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 « I'll always remember you like a child » Noliam

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MASTER OF ILLUSIONS

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↳ Opinion Politique : Quand on a le pouvoir, l'argent, et les passe-droits, on ne peut pas vraiment reprocher quoique ce soit au gouvernement en place.
↳ Niveau de Compétences : Niveau 3 ( Niveau 4 en Guérison & Prémonition.) Niveau 84 en Serviettophilie
↳ Playlist : WOODKID - Iron ◐ METALLICA - One ◐ JOE HISAISHI - Princess Mononoke ◐ COLDPLAY - Fix you ◐ DAFT PUNK - Harder, Better, Faster, Stronger ◐ PINK FLOYD - Wish you were here ◐ BANKS - Waiting game ◐ CAT STEVENS - Wild World (skins version) ◐ MT. EDEN - Escape ◐ HALSEY - Gasoline ◐ BRITNEY SPEARS - Toxic ◐ METALLICA - Master of Puppets
↳ Citation : ‘When life gives you lemons, don't make lemonade - make life take the lemons back! Get mad! I don't want your damn lemons, what am I supposed to do with these? Demand to see life's manager. [..]’ C. J
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MessageSujet: « I'll always remember you like a child » Noliam   Lun 6 Fév - 21:10



I'll always remember you like a child

 


L'enfer avait touché à sa fin, enfin. Les cris, les nuits d'insomnie, la peur, vivre, mourir, ce rejet constant et ce nom que j'ai adopté durant ces quelques mois, celui de mon reflet, celui que je ne suis pas. Encore contusionné, fatigué, blessé, abîmé, je rentre finalement chez moi. Les horreurs sont derrière moi, la sentence de la liberté aussi. Pas la mienne, et pourtant, depuis bien des années je ne m'étais pas senti aussi léger. J'ai payé pour des pêchés qui n'étaient pas les miens, je me suis battu pour une vie qui n'était pas la mienne et pourtant j'ai l'impression de me retrouver un peu plus.

Parce qu'il est libre, parce qu'il peut enfin vivre. J'expire lentement, évacue sentiments et ressentiments. J'ai peur maintenant, que dois-je faire ? Comment vivre une vie lorsqu'on a plus le même boulet au pied ? Comment avancer dans une direction totalement différente ? J'en ai rêvé, nuit après nuit. Changer la donne, changer l'histoire. J'ai passé mes regrets en revue, j'ai passé des heures face à mes propres maux pour savoir la petite chose qui aurait du changer. Celle qui aurait tout fait basculer différemment. Je me suis répété qu'il était trop tard, qu'on ne revenait pas sur le passé. Je me suis assuré que les choses se réalisaient pour une raison, une histoire de destin, quelque chose comme ça. Il aura fallu que les choses tournent mal, tellement mal que j'en ai encore la gorge nouer rien que d'y penser. De stupides occasions qui sont devenues des calvaires. Un mélange de haine et d'amour. Mes pensées se mélangent et se dispersent. J'ai mal au cœur, mal aux poumons. J'ai mal à l'âme, mal à ma propre mémoire.

Tout me fait défaut dans ce stupide tableau qui se clôt. Je ne sais plus comment parler, comment marcher. Je ne sais plus être complètement moi-même en ayant ce foutu sentiment de ne l'avoir jamais réellement été. Je veux rentrer chez moi, je rentre chez moi. Retrouver mes marques et ma place. Enfin, après tout ce chemin qui m'a semblé sans fin. Celui durant lequel la mort a semblé être une issue acceptable un trop grand nombre de fois. J'arrive à la porte, l'ouvre avec la clé que l'on m'a rendue. Je passe le pas, trouve un calme absolu. Mais il y a cette odeur, celle qui n'est pas la mienne. Il y a ce monde, plus totalement à moi. Nolan a vécu là, je le sais, je l'ai demandé. Il s'est fait ses marques, son propre petit nid. Alors je n'ai plus nulle part où il n'y a que moi. Plus nulle part que cette foutue cellule qui m'a appartenu ces derniers mois. Je soupire, n'arrive plus à penser clairement. D'un pas mécanique je me retrouve au niveau du réfrigérateur, je laisse tomber des glaçons dans le verre, attrape la bouteille de bourbon qui n'a pas changé de place. L'alcool, salvateur après tant de semaines. Doigt d'honneur à ce monde qui m'a mis à l'épreuve, qui m'a puisé toute mon énergie. Je me fous de l'interdit, je l'embrasse avec une facilité monstre. Je m'avachis sur mon canapé dans un soupir, une moue douloureuse et le liquide ambré qui danse avec la glace.

Je ferme les yeux, repose ma tête contre le cuir frais. Sans avoir touché à une goutte de mon verre, j'apprécie de le tenir entre les mains. Le mien, choisi et aimé. Quand je l'ai voulu et non pas quand on m'a obligé. Je retrouve mes propres choix, mes propres décisions. Je ne dépends pas de sadiques gardiens de prison. Je suis seul. Tout seul. Complètement seul. Et d'un côté, ça fait mal. Tellement mal. Je resserre un peu le verre alors qu'une boule de poils me saute sur les genoux. Mon cœur se serre alors que j'ouvre les yeux sur mon chat. Dans quelques murmures incertains je le rassure, m'excuse même d'être parti si longtemps. Ils m'ont manqué, les chatons comme Diablo. Je caresse l'animal avec un besoin de contact insoutenable. Véritable soutien dans ce monde apocalyptique, j'ai toujours pu compter sur mon félin, ses ronronnements et sa douceur. Mes paupières se ferment à nouveau, une main sur le verre, l'autre dans la fourrure de l'animal. Comme si de rien n'était, comme si tout avait été arrêté pile à ce moment dans mon dernier souvenir. J'ai l'impression que chaque bruit, chaque centimètre de mon appartement m'est inconnu. Mes sens en alerte, je dois me réhabituer à tout, comme un nouveau né qui retrouve le monde.

La porte laisse ce tintement métallique qui la représente si bien claquer à nouveau. Je relève les yeux alors que l'animal jusqu'à lors calme part brusquement de mes genoux. Je redresse le menton, n'arrive pas à lâcher ce foutu bourbon d'entre mes doigts et cherche à deviner mon futur interlocuteur. Comme en prison, avec le tintement des talons, à savoir qui venait jusqu'à moi. Reconnaître l'odeur de la mort, reconnaître celle de l'amour. Celle d'une nymphe ou d'une succube. Je ne m'attends qu'à elles, étonnamment, certainement pas à celui qui passe le pas de la porte. Je ne m'attends pas à voir celui dont j'ai porté l'identité, celui qui a vécu ma vie. Pourtant, le voilà, alors que moi je n'arrive pas à articuler le moindre mot. Que je n'arrive pas à faire part de ma présence dans mon propre appartement. Je me sens étranger, inconnu, pas à ma place. J'ai l'impression d'avoir cambriolé ce lieu, de ne pas en être le maître. Sans le moindre mot, la gorge serrée, je respire à peine alors que les images m'arrivent violemment en tête.

Comme une amnésie qui prend fin, comme lorsque l'on se souvient du moindre détail d'un accident. Il y a les mots, les gestes. Le coup de feu, la chute, la réalité qui me revient en pleine figure. Ce foutu amour que je ne pensais être qu'un béguin d'adolescent, celui qui a tout brisé entre nous, nous a mis la tête sous l'eau. Il y a cet échange en prison, ce mur qui s'épaissit entre mon frère et moi. La tristesse avec laquelle je le laisse, me conditionne à mourir dans cette arène. La facilité avec laquelle je m'adapte entre les quatre murs, comme si j'y avais plus eu ma place que dans ma propre maison. Les douleurs factices dans un rein qui fonctionne bien, une identité double qui s'est fondue sur ma peau, m'a remis en question plus que je ne l'aurais jamais fait. Et puis le présent, cette claque. J'avais décidé de ne plus le revoir, plus qu'un choix, c'était une obligation. Incapable de lui faire face une fois de plus, de devoir répondre à ses interrogations, à ses doutes. Incapable de jouer un jeu face à lui, incapable de retrouver le masque que je porte si bien depuis des années.

