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 The forgetting pill - Mackenzie

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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↳ Opinion Politique : Contre le gouvernement, vit de la transgression des règles.
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↳ Playlist : Marilyn Manson - Coma Black, A Place In The Dirt, The Fight Song *
Rammstein - Feuer Frei *
Korn - Freak On A Leash, Right Now, Punishment Time, Somebody Someone *
La Canaille, La Colère *
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MessageSujet: The forgetting pill - Mackenzie   Ven 17 Fév - 2:14

Disillusioned, pure confusion,
Where I'm rolling, never never knowing
Walkin' minefields, all is surreal,
Where I'm rolling, never never knowing
Walked out of my mind,


Je pénètre dans la salle de bain avec l'idée de m'observer dans le miroir qui m'obsède depuis des heures. J'ai recouvert le miroir, je ne risque pas de me surprendre par mégarde – ce reflet me dégoûte au plus haut point, il éveille subitement en moi le pire. Pourtant, j'y pense, je n'ai fait qu'y penser. Une petite obsession un peu obscure, comme si j'espérais ouvrir les yeux sur un autre visage, pour une fois. Sans raison. Et, à force de ne jamais contempler la chose dans le miroir, je crois qu'elle devient de plus en plus hideuse. Ou peut-être est-ce mon esprit qui la trouve de plus en plus hideuse. Immobile devant le miroir, je me dépêche de décrocher ce qui le camoufle, les yeux rivés droit devant moi. Et, encore une fois, c'est la chose qui me dévisage. À tâtons, j'allume la lumière de la pièce – les ombres sur mon visage sont les mêmes que les siennes. Je m'approche, y colle presque mon nez – ses yeux sont identiques aux miens, la forme de son visage aussi. Mes doigts curieux passent sur ma peau lisse, et le reflet se calque sur moi – les doigts glissent sur la chair molle, abîmée. Étrangement déçu, je me détourne et m'appuie contre le lavabo.
Je nie, je nie depuis des mois. Je nie que le monstre dans le miroir, c'est moi, que ça n'est pas le fait d'une sorte de sorcier qui s'amuse à me faire tourner en rond. Cette idée était absurde, de toute manière, parce que personne ne s'emmerde à ce point.

Les doigts rejoignent à nouveau mon visage, pour s'assurer que la peau est tout ce qu'il y a de plus normal, et je me décide à me tourner à nouveau face au reflet. Non mais, c'est pas moi, putain. Enfin, si... mais pas vraiment, me dis-je, incertain. Ne sachant pas vraiment qu'en penser, je me rapproche encore du visage. Il n'a pas l'air seulement crevé depuis des mois – il est aussi particulièrement répugnant. La peau pendouille, les orbites sont tellement creusées que je pourrais y enfoncer une balle de golf. Je sens la curiosité morbide poindre le bout de son nez, et j'ouvre la bouche – l'intérieur est infect, et je m'en veux aussitôt d'avoir voulu regarder, mais n'en décroche pas le regard pour autant. D'un vert plutôt sombre, parfois grisâtre, tout semble complètement moisi, et je referme lentement la bouche. Non sérieusement, c'est pas moi, ce truc. Pas vraiment, quoi.
Et tandis que je poursuis ma contemplation, de plus en plus mal à l'aise, je sens le bourdonnement revenir, plutôt rapidement. Habitué, je n'y prête pas attention en tout premier lieu. À force de regarder, j'essaie de transformer le reflet, de me voir à l'intérieur. De remplacer l'horreur par mon visage, sans succès. Et le bourdonnement se voit accompagné de chuchotements brusquement intempestifs, d'une sorte de sifflement difficile à cerner. Il n'y a pas de voix, pas de bruit distinct, et seulement le sentiment que mon esprit s'étouffe, qu'il suffoque, étranglé.

C'est terminé. C'est terminé, je peux plus rester comme ça, me dis-je en balançant ces pilules à la con par terre. Le souvenir cuisant de mon séjour à l'hôpital me gifle, lorsque j'imagine acheter de la drogue ailleurs qu'à la Nif. Tant pis, Mackenzie devra faire preuve de la plus grande discrétion du monde. Amer, je me dis qu'il faudra bien rajouter quelques billets pour qu'Isak et les autres ne soient jamais au courant. Pas que je prends de la drogue – c'est un peu comme ça qu'on s'est rencontrés, alors ça ne m'inquiète pas vraiment. Mais que je deviens complètement dingue. Si ça se savait, je serais évincé tout de suite, c'est certain. Je descends rapidement les escaliers, et me décide finalement à prendre la route du Masquerade. Allez, saloperies de symptômes, on peut se dire au revoir – j'ai toute confiance en elle, à vrai dire.
Déterminé, perdu dans mes pensées, je martèle le sol d'un pas pressé. Une année est passée, sans que jamais je me manifeste, et la décision qui date d'une demi-heure me rend complètement extatique, impatient comme un gosse. Je crois que je m'imagine qu'elle aura quelque chose à me proposer dans la minute, et que ce soir je serai enfin débarrassé des démons qui me bouffent.

Le soleil est bien haut dans le ciel, l'après-midi s'annonce seulement lorsque je pénètre dans le club. J'aurais peut-être du venir en début de soirée, pour faire d'une pierre deux coups et profiter du spectacle, maintenant que j'y pense. Je me dirige plutôt naturellement vers le sous-sol, où je sais trouver Mackenzie. Lorsque je m'avance, quelques odeurs chimiques plutôt désagréables me sautent au visage, mais j'en fais fi, encore trop galvanisé à l'idée de trouver la pilule miracle. Je toque à la porte du labo et m'engouffre presque aussitôt à l'intérieur. Pas le temps d'attendre. C'est propre, l'odeur étrange y est encore un peu plus forte, et il y a des instruments de chimie un peu partout. J'ai particulièrement mal suivi ces cours au lycée, alors je sais seulement qu'ils font les malins en nommant un verre gradué un bécher, mais ne m'attarde pas longtemps sur le labo. Je la salue poliment, comme les vieux collègues que nous sommes, et lui demande quelques nouvelles. Finalement, je suis de très bonne humeur. Un peu trop, même, j'ai du mal à rester en place et décide finalement de m'appuyer contre un élément de travail, en posant mes yeux sur notre jolie chimiste.

« Je te dérange pas ? De toute façon, ça va pas être long, je voulais simplement passer une petite commande, dis-je en tripotant une espèce de pipette entre les doigts.Bon, tu sais comme Isak parle si élogieusement de toi..., je débute, un peu flatteur. Ça lui fera pas de mal. J'ai besoin de tes compétences, mais j'ai aussi besoin de ta discrétion, tu me suis ? Bon... C'est vraiment pas grand-chose, tu vas voir. Mais, en ce moment, je suis un peu... , je baisse la voix et poursuis, en m'approchant d'elle : Un peu fatigué. Et un peu soucieux. Un peu stressé, aussi, d'ailleurs... J'ai du mal à dormir, parce que j'ai souvent... mal à la tête, en ce moment. Et mes humeurs sont plutôt instables, j'ai du mal à me concentrer. Mais, attention, je veux pas être complètement à l'ouest, il faut quand même que j'ai toutes mes capacités, tu t'en doutes bien. »

Je m'adosse contre un meuble, le pied frénétiquement agité, comme à chaque fois que je ne suis pas occupé. J'ai tout fait pour rester vague, j'espère qu'elle ne va pas poser trop de questions – je repose la pipette à côté de moi. Je n'ai pas vraiment mal à la tête, c'est ce bourdonnement, qui m'empêche de réfléchir. Je songe à la nécrose intempestive, mais n'ose pas le mentionner. De toute façon, elle n'y pourra certainement rien. Je crois que j'ai déjà demandé pas mal de trucs, de toute manière.
J'ai été direct, parce que j'en ai marre d'attendre, et que je ne suis pas du genre à tourner autour du pot. Et je suis certain qu'elle n'a pas particulièrement envie de faire la discussion. Et si tel n'est pas le cas, tant pis pour elle – il lui serait impossible de comprendre ce que je traverse, de toute façon.

