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 Je t'aime, moi non plus # Joan

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MessageSujet: Je t'aime, moi non plus # Joan   Mer 20 Avr - 20:14

Fight Me, Love Me
Deko & Jojo

La rencontre avec Eamon s’était véritablement mal passée, l’avait laissé à la fois miné et haineux. Il ne s’était pas attendu à autant de virulence, ni à devoir se confronter à la bassesse de sa cadette qui avait laissé filer leur secret inavouable dans l’oreille du prisonnier. Le condamné qui lui avait profité de la révélation pour le blâmer puis le rejeter comme s'il n'avait jamais rien été. Il avait fait de lui le coupable désigné de tous ses malheurs, s’était acharné comme un chien affamé sur un os déjà presque totalement rongé. C’était injuste. Terriblement injuste. Mais ce qui le serait encore plus, c’était ce qu’il s’apprêtait à faire pour alléger sa peine, la partager pour se délester d’un peu de culpabilité dans toute cette sale affaire. Lui aussi avait besoin d’un défouloir, de rejeter un peu la faute sur des épaules qui ne lui appartenaient pas et qui avaient participé au spectacle de l’enfant en flammes. Sur le chemin de son défouloir, son intention fut avortée. La peau de l’homme se laissa recouvrir d’un sombre pelage. Le changeur de peau, pour échapper à la torture de ses sentiments noirs, s’était inconsciemment abandonné à l’animal qui galopait à toute haleine dans les ruelles de la ville, le poil luisant sous les enseignes allumées des bars voisins que l’obscurité avait déjà voilés. Ses pas l’amenèrent jusqu’à sa demeure à l’entrée calcinée devant laquelle il se pétrifia. Le grand molosse observait la ruine de ses yeux d’ébène dans une totale inertie. Des souvenirs faisaient douloureusement surface. Le chien ne parvenait pas à taire ses émotions, ni même à les amenuiser. Il se laissait lui aussi submerger par une souffrance qui se mua rapidement en colère. L'esprit dévasté, le coeur meurtri, il pénétra son habitat le pas lourd et s'y transforma de nouveau dans l'agonie.

Deux bonnes heures avait passé. Declan, une bouteille de whisky interdit dans une main, une photo de son neveu qu’il avait presque tué dans l’autre, n’avait pas bougé de son fauteuil qui faisait directement face aux ravages causés la veille. Il n’avait pas cessé de se repasser cette scène en boucle, de ressentir la chaleur infernale des flammes qui avaient caressé son visage pendant qu’il avait porté secours à l’enfant dont les cris tourmentés le hantaient depuis. Il avait ruminé sa colère jusqu’à ce qu’elle le dévore et que le récipient cristallin soit vide. Il s’en voulait d’avoir envoyé le petit homme en soins intensifs, n’oubliait pas qu’il lui en voulait aussi à Elle à qui son pouvoir de métamorphe avait accordé un léger sursis. Il était temps d’aller morceler son fardeau. Elle n’échapperait pas à cette confrontation qu’il s’apprêtait à lui faire indûment subir, parce qu’il n’était plus capable d’assumer seul la responsabilité de cette tragédie. Il se releva dans la haine et dans la hâte, tituba légèrement sous les effets de l’alcool mêlés à la célérité de l’action. Il envoya dans la foulée la bouteille de verre qui se brisa contre le mur carbonisé, manqua à son tour de se fracasser dans son élan. Son corps se mit derechef à le torturer lorsque le rottweiler qu'il ne contrôlait plus réapparut sans crier gare. Puis l’animal se dirigea sans plus tarder à vive allure jusqu’au quartier français, là où demeurait celle qu’il désirait voir, là où se nichait aussi habituellement ce frère qui l’avait à ce point mis à mal. Cruelle coïncidence.

Trois heures trente deux du matin indiquait la pendule dans le hall d’entrée de cet immeuble pas trop miteux. Direction le deuxième étage sur quatre pattes, jusqu’à la porte voulue devant laquelle le chien se tordit de toutes parts pour redonner vie à l’irlandais dont les sens embrumés altéraient la douleur jusqu'à la faire disparaître. Nu de la tête aux pieds, le corps tremblant dans la fraîcheur de la nuit, la chevelure en bataille, il ne faisait aucun cas de sa pitoyable condition pendant qu’il alternait la sonnette et son poing contre le bois. La belle Valentine, à cette heure tardive, serait assurément chez elle, à se prélasser dans ses draps sans se douter de la mauvaise surprise qui l’attendait, du spectacle plus qu'embarrassant qui se jouait derrière sa porte. Il n'était pas vraiment certain de ce qu'il faisait, ni même de le vouloir réellement, surtout dans cet état, mais ne parvenait pas pour autant à cesser son tapage. Il avait besoin de la voir et la réflexion s'arrêtait là. Peu importait l'accueil certainement foudroyant qu'elle lui réserverait. Misérable comme jamais pour la première fois de son existence, au fond de gouffre, à cet instant il se fichait royalement d'à peu près tout. Et plus encore de cette femme aux traits tirés et à la chevelure bouclée immaculée qui le regardait d'un air déconcerté, les lèvres pincées, le corps vieilli emmitouflé jusqu'au ras du cou dans une robe de chambre hideuse. Il allait bégayer une vanne épouvantable pour lui écarquiller d'avantage le regard lorsque la porte s'ouvrit enfin, dévoilant la silhouette gracile de la tant désirée Joan. Pour parler vulgairement, à ce moment précis, il se sentit très con. Et le whisky ne put rien pour lui.
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MessageSujet: Re: Je t'aime, moi non plus # Joan   Ven 22 Avr - 2:29

T’es pas belle à voir. Son estomac se noue tandis qu’elle avise les dégâts. Ça aurait pu être pire, se répète-t-elle en noyant ses hématomes dans l’eau froide. Les règlements de compte qui tournent mal, elle connait pourtant. En bossant pour la milice, la sorcière s’est enchevêtrée plus d’une fois dans un chaos sans nom, des bagarres sordides, des fusillades imprévisibles. Elle a traité plus d’une fois avec des révolutionnaires perturbés, désespérés, prêts à tout.  Mais trois mecs contre une seule femme ... Une femme sans uniforme, sans l’autorité conféré par la fonction, sans son coéquipier et ses collègues en général. Forcément, elle ouvre trop sa grande gueule, se montre toujours imprudente et voilà le résultat. Dire qu’elle n’a pas réussi à lui soutirer l’argent qu’il devait à sa patronne. Son égo en a pris un sacré coup, elle regarde s’émietter la pauvre estime qu’elle s’accorde, alors que ses doigts effleurent prudemment les ecchymoses les plus importantes. Ce milieu va te tuer. Qu’est-ce qu’il en sait d’abord ? Burton et ses grands états d’âme, ses grands principes à deux francs.  Son partenaire, celui qui aurait dû se faire une joie de la voir quitter provisoirement les rangs des peacekeepers pour mener cette mission d’infiltration. Au lieu de célébrer la fin de ses tourments, il débarque pour la sermonner. Un abruti fini qu’elle ne remercie pas. Elle se sent encore plus minable maintenant. Le malaise atteint son comble quand elle décide d’appliquer une pommade contre ses côtes endolories. L’odeur lui file la nausée, un souvenir vibrant contre sa paume et bientôt contre son flanc. Ce passage à tabac ne lui a rien cassé, rien réellement abimé. Quelques meurtrissures, deux, trois plaies superficielles. D’ici quelques temps, on ne verra même plus rien mais pourtant, elle se sent convalescente. D’un mal antérieur, d’un mal qui ne connait pas le moindre remède. La mémoire.

Devoir subir les coups sans pouvoir correctement riposter, terminer la tête contre le sol et la bouche en sang. Cette maudite impuissance. Les séquelles s’alignent quand elle noue sa chevelure en une natte haute et découvre de nouvelles traces azurées sur sa pommette droite. Une contusion dérangeante qui atteste du combat. Sa lèvre fendue semblait déjà assez dérangeante comme ça. L’idée d’apposer du maquillage sur cette lésion placarde un découragement notable sur ses traits. Comme avant, quand il levait la main sur elle et qu’elle s’empressait de faire disparaître cette honte. Comme avant, quand il fallait mentir et faire en sorte que personne ne remarque les marques. Non, elle n’est plus cette personne. Et il ne s'agit plus de lui. Puis, elle a répliqué jusqu’à ce qu’ils la relâchent et qu’ils abandonnent. Ce n’est pas suffisant cependant. Comment ça pourrait l’être ? D’un soupir, la trentenaire déserte la pièce après avoir enfilé un débardeur et s’être glissée dans un pantalon de survêt’ confortable. A chaque pas, elle a le loisir d’apprécier le bruit entêtant de sa hanche douloureuse. Elle proteste, craque et finit par lui arracher un grognement furieux. Écœurée et furieuse contre son échec du jour, la brune s’enroule très vite dans ses draps et attend que la chaleur l’enveloppe suffisamment pour fermer les paupières. Le sommeil ne survient qu’après de longues minutes et l’emporte dans des rêves décousus, incohérents. Morphée lui est arraché abruptement quelques heures plus tard. La sonnette puis les coups contre la paroi. Ensuite la sonnette et plus de coups. Les injures s’échappent de ses lippes serrées. Qui qu’il soit, qu’il aille au diable. Mais l’insistance de son invité mystère rompt très vite son sang-froid.

La jeune femme se relève si violemment que le husky au pied du lit sursaute. D’un mouvement de main sec, elle lui ordonne de rester là, referme la porte derrière elle pour s’assurer que le chien lui obéisse. En réveillant la douleur des divers heurts subits par l’ensemble de son corps, elle s’octroie un réveil pénible qui rend son irritabilité naturelle encore plus insoutenable. D’un geste rageur, elle délivre son antre au visiteur. Pratiquement convaincue de son identité à vrai dire. Il n’y a qu’un imbécile pour se pointer chez elle de manière irrationnelle, non ? « Burty, si c’est encore ta sale gueule de… » Mais ce n’est pas Burty. La surprise se mêle au choc alors que son regard couve le visage et ensuite, le corps du vagabond. Son souffle se coupe juste un instant et pendant les secondes qui accompagnent la découverte, tout ne semble être que confusion. Elle met un certain temps avant de retrouver l’usage de la parole. « Putain Declan tu peux m’expliquer, c’est quoi ce délire ? T’as pété une durite ? » Sa voix trahit le désordre mental autant que le trouble émotionnel grandissant. Sonnée, elle se raccroche à ce qu’elle peut pour tenter de mener une discussion à peu près lucide malgré cette situation aussi burlesque que déstabilisante. Son rire nerveux se coince maladroitement dans sa gorge, elle veut se faire railleuse mais échoue lamentablement. « Tu viendras encore me dire que j’ai mes chaleurs quand je passe te voir, t’es carrément passé au stade supérieur. T’avais pas plus subtile ? Une pancarte avec des dessins peut-être ou juste un baise-moi en banderole ? Une main directe aux fesses, ça passe aussi, hein. » La seule explication qu’elle puisse dénicher à cette mascarade avec le peu de facultés cognitives qu’elle parvient à mobiliser à cette heure tardive et face à cet homme. Ou peut-être est-ce la seule qu’elle aimerait qu’il lui fournisse, qu’il justifie la folie par la folie. Après des jours de silence, après toutes ces semaines d’abstinence, après l’incendie, après la tragédie, elle ne s’attendait pas à le cueillir de cette façon. Pas comme ça et pas ici. Elle n’a pas osé le contacter, l’approcher. Pas osé prendre des nouvelles du garçon. Quand il ne s’agit pas de sexe entre eux, elle est larguée. Où se trouve la limite ? Depuis un bon moment, elle n’en sait foutrement plus rien. Elle nie plus voracement alors les sentiments qu’il suscite dans une contradiction qu’elle nourrit allègrement. Pourtant, son esprit est en vrac, elle n’arrive même pas à raisonner correctement.

Avisant sa voisine de palier, Joan décide de ne pas continuer à entretenir le spectacle. « Vous avez pas mieux à faire que de le mater, Mme Shelby ? Je sais qu’il a un cul d’enfer mais il est où votre foutu savoir vivre ? Et toi, reste pas planté là aussi putain. » Sa main se referme sur le poignet de l’échoué, elle l’attire à l’intérieur et referme derrière lui sans lui laisser vraiment le choix. Plus proche désormais et juste un peu moins perturbée par son accoutrement ainsi que par son apparition, elle note alors un détail important omis jusqu’à maintenant. « Tu pues bordel, t’as siphonné combien de bouteilles d’alcool pour te balader les couilles à l’air comme ça ? Tu nous fais quoi, je peux savoir ? Parce que je te préviens, je compte pas aller exhiber mes nibards dans la rue pour te soutenir dans ce... peu importe ce que tu fous d’ailleurs. Elles sont où tes fringues ? C’est plutôt difficile de te regarder dans les yeux là, tu m’excuseras. » Sa paume n’a pas décollé de son bras. Au contraire, elle raffermit sa prise sur lui tandis que l’anxiété accule le peu de raison qu’elle possède encore. Ça ne lui ressemble pas de boire comme ça. Ni de se promener nu en public d’ailleurs – encore heureux. « Il s’est passé un truc ? » Son ton est descendu de plusieurs octaves, frôle le murmure apeuré. Ses prunelles remontent pour agripper les siennes. Aucune lampe pour venir chasser les ombres, elle n’a rien allumé sur son passage. La pénombre voile bien trop ce qui se terre dans l’azur. Elle ne peut pas mettre un mot sur son état. Ou plutôt s’y refuse encore.

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MessageSujet: Re: Je t'aime, moi non plus # Joan   Ven 22 Avr - 9:19

Pété une durite, c'était l'expression appropriée. Declan avait perdu tout contrôle sur son être, sur ses actes, ne semblait plus avoir de raison dans cette condition lamentable qu'il imposait à Joan à une heure pas permise. Il restait interloqué pendant qu'il l’observait de son air confus, qu'il écoutait ses paroles sans savoir comment justifier cette position gênante, cet acte qui semblait si désespéré alors même qu'il était connu pour sa force de caractère légendaire. Il s'appuya lamentablement sur l'encadrement de la porte pendant qu'il tentait de réfléchir à ce qu'il allait lui dire de suffisamment convaincant pour expliquer tout ça. Il n'avait encore jamais parlé de son don - ou plutôt de son fardeau - avec qui que ce soit. Il avait accepté ce pouvoir qu'il n'avait pourtant pas voulu mais restait effrayé de la réaction de ceux qui l'entouraient. Par peur de les perdre ou d'être condamné à tort, il avait fait de son pouvoir de changeur son plus précieux secret, après celui qu'avait révélé Nymeria au grand jour, bien entendu. Il se racla légèrement la gorge, essaya de s’éclaircir les idées avant que ses lèvres ne laissent s’échapper un simple « Euh... Je...». Ne sachant pas quelle justification apporter à son étrange allure, il se contenta donc d'un silence qui en disait long sur le désordre qui régnait cette nuit dans son esprit débridé. C'était préférable à une excuse totalement bidon allant dans le sens pervers qu'évoquait Joan et qui le rendrait plus ridicule qu'il ne l'était déjà. La situation était en plus ironique, la belle brune évoquait l'amour alors qu'il était venu lui livrer la guerre.

