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 /!\ Eros contre Thanatos ▬ Mikkel /!\

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Laugh like a jackal

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MessageSujet: Re: /!\ Eros contre Thanatos ▬ Mikkel /!\   Ven 28 Avr - 20:27


« We try to run from our past, but the truth we cannot hide »


Noah & Mikkel
featuring
Les lèvres du sorcier étaient douces contre ma peau. La curiosité ne quittait pas mon regard, lorsque je retrouvai le sien. A ses commentaires narquois, je le fixai avec circonspection avant de hausser doucement les épaules dans un sourire en coin. Qu'il me pense incapable de respecter le secret professionnel ne me faisait ni chaud ni froid. Oh je savais bien moi, que j'aurais fait un merveilleux psy si je l'avais voulu ! Mais... En tous les cas, gagner la confiance de Noah ne serait pas une mince affaire, c'était net. Je méditais vaguement sur l'état de notre monde dévasté, sans réelle nostalgie. En vérité, je ne parvenais pas à me convaincre que certaines continents auraient réellement disparu pour toujours et je conservais un optimisme serein. Les gens avaient trop tendance à dramatiser, après tout. Je me contentai de garder chaleureusement le corps de mon amant enlacé, appréciant de le découvrir sous ce nouveau jour. Le langage de son corps était si différent de son attitude secrète et renfermée, alors qu'il n'était avare ni de caresses, ni de baisers. Sa façon de se resserrer contre moi témoignait d'une absence totale de froideur ou d'indifférence, puisqu'il semblait au contraire en demande de tendresse... Je lui répondais avec naturel, sans me poser de question, lui offrant la chaleur de mes bras avec un plaisir sincère. La tension dans son corps me fut perceptible après que je lui ai dit certaines choses. Y avait-il été sensible d'une certaine façon ? Je n'y pris pas vraiment garde. Il restait toujours tranquillement contre moi, sa main baladeuse me procurait des frissons agréables et j'écoutai ses réponses, fronçant les sourcils à ses phrases aux tournures toujours si complexes.

« Oh nan, j'imagine bien que même les psy ont des problèmes. Comme on dit, ce sont les cordonniers les plus mal chaussés, tout ça. » N'empêche, même s'il remettait les pendules à l'heure en faisant comme si je jugeais les pauvres petits nantis si riches et si incompris, il me confirmait quand même à demi mots qu'il avait bien besoin de s'extirper de son écrin, aussi joli soit-il. A quel point il morflait et pour quelle raison, je n'en savais toujours rien, mais une chose avait malgré tout fait tinter mon oreille : rares étaient ceux qui avaient eu l'occasion d'assister à ses talents. J'étais donc un privilégié ? Oho... Cette pensée alluma une lueur vive dans mes prunelles expressives. Voilà qui était extrêmement intéressant. Je masquai tant bien que mal mon exaltation en faisant en gros semblant de rien, pinçant mon sourire qui bataillait pour s'étirer jusqu'à mes oreilles. Palpant sereinement ses fesses, j'appréciai la cambrure de son dos sous mes caresses alors que sa propre main venait audacieusement à ma rencontre. « Tu n'es qu'un réceptacle ? Mais tu es un charmant réceptacle. Un réceptacle si chaud et stimulant qu'on a envie de s'y déverser encore et encore... Hmmm..»

Ma voix langoureuse se perdit dans un soupir. Croisant son regard, je lui offris un regard enjôleur, entre séduction et malice, me mordillant les lèvres lorsque ses doigts remontaient entre mes cuisses. Haussant un sourcil à la réplique mystérieuse de Noah, je ne relevai pas immédiatement. Il ne voulait donc toujours rien lâcher concernant cette fameuse soirée mais le fait qu'il n'ait soi disant eu aucune incidence sur le chacal me laissait grandement sceptique. Sans me démonter, je me redressai doucement pour surplomber son visage, dévorant les lueurs vertes de ses prunelles. Mon sourire de prédateur s'était agrandi à ses mots suivants. Pinçant mes sourcils à son air détaché, j'articulai chacun de mes mots avec une extrême gravité. « Oh je n'ai pas peur. Et oui. Je t'amènerai de la vie à la mort et de la mort à la vie. Je tue, je dévore, je ranime, je dévore encore. Un cercle sans fin, pour ton plus grand plaisir. » Ponctuant mes affirmations de baisers voraces, je me lovai contre son corps, sentant la chaleur de ses cuisses m'entourer. « Pour cela, il faudrait que tu aies un certain intérêt pour ce fameux chacal, bien sûr, mais si ce n'est qu'un rêve selon toi... c'est bien dommage. »

Alors que j'avais prononcé cette question dans un murmure impulsif, sitôt qu'elle m'avait traversé la tête, le soupir du sorcier avait paru contrarié. J'aurai aimé croiser son regard mais il demeurait obstinément caché à ma vue, son visage enfoui dans mes cheveux et je n'osai bouger, attentif à ses réactions. La joue contre son épaule, je retins mon souffle en l'écoutant parler, blotti dans son étreinte. Malgré moi, je voyais se dessiner la scène à mesure de ses descriptions et ma gorge se serra en imaginant l'horreur. Le fait qu'il se confie ainsi à moi était aussi troublant que captivant. Noah s'ouvrait enfin, ce n'était pas trop tôt ! Il ne fallait surtout pas l'interrompre. Je grattais doucement son torse de mes ongles, pour l'encourager à poursuivre, impressionné malgré tout par cette histoire. Dans quel état avait-il dû sortir de là si ses doigts avaient été écorchés jusqu'à l'os ? Ils avaient l'air normaux maintenant... non ? Je me figeai alors que sa voix si grave résonnait au dessus de ma tête. A ses derniers mots, mon cœur fit un triple saut périlleux et je blêmis alors que je me voyais bloqué par son étau.

Un cri m'échappa sous la surprise et la trouille et je gueulais un « Han non ! » retentissant, avant de me rendre compte que ce salopard se foutait de ma gueule. Surpris et décontenancé, je le dévisageai quelques secondes alors que le visage de ce farceur de psychiatre m'apparaissait enfin. « Hééé... le p'tit enfoiré ! J'y ai même pas cru une seconde en plus ! Nan mais franchement. Tsss.» Partagé entre la stupeur, l'envie de tirer la gueule et celle de me foutre à rire, j'étais quand même sacrément déconcerté. Secouant la tête dans un soupir de soulagement, je ne pus empêcher un rire de me secouer. Bon okay, j'avouai que la blague était drôle mais quand même, je ne m'attendais pas à ça venant de lui. Décidément, il y avait des tas de choses à découvrir derrière ces beaux yeux verts. Je fis la moue sous ses baisers, sans pour autant m'y dérober, expulsant un soupir sous ses lèvres, les sourcils froncés. Les yeux envahis par le doute, mon cœur battait toujours la chamade. « C'est malin hein... on n'a pas idée de raconter des trucs pareils. C'est quoi ça pour un psy pas sérieux, tu veux me traumatiser ?» Je me redressai pour venir à la rencontre de son bassin avec volupté, mes mains posées avec franchise contre ses fesses alors que je répondais à son baiser avec ardeur. Dans un soupir, je cillai un peu à sa question, remontant mes mains pour chatouiller doucement ses côtes, testant sa résistance à cette douce vengeance..

« Nan. » dis-je d'un ton boudeur, des étincelles espiègles dansant dans mes yeux. Sa magie me frôlait et me donnait la chair de poule. Mes sourcils frémirent, sans que je me détache de son emprise, alors qu'il se collait à nouveau contre moi, frissonnant sous les assauts de ses lèvres gourmandes. Il avait beau me tripoter comme le vil tentateur qu'il était pour me distraire, la chaleur qui revenait dans mon ventre ne m'empêchait pas de garder la tête froide. Du moins un peu. Je fermai les yeux deux secondes dans un soupir alangui en essayant de rattraper ses mains. Les murmures étaient bas mais sans que je ne comprenne rien à ces mots en italiens, ils m'avaient procuré une sensation de malaise indéfinissable, tant ils me semblaient graves. « Quoi... ? » J'avais répondu sur le même ton chuchoté mais je doutais qu'il me traduise quoique ce soit. « Si tu me parles en italien, je peux aussi te répondre en russe et personne ne comprendra plus rien. » Lui dis-je dans la langue de mon père. Mon ton était léger mais ne masquait pas la curiosité extrême dans mon regard. J'hésitais à insister mais je sentais que je n'arriverais qu'à le braquer. Je laissai passer un moment de silence en réfléchissant, lui faisant croire que je lâchai l'affaire pour me concentrer sur son corps, ses lèvres que j'embrassai encore, sa peau que je caressais. Mon visage ploya pour embrasser sa gorge, puis son torse, tandis que mes doigts sinuait contre ses hanches. Ma main revint errer autour de son nombril alors que je redressai les yeux vers lui.

« Je n'avais jamais rencontré de sorcier avant toi. » C'était la vérité. En faisant exception de mon propre père, bien sûr. Mais Roman ne savait pas que j'étais au courant et de toute façon, le concernant, ce n'était pas pareil, il n'avait jamais été dans ce... monde obscur. Ma main descendait doucement sans que je ne cesse de le fixer avec provocation, le dévorant d'un regard qui en appelait à la luxure, les lèvres entrouvertes. Jusqu'à ce que mes doigts frôlent son membre. « J'aime ça, le mystère qui t'entoure, ça te rend encore plus sexy... Certains secrets mériteraient pourtant d'être éclaircis.» Ma main caressa doucement son sexe et devint plus ferme sur sa prise, le massant de haut en bas. Lui volant sa bouche pour un bref baiser, je fondis contre son bas-ventre, embrassant ce que je tenais entre mes doigts avant d'en lécher brièvement la fragile extrémité. Ma joue se frotta doucement contre son membre chaud que je continuais à épouser de mes doigts « Je sais bien que tous les sorciers ne sortent pas tous d'un tombeau ou de ces ténèbres. » Je le fixai d'un regard interrogatif. « Mais toi ? Confie toi à moi si tu veux. Je serai une tombe. Enfin, façon de parler hm, une tombe cool ! Hellcome... » Dis-je d'une voix veloutée.

