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 Crystalised || Mikkel

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ANIMAL I HAVE BECOME

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MessageSujet: Crystalised || Mikkel   Mar 8 Nov - 15:45





Mikkel & Lazlo
featuring

Le bras de sable s'était dressé devant lui. Agenouillé, contraint, immobilisé, il ne lui restait plus que ses yeux pour pleurer. Et le visage déformé de Mikkel, devant lui, hurla. La douleur, une douleur si vive, si intense alors que le sable arrachait ses chairs, brisait ses os, s'enroulait tout autour de son coeur pour mieux s'en emparer. Cette hébétude de voir cet organe pourtant caché, pourtant secret, soulevé hors de son torse. La douleur ravageant tout son être, cette douleur atroce. Puis le mépris. Le dégoût. Et les doigts de sable qui écrasaient le misérable organe.

Lazlo n'avait pas le souvenir de s'être endormi. Il repoussait tellement le sommeil, ces derniers temps, qu'il avait l'impression de lui être infidèle. Et ce dernier était une maîtresse capricieuse. Si capricieuse qu'il fut pris d'une quinte de toux. Que du sang atterrit dans sa main. Et qu'il eut tout juste le temps de courir jusqu'aux toilettes pour rendre ce que son estomac ne contenait de toutes façons pas. Un frisson l'étreignit, ce froid constant qui régnait sur chacun de ses membres depuis sa sortie de l'Arène. Un froid mordant, dévorant, qui serrait si fort ses muscles qu'il émit un dernier hoquet douloureux en crachant ce qui lui restait de bile. Il se laissa glisser contre le mur à côté de la faïence, une main désespérément plaquée sur son cœur. Il avait si mal.
Putain de mal.

La vie avait dû reprendre, malgré les caprices cyniques du Gouvernement. Il n'avait pas vu passer son temps en cellule, car inconscient. Il n'avait pas vu passer l'interview, car dans un état second. A deux pas de la folie, il avait ricané aux blagues de Danny Clocker sans avoir compris un traître mot de ce qu'il avait raconté. Pâle comme la mort. N'était-ce pas un euphémisme en considérant que lui comme ses compagnons d'infortune avaient effectivement connu la mort ? Sacré Danny, toujours aussi drôle.
Mohini, en entendant qu'il sortait enfin, s'était précipitée devant les porte de l'Arène pour le raccompagner. Il avait poliment décliné son offre. Tristan. Il était persuadé d'avoir aperçu Tristan du fin fond de son malaise, sur l'écran plat dans sa cellule. Et s'il avait failli y passer avec les répercussions de ce maudit jeu, il ne voulait pas laisser son ami sortir seul. Mohini avait compris. Il n'avait qu'à l'appeler s'il avait besoin, en sachant pertinemment qu'il ne le ferait pas.

S'occuper de son ami avait duré un temps. Un temps trop long, trop court, Lazlo ne savait plus trop. Les journées s'étaient suivies, chargeant les souvenirs brutaux par nuées. Et ces nuées étaient tout juste apaisées avec Tristan. Avec la drogue. Avec ses animaux.
Mais maintenant qu'il était seul à nouveau, les cauchemars le suivaient même durant ses périodes d'éveil. Son poumon gauche, son coeur, lui faisaient toujours aussi mal. Il toussait toujours du sang, dans ses moments de faiblesse. Les sorciers guérisseurs lui avaient dit que ça durerait encore un peu. Qu'il fallait s'y faire, ça passerait. Leur ton compatissant et leur petite tape amicale sur son épaule quand ils disaient ça lui avaient filé la gerbe. Ce n'était pas de temps dont il avait besoin. C'était de s'occuper. S'occuper nuit et jour. Ne pas dormir. Se forcer à manger. Se forcer à ne pas sombrer, à ne pas pleurer. Comment les organisateurs de ces foutus jeux espéraient-ils ne pas laisser une marque indélébile dans les âmes qu'ils avaient emportées ? Ces enfoirés. Ils le savaient très bien.

Lazlo était monté sur le toit, une couverture enroulée sur ses épaules. Il avait été accueilli par un amas de plumes et de roucoulements en entrant dans la cabane, et Dita s'était perchée sur son chignon, fourrant son petit bec dans les creux que faisaient ses cheveux, y déposant tous les baisers du monde. S'occuper. S'occuper quand la douleur devient trop forte, s'occuper pour ne plus penser. S'occuper pour ne plus voir le visage de Mikkel, pour ne plus sentir sa haine et son dégoût. Pour ne plus se souvenir de rien d'autre que d'exister, exister après qu'on vous ait arraché le cœur. Métaphoriquement, figurativement. Littéralement.
Pendant une heure, il avait lâché ses oiseaux, entraînant les plus jeunes à rejoindre son bras. S'occuper. Il leva son bras en l'air, poussant les oiseaux à s'envoler à tire d'ailes. Sifflant doucement, il guida leur vol avant de claquer des doigts. Dans un froissement de plumes, les pigeons bifurquèrent et revinrent se percher sur son avant-bras. S'occuper. Il se sentait si vide. Désespérément vide. Sa main libre attrapa les grains de millet dans l'écuelle qu'il avait posée à proximité alors qu'il récompensait les bons élèves. Quand il releva le nez, Daniel l'observait. Mauvais pour le vol mais un bon reproducteur. S'occuper. Il attrapa l'oiseau, glissa un message dans sa bague, et l'envoya rejoindre son homonyme. Ca suffirait.
Il fallait que ça suffise.

Daniel était grand. Daniel était attentif, trop attentif, étouffant, même. Daniel avait potentiellement l'âge d'être son père, ses cheveux anciennement noirs virant sur le poivre sel. Et Daniel, comme son alter-ego volatile, était un excellent reproducteur. Daniel vola ses pensées pendant une bonne après-midi et occupa son corps toute la nuit. Ses doigts couraient encore sur sa peau le lendemain matin, alors que ses sourcils épais, soucieux, s'étaient froncés en réalisant qu'il n'avait pas dormi. Lové au creux de ses bras, ce vide indicible dévorant toujours plus son âme en miettes, Lazlo avait forcé un sourire. Ca va aller. Le soleil finit toujours par pointer à travers les nuages, à un moment donné. Du moins c'était ce qu'il fallait croire. C'était ce que tout le monde voulait entendre, Daniel compris. Lazlo avait refermé les yeux, juste un quart de seconde. Quand il les avait rouverts, le visage entêtant de Mikkel lui faisait face. La terreur dévala ses veines, ses muscles se comprimèrent. Ses poumons aussi. Pris d'une violente quinte de toux, il cracha de nouveau du sang entre ses doigts. Jusqu'à ce que Daniel revienne avec des mouchoirs et caresse son dos jusqu'à ce qu'il se calme.
Daniel était doux. Mais Daniel posait trop de questions. Daniel le confortait dans un cocon, une bulle de gentillesse qui était de trop pour l'Oiseleur. Et ce vide. Ce putain de vide.

Il prit le départ de son amant comme un signe qu'il serait enfin vraiment tranquille. Perchée sur le dossier d'un des canapés, Dita pencha la tête sur le côté après qu'il ait fermé la porte. Cette bête comprenait jusqu'à l'inavouable. Maline comme un humain. Le message enroulé autour de sa patte, elle s'envola à tire-d'ailes vers Bourbon Street. Et si c'était une connerie, si c'était même la pire connerie de sa vie vu ce qu'il venait de se produire, vu son état général, vu ce qu'il avait pu faire ou dire, Lazlo l'avait quand même envoyée. Malgré les conseils avisés de Daniel, il avait envoyé la colombe chercher le seul qui puisse combler le vide. Le message était simple. Expéditif.

Viens chez moi. L.

Trois fois rien, parce qu'en vérité il ne savait pas ce qu'il pouvait bien lui dire. Dans tout cet embrouillamini de pensées confuses, il n'avait pas vraiment réfléchi à la question. Il ne s'était pas vraiment demandé ce qui allait arriver si jamais Mikkel venait effectivement le voir, s'il lui parlait. S'il le voyait. Un nouveau frisson d'angoisse parcourut son corps, alors qu'il sentait son coeur s'accélérer. Son souffle se raccourcir. La panique qui montait, qui grondait, sourde et capricieuse. Les visions qui défilaient devant ses yeux, le paralysant dans son propre salon, alors qu'il en était pris au piège. Et son souffle qui n'en finissait plus de s'étrécir, et ses inspirations capricieuses qui n'en finissaient plus d'assombrir son regard. L'inconscience lui happa les jambes alors qu'il s'effondrait sur un des tapis mités jonchant le sol. Le noir. Un noir d'encre, sans rêves, sans cauchemars. Pour une fois.

Ce furent les coups de becs de Dita qui le ramenèrent à la vie, la colombe picorant rudement le bout de son nez, ses pommettes et son front pour qu'il se réveille. Il ne savait pas combien de temps ça avait duré, suffisamment pour qu'elle revienne apparemment. Encore vaseux, il attrapa une veste trop grande pour lui et s'enveloppa dedans.
Puis on frappa à la porte. Des coups discrets, hésitants. Et la douleur dans sa poitrine qui s'accentuait. Comme si elle sentait son appréhension, Dita fit claquer ses ailes et se posa sur son épaule. Un soutien, même infime, qui réchauffa un peu ses os alors qu'il ouvrait la porte.

Mikkel. Mikkel lumineux, beau comme une apparition divine. Saint Mikkel, patron des causes perdues, des beuveries, et dieu de la fesse. La crise de panique précédente l'avait anesthésié, suffisamment pour que ses lèvres charnues, blanchies par l'anémie s'étirent dans un sourire. Le premier vraiment sincère depuis sa sortie de l'Arène.

-Merci d'être venu.

Merci. Du fond de ce cœur qui lui faisait encore mal, encore fébrile, encore détruit, merci d'être là. De cet éternel geste théâtral qu'il faisait constamment, il l'invita à entrer. Des retrouvailles étranges. Insatisfaisantes alors qu'il se dirigeait d'office vers le canapé, s'efforçant de ne pas céder à l'appel de ses bras, à l'appel de ses lèvres. S'efforçant de ne rien dire, de ne rien trahir, comme d'habitude. S'efforçant de taire cette bouffée d'adrénaline qui le dévorait, qui réchauffait tout son corps, à chaque fois qu'il était dans la même pièce que lui. Et s'il était fatigué de se battre contre ses chimères, contre les apparitions de l'Arène, il lui restait encore suffisamment de forces pour se battre contre lui-même.
Comme toujours. Ce qui était une bien belle connerie.

Sentant son propre malaise se répercuter sur sa colombe, qui gonflait subrepticement ses plumes sur son épaule, il l'attrapa délicatement entre ses doigts et grattouilla son cou et sa nuque avant de la reposer sur le dossier du canapé. A chacun des pas que Mikkel faisait dans sa direction, son image renvoyait l'écho du spectre de sable. A chaque fois qu'il baissait les yeux, il revoyait son regard devenir noir, entièrement noir, dénué d'âme, dénué de vie. Alors il se força à pousser une boutade, de très mauvais goût, certes, mais une boutade quand même.

-Surprise, je suis encore vivant ! Ca t'en bouche un coin, j'suis sûr ! Et trois jours après ma mort officielle, si c'est pas beau. T'as le droit de m'appeler Jésus.

La cicatrice ovale sur son torse se mit à le brûler. Dans un élan absurde de cynisme, les organisateurs des Forgiven Days avaient décidé de garder leurs vies sous clés. Remisées dans un placard jusqu'à la fin de la fin, jusqu'à ce que les finalistes, Tristan, Grayson, une nana appelée Esperanza et un gars du nom de Declan, aient poussé leur dernier soupir. Les clameurs de son compagnon d'infortune, Timothée, lui revinrent clairement en mémoire. Ce couillon avait passé sa vie à l'appeler Jésus. Vu qu'il était revenu, effectivement, d'entre les morts, c'était une blague suffisamment drôle pour être faite.
Sauf qu'elle n'eut pas l'air d'avoir l'effet escompté. Se mordant la lèvre inférieure en flairant une nouvelle dose de malaise, Lazlo se tordit un peu les mains. Baissa le nez, de toutes façons incapable de regarder son ami dans les yeux. Son amant. L'homme qui était capable de combler ce vide lancinant dans sa poitrine. L'homme qui l'avait accessoirement créé en lui arrachant la seule chose qu'il aurait jamais aimé lui donner.

-T'as raison, c'était pas drôle. Trop tôt. Excuse-moi.

La communication était difficile, avec cette foutue boule qui s'était formée dans sa gorge. Dans un geste qu'il avait répété tant de fois ces derniers jours qu'il ne les comptait plus, il tira la table basse pour se rouler un joint puis l'allumer. Il tira une bouffée avant de le tendre à Mikkel, et se renfoncer dans le canapé défoncé, laissant la drogue faire son office. Anesthésier ses sens. Et lui donner le courage de poser à nouveau un regard moins clair, bien plus vitreux, sur son ami.

-T'as une tête à faire peur, Saint Mikkel. On dirait que t'as vu un fantôme. J'sais pas trop ce qu'il s'est passé ces derniers temps, ou comment ça s'est passé pour vous autres. J'espère que c'était pas trop, comme les dernières fois.

Les derniers Jeux avaient déjà été l'Enfer sur Terre. Dans cette crasse abjecte de couleurs vives et de paillettes, dans le laïus enjoué et haïssable de ce pantin de Danny Clocker. Dans ce matraquage permanent, encore et encore, où toutes les chaînes diffusaient en boucle chacun des meurtres qui s'y opéraient avec une morbide complaisance.
Ses doigts glissèrent le long du bras de Mikkel, en quête de contact. En quête de réconfort, un réconfort enfantin, à défaut de lui demander ses bras. Le contact avec sa peau était toujours aussi électrique. Jusqu'à ce que le vide se creuse, jusqu'à ce que son coeur détruit hurle à l'agonie. Jusqu'à ce qu'il désespère de retrouver le réconfort de ses lèvres, la chaleur de son corps. Mais ça, il ne pouvait pas le lui demander.
Il n'en avait pas le droit.
Alors il se contenta de dessiner des arabesques sur son avant-bras, distraitement, pour ne pas le regarder dans les yeux. Comme il le faisait quand l'envie de plus devenait trop sourde. Et sa voix rauque d'avoir toussé tant de sang de reprendre, doucement.

-J'espère que ça a été pour toi...







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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Mar 29 Nov - 19:47


« I've been down on my knees and you just keep on getting closer »



 
Mikkel & Lazlo
featuring

Les paroles du chef de service ricochaient sur moi sans m'atteindre alors que je les écoutais sans les entendre. Des engueulades où les mêmes mots revenaient régulièrement, comme des rimes dans une chanson cynique. Mes retards à l’hôpital avaient pris un peu trop d'ampleur ces derniers temps, l'équipe se plaignait de ne pas pouvoir compter sur moi à l'heure, ils blâmaient ainsi mon manque de rigueur, mon excès de nonchalance. Parallèlement à ça, les ragots allaient bon train sur moi. Depuis que mon prénom avait été cité à la télé, les soupçons sur ma déviance ne faisaient qu'augmenter. Il fallait dire que je n'avais jamais été capable d'être très discret, de toute manière. Les mains enfoncées dans les poches de ma blouse, j'inclinais la tête, dans une mine grave pendant que le chef gueulait à mes oreilles tout le mal qu'il pensait de moi. Cela aurait pu durer encore longtemps vu l'ampleur du mépris qu'il semblait me vouer. Il me fixait de ses petits yeux porcins, sa masse graisseuse débordant du fauteuil où il était installé tandis que moi, j'étais condamné à attendre debout devant lui qu'il ait finit son interminable diatribe. Mes pensées m'emmenaient bien loin de ce satané bureau, cependant. Parce que depuis le relancement des Hunter's Seasons, mon esprit était si totalement concentré sur les arènes qu'il m'était impossible de penser à quoique ce soit d'autre, au point de négliger toutes les obligations de mon quotidien. Au point de négliger de me nourrir ou de dormir, au point de détruire mes neurones à grand renfort de came, bien plus intensément que je ne l'avais jamais fait. Alors okay, mes responsabilités professionnelles en avaient pris un coup durant cette sinistre semaine. Selon le chef, tout le monde en avait marre du sale flemmard que j'étais, marre de mon inconséquence, marre de mes retards. « Poil au falzar. » Je murmurais cette connerie d'un ton distrait, trop las pour même trouver ça drôle. Ma vie n'était qu'un gros tas de morve purulente dans le fond d'un bidet rouillé. Gracieuse image…

« Qu'est ce que vous dites, Ievseï ? »  « Nan rien, j'ai dit c'est vrai, z'avez raison sur toute la ligne. Vous êtes clairvoyant, j'suis qu'un sale crevard. Nom d'un calamar. » « Vous vous foutez de moi ?  » Le mec s'était redressé, ses bajoues frémissantes alors que ses lippes happaient l'air à la manière d'un crapaud. Pourtant, je me laissais aller à lui offrir un sourire enjôleur, le dévorant du regard comme s'il me faisait un effet dingue.  « Jamais j'oserais, ce serait mon pire cauchemar.  J'suis trop trouillard. Et vous êtes… si impressionnant comme gaillard.» «  Je m'attendais à ce qu'il me vire sur le champs, sans autre forme de procès mais il se contenta de me fixer un long moment sans que je ne cesse de flirter avec lui outrageusement. Peut-être que mon attitude était suicidaire, je ne me posais pas la question. Pourtant, dans mon malheur, j'eus un coup de bol formidable auquel je ne m'attendais pas du tout. Et au lieu de dénoncer aux autorités ma réputation sulfureuse, il se contenta d'en profiter en me faisant passer sous son bureau en quelques mots plus complaisants. Une fulgurante surprise de la part de ce mec que j'avais toujours pris pour un homophobe convaincu. Je n'eus pas le moindre scrupule à prendre soin de la chose cachée entre ses bourrelets de graisse. Mon esprit était anesthésié pendant que mes lèvres œuvraient, rien n'avait d'importance, pas la moindre.

Je revins dans l'antre familial en fin d'après midi pour tomber sur mon grand-père comateux qui venait manifestement de se lever. Andreï eu le temps de me balancer quelques répliques bourrues de son ton bien à lui pour me prouver qu'il s'était levé du pied gauche, un peu comme d'habitude. Il me rappela donc que j'étais une larve, doublée d'une lopette, au cas où je l'aurais oublié, et que je n'arriverais jamais à rien si je refusais d'accepter enfin de me battre, comme un Ievseï digne de ce nom. Parmi ses descendants, Lizzie était la seule à avoir des couilles, selon lui. Je sentais déjà mes tempes battre au rythme de cette colère qui m'envahissait mais mon bourrin de grand-père ne me laissa pas le temps de lui rétorquer quoique ce soit et prit la porte qu'il claqua avec violence, me laissant seul dans l'appartement. Mon regard dévia vers l'écran de télévision qui diffusait en permanence des extraits choisis des Hunter's Seasons. Les meilleurs moments étant selon eux les scènes les plus sanglantes… Ma tête me tournait et j'infligeai un violent coup de pied dans cette foutue télé en poussant un juron. Je me précipitai vers la porte-fenêtre pour aller aspirer un peu d'air frais sur le vieux balcon. C'était là que je me réfugiais pour aller fumer, les jambes glissées entre les barreaux de la rambarde, pendant dans le vide. J'appuyais mon front contre la barre transversale, clope en bouche, le regard éparpillé. Quand cet oiseau blanc se posa à mes cotés, je cillais légèrement, surpris par son culot. Il n'avait pas l'air farouche et après l'avoir observé avec plus d'attention, je remarquai le petit message enroulé autour de sa patte. Mon cœur se serra alors brutalement, quand je compris d'où il provenait… Je restai immobile, comme figé pendant un certain temps avant de me résoudre à détacher le billet, dans un état second, sans même trouver étrange le comportement de cette colombe, venue se poser contre mon bras.

Je n'arrivais pas à penser correctement ni à réfléchir. J'avais pourtant tenté de le faire, tout le long du trajet qui devait me mener à ce quartier mal famé. Mon cerveau me paraissait poisseux d'une brouillasse obscure qui me freinait comme si je nageais dans une piscine de gadoue. L'abus de coke de ces derniers jours se faisait durement ressentir dans mes muscles douloureux, dans ma nervosité sidérante. J'essayais de la contenir mais elle me faisait trembler sur le siège dégueulasse du métro où j'étais crispé. Quand il s'arrêta au Treme, je me redressais d'un bond pour m'élancer dans les rues sales où un vent tiède m'agressa. J'étais toujours aussi incapable de savoir ce que je ressentais quand je gravis les escaliers de fer noir accrochés à la façade de l'usine, m’imprégnant de cette ambiance familière que j'avais évitée depuis un bon moment. Toutes les odeurs me paraissaient plus fortes, plus chargées de souvenirs et d'émotions fugaces. Mes sens de métamorphe m'offraient une multitude d'informations que je n'étais pas en état de gérer ni même d'appréhender réellement. La descente de came ne faisait qu'amplifier l'état désastreux de mes pensées enchevêtrées, entre colère, paranoïa et tristesse. Les muscles raides, le front lourd et le regard sombre, je frappai quelques coups à la porte, retenant mon bras, alors que j'aurais souhaité la défoncer pour passer mes nerfs.

J'ignorais quel effet cela me ferait de le revoir, alors que j'avais assisté à sa mise à mort dans toute son horreur, dans l'impuissance la plus totale. Ses douleurs avaient dû dépasser ce que l'esprit humain pouvait concevoir et moi, je n'y arrivais pas, je n'y arrivais pas... J'aurais pourtant voulu les prendre avec moi, emporter une part de ses souffrances, comme si j'aurais pu l'en délester en me mettant à sa place dans une empathie enragée. Parce que c'était la seule chose que je pouvais faire, parce que cette impuissance devant mon écran, à me trouver si loin et si proche à la fois, me rendait cinglé. Mais ce qu'on lui avait infligé dépassait mon propre seuil de tolérance et mon esprit en état de choc s'était bloqué sur les dernières images. Celles où Lazlo avait subi le traumatisme de se faire agresser dans la plus extrême des violence par ses proches. Par moi… Dès lors, j'avais tout refoulé, comme si rien de tout ça ne s'était produit. Tuant mes pensées à grands renfort de came, mes émotions s'étaient noyées au fond de mes entrailles. Quand Danny Clocker avait annoncé dans un grand éclat de rire que tout cela n'était que des illusions, j'étais resté prostré devant mon écran, incapable de réaliser ou d'y croire, la tête remplie d'un brouillard opaque. Et ce même brouillard ne m'avait plus quitté jusqu'à ce que je me retrouve là, sur le seuil de l'appartement de Lazlo, les muscles secoués de spasmes douloureux et le regard explosé.

Ce fut un spectre qui m'ouvrit la porte. Pâle comme la mort, il paraissait d'autant plus amaigri et fragile, perdu dans cette immense veste qui l'enveloppait. Des plumes blanches voletèrent devant mes yeux et pendant une seconde fugace, je crus qu'il s'agissait du symbole de l'âme, échappée d'un paradis invisible. Quand je baissais les yeux sur le visage de Lazlo, la vision de son sourire fit frémir mes lèvres dans un léger rictus, en un réflexe instinctif. J'ignorais si j'avais envie de rire aux éclats ou de me mettre à hurler pour extérioriser enfin cette angoisse violente qui menaçait d'exploser à tout instant. Le chacal grattait les parois de ma carcasse, je pouvais presque entendre ses glapissements nerveux hurler dans ma tête. Foutu chacal toxico, le manque de came provoquait en lui une dépression si grave qu'il se sentait prêt à tuer pour ça. Il n'y avait rien d'autre dans ma tête que ces hurlements lugubres, je me sentais piégé à l'intérieur de mon corps, incapable de penser, dévisageant mon ami ressurgi du royaume des morts qui me remerciait de ma venue.  « Oh... j't'en prie. » Mon murmure me paru décalé dans cette situation étrange et irréelle où j'avais la sensation que rien n'était vrai, comme si je flottais dans une autre dimension où je n'avais pas ma place, incapable de me sentir appartenir à la scène, la nervosité et l'angoisse écrasant tout le reste. J'aurais voulu le toucher, l'attraper pour le secouer et lui demander s'il était bien vivant mais ma réaction aurait été sans doute bien plus intense que je ne l'aurais voulu et je n'osais libérer toute cette charge émotionnelle qui couvait en moi comme une bombe. Mes quelques secondes d'hésitation furent de trop car il s'effaçait déjà, dans une révérence, à laquelle je répondis par un vague mouvement de tête.

Je le suivis comme un automate, fermant la porte derrière moi avant d'aller le rejoindre auprès du canapé, le regard flottant. Les lieux n'avaient pas changés depuis la dernière fois, ils étaient toujours aussi fortement imprégnés de tous ces souvenirs joyeux et insouciants. Pourtant, aujourd'hui tout me paraissait différent, il régnait dans l'air quelque chose d'intangible, au-delà de cette multitude d'odeurs que je percevais avec plus de force que jamais. Ça sentait le cannabis, ça sentait le vieux cuir, ça sentait le sexe. L'odeur de Lazlo mêlée à celle d'un autre, l'odeur du thé à la canelle, l'odeur de la fiente de pigeon, l'odeur d'un reste de pizza froide. Même Dita, la colombe, me paraissait étrange, nimbée d'un parfum que je n'étais pas sûr de reconnaître et qui me parvint en une discrète bouffée quand elle gonfla ses plumes. Je suivis le mouvement de Lazlo d'un regard absent avant de me poser à mon tour sur le canapé, à ses cotés, désorienté par cette espèce de distance inédite entre nous. Mes sourcils se froncèrent à sa réplique qui me percuta comme un ballon de volley-ball après un smach et je lui balançai un regard effaré devant le cynisme poisseux qui se dégageait de tout ça. Incapable de rien rétorquer sur le moment, il dû comprendre par mon silence que je n'étais pas enclin à ce type d'humour en ce moment… Dire que je me marrais pour un rien d'habitude mais là, je ressentais juste avec plus d'éclat cette accumulation de rage qui bouillait dans mon ventre comme un volcan. Une rage contre moi-même, contre l’absurdité de ces retrouvailles si froides et étranges… Je préférais ne rien répondre, secouant la tête à ses excuses avant de me frotter le visage de mes paumes, comme pour le nettoyer de ce foutu brouillard. Relâchant un soupir, je me laissais aller contre le dossier du canapé, m'y enfonçant mollement  en observant Lazlo se rouler son joint. Mon regard tomba sur sa main tendue.  « Pourquoi pas rajouter encore un peu plus de flou dans mes pensées, tiens, bonne idée. Jésus… non mais putain de merde. » Cueillant le bédo sans réfléchir, je le portai à mes lèvres pour en inspirer une bouffée avide, les yeux fermés, comme si ça pouvait m'aider à contenir un peu mieux toute cette tension que j'écrasais tout au fond de moi-même.

Restant ainsi pendant quelques secondes, je sentais son regard sur moi pendant qu'il reprenait la parole mais mes paupières restèrent obstinément closes jusqu'à ce que je relâche enfin mon souffle dans une longue exhalaison de fumée. Le contact de ses doigts contre ma peau me fit à peine tressaillir et je retournai le visage vers lui, toujours aussi déphasé, partagé par des envies contradictoires qui se succédaient rapidement dans mes pensées chaotiques. Le désir de l'attraper brutalement dans mes bras pour le protéger du monde entier me coupa le souffle. A la fois la colère me donnait envie de ravager son appartement et de tout envoyer péter. Qu'est ce que j'étais con putain ! Je ne servais à rien, absolument à rien ! Ses derniers mots furent de trop pour moi. Je repoussais soudainement sa main dans une impulsion, comme si elle me brûlait et que son contact m'était intolérable, alors que ce n'était pas lui mais moi, moi qui m’écœurait jusqu'à la nausée !  « Arrête ça ! Putain mais… ta gueule quoi.» Mes propres paroles me heurtèrent par la sécheresse de mon ton qui me dépassait totalement. Tout en me dégageant, je lui rendis le joint, sans doute pour adoucir ce rejet brutal qui me choquait moi-même… Je ne voulais pas ça, vraiment pas du tout, et en croisant son regard bleu, perdu au milieu de son visage si pâle, j'avais d'autant plus la certitude d'être le pire des connards que la terre ait jamais porté. Pourquoi il me regardait comme ça putain, il m'arrachait le cœur et ça me rendait dingue ! Je levais mes mains en l'air, accablé par les sensations qui me prenaient à la gorge et rendait ma voix trop agressive.  « Arrête de tourner tout ça en dérision comme si c'était pas grave ! Arrête de t'excuser ! Arrête de t'inquiéter pour moi ! On s'en fout de moi, non mais tu t'es vu ? Arrête de… de faire ça ! » De me toucher comme ça.

Je me redressai dans un mouvement irréfléchi, incapable de rester assis sans bouger plus longtemps. Mes muscles étaient trop crispés et je balançai un coup de pied dans la table, dépassé par ma colère, cette tension accumulée et cette paranoïa presque psychotique qui pulsait dans mes veines… Le meuble fut propulsé en grinçant sur ses gonds alors que tout ce qui se trouvait dessus tombait mêle mêle sur le sol.  « Putain Lazlo, merde. Tu veux savoir comment ça c'est passé ? J'ai passé mon temps à te regarder, j'ai vu ta mort en boucle à la télé, ton cœur qui… » Mon regard vacilla vers son torse avant de chercher à capter ses yeux qui fuyaient les miens. « Et toutes vos foutues blagues… ça aussi j'ai entendu.» Je grimaçais un peu, incertain de vouloir poursuivre sur ma lancée. Qu'est ce que j'étais en train de faire, putain ? De tout détruire, comme un sale con, tout juste bon à courir droit dans le mur et à foutre en l'air tout ce qui m'approchait. Lazlo ne méritait tellement pas ça, c'était sans doute le mec le plus admirable que j'avais jamais rencontré, un mec qui possédait un courage que je n'aurais jamais pour s'opposer au gouvernement. Un mec avec une âme aussi belle que lui, ce qui était tellement rare… J'aurais tellement voulu être capable de me marrer et de l'attraper par le cou pour me frotter contre sa barbe en riant et lui dire à quel point j'étais heureux qu'il ne soit pas un fantôme et qu'il soit là, faible et blafard mais bien vivant ! Dans un juron sonore, je baissais le regard pour contempler les débris du cendrier brisé sur le sol, mes yeux envahis de picotements. J'allais pas chialer en plus ? Il n'aurait plus manqué que ça pour compléter le tableau que de lui offrir cette scène dégueulasse.

Je levais la main dans sa direction pour lui balancer quelques mots d'une voix écorchée avant de me détourner vivement pour lui masquer mes traits décomposés. « Bouge pas surtout. Tu laisses tes fesses sur ce bon dieu de canapé et tu fumes ton joint. Je reviens. » Je me retournai donc, lui tournant le dos pour m'en aller vers la cuisine d'un pas énergique, dans le but de fouiller ses armoires et dénicher un balais pour ramasser le bazar. J'en profitais pour me frotter discrètement les yeux et respirer un grand coup, une fois la tête camouflée dans le placard. Peut-être bien que j'allais plus jamais en sortir de ce foutu placard tiens, c'était sans doute la meilleure idée que j'avais eue depuis un temps infini. La ramassette se trouvait devant moi mais je fis mine de la chercher un moment, le temps de me reprendre un peu avant de me redresser enfin, lentement. « J'apporterai un autre cendar, la prochaine fois. On sait jamais que j'en trouve un avec une image de saint. Tu pourras me balancer tes cendres dessus tous les jours comme ça. »

 




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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Mer 7 Déc - 3:11

Drop

Mais à quoi s'était-il attendu précisément, en l'appelant chez lui ? Que tout se passerait aussi aisément que d'habitude, que, peut-être, ils parviendraient à en rire ? Que, peut-être, ils parviendraient à mettre toute cette horreur de côté, à la placer loin derrière eux, pour ne plus se retrouver qu'au premier plan. Pour ne plus que se retrouver, à proprement parler. C'était naïf, comme volonté. Naïf et dérisoire, maintenant que Mikkel était là, dans son canapé, maintenant que le seul fait de laisser glisser son regard le long de sa mâchoire attisait ce vide, creusait le gouffre. Comme à chaque fois, il avait caressé son bras par ce réflexe enfantin qui avait toujours signifié son envie. Son besoin du moment, celui de retrouver le goût de ses lèvres, la chaleur de son corps. D'habitude, Mikkel cédait à l'impulsion. D'habitude il n'avait pas besoin de clarifier la situation, il n'avait pas besoin de s'embarrasser de conventions sociales pour pouvoir lui voler un baiser, dans un éclat de rire.
Mais la situation était exceptionnelle. Et à situation exceptionnelle, réaction exceptionnelle.

Ce n'était pas grand chose, pourtant. Juste un geste anodin, juste l'expression du malaise profond que semblait éprouver son meilleur ami. Mais la violence de ses paroles ne fut rien par rapport à ce mouvement bref, subtil. A la façon qu'il avait eu de s'arracher à son contact en levant les mains au ciel, lui refusant par là-même la dernière once de réconfort qu'il lui restait. Le joint serré entre ses doigts, il l'écouta sans mot dire. Interdit. Tout au fond de son être, il pouvait sentir le grondement sourd de la panique, qui grimpait, grimpait insidieusement. Sournoise et capricieuse, elle le força à concentrer son regard sur les yeux fous de son amant, sur ses lèvres qui s'ouvraient sur des hurlements. Elle le poussa à se focaliser non seulement sur les mots, mais sur l'intensité de sa voix. Elle lui rappela, surtout, la dernière fois qu'il avait vu Mikkel s'emporter comme ça. Son cœur se serra douloureusement, irradiant de nouveau cette maudite souffrance sourde dans toute sa poitrine. Il avait été idiot, si stupide, d'appeler Mikkel chez lui aussi tôt. Il avait été si naïf de croire qu'il allait non pas lui hurler dessus, mais allait le prendre dans ses bras. Allait rire à ses blagues.
Et ça faisait mal, putain. Ca faisait tellement mal.

