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 Le temps des illusions, ft Solveig

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MessageSujet: Le temps des illusions, ft Solveig   Lun 30 Jan - 14:04



Symphony Of Destruction
You take a mortal man and put him in control, watch him become a god. Just like the Pied Piper led rats through the streets, we dance like marionettes, swaying to the Symphony of Destruction



Le sorcier dévalait les marches qui menaient à la grande salle plus qu’il ne les descendait, à la fois épuisé par une longue nuit sans sommeil, suivie d’une journée penché sur de nombreux ouvrages de sorcellerie, et surexcité par ce qu’il s’apprêtait à réaliser. Isak avait passé des heures interminables à préparer un sort qu’il n’avait jamais concocté, auquel il n’avait encore jamais pensé, à mettre scrupuleusement en oeuvre le décor décrit dans ce précieux grimoire magique. Des cernes maquillaient son regard ravagé par l’éreintement, voilé par toutes ses substances qui lui permettaient de lui délivrer l’énergie nécessaire pour tenir debout jsuqu’à la finalité souhaitée. Jusqu’à l’achèvement de son désir fou qui l’avait soudainement heurté, jusqu’à l’apogée de sa démence. Convaincu du bien fondé de son initiative, il cessa sa course au milieu de l’escalier et parcouru les lieux de son oeillade déchaînée à la recherche de Solveig. Il aperçu sa cadette près du bar et se précipita, se frayant un chemin en bousculant tous ceux qui se trouvaient sur son passage, se fichant de son allure ou de l’image délurée qu’il renvoyait à cet instant. Sans prendre la peine de s’annoncer, il empoigna la main de la métamorphe et la tira en direction de l’étage. « Suis moi, dépêche toi ». Le drogué écarta grossièrement la foule une nouvelle fois, traça sa route d’une démarche rapide sans préoccupation pour la jeune femme qu’il traînait derrière lui.

L’aîné jeta presque sa soeur dans son antre avant de claquer la porte derrière eux. Sans lui accorder le moindre regard, il cavala vers le centre du taudis. Totalement plongé dans son affaire, absorbé par son rituel, déconnecté du monde réel, il laissa la demoiselle plantée sans explication près de l’entrée pour finaliser ses préparatifs. Un grand symbole, dérivé d’un pentagramme, était dessiné sur le sol, illuminé par quelques bougies. Les meubles avaient été poussés contre les murs, tout n’était plus que désordre à l’image de son esprit torturé et chaotique qui se concentrait sur la résurrection des flammes éteintes. Ses mains tremblaient pendant qu’il s’y appliquait, mais toutes furent réanimées avant qu’il ne se dirige comme un aliéné vers sa créature. Ses paumes se déposèrent sur les joues féminines, ses yeux délirants s’ancrèrent dans ceux de Sol. Sa voix fila comme l’éclair, déterminée. « Je vais réparer mes erreurs ». Ou plutôt une en particulier, celle qui l'avait conduit jusqu'en Enfer, littéralement, et qui continuait de faire de sa vie un enfer sur Terre. Il avait tué leur frère et comptait le faire revenir à la vie, sans savoir que ce sort était bien plus éphémère qu'il ne le pensait. Sans savoir qu'il ne lui apporterait peut-être pas la rédemption recherchée, que tout ne se déroulerait pas aussi idéalement qu'il l'avait prévu. Que la magie était imprévisible, quand bien même on pensait la maîtriser.

Le magicien s’achemina avec précipitation jusqu’au bureau en bois au fond de la pièce, sur lequel reposait des mégots débordant d’un cendrier trop plein, des restes de poudre blanche mêlés à des feuilles de notes et un grimoire ouvert. Il saisit une cigarette dans un paquet presque vide, l’alluma promptement avec un vieux briquet qu’il balança sur le mobilier puis écarta avec agitation les morceaux de papier étalés pour dénicher celui qui l’intéressait. Une fumée blanchâtre s’échappa dans un souffle d’entre ses lèvres fadasses, ajouta plus de lourdeur à cette atmosphère rendue déjà bien opaque par les émanations des chandelles. L’ambiance était pesante, étrange, il régnait une aura inquiétante dans cette petite pièce aux volets clos plongée dans l'ombre. Le sorcier marmonnait des paroles incompréhensibles pendant qu’il se concentrait sur des écritures hachées par des doigts tremblants. Son index pointait chaque mot pendant que son oeillade presque possédée balayait ses notes à toute vitesse. Il tirait sur son rouleau de tabac comme si sa vie en dépendait, continuait de tenter d’articuler sa lecture laborieuse chaque fois qu’il avalait une dose de nicotine, frénétique. « Il faut que ça marche, putain, il le faut, il le faut, il le faut... » formula t-il avec nervosité dans un murmure.

Le nightkeeper écrasa son tabac sur le bois près du réceptacle qui dégueulait, attrapa l’ouvrage en prenant soin de le garder bien ouvert puis se dirigea jusqu’au dessin prévu à l’incantation inédite. Son regard fiévreux ancré dans ces pages n’accordait toujours pas la moindre attention à la jeune Eriksson. Le fou, déchaîné, camé, s’assit en tailleur à l’extrémité du tracé, posa lourdement l’ouvrage devant lui dans une valse de poussières. Obnubilé par le sort qu’il avait sous les yeux, sans parvenir à s’en détourner, de sa voix survoltée il pressa sa soeur de se rapprocher avec un signe de mains pour l'accompagner. « Viens, magne toi Sol, viens près de moi ! ». Le junkie ne prit pas la peine de s'assurer qu'elle s'exécutait, les détails confinés dans ce livre de sorcellerie était beaucoup trop captivants pour lui octroyer quelques secondes d'inattention.

Isak se releva subitement et se concentra sur les ombres que projetaient les flammes dansantes. Son corps tremblait mais son esprit parvenait à se stabiliser pendant qu'il prenait une grande inspiration pour se tranquilliser. Ses mains commencèrent à effectuer des gestes qui manquaient de précision - qu'il espérait néanmoins efficaces - aux allures de langage surnaturel. L'incantation débutait, inquiétante et silencieuse, sinistre. Ses prunelles s'assombrissaient, reflétaient d'avantage le feu qui brûlait au dessus des bougeoirs et qui paraissait se mouvoir au rythme de ses doigts. Son timbre était plus obscur pendant qu'il annonçait son dessein à sa complice. « Je vais le ramener ». Au moyen d'une magie noire, d'un pouvoir nécromancien dont il n'avait jamais usé, d'une âme aussi ténébreuse que désespérée. Sans lui donner plus de détails, il se figea. Ses lippes se mirent à psalmodier. Les flammes devinrent plus vives sur leurs mèches presque trop fines pour les contenir. Ils allaient le revoir. Il allait quémander son pardon. Tourner la page de ce passé qu'il n'avait toujours pas digéré.
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Silent screams, Violent dreams

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MessageSujet: Re: Le temps des illusions, ft Solveig   Sam 4 Fév - 3:03


Le temps des Illusions
Pleasure can come from illusions but hapiness will only come from reality ••• Les nuits qui s'enchaînaient et se ressemblaient. Elle ne savait pas ce qui se tramait en ce moment, mais il lui semblait que la violence avait encore augmenté d'un cran. Peut-être était-ce son altercation avec Joseph qui avait créé une tension au sein du Little. Parce que oui, Solveig avait clairement empiété sur un territoire qu'elle n'était pas supposée gérer. Elle avait consciemment émis un jugement sur sa façon de traiter les danseuses. Une violence dont elle n'avait jamais fait preuve auparavant. Il était clair que le panda se faisait quelque peu submerger par la nouvelle présence, que la suédoise ne parvenait pas forcément à maintenir sous contrôle. Et aussi... Il s'agissait du business de son frère. Elle ne voulait pas prendre le risque que l'histoire avec Marie ne se répète. Une fois lui avait suffi à comprendre qu'elle n'était pas faite pour ce genre de conneries. De plus, laisser son frère, Logan ou Joseph gérer une telle situation ne lui semblait pas non plus être la meilleure des idées. Si elle souhaitait éviter une guerre de mafias, autant se charger elle-même de la partie diplomatique. Elle avait bien vu ce que ça donnait avec Isak, un résultat magnifique avec la destruction d'un bâtiment. Et des représailles seraient à prévoir de toute manière...

Enfin, tout cela pour dire que c'était le bordel au Little. Et que Solveig l'avait compris lorsqu'elle était faire ses ventes la nuit dernière. Elle était rentrée pour découvrir plusieurs blessés. Une bagarre qui avait dégénéré. Heureusement, Isak n'avait pas été présent à ce moment-là. Même en aimant son frère comme elle l'aimait, elle savait que sa présence n'aurait pas arrangé les choses. Il aurait été capable de descendre les fauteurs de trouble donc... Et la suédoise n'aimait pas quand le sang coulait dans l'établissement. Ce genre de choses, c'était dehors. Parce que sérieusement, le sang, à nettoyer, c'était l'horreur et la jeune femme n'avait pas que ça à faire de surveiller l'avancée du nettoyage pour être sûre que la salle serait présentable le soir-même. Et puis, il fallait parler de l'image aussi. Le Little était important aux yeux de son frère d'un côté, et elle ne laisserait personne détruire ce qui avait construit. Plus maintenant. Qu'importait qu'elle y sacrifie sa vie. Enfin, ce n'était qu'une succession de pensées pour expliquer sa présence au bar en cette soirée bien avancée. Car si Logan avait parfaitement géré le souci en son absence, elle se doutait que sa propre présence pourrait refroidir certaines ardeurs. Et aussi pousser les serveurs et les gardes à se montrer plus réactifs, à éviter que les bagarres ne se déclenchent. En effet, si elle était blessée au cours d'une altercation, ils savaient que la vengeance d'Isak serait particulièrement terrible...

On lui attrapa le bras, elle se retourna dans l'optique de se dégager et tomba sur son frère. Une lueur étonnée se glissa dans son regard mais elle n'eut pas le temps de poser la moindre question qu'il l'embarqua. Elle le suivit, cherchant à ne pas trébucher alors qu'il écartait la foule devant eux. Il ne faisait pas attention à si elle parvenait à maintenir le rythme. Qu'avait-il en tête ? Savait-il ce qu'il s'était passé réellement lorsqu'elle avait accueilli Niklas ? Ou alors il avait été mis au courant de sa rencontre avec Duncan ? Non, si ça avait été cela, il aurait été furieux, et elle l'aurait perçu sur ses traits. Là il paraissait plus... Satisfait de lui-même. Ce qui rendait Solveig d'autant plus curieuse. Qu'allait-il lui présenter cette fois-ci ? Une certaine inquiétude pointait le bout de son nez. La drogue ne faisait jamais bon ménage avec les idées. Surtout chez son aîné. Alors, elle restait sur la réserve, rechigner quelque peu à le suivre, sans pour autant pouvoir le laisser seul dans sa folie. Alors, une fois de plus, elle céda.

Il la balança tel un sac de patates dans sa chambre et elle observa le désordre qui y régnait. Elle aurait bien demandé une quelconque explication mais son frère était bien trop absorbé par ses réflexions. Alors, Solveig tenta de s'aider de ce qu'elle voyait. Ce qui ne la rassurait pas vraiment à vrai dire. Les meubles poussés, les symboles dessinés... Elle n'y connaissait rien et pourtant, la boule au ventre ne cessait de grandir. Qu'allait-il faire ?! Qu'avait-il en tête ?! Les flammes se rallumèrent, dansèrent dans le regard effaré de la rousse. Son frère se rapprocha, posa ses mains sur ses joues, prononça quelques mots déterminés. Quelles erreurs ? Tentait-il de la rassurer ?! Parce que là, ça ne fonctionnait absolument pas. Sauf que la jeune femme n'arrivait pas à poser de questions. Elle n'arrivait pas à bouger ses lèvres sèches. La peur s'était nichée au creux de son coeur, rendant chaque battement douloureux. Comme si son corps, son inconscient comprenaient ce qui se tramait, mais que son cerveau refusait de l'admettre.

Elle suivait son aîné du regard alors qu'il se détachait, retournait à ses... Préparatifs. Solveig, elle, restait immobile, droite comme un I. Elle restait là, perdue, sans être capable de l'empêcher de faire des conneries. Parce que c'était ce que cet aménagement lui inspirait. La respiration lui devenait difficile dans cet antre. Les bougies et la fumée qu'elles dégageaient avaient rajouté une atmosphère encore plus pesante qu'elle ne l'était à l'ordinaire. L'instinct animal lui ordonnait de partir. L'instinct fraternel la poussa à rester. Elle fit un pas, recula aussitôt alors qu'Isak bougeait. Et elle, elle restait là. Seuls ses yeux esquissaient le moindre geste. Ils détaillaient l'être pâle, fumant pour se détendre, cherchant à accomplir quelque chose de grand... Il fallait que ça marche... De quoi parlait-il bordel ?! Que voulait-il ? Pourquoi ne lui avait-il pas expliqué ? Elle ne lisait pas dans les pensées, et bien qu'ils soient extrêmement proches, elle avait du mal à suivre la logique de l'esprit tordu de son aîné. Il finit par s'installer au centre de la pièce, non loin d'un tracé qu'elle ne reconnaissait pas. Puis lui ordonna expressément de venir à ses côtés, sans pour autant jeter un regard dans sa direction.

Et elle le fit. Sans réfléchir, laissant son corps réagir aux mots de son frère. Elle s'accroupit à ses côtés, le détailla. Il avait l'air étrangement décharné à la lumière dansante des bougies. Elle s'inquiétait. Ce projet le bouffait-il à ce point ? Il allait le ramener... Qui donc ? Certaines possibilités lui venaient à l'esprit, mais elles étaient toutes plus délirantes les unes que les autres. Alors, Solveig ouvrit enfin la bouche, dans un murmure brisé :

"Isak, de qui parles-tu ? Qu'as-tu prévu de..."


Et elle se rendit compte qu'il était déjà trop tard. Il avait entamé des chants. Des mots sortaient de ses lèvres, des mots qu'elle ne captait pas. Elle ne comprenait pas et la panique commençait à s'emparer de son coeur. La douleur dans sa poitrine se fit plus présente, plus insistante. Ses paupières ne se clignaient plus. Elle observait la pièce, effarée, effrayée aussi, ressentant plus qu'autre chose ce qui était en train de se tramer. De la magie était à l'oeuvre. Elle percevait, sans reconnaître. Le seul rituel auquel elle avait assisté était celui de sa transformation, puis de celle, échouée, de son frère. Un traumatisme pour ce second, aussi bien pour elle que pour son frère puisqu'il s'était soldé par la mort du cadet. Le sentiment d'horreur collé à la peau, elle laissait son regard se promener sur la pièce, jetant de nombreux coups d'oeil dans son dos, pour vérifier que rien ne les attaquerait. Finalement, elle fonctionnait plus à l'instinct de ses animaux qu'à la réflexion.