Sans lui laisser le temps de me répondre, je l'interrompis d'un mouvement de l'index, reculant doucement sur le matelas. « Quoiqu'il en soit... » J’inclinai la tête de coté, levant les yeux au ciel dans une moue chafouine. « J'aimerais d'abord visiter ta salle de bain, avec ta permission. » Ou sans. Je haussai les sourcils d'un air explicite avant de m'extirper du lit souplement et faire volte face. Il fallait tout de même que je le laisse poireauter un peu, bon sang. Si je lui donnais tout ce qu'il voulait directement, je ne recevrai sûrement jamais aucune réponse de sa part sur mon affaire. Et qu'il se frustre un peu tiens, ça lui apprendrait à me faire peur avec des histoires de zombies.

Lui offrant la vue sur mes fesses, je m'en allais donc magistralement, sans véritablement attendre sa réponse, m'en allant avec superbe pour rejoindre le couloir. Il devait bien y avoir une salle de bain à l'étage. J'en profitai pour jeter à nouveau un coup d’œil aux peintures qui ornaient le vestibule. L'idée me traversa d'en voler une mais en lieu de cela, je tentai de graver ses visages dans ma mémoire. Juste au cas où. « On dirait des thermes romains, c'est majestueux ! J'fais vite hein, mais j'profite du confort. » Tu parles. J'élevai la voix distraitement à son intention, pendant que je me rapprochais de la peinture d'un mec d'allure noble, au visage fin et jeune. Ses vêtements étaient anciens et je me demandais s'il s'agissait de l'amant de mon psychiatre. Il avait l'air important pour lui. En tous cas, il était très beau. Tout autant que ces deux femmes – autant que je puisse en juger - dont les tableaux étaient également mis en valeurs. L'une des filles portaient cependant des vêtements plus récents. Plissant les yeux, j'approchai mon doigt de la peinture inachevée qui trônait toujours sur le chevalet. Elle paraissait sèche et je soupirai, un peu désemparé. Parmi ces peintures, il me semblait avoir reconnu cet autre homme tout à l'heure, ce mec que j'avais vu en rêve. Peut-être était-elle dans la montée d'escalier et j'y lançai un regard avant de me retourner pour surveiller l'entrée de la chambre de Noah. Si je descendais maintenant, il l'entendrait sûrement. Mais peut-être qu'il finirait par s'endormir si je le fatiguais assez ? Cette idée alluma un sourire machiavélique sur mon visage. Le fatiguer serait de toute façon, une activité fort plaisante, n'est ce pas ?

Je me résolu à me rendre pour de bon sans sa salle de bain, y prenant mes aises en testant tous les robinets. Autant recréer l'ambiance des thermes romains pour de bon, cela mettrait peut-être ce bel italien dans de bonnes dispositions. Une buée digne d'un sauna ne tarda pas à se dessiner sur les miroirs. Ayant profité du cabinet royal, j'entrepris de plonger sous le jet de la douche avant de héler mon hôte. « Je me sens seul dans cette magnifique salle de bain... Noah ? Sérieux, je suis perdu et tellement troublé... J'ai trop de troubles en moi, c'est ça. J'crois que j'ai besoin d'un réceptacle. Oh tu as de la crème de bain ? Il y a un massage qui t'attend si tu consens à te déplacer vers la piscine qui te sert de baignoire. » Tout en parlant, je manipulais les différentes bouteilles de shampoing et savon à ma disposition, réfléchissant en même temps à la meilleure manière de lui tirer les vers du nez. Dans ma distraction, je ne prêtais pas attention à l'heure qu'il était. Bientôt il ferait nuit et lorsque la pleine lune se lèverait, certaines choses risquaient de se produire, de la même manière que le mois précédent...


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MessageSujet: Re: /!\ Eros contre Thanatos ▬ Mikkel /!\   Sam 30 Sep - 17:23


Ses mains étaient absolument partout. Sur son corps, sur sa peau, sur ses nerfs, sur ses sens. Ievseï avait l'art et la manière de prendre tout l'espace, que ce soit en gestes ou en paroles, quelles que soient les circonstances. Un point que le psychiatre ne s'était pas empêché de noter, quand les circonstances, justement, étaient nettement moins intimes. Un besoin profond de combler les espaces, de remplir le vide, d'atténuer le silence en le peuplant autant que possible. Une façon presque désespérée de se raccrocher à son Humanité, en sollicitant celle de l'autre. Quelle que soit la réponse, il semblait qu'elle importait peu. Mikkel était de ces êtres perpétuellement volubiles qui, peu importait ce que l'autre en face pourrait faire, avait désespérément besoin d'être remarqué.
Une façon malhabile de demander l'approbation de son public, pour pouvoir avoir la sensation d'exister.

Pour autant, dans l'état d'esprit où se trouvait actuellement Noah, ce n'était pas pour lui déplaire. La même cruelle nécessité de se sentir bien humain avait résonné dans chacune de ses cellules, se manifestant toujours avec ces gestes qu'il s'accordait vis à vis du jeune homme. Un réceptacle. Il ne croyait pas si bien dire. Une enveloppe creuse, vide, si profondément nécessiteuse du moindre contact, de la moindre once de chaleur humaine, qu'il se trouvait lui-même risible. Mais les bras de Ievseï, quand bien même il était bien trop loquace au goût du sorcier, étaient accueillants. Un havre de confort et de protection pour les démunis d'affection. Pas qu'il ait manqué de tendresse avec Enya, bien loin de là. Mais ce n'était pas pareil. Il y avait quelque chose de différent, à se lover dans les bras de Ievseï. Une rudesse purement masculine qui lui allait nettement mieux, car elle était différente. Et pourtant tellement désirée.
Et puis bon, il fallait reconnaître qu'il était prompt à suivre le mouvement, peu importait le chemin. En témoignait cette réplique prompte qu'il lui offrit, dans une langue âpre, un peu rugueuse, que le sorcier n'avait jamais entendue. Haussant un sourcil surpris dans la direction de son patient, Noah finit par se fendre d'un sourire. Le ton était aussi mordant que le reste de son personnage. Et s'il était impulsif, il n'était clairement pas sot. Finalement, peut-être que le Don était bien plus justifié qu'il ne l'aurait cru en lui attribuant un chacal. L'animal, bien qu'il lui soit inconnu, semblait doté de ce double jeu permanent dans sa psyché. Un double-jeu qui n'avait pas une seule fois lâché Ievseï depuis qu'il avait mis les pieds dans son appartement.

Se laissant docilement malmener, son corps s'éveillant de nouveau progressivement sous chacune de ses caresses insidieuses, le sorcier ferma les yeux en soupirant, afin de mieux se concentrer sur les sensations. Ievseï avait beau babiller, peu lui importait. Il avait laissé entrer le loup dans la bergerie depuis bien trop longtemps pour tenter de s'en débarrasser à présent. Et il n'allait pas le faire alors qu'il prenait le pas sur les tentatives du psychiatre de lui changer les idées. Languide, il se laissa aller à ouvrir un oeil pour observer la tête brune filer entre ses cuisses, son dos se creusant naturellement sous l'impulsion de ses doigts. Il était doué, ce con. Doué, et aussi insidieux que l'étaient ses mains. Se mordant la lèvre inférieure, Noah posa un regard bien plus sombre dans les iris métalliques de son partenaire. Tout, dans son attitude, était un mirage. Un bien joli mirage. Un très joli mirage qui lui tira quelques soupirs d'envie. Mais un mirage restait toujours un mirage, peu importait d'à quelle proximité on s'y trouvait. Et si le mirage avait un bon coup de langue et était capable de raviver le feu entre ses cuisses, il n'en était pas moins dangereux à tenir aussi proche de lui. Il était insaisissable. Et Noah n'était pas certain d'avoir envie de le laisser le rattraper, en ce qui le concernait.

-Pour être parfaitement honnête je...

Il n'eut pas le temps de répliquer à la question, éternelle, des tombes et des morts vivants qu'il se faisait taire d'un index devant les lèvres. Poussant un soupir frustré, il observa son généreux partenaire s'extirper du lit, sans avoir la possibilité d'en rajouter. Alors il esquissa une moue résignée, et concéda, la voix lasse :

-Soit. La première porte sur ta gauche, en sortant de la chambre. Mais tu n'as autorisation de visiter que la salle de bain.

Il se doutait bien, au regard que lui lança le métamorphe, qu'il ne l'entendrait certainement pas de cette oreille. Après tout, le jeune homme n'en faisait qu'à sa tête, Noah l'avait bien compris. Laissant son regard glisser le long des courbes accueillantes de son volubile partenaire, il l'observa filer à grandes enjambées vers la sortie avant d'enfoncer de nouveau sa tête dans ses coussins. Les yeux rivés sur les volutes peintes au-dessus de lui, sur le plafond plâtré, il porta ses doigts à ses lèvres. L'empreinte de celles de Ievseï résonnait encore contre sa peau, douce, chaude, vibrante. Que fais-tu donc, Meadow ? Il avait beau savoir être sujet à tous types de pulsions comme n'importe quel être humain lambda, il ne se serait pas attendu à cela, même en se connaissant parfaitement. Laisser une once de sa vie à la vue de Ievseï était une erreur qu'il aurait à assumer sur le long terme, il en était parfaitement conscient. Tout comme il l'était de ce besoin maladif, cette nécessité qu'il avait eue de se dévoiler de la sorte à un sombre inconnu. Comme si la fougue dévastatrice du jeune homme pouvait potentiellement l'emporter à son tour. Ce besoin cruel de proximité avec quelqu'un, qui que se soit, qui l'avait toujours hanté. Qu'il avait voulu entretenir avec Cassidy sans que ça ne soit possible. Qu'il avait tenté de simuler avec Enya. Qu'il avait avec Aida sans que jamais personne ne parvienne à cette prouesse après elle. Ce n'était pas tant de la reconnaissance de Mikkel qu'il voulait. C'était de celle de quelqu'un, qui que ce soit. N'importe qui. Après des siècles de carences affectives, il avait eu la sensation que n'importe qui pourrait remplir ce rôle. Mais au fond, ils n'avaient été que deux.

