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 shadows of the night appear (andreï&anya)

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ANIMAL I HAVE BECOME

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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Dim 21 Mai - 12:43

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

« Bien sûr. »

L'aveu tombe comme un couperet et me coupe le souffle. Ça ne devrait même pas me surprendre, au fond, Andreï aussi a été contraint de se prêter à ce genre de petit jeu morbide, seulement... C'était occasionnel, et il n'a jamais eu qu'à séduire des ambassadrices et nanas de la haute, quand moi je me retrouvais à devoir me soumettre à d'immondes sous fifres de diplomates, le tout en ne trahissant jamais ma couverture. Elle est là, la différence. Andreï n'a jamais été perturbé par ça, moi ça me ronge, ça me rend malade, et c'est peut-être pour ça que je suis incapable d'accorder ma confiance à un autre homme que lui. Pour ça que dès qu'on me parle de sentiments, d'amour et de sincérité, je ris et m'enfuis aussi sec. A cet instant, j'ai juste envie qu'Andreï disparaisse, qu'il me laisse seule comme il a toujours si bien su le faire, mais surtout pas qu'il me touche. Il ne comprend rien et ne semble même pas chercher à comprendre, c'est bien ça le problème. Pourquoi est-ce que je me sens à ce point vulnérable lorsqu'il s'approche pour me prendre dans ses bras ? Pourquoi ma volonté m'abandonne-t-elle à l'instant où ses lèvres se posent sur les miennes ? Tout en moi me hurle de le repousser mais mon corps s'y refuse tout bonnement. Il me torture, l'enfoiré, il me fait miroiter des espoirs par ses gestes et ses mots mais il a été plus que clair : tout ce que moi j'ai toujours voulu n'arrivera pas. N'arrivera jamais. Au final, lui aura ce qu'il veut, parce que je suis faible et lâche. Parce que je vais être incapable de lui refuser cette amitié qu'il veut. Parce que son amitié vaudra toujours plus que sa haine. Si tu savais, Andreï, toutes les idées qui me passent par la tête... Si tu savais que le coyote rêve de t'arracher les tripes, tu ne t'obstinerais sûrement pas à me garder dans tes bras. L'animal est pris au piège par ma volonté, mais je suis moi-même totalement enfermée entre la dévotion que je dois à Georg et les doutes qu'Andreï sème en moi. Lorsque je relève les yeux vers lui, fixant ces beaux iris bleus dans lesquels j'ai toujours voulu me noyer, je réalise une chose. Une chose cruelle qui me fait pourtant esquisser un sourire. Ce n'est pas Andreï qui gagnera cette bataille, ce n'est pas non plus moi qui l'emporterai. C'est Georg qui va gagner, comme toujours, comme il a toujours su nous faire comprendre que quoi qu'il arrive, j'étais sa chose, son pantin. La marionnette a fait un petit bout de chemin seule, mais sitôt son maître sorti d'un enfer dans lequel j'aurais préféré qu'il croupisse, l'instinct soumis de la métamorphe a repris le dessus. C'est comme ça et je ne peux rien y faire, je suis vouée à lui obéir et ça, Andreï n'a pas l'air d'en avoir pleinement conscience. Il ne sait pas qu'il me suffit de l'assommer et de le porter à notre sorcier pour qu'il m'accorde à nouveau cette confiance qu'il sait si bien simuler, ce respect que je sais pourtant factice, cette fausse affection dont je me contente amplement parce qu'elle vaut mieux que l'ignorance. C'est tout de même pathétique, non ? Préférer l'amitié d'Andreï et les faux sentiments de Georg pour ne pas faire face à pire... Je ne peux envisager la solitude ou la reconstruction, c'est presque une forme de masochiste malsain que de préférer vivre dans l'ombre de deux sociopathes. Mais au fond... Hormis mes incontrôlables sentiments, qu'est-ce qui me différencie vraiment d'eux, hin ? En quoi serais-je plus estimable qu'eux ?