"Merde, mais qu'est-ce que t'as derrière la tête ?! C'est complètement taré, il ne faut pas faire ça..."

Un murmure inaudible. Parce que son cerveau commençait à calculer ce qui était en train de se passer. Réparer ses erreurs, se faire pardonner... Il n'avait pas prévu de ramener celui qui était mort quand même ?! On ne pouvait pas transgresser la Mort ainsi... C'était impossible, tout simplement impossible... Elle avait viré au blanc. C'était étonnant qu'elle ne se soit pas déjà évanouie avec cette révélation. Les flammes vacillèrent, s'éteignèrent, se rallumèrent. Solveig était complètement perdue. Ses sens sur-developpés étaient presque en train de la détruire dans cette situation. Les larmes coulèrent contre ses joues, elle se rapprocha de son frère, s'accrocha presque à lui. Où tout cela allait-il les mener ? Elle déglutit, reprenant la parole, tremblant d'autant plus.

"J'ai... J'ai peur Isak..."


©️ 2981 12289 0


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MessageSujet: Re: Le temps des illusions, ft Solveig   Lun 6 Fév - 23:54



Symphony Of Destruction
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Les paroles de la cadette coulèrent sans incidence, sans déconcentrer un seul instant le sorcier à l'oeuvre dont les yeux se figeaient sans ne plus ciller sur le centre du symbole. Une lueur étrange semblait jaillir des tracés, donnait à la pièce une allure de plus en plus angoissante alors qu'Isak cessait brusquement l'incantation. Sans se détourner du spectacle que leur offrait cette sorcellerie, il tenta d'apaiser l'anxiété de Solveig d'une parole chuchotée. « N’aies pas peur, il ne t’arrivera rien ». De cette intention qu’il avait de tromper la mort. De ce qu’il allait devoir faire sous son regard déjà effaré pour parvenir à cette réalisation. De l’homme sombre qu’il allait la laisser contempler et qu'elle haïrait sûrement. De toute cela il ne fallait pas s'inquiéter. Peu importe les critiques et le jugement, l'expression de dégoût qui se graverait certainement sur les traits de la métamorphe, il n'y avait plus que l'objectif à atteindre dans les pensées entremêlées du drogué. Le but. Le pardon. Ce désir dément de le revoir, lui qu'il avait tué à coup de magie pas encore maîtrisée et d'arrogance démesurée. Lui dont l'assassinat le hantait chaque jour de sa survie, de son existence pitoyable que ce meurtre accidentel rendait de plus en plus misérable. Le temps n'effaçait en rien son mal. Son jeune frère défunt occupait toute la place dans son esprit en vrac. Il occuperait bientôt son espace présent au milieu de ce feu vacillant, ramené d'outre-tombe par une magie puissante dans le corps d'un autre... Telle était l'intention du mage qui comptait légèrement détourner le rituel qu'il avait décrypté, qui avait la folle conviction de pouvoir invoquer l'esprit de l'être désiré dans des chairs qui ne lui appartenaient pas. Pourtant, l'ouvrage mentionnait que les choses n'étaient pas censées se dérouler de la sorte, sans préciser toutefois qu'il n'était pas non plus inconcevable qu'elles s'accomplissent autrement. Alors l'espoir avait pris forme, puis il avait grandi jusqu'à persuader son hôte que tout était encore possible. L'avait bouffé jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de rationnel en son sein. Jusqu'à ce que cet orgueil qui avait anéanti le benjamin s'immisce à nouveau et le pousse à commettre une énième fois l'irréparable, comme s'il n'avait guère de leçon à recevoir de ses propres erreurs. Comme si son passé au goût de souffrances trop crues n'avait pas suffit à forger l'expérience, alors qu'il aurait dû inciter le mafieux à freiner des quatre fers. Oh, il l'aurait fait, sûrement, si la drogue n'avait pas fait tant de ravages. C'était trop tard.

Le nightkeeper accorda enfin son attention à sa créature dont il captura le regard. Sa main tremblante se déposa contre sa nuque. Ses grands yeux de fous rougis par la came et l'épuisement la dévisageaient intensément. « N’aies pas peur... ». Répéta t-il doucement, mais tout aussi fermement. Ce qui allait s'ensuivre n'allait pas manquer de faire battre le coeur de l'affolée plus fort, d'assombrir plus encore l'image de l'accroc qui tourna les talons pour s'acheminer vers sa chambre. La porte s'ouvrit lentement dans un grincement, laissa découvrir une silhouette bâillonnée et ligotée, aussi jeune que terrifiée. Isak accrocha le bras d'un étranger qui n'était pas plus âgé que l’était leur frère au moment de son trépas. L'inconnu tremblait, implorait le mafioso de son regard d'animal acculé qui sentait le mauvais vent tourner. La fin était proche... Le sacrifié tenta de se rebeller, refusa d'avancer, se débattit tel un forcené. Mais le sorcier, impatient, défoncé, le tira violemment jusqu'au symbole. Le duo le pénétra dans une lutte désespérée, Isak se glissa dans le dos de sa victime. Les larmes coulèrent sur les joues du jeune homme impuissant pendant que le magicien le maintenait durement, son bras contre son cou.

Les incantations récidivèrent et la seringue mortelle apparut entre les doigts de leur auteur. Elle traversa la chair, chuta à leurs pieds puis se brisa. Le poison s’insinua rapidement dans les veines étrangères. L’inconnu gesticula quelques instants, apeuré, condamné. Vaincu, il cessa simplement de résister, rendit son souffle ultime contre son bourreau. Le cadavre s’affala dans les bras de son meurtrier qui le déposa délicatement sur le plancher - il ne fallait surtout pas abîmer l’enveloppe censée accueillir l’âme défunte. Le junkie détacha le décédé avec une grande précaution, jeta les liens en dehors du pentagramme sans cesser de prononcer ses paroles venues d’un autre monde, d’un autre temps. Il en sortit à son tour, entra dans une transe qui donna plus de vie aux flammes déjà bien vives. Les mots s’échappèrent de plus en plus vite de ses lèvres ensorcelées, de plus en plus forts, le feu s’agitait maintenant dangereusement autour du macchabée. Un souffle chaud balaya la pièce, assez puissant pour terrasser la fratrie. Le camé fut brutalement projeté sur le sol sans comprendre ce qu'il venait de se dérouler. Sonné. Le livre magique n'avait jamais mentionné ce violent détail.

Isak battit des paupières et captura le corps inconnu de son regard quelque peu brouillé. Sans se soucier de Solveig, il se dirigea à quatre pattes, presque rampant, sur l’homme immobile. Se pencha au dessus de lui, paniqué par cette inertie qui aurait dû se muer en renaissance. La réincarnation avait échoué. Aucun souffle. Aucun battement de coeur. Le drogué s’agenouilla aux côtés du trépassé. Sa paume vint effleurer son torse figé. Un vain sacrifice. Un échec de plus. Un murmure à peine audible franchit le seuil de ses lippes. « Tout est de ta faute... ». Il était adressé à sa cadette. « C'est de ta faute ! ». Hurla t-il, submergé par une haine soudaine née d’une souffrance terrible. Le déchaîné se releva précipitamment et combla à grands pas la distance qui le séparait de sa soeur. Avec une brutalité qui ne l’avait encore jamais accompagné en présence de cette dernière, il saisit sa gorge et la contraignit à reculer jusqu’à ce que son dos heurte le mur derrière elle. Son faciès était aliéné, enragé, méconnaissable, la vigueur avec laquelle il resserrait l’étau incontrôlée. L’aîné ne semblait plus reconnaître la cadette. Son timbre, noir et meurtrier, la trancha. « C'est toi qui m'y as poussé ». A essayer de le transformer et à échouer. A se suicider. A rencontrer l'Enfer. A sombrer. « Tout est de ta faute » réitéra t-il, possédé par la drogue, la rage et le désespoir. Un mélange explosif. « Regarde ce que tu as fait de moi ! Tu nous as tués, tous les deux ! » cria t-il en intensifiant l'étreinte, se délestant de ses propres erreurs pour les charger sur une autre épaule. Convaincu que la femme qu'il avait face à lui était l'origine de tous ses malheurs, incapable de faire preuve de discernement. D'un sens, le camé n'avait pas tout tort, elle avait été celle qui l'avait conduit à expérimenter la transformation, alors qu'il avait dans un premier temps refusé de s'y adonner. Néanmoins, elle ne l'y avait pas contraint, céder avait été son choix, non une obligation. Pourtant... « Tu m'as poussé à tuer notre frère et l'enfer m'a tué. C'est de ta faute » ne cessait-il plus d'affirmer. Glacé. Obscur. Menaçant. Ivre de démence.

Sa conscience refit soudainement surface. Les doigts du détraqué furent promptement dépossédés de leur force et la liberté fut rendue à l'agressée qu'il avait reconnue. Isak se décomposa, devint pâle comme la mort. Il recula au moyen d'un équilibre précaire, le palpitant rapide et douloureux, ne parvint pas à reprendre contenance. La culpabilité le foudroyait pendant qu'il réalisait ce qu'il venait de faire. « Sol... ». Le coupable regardait sa main tremblante, celle qui avait failli étrangler ce qu’il avait de plus précieux sur cette Terre. Son regard harassé ne parvenait plus à trouver le courage suffisant pour affronter celui de Solveig. Il ne cillait plus, absorbé par l’agitation de ses doigts meurtriers qui l'empêchait de s'écrouler sous le poids de son méfait, de sa folie, de son addiction. Un cauchemar. Il fallait que ça ne soit qu'un cauchemar. Ouvre les yeux Isak.
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MessageSujet: Re: Le temps des illusions, ft Solveig   Mar 14 Fév - 0:35


Le temps des Illusions
Pleasure can come from illusions but hapiness will only come from reality ••• Les propos d'Isak ne parvenaient pas à la rassurer. Elle ne savait pas à quoi il était en train de jouer, mais cela ne lui plaisait clairement pas. Les flashs, les souvenirs qui brouillaient ses sens lui rappelaient la triste réalité de la dernière utilisation de la magie. Le jour où ils avaient tous été condamnés, chacun à sa manière. Péchant par orgueil, pensant pouvoir déjouer les maladies et la mort. En résultat, une malédiction et une destruction d'autant plus grande. Un chaos sans nom, qui reprenait forme plus deux siècles plus tard. Solveig ne parvenait pas à se détendre. Elle ne parvenait pas à parler non plus. Le silence en guise de réponse. Peut-être son aîné allait-il penser qu'elle acceptait, qu'elle était d'accord avec lui. Mais non. La suédoise ne pouvait tout simplement pas ouvrir la bouche, laisser le moindre mot s'échapper. Tout son corps était stoppé, tétanisé. Oui, c'était cela. Elle était tétanisée. Elle respirait à peine, était incapable de bouger ne serait-ce que le petit doigt. Elle était là, agenouillée sur le sol, les doigts accrochés au tissu du tee-shirt de son frère. Seul moyen de garder contact avec la réalité dans le chaos de son esprit.

Isak se tourna vers elle, posa ses doigts sur sa nuque. Ne pas avoir peur... Quelles putain de paroles en l'air. Il se foutait d'elle. Il se foutait juste d'elle. Elle déglutit, chercha à ouvrir la bouche, prononcer quelques mots, l'implorer de s'arrêter là, de ne pas faire de conneries. En vain. Elle ressemblait à un poisson hors de l'eau, avec ses yeux écarquillés, ses lèvres qui s'ouvraient et se refermaient sans le moindre son, son corps tremblant. Il se releva, elle chercha à le raccrocher. En vain. Seul le silence heurtait ses tympans douloureux. Sa tête lui semblait être sur le point d'exploser, avec toutes les effluves qui se glissaient dans ses narines. Son coeur pulsait bien trop rapidement, lui donnant des haut-le-coeur réguliers. Elle ne contrôlait plus ses sensations. Tout était déréglé, mis à part ses yeux. Aucune larme ne coulait, et aucune larme ne coula lorsqu'elle vit son frère attraper sa brebis sacrificielle. Ses iris semblaient s'être vidés de toute substance. Elles fixaient la forme, le jeune homme qui ne s'en sortirait pas ce soir-là. Solveig n'était pas dupe. Elle aurait voulu empêcher son aîné d'accomplir sa funeste décision. Elle aurait dû. Se lever. Bouger. Libérer ce garçon qui ne méritait certainement pas ce qui allait se passer. Et pourtant, elle resta de marbre, assise sur ses talons. Comme si son frère valait qu'elle sacrifie ce qu'il lui restait de conscience...

Elle ignora les larmes coulant sur le visage angélique. Il était trop tard pour réagir maintenant. Elle resta de marbre, les doigts serrés en deux poings blancs. Les ongles s'étaient enfoncées dans ses paumes. Elles cicatriseront bien vite avec sa nature. Son souffle tourna court lorsque les incantations reprirent. La jeune femme n'avait jamais vu son aîné dans un tel état. Et pour la première fois, il fallait qu'elle se l'avoue, elle en était effrayée. Elle avait peur qu'il s'en prenne à elle. Elle avait peur qu'il ait perdu ce qui lui restait de bon sens. Elle avait peur... Qu'il ne soit plus lui-même. Que les derniers fragments de leur relation fraternelle se soient dispersés au gré des vents. Tout ce qu'elle voulait, c'était retrouver Isak. Son Isak. Du pur égoïsme. Et c'était peut-être pour cela qu'elle l'avait laissé faire son rituel. Peut-être qu'après tout ça, il serait de retour... Lui, entier. Elle aurait dû l'arrêter. Elle aurait juste dû le faire, plutôt que de s'inventer de telles excuses.

