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 shadows of the night appear (andreï&anya)

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rirat bien qui rirat le dernier

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MessageSujet: shadows of the night appear (andreï&anya)   Lun 6 Fév - 21:08

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

Bon et bien voilà. Je suis dans la merde. Et bien, en plus. Je suis dans la merde jusqu’au cou. C’est le constat que je fais en me faufilant comme je peux dans les ombres et les ruelles de la ville. Il fait encore nuit, mais vue l’agitation croissante et la pointe de lumière à l’horizon… ça ne va plus durer. Et avec le retour du jour, ça va être la parte de mon immunité d’assassin, ça va être la perte de ce sentiment de puissance qui m’étreint à chaque fois que je m’amuse avec les ombres, à chaque fois que je m’amuse avec mon couteau, à chaque fois que je fais, finalement, le ménage de tous ceux qui pourraient avoir quelque chose à me vouloir, de ceux qui ont été suffisamment cons pour se croire capable de survivre sans protection à la vengeance d’un Ievseï. Eux aussi, ils étaient dans la merde jusqu’au cou, et si je ne veux pas finir comme eux… et merde. Je m’accroche à une gouttière, je tends mes muscles pour me hisser, sans aucune grâce ni discrétion : je n’ai jamais été des plus doués en infiltration. Dans tous les cas, dans un bruit sourd d’une chute sans élégance, je m’échoue sur un escalier de secours en métal - mais quelle idée, aussi ! -, je prends le temps de rabattre ma capuche sur ma tête pour cacher mes mèches un peu trop blondes, un peu trop claires, avant de casser une vitre d’un coup de coude bien placé et de pénétrer dans la pièce sans faire le moins du monde attention aux éclats de verre : l’avantage d’un jean et d’un sweat. Je tombe dans la pièce, les sens aux affûts, je me relève d’un bond au premier bruit, avant de partir en exploration à la recherche de la sortie. Ce n’est pas la première fois que je me fais repérer par la milice mais, bordel, c’est bien la première fois qu’elle me colle au cul de cette manière. J’inspire en débouchant sur un couloir, je ne m’attarde pas le moins du monde. J’ai beau errer dans Nola depuis des mois, je ne connaissais pas ce coin-là. Pas sûr que j’y revienne de sitôt. Je jure entre mes dents des insultes et toutes les expressions les plus fleuries que je trouve en russe lorsqu’en jetant un coup d’œil par une fenêtre, dans la cage d’escaliers, je vois la milice qui tourne autour. Foutus Peacekeepers. Foutue connerie, aussi. L’avantage c’est que ce ne sont pas des putains de Shadowhunters qui comptent je ne sais pas combien de métamorphes dans leurs rangs, aux dernières nouvelles. Le désavantage c’est que me faire repérer comme ça, ce n’était clairement pas mon idée lorsque je suis sorti éliminer des problèmes. Oui, éliminer. Pas m’en créer. Je soupire en hésitant entre grimper les étages et les descendre. En bas, les cons. En haut, le cul de sac. Et tout ça pour aller où ? Putain… Au moins, le russe et ses sonorités aussi douces que du papier de verre convient bien aux jurons : je choisis les caniveaux, si chers au rat. Comme disait mon formateur : aucun homme ne sait voler, tous les hommes savent ramper, alors si tu as le choix entre faire l’oiseau et le déchet, ravale ton orgueil et rampe, putain. Tous les hommes meurent un jour, mais pour toi, mieux vaut que ce soit demain plutôt qu’aujourd’hui. Je dégringole les marches à toutes vitesses, mes pas résonnent dans le bâtiment, je saute par-dessus la rambarde pour m’écraser au rez-de-chaussée. Des ombres passent devant les portes de l’immeuble, je me plaque contre un mur. Concentré. Sur ce qu’il se passe devant. Un bruit, je me rends compte que je ne me concentre peut-être pas assez sur ce qu’il y a derrière moi. Et merde. Mon mouvement vif ne me permet pas de voir quoique ce soit, ce qui est plutôt chiant.

Je sais que je suis suivi, j’en ai l’intime conviction mais… « Putain d’bordel de merde » Je me rassure comme je peux. Je m’accroupis, pour relacer mes chaussures, déjà, pour chercher un moyen de m’en sortir, ensuite. Le quartier est quadrillé, il faudrait que je rejoigne Storyville le plus rapidement possible. Ou alors… dans un recoin d’ombre, invisible depuis la rue, mon ombre me masquant, je sors de ma poche une carte complètement abimée, donc je parcours les rues avec des sourcils froncés. Mouerf. Par là, il y a des restes de la mafia russe, je n’ai pas envie de m’y frotter pour le moment. Par là, je sais qu’il y a des tueurs de la Falciferae, qui aimeraient presque plus me faire la peau que les miliciens. Par ici… mes doigts tapotent une rue et un immeuble. Normalement, je ne suis pas connu des gens qu’il héberge, et c’est tant mieux. Pas très loin, facile d’accès, presque voire plus ou moins sûr… ma décision est vite prise, je froisse la carte avant de la fourrer dans ma veste et de me faufiler vers la porte que les ombres ont délaissé depuis quelques minutes. Je sors dans la rue, me glisse contre un mur. Et là, plus que dans les hauteurs ou quoique ce soit, je suis dans mon élément. Les ombres sont mes alliés. Maladroit, indiscret, bruyant et bavard, ouais, j’accumule des défauts comme assassin. Mais j’ai aussi des qualités, et… je me colle contre un mur, bloque ma respiration, laisse mon regard ne rien regarder pour tout voir. Un mouvement, infime. « Je te tiens » mes lèvres persifflent. En deux enjambées, j’atteins le dernier croisement avant l’immeuble que je vise, plus que quelques pas et…

On se jette sur moi pour me plaquer contre un mur, me pousser dans la rue aux mains de la Falciferae et nous enfoncer dans un battement. Je n’ai pas le temps de réagir qu’on est déjà enfermé. Je m’écarte avec brutalité, mon couteau à cran d’arrêt s’ouvre dans ma main et je me mets en garde, sans même avoir besoin de réfléchir, dans une attitude pire qu’hostile, avec la ferme intention de… de… Cette silhouette est un fantôme. « Anya ? » Elle n’est pas supposée être là. Elle… bien sûr qu’elle est en vie. Mais… « Anya ? Anastasia ? Bordel mais… tu… » Ma meilleure amie. Ou du moins… je le pensais. « Bordel, c’est toi, c’est vraiment toi ? Mais… tu… » Je fais un pas en avant, juste avant de me souvenir qu’accessoirement, elle vient de me foutre dans la merde. « Tu m’expliques ? »

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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Ven 10 Fév - 20:38

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

Il me met dans la merde. Il me met même méchamment dans la merde parce que comme d'habitude, il est incapable de faire les choses correctement, et qu'il pourrait bien se promener à poil avec une plume de paon rose dans les fesses que ça le rendrait presque plus discret. Alors je m'agace, je m'impatiente, ma langue claque contre mon palais tandis que je presse le pas... Et pourtant je souris. Je souris parce que ça m'amuse d'être le prédateur qui traque le petit rat, ça m'amuse de l'imaginer en train de jurer dans toutes les langues qu'il connaît, ça m'amuse... Non. Ça me plaît d'être si près de lui. Et c'est probablement ça qui m'énerve le plus. Anastasia, le paradoxe incarné. Perchée sur un toit, je l'observe se faufiler silencieusement d'une ruelle à une autre, scrutant avec fascination la fébrilité qui l'anime. Coure donc, Andreï, cache-toi, montre-moi que tu es encore capable de faire ce pour quoi on t'a torturé pendant tant d'années. Montre-moi que tu es encore digne de cette admiration que je ne suis pas parvenue à faire taire, sinon je risque d'être tellement déçue que je pourrais laisser les miliciens qui te coursent t'attraper. Pourtant, eux ne sont pas discrets. Ils hurlent, jurent, enfoncent leur énormes pieds patauds dans le sol et soufflent comme des bœufs. Un aveugle leur échapperait, alors pourquoi peine-tu à ce point ?

Intérieurement, j'entends le tic-tac fatidique résonner à mes oreilles. Parce que je sais que si les choses ne se passent comme prévu, pas comme je l'ai prévu, il va se retrouver entre les griffes de Georg. Et ça... C'est hors de question. Chaque jour je minaude en lui assurant que je me rapproche d'Andreï, en lui apportant des informations si vraisemblables qu'on n'y devine pas le mensonge, mais je ne veux pas qu'ils se retrouvent à nouveau dans la même pièce. Georg n'a d'yeux pour moi que parce que je peux lui permettre de récupérer son précieux petit poulain – ou plutôt rat d'égout, mais on est plus à quatre sabots et une paire de moustaches près – pour mieux délibérément m'oublier. Pour mieux me balancer au visage qu'il sera toujours mieux que moi, le blondin, quand bien même est-il incapable de se planquer. Bon sang mais qu'est-ce qu'il attend pour se changer en rat, ce con ?

Les miliciens se rapprochent, et alors que j'aurais préféré rester là en simple spectatrice, je comprends qu'il est temps pour moi d'entrer en scène. Avec agilité et discrétion, je me laisse glisser le long d'une gouttière et me faufile à la suite d'Andreï. Mon sang pulse à mes oreilles, la course a quelque chose de grisant, et je veux qu'il sente ma présence, je veux qu'il se sente suivi. Je le sens un instant me distancer, le voit prêt à m'échapper, et profite d'une hésitation pour me jeter sur lui. Sans la moindre délicatesse, je le projette contre le mur et l'envoie valser au milieu de la rue. Avant que les miliciens n'aient pu nous repérer, je le pousse à nouveau dans un renfoncement, et le grincement des gonds de la porte qui se referme signe la fin de cette course endiablée. Légèrement essoufflée, je le détaille dans l'obscurité. C'est bizarre... Il aurait presque pris un coup de vieux, entre aujourd'hui et la dernière fois où nous nous sommes retrouvés face à face. Sourire goguenard aux lèvres, je hausse les sourcils en le voyant sortir un couteau, pas le moins du monde impressionnée.

« Range ton cure-dent, Ievseï, tu risques d'te blesser avec... », je raille avec de sauter avec agilité sur un empilement de caisses sur lequel je m'accroupis.

Et le voilà qui répète mon prénom, comme si ça pouvait me faire disparaître ou brusquement lui apporter l'illumination. Les bras posés sur mes genoux, je penche la tête sur le côté, dans une attitude qui n'est pas sans rappeler celle du coyote avec lequel je cohabite.

« La vache, t'as fumé quoi ? Oui c'est vraiment moi. Désolée si tu as versé des larmes et hurlé à la lune en me croyant morte... »

La raillerie, c'est depuis toujours mon arme pour... Tout. Pour masquer la colère, la haine, la gêne... Pour masquer ce foutu sourire d'imbécile heureuse qui me trahie. Il n'a pas l'air content de me voir, ça c'est certain. D'un autre côté, je n'ai rien fais pour lui faire croire que j'étais en vie. Trop de choses ont changé, trop de choses nous séparent... Trop de haine boue en moi, et sa confusion a quelque chose de légitime. Ces tatouages sur mon corps, ce regard qui s'est durci, cette coupe de cheveux qui me vieillie... Quand je me regarde dans la glace, j'ai parfois l'impression d'être face à une étrangère et de ne plus vraiment savoir qui je suis.

« Que j't'explique quoi ? Je viens de te sauver la mise. Un peu plus et tu te faisais attraper, j'ai vraiment besoin d'épiloguer là-dessus ? Sérieux, Andreï, qu'est-ce qui t'est arrivé ? »

Pourquoi ne te transformes-tu pas en rat ? Elle est là, la question à 8000 dollars à laquelle j'aimerais donner une réponse.

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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Dim 19 Fév - 22:39

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

Elle est là. Devant moi. Si réelle, si tangible, si elle que j’ai l’impression que ça fait à peine deux jours qu’on ne s’est pas vu. Ou deux semaines. Ou deux ans. Mais clairement pas plus de quarante ans maintenant. Elle a changé. Immanquablement. Mais elle est restée la main. Anya. Je fronce les sourcils. A quoi elle joue, qu’est-ce qu’elle fout là et surtout pourquoi est-ce que… « Range ton cure-dent, Ievseï, tu risques d'te blesser avec... » J’hausse les sourcils, avant de me dérider petit à petit. Mon couteau, loin de se ranger sagement, s’amuse à tourner entre mes doigts, sans que je ne me départisse pour autant de ma garde. Dans mes souvenirs, en combat direct, je lui ai toujours foutu une raclée mais honnêtement, dans mes souvenirs aussi elle ne s’entraînait pas, elle essayait de m’égorger. Sans compter que je ne sais pas dans quel camp elle joue, là. Et que ça, ça, c’est quand même assez stressant. Mes yeux la suivent lorsqu’elle s’amuse à faire le chat et à grimper en hauteur, je fais un pas en arrière. Anya. Qu’est-ce qu’elle fout là ?  Est-ce qu’au moins c’est vraiment elle ? Je plisse les yeux en la fixant. Toute son attitude, toute sa manière d’être, ça me projette des années en arrière. « La vache, t'as fumé quoi ? Oui c'est vraiment moi. Désolée si tu as versé des larmes et hurlé à la lune en me croyant morte... » Je lève les yeux au ciel instantanément devant ses réponses qui n’appellent qu’à des répliques crachées au tac-au-tac. Je ne compte pas la décevoir puisque je cède et rétorque sans plus tarder. « Aux dernières nouvelles, c’est toi la seule clébard du lot. A la rigueur, j’aurais couiné si je n’avais pas plus songé à sauver mes fesses qu’à tripoter les tiennes lorsque Georg a crevé. » Merde. A la base, j’imaginais ça bien plus sur le ton de la raillerie que de l’amertume mais il faut croire que c’est la seconde qui a gagné la bataille. J’ai envie de lui demander ce qu’elle est devenue ces dernières années, mais… mais. Aux dernières nouvelles, non seulement c’était elle le coyote et moi le rat, mais aussi c’était elle qui me piquait ses crises de colère alors lui demander son emploi du temps des quarante dernières années, non, c’est bon, je vais lui épargner ça.

En revanche, lui demander son emploi du temps des vingt dernières secondes, là… je me souviens brutalement que je suis dans le terrain de la Falciferae et que je n’ai pas à traîner par là. Elle m’explique le concept ou ça se passe comment ? Mon couteau cesse de virevolter entre mes doigts pour se raffermir dans ma poigne. Mon regard lui aussi perd en crédulité. « Que j't'explique quoi ? Je viens de te sauver la mise. Un peu plus et tu te faisais attraper, j'ai vraiment besoin d'épiloguer là-dessus ? Sérieux, Andreï, qu'est-ce qui t'est arrivé ? » « C’est toi qu’es sérieuse, là ? » Je m’agite. Comme toujours. Je commence à m’agiter, à faire les cent pas dans la pièce où on a atterri sans la quitter du regard, à aucun moment. On n’a pas survécu tous les deux à de la torture et à un conditionnement sans que ça ne laisse des traces, autant à l’un qu’à l’autre. Et en sa présence, étrangement, je me sens toujours autant en danger. Merde, mais qu’est-ce qu’elle croit, que je me suis ramolli parce que, okay, j’avais quelques miliciens au cul et que, là aussi d’accord j’ai pas été le plus discret du monde dans mes fuites ? Et puis d’abord… « D’où tu m’as sauvée la mise, couillonne ? Tu m’as juste foutu dans une putain de merde, là. » Je baisse ma voix d’un ton, parce que ça résonne vachement, c’te merde. « De un, je gérais parfaitement la situation » Et je mens toujours aussi bien, « De deux… putain, mais tu t’prends pour qui, bordel ? » Il faut une nouvelle fois que je m’intime de baisser ma voix d’un ton. Je fais une pause, autant dans mes mots que dans mes mouvements avant de la fixer. « Et de toi,… tu me suivais ? » Là, j’ai deux solutions : soit elle me traite de parano, soit elle a son petit sourire qui me donne envie de lui foutre un pain dans la gueule et qui me prouve que j’ai raison, soit c’est une troisième option que je n’ai pas encore envisagé. Soit elle choisit de me mentir. Et là…

Et là… Je lève les yeux au ciel. « Bon, j’ai vingt mille questions à te poser, mais faut d’abord que je me casse du coin. J’ai pas envie que des merdes me tombent encore plus dessus. Donc je traverse cette putain de rue, je me planque pour le reste de la nuit par là-bas, tu me suis si tu veux et tu me racontes ta vie. » Je me tourne ostensiblement dans sa direction. « Ca te va, princesse ? »

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Dernière édition par Andreï C. Ievseï le Sam 25 Fév - 19:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Dim 19 Fév - 22:58

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

Il a quand même l'air sacrément con, à me regarder comme si j'étais une revenante... C'est pas comme s'il m'avait laissée tomber comme une vieille chaussette, hin ? Et encore, une vieille chaussette, on a la décence de la mettre au sale et de lui trouver une jumelle. Moi, je me suis retrouvée toute seule dans un caniveau. Et ça me fait mal, de le regarder en face. Mal parce que je me rappelle ces années où nous étions complices de tout. Où nous partagions nos peines et nos joies, où il était mon seul rempart contre l'adversité, où il était le feu et moi la glace, où nous étions plus que des amis. Andreï a été mon rival, mon meilleur ami, mon amant, l'homme que je n'arrive pas à haïr et que mon cœur aime encore à s'en consumer mais aujourd'hui... Je ne sais plus très bien qui il est. Je me demande même s'il n'est pas plus un étranger qu'autre chose, et je n'arrive pas à savoir si ça rend les choses plus simples ou plus compliquées. Je peux bien faire et dire ce que je veux, il est et restera le seul qui soit capable de comprendre ce que j'ai vécu et... Et je ne sais même pas si c'est réciproque. Tout ce que je sais, c'est qu'il a l'air d'un con fini quand il me fixe bêtement. Et il me fait marrer, il s'obstine à me parler en russe, comme si son traducteur de couillon polyglotte s'adaptait instinctivement. Mais je suis têtue, alors je lui réponds dans cet anglais mâché à l'accent prononcé qui fait mon charme. Mon sourire se fane un peu et mes lèvres se pincent, tandis que je retrouve cet Andreï caustique et cynique qui me plaisait, avant qu'il n'épouse Lara.

« Ah mais suis-je bête... Y a jamais eu que mon cul qui t'intéressait, j'oubliais. »

Un reproche ? Parfaitement. Un reproche en réponse à l'amertume qui parsème ses mots. Ça y est, il m'énerve déjà, on est mal barrés. Alors on se fixe comme deux ours en cage, on se jauge, mais aucun de nous n'ose poser la question classique. « Qu'est-ce que tu deviens, quarante ans plus tard ? ». C'est à croire que c'est tabou, ou que ni lui ni moi n'avons envie de savoir. Enfin rectification : je n'ai pas envie de le lui dire. Autant les années passées dans le corps d'un coyote ne m'ont laissée que de vagues souvenirs ennuyeux, autant l'avant et l'après... Merci bien. Je me contente alors de lui expliquer ce que je fais là, ce que lui fait là... Et voilà qu'il s'énerve, qu'il s'agite, qu'il fait le moulin à vent, comme d'habitude. Je lève les au ciel et me prend la tête entre les mains. Quand je relève un regard las vers lui, c'est pour mieux le voir battre des bras comme un pigeon aliéné dans le cul duquel on aurait shooté. Je le regarde, et à mesure qu'il parle, me fait des reproches, mon visage se durcit. J'ai envie de lui en mettre une, ça me démange, mais je reste immobile et silencieuse. Ça devrait seulement me mettre en colère, ou même me laisser indifférente, mais ça me blesse plus qu'autre chose. Pour qui je me prends ? A une époque, j'aurais pu répondre « pour ta meilleure amie, trou du cul de babouin ! », maintenant... Pour qui je me prends ? Bonne question. Et alors qu'il m'accuse de l'avoir suivi, je me redresse et répond sur le même ton.

« Mais vas t'faire foutre, avec ta paranoïa ! Tu crois vraiment qu'j'ai que ça à foutre de mes journées ? Désolée, Andreï, mais t'es pas le centre du monde, et encore moins du mien. »

Je suis vexée. Vraiment. Parce que pour une fois, je ne le surveillais pas, ce qui ne rend pas les choses plus... Saines. Mais pour une fois, je peux affirmer sans mentir que non, je ne l'ai pas suivi. Celui que je venais voir, c'est Georg, et autant dire qu'il n'est pas particulièrement ravi de savoir que je n'ai pas encore retrouvé Andreï. S'il savait qu'en réalité c'est fait depuis huit mille ans mais que je lui cache la vérité... Bon ok, peut-être pas huit mille ans, vu ses rides il devait à peine marcher à l'époque. Je ne veux pas qu'Andreï lui retombe dans les pattes, c'est hors de question ! Il a déjà suffisamment foutu la merde, il ne va pas mettre ça en pièce non plus ! Je le vois faire volte face, mon sang ne fait qu'un tour et, en l'espace d'une seconde, je suis debout, lui agrippant le bras.