Ils sont beaux, les mots d'Andreï, ils ont l'air sincère et ont au moins le mérite d'atténuer ma panique et ma colère. Mais ils sont faux. Terriblement faux. Je suis un monstre, la création ratée d'un esprit vicié mais je me fourvoie lorsque je me vois comme un outil dans les mains de Georg. Il me l'a suffisamment répété pour que ses paroles me reviennent en mémoire. C'était mon choix, ma volonté de me dévouer à son service et à celui du KGB. J'ai sciemment accepté toutes les missions qu'on m'a confiée, j'ai accepté la transformation, je l'ai même ardemment souhaitée mais tout ça pour quoi ? Pour avoir un rôle à jouer, aussi funeste soit-il, dans ce monde pourrit jusqu'à la moelle. J'ai préféré tuer des gens plus ou moins innocents pour ne pas mourir à mon tour, et j'ai plus de sang sur les mains que la moitié des membres du gouvernement tyrannique qui dicte les règles aujourd'hui. Lorsque je regarde Andreï, je vois mon propre reflet se dessiner. Bien sûr que si, nous sommes des monstres. Nous n'avons jamais éprouvé le moindre remord à l'idée de devoir détruire des familles entières ni même reculé face à la torture. C'est peut-être aussi pour ça que je suis aussi attachée à lui. Il est le seul qui puisse me comprendre sans me juger ni me regarder avec un air effaré sur le visage. Pourtant je le sais, au fond de moi. Je le sais qu'Andreï est nocif. Mais Georg aussi. Qu'importe celui que je suivrai à la fin, y aura rien de bon au bout du compte.

Malgré tout, mon petit monologue a des airs d'excuses et de reddition. Quand j'écoute Andreï, j'ai l'impression que tout est simple, évident et sans conséquences, mais ce n'est pas comme ça que le monde fonctionne. Le simple fait de lui parler et de lui ouvrir la porte de mon appartement me met en danger. Je suis écartelée entre ce que je devrais faire, ce que j'aimerais faire et ce que je suis contrainte de faire. Alors quand il reprend, je ne me peux m'empêcher d'étouffer un rire peu convaincu. Notre amitié a été mise en pause, hin ? La bonne blague... Quand je l'écoute parler, j'ai envie de le croire. Car même si Andreï est un connard sans attaches ni scrupules, il a le charisme d'un leader, d'un chef soucieux de mener son armée à la victoire même dans une situation désespérée. Andreï ferait croire à un sceptique que l'impossible est réalisable et j'ai envie de le croire, mais je le connais. Je connais Georg. Ce qu'Andreï ignore, c'est que Georg me tient déjà au-dessus d'un précipice et n'hésitera pas à m'y lâcher s'il doute de ma loyauté.

« Tu sais ce que je suis, Andreï. Tu sais ce qu'on est. Le coyote, c'est Georg qu'il écoute, et j'aurai beau lutter, viendra un moment où la créature prendra l'dessus. Je rêve que d'une chose, c'est de le voir crever comme une lamentable merde, mais il se laissera jamais mourir sans nous emmener avec lui. Tu t'es pas demandé si c'était pas le problème inverse ? Je ne manque pas de confiance en toi... C'est à moi que je ne peux pas faire confiance, tu comprends ? »

Bien sûr que non, il ne comprend pas. Il m'a toujours cru plus forte que je ne le suis en réalité. J'ai essayé de résister à Georg, et la seule fois où j'ai pu faire quelque chose d'honorable et de parfaitement stupide, il était à l'autre bout de la planète et sur le point de mourir. Et puis soudain, je réalise une chose. Il a confiance en moi, il veut lutter contre Georg et surtout, il est persuadé qu'à deux on pourra le vaincre. Alors pourquoi pas ? Nous unir pendant un temps contre cet enfoiré, lui donner la certitude qu'il peut me croire en lui disant de se méfier de moi, n'est-ce pas la meilleure chose à faire ? Dans un geste plus amical qu'autre chose, je lui prends la main et la serre entre mes doigts avant de lui accorder un sourire confiant.

« Quand tu seras sorti d'ici, ne me dis pas où tu vas ni où tu te caches, d'accord ? On sait jamais, si Georg me trouve et décide de m'interroger, faut pas que je puisse lui dire où t'es. Moins j'en saurai, mieux tu t'porteras. On peut essayer d's'unir contre lui... Mais faut qu'tu m'promettes que si ça tourne mal, si j'arrive pas à lutter contre lui, tu feras c'qu'il faut, ok ? »

Quelle plus belle preuve de confiance que celle-ci ? Nous unir pour lutter contre Georg, ce n'est pas si bête, finalement. Ça pourrait même nous sauver, du moins pendant un temps. Tout ce qui me posait problème jusqu'à présent, c'était de savoir qu'en me mettant les deux à dos, je courais le risque de les voir s'unir contre moi. Mais en m'unissant à l'un pour vaincre l'autre, je réduis mon nombre d'adversaire à un par combat. Il a beau savoir parler, m'amadouer et faire reculer mes défenses, Andreï est encore loin d'avoir réduit à néant ma rancœur. Dans son esprit un peu trop bisounours, c'est Georg le grand méchant de l'histoire. Dans le mien, d'esprit, malade et dévoré par la jalousie, un amour vicié de haine et de vengeance, Georg n'est que la première étape de tout ça.