Le corps fut déposé au sol. Elle suivait le tout de son regard. Aucun mot n'était venu briser le rituel. Lui faire entendre raison était peine perdue. Elle le connaissait bien quand même, après toutes ces années passées à cohabiter et s'occuper de la Niflheim. D'ailleurs, se doutaient-ils de quelque chose, tous ces clients qui n'étaient qu'à une dizaine de mètres ? Se doutaient-ils de ce qui se tramait juste au-dessus de leur tête ? Certainement pas. Les cordes furent coupées, laissant le corps inerte libre. Quelle tristesse, mourir si jeune pour permettre à un autre de poursuivre son rituel... Y parviendra-t-il seulement ? Solveig doutait. Elle doutait mais ne disait rien. Isak avait pris la décision, si elle l'en empêchait, ce serait de sa faute, l'échec serait de sa faute. Et ce n'était pas le cas. Elle suivait juste les instructions, restait silencieuse au possible. Elle voulait juste vomir. Elle voulait juste que les tambours dans son crâne cesse, que les tremblements s'en aillent. Qu'elle retrouve ses sens. Un souhait exaucé brutalement.

Le souffle chaud, qui la fit littéralement décoller du sol pour venir lui faire heurter le mur de la chambre. Respiration coupée, blessures rapidement intégrées par son organisme. La bête en elle chercha à reprendre le contrôle. En vain. Solveig la maintenait fermement enfermée. Ce n'était pas le moment de laisser cet instinct reprendre le dessus. La jeune femme se redressa, reprit son souffle. Ses yeux transpercèrent l'obscurité qui s'était installée. Cherchèrent la silhouette de son aîné. Etait-il blessé ? Avait-il besoin d'elle ? Quelques secondes seulement de répit, à peine le temps de récupérer une ou deux bouffée d'air. Il vint à sa rencontre. Le murmure, audible pour elle, ne passa malheureusement pas le brouhaha de son esprit. Le cri, en revanche, la fit frémir d'horreur. Elle n'eut que le temps de se relever sur ses jambes, tremblante. La main qui la prenait à la gorge. Il avait été rapide. Bien trop, elle qui n'avait pas eu le temps de reprendre sa respiration. Elle se retrouva planquée contre le mur, les pieds ne touchant pas le sol, les poumons vides d'air.

Pourquoi une telle réaction ? Pourquoi une telle violence ? Elle ne comprenait pas, fixait ce visage si connu et apprécié, cherchant une réponse à ses questions. L'étau se resserra autour de sa gorge. Elle plaça les mains sur le poignet de son frère, essayant tant bien que mal de le dégager quelque peu. Et pourtant, même sa force de skinchanger ne suffit pas à faire face à Isak. Une perle transparente coula le long de sa joue. Elle ne voulait pas mourir. Pas maintenant. Pas de ses mains. Ce n'était pas de sa faute. Rien n'était de sa faute. Elle ne pouvait pas savoir qu'il allait tuer son frère avant l'avoir transformée. Elle ne pouvait pas le deviner... La poigne se resserra un peu plus, les mots ne parvenaient plus jusqu'à son esprit. L'instinct de survie fut poussé à son extrême, et bientôt, elle n'aurait d'autres choix que de se transformer. Si seulement elle y arrivait. Si seulement...

On la libéra. Poupée brisée qui s'écroula, s'éclata en mille morceaux sur le sol. Désarticulée, elle peina à se rouler en boule. Elle hocqueta, sentait encore les doigts de son frère autour de sa gorge, contre sa peau. Elle devait avoir les marques. L'air y passait d'ailleurs douloureusement. Pourquoi l'avait-il agressée... ? Pourquoi s'en était-il pris à elle... ? Les sanglots la secouaient. Aligner deux pensées cohérentes était impossible dans son état. Ses doigts se glissèrent dans ses cheveux, s'y accrochèrent, alors que ses jambes se recroquevillèrent contre elle. Il fallait qu'elle se calme. Il fallait qu'elle respire. Il fallait... Il fallait qu'elle parle. Il ne l'avait pas voulu. Il n'avait pas pu vouloir la tuer. Elle ne voulait pas croire une telle chose... La petite voix dans sa tête ne semblait pas être d'accord avec cette affirmation. Il fallait faire abstraction. Il fallait juste faire abstraction...

Elle ne savait pas combien de temps elle était restée ainsi, à juste essayer de calmer son coeur emballé. Aucun bruit ne venait la perturber. Ou alors elle ne les percevait plus. Elle attendit juste que le chaos dans son esprit s'amenuise. Et alors, lentement, très lentement, elle entreprit de se redresser, de se remettre sur ses deux jambes. Son équilibre restait précaire, en contrecoup de la violence psychologique de l'attaque. Ses yeux cherchèrent Isak. Il n'était pas parti. Mais il ne la regardait pas. La jeune femme hésita. Etait-ce une bonne idée de s'approcher de lui ? N'allait-il pas la frapper ? Non, c'était son frère quand même, il n'allait pas aller jusque-là... Il a voulu t'étrangler, n'oublie pas.... Elle secoua sa chevelure de feu. Ferme-la. Ferme-la juste. Elle avait confiance en lui. Elle avait confiance en lui...

Maladroite, elle parvint néanmoins à supprimer la distance qui les séparait. Doucement, comme pour ne pas le brusquer, lui laisser le temps d'appréhender son approche. Elle tendit les mains, attrapa celles d'Isak, les serra avec tendresse. Ses iris dorées vidées de toute émotion cherchèrent celles de son aîné. Il fallait qu'il lui parle. Il fallait qu'il lui explique pourquoi il avait eu un tel comportement. Elle avait besoin de savoir. Elle avait besoin d'être rassurée. Elle avait besoin de sa présence... Ou elle fuirait juste.

"Je... Tu as raison, c'est moi qui t'ai demandé de me transformer. Mais nous ne sommes pas morts à cause de ça. Nous nous sommes tués parce que nous avons refusé d'assumer nos actes. Nous avons préféré fuir."


En disant "nous", elle cherchait surtout à atténuer la peine de son frère. Il n'avait pas pris ses responsabilités. Il s'était tué pour les fuir. Il s'était suicidé, la laissant seule, sous forme de panda dans un monde enneigé. Il l'avait abandonnée. Mais Solveig avait survécu. Isak aussi. Finalement, s'ôter la vie ne l'avait en rien aidé. Et sur ce point-là, ce n'était en aucun cas la faute de sa cadette. Elle n'y était pour rien dans son choix de décès. A nouveau, elle tenta de capter son regard, et de dessiner un sourire sur son propre visage. Sans succès. Elle n'y arrivait plus. Elle n'arrivait plus à sourire.

"Pourquoi.... Pourquoi m'as-tu attaquée grand frère..."

Un murmure, une supplication. Des réponses. Qu'il lui donne des réponses. Une nouvelle larme quitta ses yeux, coula le long de sa joue, alla s'écraser sur le sol. Elle n'y prêta aucune attention. Sa tête tournait toujours, tenir debout était un véritable supplice. Une de ses mains bougea, alla se poser avec douceur sur la joue d'Isak. Elle caressa sa peau du bout des doigts, pour l'ancrer à nouveau dans la réalité.

"Reste avec moi..."

Ne te laisse pas embarquer par les substances. S'il te plaît, garde tes esprits...

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MessageSujet: Re: Le temps des illusions, ft Solveig   Mar 14 Fév - 23:02



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Du courage. Juste un peu. Suffisamment pour détailler les traits de la cadette blessée, pour ancrer son regard coupable dans celui de la petite Solveig. Précieuse et fragile poupée faite de porcelaine qu'il avait voulu briser, intensément, brièvement, avant de le regretter amèrement. Faible chose sous le joug de son impulsivité coléreuse qu'il aurait été si facile d'anéantir. Un peu plus de force dans sa prise, de secondes à sa folie, c'était tout ce qui avait manqué à l'acte pour commettre le pire. Terrible. Effrayant. Ses pupilles se figèrent sur le portrait de sa jeune soeur qu'elles contemplèrent d'un air vide. Elles se posèrent un instant sur ces doigts de femme finalement peu rancunière venus au contact des siens, accostèrent à nouveau ces yeux dorés que son comportement désespéré rendait si triste. Il ne savait plus quoi dire, plus quoi faire. Ses pensées n'étaient plus que des milliers de morceaux qu'il ne parvenait pas à rassembler. Les lèvres closes, la mâchoire serrée, le corps tremblant... Une expression lointaine. Une âme dans le néant que la métamorphe tentait vainement de repêcher au moyen d'une caresse légère. La paume du drogué effleura la main de la benjamine, glissa jusqu'à son poignet qui fut fermement enlacé, avant d'être repoussé. Les reproches de sa créature le percutaient, ravivant dangereusement sa haine. La rage se mêla à son amour pour elle, puis le sorcier s'égara, encore. Il emprisonna brutalement le visage de sa soeur entre ses mains, plongea son regard dans le sien sans émettre le moindre son. La magie se déploya une seconde fois pour réparer les dommages qu’elle avait précédemment causés. Les blessures physiques de la skinchanger ne devinrent plus qu’un douloureux souvenir sous l’influence du nightkeeper, mais celles de l’esprit ne tarderaient pas à devenir d’avantage béantes. Les paroles déversées avaient soufflé sur les braises de sa colère, sa came l’avait débridée. Il désirait la consoler, se confondre en excuses pour obtenir son pardon. Il désirait lui plier l'échine, lui faire mal jusqu'à ce qu'elle trépasse. Il désirait le bien et le mal, les deux entités opposées à la fois. Tanguait fatalement vers celle qui était le plus aisée d'épouser. Les ténèbres s'emparaient de son être, puissantes, vicieuses, tellement enivrantes ! Leurs apparences semblaient réconfortantes, mais ces séductrices du diable s'avéraient trompeuses. Il le savait, sans pour autant pouvoir leur tourner le dos. Résister demandait une volonté de fer et, de la volonté, il n'en avait plus depuis longtemps.

D'un pas fulminant, le magicien s'avança jusqu'aux dernières bougies encore en flammes. Elles volèrent sous un geste plein de rage. « Il n’y a pas de Nous Sol ! ». S'écrasèrent dans la foulée sur le plancher que le feu lécha rapidement pendant que le cri du sorcier laissait place à un crépitement menaçant. Danger imminent que le junkie se contenta d’ignorer. Il se tourna vers sa cadette, la dévisagea sombrement. Ses sourcils se arquèrent au dessus d'un faciès que son état et ses émotions exacerbées rendaient toujours plus cinglé. « Ne me parle pas de lâcheté Solveig, tu ne sais rien des dégâts que cause ce genre de culpabilité ! ». Peu importait les raisons qui l’avaient poussé à tenter de métamorphoser leur frère finalement - ou qui - parce qu’il était le seul qui avait appuyé sur la détente. Il était la main qui l'avait privé de son droit de vivre. Le seul à avoir assombri son coeur, au point que plus la moindre lumière ne puisse être en mesure de l'effleurer, pendant que celui de sa soeur avait préservé suffisamment de candeur pour continuer à ressentir autre chose que de la culpabilité, de la haine, de la douleur, de la honte. Pour tenter de vivre plutôt que de survivre, lamentable et sans espoir, au creux des ailes de l'autodestruction. Pour oser affronter son reflet dans le miroir du jugement, pour aimer plutôt que de haïr, de tout détruire, quand bien même le coup de foudre qu'elle avait ressenti pour cet aguicheur d'Ivanov et la romance écoeurante qui s’ensuivait depuis rendait le sorcier volcanique. Il ne l'avouerait pas, mais la jalousie le rongeait de toutes parts - non seulement envers Ivanov et ce n'était plus un secret, mais également envers son amante et cette vérité restait un mystère -, parce que dans cette descente aux Enfers il n'avait récolté qu'un profond sentiment de solitude et qu'il ne l'avait pas volé. Darkness Falls n'avait jamais été son véritable châtiment, le dégoût qu'il avait pour lui-même était son supplice, son humanité éteinte son sacrifice. L'homme ne voyait en lui plus qu'un démon qui méritait le mépris, sentiment qu'il provoquait toujours plus pour se punir de son plus grand méfait. Ce soir encore, il se châtiait. Le torturé ne se contrôlait plus et cherchait par delà les limites la fureur de Solveig. « Pourquoi devrais-je être le seul à en souffrir, alors que tu as toi aussi tout à voir avec ce qu'il s'est passé... » siffla t-il entre ses dents avec noirceur, plus vraiment conscient de ce qu'il faisait. Le mafieux n'avait plus qu'une idée en tête, causer la souffrance chez l'autre pour atténuer la sienne. Isak perdait les pédales.

Quelques pas en arrière, jusqu'à un petit meuble illuminé par un feu qui se faisait plus virulent. La fumée commençait à encombrer la pièce, mais le drogué ne la voyait pas. Il ne voyait plus rien, aveuglé par la démence née de ses substances, de ses souffrances. Plongé dans un monde qu'il était le seul à fouler, l'unique à cerner, il ouvrit un tiroir, repoussa une tablette de chocolat qui commençait à fondre - rare denrée qu'il avait dégotée pour Solveig et qu'il avait voulu lui offrir avant qu'il ne dérape -. Il empoigna un revolver qu'il braqua sur la mafieuse. Un cliquetis fila dans le bruissement des flammes, le fou avait ôté le cran de sûreté. Sa prise tremblait sur la gâchette. La sueur perlait sur son front que la drogue et la chaleur enfiévraient. Son souffle devenait plus rapide. Son palpitant s'emballait. Son regard lançait des éclairs sur sa cible. Ses idées se faisaient de moins en moins claires. Il se demanda soudainement ce qu'il faisait avec cette arme en main, pointée sur sa précieuse cadette. Le rougeoiement de l'incendie se reflétait sur le pistolet, le mage finit par prendre conscience de l'élément qui menaçait de tout ravager, une énième folie germa dans son esprit détraqué. « Tu ne sais rien, mais tu peux apprendre. Tu peux comprendre, me regarder autrement. Tu ne vois qu'un lâche qui t'a abandonnée, j'en peux plus de ce regard pitoyable que tu poses sur moi, pauvre petite victime » Tu peux comprendre ce qu'il a ressenti lorsqu'il lui a dérobé la vie, ce qui l'a conduit à mettre un terme à la sienne, puis à se laisser happer par la facilité de l'obscurité. Par se laisser consumer par ses démons, alors qu'il aurait dû apprendre à les dompter.