Encore plongé dans ses pensées hébétées, il entendit à peine la voisine de pallier se faire congédier avec toute la grâce qui caractérisait la peacekeeper, mais sentit nettement les doigts frêles de cette dernière se refermer sur son poignet. Attiré dans l'appartement sans réel ménagement, il n'y opposa aucune résistance, se laissa entraîner en titubant légèrement sur ses jambes un tantinet tétanisées dans la pénombre discrète de l'habitation. Il resta planté là où elle l'avait mené, ressentait l'angoisse dans sa prise qui se raffermissait. Il la distinguait à peine dans les ombres de la nuit, n'avait pas encore observé les bleus qui parcouraient son corps pendant qu'il pouvait deviner son regard peser sur lui avec une insistance qui le mettait mal à l'aise. Les murmures de la jeune femme le heurtaient pendant qu'il dégustait l'inquiétude qu'elle semblait éprouver à son sujet. La mine de l'irlandais dépravé se fit encore plus affligée, voilà bien longtemps qu'on ne s'était pas inquiété de son sort comme semblait le faire Joan, et ce fait le troublait profondément. Il n'arrivait pas à mettre de mots sur les sentiments qu'il avait pour elle, se doutait cela dit de ce qu'ils pouvaient être, mais refusait catégoriquement de les reconnaître pour ce qu'ils étaient et de s'y adonner pour le moment. Trop de frayeur. Trop de risques. Trop d'implications. Et il fut tellement touché par son attitude qu'il en oublia la raison de sa venue. Toute colère venait d'être soufflée d'un battement de coeur. Mais revint plus vive lorsqu'elle osa lui demander s'il s'était passé quelque chose. Toute sa rancoeur revenait le submerger pendant qu'il se débarrassait violemment de ce contact qu'il ne voulait plus sur sa peau. Il la chassa avec la brutalité de l'ivrogne, puis recula de quelques pas peu assurés.

« Qu'est ce que ça peut te foutre c'que j'ai pu boire ou comment je trimbale mes couilles sur les trottoirs ? C'est pas ton problème ! ». Lui dit-il en appuyant chacun de ses mots, accompagnant sa dernière parole d'un geste blasé de la main. « Joue pas ta fausse angoissée là, à deux balles. Pfff. Ce qu'il s'est passé ? Tu t'fous d'ma gueule ? On a presque tué un gosse j'te rappelle ! Tu trouves pas ça un peu facile hein, de t'pointer chez moi avec ton héroïsme à la con puis d'te tirer dès que les choses dérapent ? Pas une seule visite ! Pas une seule fois t'es v'nue prendre des nouvelles ! ». Il se rapprocha de Joan avec fureur, l'accula presque. Ses gestes et son approche devenaient agressifs pendant qu'il se cognait dans un petit meuble qui laissa chuter un vase qui s'éclata sur le sol, éparpilla des bouts de verre à leurs pieds sans qu'il ne paraisse se rendre compte de sa maladresse. « Qu'est-ce tu crois Joan, qu't'as l'droit d'débarquer dans nos vies quand ça t'arrange, quand ça redore ton p'tit blason d'fliquette parfaite à la r'cherche d'reconnaissance et d'nous laisser comme des moins que rien après avoir merdé ? On l'a brûlé vif putain et t'es pas fichue d'sortir ta paire de couilles que t'as pas honte d'exposer d'habitude pour assumer ?! Tu m'laisses porter ça tout seul, t'as pas l'droit d'te défiler !!! T'entends ! Vous avez pas l'droit d'me dire que j'suis l'seul responsable de tous ces putains de malheurs, que tout est d'ma faute, bande de lâches égoïstes ! ». Joan. Emmy. Tout se mélangeait pendant qu'il déballait sans interruption tout ce qui lui pesait. Tout ce qui l'avait conduit à en arriver là, nu comme un ver et alcoolisé aux portes de celle qu'il aimait sans se l'avouer et qu'il blâmait pourtant violemment.  

Soudain, il se tourna vers le petit buffet adjacent et envoya valdinguer à terre tout ce qui s'y trouvait d'un balayage de revers de main déchaîné. Il lâcha un « Putain » hystérique dans la foulée avant de calmer ses ardeurs et d'appuyer ses mains contre le meuble, la tête basse, le corps tremblant. Dos à Joan, il avait subitement honte de son emportement irréfléchi, de son état malheureux et irrespectueux, de sa chair nue. Elle ne méritait pas un tel courroux. Se sentant tout à coup très petit, sa voix mourut presque pendant que filaient ses derniers mots. « Tout part en live... Pourquoi t'es venue c'soir là... te mêler d'ça... ». Un ultime reproche pour la route.
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MessageSujet: Re: Je t'aime, moi non plus # Joan   Ven 22 Avr - 12:11

Le rejet aussi simple que blessant par sa symbolique et par la force qu’il déploie dans ce seul mouvement. Il se débarrasse de sa sollicitude comme d’un déchet qui encombre une rigole pour engendrer aussi vite de nouveaux motifs à la confrontation. La brune discerne à peine leur environnement quand la rage lui saisit la gorge. « Pardon ? Tu te pointes en plein milieu de la nuit chez MOI, à poil et ivre mais c’est pas mon problème ? Tu te fous de ma gueule ? J’ai droit à une putain d’explication ! » Elle refuse de lui concéder la moindre parcelle de silence. Mais sa belle assurance se démantèle rapidement quand il se montre tout à coup menaçant, la dominant de toute sa hauteur malgré sa démarche incertaine. Joan se sent soudainement minuscule, si minuscule qu’elle pourrait se rouler en boule dans un coin et attendre sans broncher qu’il se calme. Cette scène lui en rappelle un millier d’autres, elles n’ont de cesse de se rejouer depuis qu’elle est rentrée. L’effet papillon a raison d’elle, chaque battement d’aile la fait capituler tandis qu’il s’emporte. Elle pense pendant un bref instant qu’il va lever la main sur elle. Par pur réflexe, la milicienne baisse les yeux, contemple les débris du vase bordant leurs pieds nus. Quand il s’écarte, elle est toujours aussi tétanisée. La fureur de Declan ne s’achève pas avec ces quelques paroles. Non, il les ponctue de gestes hargneux, détruit volontairement les quelques babioles entreposées sur un meuble proche. Quand les objets sont jetés au sol, la sorcière se met à frémir. En un geste douloureusement familier, elle entoure sa poitrine de ses bras, construit une barricade fictive pour un ennemi réel. Elle a peur. Pour la première fois depuis qu’ils se côtoient, il la terrorise. Pourtant, elle sait. Elle sait pertinemment de quoi il est capable. Mais à lui aussi, elle a toujours trouvé des excuses au fond. Effroyablement attirée par le danger, semblerait-il. Heureusement, les tremblements du changeur mettent un terme à son repli alors que cette voix brisée clôt le jeu des époques.

La prochaine aspiration fournit à la trentenaire la force de répliquer. Elle dénoue sa propre prise, hurle littéralement dès les premiers mots, sans doute pour retrouver un semblant de contenance. Tout ce qu’il lui a jeté à la figure se bouscule dans son crâne, elle mélange toutes les idées, les recrache dans un chaos sans nom. « T’es complètement malade ! Faut te faire soigner ! J’en reviens pas, t’es qu’un putain d’enfoiré ! Tu crois que j’ai risqué mes fesses pour une foutue reconnaissance ? Tu crois que j’en ai quelque chose à carrer de la gloire ? Je te signale que personne voulait venir pour te protéger, ni toi, ni la marmaille. J’ai risqué gros en débarquant, ça m’a foutue dans une merde infâme mais ça, t’en as rien à foutre hein ? C'est comme ça que tu me remercies ? T’es qu’un putain d’ingrat ! La prochaine fois, je te laisserai crever, j’aurai pas le moindre scrupule. Puis la ramène pas parce que quand je viens pour te baiser, là ça t’arrange que je débarque par surprise dans ta putain de vie ! » Le souffle lui manque. Elle aspire l’air avec précipitation, serre ses poings en attendant, contenant à peine le retour de sa hargne. Cette colère sourde la consume au point d'en faire souffrir ses phalanges. Un rire macabre s’échappe de ses lèvres serrées. « Et si j’étais pas venue, ça aurait changé quoi ? Ils seraient peut-être tous les deux morts et toi avec, abruti ! Putain, j’hallucine. Tu t’es tapé tout ce chemin sans calbut juste pour foutre le bordel dans mon appart’ ? Tu veux y mettre le feu aussi peut-être ? Ça te soulagerait que ça soit moi qui crève, qui prenne les coups ? Vas-y, Declan, fais-toi plaisir, je suis juste là. Défoule-toi. » Provocation gratuite, elle a presque envie qu’il y réponde. Presque envie pour pouvoir répliquer, lui coller ce poing qui la démange.

Son audace et sa démence se disloquent aussi vite, rattrapée par la précarité de cette situation et l’infortune de son amant. La culpabilité la tiraille, creuse de nouvelles cavités dans sa poitrine. Elle s’en veut tellement qu’elle n’a pas osé les revoir. Et il a raison, elle n’assume pas ce qu’il s’est passé. Elle n’assume pas l’accident, pas plus qu'elle n'assume ce qu'il se passe entre eux avant, maintenant. Après. Elle recule déjà d’un pas mais sans jamais baisser d’un ton. « Tu crois quoi ? Que ça me laisse indifférente ce qui s’est passé ? J’avais la trouille, pauvre con ! Et je savais que tu voudrais pas revoir ma gueule de sitôt, tu viens pas me détromper là. Regarde-moi ce merdier, bordel. » Ses bras s’ouvrent sur le cimetière de bibelots qu’elle possédait avant de pointer un index accusateur en direction du métamorphe. « J’ai pas voulu ça, merde. Je voulais qu’ils viennent ici, moi, ces gosses. Alors que je te dois rien, putain. Je t’ai même filé la bagnole pour… Et puis, tu sais quoi, va te faire foutre ! C’est toi qui parvient pas à gérer ta foutue culpabilité, déblaie la merde devant chez toi avant de venir la chercher chez moi. Je t’ai reproché quoi à la fin ? A part d’être le salaud qui m’a tirée du lit pour… Pour je sais même pas en fait. Qu’est-ce que tu fiches ici, hein ? T’es venu chercher quoi ? Ta vengeance ? » Rageusement, son pied frappe la table basse. Sa hanche subit la violence du geste, elle se plie légèrement pour accuser la douleur, soutient inutilement l'os. « Merde. » crache-t-elle plus fort encore. Elle ramène son autre main encore tremblante contre son front. Elle devrait lui dire de se tirer mais elle n’y arrive pas. S’il ne s’était pas emporté, elle aurait compris. S’il ne lui avait pas foutu les jetons, elle aurait peut-être même réussi à tolérer ses reproches. Sa détresse est apparente et elle y est sensible malgré elle. Elle déteste le voir dans cet état. Mais elle ne l’excusera pas pour autant. Pas plus qu’elle ne pourra vraiment le congédier. Piégée. Oui, voilà ce qu'elle est. Piégée.

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MessageSujet: Re: Je t'aime, moi non plus # Joan   Ven 22 Avr - 15:11

Les mots étaient blessants, ils fusaient de la bouche de Joan avec la colère dans le timbre, peut-être un peu de peur qu’il pensait également discerner. Avec de l’incompréhension et de l’exaspération. Declan était allé trop loin et il le savait. Il avait dépassé les frontières et regrettait amèrement son geste. Dépassé les limites sans se soucier du mal qu’il causerait, des dégâts, des séquelles, des conséquences qui pouvaient aller jusqu’à perdre cette femme qu’il ne voulait pourtant surtout pas faire fuir. Sa fratrie lui avait tourné le dos et il commençait à se demander s’il n’était pas totalement responsable de leur ingratitude finalement. Il suffisait de voir comment il avait osé traiter Joan alors qu’elle avait fait tout son possible pour lui venir en aide, jusqu’à débarquer seule contre tous dans son taudis avec son courage pour unique arme. Et de se rendre compte de l’injustice de la situation. Celui qui blâmait les autres pour leur manque cruel de gratitude s’était glissé dans un rôle tout aussi ingrat. Oui, Joan avait des torts. Ceux de ne pas avoir réussi à affronter les stigmates de la tragédie accidentelle à laquelle ils avaient participé, mais jamais il ne pourrait la condamner pour autre chose que pour cette faiblesse passagère qui n’était finalement que le reflet de sa part d’humanité qu’elle s’échinait à dissimuler derrière son armure aux allures masculines, infaillibles. Elle était venue les aider ce soir là, risquer sa vie pour eux, pour lui, et certainement pas pour le plonger dans l’Enfer qui le tourmentait depuis. Jugé, mis à terre, damné par son frère pour l’incident qui n’avait été que le fruit de leur tentative désespérée de sauver leurs peaux, il avait préféré nier l’évidence et trouver à son tour le coupable idéal, simplement pour se décharger de la peine qu’un autre lui causait, qu’il se causait aussi lui même. Un acte égoïste, la proie d’un désespoir qu’il n’avait jamais pensé permis et qu’il n’arrivait pas à encaisser. Il était là le problème, il était incapable de s’accommoder de sa propre faiblesse. Ne sachant comment gérer cette dérive qui l’entraînait trop loin dans l’océan de la souffrance et de l’impuissance, il avait déraillé, avait fait n’importe quoi. Il n’avait pas le droit de faire de Joan un dommage collatéral et n’ayant ni le courage ni la légitimité de pouvoir la contredire, il la laissa le réprimander sans dire mot, toujours de dos. L’homme n’avait plus la moindre dignité et n’osait plus faire front. Tout ce qu’elle lui crachait à la gueule était amplement mérité et il n’avait plus qu’à encaisser la hargne de la peacekeeper sans broncher. Puis elle avait raison, elle l’avait prévenu que ses neveux seraient d’avantage en sécurité chez elle. Trop orgueilleux pour se laisser chasser de chez eux par des tueurs qui se terraient dans l’ombre, c’était sa saleté de caractère trop fier et trop borné qui leur avait coûté si cher. Quant à son argument concernant son non désir de la revoir après ce drame, il était également pertinent. Mais pas tout à fait exact. Il ne l’aurait jamais traitée si mal s’il s’était évité la rencontre avec son taulard de demi frère. C’était le venin d’Eamon qui avait conduit Declan à en vouloir injustement à Joan. La douleur qu’il lui avait insufflée et qui l’avait contraint à s’égarer dans cette rancoeur infondée, dans cette noirceur d’âme qui n’aurait jamais dû heurter cette femme qui subissait le courroux finalement destiné à un autre. L’irlandais avait déversé sa rage sur son cadet, mais l’effet boom-rang auquel il ne s’était pas attendu l’avait dévasté.

Il ne la voyait pas faiblir dans la pénombre. Ne pouvait toujours pas la regarder pendant qu’elle subissait le contre coup de ses propres batailles et que la douleur de cette frappe contre il ne savait pas trop quoi se répandait. Il ne daigna finalement se retourner que lorsqu’un juron sortit d’entre ses lippes et qu’il comprit que les remontrances étaient achevées. C’est là qu’il prit enfin la peine de poser son regard éreinté sur son corps vêtu d’habits de nuit. Il ne distinguait pas les détails, mais l’esquisse de cette femme aux formes pures et délicates prise au dépourvu au beau milieu de la nuit suffit à inspirer d’avantage de force à ses remords. Il prit conscience de la pagaille qu’il avait causée, de ce vase fracassé qui aurait pu la blesser, de tous ces objets jonchant le sol, de la crainte qu’il avait dû lui communiquer... T’as vraiment déconné... putain... Comment avait-il pu en arriver là ? Effleurer de telles extrémités ? Se laisser à ce point soumettre par ses propres émotions ? Ca ne lui ressemblait pas de se laisser autant dépasser par lui-même. Declan avait toujours été un homme impulsif, qui s’élevait dans la fureur aussi rapidement qu’il était capable d’en redescendre. Mais jamais il n’était allé jusqu’à perdre à ce point le contrôle. Il se surprenait presque à se faire peur. Qui savait jusqu’où il pourrait aller la prochaine fois ? Cette question n’avait pas la moindre réponse et c’était terriblement inquiétant.