Espérant peut-être que la main qu'il avait portée à son coeur, qu'il pressait tout contre lui, suffirait à en contenir les battements douloureux, il sentait monter la crise. Une nouvelle, comme la précédente, alors que le visage de Mikkel, déformé par la colère, se teintait de sable devant ses yeux fatigués. Alors que sa voix filait dans les airs, éradiquant jusqu'à la dernière once d'espoir que l'Oiseleur ait pu avoir quant à des retrouvailles douces. Et sa respiration qui recommençait à s'emballer. Puisant dans les quelques forces qui lui restaient, il resta silencieux sous les hurlements de Mikkel. Baissa la tête. Il avait raison. Il n'était pas présentable, il n'était pas le Lazlo qu'il connaissait. Il n'était ni souriant, ni drôle, et encore moins présent. Juste... Là. Juste un parasite, juste un rebut, tout juste bon à n'avoir droit qu'à une mort fictive, même pas une vraie. Mais surtout un déchet qui pensait naïvement que tout pourrait s'arranger aussi facilement alors que, clairement, Mikkel avait bien plus souffert qu'il ne l'aurait jamais imaginé. Toute sa sortie d'Arène avait été un brouillard permanent. Une manière détournée de maquiller une réalité tellement dégueulasse que même lui n'avait pas la force de comprendre. D'accepter. Mais il avait eu une chance que Mikkel n'avait pas eue. Il avait eu la chance d'agir. Mikkel, lui, n'avait pu que subir.
Et ça, ça faisait encore plus mal.

S'il voulut se lever pour suivre son mouvement, pour l'arrêter, il en était incapable. En lutte avec ses propres cauchemars, avec son propre corps qui ne cessait de lui rappeler cette horreur que son esprit s'entêtait de maquiller. En lutte avec cette nouvelle crise de spasmophilie qui arrivait, raccourcissant son souffle, coinçant son diaphragme, serrant son coeur douloureux avec tellement de force qu'il semblait à deux doigts d'exploser. A deux doigts d'être arraché une nouvelle fois. Pressant son coeur avec plus d'intensité, il s'était recroquevillé dans le canapé. Incapable de croiser le regard fou de son amant, il avait détourné les yeux, les avait même fermés pendant une brève seconde. Même les paupières fermées, le cauchemar continuait. Le Mikkel de sable le pourchassait toujours, alors que le réel hurlait toujours dans son salon. Un "putain" tonitruant le poussa à fuir ses cauchemars, pour en assister à un nouveau. La table basse ne fit pas long feu. Mais la frayeur profonde, animale que le geste provoqua dans Lazlo, elle, semblait partie pour durer.
Arrête. Pitié, arrête. Arrête... Tu me fais tellement peur, je t'en supplie, ne m'arrache pas la dernière chose qui me fait tenir... Ne sois pas le même monstre que là-bas... Arrête...


Il se sentait à la fois comme la dernière des merdes, mais aussi comme le plus misérable des cons. Il se sentait à deux doigts de la syncope, soit de la crise d'angoisse, soit de la crise de larmes. Peut-être même la syncope, au point où il en était. La frayeur avait pris possession de tout son corps et le secouait si vigoureusement que ses dents claquaient par moment. L'angoisse, la tristesse, la douleur l'étreignaient si fort qu'il fut obligé de porter sa main en coupe devant son visage pour tenter de réguler sa respiration. Un mouvement vain, tellement vain. Et Mikkel, au milieu de tout ça. Mikkel, à qui il aurait tout donné, à qui il avait déjà tout donné, qui ravageait les dernières lueurs d'espoir, de douceur, qui restaient encore au milieu de tout ce cauchemar. D'une certaine manière, et même s'il consacrait toutes ses forces à la combattre, Lazlo espéra que sa crise le fasse tomber dans les pommes. C'était lâche, affreusement lâche. Mais c'était la seule alternative qu'il entrevoyait pour que cette rencontre se finisse bien.
Il avait tellement peur de lui. Si peur du seul homme qui ait réellement compté. De celui pour lequel il s'était battu jusqu'au bout. Et il était incapable de lui faire face. Incapable d'améliorer la situation, incapable de se dresser pour l'attraper dans ses bras et lui dire que c'était fini. Tout était fini, maintenant.
Qu'ils n'avaient plus à souffrir.
Que c'était passé, et qu'ils étaient toujours là.
Que le monde allait continuer.
Qu'il l'aimait.

L'afflux d'oxygène dans son cerveau lui donnait le vertige, alors qu'il suivait distraitement les mouvements de Mikkel du coin de l'oeil. S'efforçant de canaliser sa respiration, Lazlo finit par profiter que ce dernier soit hors de sa vision pour ramener ses genoux contre sa poitrine dans une tentative désuète de tout contenir. D'une certaine manière, cela marcha. Si on considérait que les spasmes s'étaient transformés en une quinte de toux violente, plus douloureuse que la précédente. Comme quoi. Comme quoi il y avait une justice. Comme quoi cracher ses poumons étaient une manière comme une autre d'expier toute la douleur qu'il avait pu provoquer. Ca lui apprendrait à faire des blagues de merde. S'il n'avait plus de poumons, il n'en ferait plus. Et s'il n'avait plus de coeur, il ne ressentirait plus rien.
Plus rien de cet amour insensé, dévorant, qu'il éprouvait pour le mec qui lui faisait cracher du sang dans son propre salon. Plus rien de cette sensation de plénitude à chaque fois qu'ils étaient à côté, plus rien de ce déchirement déroutant à chaque fois qu'il était loin. Plus rien de cette bouffée de chaleur doucereuse quand il croisait son sourire. Plus rien de cette terreur qu'il lui inspirait à présent. Nouvelle quinte de toux. Des gouttes de sang se mêlèrent à la salive, au creux de ses paumes. Et, dans un élan de naïveté, un nouveau, il espéra qu'il n'ait pas assisté à cette scène.

Il était vidé, quand Mikkel revint dans le salon, avec son balai et sa pelle à la main. Enfoncé dans le dossier du canapé, Lazlo n'avait même pas la force d'essuyer le sang sur ses paumes. Ce n'était pas ça qu'il voulait. Il ne voulait pas que son amant soit là, à nettoyer son putain d'appartement. Il y avait pire que ça. Plus important. Lui, tout ce qu'il voulait, c'était qu'il arrête. Qu'il revienne, qu'il le prenne enfin dans ses bras, qu'il apaise les hurlements, qu'il apaise la douleur, qu'il le berce d'illusions. Qu'il arrête ces sursauts à chaque fois que ses mouvements nerveux, saccadés, pouvaient provoquer. Qu'il arrête. Tout. Rien.
Le balai heurta le pied de la table, et Lazlo détourna le regard, sentant la nasse de la peur reprendre possession de son corps. Les dernières paroles de Mikkel lui firent l'effet d'une douche froide. Reportant le regard sur le sang, dans ses paumes, il força un sourire. Jésus. Ce putain de surnom. Ces putains de tâches rougeâtres sur ses mains qui faisaient penser à des stigmates. Cette putain de cicatrice sur son torse. Ce putain de surnom lui collait comme un gant, et personne n'y pouvait rien. Le seul son qui s'éleva de sa gorge, rauque, fut un rire. Sans joie. Sans bonheur. Sans lumière. Un rire amer, désabusé, qui montait aussi douloureusement que l'angoisse l'avait pu précédemment. Qui gonfla dans sa poitrine, qui enflamma ses poumons douloureux, qui pinça si violemment son coeur qu'il aurait préféré qu'on lui arrache une deuxième fois. N'était-ce pas ce qui se passait, dans ce maudit appartement ?

-Je suis pas un Saint, Mikkel...

Sa voix rauque, enrouée, transparut dans les éclats sonores, se brisant sur le ressac de son fou rire. Jusqu'à ce que quelque chose finisse par céder.
Un claquement distinct. Simple. Si brutal, si sonore.

Le rire se brisa aussi simplement que ça. Ses gonflements se renfoncèrent dans les profondeurs de sa chair alors que ses tonalités se teintaient de cette défaite si intense, si profonde, qu'il était incapable de combattre. Alors que le rire se muait en sanglots incontrôlables. Alors que chaque éclat précédent en amenait un plus puissant, alors que son corps se brisait tout autant que sa voix ou sa belle espérance. Alors que les larmes montaient et se déversaient finalement. Alors qu'il était temps que le chagrin, que le désespoir finissent enfin par se dévoiler. Parce qu'on n'est que des hommes, au fond. Parce que devant l'immensité d'un tel malheur, quand on n'a plus même son coeur, on ne peut plus qu'agir comme des enfants.
On ne peut plus que pleurer. Pleurer tout son saoul. Pleurer d'agonie, pleurer de misère, pleurer d'angoisse et de ce vide, de ce putain de vide qui avait envahi tout ce qui lui restait encore. Ce putain de vide que Mikkel avait continué à creuser sans le vouloir, ce putain de vide déchirant qui lui donnait envie de hurler à travers ses putains de sanglots.
Hurler à s'en déchirer les poumons.

-Je suis pas un putain de Saint, Mikkel... Je suis même pas un homme, putain... Regarde-moi, je suis... Je suis...

Rien. Tellement rien. Même pas l'homme qu'il avait toujours été, même pas l'ombre, même, de cette personne. L'Arène lui avait tout pris, de ses amis à ses rêves en passant par sa seule force motrice. Son coeur. Incapable de relever les yeux, Lazlo avait enroulé ses bras autour de ses genoux, avait enfoncé son visage dans ce paravent de fortune. Pour se protéger d'un monde trop gros, trop grand, trop dur pour lui. Pour se protéger d'une nouvelle réaction orageuse de Mikkel, pour ne pas avoir à l'entendre, peut-être. Tout son corps tremblait de l'intensité de son désarroi. Il se sentait vaseux, nauséeux. Et si faible.
Insignifiant.

-J'suis désolé Mikkel... Tellement désolé... J'aurais tellement préféré que tu voies pas ça, que t'entendes rien de mes conneries... C'était idiot, je sais, mais tu veux qu'on fasse quoi quand tout le monde est en train de crever comme des chiens autour de nous, hein ? ... On déconne. Parce que c'est la seule chose qui reste pour leur dire merde... Alors qu'au fond, putain, au fond t'es tellement mort de trouille que t'espère mourir avant les autres pour qu'eux, ils aient le droit de survivre...

L'odeur âcre du sang mêlé au sable revenait à ses sens, envahissant son odorat alors qu'un nouveau sanglot le prenait à la gorge. Alors qu'il revoyait clairement chacune des morts qui avaient pavé son temps dans les Arènes. Qu'il revoyait le visage buriné, épuisé et choqué de Grayson. Le dernier regard qu'il lui avait lancé avant sa propre exécution. La douleur lui vrilla le côté, bien acérée, bien réelle. Mais il n'avait plus la force de se battre, maintenant. Plus la force de retenir quoi que ce soit, de ces putains de sanglots de gamin perdu à cette quinte de toux qui le saisit une nouvelle fois, qui le secoua si fort qu'un peu de sang atterrit sur la manche de sa veste trop grande.
Il ne pouvait plus se battre. Il ne le voulait plus.

-Mais le pire... putain... Le pire c'est... C'est qu'il m'ont pris la seule chose qui... Qui me permettait de continuer... Ces putains de salopards...

Si Mikkel avait suivi les Jeux, alors il savait. Dans ce marasme constant, dans cette course au spectaculaire, Lazlo était persuadé que ces pourritures d'organisateurs n'auraient pas manqué la déclaration qu'il avait faite. Ces quelques mots qu'il avait murmurés à Grayson, cette promesse qu'il lui avait demandé de tenir. Quelques mots contre sa vie entière. Quelques mots qu'il avait toujours été incapables de dire au principal intéressé, qui signifiaient pourtant tellement plus. Son moteur, son fuel, le nerf de sa propre guerre. Si Mikkel avait vu, oui, s'il avait tout vu, il était déjà au courant. Lazlo ne lui avait jamais rien demandé, ne lui avait jamais rien dit par rapport à tout ça. Mais cette peur de le perdre avait été accrue par le danger omniprésent. Etait accrue maintenant, entre ces quatre murs, alors qu'il n'osait plus lever les yeux vers lui.
Je t'aime. Je t'aime tellement. Tellement que tout ça, tout, ta violence, tes cris, la peur que tu m'inspires, c'est comme si on m'arrachait le coeur une deuxième fois.

Dans l'Arène, il avait pensé à tout ce qu'il aurait aimé lui dire, avant de mourir. A tout ce qu'il aurait voulu faire, à cet énorme secret qu'il voulait tellement partager avec lui. Mais les Arènes le lui avaient volé. Elles le lui avaient détruit. Et avec lui, tout espoir que les choses redeviennent jamais comme avant.

Au terme de trop longues minutes à laisser sortir tout, tout ce qu'il avait retenu depuis trop longtemps, il finit par se calmer. Il finit par relever la tête, par écraser ses dernières larmes du revers de la main. Il avait tenu le coup pendant aussi longtemps, et là, il n'avait suffit de vraiment rien pour déchaîner ses émotions. Mikkel avait ce don, chez lui. Mais Mikkel ne l'avait non plus jamais vu comme ça, depuis tout le temps qu'ils se connaissaient.

-Je... Je te demande pardon. S'il te plait, pardonne-moi. Je voulais pas que tu souffres comme ça, je... Si j'avais su que ces salauds feraient ça, qu'ils prendraient leur pied à tout diffuser en direct, j'aurais pas agi comme ça... J'aurais jamais dit ce que j'ai dit...

C'était la vérité. Une vérité si crue qu'elle érailla sa voix, qu'elle écorcha sa gorge, qu'elle coupa les derniers fragments de tonalité qu'il put encore avoir.
Il se sentait si faible. Si vide. Il avait si froid. De ce froid mordant du poison de l'Arène, qui avait brouillé ses sens, qui avait poussé Gray à le serrer contre lui. Tout son corps tremblait sous les frissons. Et sa voix lui sembla aussi minuscule que le reste de son être.

-S'il te plait... Prends-moi dans tes bras... Reste avec moi...

Je t'aime.



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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Lun 9 Jan - 19:26


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Mikkel & Lazlo
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Les mains crispées contre le manche du balais et celui de la pelle, je revenais dans le salon d'un pas nerveux, fronçant les sourcils en contemplant le bordel que j'avais causé. Si seulement je pouvais me contenter de nettoyer tout ça et lui ramener un nouveau cendrier pour que tout s'arrange. Je n'osais regarder dans la direction de Lazlo alors que je revenais près de la table basse pour ramasser les morceaux de céramique éparpillés avec les feuilles de weed. Mes mouvements étaient vifs, énergiques, coléreux. Si on me laissait faire, j'étais parti pour nettoyer l'appart tout entier de fond en comble, juste pour me défouler, maniant mon balais comme une arme. J'apercevais la silhouette de mon ami recroquevillé sur le canapé, dans ma vision périphérique mais je n'avais ni la force ni l'envie de redresser les yeux vers lui. Je l'entendais tousser à fendre l'âme, je percevais aussi le claquement de ses dents, comme s'il était frigorifié alors que moi je crevais de chaud en me démenant, la fureur rougissant mes joues. La drogue me rendait paranoïaque, en colère, hostile et anxieux même quand je ne planais pas. Quand j'entendis ses rires, je me mordis l'intérieur de la joue, agrandissant mes yeux comme un dément avant de retourner vers lui un regard farouche. L'idée qu'il soit en train de se foutre de ma gueule me traversa immédiatement, comme s'il venait de me foutre une coup de pioche en pleine poire.

« J'aurais pas dû venir, j'le savais putain, j'aurais pas dû ! »

Qu'est ce que j'en avais à foutre qu'il soit pas un saint, c'était pas la question et puis il me saoulait avec ses bondieuseries à la fin ! Reposant rageusement la pelle pleine de débris, j'abandonnais le balais pour me frotter le visage, sous le fou rire dévastateur de Lazlo qui me terrorisait. Ce n'était pas un rire naturel, il n'y avait rien de drôle ni d'enjoué dans sa voix, juste une douleur atroce que j'aurais presque pu toucher dans l'air. Les choses m'échappaient totalement et j'aurais dû le savoir, j'aurais dû prévoir que ça ne se passerait pas bien, que mon état d'esprit était bien trop bousillé pour parler à qui que ce soit et surtout pas à un ami. Surtout pas à quelqu'un à qui je tenais. Surtout pas à lui. On avait tous nos propres façons de réagir à la douleur et au désespoir et moi quand je souffrais, j'envoyais juste tout péter, c'était par la colère que je réagissais à chaque fois et mieux valait ne pas se trouver sur mon passage dans ces cas là. Voilà pourquoi je ne pouvais qu'empirer la situation en venant le voir maintenant. Lazlo, lui, quand il morflait, il devenait encore plus speed qu'au naturel, il parlait trop, il se défoulait dans une logorrhée verbale où il racontait de la merde, comme pour cette fameuse interview où il avait répondu aux questions odieuses de ce salaud de Danny Clocker. J'avais reconnu les traces de la détresse et du mal dans toutes les conneries qu'il avait balancées à la télé. Je crois bien qu'à sa place, je lui aurais fait bouffer son micro à ce connard d'emplumé. Interview de mon cul, putain !

Mais quand la cassure se fit, je tressaillis, écartant mes mains de mon visage pour poser sur Lazlo un regard hébété. J'avais la sensation que le sol tanguait sous mes pieds alors que je le voyais là, perdu dans sa veste trop large, en train de fondre en sanglots, son corps ramassé sur lui même et tremblant comme une feuille. C'était probablement le spectacle le plus difficile que j'avais jamais vu de ma vie. Et je restais là, incapable de faire le moindre mouvement, comme si j'étais pétrifié, mes muscles raides comme de la pierre, ma mâchoire si rigide que c'en était douloureux. Même si je l'avais voulu, il m'aurait été impossible d'articuler quoique ce soit. Ma gorge était totalement nouée. Jamais je ne l'avais vu pleurer et encore moins sangloter, me hurler l'intensité de sa douleur, de sa frayeur, alors qu'il se brisait juste devant mes yeux. Est ce que j'étais en train de cauchemarder ? J'avais l'impression de me retrouver dans un monde irréel, une autre dimension terrifiante où je n'avais plus aucun repère. Qu'est ce qu'ils lui avaient fait, bordel, ils l'avaient cassé, ils l'avaient détruit ! Ils m'avaient bousillé mon Lazlo... Des grognements s'échappèrent de ma bouche, secouant la tête nerveusement.

« Non non non... arrête, mais dis pas ça putain... Ils t'ont pas cassé Lazlo, ils t'ont pas cassé... ? T'es un homme, bien sûr que si t'en es un ! » Un surhomme, un héros, c'est ce qu'il était ! Je serrais les poings alors que ma voix était bien trop sourde et basse pour surpasser l'éclat terrible de ses sanglots. Sa voix qu'il écrasait contre ses genoux, cachant son visage alors que je me retenais de ne pas hurler moi aussi ! J'essayais de m'avancer vers lui, d'un pas hésitant, n'osant le toucher de peur de le voir se briser en mille éclat sous mes doigts, totalement démuni en me demandant si je ne ferais pas mieux de tourner les talons et prendre la porte.

Chacun de ses sanglots, de ses mots entrecoupés de ses pleurs déchirants me faisaient tressaillir. L'attitude terrorisée qu'il m'offrait, s'excusant encore et encore, me donnait d'autant plus la sensation de provoquer sa peur et sa douleur. L'instinct sauvage qui couvait en moi s'éveillait dans une cruauté aussi déstabilisante que douloureuse, ma colère ravivée, mon envie de le prendre et de le secouer pour lui ordonner d'arrêter de faire ça ! Il n'aurait pas dû me demander de venir, pas moi, il n'aurait pas dû m'appeler ! « Arrête, t'es pas mort alors arrête... » Je devais me retenir, me contenir, autrement j'allais éclater ! Et ma mâchoire trop crispée ne me permettait toujours pas d'articuler correctement, alors que ma voix me paraissait trop assourdie, étouffée, presque sépulcrale. Une voix torpillée par mes émotions trop violentes. Je ne supportais pas ce que je voyais, c'en était trop pour moi, au point que je fermais les yeux quelques secondes pour me reprendre, mon cerveau bourdonnant dans ma tête, les picotements de l'angoisse envahissant toute la surface de mon corps engourdi. Mais ce n'était pas mieux sous mes paupières parce que je revoyais aussitôt les images chocs qu'on nous retransmettait en permanence sur nos écrans, celles où mon ami se faisait ouvrir en deux, celles où on lui arrachait le cœur, celles où il hurlait de douleur, quand c'était mon propre visage grimaçant de haine qu'il avait devant les yeux.

Cette toux qui le brisait à nouveau me tira de ma torpeur et je baissais mon regard explosé sur ses mains, ses manches tachées de sang, ce spectacle atroce où l'horreur continuait, juste en face de moi cette fois. Et moi j'étais à nouveau dans la peau du bourreau. Sauf que ce n'était pas des illusions cette fois, tout était vrai, tout était réel, même si je n'étais plus sûr de rien, dans l'état où je me trouvais. Cet état dangereux où je me sentais prêt à tuer tant la fureur rampait dans mes veines. Mais l'ennemi était invisible, flou et insaisissable et je ne savais vers qui focaliser cette excès de rage en dehors de lui ou de moi. Cette tonne d'angoisse, cette paranoïa, cette colère si douloureuse me broyaient alors que je recevais ses mots comme des gifles, que mon énervement me terrorisait, que je ne comprenais plus rien de ce qu'il me racontait. Je n'étais sûrement pas celui dont il avait besoin en ce moment, il me craignait, il avait peur de moi ! Une part de moi-même voulait désespérément m'enfuir et me tirer de cet appart à toutes jambes alors qu'une autre part m'ordonnait de rester là. Parce que je ne désirais pas l'abandonner, j'en aurais été incapable, même si ça aurait été bien mieux pour lui que je m'en aille. Juste devant lui, je pliais mes jambes doucement pour m'agenouiller sur le tapis devant lui et poser avec précaution mes paumes contre le bout de ses baskets, alors qu'il était recroquevillé là, sur ce foutu canapé. Je n'osais le toucher davantage, le désespoir m'envahissait en même temps que sa douleur de façon si féroce que j'avais la sensation que le déluge allait me tomber sur la tête, que c'était maintenant la véritable fin du monde, parce que Lazlo sanglotait et que la terre allait probablement exploser d'un moment à l'autre.

Je l'écoutais toujours, le dévisageant d'un regard tourmenté en secouant la tête avec impuissance. De quoi il parlait, quel était la pire de ses blessures ? Je ne savais pas comment je réussissais à soutenir ce regard plein de larmes qu'il m'offrait en redressant enfin son visage vers moi, ses lèvres encore tachées de sang, le corps tremblant de douleur, de peine et de peur. Je relâchai un soupir désespéré à ses nouvelles excuses, ne comprenant toujours rien, envahi par l'impatience, la nervosité et l'angoisse. « T'es chiant putain... j't'ai dit d'arrêter de t'excuser. » Je me mordis les lèvres, dévasté à l'idée qu'il craigne que je lui fasse du mal. Peut-être bien que je me refusais de comprendre où de laisser mon esprit analyser ses paroles mais je ne m'en sentais pas capable, pas dans ces instants cauchemardesque où plus rien n'avait de sens. Je savais pourtant ce qu'il avait dit, ce qu'il me jurait regretter d'avoir prononcé en direct...  Mon regard s'éparpilla soudain alors que j'y repensais, que j'entendais à nouveau ces mots que j'avais été obligé d'écouter plusieurs fois avec les rediffusions, jusqu'à ce que je ne puisse plus prétendre avoir mal entendu. Dans un léger tressaillement, comme si on venait de me piquer avec une aiguille, je secouais la tête, m'embourbant dans ma logique. Lazlo ne voulait parler que de ces blagues débiles. Voilà. Il voulait juste déconner, comme il me l'avait expliqué, déconner pour dire merde aux organisateurs des jeux, leur dire n'importe quoi pour dépasser la peur, pour les narguer, pour leur dire d'aller se faire foutre ! Et c'était vraiment con, putain.

Je soupirais à nouveau, plus sèchement, les sourcils froncés comme pour contenir les montagnes d'angoisse qui pesaient sur mon front. Ses tremblements, les larmes qui creusaient des sillons sur ses joues pâles, ses yeux d'un bleu encore plus irréel quand il pleurait, sa voix si fragile... tout cela m'imposait une douleur intolérable que j'étais incapable d'endurer. Je baissais le regard, impressionné par les frissons qui faisaient trembler ses lèvres quand il me fit cette supplique. A nouveau, l'envie de me lever vivement pour partir me traversa. Je ne pouvais pas, je ne voulais pas rester. Est ce que j'allais le repousser, lui hurler dessus à nouveau, comme ma douleur me commandait de le faire ? Mes mains se crispèrent sur ses baskets et je fermais les yeux quelques secondes. Je me redressai subitement, me détachant de lui, hésitant encore en l'écrasant du regard.

« Fallait bien que ça tombe sur moi hein ? J'ai toujours inspiré les plus grosses conneries, rien d'étonnant. Mais c'est bon t'inquiète, j'ai pas souffert du tout, faut arrêter de te culpabiliser. » Voilà ce que je faisais moi quand je souffrais, quand je morflais à mort comme ça. Je devenais brutal, cynique, agressif. J'envoyais tout le monde chier. « T'aurais pas dû m'appeler. J'suis pas bon là dedans. » Pas bon pour réconforter les gens. Alors que pourtant, j'étais un mec chaleureux et enthousiaste en général, que j'étais le premier à offrir câlins en masse à qui le voulait bien et même à ceux qui ne le voulaient pas. Mais pas là, pas dans ces circonstances, pas alors que je me sentais bouleversé, troublé, mal à l'aise et énervé. Et alors que mes sens de changeur me permettaient de sentir les odeurs les plus infimes qui voguaient dans cette pièce, alors que je reconnaissais à nouveau le passage tout récent d'un autre mec, je ne comprenais pas pourquoi Lazlo ne lui avait pas demandé à lui, de le prendre dans ses bras. Est-ce qu'il se foutait de ma gueule ? Encore une fois, la coke m'inspirait la méfiance et l’anxiété. Et si je savais que je n'étais pas en état de penser correctement, je finis par décider que ce n'était pas grave.

« T'allais mieux avec lui ce matin hein... j'suis qu'un connard, mon pote, mais ça tu l'savais. Viens.... »

Je posais mon genoux sur le fauteuil juste à coté de lui, me penchant pour entourer son corps de mes bras et le ramener contre moi, glissant dans le canapé pour m'y laisser tomber doucement. Même s'il se foutait de moi, même s'il m'avait utilisé pour faire une blague, c'était pas grave. Moi j'allais étouffer mon mal être et ma rage de mon mieux, il le fallait, j'allais  faire de mon mieux pour l'écraser. Parce que c'était mon ami, mon meilleur ami et parce qu'il souffrait, je ne pouvais pas l'abandonner et je ne le ferais jamais. Alors non, rien n'était grave en dehors de ça. Mes bras l'enveloppèrent, un peu maladroitement sous l'émotion qui me tenaillait et cette accumulation de fureur que je me retenais de toutes mes forces d'extérioriser. Et je frottai vigoureusement ses épaules et son dos pour réchauffer son corps tremblant, lui offrant la chaleur de mon propre corps enfiévré par la colère, mes joues toujours brûlantes, le massant avec force comme pour tenter de lui arracher cette douleur, essayant d'adoucir ma voix trop écorchée.

« Ça va aller, j'te promet... j'voulais pas te gueuler dessus, Laz, t'sais bien que j'suis un foutu gueulard ! C'est le sang russe ça, on est obligé d'avoir de la voix pour causer aux ours dans la taïga tu savais ça ? Mais j'ai jamais été fâché contre toi, t'as jamais pu faire autrement que de dire des blagues sans arrêt, j'le sais... Faut pas que tu chiales putain, j'voulais pas t'engueuler, j'te jure. »

Pourtant je l'avais fait et je n'en revenais toujours pas des répercutions horribles que j'avais provoqué en lui. Cette frayeur et cette douleur si cruelle dans son regard... ces sanglots qui résonnaient toujours dans mon esprit et que je n'oublierais sans doute jamais. A présent qu'il était dans mes bras, je ne le lâchais plus, évitant son regard en enfouissant mon visage contre ses cheveux longs, le massant d'autant plus vigoureusement, sans savoir quoi faire pour rattraper tout ça, pour le guérir de cette douleur, ce traumatisme qui le rendait si fragile et qui me terrorisait. Ne sois pas cassé, Lazlo, ne le sois pas...

Enfin, je redressai doucement mon visage pour lui jeter un regard, sans cesser de frictionner ses bras. S'il ne m'avait pas appelé, ça ne serait pas arrivé, j'étais vraiment le roi des cons et je pensais sincèrement que Lazlo aurait mieux fait de rester avec son amant dont je sentais encore l'odeur dans l'air. Peut-être était-ce de ça qu'il voulait parler, cette seule chose qui lui permettait de continuer et qu'on lui avait prise... Sa liberté sexuelle ? Dans mon désarroi, j'essayais de le comprendre sans être sûr d'y parvenir, désorienté et ne sachant comment m'y prendre pour le rassurer. « Faut pas que t'aies la trouille, ils te feront plus rien maintenant. » Non, ils ne le feraient pas. Si ces salauds l'avaient pris au sérieux dans sa déclaration, ils l'auraient embarqué en taule directement, comme tout ceux qui désobéissaient à la prohibition. Mais ils ne l'avaient pas fait ! Danny Clocker ne lui avait même pas posé de questions sournoises là dessus. J'hésitais à lui faire part de mes réflexions pour le rassurer mais je préférais me mordre les lèvres, trop troublé pour réussir à évoquer cette histoire où j'étais un peu trop concerné. Quelle belle blague de merde Lazlo, comme la fois où tu me parlais de chevaux en grève, de palefrenier romantique et de dragon vengeur... J'esquissais un sourire désespéré à ce souvenir. « Quelles foutues conneries t'es capable d'inventer quand tu t'y mets. Mais c'est pas grave, je m'en tape que tu te foutes de ma gueule, je me fous des répercutions sur ma vie, j'aime avoir une réputation sulfureuse en plus, c'est cool. » Et rien ne vaut ces larmes sur ton visage, rien ne vaut que tu sois aussi mal...

Mon regard tomba sur ses bras que je frictionnais, jusqu'à contempler le sang qui tachait le bord de ses manches et je tressaillis, sans réussir à faire autrement que de poser les yeux sur son torse. Il était blessé à l'intérieur, dévasté par le choc de ce qu'il avait vécu par ma faute, parce que c'était moi son bourreau et s'il s'excusait autant c'était sans doute parce qu'il avait peur de moi... Cette idée me fit trembler à nouveau et je reculais nerveusement, empêtré dans mille idées d'actions. Bouger, je devais bouger à tout prix. Je n'étais pas capable de le soigner comme l'était mon père mais par contre, je bossais dans un hôpital... Et si les médoc étaient devenus extrêmement difficiles à obtenir et hors de prix, je savais très bien où on pouvait en trouver. Si ce foutu job pouvait m'être d'une quelconque utilité pour une fois, fallait en profiter ! « Il te faut des médoc, du sirop, un truc pour arrêter ta putain de toux, tu peux pas rester comme ça. » Et si je n'avais pas le fric pour les lui en acheter, je n'avais pas non plus le moindre scrupules à en voler pour lui. « J'vais aller t'en chercher. » J'esquissais un sourire fébrile en le regardant, la gorge toujours aussi serrée et douloureuse. « Et après, je réparerai toute la merde que j'ai foutu, promis, je ferai tout ton ménage mieux que ta mère ! Et j'te fabriquerai des beignets avec des pommes que j'aurai cueilli moi-même, des space beignets même, des brownies aux canna si tu préfères... » Mais je t'en prie, arrête de pleurer, arrête de me regarder comme si t'avais peur de moi.

 




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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Jeu 12 Jan - 1:47




Ce n'était pas ce qu'il avait prévu. Ce n'était pas ce qu'il avait voulu. Mais il n'avait pas pu tout retenir plus longtemps. Autant essayer de retenir une tempête avec la seule force de sa volonté. Et le raz de marée d'émotions qui l'avait transpercé, ballotté, l'avait recraché là dans le chaos qu'était devenue son appartement venait tout juste de se calmer qu'il ne se sentait pas mieux pour autant. Parce que ce n'était pas juste pour Mikkel, Lazlo le savait pertinemment. Et non, en effet, il n'aurait pas du le faire venir. Il n'aurait pas dû assister à un tel spectacle, il n'aurait pas dû en payer les frais.
Il n'aurait pas dû payer pour ses propres erreurs, qu'elles fussent une réaction face à la peur, face au danger, ou face à la mort. Parce qu'il était innocent, lui. Innocent de tout, de tout ce qu'il croyait que l'Oiseleur aurait pu l'accuser, et même, à la face du monde il restait innocent. Et pourtant. Pourtant Lazlo avait réussi à bafouer toute cette innocence. Il avait réussi à le pousser si loin dans ses limites, au-delà, même, de ses limites, qu'il avait invoqué sa rage sans même le vouloir.
Non, rien n'était supposé se dérouler de la sorte. L'expression tourmentée de Mikkel, ses yeux rougis par le sang, le traumatisme et la défonce en attestaient. Il n'avait pas les épaules suffisamment solides pour soutenir Lazlo, c'était lui qui avait besoin de soutien. Qui avait toujours eu besoin de soutien, que le Norvégien lui avait toujours apporté, faute de pouvoir lui offrir la Lune. Faute de pouvoir la lui proposer. Mais jamais, jamais il n'aurait dû l'appeler. Parce qu'il n'avait pas à subir tout ça. Pas maintenant. Et pas pour l'éternité.