Le magicien toussota, agressé par l'atmosphère opaque. Ses yeux et sa gorge le piquaient mais il n'avorta pas son intention démente et démoniaque. Il déposa le flingue à terre puis, du bout de sa semelle, l'envoya jusqu'aux pieds de la rouquine que ses prunelles dilatées et éreintées ne lâchaient plus. « Tu veux savoir ce qu’il y a dans ma tête Solveig ? » lui demanda t-il d'une voix haute et agressive. Des incantations silencieuses naquirent dans son esprit pendant que ses lippes se pincèrent. Le magicien se concentra au milieu des flammes. Il permit à la douleur de fleurir chez la mafieuse, de s'étendre de ses orteils jusqu'à son bassin, comme si tous ses os se brisaient. L'illusion la priva de tout le bas de son corps, il n'était plus que souffrances, sans aucune force. Il la contraignit à s’affaisser.

Le feu ne cessait plus de se répandre. La respiration était de plus en plus ardue. Le sorcier s’avança puis cria dans le déluge, sans se déconnecter de sa magie. « Tu veux sortir de cet enfer vivante ? ». Il se dressa de toute sa hauteur devant sa victime, la jaugea quelques instants avant de s’accroupir. « Alors ramasse cette arme et sers t-en contre moi, parce que je ne te laisserai pas t'en tirer de mon plein gré ». Isak avait oublié la malédiction qui la condamnait à vivre dans la peau de l’animal, le lien qui les unissait, les sentiments qu’il nourrissait pour elle, ce pourquoi il avait survécu jusque là. Plus rien n’avait de sens, hormis cette folie qui guidait ses actes, ce déchaînement d’émotions vives et insupportables qui le submergeait totalement. C’était comme si tout ce qu’il vivait ce soir n’était qu’illusoire, un cauchemar certes réaliste mais qui n’en demeurait pas moins un songe duquel il se réveillerait sans dommage. Il n'était pas vraiment là, elle non plus d'ailleurs. Ce n'était pas réel. Définitivement, ça ne pouvait pas l'être.

Le décor changea tout autour de lui, Darkness Falls se matérialisa dans son petit appartement, puis s'étendit jusqu'à la création d'un infini horizon. La panique se lut sur son visage en sueur. Les flammes de plus en plus vivantes jetèrent des ombres sinistres avant de camoufler le lointain. Le camé chuchota. « Ce n’est qu’un rêve, rien n’est réel... ». Il voulut saisir le revolver mais ses doigts tremblaient tellement que sa tentative fut un échec. Alors, le junkie se concentra d’avantage sur le sort qu’il jetait à sa soeur, l’amplifia jusqu’à espérer pouvoir l’entendre hurler de douleur, cria à son tour. « Tire ! ». Réveille moi !
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MessageSujet: Re: Le temps des illusions, ft Solveig   Ven 24 Fév - 2:16


Le temps des Illusions
Pleasure can come from illusions but hapiness will only come from reality ••• Elle avait espéré qu'elle parviendrait à calmer son aîné, que tout rentrerait dans l'ordre. Une naïveté qui la caractérisait tant, naïveté totale envers son frère. Elle n'avait jamais été aussi loin de la réalité. Et ce fut peut-être pour ça que la chute n'en fut que plus douloureuse. Il n'aurait jamais dû s'en prendre à elle. Il l'avait toujours protégée. Pourquoi à présent tout changer ? Etait-ce à cause de ce sort qu'il avait essayé de lancer ? Quels étaient les effets secondaires ? Pourquoi ne s'était-il pas renseigné sur ça avant de se lancer dans cette folie ? Pourquoi n'était-elle pas parvenue à l'arrêter avant l'incantation ? Solveig n'y connaissait pas grand-chose, la magie ne l'ayant jamais réellement intéressée mais aujourd'hui, elle s'en voulait. Peut-être que si elle avait été plus présente, plus comme il l'aurait désiré, il n'aurait pas eu ce comportement en cet instant. C'était de sa faute à elle. Entièrement. Elle aurait dû agir, elle aurait dû mieux s'adapter. Si seulement elle maîtrisait le voyage dans le temps, pour revenir en arrière, et être plus parfaite... Les dernières blessures disparurent sous les doigts de son aîné, avant qu'il ne la repousse et n'aille se promener dans la pièce.

Les yeux inquiets de Solveig ne le quittaient pas, comme attirés par le danger. Elle perçut ses gestes, n'essaya même pas de l'empêcher de faire quoi que ce soit. La peur tétanisait chacun de ses muscles.  La bougie vola en éclats, sa flamme faible trouva de quoi grandir avec le plancher de la pièce. Une boule se forma dans sa gorge alors que le feu prit en intensité. Bordel... Il allait vraiment les faire brûler vivants ?! Il fallait qu'ils sortent d'ici. Il fallait qu'elle le bouge. Quitte à utiliser la violence. Il allait falloir qu'elle combatte ses propres faiblesses pour qu'ils s'en sortent, puisqu'Isak n'avait pas l'air dans un état normal. Pas de nous. Elle se prit la remarque en pleine face, déglutit difficilement, retint les larmes autant qu'elle le pouvait. Pas de nous. Finalement, tous les sacrifices avaient peut-être été vains. Tout son amour n'avait pas été suffisant pour son frère. Le regard ombrageux la transperça, la poussant à détourner les pupilles, qui trouvèrent un nouvel intérêt dans les flammes dansant sur le plancher.

Elle n'en savait rien des dégâts que cela causait. Bien sûr. Elle avait été suffisamment douée pour cacher tout cela. Pour taire les cauchemars, pour taire les douleurs qu'elle s'infligeait à cause de ça. Enfin, Isak n'avait pas besoin de savoir. Il ne saurait jamais, puisque si la jeune femme le lui disait, elle aurait le droit à une crise de colère. S'ils s'en sortaient vivants. Puisque rien n'en était moins sûr.  Peut-être qu'elle aurait dû lui en parler. Sauf que la suédoise avait toujours eu peur que cela ne ravive la souffrance de l'aîné. Et elle n'avait pas eu tort. Ainsi, à ses yeux, la mort de leur frère était un sujet tabou. Une blessure qu'il ne fallait absolument pas réouvrir. Sous peine de finir dans une situation semblable à celle-ci. Sous la violence du regard et du ton d'Isak, Solveig entreprit de reculer. Lentement. Un pas. Deux pas. De quoi mettre de la distance entre eux. Maintenant, elle ne doutait plus, il allait la réattaquer. Et si elle était incapable de le blesser, il faudrait néanmoins qu'elle soit assez rapide pour esquiver. Enfin, ça, c'était si le feu ne commençait pas légèrement à entraver ses sens. Et pour une skinchanger, c'était plus que désagréable.

Elle restait toujours silencieuse, malgré la douleur qui gonflait dans sa poitrine. Il était si... Convaincu, persuadé qu'elle ne souffrait pas, qu'elle n'osait pas le contredire. Et puis, vu son état, ce ne serait pas une bonne idée d'attiser sa colère. La fumée se glissait dans ses poumons, l'empêchant de respirer correctement, annihilant son odorat, les larmes coulaient, cherchant à former un barrage. A cause de cela, elle ne perçut pas les mouvements de son frère, et eut la surprise de se retrouver avec un révolver pointer sur elle. Un cliquetis lui parvint. Son corps s'était figé, elle osait à peine prendre des inspirations. Allait-elle réellement finir avec une balle entre les deux yeux ? Finalement, ce serait plus intéressant, moins douloureux que de sentir sa chair se détacher de ses muscles au cours du bûcher qui se profilait. Chaque mot d'Isak la perdait un peu plus, modifiait ses perceptions et émotions. Un chaos mental qui la poussait à l'inaction, malgré l'urgence de la situation, malgré les flammes qui se rapprochaient dangereusement d'elle.

L'arme se retrouva sur le sol, fut poussée dans sa direction. Le regard rivé sur son frère, elle ne comprenait pas bien ce qu'il voulait d'elle. Ou plutôt, elle comprenait un peu trop mais faisait comme si de rien n'était.  Elle ne pourrait pas le tuer. Elle ne pourrait pas le blesser. Quant à savoir ce qu'il y avait dans sa tête... La jeune femme n'était pas stupide. Elle connaissait la souffrance. Il ne pouvait pas lui demander ça. Il ne pouvait pas...

La douleur, si violente, si intense qu'elle lui coupa le souffle. Les orteils, les jambes, le bassin. Bientôt, elle ne sentait plus la partie inférieure de son corps, noyée dans la souffrance provoquée par son frère. Elle s'écroula, serrant les dents pour essayer de délocaliser la douleur. Sans succès, bien sûr. Solveig n'avait jamais expérimenté la douleur à ce point. Et bordel... Elle n'avait pas envie de ressentir cela à nouveau. Sauf que pour l'instant... La jeune femme était bloquée, incapable de bouger, incapable d'avoir la moindre pensée rationnelle. Il fallait juste que ça s'arrête. Tout ce qu'elle souhaitait, c'était de pouvoir appuyer sur le bouton stop, pouvoir respirer correctement à nouveau, pouvoir se tenir debout, être en vie. Là, elle se recroquevillait juste, cherchant à échapper d'une façon ou d'un autre à la douleur. Tout pour ne plus ressentir ça.

Sortir vivante, lui tirer dessus... Son instinct lui hurlait de le faire, son coeur, son corps et sa raison stopperaient tout geste. Il était son frère et elle l'aimait plus que tout. Si cela lui mettait du baume au coeur alors Solveig se laisserait mourir. Cela le libèrerait d'un poids, assurément. Et elle... Cela lui importait peu. Sa vie appartenait à Isak, il en faisait ce que bon lui semblait. Une réalité dont elle avait toujours eu conscience, à laquelle elle s'était enchaînée avec beaucoup trop d'entrain pour être saine d'esprit... Elle sentit sa présence près d'elle plus qu'elle ne la vit. Si près d'elle... Pourquoi était-il ainsi ? Qu'est-ce qui le poussait à agir de cette façon ? Il l'avait toujours protégée, il avait toujours été là pour ça. C'était un cauchemar. C'était simplement un cauchemar.

Un rêve, rien n'était réel. Il bougea, alors que la douleur dans son corps à elle ne faiblissait pas. Quand bien même, elle augmenta, violemment, lui arrachant les entrailles. Un cri passa la bordure de ses lèvres tandis que son corps se recroquevillait un peu plus, tentant d'échapper à... L'illusion, qu'importait ce que c'était. Elle ne percevait plus le monde extérieur, si ce n'était les flammes cherchant à lécher sa peau. Et bientôt, l'instinct animal reprit le dessus sur la raison et les sentiments. Pas question de crever ici, incapable de faire le moindre geste. Ses doigts se refermèrent autour du canon de l'arme. De nouvelles larmes coulaient le long de ses joues, laissant des sillons dans la fumée qui s'accrochait à sa peau. Un murmure, comme un adieu :

"Pardonne-moi grand frère..."


Une dernière lutte contre la douleur, suffisamment pour utiliser l'arme. La crosse s'abattit contre la tempe de l'aîné, la force de la skinchanger permettant l'évanouissement de l'être. Une seule chance. Elle fut libérée des entraves de la douleur, put enfin reprendre son souffle, récupérer le contrôle de son corps. La silhouette affaissée d'Isak la ramena dans la réalité. Il fallait se bouger, et vite. Quitter cet enfer, arrêter cet incendie. Vivre. Juste vivre. Ses membres inférieurs accusaient toujours le contre-coup de la douleur, bien qu'illusoire. Sa peau s'emprégnait de la chaleur, la petite voix dans sa tête la poussa à sortir, traînant l'aîné avec elle. Se mettre à l'abri, quitter les flammes. La jeune femme ne prêtait pas attention à l'agitation autour d'elle. Toute sa concentration était sur son frère, maintenant que son corps avait retrouvé une température ambiante correcte. Elle l'avait allongé sur le sol, ses doigts s'étaient accrochés à ses épaules, et elle le secouait doucement. Les perles cristallines s'emparaient de ses yeux, de ses joues, sans qu'elle ne prenne la peine de les essuyer. Solveig avait tellement peur d'avoir fait une connerie. Elle avait tellement peur de l'avoir tué...

"Isak... Isak s'il te plait, ne meurs pas..."

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MessageSujet: Re: Le temps des illusions, ft Solveig   Sam 25 Fév - 15:32



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Le chaos ne cessait de croître, brûlant, terrifiant, se resserrant autour de leurs corps agressés par les dangers de Darkness Falls. L'incendie était grand, léchait un ciel aux teintes rouge vif, dissimulait des créatures qui se gaussaient de leurs sorts, prêtes à se jeter sur leurs carcasses fumantes. Des ricanements. Des centaines. Des milliers. Ils lui emplissaient la tête, Isak n'entendait plus que leurs rires déments et machiavéliques à travers les flammes. Son délire le consumait, comme le fruit des bougies calcinait son nid. Dans la panique sa magie s'intensifiait, échappait à son contrôle pendant que la douleur de Solveig s'élevait. Les muscles du sorcier se crispaient, son regard en alerte balayait la pièce avec angoisse, écarquillé, se posait sur tous ces démons qui surgissaient de son esprit tourmenté et qui se matérialisaient, un à un. L'atmosphère était de plus en plus lourde, presque irrespirable, la chaleur intolérable lui rendait la vision difficile, faisait tourner le décor. Plongé dans son cauchemar, le junkie ne voyait même plus sa soeur qui lui faisait pourtant face. Elle avait disparu, happée par son hallucination. Lui ne savait plus ni ce qu'il se faisait, ni comment il était arrivé là. Sa mémoire se morcelait dans ses terribles illusions. Il ne restait plus que la peur et la douleur, la terreur grandissante de l'Enfer et ses tortures, l’incompréhension, cette solitude tant redoutée qui vous transformait en bête - qui l'avait métamorphosé en monstre. Puis, soudain, tout cessa. Le terreur, la souffrance, l'oppression, la perdition, elles s'évanouirent toutes dans le néant, en une fraction de seconde.

Le drogué sentit qu’on le secouait, perçut des échos de voix qui s’éparpillaient mais n’était capable de se concentrer que sur ce mal de crâne qui menaçait de le lui faire exploser, sur ses poumons devenus si gênants, sa gorge sèche pleine de picotements. Il ouvrit péniblement les yeux qu’il figea d’abord dans le vide, tout était si trouble... Doucement, il tourna la tête vers la lumière vive qui émanait de son antre. Toute cette fumée... Il ne resterait pas grand chose de son cocon. Le mafieux déglutit avec difficultés sans se détourner du drame qu’il avait causé, dépité. Il n’avait jamais voulu ça. Sans réaction, il ne se détachait plus du spectacle, totalement absorbé par le carnage, paralysé par l’incompréhension et ce corps endolori qui prenait enfin conscience de son état lamentable. Il avait mal, un peu partout finalement, sans parvenir à se rappeler pourquoi. La colère s'était dissipée, l'excitation avait été évincée. Le camé n'avait plus que la lassitude pour lui tenir compagnie, un sentiment de vide absolu qui l'aurait terrassé s'il n'avait pas déjà été affalé sur le plancher.

