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 we walk in the beautiful country of the denial # Laura

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MessageSujet: Re: we walk in the beautiful country of the denial # Laura   Jeu 28 Sep - 19:03

Le bar à ce petit quelque chose de rassurant qu’ont les établissements implantés depuis longtemps. Le bois des tables, celui du bar, sont lissés par des années de caresses de la part des habitués, des milliers de passage de chiffon nettoyant les souillures d’un repas, celles d’une bagarre peut-être, parfois, à une époque où l’alcool coulait encore à flots. Elle s’imprègne de l’odeur de la cire qui frappe ses narines avec bien plus de force qu’auparavant, elle est même capable de sentir l’odeur du parfum de la barmaid. Ses sourcils se froncent, la voilà une fois de plus ramener à sa nouvelle condition qu’elle ne maîtrise qu’à peine, qu’elle ne comprend qu’à demi-mot. Elle soupire, pose ses coudes sur la table et laisse son regard dérivé sur les murs. Ils sont recouverts de photos, ils croulent des souvenirs d’un temps meilleur, d’une période faste ou le monde ne manquait pas de s’écrouler au moindre courant d’air. La voix d’Andreï la rappelle à la soirée, au temps présent. Elle est encore surprise de ce qu’elle a fait, de l’avoir invité dans ce bar. Comme si elle n’était pas un monstre, comme si elle était libre, comme si le monde tournait encore rond sur son axe. Une fois de plus, la surprise qu’est son visage lui broie le cœur, sensation de peine qui s’entrelace avec une joie qu’elle ne devrait pas être capable de ressentir.

Elle l’écoute, se noie dans sa voix, se dit que peut-être que son mari à la même. Elle laisse ses yeux dérivés par à-coups sur son visage, ses yeux, la forme de ses sourcils, celle de ses pommettes, ses lèvres, son nez. « Je devrais t’avouer que je n’ai pas très faim non plus. Je suis surtout fatiguée de ma solitude moi aussi. » Elle lui offre un sourire, un peu triste, mais un sourire tout de même. Elle s’apprête à lui rappeler qu’il n’a pas répondu à sa première question quand il s’en charge et elle l’écoute à nouveau, son esprit trouvant une forme d’apaisement dans la voix lancinante de son partenaire. Un léger rire lui échappe. « On t’a déjà dit que tu étais drôle Andreï ? » Le prénom roule sur sa langue et elle savoure une fois de plus. « J’aime bien ton sens de l’humour. » Elle appuie son menton dans sa paume et soupire. « Je vois, tu fais ce que tout le monde fait plus ou moins ici. Tu t’offres aux plus offrants. » Elle lui sourit. « Au final, tu n’es pas si loin de mes filles que ça. » Elle hausse les épaules en grimaçant légèrement. « Elles offrent leurs charmes et se font arnaquer par des hommes peu scrupuleux, quand tu vends tes muscles et tu es sûrement payer une misère par le même genre d’individu. » Elle hausse les épaules tristement. « Je suppose que c’est comme ça que ça fonctionne, maintenant. On offre ce qu’on a, ce qu’on peut, contre pas-grand-chose. » Ses pensées dérivent quelques secondes vers la jeune femme qu’elle a fait rentrer dans le Little Darlings. Exactement, on offre ce qu’on a, tout ce qu’on a parfois, contre de quoi subsister. Cette idée la fait grincer des dents, les gens sont tellement près à tout pour de l’argent. Comme pour lui répondre, comme s’il pouvait lire dans ses pensées, Andreï amène le sujet sur la table. « C’est pour ça que moi, j’offre ce que j’ai : mon temps, ma compassion, un peu de nourriture, à ses pauvres gosses dont personne ne veut plus. »

Si sa question la surprend, elle ne la choque pas. « Non, non, ne t’excuse pas. » Elle prend quelques secondes pour y réfléchir. La serveuse arrive à cet instant et elle lui offre un sourire et un remerciement. La diversion lui offre quelques précieuses secondes supplémentaire pour réfléchir. Elle ajoute deux sucres dans sa tasse, remue avec sa cuillère avant de la poser à plat, bien droite, à côté de la coupelle. Elle souffle sur le liquide presque brûlant avant d’en avaler une gorgée. Le goût est répugnant, comme celui de chacun des aliments, mais au moins, elle a l’impression d’être encore elle-même quand elle boit du thé. Elle repose doucement la tasse dans son assiette en soupirant. « C’est une bonne question… On m’a effectivement recueilli quelque temps à New-York, juste après mon amnésie, puis un peu plus tard, pendant que je faisais route vers le Nouvelle-Orléans. » Sa gorge se serre à l’évocation de Richard et elle détourne les yeux quelques secondes. « Oui, je suppose que j’aimerais que quelqu’un fasse la même chose pour mes enfants s’ils en avaient besoin, mais, j’espère surtout qu’aucun d’entre eux n’aura besoin qu’on l’aide de la sorte. » Elle soupire et passe une main sur son visage. « Je pense que je le fais surtout parce que ça me semble normal. Parce qu’une part de moi à ce besoin viscéral de s’occuper de ceux qui sont en souffrance. » Elle soupire, consciente qu’une part de mensonge se cache dans ses paroles. Elle le fait aussi, parce qu’elle culpabilise, parce que ceux qui l’ont sauvé ont perdu leur leader à cause d’elle. Elle ramasse, à nouveau, la tasse et la porte à ses lèvres. « Quelque part, je trouve ça rassurant de me dire que malgré la pourriture ambiante, il y a encore des gens qui sont prêt à aider les autres sans poser de question, tu n’es pas d’accord ? » Elle lui sourit par-dessus le bord de son breuvage, la vapeur flottant devant ses yeux, nimbant l’image d’Andreï d’un flou pseudo-artistique, accentuant encore d’avantage la ressemblance avec son époux oublié.