C'était ça qu'il essayait de lui dire, par ses excuses. Pardon. Pardon de ne pas être à la hauteur, pardon de ne pas être assez fort pour que ça ne l'atteigne pas. Pardon de faire peser ce poids sur ses épaules alors qu'il avait déjà suffisamment à gérer. Pardon d'être un poids mort, un moins qu'homme, une poussière de plus dans ce désert de misères. Pardon de dépendre aussi fortement de lui, même quand tel n'était pas le cas, parce que le seul fait d'être à ses côtés lui donnait l'impression d'enfin respirer. Respirer. Un concept vague qui ne revenait que progressivement, sa respiration faite sifflante à cause de cette dernière quinte de toux qui avait happé les dernières de ses forces. Du fin fond de ses pleurs, il avait entendu vaguement la voix de Mikkel. Lointaine. Ombreuse. Cassée. Et il ignorait si ses paroles étaient réconfortantes, si elles lui étaient, même, destinées. Tout ce qu'il voyait, maintenant qu'il avait repris le contact oculaire, c'était à quel point les yeux de son amant étaient tourmentés. Et tout ce qu'il savait, c'était que ce tourment, c'était de sa faute.
Il aurait voulu poser une de ses mains sur celles qui tenaient ses baskets, mais il n'en avait pas la force. Pour autant, le geste, innocent, simple, apaisait un peu le froid qui s'était abattu dans tout son corps. Juste ça. Alors quand la voix de Mikkel se fit plus claire, qu'il l'entendit par dessus le tambourinement incessant de son propre coeur, Lazlo secoua lentement la tête.
Parce qu'il mentait. Et tous deux le savaient. Il mentait pour lui faire du bien, pour l'apaiser, mais il mentait quand même. Lazlo le connaissait, à force. Il savait que le Brun de la Discorde portait bien sur surnom. Qu'il était une bombe à retardement, prête à exploser à tout moment, un être aux passions violentes qui se laissait porter par elle comme par le ressac. Que c'étaient ces passions, l'ardeur de chacune d'entre elles, qui faisaient la beauté de son âme. Ces passions qu'il aimait autant qu'elles le terrifiaient, maintenant. S'il les niait, c'était qu'elles étaient là, tumultueuse et insurmontables. C'était ce qu'il faisait. C'était comme ça qu'il fonctionnait. Et ce fut pour cela que Lazlo n'osa pas le contredire.
Le chatouiller sur la question était le meilleur moyen pour qu'il s'emporte à nouveau. Et, dans un élan d'égoïsme, de lâcheté, peut-être, il n'avait absolument pas envie que Mikkel hurle, casse le reste de son mobilier ou finisse par claquer la porte.

Elle était pourtant toujours là, la violence. Dans cette tension qu'il pouvait voir sur son visage, dans celle qu'il pouvait entendre dans sa voix. Mais il s'était attendu à tout sauf à la remarque qu'il lui fit en approchant de lui. "Lui". De qui parlait-il ? De Daniel ? L'attaque venait de nulle part, rien ne pouvait présupposer qu'il ait été avec qui que ce soit dans l'appartement, si ce n'était la veste trop grande dans laquelle il s'était enveloppé. Rien, sinon cette veste, alors que Mikkel l'avait déjà vu plusieurs fois porter des vêtements trop grands pour lui quand il allait s'occuper de ses oiseaux. Lazlo avait bien évidemment mentionné voir d'autres hommes que lui, un fait qu'il avait énoncé sur le ton de la plaisanterie quelques fois. Juste pour voir. Juste pour tendre la perche, pour savoir s'il mordrait à l'hameçon. Mais rien, rien ne laissait supposer qu'il avait vu qui que ce soit ce matin. Et il ne le lui avait certainement pas dit une seule fois, ni sur son message, ni au cours de cette journée merdique. Et la spontanéité de cette attaque, sa gratuité, le blessèrent profondément. Comme un reproche. Un autre petit coup de poignard en plein coeur, un énième, dans cet océan de violence.

-"Il" n'est pas aussi important que toi, tu sais...

L'euphémisme avait franchi ses lèvres dans un souffle, un murmure douloureux. Parce que tout aurait été plus simple, nettement plus simple, si tel était le cas. Mais le Destin, ses sentiments et son cœur en avaient décidé autrement. Résolu à ce que Mikkel prenne ombrage de cette remarque, il avait fermé les yeux, à nouveau, incapable de soutenir la vue d'un nouvel échec. S'était attendu à ce qu'il s'en aille. Jusqu'à ce que son cœur sombre au fond de son estomac, quelque part à côté de ses entrailles, alors qu'il sentait les mains de son ami le faire basculer avec lui dans le canapé. Une soudaine perte de repères qui lui permit d'en retrouver d'autres. L'odeur de Mikkel. La chaleur de son corps, la tension de ses muscles, le son entêtant de sa respiration maintenant que sa tête reposait contre son torse. Son ami était tellement chaud qu'il avait l'impression de s'y brûler, son corps était tellement tendu qu'il avait l'impression qu'il allait l'écraser sous son étreinte. Mais il n'aurait échangé sa place pour rien au monde. Par réflexe, son visage se nicha au creux de son cou, ses bras autour de sa taille. Par réflexe, il ferma les yeux et se laissa aller, enfin, dans les seuls bras qui comptaient réellement. Une étreinte qui relançait son coeur, qui relançait son souffle, qui restaurait les quelques fragments d'humanité qu'il lui restait. Des bras dans lesquels il était prêt à attendre la Fin du Monde, la seconde, pour peu qu'elle arrive un jour. Le front posé dans le creux de son cou, il soupira doucement, posant enfin ses valises. Peu importait le monde. Peu importait la violence. Peu importait Daniel. Peu importait ce qu'on lui avait fait. Peu importait que Mikkel le frictionne trop fort, au point qu'il lui faisait mal. Il ne bougerait pas de là. Plus jamais.

Sa voix résonnait dans son torse, sous son oreille, entrecoupée par les battements erratiques de son coeur. C'était égoïste, certes, mais Lazlo n'avait plus envie de parler. Il voulait juste profiter, profiter de cet instant, juste écouter les vibrations de sa voix, juste ignorer égoïstement la tension qu'il sentait partout dans son corps. Et si ça n'avait tenu qu'à lui, il l'aurait laissé partir dans toutes les élucubrations qu'il aurait voulu, juste pour se laisser bercer. Juste pour dire merde au reste du monde. Juste pour oublier que même s'il l'aimait, il avait aussi terriblement, viscéralement peur de lui. L'idée réveilla ce sentiment désagréable, réveilla le souvenir de l'Arène, et il le chassa en enfonçant son visage plus profondément contre la peau de son amant. En y déposant ses lèvres, doucement, pour mieux chasser le mauvais sort. Pour mieux lui dire que ce n'était rien, que ça allait passer. Qu'ils s'en sortiraient, l'un et l'autre. Que maintenant que le pire venait de se produire, il ne leur restait plus qu'à se reconstruire. Et, surtout, qu'il ne lui en voulait pas de l'avoir pris pour un ours de la taïga. Mais il se contenta de resserrer son étreinte, de déposer un baiser sur sa peau. Parce que sa gorge était tellement nouée, parce que ses pensées étaient tellement confuses et son corps tellement épuisé, qu'il n'aurait pas réussi à exprimer vocalement quoi que ce soit. Parce que tout ce qu'il voulait, c'était de se réveiller de ce cauchemar permanent qu'était devenu sa vie. Ou de sombrer dans un sommeil d'encre, noir, dénué de rêves ou de cauchemars, niché qu'il l'était au creux de ses bras.
Je t'aime. Tellement.

Un tressautement dans les muscles de Mikkel le ramena dans son salon, le ramena à la réalité. Un mouvement léger mais suffisant pour lui montrer que l'instant n'était pas voué à durer, qu'à cause de sa lâcheté, il n'aurait pas droit à d'avantage. Dans un grognement frustré, il accompagna son amant alors qu'il se redressait, quand bien même il aurait préféré qu'ils restent enlacés encore un peu. Juste un peu plus. Ses muscles étaient de coton, son regard brumeux, et rester dressé lui demanda un effort surhumain. Et même s'il n'était pas sûr de ce que lui racontait son amant, il fit l'effort de tenter de ne pas focaliser son regard sur ses lèvres. Quelques mots, à nouveau, tombèrent dans le creux de son oreille. Quelques nouvelles paroles blessantes que Lazlo ne comprenait pas, qu'il refusait d'assimiler, parce qu'elles étaient si loin de la réalité qu'elles n'avaient rien à faire là. Qu'elles n'avaient pas lieu d'être entre eux.

-Je... Je me suis... jamais foutu de toi, Mikkel... Pas avant... Pas pendant... Pas après l'Arène... Jamais.

Sa voix était rauque, caverneuse, avait du mal à sortir tant sa gorge était nouée. Tant son souffle menaçait à chaque seconde de partir en vrille, dans une nouvelle quinte de toux douloureuse. Mais il devait parler, quand bien même chaque expiration lui arrachait la trachée. Le regard qu'il posait dans les yeux d'acier de son ami était tout aussi sincère que chacune de ses paroles. Parce qu'il n'avait pas la force de chercher une nouvelle "connerie" à lui dire. Parce que ses paroles devaient se déverser au compte goutte, luttant comme il le faisait contre son propre corps.
Mais jamais il n'aurait osé faire quoi que ce soit contre lui. Et son cœur de se nouer encore un peu plus quand il réalisa un peu trop tard, en sondant les mares d'acier si pur de son amant, que ce dernier avait pu croire qu'il s'agissait d'une énième connerie. Le cœur lourd, il baissa les yeux, s'extirpant de sa contemplation. Mikkel ne le croyait pas.
Mikkel n'avait pas écouté.

Il ne savait pas ce qui était le pire, dans tout ça. D'être profondément terrifié par son image, ou d'être achevé par ses paroles. Mais tout ce qu'il savait, c'était que douleur physique et sentimentale commençaient à danser de manière bien trop rapprochée dans son corps. Trop fusionnelle. Qu'il allait bien falloir y mettre un terme, bientôt, plonger dans l'abîme des médicaments ou le doux brouillard de la drogue. Peut-être les deux en même temps. S'il fut soulagé que les frictions sur ses bras s'arrêtent, elles lui manquèrent pourtant aussitôt. S'il fut soulagé que Mikkel se taise enfin, il sentit la brûlure honteuse de son regard sur son torse, là où le bras de sable s'était abattu. Et s'il savait pertinemment que sa chemise cachait la cicatrice ovale qu'il avait héritée de son passage à l'Arène, il y porta une main faible, pour l'épargner, et s'épargner lui-même, du regard de son amant. Parce qu'il ne voulait pas de pitié. Parce qu'il voulait seulement que ça s'arrête, que tout s'arrête, que tout revienne comme avant. Sa main libre chercha l'avant-bras de Mikkel du bout des doigts, l'effleurant tout juste de leur paume, son contact électrisant toujours autant ses sens. S'il savait. Si seulement il savait.
Je t'aime. Tellement.

-J'ai... J'ai ce qu'il faut, t'en fais pas. Dita m'a filé plusieurs fioles d'un truc assez... Puissant. J'ai réussi à en économiser deux et la moitié d'un autre.

Un fin sourire s'était étiré sur son visage en revoyant les traits arrondis de la sorcière. La façon dont ses yeux de chat, clairs comme les siens, s'étaient abaissés sur leurs mains jointes. La douceur de sa peau sous sa paume. Pensivement, il avait resserré ses doigts autour du bras de Mikkel. Avant de réaliser que, peut-être, tout n'avait été qu'un songe.
Non, elle ne s'appelait pas Dita. Même ça, c'était faux. Comme tout le reste. Lentement, il avait passé une main sur son visage, cherchant son nom. Elle lui ressemblait tellement. Elle sentait même la violette comme sa sœur.

-Putain, c'était pas Dita... Oli... Olivia, je crois. Mais tu l'aurais vue, on aurait dit...

Il se tut, incapable de continuer. Sa voix s'était éraillée à nouveau, vernis poli qui se striait progressivement de lézardes à mesure que le visage de la sorcière lui revenait en mémoire. A mesure que ses traits arrondis se superposaient à son effigie de sable, à mesure que l'effigie de sable se superposait à la douceur du visage de sa soeur. Putain, elle lui manquait tellement. Horriblement.
Sentant monter une nouvelle vague de chagrin, voyant sa vue qui recommençait à s'embrumer, il secoua lentement la tête. Comme pour chasser les images, les rêves, les illusions. Si la ressemblance de sa soigneuse avec sa soeur était volontaire, une nouvelle création des organisateurs tordus de l'Arène, il n'en aurait pas été surpris. Pourtant tout avait semblé si réel. Il aurait juré qu'elle avait flanché quand il l'avait appelée comme avant. Ma Colombe. Spontanément, son regard dévia là où se trouvait la table basse, à la recherche du flacon qu'il y avait posé. Mais la table n'y était plus. Et une tâche verdâtre ornait à présent un coin du tapis.
Il déglutit. Merde.

-...Un et demie. Mais ça ira. Elle m'a dit que ça passerait. T'emmerdes pas pour moi.

Tu en as déjà fait suffisamment. Tu en as déjà trop fait, sans même le savoir. Sans qu'il ne s'en soit rendu compte, il avait recommencé à tracer des arabesques de la pulpe de ses doigts sur l'avant-bras du brun. La violence de son rejet le gifla une nouvelle fois, aussi s'arrêta-t-il aussitôt. Releva-t-il sa main, pour mieux la glisser dans la poche de sa veste pour en tirer le fameux flacon entamé. La substance pâteuse, argileuse, avait toujours un goût aussi âcre, qui lui arracha une légère grimace de dégoût. Di... Olivia avait bien insisté sur le dosage. Mais il avait cru innocemment qu'en repoussant au maximum les moments de prise, il aurait l'occasion de faire durer la potion plus longtemps. L'âpreté du liquide provoqua une légère quinte de toux, qu'il étouffa en s'enfonçant de nouveau dans le canapé. Avant de reposer ses yeux sur Mikkel.
De le sonder du regard. De poser de nouveau sa main sur la sienne, peinant à formuler la seule demande qu'il ait réellement eu envie de lui faire.

-J'avoue ignorer que les Saints étaient des fées du logis. Tu les cultives toi-même, tes pommes ? Je t'aurais plutôt vu pêcher le saumon sauvage à mains nues, plutôt que murmurer des mots d'amour à tes pommiers pour qu'ils poussent plus vite. Comme quoi j'me plante encore, même maintenant.

Bien essayé, mais il n'y arrivait toujours pas. Dans un fin sourire, la potion ayant déjà réussi à apaiser un peu ce souffle constant qu'il sentait dans sa trachée et le poussait à cracher ses poumons, il entremêla ses doigts à ceux du Brun de la Discorde. Même s'il savait que ça ne durerait pas. Même s'il savait que Mikkel finirait par le repousser, comme toujours.

-J'aimerais que tu restes. Que tu me berces contre ton coeur. Et je suis pas contre les pancakes. Que tu m'embrasses. Après c'est pas dit que je digère, va peut-être y avoir trop de magie dans tes machins pour mon petit corps de palefrenier. J'ai envie de revenir en arrière. Je ne suis qu'un cheval de remplacement, n'oublions pas. De sentir la chaleur de ta peau contre la mienne pendant des heures. En plus d'une princesse barbue, mais bon, je veux bien essayer... Parce que... Parce que... ... Je t'aime. ... J'ai sacrément la dalle.

Son coeur n'en finissait pas d'étouffer, n'arrêtait plus de hurler. Et pourtant il n'y arrivait pas. Pourtant, derrière le sourire amical, bien qu'un peu faible, qu'il lui adressait, se cachait cette peur profonde, sourde, qu'il le laisse à nouveau. Qu'il franchisse la porte et l'abandonne, comme il avait failli le faire quelques instants plus tôt. Sans qu'il ne l'ait voulu, abruti par la potion qui commençait déjà à faire effet, il avait agrippé la main de Mikkel. L'avait serrée, exprimant physiquement ce besoin que les mots n'arrivaient pas à traduire. Il voulait le garder, encore, toujours, avec lui. Le garder toute la nuit, peu importait ce qu'ils feraient. Mais le garder. Parce que déjà, il le sentait, il allait un peu mieux. Juste un peu. Juste ce qu'il fallait pour reprendre goût à la vie.

-Tu penses que tu pourrais rester, ce soir ? Et non, avant que tu ne demandes, "il" ne reviendra pas.

Réalisant ce qu'il venait de dire, il se mordit la lèvre inférieure. Il avait oublié que la potion abaissait ses défenses, tout en le plongeant dans la douce latence des drogues. Elle déliait sa langue, elle facilitait le libre cours de ses pensées, tout en anesthésiant les plus négatives. Mais ce qu'il venait de dire, ce qu'il venait de faire, ce n'était pas prévu.
Oh et puis merde. Il avait bien le droit d'être égoïste, pour une fois. Juste une fois. Pourtant ce fut avec une certaine douceur, presque avec timidité, qu'il ajouta :

-Y'a jamais eu que toi...

Comme si ça allait changer quoi que ce soit. Il l'espérait, sincèrement, mais le mal était fait. Mais pour une fois, une fois seulement, il espérait que Mikkel ferait l'effort de comprendre. Juste ce soir. Juste cette fois. Qu'il comprenne que tout ce qu'il avait pu dire était vrai, qu'il n'avait jamais été que sincère avec lui. Qu'il avait réellement besoin de lui, de croire à une nouvelle illusion où il l'aimerait lui aussi. Juste cette nuit.
Juste un mensonge, un pieux mensonge, pour qu'il puisse continuer sa lutte. Celui d'un nous hypothétique dont ils savaient tous les deux qu'il n'existerait probablement jamais, aussi fort que Lazlo ait pu en rêver. Lazlo qui s'était rapproché du Brun de la Discorde, précautionneusement. Qui avait posé ses mains sur ses joues, pour qu'il le regarde. Qui avait fini par se hisser pour l'embrasser, déposant au creux de ses lèvres ses sentiments à vif, son cœur en miettes, sa peur du noir, et celle encore plus grande de le perdre à nouveau. Qui avait voulu par ce baiser happer les souffrances du brun, qui lui offrait le gîte, le couvert, pour la nuit, pour la vie s'il le fallait. Un soutien autant qu'une force partagée, juste le temps d'un baiser, juste le temps d'un rêve, juste le temps d'une énième chimère.
Le cœur battant trop vite, trop fort, trop douloureusement, envoyant des pics électriques dans tout son corps, il avait fini par reculer. C'était trop lui demander, mais c'était la première fois. C'était trop lui avouer, mais c'était la première fois qu'il s'y hasardait. Ça n'en était pas moins une promesse. Celle qu'il serait là, toujours, aux côtés de Mikkel. Et peu importait ce que les Jeux lui avaient fait. Peu importait le monstre de sable qui reviendrait le hanter.
Se mordant la lèvre inférieure, il laissa un regard brillant de cet espoir enfantin qu'il accepterait le deal, au fond de ses prunelles. Et de murmurer, d'une voix basse :

-En plus cette potion me shoote pas du tout, on va pouvoir sortir le Monopoly. Quand je te disais que c'était violent, ce truc.

S'il te plait. Même si c'est beaucoup, reste. Accomplis un nouveau Miracle, Saint Mikkel. S'il te plait.

_________________

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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Lun 6 Fév - 19:17


« I've been down on my knees and you just keep on getting closer »



 
Mikkel & Lazlo
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Si son murmure m'avait troublé, je n'en avais rien montré, me plongeant dans cette étreinte trop brutale où je le frictionnais comme un désespéré. Je me rendais compte que j'avais été stupide de lui parler de ce mec dont l'odeur m'agressait si fort les narines. Mon putain de flair de chacal me trahissait et m'apportaient des info que je n'avais absolument aucun besoin de connaître. Qu'est ce que ça pouvait bien me foutre que Lazlo ait baisé avec un autre gars, avant de m'appeler ? Le truc c'était que non seulement c'était ses affaires personnelles mais en plus, il avait totalement raison de se faire du bien, surtout après les épreuves qu'il avait endurées avec ces jeux sanguinaires. Alors pourquoi j'avais ouvert ma grande gueule avec cette remarque débile ? C'était vrai pourtant qu'il aurait mieux fait de laisser ce type le réconforter, n'importe quel quidam lui aurait été plus bénéfique que moi. Moi j'étais juste que le gros connard qui l'avait fait chialer, alors qu'il était traumatisé, blessé et souffrant. Moi j'étais juste que le pire crevard que la terre ait jamais porté. J'avais aucune raison d'être jaloux qu'il ait préféré appeler ce mec avant moi, et justement, il aurait juste dû se contenter de rester avec lui. Merde, merde, merde !

Je m'enfonçais et le pire c'était que j'en étais conscient, sous la tonne d’anxiété qui m'écrasait littéralement, comme si j'étais broyé et que je n'arrivais plus à raisonner correctement. Il fallait vraiment que je me reprenne, que j'enfouisse toutes ces pensées toxiques qui me brûlaient le bide et m'embrouillaient l'esprit, au point que je n'arrivais même pas à me comprendre moi-même. Au point de ne pas savoir ce que ça me faisait de l'entendre me dire que j'étais important. Ouais. Ouais, j'étais important, on était amis depuis longtemps, normal, non ? C'était moi qui était trop con avec ma foutue descente qui me ruinait. Je fermais les yeux, attentif aux cognements si lourds et irréguliers de son cœur que j'entendais avec tellement de netteté que je pouvais ressentir ses émotions douloureuses tempêter en lui. Le mal, la peur, la peine... tellement de souffrances que j'aurais voulu arracher hors de lui en le massant avec bien trop de force sous ma colère. Une colère qui gravissait les échelons, dans un cercle vicieux atroce, provoquant plus de crainte dans le regard voilé qu'il m'offrait, encore embrumé de ses larmes. Je me mordis cruellement l'intérieur de la joue en l'entendant me répondre, de sa voix si écorchée, comme émergeant d'un gouffre. Si c'était pas pour se foutre de moi, alors pourquoi dire un truc pareil ?

Mes épaules se haussèrent imperceptiblement, sans que je ne sois capable de savoir que répondre dans l'immédiat. Je restais tendu, les sens aux aguets, mon regard s'arrachant au sien pour se poser sur son torse alors qu'il se protégeait de sa main, dans un réflexe si vif qu'il me choqua profondément. J'avais déjà reculé sur le canapé, m'éloignant de lui dans un léger sursaut, prêt à bondir dehors, à courir en travers de la ville sans m'arrêter pour chercher quelque chose qui puisse l'aider. Sa main m'effleurait encore quand que j'évitais son regard, le mien ne sachant où se poser alors que je regardais ses doigts courir doucement le long de mon bras. Mes poils se hérissèrent un peu, dans un léger frisson, avant que je ne fronce les sourcils, à ses paroles, retrouvant son regard avec surprise. Dita ? Je ne l'avais jamais rencontrée mais Lazlo m'avait déjà parlé de sa sœur, disparue tragiquement à cause des folies du gouvernement. Je ne comprenais donc pas ce qu'elle venait faire dans cette conversation et je secouais doucement la tête, en signe d'incompréhension, sans chercher à me défaire de sa poigne qui se resserrait autour de mon bras. Je voulais partir mais il avait l'air de chercher à me retenir et je me demandais confusément ce que je devais faire... avant de laisser échapper un soupir étouffé en entendant la suite de sa phrase. Putain, pendant un moment, j'avais cru qu'il était devenu dingue et qu'il voyait des fantômes mais ce nouvel afflux d'angoisse qui me faisait battre le cœur plus vite, se dissipait un peu. Laissant place à la douleur de percevoir autant de tristesse dans ses yeux humides.

« Oh... ouais, elle ressemblait à ta sœur cette meuf ? J'comprends, ça a du te faire bizarre. Olivia, ah okay... c'était sympa de sa part. » Je supposais que cette Olivia devait être un genre de guérisseuse de ses connaissances, une chance qu'il ait des tas de relations pour se débrouiller. Parce que s'il avait dû attendre que je bouge mon cul, putain... je me sentais totalement coupable de ne pas être venu le voir plus tôt, j'aurais dû le voir dès que j'avais appris qu'il était en vie mais j'en avais pas trouvé le courage. Mais alors que je me faisais cette réflexion, mon regard suivit le sien vers ces traces vertes dégueulasses qui souillaient son tapis et la masse de culpabilité qui s'abattit sur moi me coupa la chique. Incapable de parler, je me contentai de reculer, échappant encore une fois à ses caresses que je ne méritais absolument pas. Il aurait mieux fait de me casser la gueule au lieu de faire ça ! La haine et la colère que j'éprouvais contre moi-même me fila le tournis et je fermai les yeux quelques secondes, pendant que Lazlo consommait sa potion dans une gorgée grimaçante. Aucune excuse au monde n'aurait pu être suffisante face à ce que j'avais fait, tout ce que j'aurais pu dire aurait été tellement dérisoire que j'en étais scié. Prostré.

Je me contraignis pourtant à retrouver son regard alors qu'il toussait encore, plus faiblement, un regard qui me paraissait toujours aussi douloureux mais sans doute plus éteint, comme anesthésié. Le sourire que je lui offris était fébrile et je me forçai à ne pas bouger alors que sa main se reposait contre la mienne, pour y entremêler ses doigts avec un naturel désarmant. Pourtant il faisait ça putain ?  Sans aucun reproche, comme s'il ne m'en voulait pas, il reprenait le ton léger qui lui était propre, rebondissant à mes propres conneries, comme dans ces échanges enjoués qu'on avait l'habitude d'entretenir, avant. Avant que tout bascule, que le monde explose, que notre insouciance soit écrasée dans le sang et l'horreur. Avant que je ne devienne un chacal camé jusqu'à la corde et que ma vie de joyeux débauché n'évolue vers une destruction chaotique. Avant qu'on ne le détruise lui, en utilisant mon visage, pour que je lui sois associé à la souffrance et à la peur, pour toujours. On l'avait tué avec ses sentiments, on l'avait mis à mort avec son amitié, mais aussi avec son amour de frère. Sa sœur...  Si elle planait au dessus de son visage effrayé et pâle au point de lui faire voir des fantômes, c'était parce que pour elle aussi, on avait utilisé son image. Est ce qu'une pire torture pouvait exister dans le monde que celle de se voir agressé par les gens qu'on aimait ? Et de continuer à les aimer, malgré tout le mal. Je me sentais totalement mortifié intérieurement et si je m'acharnais à lui sourire, haussant un sourcil railleur à ses histoires de saumon, j'avais envie de hurler.

« Rêve pas, j'suis un citadin endurci moi et ma dextre n'est ni verte ni attirante pour les poissons. Enfin pas, les saumons en tous cas. Et puis, les trucs que je murmure sous les arbres, les pommes en rougiraient. Non mais par contre, je sais comment faire le mur pour aller chiper les plus belles dans les potagers du coin. Oh je ne vole que les riches, bien-sûr, tel Robin des bois! Les saints sont obligés d'avoir de multiples compétences de nos jours et ils traquent les cafards, les dragons mais parfois la saleté aussi, quand ils sont pas trop fatigués. »

Ma voix tremblait un peu alors que j'essayais de me contenir de mon mieux, inclinant la tête dans un léger salut, en mode j'me la joue. Ça aurait presque pu paraître naturel mais, si ma désinvolture me collait à la peau habituellement, cette fois, l'angoisse me l'avait étouffée. Je pouvais quand même réussir à la mimer et ravaler cette tempête qui grondait dans mes entrailles, nouées si douloureusement. Il voulait que je reste... et si je ne parvenais pas à comprendre pourquoi il voulait garder une bombe menaçante auprès de lui, je n'avais pas le cœur à le raisonner de cette folie totale. Il fallait bien qu'il soit dingue d'insister alors que je venais de me comporter comme un salaud en lui gueulant dessus, en le faisant chialer, en détruisant ses pauvres médocs, les seuls trucs qui pouvaient bien apaiser son mal ! Mais qu'est ce qui serait pire ? Que je lui fasse l'affront de foutre le camp maintenant alors qu'il avait besoin de ses amis auprès de lui ? Je voulais le protéger de moi, ça aurait pourtant été la seule chose raisonnable à faire mais Satan savait bien que jamais je n'avait été foutrement raisonnable de toute ma vie, à croire que le seul fait de prononcer ce mot me filait des boutons.

M'accrochant à son regard, ma gorge était cette fois trop nouée pour que je puisse répondre et je me contentai de hocher la tête en cillant un peu. La suite de ses paroles fit se dessiner un pâle sourire, plus sincère, bien que pétri d'amertume. Ces délires m'avaient tellement fait rire autrefois que le souvenir de ces moments heureux me donnaient aujourd'hui envie de chialer. Parce qu'ils paraissaient si lointain, si intangibles et dérisoires par rapport à la réalité si crue du présent. Pourtant, mes yeux restaient secs alors que je me laissais emporter par un rire fragile, serrant doucement sa main en réponse à son étreinte. Une voix intérieure ne cessait pourtant de me crier ses demandes, de plus en plus impérieuses, me commandant de dénouer ses doigts des miens avec empressement et me redresser rapidement pour lui échapper. Pourquoi ? Je n'en savais tellement rien... Les choses ne devaient pas se passer comme ça, il aurait dû m'envoyer me faire foutre au lieu d'être si chaleureux avec moi. Il avait toujours été si chaleureux... « T'inquiète, j'vais te faire des pan-cakes magiques spéciaux pour estomac délicat de petit palefrenier. Nourrissantes et énergisante, elles te rendront le poil soyeux et l’œil brillant, garanti sans effet secondaire... » Mon rire s'étouffa alors que je me tordais un peu les lèvres, déstabilisé par ses paroles suivantes : "il" ne viendra pas. « Euh... quoi ? Tu parles de hum.. le proprio de ta veste là ? Oh ben, c'est pas un problème, même si le pape se ramène. T'sais bien que j'suis le roi de l'impro et puis quand bien même...» Pourquoi il me disait ça ?

Le regard fatigué de Lazlo me paraissait étrange et je commençais à bouger un peu, me redressant du dossier, essayant doucement de lui reprendre ma main, jusqu'à ce qu'il prononce cette phase qui me fila aussitôt un coup de chaud. La mâchoire trop raide pour réussir à articuler quelque chose, je réussis à peine à secouer doucement la tête pour lui dire d'arrêter ses conneries. Bien-sûr que non, y'avait pas que moi ! Y'avait déjà ce type dont l'odeur envahissait tout l'appartement au point que j'avais presque l'impression de le voir en face de moi. Je ne me sentais pas assez stable pour savoir gérer une nouvelle salve de délires... Pas assez même pour réussir à les analyser correctement. Alors ne parlons même pas d'être capable de réagir de façon posée aux propos de Lazlo. Qu'est ce qu'on lui avait mis dans cette drôle de potion verdâtre ? Il était délirant. A moins que ce ne soit moi... moi qui étais bien trop empêtré dans mon désordre mental pour être capable de penser. C'était plus simple de tout rejeter en bloc et de reporter ces réflexions à une date ultérieure, de préférence jamais.

Je n'eus de toute façon pas le temps de réussir à composer une répartie satisfaisante et, alors que j'essayais de me soustraire à l'intensité de son regard, il s'était déjà approprié mes joues pour rapprocher nos visages. Je fermais les yeux, malgré moi et l'ébauche de protestation mourut contre ses lèvres quand mes épaules trop nouées frémirent sous ce baiser si étrange. J'entendais toujours les battements forts et rapides de son cœur qui résonnaient à mes sens trop affûtés comme dans une transe, un peu comme si on collait son oreille contre un baffle, avec le son des basses à fond. J'avais la sensation que ces sons me pénétraient et me faisaient vibrer jusqu'à me faire perdre totalement toute notion de réalité. Comme si je n'étais plus là, comme si plus rien n'existait. Un afflux de désir s'imposa à moi alors qu'à la fois, j'avais l'impression de faire une chute vertigineuse du haut d'un gratte ciel, ce qui était salement effrayant et même totalement angoissant. Je me retrouvais projeté dans un univers chaotique où le bad trip ne m'aidait pas à assimiler la transformation invraisemblable de tout mes repères. Lazlo s'était effondré en pleurs devant moi quelques minutes auparavant, le monde éclatait en mille pièces avec lui et à présent...

Il s'était reculé de lui-même alors que je lui renvoyais un regard désorienté, le voyant devant moi en train de me fixer de ses yeux d'un bleu irréel, toujours illuminés d'un éclat blafard, entre défonce et cassure. « Le monopoly... » Je répétais ses paroles d'une voix décalée en hochant la tête doucement pour sortir un peu trop vivement de ma transe et opiner du chef plus vigoureusement. Mon cerveau était sur off et je n'avais absolument aucune envie de le rallumer, restant accroché à ses derniers mots pour les prendre au pied de la lettre, sans chercher à réfléchir un poil plus loin. Deux info à tirer de sa phrase : il était défoncé, il délirait et il voulait jouer. D'accord. Très bien. Normal. Et dans ce monde tout à fait normal, j'allais agir normalement. J'allais agir comme d'habitude, tenter de faire comme si rien n'avait changé. J’enchaînais donc, sans attendre, hochant toujours frénétiquement la tête. « Je savais même pas que t'en avais un, j'pensais que t'avais juste un scrabble. Mais c'est cool aussi, le monopoly, c'est cool. On change les règles par contre, bien sûr ? On dit que tous les coups sont permis, c'est plus marrant. Bon, j'vais aller préparer les pan-cakes, comme ça on pourra jouer en mangeant, on sera peinards. Prépare le jeu et fais nous un nid de coussins, j'arrive. » En dehors de mon débit un peu trop rapide, j'avais pu maîtriser le ton de ma voix qui paraissait aussi légère et enjouée que dans mes meilleurs jours. Ainsi, je me redressais, pour fuir à grandes enjambées au travers de la pièce en lui lançant encore quelques mots. « J'dois passer à la salle de bain, trente secondes top chrono. » Des mots qui précédèrent mon intrusion dans la pièce, claquant aussitôt la porte derrière moi pour m'y adosser et reprendre mon souffle.