« Non ! » Je glapis

Il se tourne vers moi, je lui lâche le bras pour croiser les miens et le fusiller du regard.

« J'suis pas ta princesse, Ievseï... Ecoute... Va pas par là. »

Je soupire, me passe une main dans les cheveux et peste en réalisant que je ne me suis toujours pas habituée à les avoir courts, puis me mets à faire les cent pas. Lui dire ? Ne pas lui dire ? Qu'est-ce qui est le mieux ? Andreï est têtu, à moins que je ne lui dise pourquoi il ne doit pas aller de l'autre côté de la rue, il m'enverra balader et s'y rendra la bouche en cœur, prêt à tomber sur Georg. Alors que si je lui dis la vérité... Il prendra ses jambes à son cou. Mais est-ce qu'il ne risque pas de me traiter de traîtresse ? Est-ce qu'il ne risque pas de refuser de me suivre. Je m'arrête de marcher, soupire et relève les yeux vers lui.

« Georg est dans le coin. Et avant que tu ne hurles à la trahison et ne t'enfuis, laisse-moi t'expliquer. Je sais qu'il est dans le coin, c'est pour ça qu'en te voyant, je t'ai attiré ici. J'veux pas que tu te refasses prendre, c'est tout. Tu sais aussi bien que moi que si je comptais te trahir, je ferais le contraire, je te pousserais dans sa direction. Maintenant, t'es libre de me croire. »

Je suis vraiment sérieuse, dans je dis ça. Plus de railleries ni de vulgarité dans mes mots, rien que du sérieux et une tension palpable.

« Si tu ne me crois pas, vas-y, vas là où tu veux aller, mais ne compte pas sur moi pour te suivre. Si tu me fais un minimum confiance ou juste que tu tiens à ta peau, t'as qu'à me suivre. Tu pourras me poser autant de questions que tu veux chez moi. »

Minute... Chez moi ? Wowowo Anya, on se calme, on respire et... Chez toi ? Ok. Parfait. Chez moi. Ça c'est la pire idée qui soit. Parce que je ne sais pas ce qu'il a dans la tête. Chez moi, je suis vulnérable, et ce n'est pas Adrian qui va venir me sauver les miches encore une fois. Alors chez moi. La prochaine fois, je réfléchirai avant de causer.

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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Sam 25 Fév - 19:56

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

Quand on me l’a présentée, je l’ai vue comme une rivale. Puis, en l’espace de deux heures, elle est devenue une alliée. Puis au fil des années, une amie. Une amante. Un soutien. Le meilleur. Une sœur dans notre complicité et notre façon de nous charrier pour tout et rien, une amie dans sa loyauté, dans son omniprésence, dans ses petites manies, ses défauts et ses faiblesses, et sitôt que la nuit tombait et que la solitude nous étreignait, elle devenait une amante. Puis… je n’ai pas compris : tout s’est brisé, tout a été perverti par la colère, par la jalousie ; le vin est devenu aigre, le lait a tourné, le soleil a été détruit par l’orage et la brise s’est transformée en une tempête monstrueuse. Tout s’est effondré, Lara m’a rattrapé et j’ai appris à composer avec les vestiges de notre relation pour survivre, m’endurcir, pour mieux encaisser les coups lorsque je l’ai retrouvée, lorsque nos différences se sont ancrées dans les deux formes que nous avons revêtues chacun à un an d’écart. Il y a de l’amertume dans notre relation, il y a de la colère, il y a une maladie perverse, un parasite que je n’ai jamais compris. Et il y a beaucoup de regrets. Et accessoirement beaucoup de vulgarité, aussi ; beaucoup de railleries, beaucoup de moqueries, beaucoup de tant de choses que la liste n’en finit pas. Et actuellement, c’est surtout le beaucoup de méfiance qui prend le dessus. Qu’est-ce qu’elle veut, qu’est-ce qu’elle me veut, putain, pour m’avoir suivi, pour m’avoir foutu dans le terrain de Falciferae, pour… réapparaître, comme ça, dans ce genre de circonstances ? Pas que ça m’étonne mais quand même… bien sûr que je la croyais morte, et bien sûr que je ne l’ai pas chialée. Bien sûr que j’ai pensé qu’à mon cul depuis que Georg a été tué avant de revenir parmi nous. Qu’est-ce qu’elle croit ? C’est elle qui a tout détruit de notre amitié. Pas moi. Je pensais plus à sauver mes fesses qu’à tripoter les siennes, inaccessibles de toute manière. « Ah mais suis-je bête... Y a jamais eu que mon cul qui t'intéressait, j'oubliais. » Son anglais et son accent m’écorchent les oreilles, mais j’en viens à sourire malgré tout. D’un sourire moqueur. D’un sourire mesquin. « Parce que c’était la seule partie de toi qui valait le détour, en même temps… » Elle veut de l’anglais ? Et bien qu’elle se le prenne dans la gueule. Tout comme ma méfiance.

Une méfiance que je ne compte pas faire disparaître avant d’avoir eu des réponses. Une méfiance qu’elle mérite, putain, avouez-le. Je veux qu’elle m’explique ce qu’elle fout là, je veux qu’elle m’explique pourquoi elle pense m’avoir sauvé la mise. Je me débrouille très bien tout seul. Très bien tout seul pour me foutre dans la merde. De un, de deux, de trois, de trois, putain, elle va se prendre mon poing dans la gueule. Je m’agite, j’ai rangé mon poignard. Et je finis par me calmer un instant, comme pour mieux lui laisser le temps de me répondre. « Mais va t'faire foutre, avec ta paranoïa ! Tu crois vraiment qu'j'ai que ça à foutre de mes journées ? Désolée, Andreï, mais t'es pas le centre du monde, et encore moins du mien. » Je réagis brutalement. « Ah ouais, sérieux ? Parce que j’ai toujours eu l’impression au contraire que c’était le cas ! » Elle m’a traité de paranoïaque et j’ai la sale impression que ça correspond à un aveu lorsqu’on parle d’elle. Peut-être parce que j’ai envie qu’elle m’ait suivi ? Non, ce serait aussi glauque que malsain et que stupide. Dans tous les cas, on en arrive à la même conclusion : aussi charmantes que soient nos retrouvailles, je suis déjà suffisamment dans la merde un peu partout pour ne pas, en plus, avoir besoin d’attendre gentiment que les ennuis me tombent dessus. J’ai des questions, mais il est hors de question que je me mette à camper dans le coin. Un changement de rue, c’est pas la mort, et elle n’a qu’à me suivre si elle veut absolument qu’on parle.

J’ai la main sur la poignée, et tout se passe si vite qu’elle a son bras sur le mien dans un « Non ! » qui me glace le sang, que je lui fais une clé de bras avortée par l’un de ses gestes de défense et qu’on se retrouve à notre point de départ, avec elle entre moi et la sortie, nos yeux fixés les uns dans les autres et une tension à son maximum. « J'suis pas ta princesse, Ievseï... Ecoute... Va pas par là. » J’ai la mâchoire crispée. « Pourquoi ? » Ma voix est clairement agressive. Et c’est autant voulu que souhaité. Son soupir exacerbe encore ma tension et ma méfiance : si on a joué à un moment, ce n’est plus le cas. Moi, du moins, je ne joue plus. Elle s’arrête de marcher. Je ne sais pas pourquoi, je sens que je ne vais pas aimer sa réponse.

« Georg est dans le coin. » J’ouvre la bouche avant de faire un pas en arrière, par réflexe. « Quoi ? » Mon cœur vient de partir dans un marathon. Un marathon paniqué. Je regarde autour de nous, par réflexe. Depuis qu’on en a parlé, brièvement, avec Mikkel, l’existence de Georg, sa survie, sa présence m’obsède, m’angoisse. « Et avant que tu ne hurles à la trahison et ne t'enfuies, laisse-moi t'expliquer. Je sais qu'il est dans le coin, c'est pour ça qu'en te voyant, je t'ai attiré ici. J'veux pas que tu te refasses prendre, c'est tout. Tu sais aussi bien que moi que si je comptais te trahir, je ferais le contraire, je te pousserais dans sa direction. Maintenant, t'es libre de me croire. » Elle est sérieuse. J’ai toutes les cartes en main pour le sentir. Sa voix, sa posture, son vocabulaire… tout, absolument tout me hurle qu’elle me dit la vérité. Et qu’elle est sérieuse. « Si tu ne me crois pas, vas-y, vas là où tu veux aller, mais ne compte pas sur moi pour te suivre. Si tu me fais un minimum confiance ou juste que tu tiens à ta peau, t'as qu'à me suivre. Tu pourras me poser autant de questions que tu veux chez moi. » Elle est sérieuse. Sauf que… face à Georg, on aurait pu être soudés. On aurait pu se tenir les coudes, on aurait pu trouver en l’autre un soutien, un appui, un ami. Si elle ne m’avait pas descendu en flèche, si elle ne m’avait transformé en rival et chacun de nos combats, chacun de nos entraînements en match à mort, en compétition, j’aurais pu la croire. Mais aux dernières nouvelles… je recule encore d’un pas, pour mettre de la distance entre elle et moi. J’ai toujours eu la sale impression que ce qui nous avait séparé, c’était son esprit de compétition et surtout Georg. « Je te fais pas un minimum confiance, Anya, t’es conne ou quoi ? Aux dernières nouvelles, si t’avais pu me castrer ou me tirer dessus à bout portant, t’aurais pas craché sur l’occasion ! » Et encore, je suis gentil. Georg est dans le coin. J’en ai des putains de sueurs froides, et c’est cette seule menace et perspective qui me pousse à rester sagement dans le bâtiment et à ne pas y aller. « Comment tu sais qu’il est dans le coin ? C’est où chez toi, à combien de minutes, faut passer par où ? » Elles sont là, les vingt mille questions dont je parlais un peu plus tôt. « Tu l’as recroisé, toi ? Tu veux me faire croire que tu m’as vu, comme ça, et que tu… je comprends rien, Anya. » Et ça, même si c’est clairement pas une nouveauté, ça me fait violemment chier.

Parce que j’ai une famille à charge, aussi étrange que ça puisse me et lui paraître. J’ai un môme à tenter de protéger, j’ai des petits-mômes à tenter de protéger aussi. J’ai… et elle ? « Tu vis seule ? » Il y a de l’inquiétude dans ma voix, dans cette dernière question. Une inquiétude que les années de colère, les années de dissensions et de discordes n’ont pas pu éteindre. Lorsqu’on nous a présentés l’un à l’autre, on était seul et torturé par notre solitude. Rongé par notre solitude. J’ai une famille. Et je viens de me rendre compte, pour la première fois, la toute première fois, que sans moi, sans Georg, elle n’a rien.

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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Dim 26 Fév - 21:23

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

Je foudroie Andreï du regard. Ça a l'air de le faire rire, de parler de mon cul comme si c'était sa propriété ou un truc qu'il aurait pu convoiter. Mais moi ça ne me fait pas rire. A vrai dire, ça ne me fait plus rire depuis le jour où il m'a annoncé être prêt à se marier avec une inconnue – pour ça l'était – le jour où tout à basculer, c'est le cas de le dire. Je pourrais répliquer quelque chose de cinglant, de bien sentit, mais je me contente de le fixer. Quarante ans. Ça fait quarante qu'on ne s'est pas vus, qu'on ne s'est pas parlés, et c'est comme si nous étions des étrangers en train de jouer un rôle. J'ai beau l'observer depuis des mois, maintenant qu'il est fasse à moi je sens comme une distance plus grande encore que celle qui nous séparait à l'époque. On s'engueulait, je lui tirais dans les pattes, lui mettait des bâtons dans les roues et prenais très au sérieux la notion de combat à mort mais... Mais au moins y avait quelque chose. Y avait sa présence, sa voix, son odeur, y avait toujours les vestiges d'une complicité que j'utilisais pour lui nuire mais qui était là, bien là. Maintenant il ne reste plus rien de tout ça. Quarante années passées à errer dans la solitude la plus totale, ça vous forge.

Et voilà qu'il me reproche de trop m'immiscer dans sa vie... Qu'est-ce qu'il faut pas entendre ! Bon certes c'est un peu... Beaucoup... C'est complètement vrai, mais ça me vexe quand même. C'est d'autant plus vrai qu'il a trop longtemps été le centre de mon petit monde vide de sens pour que j'en guérisse aussi facilement. Andreï a trop longtemps été ma raison de me lever le matin, de me battre, de montrer ma présence, de rire, de ne pas me laisser abattre... Andreï – et Georg à sa manière – ont remplacé ma famille avant de purement et simplement me délaisser. Comme si je n'avais pas d'importance, comme si ce n'était pas grave de me laisser sur le bas-côté en se foutant royalement de ce que je pouvais éprouver. Je suis un assassin, un assassin n'est pas supposé éprouver quoi que ce soit mais... Je suis aussi humaine. Et malgré toute l'énergie que je met à hurler ma haine envers Andreï, elle a perdu toute sa vigueur dès que nos regards se sont croisés. C'est con, hin ? Quand je suis loin de lui, je m'imagine le ramasser en miettes que tous l'auront lâchés, je m'imagine lui donner le coup de grâce en lui dévoilant mon plan machiavélique, et tout me paraît alors logique et légitime ! Sauf qu'en fait... Maintenant que je le vois, je doute. Une minuscule part de moi me chuchote qu'il y a peut-être moyen de reconstruire quelque chose, que peut-être... En faisant des efforts... Nous pourrions retrouver notre complicité passée ? Et cette petite voix dans ma tête me dit aussi que si je me mets à dos Andreï, il n'y aura plus rien à sauver, rien que des regrets à supporter. D'un autre côté, je le connais, ce grand crétin. Je le connais, lui et ses travers. Et je sais que si mon cœur supportera difficilement son absence, il supportera encore moins une trahison de plus.

« Bah voyons... Vire donc la merde que t'as dans les yeux, Andreï, et arrête de te regarder le nombril, c'est franchement pas ton meilleur atout. »

Tes abdos, en revanche, me murmure la petite voix sournoise, voix que je chasse d'une pichenette mentale. Ça m'énerve. Il m'énerve. Ça c'est une chose qui n'a pas changé en quarante années : je suis incapable de mettre mon cœur et mon cerceau d'accord sur ce que je suis censée penser et éprouver pour Andreï, résultat... Je fais n'importe quoi. Et voilà que je me retrouve à lui prendre le bras pour l'empêcher de sortir, traverser la rue et se rapprocher de Georg. C'est pourtant censé être ma mission, et je lui ramène son raton préféré, il en serait sûrement ravi ! Tellement qu'il en oublierait de me remercier et oblitérerait une fois de plus mon existence. C'est pour ça aussi que je refuse de les voir à nouveau se confronter l'un à l'autre. Pour ne pas perdre le peu de compagnie que j'ai. Ma hantise de la solitude est telle que j'en viens à désobéir à Gorg, ce qui, quand on connaît mon histoire, mérite un prix et des acclamations. Faut-il que je lui préfère cet abruti peroxydé pour en arriver là... Abruti que je vois pâlir à vue d'œil lorsque je lui explique succinctement pourquoi il ferait mieux de m'écouter. Pas étonnant qu'il s'agite, et je ne suis pas certaine que mon calme ni mon détachement ne l'aident beaucoup pour le moment. Il s'énerve, il gesticule dans tous les sens et le voilà reparti à arpenter la pièce comme si ça pouvait l'aider à réfléchir. Malgré moi, un sourire mi attendri, mi amusé se dessiner sur mes lèvres. Sourire qui disparaît dès qu'il m'accuse à nouveau d'avoir voulu le priver de sa précieuse virilité et que sais-je encore.

« Tes dernières nouvelles ont quarante ans, Andreï. En quatre décennies, il s'en est passé, des choses. T'as sûrement changé, j'ai changé... Et r'garde-nous. J'ai pas l'intention de te castrer ou de te tirer dessus à bout portant, je veux juste t'épargner une mauvaise rencontre. De toute manière... On est plus amis ni rivaux, depuis le temps. »

J'aurais voulu dire ça sur le ton de la provoc', avec méchanceté, mais tout ce que je parviens à faire, c'est murmurer ça avec tant de tristesse dans la voix que ça sonne clairement comme un regret et un appel à l'aide. Elle me peine, cette constatation, et pourtant c'est en elle que je vais puiser toute la colère que j'éprouve à son égard. Je le laisse reprendre, m'inonder de questions, et reste silencieuse. Je me contente de préparer des réponses bateaux et simple, du moins jusqu'à la dernière, qui me fait l'effet d'un coup de matraque dans la nuque. Je le foudroie du regard, baisse les yeux, et me demande si je dois l'envoyer balader, lui répondre un mensonge ridicule d'une voix courroucée... Ou lui dire la vérité. Simple, froide, catégorique : je vis seule, et je ne laisse personne s'approcher suffisamment pour parvenir à combler le vide béant qu'a creusé le départ d'Andreï. Ça serait tellement facile de l'envoyer chier, tellement plus simple, tellement plus moi... Et pourtant...

« Je vis seule, oui. Y a pas qu'des choses qui ont changées. Y en a aussi qui n'ont pas bougé. »

Le ton résignation, la triste constatation, et voilà que je pose à mon tour la main sur la poignée de la porte. A quoi bon m'étendre davantage sur ce qu'il sait déjà ?

« Première question : non je ne suis pas conne, merci bien. Je suis prudente, nuance. Seconde question, je le sais parce que oui, nous nous sommes croisés. Ce n'est pas pour rien que je préfère t'en tenir à l'écart, s'il nous croise tous les deux, tu sais comme moi qu'il fera de nous ce qu'il veut. Dernière question, j'habite à dix minutes d'ici à tout casser, et ça sera bien assez loin de lui. Ça t'va ? »

On va dire que ça lui va. Résignée, en colère et blessée, je sors et m'engouffre dans la rue la plus proche au pas de course. S'il me suit, il a intérêt à se dépêcher, car je n'ai pas l'intention de l'attendre. Dix minutes de marche, c'est aussi dix minutes de silence que je lui impose, tout en jetant des regards suspicieux à chaque coin de rue. Quand finalement nous pénétrons dans l'immeuble, je grimpe quatre à quatre les marches qui nous séparent de mon appartement, et tourne la tête vers celui d'Adrian. Je ne l'ai pas vraiment remercié, la dernière fois, quand il m'a trouvée mourante sur mon paillasson. Je farfouille dans la poche intérieure de ma veste, y trouve un petit carnet criblé de notes et un crayon, puis fais signe à Andreï d'approcher.

« Tourne-toi, tu vas m'servir de pupitre. »

A vrai dire, je ne lui laisse pas vraiment le choix et griffonne quelques remerciements et une invitation à venir boire ce qui lui plaira à l'occasion. Je plie le papier, le glisse sous la porte et reviens vers Andreï avec un regard mystérieux et un sourire malicieux.

« Un voisin sympa et serviable. »

Si ça sonne comme un reproche ? Nooooon bien sûr ! Jamais ! Je range le carnet et le crayon, attrape mes clés et pénètre dans mon appartement avec un soupir d'aise. On est jamais mieux que chez soi ! Seulement, l'impression de confort est vite éclipsée au profit de la méfiance. Parce qu'Andreï est chez moi, Andreï est sur mon territoire et... Et qu'y a-t-il à trouver chez moi ? Pas grand-chose. Pas de déco, une ambiance impersonnelle au possible, pas de photos, rien qui ne pourrait permettre à qui que ce soit de dresser un portrait psychologique de ma personne en visitant mon séjour. La bibliothèque est remplie de livres et de dvd de genres si éclectiques qu'on ne peut rien en dire, sur le canapé ne traînent que quelques coussins et un plaid, et tout ce que j'ai à cacher – à commencer par les armes – est sous clé et en sécurité. En revanche, s'il y a bien une chose qui traîne et que je remarque trop tard, ce sont les comprimés de drogues diverses et variées que Joseph m'a donné pour l'avoir remis sur pied. Pas que j'y sois accro, mais c'est plutôt marrant quand on s'emmerde. Et puis merde, si Andreï les voit, il pourra bien en penser ce qu'il veut, je m'en fiche. Je retira ma veste, exposant les multiples tatouages qui couvrent mes bras et mon cou, réalisés ces trois dernières années.

« Installe-toi, évite juste de mettre tes pieds sur la table. »

Dehors, l'anglais l'emportait mais ici, le russe me vient comme un réflexe, et je réalise alors que ça fait partie des choses qui nous ont toujours liées : une langue, des mots, des expressions, des secrets.