« J’suis désolé, j’aurais jamais dû v’nir ici. C’est toi qui raison, je sais pas c’qui m’a pris, tu mérites pas ça... Je... J’ai pété un câble. J’suis là dans un putain d’sale état qu’t’as pas à subir, à t’en foutre plein la gueule alors qu’je suis le seul connard d’l’histoire. Et merde, t’es pas une saleté d’punshing ball ! ». Il se tut, juste un court instant. Passa l’une de ses mains rfébriles dans sa tignasse rebelle pour se donner le temps de rassembler ses esprits et de réfléchir. Purée que c’était compliqué. C’était bien la première fois qu’il abdiquait si facilement. « Euh... Je... Je vais ramasser c’bordel et j’vais t’laisser tranquille avant d’faire plus de dégâts ou d’choquer d’avantage ton voisinage ». Sur ces mots il se plia l’échine pour atteindre les débris de verre étalés sur le sol. Lamentable, engourdi, il manqua de s’échouer comme une larve et se rattrapa les deux paumes dans les morceaux de vase. Il jura à son tour d’un timbre rageur et crispé. « Et merde ». S’adossant contre le meuble, les fesses à terre, les couilles toujours à l’air,les jambes repliées, il observa ses mains d’un air perdu. « Donne moi juste quelques instants s’te plaît... ». Quelques secondes seulement s'étaient écoulées lorsqu'il lui demanda soudainement, grisé par l'alcool. « Ne m'tourne pas l'dos toi non plus Joan... Je sais qu'jai grave déconné, qu'tu dois avoir envie d'me crever comme un porc pour tout c'que j't'ai fait ce soir... Mais m'tourne pas le dos... ». Presque une supplique qu'il aurait peut-être oubliée le lendemain, avec un peu chance.
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MessageSujet: Re: Je t'aime, moi non plus # Joan   Sam 23 Avr - 1:53

Il n’y a plus rien à écouter si ce n’est son souffle empressé. Les doigts se crispent sur la hanche, s’enfoncent dans la peau. Il ne dit rien alors qu’elle s’est attendue aux rafales suivantes à défaut d'y être correctement préparée. Il ne l’a pas interrompue, il n’a pas bronché. Il n’a même pas relevé le regard vers elle, pas une seule fois, il n’a fait mine d’accuser ses propos. Son indifférence la fait enrager et la tourmente à part égale. L’instabilité du changeur suggère les extrêmes. Elle craint qu’il ne ravage un peu plus son appartement, appréhende un peu plus qu’il ne s’en prenne directement à elle. Elle a peur de ne pas pouvoir le repousser. Ou plutôt de ne pas chercher à le repousser. C’était facile de réagir quand il s’agissait de Stain, facile de répliquer, de l’anéantir. Declan ne lui a jamais fourni la moindre raison pour un tel excès de violence. Pas avant aujourd’hui du moins. Ils se sont souvent disputés, elle l’a insulté. Ils se sont pris la tête plus d’une fois, elle l’a maudit, elle l’a parfois détesté. Mais jamais, jamais il n’a fait quelque chose qui puisse briser le respect qu’il a obtenu d’elle. Quand bien même il sème des cadavres, quand bien même il se pointe ici ivre. La loyauté de la sorcière suppose l’éternité, elle ne l’accorde qu’à très peu de personnes et  elle ne la reprend pratiquement jamais. Sauf s’il franchit la limite. Celle qu’elle croyait assurément définie, celle qui s’efface et se réinvente pourtant à chacune de leurs rencontres. Il est déjà trop tard pour croire qu’elle puisse facilement se détacher de lui mais ça, elle ne le sait toujours pas. Elle ne sait pas qu’elle accepte de subir la démence de l’irlandais parce qu’elle nourrit des sentiments à son égard. Elle ne sait pas qu’elle a développé une empathie dérangeante pour lui pour cette seule raison. Non, elle ne sait pas qu’elle est prête à bien des compromis pourvu qu’il ne quitte pas cet endroit, qu’il ne lui échappe pas. Surtout pas dans cet état. Il a besoin d’elle. C’est une évidence qui ne devient pas tout à fait limpide cependant dans l’esprit de la milicienne. Elle ne reconnaît qu’une seule chose. Il ne peut pas déambuler dans les rues de la Nouvelle-Orléans comme ça.

Le mutisme du métamorphe provoque immanquablement son impatience. Elle se retient de crier à nouveau, de lui ordonner d’ouvrir la bouche, de propulser des sons. Elle ne peut pas se disputer toute seule, elle ne peut pas supporter son silence. Elle ne peut pas endurer une guerre froide, pas plus qu’elle ne peut subsister dans ce moment à bascule où tout est possible mais où rien ne se produit. S’il doit hurler, s’il doit encore casser d’autres objets sans utilité, autant qu’il le fasse maintenant. L’attente l’insupporte et par chance, il l’en délivre finalement. Son timbre ne projette pas le spectre d’une autre bataille. Non, il abandonne même cette lutte, en avoue une autre à demi-mot. Il désarme totalement Joan autant par le fond que par la forme. Sa voix suggère un trouble dont elle ne peut apprécier les extrémités. La hargne absente, il ne demeure qu’un homme effroyablement confus, abimé, usé. Brisé. Ses excuses font plus de dégâts que n'importe quel autre geste rageur. Elle le reconnaît à peine sans cette fierté qu’il a toujours arborée. Cette orgueilleuse audace qui lui procurait une certaine assurance que la brune ne pouvait supporter. Celle-là même qui lui conférait néanmoins un charisme qui a, de toute évidence, réussi à la toucher. Au point qu’elle atterrisse dans ses draps. Au point qu’elle revienne à sa porte. Le discours de l’ivrogne se découd de plus en plus. Il titube, elle fait un pas vers l’avant quand il s’écroule au milieu des débris. « Putain mais arrête tes conneries. Tu fais que de la merde là, bordel. » balance-t-elle violemment, perturbée par cette nouvelle frayeur et définitivement désorientée par son comportement.

Elle lui accorde ces quelques instants de répit à contre cœur, s’empêche de traverser la pièce pour lui porter assistance. Elle en a déjà oublié la folie, la brutalité et la peur. Dans cette pénombre de plus en plus dérangeante, la vulnérabilité de son invité ne fait plus aucun doute. Et quand il lui impose ses prochaines paroles, elle se croit capable de tout, définitivement atteinte par son discours. Elle doit se rapprocher, se rapprocher juste assez pour pouvoir le toucher. Mais c’est trop facile. Trop facile de jouer avec ses sentiments, trop facile de lui broyer la poitrine après toute la scène qu’il vient de lui jouer. Sa méfiance naturelle lui ordonne de ne pas se précipiter quand bien même, elle se voit déjà ouvrir les bras à l’égaré. L’alcool parle. Pas Declan, l’homme qu’elle connait. Les mots s’entrechoquent à nouveau dans son crâne. « Te crever comme un porc ? Je frappe pas un pauvre homme à terre, je suis pas assez minable pour ça. » Son timbre s’est déjà adouci, ne rend pas justice à son intention. Elle veut garder le contrôle. Il n’y a plus qu’elle pour assumer ce rôle alors qu’il se décompose contre le parquet. « Déjà, tu touches plus à rien. J’ai pas que ça à foutre moi, devoir te soigner en plus de devoir être ta putain de baby-sitter et de réparer tes conneries. Montre-moi tes mains. » Elle s’est rapprochée, s’est accroupie le plus prudemment possible pour ne pas écorcher la plante de ses pieds contre les objets fracturés. Dans l’obscurité, elle ne discerne absolument rien alors elle décide de se relever pour allumer la lampe la plus proche. « Reste pas là comme une merde, tu peux aller décuver sur le canapé. Je vais pas te foutre à la porte. Je devrais, putain, je devrais vraiment te virer mais je le ferai pas. Et t’auras pas intérêt à l’oublier ça, foutu ingrat. » Ses menaces n’ont rien de sincères, elles sont là pour meubler le discours, pour qu’elle puisse communiquer le message  sans avoir à se dévoiler. Dévoiler la peine qu'il lui fait à être aussi mal. Dévoiler l'affection qu'elle lui porte. Mais il doit savoir qu'elle ne lui tournera pas le dos. Jamais.

La lumière met en relief la déchéance du soulard, comprime le cœur de la divorcée. Avant de le rejoindre, elle attrape le plaid échoué sur le divan et le dépose prudemment sur les épaules du plombier. Sa main droite reste en place, dévale le bras de son allié d’infortune tandis qu’elle se replace face à lui, revient à sa hauteur. Son regard cherche les coupures sur ses paumes avant de revenir accoster ses prunelles. « Bon, tu vas me dire ce qui t’as mis dans un tel état ? Et ce que tu fous à poil ? C’est à cause du gamin ? Ça s’est empiré ? Tu veux peut-être pas en parler mais de un, j’en ai rien à foutre de ce que tu veux et de deux, vu que tu as reconnu que j’étais pas ton putain de défouloir, que tu m’as royalement emmerdée, démoli mes trucs et que t’as failli me cogner par-dessus le marché, t’as intérêt à me fournir cette foutue réponse. » Le ton se veut dur tandis que la paume s’est replacée là où elle était plus tôt, contre son poignet. Ce n'est pas suffisant. Mais elle se refuse à plus de compassion pour le moment. Pas avant d'être sûre qu'il la mérite.

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MessageSujet: Re: Je t'aime, moi non plus # Joan   Sam 23 Avr - 18:48

Son sang se glaçait pendant qu’elle lui demandait de la laisser observer l’étendue de ses écorchures, de cette voix maintenant si douce qui lui soufflait suffisamment d’apaisement pour oublier toute bribe de colère qui l’avait tantôt dépassé. Il avait peur de ce qu’elle pourrait être amenée à découvrir. Que ses égratignures n’aient déjà commencé à subir les bienfaits de cette cicatrisation accélérée qui s’éprenait de lui chaque fois que son corps devenait le sujet d’entailles dérisoires. Il avait bien assez d’explications à lui fournir ce soir et ne se sentait pas encore prêt à évoquer en plus ce sujet délicat qu’était sa condition inhumaine. Déjà soupçonné de crimes qu’il avait de plus réellement commis, il redoutait d’être définitivement catalogué de monstre. D’être abandonné par l’unique personne qui côtoyait toujours de son plein gré son univers, voire d’être enchaîné puis enfermé, peut-être torturé. Il avait eu vent, grâce à Stain, des rumeurs qui tendaient à affirmer que les êtres de son genre étaient le trophée favori des scalpels d’une plus haute hiérarchie et craignait de devenir un jour l’objet de leur démence qu’ils justifiaient par la science. Il y avait définitivement trop de risques pour dévoiler un pareil secret, et pas encore assez de confiance réciproque entre ces deux têtes brûlées pour se laisser découvrir dans leurs plus sombres profondeurs. Toutefois l’inquiétude fut vite balayée au profit du soulagement. La pénombre avait préservé son mystère, pour un temps.

La lumière vint remplacer l’obscurité dans la souffrance. Declan ferma ses yeux violemment agressés et les protégea à l’aide de son bras nu, juste le temps de s’y accoutumer. Il aurait voulu dissimuler l’intégralité de son corps, cacher sa nudité et son état, mais se retrouvait démuni face au regard de Joan qu’il n’avait pas encore eu le courage d’affronter. Puis, doucement, il dégagea son visage, cligna quelques instants de ses paupières engourdies avant de plonger ses yeux fatigués d’un azur sans plus aucun éclat dans ceux de son hôte. Les images étaient floues, légèrement instables. Il ne distinguait encore rien de bien précis pendant que l’ébauche de la jeune femme s’abandonna à de nouvelles tirades. Il écoutait les mots de la peacekeeper avec une chaleur qui doucement lui réchauffait le coeur, puis peu à peu le corps. Elle ne dévoilait pas ses sentiments dans tous leurs détails, ne parlait qu’à demi mots, mais ceux-ci suffisaient à lui faire passer le message : elle était là pour lui, malgré les conneries et les déboires, l’irrespect et l’ingratitude, le franchissement des frontières qui aurait assurément brisé une relation superflue. Et superflue, la leur, elle ne l’était pas. Chacun niait l’évidence sans pour autant se voiler totalement la face. Ils tenaient l’un à l’autre, s’affectionnaient dans leurs qualités mais aussi dans leurs défauts les plus harassants. Un lien les unissait tous deux dans l’incertitude d’être capable de s’avouer la forme et le fond, mais avec l’assurance de son existence. Un lien auquel ils s’accrochaient pourtant, inéluctablement. Un lien que ni l’un ni l’autre n’étaient capables de défaire sans comprendre leur obstination à s’échiner dans la douleur et la crainte qu’il leur inspirait.

Silencieux, il se redressa avec peine en s’appuyant de toutes ses forces contre le petit buffet avant de tituber jusqu’au canapé qu’elle venait de lui proposer d’occuper. Il s’y laissa tomber maladroitement en position assise, presque avachie. Croisa ses bras sur son torse dénudé, non pas de froid mais de honte, fut soulagé lorsqu’il sentit le contact rassurant du tissu sur sa peau au teint trop pâle. Se satisfit d’un simple « Merci... » à peine audible lorsqu’il s’y emmitoufla avec une sérénité reconquise. Merci pour sa présence et sa bienveillance, pour le pardon qu’elle lui avait indirectement accordé en s’abstenant de le mettre à la porte de son cocon qu’il venait de saccager. Il prit conscience de sa paume toujours sur son épaule, de cette caresse qui se propageait jusqu’à ses mains qu’il n’osait toujours pas la laisser détailler. Frémissant sous ce contact à la fois sécurisant et préoccupant, il n’esquissa pas le moindre mouvement, se contenta de la regarder d’un air résigné, de la laisser étendre son discours soucieux jusqu’à sa fin avant de lui répondre. « Tu n’y trouveras rien... » bafouilla t-il de sa voix grave un peu vacillante que l'intimité de Joan n’encouragea pas d’avantage. Il savait qu’il n’y avait déjà plus rien à constater. D’un geste tendre, sans force, il lui attrapa cette main qui chevauchait son poignet, la serra doucement dans la sienne tout en observant son action. Ce fut à ce moment qu’il discerna quelques ecchymoses sur sa chair presque blême. « Je suis tellement désolé... » lui dit-il encore tout en zieutant ses bleus lorsqu’il comprit qu’elle n’était pas dans le meilleur des états et qu’il avait malmené une femme déjà blessée. Une femme qui l'était continuellement et suffisamment dans son travail, à qui il n'avait pas eu le droit d'ajouter ça.

