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 Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)

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Laugh like a jackal

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MessageSujet: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Jeu 6 Oct - 18:59


« A heart that's full up like a landfill»



Père & Fils
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Il faisait toujours très chaud dans cette ville, une chaleur moite qui tapait à la tête et faisait couler une transpiration inconfortable entre les omoplates. Mon débardeur me collait à la peau alors que je me balançais, d'un pied sur l'autre, fixant le sol sans me résoudre à relever la tête. Le soir tombait, le ciel se colorait des lueurs du crépuscule et la lune, déjà pleine, apparaissait entre deux nuages. J'avais suivi mon dealer dans ces ruelles mal famées, jusqu'à ce qu'il m'offre cette pilule miracle, ce vaccin qui était censé annihiler ma malédiction. Dès que la rumeur m'était venue aux oreilles, j'avais tout fait pour être l'un des premiers à tester la marchandise, à tout tenter pour me débarrasser de cette saleté. Habité par un espoir désespéré, je pensais réussir à revenir en arrière, redevenir l'homme que j'étais, un type normal et sain, sans qu'aucune monstruosité ne rampe sous sa peau.

La lune montait plus haut dans le ciel, je m'étais shooté à toutes les sauces et je divaguais seul à présent, dans les rues désertes, vacillant et désorienté. J'oubliais jusqu'à mon nom lorsque l'appel me raidit, m'immobilisant sur place dans un craquement simultané de tous mes os. C'était la deuxième fois que cette horreur m'arrivait, que ce cauchemar me kidnappait dans sa danse infâme où mes yeux s'agrandissaient sous ma stupeur. Mes membres se raccourcissait dans une douleur terrible où je sentais mes os se désagréger et je tombais à genoux sur l'asphalte. Lorsque mon visage se déforma, je sentis à la fois un grésillement contre ma peau qui se couvrait de poils, une toison sombre qui me recouvrait en un rien de temps. C'était comme si on me cassait chacun de mes os pour les tordre et leur imposer une forme qui ne leur était pas naturelle et je hurlais dans le silence, sans que qui que ce soit ne soit témoin de ma souffrance et de mon angoisse. Bientôt, je courrais sans réfléchir dans les allées sombres, me faufilant entre les poubelles sans que ma raison ne me soit d'aucun secours. J'étais perdu, perdu, j'aurais voulu hurler pour appeler au secours mais ma gorge n'était capable de laisser filtrer que des glapissements plaintifs alors que je courrais, à la merci de dieu savait quoi.

Lorsque je m'étais effondré sur mon matelas, à l'aube, c'était dans un état de fatigue indicible. Une fatigue qui m'avait à peine permis d'enrober mon corps nu dans un vieux drap avant de sombrer dans la torpeur sans plus penser à rien. Plongé dans ma léthargie et caché sous mon duvet, j'avais été indifférent au chaos du matin où mon frère et ma sœur traversaient le salon plus ou moins discrètement pour sortir. Mon grand-père, qui se prélassait habituellement sur le canapé, était-il encore là ? J'entre-ouvris un œil pour m'apercevoir que j'étais seul dans la pièce et me rendormis aussitôt dans un sommeil agité et entrecoupé de rêves. Je parlais en dormant depuis mon plus jeune âge et cette fois encore, je prononçai quelques mots d'une voix atone, en russe comme souvent. « Menteur. Dis-moi la vérité ! Je ne te crois pas…. » Ce grand homme aux yeux verts me souriait avant de disparaître au creux de mes songes. Mais personne sans doute n'était là pour m'entendre ni pour me répondre. Et mes yeux se révulsaient sous mes paupières dans un profond soupir, toujours endormi.

Quand je me réveillai, je me pensais toujours seul dans l'appartement, comme d'habitude ce jeudi. Je ne travaillais pas, c'était mon jour de repos et j'étais normalement certain de ne pas souffrir de la présence de mon vieux père. Nous ne nous étions plus parlé depuis un temps infini, j'essayais de l’éviter autant que possible en rentrant très tard, juste pour dormir.  J'avais tout fait pour éviter d'y repenser et faire comme si rien ne s'était passé ce soir là. Non, je n'avais pas chialé à cause de lui, putain, non, je ne chialais jamais moi. Ma mauvaise foi me servait d'armure et j'allais parfaitement bien, épanoui dans ce rythme de vie merdique qui était le mien. Et j'oubliais, j'oubliais tout... Dans un soupir, je me redressai sur mon séant pour m’extirper de mes plumes et traverser à poil l’appartement pour aller me doucher. La résidence Ievseï n'appartenait qu'à moi et je profitai de ces instants de grâce pour me laver et m'habiller de fringues propres et confortables. Mon intention n'était pas de rester flemmarder dans cet appart, la dernière fois que j'y avais vu ma famille, c'était juste après ce foutu attentat qui avait failli me coûter la vite quelques jours auparavant… Jamais je n'aurais dû être aussi curieux des info que m'avaient filées Lazlo mais tout de même, j'étais trop impatient de voir les membres du gouvernement se faire dégommer ! Comment j'aurais pu deviner que je me retrouverais à lutter pour ma vie en compagnie d'Aslinn, cette drôle de pote de mon père ? Aucune importance, je ne lui avais pas laissé l'opportunité de me poser de questions à celui-là. Il m'avait foutu une baffe la dernière fois… oh merde. Non, j'avais pas envie d'y repenser.

Mais si j'étais accoutumé aux descentes dégueulasses dues à la came, je n'avais pas prévue celle-là. Le médicament qui était censé me guérir de ma malédiction tardait à faire effet, j'avais zoné toute la nuit sous ma forme animale, cumulant les expositions aux dangers divers. Que pouvait faire un chacal à la Nouvelle Orléans, à part se battre contre les chiens errants, recevoir des cailloux jetés par les clochards ou d'autres attaques fomentées par des bestioles plus grosses que lui. La honte due à cette malédiction me hantait et si Andreï m'avait reconnu immédiatement, je renâclais à en parler à qui que ce soit d'autre et bien-sûr, surtout pas à mon père...

Peut-être que cette médication finirait par me guérir mais ce jour là, après l'avoir prise, je ressentais une foule d'effets secondaires assez désagréables. Peu m'importait mes vertiges, j'étais persuadé qu'ils passeraient vite et que je serais capable de les oublier. J'avais plus chaud que d'habitude et mon front me brûlait mais je refusais de mettre cela sur le dos de la fièvre. Dans la petite cuisine américaine de notre appartement, je tentais de me préparer un jus de pamplemousse-orange, bien frais. Des mouches voletaient devant mes yeux alors que le vertige me prenait mais je terminai ma préparation avant de revenir me vautrer dans le canapé, dans un soupir, m'y laissant aller lourdement.

Mon estomac me faisait mal et mes membres tremblaient. Jamais je n'avais vécu une cuite aussi dure. Oh merde. Je fermais les yeux pour essayer de me reprendre quand soudain, la porte s'ouvrit, me forçant à écarquiller les yeux. Non, non...Mon père ? Misère. Roman, dans toute sa splendeur se trouvait au bercail, bien plus tôt qu'à son habitude et sans que je n'aie pu le prévoir. La sueur coulait contre mon front. Était-il là depuis longtemps sans que je m'en rende compte ? Pourquoi ? Inutile de se poser la question, je le voyais bien là devant moi, dans cette salle de séjour trop étroite qui faisait office de hall d'entrée et de chambre pour Andreï et moi. Et moi j'étais là, avachi dans le canapé, le visage pâle et couvert de sueur, ma démence me prêtant des hallucinations saugrenues. Est ce qu'il souriait ? Je cherchai maladroitement mon paquet de clopes dans la poche de mon jean, d'une main molle, lui dédiant un regard blasé. Merde, j'étais carrément pas en forme pour l’affronter. Et bizarrement, certaines de ses paroles me revenaient en mémoire, par bouffées troublantes. « Si je t'ai gardé c'est parce que tu es mon fils. » Mais non, non c'était faux, il avait tout fait pour me séparer de ma mère, uniquement par vengeance envers elle, je n'était qu'une source de frustration pour lui, une source de rancœur… Mes paupières ployaient, mon visage se fermait, juste pour cinq secondes. Avant que je ne le regarde, le fixant au fond des yeux.

« Je compte pas rester. Je bois ce truc et j'me casse. Ne... t'en... fais pas. Vieux.»

Et sur ces bonnes paroles, je sifflais mon jus de fruits au risque de m'étouffer avec, avant de me redresser dans un vertige qui me fit cligner des yeux. Saleté de descente. Je me rattrapai au dossier du canapé avant de m'avancer vers l'armoire à chaussures. J'avais rangé mes grolles pour une fois, quelle ironie...




_________________
The Jackal comes, blood lust on his lips. He craves the dead, our lives in his grips. He's after our hearts, he'll chew and swallow. Blood pours from his mouth, our lives will soon follow. Death comes to those who wait, He feels this. Eyes wide. We try to run from our past, but the truth we cannot hide.


Spoiler:
 


Dernière édition par Mikkel G. Ievseï le Ven 7 Avr - 20:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Lun 31 Oct - 15:55

Cela faisait si longtemps que le matelas était resté remisé derrière le canapé. Si longtemps que Colin avait pris cet abandon pour un signal, et se servait dudit matelas comme nouvelle penderie. Une penderie toute relative où les vêtements, quand bien même ils se ventilaient, finissaient inexorablement plus froissés qu'ils ne l'étaient au départ. Roman avait assisté, impuissant, à cette désacralisation du sanctuaire nocturne de Mikkel. La vie suivait son cours.
Elle l'avait toujours fait, sans jamais se soucier du vide dévorant que provoquaient systématiquement les absences, les disparitions de tous ceux qu'il ait jamais aimés.

Le vie de Roman n'était faite que de vides, après tout. Une succession de petits vides, d'abord. L'absence du père, l'absence d'amis quand il était enfant. Puis ces vides s'étaient improvisés ravins, se creusant toujours plus à mesure que les années filaient, omniprésents, cruels. Le ravin paternel. Le ravin du changement de pays. Le ravin de Lara, celui de Laura...
Je t'aime, Fils de Con.
Si seulement il avait su le lui dire, sur le moment. Si seulement il avait ravalé sa putain de fierté et esquissé le seul geste qui ait jamais été réellement important dans sa putain de vie. Mais non. Il avait, par un soupçon de cette satanée fierté, été obligé de ravaler les seuls mots réellement essentiels. Et le vide de se creuser de plus en plus, dans son coeur, et son appartement. Et ce n'était pas sans compter les tentatives de reconquête des espaces de son autre fils. Comme à chaque grand vide, à chacun des Néants Familiaux, Lizzie s'était positionnée. Petite femme portée bien trop vite à maturité, et la seule réellement clairvoyante de la famille, elle l'avait hué. Pire, elle avait dit qu'il finirait par revenir.
L'espoir. Une petite bribe de lumière inutile à laquelle pourtant on se rattache sans une once de réflexion avec l'énergie du désespoir. Elle dit ça aussi pour Laura. Et Roman attendait encore qu'elle revienne.

Il n'avait pas arrêté de croire pour autant. Et même si le matelas conquis lui rappelait encore et encore cette gifle qu'il avait filée à son fils, il continuait d'espérer. Vainement, peut-être. Ou peut-être aussi à cause des rêves.
Ils avaient commencé un soir de Décembre. Son estomac l'avait travaillé toute la soirée, comme à chaque fois qu'il avait un mauvais pressentiment à propos de quelque chose. Nauséeux, il était parti se coucher plus tôt que d'habitude, bourré de cachets et la tête dans le cirage. La nuit avait été pour le moins mouvementée. D'un réalisme saisissant, le rêve avait accentué ses nausées. Son fils était nu, sur une sorte de drap en plastique d'une couleur hasardeuse. Une marque rouge barrait son front droit, son visage si expressif tordu de douleur. Des voix. Deux hommes, puis un cri. Mikkel qui, pris de convulsions puissantes, poussa un hurlement qui lui glaça le sang. Un homme parlait, posait des questions aux second, et Roman peinait à apercevoir son visage. Il ne pouvait distinguer les traits que de son fils. Ne put qu'entendre ses os émettre un craquement lugubre, suivi d'une multitude d'autres, comme si quelqu'un s'amusait à réduire en charpie chaque membre de son gamin. Comme s'il était de verre, il vit clairement son corps se tordre et se disloquer, puis la vue de Roman se brouilla. Elle ne se focalisa que sur une dernière apparition, le visage d'un homme brun, dans la trentaine, aux traits fins et à la mâchoire puissante, qui se penchait pour l'observer droit dans les yeux.
Pris d'un haut le coeur, Roman s'était réveillé aussitôt en hurlant. D'une main fébrile, il avait tiré brusquement le tiroir vide de sa table de chevet. Et y avait copieusement déversé le contenu de son estomac.

Il pouvait le sentir, il était arrivé quelque chose à son fils. Un pressentiment profond, ancré en lui, une de ces certitudes dont on sait qu'elles sont réelles et dont on ne peut se débarrasser aussi facilement. Et s'il n'était pas sûr de la signification, ou même de la véracité de son rêve, il savait. Mikkel, quelque part, cette nuit-là, avait été blessé. On dit bien des choses sur l'instinct maternel, mais on a tendance à oublier celui que peuvent éprouver les pères. Et Roman, lui, n'oubliait pas. Il n'oubliait pas avoir ressenti cette blessure, exactement la même, dans ses vieux os, lorsque Shane avait kidnappé son gamin. Une certitude si profonde, si viscérale, qu'il en aurait mis sa main à couper. Et s'il était bel et bien arrivé quelque chose à son rejeton, il était certain que ce brun au visage taillé au couteau n'y était pas inconnu. Si sûr qu'il était prêt à y sacrifier sa seconde main. Ou la mettre au feu, histoire de varier les plaisirs.
Colin fut le premier à remarquer l'expression grave de son père, assis sur un tabouret au comptoir de leur minuscule cuisine américaine, le lendemain. Railleur, il l'avait abordé avec son habituelle bonhommie et lui avait demandé s'il était enceinte, et s'il fallait qu'il lui apporte un test de grossesse en revenant. La boutade avait été tellement stupide, tellement inattendue et inappropriée qu'elle avait fini par faire rire Roman. Mais l'hilarité fut brève. Expressément, Roman avait demandé à son fils d'appeler son frère. Les minutes s'étaient écoulées, longues, bien trop longues, avant que Mikkel ne daigne répondre à son benjamin. Une dizaine de minutes où Roman s'était rongé l'ongle du pouce sans même s'en rendre compte. Un geste que Colin ne connaissait que trop bien. Celui qui signifiait qu'on atteignait le pallier 10 sur l'échelle de l'inquiétude paternelle. Presque soulagé lui-même d'entendre la voix pâteuse de Mikkel, il avait fini par raccrocher puis annoncer à son père "Il va bien, P'pa, t'en fais pas." Mais une légère fêlure dans la voix de l'adolescent, infime, que Roman perçut tout de même, le conforta dans son hypothèse.
Quelque chose était bel et bien arrivée à Mikkel.

Mais que pouvait-il y faire ? Son fils le haïssait. Son fils n'était plus revenu depuis des jours, depuis des semaines. Son fils ne reviendrait peut-être même jamais, parce qu'il avait été incapable, tout bonnement incapable, d'être le père qu'il aurait du être. Parce qu'une fois de plus il avait été ce lâche qui ne sait pas parler, ce rustre à court et de mots, et d'arguments pour le retenir. Parce que Mikkel avait toutes les raisons du monde. Tout comme Roman avait toutes les raisons du monde de s'inquiéter pour lui. Son absence, ce ravin dans son corps, cette entaille dans son âme. Son regard clair fixa les mots qui s'affichaient sur l'écran de son téléphone portable Post-Apocalypse. Les lettres noires se détachaient, agressives, sur le fond blanc de l'écran de saisie. Mikkel. Mais que pourrait-il lui dire, au fond ? Qu'il était mort d'inquiétude ? Qu'il voulait qu'il revienne à la maison ? Qu'il voulait qu'il lui parle, qu'il lui dise ce qui lui était arrivé ? Il connaissait suffisamment son aîné pour savoir que cela n'arriverait jamais. Et, d'une main résignée, referma le battant de son téléphone à clapet.
Combien de fois avait-il répété ce geste, au cours de ces derniers jours ? Il ne les comptait plus. Pas plus qu'il ne comptait le nombre de vêtements qui s'amoncelaient à présent en piles dangereuses sur le matelas que Mikkel utilisait, avant.

Il avait fini plus tôt, ce jour-là. Ce qui l'arrangeait, étant donné qu'il n'avait pas vraiment la tête à encourager ses patients, malgré les efforts colossaux de certains. Il n'avait pas la tête à travailler, pas la tête à se casser le dos pour remettre celui d'autres personnes en place. Il voulait juste rejoindre l'appartement, leur tanière, et dormir. Toute la nuit précédente, il l'avait passée à chercher activement d'où il connaissait ce visage, celui de l'homme qui l'avait fixé droit dans les yeux lors de son rêve funeste. Roman était persuadé de l'avoir déjà vu quelque part, mais où précisément, il était incapable de s'en souvenir. Et rien dans ses souvenirs confus ne lui permettait de détailler la façon dont le jeune homme était habillé, ou même l'intonation de sa voix. Il existait. C'était une piste très vaste, une piste dont il ne pouvait pas même parler à Shae ou à Rachael, car bien trop vague. Et comment expliquer aux susnommées qu'il le cherchait en se basant sur un rêve ? Elles l'auraient taxé de dément. Et elles auraient eu entièrement raison.

Il était épuisé quand il tourna au coin du pâté de maisons, juste à deux pas de son immeuble. Lizzie et Colin ne seraient pas encore rentrés, à l'heure qu'il était. Andreï serait Dieu seul savait où, pissant probablement le sang comme à son habitude. Il serait donc seul. Seul avec lui-même, avec ses interrogations et ses inquiétudes. Le moment choisi pour s'effondrer dans son lit avec un somnifère et dormir jusqu'à ce que son appartement ressuscite à nouveau.
Par ce réflexe, cette habitude, il avait levé les yeux vers les fenêtres de sa tanière, quatre étages plus haut, tout en tirant une dernière bouffée sur sa cigarette. Un geste désuet, une habitude qu'il avait prise, une autre, sans même s'en rendre compte. Sauf que les lumières étaient allumées. Surprenant, sachant qu'il n'y avait personne. Il jeta sa cigarette et l'écrasa sous son talon en haussant les épaules. Colin avait probablement séché ses cours. Tant pis pour le somnifère, mais il aurait quand même sa sieste.

Mais, quand il poussa la porte, il n'entendit pas la voix débonnaire de son fils. Une odeur d'agrumes assaillit son nez alors qu'il accrochait sa veste en cuir dans l'entrée, une odeur pugnace qui en masquait une autre plus profonde, sous-jacente. L'odeur d'un parfum qu'il connaissait très bien, trop bien. Sa main serrant le cuir, il inspira profondément. Ses entrailles s'étaient étreintes en sentant cette odeur, tout comme sa gorge. Tout comme son vieux cœur, qui battait, à nouveau. Enfin.
Une ombre de sourire creusa ses traits tirés alors qu'il se retournait pour faire face à son garçon. Il avait l'air d'être tout juste revenu des Enfers, avec sa peau pale, son front perlant de sueur, et son regard vitreux. Mais il était là. Bien vivant. Malgré son apparent retour de cuite. Malgré ses belles bravades.
Les mots de Mikkel claquèrent dans l'air, accompagnés de gestes volontairement violents. Volontairement nocifs, blessants et insultants. Mais Roman n'avait pas l'intention de se battre, il n'en avait pas la force. Pas alors que le Destin lui servait Mikkel, pas alors qu'il aurait littéralement tué pour entendre de nouveau sa voix. Sans bouger de l'entrée, il le regarda faire. Il l'observa vaciller, l'observa tousser sur sa boisson. Cet imbécile. Tout aussi irrécupérable que son père. Aussi, lorsqu'il arriva vers le meuble à chaussures, Roman s'écarta pour le laisser passer.
Avant de le réceptionner au moment où il allait de nouveau perdre l'équilibre.

L'interceptant d'un bras, il le redressa sans rien dire. Sans le juger. Sans l'ombre d'un souffle, sans la menace d'un reproche. Non. Il ne chercha pas à croiser son regard, ne chercha pas à instaurer le dialogue. Les mots puaient la merde quand ils sortaient de sa bouche. Alors il s'exprima, de la seule autre manière qu'il connaissait.
Profitant de son équilibre instable, il enroula son bras autour de ses épaules, le second se logeant autour de son torse. Et il l'attira contre lui dans un soupir, se dressant un peu sur ses pieds, réalisant à quel point il était grand, quand même, ce petit con. C'était peut-être idiot, de l'enlacer comme ça. C'était pas quelque chose qui se faisait entre un père et son fils de 28 piges. Mais putain, ce que ça faisait du bien.

-Fais pas le con, Mikky, t'es pas en état de descendre un escalier.

Il aurait préféré rester comme ça, comme avant. Comme dans ces temps où il avait toujours son fils dans les pattes, ces temps où ils étaient inséparables. Mais ce temps était révolu, désormais. Aussi le relâcha-t-il, à peine, pourtant, incapable de le laisser filer une nouvelle fois. Sans lui laisser le temps de moufter, il passa une main sur son front. Il avait de la fièvre. Et son autre main, qui lui tenait le bras, frémissait de tous les tressautements qui parcouraient sa peau. Il l'avait su, depuis le début, que son fils n'allait pas bien. Et le voir ainsi le lui confirmait.

-T'as une gueule qui ferait faire un AVC à un mort, va te coucher sur le canapé.