« Tu veux boire quelque chose ? »

Je me dirige vers la cuisine, ouvre le frigo et en sors deux bières. Andreï a tout sauf une gueule à travailler pour le gouvernement, je doute qu'il aille me dénoncer pour deux malheureuses bières. Une fois de retour au salon, je me laisse tomber dans fauteuil, avale une gorgée de ma boisson et me tourne vers lui.

« Alors ? J'imagine que t'en as encore pas mal des questions ? Et j'en ai une aussi... Qu'es-ce que tu foutais là-bas ? »

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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Jeu 9 Mar - 0:12

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

Pendant une fraction de seconde, j’ai l’impression de remonter le temps. De remonter le temps non pas de quarante, mais de quarante-cinq ans, de remonter le temps suffisamment loin pour qu’on parte encore en mission tous les deux, humains l’un comme l’autre, pour qu’on se lance des regards aussi complices qu’espiègles, qu’on pétille tous les deux de vie et de légèreté en toutes choses, pour qu’on se contente de sarcasmes, de moqueries et d’allusions à nos travers personnels, quels qu’ils soient, sans que ça ne nous porte préjudice. Pendant un instant, le temps d’une remarque, j’ai presque l’impression que justement, son cul, elle va le dandiner sous mes yeux avant de claquer mes fesses et de lever les yeux au ciel. Pendant un instant... avant que je ne retombe sur Terre, que la réalité des années qui ont suivi notre insouciance relative ne me gifle et que les quarante ans enfermés dans nos corps de bête ne s’interposent. Elle me foudroie du regard. De toute évidence, la méfiance est de mon côté, mais la colère, cette colère qui m’a poussée à me détester, cette colère incompréhensible, malsaine et effroyablement mortifère qui l’a transformée en compétitrice et rivale plus qu’en partenaire, est toujours de son côté à elle. Une tendance à la compétition que je n’ai jamais comprise, comme si Anya ne pouvait pas supporter l’idée que je la surclasse dans un quelconque domaine. Alors qu’elle me surclassait dans tous les domaines. Presque tous. Que je la surclasse dans le regard de notre sorcier, surtout. La méfiance de mon côté, la colère dans la sienne… Cette discussion a tout pour mal tourner. Et elle tourne vite mal : le ton monte dans une atmosphère électrique. Ça ne sert à rien de se leurrer, l’un comme l’autre, on est deux putains de boules de nerfs susceptibles et impulsives. Moi paranoïaque ? Non mais elle s’est regardée deux secondes pour sortir une connerie pareille ? Le monde qu’on n’a connu est en ruines, il y a des zombies, des morts, des sorciers en veux-tu, en voilà, des créatures inimaginables, seul un micro échantillon de la population mondiale a survécu et il faut qu’elle tombe par hasard sur moi ? Et c’est moi le paranoïaque ? Je suis peut-être pas au centre du monde, mais pour le coup, j’ai la sale impression d’en être le nombril. « Bah voyons... Vire donc la merde que t'as dans les yeux, Andreï, et arrête de te regarder le nombril, c'est franchement pas ton meilleur atout. » Moi, je ne la foudroie pas du regard. Non. Je me contente de pousser un soupir dédaigneux. Si elle croit me vexer.

Si elle pense me propulser à nouveau dans les années soixante. Si elle pense que recréer un peu de notre complicité, un peu de ce qu’elle a détruit, piétiné pour une raison qui m’échappe toujours, elle peut toujours se foutre le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate parce que ça ne marche pas. Et parce que ce n’est certainement pas son intention non plus. Juste mon vœu le plus cher. Avant d’être une rivale, avant d’être une ennemie, avant d’être une étrangère, avant d’être quoique ce soit, Anya est ma première amie, ma première vraie amie. Ma seule amie, diraient des connards. Des connards un peu trop dans le vrai. Quoiqu’il en soit, elle n’est plus rien de tout ça, je ne suis plus grand-chose non plus et je suis aussi dans la merde. Il ne faut pas que je reste ici, cette certitude me pousse à grogner que si elle veut qu’on parle plus, on peut totalement le faire plus loin, hors de portée de ceux qui voudraient accessoirement ma peau. Sauf que… Non, qu’elle ordonne. Putain, ça fait deux minutes qu’elle est devant moi, et déjà elle me fait chier. Non, pas chier… déjà elle recommence son petit jeu de… son petit jeu de cri inquiet, d’agressivité, de…

Georg est dans le coin. Je manque de m’évanouir. Mon cœur part en vrille, mon sang noir quitte ma tronche pour mieux me laisser cadavérique et moi, je chancèle. Physiquement et psychologiquement. Je chancèle, je recule, j’angoisse. Qu’est ce qu’elle raconte, comment est-ce qu’elle sait que Georg est dans le coin, comme est-ce qu’elle peut en être aussi certaine, comment, putain, comment peut-elle concevoir même une seconde que je puisse avoir confiance en elle ? La confiance est exclue depuis des lustres, et là, elle est dépecée, démembrée et disséquée. Je recule, je panique, je m’énerve et son putain de sourire n’aide en rien. Au moins mes accusations me permettent-ils de le faire disparaître, ce con. A quoi elle s’attendait, en même temps ? « Tes dernières nouvelles ont quarante ans, Andreï. En quatre décennies, il s'en est passé, des choses. T'as sûrement changé, j'ai changé... Et r'garde-nous. J'ai pas l'intention de te castrer ou de te tirer dessus à bout portant, je veux juste t'épargner une mauvaise rencontre. De toute manière... On est plus amis ni rivaux, depuis le temps. » J’écarquille les yeux. Putain, mais elle se fout de ma gueule ? « Non mais tu es sérieuse ? » Ses mots sonnent comme une provocation, comme une agression, mais sa voix… sa voix, elle, me sape toute velléité de représailles. J’aimerais lui gueuler qu’elle peut aller se faire foutre – comme ça, oui, gratuitement, je suis généreux – et surtout que oui, j’ai changé, que oui, elle a changé, mais qu’en quatre décennies, justement, il ne s’est rien passé. Rien passé pour nous. J’ai bouffé du fromage, elle a dû faire les décharges et puis c’est tout, sauf si elle s’est trouvé un Bip-Bip à poursuivre mais ça m’étonnerait. Il ne s’est rien passé, rien, nicht, nada, que dalle. Et c’est bien ça le problème : tout a défilé autour de nous, autour de moi du moins, sans que je m’en aperçoive. Et Roman a brutalement eu quarante-cinq putain d’années. « Juste m’épargner une mauvaise rencontre… et mon cul c’est du poulet peut-être ? » On sait l’un comme l’autre ce que Georg nous fera s’il nous remet la main dessus. On le sait aussi bien l’un que l’autre. Et je ne lui souhaite vraiment pas. Pas plus que je ne me le souhaite, voire encore moins, vu qu’il n’a jamais eu la vraiment de considération pour elle à partir du moment où il m’a eu moi. Et oui, peut-être que j’ai tendance à me prendre pour le centre du monde.

Plus amis ni rivaux. Je la fixe en ressassant ces mots. Le problème, c’est qu’à chaque fois que j’y repense, ils perdent un peu plus de leur amertume pour se charger de tristesse. Et d’une prise de conscience brutale, lorsque je me rends compte que ça, plus son chez moi, c’est supposé me mettre la puce à l’oreille. Plus amis, ni rivaux. Pas de Georg, ni aucune de nos connaissances du KGB. Sans Roman, sans les mioches, je serais seul. Déjà que je me sens profondément seul ces derniers temps… alors elle… la question m’échappe, l’inquiétude qui la sature aussi. Je n’arrive pas à savoir comment me positionner face à Anya. Je ne l’ai jamais détestée, je suis juste rentré dans son jeu de compétition à défaut d’avoir réussi à comprendre ce qu’il se passait. Je ne l’ai jamais détestée. Je l’ai toujours aimée comme une amie, comme une amante. Avec le désir et la passion d’un compagnon et la tendresse et la complicité d’un frère. Le problème, c’est juste qu’à un moment donné, j’ai cessé de la comprendre. Elle m’a échappé, elle m’a détesté, elle m’a méprisé, et moi je suis resté comme un con à me demander exactement où est-ce que j’avais pu merder. Avant de décider que de toute manière, s’il y avait un problème, c’était de son côté, pas du mien. « Je vis seule, oui. Y a pas qu'des choses qui ont changées. Y en a aussi qui n'ont pas bougé. » J’ouvre la bouche, avant de la refermer. Et de la rouvre. « C’t’à dire ? » Une question qui tombe à l’eau, parce qu’elle a déjà repris. « Première question : non je ne suis pas conne, merci bien. Je suis prudente, nuance. Seconde question, je le sais parce que oui, nous nous sommes croisés. Ce n'est pas pour rien que je préfère t'en tenir à l'écart, s'il nous croise tous les deux, tu sais comme moi qu'il fera de nous ce qu'il veut. Dernière question, j'habite à dix minutes d'ici à tout casser, et ça sera bien assez loin de lui. Ça t'va ? » Je la fixe, sans arriver à comprendre ce qui se passe dans sa tête. Ne pas la comprendre… pour changer. « Je vais me contenter de ça. Tant qu’on se casse d’ici, ça me... » Elle est déjà sortie.

« … va. » Je jette un coup d’œil dans mon dos, foudroie mon ancien objectif qui est marqué du sceau de la terreur maintenant, et embraye le pas à une Anastasia qui ne regarde même pas derrière moi. Putain. Dix minutes de marche qui me semblent être une éternité, qui me condamnent à réfléchir, à me répéter chacune de ses phrases pour tenter d’en extraire un double-sens, ou un mode d’emploi. Dix minutes qui me poussent à l’observer, à la redécouvrir, à me demander exactement pourquoi tout a dérapé entre nous, ce qu’elle fait depuis quatre ans, ce dont elle se souvient de ses années de coyote. Je me demande aussi ce qu’elle a fait avant que je parte aux US. Ce qu’elle a vécu. Dix minutes pendant lesquelles je me demande comment elle a pu juste croiser Georg. Dix minutes pendant lesquelles je me demande si elle n’est justement pas en train de me mener en bateau et à Georg. J’ouvre la bouche un nombre incalculable de fois, je songe un nombre tout aussi incalculable de fois à me barrer et à la laisser en plan, maintenant que la menace de la milice a disparu. J’envisage successivement de l’assommer et de la ramener chez Roman, de lui saisir l’épaule et de lui imposer mes questions, de m’arrêter et de la menacer de hurler si elle… si elle quoi ? Je secoue la tête.

Lorsqu’on atteint son immeuble, j’en suis à envisager de me jeter sur elle pour la secouer, la secouer et la frapper jusqu’à ce qu’elle m’avoue tout. Je suis résigné, aussi. Résigné à me laisser guider par ma curiosité, par mon envie d’en savoir plus, par… par quoi ? Je ne sais pas. Je ne sais rien de toute manière, il va vraiment falloir que je m’y fasse : je ne sais ni ce que je veux, ni ce que j’espère, ni ce à quoi je m’attends, ni ce que je crains. Je n’arrive pas à me comprendre, pas plus que je n’arrive à la comprendre elle. A croire qu’elle a raison, j’ai plus changé que prévu. Je suis devenu un rat. Ou juste un animal aux fonctions intellectuelles minimalistes. Je patiente pendant qu’elle farfouille sa veste, en sort un crayon et un papier et... « Tourne-toi, tu vas m'servir de pupitre. » « T’es sérieuse ? », question nommée Question de l’année par Andreï Ievseï, assurément. « T’as des murs, des jambes, des… putain… tu fais chier, Bolkonsky… » Je me prête au jeu après m’être rappelé que de toute manière, même si elle me plante un poignard dans le dos, je m’en sortirai. En théorie. Lorsqu’elle termine, j’ai à peine le temps de l’interroger du regard qu’elle anticipe. « Un voisin sympa et serviable. » J’arque un sourcil. «Alors t’as pas d’amis, mais t’as des voisins sympas et serviables, c’est ça ? » Je lui sors en rentrant dans ce qu’elle a appelé chez elle. Inutile de dire que je repère les liens et que ma méfiance va en s’amoindrissant, malgré tous mes efforts. Y’a rien, rien qui accroche mon regard. En même temps… je ne vais rien dire, il y a là bien plus de possessions que ce que je peux me targuer d’avoir. Je pique des vêtements à mon fils et à mon petit-fils, je vole le reste et quand j’ai besoin de bouffer, je vais me promener et je chope ce que je peux à ceux que je croise. La belle vie de clodo. Surtout que je ne suis plus vraiment le bienvenu chez Roman, en plus. Je me laisse tomber sur le canapé alors qu’elle me sert un « Installe-toi, évite juste de mettre tes pieds sur la table. » en russe qui me fait sourire. Putain, elle va réussir à me donner l’impression qu’on a encore vingt ans, tous les deux. Qu’elle n’a pas encore foutu le camp avec Georg pour se faire transformer. « Tu veux boire quelque chose ? » J’hausse les épaules, en vidant la table pour y foutre les pieds. « C’que t’as, si possible pas de la pisse. » Pas de ma faute si une interdiction de sa part sonne comme une invitation. J’attrape les comprimés qui traînent, pour les regarder alors qu’elle sort deux bières. Merde. « Alors ? J'imagine que t'en as encore pas mal des questions ? Et j'en ai une aussi... Qu'est-ce que tu foutais là-bas ? »

Je dégage de moi-même mes pieds, pour me réinstaller et récupérer la bière. Que je ne la boive pas semblerait suspect, même si elle va encore me laisser un putain de goût terreux dans la gorge. Je l’ouvre d’un mouvement de poignet – l’avantage d’une force hors norme – et en avale un peu avant de songer à répondre à ses conneries. Sa question. « Ca m’semblait évident, je cueillais des fleurs. Comment ça s’fait que t’aies croisé Georg et qu’il t’ait laissée tranquille ? Comme t’as dit, s’il nous retombe dessus, il fera de nous c’qu’il veut. A commencer par nous faire morfler puis nous faire à nouveau ramper devant lui, comme au bon vieux temps. » Et elle sait autant que moi que j’ai tout fait pour ne pas ramper, justement. En pure perte. « Si tu m’as roulé, Anya, je te jure que je te tuerai. Je veux même pas le croiser. Roman est ici. Si Georg l’apprend, il l’utilisera contre moi, ce connard. Il l’a déjà fait une fois, il recommencera. Je veux pas qu'il se souvienne de moi, je veux pas le croiser, pas qu'il me cherche, je... il nous cherche, c'est ça ? Et puis... putain Anya, pour sûr que j'ai des questions... » Je la regarde dans les yeux. Il n’y a aucune cohérence dans mes propos parce qu’il n’y aucune cohérence dans mes pensées. Parce que j’ai beau ne pas être seul grâce à mes mômes, je me rends compte qu’Anya, quand elle me regarde, elle a beau pas me comprendre, elle me comprend quand même.

Un peu. Et plus que Roman, plus que Mikkel, plus que quiconque. Parce qu’elle sait qui j’étais, qui je suis. Un peu. « C’est con. Tu ne m’as pas manquée, pas une seule seconde. Et maintenant que t’es là, je me demande comment j’ai pu t’oublier, vivre sans toi. C’que tu disais, plus amis ni rivaux, tu le penses vraiment ? J’t’ai jamais détestée, moi. T’es comme une sœur, t’sais. Sans l’concept d’inceste. C'toi qu'avais un problème avec moi. Si t'en as plus... moi j'en ai pas. » Avant de poursuivre la conversation, je lui tends le calumet de la paix. Agrémenté d'un regard.

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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Dim 12 Mar - 12:00

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

Avant, au tout début, les remarques qu'on s'échangeait étaient des piques pleine de cynisme et de complicité, un genre d'affection commune masquée sous des railleries. Et puis tout avait été brutalement détruit, toute cette affection s'était tue et les remarques s'étaient faites plus acides de jour en jour, du moins de mon côté. Ma blessure, je l'avais pansée avec l'incompréhension qui hantait son regard, ma peine, je l'avais soignée avec la déception qui s'était peinte sur ses traits. Maintenant... Nous ne sommes plus que des étrangers, du moins c'est ce dont je tente de me convaincre. C'est plus facile de haïr quelqu'un sur le principe que de se convaincre d'une haine que l'on éprouve pour quelqu'un que l'on refuse d'aimer. Ça serait pourtant tellement simple... « Salut, Andreï ! Au fait ! Ça fait maintenant cinquante ans que je suis dingue de toi ! On remet ça ? » La bonne blague, tiens... Il est hors de question que je lui avoue les sentiments que j'ai pu avoir à l'époque, tout comme il est hors de question qu'il sache qu'en réalité, je souhaite l'amadouer pour mieux le voir ramper à mes pieds quand je l'aurai poignardé dans le dos. Le plan, Anya, le plan. Et le plan, il passe par une Anya gentille et... Une Anya qui ne sait pas tenir sa langue, qui répond du tac au tac avec la froideur d'une rivale. D'un autre côté, ça doit sûrement moins l'étonner que si je le prenais dans mes bras en lui disant qu'il m'a manqué. Là y aurait de quoi se poser des questions. De toute manière, il me tape suffisamment sur le système pour que je n'ai pas à me forcer. Je suis nerveuse et ça se sent, mais il est hors de question que je laisse Georg lui remettre la main dessus. Du moins pas tant que mon petit plan ne sera pas suffisamment avancé pour ça.

« Ecoute, Ievseï... J'ai autre chose à foutre que de me payer ta tête, et jusqu'à preuve du contraire, j'me balade pas avec un nez rouge et une perruque. Alors ouais. J'suis sérieuse. Maintenant tu bouges ton cul de là, on s'arrache. »

Et je n'aime pas sa méfiance, pas plus que je n'aime pas son « C't'à dire ? » auquel je ne réponds pas. Il sait très bien de quoi je parle, il sait très bien que ces choses qui n'ont pas changé, ce sont mes blessures. Nos blessures. La solitude, l'incompréhension du reste du monde face à notre cas... Il le sait parce que fut un temps, il était le seul à me comprendre. Enfin visiblement, passer quarante ans dans la peau d'un rat a drastiquement réduit ses capacités intellectuelles. Avant qu'il n'ait le temps de protester quant à l'endroit où on se rend, je lui passe devant et m'engouffre dans des ruelles plus sales et insalubres les unes que les autres. Tout le trajet se fait en silence entre nous mais dans ma tête, c'est un véritable brouhaha de pensées discordantes qui me fait bourdonner les oreilles. Le semer ? Ca serait une idée, comme ça je disparais à nouveau et peux réfléchir davantage à mes magouilles le concernant. Seulement j'le connais, le raton, maintenant qu'il sait que je suis là, soit il va me chercher, soit il va me fuir au point qu'il me sera impossible de le débusquer à nouveau. Dans les deux cas ça craint. Je pourrais aussi l'envoyer à Georg, tout compte fait... Mais je ne me sens pas tout à fait prête à perdre le peu de reconnaissance que j'ai actuellement de sa part. Non en fait... je n'ai pas vraiment d'autre choix. Il faut que je le ramène chez moi et... Et de là, on verra bien. Plan de merde... Arrivée dans la cage d'escalier, je ne sais toujours pas si c'est une idée pas trop merdique ou carrément la pire de l'année, de l'amener chez moi. Alors qu'il me demande une fois de plus si je suis sérieuse, je lève les yeux au ciel.

« Va falloir t'y faire, Ievseï, je ne suis pas une vaste blague qui ne débite que des conneries du soir au matin, ok ? Tourne-toi et arrête de râler. »

Je griffonne mon petit mot et bien sûr, il ne peut pas s'empêcher de faire des remarques et commenter ce que je fais. Et moi je ne peux pas m'empêcher d'en sourire : il n'a pas changé, il est toujours ce mec un peu grande gueule qui a besoin de l'ouvrir en permanence, même quand il n'a rien à dire. Je rebouche le stylo, dépose mon mot et hausse les épaules.