Des pas affolés, alarmés par l’odeur de la fumée, se précipitèrent dans les escaliers. Des hommes à la botte des Eriksson s’étaient déjà armés d’extincteurs. Des « Ca va ? » et des « Que s’est-il passé ? » fusèrent dans tous les sens, mais le junkie ne percuta pas. Il vit vaguement une de ses recrues pénétrer ses appartements et tenter d’éteindre le feu. Le bruit du jet de mousse lui semblait d'ailleurs assourdissant. Il ferma ses paupières un instant, comme pour chasser ce vacarme. Une main se déposa dans la foulée sur son visage, glissa vers sa tempe dans une cascade de mots qu’il ne saisissait pas. Ce contact lui arracha un sursaut de douleur, Isak heurta gauchement cette main indésirable de la sienne pour l’en dégager, effleura à son tour de ses doigts tremblants cet endroit avant de les observer dans une expression confuse. Du sang semblait tâcher sa peau, à moins qu'il n'hallucinait encore. Concentré sur cette image, il ne réagit toujours pas aux échanges de sa soeur avec ses gars. Il entendait sans comprendre, ne parvenait pas à se faufiler hors de cette brume qui l’empêchait de se reconnecter totalement avec le monde réel. Il percevait les inquiétudes, l’agitation, et les sollicitations sans pouvoir y répondre, clignait lentement des yeux pour essayer de se raccrocher à la réalité et d’en saisir approximativement le sens.

Le feu fut rapidement maîtrisé, le brouhaha s'interrompit, l'effervescence retomba. Le magicien fut secoué un peu plus franchement, de nouvelles mains accrochèrent son visage léthargique pendant que d’énièmes sons indéchiffrables franchissaient des lèvres soucieuses. Le mafioso se dégagea de ces intruses en se redressant maladroitement. Il se traîna jusqu'au mur auquel il s'adossa, puis s'immobilisa le temps que tout cesse enfin de tanguer, que ses esprits se reprennent un peu. Ses yeux voilés observèrent chacune des personnes présentes et terminèrent par accoster la silhouette de sa cadette. Il la contempla de son air perdu, la questionna d'un regard désarçonné avant de congédier leur clique d'un « Merci, c’est bon, il n’y a plus rien à voir... » d’un ton faiblard. Il n’exposerait pas plus sa vulnérabilité, cette impuissance qu’il était en train d’exhiber devant ses employés redonnait vie à sa colère, il ne laisserait pas cet incident mettre à mal sa réputation dans son propre établissement. Personne omis la fratrie n'avait besoin de connaître les détails, le corps qui avait forcément été aperçu dans ses appartements ferait déjà suffisamment parler. Non, personne ne saurait, les rumeurs pourraient aller bon train si cela leur chantait. Un accident, c'était tout ce qui franchirait les barrières de ses lippes.

Ses doigts cherchèrent ceux de sa précieuse petite soeur, tous tremblotants. Il s'y nouèrent sans force, coupables, paumés, meurtris. Presque désespérés. Isak ne s'était pas encore révélé si faible en présence de Sol, si déséquilibré, abominable et désorienté. Il n'avait pas encore à ce point perdu le contrôle de la situation et de lui-même, et ce malgré toutes ses drogues et ses moments d'égarements, ses frontières désagrégées depuis longtemps. Il n'avait jamais été si loin. Tout ce qu'il était, tout ce qu'il ingérait, tout ce qu'il ressentait étaient en train de le tuer, d'anéantir son corps mais aussi son esprit. De le tuer, lentement. Mourir, c'était ce qu'il avait tenté maintes fois de provoquer, néanmoins il désirait mourir paisiblement, sans démons à ses basques, rendu serein par ses substances. Pourtant, aujourd'hui, mêlées à ses sentiments les plus dévastateurs, elles leur avaient rendu vie. Son échappatoire s'était muée en piège, c'était déconcertant et inattendu. L'idée de tout arrêter l'effleura, alors qu'il s'en savait incapable. Avoir failli tuer Solveig ne parviendrait pas à inverser la tendance, sa volonté n'était pas assez forte. La culpabilité ne le motivait pas suffisamment, alors qu'elle était à l'origine de tous leurs malheurs. Mettre un pas hors de ce cercle vicieux demandait plus d'efforts qu'il n'était capable d'en fournir. L'envie ne lui manquait pas malgré tout, bien qu'éphémère, si médiocre face au poids du sevrage et de ses conséquences. Ce soir n'avait été qu'un instant dans une infinité de tortures, prendre le risque qu'un tel scénario se reproduise lui paraissait plus considéré que de se soumettre à ses démons et tenter de les combattre. Une cause perdue. « Qu'est-ce que j'ai fait... ». Laissa t-il fuir, désemparé. « Je ne contrôle plus rien Sol » avoua t-il faiblement. Cette révélation n'en était pas une pour la benjamine, elle était soumise à son comportement mais pourtant bien lucide. Cependant, que l'aîné l'admette, c'était une première et un pas gigantesque vers... « J'ai conscience de déraper mais je ne peux ni ne veux pas m'en empêcher ». Un pas gigantesque vers que dalle en fait, ou alors vers d'avantage de souffrances découlant d'une imparable impuissance.

Son regard se détourna soudainement de sa métamorphe, attiré par un autre portrait. Il s'écarquilla d'abord, devint ensuite deux puits sans fond accablés de tristesse. Il ne cillait plus. Le mage observait son frère en silence, qui le contemplait également en lui souriant avec à la fois tendresse et affliction. Etait-ce son esprit ou une autre illusion, qui savait. Isak préféra se persuader que son fantôme était réel et lui adresser ses regrets. « Je suis désolé mon frère ». Chimère ou réalité, dans tous les cas Solveig ne pouvait pas le voir et le camé en fut peiné. « J'aurais voulu pouvoir te prêter mes yeux... » murmura t-il à Sol sans explication. Le défunt s'approcha, sans un mot, le sorcier tendit sa main vers ce dernier, elle se referma sur du vide et retomba mollement contre son flanc. L'apparition disparue, simplement, laissant le nightkeeper déconcerté. Le tabou fut brisé. « Ce qu'on lui a fait, c'est impardonnable ».

Hj: oui oui, 5/5 !
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MessageSujet: Re: Le temps des illusions, ft Solveig   Jeu 9 Mar - 2:05


Le temps des Illusions
Pleasure can come from illusions but hapiness will only come from reality ••• Elle était restée là, accroupie à côté du corps inerte de son frère. Il ne réagissait pas, et elle avait peur de le secouer. Si ça se trouvait, faire ça entraînerait des conséquences encore plus lourdes. Elle qui s'en mordait déjà les doigts, elle ne pouvait pas risquer pire... Le brouhaha incessant ne la dérangeait pas plus que cela, tout en agressant ses sens avec violence. Elle avait de nouveau envie de s'écrouler, mais sous l'impact de la pression, de la peur et des mots cette fois-ci. Puis les yeux de son aîné s'ouvrirent. Solveig s'autorisa à reprendre une profonde inspiration. Si la situation n'avait pas réduit en miettes les derniers vestiges de ses émotions, elle aurait certainement pleuré. Elle aurait versé toutes les larmes de son corps pour ce frère et le fait qu'il était encore en vie. Aujourd'hui, ses yeux restaient secs. Elle le détaillait juste de ses iris ambrées, qui avaient perdu de leur éclat. Un vide auquel lui avait dû s'habituer. Ses doigts tremblants s'étaient accrochés à ses genoux, comme pour lui éviter de s'évanouir. Un moyen tout bête qui pourtant lui permettait de rester ancrée dans la réalité, malgré le feu qu'elle ressentait encore contre sa peau. D'ailleurs, celui-ci commençait à perdre puissance, face aux assaults de la mousse des extincteurs des hommes de main d'Isak.

Solveig n'y prêtait pas attention. Sa main droite vint effleurer la joue de son frère, puis sa tempe, à l'endroit où elle avait enfoncé la crosse de l'arme. Un simple contact qui serrait son coeur de douleur. Et qui dut faire mal à son aîné puisqu'il la repoussa instantanément. Un sourire triste se dessina sur son visage, tandis qu'elle reculait et reprenait son poste d'observation. Ce fut à son tour de certainement prendre conscience de ce qu'elle avait fait. Du fait qu'elle l'avait frappé, assez fort pour l'assommer. S'en rendait-il compte ? La suédoise ne savait pas bien ce que son frère pouvait en penser. Allait-il la tuer ? Allait-il recommencer avec la souffrance ? Cette simple pensée la fit frémir d'horreur. Pourtant, elle supportait bien la douleur. Après tout, elle se scarifiait sur des bases régulières pour leur business. Cependant, elle se rendait à présent compte que le fait que cela émane de son frère la détruisait encore plus. Il était capable de lui faire du mal. Il était capable de la tuer si l'envie lui en prenait. Et elle, elle continuait à le suivre, aveuglément...

On s'approcha d'elle, on lui posa quelques questions, on l'accusa. Une fois. Deux fois. La jeune femme se releva. Son regard avait perdu toute trace de gentillesse, toute trace de douceur, pour s'emplir d'une froideur semblable à celle de son frère. Quelques mots suffirent alors à remettre à leur place les hommes d'Isak. Le panda devenait lion, et peu accepteraient cette nouvelle autorité. Mais Solveig se moquait bien de ce qu'ils pourraient penser, à cet instant précis, ils n'avaient pas le choix d'obéir ou non. S'ils n'obéissaient pas, ils mourraient. S'embarrasser d'eux ne lui était d'aucun intérêt. Enfin, l'un d'entre eux se décida quand même à approcher l'aîné des Eriksson, lui palpa le visage, histoire de voir si tout allait bien de son côté à lui. Puisque de toute façon, on s'en foutait bien de la jeune femme. Elle pouvait tenir debout et n'avait aucune blessure apparente, le reste importait peu... L'homme fut repoussé sans ménagement, et cela dut lui suffire puisqu'il se décala sans poser la moindre question. Ducon, elle te l'avait dit qu'il allait bien... D'ailleurs, Isak bougea et alla s'adosser au mur. Solveig resta immobile, en retrait. Ce fut pourtant sur elle que le regard de l'homme s'arrêta. Ce fut elle qu'il questionna de ses yeux. Les autres furent virés d'une simple parole. Quelques-uns ne voulurent pas le laisser en présence de la jeune femme, semblant mettre sur ses frêles épaules la totalité des événements. Evidemment, c'était de sa faute. Elle s'en serait moquée si l'un d'entre eux n'avait pas attrapé violemment son poignet. Peut-être dans l'optique de lui faire payer. Elle se dégagea, enfonça son poing dans la mâchoire de l'homme. Il pesta, mais n'en redemanda pas. Elle aurait pu faire bien plus que lui cassait quelques dents.

Une fois que les hommes eurent débarrassés le plancher, Solveig se rapprocha de son aîné. Il chercha ses doigts, qu'elle lui offrit sans crainte. Il avait l'air si... Brisé. Elle n'aimait pas le voir ainsi. Elle ne voulait pas... Le silence pesait sur ses épaules, sur son corps tout entier. La jeune femme n'était pas faite pour supporter cela. Elle aurait mille fois préféré que son frère explose, plutôt qu'il ne la laisse à supporter tout ça. Cependant, la suédoise n'osait pas briser les non-dits. Alors, aucun mot ne sortait de ses lèvres. Elle se contentait de l'observer, d'attendre. Toujours attendre. Qu'avait-il fait oui... Elle ne pouvait répondre à sa place. Elle ne pouvait rien dire de plus. Alors, elle serra juste ses doigts entre les siens. Avec la tendresse d'une soeur. Non, il ne contrôlait plus rien. Cela faisait un moment qu'il avait perdu le contrôle. Sauf que Solveig n'avait jamais osé le dire. Attiser les colères et la rage ne lui plaisait pas, alors, elle s'était tue. Peut-être qu'elle s'était trop tue. Elle aurait voulu l'aider. Elle aurait tellement voulu l'aider mais elle ne savait pas quoi faire. Elle n'avait jamais su quoi faire pour aider les autres. Ils se détruisaient tous autour d'elle, ils finissaient tous par disparaître, tous par mourir...

Les yeux d'Isak se détachèrent, se glissèrent dans le vide. Elle suivit ce regard, ne tomba sur rien, tout en voyant la tristesse prendre part en son frère. Que voyait-il ? Une excuse envers un frère, puis des paroles mystérieuses. Lui prêter ses yeux... Il tendit le bras, le referma sur le vide. De nouvelles paroles. C'était impardonnable oui. C'était gravé dans sa propre mémoire, bien qu'elle ne l'avouerait jamais. Ce n'était pas le moment d'en rajouter une couche à l'esprit déphasé d'Isak. Elle l'enveloppa dans ses bras, l'embrassa sur la joue et carressa ses cheveux durant quelques secondes. Puis, lentement, elle l'obligea, l'aida à se relever, lui permettant de prendre appui sur elle.

"Viens, on va aller dans mon appartement. Ca vaudra mieux que de rester ici pour le moment..."


Bon, il n'allait certainement pas apprécier le chat. Ni même qu'elle semble lui donner un ordre. Mais étrangement, elle ne lui laissa pas trop le choix. Et lui n'était pas en état pour faire face à la force de la métamorphe. Pour une fois... Ils ne croisèrent personne dans les couloirs, et cela arrangeait bien Solveig. Et devait arranger Isak. Son image venait d'en prendre un coup. Ou alors ce serait celle de la jeune femme. Dans ce cas-là, ce ne serait pas bien grave. Elle passerait juste encore moins de temps au Little. Ca lui donnerait une raison pour fuir. Ils arrivèrent dans sa partie à elle. Elle le déposa sur le canapé, se glissa dans sa cuisine en offrant quelques carresses à Käli. Elle attrapa un verre, le remplit d'eau et revint auprès d'Isak pour le lui tendre.

"Ca fait bien longtemps que tu as perdu le contrôle... Même si je dois avouer que c'est la première fois que tu.. Que tu vas aussi loin."