C'était sensé être fini. Un au revoir sur le long terme, le temps de retrouver ma superbe. Mais le voilà, face à moi. Le voilà, bien réel. Son teint trop pâle pour qu'il ne me saute pas au visage. Le voilà depuis quelques minutes à prendre ses aises. Se balader dans cet environnement qui lui est tellement familier désormais. Je porte enfin le verre à mes lèvres, laisse le liquide me brûler les lèvres puis la gorge. Une dose de courage. Je fixe mon double, cherche à le détailler, le trouver, lui, dans les moindres détails. Avec cette question qui ne me quitte pas. Comment peut-on nous confondre ? Je le sais pourtant très bien, pour les autres yeux ne sont pas à même de déceler les petites différences. Un simple regard et je ne vois qu'elles. « Bonsoir Nolan. » Trop sérieux, trop peureux de laisser tout ce qui se trame à l'intérieur de mon cœur s'extérioriser, je continue difficilement, douloureusement. « Je peux savoir ce que tu fais ici ? Tu as pourtant entendu le verdict. Tu es libre, alors pourquoi revenir ? » Les mots se brisent contre mes lèvres, ils m'étranglent, un supplice que je noie dans une nouvelle gorgée de bourbon en me redressant instinctivement. J'ai besoin d'être à nouveau moi, même si j'ai oublié comment. Même si j'ai oublié pourquoi.

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« If I get it all down on paper, its no longer inside of me, threatening the life it belongs to and I feel like I'm naked in front of the crowd cause these words are my diary, screaming out loud and I know that you'll use them, however you want to. »
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MessageSujet: Re: « I'll always remember you like a child » Noliam   Sam 25 Fév - 17:57

I'll always remember you like a child
Liam & Nolan



Il est en vie. Il est en vie, et il est libre. Il est en vie, et c’est je reviens à moi après m’être évanoui que je me rends compte à quel point j’en avais douté. A quel point cette issue me paraissait impossible. Peu probable. A quel point je doutais de lui, de ses capacités, de sa volonté de vivre surtout. A quel point, je craignais de ne jamais le revoir. Il est en vie, mon frère est en vie. Il va vivre. Il va revenir. Et moi, mon cœur bat comme il peut dans ma poitrine, ma peau s’est décolorée, ma fatigue trace des larges cernes sous mes yeux et mes lèvres rosées ressortent sur mon visage, mettent en exergue mon teint cadavérique. Mais il est en vie et c’est le plus important. Il est en vie, il va vivre. Il a racheté ma liberté, il a racheté sa liberté. Il va vivre. Et moi, je vais être libre. Libre de partir de cet appartement, libre de laisser l’échange se faire en sens inverse. Libre de profiter d’une liberté pour laquelle je ne me suis pas battu. Libre, libre encore. Libre d’exister. Libre. Et pourtant enchaîné, enchaîné comme jamais à ce coup de feu que j’ai tiré, à son regard dans l’arène qui a transpercé mes réserves. Enchaîné à ma culpabilité, enchaîné à ma reconnaissance, enchaîné à sa survivre, à notre coexistence, enchaîné à mes secrets, enchaîné à mes mensonges, enchaîné à ces mois passés dans sa peau, enchaîné à mes trahisons, à ses trahisons, à mes remords, à mes regrets. Il est libre et moi je sens dans ma poitrine des battements de cœur puissants, apeurés. Craintif. J’ai peur, peur de recommencer à vivre, peur de cet après auquel je ne parvenais pas à croire. Je n’arrive pas à me projeter dans sa liberté, dans ma liberté, dans un avenir que je n’ai pas tant que ça.

Il est en vie. Et cette certitude se grave petit à petit dans mes pensées, comme un tatouage minutieusement dessiné dans la douleur et sous mon épiderme. On injecte des certitudes par petite dose, des émotions sous ma chair, on marque ma peau, on marque mes yeux, on marque mes larmes et mes tremblements. Je me tiens droit, empreint de la posture de Liam, lorsque je me sers un verre de cognac, lorsque je prends mon inspiration pour laisser mon regard parcourir ses meubles, ses pièces, son appartement, comme pour le redécouvrir. Je me tiens droit, la chemise ne me dérange pas, pas plus que la cravate, pas plus que ces boutons de manchette qui maintiennent pourtant mes poignets. Un costume est difficile à enlever lorsqu’on a fini par excepter de le faire sien, lorsqu’on a fini par accepter l’inéluctable. Lorsqu’on a fini par se demander si on n’allait pas devoir le revêtir jusqu’au dernier jour de sa vie. Je me tiens droit, je suis Liam, et pourtant je vais devoir délaisser tout ça. Je me sens comme anesthésié maintenant. Mes rares affaires personnelles sont entassées sur son lit, additionnées de ces fioles de potion qui m’ont permis de recouvrer un peu de vitalité, un peu de santé, quelques mois supplémentaires avant que la situation ne devienne véritablement catastrophique. Et moi, je suis toujours là. Et lui, il est en vie. Et il ne devrait plus tarder. Il est en vie. Il a racheté ma liberté. Mais je ne suis pas libre, je ne me sens pas libre, je ne sais même pas si je voulais être libre. Quoiqu’il en soit, j’ai changé, je le sais. Et lui aussi. Il a changé. En profondeur. Marqués, tous les deux. On a marqué les ombres, chacun à notre tour, on a heurté notre reflet, on l’a martelé, on l’a couvert de bleus, on a créé nous-mêmes une chrysalide dans laquelle on s’est chacun enfermé, qu’il vient de briser, que je peine à me résoudre à briser. Un des chats se faufile entre mes jambes, enfonce ses griffes dans mon mollet pour réclamer mon attention, fendille l’attitude de Liam pour faire émerger un peu de Nolan. A moins que ce ne soit simplement la façade de Liam qui se dissolve et le vrai lui qui resurgisse lorsque je m’accroupis pour le gratter derrière les oreilles. Jamais, jamais autant que maintenant, la frontière entre lui et moi n’a été aussi diffuse, aussi inaccessible. Je ne sais plus qui je suis, je peine à savoir qui est le vrai Nolan tant il s’est rapproché de Liam, tant il s’est effacé au profit de Liam. Et le chat en est la preuve, alors qu’il me griffe la main tout en ronronnant, comme le bon sadique qu’il est. C’était un chaton lorsque je suis arrivé. Il a sa taille adulte maintenant. Et moi, est ce que j’ai grandi au point de laisser l’éternel gosse derrière moi ? Est-ce que c’est pour ça que je me sens si…

Si… insensible ? Non, pas insensible. Encore moins indifférent. Anesthésié, c’est le meilleur mot que je puisse trouver. Le verre de cognac se vide, je me redresse avec le chat dans mes bras qui ronronne encore dans mon cou. « Edward, bientôt, on va faire de toi un chat de cirque, tu sais ? » je murmure même lorsqu’il se pose sur mon épaule, dans un équilibre que je juge plus que précaire, lorsqu’il plante ses griffes dans mon épaule, comme à son habitude. Il n’a pas des mains d’argent, mais il a cette bien trop mauvaise manie de faire ses griffes sur moi qui lui a valu ce surnom. Je m’approche de la cuisine pour mieux remplir mon verre une seconde fois. Et là…