« T'as tout compris. Y a un monde entre un voisin pas méchant qui te dit bonjour quand tu rentres ou te dépanne en sucre et un ami. »

Je suis ingrate vis à vis d'Adrian... Mais c'est plus facile de cacher le rôle majeur qu'il a eut dans ma survie quelques semaines auparavant. Si je commence à raconter à Andreï que le type en question m'a sauvée la peau et m'a ramassée moité crevée sur mon paillasson, le tout sous ma forme de coyote... Déjà, il risque de me demander comment je me suis retrouvée dans cet état, extrapoler et y voir un lien avec Georg et sûrement se barrer en courant, ensuite... Ensuite rien. Nous voilà chez moi et je me surprends à l'inviter à s'asseoir. Mes lèvres se pincent tandis que je le vois ostensiblement m'envoyer chier en mettant ses pieds sales sur ma table basse mais me contente de regagner la cuisine pour y trouver de quoi boire. J'ai envie d'un thé, comme à chaque fois que j'ai soif. Et comme à chaque fois que j'ai soif et que je suis en présence de quelqu'un, je me détourne de la bouilloire pour jeter mon dévolu sur une bière. C'est dingue comme j'éprouve le besoin de cacher ça, même avec Andreï qui me connaît... Mieux que n'importe qui, en fait. Je rapporte les bières au salon, foudroie ses pieds du regard jusqu'à ce qu'il se décide à les virer et m'installe dans un fauteuil, croisant mes jambes en tailleur comme je l'ai toujours fait. Y a encore un gouffre qui nous sépare, un gouffre dans lequel pataugent des crocodiles qu'on n'aurait pas nourris depuis des lustres. Du tac au tac, il me répond pour noyer le poisson et avant que je n'ai le temps d'ouvrir la bouche pour lui demander d'arrêter de jouer au con avec moi, le voilà reparti dans ses questions et sa petite crise de paranoïa habituelle.

« Eh... Déjà tu vas te calmer, Andreï. Ici, y a personne qui viendra te kidnapper ou faire chanter ton morveux pour t'atteindre. J'suis même étonnée qu'il est survécu à toutes ces merdes. »

Enfin étonnée... En réalité, ça fait un bout de temps que je sais qu'il est vivant, le bâtard Ievseï (parce que oui, ça restera un bâtard à mes yeux).

« Pour c'qui est de Georg... J'l'ai croisé, ouais. Enfin il m'est tombé dessus y a quelques temps. S'il m'a laissée tranquille, c'est parce qu'il en a rien à foutre de moi, c'est toi qu'il veut. Du coup il m'a larguée sans un merci ni merde, vu que j'avais rien à lui dire sur toi. J'l'ai pas vu d'puis des lustres, je sais juste dans quel coin il se cache et je l'évite. »

Andreï sait que je mens comme je respire. Mais je lui souhaite bon courage pour démêler le vrai du faux dans cette histoire. Oui Georg n'en a rien à foutre de ma pomme, mais il me garde sous le coude pour appâter Andreï, si bien que je le nourris de fausses pistes depuis des mois. Je pourrais lui raconter la vérité, à c'couillon de blondinet, me faire passer pour l'héroïne qui joue sa vie pour lui, mais je ne suis même pas sûre qu'il le prenne comme ça. Lui mentir c'est quand même plus facile.

« Ecoute, Andreï... T'as des questions, c'est légitime. Mais moi aussi j'en ai. Je sais pas quoi te dire de plus. Vous vous êtes barrés avec Georg, j'me suis à nouveau retrouvée seule comme une conne, et quand ça a commencé à sentir le roussi, j'me suis arrangée pour que Lara et le mioche soient en sécu... Laisse tomber. »

Oui, laisse tomber. Qu'est-ce que ça peut lui foutre, si sa jolie et gentille femme bien aimée à survécu parce que j'ai eu un brusque élan de remords ?

« J'ai passé quarante ans dans la peau d'un coyote, j'imagine que toi aussi tu t'es retrouvé à jouer les rats d'égout pendant tout c'temps ? Quand j'ai retrouvé forme humaine, le monde était au bord de l'agonie et... Et j'me suis retrouvée ici en voulant fuir les hordes de zombies. Y a rien de glorieux ou de pathétique là dedans, on s'est tous précipité dans le coin le plus safe de la région, même si c'est loin d'être le bonheur absolu. Qu'est-ce qu'il s'est passé, y a quarante ans ? Pourquoi on a perdu le contact avec vous ? »

Je n'avais eu que des infos floues, vagues, personne n'avait vraiment su me dire ce qui leur était arrivé ni si la mission avec échoué ou réussi. Andreï est perdu, mais je ne peux pas l'aider à trouver de la cohérence dans tout ça puisque je suis aussi paumée que lui. Je ne sais même pas quoi penser de nos retrouvailles. Alors quand il reprend, je me surprends à prendre de plein fouet sa remarque. Ça fait mal, comme un poignard fiché entre les côtes que l'on s'amuserait à retourner. Ça fait mal d'entendre ça. Que je ne lui ai pas manqué. Lui m'a cruellement manqué au début, puis le manque s'est transformé en gouffre, qui lui s'est mué en colère puis en haine. Je l'ai haït et maudit de m'avoir abandonnée, j'ai hurlé son nom à m'en écorcher les cordes vocales, j'ai pleuré de rage en n'entendant que le silence me répondre et aujourd'hui, je ne sais plus comment me comporter avec lui. Mes doigts serrent un peu plus le goulot de ma bouteille et je le fixe sans savoir quoi répondre à ça. Et le voilà qui poursuis, me déclarant à peu de choses près ce que j'ai toujours voulu m'entendre dire. Sauf pour le côté frangin/frangine. Il n'a pas l'air de piger que pour moi, il était pas question de ça. Un frère j'en ai eu un, et qu'on me garde de le recroiser un jour, merci bien. Je regarde sa main tendue, relève les yeux vers lui, pose ma bière et me lève pour arpenter le salon. Je me plante devant une fenêtre, les bras croisés, et reprends d'une voix un peu effacée, tournée vers la vitre.

« Rends pas les choses plus difficiles, Andreï. T'es en train d'me dire que tu ne sais pas comment tu as fait pour vivre sans moi, mais si nous nous étions pas croisés tout à l'heure, tu aurais très bien pu vivre sans ça, sans que j'te manque une seconde. »

Je me tourne alors vers lui. La colère a quitté mes yeux, la déception aussi. Sans que je le veuille, c'est la souffrance d'un animal blessé qui anime mon regard. Une part de moi a envie de se contenter de ça, d'une amitié retrouvée, d'une présence, aussi. Mais une autre partie de moi a toujours voulu plus, a toujours envié ce que seule Lara a jamais eu. Quant au reste... j'ai envie de l'étrangler, de lui dire de se taire, de l'embrasser, d'oublier... En fait, je ne sais pas trop de quoi j'ai envie. Je sais seulement que je n'ai pas encore réussi à me défaire des sentiments que j'ai pour lui, quand même bien je sais que quoi qu'il arrive, il me fera souffrir si ce n'est pas moi qui le fais avant.

« Moi tu m'as manqué. A la s'conde où t'es parti avec Georg, je t'ai détesté comme jamais, et puis j'ai hurlé pour que tu reviennes, j'ai même promis à du vent de m'excuser pour tout c'que j'avais fait. »

Pourquoi je lui raconte tout ça ? Parce qu'il a le droit de le savoir, que j'ai besoin de le dire... Et qu'au final, ça ne remet pas tant que ça mes plans en péril. C'était prévu que je lui fasse les yeux doux avant de lui renvoyer la balle. Je n'avais juste pas prévu que ça serait si douloureux.

« Tu ne l'as jamais senti comme ça, Andreï, mais j'ai eu le sentiment d'être abandonnée et trahie, quand tu m'as appris que t'allais t'marier et avoir un môme. Pendant des années, y avait eu un « nous », p'tet pas comme toi tu l'entends, mais y avait eu quelque chose. Dès l'instant où tu es parti avec Lara, y a eu un vous et un moi. J'me suis retrouvée toute seule comme une conne, et te défier, te haïr... C'était plus facile que d'admettre que la solitude me tuait à petit feu. Je sais pas trop pourquoi c'est seulement maintenant que j'te raconte ça, mais... Je crois qu'en quarante ans, j'ai suffisamment remué tout ça pour avoir besoin de te dire les choses telles qu'elles étaient et telles qu'elles sont toujours. »

A m'entendre parler, on pourrait croire que je en paix avec tout ça. Malheureusement, c'est plutôt l'inverse qui s'était produit quelques années auparavant.

« Je peux pas faire comme si tout allait bien et comme si on allait retrouver notre complicité. Parce que si j'le fais, ça sera génial pendant un temps, jusqu'à ce que tu m'abandonnes une nouvelle fois. Je peux pas... »

Je resserre mes bras contre moi, comme pour me protéger. J'ai envie de tendre la main vers lui, qu'on oublie tout ça et qu'on rigole de bon cœur. Mais je sais que le mien de cœur ne supportera pas un abandon de plus. Que nous considérer comme des étrangers et non plus des rivaux ni des amis est plus simple. Pourtant, il suffit d'un mot de sa part pour que j'lui tombe dans les bras et oublie tout ce que je viens de dire. Jusqu'à la prochaine trahison. Je suis pathétique.

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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Sam 1 Avr - 0:01

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

« Ecoute, Ievseï... J'ai autre chose à foutre que de me payer ta tête, et jusqu'à preuve du contraire, j'me balade pas avec un nez rouge et une perruque. Alors ouais. J'suis sérieuse. Maintenant tu bouges ton cul de là, on s'arrache. » Je pourrais m’étonner qu’on se connaisse depuis nos dix-sept et dix-huit ans et qu’on ne sache toujours pas communiquer sans s’insulter, mais ce serait ignorer ces dernières décennies. Je pourrais aussi lui communiquer toute ma confiance en elle d’un magnifique doigt d’honneur si je n’étais pas tiraillé par un sentiment d’urgence ne visant qu’à me faire comprendre que nez rouge ou non, perruque ou non, connerie ou non, j’ai plus intérêt à mettre de la distance entre ce quartier risqué et l’hypothétique présence de Georg, et moi avant de commencer à réfléchir. Et pour réfléchir…

Le trajet se fait en silence, j’ai le temps de repenser chacune de ses phrases, chacun de ses propos, de mater son cul à défaut de magner le mien, de changer quinze fois d’avis, d’avoir envie de la frapper, de l’ensevelir sous les questions, d’opter pour cette non-amitié/non-inimitié qu’elle a évoquée un peu plus tôt avant de me rétracter, un nombre incalculable de fois, dans une crainte mêlée de rancoeur à l’idée que non seulement elle me mène vers Georg mais que surtout elle le fasse en me trahissant. Je n’ai pas confiance en elle, et cette simple pensée a un don certain pour me foutre au fond d’un trou dont j’ignorais l’existence jusque-là. Anya, ça a longtemps été un prénom synonyme de soutien. De complicité. D’incompréhension complète. De tension et de rivalité. Mais de défiance ? Jamais à ce point. Sauf que j’ai l’impression de la connaître, sauf qu’elle vient de me tomber dessus, bien trop semblable à la fille qu’on avait laissé derrière nous, Georg et moi, en URSS, alors qu’on partait pour une mission suicide aux US. Suicide mais non sans être auréolée d’une certaine gloire. Un suicide, un sacrifice pour une plus noble cause, pour ma patrie d’adoption, un coup d’essai voué à l’échec mais qu’il fallait tenter, et… et pourquoi est-ce que je pense à ça maintenant, moi ? Ce gros bordel qu’a été ma dernière mission pour le KGB, je n’y ai pas repensé depuis des lustres et ce n’était pas pour une bonne raison, putain. Il n’y a rien à dire, rien à faire, juste les souvenirs d’un fantôme-de-rat qui sont inscrits dans ma mémoire mais totalement inaccessibles, comme un filet d’eau que je pourrais essayer d’attraper du bout des doigts. Des souvenirs de faim, de fromage, de confusion, de peur aussi, d’un chat prompt à traquer les rats. Des souvenirs de géants entre lesquels je me promenais, des souvenirs des propos que j’écoutais, des souvenirs d’une terreur sans nom à l’évocation d’une cellule du kgb détruite, d’une terreur croissante devant l’incapacité de retrouver forme humaine. Pourquoi est-ce que je repense à ça ?

Parce qu’à marcher avec Anya, les souvenirs resurgissent, me propulsent des années en arrière et je m’attends presque à la voir se retourner pour me sourire, ou juste s’assurer que je ne me suis pas encore viandé lamentablement en me prenant un poteau. Tout comme je m’attends à tout moment qu’elle se retourne pour me pointer une lame dans l’estomac. Qu’il est compliqué de grandir, qu’il est compliqué de vieillir, qu’il est compliqué de retrouver une très vieille amie sans savoir exactement comment la considérer. On arrive à son immeuble, je ne suis toujours pas fixé. On grimpe les étages, j’en suis encore à guetter le guet-apens. On atteint son palier, j’ai les nerfs à vif, les muscles douloureux d’être crispé, les sens saignants d’être bien trop aux aguets. Inutile de baver pendant des heures à quel point elle me prend au dépourvu. Elle est sérieuse, là ? Deuxième fois que je pose la question, certainement pas la dernière. « Va falloir t'y faire, Ievseï, je ne suis pas une vaste blague qui ne débite que des conneries du soir au matin, ok ? Tourne-toi et arrête de râler. » Si je m’exécute, ce n’est que parce que je sais que même si elle me plante un couteau dans les reins, j’y survivrai. Pour le reste… « Autant être franc, Anya, tu n’es qu’une putain de vaste blague » je marmonne, sans me cacher mais sans articuler non plus. Ce n’est qu’une vaste blague, tout son comportement n’est qu’une vaste blague au premier, au deuxième, au quinzième degré même. Juste qu’une putain de blague. Dont je ne vois pas l’humour. Pas d’amis, juste des voisins. Ahah, hilarant. « T'as tout compris. Y a un monde entre un voisin pas méchant qui te dit bonjour quand tu rentres ou te dépanne en sucre et un ami. » Je n’écoute pas, je suis déjà chez elle.

Chez elle. Déjà plus que ce que j’ai moi. Et je m’y sens déjà comme chez moi, aussi, une fois que des réflexes ancrés dans mon comportement depuis toujours me hurlent de surveiller les sorties, les angles morts et les zones d’ombre, toutes ces petites choses qui transforment potentiellement un appartement en cercueil. Ou juste en appartement sans risque. Bien malgré moi, ma méfiance diminue. Bien malgré moi, je souris, je la suis du regard. Bien malgré moi… je n’ai pas envie de reprendre la discussion. Juste… j’ouvre la bière, je décale de moi-même mes pieds, je me force à considérer sa question. Ce que je foutais là ? Je n’ai pas envie d’y répondre. Ce qu’elle foutait là, ça… ça c’est une excellente question et c’est surtout une question à laquelle elle a intérêt à me fournir une putain de réponse. J’envisage qu’elle me roule. Naturellement. J’envisage qu’elle me trahisse, parce qu’au final, je ne vois pas ce que je pourrais attendre d’autre d’une fille qui me hait. Qui m’a haï, du moins. « Eh... Déjà tu vas te calmer, Andreï. Ici, y a personne qui viendra te kidnapper ou faire chanter ton morveux pour t'atteindre. J'suis même étonnée qu'il est survécu à toutes ces merdes. » Je me crispe instantanément. Tu es un monstre, Andreï. « Fuck you, Anya » Je crache. « Pour c'qui est de Georg... J'l'ai croisé, ouais. Enfin il m'est tombé dessus y a quelques temps. S'il m'a laissée tranquille, c'est parce qu'il en a rien à foutre de moi, c'est toi qu'il veut. Du coup il m'a larguée sans un merci ni merde, vu que j'avais rien à lui dire sur toi. J'l'ai pas vu d'puis des lustres, je sais juste dans quel coin il se cache et je l'évite. » Mon regard la fixe, cherche non seulement à extirper de ses propos tout le fiel mensonger qu’ils contiennent mais aussi à ne pas trop abimer les vérités, pour qu’elles soient encore compréhensibles. Une tâche impossible. Anya est comme moi : on ment comme on respire, on a ça dans le sang, on a été formé à la même école. On ment comme on respire mais pour démêler… je lutte pour garder le silence, je lutte pour la laisser parler. Fermer la gueule. Lui laisser le bénéfice du doute. Et surtout, lui faire comprendre que je ne suis toujours pas quelqu’un de naïf. Georg, on ne peut pas juste le croiser. Georg nous considère comme des objets, des objets aussi utiles que sacrifiables. « Ecoute, Andreï... T'as des questions, c'est légitime. » Ah ben je suis content de savoir que j’ai le droit d’avoir des putains de questions, ouais, j’attendais que son aval. Je l’écoute sans chercher à cacher mon profond agacement. Je l’écoute en buvant ce truc dégueulasse qu’elle a appelé bière, je l’écoute en rongeant mon frère, lorsqu’elle me parle de… « … que Lara et le mioche soient en sécu... Laisse tomber. » Avachis, je me redresse immédiatement à la mention de ma femme. Et de Roman. « Quoi ? » J’ai bien entendu ? « T’as fait quoi ? » C’est elle qui a sauvé Lara et Roman d’éventuelles représailles, c’est elle qui ? C’est qu’elle qui poursuit, sans s’interrompre. Quarante ans sous la peau d’un coyote, ça vaut mes quarante ans dans la peau d’un rat. « Qu'est-ce qu'il s'est passé, y a quarante ans ? Pourquoi on a perdu le contact avec vous ? »

La question pourrait me prendre de court si je n’étais pas habitué à ce genre de connerie. Qu’est ce qu’il s’est passé, y’a quarante ans ? J’hausse les épaules. « Aucune idée. Y’a sûrement que Georg qui sait, je pense. » Et c’est même certain. « J’sais même plus au juste c’que tu savais du bordel. Tout ce que je sais c’est qu’en gros, j’étais en plein milieu d’un conseil de guerre, à glâner des putain d’infos, quand je me suis fait baiser. » Je pose la bière, avant de me prendre la tête entre les mains. J’y pensais un peu plus tôt, à cet épisode : les souvenirs reviennent plus facilement encore maintenant. « A un moment j’ai entendu qu’ils avaient trouvé un agent russe. Qu’il s’était suicidé. Qu’ils faisaient tomber le reste de l’équipe. Et quand j’ai voulu redevenir humain et buter ma cible, j’ai… je suis resté coincé. » Fin de l’histoire, bon voyage Andreï. Je relève la tête pour la regarder dans les yeux. « Bien sûr que j’ai des questions. Déjà… est-ce que c’est Georg le connard qui s’est suicidé ? Est-ce que t’as vraiment protégé Lara et Roman ? Comment est-ce que tu as fait pour que Georg te laisse tranquille ? Est-ce… » Est-ce qu’elle est toujours un coyote, aussi ? Ca c’est une question. Ca c’est une excellente question. Une question à laquelle je n’aurai pas de réponse parce que je ne veux pas qu’elle me la renvoie en pleine gueule. J’entends plus aussi bien qu’avant, je sens plus aussi bien qu’avant, je ne suis plus aussi discret qu’avant, je ne vaux plus rien aux yeux de Georg et un peu plus, je ne vaudrais plus rien aux siens non plus. Et c’est cette pensée.