Elle laisse échapper un petit rire quand il s’excuse. « Arrête un peu de t’excuser, j’aime bien tes questions. Elles ne sont pas toujours simples, ni délicates, mais elles ont le mérite de me pousser à réfléchir et j’ai l’impression que tous les gens que je retrouve depuis mon retour me croient en porcelaine. C’est… Rafraichissant d’avoir quelqu’un comme toi. » Elle rougit légèrement et s’empresse d’avaler une gorgée de thé. Elle soupire quand il propose de l’inviter à manger. Elle va devoir se forcer, faire semblant d’apprécier une nourriture au goût de cendre. Elle inspire profondément et sourit à Andreï. « Je n’ai pas très faim, tu sais… On n'est pas obligé de manger. » Pourtant, elle pince les lèvres devant le regard du Russe et craque. « Bon, d’accord, mais pas grand-chose alors ! Une salade peut-être ? » La serveuse arrive et prend rapidement leurs commandes avant de s’éclipser de nouveau. Le menton dans la paume de sa main gauche, elle regard sa nouvelle connaissance à moitié affalé sur la table et retiens l’envie de lui asséner une tape sur le bras avant de le houspiller pour qu’il se tienne droit. Quand il se redresse, elle le laisse s’exprimer. « Oui, je vois ce que tu veux dire. » Elle soupire, le cœur serré à l’idée d’un jeune Andreï, à la rue et sans un sou, sans personne pour l’aider. « Non, tu as raison, je suis assez d’accords avec toi, le monde se fout des faibles. La loi de la jungle, tout ça. Quand rien ne va, ce sont toujours les plus faibles, les plus jeunes, qui trinquent le plus. C’est pour ça que, même si mon boulot ne me rapporte presque rien, je n’en changerais pour rien au monde. Il faut des gens pour prendre soin de ceux dont plus personne ne veut. » Elle tend son autre main et attrape son avant-bras. Une fois de plus la sensation de reconnaissance la frappe de plein fouet, mais elle est une fois de plus incapable de comprendre ce qu’elle veut dire. Quand leurs regards se croisent à nouveau, Laura sent son cœur raté un battement. Elle déglutit avec difficulté. « J’aurais aimé pouvoir être là pour toi quand tu en avais besoin, moi aussi, je suis fatiguée de la solitude. »

La serveuse revient, leurs plats dans les mains et Laura jette un regard amer à sa salade. Elle inspire profondément et pique une feuille avant de la mâcher rapidement et de l’avaler en retenant une grimace. La phrase lui échappe sans qu’elle ne puisse rien y faire. « Mon dieu, qu’est-ce que je ne donnerai pas pour une bouteille de vodka, la maintenant. » Elle pose une main devant sa bouche, les yeux écarquillés. « Hm… Je suis désolée, je… Je n’ai pas bu d’alcool depuis si longtemps que j’en ai presque oublié le goût. » Oh, le joli mensonge. Elle s’était enivrée plus que de raison avec Ange quelques semaines plus tôt, tout au plus. Ses joues se parent d’une jolie teinte de rouge et elle s’empresse d’avaler quelques feuilles de salade en plus. « Je… » Elle se penche en avant et chuchote. « Je ne peux pas m’empêcher de trouver cette prohibition bien stupide. N’ont-ils donc rien retenu des années vingt ? Ils ne se souviennent plus des marchés noirs qui vendaient de l’alcool malgré l’interdiction ? » Elle se redresse les joues écarlates. Elle vient clairement de tenir des propos passables d’emprisonnement ou pire, d’un passage par leur arène horrible, mais elle ne peut s’empêcher d’avoir confiance en Andreï.


[HRP] Vraiment désolée pour ma lenteur, chou ! J'espère que tout te vas, hésite pas me dire s'il y a quoique ce soit ♥️ ![/HRP]
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MessageSujet: Re: we walk in the beautiful country of the denial # Laura   Mer 18 Oct - 0:17

We walk in the beautiful country of the denial

Laura & Andreï

« Je devrais t’avouer que je n’ai pas très faim non plus. Je suis surtout fatiguée de ma solitude moi aussi. » « Et bien nous souffrons de la même chose… » Je lui souris. Simplement. C’est mal. Naturellement que c’est mal. C’est mal de ma part de badiner comme ça, c’est accessoirement mal de ma part d’insister, de me laisser prendre au jeu d’une illusion, d’un vague sentiment de reconnaissance. C’est mal de me laisser entraîner dans une danse au milieu de mes démons, au milieu de mes désirs, de mes pulsions, sans même faire ne serait-ce qu’un seul petit effort pour me retenir. Nous ne devrions pas nous retrouver dans ce bar et pourtant nous y sommes. Nous ne devrions certainement pas frayer ensemble, et pourtant, je lui lance un sourire complice en m’installant. Nous n’avons rien à faire à côté, tout me le prouve, tout absolument tout me l’affirme, et pourtant… et pourtant je refuse de tenir compte de tout bon sens. Je préfère suivre mes envies, évoluer au gré de mes désirs. Ecouter les soupirs de mes démons et partir à la poursuite d’un simple écho. Courir, courir pour l’attraper, courir pour l’enlacer, courir pour l’écouter, un sourire, un si simple sourire aux lèvres. J’ai envie d’écouter Laura, j’ai envie d’écouter Lara. Je n’ai pas envie de lui parler de meurtre, de sang, de trahison et d’escroquerie, je n’ai pas envie de lui parler de la facilité avec laquelle je lui planterais très certainement un couteau dans la gorge si j’apprenais que quelques billets étaient agités au-dessus de sa tête en récompense. Je n’ai pas envie de lui souffler à la gueule l’haleine chargée de pourriture qui s’échappe de moi, cette chair en décomposition que cache mon sourire et mon énergie, cette puissance malsaine que couvent chacun de mes gestes. Ce que je fais dans la vie ? Je ne veux pas répondre à cette question. Je veux juste me plonger à corps perdu dans l’illusion d’un havre de paix, dans une discussion légère et bucolique, évoquant une promenade dans un champ à cueillir des pissenlits et à se rouler dans l’herbe. Je ne veux pas répondre à cette question, mais je ne perds pas mon sourire pour autant. Il s’accentue, même, en un rire qui reprend le sien. « On t’a déjà dit que tu étais drôle Andreï ? J’aime bien ton sens de l’humour. » J’hausse les épaules, savourant d’un regard mon prénom prononcé par ses lèvres fascinantes. « Peut-être, je ne sais plus. » Sûrement. Ou pas. Je ne sais vraiment plus. Suis-je drôle ou juste atypique, en voilà une drôle de question, justement. Dans tous les cas, « En général, on dit plutôt que je suis con, mais j’imagine que dans certains contextes, ça se recoupe. » Voilà, ça me semble être une bonne conclusion.