« Et un truc pas trop addictif, pendant que j'y pense. Un truc que je puisse prendre n'importe quand, et arrêter quand ça ira mieux, quoi. Laisse-moi réfléchir... Je crois que je t'ai tout dit. Alors ? T'en dis quoi ? »

Don't wanna find, whatevers left
Poppin' pills and drinkin' booze,
Smokin' everyday
Stoned and drunk completely gone,
My world is here to stay

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MessageSujet: Re: The forgetting pill - Mackenzie   Jeu 23 Fév - 21:22




Plongée dans l’obscurité, elle se laisse bercer par les odeurs chimiques qui baignent son laboratoire. Le peu de lumière qui parvient jusqu’à elle est tout juste suffisante pour éclairer l’endroit du délit. Mais la dealeuse n’a pas besoin de plus. Elle a l’habitude de travailler dans ces conditions et l’isolement lui va très bien. Tout comme rester dans le noir l’aide à se concentrer. Elle n’a aucune idée de l’heure qu’il peut être, elle ne fonctionne pas comme tout le monde. Ne suit les règles de personne. Pas même celles imposées par son patron. Les journées s’écoulent différemment pour l’australienne, guidée par ses sens plutôt que par l’horloge inexistante dans la pièce où elle passe le plus clair de son temps. Au fil des jours, elle a perdu toute notion de temporalité et son séjour, aussi fictif soit-il, dans l’arène n’a rien fait pour arranger les choses. Cependant, à en juger par l’absence presque totale de musique provenant habituellement de l’étage, la soirée n’a pas encore commencé. Le front plissé, elle lève un instant les yeux de sa paillasse et les dirige vers la seule petite ouverture destinée à aérer l’endroit par moments. Le soleil se reflète sur la carreau qu’elle garde fermé pour l’instant, l’après-midi doit tout juste commencer. Quand elle baisse de nouveau la tête pour reprendre son travail, sa vue est trouble. Sa vision floue et elle perd l’équilibre sur son tabouret. Manque de tomber. Se rattrape de justesse à l’aide de ses mains. Un réflexe bienvenu dans de telles circonstances. Se blesser n’est pas souhaitable quand on connaît sa différence morphologique. S’il s’agit bien de ça et pas d’autres choses.

Ses pensées divaguent de plus en plus et sa concentration s’effrite. Elle repousse de quelque centimètres les fioles sur lesquelles elle travaillait jusque là, désormais incapable de s’y remettre. Les sourcils froncés, elle se déteste de perdre si facilement ses moyens. Les poings serrés sur la table, elle se mord la lèvre inférieure, lutte pour ne pas laisser l’emprise autour de son crâne se faire de plus en forte. Un étau de fer contre lequel elle se sent de moins en moins capable de lutter. Une présence au dessus d’elle, un poids sur ses épaules dont elle ne saisit pas la provenance. Et ce reflet qui la hante, l’effraie. Cette image qu’elle n’ose plus croiser. Ces traits qu’elle ne veut plus soutenir. Elle a supprimé les miroirs de son antre, évite d’attarder ses prunelles avelines sur le verre trop propre. Le métal saillant devient son ennemi. Elle se bat avec elle-même, pour reprendre le contrôle. Brisée, elle se redresse sur son siège, les mains de chaque côté de sa tête, elle se masse les tempes devenues douloureuses. La migraine est proche et puis déjà là. Trop faible pour l’éviter, la mafieuse est soudain en proie à des maux de tête fracassants. Agacée, énervée. Enragée, elle tape du poing sur la table, le regrette en constatant la douleur qui se pointe aussi sur ses phalanges. Elle ne s’attendait pas à avoir de la visite. Elle ne voulait pas avoir de la visite.

Il s’impose directement dans son laboratoire et elle aimerait qu’il soit déjà parti à peine entré. Le moment est mal choisi mais elle se force à faire bonne figure. Le visage tiré par la fatigue, elle resserre ses membre pour ne pas perdre pieds. Tente d’occulter la migraine pour la faire disparaître. Il se met à tripoter son matériel et si il y a bien une chose qu’elle exècre, c’est ça. Mauvaise pioche. Elle se retient de ne pas exploser et de lui cracher sa colère à la figure, surtout lorsqu’elle l’entend prononcer le mot commande. Sa curiosité piquée au vif, elle arque un sourcil, croise les bras sur son abdomen en témoignage d’attention. Il déblatère, murmure. Elle, n’a toujours pas prononcé un mot. Bien trop occupée à écouter en tentant de faire disparaître son parasite une bonne fois pour toute. En vain, évidemment. Mais elle essaie. Elle se bat. Frappe dans un écran de fumée et s’épuise. Mais elle essaie. Et pendant un instant, elle croit réussir. Avant que ça cogne de nouveau contre sa boîte crânienne. Que la présence se fasse encore plus forte. Mais, la passion qu’elle a la chance d’exercer pour métier est toujours plus forte. Finalement, l’australienne reprend ses droits sur son esprit et s’autorise même un léger sourire en l’écoutant décrire son désir. Les rêves restent toujours des rêves.

« - Si tu veux que je te fournisse quoi que ce soit et qu'on fasse affaire ensemble, il y a des petites choses que tu dois savoir », commence-t-elle en essayant de détendre les traits de son visage blafard. « - Premièrement, tu ne touches à rien de ce qui se trouve dans mon labo, sinon, excepté la marchandise, je te le fais avaler, c’est clair ? » Ses prunelles se dirigent machinalement vers la petite fiole qu’il vient de reposer, signifiant bien que du verre ne l’arrêtera pas. « - Ensuite, discrétion est mon deuxième prénom, pas besoin de le préciser » Elle se met nerveusement à ranger la petite bouteille dans un placard, histoire d’être bien certaine qu’elle ne risque plus rien à se trouver aussi près du proxénète. La dernière fois qu’un homme à trouvé son chemin, sans sa permission, jusqu’à son laboratoire, elle s’est retrouvée avec du matériel cassé, des morceaux de verre répandus sur le sol et une entaille à la main. L’expérience est loin d’avoir été fructueuse et elle espère bien ne pas la renouveler. « - T’es exactement en train de me décrire l’excuse utilisée par la majorité de la population qui vient me voir. Je connais la chanson. Arrête de me mener en bateau et dis-moi clairement ce que tu veux, ça nous fera gagner du temps à tous les deux, d’accord ? Je m’en fous de tes symptômes, je suis dealeuse, pas médecin » Elle lui offre un sourire cynique, de ceux dont elle a le secret, avant de retourner s’asseoir sur son tabouret, derrière son plan de travail. La place où elle se sent le plus à l’aise. Le plus utile aussi.  Elle aurait dû dire chimiste, simplement. Les transactions ne font plus vraiment partie de ses fonctions, sauf pour certains clients plus spéciaux. L’agitation du ténébreux la rend nerveuse. Elle l’observe, plaignant sincèrement son état de mouvement permanent.

« - Pas trop addictif ? Tu plaisantes j’espère » Un rire nerveux lui échappe alors qu’elle s’affale sur la table devant elle, posée sur ses coudes, lui adressant un regard ironique. « - Pourquoi tu crois que ce trafic est un succès, Joseph ? C’est pas seulement parce que je fabrique de la qualité et que tout le monde le sait, non… » La vérité échappe naturellement à ses lèvres. Elle est l’une des meilleurs et des plus innovantes dans son secteur. C’est aussi la raison pour laquelle Isak la garde précieusement sous sa protection et lui autorise ce qu’il n’autorise à personne d’autre. « - C’est parce que je fais en sorte qu’ils reviennent, qu’ils en redemandent. Qu’ils en aient besoin. C’est le principe même de mes créations » Elle en parle comme d’une oeuvre d’art. Sa production à elle. Quelque chose de personnel. « - Quel intérêt j’aurais à te vendre un produit éphémère ? Parce qu'il s’agit bien d’une vente, n’est-ce pas ? Tu ne t’attendais quand même pas à ce que je t’en fasse cadeau ? » Elle l’interroge du regard, entrecroise ses doigts et reprend ses airs de dealeuse expérimentée. Échaudée à l’épreuve de la rue. Elle peut lui mettre au point à peu près n’importe quoi. Ce qu’il veut, elle saura le créer, cela ne fait aucun doute. Avec du temps, elle y parviendra. Encore faut-il qu’il soit prêt à donner ce qu’il faut en retour pour l’obtenir.