Le cœur battant, je fixai l’évier devant moi avec mon reflet dans le miroir juste au dessus qui me renvoyait l'image d'un mec enfiévré avec des yeux cernés par trop de nuits sans sommeil. Si j'avais eu l'intention de me passer de l'eau froide sur le visage pour me calmer et maîtriser ces hurlements de douleur qui menaçaient de me faire imploser, la vue de mon propre visage fit péter la soupape de sécurité. Je cédai à une impulsion aussi colérique que désespérée en fonçant comme un bélier vers le mur, pour m'y exploser le front. PAN. Salaud de Mikkel, putain, salaud. Le choc fut assez violent pour manquer de m’assommer, dans le bruit sourd de ma tête contre le revêtement carrelé. Assez douloureux pour me couper le souffle alors que j'avais la sensation que mon front allait s'ouvrir en deux. Mais la douleur me terrassa à peine suffisamment pour compenser un peu de cette souffrance intérieure que je ne parvenais pas du tout à contenir. Pas un son ne franchit mes lèvres alors que je me dirigeais en vacillant vers l’évier pour plonger ma tête sous le robinet d'eau froide. L'envie de me fracasser la tête contre la vasque de porcelaine me taraudait alors que l'eau glacée coulait sur mes cheveux, ruisselant contre mon cou et le col de ma chemise.

Je voulais l'aider, faire quelque chose, rattraper cette foutue impuissance de le voir souffrir pendant ces jeux sans n'avoir jamais été capable de le sauver. Et non seulement je n'avais rien pu faire, non seulement je lui avais fait encore plus de mal mais en plus, j'avais bousillé un de ses flacons de potion. La meilleure chose que j'aurais dû faire était de me tirer, vite et loin ! L'envie d'ouvrir une fenêtre et de m'enfuir sans plus attendre me happa, alors que je relevais le visage pour aspirer une goulée d'air, le visage noyé par l'eau froide. Mais est-ce que c'était vraiment pour le protéger que je voulais me tirer ? Ou simplement parce que j'étais trop couillon, parce que j'avais la trouille de le voir souffrir et que je ne me sentais pas assez fort pour le soutenir. Putain oui, c'était ça. Pas assez fort, pas assez courageux, pas assez bon. Je soupirai dans un tremblement, attrapant vivement une serviette pour m'éponger le visage et risquer un regard dans le miroir. Ta gueule, Mikkel, ta gueule. Un gros hématome s'était formé sur ma face, juste au milieu du front. Si je ne m'étais pas fait une fracture du crâne, j'aurais de la chance. Quel con ! Je m'infligeai une puissance baffe face au miroir avant de me détourner rageusement et sortir de la salle de bain, comme si de rien n'était.

D'une démarche parfaitement assurée, je me dirigeai vers le coin cuisine sans regarder dans la direction de mon ami. Mon ami. « Hey ! J'suis sûr que t'as cru que j'allais me tirer par la fenêtre, ni vu ni connu, en volant tes réserves de PQ. Mais Robin des bois ne vole que les riches, j'tai dit, t'es trop pauvre pour moi, petit palefrenier. » Mon meilleur ami. Si je me cassais maintenant, ça équivaudrait à l'abandonner alors qu'il m'avait clairement demandé de rester. Et même si cette situation me foutait hyper mal, même si mes humeurs étaient bien trop chaotiques, j'allais prendre le risque et oublier cette angoisse sourde qui m’étreignait le palpitant. « T'as pensé à remplir un peu ton frigo j'espère ? Sinon, on sera réduit à faire des pan-cakes aux œufs de pigeons. Hé... ça pourrait être un nouveau concept ! » Tout en causant, j'ouvris ses armoires, déposant sur le plan de travail ce que j'y dénichais en ustensiles nécessaire. Un fond de farine et un paquet de lait en poudre furent découverts dans un placard et je commençais à mélanger les ingrédients avec rapidité, fouettant la pâte d'une poigne ferme. Mes pensées divaguaient, comme si elles se faisaient happer par le tourbillon que je créais en mélangeant consciencieusement farine et levure, eau et poudre de lait. Sans oublier le sucre. Putain. Lazlo avait essayé d'économiser ses pauvres petites bouteilles de fioles. Cette came de merde qui l’anesthésiait avec assez de violence pour le pousser à embrasser son bourreau. J'allais pas m'emmerder à me tracasser pour ça bien-sûr, c'était pas grave une fiole en moins, au point où il en était, n'est ce pas ? Ça équivalait juste à plusieurs jours de souffrance supplémentaire, rien de plus. Et puis ça passerait, Dita l'avait dit. Le fouet frappa le bol avec un peu trop de brutalité et je le rattrapai de justesse pour l'empêcher de se renverser par terre. « Merde ! »

Je me pinçai les lèvres, retournant un regard alarmé vers lui. « Non, ça va... » Soupirant profondément, j'abandonnais enfin ma mixture, déposant le fouet sur l'inox de l’évier dans un murmure. « Faut juste laisser reposer un peu avant de les cuire, la pâte doit monter. Après, ça, pour la cuisson ça ira vite et ce sera super bon.» Mais qu'est ce qu'on en avait à foutre que les pan-cakes soient moelleuses ou pas, bordel ? Je ne pouvais pas éviter son regard toute la soirée et je me résolu à le sonder des yeux, m'avançant vers lui avec précaution. Est-ce qu'il avait  peur de moi ? J'étais conscient de la violence sourde qui faisait vibrer chaque parcelle de mon corps et qui se dégageait de mon attitude, de la tension dans mes muscles et dans ma voix, même si je faisais tout pour l'écraser. Elle restait là, latente, dangereuse, comme un monstre tapis dans mes entrailles, prêt à se déchaîner. Est-ce qu'il avait peur ? Est-ce qu'il était triste ? Est-ce que ses yeux étaient encore humides ?

« C'était pas ta sœur. J'veux dire... dans l'arène. » J'avais entendu tellement de fois son prénom, hurlé par Lazlo à la télé, au moment de sa mise à mort. Comme je l'avais entendu crier le mien avec terreur... quand ces illusions lui avaient fait croire que ses proches l'attaquaient. Et à chaque rediffusion, même si c'était un supplice de voir ces images, je les regardais comme une punition masochiste, parce que je croyais que ce serait les dernières fois que je le verrais. "L’amour est le seul acte choquant qu’il nous reste sur cette planète." Je ne me souvenais plus où j'avais entendu cette citation, peut-être que c'était ce connard de Danny Clocker qui l'avait prononcée, d'un ton narquois, pour imager l'une des séquences. Celle où Lazlo avait demandé à Grayson de me dire... quelque chose de choquant. « C'était pas moi non plus. On t'aurait jamais fait ça. Tu l'sais ?» Mais pourtant aujourd'hui rien n'était sûr. Parce que  le monde était chaotique, parce que dans ce monde Lazlo pouvait bien se foutre de moi comme je pouvais le faire pleurer. Et parce qu'au lieu de profiter de la douceur de son étreinte, je préférais me casser la gueule en fonçant contre un mur.

 




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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Ven 24 Fév - 3:28


Le spectre des lèvres de Mikkel encore sur les siennes pulsait doucement, accentuant cette sensation de flottaison que l'onguent avait développée dans tout son corps. Eprouver l'élasticité du temps, juste pour un baiser, ce n'était pas grand chose et pourtant il ne s'était jamais senti plus perdu. Les minutes étaient aussi bien secondes qu'heures entières. Le monde avait cessé d'exister juste le temps d'un soupir, et pourtant il était toujours bien là alors qu'il avait rouvert les yeux. Il aurait pu mourir contre ces lèvres, et pourtant. Pourtant la nécessité d'air, peut-être l'instinct, l'avaient poussé à se retirer. Mikkel n'avait pas répondu, pas plus qu'il ne l'avait repoussé, cette fois-ci. Un juste milieu aussi décevant qu'écoeurant qu'il ne pouvait reprocher qu'à lui même. Parce qu'il connaissait ce regard, chez son ami. Parce qu'il connaissait tellement bien son ami qu'il savait pertinemment qu'en réalité il n'aurait pas dû lui laisser le choix. Parce que la confusion reprenait du galon dans chacune des paroles, dans chacun des gestes du Brun de la Discorde, et qu'il reprenait lui-même de l'énergie.
Alors Lazlo avait baissé les yeux, le sang battant contre sa tempe pulsant progressivement la déception qui viciait son maudit cœur malade. Une vague de plus qui ne durerait pas, il le savait, grâce à l'onguent que lui avait procuré Olivia. Ce machin faisait des merveilles jusqu'à son humeur. D'ici peu, tout ne serait plus qu'un mauvais rêve. Un putain de mauvais rêve.

Pourtant, il le voyait, Mikkel n'était pas resté indifférent. Ou peut-être était-ce ce qu'il avait envie de voir. Il n'en était plus tout à fait certain, son esprit s'embrouillant trop facilement, rendant confusément les paroles de son ami comme un embrouillamini de mots qui étaient supposés faire du sens. L'âme, le corps et le cœur en compote, il ne lui manquait plus que l'esprit. Ce qui était chose faite à présent. Et pourtant. Quelque chose dans le regard d'acier avait attiré son attention. Une confusion, une lueur pâle, lointaine, que le geste avait réveillé. Mais qui était-il pour lire dans le comportement de son ami après tout ? Son psy ? Quelque part au fond, Lazlo était certain que si Mikkel voyait effectivement quelqu'un, même cette personne n'avait aucune idée de qui il était réellement. Au fond. Cette abysse que personne ne pouvait jamais atteindre parce que le brun était bien trop secret pour révéler quoi que ce soit. Ce Mikkel qui n'apparaissait que par de bien trop rares moments, par éclats, comme cette colère qu'il avait eue plus tôt, et qui repartaient. Le vrai Mikkel était un orage d'été, imprévisible, puissant, et temporaire. Chanceux étaient ceux qui avaient l'occasion de l'apercevoir un jour. Et Lazlo espérait vainement que c'était le cas de cette lueur qu'il avait cru voir dans son regard. Une toute petite, infime et minuscule lueur d'espoir.

Se recroquevillant dans le canapé, tirant les pans de la veste trop grande de Daniel sur son torse, il avait acquiescé lentement. Le Monopoly. Il s'en foutait en vrai, du Monopoly, il en avait rien à carrer des pancakes, il n'avait ni faim ni envie de jouer. Il n'était même pas sûr d'avoir ce jeu quelque part dans son appartement. Mais prétexter des activités "normales" était la seule manière qu'il connaissait pour garder Mikkel encore un peu chez lui. Une tentative de plus, maladroite et égoïste, qui lui filait la nausée. Parce que Mikkel parlait trop vite, avec ce débit qu'il ne lui connaissait que quand ça n'allait pas bien. Parce qu'il s'était relevé comme un diable monté sur ressort pour filer à la salle de bain sans lui laisser l'occasion d'en placer une. Parce que tout, de sa démarche jusqu'à ses paroles, dans sa façon de se raidir à chaque fois que Lazlo cherchait son réconfort, tout signifiait un besoin inéluctable de se tirer. Et lui, il continuait de le retenir.
T'es qu'un putain de connard égoïste, Andersen. Une vraie merde. Profitant de l'absence de son ami, il avait glissé ses doigts dans ses cheveux, se massant distraitement le crâne du bout des doigts. Une vraie merde qui abusait de la gentillesse de son meilleur ami avec ses besoins infondés, avec cette maladie incurable d'amour pervers qu'il éprouvait encore et toujours à son égard. Et même pas il était foutu de lui foutre la paix. Même pas il était foutu de se mettre de côté, pour une fois, pour aider Mikkel. Putain, mais ça se voyait qu'il n'était pas bien, pourquoi est-ce qu'il aurait eu à ce point besoin de lui en rajouter une couche avec son maudit traumatisme d'Arène à la con ?
Ce n'était rien. Ce n'était tellement rien face à l'horreur d'être ceux de l'autre côté de l'écran. Ceux qui n'avaient rien à gagner, et tout à perdre. Ceux qui se rongeaient les sangs en espérant une mort pas trop brutale à leurs proches, voire la survie, de façon optimale. Alors pourquoi est-ce qu'il avait éprouvé le besoin de se faire passer en avant, pour une fois ? Alors qu'il ne le faisait jamais, et à juste titre ? Connard.

Un bruit sourd, violent, dans la salle de bain. Il ne s'y était tellement pas attendu qu'il en avait sursauté. Le coeur battant à tout rompre dans sa poitrine, il se leva difficilement du canapé pour s'assurer que son ami aille bien avant de se raviser. Non. Il connaissait Mikkel. Quoi qu'il se soit passé dans cette maudite salle de bain et à moins qu'il ne voit une mare de sang couler de sous la porte, il ne devait pas entrer. S'efforçant au mieux de contrôler sa respiration, à grandes goulées d'airs, il se poussa au calme. A la retenue. A laisser son espace, un espace entièrement légitime et nécessaire, à son ami. Quoi qu'il se soit passé dans cette maudite salle de bain. Quoi qu'il se soit passé. S'attendant au pire, il guetta tout de même un sillon de sang frais, le regard rivé sur la porte fermée. Le bruit de l'eau qui coule. Il était bien vivant, c'était déjà ça de pris. Suffisant pour calmer sa respiration, mais pas cette inquiétude croissante qui l'envahissait.
Puis Mikkel sortit, enfin. Fila comme une ombre sans lui adresser un regard, se positionna dos à lui dans la kitchenette, comme s'il n'existait pas. Et cette sensation de revenir au galop. La même, toujours la même. Celle de n'en avoir fait que trop pour lui-même, et pas suffisamment pour son ami. Son ami. Son meilleur ami.

Son meilleur ami qui parlait, et la remarque insidieuse, quand bien même involontaire, l'atteignit en plein coeur. Il était pauvre, c'était un fait. Une blague récurrente qui remontait à leurs débuts, qui se basait pourtant sur une réalité absolue. Il était pauvre, et n'avait pas de rivières de diamants à lui offrir. Il ne pourrait jamais lui acheter un poney, des cours particuliers et le château des merveilles qui irait avec. Tout ce qu'il avait à lui donner au final ce n'était que de la douleur, en bonus d'un amour tellement colossal que le Norvégien en crevait à petit feu. Qu'il l'avait déjà tué une première fois. Mais à part cela, effectivement, il était pauvre.

-Pas d'effets secondaires ? J'ai pourtant eu un aperçu de ton aptitude à la magie, plusieurs fois, j'aurais espéré que tu les insuffles de quelques uns de tes pouvoirs spéciaux...

Comment trouvait-il la force de continuer cette mascarade puérile, ce faux semblant où tout irait bien dans le plus parfait des mondes ? Ce ton faussement enjoué, railleur, pour lui renvoyer la balle ? Parce que c'était plus simple au final. Plus simple pour tous les deux de se raccrocher à une période où tout allait effectivement mieux, où si les temps étaient durs, ils ne l'étaient pas autant. De la poudre aux yeux.

-Les œufs de pigeon sont comestibles, tu sais ? Ils sont même excellents pour lustrer le poil et lui apporter vigueur et éclat. M'enfin si tu veux des oeufs du cul de la poule, tu en trouveras dans la portière du frigo.

Ne supportant plus de ne s'adresser qu'au dos de son ami, Lazlo finit par rassembler ses forces pour se hisser hors du canapé. Sa tête tournait. Il avait froid. Mais tout ce qu'il voyait suffisait à lui donner envie de continuer. Il y avait quelque chose dans le ton de Mikkel qui n'allait pas. Il y avait quelque chose dans la violence générale de Mikkel qui tirait la sonnette d'alarme, une violence qui permettait tout juste de faire sortir un trop plein de... de quoi au juste ? Ce n'était qu'une intuition, en vrai. Si ça se trouve l'onguent lui faisait prendre des vessies pour des lanternes, et il se trompait sur toute la ligne. Mais il ne pouvait s'empêcher de voir dans chacun des mouvements de son ami ce quelque chose, cet appel silencieux. Un hurlement dans le noir. Un écho à celui qui ne faisait que résonner dans l'esprit de Lazlo, et l'avait poussé à rompre la distance entre eux. L'avait poussé à s'asseoir lourdement sur un des tabourets du comptoir de la kitchenette, fixant ce dos qui lui parlait. De l'eau ruisselait des mèches brunes, coulait le long de sa nuque, mouillant le col de sa chemise. D'une certaine manière, le blond préférait ça. Parce qu'il savait qu'il n'aurait pas supporté de voir le visage de Mikkel rongé par cette violence sourde une nouvelle fois, même shooté jusqu'aux yeux par l'onguent de Di... D'Olivia. Parce que ce regard colérique, ce regard fou qu'il lui avait jeté plus tôt, son seul souvenir, suffisait à réveiller cette terreur qui le vrillait à chaque geste brusque de son amant.

-Tu sais, c'est pas grave pour...

Un nouveau geste brusque, et le bol qui avait failli foutre le camp. Un tintement violent assorti d'un "merde" tonitruant qui l'avaient cloué sur place, provoquant une vague de terreur autant que de malaise. Toute cette violence. Toute cette colère. Et le hurlement du Mikkel de sable, cette voix à la fois aussi forte et aussi lointaine, qui venait de lui hurler de nouveau dans les oreilles. Se tassant de nouveau sur son siège, il ferma les yeux pour tenter de se calmer. Une inspiration, une expiration. Le temps suffirait à adoucir ses peines. Une inspiration, une expiration. La voix plus posée de son ami qui le rassurait. De quoi ? Pourquoi ? Pourquoi avait-il besoin de le rassurer, lui, alors qu'il ne le méritait pas ? Alors que clairement, dans toute cette histoire, c'était Mikkel qui était le plus à plaindre ? L'indignation gonflait, dans son cœur, croissait, irriguée par la crainte, assourdie par l'impuissance. Il en avait assez, de toute cette mascarade. Il en avait assez de ne pas aborder les thèmes qui tâchent, il en avait assez de ne pas savoir quoi dire à Mikkel pour réussir à l'apaiser ne serait-ce qu'un peu. Il en avait assez qu'on l'entoure d'ouate dans l'espoir que ce soit suffisant pour apaiser ses propres maux. Qu'on ensevelisse son esprit dans la complaisance alors que tout ce qu'il avait réussi à faire, avec ces histoires de Jeux, c'était faire souffrir un peu plus toutes les personnes qu'il aimait.

Et pourtant ce cri, ce cri d'agonie qui s'intensifiait dans sa carcasse, refusait toujours de sortir. Il le faudrait bien, un jour. Qu'il hurle merde à la face du monde. Mais le regard qu'il intercepta, alors que Mikkel se tournait enfin pour lui faire face, l'étouffa aussi sec. Un hématome de la taille du poing se dévoilait sur son front plissé par l'inquiétude, à peine caché par ses mèches humides. Lazlo déglutit difficilement, le coeur lourd. C'était donc ça, ce bruit...
Alors il s'était hissé hors de son siège, avait décidé de dire merde une bonne fois pour toutes à ses jambes trop faibles, à son corps qui foutait le camp. Avait fini par le rejoindre par réflexe, sans trop savoir pourquoi il faisait ça. Il leva la main instinctivement pour repousser les mèches brunes, avant de se raviser. Lui laisser de l'espace. Le laisser respirer. Frôlant son ami, il pouvait sentir sa chaleur dépasser les limites de son corps. Une chaleur colérique presque palpable qui le fit frissonner, alors qu'il attrapait un torchon propre pour l'imbiber d'eau fraîche. Une chaleur puissante qu'il pouvait sentir alors qu'il se rapprochait à nouveau, et posait le torchon frais sur le front bleui par le choc. Et toujours ce maudit palpitant qui se tordait dans tous les sens alors qu'il voyait clairement la douleur qu'il infligeait à son pauvre Mikkel, à ce pauvre homme qui n'avait rien demandé à quiconque.

-Je sais bien que c'était pas elle...

Il ne pouvait pas penser à Olivia, sur le moment. Il n'en avait pas le droit. Pas alors qu'il voyait clairement ce qu'il lui faisait, l'hématome bien réel, bien concret, au-dessus de ces yeux qu'il évitait obstinément quand bien même ils le cherchaient. Pressant doucement le tissu imbibé d'eau fraîche sur sa peau, il se mordit la lèvre. Bien sûr, que ce n'était pas eux. Bien sûr, qu'ils ne lui auraient jamais fait ça. Bien sûr que c'était une ruse, une énième illusion de ces connards qui avaient organisé les Jeux. Bien sûr qu'il n'était lui-même qu'un connard égoïste quand il voyait clairement le mal qu'il infligeait au seul être de cette planète qui ait réellement du sens à ses yeux. Un mal qui marquait sa peau aussi clairement qu'une tâche d'encre de Chine sur du papier blanc. Un mal qui tordait son coeur autant qu'il nouait sa gorge. Il était tellement désolé.

-Je sais, Mikkel... Je sais que c'était que du chiqué, tout ça...

Sans même s'en être rendu compte, sans même l'avoir pensé ni réfléchi, il s'était rapproché de lui. La chaleur qui émanait du brun, toute cette tension contenue qu'il pouvait sentir physiquement, léchait son propre torse à présent. Et il avait tellement mal. Tellement mal à présent de voir ce qu'il avait, lui, provoqué. Ce n'était pas comme s'il ne le savait pas déjà, que Mikkel était une bombe à retardement. A croire qu'il avait voulu que tout tourne aussi mal, en lui envoyant ce foutu message. Mais il n'avait jamais rien voulu de tout ça. Jamais.

-Mais même en sachant tout ça, j'ai failli mourir, tu sais ? Même si tout ça c'était pour la blague, parce qu'ils ont eu envie de s'amuser avec nous autres, j'ai vraiment failli mourir. "Ce ne sont que des illusions, ha ha ha, on vous a bien eus !" Sauf que non, en vrai. Mais ce que je vois, là, c'est que je ne suis pas celui qui en chie le plus de nous deux...

Il progressait sur un terrain miné. Le No Man's Land qui définissait la limite à le pas franchir entre l'image public de Mikkel, et ce qu'il ressentait réellement. Une frontière qu'il n'était pas sûr de pouvoir franchir, qu'il avait toujours compris qu'elle ne devait jamais être franche. Les seuls moments où le vrai Mikkel se révélait, c'était quand lui, et lui seul, décidait de se montrer. Autrement l'ombre restait, planait sur le monde, un doute fugace, cette sensation d'avoir découvert une autre facette d'un homme. Celle d'un homme avec ses souffrances et ses doutes, que personne ne devait jamais voir. Pas même Mikkel lui-même.
Et quand bien même il avait désespérément envie de l'entendre, ce Mikkel, il ne voulait pas le forcer. Sentant le torchon se réchauffer au contact de sa peau, il le passa à nouveau sous l'eau fraîche, avant de le lui glisser entre les doigts. D'une main douce et ferme à la fois, il le poussa à porter le tissu sur son bleu, avant de l'attraper par le poignet. Ne pas lui laisser le choix. Résister à l'envie de l'enlacer à nouveau. Parce que si son ami, pourtant si tactile, si câlin, refusait son contact, c'était pas pour rien. Même si cela le faisait atrocement souffrir. Alors, tout en respectant cette distance confortable qu'il s'imposait à lui-même, nécessaire et vitale pour le brun, il le guida doucement vers le canapé. Après tout, la pâte de ces maudits pancakes devait reposer, de ce qu'il en avait dit.

Dire. Parler. Il ne l'osait plus, de peur d'aggraver encore plus la situation. Distraitement, il avait entonné doucement une chanson qui lui était venue à l'esprit. Une chanson toute bête, d'un petit rouquin Australien aux genoux cagneux et à l'humour décapant qu'il avait eu l'occasion de voir en concert avec sa sœur, dans le temps. You Grew on Me. Un souvenir heureux, ni plus ni moins. De ceux qui permettaient d'avancer.
You grew on me like a tumour
And you spread through me like malignant melanoma...

Sur le coup, il ne pensait plus vraiment aux paroles. Juste l'air qui lui revenait comme une petite ritournelle agréable alors qu'il suivait son ami dans le canapé, et se penchait pour se rouler une cigarette. Il pouvait sentir la nervosité de Mikkel pulser juste à côté de lui. Mais il continuait de chanter doucement, pour lui, pour son ami, peut-être aussi. Cette chanson lui revenait souvent, ces derniers temps. Souvent quand ses pensées, son esprit, étaient occupés par le brun. Brun à qui il lança un haussement de sourcils amusé.
...Now I can't feel my legs
When you're around I can't get out of bed...

Une ritournelle innocente, rien de plus, dont il ne se souvenait généralement pas de la suite. Mais pas cette fois-ci. Probablement que l'onguent avait ravivé ce souvenir dans sa mémoire. Probablement que ce voile qu'il avait déposé sur ses pensées, grisant toute la sombre merde qui découlait de chacun de ses actes, suffisait à réveiller cette part de son inconscient qui savait parfaitement ce qu'il faisait. Un crescendo dans les paroles. Dans leur violence. Dans leur véracité, aussi. Dans sa propre voix, trop faible, trop rauque, qu'il n'arrive toutefois pas à arrêter.
...You are wedged inside my chest
If I tried to take you out now I might bleed to death
I'm feeling short of breath...

Sans qu'il le veuille, ses mains avaient recommencé à trembler. Son corps s'était tendu sur cette apothéose, sur cet aspect sans retour qu'il connaissait parfaitement bien. Quand la chanson s'acheva sur sa voix éteinte, il se rendit compte qu'il s'était entièrement arrêté de fonctionner. Et sentit une sensation d'eau salée au creux de ses lèvres.

Ce n'était pas qu'un souvenir. C'était clairement l'exacte vérité. Une vérité crue, bien trop réelle, de tout ce qu'il éprouvait sur le moment. Cette lutte permanente contre cette putain de maladie qui, à défaut d'être orpheline était incurable. L'amour au goût de cyanure, doux, sucré, et mortel. Et le cyanure avait un autre nom : Mikkel.

La gorge sèche, nouée, il s'essuya rapidement les yeux du revers de la main. Il n'osait plus croiser le regard de son ami. Il en avait trop fait, plus tôt. Et maintenant il en avait trop dit. Beaucoup trop pour leur bien à tous les deux. Parce que s'il avait réussi à rester évasif pendant tout ce temps, cette maudite potion avait réussi en quelques minutes à bousiller toutes les défenses qu'il s'était imposées lui-même. Et avec elle ce secret que, clairement, il n'avait pas le droit de partager.

-Putain mais quel con...

Que pouvait-il faire de plus, à présent ? Il n'était clairement pas lui-même, tout du moins le Lazlo que Mikkel connaissait depuis tout ce temps. L'homme qu'il n'avait fait que lui montrer était un ersatz de lui-même. Un type fragile, peureux, lâche. Un type qui parlait en énigmes, qui n'était pas foutu de dire quoi que ce soit qui ait du sens. Mais ce type, c'était lui. Une partie de lui. Une partie de lui qui hurlait de continuer sur cette voie, de finir de s'achever encore un peu plus. Et cette envie qui continuait de lui brûler les lèvres, ce besoin inéluctable de signer son arrêt de mort une bonne fois pour toutes, pour achever toutes possibilités de rémission.
Parce qu'il faisait tout de travers, en ce moment. Parce qu'il était certain que Mikkel ne voudrait plus le voir après ça. Alors un peu plus, un peu moins.
Sauf que non. Sauf qu'il n'en avait pas le droit. Sauf qu'il n'avait été qu'égoïste tout du long. La tempête qui fusait sous son crâne n'en finissait plus. Et rien n'avait de sens. Plus rien. Parce que dans un monde idéal, c'est lui qui se serait occupé de son ami. Pas l'inverse.

-J'suis désolé Mikkel, j'pense vraiment qu'à ma gueule ce soir... Tu parles d'un "ami"...

Il s'était permis tout ce qu'il s'était toujours refusé de faire. Tout, à une exception près. Qu'il venait de foutre en l'air avec cette maudite chanson. Pinçant l'arrête de son nez entre son pouce et son index, sans oser croiser son regard une seule fois, il poussa un profond soupir agacé. Agacé contre lui-même. Agacé contre son incapacité à faire les choses bien. Justes.

-J'pensais juste... je sais même pas ce que je pensais. Que peut-être t'avais entendu ce que j'ai dit dans l'Arène. Que peut-être...

Que peut-être rien du tout. Il continuait de s'enfoncer. L'envie de hurler autant que se gifler lui tenaillait les entrailles et il s'arrêta un instant, le temps de se retenir de faire les deux à la fois. Tout était plus simple, avant. Si seulement ils pouvaient faire marche arrière. Si seulement il pouvait juste prétendre être son ami, juste prétendre être heureux, juste être heureux d'être à ses côtés jusqu'à la fin du monde. Mais être passé si proche de la mort, si proche de le faire, avait réveillé ce besoin en lui. Un besoin qui signifierait sa perte s'il continuait dans ce sens.
Il était tellement désolé. Le regard plein de détresse, il finit par refaire face à Mikkel.

-Tu peux partir si t'en as marre de mes conneries, tu sais...

Il ne savait pas ce qui faisait le plus mal. De seulement avoir prononcé ces paroles, ou de réaliser qu'il venait de laisser le choix, une nouvelle fois, à Mikkel. Un Mikkel tellement dépassé par les évènements qu'il pouvait à tout moment se lever et effectivement partir. Effectivement le laisser seul avec son putain de coeur en miettes, dans tous les sens du terme. Effectivement partir et le laisser seul.
Peut-être que ce serait la meilleure chose qu'il puisse faire, après tout. Parce qu'il n'avait pas à s'imposer comme ça. Pas aussi cassé. Pas aussi fragile. Pas aussi sensible. Pas aussi désespérément perdu. Pas à l'opposée entière de tout ce que son ami connaissait. Et pourtant il ne le voulait pas.
The successful removal of you
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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Mer 22 Mar - 17:51


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Mikkel & Lazlo
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Je l'avais vu. Ça n'avait duré que quelques secondes mais j'avais vu sa posture, je l'avais vu crispé par la peur sur ce petit tabouret. J'avais vu son corps engoncé dans cette veste trop grande, lui donnant l'apparence d'un gamin effrayé, d'un gosse battu qui se tasse instinctivement au moindre bruit, de crainte de se prendre une baffe. Et même s'il s'était déjà redressé en silence, l'expression de son visage me noua l'estomac. J'avais fait deux pas vers lui mais je n'osais pas en faire davantage, ne sachant que dire, ne sachant que faire pour effacer ce cauchemar qui s'éternisait. Ce cauchemar où le gouvernement avait attaqué Lazlo en m'utilisant comme arme, le blessant à mort pour créer un fossé de terreur entre lui et moi et tout briser. J'avais l'impression que chacun de mes mots sombrait dans un gouffre sans fond, tellement ils ne servaient à rien, tellement ce que je disais était futile, dérisoire, maladroit. Pourquoi il venait dans cette fichue cuisine alors qu'il avait visiblement du mal à marcher droit ? Ses jambes paraissaient presque flancher sous son poids et je ne pigeais pas pourquoi il s'obstinait à rester tout près de moi, au lieu de rester allongé dans le canapé, bien à l'abri... Je balbutiai dans un souffle. « Qu'est ce que... ? » Je l'interrogeais du regard alors qu'il levait sa main à la hauteur de mon visage pour finalement me dépasser et atteindre l'évier. Fronçant les sourcils avec incompréhension, j'essayai tant bien que mal de garder une voix douce et la plus rassurante possible. « Hey... c'est quoi l'délire, tu crois que j'vais te laisser faire la vaisselle ? Déconne pas, sinon t'auras pas droit à mes pan-cakes magiques. J'te promets, j'bouffe tout. Oh non mais... »

Sans rien dire, Lazlo me tamponnait le front avec son torchon et j'avais bafouillé ma protestation dans un murmure quand le déclic se fit enfin. Ma beigne. Je me mordis les lèvres, haussant doucement les épaules, sans le lâcher d'un regard inquiet. « C'est rien, j'ai glissé... » J'avais oublié la gueule que je devais lui offrir avec mon coquard et son geste me décontenança tellement que sur le moment, je restais là, les bras ballants, sans réussir à m'esquiver. Il était toujours si pâle que ça me filait la chair de poule. Enfin, il me répondit et, bien que je tentais de cueillir son regard, ses yeux se dérobaient à moi alors que je le dévisageais, entre désarroi et inquiétude. J'avais envie de repousser sa main, de lui dire de ne pas faire ça, que c'était pas nécessaire. J'avais pas besoin qu'il me soigne putain ! Mais je me contraignis à rester là pour l'écouter, hochant doucement la tête dans un soupir. Il savait, bien-sûr qu'il savait.

Pourtant, quand il poursuivit, tout proche de moi, ces mots suivants me donnèrent la sensation d'un gros crachat en pleine poire. A la fois, je fus ébranlé comme si on cognait dans mon cœur en le prenant pour un punching ball. Wow... Je marquai un recul sous cette sensation douloureuse et violente de se sentir brutalement choqué par un coup inattendu. Lazlo se retournait pour aller rafraîchir son satané torchon et je reculais de deux pas, le visage empourpré et le souffle coupé pendant quelques secondes. Mes yeux me piquaient, si je parlais maintenant, je savais que je ne pourrais pas maîtriser le timbre de ma voix alors je gardai le silence, me retournant précipitamment vers le plan de travail, les poings serrés. Il pensait que je méprisais sa souffrance ? Il me reprochait de tout ramener à ma gueule ? Je ne voulais pas dire ça, j'voulais pas.... La gorge nouée, je clignais des yeux pour refouler ces picotements qui me brûlaient si vivement et je pris soin de recouvrir le récipient rempli de pâte avec un torchon propre avant de ramasser une éponge pour essuyer fébrilement les quelques traces laissées sur le plan de travail, les mâchoires serrées. Comment faire pour réparer tout ce mal ? Comment ? Je me sentais si désespéré que j'aurais bien plongé la tête dans le bol en espérant me noyer dans la pâte de pan-cakes. Si seulement, putain.