Sans lâcher sa main, il vint s’effleurer le front de ses doigts libres d’une attitude chagrinée, écoeuré par sa dérive. Les croyances de Joan revenaient à sa mémoire et le heurtaient avec brusquerie. Elle avait cru qu’il en viendrait à la violenter. Voilà la sensation terrible qu’il lui avait procuré, la terreur dont il avait été l’auteur, l’image avilissante qu’il lui avait renvoyée. Ca faisait mal. Très mal. Trop mal. Aussi, oubliant toutes les interrogations de la belle, il lâcha cette affirmation qu'il pensait sûre. Cruellement peiné qu'il était, le coeur déchiré qu'elle ait pu croire le contraire. Qu'il ait pu lui-même la mener sur le chemin de cette imposture. « Je n't'aurais jamais frappée tu sais... J'suis beaucoup d'choses. Beaucoup d'sale trucs, c'est vrai... Mais je suis pas ça. Je suis pas un mec qui frappe sa femme ». Dans son aveu, " sa femme " était sorti seul d'entre ses lèvres fades. Il n'avait pas mesuré la portée de ses mots, n'avait pas soupesé le poids qu'on pouvait leur apporter et ne s'en rendait pas plus compte pendant qu'il ouvrait de nouveau la bouche. « Je n'sais pas quoi t'dire en fait. Je sais même plus vraiment c'que j'suis venu chercher ici... ». Une coupable ? Une amante ? Une main tendue, lui qui avait toujours été répugné par cette faiblesse, qui s'était toujours débrouillé seul ? Lui que la fierté avait élevé jusqu'à lui faire croire à son invulnérabilité ? Il était simplement perdu, n'avait puisé aucun réconfort dans ce qu'il était venu chercher et qu'il n'avait pas trouvé.. « J'ai grave merdé avec toi ». Sa prise s'affermissait sur la chair de la jeune femme, mais ce fait aussi demeurait dans l'ignorance d'un geste purement instinctif, machinal, qui coulait simplement de source. « Le p'tit est toujours dans l'même état, on peut rien m'dire, rien m'promettre, rien a changé depuis l'autre soir... Ca va aller, j'ai juste déraillé, ce putain d'vase était trop plein, c'est tout... Ca va aller ». Sa voix faiblit lorsqu'il se répéta, plus pour lui même que pour son hôte, simplement pour se convaincre de la véracité de ses propos. Quant à sa nudité, volontairement, il avait omis de l'évoquer.
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MessageSujet: Re: Je t'aime, moi non plus # Joan   Dim 24 Avr - 3:40

Les faiblesses des autres ne l’intéressent plus depuis longtemps. Son insensibilité l’a préservée de bien des dommages ces dernières années. A quelques exceptions près. A une exception près. Elle se demande encore pourquoi elle a accouru ce jour-là. Pourquoi elle s’est armée jusqu’aux dents en quelques minutes seulement. Comment elle a fait pour ne pas hésiter une seule seconde dès qu’il a été mentionné. Dès qu’on lui a appris que sa vie était directement menacée. Elle évite de se pencher sur les questions qui font mal et la blessent. L’idée de redevenir dépendante affectivement la terrorise. Entacher son égoïsme, placer les besoins d’une autre personne avant les siens. Ça ne lui réussissait pas avant. Elle doute que ça lui réussisse actuellement. A croire qu’elle n’a toujours connu que les extrêmes. Elle ne fait jamais rien dans la nuance, il faut que ça soit noir ou blanc. Passion ou haine. Mais lui, il lui pose problème. Il métamorphose chaque conception,  les associe habilement pour en construire un tout parfaitement incohérent. Elle ne sait pas où ils vont. Encore moins ce qu’elle fait. Elle préfère croire qu’elle déteste ce qu’elle ressent au lieu de réaliser que de bien des façons, il la rend plus vivante. Un danger qu’elle ne prend pas consciemment, ce qui le rend d’autant plus risqué. L’échantillon qu’elle divulgue, de cette affection devrait suffire. Elle devrait ouvrir les yeux mais butte contre ses propres démons, en fait son étendard. Aux pieds du métamorphe, la sorcière mise gros. Demain, il se réfugiera derrière l’excuse toute trouvée, l’alcool. Demain, elle n’aura aucun alibi, si ce n'est celui de lui être dévouée. Cet ascendant l’encombrera. Elle se maudira. Elle le sait. Pourtant, dès qu’elle relève les prunelles, qu’elle se heurte à la déroute de son amant, elle n’y pense plus. Parce que oui, c’est déjà bien trop tard. Sa détresse prévaut sur son orgueil.

L’absence de coupures n’amène aucune réelle question. Les préoccupations de la brune la tiennent éloignée des conclusions à tirer. Et même si sa curiosité avait été piquée, elle l’aurait sans doute effacée au profit de la seconde suivante. Quand il saisit sa main, elle retient son souffle. Bercée par cet amour vache depuis que l’attraction s’est associée à leurs démêlés, la milicienne n’a jamais pu réellement apprécier cette facette du changeur. Ivre, il ne se rend pas compte de ce que ce seul mouvement implique et suggère. Cette tendresse masquée par leurs égos s’affrontant à tour de rôle, soudainement révélée, tangible. Le trouble de la brune se mue en bouleversement. Les mots se désagrègent dans son esprit confus. La nouvelle salve d’excuses ne trouve aucune oreille pour être entendue. La trentenaire peine à ne pas outrepasser les dernières barrières, l’amener plus près d’elle, juste assez près pour qu’elle puisse profiter de sa chaleur, qu’elle puisse lui dispenser la sienne surtout. La douceur dont fait preuve Declan, contraste avec tous leurs précédents contacts. Même dans les moments les plus intimes, ils n’ont jamais fait preuve d’autant de délicatesse. Le cœur de la divorcée ne bat déjà plus en rythme. Le pouls anarchique et la tête vide jusqu’à ce qu’il s’exprime à nouveau, cherche à sauver son honneur. Avec beaucoup de difficultés, les sons s’échappent de son larynx. « Ouais, c’est ce qu’ils disent tous avant que ça se produise.  Si t’es suffisamment bourré pour saccager des conneries, je vois pas pourquoi ça te prendrait pas d’un seul coup, hein. » Sa voix instable ne porte les syllabes qu’avec précarité et casse en totalité l’effet qu’elle a voulu créer. Elle ne l’accuse pas, fait un vague constat d’une vérité néanmoins. Sa vérité. Elle se tait à nouveau pour accuser au mieux les émotions brutes qu'il provoque. Tellement tourmentée qu’elle n’a même pas relevé l'adjectif possessif. A moins qu’inconsciemment, elle s’y identifie naturellement.

Engourdie par cette nuée de sentiments, elle demeure immobile, attend qu’il complète son discours avant de retrouver un semblant de repères. Ses dernières paroles érodent définitivement sa poitrine, creusent de nouvelles cavités. A la souffrance éprouvée et au fait qu’il minimise sa peine alors qu’elle la contamine si violemment, elle réagit abruptement. «  Ca va aller, mon cul, ouais ! Regarde-toi, putain ! Il a forcément dû se passer un truc pour que tu te saoules la gueule comme ça. Sans parler du fait que t’es à poil et que t’arrêtes pas de me prendre pour la dernière des connes à ce sujet. Le vase plein ? Quelqu’un t’a emmerdé ? Une autre merde t’es tombé dessus ?  Tu vas rien me dire, bordel ? » Elle pourrait presque retirer sa paume de la sienne mais elle en est encore incapable. Les prochaines inspirations l’aident à apaiser ce chaos interne. Désorientée, sans cohérence aucune, elle tente d’affronter cette situation inédite, grappille tout ce qu’elle peut dans le peu d’informations qu’il a laissé filtrer. Qui lui a tourné le dos ? Qui lui a reproché l’accident ? Qui a fait déborder ce foutu vase ? Elle n'y comprend vraiment rien.

Ses doigts se resserrent enfin autour de la prise qu’il maintient. « Je sais pas non plus ce que t’es venu chercher. Tout ça, ça te ressemble pas…Et je veux pas que ça se reproduise. » Les intonations achèvent leur périple d’un murmure. Pas un ordre, pas un énième reproche. Juste un souhait. Celui de ne pas le retrouver dans cet état à nouveau, de ne pas devoir le ramasser à la petite cuillère. Comment alléger sa peine? Juste assez pour qu’il cesse de la démantibuler de sa voix fracassée. Sa main se dégage ultimement de la sienne pour glisser à nouveau contre son bras. «  Je voulais venir, tu sais, voir le gamin. Mais je savais pas si j’avais le droit de me pointer… Puis ouais, j’assume pas d’avoir merdé. Je voulais pas que ça se passe comme ça. Je voulais… Je sais pas. Je suis désolée. De ce qui lui est arrivé. De l’avoir foutu dans ce merdier. » Elle détourne les yeux, consciente d’en avoir encore trop dit. Un soupir, l’échine se courbe et elle se redresse, prend place à ses côtés sur le canapé. Immédiatement, elle replie ses jambes contre elle, les entoure de ses bras pour contrer le vide qu’elle vient de s’imposer. Elle a besoin de redevenir un peu plus lucide et ça, avant de finir par profiter de sa vulnérabilité et de creuser la sienne par la même occasion. Son regard échoue sur les débris. Elle devrait les balayer avant que l'un d'entre eux, ne se blesse pour de bon. Cela semble dérisoire en comparaison à ce qu'il se passe à l'intérieur de leur caboche. Tellement dérisoire. Ses quenottes emprisonnent sa lèvre inférieure tandis qu'elle réarrange ses priorités. « J’ai des fringues qui trainent si tu veux. Des fringues pour mec, hein. Je suis pas encore assez garce pour t’habiller comme une putain de princesse. Je sais pas si t’arriveras à rentrer dedans mais elles sont là et elles servent à rien. » Son frère les a oublié ici. Elle doute qu’il vienne les récupérer. Elle doute qu’il revienne tout court. Un problème à la fois. Et le plus urgent se tient devant elle.

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MessageSujet: Re: Je t'aime, moi non plus # Joan   Dim 24 Avr - 16:01

Sa voix finissait par émettre le doute pendant qu’il lui concédait un petit bout de terrain. « Je n’ai pas eu un seul instant l’envie d’le faire... Mais peut-être finalement, qui sait... ». Il n’était pas parvenu à venir au bout de sa tirade, trop blessé par les propos de Joan qui continuaient de lui intimer une violence qui aurait pu l’éprendre pour se retourner contre elle, trop désabusé par le fait qu’elle parvenait finalement à le faire douter de lui-même. Après tout... il y a quelques années encore il n’avait jamais imaginé mettre fin à une vie humaine, sans réel remord qui plus est, et pourtant... Il tuait presque aussi facilement qu’il respirait, alors lever la main sur une femme n’était qu’un acte bien futile en comparaison de ce machiavélisme. Il en avait déjà bousculé plus d’une mais seulement parce qu’elles l’avaient menacé et qu’elles possédaient réellement les moyens de mettre en oeuvre leurs sombres bravades. Et il avait senti sa fierté faiblir sous ses élans de lâcheté forcés. Toutefois, lorsqu’il avait regardé Joan tantôt, lorsque la haine se mêlait encore au déchaînement, il n’avait pas ressenti la moindre envie de lui faire mal. Jamais. Ni physiquement, ni même psychologiquement finalement. Il n’avait pas pensé à la meurtrissure qu’il pourrait injustement lui infliger. Il n’avait pensé qu’à se libérer de ses démons, sans la moindre réflexion sur les séquelles qu’il serait en mesure de causer à l’autre. Acte purement égoïste qui aurait pu lui coûter plus cher qu'il ne l'avait cru mais qui avait pu lui révéler que le ressentiment le plus fort, même s'il était infondé, n'était pas parvenu à lui faire haïr suffisamment cette femme pour la brutaliser. Cette conclusion cheminait dans son esprit qui tentait de cogiter, de saisir les émotions que son hôte lui inspiraient, de mettre des mots sur ces dernières qui restaient encore trop vagues.

Il écoutait les nouvelles remontrances sans ciller, le regard brumeux perdu dans la lueur aveuglante de l'appartement. Il n'avait décidément pas envie de lui répondre. Quoi que... ce n'était peut-être pas l'exacte vérité après un semblant de réflexion passagère. Il aurait voulu tout lui dire, lui expliquer sa situation dans tous ses détails, se livrer totalement à cette femme qui le troublait autant qu'elle le réconfortait. Il aurait voulu tout lui avouer; ne savait ni comment s'adonner à cette tâche tant compliquée, ni par où commencer. Il y avait tant à raconter. Tant de choses tellement sordides qu'il n'était pas certain de pouvoir révéler. Pas sans risques... Il désirait se décharger de tous ses poids, mais ne le pouvait pas, ou croyait ne pas le pouvoir. Puis ouvrir son jardin secret n'avait jamais été dans ses habitudes et en omettant qu'il ne savait pas comment s'y prendre, il avait de toutes façons trop de fierté mal placée pour se glisser dans la peau de l'éploré plaintif. Il laissa fuir un long soupir. De la fierté hein ? Il s'en était totalement dépourvu lorsqu'il s'était pointé les bijoux de famille à découvert et puant les immondices de l'alcool. Lorsqu'il s'était ramassé la gueule par terre après avoir abdiqué comme jamais il ne s'était permis de le faire. Son orgueil avait déjà disparu, il n'était donc plus qu'une fausse excuse à sa couardise. Il en était conscient, ne fit rien pour braver son manque de courage. Il se contenta une nouvelle fois du silence, préféra s'abstenir encore un peu et laisser Joan reprendre les rênes de la discussion, se livrer avant lui. Le heurter d’avantage à l’aide de ses propos pertinents. Ni l’un ni l’autre n’assumaient ce qu’il s’était passé finalement, mais là où l’un avait préféré l’ignorance, l’autre s’était déchaîné sans fondement sur le premier défouloir à sa merci. Et ses lèvres se pincèrent lorsqu’elle lui demanda ne pas réitérer son geste. Elle n’avait pas besoin de le prier, c’était la première et la dernière fois qu’elle le surprenait à autant de bassesse. Il ressentait trop d’humiliation et trop de culpabilité pour laisser un tel naufrage se reproduire.

Il la sentit prendre place à ses côtés mais fut peiné de cette distance pour laquelle elle avait opté et qu’il n’essaya pourtant plus de combler. Il aurait voulu se rapprocher d’avantage, se délecter de la chaleur apaisante qu’elle parvenait à lui offrir d’un simple effleurement, mais n’esquissa pas le moindre mouvement, respectant sa bulle d’intimité. Après le courroux qu’il l’avait contrainte de subir, il n’avait plus le droit de lui imposer sa présence. Muet comme une tombe, comme pétrifié sur ce divan, il n’accorda d’attention qu’à la toute dernière préoccupation de son hôte. « Si tu pouvais trouver au moins un froc à ma taille... ». Une phrase qui restait encore en suspens. Il saisit la main de Joan dans un élan presque trop prompt pour ne pas lui laisser le temps de se relever. « Attends ! » souffla t-il sèchement. Les vêtements devinrent soudain la cadette de ses priorités. Sans savoir ce qui lui prenait, les mots cascadèrent sans qu’il n’y réfléchisse. Trop las de tous ces non-dits, de toutes ces cachotteries, de toute cette panoplie de conneries qu’il gardait depuis trop longtemps pour lui. Ce soir, il n’avait plus la force de les retenir. Ce soir, il avait trouvé celle en qui il avait subitement décidé de placer son entière confiance. Les regrets viendront sûrement le lendemain, mais il n’avait plus la lucidité d’y penser. Il s’en fichait royalement. « Tu n’y es pour rien Joan... C’est pas d’ta faute c’qui s’est passé c’soir là. C’est pas toi qu’a merdé, c’est moi. T’as rien à assumer. Rien à te reprocher. Tu m’avais prévenu qu’il fallait pas qu’ils restent là... C’est pas toi qui a balancé ce putain d’explosif. Personne voulait ça... J’ai déconné. J’suis l’seul a avoir déconné... Et j’suis pas fichu d’l’encaisser. J’crois qu’je suis v’nu pour ça en fait... J’avais b’soin d’trouver un autre coupable pour mes conneries mais en plus d’être totalement à côté d’mes pompes, ça m’a pas aidé et j’me rends compte que j’aurais pu t’perdre ». Il la fixa de son regard d’un bleu glacé avec une conviction saisissante. « J’veux pas t’perdre ». Puis se détourna, dérouté d’avoir su puiser suffisamment d’audace pour lui céder un tel aveu. Oubliant tout aussi promptement sa gêne, il s'empressa de détourner la conversation sans guère de calculs. Ne parvenait plus à faire cesser ce flot. « Je suis allé voir mon frère en taule et parce que j’ai une frangine qui n’a pas su fermer sa gueule... ou peut-être que c’est moi qu’ai fait n’importe quoi, j’sais plus... Tout part en live et ils m’ont paumé ces enfoirés tu vois, je sais plus la faute à qui mais putain qu'ça fait mal. Enfin bref, ça s’est mal passé et j’ai tout perdu j’crois... Même ces sales mioches tu sais... je pensais ne plus vouloir m’en encombrer mais même après qu'j’ai failli tuer l’plus jeune j’me rends compte qu’j’veux pas les perdre eux non plus. J’ai tout donné et ils m'ont rien laissé... J’ai tout foiré... J’ai même paumé mon humanité... ». Humanité de sa condition. Humanité de sa conscience. Son timbre était éreinté, presque sans nuance, grave et constant. Son discours frôlait l’incohérence et il n’était pas certain que Joan en discerne tout son sens; mais il n’était pas capable de lui soumettre d’avantage qu’un monticule de mots entremêlés qui signifiaient bien quelque chose pour lui, quelque chose en prime profondément critique. Sa famille avait décidé de le laisser dans son sillage et de le damner, il commençait à croire qu’il était peut-être le seul fautif de leur attitude. Le revers de la médaille. Il avait fait de son mieux pour les élever, mais son mieux avait le goût du pas assez.

