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 How to save a life ? [PV Rhys]

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MessageSujet: How to save a life ? [PV Rhys]   Lun 19 Déc - 1:07

How to save a life ?
○ Where did I go wrong ? I lost a friend somewhere along in the bitterness. And I would have stayed up with you all night, had I known how to save a life. Let him know that you know best. 'Cause after all you do know best. Try to slip past his defense without granting innocence. Lay down a list of what is wrong. The things you've told him all along.


Les doigts tremblent contre le nœud qu’il ne cesse de défaire. Des mouvements imprécis, agités, à peine conscientisés. Contre ses dents, les injures s’écrasent. A la quatrième reprise, la cravate échoue lamentablement, quelque part entre le lit et la table de chevet. Il n’a jamais compris pourquoi la tenue importait. Dérisoire de s’imposer une apparence lisse et convenable alors que le mental en ruine ne s’intéresse pas à l’accoutrement, aux coutumes d’usage, ni à l’opinion d’autrui. Pour rendre hommage, il parait qu’il convient de bien présenter. Elias est certain qu’elle s’en ficherait. Et quand bien même, elle n’est plus là pour les observer s’aligner devant une assistance quasi inexistante. La belle farce, une vague comédie qu’on dédie aux morts alors que le deuil ne concerne déjà plus que les vivants. Ses paumes se calent contre un meuble alors que les épaules se courbent. Le poids du chagrin s’amplifie quand les yeux dérivent vers le radio réveil à proximité. Encore cinq minutes. Cinq petites minutes avant que la réalité ne le rattrape pour de bon. Lui qui n’arrive toujours pas à y croire. Son regard déserte la succession de chiffres, s’attarde sur le costume ébène qu’il arbore tristement. Non, il ne comprend toujours pas. Les images s’amoncellent dans sa tête pourtant. Des bribes de souvenirs qui s’entrechoquent, forment un ensemble incohérent, terrifiant. La voix qui lui annonce le trépas, sa mère dans l’encadrement de la porte qui ne le croit pas. Le corps glacé. Décomposé dans une pièce impersonnelle. Les ongles s’enfoncent dans le bois décharné de la commode, la respiration s’emballe. Chaque bouffée d’air gonfle douloureusement ses poumons, râpe son larynx. Il suffoque, étouffe ses hurlements, souffre en silence. Le dernier survivant de sa fratrie, une ironie sans précédent. Une fois de plus, une fois de trop, il n’a pas pu sauver sa sœur.

Les cachets passent d’une main à l’autre, antidouleurs, anxiolytiques, ils se confondent  dans son œsophage depuis des jours maintenant. Il en reprend une flopée, à la volée. De toute façon, sa guibole tiraille, menace de le lâcher. Nerveusement, il s’oriente vers le porte manteau, y décroche sa veste sans savoir pourtant s’il osera réellement franchir le seuil. Assister aux obsèques. Une lâcheté qu’il ne se voit pas assumer. Le cocktail médicamenteux annihile, il est vrai, une bonne partie de sa lucidité, le tient éloigné de quelques démons encombrants mais il ne le préserve aucunement de la masse que la mémoire représente. Elle lui broie les os, les sème aux quatre coins de la ville tandis qu’il se rend au lieu du rassemblement. Deux silhouettes encadrent le cercueil, il les discerne à peine quand il entre. Un vertige l’oblige à prendre appui contre un mur très rapidement, à rester en retrait, les prunelles rivées sur la boîte. La conscience s’agrippe péniblement à la vérité. Entre ces quatre morceaux de bois, le corps de Louiza est piégé à tout jamais. Il lui semble ridiculement petit. Comment peut-il contenir l’ensemble d’une vie ? Le grec ne croit pas pouvoir faire le moindre pas. Il ne pense pas réussir à affronter ses parents. A endurer tout ça. Les paupières repliées, la main posée contre le front, le rédacteur se referme sur lui-même, se noie dans une multitude de regrets. Seules quelques intonations parviennent à l’en extirper. Un appel. Une trainée de couleurs au milieu de l’obscurité.

Le père se redresse quand l’enfant s’approche, s’accroupit très vite pour être à sa hauteur. Clementine dispose ses bras autour de son cou alors qu’il la serre contre lui, va jusqu’à se relever sans jamais la relâcher. Point d’ancrage qui s’accompagne inéluctablement d’un de ses plus beaux échecs. Le champ visuel s’élargit, ses yeux accrochent ceux de Carley à quelques pas de là. Le silence s’allonge. Pas le moindre cri. Pas la moindre trace d’hostilité. L’émotion filtre dans les iris de son ex épouse, elle dépasse les mots. Durant un bref instant, le journaliste en oublie pratiquement leurs différends. Leurs chagrins se rejoignent, se partagent sans que la communication ne devienne à un quelconque moment, verbale. Quant au reste de l’assemblée, elle ne reçoit aucune considération. Pas même ses géniteurs dont les sanglots emplissent désagréablement la pièce de façon disproportionnée. Déchirés, ils sont convaincus d’avoir tout perdu. C’est sans doute vrai. Mais ce n’est pas le cas de leur fils. Pas tant que la gamine blottie contre lui respirera encore. Il dépose ses lèvres quelque part dans sa chevelure avant de la reposer à terre, de la regarder rejoindre sa mère.

Le cortège macabre débute sans plus attendre, étrange assemblement de différentes personnes ayant côtoyés la défunte. Du bout des cils, le brun ne peut s’empêcher de chercher la carrure de l’islandais. Son absence s’établit très vite comme un fait. Un fait qu’il ne peut tolérer. La colère perce la torpeur, dérange les traits affligés du damné. Jusqu’au bout, le milicien n’aurait ainsi pas assumé ? Il le tient pour responsable dès que le déni s’évapore. Sentiment farouche de haine qui s’évanouit aussi rapidement qu’il éclot. La culpabilité revient alors pour l’abattre lui. Lui qui détenait le secret pour Allison. Lui qui aurait pu le divulguer. Lui qui aurait pu agir d’une façon ou d’une autre. Son énervement se mue déjà en anxiété. A l’heure où tous les remords sont permis, où la souffrance et le drame remettent en perspective les choix de toute une vie, l’affection ressurgit. A une époque, Rhys était sa seule famille. Il devrait être là. Pas seulement pour sa femme. Ils devraient être là, ensemble, au moins pour cette fois.

Le cimetière se dessine péniblement à l’horizon. Sa jambe se met à lui faire un mal de chien, il boite. A aucun moment, les Kaligaris ne se tournent vers lui, ne lui témoignent un peu d’attention, de délicatesse. A aucun instant, ils ne font un mouvement dans sa direction. Invisible, il pourrait très bien s’étaler à terre et y crever, ils resteraient toujours aussi indifférents. Cette constatation qu’il croyait avoir pourtant assimilé, amplifie la gaucherie de sa démarche incertaine. Quelques phrases se perdent, emportent le cadavre dans les tréfonds du tombeau. Tout lui semble futile. Des visages présents au sens de ce qu'ils vivent. De ce qu'il s'est passé. L'injustice lui saisit les tripes. Il a envie de crier tout en tentant désespérément de se raccrocher à ce qui lui reste. Les souvenirs. Il se sent coupable de ne pas se rappeler avec précision toutes les paroles qu’ils se sont échangées. Il ne se souvient même pas des derniers mots qu’elle lui a prononcés. Quel genre de frère est-il pour ne même pas parvenir à replacer les dernières sonorités que sa benjamine lui a adressées ? Mais quel genre de mari ne se présente pas à l’inhumation ? Quelque chose cloche. Il le sent.

Alors qu’un peu de terre est projetée symboliquement contre la dépouille, que les larmes se tarissent sur les pommettes des témoins, la cérémonie prend fin. Quelques mains sont serrées solennellement et tous se dispersent. Ne reste que les Kaligaris. Le couple sanglotant ne lui prête toujours pas la moindre attention. Il renonce à provoquer la moindre remarque. Le monde redevient étrange, le fossé se creuse entre l’avant et l’après. Entre lui et les autres. Ceux qui ne savent pas, ceux qui continuent à s’agiter en ignorant que cette planète ne compte plus Nora Kaligaris parmi ses habitants. Usé jusqu’à la moelle, il se détourne du spectacle insoutenable pour effacer d’un revers de main, avec pudeur, les quelques sillons que le chagrin a tracé sur son faciès. L’âme écorchée par la perte et l’esprit en pleine dérive, le trentenaire ne peut se résigner à rentrer. Il ne veut pas se retrouver seul avec toute cette peine à endurer.