« Je vois, tu fais ce que tout le monde fait plus ou moins ici. Tu t’offres aux plus offrants. » Je fronce les sourcils, repassant ma réponse en pensée pour voir comment elle en est venue à cette conclusion si… juste. M’offrir aux plus offrants, c’est ni plus, ni moins, que ce que j’ai fait. Sauf que les plus offrants, ce sont le plus souvent ceux qui veulent voir le sang couler ou la peur crier, sans pour autant se salir les mains. « Au final, tu n’es pas si loin de mes filles que ça. » Elle hausse les épaules, mon sourire à moi faiblit. Vacille. Se fait soupir. « Et c’est mal ? » Et est-ce que c’est mal ? « Elles offrent leurs charmes et se font arnaquer par des hommes peu scrupuleux, quand tu vends tes muscles et tu es sûrement payer une misère par le même genre d’individu. Je suppose que c’est comme ça que ça fonctionne, maintenant. On offre ce qu’on a, ce qu’on peut, contre pas-grand-chose. » Je fronce davantage les sourcils, laissant ainsi paraître ma réflexion. Ma circonspection face à ses conclusions, face à l’enchaînement de ses pensées. Je tue, je tabasse, j’escroque, je travaille contre du fric. Des sommes exubérantes pour les premiers types de contrat, des misères pour les derniers. Plus je me plonge dans l’amoralité, plus je feuillette de billets à la fin. Je fixe Laura. Cherche en elle un jugement. Un dégoût. Ou pire encore : de la compassion. Mes yeux la considèrent sans rien trouver, mes mots reviennent sans y penser, comme un instinct ancré et encré dans mon esprit au fer rouge. Des années à apprendre l’art du dialogue. Des années et surtout, oui, surtout, de l’instinct. Je relance la discussion, je veux en savoir plus, c’est mon nouvel objectif. Serait-elle dégoûtée d’apprendre la réalité de mon travail ? La question ne se pose pas. Et pourtant… Je veux avoir son avis. Lara détestait mon travail, détestait mon implication au sein du KGB, détestait me voir revenir avec du sang sur le corps et sur l’âme, mais aucun trouble dans le regard. Tu ne devrais pas tuer aussi facilement, Andreï. La douceur, c’est Lara qui me l’a apprise. La gentillesse, c’est elle qui me la fait découvrir. Et la bonté… Laura lui ressemble bien trop sur ce point. Ce qu’elle a fait avec la môme, Lara l’aurait fait, d’une certaine manière. Roman aussi. Pas moi. Je ne sais pas, moi. Lara me regarderait avec du reproche. Roman me hait. Et Laura… Laura ? « C’est pour ça que moi, j’offre ce que j’ai : mon temps, ma compassion, un peu de nourriture, à ses pauvres gosses dont personne ne veut plus. » Je la fixe, encore. Est-ce que Laura me haïrait pour ce gouffre qui nous sépare, pour cette générosité et cette bonté qui l’habitent et qui fuient mon être comme la santé fuit le corps d’un lépreux ? Pour cette franchise abrupte et agressive qui est mienne et qui la heurte sans la moindre délicatesse ?

Je ne connais la douceur que dans le meurtre, la caresse que dans l’étranglement ; l’affection que dans des nuits volées avec des cibles ou dans la violence avec des personnes qui me payent ou que je paye. Lara m’a appris à être humain, Roman a fait de moi un humain, mais le KGB m’a retransformé en monstre, et désormais, j’en suis à nouveau un. Et je me tiens raide, à distance de tout ça. Lara est inaccessible. Laura est inaccessible. « Non, non, ne t’excuse pas. » Et même mes excuses, elle n’en veut pas. Sourire, diversion. Remerciement, temporisation. Je dissèque ses réactions, me rends compte que son silence crée en moi une anxiété croissante. Un liquide brûlant a été déposé devant nous, je n’y touche pas. Je garde les yeux rivés sur Laura. « C’est une bonne question… On m’a effectivement recueilli quelque temps à New-York, juste après mon amnésie, puis un peu plus tard, pendant que je faisais route vers le Nouvelle-Orléans. » Je cligne des yeux, chacun de ses mots s’imprime dans ma mémoire. « Oui, je suppose que j’aimerais que quelqu’un fasse la même chose pour mes enfants s’ils en avaient besoin, mais, j’espère surtout qu’aucun d’entre eux n’aura besoin qu’on l’aide de la sorte. » Je reste silencieux, mes doigts viennent sur brûler autour de la tasse, dans une indifférence marquée pour la douleur. Juste pour me maintenir dans le monde réel, juste pour m’empêcher de m’immerger en elle, dans ses souvenirs qu’elle évoque. « Je pense que je le fais surtout parce que ça me semble normal. Parce qu’une part de moi à ce besoin viscéral de s’occuper de ceux qui sont en souffrance. Quelque part, je trouve ça rassurant de me dire que malgré la pourriture ambiante, il y a encore des gens qui sont prêt à aider les autres sans poser de question, tu n’es pas d’accord ? » Je me mords la lèvre, surpris par cette question. Si je suis d’accord ? Je ne sais pas. Je fais partie de la pourriture ambiante.

