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 Winter Wonderland ~ Meadow

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SUCKER FOR PAIN

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↳ Métier : Chroniqueur pour The Mission / Leader d'un groupe de résistants extrêmistes
↳ Opinion Politique : Violemment anti-gouvernement
↳ Niveau de Compétences : Niveau 2 général, Niveau 3 en contrôle des ombres
↳ Playlist : ♫ Louis Armstrong - When The Saints Go Marching In
Rage against the machine - Killing in the name of
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↳ Citation : Qui a une maison n'en a qu'une, qui n'en a pas en a cent une.
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MessageSujet: Winter Wonderland ~ Meadow   Jeu 8 Déc - 19:16


« In the meadow we can build a snowman»



Cassidy & Noah
featuring

Des lumières vacillantes agrémentent l’atmosphère tamisée d'une salle au plafond orné d’arabesques dorées. Elles diffusent une clarté chaleureuse au travers des larges fenêtres de l'antique café, comme un appel sympathique dans cette soirée de décembre. Les volutes de fumée que j’exhale s’envolent derrière moi, ne laissant qu’une traînée sombre et amère. Ma cigarette au coin des lèvres, les poings enfoncés dans les poches d’un manteau élimé, j’agresse les pavés du trottoir d’une démarche énergique. A quelques mètres, j’entend au loin les éclats de voix grave et les rires épais qui s’échappent de ce bar, situé au bout de l'avenue, et je me représente déjà l’ambiance qui imprègne ces lieux rustiques. Une ambiance dont je profite de temps à autre, bien que le goût des breuvages me paraisse désormais insipide. Il m'est agréable de me souvenir que ce genre d'endroit existe encore. Un endroit où il est peut-être possible d'oublier un tant soit peu le climat de violence qui règne dans le monde, où des amis peuvent se retrouver pour profiter simplement du moment présent et se réjouir d'être en vie. Certains n'ont plus cette chance. Et alors que les nuages s'amoncellent au dessus de ma tête, alors que la température chute brusquement de plusieurs degrés, le souvenir de la froide prison s'impose à ma mémoire. Celle où l'un de nos alliés vient d'être impitoyablement jeté, après une sévère séance de torture. Trahi par un être sans scrupules qui a abusé de son statut pour le pousser à se confesser sous couvert du secret médical. D'une chiquenaude, j'envoie valdinguer mon mégot encore rougeoyant, qui s'échoue dans la poussière du caniveau. La double porte de bois noir se dresse devant moi, à peine entrouverte, et tandis que j’approche à grands pas, j'inspire profondément les différentes odeurs qui m’accueillent. Les odeurs de vie, les odeurs du présents, les odeurs qui sont bien différentes de celles des geôles. Dans le ciel, l'orage se rapproche insensiblement.

***

Moins d'une heure auparavant, j'étais invité dans le confort modeste d'une vieille masure aux murs défraîchis où demeurait l'une de mes recrues au sein du groupuscule de résistants. Une ex-recrue si j'en croyais ses paroles car elle venait de m'avertir qu'elle abandonnait abruptement son rôle, délaissant du même coup sa mission de ce soir. Cette décision subite m'avait alerté et, bien que mes préoccupations de ces dernières semaines se soient principalement focalisées sur les Hunter's Seasons et leur lot de catastrophes, je gardais un œil sur les actions de chacun des membres du groupe. Debout face à la créole, je la couvais d'un regard attentif, attendant avec patience qu'elle réponde à mes interrogations. La silhouette longiligne de Sonia était moulée dans une fine robe d’un rose pâle qui tranchait avec l’ébène de sa peau. Dans ses yeux ne planait qu’une infinie tristesse mais elle ne disait mot. Ses longs cils recouvraient son regard et le cachait à mon examen, dérobant ses prunelles où s’inscrivaient les couleurs de la peur. Pourtant, je la fixais avec une insistance implacable en dépit de ma bienveillance et du calme de ma voix. « Je sens sa présence, cette odeur âcre et piquante qu’il traîne avec lui. Ne me cache rien, s’il t’a menacé, je veux le savoir. »

En effet, des effluves rôdaient encore dans la pièce pauvrement meublée, trahissant le passage récent d'un être chargé d'une haleine alcoolisée. La sensibilité de mon odorat me permettait de repérer des odeurs subtiles et je savais fort bien à quel personnage abjecte attribuer celles-ci. L'amant de Sonia, alcoolique notoire, se montrait aussi lâche que brutal, battant sa maîtresse comme plâtre dès que l'envie lui en prenait. Comment cette résistante, aussi ardente que courageuse, avait-elle pu s'éprendre d'un tel salaud, je ne le comprenais pas, mais je craignais avant tout pour sa sécurité, inquiet qu'elle ne se fasse vendre aux autorités. Le visage fin de Sonia se voyait troublé par un malaise profond et je ne me doutais que trop des raisons de sa désertion. Sans doute son amant était-il présent ce soir, en train de cuver son whisky dans la mansarde. Avec douceur, ma main vint saisir le menton délicat pour redresser son visage et la forcer à me regarder en face. Elle m’offrit alors une réponse murmurée, de sa voix grave de contralto. « Il ne sait rien ou pas grand chose. Mais... il n'aime pas ça. Il ne répéterait rien de toute façon, j'en suis sûre mais mieux vaut que j'arrête tout. Je suis… désolée, si désolée, Cassidy. » J’acquiesçai, sans l'ébauche du moindre reproche. A quoi bon ? Si Sonia était éprise d'un salopard, c'était son problème. Mais si cet homme devenait un risque pour le groupe de résistants, cela devenait le mien. Quelques rapides informations m'avaient suffit et je m'étais dépêché de rejoindre le quartier est de la ville, pour la remplacer à ce rendez-vous.

***

La double porte s’ouvre devant moi, m’offrant la vue sur un ameublement chaleureux, une lumière tamisée et plusieurs tables où s’amassent quelques consommateurs paisibles. Le sang épais qui circule dans mes veines est pareil à un fleuve serein et ne suscite aucun tressaillement en mon âme tandis que je m'impose dans ces lieux, les mains en poches. Une musique pleine de vitalité inonde la salle, réchauffant les cœurs par sa légèreté. Le jazz est un style plein de spontanéité où l'improvisation est reine et où les musiciens dialoguent entre eux, dans une complicité délicieuse qui m'inspire un sourire. Ces mélodies me plongent souvent dans le passé lointain de ma jeunesse qui accueillit la naissance de ce style musical. Cependant, c'est bel et bien dans le présent que s'ancrent mes pensées tandis que je m'approche du comptoir au dessus duquel un petit téléviseur est installé, comme dans la plupart des bars. Le gouvernement impose la diffusion de ses images de propagande dans tous les établissements commerciaux et celui-ci n'y échappe visiblement pas. Bien que le son du poste soit au minimum, écrasé par la musique d'ambiance, les clients ne sont pas épargnés par les images des rediffusions cruelles des jeux, dont les souvenirs difficiles sont encore si vifs dans les mémoires. Ainsi, ce sont désormais les interviews des participants qui sont diffusées en boucle, adjointes à certaines scènes de choc les concernant.

C'est sans le moindre effort apparent que j'ignore le rappel de ces images, croisant le regard du patron dans un léger sourire.  « Bonsoir, dites donc, y'a du monde ce soir, c'est toujours comme ça ? » « Oh ça non ! C'est le premier soir depuis un bout de temps, vous savez, avec les jeux... » « Ouais, j'imagine ! Dites, j'ai un souci. Je remplace ma collègue journaliste qui devait interviewer un psychiatre ce soir mais je n'a pas pu le contacter pour le prévenir du changement. Si un docteur vous demande Sonia Chérie, vous pouvez l'envoyer à ma table ? » Le barman se met à rire, sans cesser d'essuyer ses verres qu'il range un à un devant lui et me répond d'un ton bonhomme. « Oh ça, il risque d'être surpris en vous voyant dans ce cas là, ! » Tu penses, je ne sais même pas son nom et il s'attend à voir arriver une gazelle aux longs cils, c'est un début assez prometteur pour une blague potache. Toutefois, après la sortie de mon article, le psychiatre rira beaucoup moins. L'accompagnant d'un rire sincère, j'échange encore quelques badineries avec ce brave type qui me désigne enfin un coin moins bruyant de la salle, un renfoncement, au-delà du comptoir, où des loges privées accueillent les amateurs d’intimité. Voilà la table idéale pour une interview, où nous profiterons de l'ambiance sans pour autant être gênés par les aller et venues des clients ni du bruit de leurs discutions.

Me laissant choir sur la banquette qui fait face au reste de la salle, je jette un regard à ma montre avant de sortir mon matériel de travail. Un calepin et un stylo sont mes seuls outils car je sais que bien des personnes répugnent à être enregistrées, la présence d'un micro ayant tendance à stresser ou simplement à rendre l'interview moins naturelle. Si mes notes me serviront à consigner les données les plus importantes, je fais pourtant davantage confiance à ma mémoire pour ne rien oublier. Car tout bon journaliste se doit d'offrir son attention pleine et entière aux expressions du visage, à la gestuelle des corps, à la posture et aux soupirs, tant de choses qui offrent bien souvent une mine d'informations pour qui veut bien les saisir. Je suis un peu à l'avance, ce qui me permet de méditer sur les raisons qui m'ont poussé à diriger Sonia vers cette piste. Un psychiatre délateur, à la solde du gouvernement. Beau sujet pour un article dans le seul journal libre de la ville. Tant de morts ont jonché nos chemins, tant de drames, de malheurs nous ont frappé d'années en années. Évoquer le pardon équivaudrait à banaliser ces actes et à mépriser la douleur qui les a accompagné. Voilà les premières lignes de mon article que je rédige déjà, sur une page vierge. Non, je ne suis pas prêt à excuser ce psychiatre qui a enfreint le secret professionnel pour dénoncer son patient aux autorités. Chacun est libre de choisir son chemin, chacun est maître du fardeau qu'il emporte sur ses épaules. Mais il faut ensuite assumer les conséquences de ses choix et en subir l'impitoyable contre-coup.

Redressant mon regard, je balaie la salle des yeux, jusqu'à ce qu'une silhouette se détache du reste et qu'un visage m'apparaisse soudain, comme un flash qui me cloue aussitôt à mon siège. Il ne s'agit que d'une apparition extrêmement brève, à peine une fraction de seconde, un éclair si fugace que je suis pratiquement sûr d'avoir eu la berlue. Fronçant les sourcils, j'attend avec une vague appréhension que les clients qui s’amassent devant le bar libèrent à nouveau ma vue. Peut-être suis-je devenu paranoïaque, à force de vivre constamment dans le danger, poussé à me méfier de tout. Ce n'est pourtant pas dans mes habitudes de m'imaginer des choses qui n'existent pas. J'aurais pourtant juré que cet homme brun… Non. Il lui ressemblait, rien de plus. J'expulse un profond soupir, incapable de même citer son nom en pensée. D'un geste machinal, je saisis le verre de mauvaise bière qu'un serveur a déposé sur ma table. Non-alcoolisée bien entendu, même l'odeur ne m’apparaît pas appétissante, aurais-je conservé mon goût pour les boissons qu'elle m'aurait parue tout aussi fade contre mon palais. Cette chope que je manipule rêveusement me donne pourtant l'air d'un type normal aux yeux des autres, tout en m'offrant l'avantage de m'offrir une contenance. On va estimer que c'est déjà très bien. Pourtant, alors que mon regard s'allume, une nouvelle fois, je manque de peu de renverser ma pinte quand le verre retombe brutalement sur la table. Cette même sensation fugace me surprend une nouvelle fois par son intensité, alors qu'une tête se détache du reste de la salle, faisant disparaître tout le reste. Je me refuse à y penser. Pas après tout ce temps à le chercher, à le maudire, à faire saigner cette plaie béante que je ne cesse de creuser avec acharnement. Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous qu'on ne sait pas lire. Et pendant que je me redresse, oubliant pour quelques instants ma mission, délaissant ma table, je m'attend à ce que la déception de m'être trompé se fracasse sur moi comme la foudre qui tonne dehors.



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MessageSujet: Re: Winter Wonderland ~ Meadow   Jeu 8 Déc - 21:12


Cassidy & Noah
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Les Jeux s'étaient enfin arrêtés, et avec eux, les affaires avaient repris de plus belle. Traumatisés par la violence constante des massacres diffusés à longueur de journée sur les téléviseurs, les patients s'étaient inscrits en masse à l'Adventist Hospital. Si bien que le service de psychiatrie l'avait quasiment imploré de reprendre sa place derrière son bureau, quand bien même il avait déposé un congé pour se remettre de ses propres tourments. Noah n'avait pas eu d'autre choix que d'accepter. Les psychiatres étaient rares, dans la Nouvelle Orléans. D'autant plus en considérant qu'il était leur chef, et se devait d'être présent pour ne serait-ce qu'aiguiller ses troupes. A contre-coeur, il avait cédé, et endossé à nouveau sa blouse blanche sous le regard approbateur de Liam. Ce dernier considérait que toutes les raisons pour qu'il sorte de son appartement étaient les meilleures. Toutes, sans exception. Reprendre sa vie, son cours habituel, et cesser de vivre dans l'amertume, seul avec pour tout compagnon que son chevalet. S'ils connaissaient tous les deux les raisons de cette fuite en avant, pour ne pas revenir sur son lieu de travail -au point que la majorité de ses séances avaient été reportées pour être faites dans le confort de son propre appartement-, ils savaient autant l'un que l'autre que ce n'était pas une alternative. Noah serait tôt ou tard obligé de revenir à l'Adventist Hospital. Ce n'était là qu'une occasion de lui mettre le pied à l'étrier, un peu plus tôt que prévu.
Et ça avait été une bonne idée.

Le tumulte, le chaos dans le service, avaient agi comme une influence cathartique sur le psychiatre. Pendant une semaine, il n'avait plus posé le pied, plus une seule fois, avant de retrouver le confort de son appartement, à la fin de journées par trop remplies. Les visages se succédaient, une quantité monstrueuse d'inconnus aux histoires toutes plus marquantes les unes que les autres. De nouveaux sujets, de nouveaux patients, de nouvelles informations à distiller au Gouvernement. Une manière comme une autre d'arrondir les fins de mois, s'était-il dit en glissant un de ses comptes rendus dans une épaisse enveloppe, avant de la déposer dans une des boites aux lettres anonymes disséminées partout dans la ville pour les informateurs zélés. S'il n'avait pas vraiment pour optique de travailler à nouveau avec Rafael, il savait que ne rien dire serait considéré suspect par le Chef des Renseignements. Et s'il ne faisait pas cela dans l'optique de rentrer à nouveau dans ses bonnes grâces, il savait que pour garder et son statut et sa position, il devait montrer patte blanche.
Un jour, les positions s'inverseraient. Un jour, Noah n'aurait plus à jouer les joyeux délateurs pour cette sombre ordure. Mais la pression que Morienval possédait encore sur lui était bien trop ferme. Et ce dernier avait résolument l'intention de le détruire, sur tous les fronts. Alors autant courber l'échine le temps durant. Jusqu'à ce qu'il trouve une nouvelle opportunité pour lui rendre au centuple le premier coup qu'il lui avait porté.

Enya. Son souvenir s'était un peu estompé, ces derniers temps, et la douleur avec. Noah savait pertinemment qu'il y avait un rapport de cause à effet avec la reprise de son emploi. La reprise des cours de sorcellerie avec Wiggins. La reprise de ses propres activités externes. A s'occuper autant les pensées par la vie, il n'avait pas le temps de penser à elle. Il n'avait pas même le temps de penser à lui-même. La tête gonflée, pleine, des témoignages de ses dizaines de nouveaux patients, il s'effondrait chez lui, dans son lit, et s'endormait la tête tout juste posée sur l'oreiller. Et s'il cauchemardait toujours autant, les chimères ne le réveillaient plus tant il était épuisé.
Comme par un coup du hasard, un heureux coup du hasard, une jeune femme s'était présentée dans son bureau peu après que la frénésie se soit calmée. Que les Jeux aient cessé, que le Gouvernement ait décidé d'abreuver la plèbe d'un nouveau discours haut en couleur et plein de miel. Longiligne, elle avait emprunté la raison habituelle de tous pour l'approcher. Puis avait exposé le véritable but de sa visite. Elle se faisait surnommer Sonia Chérie, un pseudonyme que Noah avait déjà eu l'occasion de lire dans le journal du Gouvernement. Elle était journaliste, et souhaitait écrire un article sur les prouesses du département psychiatrie de l'Adventist. Et quoi de mieux pour ce faire qu'interroger directement le responsable dudit service ? Après tout, ils avaient fourni un travail véritablement exemplaire, entre la gestion du service habituelle et la création d'une cellule de soutien psychologique suite aux Jeux. Une idée que Noah avait lancée en l'air et qui avait si bien ricoché dans les esprits des dirigeants qu'elle avait fini par être mise en place. Flatté qu'on reconnaisse son travail, Noah n'avait pas hésité. Il avait accepté l'interview, et ils avaient fixé un rendez-vous en retrait, dans un café confortable, pour un entretien tout aussi confortable. La belle Sonia, son regard de chat illuminé par une étincelle de malice, lui avait garanti que ses efforts seraient récompensés. S'il n'avait pas saisi le sous-entendu, le psychiatre s'en faisait toutefois une joie.


L'atmosphère était chargée d'électricité, par ce soir d'Hiver, alors que le sorcier rejoignait l'Old Absinthe House. Si l'heure n'était pas si tardive, la nuit avait déjà enveloppé la ville de son long manteau noir, tout juste illuminée çà et là par les lumières blafardes de quelques antiques lampadaires. Le pas pressé par le froid, Noah avait poussé la large porte à double battants. Une vague de chaleur et de brouhaha l'accueillit, lui léchant les sens alors qu'il évoluait avec un léger sourire jusqu'au bar. Il était pile à l'heure. Ôtant son écharpe de laine, le psychiatre jeta un coup d’œil circulaire à la salle. Les couleurs ocres et marron du lieu apportaient une chaleur supplémentaire aux environs, l'environnement parfait d'un petit cocon de confort en plein cœur de la Nouvelle Orléans. Des circonstances qui réchauffaient aussi bien son corps glacé que son vieux cœur. Avec insouciance, il attendit que le tenancier serve quelques badauds avant de s'approcher à son tour avec un sourire bienveillant.

-Bonsoir, je suis le Docteur Meadow. J'ai rendez-vous avez une jeune personne prénommée Sonia Chérie, se serait-elle signalée ?

Le tenancier s'esclaffa à la mention du prénom, sans que Noah ne comprenne en quoi cela puisse être drôle. En tout cas, en ce qui le concernait, il trouvait que l'allusion était particulièrement hilarante. Finissant par se calmer, il se pencha dans la direction du psychiatre, ses prunelles marrons luisant toujours des derniers éclats de son hilarité.

-Ah oui oui, *elle* est vraiment arrivée. *Elle* vous attend au fond de la salle depuis une bonne dizaine de minutes, même. Vous pourrez pas la manquer !

Un peu piqué, Noah lui jeta un regard amer. En quoi est-ce qu'il jugeait nécessaire de bien insister sur le "elle", comme ça ? Ce n'était pas comme si la jeune femme était tout sauf féminine. Avec un soupçon d'humeur, il commanda un café bien serré avant de se diriger vers l'arrière-salle, là où lui avait gentiment pointé le tenancier du doigt. Tendant le cou, il ne remarqua pas ses épais cheveux sombres, mais se dirigea toutefois d'un bon pas, son mug de café à la main, vers la table en question. Il n'allait pas laisser l'hilarité impromptue de l'homme briser sa bonne humeur. La journée avait été explosive, éreintante, mais la douce atmosphère qui régnait dans le café suffisait à lui redonner du baume au coeur. Tout comme la perspective de passer un moment agréable en charmante compagnie. Le nez baissé sur son mug pour éviter que ses pas, un peu trop énergique, ne fassent tomber la moindre goutte de café sur le sol, il remarqua qu'un homme s'était dressé à quelques mètres de lui. De la table d'où Sonia était supposée se trouver. Un pressentiment creusa un vide persistant, tenace, dans son estomac. Celui des mauvais coups, celui qu'il ne connaissait que trop d'un danger imminent. Trop concentré sur ses propres gestes pour voir clairement son visage, il prit place là où il était supposé s'installer. Jusqu'à ce qu'il finisse par lever les yeux vers l'endroit où Sonia, elle, était supposée se trouver. Mais ce n'était pas Sonia, non.

Ce regard perçant. Un regard aussi froid que New York et ses tempêtes glacées. Un regard aussi froid que cette morsure violente qu'il avait ressentie quand les voix s'étaient élevées contre lui, quand il avait dû errer dans la neige, seul, abandonné, par le propriétaire même de ce regard. Noah pâlit, confondu. Non, ce n'était pas possible. Ca ne pouvait pas être lui.

-C... Cassidy ?

C'était impossible. Impossible. L'homme l'avait abandonné, l'homme ne lui avait plus jamais donné signe de vie. Malgré qu'il l'ait appelé dans la tempête, malgré qu'il l'ait cherché à en mourir de froid avant de rebrousser chemin, se rappelant l'acidité de sa trahison. Avant que les derniers fuyards de la Ville Enneigée l'amènent avec lui dans leur migration, avant que l'apocalypse ait achevé New York, et la Vie, avec elle. Il l'avait cherché, même après l'avoir fui. Il avait même tenté d'entrer en communication avec son esprit, pour savoir pourquoi il avait pu lui faire ce qu'il lui avait fait. Mais en vain. Jusqu'à arriver à la cruelle révélation que l'homme n'était autre qu'un traître, bien vivant. Et qu'il l'avait réellement abandonné.
Et il se trouvait là, devant lui. Incapable de dire quoi que ce soit, le psychiatre sentit l'ironie de la situation le frapper en plein visage. En plein coeur. S'il s'agissait d'une blague, elle était particulièrement de mauvais goût. Pire. Elle était affreusement douloureuse. Et si sa première réaction fut de se relever dignement pour esquisser un pas vers la sortie, dans le but de le fuir une nouvelle fois, il finit par s'arrêter. Par prendre sur lui, par puiser toute cette colère qu'il avait toujours sentie revenir par pulsations à chaque fois qu'il repensait à cette période. Par puiser la force nécessaire pour le confronter, quitte à l'achever.
Il n'avait pas cette possibilité avec Rafael. Mais Cassidy, lui, était comme lui. Un escroc fini, un traître, celui qui avait connu toute sa vie et l'avait utilisé jusqu'au bout. Les voix des badauds insouciants tout autour de lui s'engorgèrent d'éclats de rire. Peut-être qu'elle était là, sa chance, au final. Celle d'enfin lui cracher tout son fiel à la figure, celle de le détruire avec tout ce qu'il savait de lui. Tout ce que sa mémoire pourtant fuyante ne parvenait pas à oublier.

Ses yeux verts teintés de haine, il prit sur lui et se rassit, enroulant fermement ses mains autour de la tasse. Pour ne pas les serrer autour de sa gorge. Pour contenir le brouhaha diffus d'émotions qui l'envahissait, laissant des parcelles de son énergie filer à travers ses pores. Electrisant l'air tout autour de lui. D'une voix basse, courroucée, il attaqua.

-J'ignore à quel jeu malsain vous êtes en train de jouer, Valdès, mais je ne suis pas sûr de vouloir y prendre part. Où est la journaliste ? A moins qu'elle ne soit une de vos complices. Ce qui ne serait pas étonnant, venant d'un traître comme vous...

Il y avait eu tellement de fois où il avait voulu lui parler, ne serait-ce que pendant quelques minutes. Ne serait-ce que pour comprendre. Des scènes qu'il avait jouées encore et encore dans son esprit, lors de trop longues nuits d'insomnie. D'agonie. Un souvenir aussi cuisant, aussi douloureux que la trahison de Rafael. Que l'abandon d'Azzura. Et toujours les mêmes questions qui revenaient, quel que soit son scénario imaginaire.

-Pourquoi, Valdès ? Si votre réponse n'est pas convenable nous n'avons rien à faire ensemble, et je prends la porte aussitôt.

Ses doigts serrèrent la tasse avec encore plus d'intensité. Il ne savait pas ce qui le retenait encore ici, à vrai dire. Pourquoi il restait malgré qu'il sache que cette entrevue n'apporterait rien de bon. Strictement rien. Sinon la frustration extrême de ne pouvoir revenir en arrière pour effacer les incompréhensions, cette malheureuse confiance aveugle, entière, qu'il avait accordée à cet homme.
Son âme, qu'il avait accordée à cet homme.
Le regard toujours aussi mauvais, il scruta Valdès. Il avait vieilli, lui aussi. Ce qui n'était pas étonnant, en considérant que trois ans s'étaient passés depuis qu'il l'avait laissé dans l'embrassade blanche et glaciale de la tempête new-yorkaise. Et s'il avait toujours ce port, cette allure léonine qu'il avait toujours arborés, il n'avait plus le même regard. Pour autant, il n'en restait pas moins un traître.
Et Noah était convaincu que si jamais la confrontation ne lui convenait plus, il prendrait ses jambes à son cou, le noierait dans une illusion et s'échapperait séance tenante de ce maudit piège. Sa journée avait été assez fatigante comme ça pour devoir subir les attaques d'un fantôme venu tout droit du passé.

