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 I heard your voice through a photograph ║ Vaas

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MessageSujet: I heard your voice through a photograph ║ Vaas   Jeu 19 Mai - 6:18



I heard your voice through a photograph

 
Otherside


Les hématomes presque évanouis, les mots et les maux presque oubliés je me lève avec un goût amer dans le fond de la gorge. Incapable de changer les choses, de les faire bouger comme je le voudrais. Mon instinct révolutionnaire qui se cogne seul face à un échec que je sais certain. J'en ai marre de ce monde de merde, de ce qu'il est devenu. J'en ai marre de la voir se détruire, marre de te voir parti.

Je tourne en rond, je fais les cent pas. J'ai besoin de sortir, de prendre l'air. J'ai besoin d'oublier un instant que ce présent ne mène à aucun futur. Que mon passé me torture. J'ai besoin de vivre, une seconde. De sourire et de penser à tout et rien. Je marche dans ma chambre, les lattes craquent. Je m'assoie sur le lit, je cherche, et cherche encore. Et finalement, je le vois posé là, comme une évidence. À quelques centimètres de mon lit, lové dans sa splendeur d'un autre temps. Je souris, l'attrape du bout des doigts et l'observe une seconde. Cet appareil photo que tu as tenu dans tes mains en même temps que moi. Les premières photographies étant de toi, moi, et elle le sourire aux lèvres. Des rires qui sont révolus, et cette sangle qui a tant vécu.

Je la caresse d'un geste tendre, comme si c'était ta main, pour un instant sans plus de cendres. Je le range dans mon sac à dos, déterminé à rendre la journée utile, dans ce présent trop futile. J'attrape mes affaires, un paquet de cigarettes, un briquet, et des feuilles de papier que je glisse avec un crayon mal taillé dans le sac qui prend vite place sur mes épaules. Des petites grimaces de douleurs me prennent encore mais je les ignore avec une facilité déconcertante. Chienne de vie, t'as beau m'en foutre plein la gueule, il est pas question que t'aies la satisfaction d'avoir mes plaintes.

Jamais je ne m'abaisserai à ça. Je passe les murs et les portes, après avoir réglé un dernier détail. Cette aventure, je ne veux pas la faire seul. Alors que je claque la lourde porte d'entrée derrière moi, je remonte le col de ma veste, un sourire aux lèvres alors que je me dirige lentement vers chez toi. C'est stupide, d'être heureux pour si peu. Mais l'idée de voir Vaas, de passer cette journée avec lui, me laisse ce sentiment de satisfaction que je ne peux pas cacher. T'as pas connu Vaas, mais je crois que tu l'aurais aimé. Il traite tellement bien Mackenzie, il a ce petit instinct protecteur tout en la respectant.

Je ne connais pas tout du mec, mais de toutes façons, qui connaît-on vraiment ? Alors j'ai fait comme on a toujours fait. Je l'ai observé, sans le juger. Je l'ai regardé, j'ai appris à comprendre ce qu'il faisait, et tout ce que j'en ai vu c'est un mec qui me faisait rire. Un mec qui me faisait sourire quand j'en avais marre. Il a des idéaux plus grands que tu n'as jamais eu, il a cru en des causes que je savais perdues. Mais c'est important de rêver, et tu l'as toujours dit, que je rêvais pas assez. Je crois que du coup, je vois un peu le rêve à travers lui, même si je me tue à lui dire que ça ne mènera à rien.

Mais pourtant, me voilà, là, devant sa porte. À frapper, clope à la bouche. J'entends ses pas qui arrivent jusqu'à moi et alors que la porte s'ouvre, je lui adresse mon plus beau sourire, à pleine dents.

« Salut beau gosse. J'espère que t'as pas trop la tête dans le cul parce que j'ai une petite aventure à te proposer. »

Je marque une pause, souffle la fumée et relève les yeux dans les siens avant de continuer.

« Et tu ne peux pas dire non, c'est pas négociable. Tout simplement parce que tu vas adorer ça, et qu'en plus je sais pertinemment que je manquais à ta journée. Alors tu prends une veste, des fringues que tu peux salir et tu ramènes tes fesses, je t'attends ici. »

Je souris à nouveau et lui tends la main vers son propre appartement. Vaas n'était pas du genre à me dire non, l'inverse était vrai aussi. Nos plans ne nous avaient pas toujours menés vers de très bons plans, mais ils avaient toujours donnés d'excellents souvenirs que je me faisais un plaisir de te raconter le soir avant de m'endormir. Alors que le revoilà, tout beau, tout prêt. Je lui serre l'épaule d'une main et lui tends une carte de l'autre, que je lui pose sur la poitrine d'un geste amical et franc, décidé.

« C'est là qu'on va. J'ai toujours voulu y prendre des photos, et le temps est parfait aujourd'hui. Et puis ça fait trop longtemps qu'on a pas fait un truc que tous les deux. Alors, t'es prêt à te mettre à l'eau ? Qui sait... un petit poisson pourrait venir te faire des mamours. »

Je ris, et me prépare à avancer dans la bonne direction, le regard au loin. On ne savait pas ce qu'on pouvait croiser sur le chemin, ni dans l'eau. Mais dans tous les cas, je voulais faire ça, avec lui. Loin des maux, des rancœurs et des peurs qui avaient pris trop de place ces derniers temps. Machinalement je passe une main sur ma mâchoire encore un peu meurtrie, le bleu étant plus jaunâtre et assez discret. Mais c'est pas comme si on avait pas l'habitude d'en prendre plein la gueule dans cette vie. Alors rien d'étonnant. Je retire ma main et me retourne vers mon compagnon de route.

Un peu de rêve à ses côtés. De ses idées, et les vestiges d'une rivière qui a plus à nous offrir qu'on peut l'imaginer. Pouvoir enfin respirer, comme si de rien n'était.


Dernière édition par Garret Ferguson le Sam 30 Juil - 11:37, édité 1 fois
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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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MessageSujet: Re: I heard your voice through a photograph ║ Vaas   Ven 20 Mai - 12:53





Bénie étaient les nuits où Vaas Milligan arrivait à trouver le sommeil. Cette nuit n’en faisait pas partie. Revenant d’une longue marche solitaire, les pensées de Milligan étaient voilées bien qu’elles ne cachaient rien d’extravagant, ni d’inédit. Il s’agissait toujours des mêmes angoisses, des mêmes inquiétudes, de la même peur de l’avenir. Éternellement suivie par la crainte de sa propre existence. Des doutes sur lui-même. Son incapacité à s’y faire. A s’accepter. A s’adapter. Lorsqu’il atteignit la porte de chez lui, il était fatigué certes. Mais ce n’était pas la même fatigue qu’il ressentait après une journée de travail exténuant sur un chantier. C’était la fatigue qui vous accablait mentalement. Qui vous mettait au fond. Qui donnait envie de hurler sa détresse au monde. Si bien qu’une fois entre les murs de son appartement, il s’affala directement sur son lit. Enleva d’une geste las les chaussures qu’il avait au pied, ferma les yeux, priant pour faire le vide. Pour qu’il puisse se reposer. Il ne demandait pas grand-chose. Uniquement une paix intérieure, ne serait-ce que pour une journée. Une nuit. Une heure même. Que ses démons intérieurs se taisent, juste un instant, afin de trouver le sommeil.

Un bruit sec retentit. Allongé sur le ventre, les bras recroquevillés contre sa poitrine, il lui fallut une force considérable pour se redresser. Vaas n’avait, à cet instant précis, aucune idée du jour ni de l’heure qu’il était. Il s’était laissé submergé par ses noires pensées qui avaient fini par le faire sombrer dans un sommeil court et brutal. Peut-être avait-il dormi vingt-quatre heures d’affilées. Peut-être seulement dix minutes. Impossible à dire pour l’instant. La seule chose dont de certaine fut sa bouche pâteuse et ses yeux d’une lourdeur sans nom. Vêtu d’un simple tee-shirt et jean portés depuis la veille, il marcha d’un pas nonchalant vers sa porte sans prendre le temps de demander qui était l’individu qui avait osé perturber son sommeil si précieux. La fatigue était encore tellement présente dans son visage qu’il ne fut de premier abord ni surpris, ni rien du tout d’ailleurs. Il faisait face à Garret aussi passivement que s’il avait été membre d’une secte cherchant à faire de la propagande.

« Putain, attends, quoi ? Quel jour on est là ? » Vaas était connu entre autre, pour son sens de l'hospitalité. La fumée de cigarette qui émanait de son entrée eut pour effet de lui donner faim ainsi que de le réveiller un tantinet, et plutôt joyeusement. Vaas appréciait être en compagnie de Garret. Dès le début de leur rencontre, il n’en attendait pas moins. C’est grâce à Mackenzie qu’ils s’étaient connus. La jeune femme dont il s’était promis de veiller sur elle aussi souvent qu’il le pouvait. Garret fait de même pour elle, peut-être plus des fois, il n’en était pas réellement sûr. Ce dont il était certain, c’était que passer du temps avec Ferguson était le plus souvent synonyme de bons souvenirs. « Qu’est c’que t’as derrière la tête toi… Non puis sérieux, il est quelle heure ? » Vaas retourna sa tête vers son appartement afin d’apercevoir une quelconque lueur par la fenêtre de son studio, dans l’espoir qu’elle lui indique au moins à quel moment de la journée il venait d’émerger. A priori, Garret avait trouvé l’idée excellente d’aller le réveiller de bon matin, ou peut-être était-ce le début de la soirée… Il regarda de nouveau le jeune homme avant de retourner d’un pas lent dans son appartement afin d’enfiler des vêtements adéquats. « Des fringues que j’peux salir ? » dit-il en haussant la voix afin qu’il l’entende bien que la porte fut restée entre-ouverte. « T’as d’la chance que j’sois pas politicien toi… » En effet, la garde-robe de Vaas Milligan se comportait essentiellement de jeans et tee-shirt usés et tachés de peintures, vestige de nombreux chantiers passés sur des échafaudages ou escaliers d’immeubles à rendre beau et présentable le vieux et terne. Ayant dormi dans ses vêtements de la veille, il se contenta de changer de tee-shirt et d’enfiler une veste confortable ainsi que ses chaussures habituelles.

« C’est quoi ton plan ? Parce que si c’est pour repeindre ton appart’, tu peux aller t’gratter. » Il ferma la porte derrière lui en s’affublant de son sourire le plus malicieux. Bien sûr que si son plan était effectivement d’aller bosser, il l’aiderait bien entendu. En restant assis à enchaîner les clopes et en lui prodiguant de nombreux conseils divers et variés comme le faisait un bon camarade. Mais son intuition le faisait pencher pour autre chose. Et il n’avait pour une fois pas tort. Garret lui serra l’épaule en lui posant une feuille qui semblait pliée en quatre sur la poitrine, objet qu’il s’empressa de tenir puis d’ouvrir en ne quittant pas le blond des yeux, un sourcil interrogateur levé au milieu de son front. Alors que Garret détailla son projet à l'oral, Vaas posa son regard sur ce qui était une carte. Elle détaillait assez bien les alentours du fleuve du Mississipi ainsi que le fleuve lui-même. « C'est vrai qu'les poissons m’ont toujours kiffé. J’te laisse les alligators du coup. C’est ton genre tout c’qui a du mordant. »

L’idée d’aller faire un tour en pleine nature ne le déplaisait pas. A dire vrai, tout ce qui pouvait lui faire changer les idées de ce qui dort au fond de son esprit était systématiquement une bonne idée. Il ne le disait jamais. Même se l’avouer à lui-même relevait du défi. Ce qu’il cherchait le plus souvent, c’était d’être le moins seul possible. Et paradoxalement, seul, il l’était. Assez souvent. Et c’était là qu’il avait peur. Que ça se déclenche. Alors que si son esprit malade était occupé, s’il était ailleurs, s’il pensait à autre chose, ô que son âme était heureuse. Malgré ce corps fatigué, ces cernes éreintés, il serait heureux.
Sur le chemin, Vaas aperçu que la main de Garret qui venait de découvrir sa mâchoire cachait une sorte de tâche jaunâtre que l’ouvrier connaissait plutôt bien, par habitude. « C’est quoi ça ? Tu t’es pris un pain ? » déclara-t-il en désignant le bas de sa joue d’un bref signe de la tête. Machinalement, il plongea la main dans la poche de sa veste afin de récupérer une cigarette trainant dans un vieux paquet délaissé. Après l’avoir mis à ses lèvres, il chopa le briquet coincé dans la poche de son jean afin de l’allumer. Il ne savait pas encore s’il aurait le droit à une réponse véridique, mais il tenta. Garret, comme Mackenzie par ailleurs il l’avait remarqué, avait tendance à ne pas tout dévoilé au jeune Milligan. Il n’en était pas sûr non plus, c’était juste un pressentiment. Vaas n’insistait pas généralement. Car ils devaient avoir leurs raisons. Comme lui avait les siennes sur certains sujets.