J’ai été la victime de la pourriture ambiante et j’en suis devenu une partie intégrante. Je ne veux pas répondre. Je veux juste… J’ignore ce que je veux : je prends une inspiration, m’éloigne un peu du sujet pour aborder la question de la nourriture, un terrain sans trop de risque en théorie. La vie est si belle en théorie. « Arrête un peu de t’excuser, j’aime bien tes questions. Elles ne sont pas toujours simples, ni délicates, mais elles ont le mérite de me pousser à réfléchir et j’ai l’impression que tous les gens que je retrouve depuis mon retour me croient en porcelaine. C’est… Rafraichissant d’avoir quelqu’un comme toi. Je n’ai pas très faim, tu sais… On n'est pas obligé de manger. » J’ai un sourcil interrogateur. Allez, Laura, pour un radin comme moi, proposer de payer et se faire remballer, c’est pire que tout. C’est même vexant. C’est… « Bon, d’accord, mais pas grand-chose alors ! Une salade peut-être ? » Ah ben voilà quand tu veux. Je lève la main, conscient que par une salade, je gagne encore quelques dizaines de minutes de précieuse compagnie. Quelques minutes que je compte bien rembourser par quelques mots supplémentaires. Et confessions. Aveux. Avachis sur la table, je ne sais même pas ce que je commande auprès de la serveuse – le plat du jour ? – parce que toute mon attention n’est définitivement qu’en direction de Lara. Laura. J’ai été victime de la pourriture, j’en suis une moi-même. Je suis né de la pourriture la plus abjecte qu’il soit. Je suis né dans le meurtre et le sang de l’innocence de ma mère. Ce n’est pas que je sois incapable de croire qu’il y a encore des gens prêts à aider les autres. C’est que je sais que ces gens-là, en général, sont les premiers à crever. Et que j’y suis pas innocent. « Oui, je vois ce que tu veux dire. Non, tu as raison, je suis assez d’accord avec toi, le monde se fout des faibles. La loi de la jungle, tout ça. Quand rien ne va, ce sont toujours les plus faibles, les plus jeunes, qui trinquent le plus. C’est pour ça que, même si mon boulot ne me rapporte presque rien, je n’en changerais pour rien au monde. Il faut des gens pour prendre soin de ceux dont plus personne ne veut. » Je frémis sous le contact qu’elle impose. Laisse mon bras immobile. « J’aurais aimé pouvoir être là pour toi quand tu en avais besoin, moi aussi, je suis fatiguée de la solitude. » J’ouvre la bouche, le retour de la serveuse m’oblige à me la fermer.

Me donne un bon prétexte pour me taire et laisser mes mots hanter mon regard le temps d’une poignée de seconde. L’odeur du plat m’écœure, j’hésite à le repousser sans y toucher, je me force à me saisir d’une fourchette pour la faire tourner entre mes doigts. Nouveau prétexte pour gagner du temps, alors que la Russie, alors que mes vingt ans, alors que mes douze ans, alors que mes huit ans me menacent et me guettent dans l’ombre. « Mon dieu, qu’est-ce que je ne donnerai pas pour une bouteille de vodka, là maintenant. Hm… Je suis désolée, je… Je n’ai pas bu d’alcool depuis si longtemps que j’en ai presque oublié le goût. Je… Je ne peux pas m’empêcher de trouver cette prohibition bien stupide. N’ont-ils donc rien retenu des années vingt ? Ils ne se souviennent plus des marchés noirs qui vendaient de l’alcool malgré l’interdiction ? » Mes doigts pianotent sur le bord de la table dans un geste nerveux, tandis que la fourchette voltige entre les phalanges de mon autre main. La vodka. Son chuchotement m’a fait l’effet d’une complicité qui n’existe pourtant pas entre nous. Mais qui se crée. Et que je maintiens, que j’attrape, que j’agrippe comme un enfant désespéré ferme les yeux pour s’immerger encore un peu dans son rêve qui lui échappe déjà pour le forcer à regarder en face le cauchemar de son existence. Je cligne des yeux. « Je pense qu’ils jouent là-dessus. Qu’y-a-t-il de plus enrichissant pour un Gouvernement en faillite qu’un marché noir qui va vendre à des prix prohibitifs des denrées soudainement convoitées parce qu’interdites ? » J’hausse les épaules. Merde alors, c’est presque intelligent comme connerie. « Quoiqu’il en soit, vodka, bon choix. Et putain d’merde, je cracherai pas dessus non plus. Juste dans le verre de mon voisin. » Ou pas. Quoique. Si, en fait. Juste pour le faire chier. Mes doigts cessent de torturer la fourchette, la glissent dans ce qui semble être un mélange de légumes – eurk – et sautillent en direction du bras de Laura.

Mes mots retenus un peu plus tôt me hantent encore. Se font pressants. S’imposent. Je prends mon inspiration. « Tu sais. D’une certaine manière, tu as déjà été là quand j’avais besoin qu’on m’apprenne à me comporter comme un mec bien. » Je cligne des yeux, hésite. « Enfin… Lara était là. Tu l’aurais appréciée. Elle était comme toi. Et Roman, j’suis sûr qu’il aurait été comme ça aussi. Un mec bien. Une personne bien. Le genre de mec à aider les mômes perdus, tout ça. » Et ouais. Il est comme ça, d’ailleurs. Je crois. C’est pour ça que je ne le comprends pas. C’est pour ça que je suis plus proche de Mikkel, plus proche de ses travers qui m’évoquent les miens. « Moi, j’suis pas un mec bien, Laura, tu sais. J’suis de ces gens qui ont beau essayé, ils sont pourris depuis leur naissance. » Et ce n’est peut-être pas la première fois de la soirée, mais ma sincérité me lacère la poitrine. « Tu crois au destin, Lara ? » Je crois, moi, que je lui ai déjà posé la question. « Moi, je crois en la fatalité. Genre… quand ton père est un pourri, et qui t’a donné la vie dans la violence et la perversion, tu peux pas être un mec bien. T’es voué à être qu’un pourri. A absorber la vie des autres pour donner l’impression d’être lumineux. J’suis pas un mec bien, Laura. J’suis… genre une Lune qui se cherche des soleils pour se donner l’impression de briller. Mais en fait, j’suis juste un astre froid. De la pierre. Sans rien d’autre que de la caillasse dans la poitrine. » Je retire ma main, ramène mes bras sur ma poitrine, m’avachis davantage. Joue avec la bouffe dans mon assiette. Ne sais pas pourquoi j’ai dit tout ça. Personne, pas même Lara, n’a jamais su quoique ce soit de mon enfance ou même de ma conception. Et voilà que je balance tout à cette femme à la bonté bien trop grande pour que sa survie ne soit plausible. Je crois qu’une part de moi a vraiment envie de la découvrir bien moins parfaite qu’elle n’y paraît, de découvrir l’anguille sous roche, de découvrir que tout ce qu’elle a affiché n’a été qu’un monceau de connerie ou d’hypocrisie. Pour avoir une bonne raison de l’éliminer, peut-être. Pour cesser d’être le moustique attiré par le sang, comme un besoin réellement maladif d’aller y puiser de quoi vivre.