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MessageSujet: Re: Winter Wonderland ~ Meadow   Jeu 15 Déc - 16:25


Cassidy & Noah
featuring

Mon instinct ébranle mes sens exacerbés alors que je ressens le changement dans l’atmosphère de la salle qui se dote de cette nouvelle présence. C'est un être surnaturel qui vient d'entrer, un être qui possède une puissance assez considérable pour en imprégner l'air ambiant. Je le ressens avant même de le voir de mes yeux, avant même que sa silhouette ne m'apparaisse. Les informations que m'apportent mes pouvoirs glissent sur moi toutes à la fois mais aujourd'hui, je les maîtrise suffisamment pour les distinguer les unes des autres et saisir les plus importantes. Cet homme dont je n'aperçois encore que le sommet de la tête, dissimulé derrière ce groupe de gens, cet homme dont je ressens si intensément l'énergie invisible… je ne pourrais le confondre avec aucun autre. Mais alors que je me redresse, que je me concentre pour humer l'air et analyser ces effluves, je n'ose pas croire en mes propres sens. Une angoisse irraisonnée me pousse à douter de moi-même, à me méfier de possibles hallucinations en dépit de mon caractère cartésien. Quelques pas m'éloignent de ma table où j'ai abandonné mes notes à coté de ma chope, épiant cette silhouette qui se détache enfin du groupe pour venir à ma rencontre. La salle est vaste mais je me sens incapable d'évaluer la distance qui nous sépare alors qu'il s'avance, le visage baissé. La chevelure brune se détache à peine des ombres et des lueurs qui dansent au grès des lampes vacillantes, mais cette démarche est la même. Et lorsque les multiples signes de son identité me sautent aux yeux, je me sens soulevé par un sentiment de joie qui m'arrache un sourire muet. La force me manque pour m'élancer vers ce frère que je croyais perdu à jamais et je ne m'autorise pas encore à croire en ce soulagement qui m’inonde de le voir là, bien vivant devant moi. Contraint de fermer les yeux un moment, je m'attend presque à ce que cette apparition n'existe plus lorsque je les aurai ouvert.

Combien de fois, n'ais-je pas cru l'apercevoir autrefois, lorsque j'errais dans ces terres dévastées et balayées par le blizzard… Repoussé par les rafales neigeuses, le corps engourdi par la morsure du gel, l'esprit harassé par le poids de la fièvre. Celle-ci troublait assez mes sens, agressé par la fatigue et les privations de tant de jours de marche dans le froid polaire. Assez pour que j'en vienne à délirer en confondant les mirages avec la réalité. Mais pourtant, cette fois, mes yeux ne me mentent pas, pas plus que mes nouveaux pouvoirs qui me permettent de saisir son aura, comme je n'ai jamais pu le faire auparavant. Et lorsqu'il me croise sans réellement me voir, le regard toujours si concentré sur son mug, j'écrase un soupir fébrile, le voyant me dépasser pour aller s'installer à ma table. Je l'y rejoins comme un automate, reculant de deux pas pour mieux lui faire face, le front plissé et incertain. Vaguement troublé qu'il ait choisi de s'installer à cette place précise, je ne fais pas immédiatement le lien avec mon rendez-vous de ce soir. Je n'ai guère le temps de m'interroger sur cette tension impalpable, cette prémonition désagréable qui accroît un malaise flottant. Nos regard se croisent enfin et c'est avec la gorge nouée d'émotion que je l'entend prononcer mon prénom, auquel je répond par un hochement de tête. Les mots se bousculent dans mon esprit, trop nombreux pour réussir à les ordonner, aussi je m'abandonne à un moment de silence pour me rassembler. Pourquoi l'a-t-on dirigé vers cette table ? Je n'ose y croire, une fois encore, désemparé par ces retrouvailles que j'espérais depuis si longtemps et qui me sidèrent dans cette situation.

Mais déjà, il se redresse dans l'ébauche d'un départ qui me fait tressaillir, le retenant d'une voix encore enrouée et trop basse. « Noah, attend... » J'ignore s'il m'a entendu ou si une toute autre raison l'a poussé à se rasseoir mais c'est dans un léger souffle que je me laisse retomber sur ma banquette. Nous voilà face à face, la lueur orangée d'une lampe venant se poser sur nos fronts dans cette ambiance chaleureuse où les rires des autres se mêlent à la musique. Cette alcôve où nous nous trouvons n'abrite cependant que des décharges haineuses qui corrompent notre air, en opposition totale avec le cadre. Cette discordance m'est douloureusement perceptible et ne fait qu'accroître mon malaise ainsi que la sensation d'avoir le cœur écrasé. Alors, il prend la parole et la froideur cinglante qui teinte sa voix m'agresse, comme une lame enfoncée puissamment dans un organe vital. Mes yeux se plissent alors que je fixe les siens, choqué par ce ton glacial et méprisant qu'il n'a jamais utilisé avec moi et auquel j'étais si loin de m'attendre de sa part. Choqué tout autant par la confirmation de mes craintes qui me donnent la sensation que quelque chose se brise en mille morceaux au fond de moi, comme un verre brisé en éclats coupants et douloureux. A quoi aurais-je dû m'attendre ? Je ne sais pas. Mais rien n'aurait pu me préparer aux répercutions que ces salves fielleuses provoquent en moi. Si je me suis bien souvent imaginé le retrouver, dans un espoir insensé qui m'a poussé à ne jamais abandonner mes recherches, je me suis certes attendu à des heurts. Pourtant, je n'ai jamais cru qu'ils m'atteindraient avec tant d'intensité… Ses accusations n'animent qu'un rictus désenchanté sur mes lèvres alors que la douleur prend feu aussitôt dans mes entrailles pour se muer en colère. Une envie sauvage me prend aux tripes, celle de retourner la table aussitôt pour me débarrasser du seul obstacle qui m'empêche de me jeter sur lui pour le démolir ! L'amertume est si puissante en cet instant qu'elle me dépasse, luisant dans mes yeux comme la glace d'un iceberg. Je tente pourtant de me contenir, le fixant sans ciller, tandis que mes mains posées à plat sur la table se crispent contre le bois.

« La seule réponse convenable serait celle de vous foutre mon poing dans la face, Dalmazio. » Et je ne sais ce qui me retient de le faire. Alors que je fulmine, contenant ma colère dans une voix basse et posément articulée, pour m'adapter avec cynisme au ton écœurant qu'il a emprunté lui-même. Si je domine encore l'envie de lui faire durement ravaler ses paroles, je ne sais combien de temps je tiendrai, l'écrasant du regard. Conscient des témoins qui nous entourent, je conserve ma maîtrise, penchant légèrement le corps vers lui, sans cesser de le regarder droit dans les yeux. « Vous resterez assis là, jusqu'à ce que j'ai pu en terminer avec vous. Ce serait trop simple de fuir encore, comme un lâche. » Si ces provocations ne suffisent pas à le convaincre d'affronter la discussion, je me prépare à le rattraper par la force s'il fait mine de se redresser encore. Je le dévisage tout en remâchant ses paroles pendant quelques secondes. Le dégoût se lit dans mon regard alors que je fais face à cette atroce réalité, celle de son statut, de ce rôle qu'il joue désormais au sein de cette société corrompue. Cet être abjecte que je me préparais à rencontrer n'avait pas encore d'image précise dans mon esprit mais lui assigner celle de Noah me consterne. La déception me donne la sensation de sombrer dans un gouffre où la rancœur pourrait m'étouffer. Il ne mérite rien de moins que cette distance méprisante qu'il a lui-même instaurée avec ce vouvoiement et que je poursuis, par dépit, ravagé par un mélange de chagrin et de colère.

« Alors c'est donc ça… vous êtes ce fameux psychiatre. Ça ne devrait pas m'étonner au fond, n'est-ce pas ? »  Je m’écœure moi-même par ces mots, dictés par mon amertume. Cette insinuation à son passé de prêtre qu'il m'a lui même laissé apercevoir par le biais de ses illusions me vient pourtant si naturellement. Tant son rôle actuel est semblable à celui de son passé. Mais je me moque bien d'utiliser le même mépris alors que la colère me brûle. « C'est assez ironique de se faire insulter de traître par un salaud dans votre genre. Et vous avez encore le culot de demander des explications .» En ce moment, ma honte et mon amertume sont si cruellement profondes quand je songe aux sacrifices que j'ai subi en le recherchant ! Tout ce que nous avons vécu est souillé désormais… et c'est la mort dans l'âme que je contemple un ennemi devant moi. Un sorcier assez puissant pour que son énergie vibre dans l'air avec plus de force que l’électricité de l'orage au dehors. Un être que je sais capable de manipuler mon esprit avec une facilité sidérante, non seulement par la puissance de ces capacités, mais par son total manque de scrupules. Il n'est pas dans mes habitudes de courber l'échine et je ne désire pas plus que mes émotions personnelles troublent ma raison. Il faut immédiatement me reprendre et voir les choses en face. Je suis venu ici pour recueillir des informations sur un délateur qui a causé l'emprisonnement et la mort d'un résistant et sans doute de bien d'autres personnes.

Ma voix s'élève à nouveau, sans la moindre douceur tandis que je lui assène mon ordre. « Si ce jeu là ne vous plait pas, c'est bien dommage mais c'est trop tard. Restez assis. » Je ne peux risquer qu'il utilise ses pouvoirs contre moi et ne s'échappe, avant que nous ayons pu parler. Aussi, c'est sans tarder que je concentre mon énergie psychique, la faisant rouler dans mon corps, dévalant dans mes veines à la manière d'ombres sinueuses. Je les sens valser comme des lanières glacées, des ondes qui se propagent hors de moi et s'évadent pour envahir notre loge, s'enrouler en spirale et tourbillonner. Elles virevoltent pour créer un vortex qui attire vers lui toutes les particules de magie environnantes. Elles s'y dirigent aussitôt, comme des paillettes scintillantes de poussière dans un rayon de lumière. Si je ne suis pas assez puissant pour annihiler l'entièreté des pouvoirs magiques de ce lieu, je me concentre exclusivement sur les dons d'illusionniste du sorcier. Ceux-ci sont arraché aussitôt de sa peau, les aspirant avec brutalité pour les faire disparaître au creux des ombres qui les dévorent aussitôt. Rien de visible en apparence et seul le concerné pourra ressentir cette capture violente d'une part de sa magie.

Lorsque je me redresse sur mon siège, la faim me tenaille plus que jamais et ce vide s'inscrit dans mes yeux, où vacillent encore les ombres. Cet appétit cruel ne me laisse aucun répit depuis que la malédiction m'a frappé. Et si je tente de la dominer de mon mieux, j'ai toujours énormément de mal à me sentir rassasié. Pire encore lorsque je déploie autant d'énergie en usant de mes pouvoirs. Pire encore, lorsque l'aura chatoyante de Noah brille avec tant d'éclat dans ses iris d'un vert si lumineux. L'envie me tenaille plus que jamais d'envoyer valser cette table qui le protège encore de moi et m'empêche de lui tomber dessus. Qu'il fasse le moindre geste et je ne pourrai plus me retenir de fondre sur lui et de laisser libre court à mes envies dévorantes. J’enchaîne alors, éludant délibérément les problèmes personnels qui nous opposent pour me centrer sur la raison de ma venue dans ces lieux. Ce sont des réponses brutales à ses questions concernant ma complice, qu'il a qualifié si crûment de telle, comme si ma présence ne pouvait forcément que corrompre cet interview à laquelle il aspirait pourtant fortement, d'après Sonia. Un homme orgueilleux m'avait-elle dit, sans avoir le temps de préciser davantage. « Je suis le journaliste qui remplace Sonia ce soir, pour votre plus grand malheur. Et dans le papier que je compte rédiger à l'issue de notre entretien, je ne risque pas de vous frotter dans le sens du poil, j'en ai bien peur. Que l'interview commence donc. Première question, Dalmazio. Quel effet ça fait de profiter de son statut pour trahir ses patients ? » Je l'écrase d'un regard dénué de toute chaleur, lui offrant un genre d'entretien bien différent de celui que je comptais mener. Il m'est inutile de tenter d'amadouer le psychiatre par des questions détournées car mon but n'est plus d'écrire quoique ce soit mais de comprendre… pourquoi lui… pourquoi en est-il arrivé là ? Et si mon ton est agressif, en dépit du timbre encore contrôlé de ma voix, je ne cherche peut-être que l'occasion de m'abattre sur lui pour de bon, les mains déjà agrippées à la table. Et le dévorer.

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MessageSujet: Re: Winter Wonderland ~ Meadow   Ven 16 Déc - 1:31

Time

La tempête faisait rage. De ses bourrasques acérées, elle achevait de ratisser toute dernière once de vie qui puisse encore exister dans les tréfonds de cette ville déjà bien trop morte. Les grêlons se mêlaient à la pluie fine, neige fondue, neige solide, s'abattant sans relâche sur son dos alors qu'il fouillait les décombres avec fébrilité. Alors que les larmes sur ses joues gelaient progressivement, et pourtant ne cessaient de vouloir continuer de ruisseler encore le long de leurs propres sillons. Sa gorge le brûlait d'avoir trop crié. Son coeur le serrait douloureusement, saisi dans l'étau des maux bien réels de son corps, comme celui bien trop douloureux de l'abandon. Ses mains couvertes d'engelures, il ne les sentait pas plus que ses propres lèvres trop gercées, desquelles s'échappait sporadiquement un filet de sang. Mais le pire c'était cette douleur. Celle d'avoir tant perdu en si peu de temps. Celle de ne pouvoir pas le retrouver alors qu'il avait fait demi-tour, dans l'espoir ridicule de ne plus se séparer de lui.
Il l'avait appelé, encore, encore. Jusqu'à ce que la neige s'effondre, l'effondre, et qu'on le ramasse pour le ramener chez les vivants. Mais il avait laissé des morceaux, là-bas, à New-York. De petites parcelles d'âme éparpillées au gré du vent.


La blessure était toujours bien trop vive, bien ouverte, il s'en rendait parfaitement compte. Celle de l'avoir tant cherché, Cassidy, d'avoir appelé son esprit pendant des semaines, pendant des mois, avec le désespoir du damné. Celle de n'avoir jamais réussi à le joindre, menant à la cruelle réalisation qu'il n'était pas mort. Pas porté disparu. Juste un traître, comme tous les autres, juste un de ces innombrables êtres qui avaient croisé son chemin, s'étaient servi de lui pour le jeter plus tard. Et pourtant, pourtant une part de lui-même avait continué de croire que ce n'était pas la vérité. Qu'il pouvait être là, quelque part, à le chercher aussi. Qu'une fraction infime de tout ce qu'ils avaient pu partager en prison, ce lien étrange, fugace, qu'ils avaient entretenu au fil de leurs illusions, était toujours là. Cette même fraction de lui-même qui avait décidé de changer son nom définitivement pour Meadow, un souvenir lointain et pourtant heureux, que des inconnus lui rappelaient à chaque fois qu'ils s'adressaient à lui. Douce nostalgie qui embellit les choses, qui adoucit la trahison. Meadow. Sa nouvelle identité dans ce bas monde, la seule qui ait jamais réellement valu quoi que ce soit.

Et l'homme qui l'avait baptisé se trouvait présentement devant lui. Ce même homme qui était tout aussi surpris, tout aussi méfiant, agressif, que lui-même. Alors c'était à ça qu'ils devaient s'attendre, l'un et l'autre. A du mépris, à une nouvelle guerre ouverte entre deux hommes qui fussent frères, qui étaient égaux, et qui maintenant ne pouvaient qu'être ennemis. C'était du moins la pente que Noah avait prise sans même s'en rendre compte, la colère aveuglant cette infime fraction de lui-même qui n'en croyait rien. L'amertume de la trahison de son compagnon d'infortune noircissant chacune des paroles, chacun des sourires qu'il aurait pu lui adresser. Car non, ce n'était pas ce qui était prévu. Dans aucune des scènes qu'il avait jouées dans son esprit, ce cas de figure se présentait. Celui où Cas reviendrait pour s'improviser son bourreau, une nouvelle fois, dans cette nouvelle vie qu'il lui avait offerte sans même s'en rendre compte.
Les doigts crispés sur son mug, le regard profondément ancré dans les yeux perçants de son ancien partenaire, il l'étudia. Il y avait toujours cette lueur paradoxale, pleine de vie, qu'il avait toujours vue dans son regard, quand bien même il était maintenant droit et accusateur. Il y avait toujours cette pommette un peu saillante, cachée sous cette barbe qu'il ne lui avait jamais vue. Il y avait toujours la courbe léonine de son nez, il y avait toujours la droiture de son front, contre lequel celui du sorcier avait pu se reposer. Une sensation fantomatique qu'il aurait voulu retrouver, avant. Avant de réaliser que tout n'était que supercherie. Avant de réaliser que Cassidy ne valait pas mieux que les autres.
Quand bien même, dans certains de ses scénarios oniriques, ceux où ils se retrouvaient, il avait pu poser de nouveau son front contre le sien, comme avant, avant de sombrer une dernière fois dans la lumière de leurs illusions.

Mais le Cassidy qu'il avait en face de lui était tout aussi plein de fiel et de colère que lui-même. Et son ton autoritaire ne cessait d'irriter les sens déjà trop alertes du sorcier. Qu'un homme comme lui parle de traîtrise, parle de lâcheté, alors que tout était de sa faute, quel culot. Qu'il ose lui faire des remontrances alors que c'était lui, ça avait toujours été lui, qui l'avait poussé à fuir. Qui ne l'avait pas défendu. Un sourire acide, mauvais, s'étira sur les lèvres ourlées de Noah alors qu'il jetait un regard en biais à son interlocuteur. L'entendre parler comme ça était risible. Le psychiatre allait rétorquer mais n'en eut pas l'occasion, car déjà Cassidy l'attaquait directement.
Un coup bas, directement dans les actions mêmes de Noah, qui le déstabilisa. Qui le blessa bien plus qu'il n'aurait pu l'admettre. Un éclat de douleur traversa ses grands yeux verts, juste l'espace d'une seconde. Ainsi c'était ça. Ainsi ils en étaient réduits à cela, s'attaquer sur leur propre vie, une vie qui avait foutu le camp quand bien même l'un comme l'autre la connaissaient parfaitement. Une attaque qui ne ressemblait pas au Cassidy de son souvenir, cet homme tout en droiture. Une attaque que lui-même, malgré toute son amertume, n'aurait pas osée. Par respect, un respect peut-être ridicule, sûrement ridicule, de ce qu'ils avaient pu avoir par le passé. Mais à quoi s'attendait-il, au juste ? A rien de plus. La voix légèrement enrouée, tant de courroux que de cette once de douleur à peine perceptible, il ricana.

-C'était un coup bas, même pour vous. Et vous avez bon dos de me sermonner, Valdès, quand vous ne valez au final pas mieux que moi.

La froideur appelait la froideur. La colère appelait la colère. L'amertume couvrait aussi fort la douleur que la tempête new-yorkaise avait pu le faire. Et pourtant, il cherchait. Il y aurait tôt ou tard une faille qu'il pourrait exploiter pour faire céder son interlocuteur, des mots de trop, de travers, des mots qui avaient bien plus de sens qu'il n'aurait voulu l'entendre. Il attendait. D'une main fébrile, il porta son café à ses lèvres, juste pour les y tremper. Le breuvage était toujours brûlant, autant que cette flamme qu'il voyait grimper toujours plus dans les yeux de son ancien ami. De son ancien frère. De...
Dans un grincement de dents, il consentit à rester. Ce n'était pas pour obéir à son injonction. Ce qu'il avait appris dans le courant de ces dernières années, c'était qu'il était son propre maître. Qu'il avait dû se construire de lui-même, se recréer de toutes pièces pour survivre. Alors ce n'était pas Valdès qui lui apprendrait ou lui ordonnerait quoi que ce soit. Et surtout pas maintenant. Pour le faire taire, il serra ses doigts autour de son mug, canalisant cette énergie qu'il sentait s'échapper de ses propres pores. Cassidy parlait de traîtrise, et nécessitait probablement qu'il lui rafraîchisse la mémoire. Ce serait un mal nécessaire. Alors, se concentrant, il rassembla sa puissance en le laissant déblatérer.
Avant de sentir comme une nouvelle force lutter contre la sienne. Une force au delà des mots, une sensation que Noah fut incapable de décrire. Plus il rassemblait sa puissance et plus cette dernière s'enfuyait de son propre corps, inexorablement attirée hors de lui, comme si une force inconnue l'aspirait. Une sensation qu'il n'avait jamais connue, qu'il était incapable d'expliquer, et contre laquelle il était incapable de lutter. Pourtant c'était ce qu'il faisait, alors qu'il observait avec horreur les filaments de ses propres pouvoirs s'envoler, indiscernables à l’œil non aguerri, vers une sorte de gouffre sombre dans sa vision périphérique. Au terme d'un effort interne trop important, il observa les derniers rayons épars de sa propre magie achever de s'envoler, le laissant aussi perplexe que déboussolé.
Avant que le vide, cette fatigue sans précédent ne s'abatte sur lui. Un vide lancinant, effroyable, celui de s'être fait voler une partie de lui-même si profondément ancrée dans sa chair que maintenant qu'elle n'était plus là, il avait la sensation de ne plus être qu'une enveloppe dénuée de substance. De ne plus être qu'un homme, à nu, devant l'immensité de la haine de son ancien compagnon.

-Que.. Que m'as-tu fait... ?

Profondément ébranlé, pris d'un frisson jusqu'aux tréfonds de ses propres os, il posa un regard profondément perdu sur Cassidy. Sa voix était toute aussi fragile que le reste de son corps. Son esprit s'embrouillait tant de colère que d'incrédulité. Mais maintenant, il n'était plus le sorcier le plus puissant de ces lieux. Il n'était plus même un sorcier.
Un concept paradoxal pour lui, qui n'avait jamais eu que ça comme fierté et comme bouclier. Une injure qui agrandit la blessure déjà béante, avec une ironie si brutale qu'il eut du mal à la saisir. C'était donc ça. Ils en étaient donc rendus là. Vide. Il se sentait si vertigineusement vide. Déglutissant lentement, il ouvrit sa paume sur la table. Se concentra pour tenter de tirer une illusion du bout de ses doigts, juste pour s'assurer qu'il en soit encore capable. Mais rien ne se produit. Et la tête lui tourna affreusement.

Comme si ce n'était pas suffisant, Cassidy s'était redressé. Comme si ce n'était pas suffisant, il lui prouvait qu'il était maître de la situation comme des lieux. Comme si ce n'était pas suffisant, il lui volait une nouvelle fois sa dignité en plus de tout le reste. Quand bien même une fois dépouillé de lui-même, il ne restait plus grand chose. Dans un regain de dignité, Noah toisa son adversaire. Il aurait dû se méfier. Mais il avançait dans un terrain si inconnu que même ses propres fantasmes n'avaient pas été assez imaginatifs pour imaginer une scène pareille. Valdès avait rouvert la bouche, et se proposait d'achever de piller les restes de son humanité. Prononçait un nom si lointain qu'il en était devenu inconnu. L'écho d'un passé qui ne lui appartenait plus, d'une identité qui n'était plus la sienne. Et pourtant la brûlure qu'il perçut dans son cœur, elle, fut bien réelle.

-Si tu tiens à t'adresser à moi et à me poser des questions, autant que tu t'en tiennes à ma véritable identité, Cassidy. Tu risquerais d'induire tes lecteurs en erreur, en m'appelant Dalmazio. A moins que ta culpabilité ne t'empêche de prononcer une nouvelle fois ce nom.

Son ton courroucé, sombre et bas, s'était naturellement teinté de cet accent Italien qu'il parvenait habituellement à retenir. Mais quelque chose, ce soir, l'en rendait incapable. Et pas seulement cette colère qu'il sentait glisser dans son sang, à nouveau.
S'il était aussi disposé à faire cette interview, ce n'était plus le cas de Noah. Il ignorait par quelle prouesse son ancien compagnon avait réussi à annihiler tous ses pouvoirs, mais il ne partirait pas sans les avoir récupérés. De toutes façons, il avait d'autres questions à poser à Cassidy, lui aussi. Notamment la plus simple, celle à laquelle ce dernier avait été incapable de répondre : pourquoi ?
S'accrochant avec l'énergie du désespoir à sa propre hargne, le sorcier plongea une nouvelle fois son regard dans celui de son ancien ami. Ses doigts avaient rejoint la surface lisse du mug, l'effleurant de leur pulpe, alors qu'il se penchait vers lui, imitant son allure. Imitant cet éclat d'agressivité qu'il voyait sourdre au fond de ces prunelles autrefois si chaleureuses, mais maintenant emplies d'une violence qu'il n'avait jamais connue.

-Je n'ai strictement aucune idée de ce à quoi tu peux faire allusion. Mais toi, quel effet cela te fait-il d'abuser une nouvelle fois de ma confiance ? Tu excelles tant en la matière, après tout.

N'était-ce pas ce qui était en train de se produire, réellement ? N'était-ce pas là une feinte, une nouvelle feinte, pour réussir à le détruire un peu plus comme la fois précédente ? Car tous les éléments concordaient pour que Noah croie en sa propre théorie. L'annulation de ses pouvoirs, quand bien même le sorcier était incapable de l'expliquer, était une énième preuve de la vilénie de celui en qui il avait autrefois placé une confiance aveugle. Une bouffée de nostalgie, douloureuse, pinça son cœur, serra sa gorge alors qu'il interrogeait toujours aussi durement Cassidy du regard. Cette petite fraction de lui dans son cœur qui continuait de demander pourquoi était encore trop présente. Trop douloureusement présente.
Et sa tête résolument trop lourde. Dans l'effort de faire taire cette déception croissante, le sorcier but une gorgée de café. Le breuvage réchauffa son corps un tant soit peu, juste ce qu'il fallait pour qu'il se fasse la réflexion que si l'entretien tournait au vinaigre, il pouvait toujours le lui jeter en pleine figure pour faire diversion. Attendu qu'il trouve une solution pour récupérer la pleine jouissance de ses pouvoirs. Mais pour cela il aurait besoin de temps. De trouver la faille. Une chance pour lui qu'il soit encore suffisamment échaudé pour continuer d'attaquer à l'aveuglette, attendant de trouver l'angle le plus parfait.
Et s'il n'avait plus ses pouvoirs pour se cacher, il avait toujours la violence de cette déchirure, bien réelle, dans son âme. Il avait toujours le froid mordant de New-York, qui tempêtait sous ses boucles brunes avec la même ardeur que par le passé. Passé que Cassidy avait éludé avec un tel déni qu'il ne pouvait qu'être une faiblesse. L'angle idéal pour attaquer, quand bien même Noah savait qu'il s'y blesserait sinon plus, au moins tout autant.

-Il paraît que les criminels reviennent toujours sur les scènes de leurs crimes. Tu ne fais que confirmer l'adage, avec ta présence en ces lieux à la place de ta "collègue".