Ses inquiétudes et son intuition le poussent très vite jusqu’au quartier qu’il aurait aimé éviter. L’endroit où la tragédie s’est jouée. Le lieu qui a abrité le monstre et le meurtre. La seule destination qu’il juge pertinente cependant. Transporté par le besoin de voir son ami d’enfance, l’envie de hurler à l’oreille de quelqu’un qui comprendra, la nécessité de partager son affliction. De savoir tout autant qu’il n’en a pas rien à faire. Et qu’il va bien. Qu’il va forcément bien malgré tout. Il sera plus facile ainsi de lui en vouloir par la suite à nouveau. De ne pas oublier tout ce qui les sépare désormais. Sentiments contradictoires qui l'animent toujours devant la porte contre laquelle il dépose quelques coups. Il répète très vite le geste, s’écarte ensuite de la paroi pour atteindre une vitre à proximité. Résigné, il veut s’assurer que l’hôte ne soit pas là  à se terrer avec la ferme intention de l’ignorer. Encore loin de se douter de ce qui suivrait. Du rôle qu’il aurait à jouer. Bien loin d'imaginer ce que le veuf a planifié.
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MessageSujet: Re: How to save a life ? [PV Rhys]   Ven 23 Déc - 22:24

/!\ Ce post contient des propos sensibles destinés à un public averti.

L’impression qu’on tape son crâne avec une masse. Que son cœur pulse jusque dans sa paume. Les grognements sinistres percent le silence de mort, entaillent sévèrement ses tympans. Ils décuplent ses tremblements, lui donnent envie de disparaitre sous la pierre du sous-sol. Seconde après seconde, il se décompose. Plongé dans les ténèbres les plus complètes, il n’a pas besoin d’ouvrir les yeux pour la voir, les yeux exorbités et les traits déformés par la rage. Par la faim. Par le monstre vorace et insatiable qui lui dévore les viscères depuis la première morsure. Les paupières obstinément fermées, il refuse de les ouvrir. De plonger dans l’eau noire et pétrifiée des pupilles de son enfant. Il sait qu’il n’y lira pas la moindre trace d’humanité, de culpabilité. Il sait qu’elle n’a même pas conscience d’avoir dépecé sa mère. Il la revoit encore, son petit corps penché sur celui agité de soubresauts de la grecque. Les heures passées à frotter la chair jusqu’à s’arracher l’épiderme n’ont pas permis d’en faire disparaitre la substance obscure, entre l’ébène et l’écarlate. Elle lui est restée entre les mains. Il a passé plus de temps à serrer entre ses bras son cadavre ensanglanté qu’à étreindre sa silhouette en vie au cours des derniers mois. La triste ironie qui le ferait rire s’il n’avait pas tant envie d’en pleurer. Même si les sanglots sont coincés au fond de sa gorge depuis son décès. Ils n’étaient plus que des étrangers l’un pour l’autre, et pourtant la femme avec laquelle il a passé presque toute sa vie lui manque déjà horriblement. Comme un trou béant impossible à combler. La mort de Calyxte lui avait fait affreusement mal. Celle de Louiza l’achève. Son absence est partout. Dans chaque instant, chaque souffle, chaque inspiration. Elle dérègle tous ses souvenirs, imprègne chaque pièce de leur maison devenue tombeau.

Il ne peut pas s’empêcher de se demander si elle ne l’a pas fait exprès. Si elle n’a pas capitulé, si elle ne s’est pas volontairement offerte à sa fille. Si elle n’espérait pas la détourner de son effroyable instinct macabre au dernier moment. Est-ce que ce n’est pas la preuve qu’ils attendaient pour enfin baisser les bras ? Celle supposée leur faire comprendre qu’Allie n’est plus là, qu’elle ne reviendra pas. Qu’une entité ignoble la possède, projette ses membres et anime sa mâchoire acérée. La lame argentée supposée être l’instrument de sa délivrance git pourtant sur l’asphalte, à quelques centimètres de la tâche lessivée jusqu’à en perdre l’esprit. Il n’a pas la force d’abréger ses maux, pas le courage. Louiza ne le voudrait pas, pas même après ce qu’elle lui a fait. Si les rôles avaient été inversés, elle aurait continué de la choyer, de la protéger. Un sacrifice nécessaire pour la préserver, pour peut-être un jour la sauver. Ou plutôt, la ressusciter. Il ne peut pas lui enlever ça, il n’en a pas le droit. Rompre leur accord tacite serait la pire des trahisons. Mais il ne se voit pas non plus la maintenir dans le garage, la nourrir avec de pauvres animaux comme si cela était parfaitement normal. Il n’a plus rien à reconstruire, tout a été ravagé par la guerre qu’ils ont mené entre eux, jusqu’à ce qu’elle soit en eux. Même le pilote automatique, enclenché depuis la transformation de leur prunelle, vient de se faire fracasser en milliards de morceaux.

Lentement, le milicien se relève, époussète son costume hors de prix par pur réflexe. Par souci du détail. Il vient de faire son choix. Il ne peut pas tendre sa jugulaire à la tueuse comme il l’a envisagé tout au long de cette interminable nuit. Il en est purement incapable. Si un remède est trouvé, elle aura bien assez à faire avec son premier crime, sans qu’il double son châtiment. Mais il n’a pas l’intention non plus de se rendre à l’enterrement. Pas même au nom des convenances, pour rendre un dernier hommage à celle dont il a détruit l’existence. Il ne veut pas se prêter à ce jeu d’hypocrites en assistant à la cérémonie funèbre. Entendre un prêtre débiter des banalités niaises, torturer la mémoire de ceux qui restent. Observer le cercueil glacé se faire mettre en terre, pour nourrir gaiement les asticots. Participer à cette vaste fumisterie qui consiste à promettre anges, cieux plus doux, et éternité auprès d’un seigneur inventé par les vivants ignorants. Elle ne croyait pas plus en Dieu que lui, et il s’en veut déjà d’avoir été trop lâche pour s’opposer à ses beaux-parents. A quoi bon ? Si voir un tocard en soutane jeter de l’eau bénite et de l’encens en déclamant des bondieuseries les console, qui est-il pour les en priver ? Mais il n’est pas en état de se montrer. D’affronter leurs regards assassins, ceux qui le condamnent aux enfers pour ne pas avoir été un mari à la hauteur. Sans saisir qu’il s’y trouve déjà depuis longtemps. Il ne pourra surtout pas se confronter à Elias sans s’effondrer. Pas alors qu’il avait été le premier à leur prédire un avenir catastrophique. Pas quand il a tout fait pour convaincre sa sœur de ne pas épouser un homme aussi indigne. C’est son jugement qu’il appréhende le plus. S’il se présentait devant lui, il devrait admettre que son meilleur ami avait raison sur toute la ligne. Que leurs quelques années de bonheur étaient une bien maigre compensation de toutes celles où il l’avait trompée. Rendue aigrie, amère. Pour construire quelque chose, il faut des fondations saines, solides. Ses racines à lui sont pourries, infectées par le vice. Par ce géniteur qui a brisé sa mère, qui l’a punie en la contraignant à enfanter son propre bourreau. Le modèle miniature de son abject tortionnaire. Il n’a pas besoin d’un ultime éclat de haine et de déception pour le conforter dans sa volonté de rendre les armes. Il n’a plus aucune raison de continuer la lutte, du moins le croit-il au seuil de son désespoir.

Les phalanges rêches agrippent la tignasse emmêlée de la petite fille, la contraignent à l’immobilisme pour embrasser une dernière fois son front glacé. Elle remue avec vigueur, le diable vissé à sa maigre carcasse. Ses muscles se crispent contre sa tête, résistent aux assauts acharnés. « - Pardonne-moi. » Murmure t'il dans un soupir brisé, dans l'espoir illusoire d'être entendu. Il la délaisse finalement, esquive les dents féroces pour retourner à l’étage. Un rouleau de corde autour du bras. Les quelques marches de l’escalier intérieur ne lui ont jamais semblé si hautes, si difficiles à gravir. Mais rarement une décision ne lui a paru aussi évidente et essentielle, paradoxalement. Mécaniquement, il se dirige vers le salon. Toutes les recherches de son épouse sont éparpillées sur la table basse, à proximité de la tasse de café froid. Il n’a rien dérangé, rien osé toucher. Tout est dans le même désordre, comme si elle était seulement partie au travail, prête à revenir pour se replonger dans ses papiers inutiles. Il distingue presque son empreinte sur le sofa, celui depuis lequel elle lui lançait ses remarques acides lorsqu’il rentrait trop tard.

C’est avec un calme effrayant qu’il ramène une des chaises de la cuisine vers la poutre apparente, celle supposée donner plus de charme et de cachet aux lieux. Un zombie, un meurtre et un pendu. De quoi faire chuter le prix de vente. Toutes les statistiques du quartier en termes de bon voisinage et de sécurité. Celui d’en face obtiendra ainsi enfin justice, après qu’il l’ait cruellement privé de la moitié de son âme. Personne n’est plus là pour regretter un salopard tel que lui, et c’est autant un réconfort qu’un coup de grâce. Vidé de son énergie, il n’utilise les bribes qui perdurent que pour enrouler fermement l’entrave autour du bois. Il monte sur le siège lorsque les premiers coups se font entendre contre la porte, il les ignore. Il se hâte même pour serrer le nœud autour de sa trachée, et envoyer valser ce qui lui permet encore de respirer d’un mouvement vif de pied. Le corps amoché par le chagrin chute lourdement. Les doigts rudes enserrent impulsivement son cou, alors que ses jambes battent vainement l’air. Il sent subitement tout l'oxygène se vider de sa poitrine, ses poumons s’asphyxier. Ils brassent son effroi et sa détresse, le font suffoquer alors que sa nuque est irrémédiablement tirée en arrière. Lentement, sa cervelle se désagrège, dissipe toute lumière à laquelle se raccrocher pour faire enfin tomber le couperet.