Il ne lui laissait pas le choix. Comme il aurait du le faire avant. Comme il aurait du le faire bien des fois plus tôt. Sans demander son avis, il attrapa son poignet et l'entraîna jusqu'au canapé pour qu'il s'y installe. Sans écouter ses protestations, il récupéra la literie qui lui était réservée d'office et glissa un coussin sous ses épaules, et lui jeta une couverture. Sans se soucier de ses bravades, il poussa à peine sur son épaule pour le forcer à se rallonger, avant d'attraper le verre et le renifler. Des agrumes. Crus. Une mauvaise idée quand on a mal au ventre.
Une réflexion qu'il avait pu lui faire tellement de fois quand il était gamin. Et qui se soldait toujours avec un pugilat. Roman farfouilla dans les placards à la recherche d'une bassine, qu'il posait ostentatoirement sur le comptoir. Il attrapa ensuite un torchon propre qu'il humidifia à l'eau froide, et ramena son butin à son bambin. La bassine trouva sa place au pied du canapé alors qu'il débarrassait rapidement la table basse pour s'y asseoir. Finalement, il posa le torchon frais et humide sur le front de son fils.
S'il ne disait rien, c'est parce qu'il en était incapable. Sa gorge était tellement nouée qu'il n'osait même pas avaler sa propre salive, de peur de s'étouffer avec. Son cœur battait tellement fort dans son propre torse, tellement fort qu'il était à deux doigts de sentir ses côtes se fêler sous les à-coups. Il était tellement heureux. Si heureux que Mikkel pouvait très bien louper la bassine et lui vomir sur les chaussures qu'il ne hurlerait probablement pas.

Épongeant lentement le front de son rejeton, il finit par croiser son regard. Et finit par lui décrocher un sourire, léger, avant de replier le torchon pour le remettre en place sur son visage.

-Tu sors pas d'ici avant que ta fièvre soit tombée. Et au pire t'iras dormir dans mon plumard s'il faut que tu restes cette nuit, je m'en fous.

Bonjour, Mikkel. Je suis vraiment heureux que tu sois revenu. Je suis vraiment heureux de te revoir ici, entre ces quatre murs, même si c'est avec la cuite de ta vie. Je suis tellement heureux que si j'étais pas un vieux con aigri, je pleurerais peut-être. Non, quand même pas. Mais putain ce que je me suis fait un sang d'encre pour toi. Et putain, que je suis content que tu sois là, à moitié crevard devant moi.
Mais tout ça, il ne pouvait pas le lui dire. Il n'en avait pas le droit, pas après la manière dont s'était achevée leur dernière "discussion". Alors il se détendit un peu, à peine, et attrapa une cigarette dans le paquet défoncé de son fils. Parce que les siennes étaient encore dans son cuir. Et parce qu'il n'avait absolument aucune envie d'abandonner le chevet de son rejeton.

Au bout de quelques bouffées, il finit par reposer son regard clair sur le visage de son bambin. Il tapa la cendre de la cigarette dans le cendrier que Mikkel avait improvisé, et finit par lâcher la question qui lui brûlait les lèvres.

-Qu'est-ce qui t'est arrivé, Fils ?

Une question qui voulait tout et rien dire. Une question si vague qu'elle aurait pu concerner son état actuel, sa disparition, ou même cette étrange prémonition qu'il avait eue, cette vision qu'il avait rêvée. Il se contenterait de n'importe quelle réponse à vrai dire. Du moment que Mikkel lui répondait simplement, sans circonvolutions inutiles. Tout du moins il espérait sincèrement obtenir, pour une fois, ce type de réponse.
Pour une fois. Que pour une fois il puisse être son père, jusqu'au bout. Même s'il s'agissait d'une douce illusion.

_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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MessageSujet: Re: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Jeu 10 Nov - 20:39


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Père & Fils
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Si j'étais revenu prendre un peu de repos dans cette piaule, c'était pour ne pas m'incruster trop longtemps chez ce pauvre vieux Axl. J'avais besoin de récupérer quelques affaires aussi, non ? Et puis merde, je pensais que je serais seul, que je pourrais reprendre des forces dans ce qui était censé être mon foyer… Tu parles ! Le patriarche avait surgi comme par un fait exprès, comme si j'étais pas assez malade pour supporter son mépris, ses engueulades, ses reproches et ses jugements merdiques ? Devant moi, ma cible – en l’occurrence l’armoire à godasses – paraissait à des milliers de kilomètres de distance. Cette foutue faiblesse ne me passait pas et, alors que je serrais les dents pour lutter contre le vertige, les petites étoiles noires devant mes yeux prenaient de plus en plus de place. J'avais fameusement surestimé ma capacité à marcher droit où même à me tenir debout sans vaciller dangereusement et pourtant je ne pensais qu'à une seule chose : me tailler. « Oh… crap... » Sauf que ce fut dans les bras de mon père que j'échouai comme une masse, les muscles raides et douloureux, dans un juron étouffé. Son odeur me parvenait avec bien plus de force avec mes sens exacerbés, ravivant des bouffées de souvenirs d'enfance. Et alors que mon visage ployait contre son épaule, une tempête d'émotions se déclencha en moi. Une sirène d'alarme s'enclencha aussitôt dans mon crâne, me hurlant l'alerte générale, me suppliant de fuir, vite, vite, dans l'urgence totale ! Fuis, Mikkel, CASSE-TOI ! Tous les poils de mon corps se hérissaient dans un murmure faiblard. « Je… j'vais super bien. »

Je ne parvenais même plus à réfléchir correctement même si confusément, je me sentais comme un sale con immature. Le mec sonné par une fièvre de cheval et qui pue la mauvaise foi ! Je m'imaginais déjà en train de sortir franc battant, la tête haute et d'attendre que Roman ait le dos tourné pour me ramasser au sol et descendre l'escalier sur mes fesses... Oui je l'aurais fait.

Pourtant, je ne bougeais pas. Catastrophé par ce déferlement d'émotions brutes qui me tombait dessus, mon palpitant en train de faire des sauts périlleux dans ma carcasse alors que mon père me prenait dans ses bras. Je n'étais plus qu'un gamin paumé, le regard affolé, trop affaibli pour réussir à gérer cette situation à laquelle je ne m'attendais pas du tout. Je ne me souvenais même plus de quand datait la moindre étreinte paternelle alors qu'on était devenus si distants l'un de l'autre depuis si longtemps. Incapable de moufter, je bafouillais des grognements inintelligibles en me demandant si je n'allais pas tomber dans les pommes, tout bonnement. La loose totale Mikkel, il fallait foutre le camps… Quand il recula, je détournai le regard, évitant à tout prix de croiser le sien. J'esquissais une moue déphasée pendant qu'il passait sa main contre mon front. Mes yeux brillants étaient rougis et je me déchargeai d'un profond soupir pour évacuer cette boule douloureuse d'angoisse qui m'oppressait, grommelant quelques protestations d'une voix nerveuse.

« File moi un sac, je m'le foutrai sur la gueule et voilà l'travail. P'tain mais attend, y'a plein de… de mouches ici, t'as pas sorti les poubelles depuis combien de temps ?»

D'une main molle, je tentai de chasser ces hallu qui valsaient autour de mon visage mais mon père m'empoignait déjà fermement pour m'attirer jusqu'au canapé. Incapable de lutter, j'y fus entraîné en titubant avant de m'y affaler, plus lourdement que je le pensais, dans un léger hoquet de surprise. Encore un peu et je le loupais. Il n'aurait plus manqué que ça que je me casse la gueule aux pieds de Roman, comme une pauvre merde… Je me sentais si misérable et pathétique que j'en aurais bien chialé. Il fallait vraiment que je me reprenne, bon sang ! J'essayais désespérément de me redresser dignement, me mordant la joue sous ces affreuses crampes qui me tordaient les boyaux alors que mon père m'attaquait avec des coussins et des couvertures. Un état de panique intersidéral me secoua d'un accès de tremblements irrépressibles. Mes défenses se décomposaient lamentablement les unes après les autres alors que je tentais désespérément de m'accrocher à mes mensonges, de moins en moins capable d'y croire moi-même. « C'est bon… pas la peine, arrête… mais non, merde, j'suis en pleine forme, j'te dis ! J'ai pas besoin de ça, j'ai pas besoin... » de toi ? Mais bordel de merde,  ta gueule Mikkel, ta gueule pauvre sale gosse ! C'est exactement ça que tu VEUX. J'en crevais de me rendre compte que si je le repoussais comme ça, c'était purement destructif et que s'il me laissait partir maintenant, je me serais aussitôt explosé la face contre un mur, de rage contre moi-même…

Roman n'eut qu'à me repousser pour que je cède, désespéré et à bout de force, ne sachant plus que faire. Lui balançant un regard perdu, je m'enfonçais dans mon oreiller, mes doigts crispés sur la couverture, sans plus un mot. A ma grande surprise, mon père n'avait rien rétorqué à mes bravades, il ne m'avait même pas lancé le moindre regard désapprobateur. Je restais sur le qui-vive, sans le quitter des yeux, attentif à ses gestes tandis que j'encaissais les battements trop rapides et douloureux de mon cœur. Ce ne fut que lorsqu'il disparu de mon champs de vision que je fermais les yeux pendant quelques minutes, me concentrant sur ma respiration pour ne pas dégueuler. L'angoisse affreuse qu'il foute le camps et qu'il me laisse là tout seul m'inspira un reflux de nausée. Quand il réapparu, les larmes me montèrent brutalement aux yeux à mon plus grand désarroi et j'écarquillai mes lucarnes pour les contrôler, le regard fixe devant moi, les sourcils froncés. Le son des battements de son propre cœur m'étaient perceptibles et me donnaient une indication terrifiante sur son état d'esprit. Est-ce qu'il était furax ? Est ce qu'il se retenait de me foutre une beigne, comme la dernière fois ?

Je retenais mon souffle, incapable de parler alors qu'il s'installait, incapable de bouger quand il approcha le torchon humide pour m'essuyer le front. Je me demandais si je n'étais pas en train de faire un rêve où je me replongeais dans cette période bénie de mon enfance. Ces moments où je ne me souciais de rien parce que je savais que mon père, ce géant invulnérable, veillait sur moi. Ces moments où il était le centre de tout mon univers et où j'osais exprimer pour lui l'intensité de cet amour pur et exclusif d'un enfant en admiration totale. Et peut-être bien que c'était ridicule de me sentir à ce point bouleversé alors que j'étais un adulte maintenant, que j'avais toujours été un mec hyper indépendant et clairement pas émotif, le genre de mec qui prend la vie comme une vaste blague et qui se fout de tout. C'était parce que j'étais malade que les larmes coulaient sur mes joues alors que je croisais son regard et son sourire. Ses mots finirent de m'achever tout à fait et je ne pus retenir un rire, qui aurait pu à tout moment se transformer en sanglots mais qui n'était que l'expression de ma nervosité. Mes épaules se secouèrent un peu sous mes éclats de rire. « Si tu m'files carrément ton plumard, faut pas demander comme j'ai l'air proche de clamser... »

Salut P'pa, si tu savais comme ça me fait du bien de te voir sourire, on dirait que t'es heureux que j'sois là… Tu ne devrais pas pourtant, j'sais bien que j'suis le roi des cons et que j'ai passé ma vie à te décevoir, j'me déteste pour ça tu sais, normal que tu le fasses aussi ! Si tu savais comme je me sens totalement nul, indigne de toi ! Je passe mon temps à faire de la merde, j'ai aucune limite là dedans et je ne sais même pas pourquoi j'agis comme ça. Peut-être bien parce que je sais plus quoi faire pour attirer ton attention. J'suis grave, tu t'occupes de moi et j'ai l’impression que j'vais me pâmer, tu le crois ça ? Jamais je pourrais accepter de te voler ton pieux, tu m'fais délirer, t'as l'air tellement fatigué, j'aime pas voir des cernes sous tes yeux comme ça.

Bien sûr, je n'aurais pas été capable de dire tout ça. Je me contentai d'hocher la tête dans une réponse prudente. « Okay, j'vais rester un peu... » Impossible de dire quoique ce soit de plus alors que mes pensées vacillaient dans mon esprit survolté. Je clignais des yeux, repoussant la nausée qui m'envahissait. Jamais j'aurais dû boire ce putain de jus de fruit… Les hallucinations se mélangeaient à mes délires et je me frottais un peu les yeux pendant que Roman se grillait une clope. J'aurais aimé l'accompagner mais même le fait de fumer me filait la gerbe. Il n'aurait plus manqué que je lui vomisse dessus, l'horreur totale ! Je me redressais un peu, dans l'espoir d'attraper la bassine à temps, en essayant de me contenir quand mon père brisa le silence qui s'était installé entre nous. Je soupirai dans une légère grimace, évitant de le regarder dans les yeux. Je savais que mon vieux possédait certains pouvoirs, même si de son côté, il ignorait que je l'avais espionné quand il s’entraînait avec Laura, plusieurs années auparavant… Était-il possible qu'il en sache déjà plus qu'il ne voulait bien le paraître ? Je ne savais pas de quoi il était exactement capable mais peut-être qu'il avait pu déceler certaines choses… J'hésitais à lui faire l'affront de lui mentir en pleine face. Je le faisais si souvent alors au point où j'en étais...

« Rien de grave, t'inquiète. » J'allais enchaîner avec plus d'assurance quand soudain, un nouvel afflux de douleur me fit porter les mains à ma bouche, les joues rouges, les yeux explosés. J'eus juste le temps de me pencher vers la bassine pour remettre le contenu de mon estomac, l'acide me brûlant la gorge dans un gémissement étouffé. Je crachai dans un juron, la sueur froide me coulant dans le dos, les membres tremblants. « Merde, ah p'tain, c'est dégueulasse… j'suis euh… désolé... ». Je plissais les yeux en me redressant péniblement, les idées embrouillées par la fièvre en essayant de m'essuyer maladroitement la bouche, dans quelques bafouillements. «J'ai pris des medoc hier, c'est genre… une nouvelle formule qu'ils ont inventée pour… pour prendre du muscle. » Mais quel mensonge débile bordel ! Je me passais les mains sur le visage, sans rouvrir les yeux, poursuivant d'une voix fébrile. « Y'a des effets secondaires mais c'est rien, c'est rien… ça va passer. Faut bien que je m'endurcisse hein.»

Je m'enfonçais, je le sentais mais j'allais quand même pas lui annoncer la vérité toute crue et toute moche ! Je perdais déjà totalement pied alors je n'aurais certainement pas été capable de lire encore un peu plus de déception dans le regard de mon père. Connard de Mikkel qui a encore fait de la merde, comme si on n'en avait pas déjà assez dans la famille ! J'essayais pourtant de risquer un œil angoissé vers lui, ne sachant comment les choses allaient se passer à présent. Je cherchais des solutions autour de moi, comme si elles allaient apparaître par miracle, apercevant enfin le tas de fringues éparpillées sur le matelas que j'occupais d'habitude. J'avais pourtant dormi dessus avant que Roman ne se pointe, mais j'étais tellement crevé que je n'avais pas fait gaffe et j'avais dû dormir avec les slips de mon salaud de frangin en guise d'oreiller. Je relâchai quelques murmures désorienté en découvrant le bordel, ne sachant pas trop que déduire de tout ça. « Tiens… mon plumard sert de penderie maintenant ? »

Si j'espérais changer de sujet, je n'en étais pas moins choqué en étudiant ces indices. Est ce que j'avais encore ma place ici en vérité ? Je retrouvais les yeux de mon père, lui lançant un regard interrogatif. J'avais que ce que je méritais finalement, non ? Qu'est ce que je croyais, ils n'allaient pas attendre indéfiniment que je rentre au bercail, d'autant plus que je ne leur avait donné aucune info sur mes plans. La raison était simple : je n'en avais aucun. Mais si c'était le moment d'en faire, j'étais sans doute trop dans les vapes pour réfléchir correctement. J’essayais tout de même, fixant le plafond et clignant des yeux sous les attaques des ombres mouvantes qui menaçaient d'en tomber.  « Okay… écoute, j'avais pas vraiment l'intention de me casser. J'tai dit que je revenais pour vous aider à gérer la situation vu toutes les merdes qu'il y a eu dans la famille. C'est pas pour vous en refoutre toute une tripotée sur le dos… » Une crampe plus violente que les autres m'interrompit alors que je blêmissais, le visage crispé par la douleur. J'avais l'impression que l'un de mes organes venait de se perforer. Merde, est ce que j'allais crever ? C'était ça… ma dernière conversation avec mon père avant d'y passer. Je fermais les yeux en me tordant dans un murmure. « P'tain, p'pa, je crois que j'ai fait la connerie du siècle. J'suis désolé d'être un fils aussi pourri. »





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MessageSujet: Re: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Dim 27 Nov - 2:10




Le temps avait transformé leur relation, le temps avait pris, volé, les quelques instants privilégiés qu'ils avaient quand Mikkel n'était autre que Mikky, cet enfant lumineux dont le rire résonnait toujours, bien vivace, aux oreilles de Roman. Le temps avait permis à Mikky de devenir Mikkel, un homme, et avait fini de déconstruire chacun des liens qu'ils avaient l'un entre l'autre. Des noeuds qui s'étaient défaits progressivement, sans qu'ils ne s'en rendent compte, au fil des années. Des liens qu'ils ne pouvaient plus rattraper, rubans fugaces, indistincts, perdus lors de cette marée qui avait fait fuir jusqu'aux sentiments les plus purs. Les plus simples. Mais le temps les avait graciés, aujourd'hui. Il leur avait offert ce cadeau inestimable, cette bulle de calme, un bond dans le passé qui étreignait toujours autant la gorge de Roman alors qu'il posait un regard fatigué mais heureux sur son garçon. Même du haut de son mètre quatre-vingt, même du haut de son insolence, même malgré que cela fasse plus d'une décennie qu'il avait appris à utiliser un rasoir, il restait son fils. Il restait cet enfant au grands yeux alternativement gris, alternativement verts, qui tirait sur le blouson de son père pour qu'il lui explique la vie. Et ce regard étonné, profondément curieux du monde, il le retrouvait en cet instant même.
Un regard persistant, unique. Un regard qu'il avait gravé dans ses rétines tant Roman avait pu le voir, tant Roman avait pu l'aimer. Celui d'une innocence qui n'avait pas entièrement disparu, malgré les années de déceptions mutuelles.

Un regard que Mikkel n'avait plus posé sur son père depuis si longtemps. Les yeux rougis, sans que Roman ne sache pour quelle raison autre que ce mal qui avait l'air de le ronger, il avait fini par se laisser faire. Il avait fini par abdiquer et laisser son père reprendre le contrôle de sa vie, ne serait-ce que le temps d'une poignée de minutes bien trop courtes. S'il savait. S'il savait à quel point Roman lui en était reconnaissant. S'il savait l'émotion brute, si brute, qui traversait son vieux corps en cet instant précis. Mais les mots ne pouvaient pas sortir, pas aussi facilement. Pas alors que les gestes, eux, étaient encore la forme de communication la plus pure qu'ils aient entre eux.

Gestes. Roman eut tout juste le temps de reculer les pieds quand, pris d'un spasme, son fils se pencha rapidement vers la bassine pour y déverser le contenu de son estomac. Un mouvement humain, naturel, qui pourtant le poussa à esquisser une grimace de dégoût. Relevant les pieds le temps qu'il s'épanche, Roman tira sur sa cigarette. Il savait que c'était une mauvaise idée, de boire des agrumes quand on a la nausée. Le nombre de fois qu'il avait pu le lui répéter quand il était gamin. Et, forcément, Mikkel n'avait pas compris la leçon. Un cycle perpétuel depuis son enfance, son fils étant trop têtu pour vouloir admettre que son père puisse avoir raison. Et pourtant le résultat était là, encore chaud, dans la bassine. Comme à chaque fois depuis des temps immémoriaux. Une ombre de sourire passa sur son visage alors qu'il attrapait un des mouchoirs en papiers, dans le dévideur sur la table basse, et le lui tendait pour qu'il s'essuie la bouche. Le côté tête de mule, c'était de famille. Dans leurs gênes. Le fait que Mikkel s'excuse aussi platement pour avoir vomi devant son père aussi. Mais Roman ne lui en tiendrait pas rigueur. Mieux valait que ce soit dehors que dedans.
L'histoire des cachets toutefois le fit tiquer légèrement. Depuis quand Mikkel cherchait à prendre du muscle ? Il faisait déjà le double de la carrure de son vieux père, était déjà plus imposant que son grand-père, qui pourtant était une machine à tuer. Alors pour quelle raison jugeait-il nécessaire de se cogner un traitement qui clairement ne fonctionnait pas, en plus de lui faire du mal ? Il n'en avait pas besoin. C'était nocif. Fronçant les sourcils, Roman écrasa sa cigarette dans le cendrier, qu'il éloigna de la portée de son gosse. Il n'avait pas besoin de ses odeurs de mégot, en plus du châtiment divin qu'il subissait. Sa main tira quelques mouchoirs du dévidoir avant de les envelopper sur le bord de la bassine souillée. La fatigue creusait ses traits, pourtant le regard qu'il porta sur Mikkel n'était pas agressif. N'était pas teinté de cette colère sourde, habituelle, qui caractérisait chacun de leurs derniers échanges. Soulevant le réceptacle, il se redressa dans un craquement de ses vieux os, se contentant de répondre doucement :

-Clairement ils sont pas faits pour toi, ces trucs, vu l'état dans lequel ça te met. En plus, si tu continues à gerber comme ça, tu vas pas le prendre, ton muscle, tu vas le perdre.

Un éclair de bienveillance passa dans le regard qu'il lança à son rejeton avant de se diriger vers la cuisine trop étroite de leur appartement. Tu es magnifique, mon garçon, tu n'as pas besoin de te ruiner la santé pour aussi peu. Vraiment pas. Et s'il sut aussitôt que ses paroles pouvaient très bien être mal prises, surtout vu ce qu'il s'était passé des jours plus tôt, il espéra sincèrement que son fils ne l'ait pas compris de travers. Ce n'était pas un reproche. C'était un fait. Mais Roman n'avait jamais été doué avec les mots, il ne le savait que trop. Alors il espéra. Il espéra sincèrement que Mikkel n'ait pas saisi de mauvaise allusion, il espéra profondément qu'il ait compris que cette journée un peu spéciale était une occasion comme une autre d'enterrer la hache de guerre.
A eaux vives, il nettoya la bassine de son contenu, scrutant malgré lui s'il voyait les vestiges d'une poudre quelconque ou de ces fameuses pilules. C'était idiot comme réflexe, et pourtant. Pourtant Mikkel l'avait déjà habitué à bien pire. Il secoua la tête en se rendant compte de l'immensité de sa propre bêtise. Qui était-il pour juger de ce que Mikkel faisait de son corps après tout ? Lui qui voulait une trêve, pour une fois, il était assez con pour tout foutre en l'air en étant trop précautionneux. Trop méfiant. Ses gestes s'accélérèrent, et, la bassine une fois désinfectée et propre, fut séchée rapidement. S'il ne cessait de lui jeter de brefs coups d'oeil par dessus le comptoir, il ne voulait pas le laisser trop longtemps. Un poids pesait toujours sur son estomac, comme à chaque fois que quelque chose de mauvais était sur le point de se passer. Ou était, justement, en train de se passer. Alors il se hâta. Pas seulement à cause de ça. Mais aussi parce qu'il ne voulait pas laisser son fils seul avec son propre mal.
Pas alors qu'il avait besoin de lui.