Dernière édition par Mackenzie Caulfield le Mar 14 Mar - 18:03, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: The forgetting pill - Mackenzie   Mar 28 Fév - 2:07

Je la dévisage, le petit objet entre des doigts trop agités. Il manque peut-être d'en glisser, de s'échouer au sol avec fracas – le sang qui coule dans ces veines est bien trop impur pour que le corps en soit le maître. L'esprit n'est pas une figure davantage magistrale ; épuisé, empreint d'une lassitude effroyable, il semble perdre de ses fonctions régaliennes à mesure que le temps passe. L'âme est endormie, elle repose à l'intérieur de l'enveloppe de chair comme un morceau de chiffon, et l'envie de la réveiller ne m'effleure pas. Elle est bien mieux là où elle se trouve, forcée au sommeil pour s'éviter trop de souffrances. Alors que je me dis avec clairvoyance que je deviens complètement timbré, j'ai l'impression de voir le visage de Mackenzie pour la première fois depuis que je suis entrée dans son labo pour la baratiner. Et c'est un visage profondément agacé que je contemple un instant, les traits déformés par une émotion que je connais bien trop, pour l'embrasser régulièrement. Pourtant, incertain et bien peu concentré, je n'y prête bientôt plus attention. Elle s'exprime enfin, m'honore de quelques paroles, et je lui offre un sourire poli qui, je l'espère plus ou moins, camoufle mon impatience. Je repose lentement le petit objet de verre, et lève innocemment des mains désormais vides vers elle. Aussitôt classée en tant que psycho-rigide, je m'appuie lentement contre un meuble, et plante mon regard dans le sien.

Les bras croisés, je ne peux empêcher un mouvement évasif de la main lorsqu'elle parle de discrétion. Évidemment, ai-je envie de la couper, viens-en au fait. Elle se dépêche de ranger la petite fiole sous mon regard critique qui la poursuis comme le mauvais œil. La chimiste reprend la parole et me demande des précisions, à laquelle je reste muet. Le sourire sardonique qu'elle m'offre me coud les lèvres un instant, et je décroise les bras, puis les recroise, la jambe agitée. Elle rejoint son bureau et s'adresse à moi comme à un demeuré, ce qui a rapidement le don de m'exaspérer au plus haut point. Le mutisme se prolonge, et j'écoute pourtant avec une once d'admiration le maniement des termes qu'elle emploie pour s'exprimer sur son travail. Presque envieux d'une telle passion, je fais quelques pas en direction du bureau, et enchaîne sèchement à la fin de sa phrase : « Je sais, je sais ! Je sais qu'elle cherche l'addiction, je connais le principe du trafic, putain. C'est dommage, je n'ai apporté que quelques bons points, je pensais pouvoir te satisfaire en t'offrant les paillettes que j'ai récupérées sur ma licorne..., dis-je, agacé, avant de sortir une enveloppe de la poche intérieure de ma veste et de la laisser tomber sur le bureau. Considère que c'est une avance, ou ce que tu veux, et me sors pas ta réplique de pro du commerce, je suis un super payeur, tu verras. »

Sincèrement, je me suis pas foutu d'elle. Je suis tellement désespéré que je vendrais mon appart au plus offrant pour la payer, de toute façon. En revanche, il va falloir que les filles bossent un peu plus dur, si je veux conserver mon train de vie de prince camé. Je tire une chaise du fond de la pièce et la fais glisser jusqu'au bureau, avant de m'affaler dessus, et de passer les mains sur un visage fatigué. Le ventre noué, la jambe secouée de tremblements intempestifs, je fais tout mon possible pour réunir mes idées. « Je... » Le brouillard s'intensifie, j'avance dans une fumée noirâtre qui épaissit à vue d’œil, devient aussi gluante que du goudron. Les songes s'emmêlent aux désirs, les idées aux souvenirs, et je suis incapable de tout remettre dans l'ordre pendant un instant. Les ténèbres abyssales d'un esprit épuisé sont tentantes, aguicheuses, et je dois faire tous les efforts du monde pour ne pas m'embourber. Reprends-toi, Joseph. Un profond soupir glisse hors de mes lèvres, empreint d'un immense ennui. Et j'émerge. J'en sors, je m'extirpe du bourbier obscur peu à peu. « Je... Je sais que tu as besoin qu'ils soient dépendants, c'est tout le principe de ton boulot..., commencé-je d'une voix lasse, qui se fait bientôt cassante : Mais tu peux me croire quand je te dis que ce dont j'ai besoin moi, c'est pas de planer ou d'être à mille lieux, j'ai pas besoin de toucher les étoiles Mackenzie, j'ai besoin de garder les pieds sur terre. Y a déjà ce truc dans ma tête qui me fait délirer, j'ai besoin d'avoir les idées claires, on se comprend ou pas ? » Non, comment le pourrait-elle, me dis-je. Comment pourrait-elle me comprendre, alors que je n'y comprends rien moi-même, que je suis incapable de formuler clairement toutes ces conneries ?

J'appuie lentement mes coudes sur le bureau, attrape un stylo que je tripote entre mes doigts, tourne et retourne à mesure que j'essaie de mettre des mots là-dessus. Je n'en ai pas envie. J'ai honte de cette saloperie, j'ai l'impression qu'on va m'évincer et me dégager à coup de pied au cul à la seconde où je vais m'exprimer là-dessus. Joseph a pété une pile, ses neurones ont complètement cramé, il végète dans son appartement, à l'heure où je vous parle. J'imagine toutes ces scènes, je les visualise avec une facilité déconcertante, et en viens même à me demander si je ne suis pas en train de rêver. Peut-être que je suis déjà évincé depuis longtemps, et que je fantasme un quotidien plus ou moins normal, rattrapé peu à peu par cette étrange maladie, ces maux qui me bouffent, me grignotent sans me donner de répit. Je me suis lentement affaissé, mon visage s'est sensiblement rapproché de mes avant-bras, et je me redresse aussitôt, le stylo toujours entre les doigts. Je m'approche cependant et baisse la voix, après avoir jeté un coup d’œil rapide dans mon dos : « C'est vrai que j'ai quelques symptômes, mais je préfère encore ne pas trop en parler. Enfin, je sais pas... Mais ce qui est sûr, c'est que – ah, merde, tiens, marmonné-je en lâchant le stylo, soucieux de ne pas la brusquer dans ses petites habitudes de maniaque, puis de reprendre : Mais ce dont je suis sûr, c'est que les tremblements, les sueurs, les insomnies, j'ai déjà donné. Il faut que tu me fasses un truc qui soit pas trop addictif, je peux pas vivre avec ça. Mais peu importe, au final, parce que je reviendrai, c'est sûr, dis-je rapidement avant qu'elle ne puisse répliquer. C'est sûr, parce que si tu endors ces putain de symptômes, je pourrai plus m'en passer. »

Les doigts s'agitent frénétiquement sur le bureau, tapotent avec précipitation la matière plane et brillante, et je ne prends pas le temps de me contrôler, bien trop occupé à décider si je lui dois toute ma sincérité. Partagé, j'ai bien du mal à prendre une décision éclairée. Et si elle me prenait pour le monstre que je suis, si elle décidait d'en informer tout monde ? D'un autre côté, elle ne pourra jamais m'apporter son aide la plus précieuse si elle ne sait pas précisément ce que j'attends d'elle. Je décide de couper la poire en deux, et de lui passer les détails qui me mettent le plus mal à l'aise. Au fond, je la connais depuis longtemps, me répété-je inlassablement, dans l'espoir de me convaincre du bien fondé de la décision. Aussi, je me penche vers elle, plante à nouveau mes yeux d'un bleu sombre dans les siens, la lèvre mordue, perplexe. « D'accord. Pour être tout à fait sincère, ça fait quelques temps que je me sens un peu... bizarre. Environ un an, j'dirais, et accompagne la parole d'un mouvement évasif de la main. Écoute, je te fais confiance, ça reste entre nous uniquement. Le dernier mot est appuyé, sans que je sache véritablement qui est visé, et j'ai le regard inhabituellement fuyant à mesure que je m'exprime. Mais il m'arrive de drôles de trucs. J'aurais du mal à te faire une liste exhaustive, mais j'ai la peau très abîmée à chaque fois que je me blesse. Bon, elle pourrit, quoi. Parfois, ça vient de moi, c'est moi qui inflige ça aux autres. Et puis, quand je me regarde... J'ai une drôle de gueule, quoi. Et puis j'ai mal à la tête, j'suis fatigué, tu veux pas qu'on discute de nos problèmes autour d'un thé avec trois biscuits, pendant qu'on y est ?, lancé-je précipitamment, agacé. Maintenant Mackenzie, c'est simple : tu peux m'aider, ou tu peux pas m'aider ? »

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MessageSujet: Re: The forgetting pill - Mackenzie   Mer 15 Mar - 12:36




