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 /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel

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ANIMAL I HAVE BECOME

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MessageSujet: /! Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Sam 4 Juin - 1:41




 
 
Mikkel & Lazlo
QUITE CLOSE TO CRAZY


  Il ne croyait pas, en se lançant dans sa petite entreprise, que les fins de mois, de semaines, de journées, même, puissent être aussi difficiles. L'argent se faisait rare, et il était obligé de négocier ses propres protégés à prix coûtant dans les bas fonds de la ville, afin de pouvoir continuer à entretenir ceux qui restaient. Un détail probablement pour beaucoup, mais qui lui avait profondément brisé le coeur la première fois qu'il avait dû commettre un infanticide pour réussir à se payer de quoi manger. Certes, il avait réussi à mettre quelques économies de côté de ses emplois précédents. Mais qu'étaient des données fictives, des chiffres informatiques, durant l'apocalypse ? La moitié de son argent avait volé en fumée. L'autre moitié avait fini dans sa volière. Autant dire qu'il était littéralement, et sûrement, sur la paille.
Dans ces circonstances, Lazlo n'avait pas eu le choix. Et comme toute chose dans sa vie, il s'était fait violence et avait fini par se faire une raison. C'était comme ça. Georgio devait partir, à la casserole de préférence, et ça tombait bien parce qu'il avait le caractère de cochon de l'abruti duquel il avait hérité du prénom. Bye bye Georgio, donc. L'éleveur n'avait pas eu le courage de lui tordre le cou lui-même, et l'avait amené à un boucher qui l'avait regardé avec des yeux comme deux ronds de flanc. Jusqu'à ce que l'ancien Community Manager lui explique c'était en fait une excellente idée, et qu'il finisse par s'embarquer dans sa galère. Et si Lazlo n'avait jamais franchi le pas, n'avait jamais croqué dans les chairs douillettes de ses plus infortunés résidents, il avait fini par réussir à s'offrir de quoi manger avec ce commerce peu orthodoxe.
Il faut bien croûter.

Sauf que ce jour-là, il n'avait plus le moindre sou vaillant en poche. Il était temps d'agir, et ça allait être ce cher Reynald, élevé spécialement pour l'occasion, qui serait à l'honneur. Passant devant le miroir abîmé, à l'entrée de son petit appartement qui donnait sur le toit, il aperçut son reflet. Sa barbe et ses cheveux blonds avaient poussé comme l'herbe folle, depuis qu'il avait abandonné tout semblant d'effort pour ressembler à un employé modèle. Feu Esteban avait raison de ce côté là. Ça lui allait mieux comme ça. Il s'adressa un sourire et se gratifia d'une légère courbette, avant de se diriger à pas silencieux vers la porte fenêtre au fond de l'appartement. Il gravit l'escalier de secours, attrapa le sac de jute qui servait à ses transactions sous le comptoir et alla chercher le futur supplicié. Accueilli par des battements d'ailes contrariés, il vint directement au niveau de Reynald, et le prit doucement entre ses mains.

-Allez mon gros, il est l'heure d'accomplir ton devoir à toi aussi. Pour le bien de la Nation, comme d'hab', tu connais le laïus. Peut-être même que tu seras moins con une fois transformé en ragoût. Mais eh, c'est pas moi qui vais en juger, tu me connais bien.

L'oiseau le connaissait si bien qu'il l'asséna de coups de bec sur les mains, battant des ailes pour ne pas être glissé dans le sac de jute. Les autres pigeons accompagnaient son départ à venir de roucoulements indignés, paniqués, craintifs qu'ils étaient d'être le prochain sur la liste. Seule Dita la colombe observait la scène d'un regard inquisiteur, bien consciente de son statut de privilégiée. Lazlo se mordit la lèvre inférieure en ficelant le sac.

-Non mais vous savez que j'ai pas le choix, bande d'ingrats. Elles coûtent cher depuis l'apocalypse, vos putains de graines. Sans parler des miennes.

Forcément, ses paroles claquaient dans le vent, les volatiles n'en ayant que faire. Levant les yeux au plafond en tôles de la volière, le blond finit par abdiquer. Il n'était pas possible de convaincre ses protégés du bien fondé de son geste. Tant pis. Il n'avait pas mangé depuis deux jours, repoussant l'échéance autant que possible. Alors Reynald devait faire son boulot. Point barre.
Pour le bien de la Nation, et de l'estomac de ses propres pairs, lui compris. C'était un boulot ingrat, mais quelqu'un devait le faire. Et vu ce que lui payait le boucher, maintenant, il n'allait pas s'en priver, aussi difficile la tâche puisse-t-elle être.




Sans grande surprise, il avait réussi à obtenir un bon pactole d'un oiseau aussi gras que Reynald. Le boucher avait récupéré le butin avec un regard pétillant de gourmandise, emporté le tout dans son arrière boutique et lui avait rendu le sac de jute ainsi qu'une bonne liasse de billets. Fourrant l'argent dans sa poche avec un grand sourire, Lazlo était parti en se disant qu'il avait de quoi vivre largement pendant deux bonnes semaines, voire trois s'il faisait attention. Et si sa situation serait plus confortable en 2016, elle en était bien loin à l'époque.
Il était revenu à son appartement avec des provisions pour lui comme pour ses bêtes, s'était offert le repas de sa vie, et avait fini par s'endormir en plein milieu d'après-midi, rattrapé par la digestion. Quand il rouvrit les yeux, la nuit progressait déjà sur la ville, enveloppant les bâtiments de ces teintes rosacées qui offrait à la Nouvelle Orléans la sensation d'une photo défraîchie. Considérant l'argent restant, qu'il avait planqué comme à son habitude dans sa minuscule cuisine, il estima qu'il pouvait bien sortir un peu, ce soir là.

Oui, il pouvait. Il en avait envie, il avait même les moyens de s'offrir un verre voire deux sans avoir besoin de sucer un gros porc dans une allée sombre pour se faire offrir à boire. Byzance.

-Reynald, du fond du coeur, merci. Tu vois, dans ta dèche t'es devenu généreux envers ton maître. Ton sacrifice n'aura pas été vain.

Profondément heureux de ce sourire de la Providence, il se prépara rapidement et fila en direction de Bourbon Street, rien que pour retrouver le frisson de la vie qu'il avait pu mener quelques mois avant de se retrouver au fond du seau. Retrouver ces temps d'insouciance, même factices, où la vie était bien plus douce et facile, pour reprendre des forces et continuer de tracer cette route qu'il s'était choisie, aussi compliquée puisse-t-elle être quelques fois.




-Et sinon, tu fais quoi dans la vie ?
-Je pose des bombes et j'élève des pigeons.

Toute aussi éméchée que lui, la jeune femme éclata de rire à cette réponse alors que Lazlo l'accompagnait, sirotant son cocktail. Boire avec modération, la bonne blague. En deux temps trois mouvements, la petite quantité de monnaie qu'il avait emportée s'était envolée à tire d'ailes, ne lui laissant d'autre choix que de profiter de son bagout pour se faire payer un verre ou deux. Sa compagne du moment, une petite brune aux yeux verts sans soutien-gorge, lui avait mis le grappin dessus sans réaliser sa grossière erreur. Pourtant Lazlo avait lourdement sous-entendu son manque évident d'intérêt, mais ça n'avait pas eu l'air de l'effrayer outre mesure. Harnachée à son bras, elle fit signe au barman de remplir à nouveau leurs verres, et finit par plonger son regard dans le sien, prête à passer à l'action. Le blond marqua un léger mouvement de recul quand elle s'approcha trop près de son visage, esquivant habilement ses lèvres pour poser les siennes sur le front de la brunette.

-T'es adorable, mais nous deux ça va vraiment pas être possible. Déjà parce que toi comme moi sommes ronds comme des culs de pelle. Ensuite parce que l'alignement des planètes avec Vénus en quatrième quadrant, c'est pas optimal. Et pour finir parce que mon style de fille, c'est plutôt ça, pour être parfaitement honnête avec toi.

Joignant le geste à la parole, il pointa du doigt un jeune homme aux traits fins et aux cheveux bruns qui se trouvait non loin d'eux, manifestement occupé à discuter avec un autre gars. Le geste de l'éleveur sembla momentanément capter son attention, et Lazlo lui adressa un léger sourire intéressé avant de glisser à sa compagne, soutenant toujours le regard du jeune coq :

-Je suis vraiment désolé, trésor, je croyais que tu avais compris quand je t'ai dit tout à l'heure qu'on ne jouait pas pour la même équipe...

Il l'était, sincèrement, en plus, surtout en voyant l'air estomaqué de sa compagne alors que l'information montait jusqu'à son cerveau embrumé. Il attendit la sentence en fermant les yeux, le verre dans la figure ou la gifle, se demandant si sa petite main toucherait d'abord la joue gauche puis la droite, ou l'inverse. Mais elle n'en fit rien, à sa grande surprise. Au contraire elle haussa les épaules et lui lâcha, d'un ton empreint de suffisance :

-T'iras pas plus loin avec lui qu'avec moi, hein, c'est clairement une pompe à pognon et vu que j'vais me tirer t'auras rien pour lui payer à boire. Bon courage, Poseur de Pigeons.

Il n'eut pas le temps de rebondir qu'elle était déjà partie, abandonnant son verre plein, déjà payé, derrière elle. Clairement, la révélation le lui avait fait oublier. Et si en temps normal Lazlo l'aurait au moins suivie pour le lui rendre, il n'en fit rien. Tout simplement parce que le Brun de la Discorde approchait de lui. Alors il en prit son parti et attrapa le verre abandonné pour le tendre vers son nouvel ami potentiel.
Ce serait le seul, en soit. Et si la brunette avait le nez creux quant à lui, Lazlo profiterait tout au moins de quelques brefs instants en sa compagnie. Le verre était toujours à moitié plein, chez lui. Avoir réussi à capter son attention, même par hasard, était déjà suffisant pour avoir fait toute sa nuit.


 




Dernière édition par Lazlo J. Andersen le Ven 7 Avr - 21:59, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Sam 4 Juin - 14:39


«Is there any chance to save the day ?»

 Lazlo & Mikkel
featuring


« T'es sûr que ça va, Lizzie ? »
« Oui, oui. Merci pour ton coup de fil, Mikky ! »
« Okay… j'te souhaite encore un joyeux anniv, pucette. On se voit bientôt ! »
« Tu devrais venir à la maison… P'pa aussi aimerait que tu viennes. »
« Dis pas de connerie, Liz. Allez, c'pas grave, bye bye, bisous oui… tchao. »

Ma petite sœur de quatorze ans pleurait au téléphone, doucement, faiblement, sans envie de me le montrer mais je l'entendais à sa respiration, à la tonalité plus étouffée de sa voix, elle pleurait. Je n'avais jamais supporté ça, c'était un truc que je ne parvenais pas du tout à encaisser et Lizzie le savait, du moins il me semblait, et elle n'avait jamais joué là dessus, ce n'était pas son genre. Pas son genre de chouiner pour attiser ma pitié, pas son genre de faire semblant, je le savais et ça ne faisait que m'enfoncer un peu plus cette dague de culpabilité dans le foie. Il y avait pas mal de temps que j'évitais le père, on avait beau vivre dans la même ville, on n'habitait plus ensemble depuis ma majorité. Et notre dernière dispute m'avait poussé à prendre encore plus de distances jusqu'à éviter totalement de le croiser.

La liberté avait son prix. Je vivais seul depuis longtemps, m'étant détaché du joug paternel avec une joie éhontée. Toutefois, le patriarche n'avait que modérément apprécié l'échec total de mes études qu'il s'était donné tant de mal à payer. Étais-je donc totalement con ? Le faisais-je exprès de me vautrer à ce point ? La question restait entière. Toujours est-il que mon père avait décidé de me couper les vivres, dans l'espoir insensé de me pousser à me prendre en main. Le sot. Cette dernière mise en garde m'avait motivé qu'un franc éclat de rire de ma part, lui assurant ainsi la certitude que je me foutais de sa gueule. Et je l'avais défié par vengeance, par rancœur, par dérision, par dépit, par destruction, par colère, par tristesse. Avec toujours ce même sourire insultant et provocateur. Qu'il aille se faire foutre celui-là. Ce père qui n'avait appris que je serais toujours imparfait et indigne, ce père qui m'avait arraché à ma mère, ce père qui me jugeait et me méprisait en permanence, ce père qui m'avait appris que je ne valais rien. Bullshit.

Alors voilà où j'en étais, après avoir cumulé les jobs les plus merdiques les uns que les autres, j'avais cru enfin tenir le bon bout. Je n'étais pas fait pour les hautes études, ça on avait tous fini par le comprendre, j'étais trop indiscipliné, trop désinvolte, trop peu sérieux. Par contre, j'avais la chance d'être plutôt bien foutu physiquement et grâce à mes contacts sur internet, j'avais rejoint une agence de mannequinat. J'étais sûr et certain que j'aurais pu percer dans le milieu, j'étais né pour vivre sous les feux des projecteurs, c'était l'évidence ! Et j'aurais pu facilement le prouver s'il n'y avait pas eu… la fin du monde. Rien de moins que ça pour réduire à néant mes rêves de gloire. Comment penser à des choses aussi futiles que la mode alors que les catastrophes naturelles détruisaient tout, que la civilisation telle qu'on la connaissait volait en éclat ! Il avait bien fallu que je me débrouille pour rebondir et offrir mes compétences dans un domaine qui avait toujours cruellement besoin de bras solides : l’hôpital où je bossais comme brancardier. En gros, je soulevais des culs toutes la journée et j'osais espérer que j'entretenais mes muscles grâce à cet exercice, on se console avec ce qu'on a.

Tout le monde avait la trouille dans cette ambiance post-apocalyptique, c'était le moment de se soutenir dans la cellule familiale, de se rapprocher les uns les autres. Et moi, j'étais là tout seul, dans mon studio, à contempler mon téléphone dans ma main. J'avais des contacts assez réguliers avec mon frère, ma sœur ou même ma belle-mère mais je pouvais bien fixer ce foutu téléphone pendant des heures, mon père ne m'appellerait jamais. Les autres avaient beau me répéter ses paroles comme quoi le père Ievseï m'attendait à bras ouvert et se languissait de la présence de son aîné, ça me faisait doucement rigoler. Oh ça va, moi je n'avais besoin de personne, j'étais parfaitement bien dans mes pompes et j'adorais ma vie comme je la menais, libre et sans attaches ! Mais il y avait des moments, comme ce soir, où je n'avais absolument pas l'humeur à rire. Grave pas. Il me fallait donc arranger ça, et vite, ce n'était pas mon genre de déprimer ou de me prélasser dans un état d'esprit cafardeux et d'ailleurs, il y avait déjà bien assez de ce genre de bestioles bien vivantes chez moi. Saloperie de vieille piaule, tout de même. Je grimaçais en bondissant lestement sur ma bombe d'insecticide pour en asperger copieusement les moindres recoins de mon studio. Il était propre, ce n'était pas le problème, j'avais toujours été assez méticuleux de ce coté là mais depuis les catastrophes, tout un tas de choses semblaient détraquées, les cafards pullulaient, les rats fuyaient des égouts, on aurait dit les sept plaies d'Egypte, en pire. Je me défoulais donc dans mon combat acharné contre ces satanés insectes, mon arme à la main, jusqu'à ce que l'atmosphère devienne irrespirable. Je pouvais donc sortir de chez moi, l'esprit en paix et serein.

Si je valais quelque chose, il me suffisait de le lire dans les yeux des autres, lorsque leurs regards affamés caressaient mon corps. Je m'étirais avec langueur, passant ma langue gourmande contre mes lèvres avant de soupeser les beaux mâles présents d'une œillade légère. Nous étions dans l'un de ces bars agréables de la Nouvelle-Orléans, qui profitait d'un climat magnifique toute l'année. Un fameux changement comparé à ma vie frileuse de New York ! J'aimais beaucoup la musique, l'ambiance conviviale et chaleureuse qui m'inspirait à mort. Les verres de rhum s’enchaînaient mais je n'en avais pas bu tant que ça, en tous cas, pas comparé à ce grand malabar qui me tenait la jambe depuis un temps déjà trop long à mon goût. Il m'agaçait déjà depuis un moment et j'essayais subtilement de mettre un terme à la conversation depuis cinq bonnes minutes. Un record en terme de patience pour ma part, d'autant plus que ce pauvre type n'avait déjà plus un seul dollar. Il s'en vantait en plus, non mais quel abruti. Je l'écoutais distraitement d'une oreille, tout en laissant mon regard voltiger de l'un à l'autre. Possible que ma distraction l'ait dépité, toujours est-il que ce pauvre type tenta le tout pour le tout en m'invitant chez lui, chose que je refusai, dans un charmant sourire. Je prétendis ne pas entendre les grommellements qu'il prononça alors que je le quittai sur une note d'espoir, en noble prince que j'étais.

« J'ai vu un de mes potes là bas. On se recroisera sûrement plus tard okay ? Tu m'as impressionné avec tes histoires de pêche au gros, t'es un mec si incroyable... »

J'insistai dans une intonation suave à ce dernier mot, lui offrant un dernier clin d’œil avant de tourner les talons. De mon coté, j'avais bien envie d'aller pêcher un autre style de poisson. Un blond barbu en l’occurrence. Celui que j'avais repéré un peu plus tôt me paraissait tout à fait comestible, même s'il était en compagnie féminine lorsque je l'avais vu me pointer du doigt. C'était vers lui que je m'avançais d'une démarche nonchalante, dans l'intention de me poser auprès de lui pour mieux apprécier la marchandise. J'esquissai un sourire un coin lorsque je le vis me tendre ce verre qui semblait m'attendre, par le plus grand des hasards. Souris à la vie et la vie te sourira. Parfois, il ne fallait pas se poser de question, le destin vous appelait de sa voix mélodieuse et il n'y avait qu'à répondre à son appel. Et comment refuser l'appel d'un cocktail au sein d'une si belle ambiance, franchement ? Je ramassais donc le verre tendu, effleurant gracieusement ses doigts au passage, dans un haussement de sourcils appréciateur.

« Tu n'attendais que moi, on dirait. Alors, dis-moi comment tu t'appelles, que je sache à la santé de qui je vais trinquer. Ah non, attend, laisse-moi deviner, ce sera plus drôle ! » Je le regardais au fond des yeux, le fixant un moment avec une attention redoutable pour incliner la tête dans un demi-sourire. ]« J'ai trouvé. » Je levai mon verre vers lui avant de savourer une légère gorgée de ce cocktail si galamment offert. Le goût de l'alcool était assez prononcé, on n'avait pas lésiné sur les ingrédients, il m'avait choisi un truc de qualité, ce qui était assez appréciable. Je fronçais un peu les sourcils, concentré, avant de m'humecter les lèvres, poursuivant sur ma lancée, d'un ton léger. « Tu t'appelles Yvan, tu viens directement de Sibérie et tu meurs de chaud ici à la Nouvelle-Orléans, loin des étendues neigeuses de ton enfance. Et tu t'ennuyais à mourir dans ce bar, jusqu'à ce que j'apparaisse soudain, comme un espoir pour te sauver. » Appuyant ma hanche contre le comptoir, je savourais l'excellence de mon humeur actuelle tout en balayant mes délires d'un geste vague de la main. « Oh bon, si ce n'est pas tout à fait ça, ce n'est pas grave. Mais après tout, tu m'as quand même pointé du doigt comme le messie. Appelle-moi Saint Mikkel. Ou Mikkel tout court, si tu préfères. » Je lui souris légèrement, sans le quitter des yeux. Pour moi la qualité de l'ambiance y était pour beaucoup, j'adorais les lieux peuplés comme celui-ci parce que je savais que je ne m'y ennuyais jamais et que je rencontrais toujours des connaissances ou même de nouvelles personnes sympathiques et hospitalières. Le tout saupoudré de bonne musique et c'était parfait.

 


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Dernière édition par Mikkel G. Ievseï le Mer 16 Nov - 16:43, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Sam 4 Juin - 23:33



L'Echappée Belle, ou plutôt la Belle Echappée, avait eu bien raison de laisser son cocktail de côté. Non seulement parce qu'il avait permis à Lazlo d'avoir un nouvel interlocuteur, mais aussi parce qu'elle avait clairement eu du goût, vu l'intérêt manifeste que le jeune homme entretenait pour le verre. Reposant chastement sa main sur le sien, le Norvégien arqua un sourcil amusé devant ses bravades, restant volontairement muet pour mieux le laisser jouer. Son regard d'acier ne tarda pas à s'arrimer à nouveau au sien, électrifiant agréablement sa colonne vertébrale alors qu'il se laissait passivement scruter, laissant tout le loisir du monde au brun de déterminer ce qu'il avait bien envie d'y voir. Une passivité qui ne lui ressemblait pas, et qu'il corrigerait certainement par la suite, mais qui était surtout mue par l'envie de savoir jusqu'où Gueule d'Ange était prêt à partir.

Et sa réponse ne se fit pas attendre, arrivant avec un tel éclat, une telle certitude que le rire le prit pour ne plus le lâcher. Il était bon, ce con. Diablement bon. Diablement à côté de la plaque, aussi. Pourtant Lazlo afficha une moue contrite, l'air d'avoir été pris en flagrant délit, et baissa piteusement le nez vers son verre.

-T'as tout bon, jusqu'au bout de la ligne. Un tel talent, c'est intense, tu dois être au moins chasseur de têtes pour avoir un don pareil. Mais dis-moi donc ton secret, c'est mon torse ruisselant de sueur ou renard polaire de compagnie qui t'ont mis sur la voie ?

Son regard pétillant de malice ne se dissociant pas un seul moment des iris d'acier de son comparse, il agita distraitement son propre verre entre ses doigts, le tintement des glaçons contre le verre se perdant dans la musique et le brouhaha environnants. Il aurait bien aimé avoir un renard polaire. La pauvre bête n'en pourrait plus, avec la chaleur fracassante de la Nouvelle Orléans, mais au moins ça pourrait faire un sujet de conversation supplémentaire. Quel dommage qu'il l'ait mis au vestiaire avec sa propre dignité.
Se fendant d'un nouveau sourire devant les paroles bravaches du brun, il rétorqua, du tac au tac :

-Mon sauveur, chevalier blanc en armure, mais où est donc ta monture ? Parce qu'il est hors de question que je me retape à nouveau sept jours de Transsibérien pour rentrer au pays, t'es prévenu.

La discussion semblait bien plus simple, bien plus fluide, avec quelques verres dans l'estomac. Sans parler du fait que sa précédente compagne avait nettement moins de répartie que lui, et l'avait assommé pendant des heures sur ses propres problèmes personnels, ses relations chaotiques avec les hommes et sa relation toute aussi conflictuelle avec sa mère. La barbe. Heureusement qu'il avait un soupçon de répartie supplémentaire, le Brun de la Discorde. Une bouche bien faite qui ne claquait pas seulement sur des banalités, mais des banalités qui avaient le don de le faire rire. Levant son verre, il le fit tinter contre celui qu'il avait lui-même glissé dans la main de son partenaire. Le Brun de la Discorde avait donc un nom. Et une vocation de sainteté, selon ses propres dires. A la bonne heure.

-Saint Mikkel, l'homme qui terrassait les ours à mains nues. Vu le regard que te lançait le bear avec qui tu parlais, il avait clairement envie que tu l'empoignes lui aussi. Pauvre petite bête sans défense.

Avec un regard entendu, le blond ramena son verre à ses lèvres pour s'offrir une nouvelle gorgée de sa boisson. Une boisson qu'il comptait savourer aussi longtemps que possible, puisqu'elle était aussi durement acquise que la dernière de sa soirée à lui. L'alcool coula dans sa gorge, traînée brûlante bienvenue, alors qu'il claquait sa langue pour rouvrir à nouveau la bouche, après une petite courbette révérencieuse en direction du Saint Homme.