Collègue, alliée, complice, quelle différence ? Noah soupira. Baissa les yeux en secouant lentement la tête, rompant le contact oculaire pour se pincer l'arrête du nez entre le pouce et l'index. Le mal de tête provoqué par la perte de ses pouvoirs lui donnait la nausée. A moins que ce ne soit l'ironie renouvelée de ses propres paroles. Même en étant convaincu de la traitrise de Cassidy, il ne l'aurait jamais cru malsain au point de lui écraser sa méprise en plein visage. Et encore moins après toutes ces années.
Son accent était aussi fracturé que son cœur était lourd. Chaque vide provoqué par l'absence de ses pouvoirs se gonflait d'une colère acide mêlée de déception. Et le regard qu'il reposa dans les yeux de Cassidy luisait de ce bouillonnement d'émotions contraires, entre l'envie de fracasser son mug sur sa belle gueule et celle de faire éclater cette douleur que sa vision ravivait. Un regard rompu, dépassé.  
Une illusion aurait été tellement plus simple. Tellement plus efficace. Mais il n'avait plus que les mots pour défense. Mots qui sortirent doucement, l'Italien suave haché, tranché, par ce brouillard de sentiments dont il ne voyait pas la fin.

-Tu sais, je rêve encore de cette nuit. Je les entends toujours, les éclats de conversation, alors que je revenais de ramener du bois pour le feu de camp. J'entends encore tes acolytes te demander clairement s'il valait mieux m'étrangler ou me poignarder. Te le demander à toi, en qui j'avais pleine confiance. Mais je ne vois pas une once de remord dans ton regard. En as-tu seulement éprouvé ? En es-tu seulement capable, ou est-ce que ton but en ce bas monde n'a jamais été que de te servir de moi ?

Pourquoi posait-il même la question, alors que tous les éléments concordaient déjà pour lui apporter la réponse ? Car s'il s'en tenait aux faits, et rien qu'aux faits, à la manière dont Cassidy l'avait amadoué à nouveau par le biais de Sonia pour l'interview, ce n'était que la répétition de ce qui s'était déjà produit par le passé. Un cycle perpétuel où l'homme noyait sa confiance pour l'attirer dans ses filets, le consommer, et le recracher moribond dans la neige.
Il la sentait, là, présentement, la neige de New York. Il retrouvait la sensation de sa morsure au fond de ses os, malgré l'ambiance toujours aussi chaleureuse qui régnait tout autour d'eux. Et s'il savait que c'était un mal nécessaire pour gagner du temps, pour trouver l'occasion de retrouver ses pouvoirs et foutre définitivement le camp, il était obligé de passer par là. Il s'en remettrait. Comme avant. Pour se réchauffer, ses doigts s'enroulèrent autour du mug de café, dont le contenu refroidissait doucement. Pourtant la chaleur, bienvenue, lui donna un regain de combativité. Un regain de cette colère qui se laissait tantôt terrasser par l'amertume de la déception, tantôt revenait de plus belle, irisant ses souvenirs de ce magnifique éclat douloureux.

-Si tu as encore ne serait-ce qu'une once de respect vis à vis de moi, et malgré tout ce que tu m'as fait, rends-moi mes pouvoirs.

Un impératif. Une supplique. Une injonction. Une plainte. Celle de lui rendre ce qui faisait de lui qui il était, ce qui avait fait d'eux ce qu'ils avaient été. La seule chose qui lui restait de son passé, à part ce nom, ancien, Italien, qui sonnait faux dans la bouche de Valdès. Dans la bouche de n'importe qui.
Ce nom qui remplaçait le vrai, son nom d'adoption. Le nom que lui avait donné cet homme qui, si profondément ancré dans ce cycle perpétuel de destruction, lui refusait à présent jusqu'à ce dernier éclat de dignité. D'affection.
Meadow.



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SUCKER FOR PAIN

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MessageSujet: Re: Winter Wonderland ~ Meadow   Jeu 5 Jan - 15:22


Cassidy & Noah
featuring

Combien il m'est douloureux de saisir que mes attaques ont fait mouche et qu'elles provoquent cruellement l'effet escompté. Mais je ne veux pas m'attarder sur cette fêlure qui fait vaciller les prunelles du psychiatre, ne l'a-t-il pas amplement mérité ? Ma colère me rend suffisamment insensible pour ne pas me laisser apitoyer et ce coup bas, comme il l'appelle, ne trahit pas la moindre culpabilité sur mon visage. Mais si mon expression est fermée et dénuée en apparence du moindre regret, je me sens dévasté intérieurement. Contraint par cette situation aussi effroyable que déconcertante à ce jeu de rôles sordide, mes paroles me paraissent prononcées par un autre. Jamais je n'aurais pensé m'adresser à lui en ces termes, avec tant de froideur, de distance et de mépris. Jamais je ne me serais cru capable d'utiliser ses confidences pour le piquer. Cette façon d'être n'est pas la mienne et m'inspire un sourd malaise car je sais, je sais que ce sont mes émotions qui me transforment malgré moi. Elles accroissent ma propre rancœur avec bien plus d'intensité que je n'aurais jamais pu le prévoir, elles me dépassent complètement et je me sens démuni par cette scène dans laquelle nous sommes si tragiquement opposés. Pire encore lorsque je lui arrache sa magie avec une férocité cruelle, conscient de la douleur que ce rapt lui infligera alors même que je le fixe au fond des yeux. Je suis bien placé pour savoir ce que la perte de pouvoirs occasionne en terme de vide et de souffrance... Le voilà à ma merci désormais et je me fais l'effet d'être un monstre infâme lorsque je perçois l'extrême fragilité qui luit dans ses yeux verts et s'imprime sur son visage. Privé de ses dons de manipulation, il ne pourra pas déformer la réalité à mes yeux. Mais cette sécurité est-elle vraiment ma seule motivation ?

Une vague de sadisme enrobe mon cœur d'un simulacre de joie malsaine qui étire mes lèvres insensiblement, le laissant s'empêtrer dans son désarroi. Voilà un juste retour des choses ! Qu'il souffre mille morts ! Qu'il se perde comme je l'ai été moi, seul dans les étendues gelées, blessé et terrorisé ! Je devrais me réjouir, oui, me complaire du spectacle de sa douleur, de sa fragilité face à la perte de ses pouvoirs alors qu'il esquisse ces gestes en pure perte, étouffé par ce vide sans comprendre ce qui lui arrive ! Ma mâchoire se crispe, mes poings se resserrent et lentement j'expulse un soupir. Sa manière de s'adresser à moi m'a écrasé le cœur car son désarroi est tel qu'il en a perdu ses manières méprisantes, retrouvant le tutoiement avec une spontanéité désarmante. Le regard qu'il me renvoie me donnerait l'envie de fracasser la tête du salaud qui l'a fait souffrir, ironique ressenti qui me frappe... Ces yeux verts, ce visage que je n'avais plus contemplé depuis si longtemps et que je cherchais avec tant d'obstination. Je me hais de le voir souffrir autant. « Inutile de te fatiguer, j'ai capturé ta magie. » Aucun plaisir ne se ressent dans ma voix, trop asséchée.

Pourquoi suis-je incapable de profiter de cette vengeance alors que ce n'est que pure justice ? Mon amertume se mêle à la colère contre moi-même, parce que je ne me sens pas mieux à le voir ainsi et qu'au contraire, mes entrailles se nouent devant sa propre déchéance.  Nous en sommes là, à nous toiser, face à face, contenant tant bien que mal nos émotions dans ce lieu public, même si nos corps sont penchés l'un vers l'autre, prêts à s'écorcher mutuellement par nos salves accusatrices. Sans doute est-il lassé lui aussi de feindre une distance entre nous et c'est avec un soulagement dérisoire que je l'entend m'appeler par mon prénom... Comme si cela pouvait changer quoique ce soit à cette colère mêlée de peine qui m'a envahit ou à cette rancœur qui nous oppose. Si sa voix est basse, si ses mots sont imprégnés de reproches, je ne peux faire autrement qu'être touché par cet accent qu'il retrouve et me ramène des années en arrière, à l'époque où il peinait à acquérir l'anglais de New York. Une légère incompréhension se marque dans mes yeux quand il me parle de sa véritable identité. Pourquoi dit-il cela... ? Bien-sûr, je ne peux faire autrement que songer à ce surnom que je lui donnais, un surnom qui s'associe à l'affection profonde que je lui vouais... Un léger trouble me fait ciller bien que je me refuse à me laisser attendrir. Les lèvres pincées je secoue doucement la tête en silence, étudiant son regard, le mien brillant d'un espoir infime, cherchant à décrypter sa sincérité quand il m'assure ne rien comprendre à mes accusations. J'aimerais le croire sur parole, que dieu m'en soit témoin, j'aimerais tellement le faire ! Mais nos sources sont fiables et si Noah est bien le psychiatre que Sonia devait rencontrer, alors... L'idée qu'il me mente effrontément ne fait qu'accroître la fureur qui bout dans mes veines et plus encore lorsqu'il rebondit avec de nouvelles injures qui m'agressent par leur douloureuse injustice. Le voir feindre le plus total détachement est en train de me pousser hors de mes gonds et mon corps entier se tend, le fixant d'un regard noir quand je m’exhorte à me maîtriser.

« Crois-tu vraiment en ce que tu dis ? Je ne sais ce qui me retient de te faire ravaler tes paroles en même temps que ton foutu café ! » Ma voix est basse, pleine d'une fureur contenue alors qu'il se plaît à enfoncer le couteau dans la plaie, ressassant encore et encore cet abus de confiance dont il s'est senti victime. Pourquoi devrais-je me justifier alors qu'il m'a déjà jugé et condamné ? Ma fierté m'interdit désormais de lui offrir la moindre explication, dans une obstination butée que je me refuse à reconnaître. Il semble si sûr que je ne suis qu'un traître comme il me le répète encore et encore, comme une musique obsédante qu'il jouerait avec sadisme. Tout cela pour me distraire de ma motivation première, cette enquête sur le psychiatre délateur. J'enrage de songer qu'il cherche à me tromper et ma voix gronde, toujours assez basse pour que personne d'autre que lui ne m'entende. « N'est ce pas facile de te complaire dans le rôle de la victime, alors que tu envoies tes patients à la mort ? Des patients qui comptaient sur ton soutien et que tu as trompé, que tu as dénoncé aux autorités ! Crois-tu vraiment qu'en m'affublant du rôle de bourreau, ma culpabilité me fera oublier tes propres crimes ? Tes talents de manipulateur sont assez larges pour te passer d'illusions, tu peux être fier de toi à ce niveau. Les abus de confiance, bon dieu... tu me bats largement dans ce domaine. » J'inspire profondément avant d'ajouter, d'un ton désabusé. « Mais c'est vrai, tu ne sais pas à quoi je fais allusion. Tu es donc parfaitement innocent de ce dont je t'accuse. » A quoi bon poursuivre, je sais qu'il n'avouera jamais rien et je suis conscient que mes manières brutales ne s'y prêtent pas. Mais comment aurais-je pu faire autrement que de lui cracher abruptement ces vérités au visage ? Je n'aurais pas pu ni voulu le manipuler, pas comme j'aurais pu le faire avec qui que ce soit d'autre, par des questions insidieuses de journaliste. Tout projet d'interview est mort dans mon esprit au moment même où je l'ai aperçu devant moi. Comment pourrais-je jamais écrire quoique ce soit contre cet homme ? Je n'arrive pas à m'imaginer agir contre lui de cette manière. Le problème qui nous oppose est personnel et dépasse de très loin le cadre du journal...

Quand il reprend parole, la détresse qui s'échappe de tous les pores de sa peau me transperce et lorsqu'il me vole son regard, je ne ressens pourtant rien de faux ou de surjoué. Et il me faut bien avouer amèrement que je n'ai jamais douté de sa réelle souffrance, en dépit de mes paroles précédentes. Et je suis désemparé de l'entendre à nouveau évoquer ce jour maudit où je l'ai perdu, ce jour où la neige a étouffé la chaleur de notre amitié pour laisser place au déchirement. Doucement, mon corps perd de sa rigidité pour reculer et m'adosser à la banquette, promenant mon regard sur notre table avant de revenir à la recherche du sien, qui m'échappe encore. Son insistance me donne soudain la sensation étrange qu'il n'attend que mes dénégations et qu'il souhaite en réalité être détrompé... Suis-je en train de divaguer ? Je suis moi-même trop chamboulé pour le savoir. Je secoue la tête dans un soupir, me murant dans le silence un moment, alors qu'il reprend parole dans une demande dont le ton me fait frissonner. Mes paupières se ferment, la mort dans l'âme avant que je ne retrouve ses yeux clairs. Si ma voix est plus douce et si mon regard a recouvré plus de chaleur, mon ton n'en est pas moins inflexible.

« Non, je ne te rendrai pas tes pouvoirs. Je ne veux pas prendre le risque que tu m'échappes encore une fois.» Qu'il aille au diable avec son respect ! Nous voilà dépossédés d'illusions tous les deux et si je souffre de lui infliger une telle sentence, une part de moi-même en est odieusement satisfait. « Que tu le croies ou non, je n'avais pas prémédité de te piéger ce soir. J'ignorais que c'était toi le psychiatre, Sonia ne m'avait pas donné ton nom. De toute façon, je ne connais pas ta nouvelle identité et... je supposais que tu te faisais toujours appeler Dalmazio.» Inutile d'épiloguer là dessus davantage, mes lèvres se ferment sur cette dernière phrase. J'enrage contre moi-même d'être si stupidement troublé quand je songe à cette histoire de surnom, j'ignore même pourquoi je le suis, d'autant plus que lui a sûrement déjà oublié cette anecdote depuis longtemps. Je soupire à nouveau avant de m'emparer nerveusement de ma chope pour boire une gorgée de ce liquide qui pour moi est si fade et sans aucun goût. Un simple leurre pour me donner l'impression d'apaiser cette sécheresse dans ma bouche et cet appétit tenace qui me hante et m'inspire des pulsions d'une violence telle qu'elle m'effraie moi-même. Cette gorgée ne change rien et je m'humecte les lèvres, douloureusement. « Tu me reproche d'être un traître, un criminel, un insensible incapable de remord. Tu es loin du compte. » Je ne suis plus un être humain. Je ne sais même pas si l'on peut dire que je suis encore vivant. Je ne suis qu'une ombre, une ombre qui plane au dessus de toi et qui pourrait bien arracher ta vie si je ne me retenais pas de toutes la force de ma volonté...

J'hésite à balancer mon verre, pour extérioriser cette rage qui ne me lâche pas et qui me pèse si lourdement, j'aimerais que les choses soient différentes mais c'est trop tard à présent, trop tard pour que nous puissions revenir en arrière. Il est persuadé que je l'ai abandonné, que je ne suis qu'un salopard, tout juste bon à se servir de lui avant de le jeter comme un kleenex. Et je suis trop en colère pour prendre la peine de m'expliquer ou de le détromper ? Ses reproches valsent dans ma tête, se répétant encore et encore jusqu'à ce que mon front trop lourd me paraisse sur le point d'exploser. J'étais décidé à me concentrer sur cette enquête que je devais mener, savoir la raison pour laquelle il était mêlé à cette histoire sordide de délation. Je ne voulais sûrement pas le laisser transformer les choses pour me placer dans le rôle de l'accusé, contraint de se défendre. Je n'ai rien à me reprocher, aucune raison de ressentir la culpabilité ou les remords qu'il m'accuse de ne pas ressentir ! Et pourtant... pourtant, même si cette réalité me dévaste, je ne peux m'empêcher de penser qu'il a raison et que je lui dois des explications. Pourquoi refuser de répondre si réellement je ne m'en veux pas ? Bon sang Meadow, si seulement tu savais combien de nuits j'ai passé à rêver de tout ça... Mon verre est brutalement reposé sur la table.

« Oui, je me suis servi de toi. » J'assène cette sentence d'un ton abrupte, le regardant droit dans les yeux. Voilà ce qu'il voulait entendre, voilà l'amère vérité qui pourra le conforter dans cette haine qu'il me voue désormais. Et je la lui offre de manière crue alors que mes propres mots créent un gouffre dans ma carcasse, le cœur douloureux et plus lourd qu'une enclume. « Tes dons d'illusionniste étaient un atout inespéré pour mes plans d'évasion, je n'avais jamais rencontré de sorcier aussi puissant que toi dans ce domaine, il aurait été ridicule de ne pas profiter d'une telle aubaine. » D'autant plus qu'il paraissait si fragile, perdu dans ce monde qu'il ne comprenait pas, dépendant de ma protection dans l'univers violent et impitoyable de la prison. Le regard que je pose sur lui à présent se remplit des images de mes souvenirs et je superpose le visage un peu plus jeune du Noah du passé sur celui d'aujourd'hui. La confiance totale qui s'inscrivait dans ses yeux magnifiques, le désarroi et la peur qui s'effaçaient sur ses traits lorsqu'il me souriait. Cette expression douloureuse qui habille ses traits me donnait autrefois l'envie de me battre pour l'aider et c'est cette même sensation qui me serre le cœur lorsque je le regarde aujourd'hui, remplissant mes yeux de cette chaleur oubliée. « Les autres voulaient te tuer, tu les as entendu en effet. C'était une bande de racailles mais ils avaient eux aussi leur rôle à jouer pour que notre plan fonctionne. Je ne pouvais pas m'opposer à eux, pas avant que nous soyons sortis. Ces gars là étaient des brutes, on ne peut prendre des types comme ça de front, je devais gagner du temps. » Je secoue la tête, détestant cette sensation d'être en train de me justifier. Ma fierté me défend d'insister tout comme elle me poussait à l'époque à lui dissimuler l'angoisse que je ressentais durant nos préparations d'évasion, l'angoisse qu'il lui arrive malheur. Je devais me montrer sûr de moi pour conserver le respect des autres, tout autant que pour les rassurer. Ma vie de criminel m'a habitué à côtoyer le milieu des malfrats et des crapules en tous genre, je savais comment ils fonctionnaient, Noah n'aurait pas compris lui... « Tu es arrivé au beau milieu de la conversation et les choses ont dégénéré. Ensuite tu as pris la fuite et cette foutue tempête de neige me piquait les yeux... j'ai essayé de te suivre mais il était trop tard. »

Je m'interrompt avant d'en dire davantage. N'aurais-je pas l'air pitoyable en lui avouant la démesure de mes recherches ? J'aurais la sensation de me rabaisser au niveau d'un misérable plaintif, pleurant sur ses souffrances ! Jamais il ne saura que j'ai offert jusqu'à ma vie pour le retrouver. Jamais il ne saura ce que j'ai enduré pour lui, lui qui m'en veut si cruellement, lui qui m'assaille de reproches et de rancœur. Sans doute est-ce ma propre colère et mon amertume qui me poussent à lui en vouloir de me juger si durement, alors que toutes les apparences sont pourtant contre moi. Dans une obstination furieuse, je me rend vaguement compte que j'aurais souhaité qu'il devine la vérité, qu'il me fasse confiance aveuglément quoiqu'il se passe, qu'il lise la vérité dans mes yeux sans que je n'aie rien à lui dire. Comme autrefois, lorsque les paroles étaient superflues et que nos pensées et nos émotions nous reliaient par le biais de nos illusions. Cette perte de notre lien, de notre passé, de mon âme propre, m'inflige un nouvel assaut de rage alors que je reprend, d'un ton plus dur, écartant d'un geste brusque cette maudite tasse qu'il manipule comme si nous étions dans un foutu salon de thé ! « Pourquoi te plaindre de mon manque de remord alors que tu t'es arrangé pour éviter d'être retrouvé ? En me fuyant, en changeant ton nom ! » Sans que je ne le veuille, ma main s'est refermée sur son poignet, motivé par une pulsion qui me dépasse et me fait l'écraser de ma poigne en un étau implacable. Son odeur, son aura, sa vie me sont si alléchantes... et je happe malgré moi quelques particules de son énergie, aspirant ce fluide invisible qui me fait tant envie. C'est lui dont je veux me nourrir, non seulement pour apaiser cette faim constante qui me tenaille, mais par une envie inconsciente de le ramener vers moi.


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MessageSujet: Re: Winter Wonderland ~ Meadow   Ven 6 Jan - 2:25


Il aurait dû se fier à son instinct, à cette sensation dans son estomac, et rebrousser chemin quand il en avait eu l'occasion. Une occasion qu'il avait repoussée d'un mouvement de main, qu'il avait loupée et qui ne risquait plus de pouvoir se représenter maintenant. Une occasion manquée comme tant d'autres, qui, de l'aveu même de Cassidy, lui avait coûté ses pouvoirs. La stupéfaction du sorcier s'était accrue, en même temps que la déchirure, que le vide que provoquait la perte totale de ses propres capacités. Comment avait-il fait une chose pareille ? Aucun sorcier de sa connaissance n'était capable d'annihiler complètement les pouvoirs de ses pairs, et il était certain qu'il ne s'agissait pas ici d'une illusion. Il aurait pu être en train de rêver. Mais même si rien ne faisait de sens, aujourd'hui, il était certain qu'il ne s'agissait pas là d'un rêve. Non seulement Cassidy était bel et bien vivant, mais il était aussi devenu une menace pour lui-même. Une menace qu'il avait toujours été, se laissait-il à pense, quand bien même il n'y aurait jamais cru en d'autres circonstances. Mais les faits étaient tous bien là. Cassidy en avait après lui, Cassidy avait l'intention de l'abattre pour faits de trahison, Cassidy avait absorbé ses pouvoirs.
Cassidy pourrait si facilement le tuer. Il l'avait déjà fait, figurativement, une première fois, et il pouvait très aisément le reproduire. Et l'expression sur ce visage pourtant si doux, si ouvert, un visage qu'il n'avait jamais connu qu'empreint de chaleur à son égard, laissait parfaitement comprendre le message. Cassidy était venu le détruire. Comme avant.

Comme à chaque fois. Noah aurait dû s'en douter, rien n'aurait pu bien se passer. Aucun des scénarios qu'il avait pu imaginer lors de ses longues nuits sombres ne s'achevait sur une note positive, aucune de ces scénettes ne terminait sur une réconciliation potentielle. Ils étaient voués à se déchirer, continuellement, sans espoir de salut. Tel était le fardeau que lui avaient montré chacune des étincelles d'imagination qui avaient reconstitué les différentes situations dans lesquelles ils auraient pu se retrouver. Comme Rafael, Cassidy était un de ces frères qu'il avait plus aimés que la vie elle-même. Un de ces compagnons inestimables auxquels il avait confié non seulement son âme, mais aussi son coeur. Le premier n'était finalement pas si différent du second. Des frères de coeur, des frères de sang, des âmes soeurs, vouées à le démolir entièrement de seconde en seconde. Toujours plus. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus que des cendres.
L'analogie était si intense que pendant une seconde, Noah se demanda s'il n'y avait pas une relation possible entre les deux hommes qui avaient arraché l'un et l'autre des pans entiers de son existence. Rafael avait commencé à attaquer tout ce qu'il tenait comme acquis, tout ce qu'il avait de plus cher. Il aurait très bien pu retracer les pas de Noah pour trouver Cassidy, et le mettre sur son chemin. Il en aurait été parfaitement capable. Et Valdès étant le traître qu'il était, aurait parfaitement pu accepter de jouer le jeu de Morienval. Il aurait été un atout de choix pour Rafael, en vérité. Une arme plus efficace que tous les poignards, plus mortelle que tous les poisons. Parce que cet homme, Noah était incapable de le haïr profondément. Réellement. Parce que cet homme détenait encore, même après tout ce temps, les derniers fragments de son humanité entre ses paumes. Fragments qu'il s'attelait à détruire par sa seule présence, sa seule respiration, cette seule manie qu'il avait de guetter le regard que le sorcier se refusait à lui accorder.

Comme pour conforter son hypothèse, les accusations de trahison claquèrent dans l'air tout autour de lui. Suffisamment basses pour n'être entendues que de Noah seul, elles lui semblèrent quand même avoir autant d'intensité que s'il les avait hurlées. Des accusations fondées sur des pseudo informations qui, quand bien même elles étaient fondées, étaient trop poussées pour n'avoir été que glanées par un réseau d'informateurs zélés. Se murant dans son mutisme, le sorcier se refusa de croiser le regard de son bourreau. Chacune de ses accusations tombait si juste qu'elle ne pouvait que lui avoir été soufflée par Rafael Morienval, et pourtant. Pourtant il y avait ce vibrato dans sa voix, cette colère sourde, indignée, qu'il n'aurait pas du avoir s'il s'attendaient déjà à une telle traîtrise. Un vibrato que Noah connaissait bien, qu'il avait déjà entendu à plusieurs reprises des années en arrière, en prison. Celui d'un homme sincèrement affecté par sa propre colère, par une colère justifiée. Mais s'il s'attendait réellement à lui extorquer le moindre aveu, quand bien même il pouvait ne pas être, au final, envoyé par ce traître de Morienval, ce n'était pas la bonne méthode. Noah ne dirait rien.
Il n'avait, de toutes façons, rien à lui dire.
Si seulement il n'avait pas rebroussé chemin pour se rassoir face à lui. Si seulement il avait poursuivi sa progression, si seulement il s'était enfui de ce nid de vipères quand il en avait encore l'occasion.

