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 Coming back to the Nest - Lazlo & Laura

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SUCKER FOR PAIN

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MessageSujet: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Ven 3 Juin - 22:57


« Coming back to the Nest»



Lazlo & Laura
featuring

Elle avance lentement, le regard tourné vers les cieux, une main en visière pour protéger ses yeux du soleil. Sa peau, claire et blanche, diaphane est brûlée par endroit, ses épaules, sa nuque et ses joues pèlent. Le soleil n'est pas clément par ici, certainement pas quand on marche des heures sans s'arrêter en plein cagnard, d'autant plus qu'à cette chaleur de plomb s'ajoute l'humidité ambiante ; l'odeur écœurante de la vase a nue et les moustiques. Ces enfants de Satan qui ne recule devant rien pour vous sucer le sang jusqu'à la moelle. Mais elle continue d'avancer, la ville apparaît de plus en plus proche et si elle ne s'arrête pas, elle devrait l'atteindre dans l'après-midi. La colombe continue d'avancer elle aussi. La colombe, tombée du ciel, l'oiseau lui avait littéralement sauvé la vie. Elle l'avait trouvée prise au piège d'un entrelacs de fils barbelés, les ailes et le poitrail lacérés par les petites aiguilles, alors qu'elle s'apprêtait à appeler les infectés pour qu'ils l'achèvent. Après tout à quoi bon continuer comme ça, quand elle ne se souvenait toujours pas de qui elle était après presque quatre ans. Quand tout ce qu'elle avait c'était des rêves, des rêves d'un amour qui n'avait pas de sens et qui n'existait probablement que dans son esprit détraqué. Elle avait tué un homme à cause de ce qu'elle était devenue. Richard et toute la bande du campement n'avait pas mérité ça. Il n'avait pas mérité la présence d'un monstre parmi eux. Et elle l'avait tué. Parce que c'est ce qu'elle était. Un monstre.  

Elle ne savait pas très bien ce qui l'avait attiré vers l'oiseau, peut-être la blancheur immaculée de ses ailes qui avaient semblé luire de leur propre lumière quand le soleil avait tapé dessus. Peut-être ces pépiements légers, assourdit par la fatigue de s'être tant débattue. Le fait qu'elle avait d'abord voulut lui pincer les doigts quand elle avait essayé de la libérer, ou encore cette étincelle d'intelligence dans le regard de l'oiseau quand elle avait compris ce qu'il se passait. Elle lui avait donné à boire, à manger, avait nettoyé ses plaies pour s'apercevoir qu'elles étaient superficielles. Elle avait mis deux ou trois jours à la retaper suffisamment pour qu'elle puisse à nouveau s'envoler. Et quand elle avait découvert sur la patte de l'oiseau, une petite bague dans laquelle était roulé un message, elle avait compris que l'oiseau n'était pas sauvage. Elle avait déroulé le papier, lu le seul et unique mot qui y était écrit et il lui avait fallu un instant pour reprendre contenance. « Janus », le nom avait résonné plus comme un souvenir que comme une découverte.

Elle ne savait pas à qui il correspondait. Ami ou ennemi, peu lui importait, si cette personne la connaissait, savait qui elle avait été avant de s'oublier. S'il possédait ne serait-ce que quelques informations sur qui elle était, ce serait déjà énorme. Elle en savait tellement peu sur elle-même, les souvenirs remontaient par vagues depuis qu'elle avait commencé à récupérer sa mémoire, mais les vagues se faisaient de moins en moins nombreuses et de plus en plus pauvres en informations. Elle désespérait de plus en plus de se retrouver. Mais la colombe lui apportait l'espoir dont elle avait besoin. Celui que peut-être quelqu'un qu'elle connaissait la cherchait. Après plusieurs heures de marche laborieuse sous une chaleur accablante, elle finit par s'asseoir à quelques centaines de mètres de la ville. Il lui restait peut-être encore un kilomètre avant d'atteindre les barricades qui entourent la ville. Elle se rappelle clairement que Richard lui a déconseillé d'essayer de re-rentrer par les check points, au vu de ce qu'elle est devenue. Alors, elle fouille dans sa mémoire et se souvient d'un nom à qui elle est censé donné tout l'argent qu'elle a dans son petit sac si elle veut rentrer.

Après quelques péripéties, la voilà de nouveau, après quatre ans d'absences dans une Nouvelle-Orléans qui ravivent quelques souvenirs. L'odeur des acras de morue qui aurait fait gargouiller son estomac si elle en avait encore la capacité, ou bien celle ténue et légère d'une fleur dont elle ne se souvient plus le nom mais qui lui sert le cœur et qui manque de lui couper le souffle, tant elle ressent la perte d'un être dont elle est incapable de se souvenir. Elle s'arrête quelques instants, étourdie par tout ce bruit, toutes ces odeurs dont elle a été privée pendant si longtemps et qui l'assaillent de partout. Son cerveau et son corps ne sont pas près a encaissé un tel jaillissement de vie. Elle avance à petit pas, lâchant la colombe des yeux pour observer ce qui se passe autour d'elle. Elle remarque également les regards dégoûtés qu'on pose sur elle. Alors, elle prend conscience de sa crasse, du fait qu'elle doit sentir le bouc, que ses cheveux sont gras et que ses vêtements tiendraient probablement debout si elle les retirait maintenant. Elle s'enveloppe dans ses bras, mal-à-l'aise devant tous ces gens bien trop propres, bien trop vivant pour elle. Alors, elle se réfugie dans une ruelle, avant d'appuyer son dos contre le mur et de se laisser glisser jusqu'au sol. Elle entoure ses genoux de ses bras et laisse aller les larmes. Elle n'est pas foncièrement triste, c'est juste un trop plein d'émotion qu'elle doit évacuer d'une façon ou d'une autre. Cet endroit, cette ville ressemble à ce qui pourrait être une maison, mais elle ne s'y sent pourtant pas à sa place. Elle sent bien que quelque part en elle, cet endroit réveil quelque chose. Mais ce petit quelque chose n'est pas suffisant pour qu'elle se sente à la maison.

Elle redresse la tête quand elle entend un roucoulement qu'elle a appris à reconnaître en trois jours. La colombe sautille sur le sol devant elle. Sa petite tête blanche, penchée sur le côté, son regard intelligent braqué sur Laura. Elle s'approche et lui pousse la main d'un petit coup de tête en continuant à roucouler doucement. Alors, elle inspire un grand coup, frotte son nez et ses yeux humides sur le tissu de son pantalon et se lève. Parce que si cet animal l'attend avec autant d'intelligence il y a fort à parier que son maître doit savoir certaines choses. Elle ressort de la ruelle et le soleil lui brûle les yeux mais elle relève la tête et remet sa main en visière pour suivre des yeux la colombe qui poursuit son voyage vers son domicile. Elle l'emmène des quartiers vivants et chics à ceux beaucoup plus inquiétant du nord de la ville et Laura commence à avancer à pas plus lent, tandis que l'oiseau s'élance avec plus de rapidité, vers ce qui semble être son chez elle. Elle déglutit plusieurs, peu sûre d'elle, a l'idée de rentrer dans l'immeuble décrépis ou l'oiseau semble s'être posé sur le toit. Il fait frais dans l'immeuble comparativement à l'étuve qui règne dehors. Il se dégage un sentiment profond de mélancolie du bâtiment. Un ancien entrepôt, qui a été rénové et transformé en immeuble d'habitation. Le côté brut des murs de briques à quelque chose de rassurant malgré la pénombre. Elle pose sa main à plat sur le mur, cherchant une sensation quelconque, pouvant faire remonter un souvenir. Mais rien ne vient. Alors, elle ressort dans l'espoir que l'oiseau soit revenu pour lui montrer le chemin. Et c'est le cas, elle est posée sur le pas de la porte et elle pépie en sautillant vers un escalier de secours, qui semble à la fois branlant et rouillé, ce qui n'a rien de bien rassurant. Mais après tout, elle a suivi l'oiseau jusque-là, autant la suivre jusqu'au bout. Alors, elle pose sa main sur la rampe de l'escalier et elle sait qu'elle l'a déjà emprunté. Elle monte, le cœur tambourinant avec l’espoir fou, que peut-être, peut-être en haut de ses escaliers, elle trouvera les yeux qui hantent ses rêves depuis qu’elle commence a retrouvé la mémoire.

Sa tête atteint le dessus du toit et elle ouvre des yeux surpris quand elle aperçoit ce qui ressemble à une volière. Une volière faite main clairement, mais une volière qui grouille de pigeon. Et dans la mangeoire, elle retrouve « sa » colombe en train de se remplir allègrement l'estomac. Elle marche à petit pas avant de voir la trappe dans le sol. Elle lance d'une voix éraillée de ne pas avoir parlé depuis longtemps : « Il y a quelqu'un ? J'ai suivi votre oiseau jusqu'ici ? » Mais personne ne lui répond mis à part la colombe qui vient se poser doucement sur son épaule en roucoulant. Alors, elle prend son courage à deux mains et elle descend doucement dans ce qui semble être un appartement. Les murs en brique nues sont recouverts de graffitis en tout genre, il y a des tapis de récup au sol et des fauteuils tous plus défoncé les uns que les autres. Il se dégage une odeur mélangée de tabac, d'herbe et de mélange de graine pour oiseaux. Intriguant, mais pas forcément désagréable. Elle avance doucement jusqu'à ce qu'elle le voit de dos. Elle ne peut pas retenir le petit soupir de déception qui s'échappe de ses lèvres mais s'empresse de parler avant qu'il n'ouvre la bouche. « Je suis désolée, d'être entré chez vous sans permission. » Elle lève les mains dans un mouvement apaisant. « Je… Votre oiseau… Je l'ai trouvé, dehors… de... de l'autre côté du mur et elle... Elle m'a guidée ici et j'ai reconnu le nom sur le papier. » Elle le sort de sa poche, doucement, la main tremblante. « Il y a marqué Janus dessus… Je sais que je connais le nom et je crois reconnaître votre visage… Je suis désolée… Je m'appelle Laura et… » elle se bat pour retenir les sanglots qui manquent de percer dans sa voix, elle déglutit à plusieurs reprises, se redresse et s'éclaircit la gorge. « Je m'appelle Laura et je ne sais pas qui je suis… Mais je pense que vous pouvez m'aider à me retrouver… N'est-ce pas ? »




(♥)

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MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Dim 12 Juin - 2:07


La chaleur était accablante, comme d'habitude, sur la Nouvelle Orléans. Une chaleur moite qui vous collait à la peau comme une amante invasive et qui, comme l'allégorie, n'était pas prête à vous lâcher où que vous alliez. Une chaleur qui collait au reste de la journée, qui tapait sur le système des citadins, qui poussait ses petits protégés à plumes à battre fébrilement des ailes dans des roucoulements outrés. Parce qu'ils crevaient tout autant de chaud que leur maître, les pauvres. Alors Lazlo avait eu pitié d'eux, même des plus idiots du lot, ceux qui partiraient malgré leur avis à l'abattage. Au terme d'un effort qualifiable de surhumain, il avait réussi à faire monter une bassine remplie à ras bord d'eau fraîche sur le toit. Au début, il avait pensé à la faire passer par la trappe d'accès, dans son appartement. Mais après avoir réussi à renverser une partie du liquide sur sa propre personne, il avait fini par considérer la tâche comme vraiment trop périlleuse et avait du se résoudre à non seulement remplir à nouveau la bassine, passer un grand coup de serpillère, et tenter l'expérience une nouvelle fois par l'escalier de secours sur lequel donnait une de ses fenêtres.
Et ça, c'était déjà moins stupide. Même s'il appréciait la fraîcheur prodiguée par cette douche improvisée, et ses vêtements saturés d'eau, eux aussi.

Finalement, il avait réussi à se contorsionner jusqu'à l'escalier branlant en métal, encore ruisselant d'eau, la clé d'accès dans la poche arrière de son jean. La bassine serrée contre son abdomen, il s'était tordu une nouvelle fois pour attraper cette maudite clé qu'il aurait dû garder dans sa main afin d'ouvrir le petit portail d'accès au toit. S'y engouffrant une fois ouvert, il prit son parti pour ne le refermer à clé que quand il l'aurait décidé. Plus tard. Ce n'était pas comme si beaucoup de personnes empruntaient ce chemin pour accéder à son appartement, de toutes façons.
Ses pensionnaires poussèrent des roucoulements courroucés en l'apercevant ainsi chargé, lorsqu'il passa la porte de la volière. La majorité s'était agglutinée dans les petites cabanes de fortunes que Lazlo avait bricolées, et si la tôle leur prodiguait un peu d'ombre, il faisait tout de même diablement chaud sur ce toit. La bassine lourdement posée sur le sol, l'éleveur entreprit de déblayer un peu le terrain en repoussant les mangeoires, et tira le bac d'eau jusqu'au centre de la volière. Le résultat ne se fit pas attendre. Sans se soucier de lui, ni même de sa position sur leur trajet, les volatiles se ruèrent sur la baignoire improvisée. Malgré qu'il se soit pris quelques claques ailées au passage, Lazlo éclata de rire devant leur empressement comme toute l'eau qu'ils déversaient sur ses tongs. Si la vie avait son lot d'emmerdes, ses pigeons, eux, savaient comment le faire rire. Comme quoi devenir dresseur avait été la meilleure reconversion de sa vie.

Trempé comme une éponge, il profita du vent de fraîcheur provoqué par tous les claquements d'ailes de ses congénères pour arranger un peu la volière. Une fois cela fait, il recompta ses oiseaux. Il en manquait deux à l'appel, partis en missions quelques jours plus tôt. Trois. Il en manquait trois. Dita, la colombe blanche, n'était toujours pas revenue sur son perchoir attitré. Fixant toujours la place désespérément vide, Lazlo s'adossa à un des murs de fortune de la volière en poussant un soupir. Elle était partie en reconnaissance à l'extérieur de Nola, trouver un des indicateurs externes de Mohini, lui apporter un message codé indiquant de prendre contact avec lui et revenir aussitôt. Sauf qu'elle était partie depuis une bonne semaine et n'était toujours pas revenue. L'inquiétude croissait jour après jour, et pourtant, son perchoir restait obstinément vide.

Il conserva sa place contre le mur de briques frais encore quelques longues minutes, son regard se perdant vaguement dans les ablutions de ses emplumés. Si Alistair lui avait proposé son aide, quand bien même leur relation professionnelle devait rester secrète, il se voyait difficilement aller l'interrompre dans son boulot pour lui demander d'enquêter sur la disparition de sa colombe. Mikkel comme à son habitude ne donnait pas de signe de vie, Kayiman parlait comme un sphinx, et Garret étant Garret, il était fort à parier qu'il soit en train de broyer du noir en crachant intérieurement sur le reste de l'humanité. Tout le monde était suffisamment préoccupé par la vie pour se soucier d'une colombe perdue, toute aussi intelligente soit-elle. Lazlo devait s'y résoudre. Sa passion le perdrait, un jour.

Il finit par s'arracher à sa contemplation et quitta la volière à petits pas encore  trempés, refermant la porte avec précaution. Un jour, Dita, reviendrait. Il l'espérait sincèrement. Non... Il en était persuadé. Une conviction qui suffit à lui donner suffisamment de baume au coeur pour rejoindre la petite trappe qui menait à son appartement, y revenir, et se débarrasser de ses vêtements encore engorgés d'eau. Un petit tour du quartier s'imposait, elle ne pouvait pas être loin.
Si perdu dans ses pensées, Lazlo n'entendit même pas la trappe s'ouvrir une nouvelle fois derrière lui. Il passait sa main dans ses cheveux trempés et se penchait pour rassembler ses vêtements en boule quand il entendit une voix derrière lui. Surpris, il sursauta et se retourna aussi sec, les sens en alerte et prêt à en coller une à l'intrus. Se. L'intruse.
Une femme se tenait devant lui, la voix tremblante, l'air misérable. Couverte de crasse de la tête aux pieds, il s'en dégageait une odeur terreuse de poussière, de sang séché, mêlée à celle de la sueur. Depuis combien de temps cette bonne-femme n'avait pas vu de douche ? Il n'en avait aucune idée. Mais sa voix rauque lui disait quelque chose. Mais ses yeux bleus lumineux, malgré son apparence générale, lui disaient quelque chose...
...
...
...
... Laura ? Impossible.

Et pourtant, ses yeux, cette expression. Pas sa voix, non, trop rocailleuse pour ressembler à celle, féline, de son amie. Mais ces yeux... Lazlo déglutit lentement, le temps de laisser l'information atteindre son cerveau humide. Le temps de recueillir le bout de papier entre ses doigts, et attester qu'il y a bien un message codé suivi de la mention Janus. Un message dont il ne reconnaît pas l'écriture, tacheté de gouttelettes de sang, si petit qu'il ne pouvait pas avoir été porté par ses plus vaillants pensionnaires. Dita. La femme avait suivi sa colombe. Mais comment aurait-elle pu connaître le prénom de Laura, si elle était effectivement une tierce personne qui aurait flairé l'occasion pour s'offrir quelques moments de détente dans un appartement pas trop miteux ? C'était impossible.
Impossible parce que Laura avait disparu quatre ans plus tôt, et il n'en avait plus parlé, sinon avec une poignée d'élus triés sur le volet. Mohini, Alistair, et Mikkel, dont la réaction à ce prénom avait vite fait comprendre à Lazlo que le sujet était plus qu'épineux.

Ce furent les sanglots de la femme qui achevèrent de le convaincre. Une douleur pareille, des mots pareils ne pouvaient pas avoir été feints. Impossible. Et s'il n'était pas sûr qu'elle soit effectivement Laura il pouvait au moins lui accorder le bénéfice du doute.

-Shhhh c'est bon, calme-toi, t'es tranquille ici... Je te crois.

Il tendit le bras pour attraper un rouleau de sopalin qui traînait sur son comptoir et en détacha quelques feuilles qu'il humidifia aussitôt, mais lui tendit toutefois, rompant la distance qui les séparait à pas feutrés. Son cœur battait la chamade. Et si cette personne était bel et bien Laura ? Quand bien même il prétendait la croire, et même s'il n'en était pas sûr, il venait d'avancer une opinion. Il était temps de l'assumer. Alors, attendant qu'elle ait fini de s'épancher, il posa ses mains sur ses épaules menues, scrutant son visage pour s'assurer de la ressemblance.
Elle était frappante.
Un électrochoc dévala son échine en même temps que son coeur manquait un battement. Malgré la crasse, il était évident que la pauvresse ne mentait pas. Ces traits droits, presque nobles, c'étaient les siens. Elle était amoindrie, amaigrie, ses cheveux étaient noircis par la crasse et elle sentait le bouc, mais c'était bien elle.

-Putain c'est incroyable, c'est vraiment toi, avec 3kg de saleté en plus mais c'est vraiment, vraiment toi !

Une vague de fébrilité secoua tout son corps alors qu'il mettait des mots sur ce qu'il pensait. Une vague d'excitation et de soulagement si intense qu'elle força un éclat de rire dans sa gorge, alors qu'il passait ses mains humides sur le visage de la revenante. Ses doigts laissèrent un sillon dans la crasse, relevèrent ses cheveux assombris par le manque d'hygiène. Mais là, les cheveux tirés en arrière, le doute n'était vraiment plus permis.

-Je crois que j'ai trop abusé du chichon là, j'hallucine. Putain, quatre ans que t'as disparu, Laura, quatre ans. Et t'es là. Devant moi. C'est juste pas possible, j'suis en pleine hallu...

Sans même se préoccuper de son odeur, il la serra spontanément dans ses bras. La joie, le soulagement, la délivrance cognaient dans son crâne, ramollissaient ses jambes, mais il la tint fermement serrée contre lui. Parce qu'il était heureux, si heureux qu'il aurait pu hurler.
Quelques longues minutes se passèrent avant qu'il ne réalise la portée de ses gestes, ou même qu'ils puissent déranger son amie. Alors il la relâcha, à contre-coeur, et marqua un pas en arrière. L'odeur de Laura resta vissée à son corps comme une huître à son rocher, et pourtant il n'en avait cure. Elle était revenue. Mais surtout elle était vivante.

-Pardon je... Je sais pas quoi dire en fait. Tu m'avais toujours promis que toi aussi t'arriverais à me faire taire, eh bien voilà, bravo. T'as réussi.

Il passa une main dans ses cheveux, gêné, sans toutefois être capable de se départir de ce sourire qui lui tirait sur les joues tellement il était grand. Tellement il traduisait vainement le bonheur qu'il ressentait sur le moment.

-J'en reviens pas que t'aies suivi ma colombe pour arriver direct ici... C'est fou. Mon Dieu. Quatre ans. Je te croyais morte, mais t'es là, devant moi. Et je t'ai touchée, je veux dire, t'es bien vivante. L'hallu.

S'il savait qu'il pouvait continuer à s'épandre comme ça pendant des heures, il fut vite rattrapé par la réalité de la condition de son amie. Ses traits étaient tirés, ses yeux cernés, ses lèvres complètement déshydratées. Elle était sale, son odeur était abominable, et il était prêt à parier que si elle sortait de ses vêtements ils tiendraient debout d'eux-mêmes. Les mains de l'éleveur se posèrent à nouveau sur les épaules de son amie, alors qu'il tentait de canaliser toutes les sensations qui filaient dans tout son corps.

-T'as l'air d'avoir été en Enfer et de t'en être enfuie, là. T'as besoin de quelque chose ? De quoi boire ? De quoi manger ? Une douche peut-être ? J'ai peut-être des réponses à tes questions, on a tout notre temps maintenant. Maintenant que t'es de retour à la maison.

Une de ses maisons, peut-être aurait-il dû le préciser. Si elle disait vrai, si elle avait réellement perdu la mémoire, peut-être ne se souvenait-elle pas de tout. Peut-être ne se souvenait-elle pas de l'essentiel, d'où elle venait, de ce qu'elle était. Qu'elle était l'étendue de son amnésie ? Lazlo pouvait répondre à certaines de ses questions, de ce dont il se souvenait lui-même. Mais probablement pas tout.
Quand bien même, cette nouvelle réalisation n'assombrit en rien cette joie démentielle qui secouait chaque particule de son corps.


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MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Dim 21 Aoû - 15:38

Tandis qu'il l'observe, elle dérive, elle cherche dans sa mémoire pleine de trou. Un souvenir, quelque chose n'importe quoi. Elle cherche qui il a pu être pour elle. Elle fixe les yeux clairs, la barbe broussailleuse, les cheveux longs, il a l'air doux et gentil. Elle laisse les larmes ruisseler sur ses joues. L'homme face à elle n'est définitivement pas celui qui hante ses songes. Et malgré la joie d'avoir trouvé quelqu'un qui semble la connaitre, la déception de ne pas se retrouver face au visage qu'elle attendait lui brise le cœur. Le doute laisse peu à peu place à la surprise puis à la joie sur le visage de Janus. Quand il finit par lui annoncer qu'il la croit, elle se met à trembler, le corps secouer de sanglots, la gorge serrée et douloureuse quand elle essaie d'avaler sa salive. Il y a trop longtemps que quelqu'un n'a pas eu une parole agréable pour elle. Elle attrape du bout de ses doigts sales et tremblant le papier humide qu'il lui tend. Elle essaie vainement d'essuyer son nez et ses joues ruisselante de larmes mêlées à la crasse incruster sur son visage. Et quand il pose sa main sur son épaule les larmes coulent de plus belle.