-Mikkel tout court manque résolument de classe pour un homme de votre grandeur, Votre Sainteté. Vous me graciez de votre auguste présence, moi, qui ne m'appelle même pas Yvan. Et qui ne viens même pas de Sibérie. Mais eh, c'est du pareil au même si je m'appelle Lazlo et viens de Norvège, non ? On est à peu près dans le même secteur, le goulag en moins.

Mikkel. Il avait résolument une tête à avoir un nom sinon slave, au moins russe, le Brun de la Discorde. Et si Lazlo n'était clairement pas aussi physionomiste que lui, ça ne l'empêcha pas de se dire que son prénom lui collait à la peau. Rien qu'à voir la rapidité avec laquelle il descendait son propre verre, amenuisant de plus en plus la possibilité qu'ils continuent à discuter, ses poches étant désespérément dénuées du moindre sou vaillant. Le blond déglutit, son regard rivé sur la glotte qui se levait et s'abaissait vaillamment, trop rapidement à son propre goût. S'il n'intervenait pas rapidement, il risquait de devoir admettre être sur la paille et rentrer chez lui bien plus tôt que prévu. Et il n'en avait aucune envie présentement tout de suite.
Il devait gagner du temps. Parce qu'en l'occurrence, en ce moment précis, le temps était définitivement de l'argent.

-Tu viens déjà d'accomplir deux miracles devant moi, Saint Mikkel. Celui de t'extirper des griffes d'un ours, et celui de me libérer de celles d'un couguar. Qu'est-ce que tu as prévu d'autre qui puisse supplanter ces deux-là, ce soir ?

Jouant distraitement des doigts sur le bord de son propre verre, qu'il avait reposé sur le comptoir en s'y accoudant lui-même, Lazlo espéra un bref instant que les miracles incluent le fait de ne pas boire autre chose que de l'eau. S'il avait beau s'être entendu dire plus d'une fois qu'il ressemblait à Jésus, il n'avait toutefois pas encore le don de transformer l'eau en vin. Un énième miracle, puisqu'ils étaient partis sur cette lancée, qu'il aurait préféré pouvoir accomplir là, sur l'instant.
La soirée allait en s'étirant, à cette heure indue de la nuit où les oiseaux nocturnes commençaient à étendre leurs ailes dans les bars. Volatiles de toutes plumes, de toutes couleurs, il descendaient en groupes chamarrés là où il y avait de la musique, et où l'alcool coulait à flots. Même après que la fin du monde se soit abattue sur eux, ils restaient fidèles à leurs principes. Justement parce que c'était la fin du monde. Qu'avaient-ils à perdre désormais ? Une forme d'optimisme désespéré, celui d'oublier le chaos en se perdant dans celui de la vie nocturne, apportant avec eux leur joyeux capharnaüm.
Une nouvelle vague migratoire affluait à présent dans le bar, pépiant joyeusement, apportant son lot d'impatients tout autour d'eux et du comptoir. Des filles déjà un peu éméchées tapaient de leurs mains pleines de bagues sur le bois poli, des mecs pas plus nets haussaient le ton pour se faire entendre du barman qui lui-même ne savait pas plus où donner de la tête. Les joies de la vie, toutes rassemblées dans le mélange prodigieux des personnalités, et qui pourtant n'éclataient pas cette petite bulle, ténue, légère, qui s'était formée autour d'eux deux. Probablement parce que Lazlo s'était rapproché de Mikkel, après avoir vu débarquer les nouveaux clients, afin de mieux l'entendre maintenant que le bourdonnement des conversations avoisinantes était monté de quelques décibels.

Une voix toutefois perça au-dessus des autres, un roulis profond, brutal, qui hérissa les cheveux naissants sur la nuque du blond. Reynald premier du nom était là, haranguant le barman pour se faire servir plus rapidement. Lazlo s'arracha à sa contemplation des lèvres de Mikkel qui s'ouvraient et se refermaient pour jeter un bref coup d'oeil par dessus son épaule, avant de se retourner aussi sec vers son Saint Sauveur, relevant le col de sa veste sur son visage.

-Merde...

Le souci avec Reynald premier du nom, c'est qu'il n'était pas méchant. Il était juste insipide, et sa première qualité était l'attachement systématique et obsessionnel qu'il pouvait avoir pour certaines choses, ou certaines personnes. Et il n'avait pas digéré avoir été l'inspiration pour le prénom d'un pigeon destiné à l'abattage.
Se rapprochant subrepticement de Mikkel, Lazlo lui glissa en aparté, dans un souffle :

-Tu vois le grand gars en chemise rouge, là, avec sa coupe en brosse ? Il s'appelle Reynald. Pour faire court, il me court après depuis que je lui ai vendu un peu d'herbe il y a deux-trois mois et il a vraiment pas apprécié que je file son prénom à un pigeon. Je reconnais que c'est pas malin. Mais bref, s'il me voit, je vais l'avoir sur le dos toute la soirée, et, selon l'humeur, il risque de vouloir me casser la gueule. Et j'ai vraiment pas envie de t'infliger Reynald, quelle que soit la configuration, parce que tu mérites nettement mieux que ça.

Bon certes, il ne connaissait pas suffisamment Mikkel pour partir dans de telles considérations, mais le brun était capable de le faire rire, donc devenait automatiquement quelqu'un de fréquentable. Surtout que personne ne méritait de subir Reynald. Personne.
Lazlo soupira, à regret. La Providence avait été si douce avec lui jusqu'à présent, le retour de karma ne pouvait qu'arriver. C'était dommage. Il resta silencieux un bref instant, jetant un bref coup d'oeil à l'autre qui attendait de l'autre côté du comptoir, scrutant les alentours comme une buse cherche sa proie. Quel enfoiré.

-J'suis désolé, mais je vais avoir besoin que tu fasses un autre miracle ce soir pour me planquer, sinon j'vais être obligé de filer. Si t'es d'accord et si t'y arrives, je te promets que tu peux me demander ce que tu veux et tu l'auras. Dans la limite des stocks disponibles, bien sûr.

C'était idiot, comme proposition, parce qu'il n'avait déjà pas grand chose en soit. Et rien ne garantissait que Mikkel accepte. Il pouvait tout aussi bien filer lui aussi, et le laisser en tête à tête avec son propre problème. Après tout il s'était mis tout seul dans cette galère, il était plus que logique qu'il se débrouille comme un grand pour s'en sortir. Et pourtant, une once d'espoir venait de se glisser dans le regard céruléen qu'il posa sur le Brun de la Discorde. Une once d'espoir dans le type qui s'était qualifié quelques instants plus tôt comme son sauveur, et qui s'avèrerait l'être pour le restant de la soirée s'il réussissait l'exploit de le tirer de ce bourbier.


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MessageSujet: Re: /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Lun 13 Juin - 16:33


«Is there any chance to save the day ?»

 Lazlo & Mikkel
featuring

Abaissant un regard complaisant vers le blondin rieur, j'eus l'agréable surprise de le voir rebondir à mes délires avec un entrain assez expressif. Son enthousiasme de mec bourré faisait plaisir à voir, d'autant plus qu'il s'accordait superbement avec le mien et ça me changeait de mon début de soirée. J'en pouvais plus d'entendre l'autre marin me parler de pêche au thon, encore un peu et je me serais tapé une crise d'allergie à l'iode mais quand même, ça m'avait pas empêché de lever le coude. En l'instant actuel, je me sentais guilleret et épanoui et j'octroyai un rire grave au plaisantin, me composant un regard de tombeur.

« Je ne révèle jamais mes secrets, qu'est ce que tu crois ? Et ma monture, elle a besoin de se rincer le gosier, tout comme moi. Mais c'est bon, t'es pas obligé de rentrer au pays tout de suite, on s'y fait à la Nouvelle-Orléans, surtout avec un cocktail rafraîchissant en main, non ? »

Le mien était parfait, en tous cas. De son côté, qu'il ruisselle de sueur ou pas sous son tea-shirt, son torse m'avait l'air plutôt bien sculpté vu comme ça. Le caressant du regard, je trinquai donc, savourant de larges lampées de ce breuvage si généreusement offert. J'y faisais honneur, fallait pas que je ternisse ma réputation d'invité modèle. Ma lèvre supérieure frémit dans un rictus à son commentaire suivant, avant que je ne l'essuie d'un mouvement léger de l'index.

« Tu connais l'homme qu'à vu l'homme qu'à vu l'homme qu'à vu l'ours et qui n'a pas eu peur ? Ma grand-mère m'appelait toujours comme ça. Non mais sans déc, j'ai décidé de lui laisser la vie sauve à ce bear, ça vaut mieux pour tout le monde. T'sais que les ours attrapent les saumons d'un coup de patte dans les rivières ? Ça paraît cool mais quand on te narre ce genre d'aventures pendant une heure avec tous les détails poissonneux, à la fin, bah t'as plus faim. »

Et l'autre qui m'offrait une révérence, il me faisait marrer celui là. J'arquai un sourcil dans une moue faussement perplexe en le lorgnant de haut en bas, savourant posément une nouvelle gorgée. Il venait de l'Europe du Nord, tiens, j'étais pas tombé si loin que ça en fin de compte alors que j'avais lâché les premières conneries qui m'étaient venues à l'esprit. En tous les cas, ce qui était cool avec ce mec, c'était qu'il était pas contrariant et qu'il surfait sur les mêmes vagues délirantes que moi. De l'alcool, une compagnie agréable, de la bonne musique mais hé que demande le peuple ? Tout ça me suffisait pour motiver ce gloussement qui secoua mes épaules tandis que mes yeux pétillaient de cette légère ivresse.

« T'as tout compris ! Mais j'suis sûr que t'auras assez d'inspiration pour me doter de multiples épithètes, t'as un visage de poète, Lazlo le norvégien. Moi je suis russe pour de vrai, c'est une chance qui n'est pas donnée à tout le monde, je sais, mais en tous cas en tant qu'Européens, on est cousins ! C'est déjà pas mal. »


Je l'observais, lui et ses yeux d'un bleu si clair, un sourire toujours plaqué sur mes lèvres pendant qu'il évoquait mes miracles. Alors comme ça, je l'avais libéré d'un couguar, hein ? J'avais pas vraiment fait gaffe à la meuf qui l'accompagnait, à dire vrai mon regard s'attardait très peu sur les filles mais vu son commentaire, il semblait pas fâché d'en être débarrassé. Tant pis, tant mieux ! Moi je ne réfléchissais pas plus loin, je profitais juste du moment et je lui répondis avec une légèreté naturelle, galvanisé par l'alcool qui réchauffait mes veines et accroissait mon tempérament jouasse.

« J'espère au moins que tu m'oublieras pas dans tes prières ce soir ! Alors pour les miracles suivants, j'ai prévu des rivières de champagne et des cocktails spécial union Norvège-Russie, t'en penses quoi ? »

Mon verre était déjà à moitié vide et je le tuais davantage en le délestant d'une profonde gorgée supplémentaire. Et puis encore une autre. La soirée battait son plein ! La musique qui rythmait cette boite me donnait envie de danser et je bougeais déjà mes hanches, lançant des regards à gauche et à droite, sans rien perdre de ce qui se passait aux alentours ni aucune des arrivées. Qu'est ce que j'avais envie de rire ce soir, putain, et quand Lazlo se penchait vers moi pour mieux me parler, je n'hésitais pas à poser ma main chaleureusement contre son épaule et lui balancer mes conneries à l'oreille pour me marrer d'autant plus.

Cette ambiance était parfaite jusqu'au moment où un truc changea dans le comportement de mon compagnon de soirée qui devint soudain aussi troublé que s'il venait d’apercevoir un fantôme. Oups c'est quoi le bins ? Je terminais mon verre pendant que Lazlo se cachait sous son col comme un détective privé en pleine embuscade. Sauf que manifestement, c'était lui la proie. Je suivis son regard alors qu'il me glissait ses confidences, pouffant à moitié tout en soupesant le dénommé Reynald du regard. Merde, il avait l'air costaud. On fait quoi dans ces cas là ? Si j'avais été sobre, j'aurais probablement fait mes adieux à Lazlo d'un air digne et solennel mais d'un autre coté, le potentiel comique de cette situation me donnait juste envie de rigoler comme un bossu. Je me retins, esquissant juste quelques pouffements alcoolisés que j'étouffais de la main, en me forçant à arborer un air plus sérieux. Non mais quand même, il risquait de lui casser la gueule ce mec, rien de moins que ça. Lazlo était mignon avec ses histoires de miracles et ses belles promesses mais j'avais pas spécialement envie de risquer ma jolie mâchoire dans l'histoire. Cela dit…

« Okay… tu veux que j'te cache sous mon tea-shirt ? »

L'idée aurait été assez marrante et j'agrippai déjà le bas, soulevant mes fringues pour offrir à Lazlo une vision panoramique sur mes abdo contre lesquels il aurait pu se lover. Évidemment, la position aurait été un poil compromettante mais au moins sa tête aurait été cachée et le Reynald aurait eu plus de mal à reconnaître le reste de son corps. M'enfin, on n'allait pas non plus rester toute la soirée comme ça non plus, aussi confortable soit-elle, cette cachette n'offrant qu'un répit très momentané. L'idée était donc de foutre le camp d'ici ensemble, ce qui ne m'aurait pas réellement dérangé, après tout. J'avais fini mon verre et le quartier ne manquait pas de bars attrayants ! Alors merde, on n'allait pas gâcher notre vie à cause d'un pigeon susceptible, non ?

« Chiche qu'on traverse la salle comme ça ! Tu te planques comme une autruche et j'te guide pour sortir d'ici. Bon okay, t'auras l'air d'un con mais on s'en fout, tout le monde est bourré à cette heure et ils en ont vu d'autres. »

Autruche, pigeon, ces histoires d'oiseaux me laissaient rêveur. Je lui offris un sourire de connard plein d'assurance avant de l’exhorter à se cacher contre moi et l’entraîner rapidos loin du comptoir. Pas le temps de réfléchir, pas le temps d'esquisser un plan, il fallait agir ou périr ! Un peu que je méritais mieux que de me faire chier avec un boulet, agressif qui plus est, fallait pas déconner. Je chuchotais, le menton baissé, m'adressant à mon col.

« J'suis curieux de savoir ce que tu penses que je mérite, n'empêche… ça doit valoir le détour. Bon, mais t'as pas intérêt à donner mon nom à un pigeon après, même s'il a une tronche de saint. Allez viens, on s'casse... »

Je le cachais entre mes bras du mieux que je pouvais, le poussant gaillardement  vers le centre de la salle afin qu'on puisse se faufiler entre les quidams présents. Notre avancée n'était pas spécialement discrète au vu de la manière donc j'écrasai son visage contre mon torse en marchant comme un crabe pour éviter le regard du mec coiffé en brosse. Ce type là aurait simplement pu nous prendre pour deux débiles mais l'important c'était qu'il ne reconnaisse pas sa victime, non ? Lazlo avait parlé d'herbe et j'aurais pas craché sur un un bon gros pétard en guise de remerciement, en tous cas j'étais curieux de savoir ce qu'il avait en stock. Oh ouais ça aurait été cool mais en attendant...

« P'tain merde, il nous regarde, fais style de rien surtout ! Tiens, danse un peu. »

J'avais en effet croisé le regard du drôle en chemise et il ne m'avait pas semblé amical du tout. La tronche de looser qu'il se payait… Et quelle idée de se fringuer avec des couleurs aussi nazes, le rouge carmin okay mais le vermillon non quoi ! Rien qu'à observer la façon dont ce gars me reluquait, sa mâchoire carrée plus crispée que s'il avait un balais où j'pense et ses yeux qui lançaient des éclairs, j'avais aucune envie de me frotter à lui. Le lascar s'était redressé et soudain, motivé par une impulsion soudaine, je me laissais aller à gueuler très fort le refrain de la chanson qui passait en ce moment. Quand on veut passer inaperçu, le mieux c'est de tout faire pour attirer l'attention. Oh yes ! Je chantais de plus en plus fort et n'importe comment, entraînant Lazlo dans la danse en sautillant sur place comme un taré. Mon royaume pour un pogo, bordel ! Autour de nous, un groupe de mecs éméchés se mirent à scander en cadence un truc qui n'avait rien à voir, ils connaissaient même pas les paroles, ces cons là. En attendant, ils nous offraient un mur humain de toute beauté ! Comment ne pas résister à cette frénésie collective, cette envie de hurler notre soif de vivre en dépit de l'ambiance apocalyptique qui déchirait le monde ! Oh oui, nous étions jeunes, nous étions beaux, nous étions nés pour nous égosiller sur cette piste, enlacés, jusqu'à nous casser la gueule dans une marre de bière.

« T'es pas Ivan tsarévitch le taurillon mais c'pas grave, allez viens, on fout le camp ! »

Cours putain, mais cours !
Je l’entraînais en m'esclaffant à demi vers la sortie du bar, presque porté par la marrée humaine de soûlards, ou du moins j'aurai aimé que ce soit le cas. En vérité, je jouais des coudes pour me frayer un chemin parmi la populace, emportant Lazlo dans la foulée, avant de reprendre mon souffle dans une profonde goulée en retrouvant l'air libre. De l'air de l'air !

« Et ma monture, palsambleu, où est-elle ?? »


 


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MessageSujet: Re: /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Lun 31 Oct - 15:54

Forcément que Reynald serait là. Forcément. Il y avait toujours eu une constante dans sa vie : à chaque fois que quelque chose de cool lui arrivait, le karma revenait le gifler en pleine figure avec l'intensité de mille poings. Oui, à la fois. C'était une constante qu'il ne s'était pas empêché de constater depuis toujours, et qu'il était bien obligé de reconnaître une nouvelle fois alors que Reynald allait très certainement compromettre cette soirée pourtant parfaite. Une constante. Bon, au moins il devait avouer que les retours de karma étaient souvent intenses, même quand ils étaient positifs.
Restait à savoir si le retour en ce moment précis allait être positif ou négatif. Dans le meilleur des cas, Mikkel et sa Sainteté se montreraient magnanimes et trouveraient une solution pour les sortir lui et sa guigne de ce traquenard. Dans le pire des cas... Dans le pire des cas il se ferait probablement casser la figure, aurait un nez explosé et du sang plein sa barbe toute jeune, mais eh, au moins ça aura été une nuit particulièrement animée ! Non ? Non. Bon, si, un peu. Suffisamment pour lui mettre le sourire aux lèvres pendant toute la semaine, quand bien même il n'aurait pas pu bénéficier du beurre, de l'argent du beurre, du crémier et du cul de Saint Mikkel. Mais son esprit n'était pas encore à l'égarement, quand bien même les lèvres du beau parleur s'étaient étirées dans un sourire alors que, clairement, il ne gobait pas son histoire. A sa défense, il mettait manifestement beaucoup de coeur à planquer son hilarité. Un geste louable, presque attendrissant, si ce n'était pour les gros bras du plus gros pigeon que la Terre ait porté en son sein... Toutes proportions gardées.

Okay… tu veux que j'te cache sous mon tee-shirt ? Lazlo eut tout juste le temps de lever un regard dubitatif sur son camarade de beuverie qu'il se faisait d'office aveugler par un torse à moitié nu sorti de nulle part. Musclé. Probablement ferme. Et déjà quelques oeillades toutes aussi dubitatives que la sienne qui se posaient sur eux alors que le blond retint un éclat de rire devant la spontanéité du geste.

-Eh là ! Fais gaffe, Mister Univers, tu vas éborgner quelqu'un avec des tétons pareils !

Pourtant l'idée était alléchante. Non seulement pour la possibilité de toucher Dieu du doigt, mais aussi pour la cachette que son t-shirt pourrait lui procurer. Bon, ce n'était pas Paname, ils n'allaient pas pouvoir se fourrer à douze là-dessous. Mais il fallait reconnaître à Mikkel qu'il avait eu le mérite de trouver une idée qui leur permettrait non seulement de foutre le camp, et de n'attirer qu'à peine l'attention. La meilleure cachette est toujours d'être directement en face du sujet qui vous recherche, après tout. D'autant que Reynald, dans sa vision périphérique, faisait de sa grosse tête antipathique un périscope et scannait chaque recoin de la pièce avec minutie. S'il ne se décidait pas vite, il allait finir par être repéré. Et Mikkel avec lui.

-Chiche ! Plutôt finir en autruche avec la tête dans le sable et le cul à l'air que fourré de pains comme une dinde à Thanksgiving.

D'un geste leste, il enleva son bonnet et rejoint sa cachette temporaire, tirant aussi sec le t-shirt par-dessus sa tête. Il eut beau entendre un craquement provenir du tissu, il eut beau prendre une bonne dizaine de degrés d'un coup sous la Quechua humaine, il n'en dit rien. Et s'il nota une odeur persistante sur laquelle il n'arrivait pas mettre un nom, il préféra se concentrer sur ses autres sens. Sa vue obstruée, il n'apercevait que les lumières chamarrées des néons à travers le t-shirt. Ce ne serait pas suffisant pour se déplacer. Il allait devoir compter sur l'habileté de son Sauveur à les mouvoir. Sauveur qui enroula d'office ses bras autour de ses épaules, accentuant la fournaise d'une nouvelle dizaine de degrés, comprimant son visage contre sa peau. Sous son oreille, il pouvait entendre son cœur battre la chamade sous l'excitation manifeste que leur idée révolutionnaire provoquait. Jusqu'à ce que le bourdonnement sourd de la voix de Mikkel lui parvienne, et qu'il finisse par lever les yeux vers le halo lumineux qu'était devenu son col, tentant de discerner autre chose que son menton.

-Promis c'est pas un pigeon qui portera ton nom. Un cacatoès éventuellement. Voire un Gris du Gabon. C'est hyper malin ces bêtes-là, j'parie que s'ils avaient des pouces ils se planqueraient tous les jours sous des t-shirts pour échapper à leurs prédateurs !

Mikkel descendu de son tabouret, il finit par comprendre, malgré le marécage d'alcool où flottaient ses idées, qu'il était temps de bouger. Et cette odeur qui titillait son nez, encore, aigrelette. Réprimant un éternuement, il suivit le mouvement, épousant les pas de Mikkel pour faire un crabe relativement crédible. C'est fou comme l'urgence vous fait vouer une confiance aveugle au premier clampin venu, une fois que vous êtes, justement, aveugle. Et même si cette odeur aigrelette jurait un peu avec celle de son parfum, capiteux, suave, Lazlo n'aurait échangé sa place pour rien au monde.
Droite, gauche, droite, droite, gau... Droite encore. Tenant fermement le t-shirt de son compagnon, tout en entendant régulièrement ses coutures rendre progressivement l'âme, le blond gardait le regard rivé sur les chaussures de Saint Mikkel. Une surface plastique, colorée. Il les entraînait vers la piste ? Mais... Pourquoi ? Puis il comprit, du fin fond des vapeurs d'alcool qui embrumaient ses pensées. Il comprit que la manoeuvre n'était pas aussi bête qu'elle en avait l'air. La majorité des clampins attroupés sur la piste était plus grande qu'eux, que lui, du moins. Et même si Reynald était une tour de gué surplombée d'une tignasse rousse, il ne serait pas capable de les repérer au milieu de tous les danseurs. Alors quand il entendit la voix de Mikkel résonner dans son torse, et ledit torse lui frotter tout le visage, il sentit qu'il était temps de sortir de sa tanière. A regret, il devait le reconnaître. Mais putain que ça faisait du bien de retrouver un peu d'air relativement frais !