Mais Lazlo ne comptait pas en rester là. Je sentis le contact frais du linge humide contre ma main et je tressaillis un peu en me tournant vers lui dans un soupir aussi troublé qu'agacé. « C'est pas la peine, mec, j'te jure. » J'aurais pu insister encore mais j'allais tout de même pas me battre avec lui pour l'empêcher de me soigner ! La mort dans l'âme, je le laissai m'appliquer de force ce linge sur le front dans un léger grognement désespéré. Bien-sûr que ça me faisait du bien mais j'en avais tellement pas envie ! Tout ça me rendait dingue et je sentais l'énervement me faire battre le cœur plus vite alors que Lazlo attrapait mon poignet pour me contraindre à le suivre. Et puisqu'il me laissait le torchon, je pouvais au moins décider d'arrêter de me le foutre sur le front et morfler tranquillement. Putain. Je ne savais même pas pourquoi je tenais à ce point à avoir mal, dans mon obstination butée, c'était du délire... Me laissant retomber dans le canapé trop mou où je m'enfonçai aussitôt, je reculais pour me tasser à l’extrémité, mes bras entourant mes genoux repliés. Tripotant le linge humide entre mes doigts nerveux, je braquai mon regard sur Lazlo, installé à l'autre bout du canapé, Lazlo qui... chantait.

Oh c'était pas comme si c'était la première fois que je l'entendais pousser la chansonnette, ça nous arrivait souvent de faire des vocalises pour nous marrer, comme des tas d'autres conneries qu'on faisait ensemble. Son mouvement de sourcil rieur me tira une moue incertaine. Ce genre de truc aurait pu passer sans que je ne trouve ça bizarre en temps normal, un Lazlo défoncé qui fredonne une chanson marrante, ça m'aurait fait sourire. Mais là, l'ambiance donnait à tout ça un aspect trop chelou. Déjà, le choix de la chanson me paraissait assez étrange, surtout en faisant gaffe aux paroles. Des paroles drôles pour décrire un genre de... truc chelou. Ouais. J'observai Lazlo se rouler sa clope et bien que j'avais désespérément besoin d'une taffe, je me sentais tout bonnement incapable de l'interrompre pour lui en demander une. Incapable même de faire le moindre mouvement pour allonger le bras et me servir moi-même dans la boite aux merveilles posée sur sa table et heureusement épargnée par mon attaque.

A mesure qu'il chantait, il donnait l'impression de se fondre un peu trop dans la chanson, sa voix était trop intense, trop meurtrie déjà par sa faiblesse, mais je le sentais de plus en plus imprégné par l'histoire de cette chanson. L’anxiété me poussa à me mordiller l'intérieur des joues en le voyant continuer. J'étais conscient que la came pouvait amplifier les émotions et si Lazlo était triste, ça risquait sans doute d'agir un peu trop sur son humeur. Mais pourquoi une chanson pareille le rendrait triste, putain ? Mon regard désorienté passait de mes propres doigts qui tiraillaient le torchon, au visage torturé et si pâle de mon ami. J'apercevais les tremblements de ses mains, la tension dans son corps alors qu'il n'allumait même pas sa clope et puis cette façon de mettre tellement d'émotion dans les paroles de cette chanson, comme si elle lui appartenait, comme s'il décrivait ses propres ressentis... Quand j'aperçus les larmes glisser contre ses joues, j'étais complètement paniqué. Me détachant de l'accoudoir du canapé contre lequel j'étais adossé, j'hésitais à le rejoindre, troublé par l'intensité de ses paroles.

La chanson s'était achevée sur sa voix brisée sans que je n'aie osé le couper et je lui lançai des regards furtifs, tiraillant toujours sur le linge au risque de déchirer le tissus entre mes doigts. Il s'auto-traitait de con à présent ? Sans doute qu'il s'en voulait de chialer encore devant moi et je secouai doucement la tête, décontenancé, sentant ma nuque trop crispée sous mon mouvement. Est-ce que c'était encore un sarcasme quand il disait qu'il ne pensait qu'à sa gueule ? Les sourcils froncés, je n'arrivais pas à comprendre sa façon de parler et dans mon anxiété, plus rien ne faisait sens. Pourtant, ces mots suivants me firent l'effet d'une décharge électrique. Ce qu'il avait dit dans l'Arène. Inconsciemment, je rentrai ma tête dans mes épaules, le cœur battant violemment. Il la pensait quand même pas vraiment cette chanson ? Lazlo était shooté mais c'était pas du tout comme d'habitude. Quand il délirait pour déconner, je savais rebondir mieux que personne à ses tirades abracadabrantes mais là, je ne savais foutrement pas comment gérer ce torrent d'émotions qui le rendait si... étrange. Moi-même, je me sentais dans un état second, toujours incapable de raisonner ou d'analyser les choses correctement. Quand il redressa enfin son regard vers moi, je l'attrapai aussitôt au vol, lui renvoyant l'égarement total inscrit dans mes yeux. Je ne lâchai pourtant  pas ses prunelles expressives, si chargées de sa détresse, quand il me fit cette proposition désenchantée. Partir ? J'eus soudain l'impression que mon cœur pesait deux tonnes et qu'il sombrait dans mon estomac. Quelques secondes passèrent avant que je ne secoue la tête, éclaircissant ma voix trop rauque dans un léger raclement de gorge.

« Non... mais non, arrête, j'vais pas partir... si tu veux que je reste, je reste.»

Je me frottais le visage nerveusement avant de grimacer sous la force de mon geste et perdre mes mains dans mes cheveux humides. Sur mon front, se dessinait une bosse qui ressemblait maintenant à un œuf de pigeon, le tout agrémenté de couleurs mauves et verdâtres du plus bel effet. Je soupirais avant de me hisser doucement sur mes genoux pour glisser vers lui avec précaution, laissant tomber le torchon pour m'agripper aux coussins qui jonchaient le canapé. Je les escaladais doucement jusqu'à le rejoindre, mon regard s'éparpillant autour de lui. L'envie puérile de me cacher quelque part me taraudait et mon regard s'arrêta un moment sur lui pendant que j'envisageai sérieusement de plonger sous son t-shirt et d'y enfouir ma tête. J'aurais qu'à faire ça tiens, rester ainsi toute la nuit et demain, tout irait mieux. Ma main gratta doucement sa manche. «Hey Lazlo... » Sans réfléchir, j'avais déjà attrapé la manche trop longue de sa veste, glissant mes doigts dedans pour chercher les siens. Je pris une profonde inspiration pour me décharger de cette foutue pression qui m'écrasait avant d'envoyer la sauce. Ma voix tremblait, mes mots se chevauchaient, mon timbre montait parfois trop fort. Je ne voulais pourtant pas crier...

« J'voulais pas dire ça okay ? J'voulais pas minimiser c'que t'as vécu, ni faire comme si t'avais pas réellement risqué ta peau, j'sais bien que c'était grave bordel, j'ai tout regardé, j'ai bien vu les horreurs qui te collaient au train, j'ai bien vu comment on t'a torturé et putain, j'vois bien que c'était plus que des illusions et que t'es malade maintenant, même si j'sais pas exactement c'que t'as mais je sais putain, je sais bien ! J'ai cru à ta mort, j'y ai vraiment cru et... et quand ils ont dit que tout était faux, j'arrivais même plus à savoir ce qui l'était ou pas dans toute cette histoire mais... j't'ai vu après dans l'interview et bordel, il suffisait déjà de te voir pour comprendre que tu revenais de l'enfer et puis là ce soir j'te vois en vrai et ça se voit que t'as morflé pour de bon, illusions ou pas, et que t'as des vraies séquelles physiques malgré tout ce qu'ils peuvent dire ces sales connards donc j'sais bien, je mesure bien le vrai danger que t'as vécu et j'voulais pas te donner l'impression que j'le voyais pas, okay ? Et... et encore moins faire comme si c'était moi qui en chiais le plus, j'te jure, c'est pas ça du tout, c'est juste que j'm'y prend mal, j'arrive même pas à m'exprimer correctement parce que j'ai que d'la merde dans le crâne et putain... voilà quoi. »

J'avais balancé tout ça d'une traite, sans reprendre mon souffle et je fermai les yeux très fort dans une grimace avant de me laisser tomber contre lui comme une masse. Je me sentais tellement inutile, tellement nul... Pire que ça, j'étais une calamité supplémentaire qui lui détruisait ses pauvres médocs au lieu de l'aider et qui lui pompait son air. Tout ça me démolissait mais à quoi bon le lui dire ? A quoi bon m'excuser ? Il n'avait pas besoin que je lui balance mes propres tourments ni que je m’apitoie sur ma nullité comme un salaud de dramaqueen. J'enfouissais déjà mon visage entre les pans de sa veste pour me cacher pour de bon, pelotonné contre lui, écartant les barrières de tissus pour les rabattre par dessus ma tête dans un profond soupir. « Merde.. j'voulais pas gueuler encore... y'a pourtant pas d'ours ici. » Je ne bougeais plus, attentif à tous les bruits, je respirais plus fort dans ma cachette, le nez confiné contre lui, les pensées enfiévrées, les yeux clos, essayant de me concentrer sur son odeur comme si tout allait bien. Le pire c'était que j'aurais pu y arriver. Mais si j'avais espéré rester comme ça indéfiniment, sans plus penser à rien, l'inconfort me gagna en moins d'une minute. Ce n'était pas l'odeur de Lazlo que mes sens si aiguisés m'apportaient.

L'ombre olfactive du proprio de la veste se rappelait à mon bon souvenir et je soufflai par les narines avec malaise. J'avais failli l'oublier ce con là. J'essayais de résister à cette puanteur qui m'agressait avant de me résoudre enfin à me redresser avec regret pour y échapper. Je me frottai le nez distraitement pour faire disparaître cette sensation désagréable. Sans doute que la plupart des gens normaux ne sentiraient aucune différence mais mes sens de métamorphe me dotaient d'une sensibilité un peu trop poussée. Est-ce que c'était son déo, son parfum ou sa poudre à lessiver ? Peut-être bien, un résidu de produit répulsif contre les moustiques... En tous cas, j'aimais pas du tout. Pourtant, objectivement, personne n'aurait pu sentir tout ça et je haussai les épaules dans une moue incertaine. « J'crois que j'suis... allergique. C'est la poussière sur la veste de ton pote là. » Je toussotais légèrement pour donner plus de poids à cette explication vaseuse en fronçant le nez. Ayant retrouvé la position assise à ses cotés, je regardais ailleurs. « Bref, c'est pas grave. »

Ma voix était plus calme néanmoins, sans doute un peu trop mélodieuse et légère sur ces derniers mots. J'inspirais profondément avant de retourner mon regard vers lui et de m'enfoncer dans le canapé, posant mon épaule contre le dossier, le corps toujours tourné vers lui, à genoux comme j'étais sur les coussins. Aucune des paroles de Lazlo ne m'avaient échappé et, même si je n'avais pas relevé bon nombre des choses qu'il avait dites, j'étais conscient que je ne pourrais pas faire semblant de les ignorer toute la soirée. Alors même si Lazlo était défoncé et qu'il n'était clairement pas dans son état normal, sans doute que la meilleure chose à faire était d'être franc ? Je ne réfléchis pas plus longtemps avant de lui parler, comme ça me venait, en espérant le rassurer ou en tous cas, permettre qu'il cesse de pleurer, ce qui me paraissait de très loin le plus urgent. Je ne pouvais plus supporter de voir ses larmes, ça me terrorisait littéralement.

« J'veux que tu penses qu'à ta gueule ce soir. J'veux pas que tu t'excuses. J'veux entendre toutes les conneries que t'as envie de me dire, que ce soit des chansons, des blagues ou n'importe quoi. J'veux rester avec toi. Mais faut pas que tu prennes mal si jamais.. si jamais j'te répond à coté d'la plaque ou quoi, j'ai juste... » Je secouais un peu la tête, gonflant les joues avant d'esquisser un rictus cynique. « Bon, j'ai un peu abusé ces temps ci, j'me suis un peu trop rempli les narines si tu vois c'que j'veux dire. J'suis pas accro du tout hein, c'était juste histoire de rigoler mais voilà, après une semaine de fiesta, j'ai un peu la tête dans l'cul. Juste pour que tu saches pourquoi j'suis un peu... maladroit et tout ça. Genre, j'ai trébuché sur ton tapis de douche tout à l'heure, c'est tellement con hm... voilà. Sinon, tout roule hein, j'te jure que j'suis complètement zen ! Et j'ai.. je... oui j'ai entendu, très bien entendu ce que t'as dit dans l'arène, j'arrêtais pas de t'écouter donc j'ai tout entendu comme j't'ai dit, tes blagues tout ça et... Donc voilà, j'vais te faire tes pan-cakes et on pourra jouer ou faire c'que tu veux. D'ailleurs, j't'ai mis des œufs de poule mais la prochaine fois, faut trop qu'on teste des pan-cakes aux œufs de tes pigeons, ça ferait de tous p'tits pan-cakes qui roucoulent mais... oh, ce serait cute ! J'te dis pas l'effet magique, plus c'est cute plus c'est puissant en vérité ! »

Même si je parlais vite, je faisais tout mon possible pour ne pas hausser le ton cette fois ci, et maîtriser le timbre de ma voix survoltée. Je causais tellement que je ne lui laissait pas l'occasion d'en placer une ni même de m'interrompre. Sans doute que je devrais faire un effort pour parler plus posément et je me rendais vaguement compte que je m'y prenais mal, encore une fois. Est-ce que ce ne serait pas mieux de l'écouter me parler au lieu de tenir le crachoir comme un gros nul ? Lazlo, lui, il n'avait rien dit en voyant mon front. Il s'était contenté d'agir pour essayer d'apaiser la douleur. Et moi j'avais voulu le repousser... Qu'est-ce que je pouvais me sentir mal de ne rien pouvoir faire pour lui, d'être aussi impuissant face à tout ça. J'avais toujours cette écœurante impression que le gouvernement avait finalement réussi à nous séparer, chose que les lois et la prohibition n'avait pas réussi à faire. C'était la douleur qui creusait un gouffre entre nous désormais. Mais je ne voulais pas, je ne pouvais pas me laisser abattre et l'abandonner, simplement parce que j'avais la trouille. Je l'avais écouté même si j'en donnais pas forcément l'air, et sans doute que c'était ça mon problème, parce que je n'arrivais pas à interpréter tout ça et encore moins à le gérer. Je me souvenais du message de Lazlo comme je me souvenais de ce que Gray lui avait répondu. Qu'il n'avait qu'à me dire tout ça lui-même. Je me mordillais les lèvres encore une fois, reprenant plus doucement, dans une moue prudente.

« Et sinon, elle est drôle ta chanson mais putain... c'est super dur pour le mec là... le pauvre vieux, il morfle salement. Après une chanson pareille, t'as mérité de te reposer un peu, non ? Genre dans mes bras... »

Le surveillant du regard, ma main sinua contre ses épaules, tout en parlant, entortillant une mèche de ses longs cheveux au bout de mes doigts.

 




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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Ven 24 Mar - 3:19


Tout, la vie, les Arènes, l'amour immodéré et destructeur qu'il éprouvait pour le jeune homme qui lui lançait à présent un regard complètement déboussolé, tout n'était qu'une vaste blague en fin de compte. Pourquoi s'était-il mis à chanter ? Parce que ça aurait pu détendre l'atmosphère. Pousser la chansonnette était un de leurs passe-temps préféré quand ils étaient trop éméchés, pourquoi cette fois-ci aurait-elle été différente ? Après tout, ils étaient toujours les mêmes, au fond, non ?
Sauf que c'était au fond. Sauf que tout avait changé tout autour d'eux, qu'un gouffre avait été creusé sans même qu'ils ne le veuillent. Sauf que des personnes mal avisées avaient décidé de les atteindre directement en poussant Lazlo à avoir peur de la personne qu'il tenait la plus chère à son cœur. A avoir peur, à ne plus parvenir à comprendre, à ne plus pouvoir atteindre le seul homme avec lequel il avait désespérément besoin de communiquer. La cruauté de la situation lui sautait aux yeux. C'était si simple, finalement, de détruire des gens. Il n'était pas nécessaire de les tuer. Il suffisait de leur faire peur. De noyer toute leur combativité, leurs forces, dans la terreur, pour mieux appuyer leur domination. Et le pire, c'était que ça marchait. Que malgré tout ce que Lazlo aurait pu croire, ils avaient réussi. Ils lui avaient aliéné Mikkel, et par là-même la vie en général.

Lui proposer de partir, en tenant compte de tous ces éléments, avait été la décision la plus logique. Aussi Lazlo fut-il surpris que Mikkel ne prenne pas l'occasion en plein vol et taille la route. Prostré dans son coin du canapé, n'osant plus rien dire, n'osant plus bouger, il entendit distraitement les dénégations de son ami. Son ami. Son meilleur ami. Ce n'était pas une question de ce qu'il voulait, lui, avait-il envie de lui répondre. Mais sa gorge était trop nouée qu'il ne pouvait pas même lui dire quoi que ce soit.
Alors quand des doigts timides, quand Mikkel tout entier se rapprochèrent de lui, il n'osa pas soutenir son regard. Des doigts qui se faufilaient dans la manche pour retrouver les siens. Des doigts qu'il caressa du bout de son index, spontanément, son cœur battant la chamade. Pour la première fois depuis ce qui lui avait semblé une éternité, le Brun de la Discorde ne semblait pas agir à contrecœur. Pour la première fois depuis le début de la soirée, il faisait un mouvement spontané vers lui, un mouvement qui n'avait rien de forcé. Un geste pur. Si simple. Un geste qui lui réchauffa suffisamment l'âme pour finir par croiser son regard, arquant un sourcil curieux.

Et elles arrivèrent enfin. La Douleur et la Sincérité. Des mots qu'il avait crevé d'entendre sortir de la bouche de Mikkel, malgré toutes ses tentatives de le lui faire dire. Des mots qui faisaient mal, qui serraient son coeur, lui donnaient quelques tonnes supplémentaires et le faisaient couler au fond de ses entrailles. Des paroles d'acier, de lames émoussées, de poison, de fiel, si douloureux qu'ils le transperçaient autant qu'ils apportaient plus de sens à cette immense comédie qu'ils jouaient tous les deux. La souffrance de Mikkel s'entendait dans chacune de ses intonations, dans les décibels qui montaient, son impuissance face à l'horreur résonnant comme un cri face au silence. L'angoisse légitime du Survivant, de celui qui n'a rien pu faire. Un sentiment que Lazlo connaissait pour l'avoir vécu, quand bien même l'issue avait été plus dramatique que les Forgiven Days. Et tout aussi douloureuse qu'ait été cette confession, toute aussi douloureux qu'ait été d'entendre Mikkel aussi mal, dramatiquement mal, Lazlo lui en était reconnaissant. Malgré le flou, malgré ses propres souffrances, il comprenait mieux.
Mais surtout, il le reconnaissait mieux.

Silencieux, il l'accueillit contre lui, enroulant d'office ses bras autour de ses épaules alors que Mikkel s'effondrait. Que Mikkel se cachait. Parce qu'il était là, l'homme duquel il était tombé amoureux. Il était là, dans toute sa grandeur, dans cet éclat d'incertitudes et de doutes, à chercher la cachette protectrice de ses bras. Mikkel était un éclair fugace, une pensée abstraite, aussi insaisissable qu'un filet d'eau claire. L'homme qu'il aimait était cette bouffée de douleurs, cachée sous des couches et des couches d'emphase. Mais il était là, au creux de ses bras, il était là, sous les mèches brunes qu'il caressait doucement. Il était là, caché contre son cœur comme un enfant terrifié. Et elle revenait au galop, elle aussi, cette bouffée d'amour. Toute aussi terrifiante que ce qu'avait raconté Mikkel. Toute aussi puissante que sa détresse. Réchauffant tout son corps gelé. Dévastant tout jusqu'à la douleur, lui donnant envie de tout dire pour le rassurer. Pour le garder là et le protéger, indéfiniment, de tout ce que la vie avait à offrir d'horreurs.
Sa voix s'échappa de ses lèvres, douce, un peu lointaine :

-T'as rien à te reprocher, Mikky. Rien. Quant à l'ours, ça fait un bail qu'il s'est tiré.

Non, il n'avait rien fait de mal. Non, il n'était responsable de rien. Ce n'était pas sa faute si les organisateurs avaient décidé de piocher dans le tas. Ce n'était pas sa faute s'il avait de la merde dans la bouche, si les mots avaient autant de mal à sortir. Après tout, Lazlo en savait quelque chose. Depuis le début de cette soirée, il n'avait pas cessé d'être incapable de dire quoi que ce soit qui ait du sens. Pas une seule seconde. Alors qui était-il vraiment pour lui reprocher quoi que ce soit ? Personne. Il n'avait toujours été que ça, de toutes façons. Personne. Mais quelqu'un pour ce garçon terrifié qui persistait à enfoncer son visage dans son torse, dans l'espoir d'échapper à la misère humaine. Une misère de laquelle Lazlo l'aurait tiré douze fois si seulement c'était possible. S'il n'était pas aussi lâche, lui-même.
Il l'aurait gardé indéfiniment comme ça, il le savait. Indéfiniment caché du monde, indéfiniment protégé par ses bras, par les pans de sa veste, là où personne ne pourrait ni le voir, ni le blesser. Un havre de paix improvisé qu'ils recherchaient autant l'un que l'autre. Mais les retrouvailles avec le vrai Mikkel ne durèrent pas plus longtemps. A regret, il le laissa se libérer de son étreinte, avant d'éternuer. Lazlo lui lança un regard dubitatif. Depuis le temps qu'ils se fréquentaient, avec Daniel, Mikkel n'avait jamais dit quoi que ce soit. Depuis le temps que le brun le connaissait, il n'avait non plus fait part d'une quelconque allergie à la poussière, quand bien même l'appartement de Lazlo n'était pas ce qu'on pouvait qualifier de très... Hygiénique. Se rendant compte que ses bras étaient restés tendus pour le retenir, il finit par joindre ses mains sur ses cuisses.

-Ah ? Oh, pardon, j'ignorais que t'étais allergique...

L'éloignement de son amant ramenait le blizzard. Le froid qui revenait mordre ses membres jusqu'à ses os, la vague d'affection, de tendresse, de chaleur à présent dissipée. Et cette sensation étrange, au fond de son esprit. Qu'il y avait un problème avec Daniel. Il ignorait lequel, Mikkel ne s'était jamais étendu sur la question. Tout du moins jamais à ce point. Jamais avec autant d'insistance, jamais en feignant que rien n'importait, de ce ton léger et détacher que Lazlo connaissait suffisamment pour savoir que non, ce n'était pas si grave. Et il se serait débarrassé de la fameuse veste pestiférée s'il n'avait pas aussi froid, loin de ses bras.  
Enroulé dans son vêtement, le resserrant autour de lui pour garder un peu de chaleur sur sa peau, il se tourna vers son ami. Appuya son épaule contre le dossier du canapé, sa joue calée confortablement sur l'extrémité. Il sentait que quelque chose n'allait vraiment pas. Quelque chose bien au delà de cet éclat aussi bref qu'intense que venait d'avoir le brun. Bien au-delà de ce qu'il pouvait imaginer. Mais il était incapable de mettre le doigt dessus.

La réponse lui parvint avec une nouvelle logorrhée verbale. Mikkel parlait comme s'il était incapable de s'arrêter, les mots filant clairement plus vite que sa pensée. Décousus. Nombreux. S'ils n'étaient pas empreints de la même douleur, de la même culpabilité que lors de ses aveux, Lazlo ne put s'empêcher de retenir quelques unes des informations les plus marquantes. Il fronça légèrement les sourcils. Les narines pleines. Une semaine de fiesta. Un comportement qui ne lui ressemblait pas, surtout compte tenu des circonstances. Ca lui arrivait, à son amant, de s'en mettre plein le nez. Mais en général c'était la preuve que quelque chose allait vraiment suffisamment mal pour justifier qu'il mette son cerveau en veille, qu'il oblitère ses propres pensées et file avec l'énergie de la coke et du désespoir. Une semaine, ça correspondait grosso modo à la période qui s'était écoulée entre la fin des Jeux, les Interviews, et leur libération. Il n'avait pas vu le temps se dérouler ainsi, en ce qui le concernait, mais toutes les informations qu'il avait reçues de l'extérieur concordaient à confirmer cette fameuse semaine. Il ne fallait pas être Einstein. Même avec la dope qui matraquait son système, Lazlo comprenait ce que ça voulait dire. Un pincement au cœur, comme une sonnette d'alarme.
Mikkel souffre. Énormément.

Choqué par la réalisation, choqué par son incapacité à avoir vu son état profond malgré tous les signes qu'il avait eus dans le courant de la soirée, Lazlo n'avait rien dit. Il n'en avait, de toutes façons, pas eu l'occasion. Se mordant la lèvre inférieure, il le dévisagea un bref instant. La blessure sur son front commençait à former une bosse de la taille d'un oeuf de pigeon, et il s'obstinait à refuser d'appliquer le maudit torchon frais dessus pour le faire dégonfler. Le Norvégien connaissait les tendances de son amant pour l'auto-flagellation. Il ne se doutait pas qu'il soit suffisamment mal au point de tolérer d'avoir mal aussi longtemps, et de refuser de l'admettre. Sachant qu'il n'y avait aucun intérêt d'appuyer d'avantage là où ça faisait mal, tout du moins pas dans l'immédiat, Lazlo hocha lentement la tête, abondant dans le sens de ses conneries. Il était lessivé. Le mouvement à lui seul avait fait tourbillonner toute la pièce autour de lui. Mais Mikkel semblait avoir besoin de ça. De son aval. De son approbation pour qu'ils continuent à dire des riens, en espérant ne rien dire d'autre. En espérant ne pas reparler de ce qu'il avait pu entendre, ce que Lazlo n'avait pas manqué. Il avait tout entendu, mais ne parlait que des blagues. Un échec cuisant qui lui vrillait le coeur, mais il n'en dit rien.

-Faudra que t'essaies dans tes pancakes, ouais, la prochaine fois. Ca a un petit goût en plus, pis si ça se trouve, on pourra même les dresser pour qu'ils apportent des messages eux aussi.

Le léger rire qu'il poussa roula dans sa gorge, raclant sa trachée. Suivit une légère quinte de toux, poussive, la preuve que la potion d'Olivia avait commencé efficacement son travail. Il ne sentait pas de douleur physique. La seule douleur qu'il éprouvait, c'était celle de voir que ses paroles dans l'Arène n'avaient, au final, pas été comprises. Qu'il valait mieux parler d'oeufs de pigeon, de pancakes, de trucs légers que de ce qui était réellement important. Grayson lui avait dit de lui avouer directement les choses. Il avait raison, l'animal, mais comment prononcer ce type de mots à quelqu'un qui refusait catégoriquement d'en saisir le sens ?
Les pensées s'emmêlaient dans son esprit confus, se rassemblant pour n'arriver qu'à la seule conclusion possible : qu'il se taise. Qu'il persiste dans la mascarade, qu'il continue d'être là pour Mikkel, silencieux sur son secret. Des pensées que les paroles suivantes de son ami annihilèrent presque aussitôt. Perdu, Lazlo capta aussitôt ses iris métalliques. Les questionna. Etait-ce la preuve qu'il avait compris, ou juste une invitation toute simple, la manifestation de leur amitié ?

-T'es sûr... ?

Il se sentait comme un enfant noyé dans une marée d'inconnus, juste après avoir lâché la main de sa mère. Incapable de la retrouver, incapable de comprendre seulement où elle serait partie. Perdu au milieu de tous ces géants qui filaient dans tous les sens, le bousculant sans se préoccuper de son existence. La main dans ses cheveux le ramena à la réalité, le faisant frissonner quand les doigts frôlaient son épaule. Oui. Oui, dans ses bras. Mais le souvenir de toutes les tensions, de tous les rejets qu'il avait essuyés lui laissaient un goût amer sur le palais. D'où sa question, prononcée faiblement, hésitante. Etait-il vraiment sûr de lui ? Avait-il lui aussi envie de ça ? Est-ce qu'il allait se tendre, est-ce qu'il allait le rejeter une nouvelle fois ?
A gestes mesurés, Lazlo rompit la distance entre eux, incertain de ce qui l'attendait. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine, ses battements matraquant sa blessure, et pourtant son envie de le rejoindre, la potion, le manque de sa chaleur relayaient la douleur loin, si loin qu'il ne lui semblait plus la sentir. A mi-chemin, il s'arrêta. La veste de Daniel. Les allergies de Mikkel. Peu importait qu'elles soient vraies ou qu'elles soient imaginaires, la décision s'imposait d'elle-même. Sans réfléchir d'avantage, il enleva le vêtement et le jeta sur les vestiges de sa table basse. Et si le froid l'engloutissait de nouveau, maintenant qu'il n'avait plus qu'un t-shirt élimé sur le dos, il s'en contrefoutait.
Escaladant les coussins, il finit par rompre la distance. Il avait l'impression que ça faisait si longtemps qu'il avait oublié ce que c'était. Comment on faisait. Ses mains effleurèrent les avant-bras de son ami pour tâter le terrain. Ses épaules, nerveuses, tendues. Ils étaient à genoux, tous les deux, ça ne durerait pas. Pourtant il approcha quand même son visage, et le posa dans le creux de son cou. Tout en appréhension, il resta comme ça, en équilibre instable entre l'envie de rester et celle de filer. Jusqu'à ce qu'il sente Mikkel se rapprocher et se rende compte qu'il avait retenu sa respiration jusque là. Qu'il finisse par se liquéfier contre sa chaleur, ses bras s'enroulant autour de sa taille pour le rapprocher.

Ca faisait du bien. La bouffée de tendresse qui revenait, doucement, réalimentant tout son corps de cette chaleur souveraine qui lui manquait cruellement. Que les bras de personne d'autre ne pouvaient lui procurer, parce qu'ils n'étaient tout simplement pas Lui. La sensation d'être caché, au calme, loin du monde et de ses troubles. Loin des Arènes. Loin du mal. Loin du chaos. De retrouver ses marques, ses racines, de se retrouver enfin. Et de sentir de nouveau son cœur battre sans qu'il ne lui fasse de mal, sans qu'on ne le lui arrache aussitôt.

-Merci.

Un mot tout simple, si lourd de sens. Merci de vouloir encore être ici. Merci de vouloir encore faire un effort. Merci de vouloir continuer ce jeu de dupes, alors que tu n'es pas en état. Merci pour ta chaleur. Merci d'être toujours là. Merci de ne pas me repousser, une nouvelle fois. Un mot tout simple, chuchoté contre sa peau. Un nouvel aveu de ses propres afflictions.
Il profita de son étreinte pendant de longues minutes, en silence. Juste ses lèvres contre son cou, juste son visage plongé contre sa peau. Juste son odeur, sa chaleur, et son âme à lui qui partait au naufrage loin de tout ce qui le rattachait. Jusqu'à ce que l'inconfort de la position se rappelle à lui, et qu'il finisse par bouger de lui-même. D'une pression de sa main, il invita son ami à s'asseoir plus confortablement. Se pencha au-dessus du canapé pour attraper son plaid en coton élimé, qu'il savait pertinemment que Daniel n'avait pas touché. Il ne le voulait pas entre eux. Ni lui, ni son esprit, ni son souvenir. Sans mot dire, il enroula le plaid autour de ses épaules avant de se caler à califourchon au-dessus des cuisses de Mikkel. Un léger sourire apaisé sur le visage, il se redressa et le contempla une minute avant de déployer sa cape improvisée autour d'eux. Le tissu retomba au sommet de son crâne, comme une tipi dont il aurait été le portant. Agrandi par sa position, il enroula ses bras autour de la nuque de son amant et l'invita à reprendre la cachette qu'il avait cherchée quelques minutes plus tôt. Un compromis pour invoquer à nouveau l'homme qu'il aimait. Une cache physique, matérielle, où personne ne pourrait jamais les atteindre.
Enfouir son visage dans ses cheveux. Retrouver ce bonheur si infime de pouvoir faire quelque chose pour lui. De pouvoir le protéger, même de façon illusoire, du reste du monde. C'était ça, son but dans la vie. C'était ça, qui il était. Cette reconstruction qui se faisait morceaux par morceaux, qui avait commencé avec Kayiman, qui n'avait pas été possible avec Daniel. Qui se faisait pleinement, entièrement, et si simplement, avec le Brun de la Discorde. Tout était si compliqué, et pourtant si simple, avec lui.

-Tu sais ce que je veux ? J'voudrais qu'on se tire d'ici, toi et moi. Que le monde soit pas aussi pourri, et que je puisse t'emmener loin de la défonce, loin de tous tes problèmes. Qu'on se casse et qu'on revienne jamais. On pourrait aller visiter la Russie, on irait faire des bras de fer avec de vrais ours, t'imagines ? Puis on ferait un crochet par Oslo, j'te montrerai la maison où j'ai grandi, on chassera le renne pour en faire du ragoût. Mais qu'on se casse, loin des emmerdes, loin de tout ce qui nous fait mal. Une bonne fois pour toutes.