Tout chez lui l’agace. De son attitude envahissante qu’elle ne supporte pas, à ce ton qu’il emploie en lui adressant la parole. Devenue susceptible au possible, elle n’a plus aucune patience et doit se faire violence pour ne pas laisser ses nerfs exploser. La chimiste se force à rester plus ou moins agréable, Joseph n’a rien à voir avec son état déplorable, elle en est bien consciente. Pour ça au moins, elle ne peut pas lui en vouloir. Mais le souteneur a décidé d’entrer en scène au plus mauvais moment de la pièce qui se joue dans son esprit dérangé. Au moment où elle s’apprêtait à tirer le rideau et se retrancher en coulisses. Il la pousse à jouer un acte de plus, une scène qu’elle se doit d’improviser, pour son propre bien et celui de son trafic. Elle le comprend bien vite. Le calme lui file entre les doigts, elle perd rapidement ses moyens et ne peut pas s’empêcher de passer après tout ce qu’il semble prendre un malin plaisir à déranger. Son laboratoire est son antre et elle ne veut y voir personne, pas lui, personne. Tout juste son boss, mais c’est tout. Elle doit passer pour une folle, une maniaque du rangement et de l’organisation mais peu importe. Elle a besoin de ça pour tenir. Quand tout ne tient plus qu’à un fil autour d’elle, l’australienne se raccroche à ses repères et son lieu de travail en fait partie. Son humeur changeante et ses pulsions dévorantes vont et viennent à leur guise et elle s’efforce de garder le contrôle sur tout ce qu’elle peut, tant qu’elle le peut. Mais, tout devient de plus en plus difficile et la présence du mafieux n’arrange en rien les choses. Son agitation lui chatouille dangereusement les nerfs et elle doit lutter pour ne pas se montrer plus amère qu’elle ne l’est déjà.

« - Bien, maintenant on peut parler », articule-t-elle après avoir soigneusement inspecté le contenu de l’enveloppe qu’il lui lance. Une avance suffisante et plus encore. Elle n’a peut-être pas perdu sa journée. Le visage fermé et l’oreille attentive, elle ne tarde pas à ranger le petit paquet dans un tiroir de son bureau fermé à clé. Elle ne gardera pas le pactole ici très longtemps, elle ne risquerait pas qu’Isak tombe malencontreusement dessus en son absence. Si cette petite affaire doit rester entre eux, alors soit, elle fera en sorte que ses patrons n’en entende jamais parler. « - Je suis un super fournisseur, tu verras » La blonde mime volontairement son interlocuteur, le copie avec aplomb alors que le brouillard se dissipe un peu autour d’elle. Retrouver ses réflexes de dealeuse semble avoir des effets positifs sur son organisme. Elle respire à nouveau profondément, comme soulagée d’un poids, elle retrouve un intérêt concret dans ce qu’elle fait, oublie ce qui lui bousille les neurones, reprend le contrôle doucement alors qu’il s’installe en face d’elle. « - Je t’en prie fais comme chez toi » Un souffle. Le sarcasme l’agace elle-même, elle roule des yeux en le voyant tirer une chaise pour s’y installer, comme s’il avait prévu de rester dans son labo pendant des plombes. Elle a autre chose à faire et mieux vaut qu’il ne traîne pas trop. Mais puisqu’il paye, qu’il paye bien, elle lui doit bien ça. Alors, la dealeuse prend sur elle, croise les bras sur sa paillasse et arque un sourcil en le toisant du regard.

« - Ouais, on se comprend Joseph, on se comprend » Lassée de son attitude condescendante, elle enchaîne les soupirs, incapable de les retenir plus longtemps. Il n’est là que depuis quelques minutes et elle aimerait déjà le voir repartir. Ils se côtoient en tant que collègues mais leurs relations ne sont jamais allées très loin, tout comme leurs conversations qui veulent assez rares. Pourtant, pour une raison qu’elle ignore, elle a toujours su que ce ne serait qu’une question de temps avant que le souteneur ne cherche à lui acheter quelque chose. C’est ce qu’ils font tous. Et il n’échappe décidément pas à la règle. « - Je peux endormir tout ce que tu veux, je plaisante même pas. J’ai saisi l’objectif c’est bon » Elle s’affale de nouveau sur sa chaise. La blonde l’écoute déblatérer des détails dont elle se fout éperdument. Elle se passe une main dans les cheveux en espérant qu’il arrête enfin de parler et le coupe dès qu’elle entrevoit une occasion de le faire. « - Épargne-moi les détails. Je t’ai dit que j’en avais à rien à carrer de tes symptômes, tu m’écoutes quand je parle ? » Non, évidemment. L’énervement est bien palpable dans sa voix. Une question à laquelle elle n’attend absolument pas de réponse. Les poings serrés, rabattus contre son abdomen, elle se pince les lèvres. Impatiente, nerveuse. Pourtant, les mots du souteneur font écho à sa propre expérience, sa propre condition. Ces symptômes, elle les partage, au détail près. Et ça la fait réagir mine de rien, d’autant plus qu’il lui fait assez confiance pour les lui avouer.

Elle n’est pas convaincue que ce qu’elle s’apprête à faire soit une bonne idée mais peu importe. Elle a déjà tout risqué, risqué de tout perdre, alors elle n’est plus à une connerie près. Agacée, elle se lève en soufflant longuement, quitte sa chaise et se dirige vers un placard contenant toute sorte de matériel. « - Je suis pas psy, encore moins assistante sociale. Je suis pas là pour t’aider mais pour te fournir, point barre », dit-elle en fouillant dans un tiroir. Elle en sort un petit scalpel, une lame qu’elle conserve précieusement en cas de besoin. Lequel ? Aucune idée. Mais peu importe. Les portes du placard se referment machinalement, la dealeuse s’en retourne vers son bureau en saisissant un morceau d’étoffe à la volée. Elle se réinstalle sur sa chaise, souffle à nouveau puisqu’elle ne peut pas s’en empêcher. Ne peut pas croire non plus qu’elle en arrive là. « - Je suis sérieuse, quand je te dis que je comprends » Pendant une seconde, elle pointe son scalpel vers Joseph avant de l’abaisser vers sa propre main. Son regard suit ses gestes. Elle se mord la lèvre inférieure, se prépare à encaisser la douleur et entaille la chair. Une fois. Deux fois. La petite croix sur le dos de sa main se tâche immédiatement d’hémoglobine. La dealeuse grimace mais très vite, l’effet attendu se produit. La nécrose, sa pire ennemie. La blessure se noircie, vision répugnante qu’elle ne supporte plus. Elle attend quelques secondes, quelques longues secondes pour être sûre que Joseph ait eu l’occasion de contempler le macabre spectacle, avant d’enrober sa main dans le chiffon à sa portée. « - Regarde autour de toi. Y’a aucun miroir ici, tous les métaux, toute la verrerie dont je ne me sers pas est soigneusement rangée dans des placards opaques. Réfléchi deux secondes » Des aveux murmurés. Elle fait pression sur le tissu rougi par le sang, se redresse sur son tabouret en plongeant son regard neurasthénique dans celui du souteneur. « - Toi et moi on est pareils » Le constat est loin de lui plaire, pourtant inévitable. Les symptômes qu’elle ne voulait pas entendre sont trop criants, trop flagrants. Trop évidents.


Dernière édition par Mackenzie Caulfield le Ven 31 Mar - 11:12, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: The forgetting pill - Mackenzie   Dim 19 Mar - 14:34

Sur mes lèvres se peint un lent sourire, étirées par l'amusement. J'ai la vague impression de l'agacer à mesure que les secondes s'écoulent en même temps que les mots. Vous savez ce qu'on dit, qu'on parle de moi en bien ou en mal, peu m'importe, tant qu'on parle de moi. Et dieu sait que j'adore avoir les oreilles qui saignent. Je laisse mon regard papillonner dans la pièce tandis qu'elle me répond, bien moins bavarde que moi ; l'esprit a bien du mal à se concentrer et les fourmis courent sous mon épiderme, m'agitent la jambe frénétiquement. Non, j'en ai trop pris – trop pris de tout, je tiens plus en place, me dis-je amèrement en glissant mes mains l'une contre l'autre, d'une lenteur mesurée. Je ponctue certaines de ses interventions de réponses muettes – tu m'écoutes quand je parle? Je fais la moue, partagé. J'ai autant envie de rire que de me flinguer – putain, je me suis déglingué le cerveau. Les yeux glissent sur ses doigts recroquevillés contre sa paume, deux petits poings repliés contre son ventre. Je les observe sans mot, me perds dans tout ce qu'ils peuvent représenter – peut-être est-elle suffisamment agacée par une attitude sur laquelle je n'ai pas vraiment d'emprise. Un peu vexé à cette idée, je pince les lèvres et entremêle mes propres doigts. Les yeux se plissent puis roulent dans leurs orbites lorsqu'elle pinaille – mais je reste muet, lui souris poliment. Apprends à te tenir, Joseph.