Sans surprise, sa requête essuyait un refus catégorique. S'il s'était rendu compte, un peu trop tard, que sa demande avait été teintée de bien plus d'émotion qu'il ne l'aurait voulu, la violence de ce refus ne le choqua pas. Il s'y attendait, après tout. Cassidy avait toujours été comme cela, depuis qu'il le connaissait. Un homme droit dans ses bottes, ferme dans ses convictions. Même si un rictus s'étira sur les lèvres du sorcier. Jusqu'où était-il ferme, toutefois ? Parce que s'il avait vendu ses services à Morienval, il n'était, finalement, pas aussi digne qu'il prétendait l'être. Une prétention qu'il poursuivait jusqu'en lui mentant effrontément. Alors comme ça, il n'avait pas prévu de le confronter ? Mensonge. Alors comme ça, il ne savait même pas comment il s'appelait ? Mensonge, mensonge !
Un mensonge prononcé avec tellement d'aplomb qu'il provoqua une vague d'indignation dans tout son corps, qu'il attisa une nouvelle fois la colère que Noah ressentait. Une colère profonde, si profonde qu'elle lui donnait envie de se lever. L'envie de lui jeter sa tasse de café dessus, celle de le frapper avec le contenant vide. Celle de lui hurler son nom en lui arrachant la langue avec les doigts, s'il le fallait, pour qu'il soit si bien ancré dans son esprit qu'il ne puisse qu'en ressortir. Qu'il ne puisse prononcer plus que ça, ce nom qu'il lui avait donné, ce nom qu'il avait si bien teinté d'opprobre, de honte, de douleur. Ce nom si doux qui avait des sonorités de champ de bataille, à présent que son mensonge venait de l'entacher, lui aussi. Si seulement il avait ses pouvoirs. Si seulement il n'était pas démuni à la moitié seule de lui-même, il lui montrerait. Il lui apprendrait. Le regard sombre, bas, son rictus malveillant s'étira sans qu'il n'en ait conscience. A la douleur avait cédé la rage. Une colère si profonde qu'elle n'était ni blanche, ni noire, mais bien rouge. Et si les émotions l'avaient tourmenté quelques instants plus tôt, il avait décidé dès à présent de les faire taire.

-Parce que tu es capable de reconnaître tes erreurs, alors que tu as décidé de me mettre au pilori comme un vulgaire criminel ? Quelle grandeur d'âme !

Noah le savait, il ferait mieux de se taire. Dans cette situation, il n'était pas maître, n'avait aucun contrôle. Cassidy l'avait. Et pourtant, malgré toute sa grande assurance, malgré tout ce formidable mépris et cette immense prétention d'être supérieur à son comparse, Noah décela comme une fracture. Une énième, à peine perceptible, dans son regard. Peut-être l'avait-il rêvée. Peut-être la désirait-il, surtout, au fond. Une fracture qui prouverait que ce n'était qu'un masque. Que tout était faux. Que Cassidy n'était pas un monstre, n'était pas ce traître qu'il avait toujours voulu croire qu'il puisse être. Une volonté prisonnière d'années de silence, qui hurlait au fond de son âme pour que son ami ne soit pas ce qu'il était supposé être. Qu'il ne l'ait pas abandonné, qu'il ne l'ait pas utilisé, qu'il ait été sincère. Aussi sincère que Noah avait pu l'être en lui offrant tout ce qu'il avait jamais eu de plus cher : ses souvenirs.

Et ce fut cette misérable volonté, cet espoir innocent, enfantin, qui cueillit l'affreuse vérité. Une vérité abrupte, violente, à laquelle Noah ne s'était pas suffisamment préparé. Un aveu aux allures de poignard dans le coeur, si simple, qu'il n'avait en vérité jamais voulu apprendre. Jamais entendre.
C'était vrai. Valdès s'était toujours servi de lui. Il le savait, au fond. Mais il avait toujours refusé d'y croire, depuis des années. Depuis la tempête, depuis les hurlements, depuis sa fuite. Depuis les sourires, depuis les illusions, depuis ces moments fugaces, fusionnels, d'une ravissante simplicité, où leurs illusions ne faisaient plus qu'une. Que les mots refusaient leur son au profit du sens, que les paroles n'étaient que futilités devant les images. Mais Valdès venait de tout détruire. Resserrant ses doigts, il avait achevé d'écraser les derniers fragments d'humanité qu'il tenait dans sa paume, laissant voler en éclats le dernier espoir auquel Noah se raccrochait. Il se croyait prêt à tout entendre, même ça. Et pourtant. Pourtant il pouvait l'entendre, le bruit de son âme qui achevait de se fracturer. Il pouvait la sentir, la morsure du poignard qui s'enfonçait d'un coup net dans son cœur. Il pouvait sentir le goût métallique du sang dans son palais, pouvait sentir ses yeux le brûler alors que son regard s'embrumait. Alors qu'il se sentait à nouveau aussi perdu, désœuvré, et seul, si seul, qu'il l'avait été lors de cette nuit.
Si seul. Si seul. Hurlant seul dans la neige sur les vestiges d'une amitié bien trop complète, bien trop intense, sur le vent qui emportait les dernières bribes de ses émotions contraires. Hurlant un seul prénom dans le vacarme de la fin du monde. Ses mains tremblaient, sous ce froid qui revenait, à mesure que Cassidy s'épanchait sur l'horrible vérité. A mesure que ses mots s'improvisaient poignards, de nouveau, tranchant les derniers pans de sa dignité, achevant ses espoirs, annihilant ses illusions. Achevant d'étouffer Meadow, quand bien même il aurait voulu lui hurler de se taire. Lui hurler d'arrêter. L'implorer. Pour quoi ? Pour qui ? A quel titre ? Tout n'avait été qu'un mensonge. Un abominable, un odieux, un douloureux mensonge.
Le cœur, la gorge, les entrailles serrés, il déglutit difficilement. Détourna une nouvelle fois le regard, incapable de soutenir celui de Cassidy, incapable de faire autre chose qu'écouter, encore, jusqu'au bout. Quitte à savoir, autant avoir l'intégralité de l'histoire. Quitte à sentir son cœur tomber en miettes une nouvelle fois, autant que ça ne soit pas sans raison. Quitte à être triste, quitte à être détruit, autant que ce soit en connaissant tous les détails infimes, de savoir à quel point il avait pu être si cruellement naïf vis à vis d'un manipulateur de grande envergure. Parce que Cassidy prétendait qu'il était bien pire que lui. La preuve en était que non, le pire d'entre eux était bel et bien l'Américain.
Pris d'un sursaut de dignité, il pinça l'arrête de son nez entre son pouce et son index en fermant les yeux. Rafael, Enya, avaient déjà rudement entamé ses défenses. Cassidy lui portait le coup de grâce, mais il ne s'abaisserait pas à pleurer devant lui. Ce serait lui accorder une victoire bien trop douce, bien trop mal acquise, celle d'avoir réussi à frapper un homme déjà à terre. Se concentrant sur sa respiration, il rassembla ses ressources. Rassembla quelques parcelles de courage pour reconstituer une défense, certes bancale, au moins suffisamment solide pour survivre à cette entrevue.
Ce n'était qu'une illusion, là aussi. L'illusion d'être plus fort qu'il ne l'était au fond. Une illusion qui ne passait pas, avec ses yeux luisants, rougis, avec les tremblements de ses mains. Et pourtant il planta de nouveau son regard dans celui trop clair de son interlocuteur. Un regard qui avait, par le passé, réussi à apaiser ses craintes. Un regard qui avait su raviver la chaleur, la confiance, qui avait su faire revivre l'homme qu'il avait été autrefois. Un regard dont il n'espérait plus maintenant qu'il puisse le rassurer sur quoi que ce soit. Un regard qu'il n'arrivait plus maintenant à sonder, plus après ce que cet homme venait de lui dire. Quand bien même il aurait voulu y lire de nouveau ces vérités multiples qui y transparaissaient, dans le temps. Mais ses pensées étaient confuses. Mais les messages étaient contraires, maintenant qu'il connaissait la vérité. Et si Cassidy était sincère en disant l'avoir cherché, et si ses yeux semblaient sincères, Noah ne savait plus que croire. Ne savait plus le croire.

La seule chose qui s'échappa de sa gorge trop serrée fut un son. Un ricanement rauque, contraint, qui se glissa entre ses tremblements pour s'emparer de tout son corps et grossir en éclat de rire. Celui du fou. Celui du démuni. Un dernier éclat de rire, celui de l'agonie. Qu'il avait été sot. Qu'il avait été idiot de croire pendant toutes ces années à des chimères. De croire que leur amitié été réelle, différente, profonde. Un rire qui emporta les larmes, qui en laissa couler une avant d'assécher tant ses yeux que sa gorge. Avant d'assécher le sang qui coulait bien trop de cette plaie béante qu'avait provoqué chacun de ses aveux.
Le mépris. La dernière arme qui lui restait.

-Comme quoi, je n'ai pas eu tort de m'enfuir. Même aveuglé par tes belles paroles, j'ai tout de même réussi à voir ton vrai visage. Finalement, tu ne fais que conforter ce qu'au fond je savais sans y croire.

La déception, l'amertume, pulsaient toujours dans sa poitrine, violentes, à chacun des battements trop abrupts de son cœur. Et si son teint était pâle, et si ses yeux étaient toujours rougis, il y voyait à présent nettement plus clair. D'un mouvement rapide de la main, il écrasa sa larme avant de ré-enrouler ses doigts autour de sa tasse. Plus rien ne le retenait ici, désormais. Il avait ce qu'il était, finalement, venu chercher. S'offrant un instant de battement, il avala une gorgée de café. Le liquide brûlant lui apporta un réconfort superflu. Insuffisant. Mais il ferait avec. Il venait de reposer sa tasse qu'une main ferme s'abattit sur son poignet, avec une violence et une rapidité qui le prirent au dépourvu. Stupéfait, il ancra une nouvelle fois un regard noir, assassin, au traitre qui vociférait à nouveau. Une attaque injustifiée, vu l'ampleur de ce qu'il venait de lui apprendre. Une attaque qui gonfla son indignation autant que sa colère, qui pourtant semblèrent s'enfuir à nouveau au contact de sa peau contre la sienne.
Cette sensation, de nouveau. Celle de se faire aspirer une partie de son énergie, celle où cette dernière s'échapperait de ses pores mêmes, indépendamment de sa volonté. Répondant à la violence, Noah tira son bras vers lui, tentant de se défaire de la poigne de l'ancien forçat, quand bien même Cassidy était nettement plus fort que lui. Qu'il l'avait toujours été. Persifflant entre ses dents, l'Italien roulant toujours sombrement sur sa langue, il répondit sèchement :

-Parce que tu m'as trahi, et pourtant, je suis quand même revenu te chercher.

Les images étaient toujours aussi nettes, alors qu'elles dansaient telles des flocons devant ses yeux. Si nettes, si vraies.
Il avait entendu les éclats de voix. Il avait vu les silhouettes des forçats libérés, celle de Cassidy, se tenir en colloque sans lui. Il avait entendu leurs paroles, avait entendu leurs questions. Avait entendu la voix de son ami malgré les bourrasques de vent de la tempête, l'avait entendu prendre part au questionnement. Il avait senti le danger, avait lâché son chargement, et avait couru. Couru, couru à perdre haleine, dans un climat qu'il ne connaissait pas, dans ce monde dont il ignorait tout. Couru, couru si vite, si loin, la tête et le cœur désespérément vides. Il avait couru, et avait été contraint de s'arrêter, les poumons en feu. La tempête s'était accentuée, avait gagné en intensité, en violence, le contraignant à s'abriter. Quelques minutes. Quelques heures. Il n'en savait rien. Tout ce qu'il savait, tout ce qu'il avait fait, c'était pleurer en silence, jusqu'à ce que l'accablement ne finisse par le pousser à se rouler en boule sur le sol glacial. Jusqu'à ce qu'il s'assoupisse pour une durée qu'il n'arrivait pas à quantifier.
Quand il s'était réveillé, la nuit était toujours noire, mais la tempête s'était calmée. Il n'avait rien voulu de tout ça. Il n'avait pas voulu être seul. Il refusait de croire que Cassidy ait pu le trahir comme ça. C'était impossible. Alors il s'était hissé hors de l'abri qu'il avait trouvé, et était revenu sur ses pas. Avait hurlé son prénom, avait cherché la moindre trace de lui dans la neige immaculée, dans la pénombre, tout juste illuminée d'un éclat blafard de lune. Il l'avait appelé, appelé à s'en faire mal. Mais sans succès.


Des images bien trop claires. Noah secoua la tête, refusant de se laisser aller à ce genre de réminiscences dont il ne voulait pas. Dont il ne voulait plus. Ses forces l'abandonnaient progressivement et le froid le happait de nouveau, courant le long de ses doigts jusqu'à son poignet que Cassidy tenait encore trop fermement. D'un mouvement rageur, il tira de nouveau pour tenter de se libérer. En vain.

-Je n'ai rien à me reprocher. Je t'ai cherché pendant des heures, pendant des journées entières. Jusqu'à ne plus pouvoir. Jusqu'à ce que ce soit impossible.

Il avait cherché à en perdre haleine, quand bien même la tempête semblait ne jamais s'arrêter. Jusqu'à perdre son souffle, jusqu'à perdre ses forces, jusqu'à s'effondrer une fois de trop dans la neige, ses jambes se dérobant sous son corps. Il l'avait appelé tant de fois qu'il ne savait même plus s'il ne faisait qu'expirer ou hurler. Mais il avait continué. Parce qu'il avait refusé d'y croire.
Jusqu'à ce qu'une voix d'homme finisse par lui répondre, au fin fond du blizzard. Alors il avait couru dans sa direction, continuant ses appels, auxquels cette voix répondait systématiquement. L'espoir lui donnait les dernières forces dont il avait besoin. Mais à mesure que la voix devenait plus claire, plus définie, il dut se rendre à l'évidence. Ce n'était pas celle de son ami.
L'homme qui avait répondu à ses appels était accompagné d'autres personnes, et courut à sa rencontre. Dans la précipitation, Noah n'avait pas compris ce qu'il lui racontait. Arrivé au niveau de l'homme, il entreprit de faire demi-tour, refusant la proposition du groupe de les accompagner. Il allait repartir quand l'homme lui attrapa le bras fermement, le tirant à lui. "On n'a trouvé que toi. Il faut partir." L'Italien s'était débattu mais il était faible, glacé, et l'homme bien trop fort pour lui. Il n'avait pas eu le choix.
Une femme du groupe s'était approchée de lui, une fois qu'il avait été contraint de se faire une raison. Elle lui avait demandé son nom. "Noah... Meadow"


-Lâche-moi maintenant, Cazzo di merda !

Les images qui défilaient devant ses yeux avaient donné un sang neuf à cette colère qui ne bouillonnait déjà que trop dans tout son corps. Il avait déjà était démoli, rabaissé, foulé du pied par Cassidy. Il refusait de revivre tout ça, de revivre ses propres tentatives désespérées de croire en quelque chose qui, il le savait maintenant, n'avait été qu'une prodigieuse manipulation. Il refusait de s'attarder sur un passé qui n'était qu'un enchaînement de douleurs et de déceptions que l'autre homme ne pouvait pas entrevoir, puisqu'il les avait lui-mêmes provoquées. Sciemment. Avec hargne, il avait empoigné la hanse de son mug et versé le liquide brûlant sur la main qui lui tenait fermement le bras. Profitant de la diversion, et quand bien même il s'était brûlé lui aussi au passage, il dégagea son membre et le massa de sa main libre. Le froid remontait le long de ses doigts, le long de son poignet jusqu'à son épaule. Ses doigts étaient bleuis, douloureux. Mais, surtout, la désagréable sensation que son énergie lui échappait venait à présent de cesser.

-J'ignore ce que tu m'as fait, ou même comment tu le fais. Mais ne t'avise plus de recommencer Cassidy, jamais. Pas alors que j'ai tout fait pour que tu puisses me retrouver !

Avec humeur, il glissa sa main dans la poche intérieure de sa veste et en tira une carte de visite qu'il jeta dans la direction générale de son ex-compagnon. Dans sa fureur, il avait haussé le ton, et, ce faisant, quelques badauds avaient tourné la tête dans leur direction. Le propriétaire des lieux, lui-même, jetait un regard sombre dans leur direction. Ils avaient tout intérêt à se calmer s'ils voulaient rester en ces lieux. Alors Noah se pencha vers son ancien ami, et acheva, d'une voix basse, mais sèche :

-Rends-moi mes pouvoirs, que nous cessions cette maudite mascarade. Que nous retrouvions chacun notre vie, comme avant, loin l'un de l'autre. Parce que nous n'avons plus rien à nous dire.

C'était faux. Noah avait encore beaucoup de choses à lui dire. Mais la colère l'aveuglait si bien qu'il se refusait à tergiverser bien plus longtemps sur ce qui avait pu se passer, tant dans le passé, que dans le présent, qui ait pu justifier cette entrevue. Tout du moins c'était ce que son attitude toute entière signifiait quand bien même son regard, lui, trahissait le contraire.
Parce qu'en vérité, il aurait voulu continuer cette discussion. Parce qu'en vérité il aurait voulu que Cassidy reprenne la parole, qu'il lui dise que tous ses aveux n'étaient au final que des mensonges. Qu'il y avait eu une part de vrai, de fondé, dans ses espoirs.
Qu'il n'était pas qu'un sombre connard de traitre qui avait pissé sur sa vie, qui avait bousillé son humanité. Qui avait fait éclater son cœur, aussi sûrement que Rafael avait réussi à le faire.

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MessageSujet: Re: Winter Wonderland ~ Meadow   Dim 15 Jan - 21:58


Cassidy & Noah
featuring

Noah ne me répond pas, il évite même mon regard, et si je ne sais comment interpréter son silence, il ne fait qu'aiguiser cette douleur qui me lance à chacune des pulsations de mon cœur. Comme si ce sang noir et trop épais qui circule dans mes veines se chargeait d'acide. Qui ne dit mot, consent. Quel horrible aveux que celui de ce silence. Je sais pourtant que s'il s'était obstiné à nier mes accusations avec autant de dédain, de nouveaux mensonges éhontés de sa part n'auraient fait qu'empirer ma colère. Au moins m'épargne-t-il cela. Et si je suis encore sous le choc de cette découverte, de cette superposition imprévisible de deux identités, je sais que j'aurais bien du mal à rester objectif dans cette sombre affaire. Car comment pourrais-je lutter contre cet ennemi, ce meurtrier indirect de mes compagnons résistants alors qu'il s'agit de Lui  ? Comment pourrais-je faire quoique ce soit contre ce frère que je m'obstinais à rechercher si désespérément ? Ce frère que je suis confusément si soulagé de voir en bonne santé devant moi...

C'est la mort dans l'âme que je m'oblige à voir la vérité en face, saisissant la noirceur du regard qu'il m'oppose dans ses sarcasmes cinglants. La confiance qui nous unissait autrefois semble morte dans ses yeux alors que je n'y détecte qu'un mélange de fureur et de suspicion. Je le ressens dans les tressaillements de son corps, dans la dilatation de ses prunelles et la contraction de sa mâchoire. Il ne me croit pas. Il balaie mes explications comme s'il ne les avait même pas écoutées et cela me mortifie. J'enrage, libérant un soupir d'énervement qui s'échappe de ma gorge comme un grondement sourd. Je ne sais quelles théories fumeuses il est en train d'élaborer sur mes motivations de ce soir mais je me refuse à insister, me murant dans une obstination coléreuse. S'il me pense assez sournois pour lui tendre un piège aussi grossier, qu'il s'étouffe avec ses soupçons !

C'est donc cette vérité cruelle que je lui offre sans détour, traduisant ainsi ma rage et ma propre douleur. Sans doute est-ce une vague de colère qui me pousse à lui asséner durement les faits sans l'épargner, avec une brutalité impitoyable. Je n'ai jamais été un homme délicat mais force est d'admettre que je lui présente les choses de la manière la plus sordide. Et si je suis conscient que mes mots donnent une image bien noire de la réalité, que j'insiste sûrement sur ses cotés les plus sombres, je sais aussi que j'en étouffe une belle part, que je minimise volontairement mon attachement pour lui. Pire que cela, je le lui voile, comme si je désirais réellement le conforter dans cette terrible vision qu'il a de moi, comme si je voulais détruire une fois pour toute les vestiges de notre fraternité, dans un masochisme brutal. Parce que c'est bien ce qu'il souhaite !

Et pourtant, mon souffle se coupe devant son expression affligée et j'ai la sensation qu'une lame chauffée à blanc se plante dans mon cœur en voyant ses yeux se remplir de larmes contenues. J'espère tant qu'il réussisse à capter la vérité au-delà de mes paroles. N'a-t-il pas entendu mes explications, ne sont-elles pas suffisantes ? Je n'ai aucune envie d'insister sur la souffrance que j'ai ressentie en étant contraint de jouer un double jeu et lui dissimuler les projets de nos comparses. Ma fierté se mêle à ma colère et je ne sais ce que je veux en réalité. Le faire souffrir ? Le bousculer ? Le provoquer ? Si c'est le cas, je devrais me réjouir de le voir autant ébranlé, alors que je le vois lutter contre ses émotions, se contenant avec dignité pour ne m'offrir que son mépris incisif dans ses rires hautains. Je les reçois comme de nouvelles entailles, des blessures sanglantes qui ternissent mon regard quand il m'aboie ses rires écorchés. Pourquoi ne suis-je pas capable de le rassurer, de le détromper, d'apaiser cette douleur terrible qui s'ancre dans ses yeux ? Pourquoi est-il si prompt à me croire coupable... Le voir souffrir me déchire, son rejet me brise, comme l'est ma voix, trop basse. « Tu ne sais rien, absolument rien. »

Et quand j'attrape son poignet, mes sens ne me privent pas de percevoir le chaos qui se déchaîne en lui alors que j’entends nettement les battements désordonnés de son cœur. Je ne sais comment m'expliquer à quel point les sonorités de sa voix et cet accent italien qui la teinte me font vibrer, au delà du sens de ses mots. L'écrasant du regard, je maintiens mon emprise, sans lui laisser la possibilité de s'en défaire, troublé par ses aveux auxquels je n'ose croire. Et ces rêves, ces pensées, cette énergie qui glissent soudain en moi me réchauffent sans que je n'en sois immédiatement conscient, trop bouleversé par le regard encore rougi qu'il m'offre. Je suis en train de l'absorber et je suis trop concentré sur les nuances qui se dessinent dans ses iris pour m'en rendre compte, trop choqué par les effets de cette transfusion pour le relâcher, ma poigne n'en devenant que plus dure. Comme sous l'effet d'un shoot de drogue, mes yeux s'agrandissent un peu, envahi par des pensées étrangères, celles de celui que je suis en train de drainer. Ces visions m'apparaissent comme des flashs, associés à des sons qui résonnent dans ma tête, comme si je revivais mentalement l'un de mes propres souvenirs. Mais c'est ma voix que j'entends et c'est au travers des yeux de Noah que je me vois, debout dans la tempête, entouré de ma bande de taulards. Je tressaille à peine, galvanisé par cette dose d'énergie pure qui m'envahit si délicieusement, sa puissance la rendant pareille à un nectar divin. Je revis cette course, ces larmes, ce terrible désespoir et puis cette quête insensée... J'entends mon prénom hurlé par la voix de Noah qui se perd dans les bourrasques violentes, cette voix que je n'avais pas perçue à l'époque et qui me parait pourtant si chargée d'angoisse dans ces visions fugaces.

Je le dévisage avec stupeur, le regard ébranlé en réalisant que je viens de lui voler ses rêves en même temps que son énergie. Ma voix est trop sourde, hantée par mes regrets, tandis que je hoche la tête, les yeux remplis de peine. « Et je ne t'ai pas vu... je ne t'ai pas entendu. Je suis... tellement désolé. La tempête nous a séparé.» J'aurais tant voulu l'entendre, le voir revenir vers moi ce soir là, en dépit des apparences qui me condamnaient. Je sais à présent qu'il l'a fait et je l'aurais cru sur parole, même sans que ces souvenirs ne me rejoignent. Ils ne font qu'accroître cette souffrance qui me tenaille alors que je comprend la raison de sa fuite ce soir là, alors que je me rend compte de l'intensité du choc qu'il a vécu en assistant à cette odieuse réunion. Et pourtant, il est revenu me chercher malgré le danger, alors qu'il se pensait seul contre tous, perdu dans l'enfer blanc.

J'allais poursuivre, lui jurer que je ne l'ai pas trahi mais ses réparties me bloquent comme de nouvelles insultes qui m'ébranlent. Ce qui me dévaste c'est de l'entendre m'asséner sèchement qu'il n'a rien à se reprocher. Comme s'il était juste outré qu'on puisse l'accuser de manquer de civilité ou une sombre connerie du genre. J'en reste confondu quelques secondes avant que la fureur ne durcisse à nouveau mon visage, sans que je ne consente à le libérer. « Si tu ne m'avais pas fui, tu n'aurais pas été contraint d'errer seul dans le blizzard ! Tu es revenu trop tard. » J'ignore pourquoi je suis autant touché par ses manières méprisantes, au point qu'elles obscurcissent mes pensées et biaisent mon jugement. Au point de me laisser aller à aspirer son énergie avec plus de force, une fois encore ! Je sais pourtant au fond de moi que s'il m'agresse de ses paroles, c'est pour mieux me cacher la douleur effroyable que j'ai lu dans ses yeux... celle que je lui ai moi-même causée impitoyablement. Et s'il me jette encore et encore ces insultes au visage, prétendant qu'il ne m'a jamais véritablement fait confiance, je ne peux qu'être frappé par ses aveux paradoxaux. Ma voix est toujours trop abrupte et rageuse alors que je rétorque fiévreusement, cherchant des réponses dans ses yeux. « Pourquoi t'obstiner à me chercher si tu m'avais toujours pris pour un traître au fond de toi ? Par cette grandeur d'âme que tu m'accuses de singer ? Pour ne rien avoir à te reprocher, comme tu dis ? »

Mais alors que je lui assène ces mots, je cille légèrement, tandis qu'un nouveau souvenir affleure à ma conscience, encore des réminiscences de cette quête effroyable dans la tempête... Un soupir m'échappe. Non, ce n'est pas ce que je pense. Ce cauchemar où nous nous enlisons m'est une torture et je me fais soudain l'effet d'être un idiot, aveuglé par sa fierté et sa peine. Suis-je vraiment trop borné pour accepter de voir la vérité en face, cette souffrance derrière son attitude, cette douleur que jamais je n'aurais voulu lui infliger ? Ce nouvel assaut de souvenirs qui s'éparpillent dans mon esprit me laisse muet un instant. Je retrouve encore une fois le Noah du passé, faible et terrorisé, se débattant pour qu'on le laisse me chercher dans une obstination irraisonnée. Et puis ce nom prononcé me fait tressaillir. Meadow. Est-ce vraiment celui qu'il a donné ? Je ne sais pas dans quelle mesure ces lambeaux de souvenirs sont exacts, s'ils ne sont pas teintés de mes propres divagations. D'ordinaire, les rêves et pensées que je vole chez mes proies me sont indifférents et je me refuse à les analyser, les laissant me traverser sans me toucher. C'est la première fois que je m'y attache aussi fermement et je ne sais quoi en penser alors que je ferme les yeux sous le flux d'énergie qui me réchauffe l'âme, plongeant quelques secondes dans une transe aussi cruelle qu'inconsciente. Cette puissance et ces émotions qui la colorent m’enivrent trop...