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MessageSujet: Re: we walk in the beautiful country of the denial # Laura   Jeu 18 Jan - 1:01


Elle a conscience d’avoir un comportement dangereux, elle ne devrait pas parler de la sorte à un parfait inconnu, simplement parce qu’il a l’accent russe, parce qu’il ressemble à un souvenir d’une époque lointaine. Andreï pourrait être n’importe quoi, un Peacekeeper en civil, un espion pour le gouvernement, un tueur en série, n’importe quoi. Elle joue avec ses feuilles de salade, regrette de ne pas pouvoir en sentir le goût. Le plaisir de manger lui manque, si fort. Elle aimerait, pour une journée, une heure même, pouvoir sentir à nouveau le goût des choses, apprécier l’acidité d’une pomme, le picotement agréable d’un plat trop épicé, le goût suave d’un fruit bien mur. Elle lève une feuille de salade au bout de sa fourchette et l’enfonce dans sa bouche avant de l’avaler presque instantanément. Du coin de l’œil, elle observe Andreï et son manège, il ne touche pas à sa nourriture depuis qu’elle a été déposée devant lui. Elle ne dit rien, continue à l’observer faire virevolter sa fourchette entre ses doigts. Le bruit de ses doigts qui tape un rythme rapide sur la table l’hypnotise presque, elle n’entend bientôt plus que ça, les sons du restaurant disparaissent dans un silence cotonneux et elle sursaute quand Andreï lui répond. Il marque un point et un point parfaitement valide. « Je n’y avais pas pensé, mais probablement la principale raison. » Elle soupire et secoue la tête. Elle laisse échapper un rire à sa phrase suivante. « Certainement pas ! Il vaudrait mieux le lui voler son verre, ce serait gâché. » Elle lui adresse un petit sourire.

De loin, ils doivent ressembler à un couple, penché l’un vers l’autre, parlant à voix basse, un rire au bord des lèvres. Les joues rosies de Laura et l’air mutin d’Andreï. Les doigts de jeune homme qui glisse jusqu’à son bras, qui effleure légèrement la peau nue de son avant-bras. Elle détourne le regard, le pose sur sa peau blanche et les doigts abîmés d’Andreï. Elle déglutit, coincée quelque part en le malaise et l’émerveillement. Il inspire et elle reporte son attention sur son visage. Il semble soudain beaucoup plus fragile que ce qu’il laisse à penser de lui. Elle penche la tête sur le côté, sourcils froncés. « Comment ça… ? » Oh, elle comprend. Une fois de plus le fantôme de leurs passés flotte sur la conversation. Son ex-femme, le souvenir de son mari. Elle hoche la tête, un sourire un peu triste aux lèvres. Il semble tout aussi incapable qu’elle d’oublier un passé. Trop lourd à porter, ils sont pourtant incapables d’abandonner ce fardeau, à la fois douloureux et apaisant. Elle l’écoute, calmement avant d’ouvrir la bouche. « Je ne suis pas d’accord. Je ne pense qu’il y ait de personne foncièrement bonne ou foncièrement mauvaise. Qu’est-ce qui autorise ce genre de jugement, hein ? S’il y a une petite liste avec des petites cases à coché, je suis sûre à 80%, que je ne rentre pas dans la catégorie des gens bien. » Elle pince les lèvres et souffle par le nez. En prenant le temps de réfléchir à la question qu’il lui pose.