Le calme revenait doucement apaiser ses sens échaudés, et il entendit les pas de Ievseï faire frémir le plancher. Des craquements qui n'étaient résolument pas dans la bonne direction. Une voix tonitruante retentit du côté de la mezzanine surplombant son cabinet, qui le fit rouler des yeux si fort que les volutes peintes semblèrent s'animer. Des termes. Là où il se trouvait. Et les cochons volaient.
Agacé, le psychiatre roula sur le côté pour s'asseoir sur le rebord du lit. Ses membres étaient engourdis sous l'effort et les endorphines, ralentissant considérablement ses mouvements. Le poussant à considérer les raisons de son agacement temporaire, pour finalement s'étirer longuement. La nature curieuse du métamorphe finirait par être rattrapée par les besoins de la nature, après tout. Il se lasserait. Un postulat qui fut vérifié par les pas qu'il entendit, alors qu'ils passaient devant sa porte pour rejoindre la bonne direction. Quelques minutes de plus et les canalisations ronronnèrent enfin. A la bonne heure. Joignant le geste à la réflexion, il tourna la tête vers le réveil qui trônait à côté de son lit. Les aiguilles lui rappelèrent qu'il se faisait tard, bien plus tard que l'inclinaison du soleil pouvait laisser supposer. La nuit n'allait pas tarder à glisser au-dessus de la ville avant de l'engloutir toute entière, laissant l'empire à une lune bien ronde. Ce n'était plus l'affaire que de quelques heures. L'estomac du sorcier se creusa, malgré lui, à cette pensée. Le temps leur faisait défaut, quand bien même la soirée s'annonçait particulièrement douce. Car arriverait un moment où les instincts animaux de Ievseï ne seraient plus que ça, des instincts. Et Noah n'avait aucune envie de se retrouver avec un canidé dans l'appartement. Pour peu qu'il ait peur, il pourrait saccager tout ce qu'il restait potentiellement à détruire.

Il finit par se redresser. Les canalisations crachotaient suffisamment pour signaler que Ievseï avait trouvé le chemin vers sa baignoire, et la perspective de se glisser sous l'eau chaude pour dénouer ses épaules avait un certain attrait. A pas lents, silencieux, le sorcier se dirigea vers la salle de bain. Pour être accueilli par une invitation qu'il avait anticipée, et un écran de buée. Un sourire ourla malgré lui le coin de ses lèvres, alors qu'il progressait à tâtons vers la silhouette de son partenaire. Il n'avait pas tort sur ce coup-là. Sa salle de bain, avec ses carreaux et son marbre clair, ressemblait effectivement à des termes romains. Et l'Eros qui s'y tenait, avec ses fesses rebondies sur lesquelles Noah hasarda une main, flirtait clairement avec son reflet sur le robinet à l'image d'un Narcisse de basse extraction.  

-J'accepte le massage, s'il est une manière de te racheter pour avoir tenté de me faire croire que tu n'étais pas en train de fouiner dans mes affaires.

Sa main avait longé le creux des reins du brun pour atteindre sa nuque. Son pouce et son index s'était fermement enfoncés dans la peau fine, pareils à des serres, pour bien marquer l'intensité de sa pensée. Non, il n'était pas idiot. Oui, il l'avait parfaitement entendu. Et si le jeune homme était plus agile, plus fort et plus souple que lui, le sorcier n'en était pas moins terriblement puissant. Et tout sauf dupe.
Pour autant sa voix était toujours aussi neutre. Laissant ses doigts enfoncés dans les chairs tendres encore quelques instants, il finit par relâcher la nuque de Ievseï avant d'enjamber la baignoire. Si Mikkel avait ses défauts, il savait au moins parfaitement doser l'eau chaude. Le contact lui arracha un frisson de volupté, et il se glissa à son tour sous le jet, frôlant la peau de son partenaire sans la moindre gêne. La baignoire était assez grande pour manoeuvrer. Il n'eut aucun mal à se glisser pour lui présenter son dos, attraper un flacon de gel douche, et le lui fourrer entre les mains avant de se retourner, prêt à se faire masser. La nonchalance de ses gestes, elle, fut à l'image de celle qui se dégagea de son ton parfaitement égal.

-Ta visite des termes inexistants de ma mezzanine a-t-elle été instructive ? Qu'as-tu tiré de cette expérience ? Et n'oublie pas. Je ne répondrai à aucune de tes interrogations.

Il leva le visage vers le jet d'eau et ferma les yeux en se laissant asperger, profitant de la chaleur du liquide sur sa peau lasse. Un sourire s'étira sur son visage en sentant les mains de Ievseï sur son dos. Si la personne n'était pas idéale, il devait reconnaître au jeune homme une capacité toute particulière dans le toucher. Surtout en ce qui concernait le psychiatre. Se laissant docilement faire, il finit par lever un index pour pousser le jeune homme au silence sans même se donner la peine de se retourner. Chacun son tour.

-Il y a des choses qui ne doivent être connues que de ceux qu'elles concernent directement, Mikkel. Tout comme il y a des secrets, des fardeaux et des errances qui ne doivent être confiées qu'en de brèves et rares occasions. Et tout aussi accueillant puisse être ton caveau, je crains de ne devoir emporter mes secrets qu'à l'intérieur de mon propre cercueil. Je te fais toutefois la promesse de te les rapporter si jamais le destin s'amuse à me faire errer une troisième fois à la surface de cette planète.

Un sourire chafouin étirait ses traits alors qu'il jetait un coup d'oeil amusé à son partenaire, par-dessus son épaule. Peu importait, au fond, ce qu'il pouvait penser. Le psychiatre avait posé ses limites depuis leurs débuts. Il ne passerait pas outre, peu importait toutes les machinations qui auraient pu se monter sous les mèches brunes du Russe. D'autant qu'il avait quelques projets pour lui permettre d'oublier chacune d'entre elles, tout du moins dans l'immédiat. Des projets à reprendre qu'ils avaient abandonnés en cours de route, qui avaient le don de reléguer ce type de détails au fond des esprits. Il leur restait bien quelques heures, avant qu'il n'ait à mettre Ievseï à la porte, après tout.
Prêtant une attention distraite à la réponse de son patient, Noah finit par se retourner avec langueur. Ses doigts se posèrent sur le torse ciselé de son comparse, savourant de la pulpe chaque sinuosité de sa musculature. La gourmandise avait toujours été un de ses défauts. Aussi, quand ses doigts dévalèrent le nombril pour effleurer l'entrejambe de Ievseï, il reposa un regard où résonnait une force tranquille au fond des prunelles métalliques du brun.

-J'y pense, mais tu ne m'as jamais réellement parlé des raisons qui t'ont poussé à franchir la porte de mon bureau. Outre la convocation par le juge, bien entendu. Notre séance a beau toucher prochainement à sa fin, je suis curieux d'entendre les circonstances exactes de ton arrivée en ces lieux.

Ses doigts se faufilèrent dans les sinuosités de son entrejambe, s'enroulant docilement autour de sa hampe pour la caresser lentement. Se hissant sur la pointe des pieds, le psychiatre profita de l'impulsion pour retrouver la chaleur de Ievseï, et chuchoter contre sa tempe :

-Je ne pourrai probablement pas te répondre, mais sois assuré que mon attention t'est entièrement dévouée.


Son attention, elle, lui était entièrement accordée. Ils avaient encore quelques heures, certes. Mais ces quelques heures conservaient toujours cette possibilité d'être extrêmement révélatrices, à qui savait comment s'en servir.

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MessageSujet: Re: /!\ Eros contre Thanatos ▬ Mikkel /!\   Lun 30 Oct - 0:16


« We try to run from our past, but the truth we cannot hide »


Noah & Mikkel
featuring
Bien naïf celui qui pensait que Mikkel avait besoin d'autorisation pour faire ce qui lui chantait. Mes pensées étaient volatiles, mes gestes fluides et insouciants. Dans la salle de bain privée du sorcier, je me sentais fabuleusement bien, sans qu'aucune émotion négative ne ternisse mon regain d'énergie. Ma curiosité naturelle était sollicitée au plus haut point, comme sous la caresse d'une centaine de plumes trop excitantes. Si j'avais gagné le droit de m'infiltrer dans ces pièces secrètes, je n'allais certainement pas me priver d'en fouiller les moindres recoins. Noah avait-il permis à beaucoup d'autres personnes d'y pénétrer ? C'était la question que je me posais vaguement, tout en savourant la tiédeur de l'eau contre ma peau nue. Son intérêt pour le chacal était puissant, quoiqu'il puisse prétendre, je l'avais bien pressenti dans son regard scrutateur. Abandonner quelque temps le sorcier à sa solitude ne pourrait que l'aider à  réfléchir, et si j'avais pu le frustrer un peu en m'arrachant à lui, c'était tout bonnard. Il ne me céderait que mieux par la suite. Une fois qu'il se serait endormi, comblé sous mes faveurs, je pourrais faire le tour de son logement plus à mon aise. Un sourire satisfait se refléta dans le cuivre des robinets que je manœuvrais. Le sourire de ceux qui possédaient le monde et en étaient délicieusement conscients.

J'aurais peut-être dû entendre son pas. Je ne l'avais pas fait. Le galbe de mes fesses tressaillit quelque peu lorsqu'il me frôla et je perçus alors du coin du regard sa silhouette émerger de la vapeur. Dos à lui, je me redressai doucement, sensible au chemin que ses doigts traçaient le long de ma colonne. Je n'avais pas anticipé la fin de sa phrase, ponctuée par son emprise plus ferme contre ma nuque. Sa poigne... elle était presque rude. Est-ce qu'il allait me frapper ? Confusément troublé par la menace sous-entendue dans ce geste, je ne répondis pas immédiatement, retenant mon souffle sans oser l'interrompre. Le silence qui s'ensuivit me parut trop lourd, alors que seule la musique humide de l'eau ruisselait tout autour de nous. Mais la peur n'eut pas le temps d'aggraver l'inquiétude qui atténuait l'arrogance de mon regard. Déjà, il me libérait pour me rejoindre dans la large bassine, son corps caressant le mien au passage, et je me tournai vers lui, le fixant avec incertitude. Si Noah était fâché, il le dissimulait fort bien. Dans un sourire en coin, je recueillis le flacon qu'il me donnait, sans cesser de le surveiller du regard. « C'pas ma faute si je confond la gauche et la droite, j'suis dyslexique. »  Hasardais-je avec l'aplomb des insolents. Mes cheveux mouillés retombaient contre mon front et je les ramenai en arrière avec plus de désinvolture avant de laisser couler une noix de gel-douche au creux de ma main.