C'est alors que ma main me brûle soudainement et je l'arrache dans un sursaut, surpris par cette douleur, retrouvant le regard furieux qui me fusille. Décontenancé par l'afflux de ces images que je viens de dévorer, je ne peux dissimuler le désarroi qui s'imprime sur mon visage. J'aurais pu le tuer, j'aurais pu le vider intégralement de toute son énergie vitale... L'horreur du risque que je viens de prendre me fait frémir. Mes yeux se posent sur sa main et les traces de la souffrance que je viens de lui infliger alors qu'il crie, faisant se retourner les autres. Je me moque bien de ceux qui nous observent en ce moment, bien trop concentré sur lui, sur son visage et ces paroles qu'il me crache. Il me lance sa carte de visite, un geste de courtoisie qui détonne totalement dans cette scène violente et qui pourrait sans doute être à l'image de ses sarcasmes méprisants... Je n'ai pas le cœur à la ramasser et je suis de toute façon trop attaché à soutenir son regard pour m'en préoccuper. Trop attaché à le regarder se pencher vers moi, ses yeux envahis par des tempêtes d'émotions aussi dévastatrices que celles de New-York.

J'aimerais poser mes mains contre ses bras pour le retenir mais alors que j'esquisse le geste, je le retiens aussitôt, la gorge serrée. Ne me suis-je déjà pas trop laissé aller ? Le dégoût de ma propre nature s'adjoint à la culpabilité qui m'étreint et je n'ose le toucher, de peur qu'il perçoive mon geste comme une nouvelle agression. N'aurait-il pas raison de me craindre ? Mieux vaut qu'il continue à ignorer la malédiction qui m'a frappé, je ne pourrais supporter plus de mépris dans son regard. « Je ne veux pas te faire de mal. Je ne l'ai jamais voulu. » Reculant contre le dossier de mon siège, je redresse les mains vers lui, paumes en avant, dans un soupir chargé de rage et de peine. Comment ais-je pu l'agresser de cette façon ? Le pire étant que je ne suis toujours pas rassasié et que la faim me tenaille encore, cette faim qui brille dans mon regard où vogue l'intensité de mes émotions, cette faim cruelle qui me dépasse d'autant plus lorsque je suis en colère. Et je le suis, bon dieu, plus que jamais. Contre moi, contre lui, contre cette situation désespérante ! Et si je suis troublé par l'effroyable beauté de son regard, bouleversé par la peine qui s'y grave, ma réponse reste inébranlable. « Non. » Ma voix est trop sourde, trop enrouée. Il a raison, c'est une foutue mascarade où nous nous dressons l'un contre l'autre, dans une folie fratricide... Ses paroles sont dures, elles imposent une rupture définitive et je ferme mes poings, les posant contre la table dans un profond soupir, le défiant du regard. « Tu es certain de ne plus rien avoir à me dire ? Hé bien moi, je n'ai pas terminé, alors tu attendras encore. Tu peux au moins t'accrocher à l'espoir que je te rende un jour ce que je t'ai pris. Mais j'ai bien envie de t'en priver à jamais pour que tu comprennes enfin !» Si ma voix s'élève avec violence, je me fous bien d'attirer l'attention ou de provoquer l'inquiétude du patron qui nous surveille derrière son bar. Certains clients qui nous entourent s'éloignent prudemment tandis que d'autres nous dévisagent avec appréhension et que le patron s'avance déjà dans notre direction. Mais cela ne m'empêche pas de poursuivre sur ma lancée, essayant tant bien que mal de tempérer la hauteur de ma voix.

« Et si la seule manière de te faire entendre la vérité doit se faire à coup de poings dans le crâne, je n'hésiterai sûrement pas non plus. Tu as l'air d'avoir complètement oublié qui je suis mais compte sur moi pour te le rappeler. Qu'est ce que tu crois, Meadow, que je t'ai cherché pendant près de trois ans pour te laisser filer aussi facilement ? Trois ans ! Sans être sûr que tu sois encore en vie, à m'accrocher à cet espoir que peut-être tu aies pu survivre à cette apocalypse ! A prier sans cesse pour te revoir un jour ! Et j'abandonnerais après ces quelques échanges où tu n'as pas écouté un seul mot de ce que j'ai pu te dire ? Il te faudra encore des litres de café bouillant pour tenter de me faire taire.»

Dans ma rage, je ne me rend pas compte immédiatement de la manière dont je l'appelle et qui m'est revenue si naturellement. Mais qu'importe si cela lui parait ridicule, je n'ai jamais eu l'envie de singer cette distance méprisante entre nous, je n'ai jamais désiré cette odieuse mascarade. Car mon seul mensonge serait de prétendre qu'il n'est rien pour moi, rien qu'un pion ou pire, un ennemi à abattre. Ce n'est pas ce que je veux et de toute la force de mon âme, je voudrais balayer ces incompréhensions entre nous. Mais comment ? «Je n'ai aucune preuve à t'offrir en dehors de ma parole, je ne t'ai pas trahi ! Tous les moyens étaient bons pour me sortir de ce trou à rats mais jamais je n'aurais fait quoique ce soit contre toi, surtout pas après ce que nous avons vécu... » Je m'interrompt, entre gêne et colère. C'est un crève-cœur de constater qu'il a pu tout oublier, au point d'être prêt à enterrer ce que nous avons partagé et ce qu'il sait de l'homme que je suis. Car je me suis ouvert à lui, plus que je ne l'ai jamais fait avec qui que ce soit d'autre. Et il lui aurait suffit d'une seule nuit pour tout anéantir et m'affubler du statut de traître ? A-t-il vraiment tout oublié... ? Une bribe de ses souvenirs me revient en tête et, poussé par une impulsion subite, je tend la main pour ramasser la carte de visite qui a échoué sur la table, dans une flaque de café épanché. Dieu sait que je ne m'attendais pas à une telle découverte... en dépit de ce que j'ai cru entendre dans ces souvenirs, je n'arrivais pas à croire qu'il s'approprierait officiellement ce surnom. Cela me décontenance totalement et j'en reste troublé en observant cette carte entre mes doigts. Les mots sont pourtant bien lisibles sur le papier taché et je fronce les sourcils, le cœur battant avant de redresser mes yeux vers lui dans un murmure. « Meadow... ? »

C'est à ce moment que le patron se dresse devant notre table, les poings sur les hanches et le regard suspicieux. Il nous interrompt d'une voix dont la rudesse témoigne de l'inquiétude avant de désigner la table couverte de café. « Dites donc, vous avez un problème ? On n'est pas au Treme ici, c'est un établissement respectable. Si vous n'êtes pas capables de discuter paisiblement, je vais vous demander de vous séparer et de sortir chacun de votre coté.» Sans lui offrir l'ombre d'une œillade, je reste assis à ma place, mon regard attaché à celui de Meadow.


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MessageSujet: Re: Winter Wonderland ~ Meadow   Lun 23 Jan - 3:34



Le froid s'était de nouveau abattu sur tout son corps, dévorant chacune de ses cellules alors qu'il serrait massait toujours son poignet. La marque des doigts de Cassidy restait encore imprimée sur sa peau, laissant des stries rougeâtre sur le blanc d'albâtre dû à la perte d'énergie. Mais le pire n'était pas cette sensation de vide, ni même cette sensation de s'être fait aspirer son essence. C'était ce regard, ce regard chargé d'une peine incommensurable, que son ami posait désormais sur Noah. Le pire c'était de l'entendre murmurer qu'il ne l'ait pas entendu, presque comme s'il était peiné, réellement peiné, de cet état de faits. Le pire, c'était de lire cette douleur au fond des prunelles de l'homme qui, quelques minutes plus tôt, lui avait admis avoir abusé de sa confiance.
Que croire alors ? Que croire ? Malgré sa propre colère, le sorcier aurait voulu croire en la sincérité des excuses de l'Américain. Il aurait voulu pouvoir distinguer le vrai du faux, quitte à ce que Cassidy use de ses illusions pour lui montrer ce qu'il s'était passé. Comme avant. Comme quand les illusions avaient tout le sens qu'ils leur donnaient, comme quand les choses étaient simple puisque sans paroles. Sans vérités, sans mensonges, juste les images crues et les coeurs ouverts, à vif. Mais tel n'était pas le cas. Le haïr finalement était nettement plus simple, avait été tellement plus simple pendant ces trois années d'absence. De silence. Etre persuadé du bien fondé de ses propres gestes, de ses propres actions, en étant certain que l'autre ne pouvait être qu'un traitre. Mais la culpabilité qu'il avait aperçue, fugace, dans ce regard clair n'était pas celle que pouvait éprouver un traitre. C'était celle d'un innocent, celle de l'empathie. Pourquoi éprouvait-il ce sentiment tout d'un coup, Noah n'en avait aucune idée. Mais tout ce qu'il savait c'était que le voir ainsi lui fit subitement réaliser que peut-être il n'y avait pas de fautifs dans leur histoire. Que peut-être il n'y avait que des excuses à présenter, un mauvais timing, un coup du Destin. A moins que ça n'ait été cette part inconsciente de lui, ce Noah passé encore naïf, encore crédule, qui espérait au fond que Cassidy ne l'ait jamais laissé tomber.

Mais ce n'était pas ce Noah qui s'exprimait, en ces temps et heures. Ce n'était pas ce Noah qui assénait ses paroles péremptoires, volontairement blessantes, ce n'était pas ce Noah qui estimait qu'il n'avait rien à faire ici et ne souhaitait que s'enfuir. Oublier un mauvais souvenir. S'il avait pu se laisser attendrir par la mélancolie du regard de l'Américain, ses paroles l'attaquèrent comme un retour de flammes. Encore des sifflements, encore les vipères, encore les accusations. Encore ce maudit égo, cette maudite fierté, qui appelait les siens, qui gonflaient sa propre colère. Il était revenu trop tard ? Qu'en savait-il exactement ? Avait-il, lui, tout fait pour le retrouver ? Non. Noah avait battu la neige, le froid, New York à sa recherche. Noah avait appelé son esprit pour tenter de lui parler, de comprendre. Il n'avait obtenu aucune réponse à aucune de ses incantations, et avait dû se rendre à l'évidence. Cassidy n'était qu'un traitre. Un souffle de haine qui l'avait construit tout en paradoxes, qui continuait de l'alimenter même maintenant. Même amoindri, ses forces et ses pouvoirs absorbés sans qu'il n'ait la moindre idée de comment l'autre avait fait.

Une question. Une question qu'il n'avait pas entendue avec sa colère, et qui lui revenait en tête maintenant qu'il massait son poignet, maintenant que du café nappait la table. Pourquoi ? Pourquoi était-il revenu ? Parce qu'il était naïf. Parce qu'il avait été crédule, incroyablement perdu, incroyablement seul. Parce que Cassidy avait été ce pilier qui l'avait soutenu malgré tout, qu'il avait été cette illumination après l'Enfer de Darkness Falls. Qu'il lui avait tout appris, qui l'avait guidé. Parce qu'il comptait autant sur lui qu'il l'estimait, plus qu'un ami, comme un frère. S'il lui en avait laissé l'occasion, Noah l'aurait suivi quoi qu'il fasse. Et l'autre le savait. L'avait utilisé. Alors quand Cassidy esquissa un mouvement dans sa direction, le sorcier recula aussitôt. Il n'allait plus le laisser le toucher, il en était hors de question, et ce quelle que soit la raison. Tout aussi désolé ce regard avait l'air, à présent. Tout aussi bouleversant, tout aussi paradoxalement blessant pouvait être son regard.
Arrête de me regarder comme ça. Arrête de dire que tu n'as jamais voulu me blesser. Arrête. Je vais finir par croire que tu es vraiment désolé. Je n'ai pas besoin de ça. Pas maintenant. Arrête.


-Le mal est déjà fait. Et si tu n'avais effectivement jamais voulu me faire de mal, tu me rendrais mes pouvoirs.

Les sourcils froncés, déterminé, il ne put toutefois s'empêcher de se détendre un peu devant le geste pacifique de Cassidy. Suivant ses mains du regard, méfiant, il attrapa quelques serviettes en papier du dévidoir présent sur la table pour essuyer la trace de café sur sa peau. Sa main reprenait des couleurs, et une marque rougeâtre, vive, signalait une brûlure superficielle. Les doigts de l'Américain avaient teinté sa peau d'une couleur plus sombre, qui ressortait sous la brûlure. Son aura était différente d'avant, pourtant Noah n'arrivait pas à qualifier en quoi. Mais la sensation qui creusait son ventre lui prouvait que ça n'était pas quelque chose de positif. En tout cas pas en ce qui le concernait. Non seulement Cassidy déchaînait ses passions, secouait le fondement même de ses pensées, mais en plus il était dangereux pour lui. Il ne le laisserait plus le toucher.
Répondant à sa propre colère, celle de l'Américain claquait une nouvelle fois dans le café, provoquant des réactions diverses, apeurées, des convives tout autour d'eux. Si le refus de lui rendre ses pouvoirs ne l'étonna pas, le sorcier se contraint toutefois au silence. Même s'il bouillait d'aboyer plus fort que son ancien compagnon, pour lui faire comprendre que même démuni, il était toujours un danger. Que même humain, que même acculé, au pied du mur, il était encore capable de se défendre. Même si pour ça il risquait de recevoir un poing en pleine figure.

Pourtant ce fut précisément cette sensation qui l'accueillit quand Cassidy rouvrit la bouche. Quand le surnom claqua dans l'habitacle, au-dessus de leur petite table en formica recouverte de café. Meadow. S'il était persuadé que Cassidy connaissait pertinemment son nom d'adoption, il n'empêcha pas l'effet de cette voix qui le prononçait. A nouveau. Pas avec la même intonation douce, pas avec la même amitié, mais avec une vigueur, une violence qui déstabilisa le sorcier. Meadow. Il n'avait jamais cru qu'en prenant ce nom, il lui reviendrait avec autant de fracas en pleine figure. Il n'aurait jamais cru qu'il puisse lui être aussi douloureux, aussi insupportable qu'à présent. Aussi insupportable qu'entendre ce qu'il s'était persuadé de ne plus jamais vouloir entendre de la bouche même de cet homme. Pas après s'être convaincu que c'était impossible. Pas après avoir compris qu'il était trop douloureux d'espérer que Cassidy aussi l'ait cherché, que Cassidy aussi ait souffert dans toute cette histoire. Pas après avoir espéré aussi longtemps pouvoir entendre cela. Et s'être convaincu que ce n'était qu'un mirage, une distorsion de la réalité, et que rien de tous ces ressentis ne pouvaient être vrais.

Son coeur s'était effondré une nouvelle fois dans sa poitrine, comme lorsqu'il avait posé ses yeux pour la première fois en trois ans sur le visage de l'ancien bagnard. Sans le savoir, Cassidy avait rouvert une plaie qui n'était au final pas aussi cicatrisée que Noah l'espérait. De vieux fantômes, de vieux espoirs ranimés par le doute et étouffés par la cruelle réalité. Il avait l'impression qu'on venait de le pousser du haut d'une falaise et qu'il chutait à une vitesse vertigineuse vers le vide. Et le sol n'arrivait jamais, pas assez vite, pas assez tôt. Et cette voix qui hurlait, cette voix qui n'en cessait de hurler dans sa tête. Ses propres cris dans l'Enfer Blanc, ses propres cris qui lui revenaient en mémoire et n'appelaient personne d'autre que l'homme assis en face de lui.
Dans un murmure, ses paroles avaient fait l'écho de celles de l'Américain, marquant sa profonde stupéfaction. Un murmure pour lui-même, un murmure dubitatif, perdu :

-Tu m'as... Cherché... ?

Il avait envie de fuir. De fuir, et de ne plus jamais repenser à cette conversation. Tant pis pour ses pouvoirs, tant pis pour ses forces, tant pis pour cette humanité désagréable, désespérante, qui le rendait si faible. Il avait envie de partir en courant, et s'enfuir le plus vite possible. Pour aller où ? N'importe où. N'importe où le regard de Cassidy, devenu trop pesant maintenant que son propre monde, sa propre suffisance s'effondraient, serait incapable de le suivre. Déglutissant difficilement, Noah s'accouda sur un pan non souillé de la table et cacha son visage de ses mains. C'était impossible. C'était un cauchemar. Son coeur battait la chamade, ses pensées fusaient, mais n'arrivaient jamais à s'arrêter pour lui donner quoi que ce soit de substantiel à quoi s'accrocher. Le sang battait à sa tempe, tambourinait contre son tympan, l'arrachait à tout ce contexte pesant, horriblement pesant, alors qu'il enfonçait ses ongles dans son cuir chevelu. Il avait envie de hurler.
Hurler, hurler, et hurler encore. Jusqu'à ce que le monde disparaisse enfin, jusqu'à ce que les émotions disparaissent avec lui. Jusqu'à ce que Cassidy ne soit plus qu'un énième songe, la manifestation onirique de son esprit torturé.

-C'est impossible... C'est impossible...

Chacune de ses certitudes s'effondraient comme des dominos. D'abord Rafael. Puis Enya. Et maintenant Cassidy. Tout s'effondrait, et les fondations mêmes de sa propre psyché avec. Mais non, c'était impossible. Cassidy ne pouvait pas l'avoir cherché, il le manipulait, c'était une évidence. Il était observateur. Pire, il le connaissait parfaitement. Il pouvait très bien avoir compris que tout ce qu'il attendait c'était une forme de rétribution de sa part. Un Mea Culpa. Oui, ça ne pouvait être que ça. Ce n'était que ça.
Et pourtant, encore, il parvenait à ébranler même cette impression. La façon dont il venait de prononcer à nouveau son prénom, cette cassure dans sa voix. Cette faiblesse lointaine mais bien présente dans son ton, cette sincérité qu'il reconnaissait pour l'avoir tant entendue. Répondant à l'appel, il avait relevé le visage pour croiser un regard tout aussi perdu que le sien. Pour avoir la sensation d'être revenu des années en arrière, quand les illusions avaient commencé à se mélanger pour ne plus raconter que des histoires où l'Italie se chargeait des couleurs de l'Amérique, où les carrioles côtoyaient les voitures. Peut-être que c'était ça. Peut-être...

La voix du tenancier le fit sursauter, et il se retourna malgré lui vers l'homme. L'homme qui était clairement excédé par leurs hurlements, à juste titre. Un dur retour à la réalité qui le laissa silencieux une seconde, le temps de rassembler ses pensées, avant qu'il ne lâche d'une voix enrouée :

-Ne vous en faites pas, nous allons nous tenir tranquilles dorénavant.

L'homme observa alternativement les deux hommes puis le café éparpillé sur la table avant de reposer un regard insistant sur Noah. Un regard qui signifiait clairement qu'il ne gobait absolument pas ses mensonges, et que faute d'une confirmation par les actes, il serait prêt à intervenir. Un regard que Noah soutint en acquiesçant lentement de la tête, lui-même incertain de ce qui allait se passer ensuite. Le tenancier adressa la même expression à Cassidy avant de pousser un soupir bourru, marquant bien sa propre volonté avant de tourner les talons, ayant obtenu l'aval de l'Américain. Leur temps en ces lieux était donc compté, pour peu que les passions reprennent avec la même intensité.
Dans un soupir soulagé, l'impression d'être un enfant pris en faute, Noah tendit la main vers son mug dans l'espoir qu'une goutte de café ait survécu à son attaque. Ses doigts tremblaient alors qu'il enserrait la hanse, alors qu'il portait la table à ses lèvres. Alors qu'il évitait consciencieusement le regard de son ancien compagnon, incapable de le soutenir.

-Je ne peux pas te croire, Cassidy. Pas trois ans après, pas trois ans après m'être convaincu que tu n'avais jamais rien fait de tout ça. Tu m'as demandé pourquoi je suis revenu, et la réponse c'est que je n'en ai absolument aucune idée. L'affection, le besoin, la confiance aveugle que j'ai placée en toi... L'espoir, sûrement. Un espoir que les années de silence ont fini par réduire à néant.

Les yeux baissés sur la table de formica, il ne put que constater que la carte de visite avait changé de place. Que Cassidy l'avait donc prise et observée. Que maintenant il savait, il savait que les espoirs de Noah étaient absolument infondés. Enfantins. Cruellement douloureux. Et s'il mourrait d'envie de croire à ce scénario idéal où l'Américain aurait effectivement passé trois ans à le chercher, il n'arrivait pas à l'accepter.
Dans un soupir désabusé, le coeur gros et la voix basse, il poursuivit. Une chape de plomb s'était abattue sur ses épaules, et le fait même de prononcer le moindre mot était douloureux. Et cette voix qui continuait de hurler dans sa tête :

-Si tu savais comme j'ai envie de te croire. Mais avec ce que tu as admis plus tôt, je ne sais pas. Je ne sais plus quelle est la vérité. Parce que tu l'as avoué toi-même, tu t'es servi de moi. Parce que tu n'as même pas nié ne pas avoir participé à ce fameux débat sur la manière la plus appropriée de me tuer, lors de cette maudite nuit à New York.

Non, rien n'avait de sens. Rien ne faisait sens, et chacun des aveux de son ancien compagnon se bousculaient dans sa tête, dans cette tentative désespérée de son esprit d'essayer d'ordonner ses phrases pour y trouver une signification profonde. Son esprit et son coeur qui tempêtaient sous ses boucles blondes, qui se combattaient dans tout son corps, l'un penchant vers l'aveu qu'effectivement, il avait été abusé, et l'autre penchant vers celui comme quoi il y avait autre chose. Et ce doute, ce doute qui croissait dangereusement, prêt à le faire chavirer une nouvelle fois.
Et si Cassidy ne voulait pas lui faire de mal comme il le prétendait, s'il le pensait vraiment, il ne réalisait pas l'ampleur de la douleur qu'il venait de provoquer dans le sorcier. Sorcier qui haïssait autant sa faiblesse physique que cette attaque permanente qu'il ressentait en étant dans la même pièce que l'Américain. Sorcier qui haït chacun des mots qui suivirent, chacun des mots qu'il prononça ensuite :

-Je t'aurais suivi n'importe où. Tu le savais, et tu le sais encore. Et rien ne me garantit que tu n'es pas en train de t'en servir en me disant ce que j'ai envie d'entendre. Tu prétends n'avoir jamais voulu me blesser. Et pourtant c'est ce que tu fais encore.

Il se haïssait tellement d'être aussi faible. D'être aussi dépendant de l'avis d'une seule personne, une de ces rares personnes à réussir à le faire régresser aussi facilement. Une de ces rares personnes qui avaient tellement réussi à réveiller son humanité qu'il se retrouvait jeté dans ses propres émotions, qu'il perdait la clarté de sa propre capacité d'analyse. En temps normal, il aurait vu clair dans le jeu de Valdès. Il aurait su déterminer le vrai du faux. Mais il se sentait tellement perdu, tellement brisé maintenant qu'il en était tout bonnement incapable.
Son énergie était revenue, mais accusait toujours ce vide cruel qu'était le manque de ses pouvoirs. Incapable de la moindre illusion il était pris au piège dans son propre corps, dans ce maudit café, dans cette maudite discussion. Et il se haïssait tellement de dépendre encore aussi cruellement de Cassidy Valdès. Tout autant qu'il haïssait l'absence de ce dernier dans sa vie. Ses sept siècles d'errances, à se faire systématiquement arracher toutes les personnes importantes de sa vie devaient arriver à un terme, un jour. Cette malédiction devrait finir par s'arrêter, un jour. C'était pour ces raisons qu'il ne faisait confiance qu'à une poignée de gens. Parce que l'issue était toujours la même. On finissait toujours par se retourner contre lui.

Et pourtant, il avait encore cruellement besoin d'un soupçon d'humanité. Il avait encore besoin de ce feu brûlant, celui du pouvoir, à défaut de la confiance. Il avait encore besoin de ces fractions de contacts parce qu'il n'en pouvait plus de sa solitude. Une solitude qui le bouffait tellement, associée à une haine profonde qui étaient, finalement, ses dernières forces motrices. L'amour, l'amitié, les relations humaines positives se soldaient toutes de la même manière. Cassidy en était la preuve.
Et pourtant, il avait besoin de son humanité. Lentement, il avait approché sa main encore froide, encore blessée, vers son ancien compagnon. Avait posé sa paume sur son avant-bras, ressentant de nouveau ce picotement signifiant la nature surnaturelle d'un individu. Le creux dans son estomac le reprit, cette sensation comme quoi son essence n'était plus la même. Qu'il devrait se méfier. Mais il laissa sa main sur sa peau, la réchauffant avec la chaleur qui s'en dégageait. Une supplique silencieuse. Comme en prison, quand ils ne pouvaient pas communiquer autrement, faute d'être battus. Quand ils se comprenaient suffisamment pour n'avoir besoin de rien d'autre qu'un contact, qu'un regard, pour savoir ce que pensait l'autre.
Une connexion qu'il désespérait autant de ne plus avoir que de retrouver. Une sensation qui le brûlait bien plus que sa poigne, bien plus que le café. Mais sa main ne bougea pas alors qu'il demandait, la voix aussi basse que son regard :

-Rends-moi mes pouvoirs, Cass, s'il te plait...