« Va falloir être prudents, j'espère que t'en as conscience ? Ici, tu peux parler alors j't'écoute ? Qu'est-ce que t'as en tête ? »


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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Lun 5 Juin - 16:19

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

Dans ma bouche, les mots qui se forment sont des mensonges mêlés de sincérité, une douceur mélangée à du fiel. J’enrobe l’hypocrisie dans la ferveur de celui qui veut croire ce qu’il est en train de promettre. J’enveloppe des mots que je ne pense pas une seconde dans un cocon de conviction. Tout ce que je dis à Anya, ce n’est pas ce que je pense réellement, c’est simplement ce que j’aimerais qu’on me dise à moi. Ce qu’elle veut entendre. Ce que nous voulons tous entendre. Ne pas être un monstre, ne pas être pourri jusqu’à la moelle, avoir réussi à rester humaine malgré l’enfer où nous avons été martelés pour être transformés en adulte sur les cendres de notre moralité, de notre éthique, de tout ce qui faisait auparavant de nous des êtres humains capables de vivre en société… ce n’est qu’une illusion. Ce n’est qu’une illusion que je lui promets, parce que sans être un sorcier, les illusions, c’est finalement ce que je sais faire de mieux. Les illusions, ce sont la seule porte de sortie que j’ai réussi à me constituer au fil des ans. L’illusion de normalité, avec Lara, l’illusion de bonheur, avec Roman, l’illusion de l’enfance, avec Anastasia. Et l’illusion, maintenant, de liberté, avec l’absence de Georg. Si je sais ce qui nous arrivera l’un à l’autre si Georg retrouve ma trace ? J’ai bien ma petite idée. Mes tripes aussi, cette terreur qui fourmille bien malgré moi dans mes bronches, sous ma peau, dans mes muscles agités de tremblement, aussi. Face à Georg, Anya a raison : nous ne serons toujours que deux cloportes. Mais… on n’a jamais essayé de lui résister à deux. On n’a jamais eu l’occasion de collaborer. On n’a jamais eu l’occasion de se dresser à deux contre lui. Depuis qu’on est sous sa coupe, on n’a toujours œuvré que pour se saborder l’un l’autre. Alors… j’ai envie d’y croire. Une illusion de plus. J’ai envie de croire que je ne suis pas seul. Que je ne suis plus seul. Et qu’elle aussi, putain, qu’elle aussi elle n’est pas seule. J’ai envie de croire qu’on peut être à nouveau un duo véritablement efficace. Une putain d’illusion dans laquelle je m’étale, je me vautre sans la moindre arrière-pensée. Une putain d’illusion dans laquelle Anya, elle, refuse de foutre les pieds. « Tu sais ce que je suis, Andreï. Tu sais ce qu'on est. Le coyote, c'est Georg qu'il écoute, et j'aurai beau lutter, viendra un moment où la créature prendra l'dessus. Je rêve que d'une chose, c'est de le voir crever comme une lamentable merde, mais il se laissera jamais mourir sans nous emmener avec lui. Tu t'es pas demandé si c'était pas le problème inverse ? Je ne manque pas de confiance en toi... C'est à moi que je ne peux pas faire confiance, tu comprends ? » Une nouvelle fois, j’ai la gorge asséchée par ses mots, par ses sous-entends et aussi par tout ce qu’ils impliquent pour moi. Et pour le cadavre de rat que je me traîne dans mes pensées, que j’entends bien lui cacher le plus longtemps possible. Une nouvelle fois, je sens que je veux dire quelque chose, mais que les mots s’agglomèrent dans ma gorge sans trouver de sortie. « Sois pas défaitiste, merde. » Magnifique intervention. Et un mensonge. Encore un mensonge. Parce que je le sais aussi bien qu’elle que nos chances d’échec sont minimes. Que tout ce qu’on va pouvoir faire, c’est échouer, échouer encore, échouer toujours. Que tout ce qu’on peut chercher à faire, c’est repousser l’échéance au maximum. Repousser l’échec au maximum, le plus longtemps possible. Repousser l’inévitable. Se terrer face à celui qui viendra nous chercher. « Je sais bien qu’on peut pas s’faire confiance, dès qu’il est question de Georg. Mais… ce n’était pas utile de me le rappeler. Je sais que le coyote et le rat lui lécheront toujours les bottes. Mais là où tu te trompes, c’est qu’ils n’ont jamais été les maîtres, merde. » Jamais. Encore un mensonge. Ils l’ont été, ils l’ont carrément été, les premiers mois. La première année. Les premières missions. Le rat a commis des atrocités sous les demandes de Georg qui m’ont fait rendre mes tripes dès que la transformation se faisait en sens inverse. Le rat a annihilé complètement l’esprit humain pendant les premières pleines lunes. Mais j’ai appris à le mâter, et je suis plutôt sûr qu’Anya aussi. Et si je ne ressens plus en moi l’appel de la bête, j’ai encore en mémoire l’arrière-goût âcre qu’elle posait sur ma langue, la torture qu’elle imposait à mes boyaux et à mes os, et la résistance que j’avais appris à lui opposer. Comme Anya. Le coyote montre peut-être le flanc à Georg, mais je veux croire qu’Anya, elle, lui montre son majeur. Comme moi je le faisais.

