l'intérieur à mesure que je prononçais ces mots d'un ton presque anodin. La douleur me creusait les entrailles de ses petits doigts crochus, offrant à ma voix plus de vie, la faisant vibrer davantage à mesure que je parlais, que je parlais encore, que j'habillais le silence pour éviter de me perdre dedans. Je ne savais pas ce qui était pire, subir ce vide si effroyable ou me laisser remplir par ces émotions qui me rappelaient douloureusement que j'étais encore vivant, en réalité.

« Tu l'as jeté à la rue ma conne de mère, tu l'as virée de ta vie. Et comme si c'était pas suffisant, tu m'as gardé, rien que pour la faire chier. Alors que tout ce que tu vois quand tu me regardes, c'est sa putain de gueule que tu hais, pas vrai ? Faut-il que tu sois tordu. Tu t'es fait un plaisir de te venger d'elle à travers moi pendant toutes ces années, de me bousiller le plus possible, voilà ce que t'as fait. Mais tu sais quoi ? Ma mère et moi, on t'emmerde.»

Je m'accrochai à la langue russe pour articuler ces paroles dans un vocabulaire parfait, sans faute et presque sans accent. Je l'avais bien soigné mon apprentissage, j'avais étudié, j'avais répété, j'en avais fait une véritable obsession, jusqu'à ce que ma connaissance autant écrite qu'orale se rapproche le plus de la perfection. C'était sans doute la chose dans laquelle je m'étais le plus impliqué de toute ma vie. Parce que j'étais un Ievseï. Parce que ça comptait pour moi. Ma lignée paternelle. Ma famille… Mais tout ce que j'avais hérité de mon grand-père, il le haïssait aussi. Alors, comble d'ironie, même le russe était devenu une source d'opposition entre nous. Je laissai échapper un éclat de rire que j'aurais voulu teinter de sarcasme mais qui ressemblait plus à un sanglot, à ma grande stupeur. Je le ravalai dans un raclement de gorge avant de me détourner brusquement pour aller ramasser ma clope, échouée sur les pavés, à quelques pas plus loin. Je venais à peine de l'allumer, ça aurait été trop dommage de l'abandonner, le tabac était cher… En la ramassant, je vis mes mains trembler et je fronçai les sourcils. Il ne m'avait pas frappé assez fort, pas assez fort. J'aurais voulu qu'il m'assomme et qu'il se casse, ça aurait été tellement plus facile de perdre conscience et d'en finir comme ça. Mais j'étais là, à me rallumer ma clope, à me donner une contenance, la lueur du briquet éclairant mon visage pour quelques brèves secondes. Et j'étais douloureusement conscient. Je l'étais quand je me retournai vers lui. Je l'étais quand je le fixai, inspirant une profonde bouffée de clope. Je l'étais quand je marchai vers lui pour le toiser à nouveau de toute ma superbe, dans un sourire arrogant.

« Ouais, je vais peut-être continuer à te mentir parce que j'en ai juste rien à foutre de ce que tu penses, parce que j'adore ça moi, jouer au con. T'as encore rien vu, j'suis capable de faire beaucoup mieux dans le genre. Alors accroche toi à tes bretelles parce qu'on a pas fini d'en rire. »

Mon regard se redressa, sans me soucier qu'il me frappe à nouveau ou pas. Peut-être qu'il le ferait, peut-être qu'il se lâcherait à nouveau. J'aurais voulu qu'il me fracasse la gueule. Tout en haut de l'immeuble, j'apercevais notre étage et la fenêtre de l'appart éclairée. C'était étrange à voir dans la nuit noire, cette petite lucarne chaleureuse tout en haut, celle d'un foyer où deux gosses attendaient de pouvoir bouffer en famille des pizzas confectionnée par le patriarche. Je ne pouvais pas faire autrement que de les abandonner pour ce soir sans savoir qui je punirais le plus au final. Moi-même ou eux ? La dague de la culpabilité se fit sentir dans mon foie.

« Dis-leur que j'avais oublié un rancard. C'était génial de causer avec toi… papa.»