Suivant le mouvement, il bondit à son tour, chantant à tue-tête sur une chanson qu'il ne connaissait même pas, se laissant emporter par la foule. Les mains agiles, il incita tous les gens autour d'eux à faire de même, et, comme poussés par un élan grégaire éméché, pas mal d'entre eux suivirent le mouvement. Jetant de brefs coups d’œil derrière son épaule pour scruter Reynald, il remarqua que son ennemi juré avait jeté un regard dédaigneux à la masse en liesse, tentant de repérer quoi que ce soit. Mais que repérer en même temps, dans une nuée humaine, dans tous ces mouvements de cheveux, dans tous ces ressorts humains ? Lazlo éclata de rire, se laissa entraîner par son Sauveur, résistant difficilement à l'envie d'appeler le Pigeon pour attirer son attention. Ce qui, au vu de tous les efforts de son Sauveur, aurait été particulièrement couillon. Alors il se contenta de lui adresser un majeur bien senti, bien droit et bien levé, et fut vite rallié par une quinzaine de congénères bien trop éméchés pour comprendre que ce n'était pas une nouvelle danse, mais un acte de rébellion contre un gros con.
Qu'à cela ne tienne. C'était la fin du monde, après tout, autant qu'ils s'offrent tous autant de plaisir qu'il en éprouvait en cet instant même.

L'air frais de la nuit gifla agréablement son visage, alors qu'il n'avait aucun souvenir de comment précisément ils avaient réussi à rejoindre la sortie. La main de Mikkel était encore sur son poignet, aussi Lazlo supposa que c'était lui qui avait servi de bélier contre la populace amassée. Un frisson secoua ses épaules, s'achevant sur un profond fou rire. Ils l'avaient fait. Ils s'étaient tirés sans heurts. Ils avaient fait la nique en beauté à cet abruti congénital de Reynald et en étaient sortis encore plus flamboyants qu'au départ. Et son compagnon ne l'avait pas laissé à une mort certaine, tout du moins un bon cassage de gueule en règle. Levant un regard encore hilare vers son Sauveur, Lazlo lâcha, la voix encore saccadée par son rire.

-J'sais pas si t'es un Saint, le Slave, mais t'es un putain de génie !

L'espace d'un instant, il se hasarda à se demander s'il allait lui accorder trois vœux si jamais il en venait à lui frotter la anse. Mais, au moment où les pensées allaient franchir le seuil de sa bouche, l'exclamation de son compagnon retint ses propres mots. Ce serait pour plus tard.
Faisant mine de débarrasser de la poussière de sa veste, il esquissa deux pas vers lui et se retourna, la démarche hachée, solennelle. Et se pencha vaguement en avant, lui jetant un regard amusé.

-T'es pas au courant ? Avec la fin du monde, les chevaux ont décidé de se syndiquer et faire la grève pour avoir de meilleures couvertures sociales, c'est le palefrenier qui a dû prendre le relais. Maintenant monte, que nous galopions vers l'horizon !

D'un mouvement de la main, il tapota sur son dos, l'incitant à joindre le geste à la parole. Les jambes arquées, il grimaça un peu en sentant son corps partir en avant une fois son cavalier en selle, et arrima ses bras fermement autour de ses cuisses. Comme quoi, en une soirée, son compagnon les aurait toutes faites, entre le Sauveur, le Saint, le Slave, le Cavalier, le Génie. Son talon heurta le bitume pour marquer le début des hostilités, et il s'élança avec Mikkel sur le dos pendant... une bonne dizaine de mètres. Parce que bon, fallait pas déconner, entre l'alcool, la dope et la fatigue, sans parler des quelques kilos que pesait l'animal, il n'était pas prêt à courir un marathon. Ca aurait pu se tenter dans d'autres circonstances. S'il ne s'était pas pris le pied dans une bouche d'égout, menaçant de les faire tomber tous les deux. Se rattrapant de justesse en riant comme un gosse, il avait fini par le laisser rejoindre le plancher des vaches, grand prince.

-Je crains que le palefrenier n'ait trop bu pour pouvoir vous amener jusqu'à l'horizon, Votre Sainteté. Mais à défaut d'horizon il peut toujours vous amener dans sa modeste demeure pour vous offrir votre récompense, si vous la désirez toujours.

Respectueusement, il lui avait adressé une courbette honorifique, main posée sur le cœur, avant de la lui tendre avec un large sourire. Bien sûr que non, il n'avait pas oublié sa dette. Et bien sûr qu'il était prêt à partager son butin personnel avec le jeune homme, surtout après que ce dernier lui ait sauvé la mise.
La réponse tant attendue tombée, le chevelu lui adressa un clin d'oeil de connivence.

-Tu seras pas déçu. J'peux te le garantir.

Oh non il ne le serait pas. Car si Lazlo n'était pas sûr de la majorité de ce qu'il entreprenait dans sa vie, il l'était parfaitement de la qualité de l'herbe qu'il produisait, sur l'immense toiture de l'usine qui lui servait de logement. En guise d'amuse-bouche, il sortit un pétard de la poche intérieure de sa veste. Certes, il avait connu des jours meilleurs. Mais les vicissitudes de la vie atteignaient tout, même les meilleurs d'entre eux. Le glissant d'autorité entre les lèvres du Saint Homme, il se plaça devant lui et s'offrit le luxe de le lui allumer. Le vieil adage de l'Allumeur lui revint en tête, lui arrachant un sourire alors qu'il observait la flamme prendre sur les bords du papier, se muant en petite boule incandescente.

-Un grand cru, hein ? Garanti bio, équitable, et 100% ramassée avec mes petits doigts, pas par des petits chinois !

Il agita agilement ses doigts devant son compagnon avant de les fourrer dans ses poches et reprit sa marche en direction du Nid, le pas aussi hasardeux que sautillant. Au bout d'un temps, il finit par soupirer, se retournant vers son Sauveur avec un regard entendu. Ses doigts souples reprirent le joint de ses lèvres, et il tira un peu dessus avant de le lui rendre. L'alcool avait beau redescendre un peu avec la fraîcheur, il avait envie de rester perché. Perché et insouciant.

-T'as vraiment fait de moi un putain de miraculé, ta Sainteté, j'sais pas si tu t'en rends compte. Reynald est un authentique gros con, du style tellement con que tu te demandes comment il a appris à épeler son prénom correctement. J'crois même qu'il en est incapable. Bref. J'ai une dette monumentale envers toi, et c'est à toi t'en fixer le montant, sur ce coup-là. Donc ce soir, c'est moi qui régale. Tu peux prendre tout ce que tu veux. D'ailleurs, on est arrivés.

Finalement, ils avaient marché bien plus que le temps ne le leur avait fait croire. L'immense usine en briquettes rouges déchirait le ciel, devant eux, ses ferronneries noirâtres brillant sous la lumière blafarde des lampadaires. Ouvrant le passage, il contourna l'édifice et rejoint l'escalier de secours en fer forgé, à l'arrière. Trois étages plus haut, il s'assura que le portail de fortune qui menait au toit n'avait pas bougé puis glissa sa clé dans la serrure de la porte coupe-feu pour leur ouvrir l'accès. Puis il ouvrit la première porte à gauche, et alluma les lumières de son salon de bric et de broc, guidant le Saint d'un geste obséquieux.

-Bienvenue au Château Andersen.

Le salon s'étirait sur la longueur et s'achevait par une cuisine à l'américaine, orné de deux immenses fenêtres industrielles, ses murs en briquettes rouges apportant une chaleur répétée par les tapis de récupération et deux canapés qui avaient vu un bon paquet de paires de fesses mais restaient toutefois terriblement confortables. Jetant sa veste sur l'un d'entre eux, il invita Mikkel à s'asseoir avant de l'imiter, et lui tendre un cendrier qui trônait sur une table basse en bois clair.

-Tu vas m'dire que c'est con comme question, surtout maintenant que tu m'as suivi jusqu'ici, mais... Pourquoi tu m'as aidé, en fait ?

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MessageSujet: Re: /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Mer 16 Nov - 16:40


«Is there any chance to save the day ?»

 Lazlo & Mikkel
featuring

Dans cette transe collective où je me laissais emporter moi-même, j'avais levé avec énergie mon beau majeur, lequel m'avait toujours paru bien plus long que la moyenne, pour ma plus grande fierté. Emporté par un enthousiasme débridé, j'avais donc foncé, tel un bélier fougueux, serrant fort le poignet de Lazlo pour l'extirper en dehors de ce bar et de la foule en délire. Une fois sur le trottoir, j'emplis mes poumons d'une profonde lampée d'air, secoué par des étincelles de rires, le cœur encore battant d'excitation et d'ivresse. Je n'avais pas prévu une telle envolée et pourtant j'y avais plongé sans l'ombre d'une hésitation, armé de ce bel enthousiasme qui ne me lâchait pas et prêt à surfer sur une vague de délires. Les multiples réparties du blondin m'avaient laissé rêveur tant elles éveillaient aussitôt des images dans mon esprit imaginatif, si inspirantes qu'elles étaient. Mes gloussements n'en avaient été que plus prolixes alors que sa barbe me chatouillait le torse tout autant que son souffle tiède contre ma peau. Mister Univers avait apprécié la danse, merci pour lui. Si mes idées loufoques étaient aussi impulsives que ma tendance à l’exhibitionnisme gratuit, j'étais plutôt surpris que mon plan ait si merveilleusement fonctionné. La soirée était propice aux miracles, il fallait en profiter ! Et à présent, je le contemplais d'un regard brillant avant de m'étirer d'un air contemplatif, dans la posture du saint martyre, auréolé de sa toute-puissance. « Gloire à moi-même. »

Le bougre n'était pas en reste pour plonger dans le délire et ce fut d'un air goguenard de fier chevalier que j'accueillis ses bravades tandis qu'il me répondait sur la même lancée. Mes yeux s'écarquillèrent dans un cri suraigu qui pulsa aussitôt hors de mes lèvres, suite à son offre. « Les salauds de canassons, bordel ! Tous les mêmes ces tire-au-flanc, j'le savais !»  Dans un rictus de sale gosse, mon regard apprécia la courbe de ses fesses alors qu'il m'offrait son dos, un éclair illuminant aussitôt mes yeux. Galvanisé par mon humeur fêtarde, jamais je n'aurais pu résister à pareille invitation. Je ne pris même pas un millième de seconde pour réfléchir avant de bondir joyeusement sur la selle présentée, m'accrochant à ses épaules dans un cri de guerre du plus bel effet, d'une voix de stentor. « Hourrah ! »  Celui des cosaques des steppes de Russie était bien le meilleur qui soit alors que je me laissais aller à cet instant de délire pur. « L'horizon nous attend, mon fidèle palefrenier ! Holà fringant étalon… Les poils de ta crinière me chatouillent le nez, sacredieu ! Ah ! Que nos ennemis tremblent au fond de leurs trous ! Je possède le destrier barbu le plus rapide du royaume, il a du flair et il a l’œil farouche ! Allez  ! » Et j'aurais bien été capable de le laisser galoper pendant des kilomètres, sans que je ne cesse de m'égosiller, à lui hurler de foncer plus vite et plus loin, jusqu'à nous retrouver  au pays des merveilles !

Mes cuisses bien serrées contre ses hanches, j'enfouissais mon visage contre ses cheveux longs en riant, emporté par cette cavalcade sauvage jusqu'à ce qu'il trébuche et ne manque de perdre l'équilibre, ce qui nous aurait conduit droit dans le caniveau, triste déroute. Fort heureusement, le galant palefrenier possédait encore de bons réflexes, ce qui me permit de rejoindre le sol sans encombre, d'un saut gracieux. Le couvant d'un regard amusé, je me redressais de toute ma hauteur à ses paroles, haussant un sourcil magnanime dans un mince sourire de Saint Miséricordieux. Le caressant du regard de haut en bas, j'appréciai pleinement cette scène de romantisme chevaleresque alors que son salut poétique, la main sur le cœur, me donnait autant l'envie de rire aux éclat que de l'embrasser à pleine bouche. A cette pensée émoustillée, je m'humectai les lèvres avant de lui céder ma noble pogne, la déposant avec générosité dans sa main tendue.  « Je vous autorise à baiser ma sainte dextre, mon brave. Vous serez sans doute absous de vos péchés d'ivresse par sa divine influence ! Quant à votre modeste demeure, hé bien soit. Je consens à la bénir de mon auguste présence. J'attends d'en savoir un peu plus sur cette mystérieuse récompense mais ma curiosité est à la mesure de mon appétit, sachez-le bien, ô bel écuyer.»

Où allait-il m'emmener, ça je n'en savais rien mais je n'y pensais absolument pas. Je me concentrais dans un sourire sur les promesses alléchantes qu'il m'offrait avant de poser les yeux sur cette chose qu'il sortait de sa poche, tel un magicien sort des lapins de son chapeau. Les lèvres de Saint Mikkel étaient toujours sensibles à ce genre de présent, bien évidemment. Aussi, même si son geste me surprit l'espace d'une seconde, je le laissai bouter le feu à cette clope avec contentement, plissant des yeux de connaisseur en inspirant la première bouffée. Gardant un moment la fumée dans mes poumons pour mieux m'en imprégner, j'écoutais ses commentaires d'une oreille complaisante, admirant la danse de ses doigts agiles. Je lui emboîtais le pas aussitôt, expulsant doucement les volutes grisâtres dans un soupir appréciateur. « Oh… je comprend pourquoi l'autre pigeon te court après. Tu fais de la magie, mec, j'dois avouer. Pas mal du tout oui… Tu me donnes envie d'aller visiter ta plantation, ça doit sacrément valoir le coup d’œil. »  Baissant le regard sur le joint entre mes doigts, j'esquissais une moue dans un hochement de tête satisfait avant de reprendre une nouvelle bouffée, les paupières fermées pour mieux savourer.

Tout en marchant, je me sentais planer, l'esprit délicieusement ouvert, un sourire éthéré sur le visage comme un archange bienheureux, tombé du ciel pour contempler l'humanité avec une douce indifférence. Le croissant de lune qui apparaissait entre les immeubles était posé à l'horizontale et me faisait ainsi songer au sourire du chat de Chester. Cette idée me faisait pouffer légèrement alors que j'avais l'impression qu'il jouait à cache-cache avec nous, bondissant par dessus les toits. A mes cotés, le sieur Lazlo, aux yeux azurés plus pur qu'un ciel d'été, me faisait la grâce d'humecter de ses lèvres le précieux pétard, en alternance avec moi-même. Nos enjambées étaient larges, la cadence de notre pas assez rythmée, la fumée nous enveloppait de son odeur ronde et suave alors que je bondissais parfois pour m'amuser à adapter ma démarche à la sienne,  comme pour un défilé militaire, sans cesser de bavarder. « Mais j'veux bien le croire que t'as eu chaud avec ce bonhomme accroché à tes basques. Misère, t'imagine si jamais il avait voulu jouer au scrabble avec toi, t'aurais pas été dans la merde, la partie aurait duré des siècles et à la fin, ta jolie barbe serait devenue longue et grise comme celle de Gandalf. »  Je lui offris un air exagérément offusqué à cette simple idée tout posant mon coude sur son épaule, lui balançant soudain un petit coup de hanches l'air de rien pour déstabiliser sa cadence. Je baissais le regard vers lui, un sourire accroché aux lèvres à ses invitations si prometteuses. « Fais gaffe à ce que tu dis, faut pas me répéter ce genre de choses deux fois... » Tout ce que je veux, vraiment ?

Je plissai les yeux légèrement d'un air chafouin avant de tourner le regard vers l’imposante bâtisse qu'il me désignait. « Sérieux c'est là que tu crèches ? C'est une blague ? »   Visiblement pas puisqu'il se dirigeait posément vers ce qui ressemblait beaucoup plus à une usine qu'à un immeuble à appartements. L'endroit n'était pourtant pas spécialement lugubre, en dépit de l'heure avancée dans la nuit et des étranges reflets provoqués par la lueur blême des lampes de rue. Le suivant à l'arrière, je grimpai lestement les escaliers à sa suite, jetant un œil en contrebas pour apercevoir la large rue paisible. Apparemment, il y avait moyen d'accéder aux toits et je me demandai si c'était là que se cachait la plantation secrète de ce galant écuyer… Mon regard revint s'accrocher à ses prunelles facétieuses tandis qu'il m'invitait à rentrer et je le saluai aussitôt en joignant mes mains modestement avant de m'imposer franc battant dans la baraque. Je parcouru l'ensemble du regard, tout en laissant échapper un sifflement admiratif. « Hé ben ! Il a de la gueule ton château, c'est immense ! Tu vis ici tout seul ? C'est hyper original de vivre dans une usine, dis moi ! Mais comment ça se passe, elle t'appartient ? T'as des ouvriers qui bossent pour toi ? Ah nan, pas de p'tit chinois cachés dans tes caves, tu m'as dit ! T'as vraiment des oiseaux ? Des perroquets ? Des Gabon de j'sais pas quoi ?»  Mes questions s'articulaient au moment même où elles s'allumaient dans mon esprit jouasse, reprenant une dernière bouffée du joint qui s'était considérablement consumé entre mes doigts.

N'ayant que mon t-shirt sur le dos, je n'avais aucune veste à ôter avant d'aller essayer ce canapé qui m'était si gentiment présenté. Je m'y laissai tomber gaillardement dans un soupir satisfait en entendant le grincement fatigué des ressorts, qui n'enlevait rien au confort des coussins, particulièrement moelleux. Lui dédiant un regard songeur, j'offris un mince sourire au blondin aux longs cheveux. « Tu ressembles plus à un hippie qu'à un dirlo d'usine, Lazlo le norvégien. »  Je tendis la main pour atteindre le cendar présenté dans un haussement de sourcils, y abandonnant le mégot. « Mais non qu'est-ce que je raconte, rien à voir… tu ressembles à Gandalf Junior et tu remplaces Gris-poil, ce maudit cheval gréviste. Voilà, tout se tient. C'est le job le plus honorable du monde, faut quand même le dire. Grâce à toi, je vais pouvoir reprendre ma chasse aux dragons et remplir ma destinée de Saint-Chevalier. »

Je m'enfonçais contre le dossier du fauteuil, le corps tourné vers lui, le détaillant du regard, mes yeux d'un vert d'eau brillant toujours de cette agréable euphorie, perché comme j'étais. La lumière qui régnait dans le vaste salon me permettait de saisir ses contours plus nettement que dans l'atmosphère tamisée de la boite ou trop sombre de la rue. J'appréciais ainsi la marchandise d'un regard léger, les pensées volatiles, m'attardant un peu trop longtemps sur ses lèvres avant que sa question ne me ramène à son regard si clair. Sans crier gare, j'empoignai aussitôt un coussin sur le canapé pour le lui balancer en pleine face. « Sacrilège ! Comment osez-vous poser cette question, ô mécréant ? Un Saint homme se doit d'aider son prochain par pur altruisme, il se jette au devant du danger en toute abnégation, par amour de la justice et sauvegarder ainsi l'équilibre de l'univers ! Et vous insinuez que je suis vilement intéressé ? Ahh mon âme souffre ! Aaah »  Je me cachai la tête dans les mains, pouffant pour lui échapper avant de risquer un regard pour lorgner vers la cuisine américaine. Pourquoi je l'avais aidé, il en avait de bonnes lui. En vérité, je n'y avais pas spécialement réfléchi, je m'avançais dans la direction où me poussait le vent, suivant mes envies et mes instincts du moment. Mais ses propositions n’étaient pas tombées dans l'oreille d'un sourd et je réfléchissais déjà aux bénéfices immédiats à tirer de sa gracieuse invitation.

«Hmmm. Bon, évidemment, si tu avais quelques poulardes à me proposer, des jambonneaux, quelques saucisses, une platée de frittes, un bon petit rôti peut-être ? J'me laisserais bien tenter. »  Je me faisais saliver avec mes conneries et je déglutis avant de secouer la tête pour me remettre les idées en place dans une moue ingénue. « C'est ta faute, à force de me parler de volailles, avec tes pigeons et tes perroquets. Quoique j'ai jamais mangé de perroquet... mais bon. »  Je fronçais les sourcils, songeur à cette drôle d'idée. C'était vrai que j'avais la dalle en y pensant. Et comme je n'avais pas eu le temps de faire de courses, mon frigo était désespérément vide, ce qui serait assez déprimant en rentrant. Un sourire affleura sur mes lèvres dans un regard angélique en me penchant doucement vers lui. « Sans déconner, la beuh ça m'donne faim et j'ai pas encore dîné aujourd'hui donc même si t'avais juste des cacahuètes, ce serait cool. »

J'inclinai discrètement  la tête vers mon épaule, quand une légère odeur se dégageant de mon tea-shirt me parvint avec un peu plus de précision. Souvent, quand je revenais de boite, il fallait attendre que je sois chez moi, dans mon lit, pour me rendre compte à quel point j'étais salement imprégné d'odeurs de clopes froides. Mais là, c'était autre chose et je relâchai un soupir en y repensant, me laissant aller contre l'épaule du blond qui dégageait un parfum bien agréable quant à lui. Je lui glissais quelques mots à l'oreille, soulevant quelques mèches de cheveux blond pour y parvenir, d'un geste léger. « Non mais j'allais pas te laisser fourrer comme une dinde, tout de même. T'sais quoi Lazlo, faut vraiment que j'te dise. T'as un de ces putain de merveilleux… canapé. »  Lui offrant un sourire taquin, j’enchaînais d'une voix suave avant de soupirer. « Si personne l'utilise, tu crois que j'pourrais dormir dessus ? En fait… c'est une tragique histoire, mon cher écuyer. Mon royaume subit les attaques dégueulasses d'une armée de créatures vicelardes, c'est une infamie. En gros, j'ai une invasion de cafards, c'est l'horreur quoi et ça pue parce que j'ai foutu la dose en insecticide, donc j'peux pas trop aller dormir chez moi ce soir, tu vois ? » Je me redressais légèrement, adoptant mon masque de meilleur tragédien grec, les sourcils tristes et l’œil brillant pour murmurer d'une voix déchirante, dans un hoquet dramatique. « Je suis un saint sans abri...»

 


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MessageSujet: Re: /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Mar 22 Nov - 2:50


La fumée planait tout autour d'eux, une nouvelle illusion d'optique pour préserver une dernière once d'intimité, fugace, entre eux. Une dose d'intimité inconsciente, pas forcément bienvenue vu leurs corps qui s'étaient frôlés plus d'une fois, vu leurs paroles qui s'étaient emmêlées les unes aux autres. Vu le regard que Lazlo déposait sur les lèvres charnues du Brun de la Discorde, alors qu'il les ouvrait encore sur de nouveaux mots qu'il ne comprenait plus qu'à moitié. Il ne savait même plus comment il avait réussi à le convaincre de le rejoindre ici, dans son appartement, à s'assoir sur son canapé défoncé, mais il était bel et bien là. Saint Mikkel graciant les lieux de sa présence surréelle, bénissant son canapé de son auguste derrière. Fais gaffe à ce que tu dis, faut pas me répéter ce genre de choses deux fois... Oh, mais parti comme il l'était prêt, il était tout disposé à le lui redire une nouvelle fois, juste pour voir jusqu'où il était prêt à suivre. Surtout maintenant que la lumière des quelques lampes disposées çà et là dans son salon rendait ses courbes avec plus de netteté. Lazlo avait vu juste, quand il avait dit à la jeune femme au décolleté trop prononcé qu'il ne courait pas ce type de cheval. Le jeune homme avait un charme électrique que les lumières des lampadaires, que celles, vibrantes, du bar, ne rendaient pas correctement. Non, elles ne lui rendaient pas justice. Pas alors que son regard se perdait progressivement sous l'effet de la drogue, se voilant de cette brume paresseuse du plaisir, lui donnant envie de savoir à quoi ils ressembleraient sous une autre forme d'extase. Laissant son regard vagabonder un instant le long de son torse salvateur, le Norvégien le reposa chastement sur ses propres mains, en pleine activité. Un sourire félin s'étira sous sa moustache.