Là. Je me fige. Le niveau du bourbon a diminué. Je ne l’ai pas vu la première fois parce que je ne comptais pas en boire. Lentement, je pose mon verre. J’attrape Edward qui proteste dans un miaulement pour le faire descendre de mon épaule sur le plan de travail. Puis j’ouvre vraiment les yeux. J’arrête de survoler. Je regarde. Et je le vois. Sur le canapé. Je me fige, je fais un pas en avant, j’ouvre la bouche pour mieux la refermer. Je sais que je suis pâle : je sens que je blanchis davantage, tant et si bien que même mon maquillage ne pourra pas le cacher. « Bonsoir Nolan. » Je le fixe, toujours figé, toujours immobile. « Liam. » Trop froid, trop concis, son prénom meurt dans ma bouche, soufflé et pourtant articulé à sa façon. Je n’arrive pas à savoir si je le reprends pour corriger le prénom, machinalement, ou si je salue juste mon frère. « Je peux savoir ce que tu fais ici ? Tu as pourtant entendu le verdict. Tu es libre, alors pourquoi revenir ? » Il se redresse, avale une gorgée de bourbon. Et moi… je ne sais pas quoi dire.

Je frissonne, bien sûr. Toujours, en sa présence, toujours lorsqu’il est là, toujours lorsque je ne sais pas comment je suis supposé réagir. Ce que je suis supposé dire. Ce que je suis supposé ressentir. « Libre… » Je reprends le mot d’une voix songeuse. J’ai changé. Et ça me trouble. Lui aussi. Nous sommes perdus ; j’ai l’impression que nous sommes tous les deux perdus dans nos identités, dans cette frontière dangereuse et obscure qui se trouve à la lisière des deux jumeaux. « Je suis ici chez moi. » J’aimerais que ma voix soit la sienne, soit suffisamment la sienne pour s’amuser de cynisme, s’amuser de moquerie, s’amuser de cette situation, de cet échange qui lui porte désormais préjudice. Elle se contente d’être simplement douloureusement amère. « Tu es libre, Liam. Moi, tu m’as enchaîné » Je fais un pas en avant dans sa direction après avoir récupéré mon verre de cognac que j’ai eu le temps de reremplir à moitié avant de m’apercevoir de l’anomalie. Anomalie. Au moins ai-je la satisfaction de me rendre compte qu’il n’y a pas encore d’agressivité dans mes mots. Juste cette élocution posée et patiente que j’ai appris à avoir. Pour être lui. « Tu es libre de ta culpabilité. Tu es libre de tes remords. Tu es libre de tes regrets. Tu es libre, tu as l’âme allégée, tu as fait table rase, tu peux prendre un nouveau départ. Tu es libre, Liam. C’est merveilleux, c’est génial pour toi. » Je lui souris. D’un de ses faux sourires que j’ai dû apprendre à arborer. « J’en suis heureux. Mais moi… » Mon sourire tremble. « Tu m’as utilisé. Tu m’as forcé à mentir à mes amis, tu m’as forcé à me mentir à moi-même, tu m’as forcé à travailler pour un Gouvernement que je hais, tu m’as forcé à manipuler des gens, tu m’as forcé à être hypocrite, tu m’as forcé à être toi. » Je ferme les yeux une fraction de seconde. « Je suis enchaîné à tout ça, je suis enchaîné à des mois de mensonge, à des mois de tension. Pire que tout, je suis enchaîné à toi, parce que je te dois tout, Liam. Plus encore qu’avant. Je te dois des choses que je ne t’avais même pas demandées. Alors non, Liam, je ne suis pas libre. » Je me contrains au calme, je me force à me détendre lorsque j’avale avec difficulté une gorgée de cognac. « Et je n’avais nulle part où aller. »

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MessageSujet: Re: « I'll always remember you like a child » Noliam   Jeu 16 Mar - 0:10



I'll always remember you like a child

 

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Mon frère, si différent, si grandi, si ministre. Je déteste ça, cette image qui vient avec sa nouvelle présence, celle que je lui ai imposé pour la liberté, sa liberté. J'ai brisé les frontières, éclaté les barrières pour mélanger nos identités et maintenant, je ne sais plus quoi faire ou dire pour revenir en arrière. Peut-être parce que cette fois-ci il n'y a réellement plus aucun retour possible, il n'y a plus aucun miroir qui saura déceler le vrai du faux, il n'y aura plus de lui, de moi, plus que ce fouillis, cet entre-deux morbide et triste que j'ai créé. Pour quoi au juste ? Sa liberté. Je me le répète, encore, toujours. Je me le répète depuis cet échange, depuis que les portes de la cellule se sont refermées devant moi. Un odieux mensonge pour ne pas admettre que je n'ai pas assez cru en lui, en sa capacité à se battre pour sa vie. Une terrible peur que mon propre frère manque de cette volonté de vivre qui m'a trop longtemps quitté. Peur de le perdre, alors me perdre d'abord. Peur de le laisser me quitter, alors le quitter d'abord. Prendre les devants, toujours, une longueur d'avance. La maîtrise, le pouvoir. Tout cela n'était que du vent, une projection de mes vices, mes névroses. J'ai passé tellement d'années sans assumer qui j'étais tout au fond de moi qu'il a fallu que ça retombe sur quelqu'un. Qui de mieux pour cela que mon reflet ? Ma meilleure moitié ?

Le prénom qui glisse sur ses lèvres est froid, distant. Il est mauvais, nocif. Agressif, supérieur. Il est moi, dans sa bouche. L'écho me reste dans un coin du crâne pendant trop longtemps alors que j'articule difficilement, l'ombre de moi-même, plus foutu de respecter mon ton alors que mon frère le manie à la perfection. Ça fait mal, de voir l'état dans lequel on est, de plus vraiment le retrouver. Triste réflexe inchangé que celui de se noyer dans du liquide ambré. Il fait taire les problèmes, naître la froideur. Glace le sang, stimule cet esprit froid, distant. Accessoire parfait du rôle, j'espère du fond du cœur que ce dernier me berne, me laisse reprendre mon costume, l'enfiler sans mal. Ne pas me montrer faible devant Nolan. Jamais. Le dos droit, mon regard noir se plantant dans le sien, je le mets une fois de plus au défi en apparence. Pourtant, je le supplie de fuir, de partir, me laisser du temps. Je le supplie intérieurement de foutre le camp.

Sa voix enveloppe à nouveau la pièce, elle s'infiltre dans ma tête pour exploser comme une bombe. Laissant des ouvertures plus profondes encore que toutes les autres. Je serre les dents, me trouve effrayé par les mots qui franchissent ses lèvres depuis qu'il a passé la porte. Par mon frère, celui que je ne reconnais plus vraiment, mon seul espoir que tout cela n'ait pas été fait en vain qui se brise devant mes yeux à mesure que les secondes passent. Je déglutis, alors qu'il répète ce foutu mot. Deux putains de syllabes tellement lourdes de sens qu'elles en deviennent un poids. L'ironie, d'un foutu mot sensé nous soulager tous les deux, supprimer des années de misère, de cris étouffés et de larmes non coulées. J'ai mal, de l'entendre répéter ce mot qui perd tout son sens lorsqu'il le prononce. Mal de voir tout ce que je croyais vrai, avéré, fondé, s'envoler en une fraction de seconde. Parce que mon cœur se serre de ne plus le reconnaître, nous reconnaître, ma gorge se noue de ne plus le voir quand je le regarde, nous regarde. Qu'as-tu fait de mon frère ? Qu'ai-je fait de mon frère ? Tout se mélange, s'emmêle sans que nous ayons le contrôle sur nos propres gestes. Nous ne sommes plus les jumeaux qui se sont battus une fois de plus mais bel et bien ceux qui se sont battus la fois de trop.