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MessageSujet: Re: How to save a life ? [PV Rhys]   Mar 3 Jan - 0:25

Ça ne ressemble déjà plus qu’à un champ de bataille. Les ennemis s’additionnent à l’extérieur, à l’intérieur et pendant un bref instant, il se croit désarmé. Le regard se perd au-delà du miroitement diabolique qu’il peint sur la vitre, traque les contours du mobilier lentement. Il cueille la silhouette convoitée assez rapidement, offre à la colère, le loisir de se propager dans chacun de ses muscles. Ça ne dure qu'un quart de seconde. Le temps de comprendre, le temps de recevoir les images. Paralysé un instant de plus, tétanisé par la vision macabre à laquelle il assiste sans totalement le réaliser. La corde nouée, la mine résignée, lacérée par une tristesse infinie qu’aucun sanglot ne pourrait adroitement exprimer. Les mouvements exécutés à la suite sortent tout droit d’un cauchemar, s’articulent sous la prunelle incrédule du seul témoin. Le grec sent une main glacée se resserrer contre son thorax, comprimer ses organes jusqu’à la douleur physique, palpable. Le choc refroidit l’entièreté de son corps, d’une seule onde ravageuse. Son premier réflexe est de hurler, de frapper de son poing, la fenêtre inutilement. Il ne s’agit plus de réfléchir, d’analyser ou même de réellement de concevoir ce qu’il se produit. Il ne demeure plus que l’instinct, que cette panique, que ses tripes pour le guider vers la porte à nouveau. Deux coups d’épaule, un coup de pied, un peu plus d’élan encore. Sa guibole accuse ces excès et le soutient comme elle peut durant l’assaut contre la paroi. Après quelques essais de plus en plus enragés, il parvient à forcer l’entrée, à se frayer un passage dans la bâtisse. Il court plus qu’il ne respire, souffre d’un point de côté très rapidement qu’il néglige pour bondir immédiatement en direction de la carcasse suspendue de son ami. Sans jamais réussir à faire preuve de lucidité, il ne dédie son premier geste qu’à l’assistance qu’il veut lui porter à tout prix. Ses pensées toujours affreusement dispersées, anesthésiées par la surprise, par l’urgence. Il ne veut même pas savoir s’il est déjà trop tard. Si cet homme est déjà mort. Il ne veut pas l’envisager. Il en est incapable. Le moindre doute l’anéantirait.

Ses bras piègent les jambes, tentent de porter le corps, de le relever pour que la corde cesse de comprimer la trachée. La sueur dégringole ses tempes, les maigres forces du damné s’amenuisent immédiatement. Elias s’achète juste assez de temps pour tirer la chaise vers eux. D’un coup sec, du bout de sa chaussure, tout en maintenant un équilibre précaire, il la traine sans jamais relâcher sa prise sur son beau-frère. Le plus rapidement possible, il fait en sorte que les pieds du suicidaire reposent sur la surface rassurante et réconfortante du siège, le soulevant une ultime fois pour se faire. Ses mains tremblantes desserrent leur prise progressivement. De nombreuses inspirations précipitées, de longues expirations erratiques s’enchainent tandis qu’il tente d’assimiler ce qu’ils viennent de vivre. Ce qu’ils vivent toujours. Le regard confus et écorché du journaliste se relève ainsi vers le suffocant en quête de compréhension, de réconfort, s’accroche à la vie bien présente dans la pupille du milicien. Il titube, se rattrape comme il peut au point d’appui de son acolyte. Les paroles se pressent contre ses lèvres mais il n’a même pas la force de les expulser. Peut-être pas l’envie non plus. Toujours affreusement terrorisé devant l’ampleur d’une détresse qui aurait pu, dû tuer Rhys, le rédacteur ne s’autorise pas la moindre rationalité, la moindre conscience. L’adrénaline le conduit à pousser la table basse pour grimper dessus, écrasant au passage tout ce qui y repose encore excepté le couteau qu'il ramasse à la volée. Une tasse échoue au sol, se brise dans l'indifférence de son bourreau. Ce dernier s'occupe déjà de sectionner fébrilement la ficelle entourant toujours la gorge du métamorphe. Son peu de sang de froid s’effondre dès que le lien est coupé. Il relâche abruptement la lame, l’entend claquer contre le parquet à la suite.

Abruptement, il empoigne le changeur avec force. Contact qui veille surtout à rendre cette terrible réalité tangible, à rassurer son pouls affolé. Toujours là. Toujours en train de respirer. Mais la vision du corps se balançant dans le vide hante encore son esprit, crispe ses traits d'anxiété. Ses doigts s’incrustent dans la chair de son vis-à-vis. Les sons lui reviennent, s’extirpent péniblement de son larynx. Déchirés par son affliction, par le tourment entretenu. « Mais qu’est-ce qui t’a pris ? Comment t’as pu faire ça ? » Des larmes affluent au coin de ses paupières sans les outrepasser. Un chagrin manifeste qui ne parvient même plus à s'exprimer. Il crève de douleur dès que l’air gonfle ses poumons, la boule dans sa gorge ne cesse d’enfler. Ses yeux se fixent dans l’azur, tentent d’y sonder la tempête qui a invoqué cette tragédie. Il sait comment la nommer. Il sait très bien pourquoi aujourd’hui. Et pour qui. Pour la première fois depuis plus d’une décennie, il est à même de le comprendre et de partager cette peine. Mais pour l'heure, il se butte à sa panique, la laisse nourrir son discours, secouer ses membres. Lui ôter toute maitrise même partielle de son être. Il se met à secouer son comparse nerveusement. « T’as perdu la tête ? Qui t’a donné le droit d’abandonner comme ça ? Qui ? » Il veut le hurler mais son ténor fracassé se brise dès qu’il cherche à grimper.

Pendant si longtemps, il ne croyait pouvoir discerner qu’un ennemi derrière ce visage anguleux. Qu’un de ces représentants de l’ordre qu’il méprisait. Pendant des lustres, il a cru avoir perdu toute trace d’amitié pour le mari de sa sœur. Dans la proximité que le drame a créée, dans la débâcle émotionnelle et la brutalité du moment, la vérité se simplifie nettement. Ce n’est plus Rhys, l’homme qui l’a planté sans se retourner pour rejoindre l’armée qu’il toise. Celui qui a épousé Louiza, qui l’a trompée ensuite, devenu le soldat cruel qu’il a vu en action. Non, devant lui, se tient Rhys, le gamin qui l’a sorti de sa solitude. Qui lui a tendu la main quand il en avait le plus besoin. Qui a grandi avec lui, sur qui il a pu compter. Et avec qui la vie a parue bien moins pesante. La relation qui a compté durant l’enfance et l’adolescence, qui a forgé une partie de l’homme qu’il est. Un mur porteur, une fondation qu’il a cru pouvoir abattre en s’éloignant. Et maintenant, plus que jamais, il prend conscience de son importance.

La culpabilité l’assaille. Pris au piège entre un trop plein de sentiments contradictoires, le trentenaire perçoit ses limites, ses défaillances mentales et physiques. Il tient à peine debout, sa maudite jambe ne pouvant plus endurer son poids. Ses paumes se rattachent davantage à la carrure de son interlocuteur afin de demeurer en place sur son propre perchoir. Le sens lui échappe une fois de plus, tout ce qu'il vit lui semble lointain, étranger. Comme s’il vivait l’existence d’une autre personne, qu’il se trouvait là par mégarde. Une mauvaise comédie, une grossière erreur, une farce qui prendrait fin dans quelques minutes. Que quelqu’un sorte de l’ombre pour lui dire que tout ça est faux. N’importe qui. Que quelque chose se passe et le ramène au moment où tout a déraillé. N’importe quoi. Il est prêt à bien des concessions pour qu'on le tire de là. Prêt à tout endurer. Tout sauf la réalité. Cette horrible et incompréhensible réalité.
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MessageSujet: Re: How to save a life ? [PV Rhys]   Mer 11 Jan - 18:41

Il n’entend plus rien. Seulement le raffut de son propre sang, qui pulse et inonde sa cervelle. Au seuil de la perte de conscience. Juste un bourdonnement diffus, l’écho de pas précipités contre le plancher. Les phalanges serrent la corde jusqu’à adopter une teinte blanchâtre, cadavérique. Les ongles saignent, raclent tout ce qu’ils peuvent. La chair s’arrache à trop lutter. Il suffoque, échappe des gargouillis immondes en tentant d’attraper l’oxygène à la volée. L’instinct de survie puise dans ses dernières réserves, le pousse à s’agripper de toutes ses forces là où le cœur voudrait s’abandonner. Il les ressent avec plus d’intensité encore qu’auparavant, ces battements douloureux et désordonnés. L’immense chagrin qui continue de le maltraiter. Qui lui donne envie de s’arracher la cage thoracique pour ne plus rien ressentir. Pour ne plus souffrir.