Arrivés aux abords de la rive sud de la ville, Vaas s’étonna par lui-même de ne pas venir plus souvent en ces lieux. La différence était flagrante et pourtant, la ville n’était pas si éloignée. La nature reprenait ses droits. S’éloigner de la société, des hommes et des femmes qui ont fait de reste du monde ce qu’il était. Rien que d’observer autre chose que la foule se démenant pour accomplir leur vie routinière était satisfaisant. C’était sans doute ça, ce dont Vaas avait besoin. « Putain mec. Qui croirait que c’est la fin du monde ? » Il respira longuement une bouffée de sa énième cigarette, ce qui intensifia son plaisir de l’instant présent. De la plaine où ils avaient atterri, la rivière était déjà visible quelques mètres plus bas. Le long de la descente, le regard de Vaas se posa sur l’appareil photo de Garret, il se souvint alors la raison principale de leur venue en ces lieux. Il avait prétexté l'envie de prendre des photos, chose qu'il comprenait encore mieux maintenant sur place et que les alentours promettaient des clichés d'excellents qualités.

« T’as un article à faire sur les joies de la nature ? Le titre : « Rendez-vous en terre non-zombéifié ! » Vaas s’arrêta net, comme frappé par une illumination. Il regarda Garret d’un air réfléchi en pointant un doigt vers lui. « Eh… c’est pas mal comme titre ! » Il ria de sa propre bêtise en posant une tape amicale sur le dos de son camarade.

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We swim against the rising waves and crash against the shore. The body bends until it breaks, the early morning sings no more.


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MessageSujet: Re: I heard your voice through a photograph ║ Vaas   Sam 21 Mai - 4:32



I heard your voice through a photograph

 
Now we are free


Je souris aux remarques de Vaas. Il n'a pas l'air d'avoir passé une très bonne nuit, mais depuis que je connaissais le garçon, il ne me semblait pas passer beaucoup de bonnes nuit. Après quelques remarques par principe ; des idées farfelues comme quoi j'allais l'exploiter pour repeindre mon appartement. Je ris, regarde le monde qui bouge autour de nous pour le voir finalement revenir vers moi et découvrir mon idée du moment.

Je crois qu'on pouvait considérer cela comme de l'exploitation au final, certes, pas pour repeindre des murs ; mais partir à la découverte d'un lieu dont on ne connaissait rien. On sait jamais, des fois qu'on croise une horde de zombies, il valait mieux avoir quelqu'un à jeter dedans pour avoir le temps de sauver sa peau. La pensée me laisse un sourire taquin sur le coin des lèvres tandis qu'il répond du tac-o-tac à ma blague sur les poissons. On pouvait au moins lui accorder ça, peu importe la taille de ses cernes, Vaas était toujours là pour me répondre. Jamais il ne me laissait seul avec mes idées, mes pensées, mes petits pics. Je lui adresse une moue perplexe avant de répondre d'un ton interrogatif.

« Mouais... pas sûr de vouloir me faire mordre par un truc qui fait une tonne de plus que moi, j'ai tout de même tendance à préférer les poids plumes, l'ami. »

Une pensée pour Shae et notre discussion des jours passés qui ne s'était pas exactement déroulée comme prévue. Mais si j'étais là, avec Vaas, c'était justement pour me sortir toutes ces affaires de la tête. Pas d'histoire de fille, encore moins d'histoire de cœur. Juste nous et une idée qui pouvait s'avérer très bonne comme très conne. On verrait bien, de toutes façons c'était pas comme si on avait grand chose à perdre dans cette vie au final. Autant la risquer un peu.

Les pas prennent vite une cadence sur laquelle on se cale au rythme de la fumée qui s'échappe de nos poumons respectifs. Je ne pouvais pas nier que mes entrailles me tiraillaient encore mais serrer une cigarette entre mes dents permettait plus ou moins de cacher mon visage et ses mini torsions. Mais mon ami n'était pas stupide, et rapidement, la conversation se posa sur la marque découverte de mon visage. Passant ma langue sur mes dents, je lui adresse un regard, prenant une seconde avant de répondre. Je n'avais pas vraiment de raison de mentir à l'ouvrier, surtout pas sur une aventure qui m'avait collé les marques que j'avais. Pour autant, je n'avais pas spécialement envie de m'en vanter, d'autant plus que si nous étions ici, c'était plus ou moins pour oublier cette soirée.

Pourtant, son regard sincère, plein d'innocence, à celui à qui j'avais raconté les pires raclées de mon passé me pousse à dire un semblant de vérité, sans savoir jusqu'où j'irai. « Pour être tout à fait honnête, j'ai plutôt pris une botte. Une belle botte bien dégueulasse, pleine de bière et de sang, en plein dans la tronche. Et si tu veux tout savoir, c'était pas très agréable. »

Je soupire une seconde avant d'ajouter dans un rire léger. « Mais je trouvais mon teint trop fade, et visiblement l'autre aussi. Alors d'un commun accord pour lequel j'étais pas très d'accord, il a décidé de me donner des nouvelles couleurs. T'aimes ? »

La question était stupide. Le sourire colgate qui l'accompagne encore plus. Mais je m'en fous. Je m'étais peut-être pris une nouvelle raclée de la part du Gouvernement, mais ils n'auraient pas mes larmes. Pas d'apitoiement, pas de plainte. De la dérision et de la fierté. Surtout de pas avoir repris la direction de la prison. Celle de New-York aillant laissé un souvenir un peu trop frais dans ma tête pour me manquer. Et puis finalement, on arrive sur place, après une plus ou moins longue marche. D'un air à la fois admiratif et satisfait, je regarde la rivière qui s'écoule devant nous, le soleil se reflétant sur elle et lui donnant une beauté sans pareille.

Les mots me manquent et toutes mes pensées vont vers toi. C'est une rivière que tu n'as pas eu la chance de voir, et si toi et moi on avait vu des tas de choses, des parties du monde qui me laissent encore sans voix. Celle ci, dans le contexte dans lequel on vivait, avec quelque chose de plus magique encore. Il ne manquait que toi. Il ne manque toujours que toi. L'aventurier à mes côtés me sort de mes pensées par sa voix coupée par tant de beauté. Mes yeux se fondent directement sur son visage pour profiter de l'expression qui s'y est invitée. Je souris, l'imite lorsqu'il prend une nouvelle bouffée de cigarette et détourne mon visage sur le paysage qui nous entoure. Il a dit vrai, la fin du monde est bien loin de nous, de tout.

Elle est loin d'ici, l'a étonnamment épargné. Nous rapprochant peu à peu de la rivière, je regarde tous les angles et les perspectives qui s'ouvrent à nous, les endroits idéaux pour prendre les plus belles photos, les plus beaux instants à capturer, donner un peu de vie à la ville fantôme dans laquelle on finirait bien par retourner. Faisant attention à nos pas – sait-on jamais sur quoi on peut tomber, l'insomniaque à mes côtés finit par ouvrir à nouveau la bouche, laissant un rire franc échapper d'entre mes lèvres. Je me retourne instantanément vers lui alors qu'il s'est arrêté dans notre descente et insiste sur ce qu'il vient de dire. D'un hochement de tête en réponse à son idée, sa main posée sur moi comme appui, je lui tapote gentiment avant de dire des plus sérieusement.

« Aussi alléchant soit ton titre, j'avoue que je vais passer. L'endroit a l'air trop paisible pour lui imposer la connerie de nos compatriotes, tu sais comme moi qu'ils le gâcheraient. »

Comme ils gâchent le reste. Comme ils ont tout gâché. Le gouvernement, les résistants, tous ont détruit la nature, celle qui a rempli ma vie, nos vies, plus que tous les hommes. Ils ont détruit les plantes, ils ont fait saigner les rivières. Et il en reste une, préservée par un miracle qui nous dépasse, il est hors de question de leur céder. Je me gratte la tête et alors que le courant de l'eau s'immisce dans mes oreilles je continue à l'égard de mon compagnon.

« De toutes façons je ne suis pas venu pour faire un article, les photos sont pour moi. J'avais juste envie de passer du temps loin de toutes ces conneries et sur la carte, ce petit lieu inconnu me faisait de l’œil depuis trop longtemps. Je m'agenouille face à l'eau, sans oser la toucher, de peur de ce qu'elle pourrait renfermer pour continuer. Et il me fallait quelqu'un, tu sais, au cas où ça tourne mal. Quoi de mieux que tes bras virils pour prendre ma défense, ô preux chevalier Milligan dont la force n'a d'égale que la taille de ses cernes. »

Dans un rire accompagnant ma stupidité, ma main frôle l'eau fraîche et mes yeux s'illuminent. Ici, nous étions vivants. Humains, passionné et animés. Posant mes fesses sur le bord de la rivière, je sors mon appareil photo pour regarder à travers son œil à lui, le laissant s'approprier la nature avant de prendre un cliché. Et sans réfléchir, concentré sur ce que je fais, je reporte mon attention sur mon ami.
« Tu vas bien toi ? Je peux pas dire que t'aies la meilleure mine avec laquelle je t'ai connu. Raconte-moi ce qui se passe dans ta vie, c'est peut-être sur toi qu'il y a de quoi faire un article après tout. « L'homme qui murmurait à l'oreille des poissons. », t'en penses quoi ? »

Je souris, sors mon œil de l'appareil pour le regarder lui. Un homme avec le reflet de l'eau dans les pupilles. Le reflet du soleil et d'une vie qui s'éveille, comme un nouveau matin. Par un réflexe incontrôlé, c'est vers lui que je dirige l'objet, d'un regard avisé, qui cherche à capturer l'essence au fond de ses yeux. En faire un souvenir qui restera une lueur lorsqu'il y aura un peu trop d'obscurité.


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MessageSujet: Re: I heard your voice through a photograph ║ Vaas   Sam 4 Juin - 13:42


La compagnie de Garret faisait oublier les moments où Vaas déambulait seul dans les tréfonds de la ville. Trop de nuits passées dans la tourmente à attendre le néant. Cependant avec Garret, il arrivait à oublier ces moments de solitudes. Il eut un sourire compatissant à l’aveu de la botte qu’il s’était prise comme il le disait. Les soirées de la Nouvelle-Orléans étaient mouvementées selon l’endroit où l’on se trouvait. Les journées aussi par ailleurs. Dans cet environnement, le facteur malchance reposait énormément sur le fait de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Ce dont Garret avait manifestement subi les effets. Vaas aussi avait été la proie des poings de plusieurs hommes à l’apparence patibulaire et à l’esprit guidé par des œillères. Ce fut une des raisons pour laquelle il ne comprenait que trop bien ce que son camarade pouvait ressentir. « Ouais, j’te trouvais trop palot, ça te donne un peu de joie de vivre. » concluait-il en répondant à son sourire sans faille.