Revenant à son chevet, le sorcier déposa la bassine à sa place, et posa une main refroidie par l'eau sur son front. Suivant son regard et sa mine déconfite, Roman esquissa un sourire désolé.

-Tu connais ton frère, il a tendance à s'étaler. Ton matelas fait juste office d'extension aux deux chaises-penderies qu'il a déjà dans sa piaule. C'est pas faute de lui avoir gueulé dessus, pourtant.

Ah ça. L'argumentation de Colin, avec sa voix pâteuse et ses grands mouvements de bras, n'avait pas été de tout repos. Mais Colin était un Ievseï, lui aussi. Taillé dans le même bois que tous les autres, il n'écoutait que sa propre loi, ne respectait que ses propres règles. Un jour, Roman finirait par kidnapper les deux chaises qu'il squattait depuis des années maintenant, alors qu'il pouvait tout aussi bien faire l'effort de fourrer ses vêtements dans les meubles prévus à cet effet. Meubles désespérément vides. Le regard encore posé sur les traces de sa possession imminente des liens, il rit doucement. Avant de croiser à nouveau le regard d'argent, perdu, de son aîné. Un regard qui lui pinça le cœur, qui lui pinça les lèvres. Un regard si perplexe, une question muette, qui ne souffrait pas une telle réponse. Sa main toujours sur son front brûlant caressa doucement sa peau, ses cheveux, humides de sueur.
Ne t'en fais pas. Tu as toujours ta place ici. Tu es chez toi, ici. Aussi longtemps que je serai là, et même bien après. Tu es chez toi. Si seulement les yeux pouvaient parler. Ils diraient des choses nettement plus importantes que les lèvres, formuleraient les mots les plus sincères, ceux du cœur.

Une légère décharge électrique le poussa à enlever sa main. A tirer une nouvelle cigarette de son paquet souple, à ramener le cendrier vers lui, mais à une distance raisonnable de son rejeton. La sensation dans son estomac s'était creusée de façon insidieuse, tordant ses boyaux juste un bref instant. Comme un signal. Comme une impression, profonde, que quelque chose avait changé dans son garçon, et pas seulement son état physique. Quelque chose s'était métamorphosé en lui, et il n'avait aucune idée de pourquoi il ressentait cela. C'était comme si, l'espace d'une brève seconde, ce n'étaient pas les cheveux de son fils qu'il avait sous la main. Mais la sensation d'une fourrure épaisse, soyeuse, qui glissait entre ses doigts.
Cette même main qu'il passait sur ses traits tirés. Il était épuisé, son esprit et l'état de Mikkel devaient jouer des tours sur ses capacités à gérer le stress comme les émotions. Ca ne pouvait être que ça. Il était tellement à fleur de peau, ces derniers temps, qu'il n'entrevoyait aucune explication plus plausible que celle-là.
La voix faible, rauque, de son fils, lui parut lointaine. Se penchant vers lui, il l'écouta attentivement. Chacun de ses mots faisant écho directement dans son vieux cœur. Chacune de ses paroles résonnant comme une excuse, autant qu'un aveu. Chacun de tous ces mots, de ces maux, rappelant à Roman qu'ils n'étaient après tout, tous les deux, que des enfants. L'un apprenant à l'autre à tenter ce simulacre que la vie exige, ce simulacre de vie adulte. Et que malgré toute la cruauté dont ils étaient capables l'un et l'autre, il y avait un juste équilibre dans la déraison. Mais surtout, surtout, que Mikkel était capable d'avoir un peu plus de jugeote que ce qu'il avait prouvé par le passé.

Roman allait lui répondre quand la douleur déforma une nouvelle fois les traits de son fils. Le pressentiment s'accentua dans son propre abdomen, le laissant dans un état de malaise persistant alors qu'il entendait la supplique de son rejeton. De vie de père, il ne l'avait jamais vu aussi mal. Aussi pâle. Aussi faible. La preuve en était de ce nom qu'il venait de lui donner. "P'pa". Un surnom qu'il n'avait plus entendu sortir de ces lèvres depuis si longtemps. Son instinct lui hurlait de faire quelque chose, quoi que ce soit, pour l'aider. Mais sa raison elle, lui disait que Mikkel n'était probablement pas prêt à ce qu'il l'aide à ce point. Pourtant son fils avait besoin de lui. Maintenant, plus que jamais. Alors Roman s'approcha de lui, une nouvelle fois. Se pencha au-dessus de lui, reposa sa main sur son front, caressa une nouvelle fois ses cheveux humides. Glissa une nouvelle fois ses yeux dans ceux de son fils, revoyant clairement, si clairement, ce petit garçon troublé, son petit garçon troublé. Son fils. Il avait beau avoir pris beaucoup de sa mère, il n'en était pas moins son fils. A lui. Aussi secoua-t-il la tête pour chasser ses pensées vagabonde. Pour faire taire la raison et laisser l'instinct prendre le pas sur l'intégralité de son vieux corps. Sa main libre se posa sur celles, devenues si grandes, de son fils, alors que ces dernières le guidaient, inconsciemment, vers l'origine de son mal. Avec une douceur infinie, elle s'interposa entre son estomac et ses mains, sur les muscles crispés. Ramenant l'attention de Mikkel sur son visage, Roman s'était penché d'avantage vers lui. Sa voix était douce. Rassurante. Et s'il rompit le contact oculaire une minute, le temps de fermer les yeux pour rassembler ses forces, il le reprit le plus vite possible. Il ne voulait pas le laisser. Il ne voulait plus le laisser.

-Regarde-moi, Mikky. Ca va aller. Tout va s'arranger.

Il avait peur, oui. Il avait peur de révéler son plus grand secret à son fils, peur qu'il ne comprenne pas, peur qu'il le trouve monstrueux. Mais à Mikkel il pouvait tout donner, jusqu'à la fin. Parce qu'il ne s'agissait pas de n'importe qui. Personne ne méritait plus que la chair de sa chair d'être soigné par ses pouvoirs. Caressant la ride que formaient les sourcils froncés de son enfant de la pulpe du pouce, il lui adressa un léger sourire, perdant son regard dans le sien. Comme il le voyait nettement, ce souvenir lointain. Comme il l'entendait à nouveau, le rire cristallin de son aîné, dès qu'il faisait une connerie dont il était fier. Ses pouvoirs se concentrèrent dans sa main, dégageant une douce chaleur contre son estomac. Irradiant progressivement ses chairs torturées, apaisant lentement les maux, les troubles. Il aurait voulu être plus puissant. Il aurait voulu le soigner de tout, de ses angoisses, de ses peines, de ses colères, aussi, mais il se contenterait de ça. Il se contenterait de laisser ses yeux rougir sous cette connexion profonde, retrouvée, alors que ses lèvres s'ouvraient sur cette ritournelle. Toujours la même. Celle des soins. Celle des joies. Celle de l'amour. Celle des miracles. Celle de Laura.

Dirty old river, must you keep rolling, flowing into the night ?

Il ne s'attendait pas à ce que son fils reprenne les paroles avec lui, pas plus qu'il ne s'attendait à ce qu'il comprenne ce qui était en train de se passer. Mais il continua sa mélopée, sans le lâcher du regard. Laissant l'émotion et ses propres pouvoir le transporter dans les souvenirs, laissant ses yeux exprimer tout ce qu'il voulait lui dire dans cet instant d'une force rare. Il ne pourrait pas tout lui enlever, il le savait. Mais s'il pouvait l'aider, ne serait-ce qu'un peu, le monde serait tout de suite nettement plus beau.
A bout de forces, il finit par relever la main. Les couleurs étaient un peu revenues sur les traits fins de son fils. Traits qui semblaient s'être apaisés un peu. Et dire que quand il était petit, il la chantait avec lui, cette chanson. Il la chantait quand Roman réparait ses petits bobos avec ses mains, qui étaient si grandes, au moins aussi grandes que les siennes maintenant. Du coin de l'oeil, il aperçut la silhouette diaphane, lumineuse, de Laura. Il entendit sa voix chaleureuse, si belle, chantonner cet air avec lui. Le rêve prit fin alors qu'il sentait ses forces l'abandonner, rompant la connexion avec brutalité. Sa tête tournait. Sa vision se brouillait. Mais pas une seule fois il ne lâcha son enfant du regard.

-Ca va aller, Fiston. Tout s'arrange toujours.

Le sourire, toujours présent sur son visage, s'était teinté de cette ombre d'épuisement qui annonçait que c'en était trop. Que Roman arrivait à ses toutes dernières ressources. Et s'il ignorait la portée de ses gestes, ou s'ils avaient enlevé résolument tout le mal qui habitait Mikkel, il savait qu'il avait pris la meilleure décision. La meilleure depuis bien trop longtemps. Achevant son geste, il serra doucement l'une des mains de Mikkel dans la sienne avant de se redresser, et frotter lentement l'arrête de son nez. Il avait l'impression d'avoir pris dix ans. Comme à chaque fois qu'il utilisait ses pouvoirs aussi fort, aussi intensément. Mais le bonheur qui faisait cogner son coeur dans son vieux torse suffisait amplement à compenser chacun de ses tourments. Même si ses mains tremblaient. Même s'il ne serait pas contre avaler toute une cafetière, entière, là, sur le moment.

Mais il ne fit rien de tout ça. Il attrapa une nouvelle cigarette, la précédente à peine consumée s'étant déjà éteinte depuis un moment. L'allumant lentement, il tira une bouffée, s'emplissant les poumons, le cerveau, de nicotine. Si elle ne l'acheva pas d'avantage, la fumée pourtant apaisa tout son corps temporairement. Suffisamment pour qu'il se permette de poser un regard sans équivoque sur son bambin.

-Promets-moi de ne plus jamais bouffer ces saloperies, Mikky. Ca me tuerait de devoir t'enterrer à cause d'elles...


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He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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MessageSujet: Re: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Lun 19 Déc - 18:59


« A heart that's full up like a landfill»



Père & Fils
featuring
Confondu dans mes excuses, je n'osais pas retrouver le visage de mon père, attrapant maladroitement le mouchoir qu'il m'offrait. J'avais beau morfler, je me foutais bien de souffrir,  avant tout préoccupé et affligé par ce spectacle si dégueulasse que je lui imposais. J'aurais voulu crever dignement, proprement, sans que la dernière image qu'il ait de moi soit celle de ce moribond croupissant dans son vomi. Mais on ne choisissait pas sa façon de partir, la plupart des morts étaient immondes et n'avaient rien de la poésie des films, je le savais à force de ramasser des mourants tous les jours. Le job de brancardier m'avait au moins appris cette dure vérité. Je n'avais aucun moyen de contrôler mon corps, effrayé de cette faiblesse humaine qui me rendait totalement dépendant et fragile. Tremblant de fièvre et de douleur, je me maudissais d'avoir menti à mon père, même si je me sentais toujours autant incapable de lui avouer la vérité. Pourtant, à mon grand désarroi, il eut l'air de gober mon excuse pourrie et j'en fus tellement décontenancé que ses réparties me laissèrent muet. Ce fut juste un ricanement étouffé qui m'échappa, pareil à des jappements faiblards de jeune chiot. Finalement, c'était plus plausible que je ne le croyais, que je me bousille la santé uniquement par coquetterie. Tant pis, tant mieux. Je devais être assez con pour ça selon lui et dans le fond, sans doute que je l'étais. Mais peu m'importait. Je préférais nettement qu'il croit ça plutôt qu'il n'apprenne l'horrible réalité et que la honte que j'en ressentais ne soit encore plus vive. Avant qu'il ne rejoigne la cuisine, j'eus le temps de saisir son regard, un regard empli d'une bienveillance qui m'étreignit le cœur avec violence. Je n'avais rien lu de ce genre dans ses yeux depuis si longtemps que je cru que je délirais encore.

L'angoisse qui me crispait faisait concurrence à la douleur qui tordait mes boyaux et le voir disparaître de mon champs de vision me tortura exagérément, alors que pourtant, j'entendais l'eau qui coulait derrière moi et le bruit de ses gestes rapides, preuves de sa présence toute proche, des bruits sur lesquels je me concentrais, le cœur battant. Peut-être que je n'avais plus ma place parmi eux, peut-être que j'étais devenu pour de bon un étranger au sein de ma propre famille. Les fringues de Colin éparpillées sur mon matelas symbolisaient un peu trop mon absence et les nouvelles habitudes qui étaient prises, comme s'ils avaient tous tourné la page de mon existence. Quand le visage fatigué de mon père s'afficha à nouveau devant mon regard affolé, je relâchai un soupir, frissonnant au contact de sa paume contre ma peau brûlante. Un contact qui à lui seul me réconfortait confusément, alors que je l'interrogeais du regard. Si j'ignorais la signification de son sourire, la paranoïa qu'il soit en train de se foutre de moi me hérissa alors que je fronçais les sourcils en l'écoutant. « Ah Colin, ce sale con… bah ouais, on le changera pas.» Bien-sûr que je connaissais mon frère, assez pour ne pas le suspecter de me voler ma place ni quoique ce soit du style, c'était même pas ce qui me tracassait. C'était juste un sacré bordélique qu'on devait constamment limiter pour ne pas que l'appart tout entier ne finisse par être envahi par son bazar. Mais que Roman, connu pour être aussi intransigeant que gueulard le laisse faire, ça signifiait des choses bien plus inquiétantes. Genre, le manque d'importance qu'il accordait à mon éventuel retour… Pourtant il m'assurait qu'il avait gueulé et je m'accrochai à cette dernière phrase dans un sourire aussi fébrile qu'hésitant, concentré sur ses rires qui me parvenaient comme une musique.

Je ne me rendis pas compte de la raison qui le poussa à retirer sa main, le regard brouillé par les hallucinations qui m'agressaient alors que je tentais désespérément de m'expliquer, d'une voix trop anxieuse. La culpabilité se mêlait à la trouille que notre lien soit définitivement brisé depuis cette fameuse soirée qui avait précipité mon départ. Je voulais lui faire comprendre que j'avais juste voulu prendre des distances mais que j'avais jamais eu l'intention d'abandonner ma famille, que je ne voulais pas couper les ponts, que j'avais besoin de lui dans ma vie… désespérément besoin de mon père. Cette baffe qu'il m'avait mise, j'avais encore l'impression de la sentir contre ma joue, tout comme ce creux dans mon cœur suite à son rejet. Mais j'aurais préféré qu'il me roue de coups tous les jours plutôt qu'il ne devienne véritablement indifférent au point de se faire une raison si rapidement à mon départ, sans même essayer de me joindre. Il ne m'avait jamais téléphoné, pas une seule fois. Et même si Lizzie et Colin me transmettaient ses paroles, ce n'était pas pareil et je ne savais jamais vraiment dans quelle mesure ils n'inventaient pas des conneries pour arrondir les angles. La fièvre me rendait sans doute délirant, je n'aurais jamais avoué ce genre de trucs à mon père d'ordinaire. Lui faire la moindre excuse m'aurait arraché la gueule ! Mais alors que soudainement, la douleur prenait de l'ampleur et que je me tordais sur le canapé, me mordant l'intérieur de la joue pour ne pas hurler, j'avais l'impression que ces mots seraient les derniers que je prononcerais.

« J'ai menti p'pa, j'tai menti… j't'avais dit que j'le ferais, j'l'ai fait...  »

J'te déteste pas... Je t'aime putain… je t'aime tellement si tu savais… Je ne veux pas partir en te laissant croire ces saloperies que je t'ai crachées ce jour là.

Quelque chose venait de se briser quelque part dans mon corps, comme si les produits que j'avais avalé répandaient un venin acide qui détruisaient les tissus organiques. Mon cœur battait de plus en plus vite et beaucoup trop fort, alors que mon souffle se raccourcissait, que mes joues perdaient leurs couleurs, en dépit de la fièvre qui ne faisait que monter. Sans que je puisse le maîtriser, mon corps fut pris de convulsions, agité par des mouvements nerveux et saccadés. Et si j'apercevais les yeux de mon père qui s'accrochaient aux miens, si j'entendais sa voix, chaude et rassurante, je vacillais dans un état d'hébétude proche de l'inconscience. J'aurais probablement sombré si je ne me rattachais pas à ses mots, guidant sa main contre mon ventre, sans même savoir ce qu'il faisait. Qu'il soit là, c'était tout ce que je demandais. Alors quand il se mit à chanter, sa main réconfortante posée sur le mal, je me moquais bien d'être en train de crever et un sourire se mêla à mes grimaces de douleur quand je soufflai la suite des paroles, dans un murmure. « I am in paradise ». Je l'étais. Même avec un goût de sang dans la bouche et la certitude que je ne verrais plus le soleil se coucher. Parce que pendant ces instants, j'avais retrouvé le bonheur oublié de cette connexion émotionnelle si profonde avec lui. Je n'avais envie que de croire en tout ce qu'il me dirait, comme un gamin souffrant et effrayé qui séchait aussitôt ses larmes, retrouvant le sourire dans les bras solides et réconfortants de son père.

Un soupir m'échappa alors que je fermais les yeux, les tremblements de mon corps s'apaisant peu à peu. Engourdi, je naviguais dans une demi-torpeur, encore conscient de la main qui serrait la mienne et de ce cœur que j'entendais battre, à l'unisson avec le mien. La douleur était devenue plus supportable et j'osais à peine bouger, de peur de ruiner cette pause qui me permettait de souffler enfin. Pourtant, l'odeur du tabac vint flirter avec mon odorat et lorsque j'entre-ouvris les yeux, ce fut pour apercevoir comme dans un halo surréel, le visage d'un vieil homme aux traits pâles et tirés, la lueur diffuse de l'abat jour, derrière lui, ne faisant qu'accentuer les lourdes traces de ces cernes qui creusaient son visage. Il paraissait si vieux que cette vision me fit un choc et je me redressais un peu, croisant son regard. Si je me sentais encore faible, je sentais que le sang circulait à nouveau normalement dans mes veines et la douleur ne revenait plus. Ses mots me firent ciller sans que je ne réponde immédiatement, le contemplant en silence, mes yeux encore embués de larmes que je ne pensais même pas à dissimuler. Trop troublé par ce que j'étais en train de réaliser. Si je me sentais mieux, ce n'était pas par la grâce du hasard ou de la providence. Je revoyais la façon dont il avait apposé ses paumes contre moi, provoquant aussitôt une diminution de la douleur, quand une douce chaleur en prenait la place.

« T'as fait ça ? Pour moi… ?»

Je murmurai d'une voix extrêmement basse et étranglée, le dévisageant avec intensité avant de baisser le regard, cherchant des réponses dans les plis de la couverture, posée sur mes cuisses. Il y avait bien longtemps que je savais ce qu'il était mais, comme pour tant d'autres choses, j'avais gardé le secret, sans rien dire à Roman. Il y avait tellement de mensonges, tellement de non-dit entre nous, ils s'accumulaient comme des montagnes qui devenaient de plus en plus infranchissables à mesure que le temps passait. Mon père exigeait ma promesse de ne plus risquer ma peau comme je venais de le faire ce soir. S'il savait, si seulement il savait, le nombre de fois où il risquait d'être appelé pour venir reconnaître mon corps à la morgue. Il devait le savoir, malgré tous mes mensonges, il devait s'y attendre. Il me l'avait bien dit lui-même, que je finirais par me foutre dans une merde encore plus noire. Et pourtant, il m'avait soigné et là encore, il restait à mon chevet, même s'il titubait sous la fatigue. J'en avais la gorge nouée et je me frottais les yeux, la bouche sèche, assoiffé par cette fièvre qui me donnait des vertiges. J'allais pourtant suffisamment mieux pour me rasseoir tout à fait pour lui faire de la place dans le canapé, virer la couverture et essayer de m'éclaircir la voix, trop enrouée.

« Tu ferais mieux de t'asseoir, t'as l'air d'avoir cent ans, sérieux, c'est moche…  P'pa. C'est pas la peine… c'est plus la peine de faire semblant. J'suis au courant tu sais…»

Je savais à quel point ça le fatiguait de dépenser de l'énergie et il devait en avoir utilisé une fameuse dose pour me soigner. Mes yeux brillaient alors que je me pinçais les lèvres, songeant tout à coup à essuyer les larmes sur mes joues d'un brusque revers de manche. Quel con merde, je n'arrivais plus à me reprendre, bouleversé par mille pensées, des regrets, des incertitudes, de la peur. Déterminé à aller le chercher, je me redressais sur mes jambes avec mon impulsivité habituelle, mais elles étaient encore trop mollassonnes pour me soutenir et je vacillais en deux pas jusqu'à lui avant de rattraper ses épaules. Ah merde ! On n'allait pas se casser la gueule tous les deux maintenant ! A présent que j'étais face à lui, je me sentais nerveux de nouveau, troublé par un trop plein d'émotion que je n'osais pas extérioriser. Je lui arrachais sa clope de la bouche pour me donner une contenance, en aspirant une forte bouffée, les yeux fermés, comme pour reprendre une dose d'assurance. Jusqu'à ce que mes poumons brûlent autant que les siens et qu'il ne soit pas le seul à se les encrasser. Je l'attirais avec moi, jusqu'à revenir au canapé où je me laissais tomber, lui rendant sa clope avant de souffler longuement la fumée. Au moins on était assis. Ma voix était lointaine, un peu hésitante au début, avant de me laisser aller, lui jetant un regard de biais.