Cette pensée à la con qui me fait prendre conscience d’autre chose. J’imagine que j’aurai pu garder ça pour moi. Vraiment. Mais non. Je le dis à voix haute. C’est con. Elle ne m’a pas manqué. Je l’avais perdue depuis tellement longtemps qu’elle ne m’a pas manquée. Mais maintenant qu’elle est là… Je voix ses doigts se serrer, je l’entends se lever. Elle se place devant la fenêtre, bras croisés, et moi je suis toujours assis comme un con. C’est con. « Rends pas les choses plus difficiles, Andreï. » Quoi ? Elle se tourne vers moi, j’ai toujours pas bougé. Bien sûr que j’aurai pu continuer à vivre sans qu’on se recroise. « T’es pas l’centre du monde, Anya. » Je commence à répondre. Je pourrais même enfoncer le clou mais son regard me heurte en pleine poitrine. Me lacère la poitrine, même. L’ouvre, défonce ma cage thoracique et effleure mon cœur, dans ma poitrine, comme pour créer artificiellement ce que je ne ressens pas. Ça me fait de la peine de la voir aussi blessée, sans que je ne comprenne pourquoi. Je me lève pour aller la rejoindre mais lorsqu’elle reprend, ça me bloque totalement. « Moi tu m'as manqué. A la s'conde où t'es parti avec Georg, je t'ai détesté comme jamais, et puis j'ai hurlé pour que tu reviennes, j'ai même promis à du vent de m'excuser pour tout c'que j'avais fait. Tu ne l'as jamais senti comme ça, Andreï, mais j'ai eu le sentiment d'être abandonnée et trahie, quand tu m'as appris que t'allais t'marier et avoir un môme. » J’ouvre la bouche pour la refermer immédiatement. Trahie ? Abandonnée ? Pardon ? Je dois avoir l’air d’un môme attardé à cet instant, mais je ne comprends rien à ce qu’elle me bave. Les choses telles qu’elles étaient et… « Anya… » Putain, elle ne peut pas me parler russe ? « Je peux pas faire comme si tout allait bien et comme si on allait retrouver notre complicité. Parce que si j'le fais, ça sera génial pendant un temps, jusqu'à ce que tu m'abandonnes une nouvelle fois. Je peux pas... » Elle serre ses bras tout contre elle, je la regarde avec des yeux de gros cons. Et de merlan. Et de… de je-ne-sais-quoi mais pas d’un animal futé, ça c’est sûr. Honnêtement, elle pourrait me parler chinois que ça n’y changerait rien. Je détruis la distance entre nous. Elle a l’air si fragile…

Si fragile, merde. Ce n’est pas mon Anya. Ou ça l’est un peu trop. Je ne sais pas. Je ne sais plus trop. Plus du tout. « Anastasia… qu’est-ce que tu racontes… » Je ne réfléchis pas, quand je la prends dans mes bras, parce que je n’ai jamais réfléchi pour ce genre de choses. Je n’ai jamais réfléchi tout court. « Je te trahirai jamais. C’est toi qui m’as repoussé, aux dernières nouvelles. Je… » Je, je, je, je oui mais je quoi ? « Tu m’as sorti de ta vie, je croyais que tu voulais pas de moi. Moi je demande que ça, retrouve notre amitié. Pendant quatre ans, ça a été que toi et moi, merde. Bien sûr qu’il y a eu un nous, et il y a toujours un nous. Y’aura toujours un nous, y’a toujours été un nous dans ma tête. » Enfin… je crois. Je me contente de croire. « T’es pas seule, Anya. J’suis là. Je serais toujours là, putain. » Je m’écarte d’elle. « Tu le sais non ? Enfin non, visiblement, tu ne le sais pas. Si je comprends bien, putain, t’as foutu en l’air notre amitié sur un quiproquo ? Lara, c’était ma femme, ça n’avait rien à avoir avec ce qu’il y avait entre nous deux, bordel. »

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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Mar 4 Avr - 15:08

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

On a tout partagé. Partagé l'entraînement, partagé nos souffrances, partagé l'abandon... Andreï a souffert avec moi du conditionnement imposé par Georg et le KGB, il a subit l'angoisse des infiltrations, nous avons vécu notre première mission ensemble, soudés l'un à l'autre plus par dépit qu'autre chose au début, nous nous sommes tout dit, tout confié, avons tout fait ensemble. Noua avons été comme un frère et un sœur, puis des amants, voire des siamois. Je n'arrive pas à m'ôter de l'esprit qu'il a tout gâché en faisant sa vie à côté, alors même que je m'interdisais tout ça. Andreï sait tout de moi, de mes craintes à mes défauts en passant par mes quelques rares qualités. La seule chose qu'il ignore, c'est comme je me suis retrouvée au KGB, puisque je lui ai toujours servi l'histoire banale d'une gamine orpheline dont les parents étaient partis pourrir dans un camp au fin fond de la Sibérie pour avoir osé dire que l'union soviétique c'était pas franchement jojo. De toute manière, plus de soixante années se sont écoulés depuis le jour où j'ai dis adieu à ma famille, alors je peux bien lui avoir mentit sur un détail.

Andreï est la seule famille qu'il me reste. La seule famille pour laquelle je me serais battue. La seule famille que je suis sur le point d'anéantir. A quoi tu joues, Anya ?

C'est bien ça, le problème. Je ne joue pas. Ou plutôt je ne joue plus, j'exécute. C'est ce qu'on m'a toujours appris à faire : exécuter les ordres sans discuter. Si je transgresse les ordres que m'a donné Georg, c'est pour mieux obéir à mes propres idées, mes propres plans. Seulement... Tout devient plus difficile quand mon regard croise ces iris azuréens, tous mes plans s'envolent et ma volonté s'étiole quand je regarde son visage et me rend compte d'une chose : il m'a manqué. Il m'a terriblement manqué, plus que je ne l'aurais cru, plus que je ne veux bien l'admettre. Il m'a manqué et pourtant, je suis toujours aussi en colère contre lui. Il a tout gâché et il arrive encore à me faire douter de moi. Toutes ces idées, je me passe et me les repasse en boucle dans ma tête tandis que j'avance à grands pas dans les rues. Je ne me retourne même pas pour voir s'il me suit, de peur de voir ma volonté se déliter un peu plus en croisant son putain de regard qui me fait me sentir toute chose à chaque fois. Je pensais être guérie, tiens... Andreï est un mal dont on ne guérit pas, c'est un poison auquel on succombe. Et merde... V'là que j'en fait d'la poésie, ça craint.

Lorsque nous nous retrouvons sur mon palier, je lui sers un doigt d'honneur en guise de réponse. La vaste blague l'emmerde, et la vaste blague n'a même pas envie de rire. Je pousse un soupir en posant mes affaires, pas fâchée d'être rentrée chez moi. Bien plus fâchée de le voir foutre ses pieds sur la table alors que je viens explicitement de lui dire de ne pas le faire. Les mensonges viennent tous seuls, presque plus naturels dans le phrasé que la vérité, ce qui est en soi un exploit. Georg me tient pas le collier – et c'est bien parce que je suis une femme, sinon il me tiendrait par le service trois pièces – et ça devient de plus en plus difficile de lui mentir sans passer pour une abrutie ou une incompétente. Je redoute le moment où il aura vraiment des doutes et cherchera par tous les moyens à me faire parler. C'est peut-être cette peur de Georg qui me pousse à me confier plus que nécessaire à Andreï. Après tout, c'est illogique ! Je lui disais tout, quand on était plus jeunes, je lui confiais le moindre cauchemar, la moindre hésitation, y avait pas d'secrets entre nous. Là, je lui mens comme un arracheur de dents, de peur que ça soit lui qui me poignarde dans le dos. J'ai tellement l'habitude de tout lui dire que le fait d'avoir sauvé Lara et Roman sort tout seul, d'un coup, sans que j'ai eu le temps de réfléchir. Ça ne passe pas inaperçu, bien sûr, et le voilà déjà qui se redresse et réagit, mais je fais comme si de rien n'était, continuant sur ma lancée en espérant que ça en restera là. Faudra bien qu'il l'apprenne un jour, d'un autre côté. Quoi que... Est-ce que j'ai vraiment besoin qu'il me soit redevable ? Pas vraiment. Si un jour Andreï fait quelque chose pour moi, j'aimerais que ça vienne de lui, pas qu'il s'y sente forcé. Tout ça on s'en fiche, cas ce qui compte, c'est ce qu'il s'est passé quarante années plus tôt. Rien. Personne n'en a jamais rien dit, il n'y a pas eu une seule ligne là-dessus dans la presse, et ça fait partie de ces zones d'ombre que je déteste, comme si quelqu'un m'avait honteusement volé une pièce de puzzle. Alors je me tais et me contente de hocher la tête en écoutant. Finalement, Andreï ne sait pas grand chose de plus que moi. Il n'y a peut-être que Georg qui détient les réponses, mais ce con reste muet.

« Mouais... M'est avis qu'il a honte d'admettre qu'il s'est planté. »

Toute son histoire fait écho à la mienne. Quand il s'est retrouvé coincé en rat, j'ai senti quelque chose se détruire en moi, et après que je n'ai pu faire quoi que ce soit, j'étais devenue un coyote. J'ai tenté pendant des jours, des semaines, des mois de me retransformer. Rien à faire. D'humaine à peu près respectée par ses pairs, je suis devenue un nuisible, un coyote que l'on a fichu dehors sans chercher à comprendre, un animal livré à lui-même qui a dû apprendre à chasser et se fondre dans la masse pour survivre. Là encore, Andreï et moi avons vécu la même chose. Sauf que cette fois, nous n'étions pas ensemble pour nous soutenir. De toute manière, vu l'état de notre relation à l'époque... Je me mordille la lèvre, ne sachant pas par quoi commencer. Je n'ai pas la moitié des réponse qu'il exige et pourtant, il va bien falloir que j'invente quelque chose. A moins... A moins que je ne lui dise la vérité. Que je le prenne au dépourvu, fasse mine d'avoir changé, après son départ, que sais-je ? Je soupire et me prend la tête entre les mains.

« J'en sais rien. Tu crois bien que quand j'l'ai croisé, j'lui ai pas demandé comment il allait, mais plutôt ce qu'il s'était passé y a quarante ans. Je sais pas si c'est lui qui s'est suicidé, mais ça serait bien son genre. Il aurait jamais supporté qu'on le torture ou qu'on l'assassine, il a toujours voulu avoir le dernier mot. Quant à pourquoi il me laisse tranquille, bah... C'est simple : c'est toi qu'il veut, et il est persuadé qu'en étant sympa avec moi, il arrivera à me convaincre de te vendre. Sauf que j'le connais. Même si j'en avais rien à foutre de ton sort, juste pour le voir galérer je dirais rien. Et comme j'en ai pas rien à foutre... »

Aller, sortons les violons, fais-lui croire que tu as changé, blablabla, évite de lui préciser que toute cette mise en scène c'est pour mieux foutre Andreï à terre toi-même. Qu'est-ce qui est le plus vrai ? Que je cherche à le sauver ? Ou que je cherche à le sauver pour mieux l'enfoncer derrière ?

« Pour ce qui est de Lara et Roman... Tu sais comment ça s'passe, quand un agent tombe. Faut détruire toute la paperasse, l'appartement, tout ce qui se rapporte à l'agent déchu. Aux yeux du KGB, t'as jamais existé, Andreï. Mais c'était aussi valable pour ta femme et ton fils. J'sais pas si tu te rends compte que tu les as mis en danger, fin bref. Quand j'ai appris que la mission avait échoué, je suis allé voir Lara. J'ai réussi à la persuader de partir, je lui ai fourni de faux papiers d'identité, mais je n'ai pas eu le temps de faire quoi que ce soit d'autre, je me suis retrouvée coincée dans la peau d'un coyote. J'ai maquillé leur mort et j'me suis enfuie. »

Je hausse alors les épaules, comme si c'était bête et anodin, ce que je venais de dire. Je ne sais même plus vraiment pourquoi je n'ai pas exécuté les ordres qu'on m'a donné ce jour-là. Au fond, j'espérais pouvoir un jour jouer les héroïnes auprès d'Andreï, lui dire que j'avais sauvé sa famille, et peut-être aussi craignais-je qu'il ne m'en veuille de ne pas les avoir sauvés ? Après tout, Georg me fait bien sentir à quel point il m'en veut de ne pas avoir fait pareil avec sa femme et sa fille. Je suis un assassin, j'œuvre pas pour la croix rouge ou le secours populaire. J'ai sauvé Lara et Roman pour me racheter, ou peut-être par lâcheté, je n'en sais rien. Je l'ai fait, c'est tout. Ce que ça va changer pour Andreï ? A peu près tout, j'imagine. Sans ça, je ne suis pas certaine qu'il pourrait se vanter qu'on l'appelle parfois papy. Quand je me lève, c'est à la fois pour m'éloigner et réfléchir. Il complique tout, comme d'habitude, et lorsqu'il me répète une fois de plus que je ne suis pas le centre du monde, j'explose et hurle :

« JE SAIS ! J'en ai rien à foutre de ne pas être le centre du monde, j'ai jamais d'mandé ça ! J'ai juste demandé à faire partie du tien d'une autre manière, c'est si étonnant ? »

Il m'énerve, il me fait perdre mon calme et surtout... Il me faire dire ce que j'éprouve réellement. Tout ce que j'ai répété dans le miroir après son départ, les excuses, la haine, les larmes et les silences, tout ça ressort maintenant, mais d'une manière si anarchique et désordonnée que ça n'a pas beaucoup de sens, même pour moi. Je me sens tellement ridicule et faible... Et voilà l'autre andouille avec ses questions et son regard de veau mort... qu'est-ce que je raconte ? Oh rien ! Juste la réalité, crétin ! Lorsqu'il me prend dans ses bras, il me faut toute la volonté du monde pour que mon genou n'aille pas à la rencontre de ses valseuses. A quoi il joue, là ? Il pense qu'avec un câlin je vais tout oublier et le pardonner ? Il veut pas non plus un bisou et une tape au cul, tant qu'on y est ? Je me crispe dans ses bras, comme si je me brûlais mais refusais néanmoins de m'écarter. Je pourrais m'y perdre, dans ses bras, je pourrais y perdre même la raison, mais celle-ci me hurle de le repousser pour ne pas lui laisser à nouveau une chance de me briser. Alors je l'écoute parler, et chaque mot, chaque promesse fait battre un peu plus mon cœur. J'ai envie de le croire... Bon sang que j'ai envie de le croire, comme avant, comme quand je ne doutais ni de ses mots, ni de ses actions. Comme quand tout allait bien. Et puis comme à chaque fois, il détruit tout en quelques mots.

Je me redresse, le repousse doucement mais fermement et m'éloigne à nouveau pour arpenter le salon. Il ne comprend rien à rien, soit parce qu'il est aveugle, soit parce qu'il est con. Ou les deux, me susurre une petite voix dans ma tête. Oui. Ça doit être les deux.

« Tu vois, Andreï... Tu ne comprends pas. C'est p'tet pas ta faute, ça doit être moi qui ne sais pas comment... Mettre des mots là-dessus, j'imagine. J'ai pas foutu en l'air notre amitié sur un quiproquo, je l'ai foutu en l'air parce que je pensais que c'était plus de que de l'amitié. Faut que j'te l'dise en quelle langue, Andreï ? J'ai été bête de tomber dans le panneau, bête d'espérer quelque chose de toi, mais... Mais j'étais pas Lara. Je serai jamais Lara, et j'me suis demandé pendant des années c'que j'avais fait de mal. J'étais peut-être trop comme toi, qui sait ? Mais toi t'as rien vu. Je peux faire semblant pour bien des choses mais ça... Je pouvais pas. Alors j'ai préféré te haïr que de faire semblant. Et puis quelque part, je crois qu'j'étais jalouse. T'as eu c'que j'aurais jamais et oui, j'ai réagi bêtement, je sais. »

Je l'avais jalousé, tout autant que j'avais jalousé Lara. Parce que lui avait pu se marier, elle avait eu droit à des promesses impérissable, peut-être même des je t'aime, une belle robe et des fleurs, un gamin braillard à changer mais qui avait sûrement dû les rendre fiers... C'était tout ce que j'étais condamnée à ne jamais avoir et, quelque part, meurtrie par mes sentiments et la trahison, je les avais envié. Moi qui m'étais toujours royalement foutu de la notion de famille, j'avais envié la leur.

« Tu peux m'dire ce qu'il y avait entre nous deux ? Deux amis qui se confient absolument tout et couchent ensemble à l'occasion, ça porte quel nom ? Eclaire-moi, parce que j'ai beau parler deux langues, j'suis larguée. »

Je suis surtout fatiguée. Je me rends compte qu'elle s'est un peu tarie, la flamme de ma colère, et que tout ce qui anime mon envie de vengeance aujourd'hui, c'est une amertume fade et poussiéreuse.

« J'suis paumée, Andreï. Paumée parce que je ne sais pas si je dois te haïr, t'aimer comme un frère, comme un ami, comme un amant... Tes promesses, j'ai envie d'y croire, vraiment. Mais donne-moi une preuve, une seule, que tu tiens à moi. Et là, on en reparlera. »

Je n'attends pas de lui une déclaration d'amour ou d'amitié. Juste un geste, un mot qui me convaincra qu'il y a peut-être quelque chose à sauver. Qui nous permettra de construire un bel édifice que je pourrai plus tard piétiner pour lui faire ressentir l'amertume dont je ne me suis toujours pas débarrassée.

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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Jeu 13 Avr - 18:34

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

A bien y réfléchir, nos quatre années d’amitié ne pèsent pas bien lourd face à nos soixante-dix ans bien tassés, nos quatre années de complicité ne valent rien mises en perspective avec ces six, sept ans de compétition sous les ordres de Georg. Une goutte d’eau. Et pourtant, lorsque j’y repense, cette goutte d’eau a des saveurs de décennies. Avec Anya, on n’a pas été bien longtemps amants, finalement, mais on a tout, absolument tout partagé. Les mêmes regards complices, la même volonté de se dépasser. Le même abandon, avant le recrutement, la même violence interne, ce même besoin de se prouver à soi-même qu’on valait quelque chose. Ce même besoin de revanche, cette même rage au corps qui rendait tout intense, bien plus intense. Trop intense. On a été un peu tout ce qu’on peut s’imaginer comme relation entre un homme et une femme, entre deux jeunes adultes, entre deux assassins. Et dans la palette, on a peut-être passé des années à se redéfinir comme des rivaux rongés par la jalousie et la compétition, par la distance et l’envie, sous la couche de colère il y a tout le reste. Chaque seconde passée avec elle me pousse à gratter la peinture, chaque seconde passée en sa présence est une asphyxie supplémentaire, mes poumons étant soumis à la nocivité de la dernière couche chargée de plombs. Ces plombs qu’elle m’aurait bien planté dans la poitrine j’en suis certain. Juste pour me voir douiller sévère, juste pour pouvoir se foutre de ma gueule. Nous étions invincibles, avec des capacités régénératrices hors du commun, évoluées par la torture à leur forme ultime, la plus pure et parfaite d’une guérison instantanée. Nous étions imbattables. Destructeurs. Et complètement névrosés, aussi. Incapable de coexister sans se pourrir l’un l’autre. Ma méfiance, elle trouve sa source dans ses regards, dans ses coups de pute, dans ses coups de poignard plantés dans mon dos dès qu’elle en avait l’occasion, juste pour que Georg la remarque et cesse de me considérer comme l’arme ultime, juste pour que le temps d’une déception et d’une désillusion, il se souvienne qu’elle existe. Anya n’est qu’une blague, qu’une vaste blague, et son majeur levé en mon honneur ne va pas me faire changer d’avis de sitôt.

Qu’on mette les choses au clair, ce n’est pas parce qu’en un rien de temps, j’ai l’impression que tout notre passé n’est devenu qu’un passif, que tout s’est effacé pour remettre au goût d’une jour une relation exempte de complexité, que j’en oublie mon instinct de survie. Je ne lui fais pas confiance, je serais plus que fou si je m’abaissais à lui accorder un soupçon de confiance et plus que débile, aussi, si je me mettais un instant à oublier que dans tout son petit discours, il y a autant de mensonges que de vérités déformées. Inutile de dire qu’imaginer Georg lui remettre la main dessus et la laisser partir me semble tenir plus du mensonge que de la vérité, à ce niveau. Mais je garde pour moi ma réserve, mon regard parle à ma place de toute manière. Tu as des questions. Et pas qu’un peu. D’autant plus qu’elle les alimente encore plus d’un coup de poing à l’estomac. Elle a fait quoi ? Je me suis toujours demandé comment, exactement, Lara et Roman avaient pu fuir l’URSS en vie et avec des dossiers compromettant pour le KGB, je comprends mieux maintenant. Je comprends mieux le comment, mais j’ai du mal à voir le pourquoi des motivations d’Anya. Mais de toute manière, finalement, je doute l’avoir un jour réellement comprise. Tout comme je n’ai pas compris grand chose, à bien y regarder, aux événements de septembre 1973. Elle hoche la tête au fur et à mesure que je raconte ma version de l’histoire, de mon infiltration dans la Maison Blanche, le Bureau Ovale et tous ces lieux interdits aux espions étrangers à l’annonce de la chute de notre cellule et mon emprisonnement dans l’enveloppe du rat. Le seul qui ait toutes les réponses qui nous manque, c’est Georg. « Mouais... M'est avis qu'il a honte d'admettre qu'il s'est planté. » Et comme le fait remarquer Anya… ses erreurs et ses conneries, il a toujours eu plus tendance à nous les foutre sur le dos qu’à les assumer. Il serait bien du genre à être le connard qui s’est suicidé en premier lieu. « J'en sais rien. Tu crois bien que quand j'l'ai croisé, j'lui ai pas demandé comment il allait, mais plutôt ce qu'il s'était passé y a quarante ans. » A la seule idée d’une Anya énervée en train de lui rentrer dans le lard pour avoir le fin mot de l’histoire j’ai un sourire, qui se crispe sans plus tarder. On parle de Georg. On parle de cet homme auquel on a été conditionné d’obéir au doigt et à l’oeil. Contre lequel on ne s’est presque jamais véritablement rebellé, ni l’un, ni l’autre. « Je sais pas si c'est lui qui s'est suicidé, mais ça serait bien son genre. Il aurait jamais supporté qu'on le torture ou qu'on l'assassine, il a toujours voulu avoir le dernier mot.» J’hausse les épaules en buvant une gorgée de bière.  « Ouais, pas faux. C’connard... » Connard et enculé sont des adjectifs qui me vont peut-être à merveille, mais c’est certainement pour lui qu’ils ont été inventés. « Quant à pourquoi il me laisse tranquille, bah... C'est simple : c'est toi qu'il veut, et il est persuadé qu'en étant sympa avec moi, il arrivera à me convaincre de te vendre. » Elle n’a pas fini sa phrase que je me suis levé d’un seul bond. Je m’apprête à l’insulter de tous les noms, je m’attends à voir Georg débarquer, mais elle me coupe dans mon élan. « Sauf que j'le connais. Même si j'en avais rien à foutre de ton sort, juste pour le voir galérer je dirais rien. Et comme j'en ai pas rien à foutre... » Je la foudroie du regard en me rasseyant avec méfiance.