S’unir contre Georg est une mauvaise idée, je le sais bien, mais c’est la seule qui nous laisse un maigre espoir d’avoir un contrôle sur la situation. S’unir contre Georg, c’est tendre le bâton pour se faire battre, c’est jouer à la roulette russe, avec un automatique. Mais même les automatiques s’enraillent, parfois, non ? « Quand tu seras sorti d'ici, ne me dis pas où tu vas ni où tu te caches, d'accord ? » Non visiblement, pas aux yeux d’Anya. « On sait jamais, si Georg me trouve et décide de m'interroger, faut pas que je puisse lui dire où t'es. Moins j'en saurai, mieux tu t'porteras. On peut essayer d's'unir contre lui... Mais faut qu'tu m'promettes que si ça tourne mal, si j'arrive pas à lutter contre lui, tu feras c'qu'il faut, ok ? Va falloir être prudents, j'espère que t'en as conscience ? Ici, tu peux parler alors j't'écoute ? Qu'est-ce que t'as en tête ? »

Faire ce qu’il faut. « T’es en train de me demander d’te buter si jamais tu dérapes ? Mais t’es con ? T’as conscience que si jamais tu flanches face à Georg, moi j’ai des grandes chances de flancher aussi ? » Parce que c’est bien ce qu’elle sous-entend, hein, lorsqu’elle me bave tu ferais c’qu’il faut. Je ne vois pas d’autre alternative. Parce que je ne sais pas trop si la balancer au milieu des zombies est une réelle alternative. « Quand je s’rai sorti d’ici,… » Qu’est-ce que j’ai en tête ? Tout un monceau de conneries. « J’ai rien en tête, Nya. » Je m’écarte, prends de la distance. Tout ça va trop vite, beaucoup trop vite pour moi. J’ai du mal à penser clairement dès qu’on parle de Georg, j’ai du mal à penser clairement dès qu’on parle d’Anya, j’ai du mal… je suis pris d’un rire nerveux, d’un rire ridicule, avant même de comprendre ce qu’il m’arrive. « On est tellement foutu Anya. » Et pour être foutus… Mon rire s’intensifie. Je me passe la main dans les cheveux pour les ébouriffer, comme toujours lorsque je suis sous pression, un vieux tic de môme que je n’ai jamais perdu. « Tu comprends pas ? Tu crois vraiment que j’ai un plan ? » La distance entre nous s’amenuise, mes mains viennent la saisir par les épaules pour la secouer, et la renvoyer en arrière avant qu’elle ne puisse réagir. « Mon seul plan, merde, c’est d’essayer un nouveau truc, c’est de croire qu’on puisse changer les choses, c’est d’essayer de nous libérer de ce fou furieux, c’est d’essayer de me garder en vie, de te garder en vie, de… J’ai pas de plan, Anya. J’ai juste un but. » Un but, un but, c’est vite dit. « J’ai pas de plan, juste pas envie de retomber sous sa coupe, juste pas envie que toi, toi,… Ah putaiiiin. » Je serre le poing, incapable de trouver les mots pour exprimer… je ne sais quoi. « J’ai rien en tête. J’ai juste… J’ai juste besoin d’y croire. Tu comprends ça ? » Non, bien sûr qu’elle ne comprend pas. Parce qu’elle est déjà foutue, en quelque sorte. « Mais bon, fais comme tu veux, si t’as pas envie d’essayer, ni même d’essayer de croire que ça peut marcher, laisse tomber, retourne la queue entre les jambes voir Georg, lui baver que tu sais où je suis et l’affaire sera pliée. Il ne m’aura pas. Pas vivant du moins. » Et la peur panique est de retour, ou plutôt elle commence à prendre le dessus dans ma voix et dans mon regard. Elle commence à prendre le contrôle de mes mots. La peur panique d’un rat tué, la peur panique de l’animal de cirque qui refuse de retourner dans sa cage et sous le chapiteau. « Tu veux savoir ce que j’ai en tête, Anya ? J’ai putain de peur. Toi t’es déjà foutue, merde. Moi,… je viens de découvrir que je suis encore plus dans la merde que ce que je pensais. Tu veux savoir ce que j’ai en tête ? J’ai en tête de rester libre, putain ! Je préfère me défenestrer, me tirer une balle dans le crâne, me planter un truc en argent dans la poitrine plutôt que de recroiser Georg. Je te le dis Anya : si t’es incapable de croire qu’on peut essayer de changer les choses, je préfère encore me foutre définitivement en l’air que de redevenir… que de redevenir comme toi. » C’est la panique qui parle. C’est la panique qui fout en l’air tous mes beaux discours sur l’admiration et le respect, sur la grandeur d’âme d’Anya, sur son absence de monstruosité. De nous deux, je suis toujours celui qui a le plus tenu tête à Georg, mais je doute que ça fasse de moi le plus courageux.