« J'sais pas si tu te souviens du jour où j'ai été viré du lycée… tu m'avais salement engueulé et j'ai été privé de sortie pendant des mois. C'était chaud putain, j'pouvais plus voir mes potes. Alors ben… je faisais le mur la nuit. » Ça avait l'air de sortir de nulle part. Mais c'était marrant de lui avouer ça, après tout ce temps, mais après tout, au bout de dix ans passés, y'avait prescription. J'appuyai ma tête contre le dossier du canapé, tournant mon visage vers lui, décidé à lui raconter ce souvenir comme il me revenait, ma voix encore marquée par la faiblesse mais bien plus vaillante que dix minutes auparavant. Grâce à lui. « J'attendais que tout le monde pionce puis je revenais avant que bébé Lizzie ne réveille tous les Ievseï à l'aube. Mieux que le chant du coq. » Je risquai un léger sourire, me frottant le visage dans un souffle. « Une nuit, j'suis revenu mais y'avait de la lumière dans le salon. T'y étais avec Laura. Alors j'ai regardé et… c'était pas la lampe qui vous éclairait. C'étaient des trucs qui sortaient de vos doigts, comme des particules de lumière vivante, qui bougeaient et qui prenaient des formes bizarres. » Je secouai la tête, plissant le front, le regard perdu dans le vide. « Putain, j'ai eu la trouille. Il a fallu que je rampe dans le couloir pour rejoindre ma piaule sans être vu, pire qu'un soldat dans une tranchée. Après, j'ai été attentif, j'vous ai surveillé. Et j'ai rien dit à personne. Jusqu'à ce que je comprenne ce que ça voulait dire, plusieurs années plus tard. » Je retrouvai son regard. « Que t'étais… un sorcier. Comme Laura, elle aussi. »

Et il avait fallu attendre plus de dix ans pour que Roman se dévoile à moi, pour soulager mes douleurs et peut-être ainsi me sauver la vie. Mes sourcils se plissèrent dans un regard partagé entre mes émotions et mon angoisse. Il m'avait demandé de lui faire une promesse mais je ne pouvais pas la lui donner. Parce que je devais suivre ce traitement qui était le seul remède connu à ce jour pour me débarrasser de cette malédiction atroce. Ce châtiment brisait mes os, chaque soir de pleine lune, depuis plusieurs mois à présent, et me plongeait dans le cauchemar, salissant mon esprit de visions brutales. Je ne voulais pas écouter les hurlements du chacal qui résonnaient dans ma tête ! Je ne voulais pas être soumis à ces changements violents dans mon humeur, dans mon identité. Ne valait-il pas mieux que mon père continue de croire à ces histoires de médoc foireux pour ma musculature ? J'en consommais tellement des saloperies de toute façon, avec toute la came que j'ingurgitais, alors celle-là ne pourrait pas être pire… Roman m'avait dit que tout s'arrangeait toujours et j'avais encore désespérément envie d'y croire.




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MessageSujet: Re: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Mar 31 Jan - 3:32



Le geste avait été si naturel. Comme si, pour une fois, il n'y avait rien de difficile entre eux. Rien qui les empêche d'être, aucune de ces barrières bien trop tangibles qui constituait l'intégralité de leurs relations. L'énergie avait coulé le long de ses veines, s'était échappée de ses pores, de sa paume, de la pulpe de ses doigts. Toutes ses forces unies dans un seul but : celui de rendre ses couleurs à son enfant. Celui de rendre la vie à son enfant. Si dans d'autres circonstances il aurait pu vouloir faire preuve de parcimonie, ce n'était pas le cas. Mikkel était son sang. Mikkel était son fils. Et il aurait tué pour lui, jusqu'à se tuer lui-même si cela était nécessaire.
Son enfant. Ce petit garçon au sourire crâne qui s'arrangeait toujours pour faire toutes les conneries possibles et imaginables. Et si les aveux de son fils résonnèrent à ses oreilles alors qu'il le soignait, Roman prit sur lui de ne pas les écouter. Parce qu'il le savait, au fond. Mikkel pouvait prétendre, Mikkel pouvait croire toutes les chimères qu'il désirait. Roman n'avalait pas ses couleuvres aussi facilement par le passé, même s'il ne lui en disait rien. Son instinct de père reprenait systématiquement le dessus, quand bien même le sorcier se disait que des fois il serait plus simple de juste accepter. Accepter Mikkel, accepter ses mensonges, tirer un trait dessus et juste se réjouir qu'il soit vivant. Mais Roman en était incapable. Tout comme il l'était de voir son enfant, son tout petit garçon, si lumineux, si fragile souffrir plus longtemps.

L'entendre chanter avec lui cette chanson, toujours la même, serra son vieux cœur avec une intensité phénoménale. L'entendre reprendre le refrain de cette voix faible, cassée, mais affreusement juste, l'avait poussé à donner tout ce qu'il avait et même au-delà. Parce que c'était ça aussi, eux. C'était cette faculté désespérante de pousser l'autre jusque dans ses derniers retranchements, ceux de la patience, ceux de l'exigence, ceux de l'amour, aussi, surtout. Il avait redoublé d'efforts, avait donné tout ce qu'il possédait, son cœur, son corps, son âme, à son rejeton. Et s'il devait mourir d'épuisement dans ce salon trop étroit pour pouvoir le sauver, il le ferait. Une fois, deux fois, trois, quatre même si nécessaire. Aussi souvent qu'il aurait de chances de le faire, aussi souvent que la vie le lui permettrait.
Épuisé, il avait relâché le ventre de Mikkel. Son cœur tambourinait dans son corps, suffoquant sous cette perte complète de son énergie. Et si Roman se sentait à deux doigts de vaciller, il n'avait pas pu s'empêcher de tenter au mieux de garder un soupçon de contenance. La nicotine suffisait tout juste à le maintenir à flot. La nicotine, et la vision de son fils, déjà plus coloré, qui se redressait devant lui. L'expression sur son visage était tellement plus belle. Ces yeux perdus, si beaux, luisants de larmes qu'il n'arrivait qu'à peine à contenir. C'était comme s'ils étaient revenus quinze ans en arrière. Comme si son rejeton était toujours ce petit garçon émotif aux allures d'ange, ses grands yeux perçant son visage poupin, se chargeant de larmes à chaque fois que son nourrisson de petit frère pleurait et que Mikkel ne savait pas quoi faire pour le consoler. "Il est pas triste Papa hein ? Dis moi qu'il est pas triste, je veux pas que ce soit moi qui l'ait rendu triste. Je veux pas le faire pleurer, moi, Papa" et généralement, Roman devait consoler et Mikkel, et Colin. Les deux hommes de sa vie, quand bien même il prétendait le contraire. C'était exactement le même regard que lui jetait son fils, et lui, tout ce qu'il voyait, c'était l'enfant qu'il était toujours dans son coeur. Un enfant perdu, qui lui posait une question incompréhensible.
Roman ne répondit rien, car il n'avait pas encore assez de forces pour prononcer quoi que ce soit d'intelligible. Alors il se contenta de hocher lentement la tête, répondant par l'affirmative à son interrogation. Oui, il avait fait ça pour lui. Et oui, il le referait s'il le devait. Un aveu silencieux, celui d'un secret qu'il s'était acharné à cacher à ses enfants pour éviter qu'il sache que leur père était un monstre. Pour qu'il n'ait pas ce fardeau de plus pesant comme une ombre sur leurs propres vies.

S'il avait pouffé doucement à la remarque sur son physique, le sourire de Roman s'éteignit aussitôt avec ce que venait de dire Mikkel. Il... savait ? Et il n'avait rien dit ?

-Tu... sais ?

Ses pensées étaient noyées dans les vapeurs d'épuisement, flottant çà et là dans l'espace tout autour de lui, si bien qu'il n'était pas bien sûr de comprendre ce à quoi son fils faisait référence. Ou plutôt, il le savait parfaitement, mais se refusait catégoriquement à croire qu'il s'agissait de ses pouvoirs. Encore hébété, il eut tout juste le temps de pousser un grognement de protestation avant de se faire attirer dans le canapé. Si ses muscles furent ravis de cette intervention, la subite perte d'équilibre de son fils renvoya un léger coup d'adrénaline dans son cerveau, et il agrippa solidement Mikkel pour éviter qu'ils ne se vautrent. L'atterrissement rattrapé avec plus ou moins de beauté, Roman entendit chacun de ses muscles pousser une clameur soulagée alors qu'il s'enfonçait dans le canapé. A ses côtés, son Astre à lui, qui venait de lui piquer sa clope. Paresseusement, la tête calée sur le dossier du canapé, l'aîné s'était tourné vers le plus jeune. Il n'aimait pas le voir fumer, mais il n'était personne pour lui dire merde. Alors il tendit le bras silencieusement pour lui reprendre la cigarette des doigts, profitant de l'accalmie, profitant que Mikkel n'ait pas fini de parler. Profitant qu'il n'ait pas besoin de le faire lui-même.

C'était... Étrange, ces confessions. Étrange parce qu'elles arrivaient des années après coup, étrange parce qu'au fond, Roman se doutait bien que son secret ne le resterait pas bien longtemps avec des enfants aussi intelligents que les siens. Aussi diablement malin. Une vague de fierté avait gonflé son vieux torse en même temps qu'une bouffée de nicotine, quand bien même l'aveu n'était pas à son propre avantage. Et un rire franchement amusé de franchir ses lèvres à l'allusion de Lizzie. Lizzie jolie, Lizzie chérie, la Lizzie de sa mère, avec ses gazouillis et ses grands yeux curieux. Lizzie adorée, Lizzie de son cœur, avec ses crises de nerfs tous les matins  à 6h30 tapantes pour avoir sa tétée. Forcément que son frère en parlerait. Elle avait traumatisé toute la famille jusqu'à ce qu'elle ait fini de faire ses dents.
Mais le souvenir et la fierté ne devaient pas durer. Tout du moins ils n'auraient pas du, et pourtant c'était dans cet état flottant, à mi-chemin entre l'indignation et l'immense fierté, que se trouvait Roman. D'une certaine manière, il était soulagé que Mikkel ait connu leur condition, à Laura comme à lui. Mais de l'autre il aurait préféré la lui annoncer lui-même. Ça lui apprendrait à repousser l'échéance le plus que possible. Dans tous les cas, et si cela aurait été légitime, il n'avait pas la force de hurler après son garçon. Pas après avoir manqué de le perdre.
Il savait que Mikkel le sondait. Qu'il attendait une réaction de sa part, quelle qu'elle soit, qu'il s'attendait probablement à ce qu'il le foute dehors une nouvelle fois. Alors Roman prit son temps. Ménagea son entrée. Tirant sur sa cigarette, il se rendit compte qu'elle s'était éteinte. Avec une lenteur calculée, il tira un briquet de sa poche et la ralluma, tirant dessus, savourant la nicotine, la fumée, en fermant les yeux. Il pouvait toujours sentir le regard de son petit sur son visage, cherchant désespérément à avoir un retour. Le moindre retour. Il glissa un bras derrière le canapé, le haut du dossier dans le creux de son aisselle, sa main libre se balançant libre dans le vide. Avant qu'elle ne vienne se déposer en petite tape inoffensive à l'arrière du crâne de son rejeton.

-Et c'est plus de dix après que tu m'le dis ?

Il avait exagéré le ton de reproche dans sa voix, alors qu'il n'en pensait rien. Parce qu'il se sentait si libéré tout à coup. Libéré de son propre secret, libéré de sa propre honte. Libéré d'un poids si lourd qu'il avait espéré en vain qu'il ne se transmette pas de génération en génération. Qu'il avait souhaité à chacune de leur arrivée sur Terre que ses enfants ne soient pas des sorciers eux aussi. Une erreur, puisque Colin avait été touché par sa malédiction. Mais une malédiction qui avait sauvé la vie de son aîné. Arquant un sourcil vers ce dernier, il finit par se fendre d'un sourire.

-Laura avait raison, en fait. Elle m'a dit un soir qu'elle était sûre qu'elle t'avait entendu derrière la porte de notre chambre. Et parce que j'suis un idiot, je l'ai jamais crue.

La fatigue aidant, son cœur se serra d'avantage à cette évocation. Laura, sa douce Laura, qui avait disparu. Laura qui avait vu bien plus clair dans toute cette situation qu'il ne l'aurait jamais voulu. Se redressant lentement, tous ses muscles hurlant à la maltraitance, il tendit le bras pour poser sa cigarette éteinte dans le cendrier avant de se laisser retomber mollement dans le canapé. Les souvenirs tournaient dans sa tête. La punition, la magie, les soirées passées en tête à tête avec sa compagne à tenter de maîtriser les illusions avec cette légère excitation purement enfantine. Son regard se leva vers le plafond. Une trace de main ornait le plâtre, une trace de main couverte de peinture jaune, un souvenir de bataille alors qu'ils s'installaient tout juste dans leur tanière trop étroite. Trop étroite mais c'était la leur, à eux tous. Et cette empreinte au plafond, c'était celle de Laura.

-J'aurais dû te le dire y'a un paquet de temps, mais j'ai jamais trouvé le moment, ou le temps, ou la patience, ou même le courage. J'sais pas d'où ça me vient. Mama... Lara, ta grand-mère, était une humaine tout ce qu'il y a de plus humain. Andreï, j'en sais trop rien. Lara m'a jamais rien dit de ce côté-là. Ciaràn a été la première à se douter de quelque chose, avant même que j'me pose la question.

Le regard toujours rivé sur la trace de peinture, il passa sa main sur son visage. Parler était difficile, avec cette maudite fatigue qui rendait sa bouche, sa langue, pâteuses. Se souvenir de Ciaràn et de son regard terrifié lorsque, au terme d'une dispute particulièrement houleuse, il l'avait plongée dans une illusion qui lui avait donné l'impression qu'elle n'avait plus de voix. Sa première illusion.

-Ta mère a beau être barjo, elle avait pigé que j'étais pas un mec "normal". Et ton oncle, Shane, il a jamais pu me piffer. J'me demande s'il l'avait pas senti non plus. Mais bon, en ce qui le concerne, la haine est réciproque et tu sais très bien pourquoi.

Il s'était tourné vers lui, le regard luisant de détermination. C'était rare qu'ils parlent de ce moment de leur vie commune, rare qu'ils abordent la question Shane. Rare qu'ils abordent le moment où leur vie à tous les deux avait failli basculer pour le pire, deux semaines affreuses, qui hérissaient toujours autant le poil sur les avant-bras du sorcier. Si la Police n'était pas intervenue, s'ils n'étaient pas arrivés aussi vite, il l'aurait probablement tué. Toutes choses considérées, et s'il fallait protéger son sang, il l'aurait fait. Sans une once d'hésitation ou de scrupules. Son bras avait repris sa place dans le vide, pour finalement se poser sur la nuque de Mikkel. La naissance de ses cheveux était couverte de sueur, mais ça ne l'empêcha pas de le masser doucement, continuant sur sa lancée.

-Fin bref, la suite c'est que Laura a pigé elle aussi. Elle m'a appris ce que je sais, elle m'a appris que c'était pas mal à proprement parler. Une vraie tête, ta belle-mère. Et suffisamment de finesse pour avoir pigé que tu faisais la petite souris derrière la porte de la piaule. Dans tous les cas même si elle me disait que ça m'permettrait d'aider mes patients, ma famille, j'ai jamais aimé être... ça. Encore moins quand ce machin, là, Darkness Falls est arrivé. Si le Gouvernement l'avait appris, j'aurais fini pucé comme une bête, ce genre de conneries. Et t'aurais probablement plus jamais pu voir ton vieux con de père.

Ils s'étaient cachés. Cachés comme des bêtes, cachés comme des lâches. Les enfants étaient trop petits pour comprendre, même s'il savait qu'ils l'auraient pu, intelligents comme ils l'étaient tous. Mais il n'aurait jamais accepté de les abandonner, et encore moins de se faire rafler. Alors ils s'étaient tenus à carreau, jusqu'à ce que tout pète finalement. Songeur, Roman avait levé son autre main à hauteur de ses yeux, la considérant non sans une once de dégoût. Être sorcier, c'était de la merde, de toutes façons. Il n'en avait jamais voulu, de ses pouvoirs. Et maintenant c'était tombé sur Colin. Heureusement pour eux, les mœurs avaient un peu évolué vis à vis des sorciers. Mais rien n'était encore bien rose. L'amertume de l'ironie serra ses mâchoires, le poussant à grincer des dents un bref instant. Jusqu'à ce que la pression lui rappelle ce mauvais réflexe qu'il avait réussi à corriger, bien qu'il revint de temps en temps.

-J'suis un monstre, Mikkel, c'est ça la vérité. Pas Laura, elle, c'est une putain de sorcière blanche, un génie, la nana qui peut te sauver la vie en claquant des doigts. Mais j'en ai jamais voulu, moi, de ça. Une putain de malédiction. Sûrement la faute à ton grand-père, comme pour tout le reste. Y'a jamais eu de gens "particuliers" du côté de ta grand-mère.

Tout revenait inéluctablement à Andreï. C'était toujours la faute d'Andreï, même quand tel n'était pas le cas. Mais il n'était pas en état de peser le pour et le contre. S'enfonçant d'avantage dans le canapé, ses sentiments se bousculant maintenant avec ses pensées, il ferma les paupières un bref instant. Les visages de Ciaràn et de Laura se mélangeaient devant ses yeux, illusions blafardes dans le noir tout relatif. Quand il les rouvrit, ce fut pour les poser dans ceux de son fils. Y puiser de nouveau ses forces, y recouvrer ses esprits. Ses doigts sur sa nuque la massaient toujours doucement, dénouant quelques nœuds de nerfs par la force de l'habitude sans même en être entièrement conscient. Mikkel était un paquet de nerfs, il était tendu comme un arc, et pourtant il ne demandait jamais à son vieux père de faire quoi que ce soit pour l'aider. Un état de faits qu'il déplorait, mais une décision contre laquelle il n'irait jamais.
Et de nouveau, cette sensation, sous ses doigts. La sensation de ne pas caresser les cheveux naissants de son rejeton, mais d'avoir une fourrure épaisse, un peu rèche, sous sa peau. Une sensation qui ne resta pas suffisamment pour qu'il puisse la saisir, pour qu'il puisse glisser ses doigts dans la fourrure, mais qui le marqua suffisamment pour que ses yeux se chargent de questions.

-Mikky, j'sais qu'on est pas dans les meilleurs termes du monde, mais je reste ton père. Et maintenant que tu sais que je suis sorcier, faut que tu saches, il m'arrive d'avoir des rêves... Bizarres. Des prémonitions, comme dirait Laura. Et j'ai rêvé de toi, l'autre nuit.

Sa voix s'était assombrie, et un éclat d'inquiétude passa brièvement dans ses propres iris d'acier. Il ne voulait pas. Il n'avait pas voulu lui dire, mais tant qu'ils en étaient aux confidences, cela paraissait plus juste. Même si les confidences en question avait quelques décennies de retard.

-J'ai rêvé que t'étais par terre, que t'avais l'air d'avoir très mal. Y'avait deux types à côté de toi, debout, mais j'ai pas pu voir leur tête. Ils parlaient de toi. Je crois. Je suis pas sûr. On s'en fiche, tout ce que je veux savoir, c'est si tu vas bien. S'il t'est rien arrivé de vraiment plus mal que de décider de te faire un smoothie au kiwi alors que t'as la gerbe.

Roman n'avait pas pu retenir l'aspect pressant qui sourdait dans sa voix, ni même ses doigts qui, posés sur la nuque de son rejeton, le forçaient à ne pas détourner la tête. Il y avait de l'insistance dans sa requête, et à juste titre : ce rêve le hantait, était revenu trop souvent, toujours avec la même clarté. Un rêve où le danger était omniprésent, autour de son fils. Un rêve où il ne pouvait rien faire pour le sauver.

-Tu t'es pas foutu dans des emmerdes plus grosses que toi, hein ?

Rassure-moi. Je ne veux pas courir le risque de te perdre à nouveau, et de ne pas pouvoir intervenir, cette fois-ci.  


_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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MessageSujet: Re: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Mer 1 Mar - 22:25


« A heart that's full up like a landfill»



Père & Fils
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Je n'étais pas passé loin de la mort. Ses doigts glacés m'avaient déjà agrippé par les cheveux alors que mon souffle s'en allait, je m'étais senti glisser hors de ma peau, emporté dans un gouffre noir et froid où les sensations n'existaient plus. Mais je n'étais pas parti, mon père m'avait retenu. Il avait repoussé les griffes cruelles de la faucheuse, il s'était mis en travers de son chemin pour me tirer vers la vie à bout de bras. J'avais happé l'air, mes lésions internes s'étaient refermées miraculeusement et l'infection avait cessé sa progression. Mon esprit était encore engourdi, dans un mélange de faiblesse et de bien-être, réchauffé par l'énergie paternelle, si douce et bienveillante. Si je fermais les yeux maintenant, je sentais que je risquais de sombrer comme une masse, m'endormir d'un coup dans ce canapé, sans plus penser à rien. Me laisser bercer par les sensations d'être protégé et en sécurité, enterrer toutes mes angoisses et mes incertitudes dans le déni. Les oublier, tout bonnement, ne plus y penser du tout, comme si elles n'existaient pas. La douleur a disparu, papa est là, tout va bien Mikkel, tu peux dormir, allez bonne nuit. Sauf que non, ça aurait été trop simple.

Il ne disait rien, il ne répondait rien et je restais là à le surveiller du coin de l’œil pendant qu'il se rallumait sa putain de clope en silence. Ses gestes étaient lents et j'avais cette horrible impression que mon père morflait à cause de moi, qu'il se la fermait parce qu'il était malheureux, cruellement abattu par ce que je venais de lui apprendre. Putain de merde, j'aurais rien dû lui avouer, j'aurais dû jouer la surprise, faire comme si je découvrais soudainement ses foutus pouvoirs, pourquoi j'avais été lui raconter ça ? Qu'est ce qui m'avait pris alors que j'avais fermé ma gueule pendant toutes ces années ? Maintenant, je me sentais hyper mal et j'osais plus moufter, consterné de sentir la peine dans le silence si effrayant de Roman. Sans doute qu'on allait rester là sans rien dire jusqu'à ce que le sommeil nous emporte, avec cette sensation de trahison douloureuse au fond des entrailles. Ce n'était pas la distance qui séparait les gens mais le silence. J'en avais la gorge nouée.