Une douce utopie, un délire de gosse. Un rêve inachevable, ils le savaient tous les deux. Mais dans cette tente de fortune, le visage enfoui dans ses cheveux, il sentait sa force qui revenait progressivement. Cette rage de vivre qui l'avait toujours animé. Cette envie de combattre tout et le monde, pour peu qu'il le lui permette. Pour peu que ça leur permette un jour d'être heureux. Et il le savait, il ne pouvait pas le faire sans ce gars qui faisait battre son coeur si fort qu'il en avait la tête qui tournait. A moins que ça ne soit la drogue. Ou un mélange des deux.
Il avait chaud. Il était protégé. Il se sentait affreusement bien. Pour la première fois depuis la sortie de l'Arène. Pour la première fois depuis une éternité. Les cheveux bruns lui chatouillaient le nez alors qu'il y déposait quelques baisers, légers comme des papillons. Légers la vie.

-J'voudrais tellement faire plus, toujours plus, pour toi. J'voudrais pouvoir te tirer de tes emmerdes, te tirer de tes cauchemars, te tirer de tout ce que t'as enduré à cause des Jeux. A cause de moi. J'voudrais que tu me parles, que tu me dises tout ce qui te fait chier et ce qui te pèse. J'voudrais être là, mais pas juste là. Rien ne peut t'atteindre ou te faire du mal maintenant, tu sais ? C'est fini. C'est fini la galère, la souffrance, l'incertitude. C'est fini les Jeux, et si le reste c'est pas encore tout à fait réglé, c'est qu'une affaire de temps. Et j'veux pouvoir faire tout ça pour toi, pour moi. Pour nous, même. Parce que...

Une inspiration. Ce n'était pas le moment. Il ne fallait pas briser la bulle. Pas alors qu'ils avaient mis aussi longtemps à la créer, à la façonner, à la rendre douce et chaude comme ces sentiments qui étreignaient sa poitrine. Pas alors qu'ils avaient des rêves de gosses à partager, pas alors qu'ils avaient des illusions à se faire vivre. Pas alors qu'il n'avait aucune idée de ce qui traversait la tête de Mikkel, ou même la sienne. Il marqua une pause, posa son front contre le sien, évitant sciemment sa bosse pour ne pas lui faire mal. Il en avait assez de lui faire mal.

-...j'tiens beaucoup à toi, Mikkel. Et j'veux que tu sois bien.

C'était ça, ce qu'il voulait. Mikkel lui avait dit de lui énoncer tout ce dont il avait envie ? Ca en faisait partie. Pire, même, c'était la base même de ses désirs. Qu'il soit heureux. Que ce soit avec lui, grâce à lui, à cause de lui, en dépit de lui. Sur le fond il s'en foutait, tant qu'il le savait heureux, même temporairement. Tant que cet enfant terrifié qu'il avait aperçu plus tôt était rassuré.
Dans le noir, il était incapable de voir ses yeux. Quelque part, ça facilitait les choses. Ses doigts glissèrent dans ses cheveux lentement, s'enroulant autour des mèches brunes alors qu'il refermait les paupières. Une tension dans ses cuisses lui rappelait sa propre faiblesse, mais s'il n'était pas fait d'acier, il espérait que tout ça ait pu apaiser son amant. Juste un peu.

Au bout d'un moment, il finit par se laisser glisser pour finalement s'asseoir plus confortablement, à califourchon sur son bassin. Naturellement, le plaid de coton reposa sur la tête de son ami, l'improvisant sommet de leur tente de fortune à son tour. Un sourire enfantin s'étira sur ses traits alors que son nez venait se frotter à celui du brun. Et réalisait à quel point c'était de ça dont il avait cruellement manqué pendant tout ce temps.

-Bon après, j'ai aussi envie de tes pancakes, même s'ils sont aux œufs de poule, mais paraît qu'il faut attendre. J'ai aussi envie de toi en général, et de t'embrasser en particulier.

Tout était tellement plus facile, loin des regards. Loin de son regard. Si facile qu'il se hasarda à remuer doucement sur son bassin pendant un bref instant, s'installant mieux. Que son sourire s'effaça lentement alors qu'il cherchait ses lèvres des siennes, à tâtons dans l'obscurité. Qu'il y déposa un baiser, le même que le premier, de ces baisers pleins de promesses, chargés de tout l'amour qu'il lui portait. De tout l'amour qu'il souhaitait lui donner. La promesse, toujours cette promesse, de lui offrir non seulement son cœur, son âme, mais aussi sa présence et sa protection. Sauf que ce baiser-là ne faisait pas mal. Ce baiser-là était un cadeau, un remerciement. Un secret partagé entre deux âmes d'enfant.
Savourant ses lèvres quelques instants, il se plut à y croire. Que cette sensation de flottaison, ce doux marasme de l'amour, il n'était pas le seul à l'expérimenter. Qu'au fond, au fin fond de Mikkel, une lumière se serait allumée, qui répondrait à celle qui illuminait tout son être. Le baiser se rompit naturellement, trop court, trop long, mais laissant son cœur enfin repu. Le laissant prêt à tout affronter, la colère, la défiance, la honte, le rejet, tout le pire autant que le meilleur. Une de ses mains se détacha de sa nuque, glissant distraitement sur le torse de son ami. Son meilleur ami.

-T'as envie de quoi, toi ?

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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Sam 6 Mai - 14:57


« I've been down on my knees and you just keep on getting closer »



 
Mikkel & Lazlo
featuring
Même si je tentais de lutter contre cette tension extrême qui m'habitait, l'angoisse ne me quittait pas. Je m'escrimais à la cacher de mon mieux mais alors que mes propres conneries résonnaient encore à mes oreilles, je sentais bien que je n'arrivais à rien. Mieux valait que je me la ferme, dans l'état où je me trouvais. A force de gueuler sur Lazlo, pas étonnant que tous les ours du coin se soient taillés, vite et loin, tellement j'avais du coffre ; j'aurais pu être un ténor russe, ça aurait eu de la gueule au moins.  Devant sa surprise, je m'étais contenté de hausser doucement les épaules dans une moue butée. « Oh c'pas de ta faute, tu savais pas hum. » Ouais, j'étais allergique, parfaitement. J'ignorais moi aussi que je l'étais jusqu'ici mais on faisait des découvertes tous les jours, après tout. Et puis merde. Je divaguai un instant, les yeux égarés, en m'imaginant ces foutus pancakes, dressés comme les pigeons pour aller distribuer de jolis messages sucrés à la populace. « Ils se feraient bouffer avant même d'avoir donné leur message, faudrait qu'ils volent vite... »

Mes émotions me dépassaient, je ne gérais rien du tout. Suite à ma nervosité, arrivaient les sensations d’apathie et le sentiment d’inutilité. Je ne servais à rien putain, il avait beau me dire que je n'avais rien à me reprocher, c'était faux. L’énergie et l’envie me manquaient pour réussir à avoir l'air léger et détendu ; l'effort à faire pour parler de manière compréhensible était démesuré et décidément impossible pour moi. Je n'arrivais plus à réfléchir, mon esprit n'était plus qu'un champ de mines, susceptible d'exploser à tout instant. Si une part de moi-même devinait ce que Lazlo cherchait à me dire, je m'interdisais formellement d'y penser, étouffant ma lucidité déjà vacillante, par une grosse chape de déni en béton armé. Je savais que je parlais trop, mon angoisse débordait de tous les pores de ma peau. Ma main tremblait contre ses cheveux. Je n'osais en faire plus, comme si je risquais de le blesser, rien qu'en l'effleurant. Je me sentais comme un brontosaure qui caressait une libellule. T'es sûr... ?

« Euh.. » Sa question me fit vaciller. Ma proposition n'avait pas été réfléchie, elle m'avait échappé dans un murmure impulsif et pourtant, je l'avais bel et bien prononcée. Est-ce que j'avais eu tort ? « Mais ouais... » Dans un murmure, je le fixai avec un sourire décontenancé, sans comprendre pourquoi il avait l'air de douter. Si je n'étais plus sûr de rien, il me semblait pourtant que j'avais envie de ça. Qu'il vienne dans mes bras. Que je puisse effacer au moins une part de cette détresse qui brillait dans ses yeux. J'entendais les battements de son cœur, si rapides tandis qu'il se rapprochait doucement, précautionneusement. Je me pinçai les lèvres en le voyant s'interrompre, mes sourcils froncés, avant de relâcher un soupir de soulagement. C'était pour la veste. Cette fichue veste dont il se débarrassait, à mon grand contentement. Mes yeux pétillèrent sans que je ne rétorque rien. Sans oser le brusquer, je le laissai se décider de lui-même à me rejoindre, à dépasser les coussins pour se redresser enfin vers moi, dans une seconde de suspension. Il avait la trouille, son odeur respirait la peur, je pouvais le sentir confusément dans la tension de son corps qui venait pourtant contre le mien, comme s'il était prêt à sauter dans le feu ou se faire du tort, simplement pour être près de moi. J'en restai confondu. Mes bras entourèrent ses épaules et son corps tremblant, j'avais l'impression qu'il était gelé. Trop pâle, trop fragile contre mon corps à moi toujours très chaud. Quand je l’entourai, refermant mes bras contre lui, j'entendis sa voix, ce merci si sincère, qui me laissa démuni, encore une fois.

Je fermai les yeux. Je sentais ses lèvres trop douces contre mon cou, cette délicatesse que je ne méritais pas, que je n'avais jamais méritée. Je respirais son odeur avec profondeur, sa seule odeur à lui, sans que rien ne vienne la gâcher. Mes mains caressaient doucement son dos, percevant ses os sous mes paumes, au travers de son fin tea-shirt. Lazlo avait maigri, les épreuves qu'il avait traversé avaient meurtri son corps autant que son âme, je pouvais sentir ses côtes alors que mes bras l'entouraient. Encore une fois, j'eus cette sensation angoissante que je risquais de le briser si je le serrais trop fort. Jamais je n'aurais osé faire le moindre mouvement. Ce fut lui qui bougea et sous son impulsion, je me laissai retomber mollement sur le canapé aux ressorts si lâches, m'enfonçant dans les coussins. Le suivant du regard, je l'observai prendre le vieux plaid qui traînait là. Il devait avoir froid mais je ne regrettais pas qu'il ait abandonné cette satanée veste. C'était même pas égoïste de ma part vu comment elle était moche. Son proprio n'était sûrement qu'un vieux beauf, niais et chiant, en plus. Nan mais...

Ma moue se transforma en léger sourire quand Lazlo enfourcha mes cuisses. Mes pensées confuses ne m'inspiraient pas la moindre remise en question. J'appréciai son expression apaisée, scrutant son regard, mon propre corps encore tendu par des bruissements d'inquiétude. Avec prudence, j'accrochai mes mains à ses cuisses pour le garder là, bien installé contre moi. Son mouvement imprévu me fit plisser le front avant que mon sourire ne s'agrandisse de plus en plus, les étincelles pétillant dans mes yeux comme de l'écume brillante dans l'océan grisé de mes iris. Lazlo avait carrément l'air d'un super héros avec sa cape sur sa tête. Je le trouvais beau. Je le trouvais marrant. Je le trouvais merveilleux. Je n'avais pas besoin de réfléchir, ni de penser pour savoir que j'avais envie de plonger contre lui, juste me laisser faire et rejoindre rapidement cette cachette dans un soupir satisfait qui se mua en léger rire, camouflant ainsi mon désarroi. Le nez contre lui, j'inspirai profondément. La musique de son cœur était puissante, je le sentais vivre et j'en restais hypnotisé, avec toujours la peur irrationnelle qu'il ne s’éteigne tout à coup.

Je pouvais rester là sans rien dire, sans me poser de questions, à entourer son corps, grattouiller ses hanches et fermer les yeux, le visage enfoui contre lui. Je sentis son visage sur mes cheveux, contre lesquels il me murmurait ces mots. Ces mots qui glissaient jusqu'à mon cœur pour l'enrober de velours et apaiser mes craintes. J'aurais voulu grogner, lui assurer que j'avais aucun problème mais je gardais les yeux fermés sans réussir à l'interrompre. C'était pourtant vrai... l'envie me taraudait de reprendre une bonne dose de came pour m'ôter cette angoisse et retrouver assez de force et d'assurance pour affronter les problèmes. Mais comment Lazlo avait-il pu deviner ça ? Je ne savais même pas que des gens aussi intuitif existaient sur terre et ça me sciait. Troublant mon émotion, ses délires me firent glousser comme un con contre son torse. Des bras de fer avec des ours... j'avais envie de chialer en même temps, sans même savoir pourquoi. J'avais tellement envie de chasser le renne avec lui et de faire un putain de délicieux ragoût dans sa maison à Oslo ! Je riais. Je sentais les larmes brûlantes couler sur mes joues. Les mots de Lazlo me filaient des frissons. Je n'arrivais pas à lui répondre quoique ce soit, la gorge nouée par mon bouleversement. Je restais silencieux en l'écoutant me décrire tout ce qu'il ferait pour moi. C'était comme si c'était moi qui venait de sortir des arènes et pourtant, c'était son cœur à lui qui battait trop vite. Je l'entendais si fort, sa douleur. J'aimais ses baisers contre mes cheveux. J'adorais l'écouter. J'étais prêt à croire à tout ce qu'il me promettait, sans en douter une seule seconde. J'attendais qu'il me dise la suite. Pourquoi il ferait tout ça, alors ? Dans le flou de mes pensées, je n'étais plus qu'un gamin d'une naïveté crasse, incapable de lire entre les lignes. J'avais redressé la tête, cherchant son regard avec curiosité. En l'entendant poursuivre, je sentis mes joues chauffer sous cette couverture. Mon cœur battait la chamade. Et j'en oubliais les larmes qui mouillaient mes joues.

« T'es cute... »

Quelle répartie de merde. J'arrivais à rien dire d'autre. Tant pis. Je voyais ses yeux dans le noir. Il n'avait plus cette peur inscrite dans ses prunelles. Il avait l'air toujours aussi faible mais son sourire paraissait plus fort. Quand il s’assit, il disparu dans les profondeur de la tente mais je percevais toujours ses yeux clairs qui me souriaient alors que je baissais les miens vers lui. Je répondis timidement à son sourire, fronçant le nez sous la caresse du sien. Ce qu'il me disait, ses envies, ce n'étaient pas celles d'un simple ami, ni même d'un meilleur ami. On pouvait éprouver des sentiments très profonds pour un ami. On pouvait ressentir un désir sexuel étourdissant pour un amant. Mais quand les sentiments et le désir s'alliaient, alors qu'est ce que ça devenait ? Un truc chelou. Je frissonnai. Il remuait contre moi et le désir m'enveloppa aussitôt dans un vertige agréable. Ce baiser auquel je répondis naturellement était spécial. Parce qu'il venait en conclusion de trop de choses que je n'étais pas certain d'être prêt à comprendre. La tendresse qui en émanait me fila des tressaillements dans l'estomac.

J'attrapai cette main posée contre mon torse. De quoi j'avais envie, moi ? Je n'en savais rien, absolument rien. En fait si, j'avais envie de lui, voilà ce que je savais, tout mon corps me le hurlait. Mais j'ignorais si c'était une bonne chose de céder à l'appel de la luxure en ce moment. Lazlo était trop fragile. Sa chanson tournait encore dans mon esprit et me serrait le cœur dans un trouble confus. Peut-être bien qu'on ferait mieux de dormir, tout simplement, ne plus parler, rester là sans plus penser à rien et nous reposer. J'avais besoin de récupérer moi aussi. Mon organisme et mon esprit avaient besoin de calme mais la douleur de ma chute de came m'empêcherait de me décontracter. Je savais que je ne serais pas capable de m'endormir facilement ce soir, l'insomnie me menaçait, comme la veille, l'avant-veille et l'avant-avant veille. J'aurais sûrement encore besoin d'un pétard pour enfin sombrer dans le sommeil. Les secondes s'écoulaient et je n'avais toujours pas répondu à sa question.

« J'ai envie de... j'sais pas... plein de trucs ?» Ma voix était trop rauque. Il m'était toujours impossible de me concentrer sur quoique ce soit. L’agitation, la fatigue physique, l’épuisement mental, la perte de toute concentration, et la nervosité entraînaient la formation de pensées dangereuses, de peur et d’horreur dans mon cerveau. Et ces pensées n'étaient pas loin de se transformer en délires, provoquant des idées presque paranoïaques. Pourtant, il méritait que je fasse des efforts, c'était vraiment la moindre des choses, putain de merde. Pourquoi j'étais toujours si incapable de dire ce que je ressentais vraiment ? De parler de ma vie ou de mes emmerdes ? De choses trop profondes ou trop importantes, de choses qui me touchaient vraiment. Lazlo voulait ça, il voulait que je lui parle, il voulait que je lui fasse confiance, tout simplement. Voilà ce qu'il voulait. Est-ce que j'étais pas foutu de lui montrer ? Ou essayer, au moins. Je pris une inspiration. Me penchant vers lui, ma joue frôla la sienne et j'y posais mes lèvres avant de lui glisser quelques murmures. « J'ai envie qu'on s'tire, mec. Pour du vrai. Pas là tout de suite mais quand t'iras mieux, quand tu seras bien rétabli. J'aimerais franchement, j'te jure. Ici c'est trop la merde, on est en sécurité nulle part dans cette ville et j'peux même pas me dire que j'dois rester pour protéger ma famille puisque moi-même je suis...  »

Je m'interrompis un moment, quand je perçus un bruit dans la rue, au dehors, me figeant quelques instant avant de soupirer contre son cou. Je ne pouvais m'empêcher de m'inquiéter dès que j'entendais une voiture, si rares dans ce quartier. Cette angoisse ne me quittait pas, cette peur que la milice revienne pour kidnapper Lazlo une fois encore. Ils l'avaient fait, ils pouvaient le refaire. La bagnole s'en était allée et je repris mon souffle. « Et peut-être... peut-être qu'ils ont mis des caméras chez toi ou des micro pour te surveiller... ?» Restant à l'abri sous le plaid, je parlais très bas, évoquant ces idées qui me venaient tout à coup. Merde. Qui pouvait savoir avec ces control freak du gouvernement et leur manie des télé-réalité ? Ils étaient capable de mettre les participants des jeux sous surveillance pour faire durer le plaisir, ils étaient bien capable d'avoir planqué des systèmes de surveillance partout chez Lazlo ! Je me redressai un peu, avec une inquiétude croissante « On devrait fouiller ton appart.. j'pense que ce serait plus prudent... hein ? » A mesure que je lui parlais, je me rendais compte que j'avais l'air d'un foutu parano avec mes délires de caméras mais pourtant, à la fois, ça me paraissait tout à fait crédible. Je soupirais. De toute façon, si jamais on nous avait filmé, c'était trop tard et on ne manquerait pas de se faire arrêter pour tripotage intempestif entre mecs...

« J'te fais confiance Laz, y'a rien de plus vrai que ça. J'sais que t'es courageux et... vachement doué dans tout ce que tu fais pour la résistance. » Je prononçai ce mot tout bas, au creux de son oreille, juste pour le cas où. « Mais ça me dégoûte que tu doives te mettre en danger pour tout un tas de glandus, c'pas juste, merde. J'ai envie que tu laisses tomber tout ça...» Je n'avais jamais été proche de qui que ce soit autant que je l'étais de ce mec. J'avais énormément d'amis bien-sûr, des potes à ne savoir quoi en faire et j'étais toujours assuré de ne jamais passer une soirée tout seul. Mais ce n'était pas la même chose avec lui, sans que je ne sache vraiment pourquoi. La confiance, la complicité, l'entente... tout ça et d'autres choses plus floues, sans doute. La seule relation fusionnelle que j'avais vécue dans ma vie c'était celle qui me liait à mon père. C'était étrange de penser à ça. Tout aussi étrange que de me souvenir tout à coup que Roman voulait que j'aie un mec sérieux dans ma vie. Heureusement que j'étais toujours caché sous la couverture, autrement Lazlo m'aurait vu piquer un fard, comme ça, pour rien. J'avais trop chaud, soudainement.

Je reculai mon visage pour émerger du tipi et retrouver l'air plus frais de la pièce. Mes  phrases étaient sûrement décousues, je passais d'une idée à une autre comme on saute du coq à l'âne. Ou de l'ours au renne. Mes mains cherchèrent les siennes pour m'y glisser, entremêlant nos doigts, sans réfléchir à mes gestes. Au dehors, je n'entendais plus rien, sans doute que la rue était déserte et les seuls bruits qui m’atteignaient étaient ceux des roucoulements des pigeons, sur le toit. Des bruits familiers, rassurants, qui faisaient partie de l'ambiance de cet appart et me rappelaient tout un tas de souvenirs agréables et chaleureux. Parce que tout ce que j'avais partagé avec Lazlo n'était que des moments remplis de rire, de joie, de plaisir et de sensualité aussi. Qu'est-ce que je ferais si je le perdais ? J'avais failli devenir dingue en le croyant mort dans cette arène de sable. Et maintenant qu'il était là, dans mes bras, faible mais bien vivant, je n'avais plus aucune envie qu'il s'expose au danger, même si c'était pour un meilleur avenir, même s'il voulait faire ça pour moi, pour lui, pour nous...

Nous. Encore une fois, cette sensation étrange, cette angoisse flottante qui me troublait. Je ramenai mes cheveux en arrière dans un geste fébrile. Ma bosse avait déjà perdu en épaisseur et les couleurs violacées étaient devenues plus claires. Je guérissais, peu à peu, sans que ce ne soit assez instantané pour que je m'en rende compte. J'en étais où putain ? Dans un nouveau soupir, j'entourai les épaules de Lazlo pour le ramener dans l'alcôve de les bras, abritant son corps blessé dans la chaleur de mon étreinte. Je ne savais pas quoi lui expliquer. Que je m'étais retrouvé au beau milieu du bayou infesté de zombies, en compagnie d'un sorcier multiséculaire, sans même me souvenir comment j'avais abouti là ? Que j'avais couru les rues à poil avec la sœur de mon dealer et qu'on avait bouffé des gens ? Je m'étais tellement défoncé en son absence que je savais plus ce que je faisais ni où j'allais. Tout ça parce qu'il n'était pas là.

Au bout d'une poignée de minutes de silence, je repris enfin, essayant d'ordonner mes pensées. « Si tu m'avais demandé de quoi j'ai envie y'a un an, ça aurait été facile à répondre. J'voulais du fric, un bon gros paquet de blé pour être tranquille et vivre bien. J'pensais bien en gagner avec le poker, t'sais que j'suis plutôt bon là dedans. J'avais pas l'intention de frayer avec les mafieux à la base m'enfin, vu que j'avais des relations, j'en ai un peu profité et puis... avec mon grand père, on s'est un peu frotté à eux. Le souci c'est qu'il est un peu trop impulsif le gars et là, j'sais pas trop ce qui s'est passé mais mon père l'a foutu dehors et j'ai plus trop de nouvelles ces temps ci. J'sais pas ce qu'il fout et je... j'ai pas envie de me disputer encore avec mon père, de tout foutre en l'air entre lui et moi, ça me... saoule. A la fois, ça marchait bien avec Andreï et on a encore des affaires en cours, on peut pas laisser tomber tout ça. Bref, ça craint tu vois ? » J'avais besoin de fric, c'était net. Si je perdais mon salaire à l’hôpital, j'aurais plus rien. Il avait fallu que je fasse une pipe à mon chef ce matin pour qu'il me foute la paix ce gros lard. Qu'est ce que je pouvais faire d'autre ? J'allais pas faire chier Lazlo avec mes problèmes d'argent, il ne croulait pas sous le fric lui non plus, le tissu élimé de son vieux plaid tout abîmé me le criait assez, comme tout le reste de son misérable appart.

« Enfin tu vois, c'est compliqué et j'veux surtout pas te mêler à mes emmerdes justement. Et puis y'a encore plus grave que les mafieux. J'ai peut-être bien les gens du gouvernement au cul, fin j'sais pas trop, j'ai cette épée de Damoclès au dessus de la tête tu vois, j'sais pas trop quelle gueule elle a mais ça pue. En plus de ça, j'ai vu ma belle-mère à la télé dans les jeux... elle avait disparu depuis des années et je l'ai vue se faire charcuter. Mon père le sait pas, j'lui ai rien dit. » Je soufflais dans son cou. Comment je lui balançai cette horreur du bout des lèvres, comme un foutu détail, j'en étais moi-même complètement retourné. J'agrandis les yeux. « Merde, t'as vu ça comme j't'embrouille avec mes conneries ? Sans dec, Lazlo, j'ai juste envie d'me tirer, voilà. Bon, j'vais te cuire les pan-cakes. T'es trop maigre, faut que tu bouffes un peu.»  

J'inspirai profondément, une inspiration tremblante malgré moi en le repoussant doucement sur le coté. J'ai pas envie que tu prennes d'autres risques. J'veux pas qu'il t'arrive des trucs. Parce que... j'tiens beaucoup à toi, moi aussi.

 




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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Jeu 1 Juin - 0:49


Et là, pendant quelques brèves minutes, le temps s'était arrêté. L'espace était entré en suspension, accroché à leurs lèvres, pendu à leurs échanges. Et là, dans ce salon un peu en vrac, avec son canapé défoncé et son ordre approximatif, s'étaient tissés des rêves. Il n'avait pas suffi de grand chose. Juste une cachette pour deux enfants terrorisés, juste quelques paroles, juste la sensation de sentir son coeur se remettre à battre avec toute la vigueur qu'il avait toujours eue. C'était si simple, de parler sans apercevoir le regard de l'autre. C'était si simple, de se noyer dans sa chaleur, de laisser s'évader les peurs, les doutes, le chaos, une fois soustrait au monde extérieur.
T'es cute. Lazlo s'était contenté de sourire dans le noir, les joues flamboyantes, la peau tomate. Il s'était contenté de profiter de l'instant, son t-shirt noyé dans les larmes chaudes de Mikkel. Des larmes qui lui pinçaient autant le coeur qu'elles l'exaltaient. Tout était si simple, entre eux, ils n'avaient jamais eu que ça pour eux : leur sincérité. Pourquoi avoir osé tenter de la mettre loin, bien loin de leurs conversations ? C'était courir au naufrage. C'était demander à deux enfants de se mentir alors qu'ils en sont incapables. De briser leurs ailes tout autant que leur innocence.
Une aile. C'était la sensation qu'il avait eue, celle de la caresse d'une aile, quand Mikkel avait attrapé sa main. Un bruissement contre son coeur qui n'en finissait plus de battre, fort, intense, teintant ses joues de pourpre sans discontinuer. Parce qu'il était là, bien vibrant, cet espoir. Celui que tout pourrait être un jour encore plus simple. Celui où ils n'auraient pas besoin d'un tipi improvisé pour communiquer.
Mais Mikkel était doux. Mikkel était de nouveau sincère, dans ses gestes, dans la façon qu'il avait de se glisser contre lui, celle qu'il avait de poser ses lèvres sur sa joue. De fourrer de nouveau son nez contre son cou. Mikkel qui n'avait pas seulement sa main, au creux de la sienne, mais aussi le cœur de l'Oiseleur. Cœur qui virevolta de nouveau, léger comme une plume, sous ses paroles. L'envie de se tirer tout de suite, de tout plaquer vers d'autres augures, s'intensifia. Celle de s'enfuir aussitôt, de laisser cet enfer terrestre derrière eux. Sans se retourner. Pas une seule fois. Et, au fond de cette envie, le dilemme. Ces larmes qui roulaient toutes seules sur ses joues étaient-elles de joie, ou de regret ? Lazlo n'en savait rien. Tout ce qu'il savait, c'était que, malgré les embruns, Mikkel était toujours capable du pire comme du meilleur : il réussissait à l'enfoncer toujours plus dans cet amour démesuré qui marquait chacun de ses pas.

Porté par ses paroles, il ne remarqua pas le point de rupture avant qu'il ne soit trop tard. Avant que la voix s'estompe, que le corps se tende et que la panique revienne s'instaurer dans son ami. Suivant son exemple, Lazlo avait tendu l'oreille. Guetté la raison de ce point de rupture, cette menace d'éclatement de leur bulle. Le ronronnement rare d'un moteur résonnait contre les murs de l'usine, quelque part dans la rue. Une des rares voitures de la Nouvelle Orléans. Comme celles dans lesquelles il avait été fourré de force, drogué jusqu'aux yeux, avant de rejoindre l'horreur des Arènes. Refrénant difficilement un frisson, la crainte de son ami étant contagieuse, il se resserra autour de lui. Pressa son corps contre le sien, sa main dans la sienne. Secoua doucement la tête pour qu'il puisse apercevoir sa négation, même dans le noir.

-Y'a pas de caméras ici, Mikky, j'ai vérifié.
Rien de rien, juste toi, moi, les Oompa-Loompas et une ribambelle de piafs sur le toit.


Et c'était vrai. Parce qu'il avait eu exactement le même chemin de pensée que son amant. Parce qu'il était tellement terrifié à l'idée d'être ramené dans les Arènes, d'être jugé, qu'il avait fouillé chaque recoin de son appartement avec Daniel pour s'assurer qu'il n'y ait pas le moindre micro, pas la moindre caméra, caché derrière un livre ou dans une lampe. Parce qu'ils savaient tous, au fond, que la barbarie n'avait pas de limites. Que les organisateurs des Jeux étaient suffisamment fêlés pour mettre les participants sur écoute, histoire de ne jamais leur laisser une once de répit. Après tout, toutes les émissions de télé-réalité Pré-Apocalypse appliquaient le fameux principe du "Que sont-ils devenus ?" Compte tenu du machiavélisme des marionnettistes gouvernementaux, ils n'étaient qu'à un pas, un seul misérable, petit pas, de leur faire exactement la même chose. Mais leurs efforts avaient été peu fructueux. Pas de micro. Pas de mini caméra. Juste son appartement mis à sac, une énième crise de panique, et Daniel qui s'était affairé pour l'aider à tout ranger approximativement. Mais ils étaient libres. Libres de parler. Libres de se taire. Libres de rester encore lovés l'un contre l'autre. Il était libre, oui, de soupirer doucement en sentant de nouveau les lèvres de Mikkel contre sa peau, alors qu'il lui parlait de complot.

Libre de sentir son coeur s'effondrer dans sa poitrine alors que son ami parlait. Un coup libre, lui aussi. Un coup sincère, de ceux qui vous frappent directement, de plein fouet, tellement vous ne vous y attendez pas.
J'ai envie que tu laisses tomber tout ça. Une fois de plus, le Brun de la Discorde réussissait à le faire taire. Une fois de plus, il arrivait à le surprendre, alors que Lazlo croyait le connaître comme le dos de sa main. Il baissa la tête, blessé. C'était impensable, ce genre de demande. C'était nier l'intégralité de ce qui faisait de lui qui il était. C'était lui demander de renoncer à une partie intégrante de lui, à son essence même. C'était la preuve profonde que Mikkel ne le connaissait finalement pas assez bien. Ou la preuve qu'il le connaissait trop bien. Que peut-être il avait raison de ce côté, qu'il pourrait faire ça pour lui. Jamais une seule fois son ami n'avait donné son avis sur la question de la Résistance. Jamais il n'avait avoué ce genre de choses. Et, pour lui, il était capable de tout abandonner. Comme de poser une bombe, deux, quinze, juste pour le savoir un peu plus libre que la veille.
Mais il lui demandait l'impossible autant que l'impensable. S'il y avait une raison sous jacente à sa demande, Lazlo, lui, était incapable de la comprendre. Alors, dans un murmure contrit, il s'efforça de demander.

-Pourquoi tu me demandes ça... ? Tu sais pour quelles raisons je me bats...

Lui qui avait espéré, si fort, que leur cachette leur permettrait de se cacher, il espérait maintenant qu'elle ait suffi à étouffer sa question. A étouffer cette douloureuse déception qui tendait tout son coeur, qui enroulait son coeur dans un cocon d'épines. Alors tout ça, ça ne servait à rien, pour Mikkel ? Alors se battre contre les grands pour libérer les petits, alors espérer des jours où ils seraient capables de vivre librement sans devoir se cacher, ça n'avait aucun sens ? C'était impensable.
C'était douloureux. Pendant quelques instants, il resta sans bruit sous le plaid, sentant la connexion entre eux se rompre inéluctablement sous l'impulsion de son amant. Emotionnellement. Physiquement, alors qu'il retrouvait l'air frais. Lazlo, lui, resta dans le noir, sous le plaid, incapable de lui faire face. Incapable de comprendre où placer sa vie et ses croyances, après une demande pareille. Perdu dans un océan d'incompréhensions et de pensées idiotes, avec un coeur au naufrage et des idéaux foulés au pied.

Jusqu'à ce que la lumière filtre sous le plaid,qu'une main s'y faufile et que des doigts s'emmêlent aux siens. S'enroulent de nouveau autour de son coeur pour lui permettre de battre. Se raccrochant à la main comme un guide, le blond tira sur la couverture et retrouva la lumière extérieure dans un soupir. Il ne savait plus quoi faire. Plus quoi croire, plus quoi espérer. Plus à quoi penser. Alors, dans un élan de génie, il décida qu'il ne servait à rien de réfléchir. Se laisser porter, ignorer les pensées diverses qui rongeaient son esprit, et se laisser couler. L'épuisement des derniers jours étaient bien trop présent, le laissait bien trop sensible à tout et n'importe quoi. Aussi, quand les bras du Brun de la Discorde s'enroulèrent autour de lui, il se laissa faire. N'opposa aucune résistance. Retrouva sa chaleur, posa son cerveau sur un guéridon métaphorique, bien loin de leurs corps. C'était ça, qu'il fallait, pour se rendurcir. C'était ça, qu'il fallait, pour mieux comprendre. C'était ça qu'il fallait après toutes ces nuits d'insomnie, de brouillard et de solitude quand bien même il était résolument accompagné.
Parce qu'il n'y avait guère que les bras de Mikkel pour qu'il se sente réellement complet. Fermant les yeux, il profita docilement de l'étreinte, glissant ses jambes en travers de ses cuisses. Peut-être qu'au fond, le brun n'avait juste pas envie de le perdre. Peut-être que c'était aussi simple que ça, malgré la maladresse de ses propos. Rien ne garantissait qu'il n'ait pas réagi exactement de la même manière, les situations eussent-elles été inversées. S'il écoutait son propre coeur, et tout ce qu'il savait du jeune homme, elle était là, la réponse. Toute cette soirée était partie à vaux l'eau à cause de la terreur. Une terreur contenue qu'ils n'arrivaient ni l'un ni l'autre à exprimer. La peur de perdre définitivement quelqu'un à qui on tient énormément.