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MessageSujet: Re: shadows of the night appear (andreï&anya)   Mer 2 Aoû - 22:25

Shadows of the night appear

Anastasia & Andreï

Je ne peux m'empêcher de trouver cette dualité qui m'anime à la fois inquiétante et ironique. J'ai envie de le haïr, de me persuader qu'il est aussi nocif qu'il en a l'air, j'ai envie de l'assommer pour le mener à Georg, tout ça pour lui nuire et m'attirer les bonnes grâces de mon bourreau... Mais y a toujours ce petit éclate d'humanité, cette putain de faiblesse qui me maintient enchaînée à lui et m'empêche de faire ce qui est logique et bien pour moi. Au lieu de ça, je me mets en danger et n'ai droit qu'à du mépris et de la cruauté de sa part. L'ennui, avec Andreï, c'est qu'il n'a jamais vraiment conscience de la portée de ses actes. Un assassin dans le corps d'un sociopathe ou l'inverse, qu'importe... la raison me pousse à le fuir là où les sentiments m'attirent vers lui. Un putain de dilemme qui me ferait bien rire si je n'en étais pas la victime.

« Défaitiste ? Non mais tu t'écoutes, Andreï ? Toi tu es là, à faire l'insouciant, à te foutre de ce qui se passer demain... Moi j'suis juste réaliste. »

Je me ferme, comme toujours dès qu'il est question du boulet et des chaînes que nous traînons tous les deux depuis que nous sommes des métamorphes. Une partie de moi revendique cette nature, cette toute puissance animale qui m'anime, les sens surdéveloppés et la régénération... Mais la soumission et la terreur sont deux choses qui sont comprises dans l'histoire et dont je me serais bien passée. Il m'écœure, ce sentiment de dévotion propre au coyote que je ressens lorsque je suis face à Georg. Pourtant, malgré mon défaitisme et mes convictions, je ne peux m'empêcher de vouloir croire Andreï. Que nos créatures respectives ne nous contrôlent pas. Refusant un énième faux espoir, je lui jette un regard dédaigneux.

« Ah ouais ? Bah montre-moi comment tu réussis à maîtriser le rat, dans ce cas ! »

Une provocation qui aurait pu porter ses fruits, si Andreï avait toujours été en mesure de se changer en rat. Ignorant tout de cela, je savoure son absence de réaction comme une petite victoire. De toute manière, c'est bien la seule petite victoire que je peux m'octroyer, étant le pessimisme de mon discours. Voilà que je lui affirme être prête à me sacrifier pour lui... Qu'est-ce que je peux être conne, parfois ! Y a beau avoir une sacrée dimension de manipulation derrière tout ça, je ne peux m'empêcher de me sentir étrangement sincère, quand je lui dis tout ça. L'impitoyable et vulgaire Anya sortant la poésie et le sacrifice pour tenter de sauver l'abruti congénital qu'elle aime... ça ferait un bon résumé pour un film de merde, tiens ! Il forcément un truc en tête, hin ? Naïvement, c'est c'que j'me dis ! Aussi la déception est-elle... immense et prévisible, quand il me sort qu'il est littéralement l'cul à l'air au milieu du no man's land. Un jour, il faudra m'expliquer pourquoi ce con fini n'a pas davantage pris de l'instinct de survive minable du rat d'égout qu'il est.