La petite taloche derrière ma tête me fit tressaillir et j'en relâchai mon souffle, que je retenais jusque là, tournant vers lui un regard déphasé. Okay... alors ça allait ? Il avait l'air de déconner, il souriait, mais je restais sur mes gardes, attentif à ses paroles et à ses gestes, comme un animal sauvage à l’affût. Je me contentai de hausser les épaules prudemment dans un demi-rictus incertain et fatigué. C'était bizarre de reparler de Laura parce qu'on ne le faisait jamais, parce qu'on ne parlait pas du passé, parce qu'on ne se parlait plus du tout, tout simplement. Savoir qu'elle avait eut des soupçons sur mes activités d'espion me donnait envie de sourire comme un gosse, avec cette légère décharge d'allégresse dans le cœur. Elle m'avait toujours donné beaucoup d'attention et même à ce moment là, elle faisait gaffe à ma présence, ce qui était une énorme qualité. Après tout ce temps, ça me faisait plaisir de savoir qu'ils parlaient de ma pomme même au milieu de leurs petites expériences. Mais Laura n'était plus là. Et sa disparition avait laissé un énorme vide qui nous laissait tous démunis, comme une pièce manquante dans un puzzle qui laisse le tableau incomplet et moche. La famille n'était plus la même. Et si on avait essayé de se reconstruire, si j'avais même accepté de revenir vivre avec eux pour que la famille tienne le coup et qu'on se soutienne les uns les autres, ça restait très compliqué.

« Ouais, elle a toujours eu pas mal d'intuition pour tout un tas de trucs... ça m'étonne pas. Elle manque...»

Ma voix était enrouée. Je ramenai mes pieds sur le fauteuil, entourant mes genoux de mes bras dans un soupir, ne sachant comment me mettre dans ce foutu canapé. La présence de Roman à mes cotés me rendait tendu, parce qu'on ne s'était même plus assis côte à côte depuis un temps infini. Je saisis son regard dans une moue sans avoir besoin de le suivre pour deviner ce qu'il regardait. Je la connaissais cette trace de main, je savais bien à qui elle appartenait. Je la voyais tous les soirs en m'endormant, vu que je pieutais ici même, dans le salon. Certaines nuits, il m'était déjà arrivé d'avoir l'impression que la main de Laura sortait du plafond, pour se tendre vers moi et essayer de m'attraper pour m'attirer dans ses bras. Vive le LSD. Je repliai mes jambes nerveusement pour m'asseoir en tailleur, tripotant le bord de ma chaussette sans lever les yeux vers Roman. Il était triste, je le savais, sa voix fatiguée trahissait d'autant plus son surmenage, l'excès de problèmes qui pesaient sur ses épaules. Et je ne parvenais pas à me débarrasser de cette sensation d'être responsable de sa tristesse, tout comme je l'étais de sa faiblesse actuelle. L'envie de venir me glisser entre ses bras me traversa mais je n'osais plus faire ça depuis un bail. Les pensées en vrac et le regard éparpillé, une vague de froid me fit frissonner alors que je crevais de chaud cinq minutes auparavant. La fièvre sans doute...

« Bah t'es pas idiot, c'est juste que j'ai un immense talent pour me cacher, hum. J'aurais dû faire espion ou détective au lieu de brancardier... »

Je me mordis les lèvres en l'entendant m'expliquer les raisons qui l'avaient poussé à ne rien me dire. Était-ce le manque de patience ou de courage qui m'en empêchaient moi, de lui dire quoique ce soit sur mon compte ? Il avait l'air d'être honteux de son statut et j'aurais bien aimé lui expliquer qu'il n'avait aucune raison de l'être mais sur le moment, les mots ne me venaient pas. C'est à peine si je haussai un peu les épaules pour toute réponse, désemparé de l'entendre se chercher une raison à tout ça, comme s'il était atteint d'une tare transmise par ses aïeuls, à la manière d'une odieuse maladie. J'avais eu la trouille de ses pouvoirs au début, évidemment, mais à la fois, je trouvais ça foutrement fascinant. Même si je n'avais compris ce que tout ça signifiait qu'en 2012, au moment où on avait commencé à expliquer à la télé que la magie existait et que des sorciers sombres s'étaient échappés d'une autre dimension. Mais mon père ne faisait pas partie de cette clique sinistre, lui, ça n'avait rien à voir... J'allais le lui dire quand la suite de ses paroles me fit me figer. Ciaràn. Ce prénom. Il ne l'avait plus prononcé depuis au moins vingt ans. Même moi, je l'avais presque oublié.

« Ma mère... ? »

Je le dévisageais cette fois avec une attention d'autant plus aiguisée et mon regard se durcit soudain alors que mes joues se coloraient de rouge sous la fureur immédiate. Comment ça, barjo ? Je l'écrasais du regard, sans plus aucune trace de douceur avec l'envie aussi fulgurante que brutale de l'insulter avant de me tirer. Pourtant, je n'en fis rien, retardé dans mon élan par la curiosité que m'inspirait ses paroles, tandis qu'une vague de révolte mêlée d'incompréhension me faisait trembler. Je ne me souvenais plus que j'avais un oncle et tout ce que mon père me balançait me semblait sortir d'un autre monde. Je ne pigeais absolument rien mais une chose était sûre, je ne supportais pas qu'il cause comme ça de ma mère ! « Attend bordel, j'te suis pas, comment ça je sais pourquoi ? » Qu'est ce qu'il avait à reprocher à mon oncle ? A part être le frère de ma mère, bien sûr, hein, c'était ça ! Dans ma contrariété, je ne voyais plus que cette raison, cette obstination dégueulasse à salir ma mère alors que c'était MA mère, putain ! Ma voix était trop faiblarde mais alors que je me préparais à décupler des trésors d'énergie pour hausser le ton et bondir hors de ce foutu canapé, son geste me surprit et me coupa aussitôt la chique.

Sa main... est-ce que j'aurais dû la repousser ? Je ne bougeais plus, figé, comme un chat qu'on fout sur la table du véto. Caressez-le et il se laissera faire. Putain. Je supposais que mon père ne se rendait pas compte de ce que je m’apprêtais à faire parce qu'il continuait à causer, il s'arrêtait plus et ça me sidérait de l'entendre se confier autant à moi, de me dire ce qu'il ressentait, de me parler de Laura... Quelle différence quand il parlait d'elle, il la couvrait de compliments alors que ma mère était juste "la barjo." Mais je ne me souvenais que de Laura, moi. C'était vrai que c'était une personne intelligente et très sensible. Mais est-ce que ma mère était vraiment quelqu'un de pourri ? Je soupirais doucement, sans plus rien dire, écoutant Roman parler sans plus bouger, mes lèvres pincées, mes yeux rivés sur mes pieds, mes doigts crispés contre mes genoux.

Mon vieux con de père. L'expression me fit sourire bêtement alors que je redressais mes yeux vers lui, avec l'envie de rire et de chialer à la fois. La possibilité qu'on ait pu lui faire du mal me serra le cœur si fort que ça me coupa le souffle, les yeux brillants d'angoisse à la simple idée qu'il soit mortel. J'aurais pu crever sur place tellement je l'aimais, ce vieux con. Et lui, il se dénigrait, regardant sa main comme si elle était couverte de merde en grinçant des dents. J'aimais pas quand il faisait ça parce que, outre le fait que le bruit était hyper crispant, ça signifiait qu'il était dans une humeur très sombre. Pourquoi il se traitait de monstre, putain ? Dire que j'étais prêt à lui balancer des horreurs à la face, moins de deux minutes avant et il le faisait à ma place...  Mais j'étais pas encore certain de vouloir le détromper, partagé entre le malaise et une rancune butée. Pour lui, c'était encore la faute d'Andreï, comme pour tout le reste de tout ce qui n'allait pas dans cette famille et je me mordillais les lèvres en roulant un peu des yeux. Décidément, les relations père-fils, c'était pas notre fort chez les Ievseï. Il me disait lui-même qu'il ignorait si Andreï était particulier ou pas mais ça l'empêchait pas de le blâmer d'office. S'il savait putain, la vérité était sans doute bien pire que tout ce qu'il pouvait bien imaginer. Mais c'était pas moi qui allait lui dire de toute façon, je me la fermais, le regard hésitant et anxieux. Je ne dirais rien, je ne lui dirais pas que Laura faisait partie de la résistance et que c'était probablement à cause de ça qu'elle avait disparu. Tout comme je ne lui dirais pas ce que j'étais devenu. Il y avait tellement de secrets dans cette famille... je me demandais si c'était partout pareil mais quelque chose me disait qu'on détenait un record dans notre catégorie.

Mon père massait toujours ma nuque et j'osais plus bouger du tout, angoissé de dire ou faire un truc qui pourrait tout foutre en l'air. Cette ambiance pacifique entre nous tenait du miracle mais je savais que tout ne reposait que sur un fil extrêmement mince et qu'on pourrait basculer à n'importe quel moment. Je ne faisais pas confiance à mes propres réactions et je fermais les yeux. Papa continuait à parler, à me raconter ses trucs de sorciers, ses rêves bizarres qu'il faisait. On filait sur une mauvaise pente, je le sentais. J'avais envie d'enfoncer mes doigts dans mes oreilles pour ne pas entendre la suite, je l'aurais fait si j'avais pas tellement eu peur de bouger. Mais je pouvais au moins fermer les yeux et ne pas voir l'éclat d'inquiétude terrible briller dans ses yeux clairs. Ses doigts devenaient plus fermes contre ma nuque. Sa voix me fit frissonner et je rentrais ma tête dans mes épaules, malgré moi. Quand il me parlait comme ça, j'avais l'impression d'être qu'un p'tit gamin soumis à l'autorité paternelle qui se préparait à se faire engueuler pour sa dernière connerie.

La façon dont il décrivait la scène de son rêve était sinistrement concrète, je la voyais se dessiner dans mon esprit alors que je pensais ne pas m'en rappeler. Pourtant, il me semblait en avoir rêvé moi aussi, comme des bribes de souvenirs revenus pendant l'inconscience. Quand j'étais allongé dans le bureau de Noah et que son visage ainsi que celui d'un autre homme se penchaient vers moi... Je me crispais encore plus sous les doigts de mon père. Alors il s'inquiétait, il s'inquiétait vraiment... pour moi ? Sa question me fit grimacer dans une moue blasée. Si seulement j'avais décidé de me faire un smoothie ce soir là, au lieu d'aller me taper mon psy... Et il voulait savoir si j'avais des emmerdes ?

« Nan. »

Au lieu de me débattre et d'essayer de retourner la tête, chose que j'aurais sans doute fait dans mon état normal au risque de me briser le cou, j'expulsai un soupir en me laissant aller. Mon corps ploya contre lui, jusqu'à ce que mon visage s'écrase mollement contre son épaule, cachant mon nez dans les plis de sa veste. Il sentait bon, j'aimais bien son odeur, une odeur rassurante et chaude. Le silence s'imposa quelques longues secondes avant que je ne me décide à le briser « Tu fais des rêves de merde. On a au moins ça en commun. » Ma voix assourdie contre son épaule grogna faiblement alors que je gardais les yeux fermés, attentif aux bruits de son cœur que j’entendais toujours avec tellement de netteté. Je me retournais doucement pour mieux me blottir contre lui comme un gamin, surtout sans rouvrir les yeux ni redresser mon visage, ma nuque toujours calée dans sa paume. Dire qu'à  mon âge, Roman avait déjà deux gosses... en y pensant, j'avais du mal à le concevoir et encore moins à m'imaginer à sa place alors que je me sentais un gosse moi-même. On était quand même sacrément différent lui et moi...

Je n'avais pas le courage de me disputer avec lui maintenant, ni de risquer de briser cette proximité entre nous que je n'avais plus vécue depuis tellement longtemps. Le lendemain, les choses reprendraient leurs cours, parce qu'on ne pourrait pas faire autrement, tôt ou tard il y aurait une parole de trop ou un geste maladroit qui déclencherait aussitôt les hostilités. Est-ce qu'on ne pouvait pas me laisser un petit moment de répit alors que je venais à peine d'échapper à la mort ? Pourtant, je ne pourrais pas cacher bien plus longtemps la vérité à mon père. Je ne savais pas que les sorciers étaient capables de faire des rêves prémonitoires, je le découvrais ce soir avec stupeur. Qu'est ce qu'il risquait de découvrir d'autre ? Si un jour il se mettait à rêver de mes magouilles avec Andreï, ça sentirait fameusement le roussi... Est-ce qu'il nous foutrait dehors ? Je risquai un regard vers lui, d'une voix sourde et hésitante. « P'pa ? »

Je n'arriverais pas à répondre à sa question. Les mots restaient bloqués en travers de ma gorge et je me serrais un peu plus contre lui, insensiblement, avec la trouille de tout foutre en l'air une fois encore. S'il me rejetait ce soir, dans l'état où je me trouvais, ce serait sale, je serait peut-être foutu de sangloter devant lui. Comment j'avais bien pu me foutre aussi mal ? Peut-être bien que j'aurais dû crever ce soir, rien que pour éviter ce moment. Ma voix était basse, étranglant mes sarcasmes par un ton désespéré. « Quand tu prends tes somnifères, ça te fout assez dans les vapes pour t'empêcher de rêver ? Parce que ça vaudrait le coup. » Je soupirais avant de fermer les yeux à nouveau, me cachant bien à l'abri sous mes paupières tout en me nichant dans le creux de l'épaule de mon père.« Toi t'es pas un monstre, papa. » Laura est une putain de sorcière blanche, un génie, la nana qui peut te sauver la vie en claquant des doigts. « Un monstre ça sauve pas la vie des gens. Encore moins celle d'un chacal.» On n'avait pas toujours ce qu'on voulait dans la vie, ça c'était certain. Moi non plus je ne voulais pas de cette putain de malédiction et moi, je ne savais ni guérir les gens, ni créer de belles illusions, ni inventer des médoc. Moi je savais juste devenir un chacal et glapir comme un con. Putain. Ma voix ressembla bien à un glapissement pour le coup, caché comme j'étais. « C'est parce que je ressemble à ma mère ou à mon oncle que tu peux plus m'encadrer ?» Le voilà, le mot de trop.




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MessageSujet: Re: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Mer 8 Mar - 3:10


"Parfois on va droit à la collision et on n’en a pas conscience, que ce soit par accident ou par dessein, nous ne pouvons absolument rien y faire" Il ne savait plus où il l'avait entendue, mais cette réplique lui était toujours restée en mémoire. Comme un reflet parfait de tout ce qui se passait sous son propre toit, au sein de sa propre famille. Le noyau familial n'existait plus depuis des années, éclaté, ressoudé, brisé à nouveau en autant de pièces éparses qui n'arrivaient plus à s'emboîter. Ne restait plus que le conglomérat d'objets divers, bien trop divers pour réussir à se regrouper à nouveau. Les enfants avaient grandi. Ciaràn ne donnait plus signe de vie, Laura non plus. Lara était morte, et Andreï avait ressuscité. Plus rien n'avait de sens, plus depuis que Mikkel avait été la dernière fraction de la cellule familial à exploser à son tour, et avait décidé de partir, puis revenir, puis repartir, jusqu'à ce que le coeur de son père vire au naufrage.
Mais ils étaient là, pour la première fois depuis des années, des années beaucoup trop longues pour être comptées. Là, comme avant, dans un semblant d'intimité, un semblant de calme et de douceur qui n'avaient plus rien d'habituel. Pourtant, c'était leur norme, à tous les deux, bien des années en arrière. Pourtant, il était une époque où le père et le fils se disaient absolument tout, un besoin vital, une constituante même de leur personnalité profonde. Une époque où il n'y avait qu'eux contre le monde, avec cet amour immense, fusionnel, qui allait envers et contre tout.

Puis le temps, les blessures, les fractures, avaient érodé ce roc qui semblait pourtant infaillible. Avaient rappelé au père comme au fils que toute relation n'est au final qu'un colosse aux pieds d'argile, voué à s'effondrer parce que ses chevilles, trop faibles, ne sont plus capables de soutenir son corps. Parce qu'eux, en tant qu'hommes, n'ont pas été capables d'entretenir les fondations. Un échec à deux fautifs, et pourtant. Pourtant chacun renvoyait la faute sur l'autre, comme si ça pouvait réellement changer quelque chose. Comme si ça pouvait les excuser l'un comme l'autre du mal qu'ils se faisaient.
Et là, ce jour-là, ce soir-là, ils avaient remonté le colosse de leur relation fusionnelle. Là, juste le temps d'un battement de coeur, la statue s'était redressée sur ses chevilles manquantes, l'équilibre instable, mais bien droite pour la première fois depuis bien trop longtemps.
Et ça faisait du bien. Tellement de bien.

Non, habituellement, les mots qui sortaient des lèvres de Roman n'étaient pas des mots qui le concernaient directement. Habituellement, il s'adressait aux autres, mais ne parlait jamais de lui. Parce que cette habitude, il l'avait perdue. Parce que tous les gens à qui il avait pu se confier avaient soit disparu, soit lui avaient été arrachés. Mais Mikkel à présent n'était plus un enfant. Mikkel était un adulte doté d'un sens critique, un adulte qui pouvait entendre des choses qu'il n'aurait jamais tolérées ou comprises quand il était plus jeune. Une discussion à coeurs ouverts comme ils n'en avaient plus eues depuis si longtemps. Son fils, son rejeton aux joues rondes, avait tellement grandi.
Alors Roman avait lâché les valves. Il s'était exprimé, pour la première fois depuis une éternité. Il lui avait montré qui était ce père lointain, des fois trop abrupt, des fois trop battu par les éléments. Il lui avait révélé ce qu'il n'aurait jamais voulu lui dire, parce que Mikkel le savait, au fond. Mais quand son fils l'interrompit pour lui poser des questions sur sa mère et le passé, il crut un instant que les bases de cette relation nouvelle étaient sur le point de partir de nouveau en miettes.
Pourtant il n'avait pas cessé. Et Mikkel n'avait pas persisté. Un état de trêve doux-amer dont ils savaient tous les deux qu'il n'était pas voué à durer, mais qu'ils voulaient prolonger autant qu'ils le pourraient.

Un état de trêve dont Roman avait espéré qu'il suffise à Mikkel pour reprendre confiance en son père. Pour reprendre suffisamment confiance au point de lui avouer que ce rêve récurrent qu'il faisait avec une signification profonde, et qu'il souhaitait que son père s'inquiète de sa santé. S'inquiète de sa vie. Au fond, Roman ne fut pas surpris par son refus. Il le fut toutefois nettement plus par l'attitude de son rejeton alors qu'il posait de lui-même son visage contre son épaule.
L'espace d'un instant, il s'était retrouvé projeté en arrière. Mikkel, à 10 ans, son rire résonnant comme un grelot dans la pièce pleine de cartons. L'appartement qui commençait à se remplir alors que Laura, son ventre s'arrondissant progressivement à cause de Colin, rangeait des verres tous neufs dans les placards de leur cuisine minuscule. Mikkel, qui avait été incapable de rire pendant des semaines, des années plus tôt, à cause du traumatisme infligé par son oncle. Mikkel qui avait repris ses couleurs et sa radiance, et se lovait contre son père, le canapé à peine déposé sur le linoléum gris et les deux hommes de la maison à peine assis dessus. Mikkel qui enveloppait son cou de ses petits bras, qui sentait la compote de pomme, qui en avait même laissé sur son épaule, trop heureux pour s'essuyer la bouche avant d'enlacer son père. Et ce rire, ce rire éclatant, beau comme le plus doux des instruments, qui perlait encore et encore à ses oreilles.
Sa gorge s'était nouée. Depuis quand n'avait-il pas enlacé son fils ? Depuis combien d'années ? Il avait fait tellement d'erreurs, avec lui. Avoir un enfant à 20 ans n'avait pas été l'idée du siècle, mais ils étaient tellement sûrs, lui et Ciaràn. Sûrs qu'ils avaient un avenir, sûr que cet avenir serait ce bébé potelé avec ses trois cheveux noirs et ses grands yeux ouverts sur le monde qui les avait faits pleurer de bonheur. Mais être père ne vient pas avec une notice, ni un manuel. Être parent s'improvise, en vers et contre tout. Par petits pas, par tentatives, parfois justes, parfois mauvaises. Quand est-ce qu'un père doit couper le cordon ? Personne ne le lui avait jamais expliqué. Il n'avait lui-même jamais eu de père pour lui montrer comment c'était. Quand est-ce qu'un père doit arrêter de câliner son fils ? Lara avait essayé de l'aider, mais elle était mère. Elle n'était pas père. Elle ne savait pas comment aborder un fils qui n'aimerait de toute évidence jamais les femmes, elle ne savait pas comment aborder un fils qui était tactile et affectueux, elle ne savait pas cette terreur qui l'habitait en le voyant grandir qu'il finisse par quitter définitivement le nid parce qu'il se serait lassé de son père. Elle ne savait pas cette dualité constante entre l'amour filial et la nécessité d'en faire un homme, cette responsabilité affreuse que personne ne souhaiterait jamais avoir. C'était à cause de ça. De cette gêne, de ce besoin de le laisser prendre son envol, que Roman avait arrêté de le serrer dans ses bras. Parce que son père ne lui avait jamais expliqué, à lui, comment faire. Alors il avait tenté. Et avait tout autant souffert que Mikkel de ne plus sentir ses bras autour de son cou, de ne plus avoir à nettoyer de traces de compotes de ses vêtements, de ne plus sentir ses lèvres humides sur sa joue rapeuse. Il avait souffert de lui donner seulement une accolade quand il était fier de lui, de ne jamais pouvoir le prendre dans ses bras quand il le voyait si mal. Parce qu'il s'était dit qu'il n'en avait plus le droit, Mikkel ayant atteint la puberté. Parce qu'il s'était dit qu'il ne pouvait pas. C'était idiot. C'était douloureux. Mais c'était comme ça qu'on faisait des hommes, paraissait-il.
C'était surtout comme ça qu'on arrivait à se faire souffrir inutilement. Qu'on ouvrait une brèche dans les coeurs, et qu'on y glissait les petites graines qui, une fois poussées, ne portaient comme fruits que haine et rancœur.