La vérité aurait été que tu t'en prends à moi. Sauf que la jeune femme n'arrivait pas à formuler ses paroles. Elle n'arrivait pas à prendre toute la dimension que cela impliquait. C'était bien trop dur pour sa conscience, pour son coeur de comprendre qu'elle pourrait mourir de la main de celui qu'elle aimait le plus. Elle se posa sur le sol, laissa sa tête s'appuyer sur l'assise du canapé. Ses jambes furent serrées contre elle. Elle se laissa quelques secondes de silence, quelques secondes de réflexion.

"Tu sais... C'est impardonnable ce qu'on lui a fait. Mais je ne sais pas s'il aurait voulu qu'il y ait tant de souffrance après. Enfin, s'il le fallait, je donnerai ma vie pour qu'il soit là, à ma place et face à toi..."

Evidemment. Elle irait jusqu'à sacrifier sa vie. Celle-ci ne valait pas grand-chose finalement, par rapport au bonheur de son aîné...

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MessageSujet: Re: Le temps des illusions, ft Solveig   Jeu 9 Mar - 22:21



Symphony Of Destruction
You take a mortal man and put him in control, watch him become a god. Just like the Pied Piper led rats through the streets, we dance like marionettes, swaying to the Symphony of Destruction


Les sens tournaient pendant qu'on le remettait doucement sur ses pieds, après quelques secondes de tendresse à laquelle il n'offrit aucune réplique. Il avait failli la tuer, lui avait causé des souffrances qu'il n'avait jamais été en droit de lui infliger, il ne méritait pas cette douceur et toute cette attention qu'elle continuait de lui témoigner. Figé dans sa culpabilité, son regard azuré posé dans le vide, il se contentait de s'accrocher sans force au corps qui le soutenait, puis de s'acheminer d'une démarche oscillante dans les couloirs interminables qui lui donnaient le tournis. Rien n'était net, ni le décor ni sont esprit qui ne parvenait toujours pas à reconstituer totalement la scène passée, à se remémorer chaque détail de cette folie extrême et passagère qui avait fait de lui sa terrible marionnette. Il peinait déjà à se concentrer à mettre un pas devant l'autre et se laissait donc simplement guider comme un aveugle désarticulé, la silhouette frissonnante au contact de cette chaleur bienveillante qui se dégageait de sa petite soeur. Coeur et âme brisés qui s'en remettaient totalement à celle qu'ils avaient gravement tourmentée, comme un bourreau qui se laissait sombrer dans les bras de la martyre.

Tout cessa de tournoyer une fois confortablement installé sur le canapé. Isak cala son dos contre le dossier, y renversa sa caboche en désordre, puis se couvrit ses yeux rougis de son avant bras assombri par la fumée. Il respira quelques instants profondément, le temps pour son palpitant de calmer sa fougue et pour la nausée de disparaître. La torpeur le gagna rapidement. Il était si las, mais le tintement des talons féminins le fit légèrement sursauter, le ramenant à la cruauté de la réalité. Ses prunelles défigurées épousèrent celles de Solveig qui se dressait devant lui, puis balayèrent chaque parcelle de son être d'un air coupable et désarçonné. Il n'en revenait pas de l'avoir torturée, de lui avoir craché son venin sans une seconde d'hésitation, de... Ses paupières se fermèrent exagérément avant de cligner à plusieurs reprises. Le reste de la soirée lui avait échappé. Fichue transe qui le laissait sans repère dans la tempête émotionnelle qui se déchaînait. Complètement désaxé, il saisit le réceptacle cristallin qu'on lui tendait de sa main agitée, le ramena promptement contre sa poitrine pour l'y caler, en l'enserrant fermement de ses doigts qui continuaient incessamment de trembler.

Les effets de la drogue se dissipaient plus vite au fur et mesure de ses prises et de son accoutumance. La descente ne l'épargnait pas cette fois-ci et elle était dure à encaisser. Le junkie se sentait vide, suffoquait dans la dépression, ne voyait plus que la mort au bout du chemin, la délivrance. La fin pour ne plus ressentir le retour du bâton qu'il se prenait doublement, pour ne plus jamais voir cette douleur qu'il causait dans les yeux fraternels qu'il avait dépossédés de leur ton chaleureux. Pour ne plus croiser son abject reflet dans un miroir, pour ne plus jamais lui faire le moindre mal, pour ne pas la tuer, comme il avait tué leur frère. Pour que la vie et son affliction le libèrent du poids sous lequel il croulait. Mon dieu, il avait mal. Terriblement mal. C'était insupportable ! Et cette lucidité luciférienne qui revenait bousculer sa conscience et multiplier ses émotions exécrables... Pitié, qu'elle s'en aille ! Que les sentiments s'échappent, que les sensations se brident, que tout s'arrête, que tout se taise !

Trop loin. Il était allé beaucoup trop loin, elle avait raison. Il n'avait rien maîtrisé. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il avait perdu le contrôle. Pour la première fois, la peur de lui-même s'insinuait chez le camé qui chutait sans filet dans les tréfonds de la drogue et de ses effets chaotiques. Ca lui bouffait le système nerveux, au point de le déconnecter totalement du monde réel, jusqu'au non retour. Il regrettait la première fois qu'il y avait cédé, puis se rappela que sans elle il n'en serait jamais arrivé là. Mais là, était-ce réellement mieux que la mort, pour l'un comme pour l'autre... La réponse, ils la connaissaient tous deux, mais se voiler la face était un mal nécessaire pour s'accrocher à leur survie, alors qu'elle ne valait pourtant pas la peine d'être subie. La cadette aurait bien mieux vécu si elle avait pu subsister sans lui, sans cette fichue malédiction qui l'avait condamnée à dépendre entièrement et définitivement de son frère. Il n'aurait jamais dû la retrouver à sa sortie de Darkness Falls, pas plus qu'il n'aurait pu se résoudre à vivre sans elle. Aujourd'hui, il était tout aussi incapable de s'éloigner d'elle qu'elle de lui, quand tout démontrait pourtant que le contraire était envisageable. Trop tard. Il n'y aurait que la mort pour les séparer et offrir à la métamorphe une vie plus descente, une vie de libertés. Pour ce faire, il faudrait qu'il change sa nature et sacrifie cette sorcellerie qui lui était si chère, qu'il puisse rompre le lien. A l'instant, cette option était grandement concevable.

Les dernières paroles de Solveig furent comme un énième coup de poignard. Elles évincèrent instantanément ses pensées. Le verre se brisa sous les phalanges qui retrouvèrent un peu de force passagère, puisée directement à la source de sa rage. Sa paume restait crispée sur les éclats pendant qu'un peu de sang se mélangeait au liquide glacé avant de couler le long de son torse. Le sorcier aurait pu la brûler vive ce soir là, alors que son trépas était inimaginable. Elle n'était pas autorisée à dire des choses pareilles. Il ne serait jamais prêt à entendre de telles atrocités, pas quand les substances qu'il s'ingérait pour s'abrutir ne faisaient plus suffisamment d'effets pour le plonger dans son monde d'indifférence.  « Ne dis plus jamais ça » lâcha t-il d'un grain de voix aussi outré que l'épuisement le lui permettait. « Je donnerais tout pour qu'il soit là. Tout, excepté ta propre vie ». Finalement, ses doigts s'ouvrirent et les débris glissèrent le long de sa poitrine, puis s'éparpillèrent sur ses cuisses. L'effroi venait de le traverser. « Comment j'ai pu...Sol, j'aurais pu te tuer ». Ses yeux d'un bleu très pâle scrutaient le vide. « J'ai pas voulu ça ». Ce n'était pas lui qui avait commis ces souffrances. C'était impossible. Pourtant... « J'ai fait ce que je m'étais promis de ne jamais faire, et je n'ai rien vu venir. J'ai... rien maîtrisé. J'ai... Je n'ai aucune excuse. J'ai peur de ce que je pourrais te faire mais je ne peux pas m'arrêter Sol. J'arriverai pas à faire face. Je ne sais plus quoi faire... ». Sans la drogue, la réalité l'anéantirait. Elle le condamnait et le sauvait à la fois, le tout dans un équilibre instable qui faisait énormément de dégâts, mais qui lui était absolument indispensable. Désespéré, le mage jeta à sa cadette une oeillade saisissante. On y lisait toute la douleur et les remords qui l'assaillaient, la culpabilité qui le consumait. « Je suis tellement désolé pour ce que je t'ai fait, et je ne peux même pas te promettre que ça ne se reproduira pas ». Le mafieux ne se reconnaissait plus. Isak Eriksson avait laissé son âme en Enfer aux côtés de ses sombres souvenirs, entre les griffes des démons qu'il continuait de fuir.

hj: 2h du mat' quoi, je sais pas comment tu fais...
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MessageSujet: Re: Le temps des illusions, ft Solveig   Sam 18 Mar - 1:13


Le temps des Illusions
Pleasure can come from illusions but hapiness will only come from reality ••• Elle savait que c'était une mauvaise idée d'évoquer cette idée, notamment au vu de l'état dans lequel se trouvait Isak. C'était une mauvaise idée et pourtant, elle l'avait fait quand même. Elle l'avait fait en serrant ses jambes contre sa poitrine, en laissant son regard vide se poser sur la silhouette de l'aîné, en étant rien d'autre qu'une coquille vide. Il n'y avait plus rien en elle, mis à part ce coeur pulsant à intervalles réguliers, seul vestige de sa survie. Les sentiments s'étaient fait la malle, la raison aussi. La suédoise fonctionnait au ralenti, se détachant de tout. Voilà qui devenait dangereux. Très dangereux. Elle était dans ces conditions bien plus facile à manipuler. Encore plus qu'habituellement. Le sorcier l'aurait sacrifiée à cette seconde précise qu'elle n'aurait pas réagi. Cette fois-ci, elle ne se serait pas saisie de l'arme, elle n'aurait pas balancé la crosse contre le crâne de son aîné. Elle aurait laissé le feu la dévorer, les flammes s'emparer de son corps. La mort n'était pas un problème si elle venait de la main de celui qui lui importait le plus au monde. Elle n'aurait pas dû réagir. Elle n'aurait pas dû, puisque le vide en elle était plus compliqué à gérer que toutes les douleurs qu'elle avait pu endurer en cette soirée. Finalement, les souffrances lui rappelaient à quel point elle était encore vivante...

Le bruit de verre se brisant ne la fit même pas sursauté. Elle se contenta d'un soupir silencieux, de quitter sa position assise pour venir s'installer au côté de son frère. Lentement, elle retira les morceaux de verre tombés sur le canapé, les entassa dans sa main propre après un passage sous l'eau. Aucune réplique ne passa la barrière de ses lèvres, aucun sourire rassurant ne vint éclairer son visage. A vrai dire, elle ne s'attendait pas à ce qu'il réagisse ainsi. En temps normal, il était toujours si indifférent, si froid, que le voir avec un ton si outré – pour lui – aurait mérité une réaction amusée de la part de la jeune femme. Sauf qu'elle n'y arrivait pas. Tout sauf sa vie à elle... Pourtant, n'était-ce pas ce qu'il avait fait juste avant ? En tout cas, essayé, alors que la folie enfermait son esprit, embrouillait ses sentiments. Il avait tenté le Diable. Il avait tenté de jouer à nouveau avec la mort. N'avait-il pas appris qu'à vouloir défier la Faucheuse, on finissait par y laisser son âme, ou celle d'un de ses proches ? Leur frère avait été le premier. Solveig aurait été la seconde. La suédoise secoua ses cheveux encrassés de suie, avant d'attraper la main d'Isak et d'entreprendre de retirer les derniers débris de la chair de l'homme. Ses pupilles ambrées se détachèrent du sang s'écoulant légèrement des plaies, pour se reposer sur lui. Eteintes. Sans expression. Sans sentiment.

Isak ne la regardait pas. Il préférait s'occuper du vide. Avait-il peur de son jugement ? Oui, il aurait pu la tuer. Sauf que la jeune femme préférait ne pas y penser. Elle ne voulait pas comprendre à quel point c'était vrai. A quel point sa réalité, celle où Isak ne pourrait jamais lui faire de mal, était erronée. La douleur était vive dans son coeur. Bien trop vive... Elle fut à cet instant secouée d'une toux plutôt violente. Quelques gouttes de sang trouvèrent leur place dans le creux de sa main non encombrée, et elle cacha rapidement le tout, le soustrayant à la vue d'Isak. Pas la peine de l'inquiéter encore plus. Il s'en voulait déjà assez ainsi, lui mettre une pression en plus ne servait à rien. D'autant plus que la nature de la jeune femme entreprendrait bien rapidement de soigner le tout, si elle avait un quelconque souci. Peut-être que ce n'était que la fatigué accumulée de son corps qui se manifestait. Avec un peu de repos, tout irait pour le mieux. Tout finissait toujours par s'arranger dans la mesure du possible... Cette soirée lui permettrait-elle de s'ouvrir aux dangers de la drogue, aux extrêmes auquel elle le menait ? Solveig aurait tellement aimé. Qu'il se rende compte que cela n'arrangerait rien, bien au contraire. Cela le pousserait sans cesse dans la mauvaise direction. Finalement, la question était aussi : supporterait-elle une nouvelle agression ? Mentalement, émotionnellement, physiquement, ne chuterait-elle pas à son tour s'il s'en prenait une fois de plus à elle ? Ne finirait-elle pas par devenir comme lui, plongeant dans les substances illicites, flirtant avec l'inconscience et l'indifférence...

Elle capta le regard de l'aîné. Brisé. Douloureux. Détruit. Empli de remords, d'une culpabilité qu'elle ne l'avait jamais vu ressentir auparavant. Sa tête se pencha sur le côté, étonnée. Et il ne pouvait pas lui promettre que ça ne se reproduira pas. Evidemment. Un voile de tristesse se glissa devant ses yeux alors qu'un sourire sans consistance se dessinait sur son visage. Silencieuse, elle déposa un baiser sur le front de son aîné avant de s'éclipser dans la cuisine, pour jeter les débris dans une poubelle et surtout passer un coup d'eau sur ses mains, histoire d'effacer les traces de sa quinte de toux. Au passage, elle remplit un nouveau verre d'eau qu'elle ramena à son frère après avoir récupéré sa trousse de secours. Ses fesses retrouvèrent leur place dans le canapé alors que Käli grimpait pour venir s'installer sur ses genoux, à défaut de pouvoir se poser sur ceux d'Isak. L'animal avait bien senti que l'homme ne l'appréciait pas réellement, notamment depuis leur première... Rencontre.