Tu m'excuseras si je me casse maintenant pour aller vomir parce que je ne sais même pas comment je tiens encore debout. Comment je fais pour t'offrir ce clin d’œil. Comment je fais pour faire volte face, les mains en poche, la clope au bec et marcher sans courir. Surtout ne pas courir alors que je voudrais prendre mes jambes à mon cou en hurlant jusqu'à m'en péter les cordes vocales de tristesse et de colère contre moi-même. Marcher doucement avec les larmes dans les yeux qui me brouillent la vue. Et ne jamais me retourner.



 

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MessageSujet: Re: Kids with Guns || Mikky ♥   Dim 31 Juil - 20:13



Sa main vibrait encore sous le choc, sous la chaleur encore vive, pourtant fugace, qu'avait eu la joue de son fils sous ses doigts. Une proximité désuète, une proximité volée, un moment qu'il aurait voulu reprendre, écorcher de ses ongles en hurlant. Effacer un passé bien trop proche pour se repentir d'un passé bien plus lointain, celui où ils étaient un, ensemble. Le père et son fils, un duo inaltérable, inébranlable, que le temps avait fini par séparer. Oui, sa main vibrait encore sous le choc, oui, son coeur battait la chamade, se comprimant avec une telle intensité dans sa poitrine qu'il lui en coupait le souffle. Qu'il était encore là, les bras ballants, avec cette cruelle envie, ce besoin inné, naturel, de prendre son fils dans ses bras pour s'excuser. Mais il n'y arrivait pas. Pas plus qu'il n'arrivait à faire vibrer ses maudites cordes vocales pour lui dire tout ce qu'il avait sur ce coeur trop gros, parce que ces salopes étaient pas foutues de vibrer tout autant que le reste de son être.
Parce que depuis une poignée d'années qui semblaient une éternité, ses cordes vocales n'avaient plus été capables de modeler des cris contre son fils. Parce que l'amour n'avait plus de place dans leur vocabulaire, plus en ce qui les concernait, quand bien même il était bien réel.
Parce qu'ils tournaient en rond dans une cage faite de non-dits qui les aliénait tant et si bien qu'ils n'étaient plus que des animaux, se battant pour ce misérable honneur qui faisait encore d'eux des hommes. Tout du moins c'était ce qu'ils croyaient.

Douce obstination du déni. Et rien pour s'occuper ces mains souillées par la chaleur du fils, par l'incandescence de la honte. Impuissant, il observa le visage de son fils se décomposer à mesure qu'il réalisait l'ampleur de son geste. Le regard qu'il posa sur son père le fit frémir, ajoutant à la culpabilité une honte sans précédent. Car c'était de cela qu'il s'agissait, au fond. Roman avait honte de s'être emporté comme ça. Il avait honte de n'avoir pas su se gérer, alors que Laura lui avait toujours dit que son impulsivité finirait par lui causer du tort. Mais le mal était fait. Il se gravait progressivement dans les traits droits de son fils, dans ce visage qui ressemblait désormais si dramatiquement à sa génitrice qu'il lui arracha une nouvelle fraction d'âme. Ce regard. Ce regard était celui de son ex-femme, quand elle lui crachait à la figure qu'il n'était qu'un incapable. Ce regard était celui si empreint de mépris qu'il n'avait qu'une envie, celle de la frapper jusqu'à ce que ces sourcils se tordent non pas sous la colère mais bien sous la douleur. Un regard perçant, si dur qu'il valait tous les coups de couteaux qu'un homme puisse humainement recevoir. Sauf que ce n'était pas de Ciarán qu'il s'agissait à présent. C'était son fils.
Son fils qui le méprisait avec une telle intensité qu'il aurait voulu mourir dix fois, cent fois plutôt que supporter cela.