-Tu apprendras que le Château Andersen n'est autre que l'illustre usine de Willy Wonka. C'était un oncle éloigné un peu barjot. Du coup ce qui me reste pour faire tout le boulot, c'est une poignée d'Oompa Loompa que j'ai enfermés dans la cave pour éviter qu'ils fassent chier tous les voisins en chantant. Tu te rends pas compte du bordel qu'ils arrivent à faire, malgré leur taille.

Les yeux baissés sur ses doigts, il pouffa un peu aux divagations de son compagnon, tout en sentant le canapé s'enfoncer dans son dos alors que ledit compagnon s'y installait plus confortablement. Ses doigts effritèrent tranquillement une tête de beuh, alors que la conversation se poursuivait sur ce ton léger, surréel, qui l'avait commencée. Une sorte de bulle de connerie que rien ne semblait pouvoir faire éclater. Et le Saint Homme de poursuivre sur ses chasses au dragon, ses sorciers, et ses allusions à une quelconque quête qui le poussa à éclater de rire une nouvelle fois. Qu'il était con, ce garçon. Recouvrant son calme, il avait lui-même fini par lui poser la question fatidique, celle-là même qui le rongeait de curiosité. Pourquoi ? Ils ne se connaissaient pas. Il n'avait pas particulièrement d'intérêt, le Saint Homme, à sauver un simple péon comme lui. Il n'avait même pas une tête de princesse, c'était dire ! Certes, il avait un château, des Oompa Loompas et un grand "jardin" sur son toit, mais il n'avait pas de trésors ou grand chose à lui offrir. Disons qu'il comptait potentiellement lui offrir quelque chose, mais ça n'entrait pas franchement dans les caractéristiques habituelles des contes de fées.

Dire que la réponse de Mikkel le surprit relevait de l'euphémisme. Le coussin lui arriva en pleine figure, à plat, soulevant ses cheveux tout autour de son visage dans un "Fwoof" sonore. Pire, il avait lâché le joint qu'il était en train de rouler, répandant tabac et feuilles tout autour de ses pieds, sur le tapis chamarré. Encore sous le choc, Lazlo sentit le coussin retomber sur ses mains. S'il restait quelque chose au creux de ses paumes, ce n'était malheureusement plus le cas. Retrouvant leurs copines dans les poils râpés du canapé, les feuilles de beuh finirent écrasées sous sa propre semelle alors qu'il rattrapait le coussin par un coin, pour l'écraser sur l'épaule du Chevalier Sans Peur.

-Je savais que tes motivations n'étaient pas pures, et seulement vilement intéressées ! Un Chevalier Servant qui suit une Princesse Barbue jusqu'à son château, on sait tous comment ça finit ! Ça exige un baiser d'amour véritable, puis le mariage, puis la dot, puis le Royaume, le Dragon et le Palefrenier, et après ça divorce et ça se tire avec la Belle-Mère acariâtre ou les 7 Nains ! Ah, votre âme souffre ? Qu'en est-il de mon cœur, alors ? Foulé au pied par votre insoutenable cruauté intéressée ! Ah vous vouliez une Princesse, Saint Mikkel ? Vous aurez le Dragon !

Dans un geste impérieux, il relâcha le coussin entre ses cuisses, saisi d'un nouveau ricanement. Les douces vapeurs de la drogue couraient dans son système, l'assommant un peu lui-même. Et s'il ignorait quelle heure il pouvait bien être, il commençait lui-même à sentir la faim creuser quelque peu son estomac. Comme à chaque fois, la douce euphorie de la drogue amenait cette gourmandise sourde, cette faim paradoxale si l'on considérait que l'estomac se gonflait de fumée. Il allait proposer à son compagnon de se lever pour aller chercher quelque chose à manger, mais ce dernier fut plus vif que lui. Posant un regard dépité sur les vestiges du joint suivant qui jonchaient le tapis, il reporta ses yeux céruléens sur Mikkel. Saint Mikkel. Ses lèvres charnues qui s'ouvraient à nouveau alors que son regard de chien battu lui donnaient envie soit de lui apporter le contenu entier de son frigo, soit de l'embrasser à pleine bouche. Secouant la tête pour se remettre les idées en place, il leva les yeux au ciel. La Volière n'était pas loin, en soit. Mais il avait déjà sacrifié Reynald pour la cause stomacale, alors le Chevalier Pourfendeur de Poulardes n'aurait pas le plaisir de goûter au pigeon rôti.

-Tu as de la chance, alors. Parce que je suis un Palefrenier magique, doublé d'une Princesse Barbue et d'un Dragon. Je suis aussi un peu Génie, et j'peux exaucer trois de tes souhaits. Le premier sera donc de te nourrir. Quand j'aurai réussi à bouger mes fesses de ce canapé.

Ce qui était plus vite dit que fait, la douce indolence dans laquelle l'avait plongé le joint rendant ce canapé terriblement attachant. Une histoire d'amour fusionnelle, profonde, que Saint Mikkel ne connaîtrait probablement jamais. Car les sentiments de Lazlo étaient tous tournés vers son meuble. Ses yeux, quand à eux, se laissèrent aller à vagabonder une nouvelle fois le long des traits du visage de son étrange compagnon qui s'était penché vers lui, trahissant ses intentions. A ce rythme, il aurait flingué ses trois souhaits en l'espace de quelques minutes seulement. Ce qui serait bien dommage, si l'on considérait que Lazlo était prêt à lui en accorder un peu plus, surtout alors que le temps se suspendait dans la nébuleuse de fumée. Alors qu'il sentait à nouveau son souffle contre sa peau, et entr'ouvrait les lèvres malgré lui pour le capter.

Luttant contre le sortilège, le blond prit le parti de s'enfoncer un peu plus dans le canapé. Approfondir le problème n'avait jamais réellement été la solution quand il fallait s'extirper de son étreinte confortable pour franchir les quelques mètres qui le séparaient de la cuisine. Poussant un grognement défait, il fixa la cuisine américaine, entretenant l'espoir que s'il se concentrait suffisamment elle finirait par se rapprocher toute seule. L'intention était belle, bien qu'impossible. Mais par une soirée aussi étrange, n'était-il pas possible que d'autres miracles se fassent ?
Bon, la cuisine ne se rapprochait pas, mais la pression qu'il sentit sur son épaule était une autre forme de miracle fort plaisante. Et cette odeur légèrement aigrelette, un peu piquante, qui revenait à la charge, à peine effacée par la flagrance pourtant tenace de la drogue. Répondant au contact par le contact, le blond se laissa aller paresseusement contre son bras. Les doigts du Saint Homme dans ses cheveux attisèrent un frisson le long de sa colonne vertébrale. Le souffle suave de sa voix contre sa tempe, juste au creux de son oreille, réchauffèrent, eux, tout le reste de son corps. Une sensation piquante et pas foncièrement désagréable alors que son esprit embrumé tentait d'analyser, de tirer le vrai du faux, dans ce que lui racontait le Brun de la Discorde.
Brun de la Discorde qui réclamait son deuxième vœu. Se tournant lentement vers lui, traçant quelques arabesques de la pulpe des doigts le long d'un avant-bras qu'il sentit ferme, Lazlo lui adressa un sourire énigmatique.

-Tu crois sincèrement que c'est dans mon canapé que tu vas dormir ce soir, ô, fier Pourfendeur de Cafards ?

Sa main libre papillonna vers son visage, effleurant à peine cette mâchoire carrée, forte, tandis qu'il rapprochait légèrement son visage du sien. Suffisamment pour sentir de nouveau son souffle sur sa peau. Suffisamment pour frôler ses lèvres charnues de sa moustache, lèvres desquelles il n'arrivait pas à dévier le regard. Répondant d'une voix toute aussi profonde, il concéda, dans un soupir :

-Ce sera donc ton deuxième souhait, Chevalier. Sois prudent, il ne t'en reste plus qu'un.

Il pouvait sentir le souffle de son compagnon se raccourcir. Il pouvait sentir son propre cœur s'emballer, juste ce qu'il fallait pour permettre au sang de circuler à nouveau correctement dans son corps par trop détendu. Juste assez pour que, ses lèvres brossant subrepticement celles du Saint Homme, juste à peine, elles s'étirent dans un sourire cabot alors qu'il reculait aussitôt. Et bondissait sur ses pieds, échappant tant à son emprise que celle du canapé. Le ton joyeux d'avoir réussi un tel exploit, il lui adressa un sourire radieux.

-Mais d'abord, la ripaille ! Un Saint ne peut prêcher le ventre vide !

D'autant qu'il avait lui-même la dalle, et était reconnaissant à son estomac de ne pas avoir hurlé famine alors qu'ils étaient aussi proches. Le pas leste, il esquiva un vol de coussin avant de se diriger vers la cuisine. Ses réserves n'étaient pas particulièrement remplies, le dernier mois ayant été particulièrement hasardeux. Par chance pour lui, la vente de Reynald lui avait permis de racheter quelques provisions plus tôt dans la journée. Reynald. Sa mémoire serait honorée ce soir, tant celle du pigeon que celle du grand con. Parce que sans Reynald premier et deuxième du nom, rien de tout ce qui s'était passé ce soir n'aurait été possible. Et le Brun de la Discorde ne serait pas présent actuellement, frustré, dans son canapé. Quoi que frustré, il n'en savait rien, au fond. Mais il s'en doutait fortement, vu le lancer de coussin qu'il avait esquivé. En même temps, ça lui apprendrait à squatter à ce point. Cela même si Lazlo lui avait effectivement assuré qu'il pourrait obtenir tout ce qu'il voulait. Et il impliquait, sincèrement, tout.
Farfouillant dans les placards à la recherche de provisions, Lazlo tomba sur deux paquets de snacks qu'il avait réussis à négocier comme un arracheur de dents à une revendeuse sur le marché noir. Avec l'Apocalypse, les gens étaient devenus fous. Les usines de production de ce genre de petites délicatesses avaient été désertées depuis belle lurette, et certaines personnes avaient pris sur elle d'en fabriquer elles-mêmes, avec les moyens du bord. Un parti pris qui permettait de fonctionner l'économie locale, en quelques sortes. Sauf que quand sa productrice habituelle avait accusé le coup et vendu ses dernières réserves, il avait été obligé de courir tout le marché noir pour trouver une alternative. Et cette alternative se trouvait entre ses mains, à savoir des stocks de sa productrice habituelle, mais revendus à trois fois le prix. Une arnaque. D'où la fierté sans pareille qu'il avait éprouvée en réussissant à négocier les paquets à moins cher que le prix de production. Et cette même fierté qu'il éprouva alors qu'il ramenait son butin, accompagné de deux verres vides et d'une bouteille de rhum "récupérée" sur la table basse qu'il avait glissée sous son bras.

-Bon, j'espère que ça t'ira à défaut de poularde. Sinon je peux descendre à la cave, égorger un Oompa Loompa et te le ramener. Ça risque juste de prendre un peu plus de temps à rôtir que des machins déjà tous prêts. D'autant que nous autres, les Princesses Barbues, nous ne faisons normalement pas la cuisine. Mais les cuisiniers ont décidé de faire grève avec les chevaux. On vit vraiment dans un monde de merde, si tu veux mon avis.

D'un mouvement ample, il jeta les sachets à son compagnon pour qu'il les ouvre avant de s'asseoir à nouveau dans le canapé. S'étant apprêté à respecter une distance honorable entre eux, il se loupa lamentablement, s'asseyant à quelques centimètres à peine de lui. Son genou contre celui du Saint, il lui adressa un haussement de sourcil taquin avant de verser le liquide ambré dans les deux verres vides. Verres vides qui, une fois remplis, furent empalmés sans autre forme de procès. Verres pleins qui tintèrent alors que Lazlo plongeait une nouvelle fois son regard trop clair dans celui trop métallique de son Chevalier.

-A ta santé, preux Chevalier. En espérant que les onguents magiques que tu as distillés aux quatre coins de ton illustre royaume aient raison des viles créatures qui l'ont envahi. Et en espérant que ces fameux onguents ne provoquent aucune combustion spontanée de ta part sur mon malheureux canapé.

Oui, parce que vu que l'odeur aigrelette n'était toujours pas partie de son t-shirt, il était fort à craquer s'il craquait une allumette trop près de lui, il risquait de prendre feu. Et ce n'était pas dans les intentions de Lazlo pour la soirée. Sans relâcher le contact oculaire, le blond sirota une goutte de rhum avant de faire claquer sa langue de plaisir. Et de s'enfoncer à nouveau dans le canapé, tourné dans sa direction. La brûlure de l'alcool lui coupa la faim, sporadiquement. Juste assez pour que son regard glisse le long de la glotte de Mikkel, l'observant alors qu'il avalait à son tour le breuvage. Passant sa langue sur ses lèvres trop sèches, l'Eleveur s'offrit le luxe d'une nouvelle gorgée. La boisson se distillait si agréablement dans ses veines, douceâtre, insidieuse, emportant les quelques sous de bon sens qu'il pouvait encore avoir. Le verre retrouva sa place sur la table basse. Et ses doigts de longer le genou du Brun de la Discorde, puis sa cuisse, puis de s'enfoncer dans le paquet de snacks pour lui en voler un.
Jonglant distraitement avec la friandise, entre ses doigts agiles, l'Oiseleur se pencha de nouveau vers le Saint Homme. Fit abstraction de l'odeur aigrelette, se concentrant sur ce parfum musqué, capiteux, qui le caractérisait. Une fragrance terriblement entêtante. Ses lèvres se rapprochèrent de son oreille, alors qu'il pressait son épaule de la sienne.

-Pardonne mon effronterie, ô, Saint Homme, mais... Quel serait ton troisième souhait ?

La friandise rejoint le paquet d'où elle venait originellement. Et les doigts agiles de retrouver la peau chaude, ferme, de l'avant bras de Mikkel pour y tracer de nouvelles arabesques alors que tout le reste du corps de Lazlo subissait à nouveau ce courant électrique que son contact provoquait.
Lui, il savait très bien quel aurait été son souhait, s'il n'y avait que lui dans l'équation. Sauf que ce n'était pas ce qui était convenu. Dans un nouveau soupir chaleureux, suave, il poursuivit.

-N'oublie pas que je suis prêt à tout t'accorder, dans la limite des stocks disponibles.

Certes, il ne lui offrirait jamais de rivières de diamants. Certes, il ne braquerait pas une banque pour lui. Et non, il n'irait pas lui chasser une licorne, dans les steppes reculées du Monde des Merveilles, tout simplement parce que les arcs-en-ciel étaient trop rares à la Nouvelle Orléans pour les escalader et rejoindre ledit Monde. Mais là, présentement, tout de suite, il était parfaitement conscient de ce qu'il venait de faire.
Ah, il ne fallait pas le répéter deux fois. Et pourtant, il avait prononcé exactement les mêmes mots que précédemment. Distraitement, il se mordit la lèvre inférieure, ne reculant qu'à peine son visage. Ses doigts s'enroulèrent autour de son avant-bras, alors que le temps se ralentissait à nouveau. Alors que ses sens s'engorgeaient d'une nouvelle forme de famine.



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MessageSujet: Re: /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Mer 14 Déc - 16:39


«Is there any chance to save the day ?»

 Lazlo & Mikkel
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Ce soir là, je planais si haut que mes doigts touchaient les nuages, dans un état de béatitude jouissive où je n'étais pas loin de croire en ma propre sainteté. Voir une auréole apparaître soudainement au dessus de ma tête, illuminant mon visage jouasse m'aurait à peine étonné et n'aurait motivé que plus d'éclats de rire. Si j'étais toujours enclin au culte narcissique de ma propre personne quand j'étais de bonne humeur, je n'en étais pas moins sensible aux qualités d'autrui. En l’occurrence, celles de mon charmant hôte m'apparaissaient avec éclat, dans un feu d'artifice de plaisirs. Lazlo ressemblait à un ange, avec ses yeux d'un bleu si pur et ses cheveux d'or fin, mais je n'en savourais pas moins le regard ambigu qu'il attardait sur moi. Si j'essayais de m'imaginer le contenu de ses pensées en conservant une mine ingénue, quelque chose me disait que le sourire qu'il dissimulait sous sa moustache n'était pas si innocent qu'il en avait l'air. Je m'en réjouissais secrètement tout en pouffant à ses délires sur Willy Wonka. « Arrête, donne moi une rivière de chocolat et je t'érige au rang d'archange ! Je vois déjà tes ailes pousser dans ton noble dos d’écuyer magique... »

La came me laissait rêveur et je me plu à imaginer un instant qu'il cachait pour de vrai une ribambelle de petits Oompa Looma qui chantaient et dansaient en travaillant dans ses caves, dans de fantastiques chorégraphies. Mes yeux en brillaient sous mes rires, sans que je ne cesse de le caresser du regard. « Tu m'vends du rêve, j'suis sûr que ton armée de petits piailleurs est formidable sous tes ordres, un maître palefrenier magicien, ça a de la gueule ! J'suis charmé par tant d'attributs. » Et comme j'étais né sous une bonne étoile, le destin, mon complice, m'avait fait croiser le chemin du seul possesseur d'une chocolaterie magique du monde entier. Ça m'étonnait pas de moi tiens, j'adorais tellement vive dans ma peau. Et puisque j'étais béni, j'allais de ce pas envelopper de mon aura bienheureuse l’entièreté de cette usine, allez pas de chichi, ma sainteté n'avait d'égal que ma bienveillance ! Cela ne m'empêcha pas d’expulser un rire sonore en voyant la tête de l'ange écrasée sous le choc du coussin, me foutant de lui sans le moindre scrupule. Fallait avouer que c'était tellement beau, je l'avais atteint en pleine face ! Ma parole, son visage effaré était aussi irrésistiblement drôle que super cute et je l'aurais bien attrapé dans mes bras pour l'embrasser partout sur la barbe si j'étais pas autant occupé à me poiler.

J'évitais la riposte et quand il me répondit, je plaquais aussitôt mes mains contre mes lèvres, prétendument choqué par ses affirmations quand j'étouffais mes rires, m'esclaffant au fur et à mesure de ses conneries. Ce mec était mine d'or en la matière, il me tuait ! Je répondis en tâchant de garder mon sérieux pour mimer un air désespéré dans notre grande scène d'amour courtois, abritant mon visage sous le couvert de mes mains. « Diantre, tu m'as démasqué ! Sept nains vicelards rien que pour moi, le plus secrets de mes fantasmes…nooon ! Je n'aurai plus qu'à prendre ma lyre et chanter ma triste complainte, avant de me faire bouffer par le dragon qui serait en réalité la princesse au cœur brisé elle-même ! Et quand ma tête roulera sur le sol, ma bouche chantera encore des odes à la beauté de sa barbe et à mon amour incompris pour cette princesse aux poils soyeux…. Sombre tragédie !»

Pauvres feuilles de beuh injustement éparpillées sur les coussins et sur le sol, on ne pouvait pas mettre toute l'intensité de ces tirades sur leur dos. Cela ne nous empêchait pas de nous vautrer dans le canapé en riant aux conneries qu'on composait inlassablement, les unes après les autres mais il fallait dire qu'au contact de ce mec, je me sentais inspiré comme jamais. Toujours était-il que j'avais faim. Puisqu'il me disait que je pouvais tout lui demander, j'allais sûrement pas me brider, moi j'étais du genre à pousser le bouchon jusqu'au bout alors si on m'y encourageait, forcément les limites n'existaient plus. Ainsi pour ma plus grande joie, le palefrenier s'autoproclamait génie, ce qui m'attira un pouffement d’allégresse que je tempérais par un léger sifflement désapprobateur à la fin de sa tirade. Moi même avachi dans le canapé et contre son épaule, je secouais paresseusement la tête. « J'ai jamais compris le concept, pourquoi trois vœux et pas mille, hein ? Bon bon bon, on va s'en contenter, après tout t'as déjà pas mal de compétences, j'peux pas me plaindre. Par contre, il a quoi ton canapé, il est aimanté ? » En effet, je constatais que le charmant barbu avait un mal fou à soulever ses fesses jusqu'à sa cuisine qui me paraissait pourtant si accueillante, vue de loin. Je devais bien avouer que ce canapé semblait posséder un certain pouvoir, qui forçait à s'y enfoncer sans avoir jamais envie de le quitter. Pourtant, j'imaginais déjà les bonnes choses qu'on aurait pu faire cuire là bas, à croire que mon estomac me faisait oublier le beau petit morceau qui se trouvait à portée de main pour d'autres sortes de ripailles… Ce n'était absolument pas le cas, bien que je prenne un certain plaisir à le titiller en prétendant de pas avoir ce genre de pensée en tête, tout en posant ma tête contre lui, presque par mégarde, dans un sourire mutin. La manière dont il me répondit en chatouillant agréablement mon bras, fit briller mes prunelles lorsque nos regards se croisèrent.

Appréciant la dose de mystère dans son sourire, j'affichai aussitôt un air ingénu, surpris de cette insinuation à laquelle je prétendis ne rien comprendre. « Oh… tu aurais un autre endroit pour moi ? » Je murmurais, voyant son visage se rapprocher, souriant sous la caresse de sa moustache contre ma peau pendant qu'un frisson courait déjà dans ma nuque. Le Saint, pourfendeur de cafards, profiterait donc de l'hospitalité du bon génie pour cette nuit. Parfait. Je me préparais à accueillir ses lèvres avant qu'il ne s'évade soudainement et sans que j'aie pu le prévoir, me laissant embrasser le vide dans un glapissement d'hébétude. Je cillai, perdu pendant un millième de seconde avant de me reprendre et de rétorquer, reprenant vivement mes habitudes en pestant dignement. « Vil maraud ! On ne fuit pas devant Saint Mikkel ! Oh mais tu perds rien pour attendre, je sais déjà ce que je vais souhaiter comme troisième vœux... » Je me réinstallai confortablement dans un mince sourire chafouin, l'observant fouiller ses placards de loin. J'ignorais jusque là ce qu'il me rapporterait avant de le voir de mes yeux et si j'avais fait mine de croire que tout était encore possible dans notre pauvre monde, je n'en étais pas moins conscient de sa triste réalité. La pauvreté dans laquelle je croupissais me réduisait à me contenter de riz ou de pâtes sans beurre et sûrement pas à profiter de douceurs telles que celles-là. Sauf quand je profitais de la générosité d'un amant plein aux as à l'occasion… mais je n'étais absolument pas un garçon facile pour autant, fallait pas déconner.