Oui, il avait la gorge nouée. Oui, son vieux cœur avait loupé un battement, et son vieux corps s'était raidi. Mais il avait fini par se détendre en retrouvant cette sensation d'antan qui lui avait, à lui aussi, tellement manqué. Une trêve. Un retour au passé bienvenu, des retrouvailles profondes, sincères. Il avait laissé sa main sur la nuque de son fils, avait repris ses massages, doucement, sans rien dire. Incapable de parler, alors qu'il avait été si loquace quelques instants plus tôt. Parce qu'il l'aimait. Et que des fois ce sentiment le terrassait aussi sûrement qu'une balle en plein cœur.
La voix de Mikkel lui parvint par son épaule, et la remarque, si spontanée, si naturelle, lui arracha un ricanement. Le détendit un peu alors qu'il enroulait un bras autour des épaules de son garçon, le serrant contre lui comme quand il était gamin.

-Les chiens font pas des chats.

Du tac au tac. Parce que c'était vrai. Parce que c'était tellement plus sain que de ne rien se dire, comme ils s'y étaient contraints bien trop longtemps. Profitant de la chaleur de son fils, il ferma les yeux à son tour, rassemblant ses forces, l'idée de toujours vouloir être là pour le protéger flottant lentement dans son esprit. Il avait beau être adulte, il n'était en vrai qu'un enfant. Comme Roman l'avait été à son âge. Sa question le poussa à ouvrir les yeux, à réfléchir. Ainsi, il savait aussi qu'il prenait des somnifères, quand les nuits étaient trop sombres. Que son esprit galopait trop loin. Il aurait dû s'en douter.

-Non, ils ont même tendance à les faire venir plus facilement, en vrai.

Les substances quelles qu'elles soient favorisaient ce type de rêves, il en avait fait les frais. Mais il ne comprenait pas pour quelle raison Mikkel relançait le sujet, s'ils n'avaient été que la manifestation d'un esprit paternel rongé par l'inquiétude. Déposant sa tempe contre sa tête en le serrant un peu plus contre lui, sentant comme une véritable tempête sous les mèches brunes de son rejeton, il reposa sa main sur sa nuque. De nouveau, cette sensation. Ses doigts qui s'enfonçaient dans la fourrure épaisse, rêche, d'un animal sauvage. Un sourire fatigué étira ses traits à la remarque de son fils. Il n'était pas un monstre, et pourtant. Pourtant quand il touchait la nuque de son rejeton, il lui arrivait d'avoir la sensation de caresser un chien, au lieu de sentir le duvet de ses cheveux naissants. Pourtant il était l'une des multiples raisons pour lesquelles Ciaraàn s'était enfoncée dans la démence. Pourtant il était la raison même de leur éloignement, à tous les deux. Il allait lui répondre que si, qu'il était un monstre, que Mikkel l'interrompit. Et que ce qu'il dit creusa cette sensation étrange dans son estomac. Cette même sensation de danger qu'il avait ressentie à chaque fois qu'il avait fait ce rêve dont il venait de lui parler.
Roman fronça les sourcils, mais ne dit rien. Un chacal. Pourquoi est-ce qu'il parlait de chacal ? La sensation de la fourrure était encore présente sous ses doigts, fantomatique, alors qu'il sentait très clairement la douceur de ses cheveux à présent. Une sensation qu'il avait eue des fois, en frôlant Aslinn, son amie renarde portée disparue. La sensation de caresser un animal sauvage. Se pouvait-il que Mikkel essaie de lui dire quelque chose ?
Il voulait lui demander. Il voulait savoir, être sûr. Mais fut contraint de remiser cette question dans un coin de sa mémoire, une nouvelle question plus pressante, bien plus déconcertante, ayant jailli dans le noir. Une question étouffée, comme un cri d'animal blessé. Comme le glapissement d'un chacal. Ou le sanglot d'un enfant.

Depuis des années, il s'était forcé de ne pas être tendre avec son garçon, dans l'espoir d'en faire un homme. Mais il rompit son propre code moral, sa propre tradition, et déposa ses lèvres contre sa tempe, tranquillement, le serrant toujours contre lui. Le protégeant du reste du monde, parce que c'était là son rôle. Un rôle qu'il s'était donné depuis qu'il l'avait serré contre son coeur alors qu'il n'était pas plus grand qu'un ballon de rugby.

-C'est des conneries, ça, Mikky.

Peu importait la fourrure, peu importait le chacal. Il y avait plus grave, nettement plus grave. Il y avait cette douleur, cette incompréhension, qui avaient éraillé la voix de son homme de fils, qui avaient étreint son coeur d'enfant. Cette détresse si réelle qu'il pouvait la sentir jusque dans sa poitrine, qu'il pouvait sentir dans ses vieux os. Ce n'était pas vrai. Rien de ce que Mikkel croyait n'était vrai.

-Même si y'a des moments où on se fait chier mutuellement, t'es mon fils. Je pourrai jamais ne pas t'encadrer. Comme je pourrai jamais ne pas m'inquiéter pour toi, juste parce que t'es... Un bout d'moi.

Pesant ses mots, prenant son temps, il le berça distraitement, comme quand il s'occupait à calmer ses chagrins d'après cauchemars, il y avait une éternité. Sa tempe toujours posée contre ses cheveux, il continua doucement, posant sa voix. Pour une fois, les mots partaient tous seuls. Pour une fois, ils voulaient dire ce que son coeur souhaitait exprimer. Ils étaient justes.

-J'suis content que tu t'en souviennes pas, en vrai. Mais tu poses la question, et tu mérites une explication. Ta mère et moi, on t'a toujours voulu. C'est un fait. Pis notre relation à elle et moi s'est transformé en tas de merde parce qu'elle avait des problèmes de jeu, des problèmes psy, des problèmes partout. J'savais pas comment l'aider, et elle voulait, de toutes façons, pas que j'l'aide. C'est parce que ça devenait dangereux pour vous deux que j'ai dû la foutre dehors. Mais ça n'a jamais rien eu à voir avec toi.

Jamais rien. Jamais Mikkel n'avait été responsable de rien. Il s'était juste retrouvé au milieu de tout ça, au milieu de leurs hurlements, au milieu de leurs disputes, ses grands yeux gris s'embuant de larmes d'impuissance à chaque fois que ça allait trop loin. Jusqu'à ce que le point de non retour soit arrivé, et que Roman ait été contraint de la chasser de leurs existences.
Jusqu'à Shane. Son corps se tendit. Même plus de vingt ans après, la morsure était toujours amère. Toujours vibrante. La voix éraillée par une colère jamais éteinte, il s'efforça de poursuivre. De lui expliquer. Avec ce soulagement que son fils ne se souvienne clairement pas des détails. D'horribles détails.

-Les problèmes de ta mère c'était rien par rapport à ceux de ton oncle. Ses problèmes au moins ne touchaient qu'elle, ou nous en tant que couple. Shane... Non. Quand ta mère est partie, lui, il est revenu...

Mikkel ne se souvenait pas de ça. Roman croyait que si, mais il lui avait prouvé le contraire. Peut-être son esprit avait-il décidé de faire abstraction complète des évènements, un mécanisme de défense que Roman avait pu voir plus d'une fois chez ses patients. L'annihilation complète des traumatismes passés, pour ne pas devenir fou. L'annihilation entière de journées, de mois, d'années, des fois, pour ne pas sombrer. Pendant une seconde nécessaire pour se recomposer, il se demanda s'il ne valait pas mieux d'éviter d'approfondir. Mais il était adulte maintenant. Il avait le droit de savoir.
Alors Roman soupira, se raccrochant à son fils pour être sûr qu'il soit bien là. Bien présent. Et pas dans cette maudite cabane au milieu de nulle part où il avait passé deux semaines bien trop longues avec un démon à l'apparence humaine.

-Il a jamais digéré, pour moi et Ciaràn. Ca a détraqué un truc dans son cerveau, au point qu'il nous a traqués. Au point qu'il a profité un jour que ta baby-sitter soit pas concentrée pour t'entraîner avec lui. T'avais 4 ans, tu lui faisais confiance, c'était ton oncle après tout. Vous avez disparu pendant deux semaines. Quand les flics, le privé que j'avais engagé et moi on vous a retrouvés, c'était à deux doigts que vous quittiez le pays. Il s'est fait coffrer peu après. Et toi tu riais plus. Tu cauchemardais tellement qu'on a dormi ensemble pendant des mois. De toutes façons je pouvais plus te lâcher non plus.

Il n'avait jamais su ce qu'il s'était passé pendant ces deux semaines, Mikkel ne lui en avait jamais rien dit. Une part de lui se espérait que Shane avait tenté d'être relativement correct. Mais une autre part de lui était terrifiée en pensant à tout ce qu'il aurait pu faire d'autre. Une idée latente qui lui avait toujours traversé l'esprit. Qui continuait à ce jour de le tourmenter. Mais le garçonnet n'avait jamais rien dit de cette époque avec Shane. Jamais.
Peut-être que ce n'était pas si grave, au fond, pour qu'il l'ait oublié. Ou peut-être que c'était tellement grave qu'il avait préféré effacer toute trace du traumatisme de sa mémoire. Une pensée qui faisait bouillir son sang. Il avait démoli la gueule de cette merde, quand ils l'avaient retrouvé. S'ils approchait une nouvelle fois de son fils, il était sûr qu'il le tuerait de ses propres mains. Sans la moindre hésitation.

-Mais toi, c'est pas pareil. T'as les sourcils de ta mère, mais t'as pas tous ses problèmes. T'as les cheveux noirs comme ton oncle, mais des à des années lumière de lui. Tu leur ressembles, c'est sûr. Mais t'es mon fils. Pour moi c'est ça le plus important. T'es devenu un homme dont j'suis fier, même si j'suis trop con pour l'admettre. Et si des fois on s'tape sur le système ça change rien. T'es mon homme. Mon gamin. Et ça, rien ni personne ne le changera jamais.

La seule manière pour que cela change, ça aurait été que Mikkel décide de lui-même que son père ne le serait plus. Être père, c'est un métier, c'est un art de vivre, c'est une condition. C'est une maladie, c'est un fardeau, c'est un bonheur. C'est une illusion, c'est un concept, c'est un fait avéré. Mais c'est surtout une décision. Une décision du père. Une décision du fils. Si Mikkel décidait un jour que son père ne le serait plus, profondément, alors il ne le serait plus, malgré la biologie ou le sang. Parce qu'être père, ce n'est pas que physiologique. Parce qu'être père, ça s'apprend, mais ça se mérite. Et Roman ne savait jamais s'il le méritait vis à vis de ce fils qu'il serrait toujours contre son coeur. Parce qu'être père, c'est nager dans cette incertitude constante d'être suffisant pour ses rejetons.

-J'me fous que tu te mettes dans la merde, si j'peux t'aider à en sortir. J'me fous que tu veuilles pas de mon aide, tant que je sais que tu vas bien. J'me fous que tu sois homo, tant que je sais que t'as un mec bien sur qui compter. J'me fous bien du reste de ta famille, tant qu'ils te font pas de mal....

Parce que je t'aime.

-Et Mikky, j'ai bien senti que t'étais devenu différent. Et que tu sois un chacal ou un topinambour ça m'est égal. Parce que t'es mon fils.

Parce que je t'aime. Je t'aime de toutes mes tripes, aussi longtemps que tu voudras de ton vieux père dans ta vie. Parce qu'être père, c'est ça aussi. C'est mourir un peu plus chaque jour parce que tu vois tes enfants grandir, et tu les vois si beaux, si grands, et tu te souviens d'eux si petits, si dépendants de toi... Mais ils partent, ils s'envolent, ils vivent leur vie. Et s'ils veulent de toi, être père, c'est les surveiller de loin et être fier d'eux, quoi qu'il arrive.
C'est les aimer jusqu'à la fin, aussi fort que lorsque tu les as vus pour la toute première fois. Ces putains d'enfants qui sont toute ta vie.


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He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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MessageSujet: Re: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Mar 11 Avr - 20:40


« A heart that's full up like a landfill»



Père & Fils
featuring
J'étais tellement fatigué et je n'avais plus envie de me soucier de rien. Le visage enfoui contre mon père, qu'est ce que j'en avais à foutre du reste du monde ? Seule son opinion comptait et si tout allait bien entre lui et moi, c'était tout ce que j'avais besoin de savoir. Je ressentais un certain raidissement de son corps mais il ne m'avait pas repoussé ni même prononcé le moindre commentaire. Peut-être que j'étais trop dans les vapes ou trop faible physiquement pour être capable de réfléchir à mes actes. Si j'avais été plus éveillé ou moins fatigué émotionnellement, sans doute que j'aurais eu plus de retenue, sans doute que la peur ou l'orgueil m'auraient empêché de me laisser aller dans ses bras. Mais là, j'étais trop déphasé pour réellement réfléchir et me rendre compte des risques que j'avais pris. S'il m'avais repoussé, je me serais brisé en un milliard de morceaux que rien n'aurait jamais pu recoller.

Papa ne disait plus rien, sans doute qu'il était paumé lui aussi ou trop surpris pour penser à me gueuler dessus. Je me centrais sur les sensations, sur les bruits de son cœur et les variations de ses battements qui m'intriguaient, sur sa grande main contre ma nuque dont la prise était moins rude et reprenait des massages plus rassurants. J'avais pensé pendant une seconde qu'il allait se mettre à me secouer comme un jeune chiot qu'on attrape par la peau du cou quand il pisse sur le tapis, mais ça n'était pas du tout le cas. Il n'allait peut-être pas m'engueuler, ce moment n'allait pas encore partir en fumée, il me prenait dans ses bras, me serrait contre lui et ses mots me firent sourire. Tant qu'on pouvait rester comme ça, à l'abri dans cette minute de grâce, plus rien d'autre n'avait d'importance et j'étais prêt à assumer n'importe quoi. L'apocalypse, la fin des temps, l'ouverture des enfers, l'invasion de Belzébuth et de son armée de démons. J'en avais rien à foutre, simplement accroché à cette possibilité infime que papa ne me déteste pas. Sa réponse concernant ses rêves me fit soupirer légèrement, il ne manquerait plus que ça si ses somnifères amplifiaient ses pouvoirs. Rien ne l'empêcherait de tout découvrir, de dévoiler l'ampleur du désastre, d'être irrémédiablement choqué, déçu et dégoûté...

Pourtant pour l'instant il me serrait et je n'osais pas redresser le visage, restant bien caché dans le creux de son bras alors qu'il m'embrassait, que sa voix chaude s'élevait. Mes doigts s'étaient crispés contre ses fringues pour m'accrocher à lui comme un gamin trop possessif. Si quelqu'un avait tenté de m'enlever de les bras de mon père en cet instant, je l'aurais mordu jusqu'au sang sans chercher à rien savoir. Je fermais les yeux, le front plissé et les mâchoires serrées, emporté par la transe de mes émotions qui rendait les battements de mon cœur chaotiques. Et je ne perdais pas une miette de ses paroles, relâchant un profond soupir de soulagement du plus profond de mon être, me calmant peu à peu, à mesure qu'il me berçait et que mes muscles se détendaient à nouveau. Quand même, il disait que je le faisais chier... mais s'il s'inquiétait à cause de moi, c'était bien qu'il en avait quelque chose à foutre de ma pomme, non ? Peut-être que je cherchais la faille, empêtré dans cette sourde angoisse constante, mais ses bras serrés autour de moi parvenaient à dompter ma fichue parano et à apaiser mes émotions trop à fleur de peau. Blotti contre lui, j'en avais totalement rien à foutre d'avoir déjà 28 ans.

Je l'écoutais ainsi me parler de ma mère, m'expliquer les choses comme il ne l'avait jamais fait, je l'écoutais sans avoir envie de l'interrompre, sans que la révolte ou la colère ne vienne troubler mon jugement. Je notais le soin que mon père prenait à insister sur le fait qu'il n'avait jamais regretté ma venue au monde et je me collais davantage contre lui, le visage toujours caché, la respiration plus ample. Je ne bougeais presque pas, secoué par les intonations qui faisaient vibrer son corps  sous sa voix, sous cette tension que je sentais se raviver dans ses muscles, dans les plus infimes tressaillements de son corps. La fureur habillait ses paroles quand il évoqua mon oncle, sans qu'il ait besoin d'élever la voix pour que je la ressente dans chacune des pulsations de son cœur.

Shane. Ce prénom m'était familier parce que j'avais connu un mec dans le temps qui s'appelait aussi comme ça mais je ne me souvenais plus de mon oncle. C'était étrange d'entendre mon père me parler de ma famille maternelle et je redressais insensiblement la tête pour lui lancer un regard furtif. Je ressentais l'angoisse se marquer dans sa voix alors qu'il me racontait ce passé que j'avais enfoui depuis si longtemps dans les profondeurs de ma mémoire, l'écrasant et l'étouffant au point de ne me souvenir de rien. Je restais silencieux, essayant de me raccrocher à des éléments sans réussir à ce qu'aucune image ne me revienne. Cette histoire me donnait l'impression d'être un film, une fiction, un drame arrivé à quelqu'un d'autre. La chaleur de la peau de Roman augmentait en intensité, je la ressentais avec ma sensibilité du toucher si particulière. Il était fâché et moi je me sentais perdu, troublé de me sentir si éloigné de cette scène qu'il décrivait avec tant d'émotions contenues alors qu'elle ne m'évoquait absolument rien à moi.

Pourtant, la douleur que je ressentais confusément dans sa tension nerveuse se propagea en moi dans un sourd malaise, comme si mon inconscient me revenait sous forme d'émotions pures. Une angoisse, une terrible angoisse. Je me rappelais sans doute de certaines choses, à bien y réfléchir, et tandis que je laissais les souvenirs faire surface, j'écoutais mon père me parler encore, tressaillant soudain à la suite de ses mots. Je fermais à nouveau les yeux, incapable de rétorquer quoique ce soit sur le moment. Il disait qu'il était fier de moi, mon papa. Si j'essayais de toutes mes forces de retenir mes larmes en l'écoutant, un sourire s'imprima sur ma face, un sourire qui n'arrêtait pas de grandir jusqu'à ce que mes yeux me piquent trop fort, jusqu'à ce qu'un léger rire me fasse trembler. J'avais sans doute encore de la fièvre tellement mes joues étaient cramoisies et brûlantes et j'avais l'impression d'être ivre. Une ivresse due à des émotions trop fortes qui me fit trembler plus fort lorsqu'il m'énonça cet aveu terrible. Il avait senti que j'étais devenu différent, il le savait, il le savait, j'avais beau nier, il le savait. Je n'étais plus qu'une petite boule tremblotante dans le creux de ses bras et mes larmes se mirent à couler sans que je m'en aperçoive. A ses derniers mots, je redressai la tête vers lui, le regard brillant, les joues écarlates baignées de larmes et l'air éberlué.

De façon totalement décalée, l'image d'un mec métamorphosé en un genre de gros tubercule sous la pleine lune s'imposa dans mes pensées confuses. Et j'imaginai ce pauvre couillon en train d'annoncer la chose à son vieux père, d'un air contrit et dépité. Quelques secondes passèrent pendant que je dévisageais papa. Et puis, un fou rire me surprit sans crier gare, un fou rire débile qui me fit vaciller et replonger dans ses bras. Je riais sans pouvoir m'arrêter, sans pouvoir respirer, comme dans des sanglots convulsifs, alors que mes larmes n'arrêtaient pas de couler. C'était tellement con putain, mais il me semblait que j'avais jamais rien entendu de plus drôle de toute ma vie. Pauvre topinambour-garou, la loose bordel ! Je devais avoir l'air complètement dingue de rire comme ça pour un truc aussi con et encore une fois, j'avais l'impression d'être complètement bourré, incapable de maîtriser mes émotions qui s'échappaient de toute part sans que je parvienne à rien retenir. Je repris mon souffle au bout d'une longue minute, riant encore par bouffée et reniflant à la fois, la respiration entrecoupée de hoquets nerveux.

« J'ai... une putain de bonne nouvelle.... Je... j'suis pas un topinambour, p'pa ! »

D'un geste frissonnant, j'essuyais mon visage de ma manche pour mieux retrouver son regard. Je pouffai encore un peu dans un soupir tremblant, mes doigts toujours accrochés à ses fringues, que je tripotais convulsivement. J'ignorais encore si je serais capable de lui parler ouvertement mais ce soir, il y avait tellement de non-dits qui se libéraient, tellement de sincérité après tant d'années de silence... j'en étais sous le choc et je secouais doucement la tête pour essayer de me reprendre, sans m'éloigner de lui, toujours blotti contre son flanc, comme un poussin cherchant sa chaleur. Il me fallut encore quelques minutes pour ordonner mes pensées et savoir ce que je devais lui dire alors que je frottais mes joues enfiévrées. « P'tain, j'en tiens une bonne couche mais tu m'as tué avec ta connerie. Et puis ouais, ça faisait un bail qu'on avait pas... parlé comme ça. » Mon sourire était fébrile, désemparé, désespéré. Parce que papa ne se rendait pas compte, il ne savait rien, il ne comprenait pas. J'inspirai, expirai et je me mis à parler enfin, le plus posément possible, en étouffant mes hoquets.

« J'me rappelle quasi pas de ma mère, t'sais... j'ai juste... un seul souvenir d'elle que j'ai gardé dans la tête. J'me le suis repassé si souvent qu'on dirait un vieux film brouillé en noir et blanc...  J'me souviens que c'était le soir et j'étais couché dans le lit à coté de toi, puis m'man est arrivée, l'air hyper inquiet, à demander où j'étais. Puis toi, tu l'as engueulée en silence, t'as dit que tu t'occupais de moi et qu'elle allait me réveiller, qu'elle avait pas à rentrer si tard... J'ai fait semblant de dormir et elle est repartie.»