Le corps glisse lentement dans le siège et je m'avachis peu à peu, les mains enlacées reposant sur mon ventre, et je la suis du regard. Ne me formalise pas de ses moqueries et profonds soupirs. Alors, seulement, je me demande si le moment était bien choisi. Si je ne suis pas l'intrus qui s'est immiscé dans son cocon, si je ne l'ai pas interrompue. Les dents se plantent lentement dans une lèvre qu'elles triturent et je me contente de l'observer – elle me comprend, dit-elle. Le peu de lucidité qu'il me reste m'impose de ne rien répondre, de rester muet et de l'écouter, quand bien même l'oreille serait distraite. Je ne vois pas vraiment où elle veut en venir et je mesure bien mal toutes les confidences que je viens de lui faire. Une fois que c'est sorti, il n'y a plus vraiment grand-chose à en dire, et je ne vais pas me mordre la langue d'avoir été sincère, aussi effrayant que cela puisse être.
Je dévisage la lame brillante qu'elle tient entre ses doigts et tend vers moi, la suit du regard et fais la moue lorsqu'elle incise sa peau, dubitatif. Je n'ai pas envie de penser à ce qu'elle essaie de me prouver. Pourtant, les yeux baignent dans le liquide carmin et ne s'en éloignent pas. La gifle m'atteint en plein visage et le poids alourdit mes entrailles. Un frisson roule le long de ma colonne vertébrale – subrepticement, le corps tendu, je contemple la nécrose qui grignote sa peau meurtrie. Détourne le regard aussitôt.

Les yeux fuient mais l'esprit se cloître ; il n'y a plus d'amusement, il n'y a plus d'arrogance. La petite poussée d'adrénaline court dans mes veines et disperse toute la brume. Il n'y a plus de manque, il n'y a plus d'empressement. Il n'y a plus rien que cette saloperie, cette saloperie qui me gâche la vie, qui me bouffe comme un putain de cancer. Immobile, je détourne lentement le visage à mesure qu'elle s'explique. L'amertume coule hors de ses lèvres comme un venin – c'est un venin que j'aimerais vomir tous les jours, une bile qui me reste sur l'estomac et se mélange à mon sang, abandonne sur son passage des sillons brûlés à l'acide, impossible à réparer. Elle me comprend. Elle me comprend, putain. La poitrine se gonfle lentement et j'inspire silencieusement une longue bouffée d'air. Je balaie toute la pièce du regard, avant de porter à nouveau mon regard sur elle – les yeux se croisent et se fixent. Toi et moi, on est pareil. Ça ne lui plaît pas, mais ça m'importe peu – les informations s'éparpillent en un vacarme incompréhensible sous mon crâne. Je ne sais pas quoi dire. Alors je la dévisage, laisse à nouveau mes yeux courir sur sa blessure camouflée par le chiffon ensanglanté, mais je n'ai pas besoin de la voir encore pour la visualiser. Je les vois tous les jours sur mon corps, à chaque blessure, chaque coup. Les doigts s'entrelacent avec fermeté – ces mains sont deux monstres, deux armes dégueulasses que je ne sais pas manipuler.

Le silence s'allonge et je me redresse dans mon siège, plonge mon regard dans le sien à défaut de l'abreuver encore de paroles irréfléchies. L'échange le plus sincère depuis que je suis entré dans son labo, certainement. « Ok. » Un murmure inconséquent, seulement pour casser un silence pesant, pour ne pas qu'elle pense que je n'ai rien à y répondre. Elle aurait pu garder tout ça pour elle, me dis-je amèrement en détournant à nouveau le regard.
Alors, seulement, j'ouvre les vannes ; je ne suis pas seul dans cette merde. C'est peut-être une malédiction, une maladie, une saloperie lancée droit sur nous. Quelqu'un qui nous voulait du mal, quelque chose qu'on aurait pas dû toucher, approcher, renifler, auquel on aurait pas dû penser – l'incompréhension me frappe encore au visage. La méconnaissance de ma propre condition me désespère au plus haut moins et annihile presque l'ersatz de soulagement qui s'est insinué dans ma poitrine. Je n'ai pas envie de m'exprimer là-dessus, et les questions me brûlent pourtant les lèvres. Mais il faut les choisir, ne pas en poser trop. Et lorsque je franchis le cap, le ton est neutre, posé. « Depuis quand ? Je sais plus vraiment quand ça m'est arrivé. C'est comme un avant et un après, comme deux vies tellement distinctes que c'est trop difficile de dire quand la première est morte pour laisser place à la seconde. » La contradiction est trop délicate à expliquer, la limite trop fine. Incapable de me souvenir à quel moment mon reflet s'est échappé, à quel moment ma peau n'était plus vraiment la mienne. Les bras vaguement croisés contre ma poitrine, je m'efforce d'avoir l'air détaché. Au fond, j'ai hâte qu'elle me réponde, je meurs d'envie de boire ses paroles, de comparer nos deux conditions, de trouver ne serait-ce qu'un début de réponse à toutes les questions qui fourmillent sous mon crâne.

Les yeux se baissent, un peu lâches, mais la voix est étonnamment douce. « T'es plus vraiment toi-même, hein ? Sous cette peau, dans ta tête. C'est plus vraiment toi. » Incertain de savoir si je lui pose une question ou si c'est une affirmation, je laisse la phrase en suspens. Incertain de savoir si je parle d'elle ou de moi. « Mais y a personne d'autre non plus. » Je relève les yeux vers elle, retourne fouiller dans son regard. « Comment tu supportes ça ? » Et quand bien même elle me répondrait, cinglante, qu'elle fait avec, j'ai besoin de l'entendre. Sûr qu'elle ne ne sature pas ses veines de drogue, qu'elle est plus courageuse que moi, qu'elle assume l'horreur de cette condition sans broncher. Mais nos deux situations sont incomparables, me dis-je pour me convaincre. C'est pas que tu es plus faible, Joseph. C'est juste que vous le vivez différemment.

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MessageSujet: Re: The forgetting pill - Mackenzie   Ven 31 Mar - 17:02




La description qui fait écho à son ressenti. L’impression que le souteneur ne décrit pas seulement ses symptômes à lui, mais les siens aussi. Sentiment désagréable, incompris. Elle fronce les sourcils parce qu’elle se refuse d’y croire. Elle sait que d’autres partagent sa malédiction, ce qu’elle a longtemps assimilé à des effets secondaires horribles. Mais lui. Lui aussi. Et il se pointe dans son labo, comme une fleur au début du printemps, en pensant lui apprendre quelque chose de nouveau. Son ignorance ne la fait pas rire du tout. Pas un sourire ne décroche de son visage fatigué par des nuits sans sommeil. Pas un rictus, rien. Que son expression renfrognée et son front plissé par le dégoût. Le dégoût d’elle-même, de ce qu’elle est devenue, de son incompréhension et de son incapacité à y remédier. Il lui a fallut des mois pour simplement commencer à accepter sa condition répugnante, handicapante. Et le fait qu’elle est toujours incapable de la maîtriser totalement la rend folle. Elle a tout essayé pourtant. Pour atténuer les maux de manière plus normale. Plus conventionnelle. Mais rien n’y fait. Le poids qu’elle sent sur ses épaules, présence constante dont elle ne peut se défaire, étau qui se resserre autour de son crâne. Il persiste, s’agrippe de plus en plus à ses nerfs et envahit toujours mieux son inconscient. Elle ne peut que se soumettre, muette. Et la seule solution qu’elle a trouvé, qu’elle pense efficace, c’est ce qu’elle sait faire de mieux. La drogue est à la fois son poison et son remède. Elle fait disparaître ses inquiétudes, endors ses maux mais affaiblit son esprit qui se retrouve à la merci d’un parasite affamé. Il lui grignote peu à peu la tête, occupe toujours plus d’espace, exerce toujours plus de contrôle. Elle le sent. Mais ne sait pas comment enrayer la machine.