Il se sentait misérable de le supplier comme ça. Misérable, incroyablement petit, et terriblement seul. Seul, comme toujours, face à la violence impitoyable de la haine qu'il arrivait systématiquement à provoquer chez les autres. Un cycle sans fin de destruction qu'il alimentait en toute conscience. Mais il n'en avait plus l'envie. Il n'en avait plus la force. La nostalgie réclamait qu'ils soient des années en arrière, viciait ses veines comme le plus létal des poisons. La douleur qu'il avait lue plus tôt dans le regard de son ami, cette sincère douleur, alimentait toujours plus cette envie. Mais son esprit lui répétait qu'il s'était servi de lui.
Colère et désarroi. Deux amants impitoyables qui flirtaient depuis toujours avec le sorcier. Un duo qui finirait par avoir sa peau.
Mais sa main restait toujours sur le bras de Cassidy. Ses doigts s'enfonçaient toujours dans sa peau, cherchant le contact, cherchant quelque chose de tangible à quoi se raccrocher. Cherchant à s'assurer qu'il ne disparaisse pas une nouvelle fois. Cherchant peut-être une forme de réconfort nostalgique qui n'apportait aucune satisfaction, à cause de sa propre incertitude.

-S'il te plait...



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MessageSujet: Re: Winter Wonderland ~ Meadow   Jeu 9 Fév - 15:53


Cassidy & Noah
featuring

Le mal est déjà fait. Et il n'a nul besoin de me le dire pour que je sois si douloureusement conscient du mur infranchissable qui s'est érigé entre nous. Un mur de roc, si épais que je m'en briserais les poings si j'essayais de le détruire, un mur si haut et si escarpé qu'il ne laisse aucun espoir d'en voir le sommet. C'est cette sensation de vide stupéfiant qui me déséquilibre, ce désespoir face à mon impuissance devant cet obstacle trop dense. Mon obstination me permet de serrer les dents et de faire fi de mon désarroi, de conserver ce ton rude et assuré qui m'est propre. Elle me permet de repousser ses demandes, de m'ancrer dans mon refus d'abandonner et de ne même pas songer à le faire un seul instant. Si la brûlure du café bouillant s'apaise rapidement et que les marques rouges contre ma peau disparaissent presque à vue d’œil, mon cœur me semble en flammes. La frustration se mêle à la colère de ne pas être capable d'exprimer la réalité, de ne même pas maîtriser la tempête de mes émotions qui font battre mon cœur trop vite. Je refuse de les laisser me submerger et m'anéantir et c'est avec rage que je les refoule, honteux d'en avoir dévoilé ne serait-ce qu'une bribe. La douleur affichée de Noah m'atteint et me fait vibrer à la fois d'un plaisir coupable de le voir autant touché. Alors qu'il parait choqué d'apprendre que j'ai pu le chercher en vain et que cette possibilité qu'il récuse à mi-voix le bouleverse. Une part de moi voudrait lui cracher un rire destructeur, à l'image de mon humeur trop instable où je suis partagé entre des envies contradictoires. Mais ce n'est qu'un soupir qui m'échappe lorsque je ferme les yeux pour quelques secondes, délaissant cette carte sur la table. Ce nom que je viens de prononcer s'illumine dans mon esprit, symbole de notre complicité passée et de mon attachement pour cet homme. Meadow. Son regard troublé me renvoie mon propre désarroi, comme dans un miroir où je perçois même la cacophonie de ses battements cardiaques, aussi désordonnés que les miens.

J'ignore les reproches du tenancier qui s'envolent au dessus de ma tête, comme s'ils appartenaient à un tout autre monde. Ce n'est qu'en voyant le sursaut de Noah qui lui répond d'une voix trop enrouée que je me mord l'intérieur de la joue. Renvoyant un regard de biais au bonhomme, j'esquisse un vague signe de tête pour le rassurer à mon tour. « Pas de souci, chef, on va hurler moins fort. » Une boutade dans un ton aussi blasé que sombre. Pour un peu, j'aurais l'impression d'être à nouveau dans l'ambiance de la prison où nous croupissions Noah et moi, quelques années plus tôt et où les gardiens nous faisaient comprendre que nos vies dépendaient d'eux et de leur bon vouloir. Le monde a tellement changé que désormais, la ville entière est une prison, soumise à la tyrannie d'un gouvernement qui transforme les citoyens en enfants terrorisés. N'est ce pas humiliant d'être rabroué à ce point pour une parole trop haute et un peu de café renversé ? Cet incident est un exemple ridicule du malaise qui pèse sur le peuple, sur l'angoisse latente qui s'insinue partout, même dans un lieu d'apparence aussi chaleureux et agréable. Les gens sont sur le qui-vive, écrasés par l'angoisse de voir surgir ces vautours de miliciens censés faire régner leur ordre aussi rigide qu'arbitraire. Mais si la main de Noah tremble en ramassant son pauvre mug, il n'a plus à craindre les mauvais traitements de nos gardiens. Et s'il évite mon regard soucieux, est-ce parce qu'il a peur de me croire ? « Tu es sûr de vouloir rester tranquille ? On n'est plus en taule ici. Ça ne devrait pas être comme ça, on est des hommes libres... »

Sa voix trop basse me parvient comme une nouvelle insulte et mon visage se ferme à nouveau, redevenant plus dur. Comme le sont mes yeux d'acier, rivés aux siens, avant de suivre la direction de son regard pour se poser à nouveau sur sa carte de visite, si impétueusement lancée. J'aimerais qu'il crie, qu'il hurle, qu'il se batte contre cette situation ! Moi-même, je bous de m'y laisser aller. Mais sans doute vaudrait-il mieux me murer dans le silence puisque je sais que si je me risque à lui répondre, je ne pourrai certainement pas retenir ma révolte. Elle brille dans mon regard en dépit de tout, cette passion brûlante, cette rage face à l'injustice ; je suis écœuré d'apprendre qu'il a fini par renoncer à croire en moi, que les années ont été trop nombreuses et qu'elles ont consolidé ce mur entre nous, qu'elles l'ont figé pour toujours, sans espoir. Mes lèvres se pincent insensiblement lorsqu'il m'avoue être perdu suite à mes aveux, comme si j'avais scellé moi-même notre cassure, et je cherche à nouveau son regard, déterminé à le fixer jusqu'au fond des yeux et assumer mes choix quoiqu'il m'en coûte, dans une fierté tempétueuse. « Je n'ai jamais cherché à nier mes fautes ni mes choix, je ne suis pas ce genre de lâche qui fuit ses responsabilités. Tu m'as posé la question et tu as eu ta réponse. J'ai pensé à me servir de toi AU DEBUT. Pas après, bon dieu ! Les choses ont changé, tu le sais. Tu as gardé ce nom, je ne pensais foutrement pas que tu ferais une telle chose mais... mais pourquoi est-ce si impossible pour toi de croire que je t'ai cherché !?» Ma voix est de nouveau plus dure et je sens bien que je risque de m'emporter à nouveau lorsque ses murmures me coupent le souffle, comme une nouvelle entaille brutale et douloureuse qui transpercerait ma chair. L'intensité de la confiance qu'il avait placée en moi me serre le cœur mais encore une fois, elle ne fait que marquer le douloureux contraste avec la réalité d'aujourd'hui. Cette confiance si chatoyante qu'il me vouait et éclairait à mon grand émerveillement les illusions qu'il dessinait pour moi est désormais morte. Et les années ont achevé de l’assécher complètement, la vidant de toute sa sève pour qu'il soit impossible à tout jamais de la ranimer. Mon front plissé brise l'insensibilité de mon expression, mes prunelles ont vacillé dans l'océan bleuté de mon regard, la douleur s'y inscrivant trop nettement. Ce n'est plus la rage mais l'abattement qui m'ébranle alors que mes épaules s’affaissent imperceptiblement, d'une voix brisée. « Non, rien ne te le garantit. Je te l'ai dit, je n'ai que ma parole à t'offrir pour preuve. Mais tu remettras donc toujours en cause tout ce que je pourrais te dire ?» Parce que le mal est fait. Parce que les années ont enterré les vestiges de notre amitié. De notre fraternité. Parce qu'il est trop tard. Parce que le mur qui nous sépare ne disparaîtra jamais.

Lorsque sa main se rapproche, je ne prémédite pas son geste et mon poing se crispe soudain à son contact. Ce n'est pas une agression. C'est bien pire que cela. Car il ne pourrait me faire souffrir davantage qu'en affichant ainsi sa peine et sa détresse, d'une façon aussi crue qu'elle m'en fait perdre toute contenance, m'empêchant de lui répondre comme de bouger, interdit face à cette fragilité pleine de tristesse qui se dégage de lui. Encore une fois, ces envies contradictoires m'assaillent, celles de vouloir rompre la distance en l'entourant de mes bras dans une étreinte sincère avec l'espoir sans doute infantile que la chaleur d'un geste affectueux pourrait tout réparer et chasser la douleur pour de bon. Et celle de le repousser avec force, de refuser d'être attendri ou de céder à une quelconque faiblesse à cause des émotions que m'inspire Noah Meadow... le psychiatre délateur. Mais je ne me résous à faire ni l'un ni l'autre, restant atterré par cette supplique répétée, prononcée d'une voix si basse quand sa paume froide traduit sa faiblesse. Une faiblesse inscrite sur son visage pâle devant moi, privé de cette dose d'énergie que je lui ai ravie et dont le délice me fait encore frémir, malgré moi, me donnant l'envie de lui en prendre davantage. Pourquoi a-t-il conservé ce surnom... Mes pensées me deviennent trop opaques, voilées par mon incertitude et ce trouble qui ne me lâche pas. Ces émotions qui m'étreignent sous la pression de sa main me heurtent et après quelques secondes de battements où je le fixe, cillant à sa demande, je ne peux plus en supporter davantage.

C'est dans un élan spontané que je me redresse, sans le quitter des yeux, attrapant aussitôt sa main pour lui signifier immédiatement que je ne compte pas le fuir. « On sort d'ici, viens. » Impossible de poursuivre cette conversation dans ces lieux où je me sens surveillé et contraint de m'écraser, comme si je n'étais encore qu'un maudit prisonnier, esclave de cet État policier. Je ne le relâche que pour fouiller rapidement mes poches en quête d'un billet chiffonné que je jette sur la table, pour payer nos consommations. Ils n'auront qu'à garder la monnaie, je n'ai pas envie d'attendre. C'est avec empressement que je contourne la table pour poser ma main contre l'épaule de Noah, dans un regard insistant. « J'ai trop de choses à te dire et je ne pense pas être capable de le faire sur un ton tranquille, alors si tu veux vraiment retrouver tes pouvoirs, il faudra que tu me suives dehors. » Il était prêt à me suivre n'importe où. Je le savais confusément, il avait raison, oui, je l'avais toujours su. Mais cette façon qu'il a eue de le prononcer me bouleverse malgré moi, au point de me donner l'envie de hurler. Dans un soupir douloureux, je me penche vers lui, effleurant son front du mien dans un mouvement instinctif, tant le désir de retrouver notre ancienne proximité me hante. Ces moments où il nous suffisait de rester là, dans le creux des ombres de nos cellules sordides pour communiquer en silence. Je me sens si impuissant désormais, la frustration et l'amertume m'arrachent ce soupir désenchanté, alors que j'ignore à présent comment lui parler. Mais je m'éloigne aussitôt de lui en reculant de deux pas, lui renvoyant un regard désarmé. Parce que je sais que les choses ne fonctionnent plus comme ça, parce qu'il ne me fait plus confiance, parce que le simple fait de le toucher l'expose à la mort. « Je vais te les rendre... mais fais-moi confiance encore une fois et suis-moi. » Osera-t-il le faire au risque de se retrouver seul avec un monstre tel que moi, sans témoins ?

Ainsi, dans un regard vers le patron qui nous surveille toujours de loin avec inquiétude, je me détourne pour rejoindre la sortie du café et pousser la porte d'un geste brutal. Ce n'est pas contre ce pauvre bougre de tenancier que je suis fâché, je sais qu'il ne s'agit pas d'un type mauvais, il m'a toujours paru jovial et bienveillant. Ce n'est qu'une victime de plus, soumise à la pression de ce régime totalitaire que je hais tellement. La pluie a cessé de tomber et c'est un vent de fraîcheur qui souffle contre mon visage tourmenté. J'avance de quelques pas sur le trottoir, jonché de flaques d'eau, avant de me retourner vers la porte, guettant Noah. Le ciel d'un noir d'encre parait paisible et mis à part les filets d'eau qui ruissellent dans le caniveau, personne ne pourrait affirmer qu'il y a eut un orage, quelques moments auparavant. Dans ce quartier, les rues ne dorment jamais, et la musique du Old Absinthe House nous parvient encore, avec cette ambiance joyeuse qui tranche tant avec mon état d'esprit. Plusieurs clients de l'antique café sont sortis pour fumer et discutent paisiblement sous le porche. Nous ne sommes pas seuls et j'imagine que la présence de ces consommateurs devrait le rassurer suffisamment. Assez pour qu'il accepte de me rejoindre dehors. Sans doute qu'une cigarette ne serait pas de trop pour me défaire de cette nervosité qui ne me lâche pas. Un paquet extirpé de la poche de mon vieux manteau, je m'en cale une entre les lèvres avant de le tendre dans la direction de Noah, dans une invitation dérisoire. « Je n'ai jamais voulu te cacher la vérité ou te mentir. Et maintenant, j'ignore comment les choses vont évoluer ni ce que je vais faire des info que j'ai appris sur ton compte. Je n'avais pas prévu ça... Mais on va laisser cette histoire de coté pour l'instant. » Je secoue la tête, essayant tant bien que mal de démêler mes pensées en allumant la cigarette pour en tirer une bouffée ; je suis encore sous le choc de l'avoir retrouvé et mon regard s'attarde un peu sur lui et sa silhouette éclairée par la lueur des lanternes extérieures du café.

« Si je cherchais à te manipuler ou à te dire ce que tu veux entendre, est-ce que tu crois vraiment que je m'y serais pris de cette manière ? Tu dis que mes aveux te confortent dans ta méfiance mais je n'aurais pas pris ce risque si je voulais vraiment te tromper. La vérité n'est jamais belle et lisse. » Mais à sa décharge, je ne la lui ai pas révélée en totalité. J'hésite quelques secondes, cherchant mes mots pour ravaler ma fierté et détailler les choses, au risque de me prendre à nouveau sa méfiance en plein visage. Le ton de ma voix trahit mon émotion, bien que je tente de me contenir, la rage bouillant toujours dans mon ventre face au désespoir que cette situation m'inspire. « Je suis... je suis désolé que tu aies entendu ces horreurs, je sais que j'aurais dû te mettre au courant de ce que ces types prévoyaient pour toi mais je ne voulais pas t'effrayer. Je croyais réussir à gérer tout ça sans t'inquiéter. Tu m'as entendu négocier avec eux, repousser le moment de ta mise à mort, leur faire croire qu'on se débarrasserait de toi plus tard. Je voulais juste attendre jusqu'à ce qu'on soit tirés d'affaire et qu'on se sépare des autres sans encombres. Je voulais éviter de devoir tous les massacrer, Noah, tu comprends ça ? Mais je l'aurais fait si ça avait été nécessaire, jamais je ne les aurais laissé te toucher ! Bon sang... j'étais enragé que tu aies pu croire ça, que tu aies pu te méprendre en entendant une part de la conversation. Et oui, je t'ai cherché, je n'ai pas arrêté de le faire. J'ai abandonné ces types, je suis parti de mon coté et j'ai erré moi aussi dans le blizzard, exactement comme tu l'as fait, hurlant ton nom, tombant dans la neige, me redressant encore, transi de froid et de faim pendant des jours et des nuits sans m'arrêter, écrasé par l'inquiétude de te savoir quelque part dans la tempête. J'ai vu ça, dans tes souvenirs quand je...» Quand j'ai volé ton énergie.

Je me suis interrompu, la cigarette tremblant un peu au bout de mes doigts sous la tension qui me fait battre le cœur trop fort. Comment mettre des mots là dessus quand je suis si écrasé par l'horreur de ma propre nature, quand le chaos m'envahit sous l'appétit malsain qui me terrasse lorsque je perçois l'énergie qu'il dégage ? Quand l'évocation de ma déchéance me plonge dans le plus grand désarroi et que je me dégoûte à l'idée de lui faire part de ma faiblesse. Cet état monstrueux où j'ai été réduit, déchirant mon âme pour me voler mon essence et ma magie, pour me laisser comme une loque, contraint de me nourrir sur les autres. Mais comment pourrait-il comprendre ce que j'ai perdu en essayant de le retrouver ? Cet immense sacrifice dont je souffre encore tous les jours a été vain. Je n'en ai conservé que de la douleur, une frustration atroce et la peine immense d'avoir perdu mon ami le plus cher. Un ami qui pense que je l'ai abandonné... « Comment tu as pu croire que je te trahirais ? Comment ? » Cette situation m’écœure et me révolte au point de sentir mes yeux me brûler. Et lorsque je serre le poing et que ma voix gronde, je ne peux m'empêcher de songer qu'il a gardé le nom que je lui avais donné. Pourquoi Meadow ? « Pourquoi ce nom jusqu'à aujourd'hui si tant d'années de silence ont réellement réduit tout espoir au néant ? » Pourquoi, si cette affection et cette confiance réciproque sont réellement mortes... Mon poing se décrispe dans un geste symbolique alors que je relâche l'étau invisible de mes pouvoirs. « Je n'ai jamais voulu te blesser. J'aurais voulu que tu comprennes ce que ça faisait, de perdre ses dons... de perdre une part de toi-même. » De se sentir si désespérément vide.  Mes mots sont imprégnés d'amertume pendant que les particules de magie se libèrent, émergeant du néant comme une pluie chaleureuse pour venir remplir leur possesseur. Réchauffe-toi, Meadow, laisse-toi bercer par le réconfort et le soulagement. Si j'avais voulu me venger de toi, te voir souffrir m'est vraiment trop insupportable et tu es loin de te rendre compte à quel point. « Quelle autre preuve pourrais-je t'offrir que celle-là ? J'ai offert jusqu'à ma vie pour tenter de te retrouver. » Tout cela pour t'entendre m'insulter. Tout cela pour me rendre compte que tu fais partie de ceux que je déteste le plus.« Dis-moi encore que je te mens et je te jure que je te casse la figure. »


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MessageSujet: Re: Winter Wonderland ~ Meadow   Sam 18 Fév - 4:03




Tu es sûr de vouloir rester tranquille ? On n'est plus en taule ici. Ça ne devrait pas être comme ça, on est des hommes libres...
Il n'était sûr de rien, en réalité. Ses certitudes, ces si belles certitudes auxquelles il s'était confortablement faites, commençaient à sérieusement s'étioler. Comme si Cassidy n'avait été placé sur ce monde que pour briser chacune des bases sur lesquelles il s'était reconstruit. Comme s'il n'était présent en face de lui que pour le faire vivre une nouvelle fois l'Enfer, lui faire revivre Darkness Falls, lui faire comprendre que quoi qu'il en soit il ne pourrait jamais profiter d'un instant de répit dans sa vie beaucoup trop longue. Les paroles de Cassidy répondaient aux siennes, entrechoquant les idées tout en bousculant les sentiments. Encore. Chaque petit mot était un coup de plus, chaque regard qu'il captait était un nouvel affront. Et pourtant il était resté. Pourquoi ? Ce n'était pas comme s'il avait encore quelque chose à lui prouver, si ?
Il ne lui devait rien. Ou plutôt il lui devait tout. Cette identité qu'avait découverte l'Américain en survolant sa carte de visite, cette identité qui lui collait à présent si bien à la peau que c'était tout juste si Noah réagissait à son ancien nom, il se l'était faite grace à lui. Grace à cet espoir illusoire. Grace à cette hargne d'avoir été déçu si intensément, un souvenir si vivace qu'il lui rappelait de ne plus jamais refaire cette même erreur. Et voilà que tout, toute cette nouvelle identité n'était basée que sur un nouvel échafaudage de mensonges. Encore des mensonges. Les pires, ceux qui trahissaient la vérité. Ainsi il s'était effectivement servi de lui. Il le lui avait confirmé à plusieurs reprises, et pourtant le coup continuait de faire mal. Lame rougie dans les flammèches de la rage, qui s'enfonçait de nouveau dans la plaie béante. Qui en cautérisait les lèvres tout en entaillant encore les chairs. Un éclair de douleur transparut dans ses yeux clairs. Que pouvait-il croire, au fond ? Si tant est que Cassidy lui disait la vérité, pouvait-il réellement lui faire confiance ? Il l'aurait voulu, fut un temps. Mais toutes ces contradictions ne suffisaient qu'à gonfler, encore et toujours, cette vague d'indignation intermittente dans son vieux cœur. Parce que oui. Parce qu'il refusait d'y croire, et que rien ne le ferait changer d'avis. Une indécision était bien trop dangereuse. Il avait commis l'erreur de lui laisser son âme une première fois, il ne le ferait pas une seconde. Si Rafael lui avait appris quelque chose, c'était bien ça. Ne pas remettre sa confiance impunément entre les mains de qui que ce soit. Même ceux qui ont pu avoir autant de valeur que sa propre vie, par le passé.

Pourtant. Pourtant toute une partie de lui continuait de le vouloir. Ardemment. Puissamment. Un feu qui coulait toujours dans ses veines alors que le reste s'éteignait progressivement, un feu qui avait poussé sa main a effleurer sa peau. Si les émotions étaient sincères, si le trouble, la terreur et la douleur qui avaient terni ses yeux clairs étaient vrais, le geste n'en avait pas moins été partiellement calculé. Parce qu'il savait. Il savait que Cassidy malgré sa colère, malgré la dureté de ses paroles, serait incapable de ne pas réagir à ce type de supplique. Invoquer sa pitié avait fonctionné. Invoquer celle de Rafaele avait déjà fonctionné, lorsqu'il l'avait épargné du massacre de ses Pères, de ses Frères. Les traîtres ne sont après tout que des humains. Ce n'était pas une légende. Pourtant le geste avait réveillé autre chose. Ce besoin confus et dérisoire de retrouver cette proximité qu'ils avaient pu avoir par le passé. Ce besoin lointain, presque onirique, de retrouver le confort de leur cellule, là où tout était plus simple tout en restant plus difficile. Un besoin nostalgique qui avait réveillé la sensation fantôme du front de Valdès contre le sien, avait réveillé le cri lointain de ses vieux membres de retrouver la chaleur rassurante de ce contact purement enfantin qui leur permettait de s'évader. Depuis quand ne s'était-il pas évadé de cette vie ? Depuis quand avait-il décidé de rester enfermé dans ce maudit carcan de paraître et de superficialité ? Il la connaissait, la réponse. Depuis que Cassidy s'était enfui avec ses rêves, son passé, ses illusions et son imagination. Depuis que Cassidy avait brisé l'illusion de proximité pour qu'il ne reste plus que les fragments douloureux de sa trahison.
Sans répondre, surpris de sa soudaine vivacité, Noah l'avait suivi des yeux en le voyant s'activer. Avait frissonné en sentant cette main agripper fermement la sienne, avait ressenti comme une forme abstraite de soulagement en le suivant alors qu'il se redressait. Il aurait voulu qu'il parte. Il aurait été prêt à rester aussi longtemps assis sur ce maudit fauteuil que nécessaire pour que l'autre soit suffisamment loin de sa vie. Pourtant Cassidy continuait de le surprendre. La main sur son épaule lui donna envie de se débattre. Les menaces de le frapper. Mais ce front contre le sien, ce geste aussi subtil, aussi rapide que volontaire, précipita son cœur dans ses entrailles. Raviva ce besoin, ce maudit besoin, qu'ils éclatent le temps et l'espace, leurs fronts l'un contre l'autre et rien d'autre autour d'eux que leur monde à eux. Malgré la douleur, il ne ressentit aucune cruauté dans le geste. Bien au contraire.
C'était sûrement ça qui était le plus douloureux. Renvoyant le même regard désarmé à l'ancien bagnard, le psychiatre déglutit difficilement. Sa gorge était nouée. Ses mains tremblantes. Son corps transcendé de tellement d'émotions, la colère, la rage, le désespoir, le vide, ce vide obsédant. Mais la chaleur fantôme de son front contre le sien le poussèrent à lui accorder sa confiance une nouvelle fois. Au nom du bon vieux temps. Au nom de ce vide qui s'était creusé, avec le manque. Le manque de cette présence rassurante, le manque de l'innocence profonde de leur relation. S'il savait qu'il courait à sa perte, c'était ça. Cette envie si nette de retrouver une nouvelle fois ce contact, même une fraction de seconde, qui le poussa à le suivre, échappant de fait tant à la chaleur suffocante du salon de thé qu'au regard inquisiteur du patron.

L'odeur de la pluie, les quelques rigoles dans lesquelles coulaient quelques filets d'eau, étaient la seule trace de l'ondée qui était tombée précédemment. Noah avait toujours aimé l'odeur de la pluie. Une odeur particulière, un peu terreuse, une odeur universelle qui nappait aussi bien La Nouvelle-Orléans du Présent que la campagne Romaine du Passé. Inspirant une bonne goulée d'air, laissant la fraîcheur geler la sueur dans sa nuque, le sorcier ferma les yeux, soulagé. L'extérieur. Enfin. A défaut de ses pouvoirs, à défaut d'être lui-même, il avait toujours ça. L'écho de voix autour d'eux, la preuve que Cassidy ne tenterait rien contre lui. Et toujours la sensation de cette pression sur son front, une sensation désuète et passée qui pourtant le poussa à continuer de lui faire confiance. Rouvrant les yeux sur la cigarette tendue, il secoua la tête silencieusement. Un silence presque respectueux, un silence légèrement tendu, mais un silence compréhensif. Car même si le feu n'était pas éteint, il avait fait son choix. Il lui accorderait sa confiance, au moins jusqu'à ce qu'il retrouve ses pouvoirs. Distraitement, il porta ses doigts à son front, le pressant doucement. Pour prolonger la sensation ou pour l'effacer, la remplacer par une autre et faire en sorte qu'elle cesse de le hanter ? Il n'en savait trop rien. La voix de Cassidy lui parvenait, lointaine, et il acquiesça lentement.

-Oui. Faisons cela. Oublions.