« Hin... T'as pas encore compris, Ievseï ? Si Georg se retrouve avec ses deux animaux de compagnie sous la main, à ton avis, qu'est-ce qu'il fera ? On l'a pas cherché, on la même plutôt fuit, et tu sais que la punition, c'est son grand délire... M'est avis qu'il aura plutôt dans l'idée d'nous laisser nous entre-tuer. »

Il pourra dire ce qu'il veut, il sait que j'ai raison. Et que si les choses devaient se passer ainsi, il n'hésiterait pas à tricher pour que son précieux rat l'emporte. C'est pas d'la jalousie, c'est comme ça. Enfin si, c'est totalement de la jalousie, mais j'aime me mentir à moi-même pour me convaincre de l'impossible. Et puis le rire désespéré d'Andreï a quelque chose de communicatif, à tel point que je fini par lui consentir un sourire un peu résigné.

« Je ne pensais pas. J'espérais que tu avais un plan. Visiblement, toi et moi on est aussi noyé sous la merde l'un que l'autre. Faudrait que l'autre con se fasse buter ou mieux ! Qu'il finisse comme un légume et là on serait tranquille. »

Débarrassés de l'influence de Georg sans avoir à endurer une interminable vie de souffrance dans la peau d'un animal. Mon sourire perdure tandis qu'il consent enfin à dire qu'il n'a rien de plus que du vide dans le crâne et je le regarde, les bras croisés et la mine amusée. Vas-y, Andreï, berce-toi donc d'illusions ! Je suis peut-être défaitiste, mais j'ai grandi, moi ! Enfin grandi... À mesure que les mots franchissent ses lèvres, mon corps se crispe et mon sourire s'efface. S'il y a bien une chose que je refuse d'être, c'est bien la créature obéissante de Georg. À peine Andreï a-t-il fini sa tirade que je suis sur lui, le projetant contre le mur le plus proche qui tremble sous l'impact. Le tenant par le col de son vêtement, mon visage est si proche du sien lorsque je lui souffle quelques mots acides que je peux sentir les battements de son cœur. Ce n'est pas de la peur, que je perçois. C'est... Autre chose. Que je ne saurais expliquer.

« Ne redis plus jamais que je préférerais retourner me planquer dans les pattes de ce salopard, c'est clair ? T'es vraiment qu'un salaud... T'as vraiment cru qu'j'allais te vendre à cet enfoiré ? »

Je finis par le lâcher recule, ma colère se muant en déception sur mon visage.

« J'pensais que tu m'connaissais mieux qu'ça, Andreï. Tu t'souviens pas de ce qu'on s'est promis, y a trop d'années ? Jamais trahir l'autre ? Faudrait qu'il m'y contraigne pour que je révèle à Georg où tu es. Qu'il use de ses saloperies de pouvoir de sorcier de mes deux. J'suis p'tet une immonde salope et j'ai pas appris à bien causer comme toi, mais j'suis pas une traîtresse. Alors t'es gentil, tes allégations à deux balles, tu te les carre bien profond dans l'fondement, c'est clair ? »

Y a pourtant un point sur lequel Andreï n'a pas tort. Je suis foutue. Depuis longtemps. Je me suis persuadée qu'en étant dans les bonnes grâces de Georg, je parviendrais plus facilement à me soustraire à son influence, mais plus les semaines passent, plus il renforce son emprise sur moi, et plus je lui montre le ventre comme un adorable toutou.

« Tu piges pas, hin ? J'supporterai un échec de plus... J'ai pas envie d'espérer et de voir tout s'effondrer ensuite... J'ai envie d'avoir cette hargne qui t'anime et cette fois en la liberté, mais... Toi tu te relèves, moi je m'effondre. Si tu veux qu'on se dresse contre lui ensemble, va falloir t'attendre à devoir me porter jusqu'à la ligne d'arrivée. »

Deuxième fois que je lui avoue ma faiblesse en moins d'une heure. Y a pas à dire, ce con fait ressortir tout ce qui me rend vulnérable.

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