La démonstration a fait son effet, visiblement. Il ne veut peut-être pas le lui avouer mais il ne s’attendait sûrement pas à ce qu’elle en arrive là. Encore moins à l’aveu qu’elle finit par lui faire. Oui, ils sont pareils. Habités par la même sangsue. Rongés par la même peste. Alors oui, elle comprend. Mieux que bien, en effet. Et les quelques secondes de silence qu’il veut bien lui accorder suite au court spectacle qu’elle lui a offert, elle les apprécie grandement. Les savoure même. Parce qu’elles se font bien trop rares. Après avoir lâché ces quelques vérités, elle oscille entre soulagement et regret. Ne parvient pas à se positionner quant à la nécessité de ce qu’elle vient de faire. Elle aurait sans doute pu se passer de cet élan de sincérité, elle aurait sans du s’en passer. Car après tout, la confiance qu’elle accorde à Joseph est toute relative. Ils bossent ensemble, protègent les mêmes intérêts, travaillent pour le même patron. Bien qu’il lui arrive d’émettre des doutes à ce sujet. Pourtant, elle lui a avoué ce qu’elle n’ose dire à personne. Le formuler lui fait peur alors elle s’y refuse. Il est le premier à qui elle expose volontairement ses failles, sa nature répugnante, la nécrose au premier plan. Elle-même ne sait pas quoi penser de son geste. Il semble que sa raison lui échappe petit à petit. Et qu’elle ne puisse rien faire pour l’empêcher de se dérober.

« - Quelques mois, je crois », répond-elle d’abord sèchement, avant de se radoucir en prenant de nouveau place sur son tabouret. Le flou qu’il décrit lui est bien familier. Trop familier. Elle penche la tête, comme pour l’approuver, joue des phalanges sur son bureau, nerveuse. Elle qui n’est pas du genre à s’épancher en bavardages. « - Au début, je pensais que c’était à cause des effets secondaires d’un truc que j’avais testé. C’est ce que j’ai cru pendant longtemps. Jusqu’à ce que je me rende compte que j’étais pas la seule à pourrir de l’intérieur » Le timbre est doucereux mais les mots eux, restent amers. Une boule d’anxiété se forme au fond de sa gorge qui se serre brusquement. Le dire est plus douloureux que ce qu’elle pensait. Mettre des mots sur ce qu’elle refoule depuis tout ce temps est plus compliqué que ce qu’elle imaginait. Croiser le regard du ténébreux lui est de plus en plus insupportable, pour une raison qu’elle n’identifie pas vraiment. Alors, ses prunelles le fuient, elle fixe la table, lui trouve soudainement beaucoup d’intérêt. Elle trouve un certain réconfort dans le silence avant qu’il ne le brise une fois encore. Le diagnostique qu’il pose est tout à fait juste. Pour seule réponse à cela, un hochement de tête à peine esquissé. À peine entamé qu’il est déjà terminé. Peut-être n’a-t-elle même pas bougé, elle ne saurait le dire. « - Je le supporte pas » Les quelques mots lui brûlent la trachée alors que les iris se croisent de nouveau. Il se met à fouiller dans son regard et elle n’a d’autre choix que de le soutenir. À contrecœur.

« - Je fuis, j’élimine les symptômes. Enfin, je fais surtout en sorte de ne plus les sentir. Parce qu’ils sont là, ils sont toujours là. T'arrive à le supporter toi ? Si c'est le cas, partage ton secret avant que je devienne folle » Si ce n'est pas déjà fait. Un souffle franchit la barrière de ses lèvres, lassée. Elle se passe les deux mains sur le visage, le long de ses cheveux blonds, de sa nuque. Épuisée par tout ça. Par ses maux, par tout ce qu’elle ne contrôle pas. Alors, elle se recentre sur la seule chose qu’elle parvient à garder en mains. Sur laquelle elle garde une prise tangible. Son activité, son métier, qui lui permet de garder la tête hors de l’eau. De ne pas devenir complètement folle et de se sentir au moins un minimum utile. Désabusée, elle se penche sur le côté, ouvre un tiroir de son bureau et en ressort en petit sachet transparent. Le tenant du bout des doigts, les comprimés verdâtres dansent dans la petite poche, atterrissent devant Joseph dans un claquement sourd. « - Je prends ça. Testé et approuvé. Ça devrait te convenir. Un par jour ça suffit, deux tu planes au-dessus de tout le monde, trois tu finis comme un légume » Les consignes énoncées plutôt sérieusement, elle se redresse sur sa chaise, croise les bras sur son abdomen. Le geste comme symbole de coopération. Libre à lui d’en faire ce qu’il veut, elle n’est pas sa mère après tout. Elle n’est même pas sûre d’être son amie.
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MessageSujet: Re: The forgetting pill - Mackenzie   Dim 16 Avr - 19:08

Difficile de se perdre dans mon regard inquisiteur, de se laisser fouiller par les deux océans sombres et tempétueux où se devine une houle de lassitude. Ces yeux sont trop curieux, trop intrusifs. Ils l'ont toujours été, depuis qu'ils ont saisi pour la première fois les contours de l'âme qui dort dans un regard, qui n'accepte de se dévoiler que pour les méritants. Il est malaisé d'admettre que l'intimité puisse nous refermer la porte au nez, alors je force toujours un peu. La chimiste n'apprécie pas, mais elle le soutient un moment. Sa voix est sèche, ses paroles suintent d'amertume, d'un mal que je ne peux que trop bien comprendre. Mais nous n'abordons pas la chose de la même manière – je crois que j'ai besoin d'en parler, besoin de déverser ma bile à ce propos et de vomir les non-dits, lorsqu'elle préférerait de toute évidence taire ce qui la ronge. Plutôt reconnaissant qu'elle accepte donc d'en parler, je demeure muet pendant qu'elle s'exprime, boit des paroles qui s'imprègnent dans mon esprit. Pourrir de l'intérieur. Je n'y pense jamais, encore moins en ces termes, parce qu'ils sont beaucoup trop réels. Les lèvres se pincent en une moue peu détendue ; les mots qu'elle pose sont pourtant justes, sur les effets terribles de notre condition. C'est peut-être ce qui rend cette discussion brutalement si pénible ; la vérité, la réalité. Dans le regard qu'elle m'offre, autant de douleur que dans le mien, certainement. Davantage d'acrimonie. Cela fait quelques mois, a-t-elle dit. L'amertume s'effacera peu à peu, laissera place à une lassitude abyssale qui donne le sentiment de ne jamais vouloir s'effacer. Elle se voilera peut-être parfois d'une colère insondable et fulgurante, une haine profonde et sans fondement, si ce n'est celui, intangible, d'un état général. Ce corps, cet esprit, ces pensées, ces sentiments. Ces douleurs chimériques.

Durant le silence, les poumons ont enflé, gorgés d'air – la tension est lourde, brusquement. Ils ne se vident qu'après sa réponse – Je le supporte pas. Le soupir s'enfuit hors de mes lèvres, la poitrine s'affaisse lentement. Non, bien sûr. L'atmosphère est si lourde que je m'attends à la sentir peser sur mes épaules à tout instant. Raidi bien malgré moi dans mon siège, j'abandonne finalement mon regard dans le sien, dans cette fouille perpétuelle, sans vraiment le vouloir. Je n'ai plus envie de nager là-dedans, de sentir le tourbillon de son esprit me lécher la peau alors que j'échappe à peine au mien. Mais impossible de m'y résoudre, comme si le monstre au fond de mon ventre voulait courtiser le sien. La lourdeur de l'air grossit encore, se gave des émotions qui traînent dans la pièce et s'appesantit sur nous.
Elle en a marre et ne veut plus discuter, ça transparaît à travers le moindre de ses gestes, la froideur de ses mots qui, même si elle est définitivement moins agressive, claque à chaque fin de phrase. La lèvre mordue, je l'observe sans mot, sans savoir quoi ajouter. Les yeux sont enfin fuyants, ne se concentrent plus sur les siens ni même sur ses mouvements – ils sondent le bureau, le métal dans lequel rien ne se reflète, le sol propre comme un sou neuf, le vide. Et se posent brusquement sur l'origine du bruit sourd – les doigts aussitôt sur le sachet, je le fourre sans ménagement dans la poche de ma veste, sans même lui adresser un regard. Un énième poison. Les veines déjà défoncées, l'esprit corrompu et intoxiqué – qu'est-ce qui pourrait être pire ?