C'était tellement plus simple. Tellement plus simple d'oublier, de tout effacer. Une simplicité typiquement humaine contre laquelle il avait toujours lutté, et laquelle il n'embrassait que trop ces dernières années. Un mal typiquement humain, l'oubli. Une faiblesse de la mémoire, la plupart du temps volontaire, en témoignaient ses propres actes. Mais Noah n'arrivait pas à tout oublier, quand bien même il l'aurait voulu. Frottant toujours son front, il embrassa la ruelle animée du regard, cette sensation de flotter dans un monde qui n'était pas le sien toujours plus invasive. Jusqu'à ce que la voix de Cassidy le ramène de nouveau parmi les vivants. Jusqu'à ce qu'il l'ancre de nouveau dans son propre corps, réveillant les vieilles rancunes, réveillant l'indignation, la colère et la défiance qui s'étaient assoupies juste le temps d'un battement de cœur. Cette voix qui le hérissait tant elle disait de choses qu'il sentait vraies, qu'il sentait douloureusement sincères. Et cette chaleur qui émanait de son front de lui faire croire, pour une fois, que Cassidy pût dire vrai.
Plus que l'entendre, il le comprenait. Il comprenait dans les brisures de sa voix, il comprenait sa traque, il comprenait la méprise, la voyait aussi clairement que le point rouge, incandescent de la cigarette quand son ancien compagnon tirait dessus. Il comprenait aussi la torsion persistante de son vieux coeur, parce que c'était ça, ça qu'il avait toujours voulu entendre. Ca qu'il avait toujours espéré, au fond, entendre. Mais qu'il n'avait jamais souhaité comprendre au sens noble du terme. Parce que cet émoi désagréable, cette avalanche de sensation contraires entre l'envie de le frapper en plein visage et celle de poser son front contre le sien était insupportable. Parce que Cassidy gouvernait son monde comme il l'avait fait auparavant, et qu'il s'était juré qu'il ne lui en laisserait plus jamais la possibilité.
Il ne savait que répondre. Jusqu'à ce qu'une dissonance attire son attention. Les sourcils froncés, il darda un regard méfiant sur son interlocuteur. Quelque chose ne sonnait pas juste dans son discours. Un détail. Une inconnue.

-Tu as vu ça dans mes souvenirs, dis-tu ? ... Comment ? Tu m'as ôté mes pouvoirs, il m'était donc impossible de créer la moindre illusion pour te montrer quoi que ce soit...

Son instinct lança un pic de douleur au creux de son estomac, et Noah esquissa un pas de recul involontaire. Une sensation d'alerte étrange, qu'il avait déjà ressentie plusieurs fois vis à vis de l'Américain. Ses paroles ne faisaient aucun sens. Quoi que... Etait-ce pour cela que ses souvenirs étaient revenus avec autant d'intensité lorsqu'il l'avait agrippé, quelques instants plus tôt ? Il avait eu la sensation que son énergie coulait hors de sa peau, que les images lui échappaient. Le regard de Cassidy s'était voilé au contact, comme s'il avait effectivement vu quelque chose. Mais il n'avait absolument aucun moyen d'avoir fait la moindre illusion, pourtant...
Aiguiser sa curiosité était une manière de se détourner de tout ce qui le tourmentait, il le savait pertinemment. Il se connaissait suffisamment pour se savoir capable de ce type de détachement. Et était reconnaissant de cette capacité qu'il avait. Une capacité que Cassidy connaissait, lui aussi. Qu'il entama d'un nouveau coup d'épée, déchirant la froideur analytique pour revoir couler le flot des émotions. Un détachement achevait d'éclater alors qu'il apercevait son poing serré, qu'il croisait ce regard rougi. Une douleur si intense qui soulevait cette besoin fracassant de le rassurer, quand bien même il ne l'était pas lui-même. Qui l'avait poussé à revenir sur ses pas, à se rapprocher sensiblement de lui. Tout aussi dangereux soit-il. Tout aussi changé soit-il. Noah ne reconnut que trop cette voix qui filait hors de sa propre gorge, en réponse aux interrogations violentes de l'Américain. Celle d'un homme qui n'existait plus que dans des chimères, celle de l'homme qu'il avait pu être. Celui qui vouait cette confiance aveugle à Cassidy, s'y accrochant comme à un radeau au milieu d'une mer déchaînée, l'Italien marqué de son accent pour seul soleil.

-Tu n'as donc rien entendu de ce que je t'ai expliqué, Cassidy ? Pourquoi, pourquoi ? Tu les as eues, tes réponses. Tu les as eues, toutes, alors ne me fais pas l'affront de me poser une nouvelle fois cette maudite question. Pourquoi ? Parce que c'était la solution la plus simple. Parce que c'était l'explication la plus logique. Pourquoi ? Parce que c'était plus acceptable que de me dire que tu pouvais être mort dans cette maudite tempête de neige, et qu'il n'y aurait aucun moyen de te retrouver. Pourquoi ? Parce que j'ai eu beau appeler encore et encore ton âme dans l'espoir enfantin de pouvoir comprendre, que la seule chose que j'ai comprise par son silence c'était que tu avais pu me trahir. Pourquoi ? Parce qu'après avoir vécu plus de sept siècles dans un Enfer qui m'a transformé en bête, tu as réussi en seulement une poignée de semaines à me refaire me sentir humain. Pourquoi ? Pourquoi ?! Tu te fous du monde, avec ton incompréhension obstinée.

Le vide se comblait. La colère avait repris ses lettres de noblesses, son empire, dans ce vide, le remplissant toujours plus vite, toujours plus fort. Gonflant cet accent chaleureux des rayons de sa fureurs, alors qu'il serrait son poing lui même, imitant la position de son ancien ami. Ce n'était plus du sang que son coeur dispensait dans ses veines. C'était une ire réelle et puissante, la seule chose qui lui restait dans ce grand délire d'incompréhensions mutuelles.

-Pourquoi ? Parce qu'on ne ressuscite pas un cadavre sans savoir que si on lui ôte son âme, tout ce qu'il en reste c'est une coquille vide qui erre indéfiniment. Et que l'incompréhension se mue progressivement en colère, pour ne plus être que sa seule force motrice.

Pourquoi ? Parce qu'il lui avait offert un cadeau, mine de rien. Celui d'être de nouveau un homme, d'être enfin vu comme tel, après avoir passé des siècles à n'être qu'une erreur. Une âme errant dans un purgatoire constant, un être qui n'avait d'humain que son apparence. Parce qu'il lui avait appris à revoir la couleur de la vie, qu'il l'avait amadoué, bercé d'illusions toutes plus vives les unes que les autres. Et que tout ce qui lui restait à présent n'était plus qu'un énième souvenir, sans autre forme de fondement.

Un choc. Un déclic. Le mouvement de Cassidy qui coïncidait à cette énergie qui l'envahit de nouveau, onde chaleureuse qui fluctuait dans tout son corps. Une énergie bien réelle, bien palpable, ses pouvoirs qui lui revenaient avec une intensité grisante qui lui firent tourner la tête et embrumaient ses pensées. Sous l'afflux, Noah ferma les yeux, surpassé par les sensations. Et Cassidy qui continuait. Qui continuait de parler, qui continuait ses énigmes de sphinx sans jamais effleurer ses raisons. Le regard luisant de cette énergie retrouvée, Noah plongea à corps perdu dans ses iris clairs, les sondant. La douleur qui s'y trouvait était réelle. Bien trop réelle.
Un déclic. Encore ces informations contradictoires, encore cette dissonance. Comme une tentative de révéler un secret trop lourd à porter, impossible à traduire en paroles.

-Pourquoi était-ce si important pour toi que je me croie démuni de pouvoirs, Cassidy ? Par esprit de revanche ou de contradiction ?

Le pressentiment qui se creusait, toujours plus fort, dans son estomac, le poussa à considérer les choses sous un angle nouveau que la colère l'avait jusqu'à présent empêché de voir. Comment avait-il réussi à lui ôter ses pouvoirs, pour commencer ? S'agissait-il d'une illusion bien plus puissante que toutes celles qu'il avait déjà vu l'Américain faire ? Il était excellent illusionniste, de mémoire. Il n'aurait pas été impossible qu'il ait pris le psychiatre à son propre jeu, qu'il l'ait noyé dans une illusion de grande ampleur, sur la durée, d'une réalité à couper le souffle. Mais une telle virtuosité, dans les ressentis et sur le temps, en étant troublé à ce point, était inaccessible à l'Italien. Cassidy avait-il trouvé la manière pour surpasser ses pouvoirs ?
Les sourcils froncés, il baissa les yeux sur sa main, créant l'illusion d'une volute de fumée qui partait de sa paume. Non. Cette sensation de s'être fait aspirer sa puissance, cette sensation de l'avoir à présent recouvrée, ce n'était pas une illusion. Aucune illusion ne pouvait être aussi puissante.

-Que ne me dis-tu pas, Cassidy ?

Un énième mensonge, il pouvait le sentir aussi certainement que l'odeur douceâtre de la pluie, quand bien même cette dernière avait cessé depuis longtemps. Malgré son pressentiment, Noah s'était rapproché de son ancien compagnon, rompant la distance entre eux. Scrutant dans son regard une bribe de réponse, sentant gronder une forme de crainte aux tréfonds de son coeur. Il y avait autre chose. Ses propres paroles qui lui revenaient à l'esprit, ses divagations sur les humains et ceux qui ne l'étaient plus. Par réflexe, il avait posé une main ferme sur sa nuque, le poussant à courber légèrement l'échine pour venir à son niveau. Son coeur battait. Battait furieusement de ce besoin de comprendre. De cette nécessité de comprendre, tout autant que celle de prendre ses jambes à son cou et de le laisser en proie à une nouvelle illusion. Peut-être ferait-il cela. Il aurait besoin d'être rapide, précis, mais l'énergie pulsait vigoureusement dans ses veines, prête à éclater. Il pouvait la sentir filer hors de sa peau. Il pouvait la sentir charrier avec elle cette crainte grandissante du moindre contact, alors que pourtant il approchait volontairement son visage du sien.

L'aura de Cassidy avait un contact différent, il le sentait précisément. Le regard de Cassidy était différent, et il se doutait bien qu'à trop outrepasser ses limites il se prendrait probablement un poing dans la figure. Mais il n'en avait cure. Sa main libre agrippa son épaule, pour qu'il ne le fuie pas. Sa voix était hachée. Entrecoupée de cette crainte paradoxale qu'il puisse être différent, comme celle qu'il soit le même. Il ne voulait pas savoir quelle était la bonne option. Il n'y en avait pas. Car si Cassidy était devenu bien plus puissant, ou s'il était devenu différent, il ne connaissait qu'une seule issue : la fuite. Pour ne pas se faire détruire une énième fois.

-Si tu veux que je te croie, montre-moi. Comme avant. Recréons New York, comme nous l'avons vécue tous les deux. Peut-être même que nous serons capables de nous retrouver, cette fois-ci...

Une bouffée de tristesse avait éteint sa voix, tordant son coeur douloureusement. Ce maudit espoir n'était pas mort. Il n'y arrivait pas, malgré tous les efforts du sorcier. Prenant une inspiration, Noah finit par rompre la distance, posant son front contre celui de son ancien ami. Leur rituel. Leur tradition.
Il en aurait pleuré. Il en aurait hurlé. Le contact le brûlait avec l'intensité de mille feux, un contact qu'il voulait repousser avec autant de force qu'il aurait souhaité qu'il dure éternellement. Un contact qui lui manquait autant qu'il le dégoûtait, qui réchauffait son coeur autant qu'il lui donnait la nausée. Terreur aveugle dansait un tango effréné avec doux Réconfort. Mais aussi fort le souhaitait-il, il ne vit aucune illusion projetée dans son propre esprit. Ne vit rien d'autre que sa propre version des faits, sa New York enneigée, sa partie du problème. La vision de Cassidy aurait permis de comprendre. Aurait permis de le comprendre. Aurait peut-être même adouci ses sens, aurait peut-être même crevé l'abcès. Lui aurait permis de le pardonner entièrement, pour peu que tout ait été vrai.

Mais rien de tout cela ne se produisit. L'amertume de la déception creusa son estomac alors qu'il reculait le visage, déboussolé. Alors qu'il esquissait deux pas de recul, sentant la panique monter rapidement, pompée par son cœur qui battait trop vite.

-Où est ton illusion ? Pourquoi est-ce que je ne vois rien ?

La peur. Elle tambourinait à présent contre ses tempes, viciant ses pensées, noyant la logique. L'incompréhension se refléta dans ses yeux clairs, alors qu'il levait la main pour empêcher l'autre de l'approcher d'avantage. Refusait-il vraiment de lui montrer ce qu'il avait vécu ? Pourquoi lui refusait-il la chose la plus élémentaire, la seule clé à leur problème ? Pourquoi ?
La réponse était toute faite. Parce que tout n'était qu'un énième mensonge pour assoupir sa méfiance. Une manipulation à grande échelle.
Il se savait en danger. Cassidy était un de ces poisons dans sa vie desquels il ne se méfiait jamais suffisamment. Il avait été à deux doigts de le croire. Mais s'il refusait l'explication la plus simple, la plus évident, s'il refusait jusqu'à la base même de cette relation bancale qui était la leur, il devait y avoir une raison.
Et cette raison terrifiait si bien Noah qu'il n'avait plus qu'une envie. Le fuir. Le fuir purement et simplement, laisser le plus de distance que possible entre eux, avant que l'Américain ne se dévoile tel qu'il l'avait vu, ces années auparavant, dans la blancheur furieuse de New York. Un traitre. Il l'avait toujours été, toute cette discussion n'avait été qu'une ruse pour le manipuler. Comme avant.
Une erreur qu'il ne devait surtout pas reproduire. Il n'y avait plus d'avant. Il n'y avait que ce besoin de refuser catégoriquement toute explication, tout contact, toute approche.
Le danger, bien trop réel. Cassidy finirait par le détruire. La dernière conclusion qu'il pouvait tirer. L'unique conclusion.



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MessageSujet: Re: Winter Wonderland ~ Meadow   Sam 25 Fév - 0:17


Cassidy & Noah
featuring

Comment est-ce possible de ressentir ce trop plein d'émotions contradictoires sans avoir la sensation de devenir fou ? J'ai tant parlé que j'aurais pu tapisser l'air de mes mots mais il n'est envahi que par cette douloureuse tension entre nous, celle de la méfiance. Je la lis encore dans le regard limpide de Noah, dans cette posture de repli farouche qu'il conserve, reculant même d'un pas, constamment sur ses gardes. Il a raison de l'être car mes menaces n'ont pas été proférées à la légère. Si ma fureur ne s'exprime que par ma manière nerveuse de tirer sur ma cigarette, je risque à tout moment d'exploser et de fracasser mon poing contre sa mâchoire pour de bon. Il ne s'est pas fait prier pour mettre de coté cette histoire de délation et sa manière trop complaisante de me répondre n'a pas manqué de me piquer. Oublier, comme c'est pratique. Qu'il ne croit pas que ma mémoire soit aussi fragile, sa culpabilité y restera ancrée définitivement, malheureusement pour lui. Malheureusement pour moi. Je suis encore choqué par les odieuses tentatives de manipulation qu'il a utilisée contre moi, sa manière de tenter de me culpabiliser ou de faire jouer la corde sensible. Il a finalement réussi à me détourner de mon enquête initiale, inversant les rôles en me contraignant à me justifier, de manière à conserver l'ascendant dans la conversation. Une part de moi-même est consciente de tout cela, de l'absurdité de cette situation à laquelle je n'aurais jamais cédé en temps ordinaire. Tout comme je ne peux m'empêcher de songer qu'il m'a grugé en me suppliant de lui rendre ses pouvoirs, en misant sur ma compassion face à sa détresse. Oui, c'est absurde pour un homme comme moi de laisser un manipulateur mener le débat à sa guise. Mais alors, les véritables questions qui me torturent sont celles-ci : Pourquoi écouter mes émotions plutôt que ma raison ? Pourquoi si j'étais bel et bien convaincu de sa sournoiserie ? Pourquoi si je ne ressentais réellement que du mépris pour lui ? Non, c'est loin d'être le cas. Et c'est bien ce qui me trouble en ce moment, au point de délaisser mes principes pour sombrer à corps perdu dans l'émotivité, en toute connaissance des risques que j'encoure.  

Ce flux de pensées m'envahit en quelques minutes obsédantes, pendant que je me tais, le fixant sans un mot en le laissant réfléchir. Sans doute en ais-je trop dit ou pas assez concernant ce rapt de ses souvenirs mais je ne sais comment poursuivre et peut-être que j'espère confusément qu'il devinera la suite par lui-même, sans que j'ai besoin de la détailler par des paroles trop impudiques. Ou au contraire, peut-être que je souhaite de toutes mes forces qu'il ne devine jamais rien. La douleur me brûle les yeux, dans un mélange de honte, de désespoir et de frustration. L'attente me ronge les sangs. Va-t-il comprendre enfin que ses reproches sont aussi insensés que cruellement injustes ? Lui-même n'a-t-il pas conservé l'espoir de s'être trompé sur ma traîtrise en s'appropriant ce nom ? En dépit de ma colère, de ma rage et de cette rancœur brûlante,  je ne peux faire autrement que de croire à cela. M'y accrocher alors que je suis encore sous le coup de cette découverte aussi touchante qu'inattendue, encore ébranlé par la lecture de ce nom sur cette carte de visite.

Les réponses de Noah me parviennent dans sa voix chaude alors qu'il revient tout de même vers moi, manifestement aussi bouleversé que je le suis. J'ignore ce que je ressens en ce moment alors que je m'évertue à me dominer pour ne pas laisser libre cour à mes passions, le fixant d'un regard qui ne peut pourtant masquer mon désastre intérieur. Ma douleur est enveloppée d'une coque de dureté qui se fendille et ne la rend que plus sinistre. C'est probablement le mélange de colère et de peine qui fulmine dans mes yeux au point de les faire briller. Mais j'ai beau être dévasté, mes instincts d'analyste sont toujours présents, comme des réflexes trop neutres au sein de ce chaos émotionnel. Noah souffre lui aussi. C'est ce que je détecte dans ses mots, dans sa respiration, dans ses regards, sa gestuelle. Il combat plusieurs émotions contraires, comme je suis en train de le faire, et nous sommes tout deux incapables de partager nos pensées, chacun livrant un combat privé dans sa propre tête. Les choses sont tellement confuses. Je ne sais pas comment nous sortir de cet imbroglio, trop concerné pour faire la part des choses ou raisonner correctement. Si je ferme les yeux, c'est pour tenter de me rassembler tant bien que mal, mes doigts crispés contre la cigarette qui se consume. L'idée de ma trahison lui était donc moins douloureuse que celle de ma mort ? J'ignore si je parviens à comprendre cela ou même à le concevoir, je me sens incapable de réfléchir en cet instant, trop perdu pour décortiquer ce flux d'émotions qui paralyse ma logique. Je n'imaginais pourtant pas qu'il ait souffert à ce point et ses mots me frappent par leur intensité lorsqu'il se compare à un cadavre, à une coquille vide qui erre sans but, jusqu'à s'offrir la colère en guise d'élan vital. Sans doute ais-je cillé en guise de réponse, je ne suis pas capable de lui offrir un quelconque commentaire sur le moment. Sa magie lui est revenue et je retrouve alors la luminosité de son regard, d'un vert limpide, apaisé mais toujours aussi désorienté. J'aurais tant aimé qu'il comprenne, qu'il me fasse confiance envers et contre tout.

Nos regards s'opposent encore et mes lèvres se pincent à sa question que je reçois comme un nouveau blâme dédaigneux. Me rabaisse-t-il au rang d'un imbécile revanchard, tout juste bon à le titiller maladroitement comme un gamin capricieux ? Ma réponse à fusé, sèchement, d'une voix trop dure. « Si j'avais réellement voulu me venger de toi, sache bien que ta punition serait inscrite dans ta chair à l'heure actuelle et cruellement. » Et aucune supplication n'aurait pu éveiller ma pitié. C'est en désignant la volute de fumée qui tourbillonne dans sa paume que je confirme dans un soupir aussi contrarié que démuni. « Tu as récupéré tes pouvoirs, je t'avais promis de te les rendre si tu acceptais de m'écouter. » Mon cœur est à vif, trop exposé à ses piques, trop facilement blessé par les moindres de ses paroles, et j'enrage d'être aussi vulnérable face à lui. Pense-t-il réellement que je me suffise d'une aussi basse revanche pour effacer autant d'années de souffrances ? Mais Noah insiste, me demandant de poser des mots que je n'arrive pas à prononcer, comme s'il désirait m'écraser encore plus et m’humilier jusqu'au bout face à lui. Je ne parviens même plus à décrypter le regard qu'il me renvoie, ses pensées me sont opaques et laissent place à la plus angoissante des paranoïas. Noah méprise mon nouveau statut, je le dégoûte autant que je l'effraie maintenant qu'il sait. Puisqu'il n'a pu que comprendre qui je suis : une créature inhumaine, de celles qui étaient les ennemis des sorciers de Darkness Fall. Je ne suis qu'un démon à présent, un monstre parmi les monstres, déchu et avili. Est-ce ce qu'il pense de moi ? Est-ce la répulsion que je lis dans ses yeux ?

Nos regards s'affrontent sans que je ne prononce rien, le regardant se rapprocher doucement avec toujours cette tension pleine de méfiance qui me crispe moi aussi. Mes muscles sont tendus, mes sourcils se froncent sous son geste dans un regard menaçant, le défiant d'oser une quelconque offensive. Je sais pourtant que ce n'est pas dans ses habitudes, que Noah n'a rien d'un bagarreur agressif mais c'est pourtant la première idée qui me vient à l'esprit quand il pose la main sur moi. Preuve de mon malaise, de cette tension qui me pousse à me mettre sur la défensive, mes yeux lançant des éclairs. Je ne doute pas d'avoir le dessus sur lui dans un combat au corps à corps, pourtant je me contiens, décontenancé par les battements effrénés de son cœur, que je perçois sans doute bien plus fort qu'il ne les entend lui-même. Que cherche-t-il à faire ?! La saveur de son énergie me parvient trop fortement et l'étincelle dangereuse de l'appétit s'allume dans mes prunelles. Le fou... J'aimerais m'écarter, reprendre une distance plus confortable et plus sage entre lui et moi mais il s’agrippe à mon épaule et j'en frémis, les yeux chargés de turbulences. Sa proposition pourrait me faire chanceler tant il me semble que mon cœur s'est brutalement alourdi au point de sombrer plus bas que terre. Comme avant... Ma gorge est trop serrée pour que je puisse dire quoique ce soit, j'en reste pétrifié, les prunelles dilatées et figées par la douleur qui me perfore : un mélange de frustration si vive associée à une déferlante de nostalgie. Est-ce elle qui me serre le cœur lorsqu'il pose son front contre le mien ? Ses illusions... Pas un instant il ne songe à les utiliser contre moi et cette constatation me décontenance autant qu'elle me fait chavirer.

Peut-être l'aurais-je repoussé s'il ne s'était pas détaché de lui-même, peut-être que j'aurais fini par le frapper avec violence et désespoir, peut-être que j'aurais extériorisé mon désarroi par une colère dévastatrice. Elle est toujours en moi, irradiant dans tout mon corps pendant que je contemple le visage imprégné d'angoisse de Noah. Ses hésitations me blessent autant qu'elles me révoltent quand il recule une fois encore et ma voix tonne aussitôt avec fureur. « Qui de nous deux s'obstine à ne rien comprendre ? » Le fait-il exprès ? Est-ce pour mieux enfoncer le couteau dans la plaie qu'il insiste de la sorte ? Je m'avance vers lui sans attendre et sans me soucier de son geste de mise en garde, comme s'il croyait réussir à me tenir à distance. Qu'il essaie seulement. Quelques pas rapides me suffisent pour l'attraper durement par le col, sans lui laisser la possibilité de s'arracher à mon emprise alors que je l'écrase de mes prunelles assassines. Des regards se sont à nouveau tournés vers nous, ceux des quelques personnes amassées sous le porche extérieur du café, mais je m'en moque complètement. Et tant pis si nous sommes dans un lieu public, tant pis si le moindre acte de brutalité risque de rameuter cette foutue milice. « Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, tu ne crois pas ? » Je gronde, mes doigts accrochés au col de sa veste, le regard fulminant de rage et de douleur. J’entends toujours son cœur se déchaîner au rythme de son angoisse, me renseignant sur ses pensées avec bien trop d'efficacité. Il a peur de moi, peur de moi. Le sang et l'énergie qui ruissellent dans son corps me sont bien trop intensément perceptibles, eux aussi, comme pour éveiller un appétit cruel tapis au fond de mes entrailles. « Regarde encore Noah, regarde. C'est bien le vide que tu vois, le vide que laisse une âme arrachée de son tombeau. Tu ne vois rien parce qu'il n'y a plus rien à voir, parce que je suis incapable de créer la moindre illusion désormais. Ces pouvoirs, tout ce qui faisaient mon identité, mon essence... ils ont tous disparus, du jour au lendemain, ils m'ont été ARRACHÉS.» Ce dernier mot lui est craché en même temps que je le repousse durement contre la façade, le balançant pour que son dos s'y heurte avec violence. « Tu as été privé de ta magie pendant quelques minutes, peux tu concevoir la déchéance qui est la mienne ? »

Je ne suis plus qu'une coquille vide désormais, un cadavre condamné à errer indéfiniment avec la colère pour seule et unique force motrice. N'est-il pas le mieux placé au monde pour comprendre ce que je ressens alors que ses propres paroles résonnent encore en moi avec tant de fureur ! Je le hais de m'obliger à lui décrire tout cela, à lui faire voir cette blessure si douloureuse qui m'a détruit ! Cette haine de ce que je suis devenu, cette colère que j'ai trop gardée au fond de moi ne demande qu'à exploser ce soir. Elle le fait quand je fond à nouveau sur lui, sans lui laisser le temps de reprendre son souffle, l'attrapant par les épaules pour le cogner encore contre le mur. « Je ne pouvais vraiment n'être que mort ou traître selon toi ? Hé bien non, je ne suis pas mort. » Et pour qu'il en soit bien certain, je l'écarte à peine du mur, l'empoignant par le col pour lui balancer un direct dans la mâchoire, un coup que je retenais depuis bien trop longtemps et qui reste encore trop doux pour sa jolie gueule. Je n'ai pas frappé fort, juste assez pour le convaincre que je suis bien en vie, juste assez pour respecter ma foutue promesse, il n'avait qu'à mieux écouter mes mises en garde. « Tu as préféré me coller l'étiquette de traître parce que c'était mieux pour toi mais je n'arrive pas à comprendre en quoi c'est mieux de foutre aux ordures tout ce qu'on a partagé. Et encore maintenant c'est ce que tu es en train de faire...  Tu refuses de croire qu'il y avait bel et bien une autre explication !» Je le dévisage, lui renvoyant mon regard courroucé et incrédule. Il y a trop d'incompréhensions entre nous, trop de méfiance pour que nous soyons capables de nous retrouver et c'est tellement douloureux de m'en rendre compte. Noah ne me croit pas, il a accumulé lui-même trop de rancœur, comme il l'a si bien expliqué, le temps a enseveli pour toujours les braises de notre fraternité, la recouvrant de couches trop sombres de ressentiment et de colère pour la ranimer. « Tu crois être le seul à être furieux ? » Qu'il se relève et je lui prouverai que ce n'est pas le cas. Qu'il essaie de se défendre de mes coups s'il l'ose, de se battre comme un homme si c'est la seule façon de nous débarrasser de cette tonne de frustration. C'est ce que je l'incite à faire dans un haussement de sourcil railleur, les yeux brillants de rage, reculant de quelques pas en le défiant de me rejoindre d'un signe des mains. « Viens, qu'est ce que tu attends ? A moins que je ne te fasse peur ? »

Quelques personnes sont rentrées dans le café avec inquiétude mais d'autres se sont rapprochées et je sens leur présence à quelques pas, sans même avoir besoin de tourner la tête. « Je ne ferais pas ça si j'étais vous. » Le type à qui je m'adresse avait cru pouvoir me surprendre et m'attraper par derrière mais il tressaille à mes paroles et je sens l'odeur de l'incertitude glisser sur lui. Ce ne sont que des humains, faibles et fragiles, ils ne peuvent absolument rien contre une créature comme moi. Bien pire, ils s'exposent à un grave danger en m'approchant et ils sont bien loin de s'en rendre compte. Le bonhomme s'enhardit cependant à me toucher l'épaule mais quand j'attrape son poignet de mon étau, son visage blêmit aussitôt. Un simple regard noir suffit à faire reculer ses potes, visiblement peu habitués aux combats de rue. A moins qu'ils ne craignent tous les répercutions disproportionnées de la milice, toujours à l’affût. Leur lâcheté me désole autant qu'elle me révolte. Devrais-je en vouloir à ces misérables types d'être oppressés par la tyrannie ? Lorsque j'incorpore l'énergie de ce quidam, je le sens déjà chanceler et l'envie de lui ôter la vie me caresse, comme le voile de cruauté qui passe dans mon regard. « Pauvre idiot. » Je relâche sa main dans un geste écœuré, le laissant s'écraser au sol en happant l'air pour reprendre désespérément son souffle. Un souffle que j'ai bien failli lui dérober pour toujours.