Il chassa ces pensées de tortures et en vint finalement au point ultime, celui qui l’effrayait bien plus que tout le reste. Il se pencha vers la table basse avec la nonchalance de l’ivresse et de l’épuisement, saisit un bijou qui traînait sur celle-ci - un collier d’argent - et se réinstalla dans le creux du canapé tout en fermant son poing sur l’objet. Il n’arrivait même plus à ressentir la douleur que cette action lui provoquait. Après quelques instants, il ouvrit sa paume vers la peacekeeper et laissa chuter l'objet sur le divan en dévoilant sa peau marquée par le contact agressif du métal. Mis à part les meurtres pour lesquels elle le soupçonnait à raison, il n’avait maintenant plus le moindre secret pour elle. Ou presque. Son regard cherchait le sien avec accablement. Il s’attendait au pire. Il n’était plus à ça près.
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MessageSujet: Re: Je t'aime, moi non plus # Joan   Lun 25 Avr - 1:46

Le doute qu’il expose, trouve aisément son chemin dans l’esprit déconcerté de la sorcière. Une information qu’elle recueille, qu’elle classe rapidement mais qu’elle conservera assurément. Les séquelles ne lui permettent pas l’oubli quand bien même elle se mettrait à baisser sa garde avec lui. Son ex-mari lui avait promis monts et merveilles. Lui aussi faisait preuve de délicatesse, de compréhension, voir même de pacifisme. Les gens changent. Les circonstances, aussi. Elle n’avait pas voulu croire à cette mutation. Elle ne refera pas cette erreur deux fois. Même si elle a envie de le croire, de retrouver cette puérile insouciance qui guide les passions à l’idylle, de vivre en ne craignant pas le prochain battement. Mais chaque pulsation la terrorise dès qu’il est à proximité. Un ravage émotionnel qui devient de plus en plus évident, qui entache sournoisement son déni volontaire. Le cœur trahit sa porteuse en prenant toute la place, en pulsant avec vigueur contre ses tempes dès qu’il parle, dès qu’il remue. Sa seule présence chamboule ses perceptions et ça, depuis trop longtemps. Il rend chaque décor insignifiant. Il occupe tout l’espace à tel point qu’elle ne peut plus détourner le regard. Même dans cet état. Surtout dans cet état. L’attirance pour premier moteur, la tendresse pour le succéder. Joan se réconcilie avec une part de ce qu’elle a pu être, de ce qu’elle a tant cherché à enterrer. Elle absorbe sa peine, la fait devenir sienne et peu à peu, elle manque de mots, de gestes pour venir à bout de ce mal être qui colle à la peau du métamorphe. Dans la réserve, elle ne fournit que des demi-vérités, que la moitié du réconfort qu’elle souhaiterait lui octroyer. Mais oui, il est vrai, les séquelles ne lui permettent pas l’oubli. Ni l’abandon.

C’est du moins ce qu’elle croit. C’est plus facile de contenir les élans d’affection, les élans de folie quand lui-même reste sur la défensive. Elle pense avoir échappé à tous les pièges. Elle est certaine d’avoir esquivé au mieux les périls avant que sa main ne retrouve la sienne. Son ordre la fige, ses paroles la clouent. La trentenaire entretient son mutisme, concentre toute son attention sur le message qu’il délivre. Elle tangue en eaux troubles, succombe à ses révélations. Sa sollicitude réarrange les traits de la milicienne, elle s’adoucit pour mieux basculer vers l’avant à la suite, lui dérober la seule possibilité d’admirer ses réactions tandis que le pire survient. L’azur pour seul horizon et sa voix pour seule rivage. Elle s’échoue. Ne pas la perdre. Lui appartient-elle déjà pour qu’il puisse se permettre de tels propos ? L’américaine se sent littéralement déchirée en deux. La peur domine durant de longues secondes, elle est très vite délogée par autre chose. Autre chose de plus destructeur encore, ce qu’elle refuse de nommer. Cette instabilité s’amplifie avec la suite de son monologue. Plus besoin de gratter la surface, il s’épanche enfin sur les causes de cette conséquence. La compréhension se fait hasardeuse, des liens à connecter, des idées à nouer mais elle tient la distance autant que possible. Le spectre de Nymeria Grimes flotte au-dessus de leurs têtes, oblige d’autant plus la propriétaire des lieux à détourner les yeux avant qu’il ne comprenne ce qu’elle retient. Elle a honte, tellement honte. Si Declan savait qu’elle avait menacé sa sœur, qu’elle l’avait effrayée. Qu’elle était peut-être connectée à elle. Peut-être. Sans doute. Stain a confirmé bien des choses sans le savoir. Mais il ne s’agit pas de ça pour l’instant. Il s’agit de cet homme. De cet homme qui décompose les degrés de sa douleur.

De l’incertitude au chagrin, la divorcée évolue désormais vers la révolte. L’idée que quelqu’un puisse le blesser à ce point, l’insupporte. Mettre des noms sur les responsables et même un visage, rend ce chaos plus tangible. Elle contient cette rage péniblement, en crispant sa mâchoire, en serrant les poings. Son vieil instinct de protection se réveille d’une seule onde, ne s’anéantit même pas quand il lui offre la dernière pièce du puzzle, sa main calcinée par l'argent. Ça explique la nudité s'il s'est bien métamorphosé pour venir ici. Choquée par cette myriade d’informations, elle se tait quelques instants. Le changeur s’est ouvert à elle sans la moindre réserve. Il lui a accordé une confiance qu’elle ne mérite peut-être même pas. Chassant la dernière confidence de son esprit pour se focaliser sur le début, elle se tourne abruptement vers lui, réajuste sa position sur le canapé pour plaquer ses mains contre le visage de l’égaré. Paumes contre joues, elle le force à plonger ses yeux dans les siens. Sa hargne rend ses intonations sèches, empressées. « Je les connais pas et je pige pas grand-chose à tes emmerdes. Mais putain, je sais que t’as fait tout ce que t'as pu. Je t’ai vu avec ces mômes. C’est pas à la portée du premier merdeux venu de prendre soin de gosses. Faut en avoir dans le froc pour prendre cette responsabilité. T’as fait ce que t’avais à faire. T’as fait plus que ça même. Le premier à avoir merdé, c’est le vrai père de ces morveux. Il était où putain pendant que tu les protégeais hein ? J’étais là, je sais ce que j’ai vu. T’as fait ce que t’as pu. T’as fait ce que t’as pu, Declan et c’est pas ta faute. La vie, c’est juste une putain de garce. Alors ouais, je les connais pas. Mais toi, je te connais. Et t’es pas un putain de lâche, t’es pas un putain de lâcheur non plus. S’ils t’ont vraiment lâché, eux, bah alors tant pis pour leur gueule. Tu les emmerdes, ils étaient où quand toi, t’avais besoin d’eux, hein ? » Moi, je t’abandonnerai pas. Non, elle ne peut pas lui dire ou promettre ça. Pas sans ingurgiter à son tour une quantité considérable d’alcool. Le souffle manque, le vocabulaire s’absente.

Sa main gauche se décolle de la pommette, la droite reste. Elle comprend sa peine. Elle la comprend tellement qu’elle en crève de la ressentir à nouveau par son biais. Jill la hante dès qu’il est question de ce môme. Elle a tout fait pour le refouler, pour ne pas y penser mais elle revoit sans arrêt le corps de sa fille être emportée par les flammes sur le bas-côté de cette route sordide. Il suffit qu’elle ferme les paupières pour la revoir, pour se souvenir du goût de cette fin. C’est en partie pour ça qu’elle ne voulait pas aller à l’hôpital. Affronter le déclin d’un enfant qu’elle a, une fois de plus, poussé indirectement vers la mort. Elle n’en est pas capable. Elle aussi, elle a déjà tout perdu. Mais elle est encore là. Sa paume glisse prudemment contre la joue du plombier. « T’es pas seul. » Un énième murmure que sa mélancolie lui arrache. Avant qu’elle ne réfléchisse réellement à ce qu’elle est en train de lui avouer, elle poursuit, glisse ses doigts jusqu’à la plaie qu’il s’est volontairement infligé. Une foutue malédiction. La pire d’entre toutes. Impossible de ne pas le considérer comme une victime. Après ses deux désastreuses expériences du rituel, la sorcière éprouve plus que jamais du dégoût pour sa propre personne. Son frère a été sauvé pourtant grâce à ça. Mais elle n’aurait pas dû. Pas après ce qu’elle a fait subir à Jill. « Je suis pas certaine d’avoir tout pigé là, je t’avoue. » Elle ment. Elle ment parce qu’elle ne veut pas aller sur ce terrain. Elle n’en a pas la force. Elle ne veut pas qu’il sache ou qu’il devine ce qu’elle est et surtout, ce qu’elle a fait. « Mais ça a pas d’importance. Ce que t’es ou ce que t’es pas. Ça change rien. » Et c’est vrai. Ça ne changera rien. Sa main serre la sienne, son pouce se met à tracer des ronds sur sa peau. Cette proximité la rend trop intrépide, elle s’enivre de chaque contact après des semaines d’absence, perd le nord à cause de cette fragilité livrée dans sa plus douloureuse simplicité. Avant de totalement délaisser sa lucidité, elle défait sa prise, se relève si vivement que sa hanche émet un nouveau craquement dérangeant. Un grognement lui échappe. « Je vais te chercher des fringues. » se justifie-t-elle ensuite.

Elle évite prudemment les débris, ouvre la porte de sa chambre à quelques pas de là, la referme derrière elle. Le chien bondit directement sur elle. Déséquilibrée, elle se rattrape à la commode et le repousse alors doucement en s’orientant vers une autre armoire pour en tirer le textile convoité. Avant de repartir, elle prend de longues inspirations, se gifle mentalement. Tu vas tellement regretter ce que tu as fait et dit ce soir ma fille. Quand il aura retrouvé ses esprits, il se moquera bien de ta gueule, putain. Elle repart, dépose le tissu sur la table basse face à l’échoué. « Je crois que ça devrait le faire. » Elle n’en sait rien mais elle n’a rien de plus ample à lui proposer. Ses bras se rassemblent machinalement contre sa poitrine tandis qu’elle l’observe. Et maintenant ? « Je vais ramasser ces merdes pendant que tu te fringues. » Meubler ce silence embarrassant, s’enfuir tout aussi sûrement. Elle se dirige vers la cuisine pour dénicher un balai, dans cette même pièce, même pas la moindre cloison pour la séparer du coin salon, pour l’éloigner correctement du regard de l’irlandais. Ses pensées se bousculent tandis que son pouls s’affole à nouveau. Que restera-t-il de sa dignité demain matin ?

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MessageSujet: Re: Je t'aime, moi non plus # Joan   Lun 25 Avr - 15:05

Le rejet ne vint pas. Il s'était attendu au pire mais le pire avait laissé place au meilleur. Il ferma un instant les yeux lorsqu'il sentit les paumes de Joan contre ses joues barbues, profita silencieusement de cette chaleur rassurante qu'elle lui offrait par son geste. Les mots qu'elle avait choisis avaient atteint le coeur de l'irlandais et l'avaient caressé tendrement, jusqu’à apaiser un peu de ses tourments, taire quelques uns de ses démons. Ils étaient tout ce qu'il avait toujours désiré entendre des bouches de ceux qu'il aimait mais qui étaient désespérément restées closes à ce souhait de complaisance, de simple gratitude finalement. Il n'avait récolté de leur part que l'injustice et leurs injures. Leur haine et leur mépris. Puis devrait se contenter de leur indifférence. Ces paroles rêvées, c'était Elle qui lui en faisait l'offrande. Elle qui se faisait l'avocat du diable. Elle qui confirmait tout ce qu'il avait toujours cru et exprimé à haute voix aux concernés qui l'avaient contredit puis simplement anéanti. Elle exprimait toutes les pensées qui s’étaient ancrées en lui avant d’être ébranlées par ses cadet, pourtant sans jamais ne lui en avoir parlé, comme si elle avait su cerner les méandres de son esprit que sa fierté avait toujours dissimulées. Ces paroles lui faisaient un bien fou et l'invitaient à la croyance de cette vérité qu'il avait toujours considérée acquise et qu'ils avaient fait la prouesse de déstabiliser. Declan avait presque fini par leur donner raison et par se damner, pensant qu’il était peut-être le seul responsable de la déchéance de chacun d’eux. Il s’était presque incliné, avait fléchi et concédé. A tort. Joan venait de raviver la flamme de la réalité et de délivrer l’homme de la démence dans laquelle il avait failli s’égarer. Comment avait-il pu accorder autant de poids aux paroles insensées d’un frère sous l’unique emprise d’une rage toute en démesure ? La colère n’était jamais bonne conseillère et bien que certains faits ne pouvaient être niés, Eamon s’était fourvoyé sur beaucoup de points. Declan n’était pas le monstre qu’on avait tenté de lui faire croire mais étant le seul à désavouer les accusations qui le condamnaient coupable, il avait presque fini par y croire. Jusqu’à ce qu’il ne soit plus seul à détenir sa propre vérité. Jusqu’à ce qu’elle lui donne raison. Il s’était montré faible, acculé et frappé de coups qu’on avait déversés sans répit. Elle lui avait redonné un peu sa force dérobée. Face à toutes ces bonnes émotions qu’elle lui procurait, face à son regard bienveillant et convaincu, il ne put qu’articuler « Merci... ». Déposer affectueusement sa paume sur sa main restée contre son visage blafard alors qu'elle ajoutait que sa condition d'homme qui n'en était plus vraiment un n'avait pas la moindre importance et qu'elle ne changerait rien pour elle. Pour eux. Toute la peur s'évanouit dans les bras de cette affirmation qu'il n'avait pas cru possible. Ses yeux d'azur semblaient reprendre un peu d'éclat pendant qu'il ajoutait faiblement, presque dans un murmure. « Tu n'peux pas savoir c'que tu viens d'faire pour moi... ». Finalement, elle l’avait presque libéré de ces ruines dans lesquelles son frère l’avait tantôt emprisonné. Il ne se sentait plus coupable du malheur de ce dernier, celui-là même qui l’avait presque totalement, et surtout définitivement brisé. Sans Joan, il était presque certain qu'il n'aurait pas pu se relever d'un choc si violent. Elle lui avait permis de refaire le lien avec ses convictions et de s'y raccrocher de toutes ses forces. Elle l'avait sauvé, repêché dans sa dérive, remis à flots quand bien même il ressemblait toujours à une épave.