Tellement longtemps qu'on ne l'a pas touchée, tellement longtemps qu'elle se bat contre elle, les infectés, les créatures qui vivent dehors. Elle tente un sourire contrit quand il parle de la crasse qui la recouvre, consciente qu'elle doit faire peur et que son odeur doit suffire à repousser un troupeau de putois. Mais il ne semble pas s'en formaliser outre mesure quand il passe les mains sur son visage et qu'il repousse ses cheveux en arrière. Les larmes se tarissent peu à peu et elle inspire un grand coup par la bouche pour se calmer tandis qu'il continue à laisser ses mains courir sur son visage laissant des sillons plus clairs dans la couche de poussière qui recouvre son visage. Elle fixe son visage avec attention et elle récupère des sensations. Si elle est incapable de se souvenir d'évènement précis, certaines choses ne s'efface pas comme les souvenirs. Elle se souvient, elle lui faisait confiance, une confiance aveugle. Et il l'a faisait rire. Beaucoup. Quand il l'attrape pour la serrer contre lui, il lui coupe le souffle. Elle a le nez contre son épaule et il porte la même odeur que son appartement, mêler à une légère odeur de transpiration masculine pas vraiment désagréable. Un souvenir l'assaille, une autre épaule, une autre odeur, cigarette froide et un déodorant à l'odeur rassurante, une voix grave et douce et la sensation d'une bouche fraiche qui embrasse sa tempe. Il lui faut une bonne minute pour réagir comme un être humain normalement constitué et elle lève les bras pour le serrer à son tour contre elle. Et c'est la chose la plus agréable qu'il lui soit arrivé depuis qu'elle s'est perdue. Elle pousse un long soupir, le corps tremblant, les larmes recommençant à perler au coin de ses yeux. Elle renifle un peu et chuchote la voix brisée : « Je suis de retour… ». C'est réellement plus pour elle-même que pour lui qu'elle dit cette phrase. Bien qu'elle ne sache toujours pas ce qu'elle a perdu ici, elle sait qu'elle est rentrée là où elle doit se trouver.

Il la lâche et elle le fixe droit dans les yeux et son visage exprime la joie la plus pure qu'elle n'est probablement jamais vue. Elle ne peut s'empêcher de répondre à ce sourire gigantesque qui déforme presque le visage de son ami. Elle se racle la gorge et avant qu'elle n'ait pu parler il lui propose tour à tour à boire, à manger et une douche. Les derniers mots ravivent les souvenirs lointains de la dernière fois où elle a pu se laver dans autre chose qu'une mare et son regard s'illumine. Elle toussote pour dégager sa gorge avant de se souvenir de ce qu'elle est. Elle a réussi à se nourrir deux jours plus tôt sur un pauvre gars qui traînait hors des murs. Elle n'a plus besoin ni de manger, ni de boire… Elle est un monstre, comment annoncer ça à quelqu'un qui semble connaître celle qu'elle était avant de devenir une créature assoiffée de l'âme de ses semblables ? Elle gratte une croute sur son avant-bras, l'air perdu, avant de se décider à ouvrir la bouche. « Hm… Honnêtement, j'ai mangé en arrivant… Quelqu'un a eu pitié de moi et m'a donné un sandwich… » Elle laisse échapper un petit rire faux avant de croiser les mains devant elle. « Par contre… La douche… » Elle se gratte à nouveau le bras. « Je dirais vraiment, vraiment pas non… Mais… J'veux pas te priver de quoique ce soit… » Elle ne peut s'empêcher de sourire quand il l'engueule presque avant de la diriger vers la salle de bain.

Il ferme la porte derrière elle et elle se laisse glisser au sol. Tout va trop vite, elle pensait effectivement rencontrer quelqu'un qui la connaissait, mais pas quelqu'un qui réagirait comme ça. Janus semble si heureux de la retrouver, s'en est perturbant. Personne ne l'a cherché quand elle a disparu, elle s'est retrouvée seule à devoir se débrouiller avec elle-même, hors des murs de la ville. Elle pensait que personne ne se souviendrait d'elle. Elle se secoue intérieurement et se lève. Quand elle croise son reflet dans le miroir de la salle de bain, elle ne peut s'empêcher d'avoir un sursaut de dégoût. Elle est littéralement repoussante. Elle se défait de ses frusques avant de se rendre compte que Janus lui a passé ce qui semble être un t-shirt et un caleçon d'homme. Au moins elle n'aura pas à remettre ses frusques tout de suite. Elle les lave rapidement à l'eau froide dans le lavabo. Elle rentre dans la cabine de douche et tourne le robinet vers l'eau chaude. Le contact de l'eau sur sa peau lui arrache un grognement de plaisir. Il y a bien longtemps qu'elle n'a pas pu profiter d'une douche chaude. Elle laisse l'eau ruisseler sur ses cheveux et regarde l'eau à ses pieds prendre une teinte brune. Elle tourne la tête et attrape la bouteille de shampoing de Janus. Peu importe que ce soit un parfum masculin, la sensation de la mousse sur son crâne lui arracherait presque des gémissements de plaisir et elle se lave les cheveux deux fois, jusqu'à ce que l'eau qui coule de sa tête soit aussi clair que celle qui sort du pommeau de douche. Elle lave ensuite son corps, en profitant pour masser ses membres douloureux. Elle laisse l'eau couler sur son visage et elle pleure encore un peu. La fatigue se fait durement ressentir et ses larmes sont libératrices. Fini la course folle à travers les marais, fini la peur constante de se faire attaquer, elle devra toujours se méfier d'elle-même, mais au moins, ici elle est en sécurité. Elle frotte ses yeux et arrête l'eau. Elle reste debout quelques minutes au milieu du bac de douche, les goutes glissant sur sa peau nouvellement propre. Quand elle se décide à sortir, elle croise son visage dans le miroir de la salle de bain et elle s'observe quelques minutes.

Comment peut-elle avoir gardé le même visage, quand elle ne sait plus qui elle est. Quand un monstre a pris la place de la femme qu'elle était. Quand tous ses souvenirs ont disparu. Elle caresse doucement sa joue, avant de passer les doigts dans ses cheveux pour essayer d'en défaire une partie des nœuds mais c'est peine perdu. Il lui faudrait une brosse ou un peigne et elle ne veut pas encore demander à Janus de lui prêter quelque chose. Elle se sèche rapidement et enfile le t-shirt trop grand et le caleçon. Elle sort doucement de la salle de bain et regarde Janus qui vaque à ses occupations dans le salon. Elle va s'asseoir sur le canapé au centre du salon et le regarde quelques secondes avant qu'il ne s'approche et ne s'assoit sur le canapé près d'elle. Elle lui sourit du mieux qu'elle peut, encore peut habituer au mouvement qui étire ses joues. « Merci… Je t'ai piqué du gel douche et du shampoing. J'suppose que j'ressemble plus à quelques choses maintenant non ? » Elle laisse échapper un petit rire et ce son la surprend. Il y a tellement longtemps qu'elle n'a pas ri. Elle avale sa salive plusieurs fois. Elle ne se sent pas prête à annoncer comme ça ce qu'elle est. Elle a besoin qu'il réponde à ses questions et si l'annonce de sa nature le fait flipper, il pourrait probablement la laisser seule. Alors, elle pose des questions. « Bon… Je ne me souviens pas de toi, je sais juste que je te faisais… fait ? Confiance et ça me suffit pour le moment… Mais si tu te souviens de moi, j'ai besoin que tu m'éclaires. Je sais que je m'appelle Laura. » Elle réfléchit quelques secondes. « Et… c'est à peu près tout. Comment on s'est rencontré ? D'où je viens ? Est-ce que j'ai une famille ? Est-ce que des gens m'ont cherché ? Est-ce que tu sais ce qui s'est passé pour que je perde la mémoire ? Qu'est-ce qu'il s'est passé depuis que je suis « partie » ? » Elle mime les guillemets avec ses doigts et prend une grande inspiration. Elle rougit brusquement, elle n'avait pas l'intention de parler autant et aussi vite. Elle baisse les yeux sur ses mains et triture ses ongles nouvellement propre en mordillant sa lèvre inférieure. Les sourcils froncés, elle lutte pour ne pas l’assaillir des milles autres questions qu’elle a à poser.

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MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Lun 31 Oct - 15:53

Elle était de retour. Elle était de retour. Quatre années s'étaient écoulées, quatre longues années à porter ce poids sur ses épaules, quatre interminables années où tant de choses s'étaient passées qu'il n'aurait même pas su par quoi commencer pour le lui expliquer. Quatre années qu'il avait lui-même passées à chercher sa trace, en vain, dans chaque ruelle, dans chaque bas-fond de cette satanée ville.
Quatre années d'une culpabilité sans précédent, monumentale, qui le rongeait continuellement. Celle de l'avoir laissée ce soir funeste, sur le pallier d'une porte, inconsciente et seule. Il aurait dû rester avec elle. Il le savait pertinemment. Mais le danger avait été trop présent. Le danger s'était personnifié, avait frappé au hasard, lui avait arraché et Mikkel, et Laura. Une blessure qui était restée vive, profonde, et partiellement ouverte pendant quatre longues années. Parce que si Mikkel était sorti de prison, changé, mais bien vivant, Laura, elle, n'avait jamais refait surface.

Le manque. Une disparition ne vaut pas des retrouvailles réelles. Une disparition ne vaut pas un enterrement en bonne et due forme. Une disparition, c'est une illusion, une phrase en suspension dans l'air qui a beau avoir un début, n'a toutefois pas de fin. C'était Laura. Elle était là, puis, d'un coup, elle ne l'avait plus été. Il n'avait plus entendu son rire, il n'avait plus pu l'observer du coin de l'oeil, un sourire au creux des lèvres, avec cette forme d'admiration secrète qu'il avait toujours éprouvée pour elle. Quelques heures tout au plus qui avaient suffi pour lui arracher l'une des personnes les plus chères de son entourage, cette femme superbe tant d'âme que de corps, à la voix claire et aux idées lumineuses. Et s'il lui était quelques fois arrivé de se faire prendre au piège, de croire reconnaître une blonde au port droit, noble, il s'était tout le temps planté. Pendant quatre ans.
Un bel ami de merde.

En quelques minutes à peine, l'accord avait été scellé. Lazlo l'avait guidée jusqu'à sa salle de bain, lui avait apporté du linge de rechange de tout poil, et lui avait laissé pleine jouissance de son ballon d'eau chaude. Pour respecter son intimité, il s'était installé d'office dans sa cuisine américaine, à l'autre extrémité de l'appartement. Sans même s'en rendre compte, ses pas l'avaient poussé à s'éloigner autant que possible pour elle, à lui aménager le plus d'espace que possible pour qu'elle puisse évoluer à sa guise. Qu'elle retrouve et ses repères, et ses habitudes. Peut-être aussi pour ne pas avoir à assumer pleinement la portée de ses propres actes.
Parce que l'odeur qui restait accrochée à ses vêtements était rance, tenace. L'état dans lequel elle se trouvait était bien pire que tout ce qu'il aurait voulu imaginer la concernant. Et la réalité revint le frapper en plein visage. Tout était de sa faute. La crasse, la maigreur, la déshydratation. La perte de ses repères, l'errance, la faiblesse. Qu'avait-elle vécu pour en arriver à ressembler à ça ? Qu'avait-elle traversé comme horreurs pour arriver comme elle l'était ? Et c'était sa faute.
Entièrement, pleinement sa faute. Son coeur se serra dans sa poitrine alors que, la joie de l'avoir retrouvée estompée, il se remémorait les derniers moments où il l'avait vue. La culpabilité courbant son échine, il s'accouda au comptoir de bric et de broc, glissant ses mains sur son visage.
C'était sa faute, oui. Tout était de sa faute. Et s'il ignorait tout de la façon dont elle avait vécu ces quatre années, il savait, au fond de lui, qu'elle avait toutes les raisons du monde de lui en vouloir, en sortant de la salle de bain. Un tremblement, un nouveau, le poussant à glisser son visage dans le creux de ses mains. Son coeur s'emballait alors que le reste de son corps devenait cotonneux. Alors qu'il pouvait sentir le malaise monter, immuable, imminent. Non. Non.
Non, il était heureux. Il était heureux de la retrouver, se dit-il, comme un mantra, comme une pantomime grotesque pour garder les pieds sur terre. Non, il ne cèderait pas, malgré les larmes qui commençaient à perler au creux de ses yeux céruléens, soulagement teinté de honte. Non. La honte s'abattait contre la joie, la panique se laissait terrasser par le soulagement. Un combat interne intense s'il en était, à s'en arracher les cheveux. Maudite sensibilité. Prit d'un soubresaut, il finit par se redresser, convaincu qu'il était inutile de s'apitoyer sur ses propres erreurs. L'essentiel, c'était que Laura était vivante. Que les recherches avaient enfin pris fin. Qu'elle pourrait rentrer à la maison, retrouver les siens, retrouver sa vie. Et qu'elle pourrait enfin retrouver un semblant de bonheur, malgré les galères de la vie.

Écrasant ses larmes du revers de la main, il finit par se lever de son tabouret, pris d'une soudaine vague d'énergie. Le besoin de s'occuper. Le besoin de remettre le nid en état, de retisser le cocon, de lui rendre la place qui lui appartenait de droit. De lui rendre cette dignité pure, naturelle, qui lui avait toujours appartenu. Alors il se dépêcha de rejoindre sa chambre d'amis, de la préparer rapidement pour qu'elle puisse y rester. Il se hâta de refaire le lit, de préparer quelques vêtements dans lesquels elle pourrait se glisser pendant quelques jours, le temps de trouver mieux. Des t-shirts de Mohini, qui faisait sensiblement sa taille, que la Punjabi avait abandonnés chez lui lors de ses passages inopinés. Deux sarouels, des jeans trop étroits pour lui. C'était bien trop peu. Ca ne correspondait pas à Laura. Mais c'était déjà ça, en attendant de pouvoir sortir à nouveau pour lui en chercher d'autres. Volant d'une chambre à l'autre, il ajouta une farandole de coussins divers qu'il fourra pêle-mêle sur le lit, avant d'entendre de nouveau du mouvement dans la salle de bain. Sa gorge se noua d'appréhension alors qu'il rejoignait son salon. Et pourtant ce sourire immense, sincère, était revenu aussi sec en la revoyant.

Elle était toujours aussi belle. De ces beautés rares, uniques, qui graciaient le monde de leur présence à chacun des pas qu'elles faisaient. Et si le sourire qu'elle lui adressa était un peu bancal, un peu serré, il était tellement beau qu'il eut le don de soulever à nouveau ce poids permanent qui pesait sur ses épaules.

-Tu es aussi belle que tu l'as toujours été, Laura. Mais je suis pas objectif. Je l'ai jamais été.

Revenant à son niveau, il posa une main sur son épaule, l'accompagnant jusqu'au salon avec une tendresse infinie. Sans oser toucher sa peau, de peur de la salir maintenant qu'elle était propre, avec ce respect paradoxal qu'il avait toujours éprouvé pour elle. Un peu bancal. Un peu étrange. Mais tout empreint de cette tendresse sans borne qu'elle lui inspirait. Après qu'elle fut installée dans un des fauteuils moelleux du salon, il ne l'imita pas. Quelque chose ne collait pas dans cette image, quelque chose qui ne correspondait pas pleinement à son amie. Quelque chose qu'il pourrait faire pour apaiser un peu ses peines, à défaut de lui offrir tout ce qu'il avait dans ses placards.
Ecoutant attentivement la logorrhée de questions qui sortit de ses lèvres, il farfouilla dans un des tiroirs de la commode qui servait de meuble télé. Un regard amusé jeté par-dessus son épaule, il se contenta de répondre, doucement.

-On va voir si tu me fais confiance à ce point !

Il empoigna un objet qu'il dissimula rapidement derrière lui, rompant la distance entre eux à grands pas. Avant d'attraper un tabouret et s'installer derrière elle, posant doucement une main fine sur son front. La peau de son amie était légèrement plus fraîche que la normale, lui rappelant celle de Grayson. Mais la comparaison s'arrêtait là. Se penchant au-dessus d'elle, son sourire luisant dans ses pupilles, il cala l'objet entre ses cuisses et dégagea ses cheveux emmêlés avec une infinie précaution, les laissant tomber en cascade sur le dossier du fauteuil.

-Une première chose que je peux confirmer, c'est que oui, tu me fais confiance. Tu l'as toujours fait, depuis le début, même si je suis un con qui sait pas où sont les limites et qui a tendance à foncer un peu trop facilement dans le mur. Une autre chose que je peux te confirmer, c'est que tu es quelqu'un de digne. Une des plus belles personnes que j'ai jamais rencontrées, et que te voir avec un nid sur la tête est loin, très loin de qui tu es réellement.

Son ton était doux, apaisant. Sincère. S'emparant de la brosse qu'il tenait fermement entre ses cuisses, il entreprit de démêler la pointe de ses cheveux, avec autant de précautions que si elle avait été en verre. Avec autant de déférence que si elle avait été sa mère. Sans se soucier du crissement des cheveux, abîmés, dans la brosse, il continua, sur le même ton, concentré sur son travail. Concentré sur cette confiance retrouvée, toujours aussi bancale, toujours aussi pure.

-Tu t'appelles Laura. T'es la personne la plus brillante que je connaisse, une nana intelligente, extrêmement intuitive, avec un cœur encore plus gros que le monde. On s'est rencontrés plutôt par hasard, puis on s'est plus vraiment lâchés. Disons qu'on a longtemps partagé les mêmes idées, toi et moi, sur la Liberté, sur l'Egalité, sur le monde en général. On faisait partie d'un petit groupe de rebelles, qui agissaient contre le système en place. Parce que toi comme moi on était persuadés que ça changerait quelque chose, que nos actions avaient un sens et qu'on ne devait pas continuer à se faire dominer éternellement par une bande de connards tyranniques.

Petit à petit, les noeuds se délièrent. Sa langue aussi, alors qu'il s'efforçait de rassembler toutes ses pensées, toutes ses réponses, dans l'amas confus que tout cela provoquait. Que tous ses propres sentiments embrouillaient. Mais, concentré sur les cheveux de Laura qui s'adoucissaient progressivement sous ses doigts, il poursuivit. Lazlo avait besoin de ce geste. Non seulement pour s'occuper, mais avec cette sensation qu'il servait à quelque chose. Qu'il lui apportait une once de réconfort, même infime. Une façon de payer maladroitement toutes les fois où elle avait elle-même été ce réconfort vis à vis de lui.

-Tu es mon amie depuis cette rencontre. Une amie d'un autre monde, avec une toute autre vie que la mienne. Mais une amie quand même. Tu as une famille, tu m'en as longuement parlé. Un mari, trois enfants, un adopté et deux rien qu'à toi que tu aimes profondément, de tout ton énorme cœur. Mais tu ne m'as jamais dit leur nom. Tu m'as toujours dit que tu préférais que ni notre groupe, ni ta famille ne se mélangent. Et j'ai toujours pensé que tu avais raison.

Marqua un temps de pause, pour permettre à Laura d'assimiler toutes ses informations. S'il ignorait à quel degré elle avait perdu la mémoire, il pouvait toutefois comprendre qu'il pouvait être difficile d'engranger toutes ces réponses d'un coup. Surtout maintenant qu'il venait de lui avouer ne pas connaître les noms des personnes les plus chères à ses yeux.
Quel ami de merde. En respectant sa volonté d'anonymat, il n'aurait jamais cru qu'il serait là, ce jour précis, à tenter de raviver ses souvenirs avec des informations qui n'avaient pas la pertinence qu'il fallait. Si seulement il avait insisté. Si seulement il était passé outre cette retenue complètement désuète qu'il éprouvait vis à vis de son amie pour pouvoir mieux la renseigner, à présent. Mais il ne l'avait pas fait. Une grossière erreur à rajouter dans son palmarès.
Sachant que son silence risquait de se faire bien vite pesant, non seulement pour Laura mais aussi pour lui-même, il déglutit. Sa gorge était pâteuse, pâteuse à cause de sa propre insouciance. Mais il était temps de continuer. D'avancer. Et les cheveux de Laura de redevenir de la soie, sous ses doigts.

-Des gens t'ont cherchée, oui. Des amis, ta famille, moi. On t'a tous activement recherchée, pendant des jours, des semaines. Même des années. J'ai vu des affichettes collées un peu partout avec ton visage, sur des poteaux, sur des murs. J'en ai même copiées pour en rajouter d'autres dans des bars, dans nos QGs, dans des quartiers où elles n'avaient pas encore été posées. J'ai jamais rencontré ta famille, du moins je ne crois pas. Mais je sais qu'on n'a jamais cessé de te chercher, autant eux que nous autres. Et tu es là, maintenant, même si les affichettes, elles, ont été enlevées progressivement par ces connards de Peacekeepers...

Il prit une inspiration, mettant un point final à sa séance de débroussaillage de chevelure. Les cheveux de Laura étaient ternis par le manque de soin, mais étaient toujours aussi beaux que dans son souvenir. Satisfait, il glissa ses doigts dans sa chevelure de soie avant de la laisser dévaler le long du dossier du canapé. Ils avaient tellement poussé, depuis la dernière fois qu'il l'avait vue. Depuis qu'il avait été obligé de donner un coup de matraque sur cette superbe nuque, juste là, sous ses doigts.
Comme si le contact le brûlait, il ôta aussitôt ses mains, et posa fébrilement la brosse sur un guéridon. Parler avait été tellement facile, dans son dos. Tellement plus simple que de la regarder dans les yeux et lui confesser ses torts. D'un geste souple, rapide, il rangea le tabouret sous le guéridon et finit par s'installer en face d'elle. Il se mordit la lèvre inférieure. Les mots, ces putains de mots, peinaient à venir. Et son visage avait perdu ce sourire tendre qui ne l'avait pas lâché alors qu'il avait évoqué tous ses souvenirs.

-Laura, si tu me fais toujours autant confiance, crois-moi si je te dis qu'il vaut mieux qu'on s'arrête là pour le moment sur les questions. C'est pas comme si on n'avait pas le temps pour retrouver tes souvenirs. Je sais même pas de quoi tu te souviens vraiment, ou même comment t'as réussi à te démerder pendant 4 ans. Et si je sais qu'au fond t'es toujours la même, si je le sens, j'ai aussi des questions. J'ai aussi besoin de savoir.

Savoir, pour apaiser un peu sa conscience. Savoir, pour évaluer s'il était bon de tout lui annoncer, ou si certaines questions devaient rester sans réponses. Parce que c'était ça. Ils étaient à ce point culminant de la discussion où elle pourrait tout aussi bien repartir aussitôt de sa vie.
Disparaître à nouveau pour la plus grosse erreur qu'il ait jamais pu faire.


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MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Sam 5 Nov - 22:33


Elle laisse son nez effleurer distraitement son bras pour en apprécier la nouvelle senteur. Définitivement masculine et définitivement connue. Elle inspire profondément laissant les sensations l’envahir. Elle sourit doucement dans son bras, tellement surprise d’être capable de ressentir autre chose que la culpabilité dévorante qui l’a accompagné ses derniers temps. Le corps et l’esprit sont capables de s’habituer à tout et la véracité de la phrase la frappe cruellement quand elle prend conscience qu’elle s’était habituée à être triste, seule et coupable. La douceur des émotions qui accompagne l’odeur de l’appartement, celle du gel douche et celle du shampoing de Lazlo, lui rappelle que sa vie n’a pas toujours été faite d’errance à travers le bayou. Qu’elle n’a pas toujours été ce monstre qu’elle cherche toujours à comprendre, qu’elle a été autre chose qu’une créature affamée. Elle ne peut que répondre au sourire de Lazlo, il semble littéralement irradié la joie malgré ses yeux rougis et brillants de larmes contenues. Elle fronce les sourcils, mais n’a pas vraiment le temps de poser la moindre question qu’il la guide vers le salon. La main qu’il pose sur son épaule est si légère qu’elle la sent à peine, elle a presque l’impression d’être faite de cristal quand il la touche avant une telle tendresse. Elle s’assoit doucement dans le fauteuil, retenant un grognement de plaisir quand son corps s’affaisse sur les coussins moelleux. Il y a si longtemps qu’elle n’a pas pu profiter d’un tel confort. Inconsciemment, elle relève les jambes et pose son menton sur ses genoux, les bras enrouler autour de ses tibias. Elle a été l’amie de cet homme qui l’a accueilli comme le messie quelques minutes plus tôt, elle relève les yeux, éloignant son nez de l’odeur rassurante, pour poser un regard curieux sur le jeune homme qui lui fait face. Lazlo. Elle laisse glisser ses yeux sur le visage délicat du jeune homme, s’arrêtant quelques secondes sur ses yeux à la couleur saisissante, qui lui rappelle avec tendresse les grands ciels bleus d’hiver. Elle l’observe se déplacer dans cet appartement qui lui appartient, la grâce et la souplesse de ses gestes emplissant l’espace d’une sorte de quiétude bienvenue.