Dans un endroit qui semblait épargné de toutes les horreurs du monde, les deux hommes se rapprochèrent de la rivière à grand pas tout en prenant leur temps. Le fait d’être seulement arrivé à destination, loin des bâtiments et ce qu’il restait de la modernité, était déjà revigorant. Vaas l’avait oublié. Qu’il restait une partie de la nature encore intacte, miraculeusement épargnée par cet apocalypse qui avait ravagé le monde en un rien de temps. Demeuré dans son inlassable solitude et repliement sur soi, il oubliait jusqu’à les bases même du bien-être. Et il pouvait ne s’agir que d’une bouffée d’air frais, de la vision d’un calme naturel, de la compagnie de quelqu’un qu’on appréciait, d’un mélange de tout ça. La solitude était un monstre qui engloutissait le plus heureux des hommes pour lui faire oublier qu’un monde même ravagé pouvait encore accueillir des effluves de bonheur. Même éphémère, cet arôme flottait dans l’air. Il suffisait de savoir les attraper au vol.

Garret continua dans la lancée qu’avait provoqué Vaas sur un potentiel titre d’article, un tant soit peu foireux il était vrai. L’ouvrier acquiesça la tête face à sa remarque, les lèvres pincées par cette triste vérité. Il le laissa passer devant, tandis qu’il s’agenouillait devant le courant de l’eau. Vaas profita de sa prise de parole pour se rouler une autre cigarette. Il lui était reconnaissait de l’avoir fait sortir de son appartement. Il n’aurait jamais pris cette initiative par lui-même. Il lui fallait quelqu’un comme Garret pour oser s’aventurer dans un coin de la vraie nature sauvage. Là où aucun jardinier malintentionné n’était là pour tondre, couper, rafistoler ce que le gouvernement lui disait de faire pour que cela soit au goût de tel politicien véreux. La cigarette entre ses lèvres avec un sourire au coin, il rétorqua au photographe d’un air malicieux « Toujours au taquet. Sauf pour ces putains d’alligators. Je t’ai prévenu, tu te démerdes. » Il alluma l’extrémité de sa cigarette, en inspira une bouffée avant de s’assoir aux côtés de Garret dont il aperçut qu’il venait d’empoigner son appareil photo afin de commencer sa quête d’immortalisation d’images. N’ayant pas ce talent artistique, Vaas se contenta d’images mentales, dont certaines furent embrumées par la danse courbée de la fumée blanchâtre qui sortait d’entre ses lèvres.  

C’est droit devant lui que Vaas fit perdre son regard. Hypnotisé par cet instant d’apaisement et de calme, chose qu’il ne trouvait que très rarement. L’intervention de Garret lui fit détourner son regard vers lui, ricanant à la nouvelle appellation dont il lui affubla. En le voyant pointer son appareil photo droit sur son visage, Vaas ouvrit la bouche pour sortir quelque chose mais il fut comme bloqué par l’initiative de son camarade dont il ne voulait pas interrompre ce geste si impulsif et honnête. Il se contenta de se passer une main derrière la nuque en la grattant nerveusement et en regardant un point imaginaire derrière l’épaule de Garret. Il ne supportait pas son image, de quelque nature qu’elle était. Et depuis quelques mois, son image n’avait de toute manière, plus rien de réel. Déformée, inhumaine, peu importait la surface dans laquelle il se regardait, il ne se reconnaissait plus. Il en venait jusqu’à esquiver tous les miroirs, n’en possédant plus une seule chez lui. Toutes les vitrines qui le reflétait un minimum était devenu un calvaire. S’il venait à y poser les yeux par accident, il les détournait le plus vite possible. Vaas n'y voyait là qu'une seule explication : conséquence de sa maladie, vestige de l'héritage de sa mère, il devait en subir les conséquences. Quitte à se noyer dans sa solitude, c'était une chose qu'il devait gérer sans l'aide de quiconque de toute manière.

Il inspira une bouffée de sa cigarette déjà à moitié entamée « J’te l’ai dit, les poissons et moi, on a un passif. » rétorqua-t-il en expirant le poison bienfaiteur de ses poumons. La rubrique délicate de se confier était douloureux pour Vaas. Il n’aimait pas faire étalage de ce qui lui arrivait, car après tout pensait-il, cela n’intéressait personne. Que chacun et chacune avait ses merdes, qu’il fallait avancer avec, peu importait les conséquences. « Bah… j’ai pas bonne mine parce que personne me donne une séance de maquillage gratos, à moi. » Remuer un couteau visiblement encore frais dans la plaie était sans doute maladroit. Mais dite avec l’innocence la plus marquée du monde accompagnée d’un sourire malicieux, ça passait généralement comme une cerise sur de la chantilly. C’était lourd, mais c’était bon. Il tendit sa moitié de cigarette restante comme s’il s’agissait du calumet de la paix de la vanne foireuse.

Bien qu’il eût le regard planté droit sur Garret, Vaas remarqua aussitôt de l’agitation derrière son dos. Une barque avec deux individus apparut et avança au milieu de la rivière. Il pointa du menton cette nouvelle interaction à leur environnement de paix et de détente à Garret, comme outré par la venue d’autres êtres humains en dehors d’eux. Bien que la barque fût à plusieurs centaines de mètres devant, on pouvait distinguer de plus en plus l’apparence des deux hommes. Ils semblaient massifs, et étaient entièrement vêtus de noir. Ayant instantanément reconnu l’uniforme des shadowhunters, Vaas se baissa au plus près du sol en entrainant Garret avec lui en le prenant par le bras, écrasant sa cigarette de la paume de sa main. Ce n’était pas le moment de se faire remarquer bêtement. Bien qu’ils étaient éloignés et que Garret et Vaas étaient avantagés par rapport à leur position et à la vision globale du terrain, il valait mieux être prudent. Sans même un regard aux alentours, les deux individus jetèrent un énorme carton qui semblait extrêmement lourd. Suivit de deux paquets qui ressemblaient affreusement à des bâches pouvant contenir des corps… Vaas avait envie de jeter un regard interrogateur à Garret. Mais dans la crainte de perdre les deux autres hommes des yeux, comme s’il craignait qu’ils se volatilisent instantanément, il s’en abstenait. Une fois ce « travail » accompli, ils reprirent les rames et s’en allèrent par le même chemin où ils étaient venus. Vaas attendit plusieurs secondes, voir minute avant de reprendre la parole. Toujours allongé, et sans hausser la voix.

« Putain mais c’était quoi ça encore ? » Vaas se doutait intérieurement qu’il devait s’agir d’une intervention afin de supprimer quelques preuves et témoins d’une quelconque affaire qui dérangeait le Gouvernement. Il ne savait pas pourquoi ils faisaient ce genre de « travaux » en plein jour, mais une chose dont il était sûr, c’était ce sentiment de pénibilité qui commençait à monter en lui. Il remonta doucement, d’abord en se servant de ses coudes, puis se remit laborieusement en position assise. « Pourquoi est-ce qu’ils sont partout putain… Non, non, réponds pas, question conne en fait… » Il reposa son regard vers l’endroit où les mystérieux paquets ont été largué. Impossible de dire de quoi il en ressortait exactement. Surtout en ce qui concernait la boite dont le poids devait être assez massif, si on prenait en compte l’énorme bruit d’éclaboussure qu’il avait provoqué en percutant la surface. « Tu crois que… z’ont balancé des corps ? » Le dire à voix haute fut d’une étrangeté sans nom, mais il fallait bien ça pour faire face à l’horripilante réalité.

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MessageSujet: Re: I heard your voice through a photograph ║ Vaas   Jeu 23 Juin - 8:18



I heard your voice through a photograph

 
We can make the World stop


JJe ris à la remarque de Vaas sur les alligators. D'un haussement de sourcils et d'un coup de coude léger dans un sourire je me vois lui dire. « Vu comment tu insistes pour pas te retrouver face à un alligator, je ne peux qu'imaginer une belle histoire derrière, et crois-moi, j'imagine un truc génial là. » Je ris et continue ce que je fais, laissant mon sourire s'attendrir quand mon ami se trouve gêné.

Depuis le temps, cet air sur son visage n'a pas changé d'un pouce. Je repose l'appareil photo et attrape une cigarettes après quelques clichés. J'avais toujours vu l'homme embarrassé de son image, comme si elle l'insupportait et au fond de moi, je comprenais. Depuis la mort de Jayden, je n'avais pas passé énormément de temps à mater ma tête. Déjà que c'était pas beaucoup le cas auparavant, j'avais bien du mal à apprécier mon image aujourd'hui. Mais j'avais toujours vu dans les autres ce que eux ne voyaient pas, et dans cet accord silencieux, je prenais mon camarade en photo sans jamais les lui montrer. Si il me le demandait un jour, il verrait les clichés, mais en attendant, tout cela était pour moi, me rappeler ce que je pouvais encore voir en l'humanité.

Trouver des instants de bonheur dans cette vie creuse à souhait. Je souris alors que Vaas continue sur notre lancée et m'étale un peu plus dans l'herbe en continuant à fumer. Il fallait vraiment savoir ce qui s'était passé dans ce monde pour réaliser que nous étions en plein apocalypse. Sa nouvelle remarque quant à ma petite séance de maquillage me laisse échapper un rire d'entre les dents. « Touché. » Il n'était pas méchant, ne l'avait jamais été. Il ne disait pas ça pour me faire du mal et je le savais pertinemment. Alors je ne le prends pas mal, jamais, et je laisse la douleur qui se fait encore présente dans mes côtes et ma mâchoire de côté. Attrapant sa cigarette du bout des doigts, je m'en délecte sans plus un mot. Passer la journée avec Milligan, c'était fumer plus que d'ordinaire, mais aussi vivre plus que d'ordinaire. Et puisqu'il faut bien mourir de quelque chose, savoir que la fumée pouvait nous tuer était loin d'être ma priorité. Perdu dans le beau temps et le calme environnant, le coup de menton de Vaas me surprend. Je me tourne, le visage plus dur et m'apprête à faire une blague sur les alligators quand je les remarque.

Dans un silence instantané je me terre, pour mieux les observer. Putain, pourtant j'ai vérifié et revérifié, cette zone est claire et normalement personne fout les pieds ici. Je me mords la lèvre, brutalement inquiet de mettre mon ami en danger. Merde. Il ne nous faut pas bien longtemps pour reconnaître l'uniforme qu'ils portent, en plus. Je soupire, outré, et sens ma poitrine se serrer, non pas par la douleur, même si le souvenir des bottes du gouvernement dans ma figure est encore frais, mais bien pour la situation dans laquelle on est. J'observe rapidement les alentours avant de réaliser que la meilleure option est encore de ne pas bouger. Sans avoir le temps de réagir, c'est la main de Vaas qui m'appuie contre le sol, nous rendant invisible aux yeux de ses deux hommes. Plissant les yeux pour mieux observer leur mouvement, le bruit violent du carton qu'ils jettent à l'eau me fait avoir un léger sursaut. Et merde. Putain, qu'est-ce qu'ils foutent ? Je lance un regard à Vaas, profondément inquiet de la situation dans laquelle on pouvait se trouver.

Tout ce qui me vient en tête est de tenter de me souvenir de ce que je sais sur les déplacements des Shadowhunters, afin de savoir si on risque de se faire coincer ou non dans peu de temps. Les sacs jetés dans l'eau, comme un accompagnement au premier me laisse ce poids sur la poitrine et finalement, ils s'en vont. La tête plongée dans mes mains je tente de retenir tout ce qui peut me venir en tête quand Vaas ouvre la bouche.