Et c'était tout. Elle était repartie mais mon père était resté. Je ne me souvenais d'absolument rien d'autre. Est-ce que ma mère s'occupait mal de moi ? J'en savais rien. Je me souvenais juste d'avoir été choqué que mon père l'engueule comme ça, comme si c'était la chose la plus grave au monde de risquer de me déranger dans mon sommeil. Je poursuivis, d'un air un peu hagard, essayant toujours de me remémorer ces périodes si obscures de ma petite enfance, je fronçai les sourcils avec concentration. « Pour cette histoire avec mon oncle, putain... j'm'en souvenais pas du tout. Enfin si, je savais qu'il s'était passé quelque chose de grave quand j'étais p'tit et que je... enfin j'pensais que j'avais fait une immense connerie parce que je t'avais vu t'énerver comme jamais. Et j'étais tellement mal de t'avoir fâché comme ça, j'avais la trouille, j'avais peur que tu sois triste à cause de moi. J'me souviens des cauchemars par contre parce qu'ils ont duré des années, je rêvais qu'on te tabassait, qu'on te tuait et que c'était d'ma faute. »

Et je me rendais compte que j'avais chialé pendant des nuits entières, en me reprochant d'avoir fait du mal à mon père, d'avoir fait une connerie si grave qu'elle me dépassait totalement. Parce que tout était de ma faute, tout le temps. Je méditais un moment en silence. Les sourcils de ma mère, les cheveux noirs de mon oncle. Papa ne se rendait pas compte à quel point son fils aîné n'était qu'un sale crevard, je lui mentais depuis tellement longtemps. Mes paupières affaissèrent. « J'sais pas ce qui s'est passé, je voulais pas m'en souvenir parce que je savais que ça te rendait triste. J'suis désolé...que t'aies... dû vivre tout ça à cause de moi, p'pa. Mais putain, aujourd'hui, tu saurais rien faire pour moi... »

Ma voix se brisa à ces dernières paroles. J'étais comme ma mère, bien plus qu'il ne pourrait jamais l'imaginer. Avais-je envie de le provoquer, de tester son amour inconditionnel ? Pourtant, on aurait dit que même dans le fait que je ne voulais pas le laisser essayer de m'aider, je ressemblais aussi à ma mère. J'étais qu'une cause perdue, un Tragedy King qui creusait sa propre tombe à main nue, obstinément. Mais papa m'offrait toute son attention et est-ce que c'était pas ce que je voulais si désespérément, bordel ? J'avais besoin de lui dire la vérité pour savoir s'il m'aimerait quand même. A la fois j'avais la trouille de tout foutre en l'air, alors qu'il venait de me dire toutes ces choses... toutes ces choses tellement émouvantes qui me bouleversaient. Je retrouvais son regard avec une vague incertitude et je l'interrogeai d'un ton un peu hésitant. « J'me souvenais à peine du prénom de ma mère et mon oncle ben... je l'avais totalement oublié lui. J'les ai jamais revu. Est ce que... toi oui ? Tu sais s'ils sont encore vivants ? »

Je ne pouvais empêcher un espoir indicible de briller dans mes yeux. Ces questions, je n'avais jamais osé les poser à mon père, de crainte de le blesser en parlant de ma mère. Mais l'apocalypse avait détruit la terre et si ma mère était retournée en Europe... qu'avait-il bien pu advenir d'elle ? Ou de mon oncle ? Je soupirais encore une fois, posant mon front contre son épaule. Je pensais sincèrement que mon père ne pourrait pas m'aider et que je serais capable de me débrouiller seul mais... et si je me trompais ? C'était un sorcier... le meilleur de tous, c'était sûr. Et ça aurait été complètement débile de refuser son aide, de le rejeter lui, alors que je demandais que ça, qu'il se préoccupe de moi. Mais non, je ne pouvais pas le faire chier, ça non, quelle horreur quoi, j'aurais préféré crever sur place que de lui faire croire que j'étais qu'un pauvre glandu misérable. En plus j'allais très bien, pour vrai, fallait quand même pas déconner. J'hésitais un long moment avant de redresser la tête pour lui offrir un regard que j'espérais rassurant.

« Écoute je... j'vais bien, sérieux. » J'esquissais une vague moue. Je venais quand même de manquer de crever dans ce divan, sous ses yeux, ça le faisait moyen. « Enfin... en général hum. » Je ne savais pas par quoi commencer si je voulais être sincère avec lui et arrêter d'empiler les secrets entre lui et moi, des secrets qui nous avaient éloignés de plus en plus l'un de l'autre. Est-ce que je devais commencer par lui avouer que si je savais qu'il prenait des somnifères, c'était parce que j'avais fouillé sa chambre et que je lui avais taxé deux cents balles au passage ? Peut-être pas. Je passais ma main dans mes cheveux ébouriffés, me grattant le crâne en secouant la tête. « T'sais que j'me débrouille toujours tout seul et en général ça gaze, t'as aucune raison de flipper. J'ai juste eu des tout p'tits soucis qui m'ont amené à aller voir un euh psy. » Je me raclais la gorge. Merde, il allait penser que j'étais taré comme ma mère, putain. J'ajoutais rapidement : « Enfin ce mec là est plus devenu un genre de... pote, vu qu'il s'est très bien rendu compte que j'avais aucun problème psy, évidemment. » J'allais pas non plus raconter à mon père que je venais de baiser à nouveau avec mon psy, ou bien ? « Bref. T'inquiète, j'ai des tas de potes, j'ai aucune relation sérieuse on va dire mais ouais, j'ai des potes cool. » Même Isak était cool derrière ses aspects brutes après tout, il me filait quand même de la dope gratos, mais ça non plus, j'allais pas le raconter à mon père. Je baissai les yeux en me mordillant les lèvres.

J'étais conscient du bol que j'ai d'avoir un père tolérant, j'avais eu des potes qui flippaient de parler de sexe avec leurs parents et j'avais jamais eu ce problème là. Tous ces souvenirs, je ne les oubliais pas. Ce moment où j'avais demandé à mon père ce que ça voulait dire pédé parce qu'un gamin de la plaine de jeux m'avait craché ça à la poire. Cette fois où je lui avais avoué que j'avais embrassé un garçon au lycée. Ce jour où j'avais chialé parce que le père de ce même garçon lui avait cassé sa gueule en nous voyant ensemble. Mon père à moi ne m'avait jamais engueulé pour ça, au contraire, il m'expliquait les choses avec patience, je sentais que je pouvais lui parler de tout, en toute confiance. Alors que je l'observais, une tendresse profonde illuminait mon regard. Pourquoi les choses avaient-elles autant changé entre nous ? Je ne pouvais pas continuer à lui mentir effrontément, à lui refuser tout accès à ma vie. C'était pas ce que je voulais... Je pris une inspiration.

« Y'a un truc qui m'est arrivé... y'a deux mois de ça. J'sais pas trop ce que t'as vu en rêve et j'peux pas te dire avec certitude si ça correspond à ce qui m'est arrivé, j'sais même pas ce qui s'est passé exactement parce que... j'étais un peu dans les vapes ce soir là.... Enfin bref, faut pas que ça t'inquiète parce que je gère ça pour l'instant et... et si j'suis malade aujourd'hui ça doit être un p'tit effet secondaire de ces médoc que j'viens d'acheter mais justement ces médoc vont finir par m'enlever ce... ce truc là, faut juste être patient et puis voilà. » J'avais balancé ça d'une traite, en regardant ailleurs et je poursuivis, d'une voix plus basse. « C'était pas pour prendre du muscle, les miens sont tout à fait naturels en vérité... »

Personne ne pouvait me comprendre mieux que mon père. Aucun jugement ne pouvait plus me stresser que celui de mon père. Je n'avais jamais vécu de relation aussi fusionnelle, de symbiose affective aussi parfaite que celle que j'avais avec papa. Et puis, tout s'était transformé sans que j'y comprenne rien, créant un gouffre béant dans ma vie. Cette confiance parfaite, cette sensation que je pouvais absolument tout lui dire, avait cédé la place à l'incompréhension totale, à une méfiance telle que le moindre truc devenait suspect, que tout devenait source de reproches, de conflits, d'engueulades. Pourtant, il me disait que j'étais son fils, que rien ne changerait jamais ça et j'épiais son regard, me mordillant les lèvres avant d'expulser des murmures d'un ton de plus en plus bas, si bas qu'ils disparaissaient jusqu'à devenir presque inaudibles, tout en fond de ma gorge. «Pourquoi tu dis que t'es un monstre ? T'sais que y'a des vrai tordus qui maudissent les gens comme pour rien dans c'monde, c'est dingue ça quand même. Toi c'pas le cas. C'est quasi comme dans les films d'horreur là, avec tous ces zombies et ces salauds de... loups-garous. Ces salauds là, putain, les pires de tous.




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MessageSujet: Re: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Mer 26 Avr - 1:56


Surréelle. Surréelle, cette soirée. Surréelle, cette sensation d'avoir de nouveau retrouvé ce lien qui les unissait tant d'années auparavant qu'elles lui semblaient perdues pour toujours. Si éloignées de tout ce qu'ils étaient à présent, un lointain souvenir d'une période si belle, si pure. Et si vraie. Mais là tout revenait. Cette sensation impérieuse d'avoir retrouvé son but dans la vie, ce rôle qui lui appartenait et qu'il s'était toujours donné, jusqu'au bout. Celui de protéger ses enfants contre vents et marées, contre toutes les difficultés de la vie, de la leur comme de la sienne. Ce rôle si beau et si dangereux dans lequel il s'était toujours plongé sans jamais se poser la moindre question. Le rôle du parent, le plus beau et le plus difficile de tous ces masques que l'on porte au cours de nos vies trop courtes. Parce qu'être parent, être père, ce n'est pas un engagement sur quelques années. Parce qu'être le père de Mikkel, c'était un engagement qu'il n'avait jamais regretté, même dans les moments les plus difficiles.

Et si cette conversation était difficile, c'était sa beauté, sa pureté, qui étreignaient le coeur de Roman. Cet éclat de rire subit, si beau, si douloureux, de son rejeton. Ce regard aussi perdu que sûr de lui, un regard d'acier traversé de volutes bleutées, le regard de tous les Ievseï. Il tenait de Ciaràn, sur ses pulsions. Sur ses accès de colère, ses éclats d'émotions diverses. Mais ce regard tout aussi perdu, confondu, doux et tendre, c'était celui de Lara. Une expression que son fils avait, lui aussi. Que Roman avait vue plus d'une fois renvoyée par son propre reflet dans la glace. Incertain, trop épuisé pour que son esprit comprenne aisément la raison de cet éclat de rire, il s'était tendu. Jusqu'à ce que la réflexion ne tombe, et qu'il se fende lui aussi d'un léger rire. Son fils, un topinambour, il ne manquait plus que ça !
Pour autant, Mikkel n'avait pas nié sa propre affirmation. Il n'avait pas contredit son père, il n'avait pas menti sur sa condition. C'était qu'il y avait une part de vérité brute dans ce qu'avait supposé Roman, cette maudite intuition parentale, ce sixième sens obsédant qu'on acquiert lors de la naissance des enfants. Mikkel n'avait rien dit, et il avait tout dit en même temps. Il avait donc vu juste. Il était donc effectivement devenu quelque chose, par la force des choses, et ce quelque chose était vraisemblablement un chacal.
A moins qu'il n'ait brouillé les pistes avec cette histoire de topinambour.

Surréelle, cette sensation. La chaleur, le poids, la masse de Mikkel posée contre son flanc, l'intonation de sa voix, bien plus sincère qu'elle n'avait été au cours de ces dernières années. Un fil tendu d'une fragilité rare, entre eux, qui menaçait de s'étioler au moindre coup de vent. Qu'il ne tenait qu'à eux de maintenir, le plus que possible. Laissant les paroles se déverser, prouvant son écoute d'un hochement de tête, il avait tendu un bras en travers des épaules de son gamin. Avait profité lui aussi de cette complicité pour recharger ses propres batteries, l'épuisement de cette dernière heure apaisant toute once de combativité dans son esprit. Pour l'instant. Une trêve qui ne risquait pas de durer éternellement, ils le savaient. Mais le contact était si rassurant. Savoir que son fils ne le haïssait pas était si rassurant. Savoir qu'il était encore capable d'être son père, et que Mikkel l'acceptait toujours était si...
Il haussa les sourcils à l'évocation du souvenir. Ces soirées avaient été si fréquentes... Ciaràn qui partait faire Dieu seul savait quoi et ne rentrait qu'au beau milieu de la nuit, l'haleine chargée d'alcool et l'oeil vitreux, pour enfin se souvenir qu'elle avait une famille. Et lui qui la rabrouait, excédé envers elle, car c'était lui qui avait dû soulager les pleurs de leur enfant pendant toute la nuit. "Pourquoi elle est pas là, Maman ? Elle avait dit qu'elle ferait mes devoirs !" Combien de fois avait-il entendu la voix de son enfant se briser sur ces quelques mots, la déception traversant chaque fraction de son intonation ou ternissant son visage habituellement si lumineux ? Une expression qu'il n'avait plus connue après le départ de Ciaràn. Une expression qui s'était évanouie avec l'arrivée de Laura dans leurs vies.

-Ca m'étonne même pas, vu le nombre de fois que ça s'est passé. Ta mère n'était pas méchante. Elle te battait pas. Mais elle te négligeait, elle te zappait complètement, et c'était bien pire que le reste.

On peut mourir sous les coups. Et on peut mourir sous la négligence. Ce n'était pas le même rapport, ce n'était pas la même violence, mais ça restait néanmoins une réalité concrète qui avait terrifié Roman. Il n'avait qu'à peine plus de vingt ans, lorsque Ciaraàn partageait leurs vies. Mais il était traumatisé, à chaque fois, de voir à quel point la négligence de sa mère affectait Mikkel. Si terrifié de le voir malheureux qu'il avait tout fait pour être ses deux parents à la fois, alors qu'il n'était, lui-même, qu'un gamin qui tâtonnait dans le noir.
Puis étaient arrivés Shane, et les cauchemars. La difficulté de savoir que son enfant souffrait sans rien pouvoir y faire. La difficulté de ne pas pouvoir lui-même couper le cordon, d'être incapable de faire confiance à qui que ce soit d'autre que lui-même en ce qui concernait son fils. Le besoin primaire, instinctif, de l'avoir toujours contre lui comme une louve, comme une ourse, comme une bête, pour savoir toujours où il était. Pour pouvoir constamment le rassurer, et par là-même, se rassurer lui-même. Il n'avait jamais su ce dont Mikkel rêvait. Il l'apprenait, et son coeur se serra douloureusement dans sa poitrine. Si jeune, et il savait déjà que la vie était pourrie. Que l'existence ne tenait qu'à peu de choses, que la violence était partout, et qu'il pouvait être orphelin à tout moment. Comme son père. La gorge nouée, Roman ne dit rien. Son regard vagabonda sur la vieille bibliothèque abîmée, glissant le long de vieilles photos défraîchies de la famille. Des sourires fanés, des souvenirs de ces temps immémoriaux, et cette impression que son fils, si jeune, avait déjà compris la vie. Un échec du père. Un cruel échec.
Sa main était revenue se nicher contre sa nuque, caressant distraitement les cheveux naissants, toujours aussi doux que dans son souvenir. C'était fini, maintenant. Toute cette époque appartenait au passé, tout du moins l'espérait-il sincèrement. Mais, alors que c'était lui qui avait échoué, ce fut Mikkel qui s'excusa.

-T'y es pour rien, Mikky, t'as jamais été responsable de la connerie des autres. T'étais qu'un gosse, tu méritais pas ça. Mais t'as jamais été responsable de quoi que ce soit dans toutes ces histoires. Jamais.

Il n'avait pas suffisamment rassuré son gamin, il s'en rendait compte à présent. Etait-ce parce qu'il l'avait trop protégé du monde extérieur ? Parce qu'il s'était trop plongé dans le déni, par rapport à toute cette histoire ? Avait-il dit, un jour, ou sous-entendu que cela puisse être la faute du petit alors qu'il ne l'avait jamais pensé une seule seconde ? Il avait toujours su que son fils était rapide, intelligent, et malin. Mais il l'avait sous-estimé en croyant qu'il n'avait pas compris autant de choses aussi vite. Et il s'en rendait désespérément compte à présent.
S'il peinait à s'exprimer, dépassé par les aveux de sa progéniture, il ne manque toutefois pas son regard incertain. Cette ombre qui ternissait l'argent poli de ses iris. Secouant lentement la tête, il prit le temps de creuser sa cervelle pour ne pas répondre à côté.

-Je... J'en sais rien. Aux dernières nouvelles que j'avais, ils étaient bien vivants. Mais c'était il y a des années, bien dix ans maintenant, pour ta mère. J'ai su qu'elle était revenue dans son pays, je te l'ai toujours dit. Mais ce qu'elle est devenue ensuite, j'en sais rien du tout. Quant à Shane, il était à New York au moment où tout à foutu le camp et où on a dû se tirer. Mais j'en sais pas plus.

...Et j'espère que ce connard est mort congelé quelque part à New York et qu'il ne reviendra jamais. Mais il se retint, difficilement, de lui révéler cette dernière partie. Comme il s'était retenu de lui avouer que si Shane était à New York, ce n'était pas pour rien. C'était parce qu'il avait été incarcéré, une nouvelle fois, tout du moins aux dernières nouvelles qu'il avait eues. Etait-il sorti de taule ? S'en était-il sorti tout court ? Il l'ignorait, et il l'espérait de toutes les fibres de son vieux corps. Car cet homme était un cancer, qui s'infiltrait chez les uns pour les dévorer progressivement. Et s'il avait pu voir du bon, de bien lointaines années plus tôt, dans cet individu, cette période était révolue depuis longtemps.
Mais pouvait-il décemment le dire à son fils, à qui il venait d'annoncer qu'il était incapable de le rassurer ? Interrogeant toujours les iris métalliques de Mikkel des siens, il déglutit difficilement avant de lâcher prise. La migraine qui arrivait inéluctablement avec l'épuisement commençait à croitre sous ses mèches blondes, le poussant à pincer l'arrête de son nez entre ses doigts dans un soupir résigné. Résigné parce qu'une fois de plus, il était incapable de noyer la vérité dans un océan de miel pour la rendre moins indigeste. Parce qu'il était trop franc. Insuffisamment éduqué. Et se sentait terriblement coupable à chaque fois que l'étincelle d'espoir dans les prunelles de son gamin en venait à s'éteindre par sa faute.

Afin d'étouffer ses propres pensées, il finit par relâcher la nuque de Mikkel pour se redresser. Tendit la main vers la table basse pour attraper une énième cigarette et se laisser porter par une nouvelle bouffée de nicotine. Laisser ses pensées vagabonder, s'envoler avec la fumée. Jusqu'à ce que Mikkel reprenne la parole, son ton déjà plus sûr, plus brillant qu'il ne l'était avant.
De nouveaux aveux. De nouveau, cette sincérité crue, aussi fébrile que flamboyante, qui filait entre ses lèvres charnues. De nouveau des révélations dont le père se doutait, pour savoir comment observer son fils. Il ne dit rien, mais il n'en pensait toutefois pas moins. Ne dit rien quant à ses capacités à se démerder, pour lui avoir quelques fois renfloué les caisses sans rien dire. Ne dit rien quant à son rendez-vous chez le psy, pour avoir intercepté la lettre du tribunal, qu'il n'avait pas lue, mais dont il se doutait de la portée. Ne dit rien quant au fait que Mikkel se juge capable de faire ami-ami avec un psychiatre, alors qu'il savait tout bonnement que c'était impossible. Pourtant cette belle motivation, cette vivacité et cet entrain à lui dire la vérité ne le laissa pas de marbre. Un fin sourire s'était étiré sur son visage fatigué, alors qu'il le laissait faire. Comme avant. Comme quand la vie était douce, et qu'ils se disaient tous. Roman força une moue contrite lorsqu'il eut fini, avant de se redresser pour taper la cendre de sa cigarette contre la paroi du cendrier.

-Tu sais, fils, j'm'inquièterai tout le temps pour toi. Mais je suis content de savoir que tu vas bien, dans l'ensemble. Même si j'aurais bien aimé savoir que t'as un mec sérieux dans ta vie, mais c'est mon côté vieux con, ça. Un jour, t'auras ça aussi. Et j'aurai enfin le plaisir de le traumatiser aux repas de famille, comme tout bon père qui se doit.

Son sourire, franc, railleur, s'étira sur ses traits tirés alors qu'il tendait le bras pour ébouriffer les cheveux bruns de son rejeton. Parce qu'il en avait envie. Parce qu'il le pouvait. Parce que s'il sentait bien que c'était une version romancée de sa vie, il était sincèrement heureux que, pour la première fois depuis des années, Mikkel décide de lui parler à coeur ouvert. Il n'allait pas lui couper l'herbe sous les pieds, pas ce soir. Pas après tout ce qu'ils s'étaient dit. Alors il continua de l'observer de son œil railleur, avant de reprendre position confortablement dans le fauteuil. Tout au fond de ses iris d'acier, les mêmes que ceux de son rejeton, perlait une légère lueur de gratitude. Parce que même si c'était peu, il était heureux d'en savoir un peu plus sur lui. Rien qu'un peu.
Attentif, il ne manqua pas la profonde inspiration du plus jeune. Une nouvelle prise de paroles, et une confirmation. Ainsi il s'était effectivement passé quelque chose. Sans qu'il ne puisse le retenir, l'expression de Roman s'était endurcie. Assombrie. Le sourire railleur qu'il arborait plus tôt s'était effacé pour laisser place à une expression soucieuse, alors qu'il scrutait son petit. Comme si l'observer maintenant allait changer quelque chose. Mais son intuition avait ainsi été justifiée, et s'associait de fait avec l'histoire du chacal et du topinambour. Compulsant les informations en silence, son genou battant nerveusement une cadence imaginaire, il finit par tirer profondément sur sa cigarette avant d'échapper un long filet de fumée, se laissant aller en arrière dans le canapé, les yeux levés au plafond. L'empreinte de Laura, dans la peinture jaune, lui donnait de la force. Son empreinte spectrale, partout dans l'appartement étroit, lui donnait de la force. Celle de se montrer compréhensif. De le croire, quand tout son corps, toute son âme, hurlait de lui dire d'arrêter de prétendre aller bien alors que ce n'était pas le cas. Se contrôlant, il finit par répondre, d'une voix douce et chaude :

-Fiston, je crois qu'au point où on en est tous les deux, on peut admettre que t'as été dans la merde. Je te crois quand tu dis que tu vas mieux, vraiment. Mais je sais aussi ce que j'ai vu. Ce que tu m'as dit. Ce que j'ai senti en te touchant la tête tout à l'heure. Et Fils, est-ce que tu crois que tu peux vivre avec ? Parce que ça partira pas du jour au lendemain. Et les machins qu'on t'a filés te tueront avant même de pouvoir te soigner.