Toujours avec méfiance. « Donc c’est pour ça que je n’ai pas à m’attendre à le croiser aujourd’hui, c’est ça ? » Pourquoi est-ce que je ne suis même pas étonné d’apprendre qu’elle m’a menti en disant qu’il l’avait laissée tranquille ? Parce que je le savais, au fond. Georg ne laisse pas tranquille, il exploite. Et il doit juger qu’elle me hait plus qu’elle ne le hait lui, qu’elle voit où est son intérêt, qu’elle sait où se trouvent ses opportunités et ses chances de survie. Crétin de russe, il n’a toujours pas compris qu’Anya était complètement fêlée, au final. Quoiqu’il en soit, je choisis de laisser tomber l’affaire. Pour le moment. « Et Lara et Roman ? » J’ai d’autres réponses à obtenir, trop de questions à lui poser : on creusera plus tard. Pour le moment, il me faut une vision d’ensemble. « Pour ce qui est de Lara et Roman... Tu sais comment ça s'passe, quand un agent tombe. Faut détruire toute la paperasse, l'appartement, tout ce qui se rapporte à l'agent déchu. Aux yeux du KGB, t'as jamais existé, Andreï. Mais c'était aussi valable pour ta femme et ton fils. J'sais pas si tu te rends compte que tu les as mis en danger, fin bref. « Va te faire foutre, Anya » Je n’ai clairement pas besoin de ses petites leçons de morale. Surtout lorsqu’on parle de ma femme. « Quand j'ai appris que la mission avait échoué, je suis allé voir Lara. J'ai réussi à la persuader de partir, je lui ai fourni de faux papiers d'identité, mais je n'ai pas eu le temps de faire quoi que ce soit d'autre, je me suis retrouvée coincée dans la peau d'un coyote. J'ai maquillé leur mort et j'me suis enfuie. » Elle hausse les épaules, et malgré mes derniers mots, je ne peux pas m’empêcher de la fixer. « Merci. » Ouais, merci. « J’me s’rai jamais attendu à ça d’ta part. » Mais ouais, merci. Parce qu’en soi, je n’avais jamais envisagé la possibilité de tomber avant ça. Anya a pas tort, j’ai foutu la vie de Lara et Roman en danger, parce que qui dit assassin, dit vie illégale, dit non existence aux yeux de la loi et disparition de tous les témoins s’il y a un problème. Anya, dans mes souvenirs, n’avait pas de famille. Georg, lui… « Oh putain... » Je n’y avais pas pensé jusque là. « Georg avait une môme, ils l’ont... » Pas besoin qu’elle me réponde. Je me passe une même sur le visage. « S’il apprend que ma descendance est en vie… il va me pourrir. » Et ce n’est pas le pire. Mes yeux se plongent une nouvelle fois, une énième fois, dans ceux d’Anya. « S’il apprend que tu les as sauvés... » Mon coeur se serre dans ma poitrine.

Cette prise de conscience n’est qu’une goutte d’eau en plus dans tout le reste, mais il faut croire, alors qu’elle se lève, que… qu’il ne m’en faut pas plus pour me rendre compte qu’Anya est une part complète de ma vie, occultée voire oblitérée par les tournants de notre histoire mais pire qu’importante, finalement. Elle ne m’a pas manqué, ça non. Elle n’a jamais été au coeur de mon existence, ça non plus. Mais… omniprésente, comme une silhouette si présente qu’on l’oublie, ça oui. Visiblement, ce n’est pas réciproque. « JE SAIS ! J'en ai rien à foutre de ne pas être le centre du monde, j'ai jamais d'mandé ça ! J'ai juste demandé à faire partie du tien d'une autre manière, c'est si étonnant ? » J’ouvre grand les yeux en réponse à cette colère brutale et inattendue. Pardon ? Faire partie de mon monde ? D’une autre manière ? Si elle s’était arrêtée là, j’aurais répondu quelque chose, mais non. Je la laisse parler. Et je tombe des nues. Ou plutôt… je ne sais pas trop, je ne sais pas du tout. Qu’est-ce qu’elle me raconte, là ? De quoi elle parle ? Aux dernières nouvelles, je ne l’ai jamais trahie, bien au contraire, c’est elle qui a tout détruit. Aux dernières nouvelles, je n’ai jamais rien fait de mal, j’ai… j’ai quoi ? J’ai rien. J’ai… tout ce que j’arrive à faire, c’est la prendre dans mes bras parce que, bordel, des engins comme elle, ça devrait être fourni avec une notice. Elle se crispe, ça me pousse à affermir ma position pour lui refuser la fuite. Qu’elle écoute ce que j’ai à dire, parce que ce qu’elle me raconte, elle, a des saveurs de connerie trempée dans un mélis-mélos de marshmallow fondu. Je veux remettre les choses au clair, parce que je ne supporte pas de la voir comme ça. De un, je ne l’ai jamais abandonnée. De deux, il y a toujours eu un nous, elle a toujours fait partie de mon monde. De trois… elle me repousse, je la laisse faire en la suivant du regard. De trois, ce qu’il y avait entre Lara et moi n’avait rien à voir avec ce qu’il y avait entre Anya et moi. Et de toute évidence, c’est ça qui pose problème.

J’ai beau avoir une idée de ce que ça cache… je refuse de la considérer sérieusement. « Tu vois, Andreï... Tu ne comprends pas. C'est p'tet pas ta faute, ça doit être moi qui ne sais pas comment... Mettre des mots là-dessus, j'imagine. J'ai pas foutu en l'air notre amitié sur un quiproquo, je l'ai foutu en l'air parce que je pensais que c'était plus de que de l'amitié. Faut que j'te l'dise en quelle langue, Andreï ? J'ai été bête de tomber dans le panneau, bête d'espérer quelque chose de toi, mais... Mais j'étais pas Lara. Je serai jamais Lara, et j'me suis demandé pendant des années c'que j'avais fait de mal. J'étais peut-être trop comme toi, qui sait ? Mais toi t'as rien vu. Je peux faire semblant pour bien des choses mais ça... Je pouvais pas. Alors j'ai préféré te haïr que de faire semblant. Et puis quelque part, je crois qu'j'étais jalouse. T'as eu c'que j'aurais jamais et oui, j'ai réagi bêtement, je sais. » Je ne retiens qu’un mot de ce qu’elle vient de baver. « Jalouse... » Plus que de l’amitié ? Je suis partagé entre l’envie d’en rire et d’en pleurer tant ça me parait ridicule. Au final, la seule chose qui ait du sens dans son laïus, c’est sa fin. Ce n’est pas un quiproquo qui a foutu en l’air notre amitié.

C’est une putain de jalousie. Mais pas celle à laquelle je pensais. « Tu peux m'dire ce qu'il y avait entre nous deux ? Deux amis qui se confient absolument tout et couchent ensemble à l'occasion, ça porte quel nom ? Eclaire-moi, parce que j'ai beau parler deux langues, j'suis larguée. » Je secoue lentement la tête. « J'suis paumée, Andreï. Paumée parce que je ne sais pas si je dois te haïr, t'aimer comme un frère, comme un ami, comme un amant... Tes promesses, j'ai envie d'y croire, vraiment. Mais donne-moi une preuve, une seule, que tu tiens à moi. Et là, on en reparlera. »  Je secoue lentement la tête, comme pour nier ce qu’elle me baratine, et je lève les yeux au ciel pour mieux montrer à quel point tout ça me dépasse. Non mieux: me paraît ridicule. Si je tiens à elle ? Ouais, bien sûr. Quel nom ça porte, deux amis qui se confient tout et qui couchent, couchaient plutôt, ensemble ? J’ai beau parler quatre langues, j’ignore quel mot elle attend. Mais au moins, je commence à y voir un peu plus clair dans cette purée de pois. Et je commence aussi, accessoirement, à comprendre que non seulement elle se voit comme la victime de l’histoire, mais elle me voit aussi comme un gros salaud.

Connard et enculé, oui, j’ai dit. Salaud, non. Et non, les trois mots ne recoupent pas tous la même chose selon moi. « Anya, on va mettre les choses au clair : je tenais à toi. T’étais ma seule amie, ma seule confidente, ma presque soeur, bref, je vois pas pourquoi je prends la peine de dire ça. Je tenais à toi, et maintenant, bah… je tiens toujours à toi, je crois. De deux, tu ne sais pas parler deux langues, t’as toujours été une calamité dans ce domaine. Et je crois que le mot que tu cherches, ça doit être sexfriend ou un truc dans le genre. De trois, si tu es en train de me dire que tu as été amoureuse de moi… putain mais Anya, non ! » Oui, non. Parfaitement : non. Juste… non. « Il n’y a pas plus… plus dangereux pour nous, merde ! » Et le pire, c’est que je ne m’étais jamais posé la question. Je ne me suis jamais interrogé sur mes sentiments pour Anya, ou sur les siens pour moi. Jamais eu le moindre doute. Dangereux, à mes yeux c’est le mot. Déjà parce que c’était, à l’époque, donner encore plus de prises sur nous à Georg. Ensuite, parce que c’est toujours le cas : on n’a pas besoin qu’il ait encore plus de points de pressions. Enfin… parce que putain, non. Lara, c’était un ovni qu’on m’a balancé dans la tronche. Anya… « Anya, même si tu… » Attention Andreï, rappelle toi, dans sa tête, c’est elle la victime. Je soupire. « Même si on s’est fait des putains de crasses, moi je tiens à toi, tout ça, je vais pas me répéter. Mais on va être clair : c’est juste de l’amitié. Rien que de l’amitié. Rien d’autre. N’attends rien d’autre, n’espère rien d’autre. » Contente-toi de ça, parce que tu n’auras rien d’autre. « C’est pas une histoire de truc que t’as mal fait ou autre, c’est juste… ne le prends pas mal, mais t’es pas Lara, okay ? »

Je me demande ce que je préférerai, là, maintenant, entre être confronté à Georg et rester dans la même pièce qu’une Anya que je n’arrive pas du tout à saisir, et qui surtout risque de me tuer dans quelques secondes.


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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Ven 14 Avr - 0:57

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

Je ne sais pas ce qui me rend le plus folle. Qu'il soit là, devant moi, à me baver des conneries plus grosses que lui, ou que je tente encore vainement de me persuader que je suis guérie de lui. Cette dualité qui s'opère en moi est une véritable torture et quand bien même voudrais-je hurler pour extérioriser tout ça, je suis contrainte au silence. Andreï ne comprend pas. Andreï n'a jamais rien compris, de toute manière. Il a toujours fallu lui mettre les choses sous le nez pour qu'il commence un peu à piger l'évidence. Je n'ai jamais trop su s'il le faisait exprès ou s'il était juste con, d'ailleurs. Au fond, est-ce vraiment de sa faute s'il ne comprend pas ? Est-ce que ce n'est pas plutôt moi qui suis à côté de la plaque ? Quarante années passées dans la peau d'un coyote, quarante années à oublier petit à petit ce que ça faisait d'être humaine et d'avoir des sentiments, quarante années à simplement ruminer ma vengeance et à laisser la haine prendre le dessus... Quarante années qui ont volé en éclats à l'instant même où j'ai croisé son regard. Ses putains d'yeux bleus qui me rendent folle et me donnent envie de les crever. Ça a toujours été comme ça entre Andreï et moi : trop proches pour ne pas tout nous dire, trop différents pour nous comprendre. Je suis fatiguée de me battre, là où lui semble déborder d'une énergie teintée de méfiance. Il a bien raison de se méfier, tiens... Parce que je vais m'attacher à la détruire, cette méfiance, à l'étouffer et la calciner jusqu'à ce qu'il n'ait plus d'autre choix que de me faire confiance. Et alors, quand il sera aveugle face à mes manœuvres, alors seulement je le trahirai et lui ferai subir ce que moi j'ai eu à endurer. Tant pis s'il doit se venger derrière, tant pis si j'en crève, de toute manière ça fait longtemps que j'ai fait une croix sur l'idée de m'en sortir indemne après ça.

Finalement, le seul sujet sur lequel nous sommes d'accord, c'est Georg. Il nous a toujours fichu une trouille bleue, même si Andreï et moi sommes bien trop orgueilleux pour le reconnaître. De toute manière, nous n'avons jamais eu besoin de le montrer, puisque Georg l'a toujours senti et en a toujours joué. Ce sadique a toujours adoré nous voir flipper à l'idée qu'il puisse inventer un nouveau truc pour nous torturer. Seulement de nous deux, c'est moi qui suis à nouveau à sa merci, asservie que je suis par ma nature de métamorphe au sorcier qui m'a créée. Dire que je l'ai voulue, cette condition... Aujourd'hui, je m'en passerais bien. Je finis par soupirer et tourner un regard las vers Andreï.

« Bravo, t'as droit à une image et un bon point, Sherlock ! Il viendra pas parce qu'il sait pas que t'es là. D'ailleurs, il sait p'tet même pas que t'es en vie mais rien n'est sûr. J'suis pas encore devin ni télépathe. »

Je suis presque fatiguée de devoir me justifier de tout ça mais d'un autre côté, si je veux récupérer la confiance d'Andreï, j'ai intérêt à m'accrocher et à redoubler d'efforts. Cet enfoiré a été bien formé, bien dirigé, il sait qu'on ne se méfie jamais assez d'une ancienne alliée passée à l'ennemi. En revanche, s'il y a bien une chose vraie sur laquelle il n'a pas besoin de se méfier, c'est bien ce que je lui révèle ensuite. Je ne relève pas son va te faire foutre, à force de l'entendre je vais finir par le faire mais certainement pas par lui ! J'ai beau mourir d'envie qu'il me prenne à nouveau dans ses bras, il peut toujours courir s'il espère récupérer ses extras aussi facilement. A la fin de mon récit, j'accueille ses remerciements d'un nouveau haussement d'épaules.

« Faut croire que j'suis moins salope que je l'aurais cru, tu vois... »

Pour le coup, j'en suis moi-même étonnée. Si j'avais à l'époque suivi mes idéaux personnels et rien qu'à moi, je les aurais laissé crever, j'aurais récupéré les fichiers qu'ils avaient en leur possession et je me serais barrée comme une voleuse. Ça n'aurait surpris personne et pourtant, j'avais éprouvé de la culpabilité à cette idée. C'était Andreï que je voulais voir ramper dans la poussière, pas sa famille. Ou du moins pas à ce point. Je suis alors brutalement tirée de mes pensées par un Andreï a nouveau nerveux et fébrile. Bon sang, mais qu'est-ce qu'il me bave encore, ce con ? Je le laisse donc s'exciter puis, avec la résignation d'une condamnée à mort, lui offre un pauvre sourire.

« Il me buttera, oui je sais. Elles sont mortes. Sa femme et sa fille. Même si j'avais voulu, j'aurais rien pu faire pour elles. S'il apprend que ton fils est en vie, il cherchera à tout prix à l'utiliser contre toi. S'il apprend que c'est moi qui les ai sauvé, il me tuera. S'il apprend que je lui ai caché ta présence en ville, il me buttera. J'suis perdante sur tous les tableaux avec Georg alors t'inquiète, je sais ce qui m'attend. »

Ça pourrait presque passer pour de l'inconscience ou une pulsion suicidaire, en fait, mais j'ai appris avec les années que s'il y a bien une chose fasse à laquelle nous sommes supposés être égaux, c'est bien la mort. Sauf qu'à soixante-dix ans, je suis encore fraîche comme un gardon et ait l'organisme d'une athlète. Si avec ça je ne finis pas au moins centenaire, c'est justement parce que Georg m'aura descendue avant, fin de l'histoire. Et si ça c'est clair, le reste en revanche l'est moins. Ce que j'éprouve, pourquoi je me suis comportée ainsi, pourquoi j'ai ruiné notre si belle amitié, laquelle était de toute manière basée sur des mensonges et un gros quiproquo... Est-ce vraiment ma faute si j'ai laissé mon cœur l'emporter sur la raison ? Est-ce à moi de m'excuser pour avoir simplement éprouvé des sentiments à l'égard d'un homme ? Si c'est le cas, c'est d'autant plus cruel que ces sentiments me font souffrir depuis trop longtemps mais que je n'arrive pas à passer à autre chose. Et maintenant que je me suis tue, je le regarde avec une lueur sauvage dans les yeux, le mettant au défi de me répondre que je raconte n'importe quoi. Et ce « je crois » qui me fait serrer les poings, ce « je crois » qu'il prouve bien que pendant toutes ces années, ça ne lui a rien fait de m'oublier, ce « je crois » qui scelle l'évidence : il n'a jamais tenu à moi comme j'ai pu tenir à lui, et je suis vraiment naïve d'avoir espéré quoi que ce soit d'autre de lui. Je me redresse et recommence à arpenter la pièce à mesure qu'il parle. Je la sens monter en moi, la pulsion animael, et je sens le coyote s'éveiller et gronder dans mon esprit. Il gronde tant et si bien qu'au bout d'un moment, le grognement, c'est ma gorge qui le produit. Je grogne comme un animal, et l'animal a besoin de chasser. La seule proie à portée est Andreï, il n'a qu'à faire le calcul tout seul, lui qui n'a jamais été bon qu'à fuir, avec sa pitoyable enveloppe de rat d'égout. Passant un doigt à la surface d'un vieux vase qui prend la poussière, je ne relève même pas les yeux vers Andreï lorsque je reprends d'une voix glaciale.

« Tu crois ? Ravie de l'apprendre. Ensuite, savoir dire va te faire foutre Andreï me paraît suffisant pour maîtriser la langue de Shakespeare, donc ouais, va bien te faire foutre. Pour finir... PUTAIN MAIS TU T'ECOUTE PARLER, DES FOIS ? Tu crois... Tu crois vraiment que j'ai demandé à les éprouver, ces sentiments ? Tu crois que j'me suis réveillée un matin en me disant « tiens ! Si je me la jouais fleur bleue en tombant amoureuse de mon coéquipier ? » Ces sentiments, j'les ai subis, j'en ai jamais profité. Mais tu sais quoi ? C'est pas grave, au final, puisque l'temps a fait son œuvre. Je ne t'aime plus, Andreï, comme ça t'auras pas à te faire du souci pour tes miches, aucun danger pour toi ! »

C'est faux, honteusement faux et pourtant, j'ai voulu m'en persuader. Je me suis maintes fois répété que cet amour c'était changé en haine puis en indifférence, mais il était simplement en sommeil. Le voilà ravivé à la flamme de ma colère, incandescent et plus douloureux encore qu'auparavant. Seulement Andreï n'a pas fini de me faire souffrir et, sadique qu'il est, il en rajoute trois couches, me coupant le souffle au passage. Juste de l'amitié... Ne pas m'attendre à autre chose... Et là c'est la douche froide. Parce que je me rends compte qu'une petite part de moi l'attendait encore, ce connard. Cette version plus jeune et naïve de moi qui a continué à espérer qu'il y aurait plus que de l'amitié entre Andreï et moi. Et puis... Je ne suis pas Lara. Je ne serai jamais Lara. Je n'arrive même pas à la cheville d'un putain de fantôme et je n'ai qu'une envie : m'arracher le cœur. Parce que ça fait mal, putain que ça fait mal de l'entendre verbaliser les choses maintenant qu'il sait tout. Quand je relève les yeux vers Andreï, ce ne sont plus ceux de l'humaine mais ceux du coyote qui le fixe avec toute la haine du monde brillant en leur sein. J'ai envie d'assouvir les instincts de la bête et me jeter sur lui et ce même si je dois me contenter d'un rat pour repas ce soir. Pourtant je reste là, ce putain de vase en main, à le serrer si fort qu'il en explose sous la pression de mes doigts crispés. La douleur traverse ma main, les éclats de verre se fichent dans ma peau et bientôt, le sang se met à couler. La colère boue en moi, il me faut toute l'énergie du monde pour ne pas lui sauter à la gorge, alors même que je sens l'odeur de la peur chatouiller mes narines. L'animal prend le dessus, et il est hors de question que je le laisse faire. Alors je baisse les yeux et, avec un calme qui m'étonne, commence à retirer un à un les morceaux de verre de ma paume. La peau se referme aussi sec, ne laissant rien d'autre de la blessure que du sang séché.

« J'ai pas demandé à être un monstre, tu sais. C'est con mais... Quand tu grandis sans famille, y a deux manières de faire : soit tu fuis tout ce qui s'y apparente, soit tu cherches à créer une autre, autrement. Moi c'que j'voulais, c'était que Georg me regarde autrement que comme un cobaye et que toi... Que toi t'arrête de te foutre de ma gueule en ne sachant jamais vraiment c'que tu voulais. »

Quand je relève les yeux vers Andreï, ce sont à nouveau les miens qui le fixent, mais c'est comme si je venais de prendre mes quarante années d'existence sous forme animale en pleine gueule. Comme si soudain, je les portais bien, mes soixante-douze ans.