"Tiens, tu bois ça et tu me laisses m'occuper de ta main blessée."

Son ton n'admettait aucune réplique. S'il n'était pas d'accord, ce n'était pas le problème de la jeune femme. Elle attrapa d'ailleurs la main blessée et entreprit d'effleurer les plaies avec douceur. Parfois, elle aurait aimé être une sorcière. Ainsi, elle aurait pu refermer les blessures en quelques secondes. Mais non, elle ne pouvait qu'utiliser les moyens humains pour éviter que celles-ci s'infectent. Le coton imbibé de désinfetant passa sur les plaies avant qu'elle ne s'occupe de faire le bandage, toujours avec tendresse. Tendresse qui aurait paru décaler à n'importe quelle personne à peu près saine d'esprit. Puisqu'il avait failli la tuer, puisqu'il recommencerait certainement. Cependant, Solveig avait besoin de la présence de son frère. Littéralement, sans lui, elle n'était rien. Rien du tout.

"Pourquoi donc ne le ferais-tu pas ? Tu as besoin de lui, peut-être plus que de moi. Et ça ne me dérangerait pas, tu le sais..."


Elle ferait ce qu'il voulait qu'elle fasse. Une marionnette. Une jolie marionnette vivante... Elle termina le bandage à l'instant où ses mots s'arrêtèrent. La trousse fut refermée, balancée sur la table et la jeune femme laissa ses doigts caresser la fourrure du chaton, qui se mit à ronronner. Le son finit par la calmer, la détendre, et le sourire qui se dessina sur ses lèvres à cet instant fut de nouveau réel. Elle récupéra alors les doigts d'Isak, les serrant entre les siens. Pour apporter une présence, un soutien malgré les mots. Elle était là. Et étrangement, elle serait toujours là. Quoi qu'il se passera, elle restera à ses côtés jusqu'à la mort. Jusqu'à sa propre mort.

"Je ne peux pas t'obliger à faire quoi que ce soit, je ne peux pas t'enlever les drogues qui anéantissent ton esprit, je ne peux pas faire barrage contre toi-même, je ne peux pas être ta conscience. Tu es le seul à pouvoir y faire face. Mais je serai toujours à tes côtés."

Le sevrer sans son accord n'était malheureusement pas une solution. Puisque malgré la destruction qu'engrendraient les drogues, elles étaient aussi celles qui le maintenaient à ses côtés aujourd'hui. Elles étaient à la fois sa survie et sa prison. Une larme coula le long de sa joue alors qu'elle serrait un peu plus sa main entre ses doigts tremblants. Elle allait finir par mourir de sa main, sans être parvenue à l'aider.

"Ce n'est pas un problème, je suis capable de supporter la douleur... Tu n'as pas à t'en faire pour moi."


Ses lèvres se posèrent sur la tempe de son aîné, contact rassurant. Et le chaton tenta une approche du sorcier. Les deux pattes avant se posèrent sur la jambe de son frère, alors que deux grandes yeux verts le fixaient avec intérêt... Le spectacle, presque attendrissant, arracha un sourire plus accentué à la jeune femme.

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MessageSujet: Re: Le temps des illusions, ft Solveig   Lun 27 Mar - 22:45



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Le nouveau verre d'eau fut saisi sans guère d'envie, puis posé sur l'accoudoir sans que le camé n'y trempe les lèvres. Sa gorge un peu sèche était un mal qu'il ne ressentait même plus, tant les autres maux prenaient le dessus sur ce léger désagrément. Le corps était endolori, mais le corps n'était qu'un détail quand l'âme et le coeur saignaient de la douleur qu'il avait causé à sa soeur. De celle dont il souffrait chaque jour et qui s'intensifiait au fil du temps. Qui ricochait sur tous ceux qu'il approchait, de loin, de près, intentionnellement ou non. La souffrance engendrait la souffrance, il l'avait toujours su et pourtant. Jamais sa force n'avait été suffisante pour se sortir de cette spirale, pour tenter de soigner ses plaies et de taire ses cauchemars. Sa lucidité était trop friable et éphémère pour peser suffisamment dans la balance de la guérison. De toutes façons, pour lui, c'était trop tard. La santé s'amenuisait et il doutait que toutes les potions du monde puissent suffire à anéantir les conséquences désastreuses qui pourrissaient ses chairs de l'intérieur. S'en convaincre était une excuse de plus à la continuation de son autodestruction. Foutu pour foutu qu'il se disait... Alors cette main qu'elle s'appliquait à bander n'était qu'une perte de temps supplémentaire à celui qui lui restait. Il était condamné, mais tenter d'entraîner Solveig dans la mort était une injustice qu'il n'avait pas préméditée et qui continuerait de le tourmenter dans cet Enfer qui attendait certainement son retour. Non, non, non, elle n’avait pas à supporter toute cette peine qu’il lui infligeait, elle n’avait pas à risquer sa vie sans même tenter de s’en indigner ! Il fallait qu'il s'éloigne d'elle, quand il savait aussi qu'il n'avait pas la force de s'y résoudre. Il fallait qu'il lui rende sa liberté, quand il savait qu'il n'oserait pas briser lui-même les chaînes qui les liaient l'un à l'autre. Pourtant... Il le faut. « Je dois te libérer » murmura t-il pour lui-même d’un grain de voix presque imperceptible.

Un contact sur sa jambe le sortit de ses pensées, le mage se reconcentra sur le moment présent pour se rendre compte de cette paire de pattes nonchalament posée sur le haut de sa cuisse. Son regard se perdit dans les pupilles félines qui l’observaient paisiblement, comme si aucune effluve de danger ou d’infime hostilité ne se dégageait d’Isak. Sans ciller, le mafieux détailla l’animal, avec une tristesse distincte dans ses grands yeux azurés qui avaient depuis longtemps égaré cette candeur qui émanait de ce chaton des rues. Une innocence qu’il enviait. Qui lui laissait l’arrière-goût de remords trop corsés pour être digérés. Il ne savait plus à quel moment l’homme s’était transformé en monstre, à quel instant il avait dérapé au point de pactiser avec le Diable. C’était difficile à encaisser, quand il avait conscience qu’il avait conservé son humanité à Darkness Falls, là où la plupart l’avait trahie, pour finalement lui tourner le dos une fois délivré de sa Géhenne. Il avait tenu bon pour rien. Le magicien inspira profondément, puis expira toute sa désespérance. « Quand est-ce que j’ai cessé d’être ce chaton Sol ? ». Il n’attendait pas la moindre réponse à cette question. Aussi, il enchaîna sans lui laisser le temps d’y réfléchir. « Je ne suis sensé avoir besoin ni de lui, ni de toi, seulement de moi. Mais ça fait trop longtemps que je me suis perdu. Je ne sais même plus qui je suis. Cet homme qui t’a blessé ce soir, je n’ai aucune envie de le sauver ». Le constat était sans appel. Le désir de vivre n’était plus qu’une chimère pour cet esprit brisé méconnaissable et méprisable. « Finalement, c’est une bonne chose qu’il ne soit plus là pour voir ça ». Le dégoût de lui-même était une confidence qu’il exprimait pour la première fois. Dans un état qui ne laissait plus aucune maîtrise à son esprit, les mots s’échappaient sans réflexion, avec spontanéité et sincérité. Ils cascadaient sans accorder d'attention aux conséquences qu'ils feraient naître. Sans penser aux tortures que cette sombre dépression provoqueraient au coeur déjà tourmenté de sa précieuse benjamine.

Il cessa de s'intéresser à la petite bête qu'il décida d'ignorer. Toute son attention fut offerte à Solveig qu'il dévisagea avec dédain. Le sorcier rejeta toute l’affection qu’elle lui témoignait au moyen d’une interrogation mordante. « Pourquoi tu t’accroches ? ». Le chaton fut chassé d’un coup de main en sa direction, il prit la fuite avant que l’élan du junkie ne parvienne à le heurter. « T’as pas à supporter tout ça ! Je refuse que tu le fasses ! » s’exclama t-il avec fermeté, avant de siffler méchamment entre ses dents. « T’es pathétique... ». Telle la femme battue qui revenait toujours se laisser cajoler par la main imprévisible qui la frappait dès la seconde suivante. Le femme dépendante d'un homme violent qui ne lui apportait que le malheur et la désillusion, la suffocation, l'enfermement et l'acharnement, sans jamais faire preuve d'une once d'estime pour sa loyauté sans faille ou de reconnaissance pour ses sacrifices. Il la privait de tout ce à quoi elle aspirait, pourtant elle était encore là, droite dans la tempête que l'aîné laissait sans cesse déferler, avec la volonté de ne pas plier. « Pourquoi ? » répéta t-il dans un écho qui se brisa sur le roc de son affliction. « Tout cet empire, je l'ai bâti pour toi. Mais plus je le construis, plus je nous détruis ».

Puis la démence et la colère s'invitèrent derechef. La trousse à pharmacie vola dans la pièce, les différents composants s'étalèrent sur le sol. Malgré le vertige, le blessé se releva d'un bond et frappa le récipient sur l'accoudoir qui se brisa à son tour. L'homme s'offrait à cette rage qu'il ne contrôlait pas, des cris accompagnaient son explosion pendant qu'il retournait la table basse d'un coup de pied. La fureur déformait son visage fatigué qu'il dirigea vers la mafieuse. Son corps était agité de grands gestes lorsqu'il agressa son vis-à-vis de ses paroles agressives. « Pourquoi tu supportes tout ça Sol ?! Pourquoi tu laisses pas cet enculé de Niklas t'emmener loin de moi ?! ». La peur de voir cette possibilité devenir réalité était aussi excessive que l'envie qu'elle se réalise. Perdre Solveig et ne pas s'en relever, la voir l'abandonner et le contraindre à une solitude qu'il redoutait plus que tout. Perdre Solveig pour qu'elle épouse le privilège d'une vie meilleure, pour son salut. « Pourquoi tu... ». Le vertige le rattrapa. Le dealer tomba à genoux, puis s’assit péniblement sur le plancher. La frénésie ne devint déjà plus qu’un houleux souvenir. Ne restait plus qu'une douloureuse résignation. « Toujours Solveig, même pour le pire... ». Toujours à ses côtés, en toutes circonstances, au péril de sa propre existence. Son dévouement frôlait la folie et causerait sûrement sa perte. La conscience de cette extrémité lui était acquise, alors pourquoi prenait-elle tous ces risques, quand celui pour lequel elle les prenait ne le méritait pas ? « J’ai tellement peur de te perdre, alors que ce serait la meilleure chose qui pourrait t’arriver ». Son regard désespéré, mais non moins déterminé, se planta dans les prunelles dorées de sa créature. « Isak est mort Sol ». Celui qu’elle avait connu durant leur jeunesse, qu’elle avait aimé et qu’elle avait appris à respecter. Celui qu’elle ne reverrait sans doute jamais, parce qu'il avait été chassé par une obscurité qu'aucune lumière ne semblait plus pouvoir percer. Elle s’accrochait à un étranger qui survivait au travers la noirceur qu’il répandait et qui finirait par l’y engloutir. Il ne voulait pas de ça pour elle. Mais... « Pourtant je suis incapable de te laisser partir ». Alors que s’en éloigner se résumait pourtant à la préserver. Elle était sa marionnette, tout comme il était la sienne. Il fallait simplement qu’elle en prenne à son tour conscience pour que, peut-être, le cercle vicieux se brise enfin et redonne à chacun sa liberté, l'oxygène qui leur manquait.
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MessageSujet: Re: Le temps des illusions, ft Solveig   Jeu 13 Avr - 0:29


Le temps des Illusions
Pleasure can come from illusions but hapiness will only come from reality ••• Sujet remis sur le tapis, au travers de paroles toujours aussi vides, toujours aussi froides. L'innocence avait définitivement quitté ses pupilles. Le peu qu'il restait en tout cas. Le chaton avait réussi à capter l'attention d'Isak, sans que ce soit violent. Ils se fixaient juste tous les deux. Un sourire attendri aurait pu se dessiner sur les lèvres de la suédoise, si seulement elle en était encore capable. Il lui faudrait un temps pour se réadapter. S'offrirait-elle ce luxe ? Ou décèderait-elle avant ? Elle ne savait pas. Elle ne savait plus. Les doigts glissèrent sur la fourrure grisâtre de l'animal. Une chaleur bienvenue dans son monde devenu si terne et fade. Quand avait-il cessé d'être comme Käli ? C'était une bonne question. Certainement quand il avait transformé leur frère. Quand il l'avait tué. Tout ça à cause d'elle. Tout aurait été si... Facile si la jeune femme n'avait pas demandé cette transformation. Elle aurait dû se taire, souffrir en silence. Mais qu'en savait-elle à l'époque ? Que savait-elle d'à quoi elle les condamnait tous les deux ? Rien. Rien du tout. Et l'innocence s'était brisée sur un choix dangereux. Brisée à jamais.

Le silence était toujours là. Les mots n'arrivaient plus à se former, que ce soit dans son esprit ou sur ses lèvres. Elle écoutait. Elle écoutait simplement. Une psychiatre. La jeune femme aurait voulu sauver son aîné. Même celui qui l'avait fait souffrir. Elle aurait voulu le sauver, se comporter en sœur modèle. La petite sœur dont il avait besoin, à laquelle il pourrait tout confier. Et finalement... Elle n'était rien. Elle n'était pas parvenue à attendre son but. Le sourire qui se glissait sur ses lèvres se voulait rassurant, mais il devait en être effrayant. Une bonne chose qu'il ne soit plus là... Elle déglutit difficilement. Peut-être. Mais elle n'arrivait pas à se dire que sa mort avait été souhaitable. Les doigts se glissèrent dans ses cheveux, et la jeune femme en profita pour détourner le regard. Quelques secondes, ne pas montrer la douleur qui l'envahissait. Son cœur engourdi battait douloureusement. Tambour assourdissant dans son crâne, dans sa poitrine. Et pourtant, elle parvenait à faire semblant. Encore et toujours, faire semblait. C'était bien plus simple. Et on finissait toujours par choisir la facilité.