Le Destin. Un bien grand mot. Est-ce qu’il existe ? Si c’est le cas, qu’a-t-elle fait pour mériter la punition qu’on lui a infligée ? Était-elle une si mauvaise mère ? Une épouse infecte ? Avait-elle fauté si durement qu’il faille lui retirer tout ce qui lui importait ? « Non, je n’y crois pas… Pas vraiment en tout cas. Je pense que les choses arrivent parce que les gens font des choix et que ces choix les poussent à faire des choses qui impactent leurs vies et celles des autres. » Son ton est un peu plus froid, un peu plus dur que ce qu’elle aurait voulu. Non, ce n’est pas le destin qui lui a retirer ses souvenirs. C’est Lazlo qui, bien malgré lui, l’a privé de sa vie. C’était un accident, malencontreux, mais un accident, c’est tout. Le destin n’avait rien à faire là-dedans. Elle hoche la tête pour elle-même, écoute Andreï. La Fatalité ? Une autre façon de remettre ses fautes sur une entité supérieure qui nous pousserait à faire les choses, elle comprend ce que veut dire Andreï, elle comprend aussi pourquoi il le dit. Il est parfois plus simple de se dire que quelqu’un, quelque part, nous en veut. C’est moins douloureux de se dire que ce n’est absolument pas de notre faute, que nous n’y sommes pour rien.
Elle le sait, elle l’a fait. Au début, elle s’est dit qu’elle devait avoir mis quelqu’un profondément en colère là-haut, pour mériter une telle punition. Puis, elle s’était ravisée. C’était en grande partie de sa faute. Lazlo lui avait expliqué. Elle avait choisi d’entrer dans la rébellion, elle avait choisi de se mettre en danger, elle avait choisi une situation risquée. Sciemment. La malchance avait simplement fait le reste. « Je comprends. » Elle lui sourit, le laisse reculer et s’enfoncer dans sa chaise. Andreï lui fait penser, dans cette position, juste après ce qu’il vient de dire, à ces gamins qu’elle récupère parfois. Persuadé que le monde ne les comprend pas, persuadé de n’avoir aucune valeur, constamment sur la défensive, le cœur déchiré et en bandoulière. Elle sourit et joue avec sa serviette. « Je ne pense pas que ce soit vrai, cela-dit. Je pense qu’on peut naître dans le pire des bouges et devenir quelqu’un de bien. Je ne pense que la fatalité soit si forte. J’admets que ça doit être plus compliqué, qu’il faut plus d’effort pour y parvenir. Mais, je ne pense pas que l’on soit formaté à vie par notre naissance. » Elle réfléchit. « Dans mon travail, j’ai vu des gosses issus des familles les plus riches de la ville, vendre leur corps, vendre de la drogue, se sentir plus minable que le plus sale des rats. Pourtant, ils sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche… » Elle soupire. « J’ai aussi vu des putes, travaillé sans relâche pour élever l’enfant qu’un de leur client fortuné leur avait fait. Enfant qu’il refusait, bien sûr, de prendre en charge. Je les ai vu se battre bec et ongles pour sauver leurs petits. » Elle boit une gorgée de son thé. « Et je ne pense pas que tu sois aussi toxique que tu le penses. » Elle lui sourit et se penche en avant, attrapant franchement sa main avant de la serrer dans la sienne. « Je pense surtout que tu as une image complètement déformée de toi, mais que je ne te connais pas assez pour te prouver que tu as tort. » Elle frotte doucement son pouce contre le dos de la main du russe et lui sourit.

Elle baille largement, la main devant la bouche et s’excuse platement. « Oh, pardon, j’ai eu une journée particulièrement chargée. » Elle laisse échapper un petit rire et frotte le coin de son œil droit. Elle ne s’est surtout pas nourrie depuis plusieurs jours et elle commence à être affamée. Elle sent l’énergie vibrer en elle, à la recherche de nourriture. Elle lâche prestement la main d’Andreï en grimaçant. « Tu es à la Nouvelle-Orléans depuis quand d’ailleurs, je ne sais plus si je te l’ai demandé ? Tu étais ici avant que tout s’effondre ou tu fais partie des immigrés de l’Apocalypse ? » Elle tente d’alléger un peu la conversation, elle n’a pas la force de continuer à parler de sujet aussi sérieux et triste. Mince, maintenant qu’elle y a pensé, la faim se fait pressante. Elle serre les dents et jette un regard légèrement effrayé autour d’elle. Elle pense au paquet de cigarettes dans son sac, celui qu’elle a confisqué à un jeune. Elle pourrait l’utiliser comme excuse, elle pourrait prétexter une envie de fumer, sortir et s’enfuir. Mais, elle n’a pas envie de s’enfuir comme une voleuse, de fuir et de ne jamais plus revoir Andreï, parce que si elle part comme ça, les chances qu’elle le croise à nouveau approche du zéro. Elle ne peut pas non plus prendre le risque de se retrouver seule avec lui et l’attaquer. Elle se lève précipitamment. « Je reviens, deux minutes. » Elle lève deux doigts à son intention et s’éloigne de la table rapidement. Elle s’enferme dans les toilettes, miraculeusement vide et s’appuie contre la porte. Elle inspire profondément, calme son énergie, la supplie de ne pas faire n’importe quoi, pas maintenant, pas comme ça. Elle respire profondément à plusieurs reprises, tourne en rond dans la pièce, le bruit de ses talons résonnant sur la faïence. Elle se concentre de toute ses forces et finalement, y arrive. La faim reflue, légèrement, mais suffisamment pour ne plus être la seule chose qui l’obsède. Elle soupire, détend ses épaules. Elle espère vaguement qu’Andreï n’est pas une créature surnaturelle. Elle a ressenti quelque chose d’étrange en le touchant la première fois, mais, ça pourrait être n’importe quoi, elle n’arrive pas encore vraiment à repérer la nature des gens qu’elle touche. Elle sait seulement repérer, et encore, c’est compliqué, les métamorphes pour en avoir côtoyé plusieurs depuis sa transformation, elle a remarqué que leur énergie était différente de celle des humains. Elle espère réellement qu’il n’est pas capable de sentir ce qu’il se passe en elle. Il la prendrait pour un monstre, probablement. Elle se secoue et sort des toilettes après s’être lavé les mains.

Elle reprend sa place à table et s’assoit avec un sourire un peu crispé. « Désolée. » Elle laisse échapper un petit rire. La faim est toujours là. « Ça m’embête de ne pas connaître mieux la ville et d’être si fatiguée, j’aurais aimé pouvoir t’emmener dans un endroit sympa… Peut-être qu’on aurait pu danser ou je ne sais pas, faire quelques choses d’amusant ! » Elle soupire, feint un nouveau bâillement. La voilà, sa porte de sortie. Elle s’étire ostensiblement et lâche un petit rire gêné. « Vraiment navrée… Je pense qu’il serait plus sage pour moi de rentrer à la maison… » Elle hésite quelques secondes, coincée entre le devoir et l’envie. Elle abandonne finalement sa résistance et baisse légèrement la tête. « Tu… Ça te dérangerait de me raccompagner jusque chez moi ? J’ai… » Elle baisse le ton et se rapproche encore de lui, sa voix n’étant plus qu’un filet. « J’ai… Peut-être quelque chose à boire à la maison. » Elle détourne le regard et déchire des petits morceaux de sa serviette, mal à l’aise. Elle ne sait pas si son invitation est une bonne idée, elle a peur qu’Andreï ne se fasse de fausses idées. La faim est toujours tapie dans un coin de son esprit, prête à se réveiller, pourtant, elle se sent bizarrement confiante, tandis qu’elle attend la réponse d’Andreï.