Elle laissa ses yeux dérivés sur l’appartement, observant avec attention les couleurs chatoyantes des tissus qui recouvraient une partie du mobilier. Cet appartement semblait aussi vivant que celui qui y logeait et en tendant l’oreille, on pouvait entendre le roucoulement apaisant de l’armée de pigeon qui vivait sur le toit. Elle sourit, consciente de l’image un peu perdue qu’elle devait renvoyer, mais aussi foncièrement heureuse de se retrouver dans ce décor qui sans qu’elle ne puisse se souvenir précisément des raisons qui la poussaient à croire ça, semblait être familier. Elle reposa ses yeux sur Lazlo qui semblait avoir trouvé ce qu’il cherchait et le cachait dans son dos. Malgré la confiance que son cerveau semblait accorder au jeune homme, elle ne put s’empêcher d’avoir un petit mouvement de recul quand il s’approcha trop rapidement à son goût. Réflexe, désormais désuet, obtenu après quatre années d’une fuite constante dans les marais. Elle s’efforça de calmer les battements désordonnés de son cœur, se répétant comme un mantra que Lazlo était son ami et qu’il ne lui voulait aucun mal. Quand il se glissa derrière elle, et qu’elle entendit le raclement du tabouret sur le sol, elle lutta pour ne pas se retourner afin de parer à toute menace éventuelle, mais la main que le jeune homme posa sur son front, chaude et douce, l’empêcha de bouger. Non pas que le geste fut fait dans un but coercitif, mais il émanait un tel respect de cette grande main posé sur son front qu’elle arrêta son geste instantanément. Elle le laissa donc faire.

Elle le remercia mentalement, quand il commença à brosser ses cheveux bien trop longs et abîmés, de ne pas lui faire face. Elle sentit ses yeux se remplir de larmes. C’était un geste à la fois, intime et respectueux, deux choses qu’elle n’avait plus connues depuis quatre ans. Un geste doux et tendre qui la toucha et l’émue profondément. Il y avait si longtemps que personne ne s’était occupé d’elle de cette façon. Si longtemps qu’on n'avait pas pris le temps de s’intéresser à elle pour autre chose que soigner une blessure ou vérifier une cicatrisation. Elle posa une main tremblante sur ses lèvres et ne dit pas un mot, laissant Lazlo raconter son histoire. Elle se détendit, les muscles de sa nuque se relâchant à mesure que le bruit régulier de la brosse dans ses cheveux et la voix de son ami lui parvenait. Les larmes revinrent aussi vite qu’elle avait disparu quand le jeune homme lui raconta qui elle était avant sa disparition.

Le fait que le jeune homme ait une si haute estime d’elle réchauffait son cœur, même si ce qu’il disait n’était plus vrai aujourd’hui. Apparemment, la femme digne et forte qu’il connaissait avait disparu en même temps que sa mémoire. Elle avait été avalée par le monstre qui avait tué sa magie, celui qui avait tué Richard, celui qui l’avait fait dévorer sans y faire attention les souvenirs et les émotions d’un homme profondément bon jusqu’à ce qu’il ne se réveille pas. Elle ferma les yeux, le visage de son ami encré derrière ses paupières closes, laissant les larmes rouler silencieusement sur ses joues. Comment avait-elle pu sourire et pensé un instant qu’elle pourrait à nouveau avoir une vie normale quand tout ce dont elle avait été capable depuis son réveil avait été de tuer la seule bonne chose qui lui soit arrivée ? Elle glissa distraitement ses doigts sur ses yeux écrasant les larmes sur ses joues sèches à mesure qu’elle coulait, se refusant le droit de sangloter, se refusant le droit d’être triste. Richard était mort par sa faute, parce qu’elle était devenue un monstre, elle n’avait pas le droit de pleurer sa mort. Elle n’avait pas le droit d’être triste, nostalgique ou heureuse d’un temps qu’elle était incapable de se remémorer. Elle n’avait droit à rien de tout ça. Mais Lazlo, ne s’arrêta pas de parler et ses paroles à propos des rebelles et des idées qu’elle portait en elle avant son amnésie, résonnaient avec force en elle. Elle était incapable de se souvenir de ce qu’avait fait ce gouvernement qui les dominaient, mais son esprit logique lui assurait qu’elle n’aurait probablement pas été d’accord avec un gouvernement qu’on pouvait qualifier de "bande de connards tyranniques". La brosse glisse plus facilement dans ses cheveux et elle s’appuie plus confortablement contre le dossier du fauteuil s’autorisant quelques instants d’un répit mérité, laissant Lazlo, sa voix et ses gestes lents et rassurants, l’éloigner de tout ce qui englue son esprit. Elle pousse un petit soupir de contentement. Elle n’a pas envie de parler tout de suite, elle préfère profiter de la douceur de ses gestes pour vider son esprit, elle parlera plus tard, puisqu’il aura probablement lui aussi des questions à lui poser.

Il change de sujet et l’esprit de Laura commence à vagabonder. La voix grave de son ami semble appuyer sur une série de petits boutons dans son esprit, titillant les zones éteintes de sa mémoire sans parvenir pour autant à les rallumer pour de bon. Mais quand le mot famille s’échappe de ses lèvres, elle ferme les yeux pour retrouver ceux qui hantent ses songes. Ils sont là, comme à chaque fois qu’elle les cherche, la baignant dans cette mer de tranquillité et de tendresse qu’ils déversent sur elle. Elle tend des doigts imaginaires pour effleurer les pattes d’oie qui en strient les commissures, s’attarde sur le camaïeu de bleus qui les constitue, effleure le pli qui en fronce les sourcils et les laissent disparaître comme à chaque fois. Le cœur un peu plus plein, mais les mains toujours aussi vident, de cet amour qu’elle croit connaître, mais qui lui échappe pourtant depuis si longtemps. Elle rouvre les yeux, et reprend doucement contact avec une réalité où cet homme n’est pas à ses côtés, mais ou Lazlo lui parlent de ses enfants. Alors, comme ça, elle est mère ? Le choc lui coupe le souffle quelques secondes… Il n’y avait que très peu d’enfants dans le camp, mais elle s’est toujours sentie proche d’eux… Et la longue cicatrice qui lui barre le ventre lui avait plus ou moins mis la puce à l’oreille sur une potentille grossesse passée… Mais… Trois ? Comment… Comment peut-elle les avoir oubliés eux aussi ? Il y a bien ce rêve qu’elle fait de temps en temps, ou elle essaie de sauver un jeune homme dont elle n’arrive pas à voir le visage d’un groupe de Peacekeeper, mais est-ce son fils ? Est-ce l’un de ses enfants ? Elle laisse une de ses mains glisser sur son visage, son état d’esprit oscillant entre une joie sans borne et une désolation profonde. Elle pousse un profond soupir en tentant comme elle peut d’imprimer l’information dans son esprit. Elle remercie silencieusement son ami pour le silence qui lui octroie lui permettant ainsi de remettre un peu d’ordre dans ses émotions et ses pensées, mais rapidement, elle ouvre la bouche, la voix encore rauque d’émotion. «
Continue, s’il te plaît…
»

Et il continue, reprenant la parole et la laissant se replonger dans son mutisme concentré. L’idée que des gens l’aient cherché, qu’il y ait eu des gens qui tenaient assez à elle pour poster des affiches partout en ville et passer chacun de ses recoins au peigne fin, réchauffe son cœur et elle remercie silencieusement le ciel d’avoir su mettre sur sa route des gens aussi attentionné. Elle se sent à la fois exaltée par l’idée qu’il y ait quelque part dans cette ville, en plus de Lazlo, des gens suffisamment attachés à elle pour faire ça, et désolée pour ces gens qui l’ont cherché sans jamais la trouver. Elle s’imagine sans peine la douleur qu’ils ont dû ressentir, et elle pense douloureusement à ceux qui doivent avoir perdu espoir et qui ont, probablement, commencer leur deuil. Le mouvement de la brosse dans ses cheveux s’arrête en même temps que la voix de son ami et elle le sent hésité derrière elle, glissant doucement ses doigts dans ses cheveux désormais exempts du moindre nœud. Elle a envie de dire merci, mais les mots seraient bien incapables de décrire à quel point elle a l’impression de lui être redevable. Elle jette un œil sur la brosse qu’il pose près d’elle, pleine de cheveux morts qui n’ont pas survécu au débroussaillage de sa chevelure et elle tend les doigts pour les effleurer. Ils lui font inconsciemment penser à tous ses souvenirs qu’elle a perdus depuis quatre ans, à toutes ses mémoires disparues, mais qui semblent vouloir refaire surface depuis son passage des portes. Quand Lazlo range le tabouret et apparaît à nouveau dans son champ de vision, elle sent ses yeux se remplir de larmes en même temps que son cœur se gonfle d’une affection sans bornes pour le jeune homme qui lui fait face. Elle déplie lentement ses jambes engourdies par la position recroquevillées qu’elle avait dans le fauteuil, avant de se pencher en avant pour prendre entre ses petites mains la grande paluche de son ami. Elle la serre doucement et frotte ses pouces sur les phalanges de Lazlo. Elle fronce les sourcils devant son expression sérieuse, elle s’était habituée à le voir sourire et son visage fermé l’inquiète. Elle grimace un peu quand il lui dit qu’il lui donnera plus d’informations plus tard, mais elle comprend ses raisons et bien que la curiosité la dévore d’en apprendre plus sur elle-même, elle a conscience que trop d’informations d’un coup pourraient être plus nuisibles qu’utile, alors elle se contente de hocher la tête pour approuver les paroles de son ami. « Merci… Merci de m’avoir déjà raconté tout ça… »

Et voilà, le moment qu’elle redoutait, celui qu’elle espérait pouvoir repousser aussi longtemps que possible. Elle soupire et pose les coudes sur ses genoux, enfouissant son visage dans ses mains ouvertes. Elle n’a pas envie de parler, parce qu’elle n’a pas envie de se souvenir de ces quatre années dehors. Mais Lazlo l’a recherché pendant si longtemps, et il l’accueille chez lui sans aucune condition, lui offre sa douche, ses vêtements et un lit, ainsi qu’une affection qui lui réchauffe l’âme et lui permet pour la première fois depuis des lustres de ne pas se sentir comme un monstre. Elle lui doit bien ça. Elle se redresse et muer par un instinct qu’elle ne comprend pas vraiment, va s’asseoir sur l’accoudoir du fauteuil de Lazlo, glissant ses pieds gelés sous les cuisses de son amie et posant sa tête sur le haut du dossier, afin d’éviter son regard qui passera probablement de la pitié au dégoût durant son récit. Elle inspire profondément et se lance, la voix cassée de s’être tue si longtemps, d’avoir été si sèche dans la moiteur du bayou et d’avoir retenue tant de larmes. « Hum… Je ne sais pas trop par où commencer… Par le début probablement… » Elle laisse échapper un petit rire nerveux avant de se concentrer à nouveau. « Euh... Donc, après que je me sois réveillé… Je me souvenais basiquement de rien, même pas de mon prénom ou de l’année… Et du coup, le seul truc que j’ai fait, c’est… Marcher sans but dans la ville, jusqu’à ce qu’un couple, Johanna et Charles, me récupèrent… J’suis resté chez eux pendant… Peut-être 6 mois ? Ils ont été absolument adorables avec moi… J’veux dire qui ferrait ça aujourd’hui ?! » Elle laisse une fois de plus son incrédulité face à la bonté d’âme de ses bienfaiteurs refaire surface. Johanna et Charles avaient été les seules personnes en qui elle avait eu confiance pendant ce laps de temps. Ils lui avaient offert un toit et de quoi se nourrir pendant son séjour chez eux, mais le bien le plus, important qu’ils lui avaient offert avait été du temps. Ils lui avaient laissé le temps de reprendre ses esprits et de laisser sa mémoire revenir lentement. « Du coup… J’ai commencé à retrouver quelques souvenirs, assez lentement, mais suffisamment pour me souvenir de mon nom et d’où aller… » Elle avait l’impression de raconter des souvenirs vieux de vingt ans, tant toute cette période lui semblait lointaine. « Je me suis souvenue que j’avais de la famille à New-York alors j’ai voulu partit et j’ai réussi à quitter la ville, je me souviens plus très bien comment… »

Elle inspire, hésitant à donner plus d’info sur ce qu’il s’est passé presque aussitôt après qu’elle ait réussi à sortir de la ville… Elle pèse le pour et le contre, jetant un œil à ses pieds nus sous les jambes de Lazlo, à tous les endroits où leurs corps sont en contact, a la faim qu’elle ne sent pas encore gronder en elle… À cette faim qu’elle tente d’apprendre à contrôler… Elle regarde le profil de son ami et glisse sans trop y penser les doigts dans ses cheveux, appréciant la douceur de ses boucles châtaines, surprise par le naturel et la normalité que lui inspire ce geste. Alors elle sait. Elle inspire profondément et ouvre la bouche, se préparant à devoir s’éloigner de Lazlo si celui-ci se montre le moindre signe de malaise. « Je n’ai pas été très loin… Je dirais qu’à une vingtaine de kilomètres des murs, j’ai… » Elle s’arrête, la gorge serrée, l’air incertain, avant de reprendre. « J’ai été mordu… Par un zombie, ou un infecté… Appelle ça comme tu veux… » Elle se mord la lèvre inférieure presque jusqu’au sang, refusant obstinément de croiser le regard de Lazlo en fixant le motif du tissu recouvrant le fauteuil dans lequel ils sont assis. Elle lui laisse quelques minutes pour intégrer la nouvelle. Avant de reprendre la parole, à voix basse, comme si chuchoter pouvait rendre l’horreur de ce qui allait suivre moins grande. « J’ai vraiment cru que j’allais y passer… La fièvre était horrible et j’étais complètement déshydratée… C’est à ce moment-là que Richard m’a trouvé. » Elle sourit doucement au souvenir de son ami, se rappelant avec nostalgie, la douceur avec laquelle il l’avait porté jusqu’à son campement et celle avec laquelle il lui avait tout appris sur la vie hors de la ville, de comment trouver des choses à manger, comment se débarrasser d’un groupe de zombie. Son sourire s’efface bien vite, quand elle se souvient de ce qu’elle a à raconter et elle inspire entre ses dents, créant un sifflement désagréable. « Puis… Il m’a ramené dans un campement ou vivait des gens… Et ils m’ont soignée… Enfin, ils m’ont empêché de mourir de la fièvre. Puis j’suis devenue… quelque chose d’autre… Et… J’ai vécu avec eux pendant bien… Deux ans… Et au début, je ne me rendais même pas compte que je me nourrissais d’eux. » Elle se perd peu à peu dans ses souvenirs, ne prêtant plus vraiment attention à Lazlo. « Puis, quand je m’en suis rendue compte… J’ai commencé à essayer de me maîtriser et ça a bien marché pendant un temps. On vivait bien tous ensemble, y avait même des mômes là-bas… Ils m’ont appris plein de choses, et je leur ai appris comment préparer un sacré paquet de décoctions et autres produits pour soigner les petits maux… Ils m’ont appris comment me battre correctement, comme tuer un assaillant de façon propre et efficace… À me servir d’un couteau, d’une arme à feu… D’une hache… C’était bien… »

Elle essuie une larme qui roule sur sa joue et renifle doucement. « Et puis, j’ai commencé à faire des rêves bizarres… Ou j’avais l’impression d’être aimé par quelqu’un, ou je voyais des bouts de son visage sans jamais réussir à le voir entièrement… Et ça me rendait à la fois heureuse et triste… Parce que… Je ne sais même pas si cette personne existe vraiment et pourtant, c’est la seule chose qui me rendait heureuse là-bas… » Elle pose sa tête sur son avant-bras cachant son visage dans le pli de son coude pour essuyer ses larmes et cacher son expression à Lazlo, sachant que le plus dur restait à venir. Elle essayait vaguement de repousser le moment pourtant inéluctable où elle devait annoncer à son ami qu’elle était une meurtrière, mais il était arrivé. « Et puis… » Elle inspire et se lance pour de bon, sa voix étouffer par le rembourrage du fauteuil et par son bras. « Et puis, une nuit… Je… Je pensais vraiment que je me maîtrisais… » Les larmes roulent sur ses joues sans qu’elle ne puisse rien faire, elle tremble si fort qu’elle doit probablement secouer Lazlo au passage. « Oh merde… Je te jure… Je ne pensais vraiment pas que ça allait arriver… Cette nuit-là… J’avais faim… Alors j’ai commencé à me nourrir sur Richard… Qui dormait dans la même tente que moi… Et… Je n'ai pas réussi à m’arrêter… » Elle se recroqueville encore un peu plus sur elle-même, les sanglots secouant son corps, écrasant sa gorge de leur main agressive, l’empêchant de respirer correctement, mais elle n’arrive plus à s’arrêter de parler alors elle continue. « Quand j’ai compris ce que j’ai fait… Je me suis enfuie… Et j’ai erré dans le bayou pendant des mois, toute seule… Et un jour… J’en ai eu marre… J’en ai eu marre de vivre avec qui j’étais… De me battre pour rester en vie alors que je ne suis qu’un monstre. » Elle essuie rageusement ses joues, crachant ces mots, s’interdisant à nouveau de pleurer. Elle ne mérite pas le soulagement qu’apportent les larmes de toute façon. « J’ai commencé à essayer de les faire venir jusqu’à moi… Mais j’ai entendu un bruit… Et c’était… C’était elle… » Elle hoche la tête en direction de la colombe posée sur un guéridon tout près d’eux, leur jetant des regards intrigués. « Et voilà… Tu sais tout maintenant… » Elle tremble, un frisson traversant son corps épuisé par les émotions et les informations qu’elle a reçu en trop peu de temps. « Si tu veux que je m’en aille tout de suite… Je comprendrais… Mais… Est-ce que je pourrais récupérer mes vêtements d’abord… » Elle relève la tête et le supplie du regard. « C’est tout ce qu’il me reste… S’il te plaît… »

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MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Sam 10 Déc - 19:29


Les pieds de Laura sous sa cuisse étaient glacés, mais Lazlo n'avait pas le courage de bouger pour le lui signaler. Naturellement, elle avait pris place sur l'accoudoir de son fauteuil, naturellement, toujours, elle s'était rapprochée de lui. En fermant les yeux, il pouvait sentir les effluves de son shampoing, celles de son savon, des odeurs familières qui pourtant n'étaient pas celles qu'il lui connaissait habituellement. Une odeur masculine pour une femme aussi belle, une sorte d'injure à sa féminité pourtant si parfaite. Et pourtant, là, dans cette ambiance un peu paradoxale, aussi douce que poignante, c'était comme si ces odeurs lui servaient d'écrin pour supporter sa beauté rare. Une sorte de cocon de familiarité pour une femme qui n'avait pas connu de telles choses depuis clairement trop longtemps
Beaucoup trop longtemps.

Il avait accompli sa part de ce contrat tacite entre eux du partage de souvenirs, du moins c'était ce qu'il croyait. Se tournant vers elle, il recouvrit un peu plus ses pieds, précautionneusement, lui apportant d'avantage de chaleur au passage. Elle semblait si faible, si fragile, qu'il n'avait aucune intention de lui refuser la moindre once de ce réconfort, même malingre, qu'il aurait pu lui apporter. Alors il ne dit rien. La laissa parler. Se laissa porter par la voix éraillée, un peu brisée, de son amie. Se laissa porter par chacun des mots qui coulèrent de ses lèvres ourlées, se laissa porter par leur poids, par la réalisation, aussi, du mal qu'il avait pu lui causer. Car tout ça, toute cette douleur, tous ces oublis, étaient malgré tout de sa faute. Et s'il n'avait eu qu'un aperçu de ses errances, visuel, il se rendait compte qu'il avait fait nettement plus de mal que de bien en cette soirée d'hiver 2012. Il ne l'avait pas seulement assommée, non. Ca aurait été bien trop simple. Bien trop peu. Mais ce qu'il lui avait fait était bien au-delà de ça. Il l'avait arrachée à sa propre vie. Il la lui avait brisée, cette vie, en la lui enlevant sans même y penser. Un geste dont il n'avait pas évalué la portée à long terme en l'accomplissant, ce soir-là, mais qui avait été nécessaire pour éviter qu'autant elle que Mikkel ne soient blessés. Un geste qui finalement était si lourd de conséquences qu'il revenait le frapper en pleine figure à mesure que Laura expliquait ce qu'elle avait vécu. Comment avait-il pu lui faire ça ? Il se sentait honteux. Honteux et misérable.

L'envie de lui demander pardon pour ce qu'il avait fait le rongeait tout entier. Celle de l'implorer, de lui dire qu'il était vraiment désolé, qu'il ferait tout pour corriger ses erreurs vis à vis d'elle. Que si ce n'était pas grand chose, il se saignerait pourtant pour essayer d'apaiser autant que possible ses souffrances. Même si c'était passé. Même si à cause de lui elle avait tout perdu, non seulement ces dernières années, mais aussi tout le reste. Pourtant. Pourtant alors qu'il ouvrait la bouche pour l'interrompre, Laura glissait sa main dans ses cheveux. Un geste d'une douceur infinie, maternel, qu'elle lui avait déjà fait maintes fois auparavant. Qui l'incita à se taire, à baisser un peu le nez. La regarder en face, avec ce qu'il savait avoir fait, était trop difficile. Alors il se tut. Laura était de celles qui savaient comment lui couper la parole. Un talent aussi rare que précieux, que peu de personnes pouvaient maîtriser. Et là, vu l'immensité de sa culpabilité, il avait tout intérêt à ne rien dire de plus. Il le savait.
Comme par un malheureux concours de circonstances, elle n'avait pas subi que la perte de ses souvenirs. Elle avait été mordue par un zombie, à l'extérieur de la ville. Le souffle coupé, Lazlo avait reporté un regard surpris, inquiet, sur son amie. L'Eleveur avait entendu parler de ces gens qui avaient été infectés par les errants, mais rarement de survivants. Alors qu'était-elle, du coup ? Il la détailla un instant. Elle était toujours Laura. Elle n'avait pas l'odeur de la mort, elle n'en avait pas la couleur grisâtre. Elle était bien réelle et bien vivante, pareille à elle-même, malgré cette profonde douleur qui transparaissait dans son regard habituellement si lumineux. Lazlo déglutit lentement en la voyant forcer un sourire, qui s'effaça tout aussi rapidement qu'il était arrivé. Le contact de sa main dans ses cheveux lui devenait insupportable, tout aussi insupportable que la culpabilité qui continuait de le ronger de l'intérieur avec toujours plus de vigueur. Comme par télépathie, Laura finit par ôter sa main. Et l'Eleveur de respirer à nouveau, sans savoir pourquoi.
Pas qu'il ait peur d'elle. Il voyait bien qu'elle n'avait pas changé, fondamentalement. Mais l'information était tellement brute qu'il n'avait aucune idée de comment réagir. Et il fut soulagé de voir qu'elle n'avait clairement pas compris cette vague d'appréhension qui l'avait envahi lorsqu'elle lui avait annoncé la nouvelle.

Puis elle avait continué à parler. sa voix chargée d'émotions avait envahi de nouveau la pièce de ses tonalités profondes, de ces sanglots qu'elle ne parvenait clairement que difficilement à contenir. Et Lazlo de se sentir d'autant plus petit, infiniment petit, grain de poussière face à l'immensité de cette souffrance qu'elle éprouvait. Autant de douleur dans un aussi petit corps. Autant de douleur qu'il avait provoquée, qui était pleinement sa faute. Il ne fut pas choqué, paradoxalement, d'apprendre qu'elle ait pu ôter une vie. Après tout, il l'avait déjà fait, lui aussi. Les innocents étaient malheureusement des dommages collatéraux dans son univers. Et Laura, malgré tout, était toute aussi dangereuse que lui dans ses activités passées. D'autant plus si elle avait une nouvelle nature, comme elle le sous-entendait. Un concept qui le dépassait mais qu'il pouvait comprendre, comme une théorie lointaine, un peu abstraite. Si elle la touchait directement, alors c'était pas sa faute. Elle pouvait en être responsable mais l'était-elle réellement, en vérité ? Il ne pouvait pas vraiment s'expliquer son propre raisonnement, ou ce détachement par rapport au fait d'avoir pris une vie indirectement, sans le vouloir. Mais dans ce monde tel qu'il l'était, il n'y avait des fois pas le choix. Des fois, quelles que soient les circonstances, c'était des choses qui arrivaient. Non ?
Tout ce qu'il voyait, c'était que Laura regrettait amèrement ce meurtre. Qu'elle ressentait une peine réelle, profonde, par rapport à ce qu'elle avait pu faire. Apprendre qu'elle avait tenté de s'ôter la vie, elle-même, peu après, choqua d'avantage l'Eleveur que le reste. Au point qu'il s'était à nouveau retourné pour elle, pour croiser ce regard, ces larmes, qui étreignirent son coeur avec une telle intensité qu'une nouvelle vague de culpabilité s'écrasa contre lui. Tout ça était de sa faute.
Tout était de sa faute. Et il avait encore plus honte de rester là, les bras ballants. De ne pas oser lui apporter le confort de sa présence, de ne pas réussir à la serrer dans ses bras comme il savait le faire si spontanément. Il avait déjà semé le chaos dans cette vie, si bien qu'il sentait que s'il faisait quoi que ce soit, il risquait de briser définitivement Laura. Et ça, il se le refusait.