J'enlève ma tête d'entre mes paumes, la relève vers lui, sans changer de position. J'ai envie de m'excuser, mais suis incapable de parler. Je réfléchis. Est-ce qu'ils sont suivis ? Est-ce qu'ils étaient seuls ? Qu'est-ce qu'il peut y avoir dans ces putains de sacs ? J'observe mon ami se redresser, et l'écoute parler, se reprendre sans me laisser le temps de répondre. De toutes façons, je reste incroyablement silencieux, les yeux à nouveau rivés sur l'eau encore tremblante de leur passage et les corps qui doivent avoir touché le fond de la rivière désormais. Je soupire, m'étale complètement à l'inverse de Vaas, mais sur le dos pour pouvoir tourner la tête vers lui et lui répondre.

Il faut que je détourne mon visage de cette scène de toutes façons. Parce que ça aurait pu être Vaas. Ça aurait même pu être Mack. Ça aurait pu être toi, ça aurait pu être moi. Je déglutis et sens un rire jaune s'échapper d'entre mes lèvres à la question de mon ami. Je pose ma main encore contusionnée sur sa propre main avant de finalement parler, après ces longues minutes de silence.

« Tu sais comme moi qu'ils l'ont fait. » Mon ton est doux, comme si l'on était en deuil. De toutes façons on l'est. Constamment, tous les jours et toutes les heures. Avec ce putain de gouvernement. Je soupire et retire ma main, la passe machinalement sur les ecchymoses qu'ils ont laissé sur mon corps une fois de plus. Je tourne mes yeux vers lui, et regarde son visage justement contrarié. « J'suis désolé mec, j'avais vérifié putain. Vérifié et revérifié, personne fout jamais les pieds ici. »

Ma voix se casse, se serre. Je ne supporte pas l'idée de mettre quelqu'un en danger. Me relevant finalement, je lui tends une cigarette avant d'en attraper une. La scène m'obsède, me pèse et tourne en boucle dans mon esprit. Me passant un doigt sur le visage alors que la fumée envahie à nouveau mes poumons je dis tout en pensant. « Mais c'est pas normal qu'ils viennent comme ça en plein jours, en plus des Shadowhunters quoi... Y a quelque chose de louche. Puis c'était quoi cette caisse là, autant pour les bâches j'ai pas vraiment de doutes autant ce truc... »

Idée de merde. Idée de merde. La pause que je marque tout en fixant le vide devant moi est là pour me forcer à me taire. Ne pas continuer dans ma lancée alors que je sais très bien que je vais le faire. Je regarde Vaas, me mords la lèvre et continue finalement. « Faut que j'aille voir. Ils étaient pas suivis, sinon on serait déjà dans la merde. Mec, bouge pas. Si t'entends quoi que ce soit de suspect, tu te casses, en courant. Vite et loin. Même si t'as pas le choix, tu vas voir les alligators, ils seront toujours de meilleure compagnie. » Je lui serre l'épaule et me relève sans lui laisser le temps de répondre.

Face à moi, ce pauvre morceau de colline qui nous sépare et la rivière qui retrouve à peine son calme. Je craque ma nuque, fume une fois de plus et soupire pour me donner du courage tout en secouant mes mains. Si Mack était là, elle m'en collerait une. Si t'étais là, tu courrais avec moi. Je souris à cette idée et d'un regard en périphérie me retrouve quelques instants plus tard au bord de la rive à enlever mes chaussures et ma veste pour me jeter dans l'eau.

Je déglutis à l'idée de ce qu'on peut trouver. À ce qu'il peut y avoir. Et si c'était vivant ? Les Shadowhunters n'avaient pas la tâche la plus facile malgré tout et ce n'était pas le moment de se faire griffer par un zombie moitié crevé, ou un alligator à la dent facile. Mais il y a toujours une excuse. Il y en aura toujours une. Un regard pour Vaas et je plonge. Qu'importe ce qu'il dit et ne dit pas. De toutes façons je suis parti sous l'eau. La caisse en vision floue devant moi, je détourne les yeux pour observer les bâches. Mon cœur lâche sur l'instant. Je repense à ton corps, et une larme que personne ne verra se mêle à l'eau de la rivière qui vit, elle.

Tu me manques.

Je me reprends, nage plus vite et tente de pousser la caisse. Si elle nous semblait déjà lourde de loin, elle l'est définitivement dans l'eau. Je remonte à la surface et reprends mon souffle. D'un regard pour mon ami, je lui dis, dans un souffle un peu court. « C'est sacrément lourd putain. » Et j'y retourne. Je passe sous l'eau et m'évertue à pousser cette caisse vers la rive, cherchant à la bouger comme je peux. Mon cœur bat jusque dans mes tempes, la peur, le souffle, le tout mélangé. L'avantage ? Les bâches ne semblent pas bouger, si on peut appeler ça un avantage. La caisse cognant contre la rive, je sors à nouveau la tête de l'eau, reprends lentement mon souffle et regarde Vaas.

« Y a plus qu'à la sortir de là, et on tardera pas à savoir ce qu'il y a dedans. » Je jette un regard derrière moi, vers les bâches. L'espace d'un instant, j'hésite à aller les voir. Peut-être qu'il y a des identités, peut-être qu'on peut... annoncer à des gens que leurs proches sont morts. Qu'est-ce qui est le mieux ? Le doute, l'espoir, ou bien la certitude de ne plus jamais revoir ceux qu'on aime ?

Tu me manques.

Je soupire, incapable de penser clairement face à cette situation, ta présence bien trop puissante. Alors je me retourne vers mon ami, toujours dans l'eau et demande sincèrement, le cœur toujours aussi brisé. « Tu crois qu'il faut que j'aille voir les bâches... ? »

Je ne sais pas ce que je veux qu'il dise, je ne sais même pas ce qu'il y a à dire. Très sincèrement, le risque de se faire bouffer par une bestiole sauvage dans l'eau se fait de plus en plus pressant, et je commence sérieusement à me sentir mal. Autour de nous, le calme est entièrement revenu. Il n'y a que nous et ce triste constat du gouvernement qui fait des choses en douce. Je soupire, déglutis. M'excuse encore, silencieusement. J'ai jamais voulu mettre Vaas face à tout ça. Jamais.

« Mec, si tu veux te casser j'comprends. J'ai vraiment pas voulu ça tu sais. » Mon regard est sincèrement navré, mon sourire à l'envers et les douleurs plus fortes dans les marques laissées par les mêmes que ceux qui ont jeté ces bâches. « J'suis désolé. »


Dernière édition par Garret Ferguson le Sam 30 Juil - 11:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: I heard your voice through a photograph ║ Vaas   Mer 6 Juil - 13:12



L’inquiétude faisait ressortir un sentiment désagréable, mêlée à la curiosité d’en savoir toujours plus à celle de l’instinct de survie. L’étrangeté de la situation n’aidait en rien à améliorer le sentiment de sécurité qu’il pensait acquis il y avait encore quelques minutes. Alors qu’il s’affala sur le dos, Vaas restait accroupi en reposant son regard vers l’emplacement où l’action avait eu lieu. L’eau avait retrouvé son apaisement habituel extrêmement vite. S’ils étaient arrivés vingt minutes plus tard, ils n’auraient jamais pu soupçonner une telle scène. Une pensée fit frissonner l’ouvrier. La rivière avait dû connaître une multitude d’épisode morbide que le gouvernement devait prendre un malin plaisir d’orchestrer. Que cachait les profondeurs de cette eau ? Ils étaient partout. Même là où le peuple se pensait à l’abri, il semblait n’avoir aucune échappatoire. Ils guettaient la moindre parcelle de terre, le moindre nuage, la petite goutte d’eau qui voulait s’échapper ne semblait avoir aucune chance set restait sous le joug du gouvernement.

Lorsqu’il lui posa sa question, Vaas ne s’attendait pas à une réponse négative. A dire vrai, l’entendre dire de la bouche d’un autre rendait tout de suite les choses plus concrètes. Il ne pouvait pas passer outre, reprendre leur jérémiade et faire comme si rien ne venait d’arriver. Garret s’excusa alors, ce qui fit Vaas détourner le regard vers lui. Il se contenta de hausser une épaule accompagné d'un air empathique. « T’y es pour rien. » Il ne voulait pas qu’il se sente coupable de quoi que ce soit. D’ailleurs, cette situation devait le rendre encore plus perplexe que lui. C’était Garret qui avait connu les atrocités du gouvernement de près. Vaas se trouvait loin derrière et encore aujourd’hui, il n’osait imaginer les souffrances et les séquelles que cela lui avait infligé. Et ça continuait. Jamais ils n’arrêteraient. Jamais ce gouvernement à a con qui a été imposé au peuple ne s’arrêtera d’écraser les autres afin de prouver sa puissance à ceux qui oserait encore les affronter. Et pourtant, ils osaient encore. Vaas n’arrêtera jamais de les affronter. Il les affrontera jusqu’à en crever. Même s’il est terrifié à cette idée. Même si ses pieds se paralyseront une fois devant le fait accompli. Ça ne le fera pas changer ses convictions.
Il prit la cigarette que lui tendit Garret qui était maintenant debout. Vaas restait inlassablement assis, le regard de nouveau vers l’endroit où les corps et paquet avait sombré. Une longue inspiration aidait à la réflexion. Et la seule réflexion qui lui venait était de savoir ce que contenait la caisse. Et il y avait ces bâches. Que contenaient-elles ? Qui contenaient-elles ? Garret se posait les mêmes questions qui firent acquiescer Vaas. « Les Shadowhunters se posent plus de limite faut croire. » Il s’arrêta le temps d’inspirer une nouvelle bouffée issue de la cigarette. « Cette caisse m’intrigue aussi. Pour la balancer en pleine nature, doit y avoir de sacré dossier qui se prépare… »

L’idée d’aller récupérer la caisse au milieu de cette rivière le titillait de manière monstrueuse. Mais il faudrait probablement préparer un plan afin d’être certain de plonger en toute sécurité. D’un ou deux compatriotes résistants afin de surveiller le rivage dans le doute où d’autres représentants non désirés du gouvernement se pointeraient sans invitation. Interrompu dans ses pensées par une main ferme sur son épaule, Vaas fit face au regard téméraire de Garret. Il était décidé à y aller. A plonger, comme ça, dans la rivière du Mississippi. Lorsqu’il fit mention de partir s’il y avait du danger, l’ouvrier ouvrit grand ses yeux tout en faisant une moue d’incompréhension caractéristique de son visage. Il n’eut pas le temps de répondre que sa décision fut déjà prise, qu’il lui lâcha l’épaule et partit en direction de la rivière. « Hein ? Mais attends-moi putain ! » Il avait déjà une bonne dizaine de pas d’avance. Il avait l’air soudainement sir sûr de lui qu’il n’était pas certain de réussir à l’en dissuader ou de trouver une meilleure solution avant qu’il ne soit dans l’eau. Vaas dévala le bout de colline qui le séparait du rivage pour apercevoir un Garret Ferguson, les chaussures déjà retirées et la veste jetée comme un sac. Un peu abasourdi par cette décision prise aussi vite qu’un éternuement, il voyait bien que l’en empêcher, même par la force, ne résoudrait rien. A dire vrai, s’il ne l’avait pas fait, Vaas aurait sûrement pris sa place. « Mec, fais pas l’con, dès le moindre danger, tu remontes hein ?  On trouvera un autre moyen de … » Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’il avait déjà plonger sans attendre. Ce qui eut le don de faire tomber les bras de Vaas de manière mollassonne et désabusée sur ses cuisses. Il regarda avec attention autour de lui. Certes, ils ne risquaient peut-être rien, car comme l’avait dit Garret, si les Shadowhunters n’avaient pas été seuls, les deux compagnons auraient sans doute été déjà emprisonnés. Garret risquait sa vie en essayant d’en savoir plus, faire le guet relevait d’une promenade de santé à côté. De temps à autre, Vaas observait la rivière, dans l’espoir de voir Garret émerger. Peu importait s’il remontait les mains vides. Il voulait juste qu’il remonte en vie, en un seul morceau, sans être accompagné d’un crocodile ayant décidé que sa jambe ferait un délicieux sandwich.