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MessageSujet: Re: we walk in the beautiful country of the denial # Laura   Sam 10 Fév - 0:25

We walk in the beautiful country of the denial

Laura & Andreï

« Je n’y avais pas pensé, mais probablement la principale raison. » Forcément. Nécessairement. C’est nécessairement la principale raison et je parle en connaissance de cause. Se faire du fric sur le malheur des autres est bien plus intéressant objectivement parlant que de se tuer à la tâche en tentant d’aider son voisin. Et bien moins fatigant. Se faire du fric en stimulant la demande tout en réduisant les quantités disponibles, c’est typiquement le genre de saloperie que font les gouvernements, quels qu’ils soient. Alors celui qu’on a sur la tête, hein, il ne doit vraiment pas être bien plus que cons que les autres. Quoiqu’il en soit, prohibition, manigance, peu importe, je ne cracherais pas sur de l’alcool si on m’en proposait. Quoique… « Certainement pas ! Il vaudrait mieux le lui voler son verre, ce serait gâché. » J’éclate de rire, de ce rire sonore, grave et râpeux qui est le mien. Un rire bref, plus pour relâcher la tension qu’autre chose. « C’est bien vrai. » Contrairement à tout ce que je peux raconter.

C’est bien vrai. Et moi, je ne suis qu’un menteur, et moi, je ne suis qu’un hypocrite. Et ça me va. Ça me va quand je cesse de réfléchir et que la superposition malsaine que je fais entre le visage de Laura et celui de Lara s’impose une nouvelle fois. Parallèle douteux, parallèle dans lequel je compte bien me perdre, puisque l’alcool n’est pas là pour m’aider. Lara m’a-t-elle vraiment aidé à être un mec bien ? Je n’en ai foutrement aucune idée. En fait… Je ne sais pas. Ce dont je suis certain en revanche, c’est que je ne suis pas un mec bien. Au fond de moi, il n’y a pas grand-chose qui vaille la peine d’être observé à la lumière. Je m’en plains pas, je suis juste lucide. C’est comme ça. J’suis de ces gens qui sont pourris depuis la naissance. Comme une pomme qu’on a tabassé tant et si bien qu’à l’intérieur, elle est pourrie jusqu’aux pépins, quand bien même l’extérieur présente bien. Est-ce qu’elle crois au destin ? Moi, je crois en la fatalité. Et c’est un fait. Un fait que j’ai accepté depuis longtemps, je crois. Est-ce qu’elle croit au destin ? Je crois que je lui ai déjà posé la question tout à l’heure. Quand je voulais croire qu’elle était Lara. Le destin qui nous aurait fait nous retrouver, la fatalité qui m’impose d’être un père de merde, un homme méprisable et un humain qui ne devrait même pas faire partie d’une humanité. Qui ne fait même plus partie de l’humanité, en fait. Est-ce qu’elle croit en tout ça, elle ? Je me referme, je me ramasse sur moi-même. Ça ne m’est pas naturel de parler comme ça. Je suis sincère, totalement las. Las. C’est ridicule. « Je ne suis pas d’accord. Je ne pense qu’il y ait de personne foncièrement bonne ou foncièrement mauvaise. Qu’est-ce qui autorise ce genre de jugement, hein ? S’il y a une petite liste avec des petites cases à cocher, je suis sûre à 80%, que je ne rentre pas dans la catégorie des gens bien. » J’arque un sourcil. « J’en doute. » Et j’en doute vraiment. « Dis toi que tu as 20 % de chances de te tromper. » Un sourire goguenard aux coins des lèvres, je complète : « Et que tu te trompes. »

Croit-elle au destin ? Croit-elle au karma ? Croit-elle à la fatalité ? Croit-elle à l’avenir figé dans un carcan, dans une camisole qui nous enferme et se transforme peu à peu en un foutu linceul ? Est-ce qu’elle croit en tout ça ? Parce que moi oui. Maintenant oui. Irrémédiablement que oui. « Non, je n’y crois pas… Pas vraiment en tout cas. Je pense que les choses arrivent parce que les gens font des choix et que ces choix les poussent à faire des choses qui impactent leurs vies et celles des autres. » Changement de ton, je note immédiatement la dureté de sa voix. La chaleur enfuie. J’ai dû dire une connerie pour qu’elle se crispe. Ou alors elle me ment, et elle me ment vraiment. Peut-être croit-elle plutôt à la fatalité, comme moi ? Ce que je tente de lui expliquer ? « Je comprends. » Ah, c’est déjà bien. « Je ne pense pas que ce soit vrai, cela-dit. Je pense qu’on peut naître dans le pire des bouges et devenir quelqu’un de bien. Je ne pense que la fatalité soit si forte. J’admets que ça doit être plus compliqué, qu’il faut plus d’effort pour y parvenir. Mais, je ne pense pas que l’on soit formaté à vie par notre naissance. » Je me repenche sur la table, coudes appuyés, mains jointes pour y caler mon menton. Je me déplie pour me rapprocher et écouter. Même si je n’en crois pas un mot. Je n’arrive plus à m’y résoudre. « Dans mon travail, j’ai vu des gosses issus des familles les plus riches de la ville, vendre leur corps, vendre de la drogue, se sentir plus minable que le plus sale des rats. Pourtant, ils sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche… J’ai aussi vu des putes, travailler sans relâche pour élever l’enfant qu’un de leur client fortuné leur avait fait. Enfant qu’il refusait, bien sûr, de prendre en charge. Je les ai vu se battre bec et ongles pour sauver leurs petits. Et je ne pense pas que tu sois aussi toxique que tu le penses. » Un rire sarcastique lui répond. Ah ouais. Moi, j’ai rien foutu mon môme. Et on n’a rien foutu pour moi. Sa main attrape la mienne, je la lui donne sans réfléchir, sans hésiter, sans concession. Qu’elle la prenne : c’est toujours un contact. « Je pense surtout que tu as une image complètement déformée de toi, mais que je ne te connais pas assez pour te prouver que tu as tort. » Mes yeux croisent les siens : « Dans ce cas-là, arrête d’essayer de le faire » Et ma voix est aussi sèche que la sienne un peu plus tôt. Ma voix est coupante. Et ma main se défile. Se rétracte. Comme ma sympathie. Effectivement, elle ne me connait pas.