Comme quoi, il pensait bien faire. Il aurait dû apprendre à rester en retrait. Un talent qui lui aurait été bien utile, toute sa vie durant. Mais il était trop tard maintenant pour revenir en arrière. Beaucoup trop tard.

La mâchoire serrée, il secoua la tête lentement quand elle proposa de s'en aller. Non, non, il ne voulait pas de ça. Pas après tout ce qu'elle avait enduré, pas après avoir réalisé l'ampleur de ses propres actions. Il ne pouvait pas la laisser partir comme ça, il en était hors de question. Il ne comprenait même pas comment elle pouvait supposer ça, voire même avoir laissé l'idée lui effleurer l'esprit. Mais elle ne connaissait pas le tableau dans son intégralité. Il lui manquait une pièce du puzzle qu'il connaissait, lui, et qu'il n'était pas encore prêt à lui accorder.
Reprenant ses esprits, il posa un regard franc, aussi déterminé que troublé, dans ses prunelles. Sa voix se déroula dans sa gorge, un peu rauque, étreinte de ces émotions contradictoires qui rongeaient ses os.

-Non, je veux pas que tu partes. Pas alors que tu arrives tout juste, pas alors que tu viens tout juste de retrouver le chemin pour rentrer chez toi. De toutes façons t'as pas le choix, tes vêtements sont dans la machine à laver, donc tu vas devoir attendre au moins deux jours avant de pouvoir les récupérer. Et en attendant, tu peux rester ici.

C'était aussi simple que ça. Aussi simple que ses mains qui s'enroulèrent autour des longues mains fines de son amie pour les serrer doucement, lui apportant un peu de chaleur. Et si son regard était toujours aussi troublé, il n'en cessa pas moins de le garder plongé au fond de ses iris. Un léger sourire avait ourlé sous sa barbe, un sourire affectueux, désolé, aussi. Parce que c'était ce qu'il était. Si profondément désolé.
Caressant le dos de sa main du pouce, il poursuivit, doucement.

-Tu sais, ce qui a pu se passer pendant tout ce temps où t'as été dehors, ça fait partie de toi, aussi. Je vois pas pourquoi je te rejetterais sous prétexte qu'il s'est passé des trucs dans ta vie qui ont échappé à ton contrôle. Je serais même super mal placé pour te reprocher quelque chose comme ça.

Il avait envie de lui dire, mais il sentait bien que ce n'était pas le moment. Que s'il souhaitait qu'elle reste ici, s'il souhaitait qu'elle se reconstruise ne serait-ce qu'un peu, il devait garder le secret sous clé, dans un recoin de sa propre mémoire. Laura n'était clairement pas en état d'en apprendre autant, ni même de savoir que la première personne de son passé qu'elle retrouvait était la raison même de tous ses tourments. Sans relâcher ses mains, il baissa un peu les yeux vers elles. Elles étaient blanches, si pâles, et pourtant si chaudes. Il avait du mal à comprendre qu'elle puisse être une infectée elle aussi, avec des mains aussi vivantes. N'était-ce pas ce qui faisait d'eux des humains, d'ailleurs ? Leur capacité à vivre. A survivre. Lentement, il se baissa et déposa un baiser dans ses paumes. Un geste d'une douceur infinie, une demande de pardon silencieuse qu'elle ne comprendrait probablement pas. Une façon, aussi, de tenter de prendre tout le mal, d'absorber tout le sang qui avait pu couler sur cette peau d'albâtre.

-On fait tous des trucs qu'on regrette, dans la vie. Ca fait partie de notre condition en tant qu'humains. Alors s'il te plaît, reste ici. Te cache pas, c'est pas moi qui vais te juger, loin de là. Pas après ce qu'on a déjà vécu ensemble, et pas après que tu sois enfin revenue ici.

Certes il y avait toujours ce risque que sa nouvelle condition échappe une nouvelle fois de son contrôle. Et s'il avait entendu qu'elle pouvait être mortellement dangereuse, il s'en contrefichait. Si l'ironie était mordante, la logique n'en était pas moins... Logique. Si elle devait le tuer, avec cette nouvelle condition, c'était que ce serait écrit. De toutes façons, ce n'était pas comme s'il ne l'avait pas mérité.
Cachant toutes ses pensées avec un sourire qu'il lui adressa, un nouveau, il glissa une main sur sa joue pour la caresser doucement. Sa peau était sèche sous sa main. Complètement déshydratée.

-Tu peux rester ici aussi longtemps que tu le souhaites, comme toujours. Le temps qu'on retrouve des bouts de ton passé, le temps que tu reprennes tes marques par ici. Pas mal de choses ont changé depuis ton départ, je pourrai te raconter tout ce que je sais. Et en attendant, t'as un lit qui t'attend dans la chambre d'amis. Tu peux squatter mon frigo et mes fringues autant que tu veux, jusqu'à ce que je t'en trouve d'autres. Parce que bon, je veux bien que ce que t'avais sur le dos est tout ce qu'il te reste, mais il est hors de question que je te laisse filer d'ici dans des trucs troués qui te tiendront même pas un chouïa chaud. J'suis pas un ami aussi merdique que ça !

Un léger éclat de rire franchit ses lèvres, sincère mais tout aussi coupable. Puis il finit par se déplier du fauteuil. Eponge à sentiments, il avait besoin de se dégourdir les jambes. De l'amener loin du salon, où des particules de son propre chagrin restaient encore trop en suspension dans l'air. Il prit sa main, l'enjoignant à le suivre dans l'appartement, sous le regard scrutateur de Dita. Adaptant sa démarche sur celle de son ami, il l'entraîna jusqu'à la chambre d'amis. Une pile de vêtements de tous types reposé en équilibre instable sur une chaise, à côté du lit.

-Tiens regarde, t'es déjà chez toi. Bon je sais pas trop pour les fringues, je t'ai ramené des trucs à moi et des trucs que Mohini a laissés ici. Tu te souviens de Mohini ? Elle est un peu plus petite que toi mais vu qu'elle porte que des trucs larges, peut-être que ça t'ira. D'ailleurs je suis sûr que les autres de notre groupe seront plus qu'heureux de savoir que tu es vivante.

Tout le monde l'avait cherchée, après cette sombre nuit d'hiver. Mohini avait aidé à répandre les affichettes un peu partout dans la ville, et Cassidy avait fait jouer ses contacts, de son côté. Tout le monde y avait mis du sien, parce que Laura n'était pas n'importe qui. Parce que Laura avait toujours fait partie de la famille. La perdre avait été un évènement douloureux dans leur groupe de résistants. Tout autant que l'avait été l'emprisonnement de leur chef, quelques mois plus tard. Les mauvaises nouvelles n'arrivaient jamais seules.
Toutefois, il se mordilla un peu la lèvre en se retournant vers Laura, réalisant qu'elle ne voulait peut-être pas de ça tout de suite. Replonger dans le bain de la résistance. Replonger dans le fourmillement constant des pensées anti-gouvernementales, dans le marasme habituel de la lutte des opprimés contre les connards qui régissaient leurs vies.

-Quoique tu préfères peut-être que je leur dise pas tout de suite, si ? J't'oblige pas. Ca peut faire beaucoup d'un seul coup, surtout épuisée comme t'es...

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SUCKER FOR PAIN

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MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Mer 25 Jan - 17:05


La conversation l’avait épuisée, elle avait vu le visage de Lazlo, si expressif, si malléable, se décomposer, changer à mesure qu’elle s’était racontée. À mesure qu’elle lui avait exposée ce qu’avait été sa vie, l’horreur dirait certains, simplement sa vie pour elle. Certes rien n’avait été simple, après avoir perdue sa mémoire, elle s’était perdu elle-même et bien qu’elle soit en vie, elle avait souvent l’impression d’être plus morte que vive et la présence de Lazlo, tangible preuve de son passé, lui rappelait qu’elle avait bien eu une vie avant de tout perdre. Ravivant dans son cœur un espoir qu’elle pensait avoir perdu à tout jamais. Espoir qui se mêlait douloureusement à sa culpabilité, à la certitude qu’elle ne méritait rien, qu’elle n’avait même pas le droit d’espérer retrouver un jour ceux qui avaient pourtant tout représenté pour elle à une époque dont elle était incapable de se souvenir.
Mais Lazlo était là, il avait écouté, ne s’était pas levé en hurlant au monstre quand elle avait avoué ce qu’elle était, ne s’était pas éloigné même. Il était resté assis dans ce fauteuil, ses cuisses recouvrant les pieds glacés de Laura, la laissant passé sa main tremblante dans sa chevelure. Elle l’avait senti se tendre, ses cuisses se raidissant sur les pieds de la blonde, probablement sous le choc de ses révélations, autant qu’elle l’avait été des siennes plus tôt. Elle l’avait vu baisser les yeux, esquivés son regard et avait compris qu’il pouvait être trop dur pour quelqu’un l’ayant connu avant de regarder dans les yeux celle qu’elle était maintenant. Elle ne lui en voulait pas, après tout, elle avait parfois du mal à se regarder en face, comment en vouloir à quelqu’un d’autre. Ce qui l’avait surpris avait été le regard que Lazlo, profondément choqué, avait posé sur elle, après qu’elle eut dit avoir voulu s’offrir en pâture aux infectés. Elle n’avait pas compris pourquoi cette information plus que les précédentes avait semblé plus perturbante à ses yeux. Mais les prunelles bleues qu’il avait plantées dans les siennes avaient réchauffé son cœur. Et quand il lui avait refusé toute possibilité de partir d’un simple hochement de tête, elle s’était sentie délivrée d’un poids immense. Elle ne souhaitait pas partir.

Le soulagement qu’elle ressentît à l’idée de pouvoir rester dans cet endroit, qu’elle avait instantanément associé à un foyer, la dépassa. L’idée de devoir dormir dans la rue, dans cette ville qui la connaissait, mais dont elle ignorait tout, la terrorisait. Lorsque Lazlo prit la parole, sa voix brisée, écrasa un peu le cœur de Laura. Qu’avait-elle donc pu faire par le passé pour mériter une telle affection de la part de Lazlo ? Pourquoi était-elle incapable de se souvenir de lui ? Elle soupira, un mal de tête violent pointant le bout de son nez à l’arrière de son front.
Elle retient un soupir de soulagement et hoche la tête en silence, ne trouvant pas les mots pour exprimer à quel point l’acceptation du jeune homme apaise la tempête qui semble prendre place sous son crâne. Si elle était rongée par la culpabilité et étouffée par ce dégoût d’elle-même qui semblait vouloir l’engloutir, Lazlo, lui, ne semblait pas avoir changé d’avis. Elle sursauta quand les mains chaudes de son ami entourèrent les siennes, ses doigts enveloppant les siens dans une étreinte qui lui mit les larmes aux yeux. Elle avait oublié ce qu’était la douceur, oublié l’affection, oubliée à quel point ce simple contact humain pouvait faire du bien. Elle leva les yeux et les plongeant une fois de plus dans ce bleu surprenant. L’ombre qui passa dans le regard de son ami, lui serra le cœur, mais elle se contenta de la mettre sur le compte des nouvelles qu’ils avaient tous deux appris ce soir. Le sourire qui étira les lèvres du jeune homme força une réponse naturelle sur celle de Laura. Les paroles de Lazlo, l’enveloppaient, comme un baume cicatriciel, tout en titillant sa culpabilité. Elle savait, au fond d’elle-même qu’il avait raison, que ce n’était pas entièrement de sa faute, mais elle détestait cette perte de contrôle d’elle-même. Cette impression constante de ne plus se maîtriser, de n’avoir aucune emprise sur la créature qu’elle était désormais. Quand les lèvres de Lazlo se posèrent contre ses paumes, elle trembla légèrement. Les larmes lui montèrent aux yeux, quand une fois la surprise passée, elle se rendit compte, qu’elle était tétanisée par la peur. Ses mains, celles-là même, qui avaient tué Richard, était en contact avec Lazlo depuis si longtemps. Elle aurait pu se nourrir de lui sans s’en apercevoir. Elle sera les dents, clignant des yeux à plusieurs reprises pour éloigner les larmes. Elle devait faire attention, elle avait oublié, l’espace de quelques minutes ce qu’elle était. Et ces quelques minutes auraient pu tuer Lazlo. Elle déglutit et chassa cette pensée. Elle s’était nourrie, un peu au moins, elle devrait normalement avoir un peu de répit. Elle pouvait se détendre un peu, au moins pour le moment. «  Merci… » Sa voix était éraillée, d’avoir trop pleuré, d’avoir trop parlé. Elle se racla un peu la gorge. «  Vraiment… Merci… De me laisser rester ici et de… M’accepter, je suppose. » Un sourire bancal étira ses lèvres quand il lui sourit en retour et glissa sa main contre sa joue. Elle appuya son visage contre la paume de son amie. Elle était intriguée par tout ce qui avait bien pu se passer depuis sa disparition. Elle ne savait que peu de choses sur la Nouvelle-Orléans, les informations qui réussissaient à filtrer jusqu’à son campement étaient souvent à moitié vraies. L’idée de dormir dans un vrai lit ravi la blonde. Elle avait dormi par terre puis sur un lit de camp défoncé pendant si longtemps que la simple idée de s’allonger sur un matelas et de disposer d’une couette, suffit à faire briller ses yeux de plaisir.

Elle laissa son rire se mêler à celui de Lazlo, goutant la légèreté de l’instant comme on mangerait un bonbon acidulé. «  J’admets qu’ils ne sont pas en très bon état. Mais, ils ont traversé le bayou en long, en large et en travers ! J’aimerais bien voir ton état après ça tiens ! » Sa voix s’adoucit et elle lui offrit un sourire maternel. «  Mais je ne voudrais pas te priver de quoique ce soit, je sais bien que tout est trop cher ici, je me contenterai de ce dont tu n’as pas besoin. » A son tour, elle laissa sa main glisser contre la joue de Lazlo, appréciant la sensation de sa barbe contre sa paume. Elle se leva à sa suite, découvrant du regard l’appartement qu’elle n’avait pas vraiment pu observer. Elle appréciait la décoration qui correspondait profondément à l’image que Lazlo offrait. L’appartement était un joyeux bordel, chaleureux et exubérant. Elle remarqua que Dita, puisqu’il s’agissait du nom de la colombe, voletait de meuble en meuble, les fixant de son regard trop intelligent. Elle entra la chambre pour y découvrir un lit, ou s’entassait des coussins, des plaids et des tissus de toutes les couleurs. Elle sourit devant ce lit, imaginant Lazlo récupérer des choses un peu partout dans l’appartement pour lui créer un nid douillet. Elle serra la main de son ami dans la sienne, profondément touchée par l’attention. Elle s’approcha de la chaise et toucha les vêtements. Des sarouels légers, dans des teintes chatoyantes, des débardeurs colorés, des pulls, le tout dans des matières douces et agréable à porter. Le prénom de la détentrice de toutes ses affaires résonna dans sa tête, évoquant des boucles chocolat, un rire franc et fort et une présence chaleureuse, forte et courageuse. «  Mohini ? » Elle répéta le prénom le laissant rouler sur sa langue. « Encore une fois, je n’arrive pas à visualiser quelqu’un, mais… » Elle réfléchit encore un peu. «  Mais… Je l’aime bien. Ça, j’en suis sûre. Et… J’ai du respect pour elle. » Elle sourit en jouant doucement avec l’étoffe qu’elle tenait. Ainsi, les membres du groupe de résistant dont elle avait fait partie s’étaient inquiétés pour elle ? L’idée qu’un groupe de gens, qui ne soit pas sa famille, ait pu tenir à elle, lui réchauffa une fois de plus le cœur. Elle tourna la tête vers Lazlo, soupira et s’assit sur la montagne de coussin.

« Non, ne leur dit pas tout de suite, enfin… » Elle mordilla son pouce. «  Si, dis-le, à ceux dont j’étais vraiment proche. Je veux récupérer mes souvenirs, et je suppose que revoir des gens dont je suis proche ne pourra que m’aider. » Elle esquissa un mouvement de main, indiquant que de toute façon, ça ne pourrait pas être pire. « Honnêtement, je suis fatiguée, mais pas tant que ça. J’ai appris beaucoup de choses et une bonne nuit de sommeil ne me ferait pas de mal, c’est certain… Et à toi non plus d’ailleurs… » Elle laissa échapper un petit rire en caressant distraitement un coussin. « Mais j’ai aussi envie d’en savoir plus sur tous ces gens qui me connaisse et dont, je ne me souviens pas… » Elle se laisse échapper un long bâillement, la fatigue du voyage et de cette discussion compliquée, la rattrapant. Sans vraiment réfléchir, elle dit la première chose qui lui passe par la tête. « Je suis vraiment contente de t’avoir retrouvé Lazlo… » Elle ferme les yeux quelques secondes et se redresse finalement, avant de planter son regard dans celui de son ami. Il est si beau, avec ses yeux tristes et son visage fin. « Merci, encore une fois. » Elle n’aura jamais assez de mots ou de temps, pour lui exprimer sa gratitude. Il l’a accepté sous son toit, alors qu’il sait ce qu’elle est, et la beauté de son geste resteront graver au fer rouge dans les souvenirs de Laura. Après, quelques phrases échangées, elle se lève et dépose un baiser sur la joue de son ami, dans un geste qu’elle sait avoir effectué à de nombreuses reprises, sans s’en souvenir pour autant, et Lazlo quitte la pièce, la laissant seule.

Elle tourne dans la pièce, avant de décider qu’elle n’arrivera pas à dormir tout de suite. Le tas de vêtements, lui fait de l’œil, alors elle commence à plier les vêtements. Un geste qu’elle faisait régulièrement dans leur campement, qui la rassure sur la tangibilité de sa situation et lui permet de réfléchir un peu. Elle a été… Est marié. Elle est mère. Elle était résistante. Elle est mère. Le mot tourne, tourne, tourne, dans sa tête. Elle a porté un enfant, a été appelé maman. Il y a des enfants, quelque part dehors, qui cherche peut-être encore leur maman, qui porte son nom. L’idée lui fait tourner la tête et sert son cœur. Des enfants. À elle. Trois en plus. Quel âge ont-ils ? À quoi ressemblent-ils ? Ont-ils les yeux de leur père ? Ce regard qui tout en lui brisant le cœur, lui donne l’impression d’être vivante ? Elle s’assoit sur le lit et jette un regard à la pile de vêtements désormais pliés. Sa tâche accomplie, elle se sent un peu plus légère. Elle s’allonge finalement dans le lit, écoute les bruits de l’appartement, Lazlo qui se déplace, les oiseaux qui roucoulent sur le toit. Et elle se sent, pour la première fois depuis si longtemps, en sécurité. Elle se sent à la maison. Cet appartement fait de bric et de broc, lui rappelle ce qu’il y a de bon, dans le fait d’avoir un foyer. Elle sourit et roule sur le côté, posant son regard sur la pile de vêtements. Elle a des vêtements, propres et secs, à enfiler demain matin. Et cette idée lui tire un sourire.

Toujours incapable de dormir, elle réfléchit aux informations que lui a données Lazlo. L’homme qu’elle voit dans ses souvenirs doit probablement être son mari. Elle rougit, en se rendant compte, qu’elle ne sait même pas réellement qui est cet homme sur lequel elle fantasme depuis des années. Elle ne sait pas qui il est, mais elle sait qu’il est important et peut-être que cette information est suffisante. Si elle l’a épousé, c’est qu’il doit être quelqu’un de bien. La résistance revient aussi. Qu’est-ce qui a pu la pousser vers un groupe de résistant ? Elle frotte son front, la migraine revenant de plus belle. Elle posera les questions à Lazlo quand il sera réveillé. Elle finit par s’endormir, enfouie sous la tonne d’oreiller et de couvertures apportées par son ami. Ses pensées, tellement occupées par les nouvelles informations apportées par son ami, qu’elle ne s’est même pas rendue compte que la faim qui revient, de cette sensation de creux dans son estomac.

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MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Dim 19 Fév - 3:25


La soirée avait été longue et éreintante. Elle commençait à se faire sentir sur les deux résistants, les engonçant dans un cocon tendre, alourdissant leurs paupières, assèchant leurs gorges. Et s'ils continuaient d'échanger quelques paroles, de chercher du sens à donner à tout ce qui avait été révélé, l'épuisement se faisait ressentir. Le flot pourtant d'apparence intarissable de paroles commençait à se tarir. La discussion n'était plus aussi vivace qu'elle l'avait été. Et le geste de Laura, cette main qu'elle avait glissée avec une certaine tendresse contre la joue de l'Oiseleur, le poussa à fermer les yeux, se laissant apaiser tant par sa proximité que la fatigue.

Laura. Ils l'avaient tellement cherchée, ne trouvant comme écho à leurs hurlements que le silence. Un silence de mort, têtu et obsédant, un silence qui n'annonçait rien d'autre que ça. La mort. Ils l'avaient crue morte, et pourtant ils avaient continué de la chercher en vain. De mémoire, Lazlo était persuadé que Mikkel lui avait confié que son père était encore en train de secouer ciel et terre pour avoir un jour la chance de la revoir. Une quête désespérée selon les dires de son fils, et pourtant Lazlo la comprenait. Si Mikkel lui-même avait disparu du jour au lendemain sans la moindre once d'explications, il n'aurait jamais cessé de le chercher. Probablement jusqu'à sa mort. Avec un sourire vaporeux, il pressa sa joue contre la main apaisante de son amie. L'idée même qu'un jour, le père Ievseï retrouverait la quiétude qu'il éprouvait ce soir-même suffisait à regonfler son cœur d'espoir. Ne jamais abandonner. Jamais. La preuve était là, alors qu'il rouvrait les yeux sur son amie. Laura était de retour et la Terre pouvait recommencer à tourner.

-Non t'as raison, autant te laisser le temps de te poser un peu. Les autres attendront. C'pas comme si t'allais disparaître à nouveau, d'un coup, comme un ninja. A moins que tu n'aies intégré un dojo, en vrai, et que tu m'aies raconté toute ton histoire en dehors des murs juste pour brouiller les pistes !

La fatigue faisait divaguer son esprit, et il se fendit d'un nouveau sourire malicieux à son égard. Bien sûr qu'il la croyait. Il l'aurait crue avec ou sans meurtre, avec ou sans dojo, avec ou sans amnésie. Parce que c'était Laura, parce que c'était comme ça qu'il l'avait toujours connue, parce qu'il savait qu'elle était de ces rares personnes capables d'une droiture exceptionnelle. Capable de soulever des montagnes juste par le pouvoir de ses convictions, tout en ménageant toujours un havre de paix et de calme dans ce chantier monumental. Parce que c'était Laura. Il l'aurait suivie jusqu'en Enfer, parce qu'il savait pertinemment que même si elle était forcée d'y botter quelques culs, elle serait capable d'en faire quelque chose de beau.
Laura, et cet or qui lui coulait entre les doigts. L'écoutant, il acquiesça doucement, réfrénant un bâillement épuisé. Si elle lui assurait ne pas être terriblement fatiguée, il n'en était pas de même pour lui. Il commençait à bien accuser le coup, les émotions à la pelle lui étant tombées sans prévenir sur le coin du museau, comme des giboulées en Février. Une surprise à qui n'avait pas prévu son parapluie, ce qui était, malheureusement, son cas. Considérant qu'inventer un parapluie à sentiments serait une formidable invention, il s'adossa à l'encadrement de la porte en la laissant explorer ses nouveaux quartiers. La suivit du regard alors qu'elle laissait ses doigts glisser le long des coussins, comme s'imprégnant des liens. Là, au milieu de cette chambre d'amis colorée dans un état de bazar avancé, ses longs cheveux blonds, abîmés mais brillants sous la lumière, elle ressemblait à une peinture de Mucha, la symétrie en moins. Une association qui gonfla son coeur d'une nouvelle vague de tendresse nostalgique. Sa mère adorait Mucha. Elle adorerait probablement Laura, aussi, pour peu que le jeune homme prenne sur lui de faire se rencontrer les deux femmes. Chose qu'il n'avait jamais faite. Elle avait suffisamment perdu avec l'Apocalypse et les Arènes. Faire basculer la vieille Norvégienne dans la Résistance était trop risqué pour elle.