« J'oublie pas... » Je secouai doucement la tête à sa question, avant de me rapprocher, posant ma main imprégnée de savon contre ses omoplates pour le masser dans des mouvements circulaires, avec fermeté. Ma dextre le rejoignit, sinuant ainsi dans des gestes symétriques le long de ses épaules et de son échine qui se couvrirent peu à peu de mousse, sobrement parfumée. « Y'avait pas de thermes là bas. » Dis-je gravement d'un ton pince-sans rire, avant de reprendre d'une voix plus franchement narquoise. « Dis-moi la vérité, tu vois au travers des murs ? » J'avais beau déconner, je me posais pour de bon la question. Si c'était le cas, ça aurait été sacrément flippant... J'ignorais l'étendue des pouvoirs des mages noirs, après tout. Une moue se forma sur mes lèvres à cette pensée tandis que je me rassurais en palpant sa chair vivante, percevant sous mes paumes la tiédeur de sa peau et ses battements cardiaques qui lui donnait un aspect si humain.

Dans cette ambiance tamisée, la pièce était chaude, plongée dans un voile de vapeur d'eau. Cette température idéale aidait à détendre les muscles que je sentais se décrisper sous mes caresses. La peau nue de Noah devenait un objet d'art que je sculptais de mes doigts habiles, variant la pression en fonction de ses réactions, me calant sur sa respiration, toujours attentif. « C'est vrai, j'ai pas pu faire autrement que d'admirer tes peintures de plus près. Elles sont très réalistes, on sent que tu les as beaucoup soignées... » Quand je lui avais dit que je le pensais contemporain de ces gens, il n'avait pas nié. Je prononçais alors tout haut les déductions de ma visite, encore trop rapide à mon goût. « Tu es beaucoup plus vieux que tu en as l'air... Et ce mec sur le portrait, le plus jeune, celui qui a les yeux clairs et qui est habillé comme un prince italien, c'était ton amant ? Il est vachement beau. Il t'a brisé le cœur ? Tu l'as buté pour te venger ? Un crime passionnel, hein, c'est ça qui te ronge ?» Il m'avait confié qu'il ne recherchait ni l'argent ni le pouvoir. Il ne recherchait que le déferlement d'émotions brutes et violentes. La passion. « Tu ne... »

Je commençais à peine à m'échauffer dans mes théories. Pourtant, le geste de Noah m'intima au silence. Comment oser faire taire Mikkel ? Je m'interrompis à regret  pour l'écouter reprendre la parole. Manifestement, il était bien décidé à ne rien lâcher, ce mec était tellement obstiné. Je plissai les yeux à son étrange promesse, sans savoir si c'était du lard ou du cochon. S'il revenait une troisième fois sur terre ? « Mouais... Après tout, les sorciers dans ton genre sont peut-être bien capables de passer aussi facilement d'un monde à un autre que de la cuisine au salon. » Son sourire laissait néanmoins sous-entendre qu'il se foutait de moi et je haussai les épaules, sans cesser mes caresses, mes pouces descendant le long de sa colonne jusqu'à m'attarder contre ses reins. Un simple effleurement devenait pétrissage, remontant jusqu'à ses épaules pour savonner ses bras avec langueur. Je m'attardais au niveau du pli intérieur du coude, me demandant si Noah serait sensible à cette zone érogène... « Vous êtes comme ça vous les psy, vous cherchez à tout connaître sur les gens et vous gardez vos propres secrets pour vos tombes. C'est salement injuste, tu en conviendras. Injuste pour toi évidemment. Ça t'oblige à rester seul avec tes secrets, sans personne pour te comprendre. » Je fronçais les sourcils, dans un mince sourire réprobateur. Si mon ton était clairement moqueur, une part de moi-même n'en était pas moins sincère. Il avait l'air réellement seul, cet ancien sorcier... seul avec ses souvenirs qui dansaient contre ses murs, comme autant de mirages. Seul au point de fondre dans des bras inconnus pour oublier la froideur de ses draps.

Noah se retournait et j'oubliais déjà mes considérations pour apprécier sans arrière-pensée ses mains posées à leur tour contre moi. Les manières de l'italien tactile me plaisaient indubitablement et je savourais ses caresses tout en soutenant son regard placide. Le mien restait pétillant. J'avais pris garde à rester sage dans mes massages, désireux de maintenir la badinerie pour mieux nous permettre de discuter. Il m'aurait été difficile de me concentrer sur deux choses à la fois et j'ignorais si le psychiatre en était conscient. Lorsque sa main vint rôder dans des lieux plus impudiques, je l'évaluai avec incertitude et m'humectai les lèvres, ourlées de gouttelettes d'eau. Il voulait savoir les raisons de ma venue ? « La première fois tu veux dire ? Oh bah...» Noah avait à peine prononcé sa question que déjà sa main dépassait le seuil de l'audace pour réveiller le feu de mon ventre, trop diablement propice à être ravivé. Je retins ses bras sans y mettre réellement de volonté, me contentant d'une poussée peu convaincante. Je reculais doucement. « Attend...» Déjà dur sous ses caresses, je fermai les yeux quelques secondes, penchant la tête sous ses murmures. Je claquais aussitôt de la langue, agacé par son insistance. Ce mec était sacrément gonflé ! Il exigeait de l'exactitude de ma part, sous prétexte de sa curiosité, tout en m'annonçant que de toute façon, il me répondrait pas ? Néanmoins, un frémissement me parcourut sous la manière dont il m'observait tout en m'assurant de son entière attention. « Ah oui... ? Très bien.» Soufflais-je d'un ton on ne peut plus innocent. Quand bien même, les poules auraient des dentiers le jour où Mikkel capitulerait. Je me pinçai les lèvres, parvenant tout de même moins bien à rassembler mes pensées sous la rudesse de ses doigts mais je m'efforçai de retrouver son regard si pénétrant.

« En vrai, j'voulais juste de la came... enfin, une potion. » Je me repris vivement, ma voix brisée par un soupir. « J’espérais juste que tu m'aides, comme un médecin respectable offre un médoc à son patient souffrant... Je savais que t'aidais Isak alors, j'me suis dit qu'il y avait peut-être de l'espoir pour moi aussi. Mais j'ai eu tort, y'a pas d'espoir pour moi. Aucun. Jamais.» Ma détresse aurait presque été crédible si je ne l'avais pas ponctuée d'un gloussement de chacal. Peu importait. Pendant quelques secondes, j'oubliais un peu le reste, le regardant se courber devant moi.



« T'aimes ça hein... ? Mais pour savourer Mikkel de cette manière, il faut le mériter. » Les réflexes du joueur de poker me venaient naturellement, comme par un instinct dépravé. Le mensonge. J'aurais pu ne pas aimer, j'aurais pu. Je reculai, prétendant l'incertitude. Ma main se glissa dans sa chevelure avec précaution, puis l'autre s'attarda contre son épaule comme pour le retenir. « Tu ne recherches que la passion. » Celle qui offre l'éclat réel au monde. Moi j'étais avide d'émotions fortes, la peur, le danger, l'exaltation, l'extrêmisme dans la folie, je ne reculais devant rien et je ne reflechissais pas avant de plonger dans les flammes. Je l'avais fait, au risque de me brûler entièrement dans les yeux ardent du sorcier. Et je le ferais encore, dans ce brasier ou dans un autre, tant que j'avais encore un souffle vital, jusqu'à l'excès, la démesure totale.

Glissant mes mains contre ses bras, je l'encourageai à se redresser jusqu'à ce qu'il me soit inutile de baisser les yeux pour croiser son regard. Je me retournai aussitôt, pivotant sur moi-même sous la pluie chaude et agréable et mon dos se lova contre son torse. « Je t'ai promis la vérité absolue... » Je n'avais pas respecté sa demande de ne lui poser aucune question mais la chose était tout bonnement impossible. Pourtant à ce stade, je ne voyais plus de raison de noyer le poisson et de lui mentir. Non pas que je sois un homme de parole, ne rêvons pas et puis quoi encore ? Mais si ça pouvait le mettre de bonne humeur, je ne risquais rien à tenter.



« Isak est... mon dealer. Et je sais à quoi il carbure. Alors s'il apprécie ce que tu lui donnes, j'me suis dit que ça devait en valoir la peine. » Je soupirai, étirant les bras pour chercher ses mains et les amener contre mes hanches. « J'en aurai encore plus besoin maintenant... avec ces cauchemars sinistres qui me hantent. » Des nuits de pleine lune où le chacal hurlait sans me laisser dormir. « J'avais besoin d'être fort pour supporter le chaos et l'horreur de ma vie, pour retrouver une bribe d'espoir à laquelle me raccrocher... J'ai besoin d'aide, et maintenant ma situation est encore plus compliquée... » Ma voix se brisa légèrement, dans un accent tragique alors que je me cambrai juste un peu plus contre lui, me pressant davantage contre sa vigueur. Les yeux brillants, je me sentais envahi par les frissons du désir, mêlés à la beauté si poignante du drame qu'était ma noble vie. Même la plus insensible des vipères n'aurait pu qu'être touchée par la ferveur qui irradiait dans l'air humide.