Parce qu’elle n’est pas Lara.
Et que je l’avais presque oublié.

Elle baille, je détourne le regard pour piocher dans mon assiette un peu plus d’amertume. « Oh, pardon, j’ai eu une journée particulièrement chargée. Tu es à la Nouvelle-Orléans depuis quand d’ailleurs, je ne sais plus si je te l’ai demandé ? Tu étais ici avant que tout s’effondre ou tu fais partie des immigrés de l’Apocalypse ? » Un coup d’œil dans sa direction, je délaisse ma fourchette qui tombe dans un son métallique. « ‘Fais partie des immigrés. » Je maugrée, avant de me reprendre d’une voix un peu plus enjouée. Sans raison. Mais parce qu’elle n’est peut-être pas Lara, elle reste une personne qui… rien. Je ne sais plus. Qu’est-ce que je fous là, déjà ? « J’étais à New York à la base, quand tout s’est produit. » J’étais encore un rat, à l’époque. En 2012, à ce que j’ai compris. Je n’étais qu’un rat, je n’étais qu’une ombre, je n’étais qu’un de ces animaux qui survivaient à tout. Puis je suis redevenu un homme et tous ont migré vers cette ville qui n’était jusqu’à lors qu’une tache sur une carte. « Et toi ? » Et elle ? Pas que ça m’intéresse mais il faut bien faire la conversation. Sachant qu’elle s’échappe, très certainement en réponse à ma sortie abrupte.

« Je reviens, deux minutes. » Ah. « Ok. » Elle ne va pas revenir. Je crois. J’en suis même certain. Je recule ma chaise, décale son assiette pour foutre mes pieds sur la table, en profitant du gain d’espace. Elle revient dans deux minutes ? Elle ne va pas revenir. Pourquoi reviendrait-elle ? Aucune idée. Pourquoi se barrer aussi rapidement ? Aucune idée. Et qu’est-ce que je pense de tout ça ? Aucune idée encore, combo gagnant, la quine est bonne. Un soupir, je regarde la salade, me désole d’avoir dû payer un truc infect, envisage un instant de jeter un coup d’œil aux affaires qu’elle a laissé sur sa chaise, me retient sans savoir pourquoi. Puisque de toute manière, elle ne veut pas de moi. Est-ce que c’est grave ? Je n’en sais rien Mais je rapatrie mes jambes, je me prends la tête entre les mains. Qu’est-ce que je fous là ? Je chasse des chimères, je cherche des fumerolles à poursuivre dans les marais, je guette des conneries pour mieux les glaner et les semer. Qu’est-ce que je fous là ? J’ai les yeux rivés sur la porte derrière laquelle elle a disparu. Et par laquelle elle ressort. Je fronce les sourcils. La suit du regard quand elle revient.

« Désolée. » « Tu es revenue. » « Ça m’embête de ne pas connaître mieux la ville et d’être si fatiguée, j’aurais aimé pouvoir t’emmener dans un endroit sympa… Peut-être qu’on aurait pu danser ou je ne sais pas, faire quelques choses d’amusant ! » J’hausse un sourcil. Elle est revenue. Ah. Je ne pensais pas. « Vraiment navrée… Je pense qu’il serait plus sage pour moi de rentrer à la maison… » Elle est revenue pour mieux se barrer. J’hausse les épaules. Perdu, je suis complètement perdu. « Tu… Ça te dérangerait de me raccompagner jusque chez moi ? J’ai… J’ai… Peut-être quelque chose à boire à la maison. » Oh. Je me lève avant de répondre, j’hausse les épaules avant de répondre, j’enfonce mes mains dans les poches avant de répondre. « Je sais pas. » Elle est partie, deux minutes, elle est revenue. Elle veut se casser. Elle veut qu’on se casse. Elle pense que je suis un mec bien. Elle croit pas au destin. Quoi d’autre encore ? Elle ne pense pas être une femme bien. Et elle me propose de la raccompagner jusqu’à chez elle. De m’y arrêter aussi. Pour boire. « Je peux te raccompagner chez toi. » J’ai rien de mieux à faire. « Mais quand je te vois, je vois Lara. Et toi, tu vois ton fils. » C’est ce qu’elle a dit, tout à l’heure, non ? « C’est pas c’que j’veux. Alors je sais pas. » En parlant, on est sorti. Et sorti, je me plante devant elle. Mes mains encadrent ses épaules. « Qu’est-ce que tu cherches, Laura ? Moi, je cherche à ne plus me sentir seul, par là » Mes doigts effleurent ma poitrine. Boum, boum, qu’il fait, emprisonné dans sa cage. « Et j’essaye de vider un peu ça. » Mes doigts effleurent mes tempes. Tonne, le tonnerre de mes pensées. De ce dégoût que je me porte. « Mais toi, qu’est-ce que tu cherches ? Tu veux m’aider, comme t’a aidé la môme ? Parce que tu me vois comme un môme, c’est ça ? Un moyen de cocher une case pour être une femme bien ? Ou juste de la compagnie, une personne à qui parler ? » Qu’est-ce que je raconte ? Je ne sais pas. Je me passe une main dans les cheveux. Nerveux. « J’pense qu’on devrait juste se revoir. J’te raccompagne jusqu’à chez toi, et je t’y laisse. »

Vraiment ? J’espère juste qu’elle changera d’avis. Egoïstement.

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It's been a while, you've been walking alone, It's been a while since your heart had a home, You remember the way you came tumbling down Down to your knees like never before You're at the bottom in a bottomless town And as you lie on the floor©️ by anaëlle.
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