« Un légume ? Ah, me tente pas... Un comprimé le matin pendant le petit-déjeuner ? » dis-je, vaguement railleur. Parce que c'est bien d'un médicament qu'il s'agit, n'est-ce pas ? Un médicament qui cache le mal, l'enfonce sous le matelas ou l'enferme dans un tiroir fermé à triple-tour. Oh oui, c'est bien thérapeutique. Comme lorsqu'un cancéreux fume un joint pour oublier sa condition de merde. Là aussi, c'est bien d'un cancer qu'il s'agit, non ? Un putain de cancer qui te ronge, te bouffe tout entier, t'engloutis dans sa gueule fétide. La chair pue la mort, l'esprit empeste cette douce démence, et quant aux organes... Je lui adresse un sourire sans joie, reconnaissant malgré tout de l'effectivité du troc. J'ai grillé pas mal de mon fric là-dedans, mais en avais-je réellement une autre utilité ? La tristesse du sourire s'étend, s'allonge sans que je le contrôle. Putain de condition. « On s'y fait ; 'Marche ou crève', quoi. Mais, non, je le supporte pas. » Léger silence, confus et hésitant. « J'y cède. » Un souffle, et le regard fuyant qui va avec. J'ai besoin d'en parler, parce que je n'en parle jamais. Et maintenant qu'on y est, j'éprouve toutes les difficultés du monde à le formuler. « Je suis passé par tellement d'étapes que je crois que la plupart du temps, je m'y résous. C'est plutôt faible. La bête va gagner. » Un nouveau sourire désabusé se peint sur mon visage. « Ouais, c'est comme ça que je le vois, une sorte de monstre mythique, un truc qui vit dans mes entrailles et qui me bouffe le cerveau. » J'explique, imprécis. Un drôle de mélange entre un mammouth atrophié et un cerf.  

L'envie d'ouvrir toutes les fenêtres du monde est saisissante, pour aérer ce putain d'espace réduit, ces murs étouffants et cette discussion pesante. La lourdeur des mots s'enfonce dans ma peau, s'écrase finalement sur mes épaules, et le silence est tout aussi accablant que le reste. Tout m'écrase, j'étouffe. Je me souviens des premiers mois avec amertume. L'envie cuisante de frapper, de cogner, de hurler à m'en déchirer les cordes vocales. La sensation que rien ne pourrait me soulager – à juste titre. Chaque visage était horripilant à contempler, chaque paire d'yeux était un supplice à soutenir. Chaque mot était douloureux dans ma gorge, chacun de mes membres me faisait souffrir, et l'idée même de mon image, de mon reflet, de mon corps, mon visage – tout était une véritable géhenne. Aujourd'hui, je suis las. Est-ce seulement aujourd'hui, cette semaine, ce mois-ci ? Ou suis-je devenu si las que je me laisse porter par les courants brûlants du Styx, jusqu'à atteindre finalement l'ultime étape d'un parcours déjà trop long ? Quand est-ce que tout a changé ?
Alors, l'abjecte vérité me frappe de plein fouet. Je n'ai pas envie d'épouser la lassitude. Je préfère encore être un monstre de colère, un animal haineux, aveugle et sourd, muet et indifférent aux répercussions. Mieux vaut subir les affres de la bête qui se fait reine au fond de mon ventre, mieux vaut encore m'user les poings au sang et perdre les derniers morceaux de mon âme dans les tréfonds des enfers plutôt que d'être las. Fatigué, abattu et éreinté. « Je fais semblant. Je fais semblant de m'en foutre, d'être lourd, d'être en colère, pénible ou je sais pas quoi. T'étais saoulée tout à l'heure, parce que c'est plus facile pour moi d'agir sans réfléchir à rien, de faire comme avant. Comme quand j'étais sûr de tout. Mais le problème, c'est que je réfléchis plus jamais, je pense plus à rien. Je pense plus assez. J'ai peut-être tout endormi, peut-être que ça se réveillera plus jamais, que... » Un haussement d'épaules suivi d'un soupir. « J'envie ta colère, ce truc latent qui te bouffe, parce que je l'ai tellement étouffée qu'elle a tout emporté avec elle. » C'était peut-être indélicat de lui dire que je jalouse ce qu'elle doit profondément détester, mais c'est la pitoyable vérité.

Putain, y a même pas cinq minutes j'ai plaisanté sur le fait de devenir un légume. Et même ça, même ce fait, si avilissant soit-il, ne me soulève pas le ventre – non, ça me donne envie de soupirer, de fumer une clope, de boire un verre. Il devrait éveiller en moi les pires pulsions, il faudrait que je sois saisi de l'envie irrémédiable et bouillante de tout péter dans ce putain de labo, de vomir toute ma colère, de ressentir n'importe quoi, quelque chose. « C'est con de le réaliser maintenant. » Maintenant que j'ai dépensé une fortune pour passer à l'étape supérieure. « J'm'en servirai, va. Quand j'aurais plus envie de sentir. C'est le serpent qui s'mord la queue, cette histoire... » Silence, vague moue d'excuse suivie d'un pauvre sourire. « T'as été la victime malheureuse de mes émois, j'espère que c'était pas trop perturbant. »

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MessageSujet: Re: The forgetting pill - Mackenzie   Sam 29 Avr - 14:39




Vérité pénible à admettre. Poison difficile à avaler. À accepter. Les mots qu’elle rechigne à prononcer lui arrachent la gorge. Lui brûlent la trachée et démangent ses tripes. Sa langue vient claquer son palais avant qu’elle ne laisse de nouveau le silence pesant les envelopper. Elle se pince les lèvres, regretterait presque d’avoir fait preuve d’autant de sincérité envers cet homme dont elle ne sait vraiment rien. Les explications viennent pourtant d’elles-même. Les réponses s’enchaînent et avant que la chimiste ne s’en rende compte, la voilà à découvert. Un échange de bons procédés après que le souteneur lui ait aussi livré ses secrets, ses tourments. Un supplice moral qu’elle partage mais ne comprend pas. Ne contrôle pas non plus. Complètement désemparée, inapte à se battre continuellement contre cette nature anormale. Faisant d’elle un espèce de cobaye artificiel. Un combat perdu d’avance. Qui l’épuise jour après jour et use ses nerfs jusqu’à la moelle, la tuant à petit feu. Elle le sait. Elle finira par lâcher prise et se laisser totalement aller, posséder par le parasite qui lui grignote la cervelle. Elle finira par laisser tomber, trop éreintée par la guerre qu’elle mène contre elle-même. Et quand ce moment arrivera, elle ne se reconnaîtra plus du tout. Pas seulement son reflet, mais sa personne dans son entièreté. Elle, qui se voit déjà comme un monstre, ne pourra pas tolérer d’en devenir un pour de bon. Mais puisque, pour le moment, il semble qu’aucune solution n’existe à ce qu’elle est devenue et qu’elle ne peut nommer, alors la fatalité finira toujours par la rattraper. Elle ne pourra pas y échapper et cette simple éventualité l’effraie. Plus qu’elle ne veut bien l’avouer.

« - Ça m’est égal, je suis pas ta mère », soupire-t-elle quelque peu exaspérée. Lassée par cet entretien qui s’éternise. Elle peut sentir ses veines se dilater sous l’effet de l’impatience qui grandit. Les secondes s’égrènent et elle se sent de moins en moins bien. Comme si l’air venait à lui manquer. Et le ton railleur de Joseph n’arrange rien à son mal être. Malaise inhumain qui s’enhardit à chaque minute et prend de plus en plus de place dans son environnement. Affaiblie, la junkie reprend le dessus sur la chimiste. Le manque se fait soudainement cruellement ressentir et la tentation se trouve partout autour d’elle. Le temps devient son supplice. L’attente une torture. Le silence est une lame qui la transperce de toutes parts. Elle a pour habitude d’ignorer sa condition pour ne pas la rendre réelle. En parler la pousse au vice. Et elle déteste ça. Se déteste pour ça. Elle a l’impression horrible de nager en plein cauchemar, aux prises avec ses démons. Une odeur de mort vient lui chatouiller les narines et elle colle sa main devant sa bouche pour s’empêcher de vomir. Le teint livide, elle s’affale bien au fond de sa chaise et tente de se détendre, en vain. Le regard qui fuit celui du vis-à-vis pour ne pas avoir à s’y confronter. Pour ne pas devoir se justifier. Les paupières se ferment pendant une seconde. Une longue seconde alors que les explications du souteneur s’éternisent sans qu’elle n’y prête vraiment attention. Elle souffle, d’un souffle prolongé et inspire, gorge ses poumons d’air dans l’espoir d’y retrouver une once de pureté. Mais rien n’y fait. Elle étouffe. Et bien qu’elle sente l’oxygène parcourir sa trachée jusque ses bronches asphyxiées, elle suffoque. Se noie sans se débattre. Un combat acharné qui ne connaît pas de fin. Pas de conclusion.