La phrase qui suit me glace le sang, arrête le cheminement de mes pensées dans sa violence. Elle stoppe le temps, ma respiration, me fait revivre ce coup porté à mon épaule. Il réveille la douleur qu'il m'a créé il y a de ça des mois, m'assassine avec des mots que je n'aurais jamais cru entendre de ses lèvres. Un simple « Pardon ? » se meurt sur mes lèvres que je ne prends même pas la peine d'ouvrir. Nolan me brise, m'étale au sol. Il prend le dessus, toute puissance sur moi tandis que je n'ose plus bouger d'un centimètre, pas même pour me replacer alors que je ressens à nouveau toutes les blessures qui ont parcouru mes membres ses derniers temps. Alors il continue, à ma place. Il parle, à ma place. Il devient moi, me clouant sur place et me terrant dans ce silence d'enfant perdu, apeuré, de celui qui a peur, celui qui vient de se faire attraper après la plus grosse bêtise qu'il n'ait jamais fait. Plus aucune confiance, aucune assurance. Esclave des mêmes tactiques que j'utilisais encore et encore sans aucun scrupule. Bourreau devenu victime, ministre devenu condamné. Le mouvement dans ma direction m'esquisse un geste de recul quasi imperceptible. Preuve incontestable que je n'ai plus ma place dans cet appartement. Il a raison, c'est chez lui. Même les chatons le reconnaissent plus que moi.

J'ai mal à en hurler, alors je serre les poings. J'ai peur à en pleurer, alors je serre les dents. J'ai les larmes aux yeux, de colère, de rage, de haine envers ce frère qui me balance à la gueule ses sentiments. Ce frère qui ne prend pas en compte ma fatigue, ne me prend pas en compte. Celui que je ne supporte pas de voir être devenu trop moi, qui me parle de ce ton aseptisé, me sourit de ce sourire foncièrement mauvais. Je le jalouse de ce masque qu'il arbore trop bien alors que je suis incapable de n'en retrouver ne serait-ce qu'une partie. « Arrête toi. » Je murmure difficilement, de manière éteinte. Je le supplie silencieusement avant de ne plus pouvoir me contenir, de m'énerver à mon tour, de ne pas être capable de mentir, manipuler, jouer. Tourner la vérité comme elle m'arrange, le faire douter du vrai et du faux. Je détourne le regard du sien, retrouve ses joues blanchies, ce verre de cognac que je n'aime pas voir servi dans les mains de mon frère alors que le mien tremble dans la mienne. Je ne peux même pas nier, je ne peux même pas l'arrêter. Capable de rien, d'à peine garder une façade correcte, je soupire à peine un instant, trop peureux qu'il profite de cette faiblesse pour m'enfoncer.

Parce que c'est ce que je ferais. Mais il y a cette phrase, celle de trop. Sans doute celle qui l'a amené à me tirer dessus, et celle qui m'amène à réagir maintenant, en tant que je ne sais qui, à défaut d'être Liam. Je me relève brusquement, trop, pour les douleurs qui frappent tout mon corps. Je pose violemment le verre de bourbon sur la table, dans un claquement de verre désagréable au possible. Mais j'en ai rien à foutre, tellement rien à foutre. « Nulle part où aller ? » Ma voix tremble, je ne cherche plus à cacher les choses, trop conscient qu'il n'y a pas la moindre chance pour qu'il y croit. Parce que je n'y aurais pas cru. « Tu te fous de ma gueule Nolan ? T'as nulle part où aller ? Parce que ton putain de discours, comme quoi ton horrible frère t'a forcé à aller à son affreux travail tous les jours, c'est juste pour moi ? » Je passe une main beaucoup trop nerveuse sur mon visage, cherche malgré moi à me contenir, les vieilles habitudes que je chasse sans plus savoir pourquoi. « Et ton foutu meilleur ami ? Et ta copine ? Tu sais, celle qui t'a fait franchir le pas et tirer sur ton connard de jumeau ? Ils comprendront pas tout ça ? » Je ris, usé, alors qu'une larme coule sur mon visage. Douleur, rage, un mélange qui a pourri pendant des mois, s'est infecté pour devenir une foutue plaie béante. « Tu te crois tout seul ? Tu n'as rien compris, Nolan. Décidément, tu n'as tellement rien compris. Je n'ai fait table rase de rien du tout, tout ce que j'ai voulu c'est te sauver la vie. Et c'est pas pour une foutue dette, ça n'a jamais été pour des foutues dettes. » J'attrape mon verre pour le tendre rapidement entre nous, lui qui marque le peu d'espace qui nous sépare. La vivacité du geste laisse le bourbon sortir du verre pour venir se fondre en larmes dorées sur ma main. « Tu crois que je bois pour quoi au juste, tous ces verres que tu as choisi d'imiter ? Parce que c'est bien, ça fait grand ? J'ai pas dix ans, Nolan. Si je bois c'est parce que je sais ce que j'ai fait, et ce ne sont pas des mois de taule qui vont l'effacer. Certainement pas. Alors si t'es pas capable de comprendre vingt ans après ta greffe que j'ai jamais fait ça pour avoir un retour, je sais plus ce que je dois faire. Parce que ça veut simplement dire que t'as jamais assez cru en moi. »

Une nouvelle projection, cette fois-ci double, je me répète, depuis ces derniers mois. Dans des situations totalement différentes, dans des lieux différents. J'essuie mes yeux du revers de ma main libre avant d'ajouter. « J'ai fait ça parce que je voulais pas te perdre. Tu me dois rien du tout. Alors casse-toi de là, va rejoindre tes amis, ceux que tu peux réellement considérer comme une famille. » Je me calme, lentement, sans pour autant perdre mes tremblements, résistants. « Laisse moi tranquille, je veux être seul. » Parce que je suis habitué à être seul, que j'ai besoin de cogner dans un mur et de hurler entre mes mains. Laisse moi tranquille, parce que j'ai la sale idée qui me monte dans la tête, celle de retourner en cellule, pour être loin. Être isolé, protégé de tout ce que j'ai toujours redouté.

Que tu deviennes mon triste reflet.

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MessageSujet: Re: « I'll always remember you like a child » Noliam   Sam 1 Avr - 15:21