C’est alors que Vaas aperçu de l’agitation à la surface. Garret fit son apparition en se plaignant du poids de la caisse. Sans plus attendre, Vaas se précipita afin de l’aider à placer la caisse sur le rivage en la tirant du mieux qu’il le pouvait. Une fois arrivée sur la rive, l’ouvrier laissa tout son poids prendre appui contre la caisse qu’ils venaient de sortir de l’eau en reprenant son souffle. « Ouais… faut qu’on trouve un moyen de l’ouvrir. Ah, au fait, t’es complètement barge. » A dire vrai, s’il avait été seul, Vaas n’aurait jamais eu le courage de faire ce geste. Mais dès qu’il se retrouvait accompagné, le besoin de faire grimper son taux d’adrénaline était à son plus haut niveau, et il aurait sans doute fait la même chose si Garret ne l’avait pas pris de vitesse en ne réfléchissant pas autant que Vaas l'avait fait. A la mention des bâches, il regarda au loin, comme dans l’espoir que les bâches réapparaissent à la surface et nagent par elles-mêmes jusqu’à eux. « Attends, attends… d’abord, tu vas souffler cinq minutes. » Il se passa les mains dans les cheveux, comme pour se remettre d’une émotion insurmontable. Puis voilà que Garret s’excuse à nouveau, comme s’il se sentait responsable de toute cette mascarade. Vaas s’approcha de lui, c’était lui qui lui sera l’épaule cette fois-ci. « Eh, eh, t’y es pour rien, ok ? Ces enfoirés ne s’arrêteront jamais de toute façon, où qu’on soit, ils laissent leur marque. » Il renifla bruyamment, il accorda un regard malicieux vers le large, puis refit face à Garret. « Reprends ton souffle, j’vais aller chercher ces bâches. » Il avait déjà enlevé ses chaussures, puis il retira sa veste qu’il posa sur la caisse. « Tu reprends ton souffle pendant que je ramène les bâches. Peut-être qu’on peut trouver un moyen d’ouvrir la caisse aussi, jette un œil. »

C’est en jean et tee-shirt qu’il plongea non sans crainte dans les eaux du Mississippi. Il resta à la surface jusqu’à l’endroit où les bâches ont été jetées puis plongea en prenant une longue respiration. Il n’avait pas l’habitude de nager et la température n’était pas des plus agréable par ailleurs. Il ne mit cependant pas longtemps avant de retrouver les bâches à même le sol. En tentant de les prendre chacune par un bras, Vaas se rendit compte qu’elles étaient particulièrement lourdes. Avait-on rajouté du poids afin qu’elles coulent sans possibilité de refaire surface ? Mais pire que ça, le doute ne subsistait plus. En les prenant par la taille, il était persuadé qu’il s’agissait bien de corps humain. Vaas décida de les prendre une par une, leur poids excédant bien trop le poids d’un être humain normal. Se précipitant à la surface, il prit une longue bouffée d’air, puis une fois qu’il eut pied, il traina la bâche jusqu’à la rive. « Elles sont putain d’lourde aussi ! J’vais chercher l’autre. » Sans plus attendre, il retourna à l’endroit où restait entreposé la deuxième bâche.

Il mit moins longtemps à la repérer, et s’empressa de la tenir fermement entre ses bras. Néanmoins, quelque chose bloquait. Il eut beau tirer, la bâche semblait bloquer par quelque chose qui ne voulait pas la laisser partir. La poussière du sable qu’il faisait remuer et l’eau troublée naturellement l’empêchait de voir correctement. Il plaça ses mains sur le sol afin de tenter de déterminer l’origine du blocage. Il toucha quelque chose de dur et froid qui lui fit penser aussitôt à du cuir mouillé. Il en oublia qu’il était sous l’eau. Il ouvrit grand la bouche pour pousser un cri d’effroi ce qui n’eut pour effet que de gaspiller de l’air précieux en petites bulles éparpillés autour de son visage. Un alligator mordillait jalousement la bâche, ou peut-être était-ce qu’il y avait à l’intérieur. Il tira la bâche avec lui et eut la sensation que quelque chose se déchira car la bâche vint instantanément à lui. Ce dont il n’aperçut que maintenant, ce fut les trois énormes gueules qui avaient décidé de l’accompagner avec lui à la surface, et qui n’étaient manifestement pas d’accord sur le fait que Vaas leur vole le contenu du cette bâche/encas.

La surface avait un arrière-goût de panique et de danger. Il eut l’impression que la rive fut à des kilomètres. « Y’EN A TROIS ! » Bien qu’il eût pied, Vaas était trop occupé à regarder aux alentours pour s’en rendre compte et continua à nager, les yeux exorbités par la détresse, la bâche sous le bras. Une trainée de sang s’échappait. Quelque chose saignait. Le contenu de la bâche ? C’était son pied. Le pied de Vaas avait dû griffer une pierre, peut-être même une dent d’alligator alors qu’il tentait de fuir… Son pied laissait trainer un filament de sang qui attirait inexorablement les trois gueules affamées.

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MessageSujet: Re: I heard your voice through a photograph ║ Vaas   Dim 31 Juil - 0:59



I heard your voice through a photograph

 
Puta Madre !


Pris dans le feu du moment, la conviction absolue que c'était la chose à faire, je ne réfléchis pas. Je ne me retourne pas vers Vaas, ne cherche ni son approbation ni sa désapprobation. J'agis. Et tant pis. Parce que j'en ai marre, que mes côtes qui me brûlent me donnent envie de casser ce qui reste de ce foutu monde. Qu'un simple coin de paix n'est même plus trouvable. Qu'on a plus de répit, plus même le droit de souffler sans voir l'horreur se dérouler sous nos yeux.

Et j'en peux plus, putain j'en peux plus. Le poids de la caisse sorti d'entre mes doigts, le corps lourd du poids de l'eau, je replace mes cheveux et m'essuie vite fait la figure alors que Vaas me fait une remarque qui m'arrache un rire. « Merci bien. » C'est sûr qu'il n'avait pas tort, c'était pas très réfléchi, pas très malin non plus et sans doute un peu barge. Mais c'était comme ça, un élan de vie, de plus que de la survie, le poids de l'injustice trop lourd sur mes épaules, le ras le bol à son comble. Mais mon ami est sensé, bien plus que moi, il me demande de me calmer. De me poser. Je sors de l'eau, m'étale sur la rive et respire comme il l'a si bien conseillé.

Tordant mon visage de douleur sans plus d'information, je me demande bien ce qu'on a pu faire pour mériter ça, pas seulement cet instant, mais tout ce monde là. Je laisse mes mains retomber sur mon visage après mes excuses et sa main qui s'approche de moi me fait tourner le regard vers lui. Je suis sincèrement désolé, et je refuse de le mettre en danger. Mais il se veut rassurant, tristement réaliste aussi. J'acquiesce ses propos dans un soupir un peu las avant de m'étirer, heureux du temps qui me permet de sécher plus ou moins rapidement. « Mec attends. » C'est des mots en l'air, je connais Vaas et il est évident qu'il n'attendra pas, pas plus que j'ai attendu moi. Et il a raison, je ne peux pas le suivre. J'ai les douleurs bien trop vives, la respiration bien trop saccadée. Alors je baisse les bras, ne le quitte pas des yeux et ajoute simplement. « Reste prudent. »

Je m'étire, soulève lentement mon t-shirt pour regarder l'état de mon torse et soupire à nouveau, de toutes façons, ce n'est pas en fixant les bobos qu'ils vont guérir, alors autant ne pas se faire plus de mal. Je me redresse, m'approche de la caisse pour l'observer de plus près. Passe des doigts lents et minutieux, cherche des écritures, des indices. Je cogne légèrement dessus du bout des phalanges pour voir comment le tout résonne et relève les yeux autour de moi pour trouver de quoi l'ouvrir. Mais avant tout, je ne perds pas mon pote des yeux, ni même des oreilles pour être honnête. À l'affût du moindre geste, du moindre signe, je suis prêt à tout pour l'aider, ne pas le laisser dans une galère pour laquelle il n'a pas signée. Sa petite tête refaisant surface j'avance le menton, sur le vif, m'apprêtant à intervenir, mais à la place il parle. Calmement. Il traîne la bâche et je le rejoins pour l'aider à la poser à côté de la caisse mystérieuse. Je le regarde, désormais certain de ce qu'elle contient – même si les doutes n'étaient pas vraiment d'actualité, et je souris à sa remarque. « On va dire que ça te fait faire de l'exercice pour aujourd'hui. » Remarque futile, blague idiote. Mais il fallait alléger la situation.

Il fallait absolument la rendre plus vivable, plus supportable. Parce qu'à la seconde où tout serait face à nous sur cette rive il n'y aurait plus que nous deux face à la vérité. Plus d'échappatoire. Juste le monde dans lequel on évolue. Je m'ébouriffe les cheveux et retrouve enfin mon souffle alors que Vaas est déjà reparti à l'aventure. Sûr de la suite des événements, je tourne une seconde le dos, le temps d'allumer une cigarette sans faire face aux horreurs qu'on a déterrées. Une seule seconde, un seul souffle. Pas plus que ça, vraiment, rien de plus. C'est tout ce qu'il fallut pour que la suite bascule. Comme toujours, c'est vrai. Il suffit d'un instant. Je me retourne brusquement alors que l'eau se trouble, je plisse les yeux, cherche Vaas du regard. « Mais qu'est ce que c'est qu'ce bordel... » un murmure pour moi seul, alors qu'il reste trop longtemps dans l'eau. Je m'avance lentement, sur le point de le rejoindre alors que diverses bulles font surface. « VAAS ! » Eh merde.

Qu'est ce qui a bien pu se passer ? Je panique, cherche autour de moi, de l'énergie, une solution, mais à peine ai-je le temps de poser un pied à nouveau dans l'eau que sa tête sort à nouveau. Et cette fois, bien moins souriante qu'il y a quelques minutes. Et ce n'était certainement pas du à la fatigue du sport du jour. Il était paniqué, plus que ça même. Je hausse un sourcil et le regarde avant de lui adresser vivement. « Mais qu'est ce qui se passe bordel ? »

La réponse ne tarde pas à se faire entendre et Vaas me hurle. Trois. Il y en a trois. Mais de quoi il parle. Je détourne les yeux de son visage pour observer trois long corps plein d'écailles et me voir articuler à mon tour. « Oh putain de merde. » Sans réfléchir une seconde de plus, je m'avance en courant vers lui, là où on a encore pieds et l'attrape par le bras pour le tirer brusquement vers moi. L'eau qui se rougit ne me rassure pas. Je n'ai pas la moindre idée de ce qui saigne mais dans tous les cas c'est pas bon pour nous.

« Accroche toi à moi. » Je lui serre le bras et me mets à courir, supportant son poids, celui de la bâche et le mien. Acte héroïque bien raté puisque les mouvements son moindre, le poids étant bien trop grand pour que l'on puisse s'en sortir. Alors je me tourne vers lui, observe la bâche déjà bien abîmée et le regarde à nouveau d'un air affreusement désolé avant de dire d'un ton sûr, presque un ordre. « Lâche la bâche ou on y passe tous les deux. »

C'est une vérité. Une horrible vérité mais tout de même. Le mec dans la bâche est mort, et aussi triste que ce soit, j'ai aucune envie qu'on le rejoigne Vaas ou moi. J'affiche un air triste en insistant. « Maintenant ! » C'est la seule chose à faire et il le sait aussi bien que moi. Notre petite mission de sauvetage est légèrement ratée, mais notre vie passe en priorité. D'un coup violent qui m'arrache un cri de douleur dans les côtes bien trop abîmées pour un tel geste je me retrouve sur la rive avec Vaas, m'écrase au sol et lui près de moi. Je l'observe, le souffle court avant de voir son pied, et la traînée de sang qui vient jusqu'à nous. Merde. Ces connes de bestioles savent marcher et vu le sang, elles allaient sans doute pas s'en tenir à la viande pas fraîche.