Elle se redressa dans une douleur qui contraint le skinchanger à se mordre les lèvres, tout en fermant exagérément des yeux coupables sur un visage qui se détourna de la scène. Contempler la souffrance de Joan qu'il n'avait fait qu'aggraver rendait son terrible dérapage de plus en plus amer. Sans un mot sur cet état que sa culpabilité l'empêchait d'évoquer il se contenta de la laisser partir enfin en quête d'une tenue qu'elle espérait adéquate avant de revenir les bras chargés de quelques fringues puis de trouver la première excuse pour derechef le fuir. Declan sentait la gêne de son hôte sans parvenir à l'expliquer. Réfléchir était une tâche de plus en plus ardue, sans compter qu'il était toujours compliqué de déchiffrer les comportements féminins pour la gente masculine. Sans se poser d'avantage de questions sur le sujet, il attrapa un caleçon qui par bonheur semblait être à sa taille et l'enfila avec mollesse et maladresse pendant que Joan s'était exilée dans l'autre pièce. Il saisit ensuite un pantalon en jean qu'il n'aurait pas fallu un poil plus petit et manqua de se casser la figure lorsqu'il dût se redresser pour remonter la fermeture. Tout l'appartement s'était mis à tourner. A moins que ça ne soit la tête qui lui tournait. Il la secoua lentement le temps de reprendre ses esprits et sa stabilité puis termina par fermer le bouton un tantinet serré. La peacekeeper n'avait toujours pas daigné revenir armée de son artillerie de nettoyage. Un peu chancelant mais néanmoins suffisamment stable, il décida donc de s'acheminer jusqu'à la cuisine que la lumière peinait à baigner. Il fut soulagé de cette pénombre qui lui reposait de nouveau ses yeux fatigués.

Elle était là, immobile, un balai à la main. Elle lui faisait dos mais lui semblait pourtant perdue dans les tréfonds de sombres pensées. A quelques pas, Declan qui n'osait plus s'annoncer, se contenta de l'observer dans le silence, juste quelques instants. La crainte d'être le responsable de ces préoccupations le paralysait. Son audace l'avait soudainement quitté. Il recula donc de quelques pas avant de se détourner discrètement du triste spectacle et de rejoindre le divan sur lequel il s'écroula. Allongé de tout son long sur le dos, une jambe en dehors du cocon avec un pied resté au contact du plancher, son bras nu vint lui recouvrir le front d'un mouvement soucieux. Tout paraissait lui échapper pendant qu'il se rendait compte qu'il ne parvenait même plus à penser. Seule la peine que lui infligeait l'état de Joan s'accrochait encore à son esprit lorsqu'à bout de forces il ferma les yeux quelques secondes. Juste quelques secondes. Quelques secondes qui se transformèrent en plusieurs heures sans qu'il ne s'en rende compte.

[...]

Avachi sur le ventre sur un canapé qui ne lui appartenait pas, l'homme s'éveilla lentement pendant que la chaude lumière du soleil perçait à travers les rideaux et inondait la pièce d'une lueur pâle. La tête lui faisait un peu mal, aussi battit-il plusieurs fois des paupières afin d'être capable d'ouvrir les yeux sur un décor qu'il lui fallut quelques instants pour reconnaître. Il redressa d'abord son torse nu pour juger de son état puis s'assit sur le divan avant de s'accouder contre ses cuisses, contre un pantalon qui n'avait jamais fait partie de sa vieille armoire et qui le moulait un peu trop pour se sentir à l'aise. Il se prit ensuite le visage entre ses paumes, le secoua médiocrement avec l'esprit en vrac, décontenancé par sa propre stupidité. « Putain... Quel con...»
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MessageSujet: Re: Je t'aime, moi non plus # Joan   Mer 27 Avr - 1:56

Les objets fracassés se rassemblent péniblement, avec une lenteur exacerbée. A chaque coup de balai, de nouvelles douleurs martyrisent ses articulations. Les courbatures dérangent la progression de cette misérable activité. Le temps s’étire tandis qu’elle s’échine à ne laisser aucun débris joncher le parquet. Son esprit en profite pour vagabonder, s’abîme tout aussi sûrement dans les conclusions à tirer. Le discours du métamorphe occupe ses pensées, les tiraille en tout sens. L’anxiété s’installe confortablement contre son thorax, un poids qui la fait ployer. Avant ce soir, ils ne partageaient pas grand-chose, pas le moindre secret. Avant cette nuit, ils ne se retrouveraient que pour assouvir un désir entretenu par ces rencontres spontanées. C’était censé rester purement charnel. Elle se l’était promis. Il est facile de s’avouer l’attirance physique. D’ailleurs, c’était bien la seule chose que Joan avait bien voulu reconnaitre dès le début. Il ne l’avait jamais laissée indifférente. Cette attraction avait vite mis court à la lutte interne qu’elle avait menée. Succomber à la tentation lui avait apporté son petit lot de migraines quotidiennes. Elle pensait qu’avec le temps, elle se lasserait de leurs petits rendez-vous inopinés. Mais elle revenait toujours avec la même impatience au seuil de son modeste logis. Toujours avec cette crainte qu’il ne lui claque la porte au nez, qu’il ne passe à autre chose. Plus terrorisée au fond de l’opposé, qu’elle ne finisse par s’attacher. C’était pour ça qu’elle ne se dévoilait pas. Pour ça aussi qu’il ne le faisait pas d’ordinaire. Ils en savaient si peu sur l’autre qu’ils entretenaient l’illusion de pouvoir se scinder aisément. Les révélations de Declan ont remis en cause cette conviction. Tout autant que son propre comportement. La confusion devient reine, la fatigue pour empire. Elle n’a plus la force de réfléchir. Elle abandonne l’idée d’apposer le moindre constat sur ce qu’il s’est passé. A la place, elle déverse l’ensemble de son labeur au fond d’une poubelle et retrouve la quiétude du salon.

Son regard échoue sur la silhouette du changeur assoupi. Attendrie malgré elle par cette vision, elle se surprend à approcher prudemment de l’endormi pour replacer le plaid contre ses épaules. Elle vit littéralement dans un cliché. Elle doit même retenir les doigts qui ne demandent qu’à courir contre le visage de l’invité. Elle ne sait pas ce qui lui prend ce soir, à vouloir susciter sans arrêt les contacts avec lui. Ou plutôt si, elle peut le deviner sans vouloir se l’avouer. Sans faire le moindre bruit, elle se dirige vers l’interrupteur, dissipe les dernières lueurs projetées et évolue dans la plus grande obscurité jusqu’à sa chambre. Les draps calés sous le menton, la tête plongée dans les oreillers mais le cœur accroché aux événements récents. Elle se tourne, se retourne, cherche le sommeil en vain. La bête au pied du lit finit même par grimper pour aviser l’état de sa maîtresse agitée. La brune ne le laisserait pas faire en temps normal. Mais qu’y-a-t-il de normal ce soir de toute manière ? Le husky s’allonge à ses côtés, elle passe négligemment une main dans son pelage, s’interroge silencieusement sur la forme animale que son amant peut endosser. Tout la ramène décidément à lui. Les heures passent sans que Morphée ne daigne se montrer. Lassée de cette insomnie, elle finit par se lever, tente de dénouer ses muscles endoloris d’une douche brûlante. La buée écartée de la glace, elle avise son reflet. L’hématome encombrant sa pommette a enflé, il lui arrache une injure toute trouvée. Après avoir enfilé jean et t-shirt, elle s’oriente naturellement vers la cuisine sur la pointe des pieds et décide de rassembler des glaçons dans un linge propre pour le porter à l’ecchymose. Quand la morsure glacée réveille la douleur, elle se mord machinalement la lèvre pour contenir une énième insulte. Elle goûte à son hémoglobine en rouvrant la plaie. Foutue mission de merde. Elle avait presque oublié.

Sa crinière emmêlée se balance en tout sens tandis qu’elle cherche à préparer le café sans jamais émettre le moindre son. Après plusieurs minutes de débâcle avec le placard du haut, les grincements entêtants de ce dernier ont raison d'elle, elle renonce à toute caféine. L’esprit trop alerte, elle décide de mettre à profit son temps libre, d’occuper le silence avec d’autres préoccupations. De celles qui lui appartiennent et qui n’appartiennent pas à un autre. Un autre qui dort misérablement sur son canapé. Les feuilles se dispersent sur le comptoir de la cuisine tandis qu’elle prend place sur un tabouret et agrippe un stylo. Une main ramenant toujours les glaçons contre la pommette et l’autre s’appliquant à la rédaction. Un rapport, un parmi un millier d'autres. Il est, parait-il, nécessaire de retranscrire les actions quotidiennes menées dans le cadre de cette maudite mission d'infiltration en zone ennemie. Des annotations s’accumulent dans la marge, des noms pris à la volée qu’elle risque d’oublier. Absorbée par sa tâche, elle en vient à sursauter quand la voix rocailleuse de l’irlandais la cueille en début de matinée. Il ne lui faut qu’une poignée de secondes pour être à nouveau sur ses pieds, pressée de s’enquérir de son état. De se rassurer sans nul doute à ce sujet, toujours hantée par le souvenir de cet homme brisé. Elle pose tout ce qu’elle a alors dans les mains, attrape un verre, une bouteille, des cachets et se rend très prudemment au salon. Son expression se fait hésitante, mitigée bien que sa première réplique se pare d’une assurance factice. « Je te le fais pas dire. » Un bonjour comme un autre. Plusieurs heures se sont écoulées depuis qu’il s’est assoupi mais elle n’a pas réussi à dénicher la parfaite excuse à son dévouement. Une raison suffisamment rationnelle pour préserver les apparences ainsi que son orgueil.

En désespoir de cause, elle dispose les objets grappillés devant le plombier et se réfugie derrière un reproche. « J’espère que la gueule de bois te fera passer l’envie de recommencer tes conneries. T’as de la chance que la milice te soit pas tombée dessus hier soir. » Sa nervosité risque de provoquer quelques dégâts, elle embraie tout aussi vite. « J’ai foutu plus d’un mec en taule pour moins que ça. Mais heureusement pour toi, t’as un joli cul et c’est jamais désagréable de te mater à poil, Grimes. » Vaine tentative de nonchalance, dédiée à un but obscur. Amener un semblant de légèreté dans une situation pesante, le ramener en terrain connu somme toute. Elle ne se rappelle pas avoir déjà tenu de tels propos devant lui pourtant. Tout vaut mieux qu’un malaise persistant, un silence embarrassant, encombrant. Nerveusement, elle fait couler l’eau dans le récipient, manque d’en verser plus de la moitié à côté puis de faire chuter le contenant avec son contenu. Sa maladresse témoigne à elle seule de son incapacité à se concentrer, à s’adonner à cette comédie. Le dos de sa main fait coulisser l’aspirine vers l’ivrogne. Quand ses prunelles se relèvent enfin, la question lui échappe malgré elle. « Ça va ? » Il ne voudra sûrement pas en reparler. Elle ne le veut pas non plus d’ailleurs. Pas si ça implique de réaliser ce qu’elle n’est pas prête à accepter.

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MessageSujet: Re: Je t'aime, moi non plus # Joan   Mer 27 Avr - 15:52

Il sentait le malaise s’installer et la fébrilité de son hôte qui avait perdu de sa superbe et de son assurance habituelle. Il la voyait faiblir sous ses yeux cette fois-ci bien éveillés, gênée par l’incommodité de sa présence qu’elle n’avait pas désirée et qui avait semé le chaos dans les lieux mais aussi dans les esprits. Il savait qu’il était l’unique responsable de tous ces sentiments entremêlés qui les empêchaient tous deux de se glisser dans leurs aplombs naturels, dans leurs indifférences factices et dans leurs joutes verbales plutôt remuantes de coutume. Il savait qu’il avait franchi les limites la veille et qu’il avait donné un tournant inattendu à leur relation qu’ils avaient qualifiée de superficielle, voulue comme telle. Pourtant, il était là avec une gueule de bois désagréable à observer ses gestes fragiles, alors même que toute vraisemblance aurait voulu qu’elle le chasse comme un malpropre de son appartement légèrement ravagé. Elle ne l'avait pas mis à la porte et cette observation laissait supposer beaucoup de choses. Des choses d'avantage profondes qu'une dérisoire histoire purement charnelle à laquelle tous deux s'étaient dit pouvoir mettre fin d'un unique battement de cils. Aussi, persuadé d'avoir touché le coeur de la peacekeeper sans réellement en avoir conscience, il laissa fuir ses semblants de reproches sans leur offrir de réplique. N'y accorda pas la moindre importance. Il n'avait pas envie de se lancer à nouveau dans une bataille de ce genre, de chercher sans cesse la riposte la plus cinglante, d'abreuver sa fierté qu'il savait de toutes façons trop amochée pour paraître crédible. Il s'était mis à nu cette nuit - dans tous les sens du terme d'ailleurs - et gardait malheureusement tous ses souvenirs, bien qu'un tantinet brumeux, de son naufrage pitoyable. Il se rappelait ses gestes, se rappelait ses mots. Avait le souvenir des émotions qui l'avaient traversé et qui l’avaient laissé entrevoir ce qu’il ressentait pour Joan. Il aurait préféré tout oublier. Quoi que... Peut-être était-ce un mal pour un bien finalement, bien que toutes ces révélations l’angoissaient. La peur de l’attachement était devenue trop imposante au fil du temps, surtout pour un homme qui avait pris l’habitude de perdre tout ce qu’il avait de plus cher sans parvenir à inverser la terrible tendance. Il oscillait entre taire tout ce qu'il s'était passé ou affronter ses responsabilités, assumer ses mots et sa délivrance. Indécis, il pris le temps de la réflexion en avalant l'aspirine qui lui était proposée, tout en se demandant si l'auteur de cette sympathique attention préférerait le front ou l'échappatoire. Se voiler la face de façon perpétuelle, en favorisant la simplicité, ou s'accorder enfin le risque de faire face à la réalité qui les avait menés sur un chemin que ni l'un ni l'autre n'avait jamais eu l'intention d'emprunter, mais qu'ils foulaient pourtant de leurs pas maladroits.