I'll always remember you like a child
Liam & Nolan



Qui suis-je ? Cette question me tourmente. Elle me regarde dans les yeux, cherche aux tréfonds de mon âme ce qu’il peut rester de mon identité réduite en pièces par des mois d’illusion, par des mois de comédie. Qui suis-je ? Je suis le frère de Liam. Je suis le jumeau de Liam. Je n’ai plus de prénom, je n’ai plus de goûts, je n’ai plus d’expressions, je n’ai plus de réflexion. Je n’ai que ce qu’à Liam. Depuis trop de mois, je colle mes pensées, mes actes, mes choix sur ce que je sais de mon frère. Depuis des mois, je ne compose ma vie que par le prisme déformé de son regard. Du regard de cette moitié d’âme qu’on m’a arrachée pour l’incruster dans un corps, son corps. A moins que ce ne soit la sienne qu’on a rompue, divisée en deux pour m’en offrir un morceau et faire vivre cette enveloppe ratée qui se dresse face à lui. Mon frère. Là. Devant moi. Mon frère, revenu dans son domaine, si prompt à me mettre à la porte. Il est l’originel, je suis l’ersatz, je suis la copie qui a fait illusion alors qu’il essayait d’expier des fautes de son côté et me laissait porter tout le reste. Je n’ai plus rien à faire là, je n’ai plus qu’à… profiter de ma liberté, c’est cela ? Mais je ne suis pas libre. Contrairement à tout ce qu’il peut croire, tout ce qu’il peut penser, je ne suis pas libre. Mes actes le sont peut-être désormais, mon identité est peut-être blanchie par un simulacre de justice, mais je ne suis pas libre, bien au contraire. « Pardon ? » Non je ne te pardonne pas. Parce que je t’ai déjà pardonné. Parce que je t’en veux à en mourir. Parce que je suis incapable de t’en vouloir. Ma voix se tend de colère, s’asphyxie de tension, se pervertit d’amertume. Se pervertit, tout simplement. Me pervertit à chaque mot un peu plus. Je suis Liam, jusque dans mes pensées. Je suis Liam, je ne suis pas Liam, je ne suis qu’un mélange diffus entre nos deux êtres, comme si le voile fragile qui séparait nos deux psychés s’était effondré et que je me répandais en lui sans réussir à contenir mon être. Je ne suis plus rien, je ne suis plus un homme, je suis une copie, une pâle copie, une copie trop pâle. Et mes yeux posés dans les siens me renvoient à chaque respiration nos différences et nos ressemblances, dans des vagues malsaines de désillusions. Je suis ici chez moi. Ces chats dont j’ai pris soin, ce verre que je bois, ces meubles, cette pièce, cet intrus, ce propriétaire qui retrouve son chez lui. Je suis ici chez moi tant que je garde le masque de Liam. J’ai peur de l’ôter, je le sais, parce que j’ignore ce que je risque de découvrir dessous si je le fais. Qui suis-je ?

La question demeure, me glace le sang. « Arrête toi. » Arrêter quoi ? De me comporter comme lui ? J’en suis incapable je crois. Arrêter quoi ? Tout se mélange, tout s’entremêle entre nous deux. Ses murmures accentuent ma voix claire, son mouvement de recul exacerbe ma posture. Son regard qui se détourne dévoile mon sourire tremblant. Il est libre, mais moi… moi… Moi. Suis-je si égoïste que je ne parvienne qu’à avoir ce mot à la bouche pour le moment ? Il m’a forcé, je suis enchaîné. Il est libre, j’ai menti. Des mois et des mois de simulation, des mois et des mois de mensonges… Son soupire est une gifle cinglante, je tente de rester calme mais en sa présence, j’en suis tout simplement incapable. Incapable de le regarder droit dans les yeux sans le voir, sans me voir, sans nous voir. Me forcer à le regarder combattre dans cette arène, ça a été la goutte de trop. L’insupportable parmi les impardonnables. Je ne suis pas libre : je suis plus que jamais ficelé à une reconnaissance que je ne contrôle pas, que je n’ai pas demandée et que je subis pourtant. Sans compter que je n’ai nulle part où aller, désormais. Le verre claque sur la table, le bourbon s’agite mais je ne le regarde pas, j’ai les yeux rivés dans ceux de mon frère. « Nulle part où aller ? » Je redresse le menton. J’assume mes mots, je les assume plus que jamais. Voit-il à quel point j’ai changé ? « Tu te fous de ma gueule Nolan ? T'as nulle part où aller ? Parce que ton putain de discours, comme quoi ton horrible frère t'a forcé à aller à son affreux travail tous les jours, c'est juste pour moi ? Et ton foutu meilleur ami ? Et ta copine ? Tu sais, celle qui t'a fait franchir le pas et tirer sur ton connard de jumeau ? Ils comprendront pas tout ça ? » J’assume, oui. Mais je recule malgré tout. Je n’ai jamais supporté ses reproches, je n’ai jamais supporté sa colère. Je n’ai jamais supporté sa vulgarité, ses questions, son agressivité. Parce qu’elles m’ont toujours parues méritées, même quand ma raison me hurlait que ce n’était pas le cas. Un rire, une larme. Et de la douleur, bien trop de douleur. « Tu te crois tout seul ? Tu n'as rien compris, Nolan. Décidément, tu n'as tellement rien compris. Je n'ai fait table rase de rien du tout, tout ce que j'ai voulu c'est te sauver la vie. Et c'est pas pour une foutue dette, ça n'a jamais été pour des foutues dettes. Tu crois que je bois pour quoi au juste, tous ces verres que tu as choisi d'imiter ? Parce que c'est bien, ça fait grand ? J'ai pas dix ans, Nolan. Si je bois c'est parce que je sais ce que j'ai fait, et ce ne sont pas des mois de taule qui vont l'effacer. Certainement pas. Alors si t'es pas capable de comprendre vingt ans après ta greffe que j'ai jamais fait ça pour avoir un retour, je sais plus ce que je dois faire. Parce que ça veut simplement dire que t'as jamais assez cru en moi. » Mes doigts se crispent autour du verre, ma mâchoire se contracte. Plus, toujours plus. Toujours trop. Mon cœur, lui, bat à tout rompre dans ma poitrine. Greffe. Il ne sait pas. Tu n’as jamais assez cru en moi. Ai-je un jour cru en lui, depuis notre opération, depuis ce rein qu’il m’a donné et que j’ai voulu mérité à tout prix, quitte à jeter notre complicité aux Enfers pour devenir son serviteur le plus dévoué ? Tu te crois seul ? Elias, Giulietta, Dante… je sais que je ne suis pas seul. Mais… « J'ai fait ça parce que je voulais pas te perdre. Tu me dois rien du tout. Alors casse-toi de là, va rejoindre tes amis, ceux que tu peux réellement considérer comme une famille. Laisse-moi tranquille, je veux être seul. » Je recule. Pour mieux le foudroyer du regard, pour mieux verrouiller dans mes prunelles des larmes de colère, des larmes d’incompréhension, des larmes de rancœur et de culpabilité, des larmes tout simplement qui vont m’irriter la rétine, me brûler par leur salinité pour mieux purger tout le reste. Laisse-moi tranquille.

Je ne peux pas le laisser tranquille. Je ne peux pas partir. « Si je ne suis pas capable de comprendre ça, tu ne sais plus ce que tu dois faire ? Et bien ne fais rien, Liam ! » Je crie. Ça m’a échappé. Je ne suis pas Liam, et je ne suis plus Nolan. Je suis un hybride. Un hybride qui crie, un hybride qui se crispe autour d’un verre de cognac à s’en faire mal aux doigts, à s’en faire blanchir les phalanges. Un hybride lourd de bien trop d’émotions pour arriver à toutes les canaliser et les catégoriser dans de petites cases. « Je ne t’ai jamais rien demandé, tu m’as toujours tout donné, gratuitement. Et je ne te demandais rien, je ne te demande toujours rien ! Je veux juste, moi aussi, que tu me LAISSES TRANQUILLE » Amusant qu’on souhaite tous les deux la même chose sans être capable d’exaucer l’autre, de toute évidence. « T’avais pas le droit ! T’avais pas le droit de m’embarquer dans ton petit jeu de merde, t’avais pas le droit de m’obliger à faire tout ça alors que tout ce que je voulais, c’était expier mon crime en prison, pas dormir dans un putain de lit douillet tous les soirs, manger à ma faim à tous les repas et vivre comme un roi dans ta vie, dans ton corps, dans ton rôle de merde à la con ! » Je ne crie plus : je hurle. Moi. Pleinement moi. Je crois. Moi. Juste chargé de colère, chargé de soulagement à le savoir en vie, chargé de terreurs à la perspective de l’avenir, d’un avenir pendant lequel je porterai le point d’un mensonge. Mensonge. « Comment veux-tu que je reprenne ma petite vie alors que j’ai trahi tout le monde pendant des mois… comment est-ce que tu veux… Si tu bois pour ce que tu as fait, alors en plus d’avoir été une violation de ma liberté de décision, tout ça, ça n’aura servi à rien ! » Je lui arrache son verre des mains, pour l’envoyer contre le mur le plus proche ou il explose dans un bruit de verre brisé. Comme mon calme a pu exploser. Comme notre fraternité a explosé elle aussi il y a des années. Je prends mon inspiration pour me calmer, avec un succès tout relatif. « Tu n’as peut-être jamais voulu que ce soit le cas, mais ça a toujours été une question de dettes, Liam. Je n’ai peut-être pas cru en toi, mais toi, j’ai l’impression que tu n’as jamais eu suffisamment d’estime et de respect pour moi. Pas suffisamment en tout cas pour me laisser mon libre arbitre. » Je secoue la tête. « Je ne peux pas rentrer. Je ne peux pas les regarder, faire celui qui a traversé toutes les horreurs que tu as subie à ma place. Je ne peux pas non plus leur dire la vérité, parce qu’aucun ne comprendrait que j’ai joué le jeu parce qu’il m’était intolérable qu’il t’arrive quelque chose de pire que ça. » Elias ne comprendrait pas.