« Je serai jamais Lara, ça t'avais pas besoin de me le rappeler. Mais j'ai rien d'mandé, à la base. J'aurais aimé avoir une famille avant que Georg dispose de mon corps comme ça l'enchantait. Tu veux une révélation, Sherlock ? Un truc que j't'ai jamais dis ? A douze ans, il s'est assuré que jamais je ne prendrai le risque de me retrouver avec un môme sur les bras. Et puis quand je suis arrivée à l'âge adulte, tout juste sortie de l'adolescence, il m'a refilé ces missions dégueulasses que seules les femmes peuvent exécuter, à c'qui paraît. Il m'a vendue à des types répugnants, tout ça pour parfois pas une seule information valable. J'me suis fait traiter comme une merde par tous les mecs que j'ai croisé. Tous sauf un. Toi. Avec ta gueule d'ange et ton air de con, t'as été le seul à me considérer comme une personne et pas un objet. Quand t'as servie de pute à toutes les raclures de l'humanité, crois-moi ça a de la valeur et ça joue sur les sentiments. T'es content ? »

Ça et la raison pour laquelle je n'ai plus de famille, ce sont les deux seules choses que je n'ai jamais dites à Andreï. La première par incompréhension – pour ma défense j'avais huit ans – la deuxième par honte. Une honte qui me poursuit encore aujourd'hui comme une ombre.

« J'en veux pas d'ton amitié, Andreï. Parce que tu sais comme moi où ça va nous mener. Si Georg nous tombe dessus, il s'en servira contre nous. »

Implore-la, mon amitié, par pitié... Je n'attends que ça et pourtant, je lui dis le contraire. Pendant un instant, je me suis vue me jeter à la gorge du seul homme que j'ai un jour suffisamment estimé pour l'aimer, et voilà que je lui confie l'un de mes plus noirs secrets en le regardant droit dans les yeux. Y a vraiment quelque chose qui tourne pas rond chez moi.

« J'attends rien de toi, Andreï. Enfin si. Juste une chose. Le respect que tu avais pour moi à l'époque, et ça me suffira. »

Elle a bien grandi, Anya. Peut-être un peu trop. Elle n'est plus idéaliste ni même optimiste, elle est simplement résignée.


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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Jeu 27 Avr - 0:49

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

Oh putain. En deux mots, je résume toute la merde dans laquelle je suis plongé. Toute la merde, aussi, dans laquelle elle est plongée. C’est fou comme deux mots peuvent être chargés de signification. C’est difficile à croire, je le sais bien, mais voilà : les mots sont porteurs de sens. Et de sang. Et ce oh et ce putain, ils sont écrasés sur tout ce qu’ils peuvent sous-entendre. Ils sont englués, même, dans une signification qui me dépasse. Georg avait au moins une mioche et, de toute évidence, elle a été butée en représailles à la place de Roman, à la place de Lara. A la place des deux personnes qui comptaient le plus à mes yeux. Et ça, grâce ou à cause d’Anya. Je la regarde sans trop y croire. Faut croire que j'suis moins salope que je l'aurais cru, tu vois... qu’elle a dit, face à mon étonnement. Faut croire, ouais. Faut croire que si moi, je suis un enculé, ce n’est pas totalement son cas à elle. Faut croire que je ne la connais pas aussi bien que ce que je pouvais penser. Faut croire, aussi… que je ne comprends rien, plus rien. Pas que j’aie un jour compris grand-chose à son fonctionnement mais… s’il y a une chose que je comprends bien c’est que oh putain, on est tous les deux dans une très mauvaise posture. Et je suis le seul à m’en étonner. A croire qu’elle a eu le temps d’y réfléchir. Son sourire tient du regard d’un cochon devant son boucher, ou mieux, de la vache droguée qu’on amène à l’abattoir. Ouais, il la butera. « Il me butera, oui je sais. Elles sont mortes. Sa femme et sa fille. » Je grimace. « Même si j'avais voulu, j'aurais rien pu faire pour elles. S'il apprend que ton fils est en vie, il cherchera à tout prix à l'utiliser contre toi. S'il apprend que c'est moi qui les ai sauvés, il me tuera. S'il apprend que je lui ai caché ta présence en ville, il me butera. J'suis perdante sur tous les tableaux avec Georg alors t'inquiète, je sais ce qui m'attend. » Je grimace encore plus. Elle sait ce qui l’attend. Elle sait ce qui m’attend. Elle sait ce qui attend à toute personne qui se dressera entre Georg et nous. Et surtout, elle sait tout comme moi ce qu’elle risque à continuer de cacher où je suis, ce que je fais. La seule chose qu’elle ne sait pas, finalement, c’est que je ne suis et ne serai plus jamais de la moindre utilité à l’autre connard qui nous a dressés comme des chiens de combat à aller égorger nos cibles dans le moindre scrupule. C’est qu’au final, tout ce qu’elle fait est vain, d’une certaine manière. Je suis un outil brisé. Elle me protège pour rien. Et ça, s’il l’apprend – s’il ne le sait pas déjà – Georg me le fera payer mille fois, et Anya récupérera auprès de lui la place qu’elle a toujours cru mériter. Qu’elle a toujours cherché, du moins. Dans mon esprit, au rythme de la dégénérescence progressive d’une discussion déjà mal barrée au départ, tout est un bordel monstre. Je tombe d’une prise de conscience à une autre, en me brisant les côtes, les bras, les jambes et tous les os de mon corps à chaque fois que je heurte un éclat coupant de vérité. Anya m’a manqué, même si j’en avais pas conscience. Et apparemment, je lui ai manqué.

Beaucoup.
Et je suis passé à côté de pas mal de choses, aussi, les dernières années où nous n’étions plus des partenaires mais des rivaux, des ennemis, des adversaires. Elle est fragile, si fragile. Tu vois, Andreï, tu ne comprends pas. Et ouais. Je ne comprends pas, je ne comprends rien à tout ce qu’elle peut me dire. Ce qu’il y avait entre nous deux ? Mais qu’est-ce qu’elle va chercher, là ? Je la prends dans mes bras, parce que c’est la seule chose que je me vois faire pour le moment, alors qu’elle n’en a pas terminé. Je la sens se relâcher, je la sens se tendre, je la sens reculer. S’éloigner. Le coyote à fleur de peau. Je tiens encore à elle. Ça, je crois que c’est à peu près certain. Je crois. Qu’est ce que j’en sais, finalement ? Elle était ma seule amie, elle m’a envoyé baladé alors que j’étais enfin vraiment heureux, alors que j’allais enfin, vraiment commencer à vivre, me détacher d’une enfance de sociopathe pour me construire une famille. Elle s’est transformée en foutu gremlins en un rien de temps et s’est acharnée à me démonter après ça. Qu’est-ce que j’en sais si je tiens à elle ? Qu’est-ce que j’en sais exactement ce qu’il y avait entre nous deux ? Le truc qui s’en rapproche le plus, au final, c’est sexfriend mais j’ai pas l’impression qu’elle veuille l’entendre. Parce que là, elle est en train de se foutre de ma gueule, de me balancer qu’elle était amoureuse de moi ou une connerie dans le genre et que… putain. « Tu crois ? Ravie de l'apprendre. Ensuite, savoir dire va te faire foutre Andreï me paraît suffisant pour maîtriser la langue de Shakespeare, donc ouais, va bien te faire foutre. Pour finir... PUTAIN MAIS TU T'ECOUTES PARLER, DES FOIS ? » Je me redresse immédiatement sous l’éclat de voix, mus par des années de réflexe. Je suis en garde, même si rien dans mon attitude ne l’affiche. Je m’apprête même à frapper si elle montre le moindre signe d’agressivité. C’est inscrit dans mes gènes, gravé au fer rouge. Mais tout mon corps se détend lorsqu’elle reprend. Oui je m’écoute parler, et oui je l’entends quand elle gueule. « Tu crois... Tu crois vraiment que j'ai demandé à les éprouver, ces sentiments ? Tu crois que j'me suis réveillée un matin en me disant « tiens ! Si je me la jouais fleur bleue en tombant amoureuse de mon coéquipier ? » Je vais être intelligent et me la fermer pour une fois, mais ouais, c’est plus ou moins exactement ce à quoi j’étais en train de penser. Parce que pour tomber amoureuse de moi, déjà, faut pas être très futé, mais encore plus quand on sait exactement à quel point je suis gratiné. Et ensuite, parce que pour tomber amoureuse de son coéquipier… « Ces sentiments, j'les ai subis, j'en ai jamais profité. Mais tu sais quoi ? C'est pas grave, au final, puisque l'temps a fait son œuvre. Je ne t'aime plus, Andreï, comme ça t'auras pas à te faire du souci pour tes miches, aucun danger pour toi ! » Je lève les yeux au ciel en soufflant entre mes dents serrées. « Alors pourquoi est-ce que tu les ramènes sur le tapis, hein ? Et comment on en est venu là, déjà ? » Ca, c’est une putain de bonne question.

Et la putain de bonne réponse, aussi, c’est que… c’est que je ne sais pas où elle en est, je ne sais pas ce qui se passe dans son cerveau et tout, mais de mon côté, je sais exactement où j’en suis. Même si on s’est planté un certain nombre de couteaux dans le dos, et tout, comme je lui ai dit tout à l’heure, je tiens à elle. Et cette fois, j’ai pas besoin de rajouter un je crois. Je tiens à elle, j’ai toujours tenu à elle. A la seule différence près que… bordel elle n’est pas Lara. Point. Qu’elle ne s’attende pas à plus. Et son regard animal, son attitude qui pue le coyote, me confirme ce que je pressentais : ça ne lui plait pas des masses. Mais qu’est-ce que je gagnerais à lui mentir sur le sujet ? Qu’est-ce qu’elle veut, là ? Je vais pas lui mentir sur le sujet, vu ce qu’un quiproquo a déjà apparemment donné, ce ne serait clairement pas le bon plan. Sauf qu’il n’y a visiblement pas de bon plan tout court. Je recule quand le vase explose sous ses doigts crispés. Je recule, quand l’odeur du sang, bien moins forte qu’à une époque, remonte à ma gorge. Elle n’est pas Lara. Et elle n’apprécie pas que je le lui répète. « J'ai pas demandé à être un monstre, tu sais. C'est con mais... Quand tu grandis sans famille, y a deux manières de faire : soit tu fuis tout ce qui s'y apparente, soit tu cherches à créer une autre, autrement. Moi c'que j'voulais, c'était que Georg me regarde autrement que comme un cobaye et que toi... Que toi t'arrêtes de te foutre de ma gueule en ne sachant jamais vraiment c'que tu voulais. » Je fronce les sourcils. J’ai envie de lui sortir un et alors ? qu’elle ne manquerait de mal prendre, susceptible comme elle est. Est-ce qu’elle s’écoute parler ? Si on a bien un point commun, tous les deux, c’est d’avoir grandi sans famille. D’être devenu des monstres presque volontairement. On s’est jamais rien caché, mais on n’a jamais trop parlé de ce qu’on a fait avant d’arriver au KGB.  

On ne sait jamais rien caché. Mais on ne s’est jamais tout dit non plus. Et là, je suis tétanisé lorsqu’elle reprend. Lorsqu’elle m’explique pourquoi elle est pas Lara. Parce qu’on rentre dans de l’intime. On rentre dans le domaine où la pudeur me forcerait en temps normal à fermer les yeux. Ouais. Pudeur. Avant que Georg ne dispose de son corps comme ça l’enchantait. Je l’ai toujours su. Sans qu’on en parle. Elle ne m’en a jamais parlé directement. Je l’ai toujours su, mais de l’entendre me le dire… j’en ai la nausée. « T'es content ? » Je ne prends même pas la peine de me la jouer crétin et de répondre. J’ai envie de dégueuler, non pas parce que découvre quelque chose, mais parce que ça m’écœure d’avoir des confirmations de ce dont je me doutais. J’ai envie de dégueuler, j’ai envie de gerber, j’ai envie d’aller voir Georg et de m’arranger, moi aussi, pour qu’il puisse plus avoir de marmot, ce vieux connard. « J'en veux pas d'ton amitié, Andreï. Parce que tu sais comme moi où ça va nous mener. Si Georg nous tombe dessus, il s'en servira contre nous. J'attends rien de toi, Andreï. Enfin si. Juste une chose. Le respect que tu avais pour moi à l'époque, et ça me suffira. » Je serre les dents. Elle est amoureuse de moi.

Je crois. Elle ne veut pas de mon amitié ? Mais qu’est-ce qu’elle attend de moi, alors ? « Je savais. Pas tout. Mais suffisamment. » Clairement pas suffisamment, parce que si j’ai eu quelques missions où il s’agissait de faire baisser sa garde à une femme d’ambassadeur ou à une riche européenne, ça a toujours été anecdotique. Alors que du côté d’Anya, c’était plutôt de l’ordre du systématique. Mes yeux dérivent vers les débris du vase. Mais quelle connerie, aussi, d’avoir un vase. Quelle connerie que d’avoir cette discussion. Quelle connerie que de me balancer ça, maintenant. Je la revois, à dix-huit ans, quand on s’est embrassé pour la première fois, pour jouer, parce que c’était un jeu. Parce que ça a toujours été un jeu pour moi. Un pari. Une complicité. Pas grand-chose de plus. Rien de spécial. Juste du naturel. Je la revois à vingt-ans, à me lancer des regards amusés, et suggestifs, en pleine mission d’infiltration, juste pour me déconcentrer, un brin de sourire aux lèvres. Je la vois aussi le visage fermé, alors qu’elle devait aller s’accoutrer de manière vulgaire pour aller remplir une de ses missions, alors que moi, on venait juste de m’intimer d’aller traîner dans les rues pour trouver un mec, le tabasser, et revenir sans me faire prendre. Un jeu, pour moi. L’avilissement, pour elle. Ça m’écœure. Ça m’enrage. Et je contemple dans son attitude ma meilleure amie qui se braque, qui s’enferme dans une armure faite de colère et de violence. Comme moi. Si semblable. Et pourtant si lointaine, parce que je n’ai aucune idée de l’attitude à tenir face à elle. Si j’étais à sa place, qu’est-ce que j’aimerais qu’elle fasse ? « Moi, je veux ton amitié. Je veux ton sourire. Je veux qu’on retrouve un peu c’qu’on avait avant. On a besoin l’un d’l’autre, on a toujours eu b’soin l’un d’l’autre, Anya. » Qu’est ce que j’aimerais qu’elle me dise ? Des conneries. Des conneries ridicules au possible, mais quelque chose à quoi se raccrocher. Je m’approche d’elle avec prudence. Au final, elle est comme moi, non ? Ou presque ? Pire que moi, mieux que moi…   « Mon respect, tu l’as, Nya. Tu l’as toujours eu. Essaye de comprendre ça. » Parce qu’au moins, là, je raconte peut-être des conneries, mais je raconte surtout des conneries qui ont du sens. Je pose une main sur son épaule, et avant qu’elle ne puisse dire quoique ce soit, je rends les armes de l’intelligence et j’essaye de lui parler comme je peux, parce que j’ai jamais été très doué avec les mots. Alors autant parler avec le corps. Je l’enlace, je l’embrasse, je m’embrase. Sans m’empêcher de me demander si elle va bien interpréter ça. « Ne dis jamais que j’t’ai pas respectée, Nya. Apparemment, j’ai fait pas mal de connerie, j’ai pas été fair-play, mais… » J’attends la baffe, j’attends la gifle, j’attends les crocs, j’attends le coup dans les parties. Je me remettrais de tout ça. « J’suis pas Georg. J’ai jamais eu l’impression de disposer d’ton corps à ma convenance. » Je la serre tout contre moi, pour murmurer à son oreille une nouvelle tentative de dire ce qu’il faut. Sans savoir si je m’y prends correctement. J’veux pas qu’elle se fasse de fausses idées. Je l’aime pas. Mais je la respecte. « J’suis l’fruit d’un viol, Anya. Alors crois-moi, les femmes, j’les respecte, même si parfois on peut en douter. C’sont les hommes qui me dégoûtent, les hommes comme Georg ou mon père. Crois-moi ou pas, repousse moi ou pas, fais comme tu veux. T’es pas un monstre, Nya. T’es une créature, mais t’es pas un monstre. Ce sont eux les monstres, c’moi le monstre. Pas toi. Toi, t’es une coyote, t’es une des meilleurs assassins au monde, mais t’es pas un monstre. » Et si c’était ça, ce que moi, j’aimerais entendre si les rôles étaient inversés ?
Je suis un monstre. Je l’ai entendu toute mon enfance, je l’ai entendu, revendiqué, craché. Je suis un monstre, fils d’un monstre. Je l’ai dit et redit à Roman : je porte en moi un sang pourri, que je lui ai transmis. Je suis un monstre. Et Anya, elle… « T’es humaine. T’es pas un monstre. T’es pas un monstre, t’es une créature dans un monde de monstres, qui a réussi à conserver une portion d’humanité. » Et j’y crois, quelque part. On est tous les deux des aberrations dans notre genre, mais elle… si elle a été capable de tomber amoureuse de moi – une foutue connerie – c’est qu’elle a un cœur à donner. Pas à recréer de toute pièce comme Lara a pu faire avec moi. Lara était une bouffée d’oxygène pour m’apprendre à respirer. Anya, elle, elle a toujours su respirer toute seule, je crois.

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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Dim 30 Avr - 15:15

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

Il fut un temps où Andreï et moi étions inséparables. Ou rien n'aurait pu se dresser contre nous, entre nous, car nous étions invincibles à deux. Et j'y ai cru, putain j'y ai cru. J'l'aurais défendu au péril de ma vie sans hésiter, j'aurais même été prête à lui donner raison quand il racontait ouvertement d'la merde. Pourtant, je n'ai jamais été aveuglée par l'amour, j'ai toujours et parfaitement lucide vis-à-vis de tout ça. Je n'avais jamais verbalisé mes sentiments jusqu'à présent car naïvement, quand tout allait bien, j'étais persuadée que c'était réciproque. Après tout, nous avions tout vécu ensemble, non ? Ça rapproche, ça, non ? Faut croire que non... Je nous ai imaginé rendant les armes après avoir payé notre dette imaginaire au KGB, disparaissant pour vivre le reste de notre existence ensemble, loin de toute cette merde... Ça, ça a été l'espoir de trop, l'espoir vain, l'utopie... Puis la désillusion. Andreï m'a toujours suffit, lui a toujours eu besoin d'autre chose. Lara n'avait pas de sang sur les mains ni de secret à garder et surtout, Lara était une femme à part entière, pas une moitié de femme mutilée comme moi. Lara lui a offert une famille, ce dont je n'aurais jamais été capable. Alors comment lutter contre ça ? Faire taire mes sentiments en étant simplement heureuse pour eux m'a paru insurmontable, et seule une haine fabriquée de toutes pièces m'a permis de garder la tête hors de l'eau. Mais ça, c'est sûrement trop compliqué à comprendre pour lui, pour la simple et bonne raison qu'il n'a jamais rien éprouvé de plus que de l'amitié à mon égard. Mais l'amitié, c'est déjà pas mal, non ? Oui, c'est sûr, c'est mieux que de l'indifférence mais ce n'est pas ce que je veux. Ce n'est pas ce que j'ai toujours égoïstement voulu.

Je souris en le voyant me fixer avec des yeux de merlan frit. T'as l'air con, Ievseï, si tu savais... Y a pas que sur son absence de sentiments, que je suis lucide. Y a aussi le traitement que me réservera Georg s'il apprend tout ce que je ne lui ai pas dit. A défaut de pouvoir me tenir par les couilles puisque je suis une femme, cet enfoiré me tient par un putain de collier imaginaire matérialisé par un tatouage sur mon omoplate. Andreï s'en doute certainement, mais Georg ne manque pas une occasion de me rappeler que c'est lui le chef. Tout ça m'agace, tout ça me met hors de moi et bientôt, me voilà en train de hurler et débiter des choses que j'aurais préféré garder pour moi. Ça et des mensonges. Car il est évident que les sentiments que j'éprouve pour Andreï seront toujours ma plus grand faille. Je déteste ça, j'aimerais pouvoir l'effacer de ma mémoire, oublier cette putain d'affection et le livrer à Georg comme une brave bête soumise en quête d'approbation mais je ne peux pas. Je ne peux pas et ça va finir par m'attirer des emmerdes. Comment on en est arrivés là ? J'ouvre la bouche, prête à répliquer une phrase cinglante mais rien ne me vient. Il a raison, c'est complètement ridicule et débile de lui avoir avoué ça. Ça n'a servi à rien d'autre qu'à me tourner en ridicule. En revanche, ces sentiments s'expliquent par le second aveu que je lui fais. Un aveu dont j'ai honte, que je préférerais oublier mais qui reste gravé au fer rouge dans ma mémoire.