Ses pensées divaguaient vraiment beaucoup trop. Croisant les bras devant son torse avec l'espoir que le contact l'aiderait à se réveiller un peu, il répondit d'une voix un peu pâteuse :

-On a tout notre temps pour en parler demain, t'en fais pas. Et vu qu't'as clairement pas l'intention de filer, j'peux sereinement dire qu'on verra ça demain. Certain à 200% !

La Résistance attendrait. Ses proches attendraient. Ils l'avaient tous attendue pendant des années, alors une journée de plus ou de moins ne changerait pas grand chose. D'autant qu'à ce bâillement qu'elle venait d'avoir, elle était bien plus fatiguée qu'elle le prétendait. Elles étaient comme ça, les mamans. Elles voulaient toujours que les plus jeunes ne les voient pas dans un état de faiblesse. Une fierté qu'il avait toujours trouvée admirable chez son amie. Ca et cette gratitude qu'elle lui exprimait une nouvelle fois, qui le prit un peu de court. Qui s'insinua rapidement sous sa peau, réveilla sa culpabilité, provoquant un filet de sueur froide le long de son échine. Avec un grimace gênée, l'Oiseleur passa une main paresseuse dans ses cheveux, se frottant la nuque :  

-T'as pas à me remercier, tu l'sais bien. C'est normal, tout ça. T'es ma pote. Et même si tu t'en souviens pas, tous mes potes sont les bienvenus autant de temps qu'ils le veulent au Château Andersen, tant qu'ils ont rien contre les boxers qui traînent. Donc prends tes quartiers, Laura, t'en as le droit.

Il opéra une légère révérence théâtrale, la même qu'il servait à tout le monde quand il parlait de son appartement moisi comme d'un Château. Laura était une invitée de marque, après tout. Et cette maudite culpabilité qu'elle avait réveillée le pousser à exagérer quelques peu ses réactions. Juste un peu. Juste assez pour que son amie ne le remarque même pas. Il y avait des choses qu'elle faisait mieux de ne pas apprendre tout de suite.
Une petite pointe de douleur dans son cœur, car Laura avait rouvert la bouche. Lui adressant un léger sourire épuisé, il se détourna, lui lançant un regard aussi doux que triste :

-Et j'suis heureux que tu m'aies retrouvé. Dors bien Laura, à demain.

Tirant doucement la porte, il prit congé. Toujours perchée sur son guéridon, Dita. Il lui sembla un instant qu'elle lui lançait un regard inquisiteur. A croire qu'elle savait, la douce Oiselle, qu'elle savait quelque chose qu'il ignorait. Ou peut-être qu'il était tellement épuisé qu'il commençait à se faire des idées sur à peu près tout et son contraire. D'un pas lent, il se faufila jusqu'à son salon pour attraper son tabac et ses feuilles. Il pouvait sentir le regard curieux de sa colombe scruter chacun de ses mouvements. Occupé à écraser une tête de beuh entre ses doigts puis à la mélanger au tabac, il leva le visage dans sa direction. Ils savaient tous les deux ce que ça voulait dire. Une aide pour dormir. La culpabilité ne le rongerait pas cette nuit, tout du moins serait-il assez cuit pour ne pas s'en souvenir. C'était ça l'idée. Une excellente idée pour éviter de trop réfléchir.
Parce qu'il en avait, des choses à penser. Parce que le retour de Laura signifiait bien des choses, bien plus qu'il n'aurait jamais pu imaginer. Elle allait devoir refaire entièrement sa vie dans un monde qui avait anciennement été le sien. Refaire sa vie et sa mémoire, recouvrer des bribes de souvenir, retrouver les siens. Eprouver cette terrible déception de ne pas les reconnaître, supporter la déception de ses proches que cette absence de mémoire pourrait flouer. Un état de fait qu'il n'était pas bien capable d'assumer, sur le moment présent.
Le craquement d'une allumette. La flammèche ondula sous ses mouvements, avec une forme de gaieté passive qu'il ne partageait plus. Il y avait trop de choses à penser. Pas assez de temps. Et le goût enivrant de la dope dans ses poumons qui l'emportait aussi doucement que l'épuisement. Les minutes filèrent, leur flot constant emportant avec elles les douleurs, les peines, les questions, le manque de réponses. Engoncé dans son fauteuil, il pouvait entendre d'une oreille distraite qu'il y avait du mouvement dans la chambre d'amis. Laura ne trouvait pas facilement le sommeil. Laura était en train de faire ce que font toutes les mamans : de l'ordre. Il esquissa un sourire évanescent à cette idée. Ce n'était pas comme si elle n'avait jamais essayé, par le passé. Certaines choses ne changeaient jamais. Son joint achevé, il se redressa pour s'étirer. Comme un signal, Dita voleta pour se percher sur son épaule, se laissant porter comme une Reine jusqu'à la chambre de l'Oiseleur. Son nid personnel, un de ses nombreux nids, l'attendait sur la commode de sa chambre. Se penchant, il la laissa sautiller joyeusement jusqu'à ses propres quartiers, avant de tirer la porte. Il ne mit pas longtemps avant de se retrouver sous les draps. Et se laissa bercer par le bruit lointain des rangements de Laura comme celui de Dita lissant ses plumes, les deux Oiselles s'offrant un duo improvisé de nettoyage rassérénant. Le sommeil ne tarda pas à l'emporter loin, bien loin d'elles.

~¤~

Ses doigts, des doigts couverts de cicatrices peu profondes, couraient le long de la peau nue. Une peau douce, ferme, qui réagissait à leur passage, les poils blonds se hérissant subrepticement. Contre sa gorge, il pouvait sentir un souffle chaud, régulier. Là, tout contre sa peau. Tout contre son cœur, les battements apaisés du sien. Mais il ne pouvait détacher son regard de la progression de ses propres doigts sur cette peau chaude et nue. Les explorateurs remontèrent le long d'une côte, escaladèrent la courbe pour mieux se faufiler jusqu'à son omoplate. Un grognement, tout contre sa gorge, et son amant qui remuait lentement. Il retint ses doigts en suspension dans l'espace le temps que le brun enroule ses bras d'avantage autour de sa taille, se blottissant paresseusement contre lui. C'était rare, que Mikkel l'enlace comme ça. Mais Lazlo n'allait pas le repousser. Pas alors que ces instants volés, ces instants de paix et de douceur uniques lorsque le sommeil plongeait son amant dans une sérénité rare, étaient tout ce qui lui permettait de continuer. Pas alors que là, serré comme un doudou, il sentait son cœur battre doucement au même rythme que le sien, pompant des bouffées toujours plus douces de tendresse. Retenant son souffle, il attendit le soupir profond qui signalait que le brun se rendormait. Ses doigts reprirent leur cheminement, escaladant l'omoplate pour suivre la colonne vertébrale. Pas de nœuds. Pas de tensions. Juste le calme et la paix qu'apportaient le sommeil. Juste cette nouvelle bouffée dans tout son corps, cette sensation si douce, si agréable. Cette vague d'amour sombre et puissante, envahissante, mais tellement acceptable dans des instants pareils. Ses doigts se glissèrent dans les mèches brunes, les caressant doucement.

Nouveau grognement. Nouveaux mouvements. Lazlo pencha la tête pour embrasser ses cheveux, avant de reculer un peu le menton pour croiser son regard embrumé. Deux mares d'acier un peu lointaines, supplantées de sourcils marqués, interrogatifs. Mikkel au réveil avait l'air d'un enfant. Encore plus après une nuit épuisante  dont les marques se dessinaient, violacées, contre le creux de son cou ou sur son épaule. De nouveau cette bouffée d'amour. De nouveau son sourire qui s'étirait tout seul sous sa barbe, alors qu'il lui murmurait doucement :

-Rendors-toi, Saint Homme, les trompettes de Jéricho n'ont pas encore sonné, t'as l'temps de roupiller un peu plus.

Son cœur qui galopait dans sa poitrine, lui, avouait d'autres choses. Lui, qui avouait qu'il le trouvait si beau dans les brumes du réveil après l'amour. Lui, qui avouait tout, tout et le reste.
Lui qui avouait tout ce que ses paroles ne sauraient jamais dire.
Lui, qui lui avouait qu'il l'aimait si fort, tellement fort.


~¤~

Un sourire lointain s'était dessiné sur son visage, du fin fond de sa torpeur. Un sourire doux, calme, le sourire qu'ont les enfants quand ils rêvent de tout ce qu'ils aiment. Qu'ont les plus grands quand ils pensent à tous ceux qu'ils aiment. Il sentit comme une gêne sur son bras, pas suffisamment pour le réveiller, mais suffisamment pour lui arracher un léger grognement de protestation. Probablement Dita qui était venue picorer sa peau, comme il lui arrivait des fois de le faire. La drogue aidant, il ne quitta pas ses rêves pour autant. D'un mouvement hasardeux, mou, il passa une main sur son bras, dans une tentative pas bien gaillarde de se débarrasser de la gêne.
Puis, le même soupir profond. Le sommeil avait repris son empire. Le sommeil continuait de happer sa conscience, teintant de noir le visage doux, perdu, de Mikkel, prêt à poursuivre la cavalcade entêtante des rêves.

~¤~

Des cris. Des cris et cette panique qui lui empoignait les entrailles, qui lui coupait le souffle. Qui faisait monter l'angoisse, et avec elle, un début de crise qu'il retenait tout juste. Avec la force du Saint Esprit, la pensée lui avait traversé l'esprit. Mohini devant lui qui lui faisait des signes pour qu'il arrête de s'avancer le long du muret, alors qu'elle avait rejoint celui d'en face. Silencieusement, elle avait fait glisser son pouce le long de sa gorge, de gauche à droite. Danger.
Mais ces cris. Mais cette voix. Celle d'un jeune homme qui poussait des protestations haut et fort. Cette voix qu'il reconnaîtrait entre mille. Laura le suivait de près, recourbée elle aussi pour rester cachée par le muret. Rapidement, il s'était retourné vers elle pour l'inciter à ne plus bouger. Mais le regard qu'il croisa lui fit manquer un battement de cœur. Il ne l'avait jamais vue comme ça. Son visage habituellement si doux, ou si concentré, exprimait une expression qu'il ne lui connaissait pas. Ses grands yeux clairs étaient grands ouverts. Reflets de l'âme, il paraît. Ce qu'il y lisait là, ce soir là, malgré l'obscurité, était un effroi sans précédent. Ce qu'il y voyait était le reflet non seulement d'une terreur inconnue, mais aussi celui d'une réalisation dont il n'arrivait pas à comprendre la portée. Elle semblait figée. Elle l'était, tout autant que lui.

Rongé par la crainte, il risqua un coup d'oeil par-dessus le parapet. Trois miliciens, aux prises avec un civil. Un civil qui refusait de se laisser faire, les deux mares d'acier qu'étaient ses iris lançant des éclairs. Ces putains de mares d'acier. Lazlo avait repris aussitôt sa cachette, serrant son pistolet entre ses mains tremblantes, le canon pointé vers le bas. Il était bon tireur. Mohini aussi. Il suffirait qu'ils s'y mettent tous les deux et le civil serait tiré d'affaire. Mikkel serait tiré d'affaire. Il jeta un coup d'oeil à la punjabi, qui acquiesça en retour. Il n'avait besoin que d'une seconde.

Une seconde de trop. Un mouvement bref, désorganisé à côté de lui. Il se retourna pour voir que Laura n'avait plus la même expression. Que Laura n'était plus la femme douce et composée qu'il avait toujours connue. Cru connaître. Fébrile, elle chargeait des balles dans le pistolet qu'elle s'était toujours refusé d'utiliser. Son visage était celui d'une louve qui vient d'entendre hurler un de ses petits. Sueur froide. Elle connaissait Mikkel. C'était ça qu'il lisait sur son visage. D'un mouvement bref, ferme, il avait apposé sa main sur l'épaule de son amie, pour la pousser au calme. Pas de réponse. Juste un regard. Le regard d'une mère déterminée à sauver son rejeton.

Un nouveau cri. Tout alla très vite. Trop vite. Laura s'était redressée, et Lazlo eut tout juste le temps de prendre appui sur le sol pour lui faire une balayette. Elle perdit l'équilibre avant d'avoir pu dépasser le haut de la murette. Les longues mèches blondes, luisantes, s'échappèrent du bonnet noir qui les contenait. Elle lui offrait sa nuque. Il n'avait pas le choix.
Le canon du pistolet au creux de sa paume, il leva le bras...

~¤~

Quand il ouvrit les yeux, le soleil s'était déjà levé. Sa bouche était pâteuse, il avait soif, et la sensation que sa nuit de sommeil avait été trop courte. C'était étrange, comme sensation. Surtout qu'il s'était endormi après avoir tété un joint, ce qui, en général, lui garantissait une nuit courte mais reposante. Mais là, c'était comme s'il avait couru le marathon pendant son sommeil. Ses muscles étaient engourdis, et une vague de froid le poussa à tirer sa couette par-dessus ses épaules alors qu'il enfonçait son nez dans son oreiller. Sortir du lit n'était jamais un problème, chez lui. Il était matinal de nature, une qualité rare qu'aucun des membres de sa famille ne partageaient. Alors que le réveil lui soit aussi douloureux était vraiment peu commun. Peut-être que les émotions de la veille avaient eu un impact sur lui. Ou peut-être qu'il couvait quelque chose.

Au terme de douloureuses minutes, il avait fini par s'extirper de son lit. Un coup d’œil à la commode. Dita n'était pas dans son nid, mais il ne s'en inquiéta pas outre mesure. Il lui laissait toujours une fenêtre ouverte dans le salon pour qu'elle vive sa vie, et il ne lui semblait pas avoir fermé la porte de sa chambre en allant se coucher.
Et pourtant. Pourtant Dita était absente mais la porte de sa chambre était bel et bien fermée, ce qu'il ne faisait quasiment jamais. Il fronça les sourcils, surpris. Avant de se dire que peut-être que Dita l'avait refermée d'une façon qui défiait toute logique. Elle était maline cette petite. Rien ne le surprendrait venant d'elle, à part peut-être si elle se mettait un beau jour à lui parler.

La porte de la chambre d'amis était aussi fermée que la veille, malgré l'heure avancée de la matinée. Un sourire tendre creusa ses lèvres charnues. La soirée avait été épuisante, bien trop chargée en émotions et en informations pour son amie. Elle était probablement encore en train de dormir. Et il n'avait absolument pas le cœur à la réveiller. Se faufilant jusqu'à la cuisine, il se fit chauffer du café, avant de rejoindre un tableau d'ardoise d'écolier qu'il avait récupéré lors d'une de ses sorties, et qui trônait à présent fièrement sur le frigo, fixé à la super glu. Un petit bâtonnet de craie, attaché à la hanse du frigo avec de la ficelle de cuisine, pendait gracieusement devant lui. Il l'attrapa et griffonna rapidement "J'suis en haut, si t'as envie de tenir la chandelle" avant de remplir un mug avec le café chaud. D'en laisser un, vide, en évidence à côté de la gazinière éteinte. Et de filer par l'escalier de secours pour rejoindre le toit de l'usine désaffectée. Après tout, il avait un rendez-vous galant prévu avec une bonne dizaine de ses ex.

Accéder à la Volière avait été plus difficile que prévu. Ses jambes étaient lourdes, son souffle court, comme s'il avait vraiment manqué de sommeil. Comme s'il avait vraiment, effectivement, couru le marathon toute la nuit. Un état de fait dont se moquaient ses protégés, qui l'accueillirent avec une cacophonie de claquements d'ailes, de roucoulements courroucés et de piétinements sur les perchoirs de récupération. Quelques curieux se hasardèrent à se poser sur son avant bras, et il vit deux becs se rapprocher de son mug de café, le jaugeant avec curiosité. Pouffant dans sa barbe, Lazlo ouvrit la petite fenêtre sécurisée et recula aussitôt d'un pas. Tous les pigeons s'envolèrent vers la liberté sans demander leur reste, à part quelques flemmards qu'il poussa vers la sortie d'un mouvement du bras.
Être avec ses bêtes l'aidait à réfléchir. Laissant l'accès libre à ses pensionnaires, il sortit de la Volière et s'assit sur l'une des cheminées d'aération désaffectées. Sirotant son café, il suivit distraitement le vol organisé de ses oiseaux. Ils étaient beaux, dans leur unité. Si beaux, dans leur liberté. Une brise légère les portait vers l'Est, soufflant dans ses cheveux, rafraichissant sa nuque. Ébouriffant ses pensées.

Pourtant le bruit de chaussures sur l'escalier métallique, dans son dos. Se retournant, il adressa un sourire radieux à son invitée.

-Hey Laura, bien dormi ? Le café était encore chaud ?


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MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Ven 10 Mar - 23:01


Elle est si fatiguée. Elle le sent dans ses muscles, ses os et ses yeux qui brûlent chaque fois qu’elle cligne. Le lit est confortable, la couverture chaude, le matelas moelleux et les coussins semblent créer un rempart entre elle et le monde, mais malgré ça, elle n’arrive pas à dormir. La voix de Lazlo, son sourire et la tendresse dans ses yeux ne quittent pas son esprit. Elle tourne en boucle les phrases qu’il a prononcées, ce qu’il lui a dit, ces enfants, son mari, la résistance. Mère. Femme. Résistante. Amie. Tellement d’informations, que son cerveau, épuisé, essaie en vain de cataloguer, de faire résonner avec une quelconque trace de souvenir qui trainerait dans un coin abandonné de son esprit. Mais comme toujours les idées se heurtent en boucle à ce mur qui semble l’enfermée au centre d’elle-même, sans qu’elle puisse avoir accès à ce qu’elle est. Elle soupire, se retourne encore une fois avant de se lever. Elle déplie le linge qu’elle a plié et recommence la tâche qu’elle a effectuée quelques minutes plus tôt. Elle tend l’oreille, écoute Lazlo faire sa vie de l’autre côté de la porte, dans son salon. Ses sens décuplés lui permettant d’entendre le craquement de l’allumette, le bruit ténu de la feuille qui brûle et celui du souffle de son ami. Elle sent aussi, elle sent l’herbe qu’on fume, odeur qui lui serre un peu le cœur sans qu’elle comprenne pourquoi, celle des oiseaux, là-haut sur le toit, qui entre par la fenêtre entrouverte, celle de la poussière qui flotte dans la pièce. Elle entend le battement d’aile de Dita puis le pas de Lazlo dans le couloir, le bruit de quelqu’un qui se couche et puis finalement le silence, uniquement perturbé par les bruits de la ville endormie. Alors, seulement, elle se recouche et reprend ses allers-retours entre les draps.

Elle s’est finalement endormie, se réveillant comme toujours en sursaut. Il fait noir, la nuit est encore jeune et elle se lève doucement, grinçant des dents au son du sommier qui couine sous son poids. Elle a faim et dans les limbes d’un semi-sommeil, elle se dirige naturellement vers la cuisine pour se servir un verre d’eau avant de se souvenir qu’elle ne boit plus… Qu’elle ne mange plus non plus. Alors elle fait demi-tour et reprend le couloir, elle sursaute, quand la respiration de Lazlo change dans sa chambre et glisse sa tête par l’ouverture de la porte, découvrant son ami, allongé au milieu de ses draps. Un sourire attendri étire ses lèvres, elle s’appuie quelques secondes contre le battant, profitant de cette vision de paix. Il dort comme les enfants, de tout son saoul, les bras écartés et la couverture repoussée. Elle s’approche et commence à remonter la couverture sur ses épaules découverte, consciente que bien qu’elle ne s’en souvienne pas, elle a probablement dû le faire plus d’une fois. Ses yeux dérivent sur le visage paisible de Lazlo et elle repousse du bout du doigt une mèche de cheveux qui pend sur son visage. Sa main, inconsciemment, se pose sur le bras du jeune homme et avant qu’elle ne puisse comprendre ce qu’elle est en train de faire, elle plonge tête la première dans son rêve. Assise sur le lit, près de lui, les yeux écarquillés devant ce qu’elle voit, elle n’a pas encore conscience de se nourrir de lui. Des cheveux bruns, des yeux d’un gris qu’elle ne connait que trop bien, un visage qui se marque instantanément dans son esprit. Si beau, si doux. Les sentiments de Lazlo, mêlé aux siens, font couler quelques larmes sur ses joues, mais elle ne s’en rend pas compte, obnubilé par ce visage qui lui fait face.

Mais Lazlo bouge et il essaie de retirer la main sur son bras, mais elle est plongée si fort dans son repas qu’elle ne réagit pas. C’est faux, elle est si curieuse qu’elle ne réagit pas, elle a eu un aperçu de ce qu’il se passe dans la tête de son ami et elle en veut plus. Le décor change, évolue, la nuit s’installe et le cri qui résonne dans le noir la frappe en plein cœur. Oh, elle connait ce cri, elle sait très bien ce qu’il va se passer après ce cri. Elle visualise, a travers le filtre de la vision de Lazlo, ce cauchemar qu’elle fait si souvent. Elle tremble sur le lit, elle sait ce qui va se passer, elle sait que le noir va tomber et qu’après sa vie ne sera qu’un tas de cendres. Elle se voit dans les yeux de Lazlo, voit la rage qui l’habite, quand on s’attaque à ce jeune homme, qu’elle ne connait pourtant pas, mais dont le souvenir la hante. Inconsciemment, ses doigts agrippent le bras de son ami et elle voit la fin de ce cauchemar. Celle qu’elle ne voit pas en temps normal. Elle le voit lever son bras, elle voit la crosse s’écraser sur sa nuque, elle se voit s’effondrer. Elle lâche le bras de son ami avec un gémissement, culpabilité, colère et tristesse se menant une guerre sans merci dans son crâne. Elle regarde le corps endormi sur le lit et elle se redresse en vitesse, ferme la porte et va s’enfermer dans la chambre qui lui a été attribuée.

Assise sur le lit, elle fixe ses mains. Les mains du monstre. Elles tremblent et elle les écrase entre ses cuisses. Elle n’arrive pas à décider qu’elle émotions doit prendre le dessus. Elle ne sait pas. C’est trop, trop d’un coup, trop pour son cerveau épuisé, trop pour son corps au bord de la cassure. Elle laisse les larmes couler sur ses joues, la tristesse ayant finalement gagnée la bataille, du moins pour le moment. Les larmes coulent et elle se berce, les bras enroulés autour d’elle-même, laissant la perte de ses proches, de ses souvenirs, de sa vie, s’écouler avec elles. Elle ne sait pas comment gérer ce qu’elle vient d’apprendre, ce qu’elle vient de voir non plus d’ailleurs. Puis les larmes s’évanouissent, laissant place à la colère. Froide et dure comme de la pierre, si différente de ce qu’elle est. Lazlo… Lazlo lui a menti, bien sûr qu’il sait ce qu’il lui arrivé. Il lui a pris sa vie, a fait d’elle un monstre. Toute cette peine, les mois a essayer de reparler correctement, ceux à essayer de se retrouver, ceux à chercher en vain des proches qu’elle ne retrouvait pas, ceux passer dehors, au milieu du bayou et des zombies. La faim intarissable, la mort de Richard, tout, tout est de la faute de Lazlo. L’espace d’un instant, elle regrette de ne pas l’avoir tué en se nourrissant. Puis la culpabilité, sa vieille amie revient à la charge, ce sentiment, elle le connait, elle sait comment la gérer. Alors, elle l’accueille à bras ouvert. Parce qu’au moins, elle est familière. Elle s’en veut d’avoir ne serait-ce qu’envisager de tuer Lazlo, qui doit probablement culpabiliser de l’avoir privé de ces souvenirs. Certes, il l’a assommé, mais c’était pour son bien. S’il ne l’avait pas fait, elle serait probablement morte aujourd’hui. Son arme était chargée et elle sait qu’elle n’aurait pas hésité à descendre tous ceux qui entouraient le jeune homme.