Et Giulietta encore moins.


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MessageSujet: Re: « I'll always remember you like a child » Noliam   Jeu 28 Sep - 17:42

Laisse moi tranquille. Vite, maintenant. Laisse moi tranquille avant qu'il ne soit trop tard. Laisse moi avant que l'on regrette tous les deux ce qui peut arriver. Laisse moi avant que nous nous perdions complètement tous les deux. Mon regard insiste, se fixe sur le tien. J'ai l'espoir ridicule, complètement vain que tu puisses comprendre. J'ai l'espoir ridicule que notre relation ne soit pas complètement perdue, qu'il reste au fond de nous ce lien si particulier qui faisait de nous deux frères. J'ai l'espoir qu'au fond de toi, tu aies toujours cette partie de mon cœur que je n'ai jamais su comprendre, ni apprivoiser. Alors je te regarde, je te fixe, je cherche dans tes pupilles la réponse à toutes les questions que je ne sais plus poser.

Et mon cœur loupe un nouveau battement. Parce que ta bouche s'ouvre, que je te vois parler comme si tu étais moi, que je me demande encore une fois pourquoi j'ai fait tout ça. Je referme mes poings, réflexe ridicule de protection. Tes mots me blessent, me touchent. Tes mots me mettent à terre alors que je me retrouve paralysé face à toi. Je ne comprends plus, incapable de me défendre, d'être moi-même. Incapable de faire semblant, je sens ma poitrine m'oppresser et je n'arrive plus à respirer correctement. Et ta haine se déverse, encore et encore. Elle m'atteint de plus en plus, jusqu'à ce que tu répètes ces quelques mots. Si simples, que j'ai balancé quelques instants plus tôt. Te laisser tranquille. Ne plus me mêler de tes affaires. Te laisser avoir ta vie.

Sans moi.
Sans nous.
Loin de moi.
Loin de nous.

Tu te mets à hurler, à devenir toi. Tu te mets à me déverser toute cette haine que tu as cumulé de ton côté. Je reste toujours aussi stoïque, étrangement plus calme, peut-être parce que je te retrouve, peut-être parce qu'en face de moi j’aperçois mon frère. Les pensées se bousculent dans ma tête, elles s'enchaînent et se déchaînent, cherchent à se frayer un chemin jusqu'au bord de mes lèvres alors que je les en empêche. Je te laisse parler, pour une fois, je te laisse être honnête. Parce que tu te fous de me blesser, tu te fous de me bousiller, tu dis ce que tu as à dire. Que même si mon cœur s'explose un peu plus à chacun de tes mots, le poids de ma vie, lui, semble s'alléger. Savoir que j'ai malgré moi réussi à enfin déclencher une vraie réaction chez toi. Pas par un coup de feu, pas par des accusations foudroyantes, non, simplement pour t'avoir offert ma vie. Le verre s'échapper de mes mains pour rejoindre les tiennes. La froideur de mes phalanges se brûle contre ta peau brûlante de colère. Un frisson me parcourt tandis que j'observe le chemin de ce dernier jusqu'au mur. L'éclatement ne me surprend pas, mes yeux se retournent vers toi, les larmes dorées elles, s'écoulent le long du mur. Je ne dis toujours rien, certain qu'il te reste à dire. Mes doigts se referment lentement maintenant que je n'ai plus le verre. Ma respiration semble hors du temps alors que je t'observe.

Tu changes d'attitude, tu changes de mots. Prétends ne pas pouvoir retrouver ta vie, être incompris. Alors je te regarde et j'expire doucement. Secoue la tête, en reflet tardif. Plus lent, plus pourri. Je relève les yeux sur toi et parle, pour la première fois, très calmement, peut-être trop. Sans chercher à réfléchir, je laisse enfin l'opportunité aux pensées qui se bousculent de se faire entendre. « Très bien. Ne rentre pas alors. C'est moi qui partirai. » L'affirmation semble naturelle, sans aucune douleur alors que je cherche toujours ce petit quelque chose au fond de tes yeux. « Je n'ai jamais prétendu être parfait, Nolan. J'ai toujours été très clair là dessus. D'ailleurs, si tu te souviens bien, je t'ai fait la promesse de toujours te protéger. Je n'ai pas fait cette promesse en m'imaginant que tu serais toujours d'accord, toujours prêt. Non. J'ai fait cette promesse en me jurant que même si tu devais m'en vouloir à vie, tu irais bien. » Je marque une pause, mes forces physiques lâchent peu à peu. Je cherche rapidement un appui discret, pose une main incertaine sur le bord du sofa avant de reprendre doucement.

« J'ai rompu cette promesse il y a des années de ça. J'ai trahi tout ce qui faisait de moi ce que j'étais. Je n'ai jamais cru que les choses étaient rattrapables, je n'ai jamais pensé qu'un jour tu me pardonnerais. Ça ne m'a pourtant pas empêché de me jurer que ça n'arriverait plus jamais. Alors peut-être que j'ai violé ta liberté, peut-être que je t'ai pris ton libre arbitre mais je ne pouvais pas faire autrement. » Je passe une main fatiguée sur mon visage, retrouve tes prunelles avant de reprendre sur le même ton.

« J'ai bien plus d'estime et de respect pour toi que pour n'importe qui sur cette planète. C'est pour cela que tu n'as pas toujours ton libre arbitre. Tu es trop bon, trop doux pour ce monde. Tu as laissé ton frère t'accuser d'un meurtre, tu l'as laissé te condamner à mort. Tu l'as laissé voler ta vie et en abuser pendant des années. Tu l'as laissé prendre toute la place et n'a jamais rien fait pour l'arrêter. Si je ne t'ai pas laissé ton libre arbitre cette fois, c'est tout bonnement pour ça. Le monde est cruel et dur mais pas autant que moi. Je suis ton pire ennemi depuis des années déjà, celui qui te bouffe comme un cancer, un parasite que tu n'oses pas anéantir. Il fallait que je le fasse pour toi. »

Je sens mon bras perdre de sa force sous mon poids, me relève pour tenir le change et rajoute, sans plus te regarder. « Je devais faire en sorte que tu te débarrasses de moi, je suis nocif. Tu mérites de vivre, d'être heureux et tu n'y arriveras pas si je suis là. Tu n'es pas obligé de leur dire ce qu'il s'est passé, s'il faut j'irai, tu sais comme moi que je suis un très bon menteur. Ne les abandonne pas, Nolan, ils sont ce qui te rend tel que tu es, ton bon côté. Ils te pardonneront, à défaut de tout comprendre. Ils oublieront, parce que je ne serai plus là. »