Lorsque mon bon génie revint et me permit de saluer son butin d'une œillade intéressée, je fis mine de bouder deux secondes avant de rire à ses remarques dans un air  horrifié qui n'enlevait rien à mon enthousiasme. « Tu le ferais hein, espèce de barbe bleue ! J'ai faim mais pas au point de bouffer de pauvres petits Oompa Loompa innocents ! En plus, ils seraient capable de danser en faisant des salto dans mon estomac, j'ai la digestion difficile moi. Ouais ouais monde de merde. Cela dit, ça ne m'aurait pas dérangé de faire la cuisine si j'avais les ingrédients, j'suis un Saint chevalier cordon bleu, j'ai de multiples statuts moi aussi ! Alors voilà après notre divorce et après que la méchante reine m'ai bouté hors de son château… parce que ouais elle le fera, quand le miroir magique lui aura appris que ma beauté surpassait la sienne. Hé bien après ça,  je reviendrai implorer ton pardon de princesse barbue en te faisant des crêpes et des beignets aux pommes, c'est promis. » Tout en parlant, j'attrapai au vol les paquets de snacks pour les ouvrir et m'en servir au passage une bonne poignée, les sentant agréablement croquer sous ma dent. Lui dédiant un regard de biais, je me léchais les lèvres en le voyant se réinstaller tout près de moi, au point de se coller contre ma cuisse. Le blond me faisait-il du genoux ? Hum hum… Je fis semblant de ne rien remarquer, le narguant d'un sourire en coin tandis qu'il remplissait nos verres. Appréciant la musique agréable de leur tintement pendant que mon bon génie trinquait, je tournai le visage vers lui, soutenant son regard. « A la tienne, bon génie ! » Il me fallut d'abord savourer une bonne gorgée de rhum avant de saisir ce qu'il voulait évoquer par ces fameux onguents. J'avais déjà des idées salaces en tête alors qu'il plongeait son regard dans le mien, lui répondant d'une voix suave. « Qui sait, tu ferais peut-être mieux de vérifier si je ne suis pas déjà en train de bouillir, il y a certaines parties de mon anatomie qui prennent feu extrêmement vite, c'est assez fou. Tu devrais faire gaffe... y'a pas que ton canapé qui en souffrirait. » Je ponctuais mes paroles d'un léger haussement de sourcil équivoque, reprenant à mon tour une nouvelle lampée de rhum avant d'abandonner mon verre près du sien.

Surveillant le cheminement de ses doigts, je restais immobile, un mince sourire aux lèvres avant qu'il ne s'élargisse à ses murmures qui firent tinter mon oreille délicieusement. Ses caresses reprenaient contre mon bras, assez explicites pour me donner l'envie de rire et de le dévorer à la fois. Prêt à tout hein ? J'appréciais le fait qu'il réitère son offre dans les mêmes termes, ce qui ne me donnait que l'envie de lui répliquer du tac au tac : je veux ton corps, jeune écuyer ! Là tout de suite maintenant, ton corps tout entier rien que pour mon bon plaisir ! Mais n'aurait-ce pas été un peu trop facile ? Dans mon humeur brumeuse et volatile, je ne cherchais que de tortueuses complications, telles que mon esprit de contradiction me les imposait. J'inclinai alors la tête de coté dans un sourire de velours, ma jambe caressant insidieusement la sienne sans cesser de le dévisager. « Oh tu voudrais bien connaître mon troisième vœux, hmm ta curiosité n'a d'égal que ton audace mais patience… je dois formuler mon souhait de façon intelligente pour ne pas le gâcher. » Je me mordillais les lèvres en le contemplant, ses soupirs à eux seuls m'inspirant une vague de chaleur dans le creux des reins. « Comme tu l'as si justement fait remarquer, je suis à la merci d'un grave danger. T'as eu l'occasion de visiter mon t-shirt tout à l'heure, tu sais donc que mes fringues sont imprégnées de ce dangereux onguent qui n'est rien de moins que mortel !  Ma lavière est en grève elle aussi, j'en ai bien peur. Les princesses barbues font la lessive aussi dans ce monde de merde ? » Je lui adressai un regard facétieux, conscient qu'il s'attendait à un autre genre de demande. Mon envie de rire me dépassa un peu, toujours embrumé par les vapeurs du pétard, le rhum ne faisant que m'ancrer dans cet état de douce ivresse. Tout en parlant je me penchai vers lui insensiblement, mon genoux contre le sien, avant d'approcher mon visage de sa barbe pour sentir son contact contre ma joue en m'y frottant doucement, dans une caresse digne d'un chat.

« Mais ce n'est pas le sujet de mon vœux. Celui là est d'une importance bien plus cruciale ! » Je murmurai ces paroles contre son oreille pendant que ma main aventureuse se posait contre sa cuisse, cheminant lentement pour glisser vers l'intérieur de celle-ci. Elle s'immobilisa pendant que mes lèvres effleuraient sa joue pour happer quelques fois sa barbe dans de délicats pincements, pareils à des baisers picorant. « Il faudrait savoir, gracieux génie, si ton stock de magie est suffisant pour me sauver de la malédiction des cafards revanchards… C'est une chose très difficile à faire qui demande une concentration maximale, de fameux pouvoirs et le plus important bien entendu, une certaine dextérité à manier la baguette magique… » Ma main reprit sa progression, effleurant légèrement son entrejambe en soufflant la suite de ma phrase lorsque mes doigts s'arrêtèrent au niveau de sa ceinture. « J'ignore si c'est dans tes cordes, qu'est ce que t'en penses ? »

Souriant contre sa barbe, ma bouche atteignit le coin de ses lèvres pour s'y déposer un instant. Je me détachais sans aller plus loin, reculant mon visage du sien pour mieux saisir son regard avant de me redresser un peu. « Avant toute chose, mon fier palefrenier, je vais me permettre de virer ce maudit t-shirt, je m'en voudrais de troubler ton odorat et te priver ainsi de la concentration nécessaire. » A ces mots, j’attrapais le bas de mon t-sirt pour le faire glisser vivement au dessus de ma tête et m'en débarrasser dans un geste leste, l'envoyant valser par dessus le canapé. Hop là ! L'ivresse ne faisait qu’accroître mon enthousiasme naturel à faire étalage de mon torse agréablement sculpté que le sieur Lazlo pourrait désormais contempler à loisir. Je me hissai sur mes genoux dans ce canapé si moelleux pour mieux me rapprocher de lui dans un mouvement félin, mes épaules ondulant doucement. « Il y a également une question très importante que je me dois de te poser. » Dans un regard enjôleur, je posai mes mains contre ses épaules, me glissant entre ses bras dans un infime soupir. «Il se passe quoi si on embrasse une princesse barbue, est-ce qu'elle se transforme pour de bon en dragon ? » Je le saurais sans doute assez vite… car avant de lui permettre de me répondre, mes lèvres s'enhardirent à se poser contre les siennes, en savourant la douceur dans un baiser léger tout en l'interrogeant du regard.




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MessageSujet: Re: /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Mar 20 Déc - 3:01




Les mots, les concepts, les idées se diffusaient confusément dans l'air comme dans ses propres pensées alors que l'alcool et la dope commençaient à tempêter bien plus sourdement sous ses mèches blondes. Un moment ils parlaient de Saints, l'autre moment ils étaient des pourfendeurs de dragons, et la minute d'après, il avait des Oompa Loompas dans sa cave. Pauvres petits hommes, enfermés et réduits à l'asservissement toute leur vie pour les beaux yeux du Brun de la Discorde qui avait le cul tout aussi résolument vissé au canapé que le sien. Et s'il avait réussi à se lever au terme d'un effort surhumain, il n'avait plus maintenant ni la force ni la foi de refaire le même exploit sans y être forcé.
D'autant qu'il sentait que l'atmosphère était en train de tourner, de changer doucement mais sûrement. Un regard plus luisant qu'il avait capté de la part de son invité, un sourire de trop, une main posée sur sa cuisse qui avait provoqué un frisson tout le long de son échine. Une promesse avouée sur le ton de la plaisanterie, et qui pourtant n'était pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Dans la quantité de bêtises qu'ils avaient pu dire, Lazlo n'avait retenu que l'essentielle. Il y avait en le Saint des parties de son anatomie qui étaient promptes à la combustion spontanée. Et le blond avait une petite idée desquelles il pouvait s'agir, mais pourtant cela nécessitait une exploration plus soutenue. Une enquête approfondie, même, se disait-il alors que Mikkel rouvrait la bouche pour lui répondre, un tac au tac qu'ils parvenaient à entretenir avec tellement de brio que Lazlo se demandait où ce mec avait été toute sa vie. Quoi ? C'était vrai ! Il n'avait encore jamais rencontré qui que ce soit qui soit capable de suivre avec autant de méthodisme ses propres conneries ! Ce mec était un Saint, il fallait pas l'oublier !
Un Saint à se damner...

-Si tu t'enflammes trop ce serait dommage. Parce que j'veux bien être un génie qui exauce les voeux, je suis pas sûr de réussir à rattraper mon canapé. Et si tu flambes, ce sera certes super esthétique, au bout que la Méchante Sorcière du Nord risque de se pâmer de tant de grâce, mais tu vas pas pouvoir revenir pour cuisiner des crêpes. Et c'est con parce que j'adore ça, les crêpes. Même si à choisir je préfère encore les hot-dogs. Tant qu'ils sont pas à la viande de dragon.

Sans quitter le Prince/Saint/Pourfendeur de Dragons/Cheval/Qu'en Savait-il des yeux, il avait repris son verre pour s'humecter les lèvres, devenues bien trop sèches pour son propre bien. Sa Sainteté répondait parfaitement bien à ses voeux, quand bien même il souhaitait à présent qu'il joue les lavandières. Une demande qu'il gratifia d'un haussement entendu des sourcils. Qu'il déconne pas, quand même. Il allait niquer bêtement ses trois souhaits à ce rythme, et en plus, il allait finir par effectivement dormir sur son canapé s'il continuait. Et cela quand bien même Lazlo avait prévu d'autres plans pour son fier cavalier. Des plans qui impliquaient idéalement sa chambre et son propre lit, mais qui pouvaient changer à tout moment. Lazlo aimait les imprévus. Des plans qu'il avait manifestés de lui même, et qui attendaient une réponse que Mikkel semblait en train de réfléchir, pinçant cette bouche charnue que le Norvégien ne cessait de fixer malgré lui. L'homme savait parler, c'était un fait. Mais s'il pouvait se taire. Si seulement il pouvait se taire ne serait-ce qu'une seconde, le temps qu'il s'empare de ces lèvres, le temps qu'elles ne s'ouvrent sur rien d'autre que ses propres soupirs et éventuellement sa langue contre la sienne.
Sans qu'il ne s'y attende, il sentit le frisson de sa joue contre sa barbe, un chatouillis qui lui arracha un rire pouffé alors qu'il tendait le cou pour le laisser faire. C'était... étrangement agréable comme sensation. Pas qu'on ne lui ait jamais fait l'affront de se rouler dans sa barbe. Mais de cette manière, c'était une grande première. S'engorgeant tant des sensations que de l'odeur suave de son compagnon de beuverie, il ferma les yeux, incapable de retenir un soupir de frustration. Elle était là, la chaleur de son corps. Si proche, et à la fois si lointaine. Mikkel pouvait donc ajouter tortionnaire à sa longue liste de qualificatifs. Un heureux, un très séduisant tortionnaire.

-Quel dommage, que ton voeu ne soit pas que je joue les lavandières. Mon deuxième prénom est Cendrillon, c'est vraiment moche que je puisse pas user de mes talents pour rendre ta chemise plus blanche que blanche. En plus les Elfes de Maison m'ont apporté un outil révolutionnaire pour faire le boulot encore plus vite sans même me fouler le petit doigt. Mais écoutons plutôt ton vrai souhait. Au pire si t'as de la chance, les Oompas Loompas se seront échappés pendant la nuit et auront asservi tous les petits animaux pour qu'ils fassent tout le boulot. Parle donc, je t'écoute, Vaillant Soldat.

La main qui se glissa contre sa cuisse, pourtant, rendit l'exercice tout de suite plus difficile. Un nouveau soupir roula contre ses lèvres alors que ses sens en alerte exacerbaient la sensation de cette main aventureuse, alors qu'elle remontait le long de sa cuisse. Une caresse impulsive, dosée avec tellement d'habileté qu'elle accentua les battements de son coeur dans son propre torse. Un Saint à se damner. Un putain de Saint à se damner. Encore et encore. Laissant tout le loisir à cette main d'explorer un monde inconnu, il s'enfonça un peu plus dans le canapé, fermant malgré lui les yeux. La voix de son tortionnaire lui parut lointaine, et pourtant si proche. Avant de sentir que quelque chose lui tirait les poils de barbe, le poussant à rouvrir les yeux pour voir le visage du Saint Homme particulièrement proche du sien. La sensation n'était pas particulièrement agréable, cette fois-ci, mais elle eut le mérite de le faire rire bêtement. A moins que ça n'ait été la faute du niveau d'alcool et d'herbe un peu trop élevé dans ses propres veines.
Ah oui, les cafards. En l'espace de ces quelques minutes chargées d'électricité, il les avait complètement oubliés. Un sourire s'étira au coin de ses lèvres alors qu'il s'apprêtait à répondre. Sourire qui fut cueilli par un baiser fugace, bien trop rapide pour être significatif, mais qui pourtant provoqua une nouvelle déferlante de sensations dans son bas-ventre. Et lui coupa la voix pendant une poignée de secondes, tant il ne s'y était pas attendu. Spontanément, Lazlo tendit le cou dans l'espoir de faire durer le plaisir. Mais, pareil à un fantôme, le baiser et son généreux donateur avaient disparu.
Un nouveau rire secoua ses épaules alors qu'il s'enfonçait de nouveau dans le canapé, se faisant une raison. Mikkel était un gaz. Il n'était pas tangible. Et il était impossible de l'attraper, clairement, à main nue. Alors il rétorqua, gracieusement, la voix légèrement plus rocailleuse d'ordinaire, trahissant le trouble qui se faisait dans tout le reste de son corps quand bien même son esprit essayait de tenir le cap.

-J'en pense que t'es peut-être tombé sur le bon sorcier. Mon Maître, Merlin, m'a enseigné les arts sacrés du maniement de brague... De baguette. Mais pour que la magie opère tu vas devoir donner du tien, au Fier Pourfendeur de Cafards, de Dragons, et de Lavandières Grévistes. Car outre le maniement de baguette, nous allons devoir y mettre du notre. Entièrement. Nous avons quantité d'incantations à réciter, une psalmodie à chanter en choeur, et éventuellement nous devons atteindre un certain niveau de connexion psychique pour arriver à nos fins. Il faut que le supplicié et le guérisseur donnent autant de leur personne, l'un que l'autre. Un rituel sacrificiel, si tu vois ce que je veux dire. Et ça risque de nous prendre toute la nuit, cette affaire...

Un deal que Mikkel avait déjà clairement accepté, en témoignait ces doigts sur sa propre ceinture. Doigts qui faisaient grimper cette fièvre qui courait trop vigoureusement dans ses propres veines, dans son corps tout entier, alors qu'il posait un regard gourmand dans les yeux de son compagnon. S'il l'aidait, alors là, évidemment qu'ils mettraient tout en œuvre pour accomplir son souhait.
En tout cas la proposition avait fait mouche et le Saint dévoilait à nouveau ce torse musclé, sauvant ses sinus au passage. Un geste d'une bienveillance que Lazlo lui-même reconnut, et pour lequel il lui fut particulièrement reconnaissant. Fallait pas être vache, dans des conditions pareilles. Après tout, s'ils voulaient sacrifier quelqu'un pour préserver le Saint des créatures qui hantaient son appartement, autant que ce soit ces abdos. Des abdos à se damner, eux aussi. Les substances adoucissant ses sens forcèrent toutefois ses yeux à se fixer sur la chemise qui filait dans les airs à l'arrière du canapé. Le vêtement agrippa une lampe qui passait par là et l'emporta dans son sillon, marquant sa chute sur le tapis d'un bruit de verre brisé qui tira un éclat de rire dubitatif du Norvégien.
Eclat de rire qui fut rapidement interrompu par l'attitude de Mikkel qui, n'ayant clairement aucun intérêt pour la malheureuse victime de son sauvetage de sinus, revenait à présent occuper et ses pensées, et son attention. Suivant la courbe de ses épaules et le mouvement lascif de ses muscles alors qu'il revenait progressivement vers lui, Lazlo se fendit d'un nouveau sourire crâne.

-Je vois qui tu es plein d'allant, fier Saint. Au point que tu as déjà commis un premier sacrifice. Mes sinus te remercient, et je suis certain que tant d'enthousiasme ne sera que bénéfique dans l'accomplissement de notre rituel.

Sa pauvre lampe fut rapidement éclipsée de ses pensées alors que des mains solides se posaient sur ses propres épaules. Un geste auquel il répondit en laissant ses propres doigts papillonner le long du torse ciselé de son partenaire, quand bien même ils avaient déjà fait connaissance un peu plus tôt dans la soirée. Des retrouvailles sur lesquelles Lazlo ne crachait toutefois pas. Parcourant l'objet de sa convoitise de ses doigts, il le laissa approcher, ses frôlements se muant en caresses plus prononcées alors que Mikkel rompait la distance. Alors qu'il pouvait à présent sentir la chaleur de son corps si proche du sien, qu'il pouvait de nouveau sentir l'odeur de son parfum suave, qui lui faisait si aisément tourner la tête. Sans le lâcher du regard, il profita de la proximité pour glisser une cuisse entre celles du Brun de la Discorde, en caressant l'intérieur l'air de rien. La voix de son partenaire était basse, son regard sombre. Et il n'eut pas le temps de répondre à sa question.

De toutes façons il n'y aurait pas répondu tout de suite. Le sang battait contre sa tempe alors qu'il caressait ses lèvres des siennes, la douceur du baiser contrastant avec la chaleur qui se déversait dans tout son corps. Faisant preuve de retenue, se forçant, surtout, à avoir l'air de ne rien en faire, il rouvrit les yeux sur le regard interrogateur de son compagnon et murmura entre ses lèvres, un éclair de malice luisant dans ses iris céruléens.

-Je sens ta déception, parce que non, elles ne se transforme que si on les fout en cloque et qu'on se tire ensuite avec la Belle au Bois Dormant. Mais rien ne t'empêche de réessayer.

L'une de ses mains remonta jusqu'à sa nuque pour s'y poser, l'attirant avec fermeté alors qu'il mettait sa proposition à profit sans même lui laisser le temps de rétorquer. Alors qu'il approfondissait de lui-même le baiser, savourant ses lèvres avec gourmandise. Depuis le temps qu'il en avait envie. Autant en profiter lâchement. Son coeur bondissait dans sa poitrine alors que sa main libre continuait son exploration, s'attardant le long de son dos, s'offrant le luxe de poursuivre jusqu'au creux de ses reins. La peau, chaude, ferme de son partenaire lui donnait des envies de conquête. Envies qu'il manifesta en relevant sa cuisse entre les siennes, dans une caresse plus volontaire que celle de ses mains. Evaluant les motivations de son futur compagnon d'incantation, il s'offrit le plaisir de mordiller ses lèvres avant de les relâcher, malaxant toujours sa nuque entre ses doigts. Rouvrant un regard contrit sur son cavalier, il grimaça, sa voix légèrement peinée. Juste légèrement.

-Je sens ta déception, ô Saint Mikkel. Tu t'attendais à pourfendre un vaillant dragon, ce soir, je comprends. Mais je reste toutefois disposé à t'assister dans l'accomplissement de ton troisième souhait, si tu le souhaites toujours.

Ses mains se posèrent chastement sur son torse alors qu'il laissait la proposition en suspens, le temps qu'elle chemine jusqu'au cerveau de son compagnon. Oh, il ne doutait pas de sa motivation, vu ce qu'il sentait sur sa cuisse. Cuisse qui reprenait lentement ses allées et venues entre celles du Brun de la Discorde, entêtante et capricieuse. La grimace du blond se mua en un nouveau sourire chafouin alors qu'il effleurait les lèvres charnues de sa barbe, qu'il cueillait les soupirs de son partenaire entre les siennes. Dans un soupir chaleureux, il se fendit d'un aveu qui ne lui arrachait certainement pas la gorge :

-Une Princesse Barbue n'a qu'une seule parole. Et je t'ai promis de t'aider. Rien ne garantit que ça fonctionne, je l'admets. Mais j'ai très envie de t'aider.

C'était un euphémisme. Un euphémisme qu'il marqua d'un baiser lascif, avide, bien plus profond que le précédent. Bien plus intrusif, alors ses mains l'attiraient avec possessivité contre lui, rompant la distance infime et pourtant trop marquée qu'il y avait encore entre eux. Guidant son compagnon, il glissa une main pour accompagner sa jambe, l'amenant à s'installer à califourchon sur ses cuisses. Main qui ne tarda pas à marquer sa propre volonté alors que le contact s'intensifiait, et remontait le long de sa cuisse pour découvrir la courbe de ses fesses. Dans un soupir trop lourd, ses pensées foutant le camp alors que la chaleur l'emportait sur le reste, il profita d'une inspiration pour se reculer et enlever son t-shirt. Pareil à son pair, le vêtement s'envola derrière le canapé pour retomber sur le sol sur la lampe et son copain, faute d'avoir quoi que ce soit à quoi s'accrocher. Et Lazlo d'enrouler ses bras autour de la taille du Brun de la Discorde pour l'attirer à nouveau contre lui dans une nouvelle salve de baisers languides, la sensation de sa peau contre la sienne électrisant les derniers soupçons de sanité qui restaient encore en lui.
S'il en avait jamais eus.

L'alcool, la dope et le désir tempêtaient sous ses mèches blondes. Si bien qu'il ne relâcha pas les lèvres du Saint Homme avant de les avoir dûment mordillées, si bien qu'il ne cessa pas d'explorer tout ce corps à peine découvert, avide d'en connaître plus. D'en avoir plus. Une nécessité impérieuse qu'il marqua en déboutonnant le jean de son partenaire, glissant une main capricieuse le long de son aine sans toutefois aller plus loin, non sans un nouveau sourire.

-Une dernière volonté avant le rituel, ô Saint Mikkel ?



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MessageSujet: Re: /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Lun 6 Fév - 12:30


«Is there any chance to save the day ?»

 Lazlo & Mikkel
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Les rires et l'insouciance avaient si proprement balayé mes soucis qu'il n'en restait plus une miette et mes yeux brillaient de bonne humeur, faisant luire les paillettes vertes qui se mêlaient au gris de mes iris. Un tableau parfait. Si j'avais bien entendu le bruit d'un truc qui se casse la gueule, suite à mon superbe lancer de t-shirt, je ne m'en préoccupais absolument pas. Ce fut à peine si je fis semblant de tressaillir un peu en pouffant comme un sale gosse avant de le rejoindre, tel un félin aguicheur. La lampe sacrifiée ne lui causait visiblement pas de souci et de toute façon, Lazlo n'était pas un mec stressé, il se marrait tout le temps et c'était pas lui qui allait râler sur ma désinvolture. On était tous les deux à des milliards d'années lumière de se préoccuper de choses matérielles, partis comme on l'était au royaume des délires. Si des gens avaient écouté nos bavardages ininterrompus entrecoupés de rires, ils auraient cru qu'on était au moins cent dans cet appart. Pour sûr qu'on n'était pas seul dans nos têtes, avec tous les personnages qui apparaissaient dans nos histoires à dormir debout ! Le blondin avait tous les talents décidément, outre le fait d'être un sacré farceur, il dégageait une énergie positive très revigorante et j'étais sûr qu'il était toujours comme ça, même quand il n'était pas autant perché. Le genre de mec à ne jamais se vexer, à tout prendre à la rigolade sans se casser la tête et sans s'emmerder avec des limites. Et pour ne rien gâcher, il était fameusement mignon... Trop de qualités pour que je puisse résister à l'envie de le goûter. Pourquoi résister d'ailleurs ? Entre les crêpes flambées et les hot-dogs phalliques, mon appétit avait prit une autre tournure. On avait beau être totalement dans le délire depuis notre rencontre, les allusions équivoques devenaient de plus en plus concrètes et l'ambiance se réchauffait à vue d’œil. Surtout lorsque sa cuisse s'invitait si audacieusement entre les miennes, presque par un savoureux hasard, provoquant aussitôt une augmentation significative de ma chaleur.