La délivrance n’arrive pas comme il l’espérait. Les jambes tanguent, se font attraper pour faire remonter l’enveloppe qui convulse. Ses poumons aspirent une immense gorgée d’air, alors que les pieds tâtonnent fébrilement contre le support rassurant de la chaise. Les prunelles affolées croisent celles de son sauveur. Il n’y lit qu’une terreur pure, brute, primitive. Ses tripes se tordent en réalisant ce qu’il vient de faire, l’identité de celui qui l’a surpris en plein suicide. Le mot terrible ricoche contre ses tempes, son cerveau se brouille alors que le grec dévaste tout sur son passage. Sa langue reste bloquée, le condamne à rester muet alors qu’il voudrait hurler. Lui ordonner, l’implorer de ne toucher à rien. Ne pas déranger son désordre, effacer les traces qu’elle a pu laisser avant que leur fille ne lui sectionne la carotide. La tasse se brise dans un bruit sourd, le fait trembler violemment, aggravant la marque écarlate contre sa jugulaire. La gorge gonflée, en feu, il ne parvient pas à protester. Une larme de chagrin, de rage, reste collée à l’orée de ses cils tandis qu’il est contraint d’assister au désastre sans réagir.

La lame intacte libère enfin le milicien de la potence, ses genoux se tordent et se plient, mais l’homme le rattrape. Il s’agrippe à lui, l’empêche de chuter, alors que tout son être n’aspire qu’à s’écrouler. C’est autant un indicible soulagement qu’un désespoir atroce d’être encore en vie. A bout de souffle, vidé de ses forces, il profite de l’appui précaire que lui offre l’éclopé. Il se sent misérable entre ses bras, la moindre de ses vertèbres le tiraille, craque et tend à épouser le plancher. Les rétines sombres cherchent les siennes, fuyantes comme jamais. L’azur se dérobe, esquive le jugement de celui qui était autrefois comme un frère pour lui. Qui l’est toujours, tout au fond de lui. L’attachement inconditionnel, enseveli sous les décombres fumants de leur rancœur mutuelle. Les questions rhétoriques écorchent ses tympans, le tétanisent littéralement. Que peut-il bien répondre à ça ? « - Lâche… moi. » Crache-t-il péniblement, en appuyant ses paumes contre le torse de son beau-frère. Il repousse le journaliste avec véhémence, trébuche et se rattrape lamentablement aux barreaux de bois en tombant. Les malheureuses guiboles ploient, se cognent, viennent mourir contre le sol.

Agenouillé par terre, il tente difficilement de reprendre son maudit souffle. Un rire amer, dément, perce la trachée alors qu’il essaie de répliquer. Sa toux est sèche, comme entaillée par des débris de verre. Une fine pellicule de sang se dépose sur sa manche. Le félin tapi au creux de ses viscères les griffe avec hargne, apeuré par l’audace du changeur. Le mécanisme de guérison bute contre le manque de pratique, se heurte aux défaillances de l’homme qui renie sa nature. Qui assomme la panthère avec des injections d’argent presque hebdomadaires. « - C’est… pourtant simple. Pas besoin d’être marin pour savoir nouer une corde à une poutre. » Marmonne le suicidaire, acide, encore apte à faire le malin et à provoquer. Le ton est pourtant plat, dénué de la dose de moquerie habituelle. Les rétines translucides se relèvent, s’ancrent à celles rongées par le chagrin de son vis-à-vis. « - Abandonner quoi hein ? Qui ? Toi aussi tu trouve que j’ai encore une dette à payer ? C’est pas suffisant tout ça ? » Le nom du voisin qu’il a trahit l’effleure, incendie son palais à vif. Celui à cause duquel sa femme et Allie ont été transformées. Celui qui a les regardées se faire attaquer par des monstres sans réagir, seulement pour se venger. Regan aurait surement jubilé d’apprendre qu’il avait contribué au trépas de son ignoble assassin.

Les sphères métalliques se déportent sur le chaos ambiant, sur les empreintes grossières qui ornent les derniers vestiges de son épouse. « - Putain, t’aurais dû me laisser crever… Qu’est ce que ça pouvait te foutre. » Le timbre rauque vacille, chevrote pitoyablement. La mort l’a frôlé de près, et il regrette qu’elle ne l’ait pas fauché. Il grelotte à s’en fracturer la mâchoire, l’échine rongée par les sueurs froides. « - Dégage, fous-moi la paix. Retourne à tes bonnes œuvres. » Ordonne l’ingrat sur un ton se voulant autoritaire, incapable d’affronter plus longtemps son regard inquisiteur. Pas un merci, rien. Il est plus facile de le repousser que de l’étreindre. Plus simple pour sa fierté de le jeter dehors, avant de se mettre à pleurer comme un gosse. L’islandais refuse de céder devant l’ami qui l’a trainé plus bas que terre. L’ombre des pires folies de son enfance et de son adolescence, qui lui a manqué tout au long du reste de son existence.

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MessageSujet: Re: How to save a life ? [PV Rhys]   Jeu 26 Jan - 0:25

L’instabilité jumelée se propage dans les prunelles qui ne se croisent jamais. La terre tremble sous les pieds du journaliste, se fracture quand le désespéré lui échappe, le repousse. La jambe cède dès l’assaut et il imite alors, sans le vouloir, le métamorphe, s’écroule à moitié sur le mobilier qu’il a mobilisé. Misérable, il se laisse choir, prend la table comme seul siège, la paume tremblante désormais crispée sur la guibole défaillante. Sa bravoure s’effondre à l’instar de son organisme. Le rejet du suicidaire l’ébranle alors que la situation continue de lui échapper. Il s’écrase contre le bois qu’il a sollicité et il attend. Espère une délivrance quelconque, que la douleur s’estompe, cesse de le transpercer pour qu’il puisse correctement respirer. Ses paupières se replient, le privent partiellement de la tragédie. S’il pouvait hurler, il le ferait sans hésiter mais sa voix ne peut supporter le poids de son effroi. Pas plus que son mental ne parvient à soutenir la réalité. Fébrile, le trentenaire ramène sa main gauche contre son front, se replonge malgré lui dans ce passé lointain où tout avait sa place. Plus rien ne semble la posséder maintenant. Il vit en décalé, mal replacé. Incapable de relever le menton pour toiser son interlocuteur, il l’écoute en gardant sa position à demi-recroquevillée, le tourment contractant ses traits. Rhys empile les mots de son ténor mutilé. Chaque son est insoutenable pour le rebelle, il donne une perspective bien réel à ce qu’il tente visuellement de fuir. Aux prises avec les vérités, il finit par retrouver l’azur, par y collecter les degrés de sa détresse. Démuni, il ne réagit pas immédiatement. L’éreintement moral et physique l’oblige à demeurer passif durant de trop longues secondes.

Ce n’est que la dernière injonction qui lui offre l'occasion de s'exprimer. Ainsi elle lui arrache un sifflement courroucé, sectionne le peu de sang-froid qu'il puisse dénicher. Elle le renvoie aux conflits qui les opposent et qui les ont séparé. Ses prunelles deviennent assassines le temps d’un battement de cil mais trop vite, la tristesse reprend ses droits, se dilue dans cette hargne infernal. Il ne sait plus vers qui elle est dirigée. Vers son vis-à-vis pour son geste fatal et égoïste, vers sa propre personne pour sa défection antérieure et son incapacité à trouver la force de le relever, vers Nora qui n’a pas été assez prudente et s'est laissée mourir. Ou vers le monde entier pour provoquer ces drames sans arrêt. Elias serre les poings contre ses cuisses, ravale la bile qui ne fait que remonter et redescendre dans son œsophage depuis une poignée de minutes. Les paroles s’extirpent avec moins d’acidité que prévu, lui font louper l’effet qu’il tente péniblement d'engendrer. Seul le chagrin perce, s'accroche à chaque syllabe. « C’est certain que t’en es pas une de bonne œuvre. Et pourtant, tu vois, oui, j’ai du temps à gaspiller pour ce que tu es et que je ne pourrais même pas qualifier. Mais vas-y, continue. Je t’en prie, épanche-toi sur la haine que je t’inspire, que la vie semble aussi t’inspirer. Fais-toi plaisir. De toute évidence, je n’ai pas d’orphelins ou de veuves à préserver aujourd’hui. » La dureté s’évapore déjà, les doigts compressent le front à nouveau, coulissent vers la barbe. La vision macabre de ce corps suspendu reste bloquée dans ses méninges. Même quand ses pupilles aggripent la carcasse de l’échoué, il ne peut s’empêcher de s’interroger sur sa survie qu’il a cru impossible avant de le réceptionner. Il craint de subsister dans une hallucination qu'il se serait créée. D’avoir définitivement perdu la tête et de s’enfermer dans ce qu’il peut gérer. Alors il doit le faire parler. Alors il doit parler. Chasser le silence oppressant, s’assurer de cette évidence. « Pour ce qui est d’une dette, si t’as des soucis de conscience, c’est ton problème. Pas le mien. » Un haussement d’épaules qui ne souligne rien, ne marque que sa propre confusion.