Le visage s’imprime dans son esprit, la détournant pour un temps de la colère, la tristesse et la culpabilité, les remplaçant toutes par un profond sentiment d’attachement. Elle laisse le sentiment prendre le dessus, la chaleur se répandre contre son cœur, l’envelopper de ses bras chauds et doux. Elle aussi elle l’aime ce jeune homme, elle ne se souvenait pas de son visage, mais, elle l’aime. Pour une fois, ce n’est pas ces yeux effrayés qu’elle croise, mais ceux endormis qu’elle a vus dans le rêve de Lazlo, la douceur qui se dégage de ce regard lui tire un sourire. L’Astre. L’expression, d’un temps qu’elle sait plus heureux, traverse son esprit et vient se loger dans la boite des souvenirs qu’elle récupère petit à petit. Ainsi, L’Astre, faisait partie de cette vie qu’elle a perdue, la question reste de trouver la place qu’il occupait.

Elle a l’impression d’être une girouette, oscillant entre ses sentiments, sur le fil de la démence. Elle attrape un coussin, le porte à son visage et hurle dedans. La rage, semble remplacer toutes les autres. Oh, qu’elle est belle la rage qui efface tout ce qui fait mal. Mais elle ne dure pas cette rage, elle retombe comme un soufflé qu’on aurait cuit trop longtemps et elle se retrouve à nouveau les bras ballants sur le lit, le coussin désormais sur le sol. Elle inspire profondément, consciente que si elle ne se calme pas, elle va devenir folle. Alors, elle ouvre la porte de sa chambre et ouvre grand les oreilles, concentrées sur le bruit paisible de la respiration de Lazlo. Elle sort de la pièce et se dirige à petit pas vers le salon. Sur la table, le nécessaire à fumer du jeune homme. Elle le regarde quelques minutes, se demandant si fumer ne pourrait pas l’aider à mettre de l’ordre dans ses pensées, mais elle secoue la tête et prend la direction de la trappe qui mène au toit. Elle sort et la fraicheur de l’air la frappe de plein fouet. Elle tremble un peu et s’assoit par terre, près de la volière où les pensionnaires du jeune homme dorment du sommeil du juste. Elle ne sait pas quoi faire, elle a reçu tellement d’informations ce soir qu’elle a l’impression qu’elle pourrait s’évanouir sous la tempête qui tourne sous son crâne.

Elle coince sa tête entre ses genoux, respire lentement et après quelques minutes de ce traitement, prend un temps pour traiter les informations une par une, en repartant du début. Elle est mère, épouse, résistante. Elle a trois enfants. L’un d’entre eux pourrait être l’Astre. L’Astre dont Lazlo est apparemment amoureux. Lazlo qui est son ami et la cause de son amnésie. Une fois que la liste est dressée, elle respire calmement et prend le temps de regarder le ciel avant de reprendre la direction de sa chambre. Elle s’assoit sur le lit et décide, sa première vraie décision d’adulte depuis trop longtemps, qu’elle abordera le sujet quand il se réveillera. Elle se met entre les draps et son cerveau, épuisé par le trop plein d’informations et d’émotions fini par la laisser plonger dans un sommeil sans rêve.

Au matin, la lumière du jour la tire du sommeil et elle s’assoit sur le lit, l’oreille aux aguets. Elle entend Lazlo sortir de sa chambre, son pas est moins alerte que la veille dans le couloir. Elle regarde ses mains, la culpabilité revenant en force. C’est de sa faute s’il est épuisé ce matin. Oui, mais c’est de sa faute à lui, si elle ne sait même pas comment s’appellent ses enfants, ni qu’elle en a. Elle attend que les bruits se soit éteint pour risquer un œil hors de la chambre. Il n’est pas là et elle espère lâchement qu’il soit parti, mais le bruit des oiseaux sur le toit la détrompe instantanément. Elle avance lentement dans la cuisine, l’odeur du café lui donne immédiatement envie d’en boire, mais elle sait qu’elle ne supportera pas le goût de cendre qu’il infligera à sa bouche. Elle remarque le tableau, lit le petit mot sur le tableau et sourit, oubliant quelques secondes ce qu’elle a prévu de faire. Elle passe devant la porte de l’appartement, hésitant quelques secondes à tout simplement fuir, mais elle n’est pas de ces gens, alors elle remonte l’escalier de métal qu’elle a pris plus tôt la veille et la lumière crue du soleil l’éblouit. La voix de Lazlo lui envoie un coup au cœur et son visage, visiblement épuisé, le brise. Elle reste à sa place. Sur le bord de l’escalier n’ose pas s’approcher. Elle hausse les épaules pour lui répondre, la gorge trop nouée pour oser parler. Elle finit par se décider, monte sur le toit et commence immédiatement à faire les cent pas. « Lazlo… » Elle se racle la gorge.

« Lazlo ? Je suis désolée… » Elle baisse les yeux, fixe ses mains, le ciel, le sol, tout sauf le visage de son ami tandis qu’elle sort d’une traite. « Je… Si tu es si fatigué ce matin, c’est de ma faute. Je… Je m’en suis rendue compte trop tard, je me suis nourrie de toi. Je suis désolée… Je vais partir… Mais, j’aimerais… Te poser des questions…» La fin de la phrase sort dans un murmure dont elle doute qu’il atteigne son destinataire, mais elle n’arrive pas à s’arrêter de parler. « Je… J’ai vu tes rêves aussi… J’ai vu le jeune homme brun, celui qui est beau comme le soleil. » Elle s’arrête net, avec l’impression d’avoir déjà dit cette phrase, d’avoir déjà employé ses termes pour parler de lui. Elle ne sait pas comment aborder le sujet, comment expliquer qu’elle a vu qu’il l’aimait, que la simple idée que Lazlo l’aime si fort avait gonflé son cœur d’espoir et de joie. Elle ne s’en sent pas le droit. Mais, il reste encore une chose à dire, la plus dure. « J’ai… J’ai aussi vu l’autre rêve. » Elle ne sait pas s’il s’en souvient, si les rêves qu’elle lui prend lui restent ou s’ils disparaissent, alors, elle sert les dents, lui tourne le dos pour ne pas qu’il voit la culpabilité se faire remplacer par la colère et la peine. « J’ai vu… Celui où… Celui du soir où j’ai perdu la mémoire. » Elle s’avance jusqu’au bord du toit, fixe la rue en bas, loin là-bas. « Je sais ce qu’il s’est passé. Je m’en souvenais déjà, je ne savais juste pas qui… » Elle se retourne vers lui, éblouie par le soleil, elle ne voit pas son visage. « Pourquoi m’as-tu menti ? » La colère perce dans sa voix, mais c’est surtout la déception qui l’emporte. Elle ne s’en était pas rendu compte d’abord, mais, si la colère est le sentiment qui la gouverne en cet instant, la déception à une place de choix. Elle est déçue, déçue que le jeune homme ait cru qu’elle n’était pas en mesure d’entendre la vérité. Peut-être avait-il eu peur de la réaction qu’elle aurait, mais s’il la connaissait si bien, il aurait dû savoir qu’elle ne l’attaquerait pas. La nouvelle est lourde à digérer, mais Lazlo en plus d’être celui qui vient de la recueillir est aussi un ami cher, une personne qui la rattache à ce passé qu’elle a perdu. Le petit blond est son ami et plus que le coup qu’il lui a assené, c’est le fait qu’il est retenu cette information qui la blesse et qui met en péril la confiance qu’elle lui portait. Puis son cerveau, sans qu’elle ne comprenne pourquoi, reviens à L’Astre. Il la ramène vers le jeune homme, vers ses yeux gris et ses cheveux noirs, vers la douceur qui entourait la scène. « Qui est-ce… Le jeune homme brun ? Comment s’appelle-t-il ? » Elle tord ses doigts, pince la paume de sa main. Elle est censée être en colère, être en rage même, contre lui et tout ce qu’elle trouve à demander, c’est qui est l’Astre ?

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MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Lun 10 Avr - 1:46


Il ne s’était pas attendu à cette expression d’une gravité absolue sur le visage de son amie. Certes, les circonstances étaient particulières, exceptionnelles même. Mais pourquoi avait-elle l’air aussi contrite, alors qu’elle approchait de lui ? Le café était-il trop fort, pas suffisamment à son goût, et allait-elle le disputer à cause de cela ? Haussant les sourcils, surpris, Lazlo l’avait laissée arriver à son niveau. Spontanément, il s’était écarté, lui laissant une place sur son siège de fortune. La cheminée désaffectée n’était pas immense mais elle pouvait bien les contenir, pour peu qu’ils se serrent un peu. Et vu qu’il s’agissait à nouveau d’un geste qu’ils auraient très bien pu faire par le passer, des années en arrière, l’Oiseleur ne s’était pas posé d’avantage de questions. Elle aurait pu s’asseoir sur lui, ou même il aurait pu lui laisser sa place, si ce n’était que cela. C’était Laura, après tout. Une femme d’une grandeur et d’une classe exceptionnelles, qui, en plus d’être une amie fidèle, était une terrible combattante. Une personne pour laquelle il était prêt à se plier en quatre, pour laquelle il donnerait probablement sa vie si l’occasion se présentait. Alors voir ses sourcils sombre plissés sur ce visage droit, ce visage fier, ne le laissait pas de marbre. Quelque chose n’allait pas. C’était une évidence.

Puis vinrent des excuses. Des excuses dont il n’était pas sûr de comprendre le sens, quand bien même Laura tentait de le lui expliquer en détails. Elle s’était nourrie sur lui ? Que voulait-elle dire par ça ? Spontanément ses sourcils s’étaient froncés alors qu’il essayait de se concentrer sur le sens de ce qu’elle lui disait. Cette fatigue particulière qu’il ressentait depuis le réveil ne facilitait pas la tâche, dont elle se disait responsable. A moins que ça ne soit ce dont elle parlait la veille ? Cette nouvelle condition qu’elle avait, cette sorte de malédiction étrange ? Ses notions en surnaturel ne s’arrêtaient qu’au chapitre sur les sorciers, le reste était une inconnue certes non négligeable mais qu’il n’avait encore jamais eu l’occasion de croiser. Si des créatures d’un tout autre type existaient, il ne lui semblait pas en avoir entendu parler. Peut-être si, ces hommes capables de se transformer en bêtes, et encore… Il n’en avait jamais vu en vrai. S’efforçant de tenter de recroiser les informations, le blond lui adressa tout de même un regard perdu. Si elle s’était nourrie sur lui…

-Pourtant… Pourtant en me réveillant il me manquait pas de morceaux, j’comprends pas…

Ce disant, il avait tout de même ressenti le besoin de vérifier, par quelques brèves palpations, si effectivement il était bel et bien entier. Elle était une de ces nombreuses créatures surnaturelles qui couraient désormais les rues de la Nouvelle Orléans. De ce qu’elle disait, elle se nourrissait sur les gens. L’association n’était pas si difficile, entre le fait de se nourrir et le cannibalisme, si ? Pourtant, pourtant il était bel et bien entier. Pourtant, tout ce qu’il ressentait était une prodigieuse fatigue. Peut-être qu’elle avait raison, que c’était son énergie qu’elle avait absorbée. Ces concepts le dépassaient, mais il était prêt à faire un effort pour assimiler toutes ces informations en temps et en heure. S’il avait droit à quelques instants de répit, que son amie semblait lui proposer. Acquiesçant doucement, il l’invita à poursuivre.

L’aveu suivant de la quadragénaire le conforta dans son impression première. Ce n’était pas son corps qu’elle avait absorbé. C’étaient ses rêves. Ses sourcils arqués se froncèrent une nouvelle fois. En général, il ne se souvenait pas de ses propres rêves, quand il se forçait au sommeil. En général, les substances envahissaient tant ses veines que son esprit, le plongeant dans une nuit noire comme l’encre, dont il était supposé sortir entièrement reposé. Force était de constater que cette nuit avait été bien différente de tout ce qu’il aurait pu espérer.

-Le jeune homme brun… ?

Il en connaissait un paquet, de jeunes hommes bruns. Elle aurait pu voir n’importe qui, qui corresponde à ce type de description. Jusqu’à ce qu’il se souvienne des quelques informations glanées plus tôt. Ses rêves. Il ne se souvenait que de deux rêves, de cette nuit. Alors le jeune homme « beau comme le soleil » ne pouvait être que…

-Oh…

Embarrassé, il glissa une main dans ses cheveux blonds, ses yeux filant aussitôt vers ses propres souliers défoncés. Il ne se souvenait pas de grand-chose, mais quoi qu’elle ait pu apercevoir de Mikkel suffisait à embraser ses joues. Son imagination avait tendance à beaucoup vagabonder quand on abordait le thème du jeune homme, et il y avait quelque chose d’obscène à se dire que la femme qu’il considérait comme sa seconde mère ait pu apercevoir quoi que ce soit d’indélicat. Comme de se faire surprendre la bouche pleine par sa propre génitrice. Le genre de situation que l’on ne souhaite jamais qu’elle se produise, d’autant que dans son cas ça s’était déjà, effectivement, produit. Mais que Laura ait pu apercevoir une paire de fesses sortie de nulle part lui faisait étrange.
Ce qui lui faisait tout aussi étrange, c’était le fait qu’elle ait pu accéder à quelque chose d’aussi privé. Qu’elle se soit immiscée dans sa tête, dans ses pensées, dans ses rêves, pour voir ce que lui seul pouvait apercevoir. Pour comprendre des choses que lui seul connaissait. Pour toucher du doigt son plus lourd secret, celui qu’il n’avait confié qu’à quelques personnes suffisamment éloignées du sujet pour qu’il se sente suffisamment à l’abri. Un secret gardé sous clé, barricadé, un secret qui ne devait jamais sortir. Alors que Laura l’ait vu avec autant de facilité, qu’elle en parle, aussi, avec autant de facilité… Ca ne passait pas vraiment. Une grimace gênée passa un bref instant sur son visage, alors qu’il le relevait vers son amie. Elle n’aurait jamais dû voir ces images, quelles qu’elles aient été, elle n’aurait jamais dû être mise dans la confidence contre sa volonté.
Pourtant, compte tenu de tout ce qu’elle lui avait expliqué plus tôt, par rapport à sa nouvelle nature, il avait décidé de lui laisser le bénéfice du doute. Peut-être que ce n’était pas sa faute ? Qu’elle n’avait pas fait exprès ? Après tout, tout ça, tous ces pouvoirs, c’était aussi nouveau pour elle que pour l’Oiseleur. Peut-être…

A son deuxième aveu, pourtant, le visage si doux, si joyeux de l’Oiseleur se durcit aussitôt. Voler des rêves une fois, c’est une erreur, c’est pardonnable, même si c’est plutôt abstrait comme concept. Mais une seconde fois ? Une lueur de défi passa dans le regard céruléen alors que Laura poursuivait. Alors que le ton de l’amnésique montait, se gonflait d’une colère que Lazlo ne lui avait jamais connue. Alors qu’elle se tournait de nouveau vers lui, au bord du toit comme au bord d’un précipice invisible à l’œil nu. Une claque, une nouvelle, celle de la culpabilité qui se mêlait à l’indignation, alors que son sang recommençait tout juste à bouillonner dans ses veines. Parce que oui, il lui avait menti. Sciemment. Oui, il avait omis de lui dire la vérité. Pour la protéger, pour la préserver. Parce qu’ils avaient bien le temps avant d’en arriver à ce point, avant que tout se détruise comme un château de cartes qui ploierait sous le caprice du vent. Ce vent qui faisait onduler les longues mèches d’or de son amie, conférant à son allure celle d’une valkyrie vengeresse descendue de son plan de l’existence pour le juger. Une impression qu’il détestait particulièrement.
La mâchoire serrée, il s’apprêtait à lui répondre. Il s’apprêtait à assumer ses propres torts, il s’apprêtait à détruire lui-même cette bulle de verre, de confort, qu’il avait bâtie tout autour de son amie. Mais elle ne lui en laissa pas le temps, une énième question tombant comme un couperet.
Un couperet qui acheva de refermer le jeune homme, parce qu’il touchait bien trop près de choses dont même lui espérait se tenir éloigné. Bien trop près de tout ce qui faisait sa propre existence.

-En quoi ça te concerne, comment il s’appelle ?

Sa voix était acide, son ton volontairement piquant. Les questions de Laura partaient dans tous les sens, n’avaient aucune logique. Pourquoi parlait-elle de lui alors qu’il y avait un sujet bien plus important qu’elle voulait aborder quelques secondes plus tôt ? Rien ne faisait de sens. Et la colère montait toujours plus sous ses propres mèches blondes, alors qu’il dardait son amie du regard.

-Tu voles mes rêves comme qui rigole et maintenant j’ai des comptes à te rendre ? T’as pas l’impression de te foutre un peu du monde, là ?

L’indignation s’était muée à la colère, berçant ses propres pensées, noyant la culpabilité aveugle qu’il éprouvait d’ordinaire pour la quarantenaire. Il se sentait un enfant soumis à la question, comme un bête criminel interrogé par la milice pour un tort dont il savait parfaitement qu’il était coupable. Mais il n’était pas prêt à aborder le sujet de Mikkel. Pas avec elle. Pas dans ces circonstances. Pas alors qu’elle aurait dû se sentir bien plus offensée par le fait qu’il soit responsable de son amnésie. Les doigts couverts de cicatrices pincèrent la base de son mégot, avant d’abattre ce dernier sur le rebord de la cheminée, l’écrasant hargneusement. Son regard si clair assombri par la colère, il poursuivit. Il n’avait pas l’intention de se laisser faire. Jamais.

-Y’a des circonstances précises, spéciales, pour parler de certains trucs. De certaines personnes. J’sais pas ce que t’as vu, j’sais même pas ce que t’as pu comprendre. Par contre ce que je sais, c’est que tu n’avais absolument aucun droit de me pomper mes rêves ou ma vie privée, et encore moins alors que j’te laisse squatter chez moi sans te poser la moindre question ! Va savoir, tu pourrais faire partie de ces chiens du Gouvernement maintenant, et ça aurait rien changé, t’aurais quand même eu ta place chez moi ! Mais là, non, c’est inadmissible !

L’extrémité du filtre crissait contre la surface en briquettes brutes, alors qu’il continuait d’écraser vigoureusement son mégot. Une alternative pour ne pas se lever et lui en coller une, alors qu’il aurait très bien pu le faire. Peu importait la galanterie dans ce genre de circonstances. Peu importait l’amitié. Il était furieux, à juste titre.

-Oui, c’est moi qui t’ai cognée. J’voulais attendre un peu avant de te dire ça parce que ça la fout mal de commencer une conversation par « eh, salut, c’est à cause de moi qu’t’es amnésique ! Ca gaze ? ». Mais vu que clairement t’en as rien à foutre des convenances, j’espère au moins que t’es contente de savoir ça.

Il savait qu’il parlait trop. Il savait que ses paroles étaient abjectes, qu’il n’aurait jamais, ô grand jamais, osé dire des choses pareilles à Laura. Qu’elle valait bien mieux que ça, bien mieux que sa colère, bien mieux que son fiel. Qu’elle était son amie, qu’il n’avait pas à diriger sa fureur contre elle personnellement mais contre le monde, l’univers, qui les avait séparés. Contre lui-même, avec ce geste malheureux qui les avait détruits l’un comme l’autre pendant des années. Et pourtant il en était incapable.
Parce qu’elle touchait à la seule chose qui était intouchable. Se redressant rapidement, il avait jeté ce qu’il restait du milieu dans le conduit sombre de la cheminée. Le vent s’était levé, libérant quelques unes des mèches blondes de l’Eleveur, les laissant danser, sauvages, tout autour de son visage. Un visage qui n’avait plus rien de doux. Plus rien d’angélique. Le visage de la colère, de la déception, et de l’incompréhension. Ses bras croisés sur son torse, il la toisa encore un bref instant.

-Et en soit, qu’est-ce qui me dit que t’as été sincère jusqu’au bout ? Que t’es toujours la même Laura ? J’te fais confiance, j’t’ai toujours fait confiance. Mais ça fait un paquet d’années, maintenant, tout ça. Y’a eu New-York, l’Apocalypse, la Migration. Ca peut faire tourner des têtes, ces conneries, rien me garantit que tu sois pas là justement pour me piquer des infos sur quoi que ce soit.

Son raisonnement n’était pas idiot, il le savait. Il en était convaincu. Et pourtant une part de lui savait tout aussi bien qu’il ne tenait sur rien. Qu’il n’était pas nécessaire ni utile de penser de la sorte, puisque toute la soirée précédente lui avait prouvé que tel n’était pas le cas. Que Laura était toujours Laura, que le respect et la tendresse infinie qu’ils éprouvaient par le temps l’un pour l’autre n’avaient pas changé. Enfin, le respect… Lazlo libéra une de ses mains pour se pincer l’arrête du nez, massant le coin de ses yeux au passage. La faiblesse momentanée de ses membres ne l’aidait pas à réfléchir correctement. Le fait qu’elle ait touché au sujet Mikkel ne l’aidait pas plus. Mais il devait faire un effort, tenter de comprendre.
Tenter d’accepter ce qu’il refusait de comprendre.

-T’as disparu pendant des années, Laura. Des années où je t’ai cherché, où ça m’a bouffé, où j’en ai crevé de t’avoir fait ça. De pas savoir où t’étais. Et là tu reviens, et y’a tout qui change. Parce qu’au final y’a des trucs qui sont toujours les mêmes, et y’a toutes les années qui ont bien secoué nos vies à toi et à moi. Alors non, j’avais pas prévu de te dire ça tout de suite, j’voulais attendre, te laisser le temps de digérer, me laisser le temps de piger. Tu comprends ? J’avais l’intention de te le dire. J’en crève depuis des années, de te le dire.

Il se rassit pesamment sur le rebord de la cheminée, laissant échapper un soupir contraint. S’efforçant de relâcher la pression un tant soit peu, espérant qu’avec ce seul filet d’air il parvienne à laisser filer une partie de sa colère. De sa déception.

-Quant à lui, t’avais pas le droit. Pas le droit de m’en parler, pas le droit de me voler ça.


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MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Jeu 18 Mai - 23:19


Si la situation n’avait pas été aussi déchirante, elle aurait pu rire à la phrase de Lazlo. Si son visage n’avait pas été si perturbé, si son expression n’était pas graduellement passée de l’incompréhension à la colère. Elle fixait la scène qui se déroulait devant elle dans un silence pesant. Elle entendait la voix de Lazlo, mais les bruits de la ville, ceux du vent et des oiseaux dans la volière, tout c’était effacé. Elle tremblait légèrement au bord du toit comme au bord d’un précipice. L’idée de sauter lui traversa l’esprit. Peut-être que ce serait mieux, plus simple aussi d’en finir là. « Parce que je le connais… » Enfin, je crois. Sa voix s’était échappée dans un souffle si faible que le jeune homme pouvait tout aussi bien ne pas l’avoir entendu. Parce qu’il était aussi là, la nuit où tu m’as assommée. Parce que, je crois qu’il est important. Elle se tait. Elle se tait parce que Lazlo s’est levé. Parce qu’il écrase son mégot avec une telle violence, qu’elle a l’impression d’être écrasée par la pression de son regard sur elle. Elle recule d’un pas, inconsciemment, et ses chevilles butent contre le petit rebord qui la sépare du vide. Elle s’y laisse tomber et laisse la colère du blond l’écraser.