La colère après le dégoût et l'indifférence. C'était tout ce qu'il lui offrait. Et elle restait. Elle s'accrochait comme une désespérée. Parce qu'elle l'était. Elle n'avait personne à aller voir s'il n'était plus là. Et elle mourrait lamentablement. Enfin, ce n'était pas comme si elle vivait heureuse déjà. Pathétique. Elle était pathétique. Et lui, pourquoi ne comprenait-il pas qu'il était le centre de son univers ? Pourquoi refusait-il la responsabilité qu'il avait lui-même créée ? Elle était épuisée. Epuisée de se battre pour essayer de faire en sorte que tout aille bien, tout aille du mieux possible, sans rien en retour. Elle accumulait le stress et l'horreur. La douleur, la violence, tout se glissait dans ses veines. Ils y creusaient leur trou. Parfois, elle s'étonnait de tenir debout, se demandait si sans l'adrénaline, sans le sacrifice, elle serait toujours là. Elle aurait pété un câble avant. Après, il fallait prendre en compte la nature de métamorphe. Le tout cumulait, elle en deviendrait presque imbrisable. S'il y avait encore quelque chose à briser. La destruction. Elle le faisait très bien toute seule, elle n'avait pas eu besoin de lui pour se mettre au fond. Quand prendrait-il la peine de comprendre que c'était son propre choix ? Peut-être pas le meilleur, loin d'être le meilleur, mais elle avait choisi. Elle avait tout choisi.

La trousse s'envola de ses mains, s'écrasa sur le parquet déjà usé. Les yeux vides la suivèrent, et elle ne prit même pas la peine de pousser un soupir de désespoir. A quoi bon ? Le verre se brisa à nouveau. Le deuxième en quelques minutes. Il lui faudrait aller faire quelques courses pour s'en procurer de nouveaux demain. Puis ce fut au tour de la table basse, retournée sous la rage de l'homme. Et elle, elle était l'immobilisme incarnée. Son regard sans vie observait, mais aucune réaction n'était à noter. Aucune émotion non plus. Il pourrait bien l'enfermer ici et faire brûler le bâtiment qu'elle s'en moquerait. Plus rien n'importait. Il avait tous ces ressentis qui avaient fui son propre cœur. Ironique puisqu'elle avait toujours mieux géré les élans de son cœur que l'autre, la drogue n'ayant pas encore détruit ses récepteurs et son système nerveux. L'évocation de Niklas n'éveilla pas plus de sentiments en elle. La douleur, la trahison avaient effacé les émotions il fallait croire, avant qu'elle n'y regoûte...

L'autre finit par s'écrouler à nouveau, sans qu'elle amorce le moindre mouvement. Pourtant, ça aurait été si simple. Se lever, se diriger vers le corps chutant, le rattraper. Elle aurait pu le faire. Mais il n'y avait plus d'envie. Elle observa juste de ses iris ambrées, comme une spectatrice derrière une vitre sans tain. Oui, elle était toujours là, malgré la douleur, la haine, l'horreur, la violence. Elle continuait, parce qu'elle ne savait plus rien faire d'autre. Sa perte était-elle réellement la meilleure chose qui pourrait lui arriver ? Elle en doutait. Elle serait tellement désorientée par sa disparition... Sans parler de la transforation en panda jusqu'à la fin de ses jours. Elle était condamnée, mais cela ne la gênait plus. Les autres mots lui passèrent au-dessus de la tête. Ou plutôt, ses lèvres s'ouvrirent, automatiquement, pour réagir :

« Solveig ne vit plus non plus Isak. Elle a disparu dans les méandres de l'horreur depuis bien longtemps. » Le silence, le temps de reprendre une bouffée d'air face à cette réalité. « Et ça tombe bien, parce que je ne partirai pas. Ma place est ici, il faut bien quelqu'un pour s'assurer que la machine tourne. »

Cynique, vide. Et si réel. Si elle n'avait pas été là pour maintenir à flot leur bordel, tout aurait coulé depuis bien longtemps. Pourtant, elle n'avait pas les compétences pour ça. Mais parfois, il fallait les développer sur le terrain, même si la réputation et la crainte qu'inspirait son aîné avaient grandement aidé à son intronisation en tant que gérante. Même shooté et à moitié mort il était plus important qu'elle. Elle ne se releva toujours pas, se contentant de le fixer de ses pupilles figées.

« Je supporte parce que comme tu l'as dit, tu as voulu créer tout ça pour moi, pour subvenir à mes besoins, que je ne manque de rien. La moindre des choses est de rester à tes côtés et de t'accompagner. C'est con. C'est dangereux. Mais c'est tout ce que je sais faire. »

Les fesses quittèrent le canapé, et elle entreprit de ramasser les nouveaux éclats de verre, avant que le chat marche dessus et se blesse. Elle tenait au confort du petit animal. Les morceaux dans le creux de sa paume lui donnaient l'impression de regarder son cœur. Il devait être dans un état aussi lamentable.

« Oui, je suis pathétique, mais je tiens encore debout, et c'est tout ce qui compte. Si ça t'emmerde autant, t'as qu'à bouger ton cul, arrêter de jouer au con et prendre tes responsabilités. »

L'acidité dans les mots, comme si elle devenait sa seule défense. Son seul moyen de faire face au monde. A son aîné. A la douleur. Elle se retourna vers lui une dernière fois, murmurant :

« Ca fait bien des siècles que toute innocence a disparu par ma faute. »

Elle se dirigea alors jusqu'à la cuisine. Un pas nonchalant, calme. Les éclats mis dans la poubelle, elle ne retourna pas pour autant dans le salon. Ses yeux accrochèrent le couteau posé sur le plan de travail. De là où elle était, Isak ne pouvait pas la voir. De toute façon, viendrait-il l'aider ? Les doigts se refermèrent d'eux-mêmes autour du manche, et, comme hypnotisée, elle enfonça la lame dans son corps. Une simple lame perforant organes et chair. Elle tituba, le dos heurtant avec force le frigo branlant de cette pièce ouverte. Les tremblements la faisaient hésiter. Une seconde supplémentaire avant que l'entaille s'agrandisse et que l'arme improvisée s'écrase au sol. Tâches de sang projetées sur les lattes du parquet, qu'elle ne voit même plus avec sa vision brouillée. Les genoux lâchèrent, la main se posa sur son abdomen. Liquide carmin sur les doigts alors que le reste de son corps s'écroula.

Temps ralenti, suspendu à un fil. Conscience étiolée, disparaissant dans les abîmes de la Mort. Tambours se rarifiant, annonçant une fin proche...

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MessageSujet: Re: Le temps des illusions, ft Solveig   Jeu 13 Avr - 21:02



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Les mots qu'elle prononçait s'avéraient être ceux qu'il avait eu besoin d'entendre, ils étaient le réconfort qu'il cherchait dans le chaos qu'il provoquait. Tyranniser pour mieux régner. Tyranniser pour mieux posséder. Tyranniser pour oublier. Isak ne savait pas si sa soeur restait à ses côtés par désir et gratitude ou s'il avait simplement réussi à la détruire au point qu'elle ne sache plus survivre sans lui. Disparue dans les méandres de l'horreur. Mais lesquelles ? Celles que ce monde avait engendrées ou celles dont il était le terrible auteur ? Jusqu'où s'était étendue son influence sur sa cadette et jusqu'où se répandrait-elle encore ? Non pas parce qu'il s'était révélé fort mais parce qu'il s'était montré faible, il l'avait propulsée sur le siège d'une régence qui finirait par s'écrouler, condamnée à jouer le rôle qui incombait à un autre. Piégée dans la dépravation d'une mafia qui ne lui appartenait pas, contrainte de la servir quand l'organisation avait été créée pour être à son service, elle s'était mise à penser qu'elle ne se délivrerait pas de ses entraves. Et, en l'état, elle avait sûrement raison. Tout comme elle était dans son bon droit de cracher cette vérité au visage de son aîné. Un grand frère qui méritait les remontrances auxquelles la benjamine l'exposait. Un chef de famille réduit au rang de petit garçon chétif qui ne savait plus se faufiler hors de son cercle de conneries et qui finissait par devoir avaler les critiques enfantées par son mauvais comportement. Un sale garnement, égoïste et irresponsable, qui s'était enlisé dans une mer de merde sans fond et qui ne parvenait plus à en sortir. Coupable de ce dont Solveig l'accusait, il s'était plongé dans le vague pendant que la langue fraternelle lui claquait ses quatre vérités contre son palais de femme épuisée et résignée. Il n'avait rien à rétorquer, car il n'y avait pas une once de fausseté dans tout ces discours. Son jugement s'alliait parfaitement à l'ampleur de ses fautes. Des dérapages qui continueraient envers et contre tout, bien trop difficiles à maîtriser pour celui qui avait depuis longtemps été dépassé par sa propre existence. La drogue, la colère et la vilenie étaient devenues sa seconde peau, la lui arracher provoquerait son déclin prématuré.

Le sorcier était responsable de cette vie que les Eriksson menait, de leurs dérives et de leurs pêchés, de leurs âmes morcelées et de leurs coeurs assombris, de tout le mal qu'il causait sur le chemin emprunté par leurs ombres avilissantes. Pourtant, il avait tantôt clamé le contraire, trop lâche et meurtri pour tout endosser. Se décharger injustement sur la mafieuse, puis la convaincre d'être fautive alors qu'elle n'était finalement qu'une victime de plus, c'était méprisable. Les perles d'azur coulèrent sur le sol de l'appartement, honteuses, penaudes, douloureuses. Ses lippes se pincèrent dans une moue confuse. Le mage était si détestable. « C'est pas ta faute Sol, c'est la mienne... » murmure brisé, bien vain après s'en être pris si violemment à sa petite soeur à qui il aurait simplement suffi de dire non. Il ne cessait plus de penser que ce jour là, il aurait pu refuser de la transformer, lui expliquer que cette idée qui avait germée dans son esprit de femme vulnérable était une ignominie et lui refuser cet abject privilège. Il se répétait une nouvelle fois que le magicien aurait dû s'en tenir au réconfort qu'il pouvait lui apporter. Qu'il était l'homme, qu'il était l'aîné, qu'il avait eu les pleins pouvoirs.  Et qu'il était donc le seul décisionnaire. Isak avait choisi leur destin, puis l'avait scellé. Il n'y avait rien de plus à en dire, aucun poids duquel se délester et il était trop tard pour s’excuser de s’être essayé au contraire, le mal étant largement fait.

Un choc qui retentit. Le bruit du métal contre le plancher. Le coeur qui s'élança, tout comme la silhouette de l'homme pourtant fébrile vers la cuisine. Comme un pantin désarticulé, le drogué se jeta sur la métamorphe maculée de sang. Le sien, chaud et terrifiant. D'une oeillade angoissée, le mafieux remarqua le couteau ensanglanté puis sombra dans l'incompréhension. Le corps tremblant, le souffle presque trop court, paniqué à l'idée de voir la vie quitter cette changeuse qu'il aimait tant, le dépendant saisit la masse inerte dans ses bras et posa vainement sa paume sur la plaie. Ses doigts agités parvenaient à peine à rester en place. Son regard affolé ne s'arrachait plus du visage livide de Solveig. Tétanisé, les secondes défilèrent dangereusement, rapprochaient la blessée de la faucheuse. « Pourquoi t'as fait ça ? Qu'est-ce qui t'as pris... » susurra t-il péniblement, la voix chancelante. Il ne saisissait pas la raison de son geste, mais cernait parfaitement sa portée. N'expliquait pas ce qu'elle avait désiré susciter en se poignardant elle-même, mais entrevoyait leur futur compromis. Un futur sans elle.

Le sorcier tenta de puiser dans ses ressources et de canaliser une énergie qu'il n'avait plus, de se laisser submerger par un pouvoir déclinant pour soigner cette brèche béante qui laissait l'existence si précieuse s'écouler. Sa peau tremblait de plus en plus, la sueur perlait sur son front noir de suie, mais la guérison n'opéra pas. Il n'avait pas assez de magie pour la sauver, il n'avait plus suffisamment de forces pour s'y adonner. Impuissant, Isak la regardait mourir. Il avait tari la source de sa sorcellerie, consumé sa vigueur. « Je n'y arrive plus Sol, je ne suis plus assez fort. Je ne peux pas te sauver ». Aveu déchirant. Les larmes quémandaient leur liberté, ses grands yeux pâles étaient même un peu humides, toutefois ses joues restaient irrémédiablement sèches. Son humanité désirait surgir sans jamais y parvenir.

Le mafioso resserra l'étreinte et appuya plus franchement sur la taillade, mais rien n'endiguait le flot. Le sol se recouvrait fatalement du sang de sa cadette. L'hôpital n'était pas envisageable, en plus de sa condition de métamorphe qu'elle devait garder secrète, elle s'était attirée quelques mauvaises oeillades à force de voler dans les stocks médicamenteux. « Transforme toi » chuchota t-il en dernier recours, sans la moindre conviction. Le mal était trop important, Solveig était incapable de se fondre dans la fourrure qui lui permettrait de régénérer. Trop faible, sa survie chancelait. Le dealer aurait voulu crier à l'aide, inutilement. Seul sorcier de sa clique, il n'y avait rien de plus entre ses murs qui aurait pu épargner sa créature. Personne, de toutes manières, sur qui il pouvait véritablement compter. Si entouré, pourtant si seul. Désarmé, désespéré, un nom, un seul, s'imposa à son esprit bouleversé. Noah. Son unique chance. Sa magie surpassait la sienne, ce qu'ils avaient partagé l'amènerait à l'utiliser pour lui. Pour elle. La peur de se confronter à ce pan de son humanité oubliée restait présente - et l'avait conduit à se cantonner à des échanges d'avantage professionnels ces derniers temps; plus le junkie se laissait dévorer par la noirceur, plus se raccrocher aux souvenirs de son identité regrettée était torturant, et le psy en était un - mais balayée par le vent d'inquiétude que ce drame familial avait soufflé, elle semblait bien médiocre. Résolu, n'ayant de toutes façons guère le choix, il souleva laborieusement l'agonisante dans ses bras, vacilla quelques instants avant de se camper fermement sur ses jambes puis se laissa porter en direction du cabinet du magicien, avec l'espoir que Sol tienne jusque là. Leur liberté, elle ne s'achèterait pas ainsi. Il ne laisserait pas la suicidaire mettre un point final à leur relation malsaine de cette manière. Elle n'en avait pas le droit. Il ne la perdrait pas comme ça, il ne le supporterait pas.

TERMINE
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Le temps des illusions, ft Solveig

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