Le mot flottait entre eux, lourd de sens, sans qu'ils ne veuillent ni l'un ni l'autre le mentionner. Métamorphe. C'était ça, qu'était devenu Mikkel. C'était ça, cette histoire de chacal, c'était ça, ce topinambour, c'était pour ça, cette allusion soudaine à ces salauds de loups-garous. Mais au fond, est-ce que c'était si important qu'ils le disent ? Ils le savaient tous les deux. Ils s'en doutaient l'un et l'autre. Ce n'était qu'un détail quand, au fond, ils avaient juste besoin de savoir qu'ils étaient bien vivants l'un comme l'autre. Un détail de plus qui ne rendait pas son gamin monstrueux ou laid aux yeux de Roman. Tirant toujours sur sa cigarette, il attrapa son gosse par l'épaule pour le caler contre son flanc, de nouveau. Un geste simple, bien plus simple que les mots, pour lui prouver qu'il n'avait aucune intention de le laisser tomber même s'il se transformait tous les quatre matins en pot de fleurs. Ou qu'il pissait dans lesdits pots de fleurs.
Parce qu'il était plus important pour lui d'avoir un fils vivant, même métamorphe, que mort à cause d'une saloperie qui ne fonctionnerait de toutes façons jamais. Dans un haussement abstrait des épaules à la question de son petit, il releva les yeux vers le plafond, vers l'empreinte de sa femme. Souffla un cercle de fumée pour encercler la trace, guettant alors que la fumée s'évanouissait autour d'elle. Infiniment. Les contours si nets de leur vie se floutaient incessamment. Dieu seul savait de quoi serait faite la journée suivante.

-M'en parles pas, les topinambours garous, ce fléau !

Etrangement, il savait que Mikkel attendait une réponse à sa question. Mais il n'avait pas envie de lui répondre, pour la simple et bonne raison qu'il avait réalisé ce soir que ses mains, si problématiques, étaient capables de grandes choses. Ses mains, qui étaient capables de tant d'horreurs, de frapper sans même qu'il ne parvienne à les contrôler, pouvaient aussi sauver des vies. Sauver ses propres gamins. Cette main qui caressait la nuque de Mikkel, aussi sûrement qu'il la savait incapable de la lui tordre. Mais si jamais quelqu'un osait faire du mal à ses gosses...
Mal qu'il avait réussi à faire lui-même. C'était ça, sa monstruosité. Sa laideur. Cette violence permanente qui faisait de lui qui il était, une violence héritée d'Andrei, héritée des hommes d'une famille qu'il ne connaissait même pas. Mais qui pourtant bouillonnait systématiquement dans ses veines, pour la moindre raison, sans la moindre cause à défendre. Une violence permanente qu'il combattait au quotidien, sans même savoir pourquoi il l'éprouvait. Pourquoi elle faisait partie de lui.

-Si les loups-garous, ou les topinambours-garous, voire les chacals-garous, étaient des monstres, ça se saurait. En revanche, nous, les sorciers, paraît que c'est pas pareil. J'sais pas pourquoi j'suis un monstre, je sais juste que je le sens, tout au fond de moi.

Il ne savait pas comment l'expliquer. Ignorait quels mots mettre sur ce qu'il ressentait, ou même si des mots existaient bel et bien pour traduire ce qu'il y avait tout au fond de lui. Ce que lui évoquaient ses mains et cette dualité permanente qui résidait sous sa peau, qui coulait constamment le long de ses veines.

-Ca a toujours été comme ça, depuis des années. C'est pas demain que ça va changer. Peut-être qu'il faudrait que j'aille voir ton pote, le psy, mais ce genre de types ça a jamais été les mecs que je préfère.

Ce qui était un doux euphémisme. Peu après leur arrivée sur le sol Américain, le voyant renfermé suite à tous les changements et leur départ précipité, Lara avait tenté de trouver un psychiatre qui parlait Russe, pour que son enfant puisse s'exprimer. Roman, même enfant, n'avait pas ouvert la bouche. Avait préféré s'exprimer avec ses poings, dans la cour de récréation, quand il comprenait à l'intonation de ses petits camarades qu'ils se moquaient de lui, quand bien même leurs paroles lui étaient incompréhensibles.
Alors il resta silencieux, un moment, espérant que Mikkel comprendrait. S'ils étaient capables de prouesses, ce soir-là, ils n'étaient pas capables de refaire le monde entièrement. Roman, en tout cas, n'en était pas capable. Il avait réussi à ramener son fils à la vie, dans tous les sens du terme. A faire revenir son gamin, cet Astre Mikkel, d'entre les morts, alors qu'il le croyait perdu à jamais. Alors parler de lui était un miracle supplémentaire qu'il réservait pour une autre journée. Une journée où il n'aurait pas épuisé toutes ses forces, abattu toutes ses défenses.
D'un ton plus léger, le regard toujours posé sur l'empreinte de Laura, au plafond, toujours si vibrante malgré les années, il murmura doucement.

-T'as jamais pensé à te poser, Fiston ? Ca m'ferait tellement plaisir de te voir vraiment heureux, profondément heureux, avant de crever.


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MessageSujet: Re: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Sam 13 Mai - 2:07


« A heart that's full up like a landfill»



Père & Fils
featuring
Je planais dans un état second, le visage encore trempé de larmes, harassé par ces déflagrations d'émotions qui me laissaient lessivé. Les picotements de la fièvre me brouillaient l'esprit. Comment j'avais pu en arriver à raconter autant de trucs à mon père ? C'était étrange de se replonger dans des souvenirs si lointains, si anciens que je m'en souvenais à peine alors qu'il était lui, le garant de ma mémoire. Seul Roman pouvait m'éclairer sur ces zones d'ombre de mon passé. Lara était morte, Laura avait disparu, il n'y avait plus que papa. Et si jusque là, je ne me serais jamais risqué à lui poser ce genre de questions, ni même à lui laisser croire que je m'y intéressais, je pouvais aujourd'hui comprendre un peu mieux la raison de mes cauchemars. Pourquoi j'avais toujours cette sensation de courir après un fantôme indifférent qui s'éloignait de moi à mesure que je tentais désespérément de m'en rapprocher. Le vrai problème avec ma mère, c'était qu'elle n'en avait rien à foutre de moi. Ce n'était pas mon père qui l'avait empêchée de me voir. C'était elle qui n'avait jamais cherché à me garder. Je me frottai le visage doucement, en essayant de me remémorer son visage. Peine perdue, je n'arrivais à esquisser dans mon esprit que des contours flous, des traits indéfinis entourés d'une masse de cheveux sombres. Mais mon père, lui, il avait toujours été là.

Redressant un regard vacillant vers lui, je l'entendis me rassurer de sa voix chaude et je haussai légèrement les épaules. Si je ne me souvenais pas de mon oncle, ni de ce qui s'était passé quand il m'avait enlevé, je ne pouvais pas faire autrement qu'être persuadé que j'étais responsable de quelque chose. L'idée de demander à Noah de m'hypnotiser pour m'aider à faire remonter les souvenirs à la surface me traversa. Les psy pouvaient faire ça, non ? Je reléguai cette idée folle dans un coin de mon esprit hagard, pour me concentrer sur la réponse de mon père, le fixant avec attention.

« Oh... okay. Pas grave si tu sais pas. Bah. Ils ont dû s'en tirer.» Je prétendis m'en foutre dans une moue blasée qui se mua en sourire de chacal. Ma mère était revenue dans son pays, dix ans auparavant. Son pays. Ciaràn. Shane. L'Irlande ? Je me pinçai les lèvres en songeant au manque de nouvelles que nous avions sur les continents ravagés par les catastrophes naturelles. Étaient-ils tous complètement anéantis ? Y avait-il des chances de survie pour les gens qui vivaient là-bas ? Je voulais croire que c'était le cas. Scrutant le regard fatigué de Roman, je fronçai les sourcils dans un mélange d'incertitude et de nervosité. L'envie me tiraillait de lui poser plus de questions sur eux, sur leurs vies, sur toutes les informations qu'il pourrait me donner à leur sujet ! Mais son geste me retint. Cette façon qu'il avait de se pincer le dessus du nez présageait de l'une de ses grosses migraines qui le martyrisait. Je renonçai aussitôt à insister. A quoi bon le torturer rien que pour nourrir ma curiosité ? Et dans le fond, j'en avais rien à foutre, merde. Je laissai tomber dans un hochement de tête pour lui signifier que je clôturais ce sujet pour de bon, le cœur serré malgré moi.

Il s'inquiétait pour moi. Profitant qu'il s'allume sa clope, j'avais tenté de lui parler un peu, sans savoir exactement ce que j'avais envie de lui dire. Ses précédentes paroles avaient été si fortes, si puissantes que j'en restais encore ébranlé. Le cœur battant, je décoiffai un peu plus ma tignasse, fourrageant nerveusement entre mes mèches de cheveux en essayant de lui offrir un tableau récapitulatif de ma vie. Un sourire hésitant au bord des lèvres, mes yeux s'agrandirent de surprise à sa répartie. Comment il se la jouait vieux con sans crier gare, lui ? Je pouffai en le dévisageant avec incrédulité, déconcerté autant qu'amusé par ses conneries. Un peu troublé aussi sans doute, parce que je n'avais pas vraiment l'habitude de parler de mecs avec mon père ! Mais surtout parce que d'un seul coup, par une simple boutade, on aurait dit qu'il dressait le portrait d'une famille normale... En quelques secondes, je m'imaginais projeté à cette grande table avec tout le monde autour, toute ma famille. Roman, Laura, Andreï et sa poule, puis les deux gamins, Lizzie et Colin. J'imaginai des rires et de la bonne humeur pendant qu'on s'échangeait d'énormes plats délicieux et odorants, des sauces fumantes, de la dinde rôtie, de la purée de pommes de terre et des légumes à la crème. Et moi en train de faire du pied à je-sais-pas-qui sous la table, pendant que mon père lui faisait les gros yeux. La vache. C'était du n'importe quoi. J'aurais jamais de mec sérieux moi, qu'est ce qu'il racontait ?

Je me mis à rire, les joues un peu plus rouges. Encore cette maudite fièvre, sans doute. « T'es complètement dingue ! » Je fronçai le nez dans un sourire, pendant que sa main m'ébouriffait un peu plus les cheveux. Tout ça c'était du délire, c'était évidemment une vision impossible. Avec la prohibition, comment on pouvait espérer qu'un couple gay soit chaleureusement reconnu par les membres de sa famille ? Si les choses continuaient dans le même sens, le gouvernement imposerait bientôt que les parents tuent leurs propres enfants, coupables d'homosexualité. Pour l'honneur. Pour prouver l'allégeance au gouvernement et à la loi. Ça c'était déjà vu, dans le passé, dans certains pays, loin des États-Unis. Je frissonnai à cette pensée. Jamais je n'aurais pensé vivre ça moi-même. Pourtant, je n'en étais pas moins profondément touché par les délires de mon père... par sa façon de me prédire un avenir si beau, comme ça, avec tellement de spontanéité. Il voulait me faire rire, il voulait être sûr que je sois en sécurité et moi, moi je lui mentais tellement.

J'essayais de poursuivre, sans plus oser croiser son regard, balançant mes mots d'une traite comme ils me venaient. Mes yeux se portaient sur son genou qui se balançait de plus en plus vite. Son silence me fit frémir. Je retenais ma respiration en l’entendant tirer sur sa clope et s'enfoncer dans le canapé. Tout en me mordillant les lèvres, j'osai redresser le regard pour chercher furtivement le sien, perdu vers le plafond. Il était fâché, je le sentais. Il devait comprendre à demi mot. Il avait déjà compris de toute façon... Lorsqu'il parla enfin, tous mes muscles étaient tendus. Je fronçai les sourcils dans une moue incertaine. Me gonflant les joues, je relâchai peu à peu mon souffle. Sans savoir que répondre, je restai silencieux. Est-ce que je pourrais vivre avec ça ? Je n'en savais rien du tout. Mais je n'eus pas le temps de lui répondre que déjà, il me rattrapait pour me rabattre contre lui et j'expulsai un soupir de soulagement, restant là, les yeux inquiets, réfléchissant à la manière de régler ce fichu problème. Il fallait que cette malédiction disparaisse, il le fallait ! Et les médoc que j'avais reçu devraient bien finir par me l'arracher tôt ou tard. Je pourrais résister !

« Tu l'as... senti ? Oh... hm. Non mais t'inquiète, je gère un max. J'vais tout arranger et ça va aller... au poil.»

Aux poils de foutu chacal. Je restai un moment immobile, réfléchissant à tout ça, lové dans le creux de son épaule. Sa façon de se voir comme un monstre me troublait aussi. Il le voyait bien qu'on était entourés de véritables créatures démoniaques, ressurgies des enfers. De gens atteints de malédictions si terribles qu'elles les transformaient en bêtes féroces, n'ayant plus rien d'humain. Pourtant, sa réponse me choqua tellement que je me redressai, quittant son flanc pour le fixer d'un regard interdit. Est-ce qu'il se foutait de moi ? Est-ce qu'il... essayait de minimiser la chose pour me rassurer ? Je ne sus que répondre à ses mots. "Si les loups-garous étaient des monstres, ça se saurait." Mais... ça se savait, justement. Enfin, je ne voyais pas ce qu'il lui fallait de plus pour me cataloguer en une putain de créature monstrueuse. Au-delà de ce paradoxe, je fus frappé par son insistance sur la spécificité des sorciers dont il faisait partie. Comment pouvait-il se sentir monstrueux au fond de lui même alors qu'il n'avait jamais rien fait de mal ? Je découvrais des choses sur mon père dont je n'avais absolument jamais eu conscience. Bien-sûr, il m'avait foutu la frousse quand j'étais jeune mais... je n'aurais jamais imaginé que lui-même aurait vécu tout cela aussi difficilement. C'était pourtant le cas et je sentais qu'il avait du mal à en parler. Je l'écoutais pourtant, médusé, buvant ses paroles sans le relâcher du regard.

Quand il proposa d'aller voir un psy lui-même, je ne pus retenir une grimace pincée à cette demie-boutade. Roman chez Noah ? Manquerait plus que ça que mon père ressorte avec une malédiction collée au train... Je frémis en secouant la tête avec énergie. « Non, non, vas pas le voir ! Enfin j'veux dire... euh ouais. J'suis pas sûr que vous vous entendiez, t'as raison, c'est pas ton genre. »

Je soupirai un peu pour me reprendre, dans un plissement de front. Mon père devenait plus taiseux. Je sentais qu'il n'avait pas envie de s'étaler sur le sujet et pourtant... je réfléchissais à ses mots, essayant de comprendre ce qu'il devait ressentir et qu'il cachait à tout le monde depuis si longtemps. Ainsi, on laissa s'étendre un moment de silence entre nous, avant qu'il ne reprenne la parole, d'un ton plus léger. Un ton détaché, pour me dire des trucs que je ne compris pas immédiatement. Me poser, comment ça me poser ? « Hein ? » Interloqué, je l'interrogeais du regard avant de froncer les sourcils à ces derniers mots, sans aucune envie de rigoler avec ça. « Mais pourquoi tu parles de crever, arrête hein. J'suis heureux j't'ai dit. Et... je suis posé là, non ? » Sérieusement, je ne voyais pas où il voulait en venir et je poursuivis, sur un ton prudent, sans cesser de le dévisager de mes yeux interrogatifs. « J'ai posé mes bagages dans ton appart, comme j't'ai dit. J'ai pas l'intention de partir moi, je reste avec toi, p'pa. C'est ici que j'me sens à ma place, pas ailleurs.» Je baissais les yeux, masquant ma gêne par un demi-sourire, avec un vague embarras. C'était tellement flippant de lui dire tout ce que j'avais sur le cœur alors qu'on ne se disait plus rien depuis si longtemps, mais à la fois, ça me soulageait, dans un sens. Dans tout ça, le plus important, c'était son insistance à me voir heureux et je me grattai la tempe, perdu entre mes pensées fébriles et ma sourde anxiété. « Tu vas pas crever de sitôt alors relax. T'es en super forme, tu pètes la santé et tu nous enterras tous. » Voilà des arguments solides que je lui assenai avec assurance. Non mais.

Je me redressai pour mieux le contempler, dans un sourire que je ne lui avais plus offert depuis longtemps. Celui d'un môme fasciné par son père. Il regardait toujours en l'air, cette petite trace de peinture avec l'empreinte de la main de Laura. Sa voix était fatiguée, si pleine de lassitude et de tristesse derrière son apparente décontraction. Je lui piquai la clope qu'il tenait en main pour en inspirer une franche bouffée, histoire de ramener son attention vers moi.

« Je sais qu'elle te manque... Mais t'as pas à t'en faire, je veux rester ici, p'pa j'te promets et j'vais t'aider à gérer la famille, ça va aller comme sur des roulettes. » Je marquai un temps de pause avant de poursuivre. «  Et puis j'voulais te dire... J'sais bien ce que ça fait que d'être différent, tu sais. Tu grandis avec ça comme un secret. Tu vis avec. T'as peur de pas être normal, d'être pas bien. Les gens te font sentir que tu l'es pas. Mais toi, tu m'as appris que c'est pas parce que les gens me disent que j'suis un taré que c'est la vérité.»

Sans doute qu'il ne voyait pas les choses de la même façon. Pourtant, ça me paraissait  appartenir à la même base. Dès qu'on était différent, qu'on sortait de la norme, qu'on avait des comportements, des pensées ou des attirances qui différaient des autres, on était rejeté. On nous pointait du doigt. Et nous-même, on avait honte de ce qu'on était, parce qu'on ne nous acceptait pas. Parce qu'on avait peur d'être mauvais. Je n'ajoutai rien de plus, volant quelques bouffées à la clope de Roman en silence. Peut-être qu'on allait encore se fritter à l'avenir, lui et moi, sûrement même. On avait des caractères trop volcaniques, trop impulsifs. Mais une chose était sûre et je voulais qu'il le comprenne. Rien ne m'importait plus que d'être auprès de lui. Auprès de ma famille. Il ne se rendait pas compte que les seuls moments où j'étais vraiment malheureux étaient lorsqu'on se disputait et que je me sentais si éloigné de lui. Mais à présent qu'une lueur d'espoir était apparue, que je pouvait voir qu'il ne voulait pas que je dégage et qu'il s'intéressait vraiment à moi, alors... peu importait tout le reste.

La fièvre m'avait laissé fragile et sans force. Pourtant, la douleur avait disparu, grâce à lui et je me sentais bien mieux. De son coté, par contre, son visage cerné paraissait bien trop pâle. Je lui rendis sa clope en fronçant les sourcils.

« En fait, y'a un truc qui me rendrait vraiment heureux là. Tu sais franchement... p'pa... j'ai tellement envie, tellement envie d'un... un énorme sandwich au poulet ! Avec du ketchup, des oignons et des petits cornichons ! » Rien qu'à décrire tout ça, mes yeux brillaient et je salivais en me léchant les lèvres. Qu'est ce que j'avais faim, putain ! Je lui lançai un regard suppliant. « Dis moi que le frigo n'est pas vide... j'ai pas la force de descendre acheter quoique ce soit. » En supposant que j'ai du fric pour le faire. Soudain, un éclair de génie me traversa et un sourire étira mes lèvres au moment où j'annonçai mon idée à Roman, surfant sur la vague de mes pensées trop vives. « Attend, tu sais c'qu'on va faire ? On va commander des gros hamburgers géants et des frites au bistrot du coin ! J'vais prendre un panier, y attacher une corde et l'accrocher au balcon. Ils n'auront qu'à tout foutre dedans sans même qu'on ait à se fatiguer ! Sans dec, c'est l'idée du siècle, j'en reviens pas d'être si intelligent, j'me pâmerais bien devant moi-même.» Avec un enthousiasme survolté, je me redressai déjà pour traverser la pièce d'un pas chancelant et aller fouiller le placard à balais de la cuisine.

On avait bien de la grosse ficelle là dedans, non ? A défaut, je décidai de me servir de la corde à linge et du panier à commissions. A cette nouvelle idée, j'ouvris lestement la porte coulissante du balcon, un peu dure pour mes faibles forces. Cela dit, je n'allais pas rester à crever de faim sans bouger. Une fois que l'idée de nourriture avait pénétré mon cerveau, on avait bien du mal à l'en déloger. C'était la faute de Roman avec ces histoires de grands dîners familiaux, j'entrevoyais déjà un fabuleux festin, moi. Pas question que je crève de frustration la bave aux lèvres. En plus j'avais assez chialé, il fallait que je bouge. Il fallait que je me défoule. Une fois sur la petite terrasse, j'entrepris de détacher la corde à linge pour la glisser autour des poignées du panier. Je sifflai déjà entre mes doigts, à l'intention du commerçant, que je connaissais bien en tant que voisin. Il allait bien finir par m'entendre. « HEY !! MANU ! » Me retournant vers l'intérieur, je cherchai mon père du regard. « Tu veux des frites ? » Sans transition, je me redressai, posant mes mains autour de ma bouche pour faire porte-voix.  « HEY MANU ! ON VEUT DES BURGERS ! OUAIS DEUX ! ET DES FRITES. ET DEUX SODAS OUAIS ! » On allait pas se laisser aller, bordel de merde ! Gueuler me faisait un bien fou, tout autant que de sentir le vent frais sur mon visage ! Me penchant joyeusement par dessus la balustrade, au risque de tomber du quatrième étage, j'avisai le mec qui me répondait par gestes. Ravi, j'empoignai le panier vide, un large sourire sur ma face de chacal. Ne restait plus qu'à mettre un peu d'argent dans le panier et je retournai vers papa mon plus beau regard. « C'est quinze dollars, il a dit.»




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The Jackal comes, blood lust on his lips. He craves the dead, our lives in his grips. He's after our hearts, he'll chew and swallow. Blood pours from his mouth, our lives will soon follow. Death comes to those who wait, He feels this. Eyes wide. We try to run from our past, but the truth we cannot hide.


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