Sa souffrance le force à contracter la mâchoire, à étouffer les sanglots piégés dans sa poitrine. L’affliction s’approprie entièrement l’être, fait vibrer les membres. Il grelotte encore, toujours plongé dans cet état de choc. Tout se construit pour mieux se démanteler dans son esprit engourdi. Il se dit qu’il a voulu mourir ici. Là où elle est morte aussi. Il repense à sa dernière visite alors. Il songe au secret qui l’a uni à sa cadette. Il troque ainsi une plaie pour une autre, se noie dans la rancœur, dans les émotions brutes qui vont et viennent. Tout se confond, tout s’additionne. « En fait, oui, peut-être que t’as quelque chose à te faire pardonner. Tu savais que ça risquait de se produire avec Allie ici. Tu le savais. Vous avez pris ce risque, tous les deux. » Projection inutile de sa propre culpabilité. Tout semble bon pour le blesser à son tour, pour lui renvoyer le mépris, l’insensibilité et la rage de cette injustice. Ces injustices. Il s’en veut immédiatement, craint de le voir partir. De le pousser davantage vers son désir morbide.

Cette peur l’étreint si voracement qu’il ne réfléchit plus quand il glisse au sol pour se rapprocher de son beau-frère. A genoux à son tour, il délaisse sa honte pour se munir de sa farouche détermination. « Non, je ne vais pas dégager Steinsson. Ni te laisser gaspiller cette seconde chance comme l’abruti fini que t’es devenu. Elle ne voudrait pas ça. Et je ne le veux pas non plus. Je te l'interdis même. Ne me fais pas revivre ça, putain. » Il n’aime pas prêter une voix ou une intention aux trépassés. Cependant, s’il veut le faire réagir, il doit en passer par là. Il le sait. Sa main se plaque contre le cou de l’islandais à la suite, brutalement, obligeant ainsi ce dernier à fixer ses iris dans les siennes. Le grec ne tente même plus de jouer des apparences, de revêtir autre chose que sa profonde affection, certes enfouie jusqu’alors mais totalement lacérée désormais par la perte qu’il allait lui causer. « A quoi tu crois jouer ? Bordel, c'est ta vie. Tu croyais que j’allais te regarder crever ? Que ça me laisserait indifférent ? Merde Rhys. Pourquoi tu crois que je suis venu aujourd’hui ? » Il n’est pas certain de vouloir obtenir cette réponse. Pas sûr encore d’être prêt à lui avouer réellement son attachement. La main posée contre la nuque provoque une réaction qu’il aurait dû anticiper. Face à la panique, au déséquilibre affectif, la nécrose s’opère sans mal à son insu. Phénomène qu’il a déjà pu observer à de nombreuses occasions pourtant. Le damné retire sa paume de la chair immédiatement, la dépose contre l’épaule couverte à la place pour la serrer. N’importe quoi, pourvu qu’il parvienne à maintenir un contact tangible avec l’éploré, qu’il lui rappelle qu’il est toujours vivant. Et tout aussi sûrement qu’il n’est pas seul. Plus maintenant.
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MessageSujet: Re: How to save a life ? [PV Rhys]   Jeu 23 Fév - 11:25

Le désespoir étreint sa poitrine à la moindre bouffée d’oxygène. Il se rue à toute vitesse dans ses veines, fusionne avec l’écarlate vicié, sectionne ses nerfs. Chaque inspiration lui fait mal. Chaque expiration lui arrache le cœur. Le malheureux organe cogne violemment contre ses côtes, comme s’il cherchait à rattraper les longues secondes d’apnée. En sang, il persiste à s’écorcher, à se déchirer en lambeaux au rythme de ses regrets. Comment en sont-ils arrivés là, les deux gamins sans foi ni loi ? Ceux qui savaient étouffer leurs craintes derrière des rires et un attachement sincère. Qui déguisaient leur mal-être derrière des piques insolentes, qui s’unissaient pour mieux faire déchanter tous les adultes qu’ils croisaient. Existent-ils encore quelque part ou se contentent-ils de trainer leur souvenir comme des poids morts en eux ? La nostalgie de leur complicité d’antan tire l’islandais vers le bas depuis un nombre effrayant d’années. La distance et l’apparent mépris de son ancien ami n’ont cessé de retourner le couteau dans la plaie, empêchant ne serait-ce qu’un semblant de cicatrisation. Il ne s’est jamais vraiment remis du trait qu’il a tracé sur eux, sur lui. De la sentence sévère qui lui a été infligée pour avoir osé aimer sa sœur en secret. Il a attendu vainement un signe de fraternisation, quand son beau-frère ne lui a offert que des raisons d’enterrer pour de bon son affection. Bien avant que ses tromperies ne soient découvertes.

La mention d’Allie aggrave considérablement ses tremblements, racle sa détresse comme une lame de fond. Il est responsable de trop d’atrocités pour rajouter le décès de sa femme à sa liste. Il sait pourtant qu’il l’est inévitablement. Mais l’entendre dans la bouche du grec est plus effroyable que jamais. C’est injuste de le lui reprocher, quand leur fille, ou ce qu’il en restait, était la dernière chose qui maintenait son épouse en vie. Elle n’aurait pas supporté d’affronter pleinement son deuil. Elle n’avait pas les ressources pour se remettre d’une perte si barbare, et le milicien ne pense pas les avoir plus qu’elle. Il ne se projette plus, il n’entrevoit qu’un enfer lisse et oppressant à l’horizon quand il s’imagine survivre au lendemain. Il ne lui reste que le même espoir que celui de la brune. Celui de revoir un jour leur petite les prunelles emplies d’humanité. Mais il se sent trop faible et sceptique pour l’alimenter en son absence. Sans elle, il est pétri de doutes. Les satanés traitres le rongent jusqu’à la moelle. Elle n’est plus là pour le convaincre de poursuivre la lutte, de ne pas abandonner leur unique réussite. Il pense aux ignobles traumatismes, aux épouvantables séquelles engendrées. Même si elle revenait d’entre les limbes, comment pourrait-elle décemment s’en sortir ? Avec une tombe, un cercueil vide et un meurtre abominable à son nom. Les dents se crissent, déchirent l’intérieur de sa joue avant qu’il n’explose. « - T’as aucun droit de me balancer ça. Tu m’entends ? Aucun droit. Elle aurait préféré se tuer elle-même plutôt que d’achever Allie. Plus rien d’autre ne comptait pour elle. Et t’as pris le même risque que nous, en gardant notre secret. » Le timbre est chaotique, ravagé par l’indignation qui lui tord sauvagement les tripes.

La gorge se perdrait en éclats d’hilarité si elle n’était pas si amochée. A quelle renaissance croit-il qu’il puisse accéder ? Tout a été détruit, rien ne peut se reconstruire durablement sur des ruines. Les fondations sont pourries. « - C’est ma vie, exactement. T’as pas à me juger pour ce que j’ai cherché à faire, tu t’en es assez donné à cœur joie ces quinze dernières années. » Crache t’il, venimeux et acide. Le contact visuel de son acolyte se veut aimant, tend à effacer l’animosité, mais il n’y décerne qu’une maudite illusion. Il ne peut pas se permettre de recommencer à croire à une réconciliation. « - Me fais pas croire que t’es venu car t’étais inquiet, j’aurais pu crever la gueule ouverte dans un caniveau que ça t’aurait rien fait, du moment que j’étais pas dans ton champ de vision. Prétendre le contraire fera de toi au mieux un menteur, au pire un hypocrite. Qui t’espère leurrer comme ça ? Ta conscience ou la mienne ? » Ricane-t-il nerveusement, en tentant d’échapper à la prise de fer des phalanges. Il ne parvient pas à les esquiver, sa nuque est trop abimée pour lui permettre de se libérer. La douleur vive mord le bas du cou, s’étend à l’échine dans son intégralité. « - Tu ne m’interdis rien Elias, pour qui tu te prends ? Ya plus rien qui nous relie, même de son vivant Louiza n’était pas une raison suffisante de nous adresser la parole, alors maintenant… » La phrase reste en suspens, danse en lettres de feu dans la cervelle déglinguée. Il est trop tard. Ils ne peuvent plus se rattraper.

La nécrose s’opère à son insu, lui inflige une terrible sensation de brûlure à l’endroit où la main vient de se retirer. Il contient péniblement un râle d’affliction, écarquille les rétines en cherchant à déterminer s’il n’a pas déliré. Le journaliste enlève immédiatement ses doigts incendiaires, les déplace contre la protection du tissu. « - Qu’est-ce que… » La question reste prisonnière des lèvres gercées, aussitôt chassée par la vague d’amertume qui lui broie la cage thoracique. Il renonce temporairement à l’interroger sur ce qu’il est. « - T’es venu parce que t’étais en colère que je ne me sois pas déplacé pour lui rendre un dernier hommage. La belle affaire maintenant qu’elle repose entre quatre planches. Elle aurait détesté cette cérémonie et tu le sais. Tu passes ton temps à t’opposer au monde, mais tenir tête à tes propres parents pour respecter ses dernières volontés, ça c’est une autre affaire hein ? » L’animal blessé se retranche derrière son sarcasme pour battre en retraite, attaque puérilement son sauveur à son tour au lieu de s’apaiser sous son joug. Il joue de son épaule pour le repousser, agrippe son bras pour le contraindre à se détacher.