Ma bouche se referme dans un souffle, je m'appuie sur le sofa une fois de plus, les yeux rivés vers cette chambre qui était la mienne avant d'ajouter, comme un adieu non avoué. « Je récupère juste quelques affaires dans ma... la chambre et tu n'auras plus à me supporter. Fais ce que tu veux d'ici, d'ailleurs, de ma vie, comme de la tienne. » Je me dirige vers le couloir dans un équilibre incertain, m'appuie sur ces murs qui ne sont plus vraiment les miens, sans trop de forces, je les touche du bout du doigt, comme une dernière marque de souvenirs, un dernier souffle d'appartenance. À quelques pas de la porte de la chambre, je finis par dire ce que j'aurais du dire il y a déjà des années de ça. « Je te laisse tranquille. »

Juste à passer la porte. Poser ma main sur la porte, emporter deux trois affaires, refermer et partir. C'est fini, enfin. J'ai eu le courage de laisser mon frère vivre la vie qu'il avait à vivre. Il fallait simplement que je disparaisse. C'était inévitable. Sois heureux, petit frère. C'est tout ce que je souhaite.

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MessageSujet: Re: « I'll always remember you like a child » Noliam   Dim 15 Oct - 17:28

I'll always remember you like a child
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Je ne supporte pas cette situation. Je ne la supporte plus, je ne l’ai jamais supportée, je ne la supporte pas. Tout simplement pas. Il se tient face à moi, je ne me reconnais pas en lui, je ne reconnais que mon frère, je ne reconnais que mon reflet dans le miroir et pire encore. Je ne sais plus vraiment ce que je reconnais, qui je reconnais. J’ai fait ça parce que je ne voulais pas te perdre. Retourner la situation à son avantage, ça a toujours été sa manière de faire. Il était le frère dans le besoin, moi j’étais le frère ingrat si je ne l’exauçais pas. C’est toujours ainsi que je l’ai perçu, c’est encore ainsi que je le vois. Il a fait ça parce qu’il ne voulait pas me perdre ? Et bien… et bien j’aimerais lui cracher que justement, en faisant ça, il m’a perdu. Mais non, même pas, non. Je sens mes yeux se charger encore et encore de rancœur, encore et encore. Se charger de larmes de rage, de larmes de fatigue, de larmes de culpabilité. Il n’y a rien de sain, je m’en rends bien compte, dans le regard que je pose sur mon jumeau. Une part de moi a eu envie de le prendre dans mes bras pour m’assurer de sa santé, pour m’assurer de son intégrité. Une part de moi. L’autre part, elle, n’est que colère. Colère en opposition à sa colère. Fatigue en opposition à sa fatigue. Lassitude, face à sa propre lassitude. Plus que jamais, je me sens son reflet. Plus que jamais, je me sens en complet décalage par rapport à lui, comme un reflet brisé dans des éclats de verre. Similaire mais déformé. Similaire mais coupant, cassé, irréparable. Et informe. Plus que jamais, je prends conscience qu’on est voué à tendre la main chacun de notre côté sans parvenir à joindre nos doigts, en se contentant d’effleurer l’autre sans réussir à l’attraper. Sans réussir à le comprendre.

C’est si difficile que ça à comprendre pour lui que j’en ai marre de son ingérence ? Que j’en ai tout simplement marre qu’il décide pour deux, qu’il agisse pour deux, qu’il se place en cerveau pour ne me laisser que le rôle du suiveur, que le rôle de celui qui accepte, qui se laisse faire, qui se laisse malmener ? C’est si difficile que ça, pour lui, de tout simplement arrêter d’agir, de tout simplement ne rien faire ? Ma colère prend le dessus sur tout le reste, me donne ce qu’il me manquait pour me redresser, pour ne pas laisser Nolan s’écraser, pour ne pas laisser Nolan se taire. Ma colère prend le dessus, déforme ma voix, déforme mon attitude, me fait agressif, violence sonore. Mes hurlements chassent la colère, la transforment et la font muter en quelque chose de pire encore. Je ne réfléchis pas à mes mots, je les crache, je les dégueule comme des reproches macérés et périmés qui ne demandaient qu’à sortir. Questions, accusations, tout se mélange dans ma tête, tout se mélange dans ma gorge, toutes les syllabes s’agglomèrent et sortent en même temps, sans ordre de priorité. Et mes gestes se calquent à tout ça : deviennent erratiques. Son verre explose contre le mur. Comme tout le reste. Une main sur le visage, je secoue la tête. Et termine mon laïus dans une inspiration pour retrouver un semblant de calme. Un calme illusoire. Un nouvel écho de ce reflet déformé que je suis. Même ce calme apparent vient de toi, Liam. Même ce calme apparent n’appartient pas à Nolan, il n’est qu’un ersatz de ta prestance, qu’un ersatz de ce contrôle que tu t’imposes. Comme maintenant.

Si semblables. Si différents. Bien trop différents. Ton poing se referme lentement, les miens sont crispés et je me force à les rouvrir. J’inspire pour parler, tu expires pour répondre. Si semblables, si différents. Je n’ai jamais regretté d’avoir un jumeau, d’avoir un frère jumeau. Je n’ai jamais eu l’impression d’être maudit parce qu’une personne sur Terre partageait mon identité avec une telle exactitude. Jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à cet instant, je n’ai vraiment jamais à ce point considéré ma gémellité comme un fardeau. Et pourtant, là... je n’arrive pas à voir les choses autrement. Trop semblables. Trop différents. « Très bien. Ne rentre pas alors. C'est moi qui partirai. » J’ai le souffle coupé, les yeux rivés dans les siens. Dans les tiens, mon frère. Ta voix est si calme, si naturelle, j’ai peur de m’imaginer la tension qu’elle héberge malgré tout. « Je n'ai jamais prétendu être parfait, Nolan. J'ai toujours été très clair là-dessus. D'ailleurs, si tu te souviens bien, je t'ai fait la promesse de toujours te protéger. Je n'ai pas fait cette promesse en m'imaginant que tu serais toujours d'accord, toujours prêt. Non. J'ai fait cette promesse en me jurant que même si tu devais m'en vouloir à vie, tu irais bien. » Ta voix douce est un poison. Un poison qui a toujours eu cet effet sur moi : l’effet de m’apaiser, dans un premier temps. D’endormir ma vigilance, d’anesthésier ma colère. Son premier effet est toujours celui-là : la douceur de ta voix celle que je perçois, comme si tes mots se transformaient en murmure, en confidence, la douceur efface ce qui nous entoure, m’empêche de respirer. Me renvoie dans un lit d’hôpital aux mouvements limités, avec toi à côté pour m’ancrer à nouveau dans le réel. Avec toi, et uniquement toi. Ta voix est un poison, un poison auquel je suis sensible, malgré les années. Un poison qui me renvoie des années en arrière. Qu’est-ce que je promettais à l’époque ? De tout faire pour guérir. Ta voix est un poison qui me rappelle mes propres trahisons. La culpabilité enfle dans ma poitrine, s’accumule au reste. S’accumule à tout le reste. Devient douleur. Je me mords la lèvre. Détourne le regard quand tu poursuis.