« Putain ton pied. Vaas, appuie toi sur moi faut qu'on se barre de là. » Je pose mon regard sur l'eau qui laisse leur gueule sortir et ajoute en tendant la main. « Vite ! » Pas le temps de réfléchir, pas le temps de se poser de questions. Il faut qu'on bouge, qu'on panse sa plaie et qu'on se cache dans ces foutues hautes herbes.

Les secondes d'après sont floues. Je laisse la douleur de côté, l'adrénaline prenant le dessus alors que j'arrache un bout de tissu de mon t-shirt pour le tendre à Vaas tout en me retournant chaque instant pour voir si les bestiaux nous suivent. J'entends un bruit sourd, et réalise que la caisse explose à un coup de queue d'une des bêtes, avant qu'on se retrouve hors de portée, ne cherchant pas réellement à savoir sur quoi les animaux ont concentré leur attention. Je m'étale, explosé au sol, me retourne rapidement vers Vaas sans lâcher son bras avant de dire dans un souffle toujours entre-coupé.

« Tu vas bien ? Ton pied ça va ? Vaas ? Dis-moi que ça va putain. » J'ai peur, l'adrénaline retombe et la réalité me frappe en plein fouet. C'était une grosse connerie, la pire des conneries même. Je laisse une main s'écraser sur ma figure, me fiche des bleus et soupire dans un rire nerveux. À peu de chose près il tournerait presque au fou rire. Je fixe les yeux de mon ami et lui dis, le corps engourdi. « On a failli y passer, mec. Tout ça parce que t'as voulu voir des alligators... »

Et je ris encore. Je ris, parce qu'on est en vie. Amochés, mais en vie. Et même si j'ai peur, même si je me demande vers où cela va nous mener, dans quel état il est vraiment. On est en vie. On a survécu à des putains d'alligators. Et pendant une seconde, j'en oublie les bâches, j'en oublie l'horreur, les Shadowhunters. J'oublie tout. Parce que le soleil me tape sur la figure, que la douleur me rappelle que je suis en vie et mon pote aussi. Alors je ris. Parce qu'on est con, et on est complètement barrés. Mais on est en vie aujourd'hui. Plus en vie qu'hier, plus en vie que depuis bien longtemps.
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MessageSujet: Re: I heard your voice through a photograph ║ Vaas   Dim 21 Aoû - 16:01



La panique et la terreur prenait place. Il n'avait remarqué la présence de Garret à ses côtés uniquement lorsqu'il sentit sa main lui serrer le bras. Il le tenait si fermement qu'il ne pouvait que le suivre en courant. Ou plutôt, en titubant tant bien que mal. La bâche les ralentissait et c'est avec un crève cœur énorme qu'il réalisa que Garret avait raison. Vaas regarda le photographe premièrement d'un air ahuri. Instinctivement, il lui était impensable d'abandonner ce corps. Cependant, le ton sûr de lui qu'il employait était suffisant pour lui faire comprendre que leurs choix étaient mince. La tension qui montait n'aidait pas à réfléchir correctement. Au signal du jeune blond, il lâcha la bâche en serrant les dents de regret. Garret poussa un cri de douleur ce qui fit retourner la tête de Vaas vers son compagnon. Il avait oublié qu'il venait de se faire méchamment refaire une beauté. Milligan ressentit la culpabilité l'envahir instantanément. Ne prenait-il pas des risques en risquant sa vie ainsi ? Mais il savait qu'essayer de le faire changer d'avis serait inutile. Ils se retrouvèrent ensuite si vite sur la rive que la simple respiration de Vaas lui faisait mal à la poitrine. Alors qu'il était sur le point de s'écrouler sur le dos, la remarque de Garret sur son pied lui fit s'asseoir brusquement afin d'analyser les dégâts. Il empoigna sa cheville et vit une longue entaille tout le long de son pied. C'est alors qu'elle commença à se nécroser. Chaque égratignure, chaque blessure, n'importe quoi qui laissait échapper la moindre goutte de sang se retrouvait inévitablement dans cet était, comme s'il se transformait en la plus hideuse des créatures. Ses mains tremblaient légèrement par la situation qui leur échappait totalement, amplifié par le souhait que Garret reste loin de lui le temps qu'il cache cette abomination. A dire vrai, il ne savait pas s'il devait réellement lui cacher quoique ce soit. Ce n'était que le résultat de son esprit malade après tout. C'était lui devenant fou même dans les situations les plus alambiquées qu'il puisse vivre. Un esprit malade ne prenait pas repos.

Cependant, les évènements se déclenchèrent si vite qu'il n'avait pas le temps de s'attarder sur les détails. Entraîné par Garret, ils s'éloignèrent de la rive où le sang qui s'écoulait attirait dangereusement les alligators. Ils coururent et titubèrent jusqu'à être assez éloignés et plutôt en hauteur par rapport aux bâches et à la caisse qu'ils avaient rapportés de la rivière. Un bruit sourd fit recroqueviller les épaules de Vaas avant de retourner sa tête vers la source de ce bruit, pour finalement apercevoir que les animaux avaient semble-t-il fait exposer la caisse en bois. Son contenu avait l'air d'intéresser les carnivores, et ce n'est que le bruit de tissu arraché qui fit retourner le visage de Vaas vers son compagnon. « Merci vieux... » L'ouvrier profita qu'il eut le regard attiré par les alligators pour s'asseoir à même le sol et bander le mieux possible cette vision d'horreur. La blessure était de plus en plus nécrosée. Il fallait faire avec ce qu'il y avait en attendant qu'il rentre chez lui. Il y avait le nécessaire là-bas. Vaas n'allait plus chez le médecin depuis des mois. Selon lui, le seul avantage à vivre seul était qu'on était beaucoup plus débrouillard lors d'une situation qui pouvait échapper au contrôle d'un quotidien banal et routinier. Ce n'était pas la première fois qu'il se blessait et ça ne sera pas la dernière non plus. Mais cette vision de nécrose presque instantanée lorsqu'il se blessait devenait de plus en plus insupportable. Il était fatigué. Il était fatigué de ne plus pouvoir contrôler ses propres pensées. Fatigué de devoir se battre quotidiennement contre son propre reflet qu'il évitait à chaque pas dans les rues comportant une vitrine.

Son pied bandé grâce au tissu de fortune apporté par Garret, il fut brutalement ramené à la réalité par son empoignement encore plus serré qu'il y a quelques minutes lorsqu'ils échappaient aux alligators. Son visage fut si choqué et abasourdi que Vaas se demandait si Garret n'avait pas lui aussi vu sa blessure devenir une horrible zone nécrosée. Non, ça ne pouvait être ça. Il était inquiet. La situation leur avait totalement dépassé. « Ça va, ça va ! Eh, c'est rien, j'soignerai ça en rentrant, j'ai eu pire... C'est rien ! » Il posa sa main sur son épaule, en signe de réconfort amical. Il n'était pas nécessaire qu'il s'inquiète. S'inquiéter ne résolvait jamais rien. Il se débrouillerait seul comme il l'avait toujours fait. Et jusque là ça l'avait plus ou moins réussi. Il était vivant, c'était bien là une preuve. La santé n'y était pas certes. Peu lui importait, il pouvait gérer. Encore un peu. Était-ce la peur d'être jugé ou de l'orgueil s'il ne demandait de l'aide à personne lorsqu'il était pris dans ses terreurs les plus paralysante ? Un mélange des deux probablement. Il avait peur d'être jugé comme son père avait jugé sa mère à cause de sa maladie. Il y avait de l'orgueil aussi, pas dans le sens où il se mettait en avant. Plutôt du fait qu'il savait qu'il pouvait se débrouiller seul. Qu'il pouvait gérer ses faiblesses. Ou plutôt se laisser engloutir par elles. Inutile que quelqu'un aille s'engouffrer avec lui. Une personne au plus mal était bien suffisant.

Il fit face à son ami qui le fixait droit dans les yeux après s'être passé une main sur son visage désabusé. « Quoi ? T'as pas aimé ? Merde alors, j'pensais que ça allait t'faire plaisir... » Garret laissa échapper un rire nerveux ; et inconsciemment Vaas le rejoignit. Nerveusement au début, puis sans pouvoir s'arrêter. Il rit comme il n'avait ri depuis plusieurs mois. Peut-être même depuis des années. Il ne s'en souvenait plus. Il n'y pensait pas. A cet instant précis, il ressentait à ce qu'il pensait être quelque chose comme proche du soulagement extrême. Il en oublia presque sa blessure. Jusqu'à ce qu'il aperçut les alligators au loin s'éloigner et replonger dans la rivière. Près de la caisse, ses chaussures étaient tombées à terre, elles étaient trop proche de l'eau au goût de l'ouvrier. « Mes pompes ! » Vaas marcha précautionneusement vers la caisse, en avançant doucement sa tête vers l'avant, histoire d'être certain qu'un autre animal à dents ravageurs ne l'attendait pas derrière un buisson. Il reposa ses yeux sur la rivière. La tête des alligators étaient encore visible au loin, laissant une ligne sur l'eau, signe de leur passage. Il s'assit à terre afin d'enfiler ses chaussures en grimaçant lorsqu'il appuya son pied meurtri contre la semelle. Il resta un moment assis ensuite. Ses yeux se perdirent sur les animaux qui s'éloignèrent de plus en plus. Un long soupir s'échappa de ses poumons tout en se passant les mains sur son visage pour les descendre de manière mollassonne jusqu'à sa nuque.

« C'est dommage, j'aurai eu besoin d'une nouvelle paire. » dit-il calmement à l'attention de Garret mais aussi de lui-même, tout en gardant ses yeux sur le rivage en pointant du menton ses pieds chaussées d'une paire de chaussure lambda et usagé. Il se retourna afin de chercher des yeux son ami lorsque sur le chemin, ses yeux s'arrêtèrent sur le contenu du coffre qu'il avait presque oublié. « Putain de... » Il se relava sans quitter des yeux le contenu de la caisse que les alligators avaient brisé. En s'approchant, il pu apercevoir que certains paquets furent déchirés, probablement à cause de la hargne des dents et des griffes de ces animaux à la peau dur. Il y avait des petites fioles brisées, qui contenait manifestement des produits pharmaceutiques. D'autres paquets furent encore intact, avec des inscriptions dont Vaas n'étaient pas sûr de comprendre la signification. Un étrange frisson parcouru le dos de l'ouvrier. « Ce sont... C'est c'que tout l'monde s'procure en ce moment. » Son ton était à la fois neutre mais strict. Vaas prit une des fioles qui avait miraculeusement échappé au massacre. Elle était transparente comme de l'eau. Seul les paquets portaient des inscriptions, les fioles semblaient être toutes démunies d'indication qui aurait pu aider à les identifier. Vaas sentit son cœur jouer aux montagnes russes. Il avait la sensation que ces produits n'étaient pas sans lien avec le commerce qui fleurissait parmi la population en ce moment. Parmi ces humains avides de pouvoir cherchant à ressembler aux sorciers et compagnie, qui eux cherchaient à ressembler à ces mêmes humains qui les enviaient. « Putain mec... un chargement rempli... » Vaas s'accroupit aux côtés des débris éparpillés sur la terre et le sable mêlés à la végétation sauvage. Lorsqu'il a eut connaissance de ces produits qui étaient apparus sur le marché noir, il n'a pas été intéressé, et faisait partie des méfiants. Mais d'autres pèlerins désespérés voyaient en ces produits des remèdes miracles à leur problème. Vaas était bien trop familier avec le désespoir pour leur en vouloir. Mais la prudence était plus que de rigueur lorsque le fournisseur demeurait sans visage en ces temps d'apocalypse.