« Si seulement je pouvais compter sur l'aide d'un sorcier puissant et expérimenté. Si seulement il pouvait me donner les maigres info dont j'ai besoin pour survivre...» Mon enthousiasme me donnait des ailes, je pouvais toucher les émotions qui virevolaient tout autour de moi et vibraient dans ma voix suave. « Si ce sorcier était beau et sexy, ce serait encore plus merveilleux.» Mon cœur en battait plus vite, plus fort tandis que je me lovais contre lui. « Si je connaissais un mec comme ça, je serais tellement heureux que je l'enverrais au septième ciel... surtout si ce mec a déjà fabriqué des hommes-animaux. Comme tu l'as fait avec ta victime sur le tableau. Et avec moi.» Je lançai mon hypothèse avec aplomb, dans une impulsion soudaine. Noah était un mage noir, un sorcier maudit resurgi d'un tombeau. Quels horribles crimes avait-il pu commettre dans son lugubre passé ? Je me penchai doucement vers l'avant, dans un murmure, détachant mes mains pour les poser contre le carrelage mouillé. « Tu ne pourras plus l'ignorer quand le chacal sera là... »


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MessageSujet: Re: /!\ Eros contre Thanatos ▬ Mikkel /!\   Mer 20 Déc - 2:30


Un crime passionnel. Ievseï ne se rendait pas compte d'à quel point il était proche de la vérité, en ce qui concernait leur histoire, à Morienval et lui. Une relation fusionnelle, passionnelle si on pouvait qualifier une amitié comme telle, qui s'était achevée sur une déchirure sans pareille. De tous les tableaux qu'il avait peints, de tous les portraits qui jonchaient les murs à l'étage de son appartement de fonction, ceux de Rafael et d'Azzura avaient été peints avec une attention et une application toutes particulières. Parce que leur rôle respectif dans sa vie avaient laissé une marque indélébile dans ses propres errances, avaient façonné qui il était. C'étaient eux, son plus grand crime. Celui d'avoir pensé pouvoir être proche un jour de ces personnes. De les avoir aimées et choyées pour n'en tirer qu'une funeste finalité. Si le ton de Mikkel était enjoué, s'il posait une ribambelles de questions très certainement pour l'agacer, il n'avait pas tort. Si Noah ne les avait pas tués directement, s'il n'avait pas tué directement Rafaele, il l'avait effectivement maudit par passion. Une malédiction toute autant qu'un cadeau, mais ça, Ievseï ne pouvait pas s'en douter.
Il ne devait pas s'en douter. Pour la simple et bonne raison que ça ne le concernait pas directement.

La décision de le faire taire n'était finalement pas si vaine, quand bien même elle sous-tendait une forme d'amusement personnel que Noah n'allait jamais nier. Très égoïstement, s'abaisser au niveau du bassin de Ievseï équivalait à se soumettre volontairement à un silence borné, un arrangement qui lui convenait parfaitement. Tout du moins qui convenait au psychiatre, son patient tentant comme il pouvait de reprendre, sinon contenance, au moins le fil de la conversation. Sa légère lutte, vaine et manquant cruellement de volonté, n'avait pas manqué au sorcier. S'il avait eu pour volonté de le pousser aux confessions, il était tombé sur le mauvais client. Noah était confesseur. Pas confessé. Pas tant qu'il n'aurait pas décidé du contraire, en ce qui le concernait.
Pour autant ses paroles, toutes autant de tentatives pour le pousser aux aveux, restaient ancrées dans son esprit. C'était injuste. Injuste que les psychiatres n'aient pas la possibilité, eux-mêmes, de se confier. Injuste qu'ils n'aient pas une oreille pour les écouter, ou une épaule sur laquelle s'épancher. Une fois de plus, Ievseï faisait preuve d'une perspicacité gênante. A trop écouter les secrets des autres, on en aurait envie de se libérer de ses propres fardeaux. Mais il n'arrivait pas à franchir le pas. Il avait tenté, avec Enya, sans succès. Les seules personnes à jamais avoir réellement connu le fond de sa pensée étaient immortalisées à l'huile sur les grandes toiles de la mezzanine. Peu nombreuses. Si loin que ça en était terriblement douloureux. Etreint par cette réalisation, il avait marqué un temps d'arrêt, infime, dans ses propres occupations. Mikkel avait touché un nerf sensible sans même s'en rendre compte, mais il ne serait pas le réceptacle de ses pensées. Ce n'était ni leur accord, ni une bonne idée.
Ne rien en laisser paraître. Les yeux du chacal, ces iris métalliques se ternissant sous le désir, ne cessaient de le sonder à la recherche d'une preuve, d'une ancre à laquelle s'accrocher. Une position de faiblesse qui ne semblait pas le terrifier outre mesure, bien au contraire. Sa langue ne cessait de se délier, sa voix perdue dans cette strate de semi-conscience que provoquait l'excitation. Ainsi il n'était venu le voir que par intérêt, après avoir intercepté une communication entre lui et Isak Eriksson. Une réflexion de camé. Lamentable. Mais, dans ses paroles, même malgré le léger rire qui les avait achevées, Noah perçut une très étrange vérité : Mikkel se savait perdu. Une gravité dans ses mots, malgré sa jeunesse, malgré sa vigueur ou son attitude débonnaire. Une pointe de douleur dans un océan de je m'en-foutisme, le cri d'un cœur étouffé dans la superficialité. Un appel à l'aide dans le grand cirque qu'il montrait constamment.

Ca n'aurait pas dû l'atteindre, et pourtant. Pourtant cette expression était étrange, rompait avec la prétendue légèreté de la confession. Il y avait quelque chose à creuser, dans cet aveu involontaire. Peut-être ne s'agissait-il que de la curiosité professionnelle, d'une vieille habitude qui ne le lâchait pas quand il avait un jouet sous la main, peut-être que c'était parce qu'il lui avait dit la vérité ou juste qu'il fut dans de bonnes dispositions compte tenu des circonstances, mais Noah se jura d'en faire quelque chose, le moment venu. Peut-être tout simplement parce qu'au fond, et malgré cette croûte de crasse dans laquelle Ievseï se vautrait avec volupté, il y avait un être véritable qui n'attendait qu'une oreille pour l'écouter.
Ou peut-être que la perspective de s'en payer une nouvelle tranche était tellement plaisante qu'il était prêt à faire correctement son travail avec le jeune homme.

Puis l'électricité était revenue, dans son regard, dans les mouvements de son corps, dans ce rictus qui ornait ses lèvres charnues. La fragilité n'avait été que très brève. Le charognard revenait à l'assaut, guettant dans les tréfonds des ordures une maigre pitance à sa mettre sous la dent. Suivant le mouvement, sa tentative de s'éloigner, Noah se redressa. Retrouva l'étincelle familière qui illuminait ses yeux gris, une flammèche de luxure qui résonnait dans tout son corps et enflammait son bassin. Tout n'était qu'un jeu, dans la personnalité de Ievseï. Un jeu sensuel et dangereux dont Noah connaissait parfaitement les règles, et dont il ne refusait jamais une partie. Feignant une grimace affectée par ses minauderies, il le laissa baguenauder puis revenir avec violence. Oui, il ne cherchait que la passion. Une passion âcre, profonde, débridée, celle-là même que le jeune homme s'appliquait savamment à raviver en lui. Il n'allait pas refuser son coup de main. Dans tous les sens du terme.
Les reins de Mikkel suivaient un rythme silencieux, une musique que tous deux connaissaient si bien que Noah n'eut aucun mal à suivre la cadence. Chacune de ses ondulation n'était qu'un nouvel appel à la décadence, une raison de plus pour que son bassin s'enflamme et vienne chercher le contact alors qu'il aurait préféré rester en contrôle de la situation. Naturellement, ses mains glissèrent le long de ses côtes, explorèrent son torse pour finalement retourner se nicher contre son aine sans pour autant s'y brûler. Le rythme langoureux de son patient aiguisait ses sens, attisait la flamme, courrouçait son instinct de préservation alors qu'il nichait ses dents dans son cou pour mieux le relâcher. Joue contre joue, il recueillit la suite des confessions du pécheur récidiviste... Et ricana malgré lui à l'intensité tragique, obscène, de ce qu'il apprit.

-Je ne peux qu'affirmer que ta vie est terriblement dure*. Pardon, continue...

N'écoutant que d'une oreille ses minauderies, le psychiatre se laissa aller docilement à suivre les ondulations languides de son partenaire. Ses doigts nichés possessivement au creux de ses cuisses, il ferma les yeux pour mieux savourer chacune des sensations. La voix de Mikkel lui parvenait en écho, les informations pertinentes valsant dans son esprit. Isak était donc son dealer. Il avait additionné deux et deux de lui-même, et l'avait trouvé bien trop facilement. Une faille dans leur collaboration que Noah ferait bien d'avouer à son partenaire commercial. Si cet électron libre avait été capable de retrouver sa trace, ce n'était pas une bonne chose pour leurs affaires. Bien loin de là.
Son attention fut ravivée par une pointe de défi dans la voix bourdonnante du tentateur, poussant ses sourcils à se froncer. Encore, encore il tentait de ramener cette histoire de portrait sur le tapis ? Encore, il tentait de puiser des informations sur son compte ? Encore, il refusait de croire la vérité toute simple que ce n'était pas lui, son créateur ? Tout à ses pensées, il n'eut pas le réflexe de le retenir alors qu'il s'éloignait.

-Penses-tu sincèrement à toutes les fables que tu contes ?

Une pointe infime de colère transparut dans sa voix, alors qu'il rompait la distance, répondant à la proposition lascive de son étrange compagnon. Ses doigts s'enroulèrent dans ses mèches brunes, tirant doucement dessus pour mieux glisser ses lèvres contre son oreille.

-Tes tentatives sont louables, je le confesse. Toutefois rien ne te garantit encore que je sois bel et bien l'auteur de ces cauchemars que tu as mentionnés à moult reprises. Je ne suis peut-être que le seul récipient de ta colère, sans même que tu ne sois capable de le réaliser. L'innocent aux mains pleines.

Sa voix, un feulement suave, faisait écho au ton cajoleur qu'avait adopté son patient quelques instants auparavant. Joignant le geste à la parole, sa main libre retrouva ses marques entre ses cuisses, lui offrant le luxe de quelques coups de poignet. Dans un soupir, il se redressa, son regard glissant sur le dos recourbé du métamorphe. En malaxant ses cheveux humide, il pouvait la sentir. Une fourrure sèche, épaisse, animale. Le chacal n'était pas un fantasme parmi tant d'autres, il était tangible. Aussi tangible que cette menace qu'il lui avait semblé entendre alors que Mikkel se penchait au-dessus de la faïence. Considérant l'erreur qu'il s'apprêtait à commettre, le sorcier murmura :

-De toutes tes hypothèses, une seule est correcte. J'ai bien plus envie de me retrouver sous cette douche avec l'homme du tableau, écrasé sous son corps, que lové dans le tien. Mais comme tu l'as si bien sous entendu, la vie est difficile. On n'obtient jamais ce que l'on veut, et encore moins des réponses, quelles que soient les questions.