Plongeant un regard de nouveau pleinement lucide dans celui de son vis-à-vis, il se sentit peut-être plus coupable encore que plus tôt et ne put retenir une énième excuse. « Je suis vraiment désolé pour cette nuit Joan, y a pas d'excuse crédible pour c'que j'ai fait ». C'était lâche et misérable, bien trop facile de s'en prendre à autrui pour le mal qu'il avait lui même causé. La douleur procurée par l'attitude venimeuse de son frère l'avait embrasé d'une colère sombre qui l'avait totalement rongé. Il s'était laissé dépasser par ce trop plein d'émotions intolérables et avait perdu pieds sans en avoir la totale conscience. Il se sentait cruellement fautif et vulnérable, coupable d'une connerie sans fondement qui l'accablait de honte et d'incompréhension. Il ne parvenait même plus à cerner les résolutions qui l'avaient conduit la veille à désirer s'en prendre injustement à Joan. Il n'expliquait plus son geste désemparé et n'avait de toutes manières plus aucune volonté de le faire. Il vivrait simplement avec le mal qu'il avait fait impunément et qui l'avait acheminé au delà de tout ce dont il s'était jugé capable. Accepter son idiotie et sa vilenie, l'humiliation cuisante que lui avait apporté le " pardon " de cette femme qu'il était dans un premier temps venu agresser puis qu'il avait fini par submerger de discours et d'aveux fracassants. Cette femme qui l'avait soutenu dans sa chute au lieu de l'accabler. Alcoolisé, tout s'était mêlé et désordonné. Tout s'était révélé. Il avait la sensation d'être un abruti honorable et aurait voulu se défiler, mais il n'en fit rien. Il prit finalement son courage à deux mains et l'empoigna de toutes ses forces. Elle ne méritait pas plus de bassesse.

Il saisit délicatement son poignet et la contraignit à s'asseoir sur ses jambes d'homme à nouveau stables. « Le whisky n'aura pas été assez costaud pour m'faire oublier mes conneries tu sais... » lui déclara t-il plus sereinement qu'il ne l'avait cru possible, tout en effleurant de ses doigts cette blessure qui entachait la beauté de son visage que le manque de sommeil causé par l'ivrogne n'avait pas non plus épargné. Ne parvenant plus à exprimer son amertume qu'il avait récolté en opprimant une femme meurtrie, il dût donc se satisfaire de ses yeux d'azur repentants qui balayaient cette blessure, de cette sollicitation de pardon silencieuse. Ce contact survolé coula lentement jusqu'à l'une des cuisses de la jeune femme où la paume se déposa sans gêne. « Ca va... » finit-il par avouer sans aucune teinte dans la voix. « Ma fierté à la con s'en remettra peut-être jamais mais... Mais toi, est-ce que ça va ? T'as une mine épouvantable et j'suis conscient que j'en suis aussi responsable, en plus de c'connard qui s'est abaissé à frapper une femme ». Ma femme. Cette affirmation qu'il voulait rendre d'autant plus vraie ne cascadait pas d'entre ses lèvres. Joan lui appartenait, comme une femme pouvait appartenir à un homme auquel elle serait sentimentalement liée, mais l'alcool n'étant plus là pour le soutenir, il était incapable d'oser évoquer ce souhait et d'affronter la réponse de la désirée. Le refus était une crainte à laquelle il était compliqué - et effrayant - de se heurter. « Il s'est passé tellement d'choses cette nuit... Je me rappelle avoir dit certains trucs... qui peuvent laisser penser certaines choses... ». Lui qui avait toujours été accompagné d'une assurance sans faille se surprenait à en être totalement dépourvu à cet instant. Il n'était plus apte à la transparence, ne savait plus quels mots choisir pour communiquer les pensées qui le tourmentaient. Pour avouer à son hôte qu'il avait cru chaque parole qui avait découlé de sa dépravation. Il détourna ses traits embarrassés du regard de Joan et soupira légèrement avant de lui faire face derechef. La main qu'il avait laissée vagabonder sur la cuisse de la belle chemina jusqu'à son menton émacié que ses doigts dérobaient pour l'intimer à bien le regarder, puis se faufila sur le plat de sa joue qu'il caressa brièvement. « J'me souviens de ces choses et j'les pense encore maintenant qu'je suis sobre ». Un silence s'installa, éphémère et nécessaire. Il voulait lui offrir le temps de digérer cette confidence et l'apprécier à sa juste valeur. Puis, avec un éclat nouveau dans les yeux, lui demanda. « Pourquoi t'es venue alors que ta brigade se fichait bien qu'on devienne un putain d'dommage collatéral ? Pourquoi tu t'es embarquée là dedans alors qu'c'était ta vie qu'tu jouais ? Pourquoi tu m'as pas repoussé cette nuit, Joan ? ». La réponse il était presque certain de la connaître. Il brisait le pacte et creusait plus profondément leur relation, mais l'inquiétude face à cette audace ne suffisait plus à contenir ses interrogations qui étaient soudainement devenues fondamentales pour lui. Il avait l'impression que Joan devenait peu à peu son point d'ancrage, quand bien même il avait si longtemps nié l'évidence et qu'elle décidait de rester figée derrière cette armure de désinvolture qui n'était finalement pas aussi réelle qu'ils ne se l'étaient promis. Ou que le temps avait fini par ébrécher. L'anxiété vint l'oppresser pendant que les secondes défilaient dans l'attente. Il ne put s'abstenir d'ajouter, avec la hantise qu'elle ne brise tout ce qu'il tentait malhabilement de construire. « Je n'mérite pas tout ça... Il y a d'autres choses que tu n'sais pas sur moi et que je n'veux plus t'cacher ». Il était las de jouer avec le feu. Se fichait des conséquences maintenant qu'il avait tout perdu. Et ne pouvait plus mentir à cette femme qui avait été là pour lui, alors que personne d'autre ne l'avait jamais été. « En fait si, d'une certaine façon tu l'sais déjà. Tu t'en doutes depuis un bail mais sans avoir les preuves... Je suis pas suffisamment con pour croire qu'une peacekeeper puisse passer à côté d'ça... J'en peux plus Joan de devoir faire semblant, et je l'veux plus... ». Il ne pouvait plus qu'espérer que ce qui les unissait suffirait à l'épargner. Il n'avait plus l'énergie de se cacher d'elle. Ni le droit, et ni l'envie.
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MessageSujet: Re: Je t'aime, moi non plus # Joan   Jeu 28 Avr - 1:04

Le silence amplifie l’agitation, érode la patience relative de la brune. Une fausse accalmie en pleine tempête. A quoi pense-t-il pendant qu’elle peine à trouver comment occuper l’espace ?  Les bras se nouent contre la poitrine,  le regard s’égare inévitablement sur l’invité, dévale et remonte machinalement la courbe de sa nuque. Le chaos élit domicile dans sa caboche, la soumet à des questionnements qui n’ont de fin que leur éternel recommencement. De seconde en seconde, sa nervosité devient impérieuse, exerce sur son corps une désagréable pression qui réveille ses diverses courbatures. Elle se sent stupide. Tellement stupide qu’elle pourrait éclater de rire d’un instant à l’autre. Quel âge a-t-elle pour craindre à ce point cet homme ? Elle n’a plus seize ans. L’innocence a perdu jusqu’à sa signification. Pourtant, elle ressemble à une de ces adolescentes attardées qui attendent leur coup de fil un vendredi soir. Le téléphone déjà dans la paume, le cœur au bord des lèvres. Joan s’efforce de ne pas paraître suspecte quand sa main la démange. Elle devrait s’en coller une. Ne lui concède-t-elle pas le plein pouvoir en ce moment même ? En lui donnant le loisir de briser lui-même leur mutisme, de réagir de la façon qu’il lui sied ? Pourquoi être aussi désorientée ? Peut-être qu’elle a déjà noté les changements dans son propre comportement. Lui apporter de l’aspirine, courir à son chevet. A quoi joue-t-elle ? Définitivement sur la brèche, elle contemple l’irlandais avaler son breuvage et se retient de se jeter sur lui pour le secouer. Qu’il la délivre enfin de ce tourment, qu’il pose un mot, une phrase, un paragraphe, un son peu importe lequel. Qu’il nie les faits ou qu’il les détourne. Mais qu’il lui permette de savoir sur quel pied danser, comment appréhender ce qu’il s’est passé. Ce qu’il se passe. Le terrain ne devrait pas lui être aussi inconnu mais tout lui est étranger. A commencer par celui qu’elle continue de détailler. Maintenant que le portrait semble mieux dressé, elle discerne quelques nuances chez lui qu’elle n’avait pu capturer auparavant. Ces quelques secrets délivrés lui ajoutent quelques qualités supplémentaires, rehaussent l’ensemble d’humanité. L’un dans l’autre, il a réussi à galvaniser sa fascination. Et pour ça, elle lui en veut un peu. Il faut qu’elle garde le contrôle.

Ses yeux accostent les siens et l’excuse tombe. Déjà lassée de l’écouter à nouveau se flageller, elle intervient abruptement. L’irritation se détache nettement de l’ensemble, contraste avec le fond de sa remarque. « Ouais, tu l’as assez répété de la nuit. C’est bon, je vais pas te clouer à ta croix ou t’en coller une. Ça arrive de se foutre minable. Mais la prochaine fois que je vois tes fesses, y a intérêt que ça soit pour une autre raison. » Minimiser son état ou les dégâts ne l’aidera pas. Peut-être qu’elle espère simplement qu’il fera preuve de la même indulgence quant à ses réactions de la nuit précédente. Peut-être qu’elle déteste l’écouter réclamer un pardon qu’elle lui a déjà plutôt clairement accordé. Sa rancune aurait dû être tenace. Il le sait lui aussi. Elle est rarement bienveillante. Seulement, hier, c'était différent. Aujourd'hui aussi. Sa peine a été la sienne pendant une poignée d’heures. Comment rester insensible alors qu’il n’a jamais été plus sincère ? Au fond, ce qu’elle redoute s’est déjà produit. Faire marche arrière. Ses belles résolutions qu’elle portait jusque-là en bannière, ont été incendiées. Le pire, c’est qu’elle y a mis le feu toute seule. Et qu'elle n’a jamais eu aussi peur des flammes. Elle peut déjà sentir le souffre lui filer la nausée. Est-ce qu’il va être désolé de devoir couper les ponts sous peu ? Est-ce qu’ils ont été trop loin pour conserver les apparences ? Est-ce que c’est tout simplement terminé ? Les doigts du métamorphe trouvent son poignet, un contact rassurant, un rapprochement terrifiant. Bien trop fatiguée pour lui résister de toute manière, elle se laisse choir et atterrit sur ses genoux. Déstabilisée par ce revirement, elle se contente de visser son regard au sien. Elle avait misé sur une amnésie volontaire ou bien au mieux, sur les effets de l’alcool mais Declan ne compte pas se défiler. Son estomac désespérément vide se contracte si violemment qu’elle pourrait presque se plier en deux. Elle vit dans la hantise des minutes suivantes.

Ses doigts coulissent contre l’hématome. Par réflexe, elle baisse la tête. Elle ne sait pas pourquoi, elle est d’autant plus effrayée par sa douceur qu’il la manifeste pour réparer un tort tangible. Tort qu’il ne lui a même pas infligé. L’esprit déjà en vrac de la milicienne perd définitivement tout sens et orientation quand il dispose de sa cuisse très naturellement. Elle n’esquisse pas le moindre mouvement pour l’en dissuader. Au milieu de sa confusion grandissante, elle repère seulement sa réponse. Ça va. C’est déjà ça. A toute sa soudaine tendresse, elle ne peut répondre de la façon dont elle le devrait ou même, le voudrait. La terreur s’extirpe de ses entrailles, se diffuse dans chacun de ses membres. « T’as vu ta tronche avant de critiquer la mienne au moins ? T’es pas au meilleur de ta forme. » Sur la défensive d’instinct. Alors qu’elle se laisse être totalement manipulée par lui, ne le repoussant pas le moins du monde. « Ça va, je suis pas en porcelaine. Tu devrais voir la gueule des autres. » Elle a réussi à briser un nez, à croquer un doigt. Toujours mieux que rien. « T’en as dit des choses, oui. Faut voir desquelles tu causes, la première partie était pas spécialement glorieuse. » Elle ne sait même pas pourquoi elle provoque ce qui a déjà été résolu. Techniquement du moins. Une autre de ses nombreuses craintes, celle d’être reniée. Elle a les pieds posés sur chaque limite et rien que le vide en contrebas. D’un instant à l’autre elle va sombrer sans même avoir choisi son camp. Depuis quand est-elle redevenue aussi peureuse ?

Il semble aussi égaré qu’elle, ce qui la déstabilise doublement. Il est dur constater sa propre maladresse. Sa phrase soulève un tas d’ambiguïté qu’elle refuse de dénouer dans l’immédiat. Elle en est incapable entre ses gestes et son regard, elle n’arrive déjà plus à mobiliser un semblant de lucidité. Tout est inédit. Et malgré les quelques gaucheries suggérées, elle trouve qu’il s’en sort bien mieux qu’elle à ce petit jeu. Ce qui rend sa position d’autant plus difficile à assumer. Les émotions se dispersent, se disputent l’espace dans sa cage thoracique. Elle ne sait déjà plus quel sentiment prédomine mais son rythme cardiaque accuse cette débâcle interne avec beaucoup de difficulté. Pratiquement essoufflée sans même avoir remué, elle détourne les yeux dès qu’il lui en laisse l’occasion. Ses interrogations achèvent le peu de raison dont elle dispose encore. Ses intonations sortent plus faiblardes et plus rauques que jamais. « Je sais pas… Je sais pas putain. T’es pas un foutu étranger. J’allais pas te laisser errer à poil alors que t’étais ivre par-dessus le marché. T’aurais pu avoir de sérieuses emmerdes si quelqu’un t’avait chopé. Après, j’aurais dû venir te sauver les miches en taule, ça aurait été la merde ou bien t’aurais été foutu dans l’arène direct… » Un long frisson d’effroi parcourt son échine. Elle n’ose pas l’imaginer être jugé selon ces règles dictatoriales. D’ordinaire, elle se fiche totalement de la façon dont les lois sont appliquées. Mais s’il avait dû mourir aussi bêtement… « Et je veux bien que je sois souvent la dernière des garces mais de là à te laisser crever dans ta merde… Avec les mômes en plus… Je sais pas, t’aurais fait quoi à ma place aussi ? » Elle n’est pas certaine de pouvoir supporter sa réponse alors elle embraie le plus vite et le plus fort possible. « Tu sors tout ça à toutes les meufs qui passent par ton lit ou seulement à celles que tu réveilles en pleine nuit ? » Une énième frayeur. La pire d’entre toutes.

Son ignorance la force à se méfier, à craindre d’être bernée. Y-a-t-il d’autres femmes ? Quelques aventures de plus qu’il entretient ? Il serait en droit après tout, ils ne s’appartiennent pas. Un souvenir revient la hanter à ce propos, elle le refoule autant qu’elle peut. Sans doute se sentirait-elle inutilement stupide de ne voir que lui. Surtout de ne vouloir que lui. Exclusive par choix, oui. Il faut dire que depuis Isaac, elle s’est donnée pour mission de ne plus approcher la gente masculine, d'éviter tout attachement, tout rapprochement. Le changeur a été un accident de parcours, celui qu'elle n'a pas pu éviter. Du moins, l’a-t-elle longtemps considéré de cette façon. Désormais, elle ne peut même plus le regretter. Elle n’est plus assez buttée pour ne pas au moins réaliser qu'elle apprécie d'une drôle de façon sa présence inconstante et chaotique dans son existence. S'il y avait d’autres femmes, il arriverait à se passer d’elle. Forcément, elle ne fait que lui gueuler dessus, se montre odieuse avec lui. Elle ne fait rien pour lui plaire réellement. Puis, elle en a fini d’écouter des paroles, finit de croire tout ce qu’on lui dit. Les beaux parleurs, elle connaît. Elle a concédé trop d'années au pire d'entre eux. Elle ne peut pas gober bêtement ces quelques sous-entendus tandis qu’il cherche à lui extorquer une vérité qu’elle ne veut même pas se révéler. « Tu  me dois rien, Declan. C’est moi qui ai pris la décision de pas te foutre à la porte ou de venir parce que des connards voulaient te butter… T’es pas obligé… Tu dois pas te sentir forcé de... » Ses paupières basculent, elle aspire l’air précipitamment, décide de se ressaisir tandis qu'il est déjà prêt à faire des aveux. Ne l'a-t-il pas assez chamboulée comme ça ?