Grave que j'avais chaud quand ses mains me touchaient comme ça. Hé, peut-être bien que j'allais prendre feu pour de bon et réduire en cendres son canapé sous l'effervescence de mon propre corps. Il faisait tout pour, semblait-il, et dans le désordre de mes pensées volatiles, je me demandais si la sorcière du nord serait la seule à se pâmer devant ma grâce. En dépit de mon ardeur, mon baiser fut pourtant rapide, alors que je le défiais du regard dans une insolence tenace. Il m'avait bien eu tout à l'heure en se défilant au dernier moment ! S'il m'avait répété ses insinuations de sa jolie voix suave, cette façon de flirter sortait carrément de l'ordinaire mais ça n'empêchait pas mes sens embrumés d'en savourer les nuances. En tous les cas, le gredin savait conserver un air stoïque quand il le voulait et je notais son petit air narquois avec amusement. Je ne savais pas qui gagnerait dans ce concours de conneries mais nos tendances aux bavardage intenses s'équivalaient largement. Tout ça pour mieux tourner autour du pot et voir qui craquerait le premier.

Pas de dragon alors ? Je haussai les sourcils dans une fausse surprise, souriant à sa répartie, mais mes lèvres n'eurent pas le temps d'articuler une nouvelle connerie qu'il me les reprit pour de bon, dans une façon bien agréable de me couper la chique. S'il ne l'avait pas fait, bien-sur que j'aurais recommencé, je n'étais pas du genre à abandonner après une seule tentative ! Je savourais enfin réellement ses lèvres, découvrant sa façon d'embrasser avec plaisir alors que je percevais les battements plus rapides de son cœur, collé comme je l'étais contre lui. Une sensation délicieuse. Les yeux clos, je frissonnais légèrement sous les caresses insidieuses de sa jambe qui provoquèrent bien entendu un effet bien perceptible sous mon jean. Lorsque je retrouvai son regard taquin, j'affichai une moue songeuse à ses paroles, dans des murmures boudeurs, tout en me pressant insensiblement contre sa cuisse. « Tu la sens bien ma déception ? Ma grosse déception...  ? » Plissant les yeux sous les caresses de sa barbe, j'étouffais un gloussement entre deux soupirs.  « Certes, je suis un passionné de dragons, les combats au corps à corps avec eux, c'est le sel de ma vie de saint, même s'ils me mordent sans aucune tendresse ! Tu ne dois donc pas douter de mon manque de courage face aux épreuves, fier écuyer et il est bien entendu qu'un chevalier sans peur et sans reproche tel que moi ne recule jamais devant le baiser d'une princesse barbue. Évidemment, l'idéal serait qu'elle cache son coté dragonesque sous ses jupons mais nous verrons bien ! Alors qu'il en soit ainsi ! J'suis prêt à à consacrer la nuit entière à cet enchantement et puisque tu maîtrises les arts sacrés, j'te laisserai donc mener les opérations... Amen.»

Dans un sourire léger, j'appréciais la façon dont il mettait l'accent sur son envie de m'aider, avant de savourer un nouveau baiser qu'il m'offrit avec une saveur toute particulière. Ma langue se mêla naturellement à la sienne, me laissant emporter par ce baiser profond tandis que je me hissais sur ses cuisses, suivant l'invitation de son geste avec souplesse pour mieux me lover contre lui, bassin contre bassin, mes cuisses entourant les siennes. Je le laissais reculer pour savourer du regard son déshabillage et inspecter aussitôt son torse dénudé de mes paumes, caressant sa peau tiède et douce. Cela n'avait rien à voir avec une peau de dragon, fort heureusement, et mon esprit s'évada alors que je me perdais un moment dans cette montée enivrante de désir, appréciant de sentir sa peau contre la mienne alors qu'il dévorait mes lèvres à nouveau. Déjà, l'apprenti de Merlin me prouvait son habileté dans le maniement de la braguette. Oh elle était bien trouvée celle-là et force était d'avouer qu'il était doué dans cet art, puisque sa main s'invitait dans mon fute, l'ouvrant avec une facilité déconcertante, sans même qu'il soit obligé de regarder. En plus, il continuait à surfer sur les vagues de nos délires et je retrouvai son regard dans un léger frémissement avant de lui offrir un sourire en coin, suite à sa demande.  « Oh oui, j'ai une dernière volonté... » Pourquoi refuser une telle proposition ? Quand on me demandait mes volontés, je profitais toujours de l'aubaine, même quand j'avais absolument tout ce que je désirais. C'était le cas, actuellement mais j'avais toujours été un poil capricieux. Un poil seulement.

Mes doigts sinuèrent de ses épaules à ses bras, savourant le contact de sa peau, tout en me mordillant les lèvres, dans un regard chafouin.  « On va peut-être y laisser nos vies dans ce rituel après tout, c'est un sortilège très périlleux qui pourrait bien nous vider de toute notre énergie. Alors faut que je sois sûr que le jeu en vaille la chandelle. T'sais, Saint Mikkel et Saint Thomas c'est un peu la même chanson, il nous faut des preuves visuelles. » Ayant prononcé ces mots avec une prétendue gravité, je me faufilai hors de son étreinte pour glisser souplement en arrière, descendre de ses cuisses et me relever du canapé. Après m'être étiré légèrement dans un subtil mouvement des pecs, je me détournai sans scrupules pour le laisser mijoter à feu doux. Ainsi, je me penchai vers la table basse -mes fesses dirigées solennellement vers lui - pour ramasser mon verre de rhum abandonné et le vider d'un trait. Une fois cet oubli réparé, je revins lentement vers lui et laissai courir mon regard sur mon charmant hôte, alangui dans les coussins, ses cheveux épars contre ses épaules dénudées... Un savoureux spectacle que j'admirai sans m'en cacher, jusqu'à ce que mes yeux ne s'orientent ostensiblement vers sa ceinture.  « Je veux que tu me fasses une démonstration de ton art pour y croire. Montre moi donc ta baguette magique, ô disciple de Merlin. » Je ne doutais pas un instant que le sieur Lazlo soit capable de se dévêtir sous mes yeux esbaudis avec assez de sensualité pour m'émouvoir. Le laissant faire en suivant attentivement chacun de ses gestes, je me débarrassais discrètement de mes chaussures avant de faire lentement glisser mon jean, déjà ouvert, le long de mes jambes. Mon boxer ne dissimulait qu'en partie les formes éloquentes de mon appétit mais je ne lui laissai y jeter qu'un coup d' œil fugace. Effectuant une génuflexion majestueuse, j'avais déjà rejoint le tapis chamarré pour mieux me dépêtrer de mon pantalon et me dresser sur le genoux droit devant lui, mes mains se posant aussitôt contre ses cuisses. Doucement, je rapprochai mon visage, relevant vers lui un regard enjôleur  «Laisse-moi la bénir d'un baiser sanctifié, cher écuyer.  »



Mes lèvres cédèrent leur place à ma main pour le flatter encore un peu avant de me redresser doucement. Restant debout contre le canapé entre ses jambes, je tendis les mains pour cueillir les siennes et l'inviter à me rejoindre.  « Je suis séduit par l'ardeur de ta magie, tu m'as convaincu, beau mage. Mais par contre, j'pense que ton canapé est un peu trop étroit pour un rituel d'une telle intensité. Il nous faut plus de place. J'espère que ton plumard n'est pas envahi de Oompas Loompas révoltés, surtout que s'ils ont été chercher les p'tits animaux et les elfes de maison pour faire ta lessive, ça risque de faire pas mal de monde d'un coup. Mais si t'es prêt à affronter tous les dangers de notre mission, j'pense qu'on peut risquer de partir à la conquête de ta chambre. »

Un défi que nous allions bien-sûr relever avec panache, même si je n'avais aucune idée de quelle était la porte qui menait à sa piaule. Et même si mes pensées étaient totalement brouillées par l'alcool et la dope. J'offris un regard circulaire à la salle de séjour, plissant les yeux en portant aussitôt ma main en visière, comme pour rendre mon regard plus affûté sur l'horizon. Les eaux grisées de mes yeux s'étaient néanmoins troublées, parcourues comme elles l'étaient par les tourbillons perfides de la défonce. Mais le fait de voir un peu double ne m'effrayait pas et j'étais d'autant plus décidé à plonger dans le délire total les pieds joints et sans élan. Nul doute que mon fidèle écuyer me suivrait dans cette nouvelle aventure, comme il l'avait si bien prouvé jusqu'ici. Cela étant, je ne pouvais décemment pas lui demander à nouveau de me transporter sur son dos, même s'il était le maître des lieux et qu'il connaissait donc le chemin de sa chambre mieux que moi. Aurais-je encouru le risque de le fatiguer inutilement ? Certes non. Et tout en suivant la logique de mes tortueux calculs, je décidais aussitôt de suivre mon impulsion sans attendre. Ainsi, je glissai aussitôt mes bras sous ses cuisses pour le soulever gaillardement, sans crier gare, l'arrachant ainsi du sol pour l'arrimer à mes hanches, mes mains soutenant ses fesses. J'en négligeais totalement l'insuffisance de mon équilibre pour faire volte face et me diriger vers l'une des portes qui ouvraient sur de nouveaux mondes inconnus.

Ma joue collée contre sa barbe s'y enfouissant délicieusement alors que je tanguais en avançant avec Lazlo dans mes bras. A chaque pas de travers, je sentais que je risquais carrément de me casser la gueule, ce qui n'avait pour conséquence que de me faire rire comme un con. Je n'en lâchai pourtant pas mon écuyer, jusqu'à ce que j'arrive face à une porte, choisie en pur hasard et que le dos de Lazlo ne s'y plaque. Fort heureusement pour nous, elle n'était pas totalement fermée et notre arrivée un peu brutale provoqua son ouverture, nous projetant ainsi dans la pièce. Où étions nous ? Je n'en savais absolument rien, puisque j'étais trop occupé à pouffer dans le cou de Lazlo, le nez chatouillé par sa barbe. Je le relâchai doucement, le laissant retomber sur le sol dans un soupir, mon visage glissant vers le creux de son cou que j'embrassai, happant sa chair pour la mordiller doucement entre mes dents entre deux baisers.  « J'espère qu'on a atteint une terre hospitalière, dis-moi tout, j'ose pas regarder... Si jamais on est tombé dans la chambre des deux méchantes sœurs de Cendrillon ou pire, de la belle au bois dormant, je serai traumatisé à vie, j'te préviens. Ou en tous cas, au moins pendant une bonne minute. » Si Lazlo m'avait caché la présence d'un colloc dans son appart, ça aurait sans doute été assez gênant de s'imposer dans sa chambre de cette façon là. Cela dit, en vérité, je m'en foutais comme de ma première chaussette. Et même si on risquait de subir une troupe de petits Oompa Loompas voyeurs, cachés dans les recoins, ça m'aurait juste fait encore plus rire alors que mes mains partaient à la conquête de ses courbes.




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MessageSujet: Re: /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Lun 20 Fév - 4:36



Non, il n'y avait malheureusement pas de dragons dans son appartement. Il y avait des rats, il y avait, souvent, des oiseaux, de temps en temps quelques lézards parvenaient à se frayer un passage par la fenêtre qu'il laissait constamment ouverte pour que Dita puisse aller et venir à sa guise. Mais c'était tout ce qui se rapprochait de près ou de loin à dragons. A l'exception peut-être de cette nana des impôts pas très commode qui était, une fois, venue frapper à la porte. Ca, c'était un putain de vrai dragon. Une peau comme des écailles, qui venait gratter ses pièces d'or, et qui, Lazlo en était certain, avait les pupilles fendues. A moins qu'il n'ait été aussi shooté qu'il l'était à présent.
Restait qu'il la sentait bien, la grosse déception du Saint Homme. Très très bien, contre sa cuisse, si bien qu'il lui avait fallu un instant de réflexion pour éviter d'éclater de rire. Le pourfendeur mieux installé, il avait laissé vagabonder ses doigts le long de son torse comme de ses cuisses, appréciant la marchandise d'un regard expert. Il en avait, du potentiel, ce garçon. Suffisamment pour faire en sorte que le rituel soit tangible, aussi tangible que la chaleur exponentielle qui émanait de ses muscles. Haussant un sourcil narquois à sa tirade, le Norvégien se fendit d'un sourire amusé. Non seulement ses tergiversations pourfendaient les siennes, mais ses lèvres avaient un goût de reviens-y. Alors quand il lui énonça sa dernière volonté, le blond ne vit aucune objection à la lui accorder. S'accoudant plus confortablement au dossier du canapé, il laissa glisser un index le long de son plexus solaire, s'offrant un instant de réflexion en le laissant s'éloigner. Comme offert, son séant en ligne de mire. Une vue qui n'avait rien de désagréable, encore moins sous la lumière tamisée. Elle flattait ses courbes. A moins que ça ne soit cette chaleur qui filait dans tout son corps et assourdissait ses sens.  

-Saint Thomas, pourtant, avait besoin de toucher pour être bien sûr qu'il ne se fourvoie pas. Mais vu ta bonne volonté quant à l'accomplissement de notre rituel, et parce que nous risquons d'y laisser des plumes tous les deux, je comprends tes raisons. Je puis t'assurer de la vigueur de ma baguette, mais tu seras toujours plus à même de l'évaluer toi-même. Qui sait, peut-être que je cache un nain là-dessous. On n'est jamais trop prudent.

Sa connaissance en Saints n'allait pas suffisamment loin pour savoir précisément quelles pouvaient être les attributions ou les petites faiblesses d'un Saint nommé Mikkel, mais quelque chose lui disait qu'il allait vite s'en rendre compte. L'esprit vaporeux, il obtempéra et se redressa souplement. L'idée de jouer les effeuilleuses lui traversa l'esprit pendant une minute. Mais son manque d'équilibre alors qu'il était debout et que le sol semblait beaucoup trop tanguer le rappela à l'ordre. Rester simple. Rester pragmatique. Pourtant ça n'empêchait pas son éclat de rire alors que, bon prince, il enlevait son jean à son tour, avant d'opérer une pirouette toute en souplesse, bien conscient du regard que le Brun de la Discorde posait sur lui. La gravité l'appelant malgré lui alors qu'il trébuchait sur son pied, il s'effondra sans subtilité dans le canapé, retrouvant sa place avec plaisir. Il était mieux là, alangui dans les coussins, que debout sur le plancher de son appartement qui, clairement, avait décidé de s'improviser Radeau de la Méduse. Baissant les yeux, il remarqua que le Saint Homme avait perdu un bon mètre. D'un mouvement gracieux de la main, Lazlo l'enjoignit à vérifier à son tour qu'il était paré à tous rituels hasardeux.

-L'Armurerie du Château Andersen, prête à subir l'inspection. En espérant que le voile de pudeur qui renferme ses trésors ne te gêne pas.

Les mains entre ses cuisses témoignaient que non, et il se mordit la lèvre inférieure malgré lui en croisant la lueur de luxure dans le regard de son compagnon. Cette soirée était étrange. Il avait troqué un Prince plus grand que lui pour un Nain qui lui ressemblait très étrangement, qui se grimait en Saint, et qui avait le don de le transformer en radiateur ronronnant. Une bonne soirée.
Penchant la tête en arrière dans les coussins, il laissa l'inspection se faire, glissant des doigts paresseux dans les mèches brunes. Son esprit vagabonda, enregistrant chacune des sensations, les associant malgré lui à la logorrhée verbale qui avait caractérisé toute la soirée. Il y avait donc plusieurs Saints. Il y avait Saint Thomas, qui s'assurait de la véracité du monde par le toucher. Et il découvrait à présent Saint Mikkel, qui lui contrôlait les baguettes magiques en les goûtant. Il se réveillerait moins couillon le lendemain, il en était certain. Tout à l'honneur du brun, il avait le souci du détail comme celui du travail bien fait. Et son regard était hypnotique. Brûlant, Lazlo ne put retenir un léger feulement de frustration en le sentant s'éloigner une nouvelle fois. Il avait l'art et la manière de le faire languir, ce faquin. Mais si son geste était cruel, il avait une finalité qu'il ne tarda pas à découvrir. Avec une moue, et parce qu'il savait accessoirement que sa stabilité n'était pas à l'épreuve des balles, il embrassa son canapé du regard, avant de prendre sa main pour se redresser. Bon dieu ce que ça tanguait.

-Je suis rassuré, fier Chevalier, que l'étendue de ma puissance soit à ta convenance. Et tu marques un point. Ca va bientôt être la crise du logement, par ici, et avant que toute la Terre du Milieu se ramène, le Balrog en prime, nous ferions mieux de nous éloigner dans un coin plus retiré de ma demeure. Et de fermer la porte à clé. Les Hobbits ont un petit côté voyeur qui est certes charmant, mais qui pourrait facilement mettre notre rituel en péril.

Ce disant, il avait remonté l'élastique de son boxer, offrant un dernier regard nostalgique à son canapé. Lui et son confort, quand bien même il pût être un peu étroit, lui manqueraient. Se servant de son équilibre instable comme excuse pour balader ses mains le long des muscles saillants de son comparse, il ne manqua pas la lueur au fond de ses pupilles d'acier. Une lueur qui le prit par surprise alors qu'il sentait d'un coup la Terre s'éloigner de ses pieds, et qu'il s'accrochait aux épaules du Chevalier par réflexe. Certes, il était plus fin que lui. Certes, il était probablement plus léger aussi. Certes, il lui avait dit être une princesse, barbue, mais une princesse quand même. Mais là il venait d'être pris si littéralement au pied de la lettre que, le choc initial passé, il ne put retenir un éclat de rire enfantin. Enroulant ses cuisses autour de ses hanches pour s'assurer une prise plus ferme, il non sans savourer avec une once de culpabilité le contact rapproché de leurs bassins, il tourna la tête par-dessus son épaule pour mieux guider son porteur improvisé.

-A gauche ! Gauche ! Non, l'autre gauche !

Chaque pas de travers, chancelant, le poussant à l'agripper un peu plus fort. Chaque titubement accentuait son fou rire, partagé avec celui du Saint Homme, alors qu'ils progressaient hasardeusement vers les deux chambres dont les portes se faisaient face, au fond du couloir. Manifestement, Mikkel n'aurait jamais son permis. Parce que la porte contre laquelle son dos se heurta brutalement, lui arrachant un soupir douloureux, n'était pas celle de sa chambre mais celle de la chambre d'amis. Une chance pour eux, il n'y avait personne sur le moment dans l'appartement. Restait qu'il ne savait clairement pas différencier sa gauche de sa droite.
La porte émit un grincement réprobateur en tournant sur ses gonds, et un pas de trop lui donna la sensation que le sol les attirait inéluctablement, et qu'ils allaient finir sur le tapis. Mais, à sa grande surprise, Mikkel et son paquet tinrent bon. Non sans soulagement, Lazlo se laissa retomber souplement, restant toujours à une distance tout sauf respectable de lui. Observa rapidement les alentours en lui offrant son cou, ses mains vagabondant le long de son dos, bien plus capricieuses que ses nobles et chastes intentions. Rapidement, il chuchota, le regard rivé sur le lit vide et fait qu'il réservait à ses hôtes.

-Bon, alors ne regarde pas, parce qu'on est dans la chambre de Papa et Maman Ours, et clairement on les dérange. Ils me tolèrent parce qu'ils croient que j'm'appelle Boucles d'Or, mais vu qu'ils ont l'air d'être en train de faire un p'tit frère ou une p'tite soeur à Bébé Ours, j'suis d'avis qu'on opère un repli stratégique...

Un pieux mensonge, puisqu'il n'y avait absolument qu'eux dans cette chambre. Un pieux mensonge pour le prendre par les hanches et le pousser doucement mais fermement hors de la chambre, le remettant en bon chemin vers leur véritable destination. L'air conspirateur, il ajouta rapidement :

-Surtout ne lève pas les yeux. Maman Ours est moitié méduse, elle te pétrifierait sur le champ. Dis au revoir.

Sans lui laisser le temps de répliquer, il glissa ses doigts dans sa nuque pour lui maintenir le nez dans sa barbe, et le poussa d'un mouvement du bassin hors de la pièce. Comme s'ils risquaient effectivement quelque chose. Après tout, dans un monde où les Saints fricotaient avec des Oompa Loompa, ou quoi que ce soit qu'ils aient dit de toutes la soirée et qui se mélangeait dans son esprit vaporeux, on n'était pas suffisamment prudents. Commençant même à croire à son propre délire, il tira la porte derrière lui, et poussa un soupir soulagé. Ils l'avaient échappée belle.

-Ta bravoure a beau être infinie, et ta déception grande, je ne peux me risquer à te laisser mourir aussi bêtement, Saint Homme. Pas alors que les p'tits animaux s'affairent à nettoyer tes vêtements. Ca briserait leurs petits coeurs. Et j'ai besoin que tu sois bien vivant pour la suite des évènements.

Ce disant, il s'était hissé sur la pointe des pieds pour atteindre sa hauteur et le gratifier d'un baiser avide, mettant un terme capricieux à ses propres élucubrations. Remettant la machine en marche dans la bonne direction, cette fois-ci. Retrouvant avec plaisir la douceur de sa langue contre la sienne, il relâcha finalement ses lèvres déposer quelques baisers le long de sa mâchoire puis dans le creux de son cou, ses mains glissant le long de sa cambrure pour mieux palper la marchandise. Souplement, il le guida à reculons jusqu'à l'autre porte, la bonne, qu'il ouvrit du coude sans abandonner la peau chaude et accueillante de son cou. Cou dans lequel il s'appliqua pour laisser une marque, n'en ayant cure.
Sans plus se soucier d'Oompa Loompa, de petits animaux, de Terre du Milieu, de malédictions ou de dragons, la fièvre reprenant possession de ses sens comme de ses pensées, il le guida plus fermement vers le lit en désordre, repartant à l'assaut de ses lèvres avec plus de volonté. Le voile de pudeur qui les séparait commençait à l'agacer. Le concept même qu'il puisse encore exister du tissus entre eux était inacceptable.
Sentant le bord du lit les bloquer dans leur progression, il recula à peine et lui adressa un haussement de sourcil goguenard.

-J'espère que tu me fais confiance, fier Pourfendeur de Dragons.

Sa phrase laissée en suspens, il posa une main à plat sur son torse et le poussa doucement sur le lit pour qu'il y tombe. Une légère forme de revanche malicieuse pour avoir plaqué son dos contre une porte. Profitant de la diversion, il attendit que le Saint se redresse pour attraper l'élastique de son boxer et l'en défaire solennellement. Non sans s'offrir un regard appréciateur sur ce qu'il voyait, il en fit de même avant de se prosterner à son tour devant lui.

S'engorgeant de la vue de sa poitrine qui se soulevait sous ses efforts, Lazlo le relâcha non sans une pointe de contentement. Quelque chose lui disait que le rituel allait bien se passer. Une intuition qui l'accompagna alors qu'il se redressait pour mieux rejoindre le vaillant combattant sur le lit, embrassant son ventre, son torse, son cou puis sa mâchoire avec une tranquillité feinte. La chaleur accueillante de ses cuisses lui tournait la tête. Les soupirs du Saint était un doux poison qui coulait dans ses veines et emportait le dernier soupçon de bon sens qui restait dans son crâne.

-Les étoiles semblent suffisamment bien alignées pour que le rituel réussisse, Saint Homme. J'ai bon espoir quant à notre réussite.