Son ton s'était assombri, à mesure que les paroles franchissaient ses lèvres. L'eau chaude, ruisselant sur son dos, fracassait ses pensées tout en refroidissant ses sens. Sans même l'avoir voulu, il avait répondu à une question de Mikkel. Il avait avoué que les portraits ornant les murs de sa mezzanine avaient un sens. Une hiérarchie de l'importance, une hiérarchie de l'amour. Ils y étaient, tous ceux qui avaient compté avec trop de force dans sa vie. Tous, sauf Aida. Aida dont le visage lui échappait, Aida qui hurlait dans le noir sans qu'il ne soit capable de se souvenir de ses traits. Morose, il resta en suspens, le silence retombé entre eux avec une étrange intensité. Ses doigts relâchèrent les mèches brunes pour cavaler le long du dos, offert, de son patient. Sa peau humide était jeune, lisse, ferme. Une invitation à la luxure, une invitation à se perdre une nouvelle fois pour ne plus avoir à réfléchir. Mais, même s'il pouvait le devenir, Mikkel Ievseï n'était pas de ceux qui avaient réduit son cœur en poussière. Si, présentement, il ne voyait aucun problème à partager sa douche avec lui, il n'était pas de ces inatteignables qu'il n'aurait jamais le loisir de serrer dans ses bras. Il n'en avait plus le loisir, qu'il soit charnel, qu'il soit fraternel. Une blessure constamment ouverte, purulente, qui ne cicatrisait jamais réellement. Qui lui rappelait à quel point la galerie des ombres et tous ses habitants lui manquaient cruellement.

-Si l'animal dont tu parles constamment risque d'arriver, nous ferions mieux de cesser de jouer avec le feu. Je ne souhaite pas avoir à réparer la partie privée de mon appartement.

La voix blanche, lointaine, avec laquelle il avait prononcé ces paroles lui semblait celle de quelqu'un d'autre. Machinalement, il se retourna vers le jet d'eau chaude pour achever de se rincer, avant d'enjamber le bord de la baignoire. Ses gestes étaient automatiques. Saccadés. Mikkel Ievseï, dans toutes ses élucubrations, avait touché un nerf bien trop sensible pour qu'il se laisse aller à rouler dans la fange une nouvelle fois. Pire, il avait réussi à obtenir l'une des rares réponses que Noah ne souhaitait jamais avoir à donner.
Il avait tapé trop vite, trop fort, et le psychiatre avait sous estimé la précision du coup. Une erreur de débutant. Une erreur qu'il était aussi terriblement difficile à éviter, quand on est trop sûr de ses propres capacités. Sans un mot ni le moindre regard en arrière, il s'épongea rapidement et fila de la salle de bain. Se faufila jusqu'à sa chambre sans lever les yeux vers les tableaux, alors qu'il sentait leurs regards scrutateurs suivre sa progression. Alors qu'il sentait le regard d'acier du Russe sur son propre dos.

Il se sentait sale, las et épuisé. Vieux, atrocement vieux. Son corps vibrait toujours d'énergie, il pouvait sentir les filaments de sa propre magie filer le long de ses veines, de ses nerfs, mais la fatigue qui s'était abattue sur lui était d'un tout autre ordre. C'était cette même lassitude qu'il avait éprouvée avec Enya. Cette lassitude profonde de ne pas appartenir à ce monde, ce regret permanent de l'avant. Tous ces "et si ?" qui avaient façonné son être, avaient fait ce qu'il était, et qui se rappelaient à lui dans une cacophonie harassante.
Son pantalon renfilé, il s'assit sur le bord de son lit et glissa son visage au creux de ses paumes pour se recentrer. Ievseï était bien trop perspicace à son goût, et pourtant ses réflexions s'entrechoquaient avec son bon-sens. C'est injuste. Injuste que les psychiatres n'aient personne à qui parler. Injuste que les fardeaux ne puissent pas être partagés.

Il entendit du bruit dans le couloir, et sut parfaitement quelle en était la source. Dans un soupir, il se força à se redresser, paupières toujours closes, encore assis sur le rebord du lit. Affronter son regard, cette étincelle victorieuse dans les iris d'acier, n'était pas à l'ordre du jour. Parce que le chacal devait jubiler d'avoir réussi à toucher si près de son but.

-Nous ferions mieux de redescendre, une fois que tu seras présentable. Si cette zone est inaccessible d'ordinaire, c'est pour une excellente raison.

Laissant Ievseï vaquer à ses occupations, il s'autorisa un instant de pause et se laissa aller en arrière. Les bras en croix, il leva les yeux au plafond. Le ciel de Rome dansait toujours, à travers ses cils, le narguant tout autant qu'il le rassérénait. Sa dureté précédente n'était pas consciente, sa froideur n'était pas volontaire. Elles étaient un mécanisme de défense nécessaire contre quiconque s'approchait trop près. Un mécanisme dont Enya n'avait que bien trop fait les frais. Conscient de son comportement, il ajouta, lointain :

-Il n'y a rien que je puisse t'apporter de satisfaisant, Mikkel. Ni drogues, ni réponses personnelles, ni même la certitude d'un soutien indéfectible. Rien qui ne soit au delà de l'aide que je suis capable de donner en tant que professionnel.

Parce qu'il refusait de le laisser approcher. Parce qu'il refusait que quiconque l'approche, pour avoir essuyé beaucoup trop de défaites affectives. Parce que les morts, les vivants, ne hantaient que trop sa conscience pour que le métamorphe s'amuse à les invoquer à tous vents.
Oh, il savait pertinemment que Ievseï ne l'entendrait pas de cette oreille. Mais au fond, il n'avait pas perdu tout espoir en l'Humanité. Ce serait un paradoxe, considérant que son métier était encore de recevoir les confessions de l'Homme pour qu'il puisse trouver l'absolution.

-Je peux te soutenir, mais je ne peux pas t'empêcher de tomber. Ce n'est pas mon rôle. Comme le tien n'est pas de chercher à voir au-delà de ce que je représente. C'est une règle tacite qui ne t'est pas entièrement dédiée, elle l'est pour chaque personne qui franchit le seuil de ma porte. T'avoir fait venir ici était une erreur. Mon erreur.

Il se redressa et plongea un regard centenaire dans celui du jeune homme. Il avait cette fougue, cette énergie, ce magnétisme qui l'attiraient comme un papillon par la lumière. Cette fièvre animale, sublimée par la beauté de ce Don que lui avait offert Liam. Qu'il le mérite ou non était une toute autre histoire. Mikkel Ievseï était un être fascinant sous bien des aspects, qu'il valait mieux tenir loin que proche. Pour autant, Noah avait été investi d'une mission par Liam. Il devait surveiller le métamorphe, s'enquérir de son état, de sa progression. Un but qui n'était pas difficile à associer avec son attraction évidente pour le sujet de leur expérience.

-Cependant, je ne peux nier l'évidence. Tu m'attires tant de corps que d'esprit, bien au-delà de l'intérêt qu'un praticien est sensé porter à son patient. Si bien que je regrette sincèrement notre tentative avortée par ma faute. Si tel est ton désir, nous pouvons trouver une solution pour que je me rachète auprès de toi.

Sa voix s'était achevée sur du velours, sa proposition, tangible, dans l'espace. S'il avait des doutes quant à une réponse positive de la part de son patient, il lui laissait, au moins, une forme de choix. Pour autant qu'il ne se leurre pas. Fréquenter Noah serait frustrant. Car le sorcier était résolu à ne plus le laisser franchir une seule fois la carapace qu'il avait mis des siècles à perfectionner.
Le choix était sien, à présent. Un choix paradoxal, si on y pensait. Un choix que Noah se refusait à faire, compte tenu de la promesse qu'il avait faite à son apprenti.




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MessageSujet: Re: /!\ Eros contre Thanatos ▬ Mikkel /!\   Jeu 11 Jan - 18:13


« We try to run from our past, but the truth we cannot hide »


Noah & Mikkel
featuring
Elle est terriblement dure. Un gloussement m'avait échappé à la répartie de Noah qui me surprenait encore une fois par sa friponnerie. Ce mec paraissait si sérieux mais il cachait bien son jeu, ce qui était aussi inattendu qu'amusant. Son corps contre le mien me remplissait de frissons, sans que cela ne m'empêche de parler ou de me laisser aller à énoncer les moindres pensées qui traversaient mon crâne, comme autant d'hypothèses aussi farfelues que parfaitement plausibles. J'avais beau percevoir l'agacement dans sa voix, cela ne m'empêcha pas de poursuivre, jusqu'à sentir la poigne se refermer contre mes cheveux.

Est-ce que j'allais vraiment me transformer en chacal ce soir ? Je ne pouvais pas en être certain, mais avec toutes les histoires qu'on entendait sur les métamorphes, j'en savais assez pour déduire que des choses se passaient les nuits de pleine lune et nous y étions. Je ne pouvais quand même pas ignorer toutes les preuves qui s'alignaient devant mon nez depuis un mois, ni tous ces étranges cauchemars. Que ferait-il alors, si la réalité venait s'afficher juste devant son nez ? Retenant mon souffle, j'écoutai les murmures du sorcier contre mon oreille, ce mage noir mystérieux qui énonçait encore la possibilité de sa totale innocence, sans pour autant nier clairement mes affirmations. Ne sachant quoi en penser, je fermai les yeux, vibrant dans un soupir que je relâchai enfin sous ses coups de poignet, mon corps brûlant sous le sien. Pourtant, il se redressait déjà et mon cœur fit un sursaut tandis que je retournai vers lui un regard étincelant par dessus mon épaule. Une de mes hypothèse était correcte... ?

« Putain, quel enfoiré.»