La première fois que j'ai tué, le tout premier homme à qui j'ai ôté la vie, c'est un des événements les plus marquants de ma vie. Une chose s'est brisée en moi ce jour-là, une chose avec laquelle j'ai appris à vivre malgré moi, une chose qu'on appelle la morale. J'ai plus de morale depuis plus de cinquante ans mais ça, à la limite, je peux vivre avec. Ce que je cache, ce avec quoi j'ai toujours eu du mal à vivre, comme handicapée par un membre amputé, c'est l'innocence que Georg m'a arrachée. Cet enfoiré n'est pas seulement un sadique, c'est aussi un type redoutablement intelligent. Il m'a brisée et, quelque part, cette petite part fleur bleu de mon esprit malmené espèce que ce n'est pas le cas d'Andreï. Car moi, je suis résignée depuis longtemps : jamais je n'aurai ni la force ni la volonté de me battre contre Georg pour m'arracher à sa domination. C'est comme ça... Et alors que je termine mon récit, je m'attends à tout sauf à un « Je savais » qui me glace le sang. Les lèvres entrouvertes de surprise, je fixe Andreï avec des yeux ronds. Comment ça, il savait ? Comment ça pas tout mais suffisamment ? La surprise laisse place à la douleur et je me rattrape au bord de la table pour ne pas tomber quand mes genoux se mettent à trembler.

« Tu... Tu savais ? Tu savais et t'as rien fais ? » balbutié-je d'une voix incertaine.

Je me cramponne à la table, rattrapée par mes vieux démons et en proie à une angoisse comme je n'en ai pas éprouvée depuis des années. Et si Andreï était complice de tout ça ? S'il avait eu la mission de s'assurer que je m'acquittais bien de la mienne ? Je le vois alors s'approcher et recule en secouant la tête, terrifiée comme un animal blessé.

« M'a – M'approche pas ! J'te jure que... »

Mais il ne me laisse pas finir. On a toujours eu besoin l'un de l'autre... Il a raison quand il me dit ça, je le sais. J'ai toujours eu besoin d'Andreï, de sa présence, de son regard, de son existence dans ma vie, j'ai toujours eu besoin d'Andreï comme d'une bouffée d'oxygène salvatrice. Jusqu'à ce que l'oxygène se change en poison et ne commence à m'asphyxier petit à petit. J'ai envie de le croire, envie de lui offrir à nouveau ma confiance pleine et entière, mais je ne peux empêcher la colère et la peur de guider mes pas dans la direction opposée. Andreï me trahira, comme il m'a déjà trahie. Seulement cette fois, je sais à quoi m'attendre, c'est là toute la différence. Je reste là, tremblante d'une terreur que je ne contrôle par car elle fait écho à des souvenirs revenus me percuter plus violemment que je ne l'aurais cru. Ma faiblesse, elle ne s'exprime jamais aussi bien que face à Andreï. Cet enfoiré à le don de me faire dire ce que je voudrais garder pour moi sans faire le moindre effort. Je me recroqueville encore plus, grognant de plus belle alors qu'il tend le bras vers moi. Andreï n'a rien fait pour me sortir de là mais je ne lui ai jamais rien demandé. Je ne lui ai jamais parlé de tout ça et je sais très bien que si à l'époque il avait tenté de m'aider, je l'aurais fracassé et inventé un mensonge à base « c'est moi qui en ai eu l'idée » pour ne surtout pas avoir l'air de souffrir de ma situation. Je me suis toujours cru trop forte pour craquer, jusqu'à aujourd'hui.

« Mon respect, tu l’as, Nya. Tu l’as toujours eu. Essaye de comprendre ça. »

Je me redresse, plus touchée par ces quelques mots que tous les autres avant. Andreï a toujours été un excellent menteur mais moi aussi. Et je le connais par cœur. Je sais que ces mots, ces quelques mots, ils sont plus sincères que le plus vibrant de tous les discours. Je n'ai peut-être pas son amour mais son respect, ça oui. Comment ai-je pu être aussi bête ? Et si toutes les merdes que j'avais provoqué et avait l'intention de provoquer n'étaient que le fruit du délire de mon esprit malade ? Il pose sa main sur mon épaule, je tente de m'en dégager mais avant d'avoir pu faire un geste, je sens son étreinte se refermer autour de moi et ses lèvres se poser sur les miennes. Ça me fait comme un électrochoc. Une décharge qui, loin de me réveiller, me pousse à me laisser complètement aller contre lui. Ce contact m'a manqué, cette étreinte rassurante aussi, et je sens quelque chose picoter légèrement mes paupières closes. Putain v'là que je me mettrais presque à pleurer... C'est ridicule. Pendant des mois, je me suis dis que je séduirais à nouveau Andreï, le laisserait m'approcher et lui mettrais mon genou dans les parties s'il osait m'embrasser, et maintenant que nous y sommes, je me retrouve incapable de faire le moindre geste. Le corps tremblant d'une angoisse qui ne veut pas me quitter, je crispe mes doigts sur le t-shirt d'Andreï, sens mes ongles agripper sa peau mais rien de plus. Pas de gifle, pas d'insulte, rien que ma respiration trop rapide contre son cou. Je ne sais plus où j'en suis et mes yeux rivés sur le plafond cherchent une issue et des réponses à mes questions. Je peux douter de bien des choses en ce qui concerne Andreï, mais pas de son respect. Ça non. Mais l'ennui c'est que tout ça, il ne me l'a jamais dit avant, je l'en ai toujours cru incapable. Ses mots me font douter de mes intentions et d'à peu près tout, en fait. Aurait-il changé à ce point en quarante, ou ai-je simplement été trop aveugle pour le voir au début ? Je le sens me serrer contre lui, resserre mon étreinte sur ses épaules et niche mon visage dans son cou. Je n'ai plus envie de me battre, à cet instant, simplement de reste comme ça pour l'éternité et ne plus me préoccuper de rien d'autre. Doucement, je murmure :

« T'as tort... J'suis un monstre d'avoir cru qu't'en avais rien à foutre... Je... Je sais que tu as raison sur toute la ligne. Et c'est moi qui merde depuis le début. Seulement, tu me prouves une fois de plus que ces mots-là, y a que toi qui es capable de les prononcer. »

Je me redresse, lui prends les mains pour me défaire de son étreinte mais ne les lâche pas pour autant lorsque je relève les yeux vers lui. Y a comme un mélange de peur animale et de vieillesse, dans ce regard que je pose sur lui.

« Merci... Pour tout ce que tu viens de dire. Si tu me vois pas comme un monstre, c'est tout ce qui compte pour moi. Mais tu sais aussi bien que moi que j'aurai beau lutter, je serai toujours un pantin entre les mains de Georg. Il m'a détruite, Andreï... J'suis en miettes, et malgré la rancœur que j'ai pu avoir à ton égard, je veux pas que tu retombes entre ses griffes. »

Qu'il comprenne bien que nous retrouver, ce n'était pas prévu au programme pour une simple et bonne raison : ma volonté face à Georg a ses limites, limite qu'il aura vite fait de briser s'il découvre que je me rapproche à nouveau d'Andreï.

« Tu sais... J'ai envie d'croire que notre amitié n'est pas morte le jour où on a tous les deux décidé... Non. Le jour où j'ai décidé de faire de la merde. J'ai pas plus envie que toi d'être sa créature, mais tant qu'il sera sur l'échiquier, je doute qu'il ne fasse pas tout pour nous mettre en échec. Ensemble on était plus forts, face à Georg j'ai peur que ça nous rende plus faibles. »

Si je suis en train de lui dire qu'il vaut mieux qu'on ne se voit plus ? A peu de choses près, c'est ça. Et ça ne m'aurait pas posé de problème, s'il n'avait pas semé le doute en moi. A présent, tout ce que j'ai envie, c'est qu'on redevienne les mêmes complices qu'avant, qu'on soit inséparables, qu'on mette le monde à nos pieds et qui sait ? Peut-être son amitié parviendra-t-elle a enterrer des sentiments amoureux qui, de toute manière, ne seront jamais réciproques ? Mais tout ça, c'est impossible. Pas avec Georg qui m'a passé la corde au cou et s'amuse à me l'agiter tout le nez. Mes doigts se crispent un peu sur ceux d'Andreï et je finis par baisser les yeux avec un petit sourire timide.

« C'était p'tet une connerie de tomber amoureuse de toi. N'empêche que c'est ce qui m'a aidé à tenir. Sans ce minuscule espoir qui a perduré jusqu'au jour où tu m'as dit que tu allais te marier, je me serais noyée. »

Et Andreï se trompe, lorsqu'il pense que j'ai toujours su respirer. J'ai jamais su faire que semblant.

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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Sam 20 Mai - 0:21

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

Ses mots glissent sur moi. Corrosifs. Acides. Agressifs. Et pourtant, avec une saveur non pas de déjà-vu mais de déjà-su. Ses mots glissent sur moi, m’agressent, me blessent, me lacèrent la peau, traversent toutes les couches de mon épiderme pour me laisser à vif, douloureusement à vif. Elle ne veut pas de mon amitié ? Et alors, comme si j’en avais quelque chose à faire. Elle ne veut pas de mon amitié, ce n’est pas ce qui va m’empêcher de la lui donner. Elle ne veut que mon respect ? Elle l’a déjà, ne le voit-elle pas ? Elle croit quoi… qu’à cause de ce qu’elle vient de m’avouer, mon respect pour elle va disparaître ? Elle croit quoi, que je n’ai jamais eu le moindre respect pour elle ? Elle ne m’a jamais vu la regarder avec fierté, avec admiration, elle ne m’a jamais entendu lorsque je la félicitais, sincèrement, lorsque je prononçais son prénom, son nom, son surnom avec une affection presque inégalée depuis ? Elle croit quoi, que parce qu’elle a été forcée d’utiliser son corps pour l’offrir à la bassesse des pulsions humaines, que parce qu’elle s’est pliée aux exigences d’un homme auquel on ne pouvait rien refuser, ni l’un, ni l’autre, elle est un monstre ? Que je la voie comme un monstre ? Que ça fait d’elle un monstre ? De nous deux, le monstre ce n’est pas elle. De nous deux, elle n’a jamais été un monstre. Elle en a juste eu l’apparence.

T’es content. Si je suis content ? Comme pourrais-je l’être ? Je savais. Pas tout, mais je devinais. A chaque fois qu’elle revenait. Le parallèle était facile à faire, j’avais le même type de missions qu’elle, seulement, bien moins régulièrement. Et toujours des ambassadrices à charmer, des espionnes suspectées à déstabiliser. Je savais. « Tu... Tu savais ? Tu savais et t'as rien fais ? » J’hausse les épaules en la regardant chanceler. Ca me fait mal, ça me fait mal de la voir aussi atteinte par tout ça. « Bien sûr. » Ma voix se voulait douce, elle est aride, sèche et irritante comme le russe qui la porte. Bien sûr que je savais. Bien sûr que je n’ai rien fait. Qu’aurais-je pu faire ? Rien. Se dresser contre Georg, je le faisais déjà suffisamment pour avoir le droit de voir ma femme, de voir mon fils, pour ne pas courber trop l’échine ou du moins lui opposer une résistance. Je n’ai jamais eu la force d’étendre mes velléités de rébellion à Anastasia, parce qu’Anastasia m’a toujours semblée être capable de mener ses propres combats. Illusion, il faut croire. Parce que je me rends compte qu’elle avait besoin de moi. Que ma présence n’était pas qu’un fardeau. Que ma présence n’était pas suffisante. Que… Je fais un pas en avant. Elle ne veut pas de mon amitié ? Et alors. Elle l’a. « M'a – M'approche pas ! J'te jure que... » Je secoue la tête, je m’en fous. Elle me jure que quoi ? J’en ai rien à faire de ses jurons, j’en ai rien à foutre de ses menaces. Je me rends juste compte qu’on est fragile, tous les deux, qu’on a toujours été plus fort à deux. Que je l’ai abandonnée. Et que ça va plus loin que sa connerie d’amour. Il n’y a pas d’amour entre nous, parce que l’amour n’a pas de sens lorsque c’est aussi fort que ce qui nous lie. Nous sommes amis. Nous étions amis. Nous étions amants. Nous étions deux doigts d’une même main, deux balles d’un même barillet, tirées pour tuer, tirées pour atteindre leur cible. Deux outils. De lames d’une paire de ciseaux, travaillant de concert, sans chercher plus, sans chercher moins. Deux lames faussées. Séparées. Je ne suis pas doué avec les mots, je ne suis pas doué tout court, mais mes bras l’enlacent, mes lèvres l’embrassent, cherchent à lui faire comprendre ce que je suis incapable de dire. Elle a mon respect. Elle l’aura toujours. Et ça m’énerve que de savoir qu’elle ne le sait pas. Qu’elle en doute. Qu’elle refuse de le savoir. Elle a mon respect, elle l’a toujours eu. Un respect qui ne s’embarrasse pas de moralité, pas de scrupules, pas de relations sociales. Un respect plus bien profond que ça. Un respect qui ne s’apparente en rien à de la pitié, à de la compassion, à de la charité. Je suis pas comme ça. Elle a mon respect, juste mon respect. Mais sans arrière-pensées. Je ne suis pas Georg. Je ne l’ai jamais été.

Je suis le fruit de ce qu’on lui a imposé, de ce qui l’a brisée, de ce qui me brisera toujours. Je suis un esprit brisé dès sa naissance, né d’une femme brisée par un monstre. Je suis le fruit d’un monstre. Alors comment pourrais-je ne pas la respecter ? Comment pourrais-je avoir sur elle le même regard que Georg ? Je murmure à son oreille l’inavouable, je lui avoue l’imprononçable, je prononce des mots réservés aux murs, je lui souffle un serment à l’oreille, ou ce qui s’en approche. Elle n’est pas un monstre. Ses doigts se sont crispés sur mon t-shirt, son corps est en contact avec le mien, ses doigts ripent sur ma peau. En silence. Pas de gifles. Pas d’insultes. C’est un pari que j’ai pris, c’est un pari que j’ai gagné. Son souffle se love dans mon cou, mes bras remontent vers ses épaules pour la garder tout contre moi. La place n’est plus aux cris, la place n’est plus aux sarcasmes, la place n’est plus à cette violence qui nous caractérise pourtant. Il ne reste de place entre nous que pour un soupçon de tendresse, pour un silence retenu, pour cette fragilité qui court sur sa peau et qui lézarde la mienne. Elle n’est pas un monstre, tout en elle le prouve. Et chaque seconde me le prouve encore plus, alors même que je ne suis pas sûr de croire réellement tout ce que je dis. Qu’ai-je affirmé à Madly, la dernière fois ? Que les assassins sont des monstres, que les tueurs à gage sont des monstres. Anya fait partie de ces deux catégories, et plutôt deux fois qu’une.

Et pourtant, elle n’est pas un monstre, parce que je ne veux pas qu’elle en soit un. Parce que Roman me déteste. Parce que je suis un monstre, et que parfois, je me surprends à souhaiter ne pas en être un. Ne pas en être éternellement un. Ma voix porte un mensonge, un mensonge mêlé d’espoir. Nous sommes des monstres. « T'as tort... J'suis un monstre d'avoir cru qu't'en avais rien à foutre... Je... Je sais que tu as raison sur toute la ligne. Et c'est moi qui merde depuis le début. Seulement, tu me prouves une fois de plus que ces mots-là, y a que toi qui es capable de les prononcer. » Je déglutis. Elle se redresse, j’ai un sourire aux lèvres. Qu’ai-je fait ? J’ai parlé. J’ai désengagé une crise. J’ai jeté à son visage des mots que je veux entendre, pas des mots que je pense. Qu’ai-je fait ? J’ai menti. Je lui ai menti. Je n’en pense pas un mot, parce que nous sommes tous les deux aussi pourris l’un que l’autre par nos choix. Parce qu’on a fait de nous. Nous sommes des pommes frappées, jetées à terre, meurtries à l’intérieur alors que notre peau, dure, a encaissé tous les coups sans sourciller. Qu’ai-je fait ? Je lui ai jeté au visage un linceul d’illusions. Et elle y croit. « Merci... Pour tout ce que tu viens de dire. Si tu me vois pas comme un monstre, c'est tout ce qui compte pour moi. » Les mots restent bloqués dans la gorge, masqués par un sourire. Je ne la vois pas comme un monstre pour ce qu’on l’a forcée à faire, non, si c’est de cela qu’elle s’inquiète. Mais le sang qu’elle a sur les mains,… « Mais tu sais aussi bien que moi que j'aurai beau lutter, je serai toujours un pantin entre les mains de Georg. Il m'a détruite, Andreï... J'suis en miettes, et malgré la rancœur que j'ai pu avoir à ton égard, je veux pas que tu retombes entre ses griffes. » Je recule d’un pas à la mention de notre dieu, à tous les deux. Maître, seigneur, créateur. Elle est en miettes, je suis en lambeaux. Elle est un pantin entre les mains de Georg, je suis un outil brisé qu’il cherche, et qu’il jettera. Martèlera pour tenter de le réparer. Peut-il me réparer ? Peut-il encore m’utiliser ? La terreur consume mon regard, dévore mes muscles, mon poing que je serre, mes bras que je croise pour cacher tout cela. Elle ne veut pas que je retombe entre ses griffes ? Et bien ça tombe bien, moi non plus. « Tu sais... J'ai envie d'croire que notre amitié n'est pas morte le jour où on a tous les deux décidé... Non. Le jour où j'ai décidé de faire de la merde. J'ai pas plus envie que toi d'être sa créature, mais tant qu'il sera sur l'échiquier, je doute qu'il ne fasse pas tout pour nous mettre en échec. Ensemble on était plus forts, face à Georg j'ai peur que ça nous rende plus faibles. » J’ai la gorge sèche. Elle veut en venir où, là, exactement ? Elle veut que je parte ? Que je cesse de nous mettre en danger, que je m’éloigne le plus loin possible de cet appartement, de ce quartier, de ces mafias, de Nola, du continent ? Que je fuie ?

C’est une possibilité. Et je veux croire que ça ne me pose pas de problème sur le papier. Je veux croire que puisque je me suis bien passé d’elle quelques années, je peux me passer d’elle quelques temps encore. Georg n’est pas immortel. Et nous non plus. Juste un peu plus résistant que lui. Mais ça ne règlerait pas nos problèmes. Ça ne règlerait pas son problème. Son problème, justement, qu’elle remet au centre de la conversation. « C'était p'tet une connerie de tomber amoureuse de toi. N'empêche que c'est ce qui m'a aidé à tenir. Sans ce minuscule espoir qui a perduré jusqu'au jour où tu m'as dit que tu allais te marier, je me serais noyée. »

Pourquoi est-ce que je ne l’ai pas interrompue avant ? Je me le demande.
Et je regrette.
« Notre amitié n’est pas morte. » Mensonge. « Elle a juste été mise en pause. » Eviscérée, dépecée, enterrée, piétinée, saccagée par la rancœur, par la colère, par la jalousie. « T’es p’t’être en miettes, Nya, t’es pas détruite. » J’hausse les épaules. Elle n’est pas détruite, non. Pas encore. « J’veux pas r’tomber dans les pattes de Georg non plus. Mais j’veux pas renoncer à toi pour autant. » Ca m’emmerderait. « J’veux pas t’abandonner entre ses mains, merde. De base, je ne te l’aurais jamais souhaité mais après c’que tu viens d’me dire… » Je suis peut-être un monstre, je ne le suis pas à ce point. Je crois. J’espère. Et comme toujours, tout tient à un soupçon d’espoir. Un cheveu. Que j’ai envie d’arracher. Machinalement. Je soupire, avant de reculer, encore, pour mieux lutter contre l’envie de la toucher encore, de lui tenir le bras. Je me contente de lui sourire, je me contente d’un soupir. « Face à Georg, t’as pas tort, on est juste deux merdes incapables de lui résister. Mais on n’est pas obligé de rester face à face. Il sait pas qu’tu sais où j’suis, il sait pas qu’j’sais que tu dois me trouver, qu’je sais qu’il veut que tu me retrouves, qu’il veut me retrouver. Avec ton aide, je peux rester en dehors de son radar. » Et ne plus rien avoir à faire avec lui. « Mais je ne refuse de t’abandonner encore. On est deux, Anya. On est deux. » On est plus, on est cinq. Cinq Ievseï. Et eux, eux quatre, je peux encore moins les abandonner qu’Anya. Même s’ils ne veulent pas de moi. « T’es la meilleure, je suis le meilleur. On n’a jamais essayé de collaborer contre lui. On peut essayer. » Et échouer.

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