« - Quelle seconde chance, raconte-moi ? Quelle belle vie m’attend tu crois maintenant ? Tu la connaissais mal ta sœur, elle s’en tamponnerait complètement que je me foute en l’air. Elle trouverait peut être même ça mérité, après tout le mal qu’on s’est fait. » Le soldat exagère certainement. Il sait qu’elle ne pensait pas toutes les horreurs qu’elle pouvait lui asséner à la figure, mais une part de lui se convainc qu’elle aurait néanmoins éprouvé une forme de soulagement en apprenant sa mort. L’épave en laquelle il s’était transformé ne lui était plus d’aucun soutien. Loin de se montrer soudés face à l’adversité, ils s’étaient embarqués dans une abjecte guerre psychologique. Constamment disposés à se laminer mutuellement le moral. « - J’éviterai de recommencer avant un certain temps, si ça peut t’alléger l’esprit. Une mission un peu trop périlleuse finira de toute façon surement par faire l’affaire. » Prédit t’il, acerbe. Il s’attèle à faire fuir son improbable allié avec un acharnement déplorable. Le besoin qu’il reste est impérieux, mais la bile s’écoule de ses lippes sans qu’il parvienne à la retenir. « - Pour ce que ça vaut, je suis désolé que tu aies dû assister à ça. » Marmonne t’il toutefois après un bref silence, la mâchoire serrée à se la fracturer. S’excuser, même si faiblement, n’est pas dans ses habitudes. Le paon est d’ordinaire trop fier pour se soumettre à ce genre d’aveu, préférant de loin s’entêter à exhiber ses couleurs plutôt que d’admettre au grand jour ses impardonnables fautes.

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MessageSujet: Re: How to save a life ? [PV Rhys]   Mer 1 Mar - 1:22

L’acidité érode les prunelles assombries du damné. Sans doute justifiée par les écarts que son propre comportement a occasionné, par les erreurs que son presque frère n’a cessé d’empiler. A l’heure où le grec lui tend finalement la main, le temps devient une personnalité à part entière, une entité qui alourdit l’atmosphère, prend tout l’espace. Qui scande les ratés de l’un, de l’autre. Pourtant, Elias croit n’avoir que quinze ans quand il pose ses prunelles dans celles de Rhys. Lui, il s’obstine à ne pas discerner le spectre dans la pièce, l’empreinte immatérielle de leur histoire chaotique. Il n’a plus envie d’être adulte si ça signifie assister et causer indirectement la perte de cet homme. Durant ce bref instant d’égarement, la culpabilité le lacère plus voracement que jamais et le renvoie un peu plus en arrière quand tout ce qu'il avait, c'était ce gamin tout autant paumé. Dans la rétine sèche du métamorphe, ne perdure que le passé, ne demeure que la mort que sa survie n’a pas réussi à ôter. Cette situation ne rend justice à personne, surtout pas à Louiza, même si Elias a bien conscience d'en savoir trop peu sur sa sœur pour pouvoir prétendre ça. Mais lui, il sait qu’il n’aurait pas aimé qu’elle ait à sauver Rhys du suicide, qu’elle ait à la suite une conversation similaire. Aussi vide de sens et de chaleur que leurs carcasses brisées, que leur âme ébréchée. Une place fictive qu’il n’a pas à envisager. Parce que pour lui, jamais le changeur ne serait pendu au bout d’une corde. A raison sans aucun doute. Et pourtant, maintenant, plus que jamais auparavant, la distance qu’ils ont entretenue, le dérange, le blesse. L’insupporte. Ses gestes, ses mots jusqu’ici ne font que raffermir la position tantôt défensive, tantôt offensive du soldat. Des postures rationnels quand on se trouve face à un ennemi. C'est donc ce qu'il est devenu pour lui.

Très vite, le veuf se dégage de sa poigne sans le moindre mal, oblige l’éclopé à reculer pour soutenir son propre poids en posant sa paume contre un élément du mobilier. Les iris toisent le plancher, le cœur s’empale sur chaque parole que son interlocuteur lui concède. Le journaliste sent ses forces l’abandonner à nouveau, les émotions pêlemêles se disloquent, se reforment tout aussi abruptement. Le trentenaire ne sait plus scinder les causes des conséquences, ne parvient plus à différencier les douleurs, à les trier, à les nommer. Chaque détail s’occupe de lui briser le squelette, de l’émietter sur le parquet. C’est à peine s’il tient encore debout. Son ténor se manifeste, cependant, avec véhémence dans un premier temps. « Je m’en fiche que tu sois désolé, Rhys. Ça ne m’intéresse pas de le savoir. » Il aspire l’air, serre la mâchoire. Tout ça ne rime à rien. La confusion et le choc ne lui permettent même pas de réellement comprendre les messages délivrés. Ses réponses semblent toutes vouées à l’inachevé, l’incomplet. Insatisfait que le train de ses pensées ne soit pas calé avec suffisance au rail de la lucidité pour donner le relief nécessaire à ses propos. Il doit le dissuader mais il est difficile de trouver les mots pour condamner l’acte, pour annihiler la souffrance. Alors les fautes se multiplient, le clouent à sa croix. « T’as raison, je ne la connaissais pas comme je ne te connais plus. Et pourtant… Pourtant, je n’ai pas hésité un seul instant à fracasser ta porte d’entrée pour t’empêcher de faire ça. Ça n’a rien à voir avec de la générosité. On n’a peut-être plus rien partagé depuis des décennies, on ne peut peut-être plus se supporter mais t’es de ma famille, pour le meilleur ou pour le pire. Et tu vois contrairement à toi, moi, je suis loyal envers les membres de ma famille. » Le dénoncer auprès de sa benjamine entre dans cette optique tordue, s’entend-il penser.

Plus de filtre pour l’orgueil, plus de réserve face à la réalité. La corde sectionnée sert de réceptacle pour sa sincérité. La réflexion ne soutient plus le discours, il s’exprime sur ce qui a le plus piqué sa fierté, ce qui a réveillé le démon. Ce qui a martyrisé sa conscience. Le sujet tabou, le plus sensible. Là où ça fait toujours si atrocement mal. « Qu’est-ce que tu veux que je te dise, sérieusement ? Que je suis qu’un lâche dès qu’il est question de mes parents ? Je peux parler autant que je veux ou même me trancher les veines sous leurs yeux, ils ne m’écouteront pas et je pensais que toi, au moins, tu l’aurais su. Je n’ai pas approuvé mais ils ne m’ont pas laissé le choix. Ni à elle, ni à moi. Ca a toujours été comme ça. Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Que j’interrompe la cérémonie ? Que je tue l’homme de foi avant qu’il ait débuté son discours ? Non, ça, c’est toi. Qui n’a aucun scrupule à tuer des innocents, pas vrai ? » Le regard devient inquisiteur. Le parasite loge dans ces brèches, s’étend devant le spectacle.

La colère revient, claque froidement dans des sonorités revanchardes. « Et puis, tu étais où toi de toute façon pour les dissuader ? Ce n’est pas moi qui ai prononcé des vœux devant l’autel. Ni moi qui la connaissais comme tu me l’as si adroitement rappelé, pour savoir ce qu’elle souhaitait. » Ils se renvoient la balle et le rédacteur a la sensation de se l’être manger en pleine face. « Tu peux m’accuser de toutes les atrocités que tu veux, je ne suis pas la personne qui irait danser sur ta tombe. Peut-être que c’est ton cas, peut-être que tu t’amuses à me renvoyer à la figure ce que tu penses toi-même de moi. Ça ne me surprendrait pas. Mais ne nous confonds pas. Je ne suis pas insensible. Toi, c’est à se demander s’il y a encore quelque chose qui t’atteint. Est-ce seulement pour elle ou pour ta fille que tu allais faire ça ? Ou juste pour toi ? » Sans doute pour lui, qui n’avait plus rien à perdre. Lui qui n’avait plus personne. Cette douloureuse empathie chasse l’instabilité, la hargne inconsidérée, née de la présence démoniaque. La tristesse s’empare de son faciès tandis qu’il s’appuie de ses coudes sur la surface mobilisée, courbe l’échine. Son timbre enragé laisse place aux murmures craquelés. « Tu sais quoi ? Quand elle m’a parlé d’Allie, j’ai eu de la peine pour elle, pour toi. C’est la première fois en plus de trente ans que ma sœur était honnête avec moi. J’aurais rien fait pour gâcher cette confiance, j’ai compris l’importance de ce qu’elle voulait entreprendre. Alors je veux bien te croire, oui que tout ce qui la rattachait à la vie, était en réalité la mort. Allie se décomposant au fond de votre garage. Mais elle aurait pu se faire aider. Elle aurait pu se sortir de ça. » Les paumes du divorcé viennent soutenir son visage brièvement. Sa respiration pesante devient source d’inquiétude. Premier signe avant-coureur d’une crise de panique.