Bien sûr que tu m’as trahi le premier. Bien sûr. Tu m’as trahi lorsque tu as cessé de me considérer comme mon frère pour ne voir en moi qu’une doublure. Et tu as recommencé, je ne peux m’empêcher de penser. « […] Alors peut-être que j'ai violé ta liberté, peut-être que je t'ai pris ton libre arbitre mais je ne pouvais pas faire autrement. » J’ai la gorge nouée, j’articule dans un souffle « On a toujours le choix. » sans savoir si j’ai vraiment envie qu’il comprenne ces quelques mots. Ce ne sont rien de plus que des syllabes crachées, à moitié prononcées. Rien de plus que des ancres que je jette pour me maintenir à flots. « J'ai bien plus d'estime et de respect pour toi que pour n'importe qui sur cette planète. C'est pour cela que tu n'as pas toujours ton libre arbitre. Tu es trop bon, trop doux pour ce monde. Tu as laissé ton frère t'accuser d'un meurtre, tu l'as laissé te condamner à mort. Tu l'as laissé voler ta vie et en abuser pendant des années. Tu l'as laissé prendre toute la place et n'a jamais rien fait pour l'arrêter. Si je ne t'ai pas laissé ton libre arbitre cette fois, c'est tout bonnement pour ça. Le monde est cruel et dur mais pas autant que moi. Je suis ton pire ennemi depuis des années déjà, celui qui te bouffe comme un cancer, un parasite que tu n'oses pas anéantir. Il fallait que je le fasse pour toi. » Mes yeux retrouvent les siens. Secoue la tête, lentement. Mes lèvres, elles, partent dans un rire silencieux, secouent ma cage thoracique dans une hilarité sans bruit, sans son. Désabusée. Trop bon… Trop bon, trop con, c’est ce qu’on dit, n’est-ce pas, Liam ? Trop bon, trop con, et pourtant, pourtant, je suis le seul à avoir sciemment essayé de tuer l’autre, aux dernières nouvelles. Trop bon, trop con, si pour la connerie j’admets être un cador, pour la bonté… Quant au reste de son argumentation… Je suis désolé, Liam, mais je ne comprends pas. Je n’adhère pas. Je n’accepte pas. Si tu me respectais, tu respecterais mes choix, tu respecterais ma culpabilité et mes remords. Je n’accepte pas ce que tu me dis, pourtant j’ai appris pendant ces semaines d’illusion à attendre. A laisser parler. A te laisser parler. Et à garder pour moi tout ce que je peux bien vouloir te cracher à la gueule.

« Tu n'es pas obligé de leur dire ce qu'il s'est passé, s'il faut j'irai, tu sais comme moi que je suis un très bon menteur. Ne les abandonne pas, Nolan, ils sont ce qui te rend tel que tu es, ton bon côté. Ils te pardonneront, à défaut de tout comprendre. Ils oublieront, parce que je ne serai plus là. » Je serre les dents. « Je suis aussi un très bon menteur, aux dernières nouvelles » Mon soupire m’échappe, manque de le couper, assister à l’abandon de ses forces lorsque je le vois s’appuyer de plus en plus sur le sofa. « Je récupère juste quelques affaires dans ma... la chambre et tu n'auras plus à me supporter. Fais ce que tu veux d'ici, d'ailleurs, de ma vie, comme de la tienne. Je te laisse tranquille. » Je l’observe bouger. Je l’ai même laissé bouger. Laissé parler. Laissé recommencer à prendre les décisions tout seul. Mais sa dernière phrase est la phrase de trop : « Liam, arrête, putain. ». Comment lui faire comprendre ce que moi-même j’ai du mal à percevoir réellement ? Cette sensation diffuse qu’on va droit dans le mur, continuellement ; qu’on enchaîne les mêmes dynamiques, qu’on se heurte, systématiquement, au même moment, pour la simple raison qu’on continue, encore et encore, à faire les mêmes erreurs ? « Arrête de croire que toi seul peux avoir toutes les réponses, toutes les solutions, que toi seul as raison, que tu es le seul qui puisse trouver comment… » Mon bras balaie l’ensemble de la pièce, de l’appartement par extension. « gérer tout ce merdier. » Quelques pas, je fonds sur lui. Le pousse avec violence contre un mur. Noliam : je suis un hybride entre la violence que Nolan a toujours couvé au fond de lui et la capacité de Liam à faire ce qu’il faut. Quand il le faut. « Arrête de fuir ! Arrête de te cacher derrière de faux remords, de faux geignements, de faux… derrière un faux toi ! ARRÊTE ! » Je le saisis au col, me surprends à posséder plus de force que ce que je pensais. Mes potions ont eu de l’effet sur mon sang, il faut croire. « Arrête, écoute et regarde ! »

La porte de sa chambre claque, un petit garçon d’une douzaine d’année sort en courant en éclatant de rire. Ses pas résonnent, presque si forts que moi-même je manque de me faire happer par l’illusion que je lui assène. Cheveux légèrement longs, comme jamais les avoir. Cheveux qui voltigent quand il manque de déraper, quand il se retourne pour continuer à trottiner en arrière, les yeux rivés sur la porte. « Allez, Liam, viens jouer si t’es un Wiggins ! » Il a les bras qui boxent dans les airs, comment une provocation faite à la deuxième silhouette qui apparaît dans l’embrasure de la porte, un sourire aux lèvres, affichant une lassitude feinte. « Nolan, je t’ai dit, j’ai un DM à finir… » Un nouveau rire cristallin, un rire essoufflé. Douze ans, je manquais de plus en plus d’endurance, de plus en plus de force. Seule mon énergie enfantine me permettait de courir de partout. « Alleez…  s’teuplait… tu m’avais promis qu’on la ferait, cette partie de Monopoly… » Il a un regard en arrière, certainement en direction de son bureau. En direction de son devoir. « … t’as fini le tien ? » Petit Nolan revient, en sautillant. Et piaille : « Oui, oui, je peux même te montrer si tu veux ! Ou t’expliquer ? » « D’accord, tu m’expliques, on finit et on joue ? »

Les deux ombres s’évaporent, je raffermis ma poigne sur le col de Liam. Plus d’innocence dans nos regards, plus de complicité dans nos sourires. Mais pire que tout : plus de négociation. « Tu ne peux pas prétendre choisir toujours pour deux, putain. C’est si compliqué à comprendre ? Je ne veux pas que tu me laisses ta vie, merde. J’en veux pas de ta vie. J’en veux pas, c’est la tienne, elle te ressemble. Je veux… » Je le relâche pour quelques pas en arrière, pour m’adosser au mur. « Je veux que tu comprennes, je veux que tu t’excuses, je veux que tu me laisses tranquille à l’avenir, mais aussi que tu me traites d’égal à égal. Tu n’as pas à décider continuellement pour deux, putain. Moi aussi j’ai droit à la parole. Moi aussi, je sais réfléchir, putain. Et quand je te dis que je ne suis pas d’accord » J’étais essoufflé continuellement à douze ans, trente ans plus tard, les choses ne sont guère mieux. « Quand je te dis que je ne suis pas d’accord, respecte mon opinion ! » Je le pointe d’un index menaçant. « Si tu quittes cet appartement en me laissant avec tout le merdier de ta vie, je te jure, Liam, que tu le regretteras. Je t’ai toujours demandé ton avis. Toujours. Et ça fait je ne sais pas combien de siècles que tu ne m’as pas demandé le mien. Tu veux t’excuser, t’as des remords ? Ok, si tu veux. Mais si tu veux commencer quelque part pour améliorer les choses, je te conseille de commencer par tenir compte de mon libre-arbitre quoique tu puisses en penser. » Je reprends mon inspiration, le souffle court. « Sinon, tu ne me protèges pas, Liam. Tu m’étouffes. Tu m’asphyxies. Tu tues complètement ce qui fait que je suis Nolan et que j’existe. J’existe PAR les choix que je fais. J’existe PAR les décisions que je prends. J’existe PAR mon libre-arbitre, tu comprends ? »

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