Mikkel fut le premier à rompre le silence. Lové confortablement, Lazlo n'eut pas le coeur à l'interrompre. Pas alors que tout sortait enfin, ses emmerdes, ses méfaits, ses craintes, aussi. Tout ce que l'Oiseleur avait toujours attendu d'entendre, tous ces détails sales, crasseux, honteux, qui faisaient de la vie de Mikkel ce qu'elle était. Tous ces secrets qu'il n'avouait jamais de peur du rejet, des répercussions, ou tout simplement de cette crainte d'avoir à y réfléchir lui-même. Des détails dont Lazlo connaissait quelques bribes, mais pas l'intégralité. S'il savait que les relations familiales étaient tendues chez les Ievseï, il ne les pensait pas virulentes à ce point. De ce qu'il avait saisi, le père de Mikkel était un type qui avait tendance à voir très vite rouge. Comme son grand-père. Comme leur descendance. Un mélange aussi orageux qu'explosif, dont il n'était pas étonné d'entendre qu'il avait également frayé avec les mauvaises personnes. Saisi d'inquiétude, il se redressa en silence. Enroula ses bras autour de sa nuque pour qu'il retrouve le confort de son propre cou, et poursuive. Avoir toute l'histoire était bien trop important, bien trop rare, pour qu'il gâche tout en l'interrompant.
Ses doigts caressaient distraitement les mèches brunes de son amant alors qu'il enregistrait chacune des nouvelles informations qui tombaient, pèle-mêle, dans le torrent de paroles de son amant. Il fronça les sourcils. Sa belle-mère ? Celle qui avait disparu quelques mois avant l'Apocalypse, à New York ? Charcutée dans les Arènes ? Il déglutit. Il connaissait une personne qui correspondait à la dernière description. Une personne qu'il connaissait très bien. Trop bien. Et il y avait cette question du Gouvernement. De l'épée de Damoclès. De la mafia, et des emmerdes en général. Mon amour, dans quoi t'es-tu encore fourré ? Rien d'étonnant à ce qu'il ait envie de foutre le camp, lui aussi. Rien d'étonnant à ce que cette envie se manifeste encore plus intensément dans chacune des cellules du blond en sentant la tension dans les muscles de son amant, alors qu'il glissait ses lèvres contre la tête de son amant, y déposant un nouveau baiser sans même y penser.

-C'est peut-être une bonne chose, tu sais. J'veux dire pour ton père et elle. T'es certain que c'est elle, d'ailleurs ?

Il avançait en terrain miné, il en était parfaitement conscient. Mais maintenant, les questions se bousculaient incessamment dans son esprit. Il était absolument incapable de laisser couler toutes ces informations sans avoir ne serait-ce qu'une bribe de réponse. D'éclaircissements. Peut-être qu'il valait mieux laisser les choses en l'état, et se contenter du fait que, pour une fois, Mikkel avouait tout ce qui lui posait problème. Mais il avait réveillé cet instinct chez l'Oiseleur. Celui qui le poussait à le laisser dormir, quand il se réveillait à ses côtés. Celui qui le poussait à risquer sa vie pour lui. Celui qui le poussait à le protéger. Quoi qu'il en coûte.
Mais déjà, Mikkel prenait la fuite. Déjà, le rideau retombait, la prestation déjà achevée. Profitant encore de sa chaleur, Lazlo secoua la tête. C'étaient des conneries, tout ça.

-Arrête, mec, tu m'embrouilles pas. J'vois surtout que t'as beaucoup de trucs qui te travaillent, et que t'as besoin de pas être seul pour les affronter. Alors si tu veux, j'peux t'aider. J'sais pas comment, mais j'peux. Suffit juste que tu m'expliques un peu, quand t'en auras envie.

Parce que c'était ça aussi, Mikkel. C'était des envies fugaces et des nécessités absolues. Des envies comme des lubies, des envies de rire, des envies de luxure, des envies de se fracasser la tête pour ne pas réfléchir. Et des hurlements dans le noir, aussi brefs que les rayons de soleil à travers un ciel lourd de nuage, qu'il fallait avoir la chance de capter. Mais maintenant qu'il les avait vus, ces rayons, Lazlo ne voulait plus les lâcher. Parce que s'il était toujours vivant, malgré les circonstances, ce n'était pas pour rien. S'ils étaient amis, ce n'était pas pour rien.
Il fut toutefois contraint d'abdiquer, son estomac se creusant sous l'effet d'une faim par trop contenue. Parce que mine de rien, cette soirée avait été particulièrement éprouvante. Et la mention des pancakes du Saint avait un petit attrait particulièrement délicieux pour ses sens endoloris. S'il se décala pour lui laisser le passage, ce n'était pas seulement pour se faire nourrir. C'était aussi parce qu'il connaissait son ami. Le seul moyen de continuer à en extraire des vérités, c'était de le laisser faire. De lui laisser son espace. Au fond, Lazlo savait pertinemment qu'il faisait d'une pierre deux coups.

-T'as pas tort, je crève la dalle. Mais crois pas être libéré aussi facilement, fier Chevalier Pourfendeur de poêles à crêpes. J'ai pas dit mon dernier mot, et je compte bien en savoir plus sur tes problèmes.

Si son ton était faussement pompeux, il n'en était pas moins sincèrement joyeux. Parce que revenir aux habitudes avait ce petit grain épicé qui lui redonnait le sourire, malgré les vents et les marées. Maintenant que l'abcès était partiellement crevé, il ne restait plus que les maux comme les humeurs s'écoulent. Ce n'était qu'une affaire de temps.
Le laissant ainsi rejoindre la cuisine, il se permit de laisser glisser son regard le long de son échine, jusqu'à la naissance de ses reins. Mikkel cochait progressivement les cases de sa liste d'envies. Et celle-ci demeurait. D'une voix goguenarde, il rajouta :

-J'espère que tes pancakes seront aussi appétissants que ce que j'ai sous les yeux !

Ca n'avait rien de subtil. Ca n'avait rien d'élégant. Mais merde, autant se faire plaisir, de temps à autres. Après tout ce qu'il s'était passé, un peu de légèreté était tout sauf malvenue. Et il comptait en tirer son parti. Tout en l'écoutant d'une oreille s'affairer dans la cuisine, il se lova plus confortablement entre les ressorts de son canapé défraîchi. Récupéra le plaid pour l'enrouler entre ses épaules, une vague de froid due à l'absence de bras solides autour de son corps faisant rage dans ce dernier, avant de ramener ses genoux contre son torse. Et de poursuivre, à la cantonade.

-Tu sais, Mikky, t'es pas seul. J'veux dire, là, c'est sûr que techniquement ce soir t'es tout sauf seul. Mais en général. Y'a des gens qui t'aiment, autour de toi. Tu m'as, moi. Et si les autres peuvent pas t'écouter pour X raison, à moi, tu peux tout dire. J'suis là pour t'aider, quelles que soient tes emmerdes, comme un fier palefrenier sauveur de chevaliers pourfendeurs de cafards. Et si t'as besoin que je te planque de tous les mecs qui te pètent les couilles, t'as tout le Château Andersen rien que pour toi.

Même si un jour je ne suis plus là. Ces murs étaient tellement empreints d'histoire. De leur histoire. Des éclats de rire aux soupirs en passant par la terreur, maintenant. Des murs qui avaient tout vu, tout entendu. Qui pouvaient en dire long sur Lazlo, autant que sur Mikkel. Qui pouvaient lui chuchoter doucement ces sourires éclatants, ces regards partagés, ces craintes contenues. Des murs qui...
Quelques brefs tapotements secs, sur la fenêtre du salon, attirèrent l'attention de l'Oiseleur alors qu'il se laissait bercer par les bruits de casseroles émanant de la cuisine. Un message, si tard ? Ce n'était pas si rare, en soit, surtout en étant Résistant, mais là, c'était du jamais vu. L'oiseau qui se tenait sur le rebord de la fenêtre, surtout, était inconnu au bataillon. Une petite hulotte l'observait d'un oeil inquisiteur, ramassée sur elle-même dans la pénombre. Suivant chacun des mouvements de Lazlo, elle se redressa alors qu'il arrivait à sa proximité. Au terme d'un effort surhumain pour son corps affaibli, le blond souleva la guillotine de la fenêtre et s'y faufila lentement. Alors qu'elle aurait dû naturellement avoir peur de lui, la chouette pourtant ne s'enfuit pas. Au contraire, elle bondit le long de la rambarde d'acier de l'escalier pour le rejoindre. Par réflexe, Lazlo tendit le bras. Et croisa un regard bien étrange pour un oiseau. Le même que celui de Dita. Un regard presque humain.
Deux petits bonds, et la hulotte enfonçait ses serres dans son avant-bras. A sa patte gauche, Lazlo trouva un petit paquet fermement attaché, qu'il lui enleva prestement tout en essayant de ne pas passer par-dessus sa propre fenêtre. La livraison faite, la bête ébroua ses plumes avant de s'envoler aussitôt, laissant un Lazlo médusé avec son petit paquet dans les mains, et quelques griffures sur le bras.

C'était du jamais vu. Il n'avait jamais vu cette chouette où que ce soit, et n'avait strictement aucune idée d'où elle venait ni de qui était son propriétaire. Et était mine de rien un peu jaloux que quelqu'un ait réussi à dompter une chouette pour faire le messager, alors que lui n'avait que des pigeons. Revenant au sein de son appartement, il ouvrit l'enveloppe pour en révéler le contenu. Dedans, une tube à pilules qui avait fait son temps. Et, contre le papier d'emballage, une note.
"Tu n'as sûrement plus de potion. Une pilule enlèvera tous tes maux pendant quelques heures mais c'est temporaire, à prendre en complément de ce qu'il te reste. N'hésite pas à passer m'en demander plus.
-O
"
Serrant le tube dans sa main, il relut plusieurs fois la note, sans comprendre. Avant qu'un sourire ne naisse sur son visage, alors qu'il saisissait finalement ce qui venait de se produire. Olivia. Olivia, la guérisseuse de l'Arène, ne l'avait pas oublié. Il eut envie de rire. De pleurer. Alors il fit un peu de l'un, et très peu de l'autre. Conscient que Mikkel se poserait des questions en le voyant péter un nouveau plomb dans son salon, il se tourna vers lui, le tube de médicaments bien en main.

-Marraine la Bonne Fée a pensé à moi ! On va pouvoir sauter dans un carrosse et danser toute la nuit, Saint Mikkel !

Ou au moins arrêter de souffrir pour quelques heures, s'il en croyait le message. Parlez d'une intervention divine. Et, la chouette partie, il n'avait aucun moyen de remercier la jeune femme. Une jeune femme qui ressemblait tellement à sa sœur. Une vague de tendresse naquit au creux de sa poitrine, le poussant à embrasser le tube avant de l'ouvrir, tout en rejoignant Mikkel dans la cuisine. Les odeurs de nourriture, toutes ses émotions contraires faisaient valser son coeur. Ses pas, alors qu'il posait ses mains sur les hanches de son ami, se lova dans son dos pour un pas de bourrée, et le relâcha pour rejoindre l'évier. Tant pis, si les pilules n'étaient pas nombreuses. Il en goba une volontairement, qu'il laissa couler avec un grand verre d'eau. Avant de claquer la langue en se tournant vers son ami, radieux.

-Il y a encore des belles choses, en ce bas monde. J'en ai une dans la main. Et une autre devant moi.

Certes, il faudrait le temps que la pilule prenne effet. Certes, il n'était même pas sûr de ce qu'il y avait dedans. Mais il avait choisi de croire, ce soir. De croire que tout pouvait s'arranger, pour peu qu'on l'espère suffisamment fort. C'était ce qu'on lui avait toujours répété quand il était gamin. Si tu crois suffisamment fort en quelque chose, ton souhait finira par se réaliser. Alors, il espéra. Glissa un doigt dans la poche du pantalon du Brun de la Discorde et tira doucement pour l'attirer vers lui, le regard brillant d'espoir.

-Et toi, si on se tire, tu voudrais aller où ?



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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Sam 8 Juil - 17:55


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Mikkel & Lazlo
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C'était bien difficile de me débarrasser de l'angoisse qui me labourait le cœur avec ses sales pattes griffues. Lazlo avait eu beau m'assurer qu'il n'y avait aucune caméra dans son appartement, ses paroles ne m'avaient même pas convaincu à moitié. Peut-être qu'il disait ça simplement pour me rassurer. Peut-être qu'il n'avait pas bien regardé. Peut-être que... Mais je m'étais contenté de hausser doucement les épaules, sans insister. A quoi bon ? Si les gars de la milice décidaient de le capturer à nouveau, ils pourraient le faire quand ils le voudraient parce que la ville entière leur appartenait et nous ne serions jamais en sécurité nulle part. Et Lazlo l'était encore moins que n'importe qui d'autre en s'opposant de façon si violente au gouvernement. Comment pouvait-on espérer qu'il en sorte indemne ? Tôt ou tard, il se ferait choper et les choses finiraient extrêmement mal, c'était inévitable. Il se plaçait consciemment sous une épée de Damoclès, comme un sacrifié, et même si j'avais envie qu'il abandonne cette situation dangereuse, c'était celle qu'il avait choisie. Quelle importance avait mon opinion ? Aucune.

Son brutal silence qui suivit mes paroles m'infligea un violent pincement au cœur. Lazlo était dans mes bras et pourtant, je le sentis s'éloigner sous cette tension dans ses muscles. Dans les miens. Dans ce moment flottant de froid entre nous. Ses mots me heurtèrent. Il avait beau parler doucement, mon ouïe de chacal ne m'épargnait rien. Pourquoi je lui demandais ça ? Mais à quoi bon me demander de quoi j'avais envie si c'était pour me le reprocher ensuite ? « Ouais, je sais, Che Guevarra. Laisse tomber. » Mon ton fut trop sec. Je sentais la colère affluer dans ma carcasse, me donnant l'envie d'exploser brutalement. Il fallait sans doute que je m'incline devant ses foutues raisons. En y pensant elles me donnèrent violemment l'envie de tout envoyer péter. J'étais sensé comprendre, j'étais sensé savoir. J'étais sensé me la fermer face à l'importance de la cause. Mais oui bien-sûr, nous ne valions rien à coté de la malheureuse populace souffrante, n'est ce pas ? Ils étaient incapables de se torcher le cul tout seul, les pauvres petits chiards puants, mais pas grave, Lazlo allait quand même se sacrifier pour eux. « Bref. » Mais qu'ils crèvent putain, qu'est-ce que j'en avais à foutre ? Ce soupir qui roula dans ma gorge fut difficile à réprimer, il ne fut pas loin de se muer en rugissement. En cette seconde, c'était sur la ville entière que j'avais envie de balancer une giga bombe.

Les émotions déferlaient sur moi comme des vagues. Elles s'éloignaient pour mieux me retomber dessus, me laissant indécis et bousillé intérieurement. La fraîcheur de la pièce et celle des doigts de Lazlo contre les miens n'apaisaient pas le feu de mes joues. J'essayais pourtant de surmonter mon trouble, ma colère, mon désespoir et mon abattement. La soirée avait affreusement mal commencé, je n'avais pas réussi à offrir à Lazlo le réconfort d'un ami digne de ce nom et je ne savais pas comment faire pour rattraper tout ça. Rattraper les larmes que je lui avais fait verser, toute cette douleur qu'il avait exprimé de façon si bouleversante. Si la seule chose qu'il me demandait était de m'ouvrir un peu à lui, je pouvais au moins essayer. Je ne voulais pas le blesser encore une fois et je ne me sentais que trop capable de le faire à tout moment. Mes explications étaient maladroites, sans doute trop embrouillées et trop confuses. L'inquiétude dans les yeux de Lazlo me culpabilisa aussitôt et je grimaçai légèrement sous son baiser. « Mouais pour mon père, j'sais pas. Mais j'suis sûr que c'est Laura, elle m'a élevé depuis mes quatre ans, j'pourrais pas me tromper. Bref. Bref.»

Lazlo avait beau dire, je n'avais réussi qu'à assombrir l'ambiance et il avait tout sauf besoin de ça. Je secouai la tête en me dégageant, lui offrant un sourire sarcastique. Pourtant, la sincérité qui s'inscrivait dans ses yeux clairs me fit ciller légèrement et délaisser aussitôt la réplique acerbe que je m’apprêtais à lui rétorquer. Je dodelinai de la tête en me redressant, ne sachant pas trop quoi dire, essuyant mes yeux humides d'un revers de manche. « Ouais... ouais t'inquiète. » Intérieurement, j'étais pourtant plus que déterminé à ne plus jamais lui parler de mes emmerdes. Lazlo était tenace et sa répartie m'inspira un pouffement peu convaincu, tout en me dirigeant vers la cuisine. « C'est ça... Tu ferais mieux de te concentrer sur le spectacle à venir, j'vais t'offrir un combat de toute beauté. Attend un peu que je m'y mette, tes poêles n'ont qu'à bien se tenir, brave écuyer. » Si je m'étais extirpé hors du canapé un peu vite, je ne me sentais pas mieux loin de ses bras. Un sentiment de malaise ne me lâchait pas alors que je n'arrivais pas à croire à la légèreté de nos paroles et de nos sourires. La bosse sur mon crâne avait pratiquement disparu mais ça n'empêchait pas cette sensation douloureuse sous l'étau qui compressait mon crâne. L'angoisse me collait à la peau. J'avais toujours l'impression d'être perché en équilibre instable au bord d'un abîme. Comme si à tout moment, je pouvais détruire la douceur si fragile de l'ambiance et briser Lazlo à nouveau. Le briser comme dans l'arène.

Ses mots dans mon dos surprirent la noirceur de mes pensées tandis que je sentais son regard sur moi. J'aimais ce regard, j'avais toujours beaucoup aimé ça. Sentir sa façon de m'épier, à moitié pour de rire, à moitié pour de bon. Savourer les étincelles dans ses yeux qui sublimaient mon âme de diva. Et pourquoi pas, putain ? Oui j'adorais qu'il me regarde. Tout en me cambrant insensiblement, je me mordis les lèvres dans un sourire. « Gourmand ! On ne touche qu'avec les yeux quand on est un convalescent raisonnable. » Sous une intonation sévère, je mimai un soupir voluptueusement scandalisé tout en ramassant les poêles dans une génuflexion du plus bel effet. Ne me restait plus qu'à les placer sur la gazinière pour les faire chauffer, une noisette de beurre fondant dans chacune d'entre elles. Tout en faisant, j'écoutais Lazlo me parler de façon plus sérieuse et si je ne me retournais toujours pas, je ne manquais rien de ce qu'il prononçait. Incapable de répondre quoique ce soit, je fronçais les sourcils, concentré sur le beurre qui frissonnait sous mes yeux. Pourquoi il me disait ça, je n'arrivais pas à le comprendre. Pourquoi il s'emmerderait à écouter mes problèmes alors qu'il était lui-même plongé dans les ennuis jusqu'au cou ? Je sentis mon cœur battre plus fort, jusqu'à ce que mon esprit ne me donne la réponse. Lazlo voulait se battre pour la justice, la liberté et le bonheur des autres. Il était comme ça avec tout le monde. Je ployais légèrement les paupières avant de lui balancer un regard furtif, assorti d'un léger sourire. « Ouais, je sais. Et... ben, merci.»

Je reportais mon regard sur les poêles, les manipulant de manière à ce que le beurre aille bien partout. Faudrait pas que les pancakes collent. En dépit de mon malaise, je m'acharnai à retrouver ce ton léger et délirant, à essayer de déconner pour apaiser cette saloperie de tension qui me serrait tant le cœur. « Je doute pas de tes talents, fougueux palefrenier, les chevauchées aventureuses sont toujours fantastiques en ta compagnie, d'autant plus que mon épée n'a jamais été aussi bien lustrée que par tes soins magiques. » Je prétendis réfléchir au double sens de mes paroles dans une moue ingénue avant de hausser doucement les épaules. Il fallait que je me reprenne, ça allait le faire. Et dès que possible, j'irai me prendre une dose de came, ça me remettrait d'aplomb après ces retrouvailles trop bouleversantes... Oui, je ferais ça.

Appliqué à la cuisson de la pâte, versée dans chacune des poêles dans d'appétissants grésillements, je ne fis pas attention au bruit contre la vitre. Sans savoir ce que Lazlo fabriquait près de sa fenêtre, je ne m'en inquiétais pas vraiment, le croyant en train de prendre l'air pendant que je m'occupais de la cuistance. Est-ce qu'il n'avait pas l'air d'avoir froid, quelques temps plus tôt ? Jetant un œil distrait dans sa direction, je ne le voyais que de dos, le corps à moitié penché au dehors. Est-ce que ses pigeons faisaient du raffut ? Il me semblait entendre un bruit de plumes mais de là où j'étais je ne voyais pas grand chose. Ce n'était sans doute pas important. Pas assez pour m'écarter des poêles où plusieurs petits pancakes cuisaient dans chacune d'entre elles. Il me fallait les retourner régulièrement et je n'avais pas trop de mes deux bras pour l'exercice, les faisant sauter les unes après les autres, comme des crêpes. La pile de jolies petites galettes toute rondes et toute légères devenait assez conséquente dans le plat. La bonne odeur qui se répandait dans l'atmosphère contribuait à me rendre un peu plus serein et je me réjouissais d'avance de pouvoir offrir un peu de réconfort à Lazlo. Ce serait pas du luxe, pour me rattraper... Pourtant, je me retournai d'un coup en entendant les drôles de rires qui le secouaient tout à coup. Des rires un peu trop émotifs. Des rires qui semblaient entrecoupés de larmes. Sans comprendre un mot de ses explications, je me fis emporter par ses pas de danse, le corps un peu raide, alors que Lazlo semblait emporté par une transe.

« Qu'est ce que tu dis, Cendrillon ? On t'a livré une citrouille ou euh... ? »

J'imaginais mal des oiseaux voyageurs soulever ce genre de légume. Me retournant vers lui pour lui faire face, je dévisageai Lazlo avec incompréhension, mon regard passant de ce tube qu'il tenait en main à sa bouille trop pâle. Le voilà qui éclusait son verre d'eau avec une joie visible et je me laissai attirer vers lui, mes hanches venant aussitôt rejoindre les siennes. C'était donc ça ce bruissement d'ailes, on lui avait livré des médoc par la poste aérienne ? Je me mordillai les lèvres, hanté par cette méfiance qui me raidissait. Pourtant, la lumière qui éclairait ses yeux fit se dissiper une part de l'inquiétude qui m'avait étreint avec plus de force pendant quelques secondes. Il semblait tellement heureux. Il me parlait de belles choses et dans mon égarement, je mis un moment à comprendre de quoi il voulait parler. « Oh... moi ? » Je cillai légèrement sous le compliment avant de reprendre, la nervosité perçant dans le ton de ma voix. « Mais Laz, tu crois vraiment que c'est un bon plan ? J'veux dire... ta marraine là, elle est fiable ? »

Un espoir infini envahissait ses billes d'un bleu si clair, encore humides de larmes. Sans doute que cette joie était contagieuse et un sourire étira mes lèvres à sa question, bientôt suivi d'un léger rire entremêlé d'hésitation, de plaisir et de désarroi. Lazlo paraissait prêt à mettre les voiles, comme si c'était vraiment possible, comme si on pouvait réellement espérer se sauver tout les deux loin de tout ce danger et cette misère. Pour un peu, j'avais presque envie d'y croire. Pourtant, je ne savais même plus où j'avais vraiment envie d'aller. En Russie, cette terre que j'idéalisais sans l'avoir jamais foulée ? En Angleterre, pour espérer y retrouver ma mère, que je n'avais jamais connue, elle non plus ? Ou peut-être pour recroiser mon oncle, ce mec bizarre qui m'avait kidnappé ? Je scrutai les yeux clairs de Lazlo comme si j'avais pu y puiser une réponse. Tout ce que j'aurais voulu, c'était partir avec lui dans un endroit sans danger. Tout me semblait mieux que cette ville moisie, en tous cas.

« J'sais pas... Sur Mars ? Ou plus loin encore ! Parait qu'il y a une planète habitable dans la constellation du centaure ou un truc comme ça. C'est ce qu'ils font dans les films de science-fiction après que la terre soit détruite : les mecs les plus courageux s'en vont coloniser une autre planète ! Pourquoi on ferait pas ça, les chevaliers n'ont pas de limite, mon cher Luke, crois-en Maître Yoda. On visiterait des galaxies inconnues à bord de notre vaisseaux. Puis bien-sûr, on se frotterait aux aliens de tout bords mais alors là...»  Le regard baisé vers lui, j'avais entouré ses épaules de mes bras et je fondis vers son cou à mes derniers mots, dans un frisson. « Manquerait plus que ça qu'on finisse par se faire bouffer par des xénomorphes endoparasitoïdes avec leur putain de sang acide.»

Des images gores m'apparurent par flash. Comme lorsqu'on avait arraché le cœur de Lazlo de sa cage thoracique. C'était ma propre main qui... « Oh excuse-moi... j'délire. » J'étais effrayé par mes propres conneries. A croire que mon imagination divaguait un peu trop facilement vers des scénarios catastrophe. Au lieu de le mordre pour le taquiner, comme j'en avais l'intention au départ, je me contentai de rester là un moment, le visage enfoui dans ses longs cheveux. Sa barbe me chatouillait la joue. Il sentait bon. Je n'avais aucune envie d'exposer Lazlo à la folie meurtrière d'extra-terrestres monstrueux. Même pour de rire. Je fermais les yeux et le serrai un peu plus fort. L'idée même qu'il puisse souffrir m'était si intolérable que j'avais envie de chialer encore une fois. Au bout d'un petit instant, ma main chemina vers la sienne pour lui subtiliser le tube de pilules dans un léger soupir. « J'peux voir ? » Redressant mon visage, je retrouvai son regard avec plus de gravité, jusqu'à ramener le tube sous mes yeux pour l'examiner. Il avait l'air un peu vieillot, comme s'il avait été recyclé de nombreuses fois. Loin d'être rempli, il ne contenait que peu de médicaments. On aurait dit des pilules artisanales, fabriquées avec les moyens du bord. A mon idée, ça ressemblait plus à de la came qu'à des médoc et je le portai à mes narines pour le renifler avec circonspection. « On dirait pas du poison mais... t'sais bien, Laz, faut que tu fasses gaffe, ils peuvent essayer de te droguer pour te kidnapper encore. Merde quoi... un canari inconnu t'apporte de la dope et toi tu bouffes tout ? T'abuses.» C'était peut-être pas un canari, j'avais pas fait attention au type de volatile, mais quand même.

Je n'avais pas envie de l'engueuler. Pas vraiment. Mais je n'arrivais pas à trouver le bon ton, ma colère était toujours présente, rampant dans mes veines au risque de faire bouillir mon sang d'un moment à l'autre. Le monde entier me paraissait hostile, dangereux et mauvais. J'aurais pourtant aimé retrouver l'insouciance qui me caractérisait d'ordinaire mais ces fourmillements dans mon corps et mon esprit me gardaient nerveux et angoissé. Je restais toujours heurté par le ton consterné de sa voix, lorsque Lazlo m'avait répondu. De ce chagrin que j'avais cru ressentir en lui lorsque je lui avais avoué ce que je désirais : qu'il cesse ses activités de résistant. Il ne quitterait jamais cette ville avec moi. Il resterait là, à essayer de se battre contre un ennemi aussi gigantesque que mouvant et inatteignable. Rien n'irait mieux. La seule chose qu'on pouvait espérer ce soir, c'était de réussir à oublier l'horreur de ces dernières semaines. Oublier ces jeux sanglants. Oublier les blessures, la douleur et la mort. Les mettre de coté pour quelques heures et s'en aller dans les rues misérables en prétendant qu'elles soient encore belles. Sauter au grès de nos imagination dans un carrosse rutilant, sur le dos d'un fier étalon ou dans une limousine flambant neuve. Et danser toute la nuit. « Lazlo, je... j'ai envie qu'on aille en boite.  En taxi. Genre on s'en fout du prix que ça coûte. Attend, viens. »

Je n'avais absolument aucune envie de sortir. Ce que je voulais, c'était me rouler en boule sous une couverture et faire une cure de sommeil, me cacher dans la torpeur, dormir pendant des mois et oublier toutes ces peines. Mais dans le même temps, je n'avais pas envie que cette foutue journée s'achève sur une ambiance aussi tendue. Il fallait à tout prix faire disparaître toutes les larmes et la douleur de Lazlo, défaire tout le mal que je lui avais causé. J'avais gardé le tube de médicaments que je regardai encore une fois avant de me forcer à le lui rendre. Le repoussant doucement vers le tabouret de la cuisine, je me retournai pour aller ramasser le plat rempli de pan-cakes tièdes et moelleux que je déposai à coté de lui. On n'avait pas de sirop d'érable mais j'avais quand même cuisiné une sauce sucrée, à base de beurre roux et de sucre caramélisé. La déposant dans une tasse près de lui, je m'en allai chercher des assiettes que je disposai dans un soupir. « Monsieur est servi ! Y'a qu'à mastiquer et savourer, Monseigneur. Et quand t'auras retrouvé ton poil brillant et soyeux, on pourra mettre les voiles et s'en aller au bal du château à bord du carrosse. Les princesses barbues ne circulent jamais à pied évidemment, c'est mauvais pour leurs chaussures de verre. J'vais aller en héler un, okay ? Et pendant ce temps là, tu fais fonctionner tes jolies dents blanches et tu reprends des forces. »

L'auscultant du regard, j'essayais de deviner si la pilule qu'il avait avalée ne lui causait pas plus de dégâts. Il avait laissé le papier d'emballage avec la notice, que j'observai d'un œil incertain mais cela ne me rassurait pas pour autant. Comment savoir si les médicaments offerts aux participants des jeux étaient véritablement bons pour eux ? Après tout, c'était le personnel du gouvernement, ils étaient payés par eux. En dehors de coller des sparadraps sur des plaies béantes, ils n'avaient pas fait grand chose pour Lazlo, alors pourquoi en serait-il autrement tout à coup ? J'hésitais à insister, au risque de paraître relou avec ma parano, avant de m'y résoudre, d'un ton aussi léger que possible. « Tu te sens comment maintenant ? Tes trucs là... ça te fait quoi ?
T'sais... on peut aussi rester ici si tu préfères. A chanter des chansons et... tout ça. »
Des chansons cheloues.
 




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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Lun 31 Juil - 1:30


A l'instar de son clone de sable, Mikkel était un mirage. Il était tantôt salvateur, tantôt distant. Il était insaisissable et magnifique en même temps. Un rêve éveillé pour celui qui se perdait dans le désert, pour l'assoiffé insatiable qu'avait toujours été Lazlo. En quelques secondes, il se révélait sous tous ses aspects. Et l'instant d'après, il disparaissait entièrement pour ne plus laisser derrière lui que des bribes d'un être solaire qui n'était déjà plus là depuis trop longtemps.
Un instant solaire. Il était arrivé, et Lazlo n'avait pas su, pas pu en profiter autant qu'il l'aurait voulu. Parce qu'il aurait voulu que son ami se confie d'avantage. Qu'il dépose tous ses bagages, tous ses fardeaux, qu'il lui laisse la garde d'au moins la moitié de ses problèmes. S'il en avait lui aussi, Lazlo était certain qu'il pouvait encaisser ceux de son amant. Pas parce qu'il était habitué à porter le poids de la misère du monde sur ses épaules. Mais parce que celle de Mikkel était à ses yeux la seule qui importe réellement.
Alors il avait fait ce qu'il avait pu. Il avait écouté, il s'était nourri de ce que le brun lui offrait. Il en avait même éprouvé une certaine fierté, de voir qu'il était l'un des trop rares réceptacles du vrai Mikkel. Ce mirage distant que seule une poignée de personnes était digne d'apercevoir. Le témoignage d'une âme bien plus belle qu'il ne laissait voir.

Et l'instant s'était effacé, aussi rapidement qu'il était arrivé. Mikkel s'était raidi, s'était tu. Avait évité les questions, ou d'en dire plus. Par gêne ? Par humilité ? Par honte ? Lazlo n'en savait rien. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il aurait aimé en savoir plus. Avoir un aperçu bien plus grand de ce qui se passait sous les mèches brunes de son amant, savoir bien plus que le peu qu'il avait concédé à lui donner. Mais pourtant. Pourtant il se rendit compte que c'était déjà nettement plus qu'il n'avait jamais obtenu de sa part au cours des années qu'ils se connaissaient. Et, même si la soirée n'était pas au beau fixe, s'ils évoluaient dans des eaux par trop troubles, leur relation semblait avoir changé.
Elle avait évolué, elle aussi. Elle semblait plus forte, tout en étant plus difficile. Mais tous ces cadeaux, aussi inestimables soient-ils, laissaient une sensation étrange au creux de sa poitrine. Une sensation de vide. Une sensation de manque. Celui de ne pas en savoir plus, de ne pas partager plus, avec le Russe.
Parce qu'il en crevait. Il crevait de cette communion paradoxale, profonde, avec lui. Entière. Une communion dont il savait qu'il ne l'aurait certainement jamais. Mais de ça, il ne pouvait pas en parler. Il en avait déjà trop dit au cours de cette maudite soirée. Avait laissé filer bien trop d'informations contradictoires, avait bien trop trahi ses propres secrets. Cette tendresse démesurée, cet amour bien trop fort, pour le brun. Tant de choses qui n'avaient pas leur place entre eux. Qui ne devaient pas exister, et qui le dévoraient tout entier.