Le nez contre son cou, il profita de sa chaleur comme de la langueur de leurs bassins, savourant la brûlure que procurait le contact avec sa peau. Le Brun de la Discorde était effectivement un poison. De ces poisons auxquels on pourrait s'acclimater, auxquels on voudrait s'acclimater. Remontant ses lèvres le long de sa mâchoire pour cueillir ses lèvres, Lazlo ferma les yeux, s'enivrant de ses soupirs. Une pensée fugace, dans son esprit. Un truc qu'il avait entendu dans un film, quelque chose qui n'avait pas grand chose à faire avec le moment présent, et qui pourtant sonnait juste. "Y’a des noms, des mots dans la vie qui vous ramènent à des lieux, un temps où vous étiez bien, où vous étiez heureux." Heureux, il l'était en l'instant présent. Car même si cette soirée n'entraînerait peut-être rien de plus, il couverait toujours le prénom du Brun de la Discorde comme un souvenir plus qu'agréable. Une de ces photographies instantanées mémorielles, qu'il redécouvrirait avec une tendresse certaine si jamais il rouvrait l'album de ses soirées mémorables. Il en était sûr.

Ce qui ne l'empêcha pas de relâcher la pression tout en reculant légèrement, une expression faussement perdue sur le visage. Faussement, en témoignait cette lueur malicieuse au fond de ses prunelles, comme ce léger sourire en coin alors qu'il feignait théâtralement la confusion.

-J'ai un trou... Je... Je ne me souviens plus de la suite du rituel... Je crains que nous ne dussions improviser, ô, Pourfendeur de Dragons...

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MessageSujet: Re: /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Mar 21 Mar - 13:39


«Is there any chance to save the day ?»

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Jamais, même pour tout l'or du monde, je n'aurais rouvert les yeux en cet instant précis. Si j'étais du genre à détester suivre les règles ou obéir aux recommandations habituellement, dans ce cas ci, je me montrais plaisamment docile. Parce que ça faisait partie du jeu, parce que c'était drôle, parce que c'était con. Parce que dans un coin de mon esprit survolté, j'avais la trouille de me faire pétrifier pour de bon par une ourse aussi perfide que teigneuse. A fond dans le délire, je restais collé tout contre Lazlo à pouffer contre son cou pendant qu'il me débitait ses histoires à dormir debout. Qui pouvait bien se trouver dans cette piaule mystérieuse en réalité ? Je n'en avais strictement rien à foutre. L'occasion était juste trop belle pour rester caché un peu plus longtemps sous la longue chevelure de Boucles d'Or, lequel veillait sur ma sécurité avec un soin des plus charmant.

Je n'eus pas l'opportunité de glousser la moindre connerie en guise de réponse qu'il m'emporta entre ses bras avec la fermeté d'un héros, me maintenant jalousement contre sa barbe. Dans un signe d'adieu à peine esquissé envers la famille d'ours, je reculais ainsi, collé contre lui, à l'aveugle, offrant une confiance chaleureuse à ses mouvements de bassins assurés qui me guidaient vers des lieux plus hospitaliers. Ce galant homme avait beau être plus petit que moi, il était robuste, et dans mon esprit défoncé, je me sentais davantage émoustillé par son allure chevaleresque. Il m'avait sauvé de la méduse, putain de merde ! Ça c'était un mec, un vrai, un qui n'avait pas froid aux yeux et qui était assez courageux pour m'abriter de son étreinte virile pendant que je restais bien au chaud dans sa barbe. Oh oui... Mais euh quoi ? A ses paroles, je lui renvoyai un regard farouche, bombant le torse, tel le dramaturge incompris. Ah ! Il n'avait fait ça que pour ménager les cœurs des ingrats petits animaux lessiveurs !
 
« Mes fringues seraient autant de reliques sacrées qu'ils pourraient vénérer toute leur vie durant, inconscientes petites bestioles ! Mais non, je sais, je sais, ma pleine vivacité est nécessaire pour le rituel et si j'étais pétrifié, ce serait ballot. Alors soit, je mets de coté ma fierté de guerrier pour l'instant et je m'en remet à toi pour m'amener en sécurité. Ce que tu feras en toute abnégation et désintérêt bien entendu. Et pareil pour moi, je le jure ! Ah dure est notre mission. »

Il n'y avait pas que la mission qui était dure d'ailleurs sous les voiles de pudeur symbolisés par nos calbutes. D'autant plus alors qu'il se hissait pour voler mes lèvres à nouveau, que mes mains se perdaient dans ses cheveux dorés et que les siennes me palpaient les fesses, un geste qui me motiva à me presser davantage contre lui. Sa langue était agréable contre la mienne, j'appréciais ses manières audacieuses et assurées dans la façon dont il me tripotait. Mon esprit flottait dans un état de plaisir aérien, souriant sous la pression des lèvres avides qui me suçaient le cou, dans un mélange de picotements et de frissons. Il insistait assez pour que ça me laisse un joli suçon, ce petit filou ! Ça me fit sourire, me pressant toujours davantage contre lui, mes doigts papillonnant contre ses côtes alors qu'il m'attirait déjà vers de nouvelles aventures. J'entrouvris à peine un œil quand on changea de pièce, me laissant joyeusement entraîner sans cesser de bécoter sa joue et sa nuque. Il régnait un bordel coloré dans cette piaule mais je ne m'en aperçus qu'à peine, trop occupé à déguster les lèvres douces de mon palefrenier, les yeux mi-clos, savourant la chaleur de son corps presque nu contre le mien. Lorsqu'il s'écarta, sa question m'anima un sourire lumineux, les sens chatouillés par son air de conspirateur qui me laissait présager tout un tas de choses croustillantes.

« Ma vie repose entre tes mains, noble écuyer. »

A son mouvement contre mon torse, je perdis l'équilibre et tombai en arrière sans même chercher à me retenir. J'aurais pu, ne serait-ce que par réflexe, mais sans doute que la came me rendait encore plus confiant que d'habitude. Heureusement pour mes vertèbres, Lazlo n'avait pas décidé de me faire exécuter une plate contre son carrelage. J'échouai sur un matelas doux et confortable dans un rire léger, mon dos rebondissant un peu sur ses ressorts. Lorsque je me redressai sur mes coudes, le regard du polisson me fit arquer un sourcil. Je me mordillais les lèvres en le regardant me débarrasser du dernier vêtement qui me restait, ondulant un peu pour l'y aider tandis que le dernier voile de pudeur était ainsi soulevé entre lui et moi. Je me léchai les lèvres en le voyant se débarrasser du sien aussi. Le caressant du regard, j'appréciai son corps agréablement dessiné, ses cheveux ondoyant sur ses épaules ainsi que les bijoux de son armurerie que j'avais déjà pu examiner un peu plus tôt. Le voyant se prosterner majestueusement, mon corps frémit sous l'approche de ses doigts, bientôt rejoints par sa jolie bouche. Je me sentais brûler sous ses faveurs et je profitais du moment, appréciant le spectacle, le ponctuant de soupir frissonnants sous la douceur de sa langue et la fermeté de ses doigts. Le voyant s'interrompre pour mieux se lover contre moi, je l'entourais aussitôt de mes bras dans un frisson de désir mêlé de frustration, accueillant ses baisers de ma peau brûlante alors que nos corps tendus l'un contre l'autre ne demandaient qu'à s'unir.

« Oh... y'a pas que les étoiles qui sont alignées... hmmm ... Le suspens est à son comble, diantre. J'en aurais presque le trac, faut dire que l'enjeu est tellement grandiose ! Surnaturel, magique, divin, je dirais qu'il en va de la survie de l'humanité et même de l'univers...»

N'ayons pas peur des mots, après tout. Car effectivement, nos étoiles respectives se rencontraient, aussi chaudes et rayonnantes de désir l'une que l'autre sous les attouchements effrontés du magicien. Clair que ce n'était pas un novice celui-là, on sentait l'adresse et l'habileté dans les moindres de ses mouvements, dans son assurance, son insolence, sa hardiesse et le pire : son machiavélisme à me chauffer à mort. Mais le maître magicien n'était pas tombé sur le plus candide des godelureaux en ma personne, loin s'en fallait. Et si je me sentais ivre de désir, le cœur battant sous ce corps souple qui ondulait contre le mien, sous les délicates morsures contre mon cou, je n'étais pas en reste dans cette rencontre cosmique. Je griffais doucement ses épaules, caressant son dos pour mieux découvrir son corps, appréciant sa chair ferme et veloutée qui réagissait à mes caresses, tout comme la douceur de ses fesses sous mes paumes. Les paupières closes, je me cabrais contre lui pour mieux me presser contre sa chaleur, ma langue jouant encore quelques instants avec la sienne avant qu'il ne s'écarte, provoquant la surprise dans mon regard. Surprise qui se transforma en pétillement amusé à l'écoute de ce sale gamin qui n'arrêtait donc jamais de jouer. Qu'il était con ce joli palefrenier ! Je haussais les sourcils, camouflant mon sourire sous une moue ingénue pendant que mes cuisses caressaient les siennes, l'une de mes jambes s'enroulant doucement contre lui.

« Mais moi aussi, j'ai un trou... un très joli trou d'ailleurs mais oh je... hmm... vous me troublez mon cher, voilà que je digresse. » Lui dis-je d'une voix de velours, offrant à son attention mon regard enjôleur et mon sourire narquois.« Je ne doute pas que tu ne susses prendre les risques adéquats pour combler ces lacunes, ô mon fringant mage.» Tiens, on disait que tu ne susses ou que tu ne sachiasse ? Oh le langage des chevaliers était bien compliqué, surtout quand on était ivre. Cela dit... « L'heure est grave, je commence déjà presque à flamber... » Entrecoupée de soupirs alanguis, ma voix se brisa dans un léger gémissement alors que je me cambrais davantage vers lui, me mordillant les lèvres. Comment ce courageux palefrenier sans peur ni reproche pourrait résister face à mon gracieux désarroi ? Lui-même me paraissait assez brûlant pour être exposé aux mêmes risques de combustion spontanée que moi-même. Et dans ce cas, nous mourrions tous les deux, anéantis par la ferveur de nos étoiles incandescentes, embrasées dans un même élan ! Notre légende aurait donc une fin si tragique ? Les troubadours feraient-ils donc pleurer dans les chaumières en chantant cette si triste complainte de deux héros consumés dans la fleur de l'âge ? Mes pensées s'éparpillaient pendant que je me cabrais contre lui un peu plus fort, jusqu'à soudainement l'attraper par les épaules et rouler souplement avec lui sur le confortable matelas. J'avais eu raison, notre rituel nécessitait un autel assez vaste pour l'ampleur de la tâche et celui-ci était tout juste satisfaisant. Dans mon impulsion irréfléchie, j'aurais très bien pu nous faire tomber du lit mais ce ne fut pas le cas. Un nouveau miracle nous prouvant que notre mission était bénie des dieux.



« Ton armurerie est très inspirante... Le château Andersen ne renferme que des trésors de bravoure, j'en suis certain. Alors si je bénis ta baguette, ça aidera peut-être à te rendre la mémoire... » N'avais-je pas promis que j'étais prêt à tous les sacrifices ? Je n'y réfléchis pas à deux fois pour offrir mon corps sur l'autel, sans préambule. Les joues rougies sous la chaleur qui m'envahissait, le cœur palpitant, je me hissais au dessus de lui, sans lui laisser le temps de répondre quoique ce soit.



Ainsi, lui ayant donné un avant goût par le biais de cette bénédiction, je me détachai déjà de lui, effleurant ses doigts des miens sans le relâcher des yeux, dans un claquement de langue aguicheur. Mes cuisses frôlèrent les siennes dans un appel à me rejoindre, dans un murmure suave.
« Qu'en dis-tu... ? » Le désir me piquait dans une torture délicieuse, épiant ses gestes, à l’affût de ses réactions alors que mes yeux pétillaient toujours sous la défonce, l'ivresse et l'excitation de mes sens.

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MessageSujet: Re: /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Ven 5 Mai - 2:41


C'était étrange, d'être autant sur la même longueur d'ondes avec le Brun de la Discorde, alors qu'ils s'étaient rencontrés que si peu de temps auparavant. Comme s'ils se connaissaient depuis des années, leurs langues se liaient tant sur les conneries que le reste avec une facilité déconcertante. Non pas que ça dérange Lazlo, bien au contraire. Se voir propulsé au titre d'écuyer, sorcier, pourfendeur de dragons, sauveur de chevaliers et bénisseur n'était pas pour lui déplaire, bien loin de là. Pourtant, ça ne l'empêchait pas de considérer le brun avec un regard gourmand. Ce garçon avait du potentiel pour être un amusement bien plus long que juste pour une nuit. Du potentiel pour être un parfait compagnon de beuveries à l'avenir.
Certes, il y avait toujours un test fatidique qu'ils devaient passer, pour s'assurer qu'il puisse faire partie de ces amis avec ce petit chouia de folie supplémentaire, si rares, et si précieux. Ce petit chouia si agréable de la connerie partagée, sans parler de la fesse accueillante. Mais, plus le temps passait, et moins il se faisait d'inquiétudes à ce sujet. Le Brun de la Discorde était précieux. Un bijou dans un écrin qui sentait l'insecticide, restait tout de même un bijou. Un pourfendeur de dragons était, aussi, toujours utile à avoir dans la liste de contacts de son téléphone.
En cas de périodes de crise, on n'est jamais trop prudents.

Tout naturellement, ils avaient réussi à trouver leur chemin sur le lit. Tout naturellement, son nez avait trouvé le contact de sa peau, s'engorgeant de son odeur, s'enivrant de chacun de ses mouvements. Le chevalier était habile, avec un petit côté bouffon et acrobate qui n'était pas pour lui déplaire. Sans même qu'il n'ait eu le temps de réagir, il s'était retrouvé lui-même sur le dos, la tête enfoncée dans les oreilles dépareillés, un sourire éthéré au creux des lèvres. Savourant chaque contact, ses soupirs s'alourdissant, il prit une seconde pour observer son bien étrange compagnon. Les éclats blafards de la Lune comme des réverbères léchaient ses muscles, creusant leurs sillons, conférant à ses courbes cette même aura mystique qu'il lui avait trouvée sous les lumières tamisées du bar. Cette même aura mystique qui alimentait la quantité de conneries fantastiques qu'ils ne cessaient de déblatérer. Non seulement il était magnifique, le Brun de la Discorde. Mais il l'était d'autant plus alors qu'il se fendait d'un énième sourire chafouin, à cheval sur son bassin.

-Je crains que nous soyons dans la même posture désagréable, ô fier chevaucheur d'écuyers. Le rituel a tendance à provoquer des combustion spontanées, nous devons nous prouver prudents et éteindre le feu avant qu'il nous consume.

L'éteindre, la bonne blague. Comme s'il pouvait décemment calmer les battements confus de son coeur, ou le brasier dans son propre bassin, alors qu'ils étaient si proches du but. Alors que le Saint n'avait pas fini de le malmener, ses mouvements suaves, parfaitement maîtrisés, lui arrachant de nouveaux soupirs. Recouvrant ses esprits, il laissa ses doigts parcourir lentement ses cuisses avant de s'arrêter sur ses courbes pour mieux les empoigner. Le rituel avait ça de bon qu'il était, en réalité, presque sans danger. Certes, il y avait toujours le risque de briser une baguette ou deux dans le processus. Un risque qu'il ne souhaitait pas réellement encourir. Mais quelque chose lui disait que l'avis était partagé sur la question et que la candeur feinte du brun savait parfaitement comment faire pour éviter ce genre de déconvenues. A la bonne heure, ça aurait été bien dommage de finir une soirée si belle avec trois heures passées aux urgences !
Restait que le Chevalier était tout aussi habile à la joute qu'en équitation. Ses mains agrippèrent la peau alors qu'un lourd soupir franchissait une nouvelle fois ses lèvres sous les mouvements répétés de son tortionnaire. Alors que le feu s'attisait toujours plus, menaçant de mettre les mises en garde précédentes en action. Mais force était de constater que Lazlo n'était pas au bout de ses peines.

Un frisson cavala le long de son corps, sous l'impulsion. Un frisson d'extase qui s'acheva en frustration. Qui s'acheva sur un grognement bourru, presque vexé, sur ce regard aussi grave qu'endeuillé qu'il planta dans les mares d'acier de son partenaire. Alors il avait décidé qu'il en serait ainsi ? Que la torture ne s'achèverait pas aussi vite ? Il croyait qu'il pourrait jouer éternellement ? C'était sans compter qu'il était tombé sur aussi couillon que lui, ce soir. Sans compter sur le sourire qui s'aiguisait progressivement sur le visage de Lazlo, alors qu'il sentait les poings de Mikkel relâcher ses poignets. Alors qu'il sentait ses cuisses enjôleuses effleurer les siennes, l'invitant gracieusement à lui rendre la pareille. Sous la bravade, il se contenta d'une moue boudeuse, en guise de réponse. D'une œillade, qui, elle, était tout sauf vexée. Bien au contraire.

-J'en dis que la bénédiction est louable, mais peut-être insuffisante. Nous allons devoir aller au fond des choses pour être bien sûrs qu'elle ait été efficace.

Ou au fond des choses tout court, toutes choses considérées. Avec une forme d'indolence, ses mains parcoururent de nouveau sa peau. Explorèrent le creux de ses reins, la courbe de ses hanches, le creux de ses cuisses. Prenant leur temps, capricieuses, elles évitèrent la source du brasier pour remonter le long de son torse. Explorer. Laisser le temps se perdre, et son regard avec, sur, contre, avec le corps qui se dévoilait à lui. La frustration avait beau cogner dur contre son crâne, entre ses reins, il n'avait pas l'intention de gâcher la moindre minute de ce suspense insoutenable. Après tout, ils n'avaient aucune princesse à sauver, sinon Lazlo lui-même. Ils n'avaient pas de carrosse garé en double file, ou de palefrenier à qui augmenter le salaire sans quoi il se mettrait en grève. Il n'y avait qu'eux, dans cette chambre, eux, leurs corps tendus et leurs soupirs enivrés. Ce qui n'aurait pas été pareil dans l'autre chambre, avec ses trois ours. Bref.

-La mémoire me revient progressivement, mais la suite risque de te déplaire... Le rituel exige une certaine forme de combustion spontanée, en réalité.

Son corps lui donnait la sensation d'éclater, mais il ne bougea pas pour autant. Ses mains fermement arrimées sur les hanches du saint Homme, l'empêchant de se dégager, il lui laissa un instant de répit, le temps de reprendre lui-même ses propres esprits. La frustration n'en cessait de tambouriner sous ses mèches blondes, son souffle ne cessait de se raccourcir sous l'impatience. Une impatience qui lui dévorait les entrailles, les reins, qui le consumait tout entier. Mais son regard, lui, ne lâchait pas celui du Brun de la Discorde. Pas tout de suite.

Délaissant ses hanches, ses reins, ses plaisirs ou sa chaleur, le bassin enfoncé dans le matelas, le brun lutta contre sa propre frustration pour lui offrir un regard désolé. Si le Saint Homme avait un bon goût de reviens-y, il n'avait pas l'intention de le lui accorder aussi simplement. C'était la guerre, dans cette maudite chambre. Ils avaient un rituel à accomplir. Ses mains glissèrent le long de ses cuisses, savourant les réactions de sa peau brûlante à chacun de leur passage, tandis qu'il se mordait la lèvre inférieure.

-Tu connais à présent les bases, j'ai pu attester de tes connaissances dans les phrases rituelles, mais sauras-tu endurer la suite ? Sauras-tu assumer une combustion profonde et entière ?

Après tout, il devait en être certain. Si les charmes étaient bien présents et bien accueillants, il devait être parfaitement sûr. Mesures de sécurité, tout ça, tout ça. C'était si nécessaire, si vital, qu'il ajouta d'une voix basse, l'air conspirateur :

-Sans compter que le rituel nécessite une phase de génuflexions dans un futur proche...

Eh, il n'y avait pas de mal à le mettre en garde, si ? C'était la règle. C'était ce que demandait le rituel. Et si la volonté était à peine voilée de voir son dos se ployer sous ses yeux, il ne voyait aucune objection à lui dévoiler quelques uns des multiples secrets de cet art divin et sacré. Mikkel avait signé un accord tacite, en pénétrant dans le Château Andersen. En demandant à se voir accorder ses trois vœux, en acceptant de sauver la Princesse Barbue. Si se perdre était le but, autant espérer qu'il ait les jambes aussi solides que Lazlo l'espérait.



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MessageSujet: Re: /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Lun 29 Mai - 20:47


«Is there any chance to save the day ?»

 Lazlo & Mikkel
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Absolument rien n'était prémédité dans mes bravades, je me laissais aller avec insouciance à mon goût inné pour la provocation, au risque de me torturer moi-même, rien que pour le plaisir de le titiller. Si bien souvent mon caractère un peu trop taquin me valait les pires ennuis, c'était toujours plus fort que moi et je ne pensais jamais aux conséquences. Lazlo allait-il me flageller sur cet autel improvisé, en guise de punition pour cette bénédiction trop rapidement offerte ? Haussant des sourcils gouailleurs, je le fixais avec une curiosité presque sadique, fier de ma connerie et les yeux brillants d'exaltation. Loin de m'inquiéter, le grondement hargneux du fier chevalier ne fit que m'exciter davantage, d'autant que les mots qui suivirent m'enchantèrent au plus haut point. Je ne connaissais ce garçon que depuis le soir même, mais quelque chose nous liait dans une complicité presque magique, pour le coup. On aurait pu croire que nos esprits étaient connectés sur la même fréquence, ce qui rendait les choses naturelles et spontanées, comme un formidable feu d'artifice de délires et de sensualité.

« Aller tout au fond des choses... Voilà une perspective des plus intéressante, je salue ton professionnalisme, cher sorcier-palefrenier. »

J’acquiesçai à ses sages paroles d'un léger ploiement de paupières, un demi-sourire flânant sur mes lèvres. Même si je n'étais clairement pas en état d'analyser les choses, les sensations qui m'enveloppaient m'étaient particulièrement agréables. Au-delà du pur désir physique qui faisait frémir ma peau tiède sous les caresses légères de ses mains. Au-delà des frissons d'impatience qui m'exaltaient, dès que ses doigts s'aventuraient si près de la source du brasier, me faisant croire qu'ils s'y arrêteraient, dans de subtil détours. Au-delà de tout cela, le soin que prenait mon écuyer à ne pas précipiter les choses dénotait d'une maturité qui me captivait, inconsciemment. Comme s'il était capable de tout maîtriser, de porter avec naturel ce désir qui rendait sa peau tout aussi brûlante que la mienne, sans pour autant en être dépassé. De gérer mes provocations avec une dose habile de séduction et de douceur. Le tout en conservant ce sourire mystérieux de princesse barbue, digne d'une Joconde libertine des plus sexy.

Ainsi, la mémoire lui revenait. Je retins un frémissement, me mordillant les lèvres pour mimer l'effroi, mime qui se mariait confusément avec ce désir qui gravissait les échelons dans tous les atomes de mon corps. « Oh ! Je devrai donc me consumer pour de bon... ? L'épreuve risque en effet d'être extrêmement rude, j'en suis totalement émoustillé... oh je veux dire, totalement impressionné par l'ampleur de la tâche !» Soufflais-je, sans le quitter des yeux, avant de hocher gravement la tête, dans un infime tremblement, en voyant ses doigts se glisser entre ses lèvres. Posées contre ses épaules, mes mains se crispèrent légèrement alors que je me hissais un peu plus au dessus de lui, avec une docilité lascive, m'abandonnant à sa main qui m'empoignait. Si je fus sensible à cette délicatesse, pas forcément attendue dans le feu de l'action, je n'en montrai rien. Mais Lazlo, le fier palefrenier possédait un sens de la galanterie chevaleresque assez différent de bon nombre de salauds que je fréquentais. A ses gestes, des soupirs m'échappèrent sans que je ne tente d'en brider aucun, mon regard ancré au sien, tandis que mes ongles s'enfonçaient légèrement dans la chair de ses bras.