Un juron que j'expulsais dans un grognement russe sous l'affront. Prend ça dans ta gueule Mikkel, ça t'apprendra à partager une douche avec le premier venu. Nan mais le râteau de la mort... L'eau qui ruisselait sur mon corps avait beau être toujours aussi délicieusement chaude, la froideur du ton de Noah avait néanmoins salement refroidit l'ambiance. Je me pinçai les lèvres dans une moue vexée, le cœur battant toujours aussi fort, pour regarder à nouveau le mur. Immobile et attentif à ses réactions, je m'efforçai d'analyser ses paroles, au delà de leur aspect si odieusement crapuleux. Noah n'avait pas l'air décidé à transformer la situation en bagarre, ses mains contre mon dos étaient toujours douces mais le ton de sa voix avait bien changé. Pas de colère mais une mélancolie des plus morne, ce qui était sans doute pire. Il parut totalement éteint quand il reprit et je me retournai pour le regarder se rincer avec incompréhension. Sérieux, il allait vraiment se casser ? Il me plantait là ? Il me repoussait après m'avoir craché qu'il voulait pas de moi ? Mais oui, bordel. Les yeux écarquillés, je le vis s'éponger posément et prendre la porte, avec la rigidité mortifère d'un homme-glaçon. Je le suivis d'un regard ébahi jusqu'à ce qu'il disparaisse de ma vue, sans m'avoir adressé le moindre regard.

« Hé attend, t'as oublié de tirer la chasse, j'suis toujours là ! Sans déconner. » Je ruminais d'un ton boudeur, sans réelle intention qu'il m'entende, avant de me résoudre à couper les robinets et sortir de cette foutue baignoire, sans cesser de marmonner. « Bah vas-y, prend ton tableau sous ta douche avec toi la prochaine fois, si ça te fait plus d'effet. Sale con. » Ramassant une serviette, je me rapprochai du miroir, essuyant d'un geste colérique la buée qui le recouvrait.  Il était fameusement grand ce miroir, bien plus que celui de ma propre salle de bain. « Ah ouais t'aimes être écrasé, ah ouais ? Génial. Et ça prétend être un homme. Mon cul. T'sais même pas ce que t'as perdu, débrouille toi avec ta main droite et tes fantasmes dans c'cas là. Le culot d'ce mec, j'te jure.» Ainsi, il m'était possible de me voir en entier dans ce fantastique miroir et cette perspective me délassa un tant soit peu, tandis que je m'essuyai, inspectant du même coup mes abdo que je sculptais si bien, jour après un jour. Un travail de longue haleine, l'air de rien. On les voyait quand même très bien, non ? Cool. Je les admirais un moment, faisant jouer mes muscles juste pour le plaisir des yeux avant de retrouver un sourire joueur. C'était pourtant évident que n'importe quel mec normalement constitué rêverait de m'avoir dans sa douche, un rêve inatteignable pour beaucoup. « Yeah. »

Mon humeur gaillarde et mon rictus insolent m'étaient déjà revenus. La serviette enroulée autour de ma taille, j'avais pris soin de refaire mes cheveux avant de traverser la mezzanine et offrir au passage un regard aux tableaux. Le soin avec lequel ils avaient été peints, encadrés et exposés me paraissait encore plus évident après la réaction si expressive de leur auteur. Le jeune homme aux yeux clairs semblait me regarder avec arrogance et je fronçai les sourcils songeusement. J'avais fait pas mal d'hypothèses sur lui mais une seule semblait être exacte, d'après les dires de Noah. S'il provenait très certainement du lointain passé de l'italien, j'ignorais s'il était lui aussi un sorcier ou même s'il était encore en vie. Me retournant vers l'encadrement de la porte qui menait à la chambre, j'aperçus Noah, assis sur le bord du lit, qui ôtait les mains de son visage pour découvrir ses yeux fermés. Passé l'agacement que ses mots m'avaient infligé, je réalisai soudain à quel point il semblait... triste. Profondément abattu. Ses mots, ses réactions, tout concordait à une claire évidence. Cet inconnu aux traits figés à l'huile, ce jeune italien aux vêtements si anciens, cet homme dont la simple évocation parvenait à assombrir l'humeur de Noah, et ce malgré toutes ces années... il lui avait brisé le cœur.

Je m'avançai en silence pour rejoindre la chambre, tandis que Noah s'adressait à moi. De lourds regrets transparaissaient dans ses paroles, pourtant toujours aussi froides et distantes comme tout le reste de son attitude, alors qu'il évitait même de me regarder. Si j'avais été sur le point de lui balancer quelques vacheries, je l'oubliai instantanément, marqué par l'inertie du sorcier. Je me grattai la joue songeusement, sans rien prononcer, avant de ramasser doucement mes fringues, éparpillées au bas du lit. Je ne me serais certainement jamais imaginé que mes hypothèses auraient ce genre d'effet sur Noah mais il semblait vide à présent. Le voir ainsi me privait de l'envie de rompre le silence, conscient d'avoir mis le doigt sur un élément des plus importants pour lui, j'étais partagé entre de vagues scrupules et une curiosité dévorante. Je l'observai du coin de l’œil, tout en me rhabillant, endossant sous-vêtements et pantalon, jusqu'à ce qu'il reprenne la parole, d'une voix toujours aussi désincarnée, comme privée d'élan vital. Je m'interrompis dans mes gestes pour lui offrir mon attention, sans que mon observation ne soit malveillante. Si j'aimais me foutre des gens, jamais la douleur ne m'avait parue drôle.

Nos regards se croisèrent et je saisis alors l'ancienneté dans le sien. Des yeux immenses qui reflétaient une expérience qui me dépassait de loin et me donnaient la sensation de n'être qu'un gamin ignare qui ne connaissait rien de la vie. Pourtant, loin de m'adresser le moindre reproche, il prenait l'entière responsabilité de ce qu'il appelait une erreur. Autant dire que je n'avais pas l'habitude de ce genre de réaction alors que je me serais plutôt attendu à recevoir une tonne d'insultes sur le coin de la poire. Le pessimisme qui teintait ses mots ne m'atteignait aucunement mais je n'en étais pas moins sensible pour autant à ce que cela induisait pour lui. Il évoquait l'impossibilité à m'offrir des réponses, comme s'il s'était lui-même résigné à ne jamais recevoir ce qu'il souhaitait vraiment. Comme s'il avait déjà vécu plusieurs fois de multiples déceptions ou frustrations assez graves. Bien-sûr, Noah ignorait qu'on ne décourageait pas Mikkel Ievseï aussi facilement. Le jour où je me résignerais, comme un brave petit, bien raisonnable et bien obéissant, il était à parier que les cochons voleraient. Pourtant, je réussis à me retenir de le lui assurer tout haut et je me contentai de secouer la tête. L'expression déconcertée sur mon visage avait laissé place à un léger sourire, un sourire apaisant, sans rien de vicelard ni de moqueur. Le sourire que j'offrais naturellement aux gosses malades à l’hôpital, rempli de cette chaleur sincère qui faisait partie de moi, sans que j'aie besoin de me construire un masque pour l'adopter.

Doucement, je fis quelques pas vers lui, jusqu'à me trouver à un pas du lit, toujours silencieux, le laissant parler sans l'interrompre. J'esquissai un haussement de sourcils lorsque sa voix devint plus veloutée, appréciant dans un soupir amusé sa proposition de se racheter. Ainsi, je l'attirais autant de corps que d'esprit ? Une part de moi n'y croyait pas vraiment et je ne recevais ses flatteries que comme de douces caresses, agréables sur le moment mais sans réelle profondeur. Je n'avais nul besoin d'être rassuré sur l'attrait que mon physique inspirait, je savais que j'étais à tomber. Quand à mon esprit, il était assez aiguisé pour distraire n'importe qui et permettre à ma compagnie de passer un charmant moment. Mais je n'étais qu'une distraction, passagère par essence et jamais sérieuse. Convaincu de cette état de faits, ça ne me gênait absolument pas, puisque ça me permettait également de rester superficiel avec tous les gens qui croisaient ma route, de près ou de loin. Mikkel serait une ombre fugace, prêt à disparaître à tout moment sur un simple coup de tête. Mikkel n'appartenait à personne.

Venant auprès de lui, je posai un genoux sur le matelas avant de m'y asseoir légèrement, le corps tourné vers lui, sans me départir de mon regard léger et toujours aussi joyeux. « Hey Noah... t'as fait aucune erreur en me laissant venir ici. » Le pétillement naturel de mes yeux était rempli de cet enthousiasme et de cet appétit de vivre qui faisaient disparaitre si vite les traces de mauvaise humeur que j'en oubliais systématiquement la moindre idée de rancune. « Faut pas que t'aies de regrets, tout est cool, mec, t'en fais pas. Moi je regrette rien en tous cas, c'est génial d'avoir pu voir toutes tes peintures, celles de ta chambre sont tellement magnifiques et puis j'aime surtout quand elles ont l'air de bouger comme tout à l'heure... » L'éclat de ma voix douce était franc et quand j'y repensais, j'observais à nouveau avec fascination les murs qui nous plongeaient dans une ambiance printanière et si paisible. En ce moment, Noah n'était pas un mec que je cherchais à manipuler, ce n'était pas un ennemi dont je me méfiais, ni une proie dont j'aurais voulu profiter. C'était juste un homme avec qui j'avais partagé des moments aussi délicieux que sincères, un amant au charme envoûtant auquel j'avais été sensible dès le premier regard. Un homme à qui je ne voulais aucun mal et pour qui ma compassion était chaude, comme le regard que je lui offrais, comme tout le reste de ma personnalité. Chaude, entière, passionnée, impulsive.