Vaas fut comme hypnotisé par ce chargement inattendu. Mille et unes questions se bousculaient dans son esprit sans qu'aucune phrase à la formulation claire et précise ne puisse se former. Il prit un des paquets encore intact et tenta de comprendre les termes médicaux qui semblaient être la composition du contenu de ces fioles. Vaas aperçut que certaines d'entre elles possédaient des capuchons noires et d'autres blanches. Il posa doucement le paquet sur le sol et se leva à hauteur de Garret. « P't'être que c'te caisse est destinée à quelqu'un, ou... » Il renifla bruyamment, se passant une main derrière le crâne comme si gratter nerveusement l'arrière de sa tête l'aidait à réfléchir. Sans succès. Ses yeux se reposèrent sur la bâche tout près, qui contenait le corps d'un malheureux inconnu. « Faut qu'on s'occupe de lui... ou elle. » Vaas chercha des yeux un endroit où ils pourraient enterrer le corps. Bien que, ni Garret ni lui-même ait vérifié qu'il s'agissait effectivement bien d'un corps.

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MessageSujet: Re: I heard your voice through a photograph ║ Vaas   Ven 9 Sep - 3:03



I heard your voice through a photograph

 
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On pouvait qualifier cela d'un fou rire, d'autant que Vaas se joint à moi pour faire écho à mon rire, et t'aurais adoré ça. T'aurais adoré voir la merde dans laquelle on s'est foutu, sentir l'herbe et le soleil sur ton visage. T'aurais adoré Vaas et ses répliques. T'aurais adoré passer ce moment avec nous, et j'espère encore que tu le passes. L'instant semblait éternel. Pour une fois, on pouvait être sûrs d'avoir vécu le bonheur. Pour cet instant, dans cette vie. C'est surprenant, parce que ce foutu bonheur n'est jamais où on l'attend. Que je suis blessé et Vaas aussi. Que de l'extérieur, le tableau ressemble plus à une horreur qu'au bonheur. Mais pourtant, j'arrive à dire que je suis heureux. Parce que même si tu me manques, même si le monde est pourri, même si j'ai peur pour Mack, même si Shae occupe mon cœur plus qu'elle ne le devrait, en cette seconde, en ces rires communs, tout semble positif. Tout semble aller en s'arrangeant, être bon.

Les rires s'estompent, lentement, et la réalité revient, comme une vague un peu douloureuse mais qu'on sent arriver. Mon sourire se défait sans disparaître et Vaas parle à nouveau. Sur l'instant, encore un peu perdu dans ce drôle de sentiment, j'arque un sourcil et me tourne vers lui pour lui dire un « Quoi ? » qui n'a aucune utilité. Je le vois marcher, le suis, m'essuie les mains en les frottant et me fiche encore un peu de ce qui peut bien se passer autour de nous. Évidemment c'est éphémère, évidemment ça ne va pas durer plus de quelques secondes. Mais j'apprécie. Tu devrais être fier, j'ai appris à apprécier les instants heureux. Toi qui me l'a tant reproché. Mon sourire est pour toi cette fois alors que l'attitude ultra précautionneuse de mon ami me fait avoir un geste amusé de la tête. On avait risqué le pire et il était plus prudent que jamais.

Le voyant s'asseoir pour remettre ses chaussures, mes yeux se posent sur son visage. Sa moue douloureuse ne passe pas inaperçue mais je ne dis rien. Si il a besoin, il sait pertinemment que je l'aiderais. Le voyant là, je reste debout cette fois et sors une nouvelle cigarette pour la fumer. C'est un peu elle aussi, le retour à la réalité. Cette fumée toxique qui prend toute la place dans mes poumons et qui me rappelle que je dois faire l'effort de respirer pour vivre. Les alligators s'éloignent, ils vivent leur vie sans nous, et mon regard en reflet de celui de Vaas se perd sur la ligne qu'ils laissent derrière eux sur cette rivière qui nous avait parue si calme et paisible au premier abord. Qu'est-ce qu'on a pu se planter. Franchement. Je touche instinctivement mes côtes qui redeviennent plus douloureuses maintenant que l'adrénaline nous a quitté. Sans un mot de plus, je me tourne vers mon ami alors qu'il parle, cette fois-ci calmement.

Quelqu'un arrivant pile à ce moment aurait pu croire que rien ne s'était passé. À ses mots, je regarde l'état de ses chaussures dans un rictus un peu moqueur, le souvenir du bonheur encore frais. « Ouais, mais celles-ci, faut que tu la gardes quand même, elle est collector maintenant. » Je retrouve son regard et le suis d'instinct alors qu'il semble s'être arrêté sur quelque chose. La clope dans la bouche, je prends une grande bouffée de nicotine, la boule d'angoisse lentement revenue. Elle était pas partie bien loin, celle-ci. Je soupire alors que Vaas se relève et moi, je commence à imaginer tout et n'importe quoi. Je commence à me demander si on ferait pas mieux de se tirer de là avant qu'il ne soit trop tard. Même s'il est peut-être déjà trop tard. Les alligators semblant être les derniers de nos soucis maintenant. Mais je me trompe peut-être. Je me fais peut-être des films. Suivant l'ouvrier comme son ombre, je reconnais directement ce qui se trouve sous nos yeux.

Et je ne me suis pas trompé. Et on est dans la merde. Mais Vaas sait-il ? Si ce n'est pas le cas, ne vaut-il pas mieux mentir pour le protéger ? Je fume un peu nerveusement, reste silencieux à observer, j'attends qu'il fasse le premier pas, ne sais pas comment réagir, attends la solution miracle en sachant pertinemment qu'elle n'arrivera pas. Mais il parle, l'homme, et il sait. Je baisse les yeux. J'approuve sans un mot. Je sais pertinemment ce qu'elles sont, ce qu'elles font. Et je sais aussi combien elles sont nocives, combien ce serait la plus stupide des choses de tomber là dedans. Le voyant attraper une des fioles, j'ai un mouvement de recul. J'aime pas ça. C'est pas prudent, et si elles ont été jetées elles sont peut-être défectueuses. Mais au lieu de penser je devrais parler, ou mieux, lui sortir des mains.

Mais je reste tétanisé. Parce que les fioles de drogues me rappellent toi, mais pas dans un bon souvenir. Parce qu'elles me rappellent les seringues et que je dois me faire violence pour ne pas associer les deux. J'ai mal, affreusement mal dans la poitrine et je détourne les yeux. Calme-toi, Garret. Calme-toi putain. Je me force à respirer, tente de ne rien montrer alors que la cigarette est devenue cendres plus vite qu'elle ne l'aurait du. Pire que ça, j'enchaîne sur une autre. J'ai la gorge nouée, c'est fou comme la redescente avait été dure. Si c'était ça le prix du bonheur, j'étais pas sûr d'être prêt à le payer. Mais Vaas parle encore, s'intéresse, s'acharne. Il prend étrangement mon rôle, moi qui insiste sur tout, ne lâche rien. Moi qui suis allé dans cette foutue rivière. Putain ce que je regrette. Alors qu'il parle à nouveau, je ne peux plus l'éviter.

L'observant, je n'arrivais pas à trouver les mots, je n'arrivais pas à savoir quoi faire. Pour être honnête, je voulais juste partir. Je voulais te dire pardon, te dire je t'aime. Mais au lieu de ça je fume encore en silence, et je laisse mes yeux sur l'homme et ces fioles. Ces foutues fioles. Il les prend, les tripote, cherche à les comprendre et moi j'aime pas ça. J'aime pas ça du tout. Mais je dis rien. J'évite le plus longtemps possible de devoir parler. J'évite de devoir foutre un pied dans la réalité. Puis il vient à ma hauteur, et je me sens piégé. Confronté à cette merde comme une énorme claque. Je l'écoute, le regarde, et le laisse réfléchir. Parce que moi j'y arrive pas. Pas pour ça.

Puis il détourne le regard vers la bâche et mon cœur se remet à battre dans une douleur affreuse, mais que je suis capable d'endurer. La cigarette toujours aux lèvres, je me concentre réellement sur les yeux de Vaas et ma voix, même si elle semble sortie des tréfonds de mon âme, arrive à s'éclaircir à mesure de mes mots. Heureusement pour moi, Vaas ne sait pas pourquoi j'ai pu avoir cet état un instant. « Je suis même pas sûr que ce soit un corps tu sais, du moins pas forcément humain. » Je détourne les yeux sur la bâche et pour me redonner confiance, je me redresse avant de reprendre. « J't'en ai pas parlé mais j'ai fait des recherches un peu sur ces merdes justement. » Hors de question de nommer ces drogues autrement, sinon, je suis incapable de continuer à parler. « J'veux dire, j'suis journaliste quoi, donc forcément. Puis on sait tous d'où ça vient, même si personne le dira. Et en fouinant un peu j'ai... » je hausse les épaules, dégoûté de ce genre de découvertes. « … ils font pas des expériences que sur les humains. Ils ont des sujets tests j'crois, si on m'a dit la vérité, et si ça passe pas les étapes, ils s'en débarrassent. » Si j'avais moitié cru mes sources, aujourd'hui, je ne pouvais plus dire la même chose.

« Faut croire qu'on m'a pas raconté de connerie. » Je soupire, jette ma clope en l'écrasant avec mon pied, mes yeux se posant sur ceux de Vaas, me rappelant sa blessure, ma responsabilité dans toute cette histoire et fixant mon regard dans le sien je reprends. « Touche pas les fioles elles-mêmes avec tes mains s'te-plaît, on sait jamais. J'vais aller ouvrir la bâche. Tu restes là et tu surveilles ce qui est susceptible de nous attaquer ? J'ai pas envie que tu te fasses plus mal. »

Je m'en veux, ça s'entend peut-être un peu. Mais je ne dis rien de plus et lui laisse clope et autres dans les mains avant de m'avancer vers cette foutue bâche. Je prends une longue inspiration alors que je me retrouve accroupi. Je m'accroche étrangement à la douleur que je ressens en cet instant. Peu importe à quel point elle est forte, elle prouve que je suis vivant. Qu'on est vivant. Fermant les yeux, me donnant du courage en comptant dans ma tête, je finis par ouvrir cette dernière. L'odeur qui s'en dégage est aussi dégueulasse que la vision qui s'offre à moi. Réflexe incontrôlé je tends une main vers Vaas et dis brusquement. « T'avance pas ! »

Me retenant de vomir, mon cœur battant à nouveau rapidement mais pour des raisons bien différentes d'avant, j'essaie d'observer ce qui se trouve face à moi, de comprendre. Les larmes me montent aux yeux, le mélange de l'odeur, de la vision, et de mon imaginaire ne font pas bon ménage. Me relevant, je cherche à comprendre ce que j'ai sous les yeux avant de lâcher un « Putain de merde... » plutôt explicite. Je me détourne de la bâche et son contenu et retourne à Vaas. Je lui attrape brusquement le bras avant de lui dire d'un air sans doute plus paniqué que je ne le voudrais.

« Vaas, je sais pas si ce truc a été humain un jour, mais ça l'est plus. » Mes propres mots me paraissent irréels. « T'as pas touché les fioles ? T'as pas touché le produit ? » J'insiste, ma prise sur son bras étant sans doute plus pressante que je ne le réalise mais putain, hors de question que Vaas ne devienne ça. « Dis moi que t'as rien touché ! » J'insiste et réalise brusquement en tournant les yeux sur son pied. « Merde ton pied Vaas. Ton pied, il a pas touché le sang de l'autre bâche ? Tu sais ou pas ? Il faut qu'on trouve un truc. Putain mec. Mec... »

Je panique, et je ne le lâche pas, j'en suis incapable. « Pourquoi j't'ai amené ici. Putain Vaas, j'suis tellement désolé. J'aurais pas du. Oh putain Vaas, on va aller voir un docteur ou j'sais pas. On, on va pas te laisser devenir ça. » Qu'il ait répondu par la positive ou la négative c'est pareil. Je ne suis pas capable d'être rationnel après la vision que je viens d'avoir. Incapable de me calmer, j'en tremble même sans m'en rendre compte. Qu'est-ce que j'ai fait ?