Elle est fatiguée d’être un monstre, fatiguée de détruire petit à petit tout ce qui l’entourait. Comment pourrait-elle sciemment rentrer chez elle après avoir tué un homme et détruit l’amitié que Lazlo lui portait ? Elle détourne la tête, éloignant les yeux accusateurs de Lazlo de son visage. Sa colère, bien que justifié, fait monter une bile amère dans la gorge de Laura. Elle comprend, oh oui, elle comprend ce qu’il ressent face à la violation de ses souvenirs qui lui semblent si chers. Après tout, il lui a aussi volé les siens, pas de la même façon, mais avec un résultat pire encore. Lazlo a encore en mémoire les deux rêves qu’elle a vue. Elle n’a rien. Rien que des bribes, des visages flous, des yeux et un sourire. Pas de nom, pas d’adresse. Rien à quoi se rattacher. Elle est un fantôme. Une créature monstrueuse qui n’a nulle part où aller. Personne sur qui s’appuyer. Et maintenant, la seule personne sur laquelle elle pensait pouvoir compter, lui balançait cette nature atroce à la figure comme si elle avait fait exprès. Elle inspire profondément, le cœur au bord des lèvres. La colère montant en elle. Les odeurs lui arrivent avec trop de violence. Les fientes des oiseaux, la cendre du mégot qui vole dans le vent, la pollution. Les bruits sont trop forts eux aussi. Elle entend tout désormais. Malgré le vent, qui semble répondre à la tension qui grandit entre les deux amis, elle entend Lazlo avaler sa salive, le mégot qui gratte sur la brique, le bruit de dents qui crissent et il lui faut quelques secondes pour prendre conscience qu’il s’agit des siennes. Ses pouvoirs, sa malédiction menace de prendre le dessus. Elle sert les poings avec tant de force que ses bras en tremblent.

« Comment oses-tu ?! Comment oses-tu, hein ?! » Elle tremble d’une rage qu’elle ne contient qu’à grand peine et ne remarque pas son ombre qui se met à onduler lentement, comme un serpent près à l’attaque. « Tu crois réellement que je l’ai fait par choix ?! Tu crois réellement que si j’avais pensé ne serait-ce qu’une seule, une minuscule seconde, je pourrais te blesser, je serais restée ? » Elle inspire violemment par le nez. La colère à quelques choses de tellement libérateur. Elle prend conscience qu’elle s’est interdit d’être en colère. Qu’elle s’est interdit la rage. Qu’elle a préféré opter pour la tristesse et la culpabilité. Que l’idée même de s’énerver après Lazlo, malgré ce qu’elle a vu ne l’avait même pas effleuré tant elle s’est laissé ronger par la culpabilité. Mais elle en a le droit, c’est légitime. Il lui a tout pris. « Tu crois que je l’ai fait de gaité de cœur ? Tu crois que j’ai conscience de ce que je fais quand le monstre mange ? Si seulement ! Si je n’étais pas complètement perdue que je suis obligée de faire ça, tu crois que j’aurais laissé l’homme qui m’a sauvé la vie mourir sous ma faim ?! Et je t’ai parlé de ce que j’étais, je te l’ai dit, parce que je voulais que tu saches ce à quoi tu t’exposais, tu m’as quand même accueilli chez toi. J’aurais compris, si tu m’avais jeté dehors. Après tout : je suis un monstre ! » Elle ne comprend pas comment lui, qui dit la connaitre si bien, ait pu penser ça. « Alors certes, tu as le droit d’être en colère. Mais tu n’as pas le droit d’insinuer que je l’ai fait exprès. Parce que ça aussi, c’est inadmissible, vois-tu ! » Elle crache les derniers mots, la voix acide.

« Et puis, soyons honnête deux minutes Lazlo, non, tu ne me l’aurais pas dit. Parce que tu aurais attendu que j’aille mieux et quand j’aurais été mieux, tu n’aurais pas voulu me le dire, pour ne pas me blesser à nouveau. Et ça, je le sais parce que j’ai vu à quel point tu es gentil. » Elle halète presque tant la colère la libère. « Eh bien, que ça te plaise ou non, ou j’en suis contente. Parce que j’ose penser que tu comprendras que savoir pourquoi ma vie est devenue noire du jour au lendemain, pourquoi j’ai perdu ce que j’ai mis probablement des années à construire en un instant, c’est un soulagement. Maintenant, je sais. » Elle se rend compte, que bien que la colère d’avoir perdu ses souvenirs reste, elle n’est pas complètement dirigée vers Lazlo, elle comprend son geste, son choix, elle est en colère qu’il ne lui ait pas dit directement, préférant lui cacher cette information qui était pourtant d’une importance capitale. Non, elle est en colère contre le gouvernement malade qui a poussé un homme qui la considérait comme son amie à la frapper en pleine tête. Elle sent la colère retomber, la rage redescendre, son rythme cardiaque retrouvé un rythme plus serein, mais Lazlo ouvre à nouveau la bouche et ce qu’il dit l’estomaque. Elle reste la bouche ouverte, sous le choc, quelques secondes. L’idée qu’elle appartienne au gouvernement est tellement étrange. « Vraiment ?! Tu vas vraiment taper là-dessus ? Tu ne penses pas que si j’étais intéressé par les informations que tu as à donner, je t’aurais immédiatement demandé les renseignements que tu proposais bien gentiment de m’offrir hier soir ? À propos de Mohini ? De Cassidy ? »

Elle n’est même pas en colère, elle est dégoutée qu’il puisse penser quelques choses comme ça. Elle avale sa salive difficilement et secoue la tête. Le regard perdu dans la vue de la ville qu’offre le toit de Lazlo, elle cherche à se calmer, consciente que des émotions si puissantes pourraient la pousser à faire des horreurs, blesser Lazlo serait vraiment la goute de trop. Parce que malgré la colère, malgré la rage, elle sent bien qu’il ne dit pas tout ça de gaité de cœur. Elle sent bien qu’en touchant au jeune homme brun, elle a appuyé sur un point trop sensible, un levier qu’il ne fallait pas activer. Elle ne comprend d’ailleurs pas vraiment pourquoi il lui semblait si important, quelques minutes plus tôt, de savoir son identité. S'il était vraiment important pour elle, elle finirait par le retrouver. Elle passe les mains sur son visage, frotte ses joues, ses yeux, ses tempes, cherche à faire descendre la tension qui l’habite. Elle n’entend Lazlo qu’à moitié, trop concentré sur sa respiration. Elle soupire et d’un voix lasse, lui réponds. « Peut-être, peut-être pas, après tout, je m’en fiche, désormais, je sais, et que tu me l’ais dit en prenant des pincettes, en me le balançant à la figure ou que je l’ai appris par hasard, qu’importe, l’information est passée. »

Elle s’assoit à son tour sur le rebord du toit, conservant une distance respectable avec Lazlo, pas encore tout à fait sûre de ne pas être un danger. À nouveau, elle soupire, d’un même souffle que son ami. Il semble si petit d’un coup, si fragile, si triste aussi, mais, elle n’arrive pas à s’en vouloir de son accès de colère. « Écoute. » Elle inspire lentement, pose les mains à plat sur ses genoux, son ombre toujours tremblante de rage. « Je ne vais pas te dire, que je ne t’en veux pas. Ce serait un mensonge, mais j’en veux plus au gouvernement, à la situation qui t’a poussée à faire ça. » Elle lève les yeux, plisse les paupières et perd son regard dans les nuages cotonneux du ciel néo-orléanais. « Quant à ce qu’il s’est passé cette nuit, je ne peux que m’excuser à nouveau. Je ne voulais pas. Ni me nourrir sur toi, ni voir tes rêves. Tout comme je ne voulais pas devenir un monstre. Tout comme je ne voulais pas perdre la mémoire. Et certes, je n’avais aucun droit de te violer ton intimité comme ça, mais au moins, tes souvenirs, tu les as toujours. » Une grimace amère déforme sa bouche, tandis qu’elle retient les larmes qui ne cherche qu’à s’échapper de ses yeux. « Je ne peux pas réparer, tu ne peux pas réparer. Il n’y a rien d’autre à faire que chercher à pardonner. » Elle se lève, frotte l’arrière de son pantalon pour en enlever la poussière. « Je vais partir, c’est trop dangereux pour toi de me garder chez toi. Je suis trop dangereuse pour vivre avec qui que ce soit de toute façon. » Elle frotte son front et dans un geste inconscient, effleure l’épaule du jeune homme du bout des doigts. « Je vais faire un sac, j’emprunte quelques-unes des affaires que tu m’as données, je viendrais te les rendre quand je ne serais plus aussi dangereuse. » Elle lui sourit tendrement, sa colère oubliée l’espace d’un instant. « Je ne t’en veux pas Lazlo. J’espère que tu pourras me pardonner ce que j’ai fait. Un jour. » A pas lourd, fatigué à l’idée de devoir à nouveau dormir à la belle étoile, elle s’éloigne. Elle descend l’escalier de métal et pénètre dans l’appartement, emplissant ses poumons de l’odeur chaleureuse qui règne dans les lieux. Elle gardera cette odeur en elle, toujours. Lazlo, sa première maison quand elle rentré, son premier ami.

Elle secoue la tête, range la tasse que son ami avait sorti pour elle et rentre dans la chambre et s’assoit sur le lit, la tête entre les genoux. Les larmes ne viennent pas. Rien ne vient. Elle sursaute violemment quand une bouffée de rage refait surface. Les yeux écarquillés d’horreur, elle regarde son ombre frapper d’un coup sec la petite lampe posée sur la table de chevet, qui va s’écraser au sol dans un bruit de verre brisé qui semble résonner dans la petite pièce. Les mains sur la bouche, elle laisse échapper une plainte sourde et gutturale, avant que les larmes ne viennent. Elle essuie ses joues dans des gestes brusques avant de se mettre à quatre pattes pour ramasser tous les morceaux de verre échoué sur le sol. Elle se redresse, les mains pleines et se dirige vers la cuisine lentement, pour ne pas risquer une chute malencontreuse. Elle cherche des yeux une poubelle et trouve l’incriminée rapidement. Elle observe la boule de cheveux blonds que Lazlo à retirer de la brosse après avoir passé de longues minutes à coiffer ses cheveux la veille et lâche les morceaux de verre dans le sac. L’un d’entre eux, plus acérés que ses camarades entaillent son doigt et laisse couler son sang d’un noir d’encre. Elle retient un haut-le-cœur et serrant sa main droite dans la gauche se précipite vers l’évier. La preuve de son inhumanité lui est exposée avec toute la violence qu’implique sa condition. Noir, épais, visqueux, le liquide qui s’écoule de son corps n’est en rien semblable à celui d’un humain. Elle pleure au-dessus du robinet tandis qu’elle laisse l’eau couler sur sa main, essayant d’effacer les traces de sa monstruosité.

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MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Ven 21 Juil - 2:03


Elle n'avait pas le droit. Tout comme il n'avait pas le droit de s'énerver contre elle. Pas comme ça. Pas maintenant. Le moment n'était pas bien choisi, les mots avaient bien trop vite dépassé la pensée. La colère était montée bien trop vite, bien trop puissante, pour un mal qui au final aurait très bien pu se produire à tout moment donné. Lazlo ne connaissait rien de l'affliction dont souffrait Laura. Tout ce qu'il savait c'était cette monstruosité qu'elle avait avouée la veille, accablée par le poids de ses propres remords. Mais comment savoir, lui qui n'était qu'humain, banalement humain, ce que ça provoquait réellement chez les autres ? Comment savoir qu'elle pouvait aspirer non seulement la vie, mais aussi les rêves, les espoirs et les souvenirs ? Il s'était senti trahi oui. Trahi au plus profond de ses propres racines par l'une des personnes en lesquelles il vouait une confiance aveugle. Trahi par une personne dont il avait toujours rêvé la douceur, dont il avait toujours idéalisé la droiture. Trahi par cette seconde figure maternelle qu'il avait toujours respectée avec l'amour naïf d'un enfant émerveillé. Laura. Laura avait toujours été cette femme incroyable, à ces yeux. Une femme capable de repousser les limites de l'entendement pour protéger ses convictions, qui avait été capable de se battre bien plus qu'une louve pour ses rejetons mais aussi ceux des autres. Une mère qu'il aurait souhaité avoir s'il n'avait pas déjà la sienne.
Souvent, Lazlo s'était dit que ses enfants devaient avoir une chance inouïe d'avoir une mère pareille. Une personne aussi belle, tant de corps que d'âme. Une âme éblouissante aux éclats angéliques, dont on aurait facilement pu croire qu'elle avait été envoyée sur Terre dans le but de sauver l'espèce Humaine de sa propre perte. Oui, il avait espéré que ses enfants étaient capables de reconnaître la chance qu'ils avaient d'évoluer aux côtés de quelqu'un d'aussi admirable. Parce qu'il l'admirait avec une ferveur presque religieuse. Parce qu'elle était un grand tout dans un monde d'incertitude. Un phare allumé dans la nuit noire qui guidait tout le monde, des marins perdus aux enfants esseulés, de son âme radieuse.

Il n'aurait jamais cru être capable de hausser le ton en sa présence, et encore moins envers elle. Elle lui avait toujours paru si inaccessible, un cadeau céleste, qu'elle semblait incapable de la moindre erreur à ses yeux. Si elle avait erré, il le lui aurait immédiatement pardonné, il le savait très bien. Alors pourquoi est-ce que cette fois-ci, ça n'était pas passé ? Il avait beau tourner et retourner la situation dans son esprit, il était incapable d'y répondre. Ca avait un rapport avec Mikkel. Tout avait toujours un rapport avec Mikkel, quand il perdait équilibre. Quand ses émotions reprenaient aussi brutalement le dessus sur tout sens commun. Les répliques acerbes de sa compagne faisaient mouche. Elles faisaient bien plus de sens que ses propres attaques hasardeuses. Mais surtout elles étaient si vraies, si profondes, qu'au lieu d'aiguiser sa colère comme elles l'auraient pu, elles l'étouffèrent aussi sec.
Il n'allait pas y répondre, car il n'y avait rien à répondre. Tout était déjà dit, et ce qui se disait sous le coup de la colère n'apportait jamais rien de bon. Alors il s'était assis, avait attendu que ça passe. Avait attendu que Laura finisse par le rejoindre, son regard vagabondant le long des toits de la Nouvelle-Orléans. La vue depuis son toit était grandiose. La ville s'étendait à perte de vue, happant l'horizon par ses toitures, ses arbres et ses gratte-ciels. En plissant les yeux et avec beaucoup d'imagination, on pouvait voir de l'autre côté du mur d'enceinte. On pouvait s'enfuir, aussi. Se faire pousser des ailes et s'envoler par-dessus les bâtiments pour rejoindre des contrées imaginaires bien moins austères.
Bien moins dures à vivre.

Il était en train de s'évader, avant que Laura ne reprenne la parole. Avant de baisser piteusement le nez vers le sol en béton battu de son toit, sachant pertinemment qu'elle avait raison. Il n'était pas question de savoir, de droit ou de devoir. Il était question de relations humaines élémentaires. De responsabilités, de cette putain de responsabilité qu'il avait vis à vis d'elle. Ce coup qu'il lui avait porté bien des années en arrière qui lui avait arraché toute son existence. Son mari. Ses enfants.
Il ne dit rien de plus, tout simplement parce qu'il n'y avait rien de plus à ajouter. Parce qu'il avait déjà fait suffisamment de mal en laissant sa langue bien trop pendue claquer au gré du vent sur des paroles venimeuses qui n'avaient strictement aucun intérêt. Laura avait toujours été bien plus diplomate que lui. Un talent qu'elle révélait de nouveau, là, à la faveur du ciel moutonneux de la Nouvelle Orléans. Un talent qu'elle n'avait finalement pas perdu avec le reste de ses acquis. Transi par une vague de froid, il ramena ses genoux contre sa poitrine, rassemblant sa propre chaleur. La fatigue de sa nuit agitée et les événements récents l'avaient épuisé. Mais le pire c'était la culpabilité.

Il avait envie de lui dire. Lui dire qu'il était désolé, profondément désolé. Qu'il regrettait amèrement ce qu'il lui avait fait maintenant qu'il réalisait la portée de ses propres actions. Cassidy le lui avait toujours dit, qu'il était trop impulsif. Qu'il ne réfléchissait pas suffisamment sur le long terme. Il voyait le coin du tableau, puis le second, puis le troisième et le quatrième sans jamais prendre le temps de reculer pour mieux l'apprécier tout entier. Ca avait toujours été comme ça. Ca serait toujours comme ça.
Et Laura de continuer de parler. Et Lazlo qui se sentait tout bonnement incapable d'interrompre ce cheminement de pensée, parce qu'il savait que la moindre parole pourrait être idiote. Comme un enfant pris en faute. Sauf qu'il ne s'agissait pas de fourrer sa main dans une boite de cookies, cette fois. Il s'agissait de vies entières complètement démolies.

Elle voulait partir. Alors qu'elle venait tout juste d'arriver. Alors qu'elle s'ouvrait de nouveau à un monde qui n'était plus le sien depuis des années. Surpris de sa volonté, il avait levé un regard interrogateur vers son visage. N'y avait vu que résolution, mais, surtout, un profond chagrin. Un chagrin qui avait violemment étreint son cœur, tant il comprenait d'où il venait.
La violence du rejet. La nécessité d'errer de nouveau, chassé du nid parce qu'on est différent. Un rejet qu'il avait connu tant de fois que le voir était devenu instinctif. Tout comme son instinct savait qu'il ne devait pas intervenir tout de suite.
Alors il attendit. Attendit qu'elle rejoigne sa chambre, attendit quelques longues dizaines de minutes en s'occupant, les gestes lents, de ses oiseaux. Il disait des horreurs. Il était à moitié débile, mais il savait. Il savait comment fonctionnaient la majorité de ses pairs.

Au terme de quelques poignées de minutes, il abandonna sa Volière pour rejoindre son appartement. La colère s'était entièrement envolée, à tire d'ailes, avec ses pigeons. Seules restaient l'amertume et la déception, mais il savait que pour elles, il n'y avait pas de remède miracle. A pas feutrés, il descendit l'escalier de secours avant de se glisser souplement par la fenêtre de son salon, comme à son habitude. Il entendit ses sanglots avant de l'apercevoir. Entendit le bruit de l'eau qui se fracassait contre le fond en inox de l'évier. Son coeur se comprima dans sa poitrine alors qu'il observait son dos courbé au-dessus du lavabo. Alors qu'il ne voyait que trop bien ses épaules tressauter sous l'accablement.
Il prit une inspiration, profonde, et se dirigea vers elle. S'efforça de faire du bruit, contrairement à ses habitudes, pour qu'elle n'ait pas l'impression qu'il l'espionnait.

-Hey, Laura...

Il s'approcha, suffisamment pour qu'elle le voit, pas assez pour envahir son espace personnel. Son regard se porta aussitôt sur la matière noirâtre qui coulait par le drain, aussitôt chassée par le filet d'eau. Une matière poisseuse dont l'odeur métallique emplissait la cuisine. Une odeur de sang vieilli qu'il ne connaissait que trop bien, qui le ramenait des années en arrière, du temps où il servait à l'armée.

-Tu t'es coupée ? Viens là...

C'était ça, aussi, cette monstruosité dont elle parlait autant. Ce sang noir, un sang poisseux, vieux, qui n'avait rien de naturel. Une condition toute entière et inhumaine. La sensation de n'être rien d'autre qu'un monstre errant au milieu de la Grande Ruche de l'Humanité, avec la sensation d'être bientôt repéré. Bientôt chassé. Ou bientôt détruit. Lazlo connaissait tellement cette sensation. Tellement.
A gestes lents, le blond ouvrit un tiroir et en sortit un torchon propre qui avait vu des jours meilleurs, à l'instar du reste de son appartement. Le tissu rencontra le filet d'eau fraîche, alors qu'il attrapait délicatement la main blessée dans la sienne. Alors qu'il pressait doucement le tissu humide contre la plaie, et finit par l'envelopper pour en faire un bandage. Ces derniers se faisaient rares, par les temps qui couraient. Il avait filé tous les siens à la Résistance.

-J'ai pas envie que tu partes. Pas comme ça. Pas alors qu'on vient de se mettre bêtement sur la gueule. J'avais pas le droit de m'exciter comme ça, t'as eu parfaitement raison de me le dire. Et je te demande pardon.

Son ton était doux, doux comme ses gestes. Doux parce qu'il ne voulait sincèrement pas qu'elle parte, parce qu'il ne voulait pas qu'elle fuie à nouveau. Pas alors qu'ils venaient tout juste de se retrouver. Pas alors que le monde qui s'ouvrait à elle était tout prêt, bien trop prêt, à la dévorer toute entière.
Il leva son regard céruléen, tentant de capter son regard. Se mordit la lèvre, enfant pris en faute, enfant qui ne savait pas comment s'expliquer. Qui ne savait pas dire l'essentiel, parce que ça avait toujours été son plus gros problème.

-Je te demande pardon pour m'être fâché. Je te demande pardon pour ne pas t'avoir dit tout de suite ce qu'il s'était passé. Je te demande pardon pour... pour t'avoir tout arraché.

Il ignorait si ses excuses arrangeraient les choses. Et si l'impulsion enfantine de régler aussitôt les torts pour qu'ils s'effacent aussi vite que possible était forte, le Norvégien savait pertinemment que ce n'était pas comme ça que l'humain fonctionnait. Qu'il fallait du temps pour panser ses blessures. Pressant sa paume contre celle, bien réelle, de Laura, il soupira doucement. Baissa les yeux vers leurs mains, en forçant un sourire sans joie.

-Tu m'as tellement manqué, Laura, t'imagines pas à quel point. Alors je peux pas te laisser partir comme ça. Je peux juste pas. Parce que ce serait pas juste. Parce que t'as encore plein de trucs à apprendre, et je sais, je sais très bien que je suis une tête de mule qui parle beaucoup trop et qui sait pas s'arrêter, mais je veux pas qu'on se quitte comme ça.

Il savait que s'il continuait dans cette direction, il allait finir par s'enfoncer. Il allait de nouveau créer le chaos à partir de rien, et s'enflammer de plus belle. Pourtant, il n'y avait que de la sincérité dans ce qu'il disait. Et ses paroles de trahir cette affection profonde qu'il avait toujours éprouvée vis à vis de la femme incroyable qu'était son amie.
Cette admiration sans bornes qui se réveillait toujours autant à son contact. D'autant plus maintenant qu'elle s'était abaissée au niveau des Humains normaux, qu'elle était elle aussi un monstre. A des égards et des degrés différents, certes, mais comme lui.

-Je sais ce que ça fait, de pas savoir où aller. Je sais ce que ça fait de se sentir différent, crois-moi, je l'ai toujours ressenti. C'est pour ça que je peux pas te laisser filer comme ça. Parce que le monde tel qu'il est est mauvais pour les gens comme nous. Et je veux pas que tu t'y sentes encore plus mal que c'est déjà le cas.

D'une impulsion douce, il l'invita à revenir dans le salon, l'accompagnant lentement, adaptant sa cadence sur la sienne. Si seulement il pouvait la convaincre de rester un peu plus. De panser quelques unes de ses plaies, de reprendre des forces, avant de devoir affronter un monde fait de rancoeur, de violence et de douleurs. Un monde où il n'était que trop difficile de trouver sa place, surtout par les temps qui couraient.
Un léger sourire ourla le creux de ses lèvres charnues. Un sourire lointain, distant. Autant que le filet de voix qui s'en dégagea.

-Quant à lui... Il est mon monde. Je crois. Je t'en parlerai, de ça aussi. Quand je serai prêt.

C'était une promesse. Si Laura lui demandait quand, quand précisément il serait prêt, il serait tout bonnement incapable de lui dire. Mais il lui en parlerait, parce que le Brun de la Discorde était important. Vital.
Le Brun de la Discorde, qui avait semé des petites graines de conflit entre eux. Il y arrivait si bien, à ça, Mikkel. Son coeur se gonfla d'une légère vague de chaleur alors que ses sens s'apaisaient.

-Tu n'as pas à me pardonner tout de suite, j'en attends pas autant. Mais s'il te plait, reste encore un peu. Je t'ai promis que mon appartement était chez toi, et c'est pas des paroles en l'air. Tu as le droit de rester aussi longtemps que tu le désires. Parole de scout.

Ne pars pas, Laura. Ne disparais pas une nouvelle fois.