Un gémissement dépassa mon souffle alors qu'il s'enfonçait enfin en moi et je fermai les yeux quelques secondes, le front plissé sous cet afflux de sensations. Il me maintenait contre lui et je prétendis tenter de me dégager, sans m'y résoudre véritablement, ancré à lui avant de retrouver son regard, le cœur battant. Nous étions désormais attachés l'un à l'autre et dans cette seconde de grâce, je me sentis presque béni pour de bon, auréolé de ma couronne divine. Ma voix me paru plus vacillante alors que je l'encourageais d'un ton murmuré, le dévorant des yeux. « Je brûle, mon mage, je brûle... » Mais il semblait décidé à ne pas entendre mes prudes encouragements et ma voix trop suave s'égara dans un nouveau soupir alors que les mouvements débutaient, incroyablement pervers dans leur lenteur. De faibles soupirs s'échappaient parfois de mes lèvres entrouvertes, sans que je ne cesse de le bouffer du regard, suivant ses jeux de tortures délicieuses, comme dans une transe.

Quand il m'abandonna, son regard désolé me perdit l'espace de quelques secondes alors que j'émergeais difficilement de cet état d'hypnose que m'offrait cette danse si obsédante. Le gloussement qui émergea de ma gorge me surprit moi-même par son ton décalé ainsi que par l'afflux de légèreté qu'il s'y associait, m'offrant une impression de vertige. J'avais trop bu, c'était net. Le désir et le rire créaient un genre de cyclone dans mon corps éméché, dans une symbiose qui m'offraient des sensations étranges mais pas désagréables. Le visage penché vers lui, les mèches de mes cheveux tombaient dans mes yeux ivres et mes lèvres frémirent sous le sourire qui bataillait pour les étirer, des paillettes brillantes valsant dans les vapeurs grises de mes iris. Ceux-ci s'agrandirent légèrement sous l'impact de cette proposition audacieuse qu'il me confiait et je retrouvai brutalement une expression plus sérieuse. Je suivis des yeux les mouvements de ses lèvres qui articulaient ses mots, les miennes dessinant un "oh" muet sous le coté solennel de l'annonce. Mais déjà, le maître magicien reprenait le rituel, s'emparant de mon corps que je lui cédai dans un soupir alangui, m'offrant sans réfléchir à ce nouvel assaut. Cette fois, les mouvements devenaient plus profonds, tout comme l'étaient ce feulement qui s'accordait avec son regard de braise et qui m'atteignit de plein fouet.

Pour toute réponse, je fondis vers ses lèvres pour lui arracher un baiser enfiévré qui se prolongea quelques secondes avant que je ne rouvre les yeux, mes doigts glissés entre les mèches de sa crinière blonde si soyeuse. Le visage grave, le souffle court, le ton de ma voix aurait pu être celui d'un dramaturge en pleine scène épique. « Je commence déjà à prendre feu, mon corps est à l'agonie, l'intensité de ce rituel est bien plus extrême que tout ce que j'aurais pu imaginer... juste ciel ! Je sens les flammes lécher les plus fières parties de mon anatomie ! Ta magie est trop puissante aaah ! » Mon regard expressif à lui seul exprimait l'enthousiasme totalement débridé qui était le mien. Un mélange d'appréhension, voire de frayeur face à la mort horrible qui m'attendait : sinistrement calciné par une combustion aussi certaine qu’irréversible. Mais également une volonté habillée de courage et d'une résolution sans faille, tel le chevalier sans peur ni reproche que je me devais d'être, faisant honneur à mon statut de saint-guerrier. « Je vais me consumer, pour l'honneur ! J'assumerai tout, je le jure ! Nous vaincrons, brave mage, dussions nous nous embraser mutuellement... »

Plongé à fond dans cette scène, je ne retenais aucunement ma fougue, capturant ses lèvres une nouvelle fois dans un baiser théâtral, avant de me redresser pour mieux m'empaler contre lui et lui permettre d'explorer un peu plus de profondeur en venant à sa rencontre, les joues rougies par cette chaleur si intense qui me recouvrait. M'accordant à ses mouvements, je restais souple contre son corps, rythmant notre cadence de mes soupirs haletants, mes mains pétrissait ses épaules avec fébrilité, les griffant parfois dans un accès d'ardeur. Je ne pus faire autrement que de saisir ma propre épée, dangereusement enflammée elle aussi par ce sort aussi prodigieux que surnaturel, la soulageant de cette tension extrême qui l'habitait par de rapides massages. Dans cette cavalcade sauvage, les battements de mon cœur s'accordaient à mon tempérament excessif où les gémissements dépassaient de plus en plus mes soupirs.

« Je vais... peut-être obligé de... psalmodier les incantations plus fort si le... rituel continue à... prendre de l'ampleur... » Ceci prononcé entre quelques râles étouffés, je cherchais dans ses yeux la preuve de cet accord tacite où nous passerions à la phase ultime. Le temps semblait se perdre comme nous l'étions nous même, égarés dans ce lit immense aux oreillers multicolores comme dans un pays surnaturel et fantasmagorique. Fort heureusement aucun dragon ne jouait les voyeurs et j'espérais que les Oompas Loompas n'avaient pas décidé de se cacher sous le lit, auquel cas, leurs chastes oreilles devaient bourdonner.

Je me redressai alors, me détachant souplement du palefrenier pour le surplomber une dernière fois de ma hauteur avant de rouler à ses cotés sur le matelas. Un autel moelleux et confortable pour un rituel de toute beauté où nos corps incandescents pourraient se consumer avec le plus de grâce possible. Lazlo avait évoqué des génuflexions dans un futur proche qui semblait être enfin arrivé. L'heure était donc venue de me sacrifier et de me laisser brûler vif afin d'offrir un final magistral à notre cérémonie sacrée dont l'objectif terminal me paraissait de plus en plus flou. Il était question de nous purifier, de sauver la courtoise princesse barbue par la même occasion et de me débarrasser d'une obscure malédiction lancée par la fée Carabosse, jalouse de mon union avec la dite princesse barbue et sans doute de récupérer par la suite le Saint Graal dérobé par l'armée des dragons. Voilà, c'était cela. Oh notre mission était cruciale, ça c'était la chose la plus certaine de toutes.

Je pris le temps de faire glisser mes yeux encore une fois sur le corps dénudé du beau blond, savourant cette vision des plus charmante avant de me rapprocher de lui, penchant mon bras pour attraper sa nuque et ramener ainsi sa bouche vers la mienne. N'avais-je pas besoin de puiser l'inspiration en goûtant encore une fois le fruit de ses lèvres ? Ma langue s'y insinua pour un baiser plus profond, afin de sacraliser cet instant solennel où ma posture scellerait pour de bon mon immolation. Retrouvant ses yeux d'un bleu si pur dont la couleur claire m'était perceptible en dépit de la faible luminosité de la chambre, je repris mon souffle, le cœur encore battant, le corps trempé de sueur. « Les génuflexions ne me font pas plus peur que le reste. Si je ne dois plus jamais te revoir... sache que je suis fier d'avoir combattu à tes cotés. » A ces mots prononcés d'un ton bas sur une mine des plus sérieuse, je me détournais doucement, conservant le lien de nos regard en le regardant par dessus mon épaule. Me lovant à la manière d'un félin, je me penchai vers l'avant, appuyé sur mes genoux, dans l'attente que le maître de cérémonie ajuste cette position rituelle des plus téméraire...




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MessageSujet: Re: /!\ Quite Close to Crazy ▬ Mikkel   Mar 15 Aoû - 0:47


Il était une fois. Il était une fois, une nuit dans le monde des Merveilles, une nuit un peu folle et un peu décalée où rien ne se passait comme prévu à part l'essentiel. Il était une fois un monde où les cafards étaient mutants, où les princesses étaient barbues et les chevaliers à la fois apprenti-sorciers et susceptibles de s'enflammer d'un claquement de doigts. Il était une fois un lit un peu confortable, une ribambelle de coussins multicolores qui servaient d'autel pour la plus puissante de toutes les magies. Si le monde était une couleur il serait rouge. Rouge comme leurs joues, comme la chaleur qui émanait de leurs corps, rouge comme les fesses arrondies du Saint Homme au regard gris. Non parce que bon, autant être réalistes un quart de seconde. Pourfendre autant de dragons, de sorcières et de cafards, ça avait son coût. Un prix qui se payait de sa propre vie, un prix qui avait une valeur profondément humaine, et pas seulement intellectuelle. Une valeur de sang et de sueur, et surtout de sueur, que les deux hommes dans cette chambre semblaient avoir décidé de payer rubis sur l'ongle. Ca aussi, c'était rouge, tiens.
L'alcool aidant, la fumette aussi, ils étaient aussi bien partis l'un que l'autre. Une sorte d'étrange connexion totale, tant sur la connerie que sur le plan physique, qui n'était pas pour déplaire à Lazlo. Parce qu'il n'aurait jamais cru avoir autant de chance, lorsqu'il était sorti dépenser ses maigres économies dans ce bar, ce soir là. Et parce que bon, il ne s'était pas attendu à ce que le Brun de la Discorde soit aussi prompt à partir à l'aventure avec un sinistre inconnu, sans avoir eu la capacité de voir s'il était effectivement sorcier. Après tout, aucun ménestrel n'avait chantonné sa gloire ou ses hauts faits au Chevalier. Il n'était pas connu du royaume. Il était un mage barbu/princesse délicate qui sortait de contrées entièrement inconnues au bataillon. Une difficulté supplémentaire, un exotisme qu'il assumerait à cent pour cent.
Qu'il assumerait d'autant plus que les incantations et autres psalmodies du Saint Mikkel étaient une si douce et si inspirante litanie à ses oreilles.
Le genre de liturgie qu'on s'empresse d'entendre jusqu'à être entièrement converti. De quoi le pousser à aller plus fréquemment à la messe, ou rouvrir plus assidûment ses grimoires d'incantations.

Les mèches brunes de son compagnon effleuraient le visage du blond à chacun de ses passages, provoquant, entre l'ivresse et la dope, une agréable sensation de chatouillement. Partagé entre l'envie de rire et de psalmodier à son tour, Lazlo accepta le compromis imposé par le Saint Homme et se laissa emporter dans par ses baisers toujours plus lascifs. Jusqu'à ce que sa proposition, un peu hasardeuse, fasse écho dans sa jolie tête brune. Un sourire au creux des lèvres, Lazlo avait observé le "o" parfait qu'avaient tracé celles du Saint Homme. Avant que la danse ne continue. Avant que les corps ne ploient et s'accordent, souplement, dans cette cadence entêtante des joutes pour la survie. Etouffant un gémissement rauque contre les lèvres du brun, les sens trop embrasés pour suivre exactement tout ce qu'il se passait, Lazlo avait laissé ses doigts s'enfoncer dans la chair douce et ferme de son noble postérieur. Auquel il se raccrochait comme sa vie en dépendait. Merde, sa vie en dépendait réellement.
Il fut toutefois contraint de rouvrir les yeux en constatant que le fier chevalier s'était arrêté à son tour. Si les voiles du plaisir embrumaient ses sens, il n'en manqua pas l'étincelle de malice qui luisait dans les mares d'acier. Pour toute guise de réponse à son intense monologue, il pressa le dos de sa main contre son front tout en enroulant fermement un bras autour de sa taille. Le tac au tac. Il n'y avait que ça de vrai.

-Sois fort, vaillant Chevalier, sois fort ! Nous devons passer par les flammes pour accéder au Volcan Purificateur ! Là, seulement, nos âmes seront sauvées et nous aurons la puissance nécessaire pour pourfendre tes dangereux ennemis. Ce n'est pas le moment de faillir !

Oh, il comprenait ses craintes. C'étaient leurs vies qui étaient en jeu, ce qui en soit était tout sauf une paille. Que dire une paille, c'était même une sacrée poutre ! Poutre. Lazlo eut du mal à se retenir de rire en faisant le rapprochement, tant il n'était pas de circonstance, tant l'heure était au drame et à la prestation d'une perfection sans failles de son partenaire. S'efforçant de maintenir son sérieux, il plongea son regard dans les iris résolus de son partenaire. Ils s'embraseraient, oui. C'était un mal nécessaire pour achever leur quête insensée.

-C'est le but inavouable de notre rituel. Nous renaîtrons de nos cendres tels des Phénix, mon Chevalier. Nos plumes auront la couleur du brasier ardent qui nous happe, et nous péterons des flammes, je te le garantis.

C'était une promesse. Une promesse qui s'acheva sur un baiser de cinéma, avant que les choses sérieuses ne reprennent, et que le rituel ne se poursuive. Se mordant la lèvre inférieure, Lazlo n'eut pas d'autre choix que de laisser le Cavalier mener la danse, les sens embrasés et le coeur ivre. Ivre de plaisir, ivre du supplice qu'il lui faisait endurer. Les yeux fermés, il s'abandonna quelques instants à sa volonté, ses soupirs chaotiques faisant écho aux siens. La souplesse du Brun de la Discorde était diabolique. S'ils venaient tout juste de se rencontrer, Lazlo finirait probablement par lui demander si sa mère avait fauté avec un serpent pour être capable de se contorsionner de la sorte. D'autant que les soupirs qu'il arrachait à l'Oiseleur étaient tout sauf feints ou forcer.
Brun de la Discorde. Il se sentait charmeur de serpent, ses mains glissant le long de ses hanches, ses doigts s'enfonçant dans ses courbes, le plaisir le noyant sous de lourdes vagues alors que le roulis des reins du brun s'écrasait toujours plus contre son bassin. Il perdait pied. La marée l'emportait, toujours plus fort, toujours plus loin, les respirations erratiques de Mikkel léchant son visage en autant de vents contraires qui le poussaient bien trop loin du rivage.
Il eut l'envie de l'agripper comme une bouée, pour s'offrir un soupçon de répit, ou tout simplement pour implorer sa clémence. Mais son esprit était bien trop combatif pour abandonner dès maintenant, alors que pourtant, il était prêt à rendre les armes et se laisser dévorer par l'animal mythique qui se déhanchait au-dessus de lui.

Mais non. Il ne devait pas, parce que le rituel devait continuer, parce que les Oompa Loompas et tout le Petit Peuple comptaient sur eux. Abandonner, ou plutôt s'abandonner maintenant, c'était abdiquer entièrement. C'était rompre le rituel en cours de route, c'était faillir à la Quête magnifique qu'ils s'étaient imposée. Les livres d'Histoires, de Contes, ne se souviendrait pas d'eux car leurs actes ne seraient pas suffisamment héroïques. Alors Lazlo rouvrit les yeux qu'il avait fermés sous le plaisir pour les plonger dans les prunelles luisantes de son compagnon. Compagnon qui, clairement, n'en menait pas plus large que lui. Ses aveux résonnèrent dans sa cage thoracique, lui coupant le souffle, avivant toujours plus le brasier qui les consumait. Accentuant le besoin primal de le dévorer tout entier, malgré qu'il se retienne.
Malgré que l'envie de l'entendre psalmodier toute la nuit fut particulièrement inspirante. Contrôlant les spasmes de plaisir dans tout son corps tout comme sa voix, le blond glissa ses lèvres le long de la tempe humide de sueur de son amant et susurra, faute de pouvoir mieux faire :  

-Plus fort nous scandons les incantations et mieux les Dieux nous entendront... Ils sont un peu durs de la feuille, on doit donner de la voix...

Ce qu'il fit, alors que le Saint Homme se relaxait, relâchant la pression avec souplesse sans qu'il ne s'y attende. Si ses mains se crispèrent sur ses cuisses alors qu'il tentait de recouvrer son souffle, il plongea un regard aussi perplexe que reconnaissant dans les mares d'acier de Mikkel. Parce que ce faisant, il les sauvait d'une mort certaine, brève et irrémédiable. Sauve la Princesse Barbue, sauve le Monde. Quoique, c'était pas une histoire de cheerleader, à la base, cette formule magique ? Il se fendit d'un sourire en laissant courir tant ses mains que ses yeux sur le torse du Chevalier pourfendeur de Cafards. Rien que sa plastique méritait d'être chantée dans les tavernes. Dans sa vision périphérique, il était certain d'apercevoir un ange et deux Oompa Loompas se voiler chastement les yeux pour ne pas assister à un tel sacrifice.
Un sacrifice qui irait dans les annales.

Anales.
Il pouffa bêtement contre les lèvres de Mikkel, avant de frissonner, alors que l'autre roulait sur le lit. Se redressant, il laissa une nouvelle fois glisser son regard sur son corps, sublimé par la semi-pénombre. Un monde tout entier à explorer, à découvrir et conquérir. Paraît que Magellan avait de la barbe, lui aussi. C'était probablement un signe. Mais il n'était pas certain que ce dernier avait la même intention de couvrir les terres inconnues de caresses lorsqu'il s'y était posé pour la première fois. Et encore moins avec ses lèvres. Ca aurait été bizarre, mais eh, peut-être qu'il n'était pas une Princesse Barbue. Les Princesses Barbues, ça officie avec les mains et la langue, c'est bien connu. Un insigne honneur que peu ont la chance de détenir, dans un monde aussi rude et barbare. Un enseignement qu'il avait reçu de moines gobelins au fin fonds des cavernes gelées de Norvège, depuis son plus jeune.. Non. Toujours était-il que Lazlo s'apprêtait à démontrer son expertise alors qu'il rejoignait son vaillant combattant dans un nouveau baiser lascif. Avant de se faire rappeler sa propre revendication.

-Ton courage te perdra, mon cher Chevalier. Mais sache que tu peux mener la voie et partir en premier, je couvrirai tes arrières. On se revoit de l'Autre Côté.

Et voilà que, le cœur battant la chamade et pulsant un sang de lave dans ses veines, il se retrouvait chargé d'une très lourde responsabilité. Le monde entier comptait sur eux. Dans les ombres de la chambre, le Petit Peuple retenait son souffle. Lazlo aussi, dans une toute autre mesure. Laissant solennellement courir ses doigts le long du dos de son amant avec une certaine morgue, il prit une profonde inspiration en prenant place près de l'autel volontaire. Glissa une main le long des muscles bandés de son abdomen, avant de la faire disparaître entre ses cuisses tandis qu'il posait ses lèvres en un baiser chaste sur une épaule. Ses doigts s'enroulèrent autour de l'arme du chevalier, s'emparant de sa garde pour la flatter de quelques rudes coups de poignet, alors que ses lèvres psalmodiaient quelques incantations Norvégiennes qui ne valaient pas d'être traduites. Jouant du pouce le long des sinuosités de la lame, avant de le presser avec nonchalance contre une veine saillante, le blond invoqua la toute puissance du rituel.

Puis, plongeant ses dents dans la peau tendue de son épaule, s'enfonça dans les abysses.
Et, par la force de leur magie cumulée, le Chevalier devint Monture.

Les récits s'en souviendraient, de cette nuit. Ils se souviendraient de la vaillance de ces deux combattants féroces, qui se battirent de toutes les forces contre un envahisseur inconnu pour protéger la Nature et les Petits Oiseaux. Pour protéger le monde, leur monde, du chaos. Ils se souviendraient de l'ardente détermination de ces preux et vaillants hommes, et écraseraient une larme d'émotion en se souvenant de la Geste du Saint Pourfendeur de Cafards et de sa Princesse Barbue.
L'incantation avait pris des tonalités gutturales alors que les soupirs se mêlaient aux paroles, que les mots se mêlaient aux psaumes, et que les corps s'emmêlaient avec souplesse pour céder aux flammes qui menaçaient de les emporter depuis trop longtemps. Ajustant sa position pour épouser au plus près le corps de son adroit partenaire, le blond se lova avec plus d'intensité dans sa chaleur, picorant sa peau avec une faim grandissante. Les doigts de sa main libre s'emmêlèrent dans les mèches brunes, les tirant doucement pour l'inviter à se perdre dans un nouveau baiser lascif. Ses lèvres avaient le goût de l'abandon, ses mouvements erratiques celui de l'ivresse. Son prénom roulait sur sa langue, un prénom qui se scandait aussi bien qu'il se murmurait. Un prénom qui se hurlait aussi bien qu'il se taisait, qui se suppliait et s'ordonnait, qui se faisait rite, prêtre et bourreau.

-Je m'embrase... Saint Homme... Notre magie est bien trop... Puissante... !

Beaucoup trop. Des arcanes sombres invoquant tous les Effrits de la Terre dans leurs corps emmêlés, si bien qu'il se sentait à deux doigts de la combustion spontanée. Si bien que les doigts du blond se raidirent tant sur ses hanches qu'autour de son épée, alors que le plaisir se concentrait toujours plus, tonnant à coups répétés en même temps que son coeur battait bruyamment contre ses tympans. Transporté par les psalmodies de son partenaire, il ferma les yeux.
Un dernier mouvement de bassin, plus fort que les autres, et la combustion fut aussi brutale qu'irrémédiable. Il ne sut jamais lequel d'entre eux partit le premier, mais en ce qui le concernait, le brasier avait eu raison de l'Oiseleur. En ce qui le concernait, les planètes avaient achevé de s'aligner pour provoquer une éclipse générale, coupant toute lumière de sa vision le temps que le Grand Vide de la petite mort l'emporte tout entier. Heureusement, il avait eu de bons réflexes. La Sainteté de Mikkel ne serait pas souillée par leurs folles cavalcades.

Le rituel avait-il fonctionné ? A bout de souffle, il fourra son visage dans la nuque du Saint Homme, le lovant contre la douceur de sa peau avant d déposer ses lèvres là où naissaient de petits cheveux bruns. Son esprit était confus, mais paradoxalement à sa place. Dans ce petit coin d'univers qu'ils venaient de conquérir à tous les deux, par la seule force de leur volonté.
Au terme d'une longue minute, il relâcha enfin le preux chevalier et se laissa rouler à ses côtés dans le lit, un léger rire secouant son corps alors qu'il posait un regard malicieux sur les traits tirés de son partenaire.

-Te voilà devenu mage, et béni de surcroît, Saint Homme !

Lumineux, il lui adressa un sourire aussi fier qu'angélique tout en essuyant distraitement sa main sur les draps. Après tout ce qu'il venait de se passer, ils n'étaient plus à ça près.

-Crois-tu que notre rituel a fonctionné ? Que ton domaine est désormais dénué de créatures démoniaques, que la magie infuse tes veines et que tes récoltes seront de nouveau prospères ? Nous allons devoir consulter les Dieux, une fois que nous serons nés de nos cendres. Mais pas tout de suite.

Oh non, pas tout de suite. Parce qu'il n'en avait ni la force, ni le courage. Les Oracles et les auspices attendraient un peu. Au terme d'un effort colossal, il se tordit pour attraper une boite de mouchoirs qui traînait au sol, et s'occuper un peu plus de son partenaire. Les traces de son méfait rejoignirent le peuple de la poussière, les jolis moutons sous son lit, alors qu'il adressait un nouveau sourire au Brun de la Discorde.
Et l'attirait contre lui pour déposer un baiser lascif sur ses lèvres, une digne conclusion de cette étrange association qu'avait été cette toute aussi étrange soirée. S'il enroula ses bras autour de sa nuque pour l'attirer toujours plus près, il lui laissait toutefois la possibilité de s'esquiver si l'envie lui en prenait. Et se laissa, à lui, le loisir de chuchoter entre ses lèvres.

-Par contre j'ai peur que le sol se soit transformé en lave au cours du rituel. Le salon doit être une zone sinistrée, facilement le Mont Venteux, volcan, et tout le bazar. J'te conseille de rester dans le coin si tu ne veux pas risquer tes petons régaliens, Preux Chevalier...





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