« ... et puis, faut avouer qu'on était mieux dans ton lit que sur la table de ta cuisine. » A ces derniers mots, je haussai les sourcils d'un air égrillard avant de retrouver une expression plus sérieuse, bien que toujours assortie d'un sourire léger. « Pas grave pour la came, j'suis pas revenu pour ça de toute façon. Et j'déconnais tout à l'heure, hein, j'vais pas tomber, j'ai l'habitude de me débrouiller sans soutien, t'inquiète. Par contre, tu peux être mon psy-pote, s'tu veux.» Je roulai des yeux dans un léger pouffement, tandis que je le sondai du regard, partagé entre la curiosité et mes réflexions. C'était assez impressionnant à quel point il se renfermait, allant jusqu'à tenter de reconstruire le cadre professionnel entre nous, même après que nous ayons été aussi proches physiquement. Ce mur de froideur qu'il érigeait autour de ses émotions et de son intimité était si visible qu'il exprimait à lui seul son extrême fragilité. Je remarquai par ses tentatives de rattrapage qu'il ne désirait pas réellement m'envoyer me faire foutre et qu'il n'était pas ce genre de mec à jeter ses amants aux chiottes après s'en être servi, comme un salaud sans cœur. Non, c'était pas ça. Un mec qui prenait la peine d'expliquer son comportement un tant soit peu et qui proposait des possibilités de rachat, surtout sans que je lui ai rien demandé, c'était un mec qui cherchait à me retenir. Parce que mes histoires de chacals l'intéressaient plus qu'il ne voulait bien le dire ? Peut-être. J'imaginais qu'il avait besoin que je le rassure et que tout allait bien entre nous, ce qui était le cas.

Doucement je posai ma main contre son épaule dans un geste chaleureux et sans équivoque lubrique, pour une fois. Le baiser que je posai contre ses lèvres fut délicat et presque chaste. Lui offrant un regard mutin, je changeai de position, m'asseyant en tailleur sur le lit, juste face à lui pour le dévisager durant quelques secondes avant de lui asséner avec le plus grand sérieux. « J'ai une idée de comment tu pourrais te racheter. » Je plissai des yeux, laissant passer un léger temps de silence pour ménager le suspens avant de poursuivre, dans un soupir exagérément alangui. Je lui laissai apercevoir mon profil, prenant la pose avant de poursuivre. « J'voudrais que tu me fasses mon portrait. Au crayon hein, genre à ce que t'as déjà fait, un truc que tu puisses me faire rapidement. Comme ça, j'pourrai l'afficher dans mon salon, j'suis sûr que mon père serait ravi » A moins que Roman l'utilise comme cible pour lancer des fléchettes dedans, les jours où je l'emmerderais de trop. Cette idée me fit pouffer un peu avant que je ne m’exhorte à retrouver mon sérieux. « Ça te parait faisable ? » Ce disant, j'effleurai ses côtes d'un léger pincement de doigts. Me laissant tomber dans le lit pour m'y allonger, je l'attirai auprès de moi, le tirant doucement par le bras avant de chercher son regard, laissant planer un moment de silence tandis que j'étudiais les tréfonds de ses iris vertes. Cédant à mon impulsivité naturelle, je lui exposai aussitôt les pensées qui me traversaient.

« J'avais pas prévu de t'asticoter sur tes secrets pour te plomber le moral, tu sais. J'suis désolé si je t'ai blessé, c'était pas mon intention. » Avec douceur, je retrouvais mes habitudes tactiles pour me lover contre lui et embrasser doucement son épaule avant de chuchoter, le visage enfoui contre son cou. « Je savais pas que tu prenais autant de soin à cacher tes souvenirs, enfin j'veux dire, j'pensais pas être un des seuls à être monté ici. » Retrouvant son regard, mon visage était très sérieux pendant que j'essayais de décrypter les émotions dissimulée au fond de ses yeux. Je haussai doucement les épaules, mes doigts papillonnant contre son flanc avant de laisser retomber ma tête contre lui pour m'étirer dans un léger bâillement. J'aurais pu m'endormir sans problème dans ce lit si confortable, avec Noah entre mes bras, douillettement installé dans la campagne italienne. Au dessus de nous, le ciel romain était bleu et parsemé de légers nuages mais au dehors, le soleil était couché et la lune ne tarderait pas à se lever. J'ignorais si je devais réellement m'inquiéter pour ça ou non, et je ne prenais pas garde à l'heure qu'il était.

Je méditais un moment, le bras replié derrière ma nuque, l'autre errant contre la peau de Noah. Diverses pensées m'effleuraient et retombaient, sans que je ne sache ce que je pourrais faire à présent. L'interrogatoire auquel je l'avais soumis m'avait dépassé, je devais bien l'admettre. Outre le fait que ça l'avait troublé, ça ne m'avait pas permis d'en savoir davantage sur les histoires de métamorphes. C'était bien pour cette raison que j'étais venu à la base, Noah était ma seule piste mais s'il n'était pas responsable de ce qui m'arrivait et que sa loyauté l'empêchait de me parler davantage de cette ombre mystérieuse dont je me souvenais comme d'un rêve, j'étais dans de sales draps. Au figuré bien entendu, car les draps de l'italien sentaient délicieusement bon. Me foutrait-il dehors si jamais je m'endormais là, l'air de rien ?

La tête trop pleine pour réussir à m'assoupir, je finis par énoncer ma pensée tout haut, tournant à nouveau mon regard vers lui. « Si tu préfères qu'on redescende, on peut y aller. Mais... » Je me retournai pour me poser sur le coté, lui offrant un regard scrutateur. « J'sais que c'est toi le psy mais j'pense pas que ce soit trop bon que tu t'enfermes tout seul avec tes souvenirs, surtout si ça te rend malheureux. T'imagines que t'as failli envoyer se faire foutre un beau gosse, désirable et extrêmement attirant, qui était à ta portée dans ta propre baignoire ? C'est criminel un gâchis pareil. » Ce rappel attira une moue scandalisée sur mon visage, que j'expulsai dans un claquement de langue. « Heureusement que je ne me vexe jamais. » Mes narines se dilatèrent légèrement avant de retrouver un sourire plus complaisant, le fixant pour poursuivre d'une voix suave. « Maintenant que j'en sais déjà un peu sur l'homme du portrait, tu pourrais en profiter pour me raconter tout le reste, tant que tu y es. Le plus gros est fait après tout. Sérieusement, j'sais ce que c'est que de perdre un être cher mais te renfermer sur ta douleur, c'est pas une bonne solution. »


Je lui offris une légère grimace, comme pour dédramatiser ces paroles un peu trop graves. Je venais de prendre une bonne douche, je me sentais frais et dispos ou tout du moins, j'aurais dû l'être. Pourtant, quelque chose n'allait pas et je n'aurais pu dire au juste ce que c'était. Un genre d'oppression étrange, comme une prémonition anxieuse que quelque chose de terrible allait se produire, sans que j'ai pour autant la moindre raison objective de le penser. Soumis à cet étrange malaise, aussi subit que désagréable, ma tête me tournait, comme si j'allais bientôt tomber dans les pommes et je luttai contre cette sinistre sensation en me rasseyant sur le lit. Je laissai Noah à ses réflexions tandis que je me penchai pour inspecter le dessous du lit, me demandant vaguement si le sorcier y dissimulait certains artifices de magie noire. Je n'aurais pas été si surpris de tomber nez à nez avec un pauvre gars transformé en crapaud mais en lieu de cela, je finis par découvrir mes bottes, que j'enfilai une à une, ainsi que ma chemise, passablement chiffonnée.

« Bon. » Bon quoi ? Je n'étais jamais malade et j'avais la chance de profiter d'une parfaite santé, du moins en dehors des gueules de bois ou autre descente de came. Mais je n'avais rien pris ces derniers temps. Peut-être bien que j'avais fini par chopper la crève, avec tous ces changements de temps, le monde était complètement détraqué depuis l'apocalypse... Je me raclai la gorge, ne sachant s'il ne vaudrait pas mieux que je rentre me coucher dans l'appart familial, tellement je me sentais mal foutu tout à coup. Une grippe foudroyante ? Manquait plus que ça. Pourtant, j'étais loin d'en avoir fini avec Noah et si j'avais obtenu quelques réponses, elles n'avaient fait que me mettre l'eau à la bouche. Le cherchant du regard, je m'astreignis à lui offrir un sourire, quoique un peu faiblard, reprenant d'une voix sereine. « Dis-moi, avec toutes tes relations, tu pourrais me dénicher un téléphone ? Ce serait plutôt pratique, si jamais t'avais envie de m'appeler. » Evidemment qu'il en aurait envie, comment pourrait-il se passer de moi ? Vu son rang dans la société, j'imaginais qu'il serait plus simple pour Noah que pour moi de se procurer ce genre d'objet, devenu proscrit par le gouvernement. En plus, s'il me le payait, j'aurais pas été contre. J'essayais de me redresser, sans réel succès, mes muscles me faisaient mal, ma nuque était terriblement tendue et j'y portai la main, la mâchoire contractée. Je maintenais néanmoins un ton assez léger, poursuivant sur ma lancée. « Compte pas sur moi pour t'obéir, j'vais pas me contenter de ta façade de psy et... j'ai bien l'intention de "chercher à voir au delà de ce que tu représentes." » Pour reprendre ses propres termes, j'avais emprunté un ton cérémonieux et guindé, imitant le psy pompeux, bien que ma voix soit affaiblie et un peu pâteuse. « Et pour ton soutien, okay je m'en passerai, merci pour rien, mais... pourtant... j'aurais aimé être rassuré... parce que ma famille... n'en peut rien de... » ma phrase fut interrompue par une pointe de douleur qui m'arracha un glapissement. Les joues livides, j'offris un regard épouvanté vers Noah.

Et puis la puissance de la douleur me terrassa. Elle était cinglante, elle venait de tous les cotés, elle me meurtrissait les bras, les jambes, le torse, le visage. Aucun endroit de mon corps n'était épargné. Je roulai sur le sol, incapable de supporter l'intensité de cette souffrance qui m'assaillait, comme si tous les os de mon corps se brisaient en même temps.

Empêtré sous les vêtements, le chacal ne voyait pas où il se trouvait. De ses griffes, il déchira le tissu pour s'en extraire et bondir dans la pièce, totalement affolé. La présence du sorcier le fit se raidir et il montra les crocs dans un grognement avant de faire volte face pour trouver une issue et fuir. Il passa la porte de la chambre, dévala les escaliers pour se retrouver dans le corridor principal. Son cœur battait la chamade et tous ses poils étaient hérissés de terreur. Il savait où se trouvait la porte qui permettrait de sortir de cette maison mais celle-ci était fermée et sous sa forme, il était incapable de l'ouvrir. Paniqué, il entreprit de griffer la porte, bataillant pour tenter de la pousser, de toutes ses forces.



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