Résigné, il extirpe deux ou trois médicaments de sa poche, ne cherche pas à en connaître le nombre et les avale sans autre forme de procès pour contenir sa faiblesse. Se concentrer sur le suicidaire. « Je ne sais pas pour ta seconde chance. Ce n’est pas à moi de te trouver un nouveau sens à ton existence. Mais je ne me contenterai pas d’attendre que ça se reproduise en t’ignorant, en ignorant ce qui a failli arriver. » Il ne pourra plus se détourner, fermer les yeux et espérer que ce jour n’arriverait plus jamais. Pas après cette vision du corps au bout de la corde. A bout de nerfs, écorché et désemparé, Elias renonce définitivement aux apparences et offre à sa vulnérabilité le loisir de s’exprimer. « Elle est morte, Rhys. Si y avait au moins un putain de jour où on pouvait faire semblant d’être un semblant de famille, c’était aujourd’hui. C’est pour ça que je suis venu te voir. Je ne te demande pas de prétendre que tout va bien, ni même de faire comme si tu en avais quelque chose à foutre de moi. Juste, je ne sais pas. Pour une fois, une seule fois, qu’on se rappelle qu’on n’est pas des étrangers. Et tu vas me rire au nez, je sais. » Un soupir, les paupières basculent. « Je ne peux pas t’interdire de recommencer mais je me prends à raison pour le seul témoin de ton acte. Tu m’as rendu responsable. Si tu arrivais vraiment à tes fins… J’ai déjà assez de crimes sur ma conscience, ne rajoute pas ton décès à la liste. Qu’est-ce que ça peut te faire ? Tu vas me dire. Si t’es désolé, ne fusse qu’un peu, c’est que peut-être que tu n’en as pas totalement rien à faire. » Il tente de se convaincre, d’obtenir des certitudes alors que tout s’est effondré. Et Rhys ne le laisserait jamais devenir son seul et dernier pilier. Il n’est pas certain de parvenir à remplir ce rôle. Ça ne l’empêchera sans doute pas d’essayer. En souvenir de leur amitié passée peut-être, en souvenir de Louiza sûrement.

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MessageSujet: Re: How to save a life ? [PV Rhys]   Sam 11 Mar - 15:09

Une famille. Le terme désuet ricoche contre ses tempes, le fait grimacer plus que sourire. Il ne sait plus vraiment ce qu’il signifie, n’est plus aussi certain d’y accorder une véritable importance. La mort de sa femme signe à ses yeux la fin de son appartenance à celle du grec. Pièce rapportée, il n’aurait surement pas dû s’y greffer. Le coup de poing reçu à son retour de permission aurait dû lui remettre les idées en place, au lieu de l’inciter à redoubler d’efforts pour revenir dans la vie de Nora. Des années et des années après, il se demande encore ce qui l’a réellement motivé. S’il s’agissait vraiment d’amour, ou d’un pur instinct de contradiction. S’il l’aimait elle ou s’il ne voulait pas à tout prix appartenir à quelque chose de plus grand, de plus noble. Se détacher de l’abject mensonge autour de sa naissance, d’un héritage souillé par l’horreur et l’infamie. Il le voulait autant que la chirurgienne aspirait à changer de nom, à gommer ses origines. « - Loyal ? » Ne peut-il s’empêcher de ricaner, manquant de s’étouffer en faisant le perroquet. « - C’est ça la loyauté pour toi ? Renier son beau-frère, ne plus lui adresser la parole, répéter à sa sœur qu’elle devrait quitter un raté pareil ? Me fais pas rire. Je ne suis de ta famille que lorsque ça t’arrange. Si tu as des scrupules sur la façon dont tu m’as traité depuis le mariage et que tu veux te rattraper, ne compte pas sur moi pour encourager et participer à cette mascarade. » Les trahisons perpétrées lui restent en travers de la gorge. La blessure ne s’est jamais refermée. Elias était comme son frère. Un frère qu’il s’était choisi, avec lequel il s’imaginait endurer toutes les étapes de la vie. Il l’est encore, tout au fond de lui. La rancune extrême dont il a fait preuve à son encontre pousse l’islandais néanmoins à la plus grande méfiance. Il ne peut plus se permettre d’espérer pour à nouveau se faire réduire le cœur en miettes. Les mots que son ancien ami prononce sont ceux qu’il attendu toute son existence. Mais ils lui parviennent avec bien trop de retard, vides de sens.

Et pourtant. Ils se connaissent encore suffisamment pour s’abimer. Ils atteignent réciproquement les points sensibles avec une facilité déroutante. Comme si quelque part, ils étaient toujours deux gosses, emprisonnés dans des carapaces d’adultes trop lourdes pour leurs épaules. Ecrasés par le poids de leurs erreurs, par les promesses bafouées. Ils restent pétris par les mêmes doutes qu’autrefois. Le milicien regrette presque aussitôt son attaque gratuite, ses reproches injustes. Il n’a pas mieux préservé la mémoire de la cardiologue que lui. Mais le revers est tout aussi douloureux. La culpabilité qu’il nourrit pour les crimes ignobles qu’il a commis grouille sous sa peau, enserre son cœur dans un redoutable étau. Aussi bavard qu’il peut être éloquent, le journaliste s’acharne. Lui assène des vérités qu’il ne se sent pas en mesure d’entendre. Il ignore s’il en pense ne serait-ce que la moitié ou s’il s’efforce seulement de susciter un électrochoc. Mais il n’est pas certain d’être assez fort pour tout encaisser sans broncher. Muet, il laisse le réquisitoire se dérouler, aussi abattu qu’un criminel sur le banc des accusés. Il a déclenché la tempête, il ne récolte que ce qu’il a semé. « - Si c’est ce que tu penses vraiment de moi, alors pourquoi tu m’as sauvé ? Un meurtrier insensible et sans remords de moins dans cette ville, ça n’aurait pas été du luxe non ? Si rien ne m’atteint comme tu le dis si bien, pourquoi j’aurais fait ça ? » Soupire t’il, lorsque le silence revient enfin. Dépossédé de sa colère et de sa rage, il ne cherche pas à se défendre et à se justifier davantage. Le décès de son épouse lui lacère les entrailles, fait remonter à la surface tout ce qu’il a vainement cherché à enfouir. Elle le force à se remettre en question, à retirer les œillères qu’il porte depuis un long moment pour se confronter au néant de sa vie. Il n’arrive plus à trouver de raison de se battre, ni à se raccrocher à quoi que ce soit pour s’en sortir. C’est sans doute ça qui l’a poussé à commettre le pire. La peur de survivre plus forte que celle de la mort. Il ne cherche pas à faire s’apitoyer le résistant sur son sort, il préfère même rejeter sa compassion en bloc depuis qu’il lui a retiré la corde du cou.

« - Elle ne s’en serait pas remise. Toi aussi, mieux que personne, tu devrais le comprendre. Il te reste encore une fille, qu’est-ce qu’il nous restait à nous ? Nos disputes incessantes ? Notre mépris mutuel ? Tu crois vraiment qu’on peut refaire sa vie après tout ça ? Je ne suis même pas certain que ça ait été un accident tu vois… » Souffle t’il, en osant pour la première fois dire à voix haute ce qu’il redoute tout bas depuis le tragique accident. Il se demande si tout comme lui, elle n’a pas cédé. Si elle n’a pas renoncé, trop épuisée de se battre pour une chimère. Il n’en obtiendra jamais la certitude, mais l’interrogation terrible le hante. « - Je n’en aurai jamais rien à foutre de toi Elias. C’est justement le problème. Tu étais mon frère, tu le seras toujours d’une certaine manière. Mais tu es certainement le dernier auprès duquel j’irais chercher du réconfort, quand tu étais le premier voire le seul de la liste autrefois. » Admet t’il du bout des lèvres. « - J’avais pas le courage de tricher aujourd’hui, de prétendre que j’appartenais à une famille dont je me suis toujours senti exclu. T’aurais pu m’apporter aucun réconfort et moi non plus. » Affirme t’il, avant de s’appuyer sur la paume de sa main pour se relever du plancher. Ses jambes restent fébriles, et il préfère s’appuyer à un meuble pour ne pas flancher. Les prunelles claires se posent sur la silhouette tassée de l’éclopé, déchirées par un mélange de lassitude et d’affliction. « - J’ai pas l’intention de recommencer de si tôt, mais même si c’était le cas, je ne vois pas en quoi ça devrait peser sur ta conscience. T’es pas responsable de moi, ni de ce que je fais. Tu réalises quand même à quel point c’est égoïste de me demander de m’en empêcher pour cette raison-là ? Pour ne pas troubler ta conscience ni déranger ton sommeil ? » Il n’est pas convaincu que l’ainé des Kaligaris le mérite. Les raisons invoquées pour le dissuader de recommencer lui font plus de mal qu’autre chose. Il n’est pas certain de supporter la confrontation beaucoup plus longtemps, lessivé et dépassé par la tournure amère des évènements.