Son fils qui le haïssait. Ce n'étaient pas des paroles en l'air, celles d'un enfant pris en tort qui se serait fait punir et aurait souhaité le pire alors qu'il ne voulait en réalité que le meilleur. Non, il y avait autre chose dans cette voix résolument trop calme, dans ce temps par trop froid. La plainte sourde d'un coeur qui se fait la malle, celle d'une réalité de faits qu'il avait lui même provoquée. Les temps n'étaient plus doux ni chantants depuis bien longtemps, et pourtant Roman avait été loin de s'imaginer qu'ils puissent un jour en arriver à cela. Mais c'était avant. Avant que la honte ne l'arrose comme une douche froide, avant de lever la main sur cet enfant qu'il n'aimait que trop, trop fort, trop violemment. Progressivement, à mesure que Mikkel ouvrait la bouche, les épaules du père se chargèrent du poids des âges avec une intensité qui le poussa à baisser les yeux. S'il savait, son rejeton. S'il savait tout ce qu'il avait dû sacrifier dans sa vie, et tout ce qu'il sacrifierait encore pour lui, pour peu qu'il arrive à voir au-delà des mots. Au-delà des actes.
Mais non. Le fiel qui se déversa de sa bouche était destiné à l'atteindre directement, sans même une once de parcimonie. Un flot de paroles destructrices qui atteignirent leur but sans le moindre détour, perçant, lacérant, déchiquetant tout sur leur passage. Tout, de l'honneur, de la fierté, du port, de l'amour. Parce que quelle possibilité de pardon pouvait-il y avoir avec ce que Roman entendait ? Quelle possibilité de retourner en arrière y avait-il avec tout le mal qu'ils se donnaient l'un et l'autre à se détruire mutuellement ?

Pas d'issue. Aucune issue. Le Russe comme prison, la langue maternelle comme linceul, qui revenait à chaque fois pour asséner le coup de grâce comme à chaque fois. Une constante qui lui faisait haïr d'autant plus cette langue, d'autant plus ses origines. Il avait tout tenté pour maintenir un cadre à peu près serein, plus ou moins honnête pour que ses enfants puissent grandir loin de tout ce que leur sang pouvait comporter. Il s'était battu corps et âme pour conserver ce substrat de confort, cette illusion de cocon, pour préserver ses enfants, et voilà que ça lui retournait aussi en pleine figure avec la vigueur d'une bonne claque bien sentie. Car si Mikkel ne levait pas la main sur son père, il s'arrangeait bien pour lui faire sentir autrement son propre geste. Chacun ses armes. Chacun ses maux.
Pourtant. Pourtant il avait tort, sur toute la ligne. Pourtant il semblait clairement ne pas se souvenir de tout ce qu'il s'était passé quand il était encore gamin, quand Shane l'avait arraché des bras de son père. Pourtant il avait l'air d'avoir pleinement oublié cette promesse lointaine qu'ils s'étaient faite, le père et le fils, de toujours rester unis contre tout ce qui pouvait leur arriver. Un tremblement le prit, qui sembla ne jamais s'arrêter. Un tremblement qui concentrait tant la frayeur que la colère, celui qui, sourd, ne l'avait jamais réellement quitté. Celui qu'il s'était toujours efforcé de maintenir autant que possible, mais qui revenait à la faveur de la nuit, les enfants assoupis, quand il se retrouvait seul face à ses propres cauchemars.

-Ce n'est même pas de ta mère qu'il s'agit, petit con. Si je t'ai gardé c'est même pas par rapport à elle, et tu le sais parfaitement. Si je t'ai gardé c'est parce que tu es mon fils, mais ça, forcément, c'est trop dur à entendre pour toi, hein ?

Le Russe comme arme était fluide et cassant, chez Mikkel. Le Russe comme bouclier était hasardeux, haché, difficile chez Roman. Et pourtant. Pourtant il servait à servir la raison la plus vieille du monde qu'a un père de s'occuper de son fils, celle qui a toujours transcendé les familles depuis la nuit des temps. Restait à ce que ses mots aient un sens, une portée chez son fils, déjà trop aveuglé par sa propre colère qu'il ne se rendait plus même compte de ce qu'il disait.
Un fils qui ressemblait effectivement beaucoup à sa mère. Mais qui, dans le cas présent, était douloureusement similaire à son père. Doux caprice de la génétique. Roman, à son âge, se serait parfaitement entendu avec Mikkel, du fait de leurs similitudes, et pas seulement physiquement mais parce qu'ils étaient aussi enflammés l'un que l'autre. Aussi crus. Et aussi parricides.