Alors. Alors la conversation avait repris ce ton léger et amusé qu'elle avait toujours quand ils se retrouvaient. Une pommade tirée et étirée sur une plaie qui était tout sauf refermée. Ils étaient comme ça, c'était eux, ça aussi. Cette faculté à tout tourner en dérision quand les sujets devenaient trop graves. Quand Lazlo avait trop envie de retourner dans les bras de son ami, et quand Mikkel se sentait par trop pris au piège. Un nouveau compromis, comme à chaque fois, pour éviter que l'un ou l'autre n'ait envie de s'enfuir. Et ça fonctionnait. Un peu. Des fois. Ca n'avait pas empêché le Norvégien de relancer une perche. Mais Mikkel ne l'avait pas saisie, comme à son habitude.
Peut-être que c'était plus simple comme ça. Ca creusait ce vide dans le coeur du blond, mais c'était résolument la meilleure solution. Il ne pouvait pas se permettre d'avantage. Il ne pouvait pas perdre le seul homme qui soit capable de lui rendre le sourire, quelles que soient les circonstances, par sa seule présence. Un pouvoir magique que Mikkel avait réussi à acquérir au fil des années. Un enchantement tellement puissant que le Norvégien ne comptait pas le briser en agissant sans réfléchir.

Puis un miracle s'était produit. Un miracle sous forme de tube, rempli de petites pilules blanchâtres. Un miracle qui commençait à se dissoudre dans sa trachée alors qu'il se sentait revivre. L'espoir, cette drogue sans pareille. Une autre forme de poison qui grisait le système et les sens, tout en apportant une douce euphorie, que Lazlo n'avait pu s'empêcher de transmettre à son ami. Peut-on faire une overdose d'espoir ? La pensée avait traversé son esprit une brève seconde, alors qu'il avait englouti l'une de ces pilules bienvenues. Alors qu'il avait repris les hanches de son amant dans ses mains, qu'il avait retrouvé la chaleur de son corps, qu'il laissait glisser ses interrogations circonspectes. Oui, oui, il avait une confiance entière dans sa bonne fée de marraine. Oui, il avait la sensation subite que le monde leur souriait de nouveau, qu'ils avaient là une chance non seulement de sauver la soirée, mais aussi de se sauver eux-mêmes.
La raison même de ce regard lumineux qu'il avait plongé dans les billes grises du brun, buvant ses projets comme s'il s'agissait de l'eau la plus pure du monde. Mikkel n'était pas qu'un mirage. Il était un oasis pour apaiser sa propre soif de bonheur.

Le bonheur. Ce que son amant disait était fou, mais ça ne l'empêcha pas de rire. Un rire libéré, augmenté par la sensation de son visage au creux de son cou. Répondant à son étreinte, il enroula derechef ses bras autour de la nuque du brun, emporté par ses belles paroles.

-La Terre est déjà pourrie, il nous manque plus qu'à sauter dans la première navette spatiale en direction d'Alpha du Centaure alors ! On deviendra potes avec les petits hommes gris et on bouffera des fruits aliens à s'en péter le bide !

Il se sentait de plus en plus léger, à mesure que la pilule se dissolvait dans son estomac. De plus en plus léger, à mesure que les pensées néfastes s'atténuaient, que le mal semblait lui aussi s'envoler. Il se sentait plus fort, aussi. Mais ce n'était pas la pilule, ça. C'était la perspective de partir, partir loin, très loin, avec Mikkel. La force que lui conféraient ses bras autour de ses épaules, la force de l'avoir contre lui. Avait-il vraiment besoin de cette vie ? Une vie à tout foutre en l'air pour se battre pour un avenir qui était, de toutes façons, compromis ? Ils pouvaient aussi bien s'enfuir. Il n'avait pas besoin d'un toit, il n'avait pas besoin d'un foyer. Son foyer à lui, c'était ce garçon qui s'était subitement obscurci, le nez enfoui dans le creux de son cou. Son foyer à lui, c'était cette étreinte, c'était cette bouffée de tendresse immodérée qui le poussa à caresser doucement sa nuque, à poser ses lèvres contre la tempe de son amant.
S'il se sentait mieux, quelque chose n'allait pas. La verve prolifique de son amant s'était tarie. Son étreinte était devenue plus forte. Comme lorsque quelqu'un retient un sanglot, comme lorsque quelqu'un se raccroche à ce qui est important pour ne pas se laisser partir. Se hissant sur la pointe des pieds pour gagner quelques centimètres, Lazlo resserra à son tour son étreinte. Glissa ses lèvres dans le creux de son cou, l'envie de protéger le brun de ses fantômes devenue encore plus forte. De le protéger de tout. Du monde, des galères, de lui-même.

-T'as pas à t'excuser. On a buté bien pire que les aliens xénomorphes, souviens-toi, on a explosé des cafards de la taille de bébés humains ! On risque rien, si on est ensemble !

Tu ne risques rien. Tu ne risques plus rien tant que je serai là. Tu ne risqueras jamais rien, parce que je te protégerai autant que je le pourrai.
Le silence se fit entre eux, juste quelques instants. Juste le temps de fermer les yeux, le temps d'embrasser une dernière fois sa tempe. Jusqu'à ce que les doigts de Mikkel se glisse entre les siens, provoquant un léger frissons, avant de subtiliser le flacon de pilules que Lazlo tenait toujours.
Jusqu'à ce que l'orage menace de gronder, une nouvelle fois. Suivant le flacon des yeux, le Norvégien sentit son coeur s'accélérer. Croisant le regard sombre de son amant, il se sentit pris en faute. Mais la culpabilité repartit aussi vite qu'elle était apparue. Etrangement. Comme si les sentiments négatifs glissaient sur sa psyché, étouffés en même temps que la douleur, depuis qu'il avait pris la pilule. A l'inquiétude perceptible du brun, il renvoya une légère grimace déconfite. Exagérée.

-J'les aurais pas pris si j'avais pas confiance, tu me connais. Mais là, c'est Olivia. Elle essaie. Pourquoi ? J'en sais foutrement rien. Mais je sais que ça a l'air de fonctionner. J'me sens beaucoup mieux, Mikky. Vraiment mieux. Un peu comme si tout ce qui était négatif se faisait la malle. Et putain, t'imagines pas comment ça fait du bien !

C'était peut-être très naïf comme façon de faire. Peut-être que Mikkel avait raison, dans sa méfiance. Qu'il avait raison de croire que les pilules puissent être nocives, qu'elles puissent être une nouvelle manoeuvre, déguisée, de la part du Gouvernement pour leur pourrir l'existence. Mais Lazlo n'avait pas envie d'y croire.
Il n'avait pas la force d'y croire. Il était épuisé de se méfier de tout, d'angoisser, de souffrir pour rien. De ne pas pouvoir profiter pleinement de sa vie, alors qu'il n'avait toujours vécu, s'était toujours battu, que pour ça.
Toutefois, et malgré qu'il retrouve progressivement du poil de la bête, il ne s'était pas attendu à ce que Mikkel ait autant envie de sortir. Surpris, il se laissa guider jusqu'à une chaise, le laissant babiller à loisir. Il fronça les sourcils en l'observant. Parce qu'il le connaissait. Parce qu'il savait parfaitement ce qu'autant de verve, autant de pression, signifiait. Mikkel se sentait clairement mal à propos de quelque chose. Comme une envie subite de noyer le poisson, de s'enfuir. Pourtant il ne comprenait que difficilement ce besoin soudain de mettre les voiles. Peut-être que les pilules n'étaient pas une si bonne idée, au final. Elles obscurcissaient son jugement, le rendaient moins à même de capter ce qui pouvait être négatif pour en faire une pensée structurée. Tout allait progressivement mieux dans son corps et sa tête, à croire que ça effaçait le reste.

Pour autant, ça n'enleva pas cette profonde sensation de malaise qui croissait en lui, à mesure que Mikkel insistait. Le monde extérieur. Un concept qu'il avait du mal à saisir, qu'il n'avait pas franchement envie de saisir. Depuis sa sortie de l'Arène, les rares interactions qu'il avait eues avec l'extérieur s'étaient toutes soldées de la même manière : les gens le dévisageaient sur son passage. Il était passé d'un parfait anonyme à une célébrité locale. Il se mordit l'intérieur de la joue. S'ils sortaient ensemble, même sous la lumière tamisée d'une boite de nuit clandestine, ne risquaient-ils pas d'être reconnus ? L'Humanité ne risquait-elle pas de faire le rapprochement entre son amant et le réceptacle de cette malheureuse déclaration d'amour qu'il avait faite dans l'Arène. Lazlo se raidit, malgré lui.

-...C'est vraiment ce que tu veux ?

C'était risqué. Il ne voulait pas refuser, bien sûr que non. Il voulait lui faire plaisir. Lui montrer qu'il était bien plus capable de lui offrir le monde qu'il ne l'avait été ces derniers temps. Mais de là à risquer l'intégrité de son ami, il n'était pas certain que le jeu en vaille la chandelle.
Les pensées contraires tempêtaient sous ses mèches blondes alors que Mikkel était reparti s'affairer en cuisine. Il pouvait sentir les sensations se battre entre elles, le malaise qui luttait contre le pouvoir de suppression du médicament. Toutefois l'urgence de la situation semblait prendre le dessus sur l'euphorie médicamenteuse. Parce que ce n'était pas de lui seul qu'il s'agissait. C'était de protéger Mikkel.
Les pancakes arrivèrent sur la table avant qu'il n'ait le temps d'en penser d'avantage, rompant tout conflit sous son crâne au profit d'un monstrueux grognement d'estomac. Il n'avait que très peu mangé dernièrement, tout en ne pouvant qu'à peine conserver les rares nutriments qu'il arrivait à s'enfoncer au fond du gosier. Il crevait littéralement de faim. Avisant l'assiette avec gourmandise, il attendit que Mikkel arrive à sa portée pour attraper sa main dans la sienne. Il ne le pousserait pas à s'asseoir s'il ne le voulait pas, pas plus qu'il ne le tiendrait captif trop longtemps. Mais ses dernières paroles avaient capté toute son attention.

-J'me sens... Beaucoup mieux. Ca marche vraiment bien, ce machin. Mais... Je sais pas pour la boite. Je veux dire, la perspective de me frotter contre toi et te protéger des mains grasses de pervers au jean serré est toujours alléchante, mais... C'est risqué, de sortir avec moi, en ce moment.

Il soupira. Les mots peinaient à sortir, parce qu'il ne voulait pas heurter son ami. Il l'avait tellement fait au cours de cette soirée, il ne se sentait pas capable d'encaisser la culpabilité de l'avoir fait souffrir une nouvelle fois. Jouant distraitement avec le bout de ses doigts, il s'appliqua et finit par s'accorder avec lui-même. Autant dire la vérité.

-J'veux pas que t'aies d'emmerdes si on te voit avec moi. J'ai dit des trucs là-bas qui peuvent être risqués si on te voit proche de moi. Les gens me reconnaissent dans la rue. Ils savent qui je suis, ce que j'ai fait, ce que j'ai dit. Quand je suis sorti de l'Arène, tout le monde se retournait pour me dévisager. Et franchement, si y'a une couille, je sais pas combien de temps l'effet des pilules va durer. J'sais pas si je pourrai te protéger, et je veux pas qu'il t'arrive une merde à cause de moi. T'es trop important pour ça.

Sa gorge était atrocement sèche, si sèche que ses dernières paroles s'étaient achevées dans un murmure. Il finit par relever les yeux piteusement pour croiser les mares d'acier du Brun de la Discorde, incertain. Profondément désolé de refuser une proposition pourtant si belle, juste parce qu'il avait... Peur. Peur de lui faire du mal. Peur de ne pas être suffisamment là pour lui.
Nerveusement, il relâcha les doigts de son ami. Cette maudite Arène lui avait tout pris, jusqu'à sa liberté. Mais il y avait toujours des solutions pour contourner les problèmes. L'espoir vibrait encore dans son système. Réchauffait ses membres, alimentait ses veines en même temps que son propre sang. Il y avait toujours des portes dérobées, des voies qui n'étaient pas prises.

-Mais t'as raison, j'ai aussi besoin de sortir. Et j'ai peut-être une idée. On pourrait prendre toutes les couvertures et tous les coussins qu'on trouve, la pitance et une des bouteilles qui traînent dans le placard sous l'évier. Il se trouve que j'ai pas encore de vaisseau spatial, mais j'ai un moyen de nous rapprocher un peu plus de la galaxie du centaure et de toutes ses merveilles.

Joignant le geste à la parole, il pointa son index vers le plafond, au-dessus d'eux. Le monde inexploré de la toiture de l'usine, une surface plane et illimitée, sans rien ni personne, n'attendait qu'eux. Il suffisait juste d'emporter tout le nécessaire pour ne pas mourir de froid et passer par la fenêtre de son salon, gravir quelques marches, et le tour était joué.

-Personne pour nous faire chier, la piste sera entièrement à nous, et on baignera sous la lumière d'étoiles qui ne risqueront pas de nous gerber dessus. T'en dis quoi ?

De tout le temps qu'ils se connaissaient, ils n'avaient jamais passé de nuit sous le plafond étoilé. C'était une des choses qui avaient plu à Lazlo, quand il s'était installé dans les appartements un peu vétustes de son usine. La possibilité de profiter autant que possible des merveilles de la nature. Depuis l'Apocalypse, la pollution s'était raréfiée. La nature avait repris ses droits, et le ciel s'était éclairci, rendant la lumière des étoiles et de la Lune bien plus ardente. Un des plus beaux spectacles du monde, à son sens. Un spectacle qu'il avait toujours voulu partager avec le Brun de la Discorde, sans jamais réussir à l'avoir suffisamment pour le lui offrir.
Il se fendit d'un léger sourire.

-J'ai même un vieux lecteur mp3 qui a fait l'Apocalypse, pour la musique. Bon par contre, niveau choix, on est un peu limités aux tubes du temps où y'avait encore Internet. J'veux bien être magicien, je le suis malheureusement pas à ce point.

C'était risqué comme proposition. Parce qu'il allait à l'encontre de ce que voulait Mikkel. Parce qu'il refusait ouvertement sa proposition, et que même s'il lui avait donné ses raisons, il n'était pas certain que son ami soit en capacité de les entendre. Alors il se hissa vers lui. L'exercice était nettement moins difficile, maintenant qu'il avait pris les pilules. Moins douloureux. Et reprit ses doigts entre les siens, les caressant en baissant les yeux vers eux, murmurant doucement.

-Pis au pire si on s'emmerde, on pourra toujours faire l'amour sous les étoiles.

Il releva un regard mutin vers Mikkel. Parce qu'il voulait qu'il accepte. Parce qu'il voulait pas qu'il parte. Parce qu'il voulait que tout aille mieux, que les pancakes ne refroidissent pas trop, qu'ils les partagent. Qu'ils ne risquent rien, que les étoiles soient les seules Belles de Nuit qu'ils croisent. Qu'aucun milicien comprenne qui Mikkel puisse être et l'embarque pour homosexualité.
Qu'ils soient bien. Et que le mal s'efface, aussi sûrement qu'il s'effaçait bien trop rapidement de son corps.
Doucement, il glissa le tube de pilules au creux de la main de son amant. Une invitation silencieuse à ce qu'ils se retrouvent enfin connectés sur la même fréquence, comme avant, dans cette strate de l'univers qui n'appartenait qu'à eux.

-On part ensemble pour Alpha du Centaure ? Je te suivrai, moi. Vers l’Infini et au delà !

Et c'était vrai. Il le suivrait où qu'il aille, pour la simple et unique raison que Mikkel était le seul foyer que le blond souhaitait.


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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Mar 10 Oct - 22:17


« I've been down on my knees and you just keep on getting closer »



 
Mikkel & Lazlo
featuring
Debout devant lui, je le détaillais d'un regard où brillait cette angoisse constante qui me ravageait. La fatigue creusait des cernes sous mes yeux mais mon corps était toujours aussi raide et secoué de mouvements nerveux. Inconsciemment, ma jambe droite se balançait sur place, dans des secousses rapides, pendant que je me mordillais les lèvres pour m'empêcher de répéter : ça te fait quoi ces trucs hein, ça te fait quoi ? Je l'avais vu changer d'expression, j'avais entendu ses rires, bien plus naturels et soulagés, j'avais observé le masque de douleur disparaître pour laisser place au bien-être. Aucune convulsion, aucun vomissement, pas de signe de catastrophe. Lazlo était juste défoncé et il planait au pays des bienheureux. Mais même s'il se sentait mieux pour de vrai, ça ne voulait pas dire que cette came était sans danger pour lui. Peut-être que c'était un nouveau moyen qu'avaient trouvé ces salauds pour l'hypnotiser et le forcer à sauter dans les bras de ses bourreaux, en se livrant ainsi lui-même au gouvernement... C'était possible. Comme un sérum de vérité qui le forcerait à avouer ses fraudes ou je ne sais pas quoi. Il disait qu'il avait confiance mais moi je ne connaissais pas cette connasse de guérisseuse, tout ce que je savais d'elle c'était que son salaire provenait du gouvernement. Elle était comme les autres, comme tous les autres, elle nous voulait du mal, on était entourés d'ennemis de toute part putain. Il ne comprenait pas ça ?

Les souvenirs qu'il avait évoqué m'avaient ramené à cette époque d'insouciance où on venait de se rencontrer et où les choses me paraissaient si simples avec le recul. J'avais tellement envie de retourner à ce moment précis où Lazlo avait frappé à ma porte, la première fois. De retrouver ces rires joyeux qui m'avaient échappés, ce plaisir de le voir débarquer dans mon appart, tel un héros, pour m'aider à venir à bout de l'armée de cafards. On avait réussi putain et on s'était tellement amusé... C'était sur ces bases que Lazlo était devenu mon meilleur ami, mon amant, mon complice de  conneries. Ces moments avaient été si heureux. Mais maintenant, j'avais l'impression d'être écrasé par les ténèbres glacées du désespoir.

Incapable de rester tranquille, j'allais et venais dans la cuisine, effectuant dix trajets inutiles pour un seul concluant. Ranger la cuillère, revenir, repartir, ramener la cuillère. La question de Lazlo m'inspira un rire tonitruant. « Bien-sur que c'est ce que j'veux, tu m'prends pour un menteur ? » Ma répartie résonna avec un peu trop d'agressivité tandis que je le défiais d'un regard métallique. Je ne pigeais pas ce qu'il avait, il me semblait que c'était de ça qu'il avait envie : qu'on sorte et qu'on danse toute la nuit. C'était ce qu'il avait dit. Et maintenant, même si j'avais clairement entendu le rugissement plaintif de son estomac affamé, je ne savais pas ce qu'il attendait pour manger. Mon regard désorienté fouilla la table pour voir si je n'avais rien oublié. Des serviettes ? C'est que ça graissait fameusement les doigts, les pancakes, même si les miens étaient diablement allégés...

Lorsqu'il attrapa ma main, je le regardai comme si je ne comprenais plus rien à la vie. Sans doute que c'était le cas. Il m'assurait encore une fois qu'il allait mieux et j'avais tellement besoin d'y croire que j'essayais de me concentrer sur sa mine, sur les couleurs revenues sur ses joues et sur le ton de sa voix, bien plus apaisé. Dans mon désarroi, sa connerie parvint quand même à me faire glousser tout bas, sans que je ne le quitte du regard.

« Hé, j'aurai qu'à me cacher dans ta barbe. C'est risqué parce que t'es encore plus lubrique que les pervers aux jeans serrés...? »

Un sourire timide aux lèvres, j'attendis sans comprendre qu'il m'explique le fond de sa pensée, mes yeux interrogeant les siens. Je savais bien que c'était pas le dévergondage de mon pote que je devais craindre, malheureusement. Mais mon sourire disparu quand la réalité bouscula enfin mes pensées trop confuses. Les risques. « Oh... » Incapable de rien rétorquer, je soutins son regard quelques secondes avec hébétude avant de baisser les yeux. Je ne savais pas ce qui me troublait le plus. La confrontation un peu trop frontale avec ces trucs qu'il avait dit ? Cette popularité et ses cruelles conséquences auxquelles je ne pensais pas, comme un véritable con ? Lazlo s’inquiétait de façon si spontanée de ma protection que ses derniers murmures me laissaient sans voix, soumis à des émotions contradictoires.

Les gens savent. Cette prise de conscience me traversa comme un courant d'air frigorifiant. Les gens, putain, les gens. Cette masse anonyme et impitoyable qui ne pensait qu'à nous nuire. J'avais fait mine d'ignorer les mauvaises blagues de mes collègues, ceux qui avaient reconnu mon prénom à la télé. Il y avait sans doute plusieurs Mikkel à la Nouvelle-Orléans, qu'est ce que ça prouvait ? Rien du tout. Pourtant, ce matin, mon chef m'avait bien fait comprendre que mon manque de discrétion jouait contre moi et n'arrangeait pas les choses. Il en avait bien profité, ce gros porc, mais peut-être que j'avais eu de la chance d'avoir un chef aussi vicelard, dans mon malheur. Un autre que lui se serait contenté de me virer, au lieu de me faire passer sous son bureau... Soudain, dans l'enchevêtrement de mes pensées, une interrogation confuse s’immisça, comme une étincelle candide au fond de mes yeux. Si Lazlo savait, est-ce qu'il mettrait son poing dans la gueule du sale libidineux ?

J'avais redressé les yeux vers lui pour le contempler avec un vague ravissement, les émotions voltigeant dans mes prunelles dilatées. Mais il abandonnait déjà mes doigts et je restai là, paumé, me pinçant les lèvres sans réussir à articuler le moindre son. La force de la déception fut aussi lourde qu'une enclume, lorsqu'elle s'abattit froidement sur mes épaules. Est-ce qu'on ne pourrait plus jamais sortir ensemble ? Est-ce qu'on était désormais obligés de se cacher, même dans la rue, même si on se contentait de marcher innocemment ensemble, de parler, de rigoler ? Est-ce que même ces simples choses seraient de trop ? Je n'avais pas imaginé tout ça, je n'y avais tellement pas pensé... Passé la crise d'ado, j'avais appris à assumer ma différence et mon père m'y avait formidablement bien aidé. J'avais eu une chance incroyable d'avoir des parents aussi compréhensifs, autant Roman que Laura. Ils m'avaient rassuré, ils ne m'avaient jamais rejeté ni jugé et ils m'avaient aidé à supporter le regard des autres, aussi difficile soit-il. J'avais réussi à avoir assez confiance en moi pour ne jamais me cacher. Mais avec la prohibition et ce régime totalitaire, toutes les libertés si durement acquises pour la tolérance sexuelle avaient été bafouées. J'avais essayé de ne pas m'en faire, de m'adapter, de nager entre deux eaux et de me foutre de la gueule des dirigeants au passage. C'était drôle quand même et je n'avais jamais eu envie de réellement me cacher, les menaces ne m'effrayaient pas. Mais maintenant on ne rigolait plus... Plus du tout.

Lorsqu'il reprit la parole, Lazlo compensa mon silence par sa façon joyeuse de parler et pendant un moment, je nous voyais déjà faire nos valises pour nous embarquer vers une galaxie lointaine, très lointaine. Suivant des yeux la direction de son index, je compris alors où il voulait en venir et un rire nerveux me secoua alors que je ne pouvais pas m'empêcher de trembler, toujours soumis à cette anxiété extrême. « J'en dis que... ben, t'sais bien que j'ai jamais refusé de grimper au plafond avec toi. » Ma voix enrouée ne put que crachoter ces quelques mots, lui renvoyant un sourire craintif. Je savais que Lazlo possédait tout le toit de l'ancienne usine et que c'était là qu'il élevait ses pigeons voyageurs. Sans doute que ce serait très cool de s'y installer, sa façon de me le proposer donnait envie, en tous cas. Pourtant, je ne parvenais pas à envisager quoique ce soit de réjouissant et je ne pouvais qu'afficher un sourire aussi triste que désemparé en réponse au sien. « C'est cool pour la musique. De toute façon, j'suis pas fan des musiques actuelles, les hymnes à la gloire du gouvernement, c'pas vraiment mon truc. » On entendait plus que ça à la radio, des chansons infâmes, tellement soumises à la censure qu'elles en avaient perdu toute saveur. Bande de saligauds, ils nous avaient même volé la musique... Tous mes groupes préférés et les souvenirs heureux que j'associais à leurs chansons avaient été dissous dans le néant. La dépression m'écrasait tant le cœur que j'avais envie de chialer et la couleur de mes yeux pâlit, devenant d'un vert d'eau alors que les larmes les envahissaient.

Qu'est ce qui m'arrivait merde ? J'avais tenu le coup jusqu'ici et j'allais me mettre à pleurer devant Lazlo parce qu'on n'avait plus internet ? Le manque de came me terrassait et je baissais à nouveau les paupières, essayant de masquer mon trouble tant bien que mal. Mon regard s'arrêta sur ses doigts qui venaient à nouveau de cueillir les miens. Ses paroles m'arrachèrent un frisson malgré moi, un frisson qui naissait dans mon ventre et se propageait à tout le reste de mon corps, dans un agréable frémissement. « Si on s'emmerde hein ...? Charmeur. »

Certains mots dans certains circonstances avaient le don de me foutre mal à l'aise mais pour le coup, je ne savais plus ce que je ressentais exactement. Retrouvant son regard espiègle, je ne pus m'empêcher un infime sourire de briller entre mes larmes. Une vague de désir m'était tombée dessus à ses mots et une furieuse envie de m'emparer de ses lèvres me dévorait. Lorsque je sentis le tube de pilules dans ma main, mes sourcils se haussèrent avec hésitation avant d'y refermer ma paume. Est-ce qu'il avait senti que j'en avais besoin, moi aussi ? J'essayais pourtant de tout faire pour le cacher mais Lazlo était surprenant dans sa façon de réussir à me percer à jour. Souvent dans le passé, j'avais eu la sensation furtive qu'il savait mieux que moi de quoi j'avais besoin. Je le réalisais encore une fois en cet instant, alors que je serrais le tube de médoc dans ma main. Ne pas affronter la foule, rester avec lui. Goûter cette came ? Après quelques secondes d'incertitude, je finis par hocher la tête. J'avais aucune raison de refuser, même si l'injustice cruelle de notre situation me soulevait le cœur. Alors, j'essayai de puiser un peu d'enthousiasme dans le fond de ma carcasse, dans une profonde inspiration.

« Okay... Alors on décolle, space ranger. J'm'occupe de monter le ravitaillement. Prépare nos couvertures spatiales et la musique d'ambiance et c'est parti !»

Soulagé d'avoir réussi à contenir mes larmes même si mon ton aurait pu être plus vivant, je me détournai précipitamment pour partir en quête d'un plateau dans les placards. Je savais que je m'arrachais un peu trop brusquement à lui mais je n'arrivais pas à faire autrement. Une fois déniché, j'y déposai le tube de médicaments, ainsi que la bouffe avant de m'en aller farfouiller sous l'évier. Comme l'avait annoncé Lazlo, des bouteilles y traînaient en effet et je m'emparai de l'une d'elles pour la poser elle aussi sur mon plateau. Durant toute la préparation, je tournais le dos à Lazlo ce qui devait me permettre de me construire à nouveau un visage plus neutre. Il me semblait que j'avais réussi à retrouver un ton léger et détendu, juste avant que je ne sois pris au dépourvu par cette fusillade de pensées difficiles. Tant que les explosions ne dépassaient pas mon propre crâne, ça irait, mais j'avais pas envie que ça déborde, une fois encore. Il fallait que je fasse gaffe. Sans l'attendre, je me dirigeais vers la fenêtre qui permettait d'accéder aux escaliers de fer noir. Mon plateau entre les mains, je l'enjambai avec précaution pour ne rien renverser en dépit de ma nervosité. J'accédais ainsi au toit sans problèmes, gravissant les marches deux par deux, à grandes enjambées. Mes jambes me semblaient montées sur ressort, comme si l’électricité les parcourait, me contraignant à des mouvements brusques et saccadés.

Le vend tiède du dehors m'apaisa un peu. Il était encore plus généreux sur le toit, tout en haut de l'ancienne usine. Sans être violent, ce n'était qu'une brise qui me caressait le visage et faisait danser mes cheveux. J'avançai de quelques pas, appréciant le calme qui régnait dans cet endroit dégagé qui offrait une vue illimitée sur l'horizon, de tous les cotés. Lazlo m'avait déjà montré sa volière vite fait, mais je n'avais jamais eu l'occasion d'y rester bien longtemps. Pourtant, à présent que j'y étais, j'avais soudain la sensation de pénétrer dans un monde inconnu. Inconnu mais paisible. Mon état d'esprit me donnait l'horrible impression d'être oppressé par la multitude des ennemis qui m'entourait. Le trop plein de haine m'effrayait au point que je peinais à respirer, je me sentais étouffer dans une crise de panique qui n'avait plus de fin. Mais ici, il n'y avait personne en dehors des pigeons endormis qui roucoulaient doucement à mon arrivée. Je fermais les yeux deux secondes pour respirer avant de m'agenouiller pour poser le plateau sur le sol. Derrière moi, j'entendais déjà les pas de Lazlo qui faisait vibrer les marches de fer mais je ne me retournai pas immédiatement.

En silence, je m'agenouillais pour m'asseoir sur mes talons avant de ramasser le tube de pilules. Peut-être que c'était du poison. Peut-être que c'était un piège. Mais dans ce cas là, je n'avais pas envie que Lazlo soit le seul à en subir les conséquences. Et si je devais mourir avec lui, ce serait sûrement bien moins douloureux que de le perdre, une fois encore. Je ne tardais pas plus à l'ouvrir, faisant rouler un cacheton dans ma paume pour le gober, sans même un verre d'eau. Je n'avais pas pris le temps de vérifier le goût, ni même de le renifler. De toute façon, c'était trop tard, je verrai bien maintenant quels effets se feraient sentir. Ne sachant à quoi m'attendre, je me retournai enfin, abandonnant le tube à mes cotés.

« Il est cool ton toit... » Je me redressais pour accueillir le fameux space ranger, copilote de notre formidable vaisseau. En le voyant, je fus frappé encore une fois par la chance de pouvoir encore le regarder, bien en vie, alors que je l'avais cru mort, le cœur arraché par mon sosie... Dans la faible clarté, sa silhouette m'apparaissait, bien tangible, j’apercevais sa masse de longs cheveux qui entouraient son corps devenu un peu trop fluet. Lazlo avait abandonné sa grosse veste puante à cause de mon allergie et le vent faisant tanguer sa chevelure. Sans le vouloir, certains mots que je l'avais entendu prononcer me revinrent en tête et je regardais soudain ailleurs, stoppant mes pensées. C'était tout de même vachement... « Clair que t'as une fameuse piste privée, y'a de la place pour le décollage, ça tombe plutôt bien. » ... troublant. Je m'avançai vers lui, appréciant de réussir à distinguer ses traits, même dans la pénombre. Est-ce qu'il avait froid ? Les couvertures et les coussins ne seraient pas de trop mais il y avait moyen de très bien s'installer ici.

« T'sais, j'aurais bien aimé qu'on sorte mais c'est pas si grave... en vérité, j'suis plutôt fatigué ce soir. Si on était sorti en boite, j'aurai eu l'air d'un zombie et les gueux m'auraient aussitôt chassé avec des fourches et des torches enflammées, la loose totale. » L'image me parut marrante, étrangement, bien qu'à la fois, ce serait peut-être ce que je risquerais un jour prochain, en tant que honteux fornicateur sodomite. Et non, ça n'avait rien d'amusant. Mais la profonde tristesse dans laquelle j'avais sombré s'amenuisait, peu à peu. Soudain, je me sentais à nouveau capable de faire face aux problèmes avec plus d'optimisme.

Tendant les bras vers lui, je le déchargeais de ses fardeaux pour l'aider à les disposer sur le toit avant de nous y installer. « J'ai l'impression que je commence à me sentir un peu mieux moi aussi. Pas que j'étais mal, j'étais juste un peu... tendu. Mais tes médoc sont pas si mauvais que ça, on dirait. » Et si les pilules miracles calmaient mon mal de tête, je sentais aussi les battements de mon cœur devenir moins douloureux. A ce train là, peut-être même que je me sentirais tout à fait bien, avant même que Lazlo ait fini de manger ses pancakes. Au dessus de nos têtes, les étoiles brillaient plus fort que jamais mais je n'avais pas encore pris le temps de les observer. Ni la voie lactée, ni la ceinture d'Orion, ni la constellation du centaure que je n'aurais jamais pu reconnaître tout seul. C'était les étincelles de vie dans les yeux de Lazlo que j'avais envie de contempler. Celles qui brillaient quand il allait parfaitement bien, comme en cet instant. On ne risque rien tant qu'on est ensemble. Est-ce qu'il croyait vraiment en ce qu'il disait ? Doucement, je me rapprochai de lui, collant mon épaule à la sienne, comme deux astronautes prêts à s'envoler à bord de leur fusée, l'espace à leur portée, illuminé de milliards de galaxies à explorer. Si on n'avait plus que notre imagination pour voyager, je m'en contenterais, tant qu'il serait là avec moi...

« Et au fait. » Dis-je songeusement avant de tourner les yeux vers lui. « J'ai jamais eu la trouille des aliens, ni des p'tit gris ni des xénomorphes, faut que tu le saches. Surtout quand t'es là, à protéger mes arrières... » Un sourire éclaira mon visage avant que je ne vienne nicher mon visage contre son cou, dans un mouvement naturel. Mes lèvres contre sa peau lui soufflèrent dans un murmure. « Parce j'ai plus confiance en toi qu'en n'importe qui d'autre, copilote. »
 




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The Jackal comes, blood lust on his lips. He craves the dead, our lives in his grips. He's after our hearts, he'll chew and swallow. Blood pours from his mouth, our lives will soon follow. Death comes to those who wait, He feels this. Eyes wide. We try to run from our past, but the truth we cannot hide.


Spoiler:
 
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Crystalised || Mikkel

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