L'homme n'a pas compris ce qui vient de lui arriver, il a failli s'asphyxier alors que je n'ai pas porté la main à sa gorge ni cherché à l'étrangler à aucun moment. Il se fait maladroitement redresser par ses amis qui s'inquiètent de son sort pendant que je me retourne vers Noah. Si ces gens là ne savent rien des daybreakers, le sorcier est-il aussi ignorant de cette sombre malédiction qui a pesé sur les nôtres depuis Darkness Fall ? Il y a vécu pendant un temps si inconcevablement long, bien plus que moi-même, et en sept siècles, j'imagine qu'il a eu l'occasion de rencontrer des sorciers atteints de cette abomination. Je l'ai agressé et alors que je marche vers lui à nouveau, je ne sais pas s'il prendra la fuite, comme l'ont fait ces humains, ou s'il restera face à moi. N'a-t-il pas compris à quoi il s'est exposé en me touchant ? Ne se rend-il pas compte du risque qu'il a encouru alors que je suis à peine capable de contrôler cet appétit constant qui me tenaille ? S'il est persuadé de ma traîtrise, convaincu par des années de rancune, il n'a plus de raisons de rester là. Je lui ai rendu ses pouvoirs, Noah est libre. Sans doute ferait-il mieux de partir et pourtant... « C'est en te cherchant que je suis devenu comme ça... Je ne suis pas mort mais je ne vaux guère mieux.» Ma voix est trop basse cette fois. J'aurais pu mourir, l'une de ses hypothèses aurait pu s'avérer juste. Mais j'ignore s'il aurait pu joindre mon âme si mon cadavre s'était remis en marche, à l'image de ce mort-vivant qui m'a transmis cette malédiction. Je ne suis pas mort. Je ne suis pas un traître. « Je ne suis plus un sorcier. »


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MessageSujet: Re: Winter Wonderland ~ Meadow   Mer 1 Mar - 3:12


La vérité. La vérité n'aurait jamais su être aussi laide. La vérité n'aurait jamais su être pire. La vérité n'aurait jamais pu être aussi lointaine de tout ce qu'il avait imaginé. Aussi douloureusement lointaine. Mais elle était là, si présente qu'elle en était tangible, si réelle qu'elle avait pris corps et s'immisçait entre eux deux. Une vérité qu'il n'avait jamais voulu accepter, ne serait-ce que considérer un seul instant. Comme un sujet tabou que l'on se tient de révéler à qui que ce soit, un secret tapi dans le silence et l'obscurité, qui est voué à jamais ressortir sous aucun prétexte. La vérité. C'était aussi simple, et pourtant si complexe. Elle expliquait tout, tout ce que Noah avait eu autant de mal à comprendre. Pourquoi les souvenirs étaient revenus avec autant d'intensité. Pourquoi Cassidy avait réussi à annuler toute magie dans ses propres veines. Pourquoi il avait eu la sensation d'être aussi démuni de sa propre énergie après que ce dernier l'ait empoigné. Pourquoi son regard avait fait aussi mal qu'une qu'une épée en travers de ses côtes lorsqu'il avait constaté qu'il n'aurait pas d'illusion. Qu'il ne trouverait pas cette once de réconfort de la part de son ancien ami.
Pour la simple et bonne raison que tout ça, tout ce monde fantasmagorique, toutes ces belles certitudes qu'il s'était construites lui-même, étaient à des lieues d'être la vérité. Et qu'elle se révélait à présent dans sa noirceur âcre, poisseuse, sublimant cette aura malsaine qu'il avait sentie tout du long de leur conversation.

Cassidy n'était pas mort. Et pourtant la mort aurait été bien plus douce.

Qui de nous deux s'obstine à ne rien comprendre ? Il avait raison. Ce n'était pas lui qui était aveugle, dans toute cette situation. C'était Noah. Noah qui s'était raccroché à des chimères, des illusions, comme il l'avait toujours fait. Qui avait cru à d'autres lendemains sans jamais croire une seule seconde que la vérité puisse être aussi cruelle. Qu'elle puisse réveiller tellement de rancoeur, de douleur et d'impuissance dans le coeur de cet homme. L'amertume de la situation rendait sa gorge pâteuse, et il tenta de bredouiller quelques mots en le voyant approcher pour l'en dissuader. Il eut tout juste le temps de faire quelques pas en arrière que son ancien compagnon de cellule l'empoignait par le col et continuait de cracher sa rage. Sans le vouloir, Noah avait touché ce nerf sensible qu'il avait refusé de considérer une seule seconde. Un tout autre pan de la réalité qu'il était maintenant obligé d'entrevoir, et qui secouait les tréfonds mêmes de sa propre existence. Portant ses mains sur les poignets de son ancien ami, il tenta de s'arracher à sa poigne. Mais Cassidy était bien plus fort que lui. Et avait un avantage que Noah ne possédait plus à présent : il était furieux.

Arrachés. L'horreur de la vérité lui claquait en pleine figure, au point qu'il avait baissé sa garde une minute de trop. Ses pieds quittèrent le sol et son flanc gauche heurta violemment une poubelle avant que son dos ne suive le mouvement. Le mur l'accueillit brutalement, lui arrachant un cri étouffé. Se redressant difficilement, une main portée sur ses côtes où le choc avait été le plus violent il tenta de reprendre son souffle. Sa vision avait beau être brouillée par la violence du coup, elle ne l'empêchait pas de voir que Cassidy se rapprochait à nouveau. Impossible de s'en défaire. Et il pouvait la sentir, sa haine. L'adrénaline aiguisant ses sens, il pouvait sentir la fureur de son regard brûler chaque parcelle de son propre corps, pouvait sentir cette énergie sombre, mortifère, émaner de l'Américain. Un Daybreaker. Le pire des scénarios possibles, un scénarios qu'il n'avait même pas osé effleurer dans ses propres fantasmes.
Une déchirure qu'il ne pouvait qu'entrevoir, et qui pourtant résonnait fort en lui. Si fort qu'il pouvait comprendre où le nerf avait cédé sous sa propre curiosité obsédante. Il n'avait effectivement expérimenté la perte de ses pouvoirs que pendant quelques minutes, et il avait eu la sensation qu'on lui arrachait tant les entrailles que sa propre âme. Ce que devait ressentir Cassidy était certainement pire, bien pire que tout ce qu'il pouvait lui-même imaginer. Une souffrance dont il ignorait tout de la portée, mais qui se révélait dans des pas bien trop rapides, et une proximité bien trop vite retrouvée. Qu'elle était la portée de sa haine, à présent ? Noah n'avait pas joué selon les règles. Il avait joué à son propre jeu, amenuisant toute tentative de conciliation, et il s'en rendait parfaitement compte à présent. S'il y avait possibilité de rétribution, toutefois, il savait qu'il se devait de garder le silence. Parce que tout ce qui lui passait en ce moment par la tête comme répliques ne servirait à rien d'autre qu'attiser le feu qui consumait tant Cassidy que lui-même.

Sa vue s'accentuait progressivement, mais la tentative d'esquive qu'il opéra fut vaine. L'Américain était bien plus rapide, et bien plus fort que lui. La possibilité de battre en retraite, de faire le mort pour le lasser semblait intéressante, mais il connaissait suffisamment son ancien ami pour savoir qu'il n'en aurait cure. Restait que dans la situation actuelle, il n'avait aucune ouverture. Aucune.
Et la terreur continuait de le serrer à la gorge, étau cruel entre amertume, colère et déception. Son dos heurta une nouvelle fois le mur, lui arrachant un nouveau cri étouffé. Chaque mot prononcé par Cassidy était un poison, de cette vérité bien trop sale pour être énoncée. Bien trop honteuse. Noah ouvrit la bouche pour tenter de le raisonner, mais n'eut pas le temps de faire grand chose. Le coup de poing le cueillit en pleine mâchoire. Mâchoire qui se referma sur l'intérieur de sa joue, sur sa propre langue. Si le coup n'était pas aussi fort qu'il aurait pu l'être, il sentit quelque chose claquer à la l'intérieur de sa bouche. Un déclic, malgré la douleur qui irradiait son visage. Cassidy avait tenu sa promesse de lui refaire le portrait s'il ne le croyait pas. S'il était toujours aussi droit malgré sa morbide condition, cela signifiait-il qu'il disait également vrai par rapport à d'autres points de leur conversation ?

La sensation d'un liquide tiède, métallique qui inondait sa bouche étouffa cette pensée vagabonde d'un nouvel éclat de colère. Avec une bouffée d'orgueil mal placé, il cracha un mélange de sang et de salive aux pieds du Daybreaker. Et planta un regard noir, furieux, dans ses iris assombris par la défiance.

-Nier n'est pas oublier, admettre n'est pas embrasser. Mais continue à croire que juste parce que je t'ai catalogué comme un traitre, j'ai tiré un trait définitif sur tout le reste. Tu persistes à m'accuser de ne pas te croire, mais en réalité c'est toi qui ne vois pas. C'est toi qui ne comprends pas. Mais continue, continue dans ce sens. Avec une capacité d'abnégation pareille, tu serais presque bon à marier. L'homme idéal, celui qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez et agite les poings à la moindre contrariété.

Parce que le fond du problème n'était autre que Cassidy. N'était autre que cet espoir infondé et malhabile que Noah avait placé en lui. Cette confiance aveugle qui finalement n'était qu'une énième chimère, ce fantasme débridé d'une connexion outre mesure avec une âme identique. Une connexion qu'il n'avait plus connue depuis Aida, et que Cassidy lui avait fait miroiter. Que savait-il des conditions de sa transformation, après tout ? Cassidy pouvait tout aussi bien avoir volontairement provoqué sa déchéance pour obtenir bien plus de puissance sur le reste du monde. Une puissance débridée, réelle, quitte à vendre son âme et rompre leur connexion dans le processus. Une confiance qui se retrouvait si mise à mal par la colère, si malmenée par la déception, qu'elle ne sortait plus qu'en paroles blessantes comme des lames. Parce qu'il avait mal. Si mal, en réalité. Mais que valait la douleur si elle ne trouvait pas d'oreille attentive ? La muer en colère en faisait une force. Une force aveugle, une force destructrice. Comme avec Rafael. Comme avec le reste du monde.
Plus la haine le tenait, et plus il était puissant. Plus sa magie se concentrait dans ses veines, rayonnant hors de son corps, s'évaporant en ondes tièdes de sa peau. Il trouverait son ouverture en continuant de le provoquer. Tout en continuant d'attiser sa propre rancœur, tout en continuant de refuser d'accepter sa propre douleur. Une colère qu'attisait la provocation de l'Américain, annihilant tout le reste, réveillant dans sa propre fureur une froideur détachée synonyme que quelque chose de très mauvais se tramait sous ses boucles brunes. Répondant à l'invitation de ses gestes, il s'était rapproché avec une souplesse déconcertante, le regard mauvais. Une façade, pour cacher la terreur qui l'engloutissait tout entier. Car Cassidy avait ce qu'il fallait pour le tuer là, séance tenante, au milieu de tous ces badauds qui se réunissaient progressivement autour d'eux. Il les avait vus, ses pairs, à Darkness Falls. Il avait vu nombre de sorcier tomber sous leur faim inextinguible. Mais, contrairement à Darkness Falls, il avait la possibilité de faire quelque chose.  

-Peur ? Peur de quoi, ton inénarrable capacité à tout détruire sur ton passage, jusqu'à l'âme même de ceux qui t'ont fait confiance ? Laisse-moi rire, Valdès. Tu n'es rien de plus qu'un misérable prétentieux.

C'était lui, le prétentieux. C'était lui, qui se gonflait d'orgueil comme un animal acculé gonflerait sa fourrure pour se faire passer pour plus large qu'il ne l'est en réalité. Et s'il ignorait pourquoi il avait autant besoin à Cassidy qu'il était bien réel, et bien vivant, pourquoi il éprouvait ce besoin déchirant de le détruire pour tout le mal qu'il avait pu causer, pour toutes les déceptions qu'il avait engendrées, il était prêt à en découdre. L'adrénaline pulsant dans ses veines, le goût du sang dans sa bouche, contribuaient à alimenter incessamment sa puissance. Contribuaient à le pousser à chercher la moindre ouverture. Lui faire payer, en premier. Lui échapper, en deuxième.
L'ouverture se révéla bien plus tôt qu'il ne l'aurait cru. Un élément extérieur, un pauvre bougre qui voulait bien faire en posant une main malheureuse sur l'épaule du Daybreaker. Pauvre fou. Pourtant la démonstration de puissance de Valdès le gela sur place. S'il savait que Cassidy était capable d'aspirer l'essence d'autrui, il ne savait pas jusqu'à quel point il se maîtrisait. Les créatures de son espèce étaient connues pour leur faim irrationnelle. Pourtant, avec une froide détermination, l'homme y avait survécu. Mais avait apporté à Noah la minute d'inattention qu'il espérait.

Il n'avait pas besoin de grand chose, juste d'espérer qu'il reste suffisamment concentré pour se donner suffisamment d'avance sur le Daybreaker. Prenant ses appuis, il profita que ce dernier ait le dos tourné pour reconstituer mentalement chacune des caractéristique de l'endroit où ils se trouvaient. Superposer l'image à la réalité, englobant non seulement Cassidy mais les badauds alentours. Se créant une image, un ersatz froidement stoïque, qui étudiait la scène d'un regard vipérin. Il recula d'un pas, rapidement, pour tester l'effet. Les badauds qui avaient le regard fixé sur lui le gardèrent sur le Noah illusoire, sans sembler remarquer que le vrai avait changé de place. Il ne connaissait pas les Daybreaker capables de flairer les illusions. Ça lui donnerait suffisamment d'avance.
Le contrôle qu'impliquait l'illusion manqua toutefois de défaillir aux paroles basses, presque intimes, qu'avait prononcées son ancien compagnon. Il recula de nouveau, mais tout le monde avait le regard rivé sur sa copie. Copie qui marquait la même incrédulité que celle qui s'affichait sur son propre visage. Une vive douleur étreignit son coeur, alors que l'ersatz répétait, d'une voix mesurée.

-Et c'est toi qui m'as fait tel que je suis, maintenant.

Des paroles qu'il avait murmurées, si dures, si réelles, et qui pourtant avaient été énoncées avec une froideur abrasive par son double. Des mots si réels qu'ils lui déchiraient les entrailles et le coeur, tandis que son ersatz continuait, levant un regard désolé sur l'ancien bagnard.

-A croire qu'au final nous ne sommes toujours pas aussi différents que nous le pensons.

Le sang dégorgeait, dépassant la frontière de ses lèvres. Un signal pour Noah, qui marqua quelques pas en arrière, jetant un dernier regard sur le visage de Cassidy. Incapable de déchiffrer son expression, incapable de comprendre lui-même ce qu'il ressentait, il ne savait plus qu'une seule chose : il devait partir. C'était ça, le signal. Et, alors qu'il prenait ses jambes à son cou, il entendit juste ces derniers mots. Je ne suis plus un sorcier. C'était vrai. Il n'était plus un sorcier. Il n'était plus la moitié de lui-même. Il n'était plus la moitié de son ami. Il n'était plus de connexion, d'illusions, de rêves et de partages. Il n'était plus rien, affreusement, cruellement plus rien. Plus rien que son sang qui battait ses tempes alors qu'il courait le plus vite possible à la recherche d'une issue, d'une solution. D'un taxi, même, dans lequel s'engouffrer, pour s'échapper définitivement de toutes les questions qui se bousculaient dans son esprit et menaçaient de faire chavirer l'illusion.
Faire le vide. Désespérément, faire le vide. Le Noah illusoire avait baissé les yeux, l'air tout aussi déchiré que cette blessure que le vrai Noah ressentait dans sa course effrénée, alors qu'il bifurquait dans une ruelle attenante. Il clignota, alors qu'il releva son regard clair pour le planter dans les iris embrasés de Cassidy. Transmit juste cette dernière pensée, une pensée en Italien, qui avait traversé l'esprit torturé du sorcier.

-Mais tu es toujours Cassidy.

Une pensée fugace, dont Noah ignorait la manifestation en paroles, ne cherchant plus à contrôler l'illusion. Illusion dont le visage s'étira en un sourire empreint de tristesse avant de se gondoler, puis disparaître. Il était suffisamment loin pour relâcher sa concentration et ne se focalisa plus que sur ses foulées. Jusqu'à apercevoir l'éclat d'un reflet de lumière sur la peinture jaunâtre d'un taxi à l'arrêt. Sans réfléchir, il ouvrit la portière et s'engouffra dans l'habitacle. Et le taxi démarra sur les chapeaux de roues, ne laissant plus derrière lui qu'une trace de pneus sur le bitume et le goût amer de ce maudit espoir qui perdurait toujours, malgré la douleur.
Qui perdurait un peu trop. Un peu trop fort.  


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MessageSujet: Re: Winter Wonderland ~ Meadow   Mer 8 Mar - 17:29


Cassidy & Noah
featuring

Cette fragilité, cet effroi qu'il exhale, cette souffrance qui s'échappe par rafales de son aura me sont perceptibles, aussi vivaces que si je pouvais les toucher. J'aimerais le faire en cet instant, il n'a nulle idée de ce dont je suis capable, j'aimerais l'étreindre et le vider de son essence, m'en abreuver jusqu'à la lie, jusqu'à laisser son corps pantelant entre mes bras, pâle et sans vie. Et à la fois, sa douleur me blesse cruellement, je me blesse en me remplissant les yeux de son image, le voyant meurtri par ma faute quand je n'aurais souhaité que l'envelopper de chaleur. Suis-je sadique ou masochiste ? Sans doute les deux, je ne sais. Mes idées embrouillées s'emmêlent à cet appétit morbide qui m'est si difficile à combattre. L'énergie des humains me parait si fade en comparaison de celle qui s'échappe du corps du sorcier. Son odeur est chaude et enivrante, sa puissance vibre dans l'air et je ferme les yeux pour mieux la humer. Pour mieux tenter de ne pas y succomber. Son visage ensanglanté me trouble davantage que je ne pourrais le décrire. Il saigne. Ses mots me paraissent abscons et lorsque je le dévisage à nouveau, c'est l'incompréhension totale qui s'inscrit dans mes yeux, quand mon visage reste obstinément fermé. En effet je ne vois pas ce qu'il me reproche de ne pas comprendre et mes sourcils se froncent à ses sarcasmes. Ce ne sont que de maudites railleries pour condamner ma violence, des saillies ironiques auxquelles je ne prendrai pas la peine de répondre. Mes poings ont effectivement parlé à ma place mais en dépit de leur brutalité, ils ont le mérite d'être francs eux au moins.

Le sorcier ne s'écrase pas. Il s'est redressé avec une dignité qui ne pourrait m'échapper, s'armant de sa morgue en guise d'étendard pour mieux mettre en valeur son assurance, pleine de fiel. En dépit de ses insultes, sans doute suis-je confusément soulagé de constater que je ne l'ai pas brisé, que sa lumière intérieure brille toujours autant dans son regard, que sa fierté révèle un courage magnétique et appréciable. Lorsque je me retourne vers lui pour saisir son regard, c'est la surface glacée et insensible d'un iceberg qui me fait face. C'est à peine si j'y détecte l'incrédulité qui s'y grave, comme si même à présent que l'entière vérité lui a été révélée, il s'obstinait à mettre ma parole en doute. Mais qu'ais-je fait de toi, Noah ? La blessure que j'ai creusée en toi est-elle donc si profonde pour que tu sois à jamais incapable d'offrir ta confiance ? Indifférent à ce qui se passe autour de moi, mon regard reste braqué sur le visage ensanglanté qui m’apparaît dans toute son effrayante beauté. Peut-être l'odeur de son sang aiguise-t-elle davantage cet appétit vorace qui flamboie dans mes prunelles. La dernière ressemblance qui nous unit est probablement cette ardente colère qui embrase nos cœurs en permanence, sans que jamais rien ne puisse l'éteindre. Une condamnation éternelle à subir la morsure de ces flammes que seule la mort pourra étouffer.

Je ne suis ni mort, ni vivant, je ne suis plus un sorcier, je ne suis plus rien. C'est ma déchéance que je lui dévoile, ce cœur à l'agonie, léché par les flammes, cette douleur cuisante et honteuse, ce secret tapi dans mes entrailles dont les hurlements étouffés me hantent depuis tant de nuits. Les yeux de Noah ont vacillé et j'avance d'un pas vers lui, imprégné de cette confusion qui me serre la gorge. Ces mots en italien me transpercent et me figent un instant sur place, le regard ébranlé. Pendant quelques secondes troublantes, je suis emporté dans le passé, revoyant devant moi le visage de ce sorcier italien, surgi d'un autre temps, qui me souriait avec confiance. Un sourire triste et fragile qui se dissipe, comme dans un rêve, se fondant dans l'obscurité humide de l'air. Je cille un instant avant de me rendre compte qu'il a bel et bien disparu et un cri étouffé s'échappe de ma gorge, dans un mélange de frustration et d'amertume.

La rage au ventre, mon sang bat contre mes tempes à un rythme effréné, provoquant une douleur sourde et lancinante, quand je lance des regards autour de moi. Me fiant à mon instinct, je me mets à courir le long du trottoir pour poursuivre cette proie qui m'a échappé. Bifurquant à l'angle de la rue, les sens aux aguets, je scrute les alentours avec la fureur du désespoir. Le moteur d'une voiture résonne au loin, dans le fond de la rue et j’accélère ma course, mes pas résonnent contre les pavés humide alors que je hurle son prénom. « Noah ! » Ma voix porte encore trop de colère. Je savais qu'il utiliserait ses pouvoirs à la première occasion, je n'aurais pas dû les lui rendre, pas encore, j'aurais dû les conserver jalousement à l'intérieur de ma paume et les broyer définitivement. Si j'en avais eu la possibilité, l'aurais-je seulement fait ? Je m'arrête, le souffle court devant les traces de pneus contre le bitume. « Meadow... »

Ce prénom, ce nouveau patronyme qu'il s'est attribué... Il m'échappe dans un murmure alors que je fixe la rue déserte, mes poings tremblant légèrement. Des gouttes de sang tachent encore mes doigts. Comme un automate, je fais volte face pour remonter l'avenue d'une démarche saccadée, le visage fermé et les yeux envahis par des nuages orageux. J'essaie de ne plus penser à rien, de tempérer cette douleur qui me fait vaciller tant elle m'ébranle, à chaque battement de cœur. Les regards qui se braquent sur moi me sont invisibles pendant que je retourne sur mes pas pour rejoindre le café. Cette carte de visite, négligemment abandonnée sur un coin de table, est empochée avant que je ne m'échappe, sans un mot à quiconque. Le vent souffle sur mon âme et l'emporte au loin, dans les méandres de mes souvenirs. L'énergie qui réchauffe mon corps laisse des sensations douce-amères dans mes veines corrompues, comme si le sang noir qui s'y écoulait conservait encore une part de sa présence. Et je marche, sans savoir où mes pas me porteront, m'enfonçant dans les rues animées de la Nouvelle-Orléans où les notes de musique ricochent contre moi sans m'atteindre vraiment. Parce que dans mes pensées, seul le chant lugubre du blizzard résonne, celui qui souffle sur ces terres gelées où deux frères se cherchent encore en vain.


FIN DE TOPIC

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Winter Wonderland ~ Meadow

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