Paradoxalement, la menace du mensonge ne l'atteignit que de très loin. Peut-être qu'à force de trop souffrir l'on s'habitue à la douleur. Peut-être qu'à force de trop subir on finit par ne plus lever les boucliers à la première menace, surtout quand les habitudes sont déjà là et établies depuis longtemps. Peut-être qu'il en avait suffisamment entendu sans pouvoir se défendre, sans être capable de battre en retraite ou sans avoir la force de faire sortir le moindre mot de sa cage thoracique, de son coeur, pour vraiment prendre l'assaut de plein fouet. Ou peut-être qu'il était déjà suffisamment à terre pour ne plus sentir l'intensité des épées qu'il lui enfonçait dans le dos. A quoi bon battre un cheval déjà mort ? Il ne sera pas plus capable de galoper qu'il ne l'était auparavant.
Le sorcier suivit son regard, ajoutant à sa honte, et il baissa douloureusement les yeux à nouveau. Dans toute cette histoire, ceux qui en pâtissaient le plus n'étaient ni Roman ni Mikkel, et les deux le savaient pertinemment. Lizzie et Colin avaient tout perdu, déjà, et se raccrochaient à l'espoir hypothétique d'un meilleur lendemain, quand il n'y avait plus, justement, d'espoir. Colin et Lizzie avaient l'éclat des jeunesses ardentes, celui de ces jeunes qui même s'ils ont les pieds dans la merde rêvent d'étoiles. Et c'est là que Roman réalisa que si lui-même avait sombré dans le chaos depuis bien longtemps, Mikkel, lui, se raccrochait lui aussi à cet espoir enfantin. Celui de pouvoir vivre. Pas seulement survivre, mais vivre. Son fils, qu'il avait protégé, qu'il avait couvert, qu'il avait soigné, voulait quitter le nid depuis bien longtemps. Mais Roman restait convaincu qu'il ne réalisait toujours pas à quel point le monde pouvait être pourri. A quel point la survie entâchait les hommes, les avalait pour ne plus les recracher qu'en lambeaux. Il avait voulu le protéger, oui, mais les erreurs n'étaient-elles pas ce qui faisaient des garçons des hommes ?
Et s'il était l'erreur ? Le facteur déterminant, celui qui faisait que Mikkel ne pouvait pas se rendre compte de la violence humaine parce que, justement, il était encore là ? Lui avait grandi sans père, juste un fantôme éthéré, conté, imaginé. Il avait voulu pallier autant que possible à cette absence pour son fils aîné, il avait voulu s'improviser père, ami, mère, oncle, confident, et pourtant. Pourtant voilà où ils en arrivaient. Voilà où ses choix personnels le portaient, dans cette impasse d'où, pour sortir, il fallait s'arracher le cœur et l'offrir en tribut à la probabilité.
Il avait lui-même massacré le sien. Que restait-il à offrir, maintenant, pour tenter de sortir de ce gouffre ? Plus rien.
Plus rien...
Plus rien que des mots qui finirent par sortir dans un murmure, devant le vide qu'avait laissé Mikkel, là, en tournant les talons.

-Je t'aime, fils de con...

Le vent et la nuit recueillirent son aveu impuissant, à défaut de la véritable personne à qui il était destiné. Un aveu qu'il lui avait plusieurs fois fait, et qu'il n'était plus capable de dire à mi-voix dans le néant. Comme un hurlement de douleur dans un puits. Que faire de plus ? Lui courir après ? Le frapper à nouveau ? Il était trop tard.
Il était toujours trop tard. Dans tout ce que Roman avait toujours fait, il était toujours trop tard. Rien ne changeait. Et rien ne changerait probablement jamais. Victime des circonstances par faute de passivité ? Non. Mais victime de ses choix par faute d'orgueil, oui. On peut être coupable de trop aimer quelqu'un. Mikkel était la preuve par mille de ce postulat.
La chape de plomb qui s'était abattue plus tôt sur ses épaules l'accompagna alors qu'il remontait l'escalier pour rejoindre ses autres enfants. Rien qu'à voir son air, ses yeux rougis, Lizzie et Colin comprirent qu'il n'était plus question de passer une soirée en famille dans un simulacre de vie heureuse. A ses tremblements, à sa facilité à s'énerver, ils comprirent que plus rien ne serait comme avant.

Plus rien. Plus rien sauf le néant.



Topic Terminé ♥

_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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Kids with Guns || Mikky ♥

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