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MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Mer 2 Aoû - 0:02


Elle l’entend avant même qu’il ne rentre dans l’appartement. Ses émotions, trop à vif, semblent décupler ses pouvoirs. Là où sa colère avait été capable de briser la pauvre lampe désormais en morceaux, sa tristesse semblait la transformer en radar géant. L’odeur écœurante de son sang et celle du café, le bruit feutré des vêtements de Lazlo contre sa peau et celui de son souffle lorsqu’il inspire, et ceux, bien trop fort, de ses déplacements quand il s’approche d’elle. Malgré sa tristesse et les restes de colère, de déception, d’amertume qui entachent son esprit, elle ne peut s’empêcher d’être touchée par le respect silencieux qui émane du jeune homme. Au fond, elle sait. Elle le sent, en elle comme en lui, ce lien précieux qui les unit. Cette confiance, qu’elle avait instantanément ressentit, cet attachement, ce lien presque filial. Quand il apparaît dans son champ de vision, elle n’est pas surprise, simplement émue, et la présence de Lazlo amène de nouvelles larmes sur ses joues. Parce qu’elle sait qu’ils sont passés très près de briser quelque chose aujourd’hui. Parce qu’elle sait que ses années d’amitiés, dont elle n’arrive pas à se souvenir, mais, qu’elle sent profondément ancrées en elle, aurait pu voler en éclats sous la force de leurs deux colères, de leurs erreurs, de leurs culpabilités. Pourtant, Lazlo est là, debout près d’elle. Et bien qu’il ait sous les yeux la preuve la plus flagrante de sa monstruosité, il ne s’enfuit pas. Il se contente de la regarder et de sortir un torchon. La gorge serrée, elle s’apprête à l’empêcher, mais c’est trop tard. Elle lève sur lui des yeux embués de larmes, embués de ses émotions qu’elle n’arrive pas à contrôler complètement. Elle le regarde panser sa main, comme si elle n’était pas une sorte de monstre dont il ne connaissait rien et son cœur se gonfle. Elle se demande quel genre de sainte elle était dans une vie antérieure pour avoir mérité quelqu’un comme Lazlo dans sa vie actuelle.

Ses mots coulent sur elle, avec la douceur d’une pluie fraîche en plein été. Elle se nourrit de sa douceur, de sa gentillesse et en ressort grandie. Elle inspire profondément, serre dans sa main celle du blond et pose la seconde sur son épaule quand il s’excuse. « Lazlo… » Elle se racle la gorge, toussote un peu, gênée de s’être montré aussi émotive. « Lazlo, regarde-moi. » Il relève les yeux et ses pupilles d’un bleu hallucinant croisent celles, plus ordinaires, de son ainée. « C’est bon… Tu avais le droit d’être en colère. » Sa voix est douce quand elle lui parle, parce qu’elle a conscience qu’ils sont tous les deux dans le même bateau. Que si elle est perdue et blessée, il l’est tout autant. Elle a violé son intimité, tranchée nettement dans la confiance qui les lie, et si elle ne s’en souvient pas, lui en garde un souvenir marquant. Elle serre son épaule dans sa main saine. Elle comprend aussi, bien que ce soit douloureux, qu’il ne lui ait pas parlé. Elle se mord la lèvre inférieure en pensant à quel point il devait avoir peur de lui dire. À quel point, il devait être bouffé par la culpabilité. « C’est bon, je comprends, Lazlo, je comprends. » Elle comprend, oui, mais, elle n’est pas encore prête à pardonner. Elle sait qu’un jour, elle pourra le faire. Elle n’est pas rancunière et c’est peut-être un défaut dans le cas de figure présent, mais, elle sait qu’elle ne pourra pas éternellement en vouloir au jeune homme. Elle sait que sa colère se tournera vers le véritable coupable plutôt tôt que tard. Elle repose ses yeux dans ceux de Lazlo. « Moi aussi, je te demande pardon. Pour avoir violé ton intimité et avoir cru que j’avais le droit de poser des questions sur un sujet qui ne me regarde en rien. Pour l’état de fatigue dans lequel tu te trouves aujourd’hui. Je m’excuse aussi pour les problèmes et le stress que je t’impose avec ma simple présence… C’est pour ça que je voulais partir Lazlo, pas parce que je t’en veux, ou parce que je considère que tu n’es pas… Je ne sais pas, digne de confiance ou une autre bêtise. Je voulais partir pour ne pas te remettre en danger, parce que je suis dangereuse, j’en ai conscience… »

Avec des gestes doux, il la guide jusqu’au salon. Elle le laisse faire, consciente qu’il souhaite la rassurer, lui montrer qu’il n’a pas peur d’elle. Elle le laisse faire, consciente qu’ils ont tous les deux besoins de calme après la tempête qui vient d’agiter leur petit monde. Ces dernières paroles raisonnent dans l’esprit de Laura. Elle s’arrête et pose ses mains sur les joues du jeune homme, le force à plonger ses yeux dans les siens. Elle s’y perd un peu, leur couleur presque trop vive pour être naturelle. Elle comprend pourquoi les gens ne voient en lui qu’un fanfaron, que le garçon heureux de vivre avec toujours le bon mot pour rire. C’est simple de se faire tromper par la luminosité de son regard, mais, quand on prend le temps d’observer, derrière la façade de légèreté, on aperçoit une âme cabossée par la vie. Un petit garçon qui a vécu, vu, trop de chose. Elle englobe le visage de Lazlo de ses mains, le cajole dans une étreinte délicate. « Tu as une vieille âme, Lazlo. » Elle pense à son homosexualité, se souvenant qu’il n’en a jamais eu honte, qu’il ne l’a jamais caché. Elle caresse sa joue du pouce. Il a passé sa vie dans un monde qui ne l’a d’abord accepté qu’à moitié, avant de condamner pour de bon ce qu’il était. Elle se dresse sur la pointe des pieds et pose un baiser sur le front du jeune homme. Elle ne sait pas si leur relation avant son amnésie était tactile, elle n’en a aucune idée, mais à cet instant, devant la compréhension qui suinte de chacune des pores de son jeune ami, elle sent que c’est chose à faire. « Merci. » Elle relâche son visage pour mieux attraper ses mains. « Je sais… Je sais que tu comprends probablement, sûrement même, mieux que la plupart des gens ce que c’est d’être perçu comme étant différent… Mais ta différence, qui n’en est pas une à mes yeux, ne fait pas de toi un monstre. Elle fait de toi un être humain, elle fait de toi un humain dans tout ce qu’ils ont de plus beau et de plus grand : leur capacité à aimer. » Elle lui sourit un peu tristement. « Et le monde a toujours été stupide avec ce qu’il y a de beau… » Elle serre la main de Lazlo dans la sienne, fort. Elle lui montre qu’elle sera toujours de son côté, qu’il n’est pas un monstre, contrairement à elle.

Quand, il reprend la parole, ses yeux s’illuminent et son corps se détend naturellement. Les lèvres de Laura s’étirent en un sourire entendu. Oh oui, ce jeune homme qu’elle a vu dans ses souvenirs à une place importante. L’idée que Lazlo tienne à ce point à lui la remplie de joie. Elle sent son cœur se gonfler d’affection pour le blond, se réchauffer à l’idée qu’il prendra soin du brun, qu’il veillera sur lui avec la même, si ce n’est plus, d’attention que celle qui lui apporte en cet instant. Elle ne sait pas, ne comprend pas, pourquoi cette idée la rend si heureuse, pourquoi elle apaise des tensions dont elle n’avait pas réellement conscience, mais elle s’en fiche. Si Lazlo rend le jeune homme brun heureux alors, le monde tournera mieux sur son axe. « Entendu, j’attendrais que tu sois prêt. Je sais que tu prends soin de lui, mais n’oublie jamais de prendre soin de toi. Tu es important. » Elle le fixe dans les yeux et met toute la force de son affection pour lui dans ces mots. « Tu es important, Lazlo. » Elle l’enlace, pousse sur sa nuque, niche la tête de son ami dans son cou avant de le relâcher doucement et de le pousser à s’asseoir près d’elle sur le canapé défoncé du salon.

Elle secoue doucement la tête quand il parle. « Lazlo, je… J’ai envie de rester. Je me sens bien chez toi, j’ai l’impression de retrouver la sensation d’avoir un foyer, un endroit où je suis en sécurité, ou je suis acceptée malgré ce que je suis devenue. Ta maison… Ton palais, comme tu l’as appelé, et ta présence m’ont offert bien plus que ce que j’espérais en suivant ta colombe. Mais… Je ne sais pas si je peux rester, alors que je te mets en danger à chaque seconde. » Elle soupire, tord ses doigts, fixe le tapis. « Je pourrais rester, égoïstement, continuer à profiter de la douceur de vivre que tu m’offres, mais comment est-ce que je pourrais me pardonner si jamais je te blessais à nouveau ? » Elle soupire et réfléchis quelques secondes, les yeux dans le vague. « Je vais t’expliquer précisément ce qu’implique ma condition, je vais te le dire entièrement, pour que tu saches, que tu comprennes, à quel point je ne suis plus moi. » Elle s’enfonce dans le canapé, le dos droit et se racle la gorge. « Cette chose que je suis devenue… Je ne sais pas exactement ce que c’est… Je ne sais pas s'il y en a d’autre des comme moi, je ne sais pas si nous sommes nombreux… » Elle cherche à exprimer sa pensée. « Elle me rend dangereuse… Parce que, je ne la maîtrise pas. Parce qu’elle peut m’amener à tuer. Elle fait de moi un prédateur, elle fait de toi, de tout le monde, une proie pour moi. » Elle déglutit, affrontant en face sa nature. « Elle me rend puissante, je le sais, bien plus puissante que je ne l’étais avant, je crois… Je… Je ne maîtrise pas encore les choses qui en découlent. Mais la première chose, c’est qu’elle a fait de moi une machine à tuer. » Elle soupire une fois de plus, retire le torchon qui ne protège plus rien. « Elle me fait guérir, vite, trop vite pour que ce soit naturel. Elle me fait entendre, voir, sentir, toucher, mieux qu’avant… » Elle fait un geste de la main vers sa plaie, lui montre qu’elle a déjà commencer à cicatriser ne laissant plus qu’une marque rose foncé. « Elle fait faire des choses à mon ombre… » Un frisson traverse son échine et elle plante ses yeux sur l’incriminée, étalée bien sagement sur le sol. « Quand, je suis en colère, elle casse des choses, elle claque des portes, elle est violente… » Elle garde les yeux posés sur son ombre, refusant de croiser le regard de Lazlo. « Et puis… Le pire… Je ne mange plus, ne bois plus. Je n’en ai plus besoin et tout à goût de cendre… » De tous ses nouveaux attributs, son absence de faim de soif et le goût immonde des aliments dans sa bouche, sont ceux qui lui font le plus peur. Ceux qui l’éloignent le plus de son humanité, ceux qui font, avec son sang, réellement d’elle une monstrueuse erreur de la nature. « Je ne peux plus rien manger, le goût est horrible… La première fois que j’ai tenté de manger quelque chose… C’était du clafoutis… J’adore le clafoutis, pourtant, j’ai dû me retenir de vomir de toutes mes forces tellement le goût était infect. » Un rire sans joie secoue son corps et elle s’autorise enfin à respirer plus librement. Lazlo sait désormais tout de sa nature, il sait l’intégralité de sa monstruosité. Le poids que sa confession vient de soulever lui fait un bien fou, mais, la légèreté est rapidement rattrapée par la peur. Lazlo pourrait très bien la rejeter désormais et malgré toutes ses belles paroles, elle n’est pas prête à quitter la sécurité et le confort de la maison du blond.

Elle pose ses yeux sur lui, la peur au ventre. « Tu sais tout de moi… Je ne t’en voudrais pas de me demander de partir, ne t’en fais pas. Je sais que c’est sûrement dur à envisager pour toi… » Elle montre du doigt la boite sur la table, dans laquelle elle sait, a l’odeur, qu’il range son nécessaire à fumer. « Maintenant que nous avons tout mis à plat sur la table, tu veux fumer le calumet de la paix ? » Elle ne se souvient pas avoir fumé dans sa vie, mais comme elle ne se souvient de rien ça ne change pas de d’habitude. Pourtant, l’idée de partager un joint avec le jeune homme ne la heurte pas tant que ça, et même si sa tentative pour détendre l'atmosphère est bancale, elle a le mérite d'exister.

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MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Dim 8 Oct - 2:01


Aucun malaise. Les paroles filent toutes seules, en même temps que les regrets et le besoin profond, viscéral, d'être pardonné. Comme un enfant en tort, comme un ado grondé, il avait jugé la conversation nécessaire. Pour la simple et bonne raison que maintenant que Laura était là, qu'elle était enfin de retour, il ne se voyait pas la laisser filer une nouvelle fois. C'était impossible. Il y a des vérités comme ça, dans la vie. Immuables. Eternelles. Laura était enfin de retour, enfin à sa place. La laisser partir revenait à fausser cette vérité. C'était pour cela qu'il était incapable de la laisser filer. Qu'il l'avait ramenée, qu'il l'avait pansée. Qu'il s'était expliqué, qu'il s'était justifié. Certes, il ne pouvait pas évaluer la portée de son affliction, juste l'observer. Certes, il ne pouvait pas comprendre l'intégralité de ses maux, juste les écouter. Mais il serait là. Une promesse qu'il lui aurait faite quelles que soient les circonstances, ils le savaient tous les deux pertinemment. Ce n'était pas qu'une question de culpabilité, c'était bien au-delà. Par delà les mots, par delà les apparences, parce que c'était de ça qu'ils étaient faits tous les deux. Parce que c'était ça, aussi, leur lien. Une relation étrange, bancale, mais douce. Et si manifestement elle ne se souvenait pas entièrement de tout ça, si elle ne se souvenait pas même du prénom du blond avant qu'il ne le lui ait dit, elle en avait conservé quelques rémanences. Ou alors elle comprenait très vite.
Mais il y avait certains gestes, certaines paroles, qui, même si Laura avait été la manipulatrice la plus talentueuse de l'univers, ne pouvaient être feints. Cette manière qu'elle avait eue de tenir le visage de Lazlo entre ses paumes. Ce ton qu'elle avait toujours utilisé pour le calmer dans ses élans d'inquiétude. Laura était une mère pour beaucoup, mais aussi pour lui. En un sens, elle était de ces femmes qui portaient le monde. Et même si elle n'avait pas le coeur à lui pardonner tout, ou le reste, il savait qu'au fond elle tenterait de considérer cette éventualité.

Les vérités universelles. Malgré tout ce qui lui était arrivé, c'était beau, ce qu'elle disait. Si beau que, gêné, maladroit, l'Oiseleur ne savait plus où poser son regard. Détournant les yeux, il marmonna quelques paroles dans sa barbe pour lui demander d'arrêter. Elle disait de belles choses, mais c'était facile, en soit. C'était facile de parler de la beauté du monde sans le connaître, c'était facile de supposer sans se rendre compte. Sans toucher du doigt. Si elle avait tout oublié, était-il possible qu'elle soit vraiment si observatrice ? Comment pouvait-elle savoir qu'en réalité il donnerait sa vie pour Mikkel ? Etait-ce si évident ? Il ne comprenait pas. A croire que lui avoir volé ses souvenirs lui avait conféré des supers pouvoirs pour observer directement ses pensées, pour sonder son esprit. C'était beau, oui, d'avoir la sensation d'être compris. C'était si beau et si agréable... Si surprenant, aussi. Jamais personne ni même Laura elle-même ne s'était montré autrefois aussi compatissant, à part peut-être sa propre mère. Mais il n'eut pas le coeur à repousser les gestes de la quadragénaire. Pas plus qu'il ne rechigna à nicher son visage dans le creux de son cou, malgré que le geste lui parut... Etrange.
Inhabituel. Ce n'était pas de la paranoïa, ce n'était pas de la méfiance. Sans qu'il ne parvienne à poser le doigt sur ce qu'il se passait, il sentait comme une dissonance dans le comportement de son amie. Jamais elle n'avait été aussi proche, aussi tactile avec lui. Pourtant ils ne manquaient jamais de gestes, auparavant. Mais ça ? Il n'allait pas se plaindre. Sa peau était douce, elle sentait bon, et son visage était bien au chaud. Mais le geste en lui-même ? Jamais la Laura d'avant ne se serait permis ce type de geste. Jamais, pour la simple et bonne raison qu'elle savait pertinemment que le jeune homme avait déjà une mère, bien vivante, et que les effusions d'affection profondes de cet ordre n'étaient possibles que dans certaines circonstances données. Mais elle enlaçait comme Mikkel. Ce fut probablement la seule raison pour laquelle il ne tenta pas de s'extirper tout de suite de son étreinte, aussi inhabituelle fut-elle.

Docilement, il suivit son ordre silencieux et prit place à ses côtés, dans le canapé défoncé. Assis en tailleur sur les épais coussins, il attrapa ses chevilles pour les masser doucement, occupant ses mains qui l'embarrassaient tant il ne savait qu'en faire. La voix douce et chaleureuse de Laura habilla de nouveau le silence d'un voile de velours. A la gravité de son ton, à la façon qu'elle avait de buter des mots, Lazlo sut que l'instant était propice à la confession. Que ses interventions n'auraient aucun sens, pire, qu'elles pourraient briser cette étrange bulle de confort qu'ils avaient érigée tout autour d'eux. Alors il se tut. Alors il écouta, de toutes ses forces, attentif à chacune de ses paroles, son regard adouci pour l'inciter à poursuivre autant qu'elle le désirait.
Elle l'avait prévenu, plus tôt. Elle avait mentionné cette étrange affliction qui était la sienne, les dangers qu'elle pouvait occasionner, les troubles qu'elle comportait. Laura ne s'était pas avancée outre mesure sur les détails, mais clairement sa nouvelle condition avait été suffisamment dangereuse pour prendre la vie d'un homme. Il ne se doutait seulement pas à quel point sa condition était particulière. Comme si on lui avait arraché des pans entiers de ce qui la rendait humaine pour la recracher dans un état indescriptible, à mi-chemin entre la vie et la mort. Sauf que cet état semblait, manifestement, permanent. Y avait-il moyen de lui rendre son humanité, à Laura ? Y avait-il moyen de la soigner ? Il eut envie de lui poser la question, mais préféra la laisser poursuivre, conscient que la moindre interruption pourrait la mettre mal à l'aise. Massant nerveusement ses chevilles, il s'abreuva ainsi de toutes les informations qu'elle lui donnait.
Il avait mal pour elle. Mal de la voir aussi cruellement incomplète. Le Destin avait déjà été un sacré connard pour lui avoir arraché ses souvenirs, suite au coup que l'Oiseleur lui avait porté. Mais lui arracher en prime tout ce qui faisait d'elle un être vivant ? C'était pire que tout. Pire que la mort. Et même si certains des points qu'elle abordait étaient quand même terriblement cool, il ne restait que cette sensation dévorante dans son esprit : Laura avait tout ce qu'il fallait pour effectivement se caractériser comme un monstre. Et pourtant.
Pourtant elle avait toujours les mêmes traits, bien que fatigués. Pourtant son corps avait gardé l'empreinte de cette multitude de gestes doux, rassurants, réconfortants, qu'il avait toujours eus. Pourtant elle avait conservé son empathie, sa générosité. Sa maîtrise d'elle en avait pris un coup, mais qui pouvait lui en vouloir, au fond ? Dans ces circonstances, c'était bien normal qu'elle ait besoin de pleurer. Et les monstres... Les monstres, ça ne pleure pas.

C'était pour ça qu'il s'était adouci. Pour ça qu'il l'avait laissée s'exprimer sans l'interrompre. Pour cette humanité encore bien réelle qu'il voyait à chacune de ses phrases, à chacune des expressions qui ornaient son si beau visage. Elle était humaine, bien trop humaine pour être un monstre. Et s'il y avait des fragments d'une difformité confuse dans son corps, elle n'en était pas moins elle-même. Ce fut pour ça qu'il secoua lentement, silencieusement, la tête à ses derniers propos. Qu'il leva une main dans sa direction, lui montrant sa paume pour l'inciter au silence.

-Tu sais, j'avais compris que t'étais plus tout à fait humaine. J'avais compris que c'était un problème pour toi, mais ne te mets pas ici, ça vaut mieux pas pour toi...

Un sourire malicieux étirant le creux de ses lèvres charnues, il tapota sur sa tempe de l'index. Non, elle n'était pas dans sa tête, elle ne pouvait pas savoir à l'avance ce qu'il allait dire ou comment il allait réagir. Lui-même, d'une certaine manière, ne savait pas plus comment il fonctionnait les trois quarts du temps. Par impulsions. Par passion. Par colère. Mais ici, aucune de ces trois conditions n'était de mise, et il espérait que la quadragénaire en face de lui le comprendrait. Désespérément.

-Ce que je veux dire, c'est que là-dedans, c'est loin d'être autant la merde que t'as l'air de le penser. Soit, ton ombre est capable de déplacer des trucs et d'en briser d'autres -au passage je trouve ça super cool-, soit t'es capable de voir dans la tête des gens lorsqu'ils rêvent, enfin c'est ce que j'en ai compris. Soit, t'es aussi capable de te... Nourrir de leur énergie vitale, c'est ça ? Comme une sorte de vampire mais de l'énergie, et pas du sang ?

Du regard, il chercha son approbation. S'approprier les pouvoirs étranges de Laura faisait partie du processus de compréhension, tout comme les retraduire avec ses propres mots. Même s'ils étaient plus ou moins proches de la réalité. Après, ils n'étaient pas au sein même de ses propres interrogations. Voire de ses convictions, en témoignait ce sourire simple, un sourire pur, qui s'étira sur ses traits.

-Tu sais, en soit tout ça, c'est pas si important. Au fond, et même si t'es un peu différente de la norme, t'en es pas moins humaine. J'veux dire tu respires, tu penses, t'es encore capable de comprendre et ressentir tout ce qui fait de toi un être humain. Alors une ombre qui fait des caprices ou la capacité de pomper les rêves, c'est juste un bonus. Parce que pour moi, t'es toujours Laura. Et c'est pourquoi j'ai pas l'intention de te chasser de chez moi, ni maintenant, ni jamais.

Avec nonchalance, il s'étira longuement, son argumentation terminée. Il ne vivait plus dans un monde aussi manichéen depuis trop longtemps pour y revenir comme ça, à cause d'une erreur. Une grossière erreur. Ce n'était ni comme ça qu'il avait été élevé, ni comme ça qu'il s'était construit. Suivant l'impulsion de Laura, il tendit le bras vers la petite boite en bois rouge qui trônait au milieu de sa table basse. En tira quelques feuilles, du tabac, et cette plante merveilleuse qui était tant haïe par le Gouvernement. Certes, il était encore tôt. Certes, ils n'avaient que peu de choses dans l'estomac. Mais c'était clairement de ça qu'avait besoin son amie pour que toutes ses craintes finissent enfin par s'envoler.
Roulant le "calumet" entre ses doigts, l'Oiseleur lui jeta un regard en coin. Elle n'avait pas l'air plus à l'aise qu'elle ne l'était quelques instants plus tôt, mais ses paroles avaient l'air d'avoir atteint leur cible.

-En plus, tu vas avoir besoin de quelqu'un pour te guider par ici. Les choses, la vie, la ville, tout à énormément changé depuis ta disparition. Je sais pas ce que tu comptes faire maintenant que t'es revenue -chercher les tiens, peut-être ?- mais si t'as besoin de moi, je suis là. Enfin... Si tu veux de mon aide, au vu des... Révélations récentes.

Il soupira. La situation était déjà suffisamment complexe en l'état, mais il avait fallu qu'elle sache aussi vite tout ce qu'il s'était passé, toutes ces années auparavant. D'une certaine manière, et même s'il était embarrassé de l'admettre, il était soulagé. Soulagé d'un poids sur la conscience. Soulagé qu'elle ait survécu à tout ça.
Le silence était revenu entre eux, tout juste interrompu par le bruit des feuilles séchées crissant contre le papier ou les roucoulements étouffés de ses oiseaux, sur le toit. Cérémonieusement, il finit par tendre le joint achevé ainsi que son briquet à son amie.

-Honneur aux dames.



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