_________________
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MessageSujet: Re: How to save a life ? [PV Rhys]   Jeu 16 Mar - 0:28

L’incompréhension prend son envol, drape les lieux, tapisse les esprits. Les mots bâtissent de nouveaux murs mais au lieu de contempler la brique, Elias se contente d’admirer les autres recoins encore éclairés, ceux que cette ombre menaçante n’a pas encore contaminés. Aucune fatalité pour l’idéaliste, aucune équation insoluble. Juste des contretemps, simplement des obstacles, rien d’alarmant. Il ne peut pas nier avoir lui-même préparé habilement le ciment qui soutient cette fondation. Ça ne l’empêche pas de rêver aux sentiers en bordure de la construction, de croire qu’il y a un chemin qui mènera à l’homme qui se terre derrière ces remparts. Autrefois, déjà, il fallait escalader quelques barrières pour rattraper Rhys. Jamais le grec ne lui en a tenu rigueur, après tout, il a toujours été le plus bavard des deux, le plus extraverti. La distance a juste accentué les différences mais le lien perdure. Quand bien même, le milicien semble vouloir simplifier chaque raisonnement, pousser les limites à leur extrême. Quand bien même, il se butte à la rancœur et aux fourberies passées. Le rédacteur parvient lui, à percevoir les brèches dans l’édifice, à glisser ses doigts contre les interstices. Un peu d’espoir au milieu du chaos, juste suffisamment d’humanité dans le timbre adverse pour enhardir la plaidoirie de l’éclopé. Le milicien réajuste sa position, adopte la même tactique pour conserver sa hauteur. Le journaliste, quant à lui, grappille toujours plus de désespoir dans la posture de son beau-frère, amplifie toujours plus sa propre détresse. Lui ne se sent plus seul depuis qu’il est entré dans cette pièce, depuis qu’il peut sentir la peine alliée. Ils sont deux à partager ces maux. Peut-être que le changeur ne perçoit pas ça. C’est une évidence pourtant pour l’aîné endeuillé. Un réconfort amer, brutal et salvateur néanmoins. Il n’a jamais pu endurer la solitude, ne le pourra sans doute jamais. Et même s’ils ne se tiennent pas concrètement la main durant cette épreuve, au moins, expulsent-ils des démons similaires en cet instant.

Après de longues minutes de réflexion, après s’être exhorté au calme, avoir maitrisé sa respiration erratique, le damné relève les prunelles vers celles de son vis-à-vis. « Je ne peux pas rentrer chez moi et prétendre que ça n’a pas eu lieu, Rhys. Je ne peux pas. Tu crois quoi ? Que je ne vais pas m’inquiéter ? Que je vais fermer les yeux et me dire bien fait pour lui ? Ce n’est pas la vie que je te souhaite. Je n’ai pas voulu que tu en arrives là. Que je sois de ce côté des conflits. » Le désarroi arque ses sourcils, réarrange ses traits pour exprimer la culpabilité. Tout ce poids sur sa poitrine, toutes ses horreurs dans le crâne, toutes ces douleurs discordantes, c’est trop. L’immobilité sied mal à cette tempête. Il doit remuer, refixer ses pensées. Il fait quelques pas en boitant, teste ainsi la faiblesse de sa guibole pour mieux s’accoler au mur le plus proche avant d’extirper son paquet de cigarettes de sa poche. Il en glisse une entre ses lèvres, jette le restant en direction de son comparse avant d’embraser le bout de sa clope. Quelques bouffées de nicotine sont tirées précipitamment. L’amertume écorche ses intonations, à nouveau. « Il est vrai que ça doit être tellement plus aisé de tout simplifier selon tes critères. Tu croyais que j’allais tendre l’autre joue aussi pendant que tu te foutais de ma gueule ouvertement ? T’as vu ce que tu lui as fait à ma sœur ? Ma loyauté, comme tu dis, lui revenait en priorité. Je n’ai jamais demandé à être piégé entre deux camps, c’est toi qui m’y as contraint quand t’as commencé à sortir avec elle dans mon dos. Elle était encore mineure et au temps pour moi, à l’époque, je croyais qu’on se disait tout. J’aurais bien aimé voir ta tête si tu avais été à ma place. Moi, je n’aurais jamais fait ça. » Inutile de revenir sur ça, maintenant. Tout ce discours se découd mais il n’a déjà plus pour vocation que chasser le silence encombrant.

« Peut-être que oui, si y a bien un moment où on peut se pencher sur les erreurs passées, c’est maintenant. Je ne te demande pas de me renvoyer la pareille, si tu te plais dans ta rancœur, c’est ton choix. Je n’ai pas besoin d’encouragement pour savoir ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Ce que je veux et ce que je ne veux pas. » Il hausse des épaules avant de s’orienter avec difficulté jusqu’au canapé, s’y laisser tomber. Les pupilles rivées sur la corde sectionnée, il laisse les émotions le saccager une fois de plus. « Je pense que t’as fait ça parce que tu voulais ressentir quelque chose justement. J’ai l’impression que tu t’es éloigné chaque année un peu plus de celui que tu étais. Que tu es. Je me trompe peut-être. Mais ce n’est pas l’homme insensible que j’ai voulu préserver, c’est la personne que j’ai connue. Celle que je vois là maintenant. » La main chiffonne le visage, le mégot s’écrase sur une assiette trainante et la fatigue survient. La faille trop importante pour être contenue. Le trentenaire ne parvient pas à aborder le sujet Louiza, le thème du couple. Alors il le reporte, l’évite. Il craint lui aussi qu’elle ne se soit livrée à sa fille de son plein gré, habitée par la folie de son accablement. Tandis que l’affliction palpite, les vérités s’alignent. Vérités que Rhys a déjà évoquées, le touchant en plein cœur à plusieurs reprises. « Le deuil est toujours égoïste. Je ne veux pas porter le tien. C’est tout aussi égoïste de vouloir s’effacer de la face du monde, comme ça, sans témoin. Tu penses à ceux qui tiennent encore à toi ? » Les ongles s’incrustent dans le siège qu’il occupe. Tout ça n’a pas de sens. Il n’aime pas ce qu’il lui dit. Il n’aime pas être à ce point incompétent face à cette situation, manier aussi mal les arguments.

L’impuissance pour seule bannière, la déroute pour seule amie, il se surprend, une fois de plus, à baisser ses propres défenses et à dire ce qu’il juge essentiel. Trop tard, sans doute. C’est ce que Rhys n’arrête pas de lui faire comprendre. A raison sans doute. « Tu étais la famille qu’elle avait choisie. Alors malgré le mépris, malgré tout ce que j’ai pu faire ou dire, elle, elle t’avait choisi pour le meilleur et pour le pire. T’as été là pour elle quand nous nous immergions dans ces querelles de famille ridicules. C’est nous qui avions plus notre place à ses côtés. Ou qui ne l’avons jamais eu pour commencer. On n’a pas su l’aimer pour celle qu’elle était. Nos parents parce qu’ils ne voyaient en elle que Nora, la première et moi parce que j’étais trop jaloux de l’attention qu’on lui portait. Tu as appris à la connaitre. Tu méritais d’être sa famille pour cette raison. Je suis désolé de ne pas l’avoir remarqué plus tôt. Étouffé par ma possessivité. » Un soupir, la tête bascule contre le repose-tête. La décision a déjà été prise depuis plusieurs minutes, à l’arrière de son crâne. Pour la suite. Alors il la délie avec facilité, sans s’encombrer d’une réflexion poussée. « Je vais rester ici, pour cette nuit. Que ça soit pour toi, pour moi ou pour elle, peu importe. Je suis incapable de te laisser seul ici et je ne veux pas être seul non plus. Tu peux tenter de m’en dissuader si ça te chante, ça ne changera rien. » Sa farouche détermination trace une dureté manifeste sur ses traits. Il se réapproprie le regard de son ami d’autrefois. « Je sais que je ne peux rien faire. Je ne peux pas t’empêcher de recommencer, je ne peux pas te garantir que ça ira mieux. Je ne peux même plus être la personne vers qui tu te tournes quand ça va mal. Pourtant, je vais rester. Parce que je ne veux pas te perdre toi aussi. Et je veux que tu le saches. Même si ça ne change rien à tes décisions futures. Ni au passé. Je suis là. C’est tout ce que tu as à savoir. » Il se penche, collecter les débris qu’il a causé dans sa hâte. Il aimerait que ça soit aussi simple avec Rhys. Le ramasser, le poser en lieu sûr, le réparer. Réparer leur relation défectueuse. Il lui a souvent manqué. Carence d’autant plus rude à éprouver qu’ils se trouvent au même endroit sans partager une vraie connexion comme avant. Avant que tout ne dégénère pour atteindre ce point précis. Celui où tout est détruit. Ou du moins, semble l’être. Non, aucune fatalité. Elias ne croit pas à ces choses-là.

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