Elle se tourne vers lui, déterminée et agrippe son menton avec force, revendique ses prunelles des siennes.  « Je sais très bien ce que tu fous, depuis le début, je sais que tu trempes dans des trucs pas nets. Et pourtant, je suis encore là. Je te vendrai pas à la milice si c’est ça qui t’inquiète. Ça fait longtemps que je viens plus te voir pour ça, je pense que tu l’avais capté de toute manière. Jamais coucher avec ses suspects, ça, c’est sûrement une de ces putain de règles à la con que j'aurais dû suivre. Je devais encore pas écouter.» Un sourire triste point sur sa bouche sèche à son insu. « Puis t’aurais pu me butter, toi aussi quand t’as su que j’avais des doutes mais tu l’as pas fait. On a déjà tous les deux, fait un choix à ce propos. » C’est déjà beaucoup sans doute. Beaucoup trop même.  Peuvent-ils prétendre à plus ? Est-ce à cela qu’il faisait allusion ? Elle se refuse de croire ça. Parce que ça lui semble impossible. Ne l’agace-t-elle pas ? Se moque-t-il d'elle ? « Je sais pas exactement ce que tu veux que je retienne de la nuit dernière mais tu devrais pas affirmer ça comme ça, t’as peut-être oublié des trucs, puis t’as la gueule de travers et t’es pas encore remis de toutes les merdes que t’as subi. J’ai pas besoin que tu me sortes n’importe quoi sous couvert de ta foutue culpabilité. Ou parce que tu te sens redevable ou je sais pas pour quelle autre raison merdique. Tu me dois rien. » De peur qu’il ne la rejette tout aussi sûrement alors qu'elle se complait de sa proximité à défaut de gérer la discussion et dans la contradiction totale du moment, sa main devance tout dessein, glisse contre le torse nu du plombier. Ses doigts soulignent lentement sa clavicule. Après tout, ils peuvent être deux à jouer à ce petit jeu.  

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MessageSujet: Re: Je t'aime, moi non plus # Joan   Jeu 28 Avr - 14:01

Elle se drapait de nouveau de cette parade qu'elle adoptait chaque fois que la situation se tendait. Laissant filer dans l'air une remarque irritée pour amenuiser la gravité du ton de son invité surprise qui s'excusait une fois nouvelle de sa maladresse. Une fois de trop à en juger par l'impatience de Joan à y mettre un terme. Mais le skinchanger s'était senti obligé de réitérer cette parole maintes fois livrée cette nuit, parce qu'un repenti grisé par les vices de l'alcool n'avait pas la foi donnée au repenti en possession de toute sa sobriété. Ce pardon avait une véritable valeur, en plus d'un poids bien plus considérable pour cet homme trop fier qui n'avait jamais coutume de s'excuser de quoi que ce soit. Le pas était louable mais pas suffisamment mesuré par celle à qui il était destiné et qui semblait vouloir fuir maintenant que l'irlandais était plein détenteur de ses moyens. Declan avait remarqué depuis bien longtemps qu'elle n'était pas femme à être à l'aise avec les émotions et que l'esquive était son arme de prédilection. L'esquive acerbe qui poussait l'acculée à utiliser la force de mots toujours plus grossiers et amers pour feinter l'indifférence. Il l'avait cernée, parce qu'il était pareil. Tous deux semblables dans leur quête de l'imperméabilité jusqu'à ce que les déboires de la nuit ne les contraignent à baisser un peu leurs gardes. A se dévoiler, dans une mesure certes moindre pour Joan mais tout de même jugée conséquente par le changeur.  Lui qui avait vu là une occasion à saisir et s'était glissé dans la faille sans la certitude d'en ressortir sans séquelles. Néanmoins il était trop tard pour réfléchir, les cartes étaient jouées. Aussi, lorsque vint son tour, il décida de le passer, de ne pas riposter au brin d'échauffement de la peacekeeper qu'il devinait superficiel et qui ne put donc l'atteindre comme à l'accoutumée. D'ordinaire ce genre de ton et de réflexion l'aurait poussé à l'impulsion et à la réplique immédiate. Mais les choses changeaient.  Elles évoluaient. Où les mèneraient-ils... il n'en avait pas la moindre idée, mais ne s'empêchait plus d'avancer dans ces eaux troubles qu'il se sentait enfin détenir la force d'affronter. Il y avait peut-être bien plus à y gagner qu'à y perdre. C'était même une évidence.

La carapace ne cédait pas pendant qu'elle continuait de lui répondre sans guère de détails. Jouait les grandes dames que rien ne saurait briser, pas même les coups d'un homme sur son corps frêle dont l'échine paraissait si fragile. Et pourtant la douleur qu'elle ressentait n'avait pas échappée à l'oeil de Declan. Elle minimisait sa situation et son état, se contentait de faire comme si tout allait bien et qu'aucune gravité n'était jamais venue l'effleurer, alors même qu'elle devait se sentir souffrante et humiliée. Profondément énervée par cet échec qui l'avait conduite à se laisser frapper et mettre à mal, elle qui faisait toujours figure de force sans faille, à l'image de celui qui avait fini par démontrer que l'invulnérabilité n'était qu'une façade qui pouvait à tout moment s'écrouler. Les apparences, elle s'y emmitouflait jusqu'au cou pour ne plus laisser entrevoir la moindre parcelle de ses faiblesses qu'elle niait d'une manière qu'il estimait ce jour peu vraisemblable. Il ne doutait pas que les autres avaient dû subir son courroux et sa vengeance, qu'ils n'étaient sûrement pas ressortis indemnes de cette confrontation - personne ne pouvait sortir sans stigmate d'un face à face avec la redoutable peacekeeper - mais n'était pas certain, lorsqu'il observait les meurtrissures de son hôte et l'imaginait au devant de plusieurs casseurs de dents, qu'ils soient aussi amochés qu'elle le prétendait. Elle avait dû subir une cuisante défaite se disait le skinchanger qui préféra respecter le silence de la tourmentée et la laisser faire comme si tout allait pour le mieux, ou presque. Il savait qu'il n'obtiendrait rien de plus à ce sujet et ne retourna donc plus le couteau dans la plaie. Ce n'était pas nécessaire. Il se contenta d'encaisser ses reproches déjà moins vigoureux sans ciller. Il n'avait rien de plus à ajouter, tout avait été éclairci durant l'accalmie de la nuit.

Le discours de la belle n'était pas celui qu'il avait espéré, mais bel et bien celui auquel il s'était fatalement attendu. Il aurait voulu l'entendre simplement dire qu'elle avait fait tout ça parce qu'elle tenait à lui, mais restait cependant conscient qu'elle lui avait déjà fourni les preuves de cet attachement et qu'il lui serait difficile d'en obtenir d'avantage. Elle n'exprimait pas tout haut ce qu'elle avait dévoilé tout bas dans son soutien et ses attentions, s'échinerait à se laisser soumettre par cette même peur de l'affection qui l'avait lui aussi trop longtemps opprimé. Elle ne lui concéderait pas d'avantage de terrain. Néanmoins il estimait que tout ce qu'elle lui avait offert était déjà beaucoup. Après tout, c'était de Joan la coriace dont il s'agissait, son reflet au féminin qu'il comprenait bien plus qu'elle ne pourrait l'imaginer. Declan avait baissé les armes, mais seulement parce que son état de la veille l'y avait contraint. La désirée n'avait, elle, eu aucun soutien pour se mettre à découvert. Aucune raison de le faire, si ce n'était la mise à nue de son intrus qui l'avait déjà faite légèrement vaciller. Il nota au passage cette remarque sur des conquêtes superflues potentielles qui lui arracha dans la foulée un léger sourire. Il était à la fois amusé et bien heureux de contempler le trouble de son vis à vis lorsqu'elle évoquait cette possibilité qui ne semblait pas l'enchanter, avisa de cette nouvelle preuve qui lui intimait de plus en plus qu'il était pour la belle plus qu'une simple paire de fesses à sa disposition qu'elle se sentait capable de partager dans l'insensibilité la plus totale. Toutefois, pour faire perturber le désordre qui semblait s'être épris d'elle au moment de sa franche tirade, dans un premier temps, il garda précieusement le silence. Fit comme si cette interrogation soudaine n'avait jamais été prononcée. Ou qu'elle n'avait pas pour lui la moindre importance.

S'ensuivit le moment crucial, celui qui lui apporterait le soulagement profond ou la peine de prison. Et lorsque le couperet tomba, il se sentit terriblement con. Stupide d'avoir pu penser qu'elle n'attendait que les indices irréfutables pour le faire choir dans le chaos après avoir partagé son intimité, après avoir risqué sa peau pour le sauver lui et ces enfants pour il avait fait le voeux du sacrifice. Incohérent de penser qu'elle pourrait se lier de la sorte à un homme qu'elle n'attendait que de voir tomber, qu'elle savait meurtrier alors qu'elle était peacekeeper. Ses croyances n'avaient plus le moindre sens pendant que le discours de Joan défilait et ôtait tout le poids inutile qu'il s'était ajouté sur les épaules. Elle avait raison, ils étaient tous les deux au courant des risques encourus depuis le début, du rang dans lequel se trouvait chacun d'eux et n'avaient pas esquissé de geste menaçant l'un envers l'autre. Parce que ni l'un ni l'autre ne s'était senti en danger finalement, à aucun moment. Parce qu'ils avaient joué avec un feu qu'ils n'avaient pas considéré de si dangereux, qu'ils n'avaient pas eu l'impression de pouvoir s'y brûler malgré ses immenses flammes dansantes qu'ils ne jugeaient plus que factices. Ils avaient fait leur choix depuis le début, lorsque chacun avait laissé l'autre pénétrer sa vie et son univers, fouler les zones d'ombre de leurs antres respectives. Elle ne lui causerait pas de tort, tout comme il n'avait jamais vraiment eu l'intention de l'éliminer, bien que ces hypothèses les aient effleurés lors de leurs débuts un peu - beaucoup - calamiteux. Lorsqu'ils n'étaient encore que des étrangers aux corps désirables qui ne se nouaient que dans la chair et la sueur, sans autre préoccupation que leur bon degré de plaisir. Voilà longtemps qu'ils avaient dépassé ce stade, bien qu'ils ne se l'étaient pas avoués jusqu'à ce jour. Stupide, c'était l'unique mot qui restait en suspens sur ses lèvres immobiles pendant qu'il se maudissait silencieusement de s'être tant torturé à ce sujet et remerciait cette bonne étoile subite et éphémère de l'avoir récompensé de la confiance aveugle qu'il venait de placer en Joan. Elle en était digne. Il en était bienheureux.

Il sentait cette caresse qui le faisait presque frémir sur sa peau nue et s'en rassasiait sans retenue. Attrapant délicatement la dulcinée, il la bascula sur le divan et vint la chevaucher. Son regard d'un bleu intense se coulait dans le sien avec un désir éclatant, un peu d'amour aussi qu'il la laissa contempler sans plus aucun malaise. Il la regardait de son air saisissant quelques instants avant de porter ses lèvres jusqu'aux siennes dans un baiser à la fois tendre et passionné qu'il n'éternisa pas. Moment fugitif mais porteur d'une affection toute nouvelle qu'il avait décidé de lui exprimer aujourd'hui, puis demain, puis tous les autres jours à venir si elle acceptait de lui en laisser l'opportunité. D'un mouvement transitoire, il l'amena à se retourner sur le tissu confortable, échangea sa place pour qu'elle le jauge à son tour de sa silhouette magnifique. Il déposa ses mains contre ses reins, emprisonna ensuite de nouveau ses lippes rosées dans un effleurement suave tout en se redressant, entraînant la belle dans son geste. Face à face dans une proximité complaisante, certains de ses doigts vinrent s'entremêler aux siens pendant que les autres balayèrent les quelques mèches qui étaient venues barrer ce visage gracieux et familier qu'il avait presque l'impression de redécouvrir. Il les cala doucement derrière son oreille sans la lâcher de son regard captivant et captivé puis laissa s'étendre ce contact sur sa joue en daignant enfin briser le silence qu'il avait laissé gouverner. « Il n'y pas d'autre femme Joan. Et il n'y en a jamais eu avant toi à qui j'ai eu envie et surtout les couilles de dire ce genre de trucs. Je n'te dois rien c'est pas tout à fait vrai, mais c'est pas pour une quelconque dette ou un foutu sentiment d'culpabilité que j't'avoue tout ça et j'pense que t'es assez intelligente pour comprendre que t'es juste en train d'tenter d'te voiler la face là. Puis merde... si t'es encore là après c'que j'tai foutu dans la gueule et en sachant qui j'suis vraiment, c'est pas pour rien... ». Submergé soudain par un sentiment de gêne, il déposa ses yeux sur leurs mains entrelacées qu'il ne voulait plus libérer, cherchant ses mots dans un portrait de confusion trop manifeste. « Ca m'étonnerait qu'ce soit simplement pour un cas d'conscience que t'aies fait tout ça. C'est pas juste parce que je fais partie d'ta liste de connaissances que tu t'es abstenue d'me foutre à la porte, d'me blâmer comme un putain d'coupable sans aucun droit de reddition et que t'as décidé de fermer les yeux sur c'que j'fais d'mon quotidien. J'suis pas certain que t'aurais fait ça pour n'importe qui, et ça m'va comme ça... ». Se lancer à corps perdu, se donner le courage de mettre enfin un terme à toutes ces illusions de désintérêt. S'il ne mettait pas les pieds dans le plat à cet instant, il savait qu'il ne les y mettrait jamais, qu'il n'en trouverait plus l'audace et qu'il regretterait sa lâcheté. « Pour être honnête j'pense pas que j'avais capté quoi qu'ce soit avant tout ça... J'étais trop con et trop borné. T'étais juste une femme bonne à baiser mais dont il fallait se méfier à cause d'la merde dans laquelle je patauge, rien de plus. Une femme comme une autre à laquelle j'voulais pas m'attacher mais j'ai pas réussi à respecter c'que je m'étais promis. Ca a déraillé... C'est de ça dont j'veux qu'tu t'souviennes... Du fait que j'ai eu la trouille de t'perdre et que j'veuille pas qu'ça arrive...  ». Il la regardait de nouveau de son air sérieux, la lueur de sincérité au fond des yeux, son aplomb fébrile mais suffisamment présent pour l'aveu qu'il s'apprêtait à faire. « T'étais juste une distraction dans mon univers de solitude ». Il marqua une pause, soupesa chaque mot qu'il avait au bord des lèvres et qu'il s'apprêtait à lui offrir, avec la peur dans les entrailles. La peur d'un violent rejet. « Ca m'suffit plus. Et j'ai suffisamment les idées claires pour savoir c'que j'dis. Ca m'fout les j'tons Joan... ». Il n'était ni du même milieu, ni assez habiles avec ce genre de choses pour qu'elles puissent fonctionner sans heurt, mais ça valait peut-être le coup d'être tenté, quand bien même il était incapable de taire ces craintes qui avaient le pouvoir de tout anéantir. Prendre des risques rythmait son quotidien et il n'avait jamais hésité à le faire. Jusque là du moins... Le danger était pourtant moindre mais il était bien plus effrayé par les blessures de l'âme que celles du corps. Et c'était bien son âme qu'il venait de jouer ce jour.
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Je t'aime, moi non plus # Joan

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