J'ai encore tué quelqu'un à qui je tiens ? .
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MessageSujet: Re: I heard your voice through a photograph ║ Vaas   Sam 17 Sep - 13:58



Trop de curiosité pouvait mener à un danger imminent. Vaas le pressentait mais c’était cependant cette même curiosité que le menait à poursuivre son enquête. Il détestait ces saletés. Les voir d’aussi près, pouvoir les toucher et presque les sentir ne faisait qu’accentuer son amertume envers ces drogues supposés médicales. Des merdes en fiole, voilà ce qu’elles étaient. Et pourtant, il voulait en savoir plus. Essayer de comprendre pourquoi elles attiraient autant les foules. Pourquoi elles étaient perçues comme salvatrice pour certain. Même si Vaas faisait partie de ceux les rangeant comme une procédé dévastateur de plus balancé par le gouvernement pour faire imposer une nouvelle fois leur autorité. Ses narines sentait la nicotine que Vaas devinait être celle de Garret atterrir jusqu’à ses narines. Ce qui lui donnait furieusement envie d’avoir sa propre cigarette à fumer. Garret reste silencieux, mais Vaas ne nota pas ce comportement comme étonnant. Il observait probablement lui aussi. Il réfléchissait, tout comme lui. A leurs significations, à ce que ces vaccins pouvaient évoquer.

Lorsque Vaas mentionna de prendre soin du corps, l’ouvrier sentit le regard de son ami le chercher. Le ton de sa voix semblait hésitante, presque tremblote à ses prémices, pour s’affermir à mesure que sa phrase s’achevait. Pour toute réponse, Vaas fronça sévèrement les sourcils. Ce n’était pas impossible, le gouvernement s’adonnait à Dieu seul savait quoi comme expérience. Il suivit le regard de Garret lorsque celui-ci se posa sur la bâche. Quelle sorte de créature pouvait se cacher sous ce tissu imperméable ? Il sentait qu’il leur faudrait assouvir cette curiosité malsaine. Au détriment de leur bien-être mental, à voir selon ce qu’ils allaient découvrir. Garret avoua alors que cette situation ne lui était pas inconnue dû à son métier de journaliste qui lui faisait découvrir des souterrains que la personne lambda ne pouvait savoir. Malgré ses révélations, Vaas ne bronchait pas, bien qu’il gardait ses sourcils froncés dû aux nombreuses interrogations qui naissaient en lui mais également dû à la surprise des propos de son camarade. Le gouvernement prenait donc l’apparence d’un régime dictatorial à tout point de vue. « Faut croire que non, même si j’aurai préféré. »

Il renifla bruyamment, essayant de ranger ses idées en place. Une multitude de voix commençait à émerger dans son subconscient, lui recommandant des milliers de choses différentes. Sa respiration se fit plus haletante malgré lui. Une voix bien réelle lui fit remettre les pieds sur terre, alors qu’il était en pleine contemplation de ces substances illicites. Malgré la recommandation de Garret de ne pas toucher les fioles, il les avait déjà pris fermement entre ses mains. Vaas regarda alternativement son ami et les fioles, ne pensant pas à mal. « Tant qu’ma peau touche pas le liquide, ça devrait aller. J’reste tranquille ouais… Et toi fais gaffe. » Il sentait de l’inquiétude dans la voix du jeune journaliste. Voir une journée contemplation de la nature se transformer en recherche de complot gouvernemental n’avait effectivement rien de complaisant. Vaas lui-même se sentait à la fois chamboulé et perturbé.

Au moment où Vaas se redressa, Garret lui mit entre les mains cigarettes et autres affaires qui seraient susceptible de le déranger lors de l’ouverture de la bâche. Sans vraiment réfléchir, il prit la cigarette déjà entamé par le photographe entre ses lèvres, et en inspira une longue bouffée tandis qu’il s’avançait vers le corps, ou la chose. Il s’accroupit et Vaas commença à retenir sa respiration. A peine avait-il ouvert la bâche que Vaas posa les quelques affaires qu’il avait en main sur un rocher plat à proximité, mais avant même qu’il n’eut l’opportunité de s’approcher, Garret lui interdit le passage par un geste de la main. « Quoi ? Pourquoi ? Qu’est c’qu’il ya d’dans ? » Le visage de Garret exprimait un mélange subtile entre le dégoût et la peur. Ce qui suffit à retenir les pas de Vaas pendant quelques secondes. Au moment même où l'ouvrier tenta de se rapprocher, Garret se leva. Il eut tout juste le temps d'apercevoir une vision dont il ne saurait décrire tant il s'agissait d'une vision qui semblait appartenir davantage à une hallucination cauchemardesque qu'une chose réelle. Il fut entraîné par le bras de son ami qui l'emmena loin de la bâche ouverte. Vaas quant à lui, n'arrivait plus à dévier son regard de la courte observation qu'il venait d'avoir, les sourcils froncés d'horreur et d'incompréhension. Sa respiration devint une nouvelle fois de plus en plus haletante. C'était quoi ? Tu deviendras comme lui ! Vous allez tous devenir comme ça ! C'est ce que le gouvernement complote ! Tu vas devenir comme lui !

Fort heureusement, ses pensées ne l'engloutirent pas totalement. Ce fut celles de Garret qui prirent le relais, d'une voix paniqué et insistante. « Hein ? » Il n'arrivait déjà plus à se concentrer. L'inquiétude commençait déjà à évoluer en un sentiment plus profond, plus déchirant. « J'ai... pas touché l'produit, non. » A dire vrai, rien n'était certain. Certaines fioles étaient humide, mais il avait mis ça sur le compte de l'eau de la rivière plutôt que des produits chimiques. Il sentit la température de son corps chuter brusquement à cette idée. Il ne réussit à reposer ses yeux sur Garret lorsque celui-ci évoqua sa blessure au pied. Qu'avait-il vu ? Qu'avait-il vu exactement ? Putain... Il va croire que t'es un monstre ! T'es qu'un monstre ! T'es qu'un monstre ! Il paniquait, il en tremblait, Vaas avait rarement vu le journaliste dans cet état. Il fallait qu'il se ressaisisse. Ils ne pouvaient pas céder à la panique, pas tout les deux en même temps, et certainement pas dans cet endroit.  « Eh, eh, eh ! Calme toi, viens, viens. » Le fait qu'il soit pratiquement agrippé à lui était pour le coup un avantage et Vaas n'eut qu'à se déplacer pour que Garret le suive automatiquement. Il marcha une quinzaine de pas, suffisamment pour que la vision de la bâche ouverte soit hors de leurs yeux. Vaas prit fermement l'épaule de Garret au creux d'une de ses mains et l'incita à s'asseoir à même le sol. Il s'accroupit en face de lui. « J'vais bien, r'garde, je vais bien. » Il lui fallut un effort considérable pour ne plus froncer ses sourcils de panique et adopter un visage de réconfort, où il ouvrit le plus possible ses yeux en écarquillant ses paupières si haut qu'ils en devenaient tout sauf naturel. « C'était qu'une égratignure, c'est rien, c'est rien du tout. Puis c'était en sortant de l'eau, avant que le coffre se pète, j'te promet c'est rien. »

Ne me demande pas de te montrer, ne me demande pas de te montrer... Car il savait dans quel état serait cette égratignure. Il savait qu'à la simple vue de son sang, il ne verrait qu'une nécrose abominable comme à chaque vision des blessures qu'il avait sur son corps. Il ne supportait plus cette situation, il était fatigué de constater à chaque instant les dégâts que son esprit malade lui faisait subir. Mais Garret n'y était pour rien. Et il avait assez souffert pour qu'il soit une source d'inquiétude qui en valait la peine. Il ne quitta plus le regard de Garret, voulant s'assurer que sa panique baisse et qu'il puisse retrouver un semblant de calme. « J'ai pas ouvert les fioles, j'risque rien, eh, j'suis sûr que j'pourrais à peine tenir debout si c'était pas l'cas. » Vaas repensa alors au moment où Garret avait ouvert la bâche et à la scène de l'horrible découverte. « Et toi, tu l'as pas touché, hein ? Tu l'as pas approché de trop près ? Putain, t'as respiré à côté... » Vaas soupira à cette idée qui le fit soudainement adopter un visage pessimiste. Garret prenait trop de risque. Comme s'il n'avait rien à perdre, comme si rien de tout ceci ne comptait pas, comme si rien n'avait de l'importance. Ce n'était pas son rôle. Le monde avait encore besoin de type comme lui. C'était Vaas qui aurait dû prendre les risques, être en première ligne afin de dégager le voie. S'il fallait prendre sa place, il le ferait. Il n'entendait même plus sa réponse. Vaas faisait une nouvelle fois face à ce sentiment d'incapacité face aux obstacles de la vie, celui d'attirer des ennuis aux personnes proches de lui. Ça la rendait malade. C'était toujours comme ça. Il était mieux seul, à pourrir avec ses pensées qui l'engloutissaient. Oui, il était mieux seul. Ainsi, il n'y avait aucun risque que des personnes bonnes et justes -et elles étaient rares en cette époque d'apocalypse- souffrent à cause de lui.

Il repensa aux affaires de Garret qu'il avait abandonné non loin de la scène d'abomination. « Attends, bouge pas. » Il se leva tant bien que mal puis s'approcha du lieu de cauchemar. Il se dirigea en quelques pas vers les affaires qu'il avait posé sur un rocher, les empoigna d'un geste puis retourna sur ses pas, non sans un regard vers la chose entreposée dans la bâche. Il ne pu supporter cette image plus longtemps. Elle lui faisait penser à l'image que projetait son reflet lorsqu'il se regardait dans des miroirs. Cela ne fit qu'accentuer les sueurs froides qu'il ressentait depuis quelques minutes ainsi qu'un haut le cœur imminent. Il se repositionna en face de Garret, prit sa boite à tabac. Ses mains tremblaient, impossible pour lui de les contrôler. Il s'arrêta brusquement et respira longuement en fermant les yeux avant de reprendre sa confection de cigarette nécessaire pour contrôler une crise de panique mêlant larmes, peur et colère qu'il pressentait imminente. Il en tendit une à Garret en face de lui tandis qu'il en apportait une autre à ses lèvres. Il voulait parler, dire quelque chose de rassurant, pouvoir tourner toute cette situation en ridicule avec de l'humour, mais c'était impossible. Déjà dégoûté par ce qu'était devenu le monde de maintenant, c'était comme si chaque jour qui passait ne faisait que renforcer ses idéaux contre le gouvernement en place. Il ne tenait plus. Il était fatigué et en colère. Triste et brisé.

« On y arrivera un jour. J'te l'promet Garret, on y arrivera. » A tous les descendre. A foutre le feu, à les mettre devant leur propre merde. Cela prendrait du temps, peut-être même plusieurs décennies, voir des générations. Très probablement, ils ne seront plus là pour en voir les prémisses, mais ils y arriveront. A rétablir un ordre qui ne serait pas synonyme de dictature, de terreur et d'horreur. Il y aura du sang, des larmes et des vies brisées, comme il y en avait déjà. Mais il y arriveront. S'ils parviennent à rester unis. Il n'était pas facile de rester optimiste. Ne serait-ce que d'avoir une vision du futur relevait du domaine de l'utopie. Mais Vaas ne voulait pas tirer un trait à la justice. S'il le fallait, ils créeront leur propre justice.

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We swim against the rising waves and crash against the shore. The body bends until it breaks, the early morning sings no more.


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I heard your voice through a photograph ║ Vaas

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