« - Je vois plutôt ça comme une bactérie qui se démultiplie de manière exponentielle et qui détraque chaque zone de ma cervelle l’une après l’autre. Chacun son truc » La chimiste qui s’éveille. Elle se referme sur elle-même alors que l’autre se montre de plus en plus expansif. Et le sourire lassé qu’il lui adresse la laisse de marbre. Elle se fait brève en explications. Ne s’attarde pas sur les détails parce qu’elle n’en a pas à offrir. Tout cet entretient repose sur le hasard. Ils n’étaient pas supposés se parler plus que de raison. Elle n’était pas censée révéler ce qu’elle s’évertue à cacher depuis des mois. Il n’était pas censé rester. Mais le voilà qu’il brise de nouveau le silence qui s’était instauré entre eux. Dommage. « - Une chose est sûre, c’est que, malheureusement, t’as pas perdu ta voix » Horriblement omniprésente, pesante. Elle envahit son univers et vient gratter son épiderme endolori jusqu’à susciter sa colère. Elle tente de la ravaler, pourtant, de ne rien laisser paraître. Léger sourire blafard. « - La colère, c’est pas le pire dans tout ça. C’est l’impuissance. T’as rien à envier, je t’assure » Elle l’avoue presque par dépit. Sans se rendre compte de ce qu’elle dit. Un souffle morbide échappe à ses lèvres, elle laisse sa volonté s’évaporer doucement et passe une main des ses cheveux, désabusée. « - J’espère bien que tu t’en servira. C’est une bonne affaire que tu fais là, crois-moi. Tu trouvera rien d’aussi efficace sur le marché et j’en sais quelque chose » Évidemment. Elle connaît sa valeur. Bien qu’elle ne soit plus vraiment elle-même depuis plusieurs mois. « - Perturbant ? C’est pas le mot que j’emploierai non mais laisse tomber. J’espère que ce sera efficace » Un geste de la main vers la poche du souteneur pour désigner le petit sachet transmis. « - N’hésite pas à revenir, c’est un plaisir de faire affaire avec toi » À son tour de sourire largement. Référence non dissimulée à l’enveloppe généreusement donnée. Si tout ses clients pouvaient être d’aussi bons payeurs, elle s’en porterait bien mieux c’est certain.  
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MessageSujet: Re: The forgetting pill - Mackenzie   Mer 24 Mai - 21:01

Tu sais, comme rien ne tombe jamais au bon endroit au bon moment. Cette façon qu'a l'univers de te regarder espérer sans cesse, de t'agiter la carotte sous le nez. Tu avances et tu cherches, parfois dans le brouillard, parfois à tâtons. Parfois les paupières closes sur ce que tu as peur de contempler, les bras tendus malgré tout, dans l'espoir de l'effleurer avant de l'apercevoir. Ce quelque chose, ce qui te fais te mouvoir sans cesse et qui t'incite à chercher sans arrêt. Parfois, tu effleures quelque chose, alors tu t'y agrippes, parce que tu es persuadé d'avoir trouvé – mais il aurait fallu battre des cils et laisser un peu de lucidité courir jusqu'à ton esprit. C'est exactement ce que je ressens lorsque je te regarde. Le besoin de parler me brûlait les tripes et me rongeait les lèvres, la langue brûlante de cet acide que je devais laisser s'écouler, comme le liquide de la plaie. Ça ne coulait plus, et j'ai forcé dessus, j'ai appuyé tant et si bien que la chair est martyrisée, écarlate de mes assauts incessants, insupportables. Il fallait entrer poliment, payer, repartir. Ne pas s'asseoir, ne pas discuter. Parce que j'essaie vainement de converser avec un mur, un autre meuble d'inox froid, une surface qui ne réfléchit rien. Dans ses yeux, rien que de la lassitude, de l'agacement, et le brasier dans mon ventre m'étouffe. C'est étrange, comme on se jette au cou de ceux qui ne veulent pas de nous. Je pince les lèvres, étire un bref sourire sur mes lèvres. Inutile de lui répondre davantage. Je ne parviens pas à imaginer son malaise, à écouter les chuchotements du monstre qui suintent du moindre de ses pores, de son influence qui coule de ses prunelles. Vexé, drapé dans un ego si facilement bafoué, je détourne les yeux de son visage.

Et pendant que la chose lui infligeait ses misères, les mots s'écoulaient de mes lèvres, impatients et avides de se heurter à une oreille compatissante. Égoïstes et intimes, ils ont tenté dix fois de se faufiler jusqu'à elle, de lui crever les tympans pour exister. Les chats qu'elle avait à fouetter prennent le dessus et les lèvres se pincent d'autant plus. L'acide qui s'écoule de ses lèvres m'incite à recoller un regard brûlant sur elle. Inutile de répondre. Elle est agacée, fatiguée, c'est une putain de garce qui... Non, non. Le grognement du monstre frémit dans mon ventre et les dents se serrent. Il transforme son image, elle m'apparaît comme la pire emmerdeuse que j'aie jamais rencontré et ses traits se transforment à mes yeux, légèrement plissés. Oh, tu voulais discuter, Joseph. Tu voulais t'épancher, tu voulais pleurer contre une épaule compatissante, désireux de sentir le long de ton dos et dans tes cheveux quelques doigts réconfortants. Une pression amicale, une voix douce qui te demanderait de poursuivre. Parler du monstre qui vous habite autour d'un café, se raconter ses malheurs et comparer l'atrocité qui vous habille dans le miroir, l'un après l'autre. Oui... Le susurrement est mielleux, j'entends son sourire et je discerne le brillant anormal de ses yeux, l'imagine comme s'il se trouvait face à moi. Comme si Mackenzie revêtait l’œil perçant et moqueur de la chose.
Un drôle de sourire se peint sur ses lèvres tandis qu'elle met fin à tout ceci. À ce qui n'aurait même pas du exister, à une discussion que je n'aurais jamais du provoquer. Je me redresse avec lenteur et étrangle l'enfant froissé, humilié qui geint dans mon crâne. Tais-toi, sale bête. Vous êtes trop nombreux à rôder autour de moi, trop de facettes inutiles et multiples, incapables de coexister. Tu ne vaux pas mieux que l'horreur qui sévit dans mes entrailles.

La chaise traîne lentement au sol, rejoint sa place initiale, loin du bureau. Gestes mécaniques et d'une étrange lenteur, je m'immobilise une seconde devant la table d'inox. La boule gonfle dans ma gorge – mais il ne faut plus parler, il faut se taire et se retirer poliment. Comme il aurait fallu le faire des tas de minutes auparavant. La salive s'accumule entre mes lèvres, flot de paroles étouffées et sans intérêt. Inutiles, inutiles, me répété-je. Mais prononce-les, lâche un peu de venin, fais-toi plaisir ; le monstre s'y joint, susurre, enfle dans ma tête et le léger bruissement revient. Il se fait parfois oublier, revient en force, disparaît, survit en éternel bruit de fond. Un léger sourire étire mes lèvres, calme et amer. J'acquiesce à ses dernières paroles. « Ouais, j'en ai eu pour mon fric... Ça m'a l'air d'être très efficace sur toi. » Les quelques syllabes sont soigneusement détachées. J'ai envie de renverser son putain de bureau, d'éclater le moindre objet de verre qui trône sur ses étagères, de lui écraser le visage contre cette surface étouffante et omniprésente, si fort qu'elle sera obligée de s'y contempler. De regarder ce qu'elle est, ce qu'elle devient, d'observer le fantôme qui la quitte tranquillement, remplacé par la maladie, le monstre, la chose. Quant bien même je ne l'aurais pas connue avant, je sais ce qu'elle traverse. Le sourire s'élargit. « Un plaisir partagé, c'est sûr. Alors... Merci ? » Je hoche lentement la tête, la gratifie d'un vague signe de la main et déambule sans me presser dans le laboratoire, me dirige vers la sortie. Un plaisir de rien du tout. Son hypocrisie est douloureuse à affronter, et j'ai l'impression de quitter un ring les deux pieds devant. Il ne faut même plus essayer, Joseph. Il n'y a qu'à se laisser vivre, comme elle le fait – Mackenzie, elle a tout compris. Elle sait comment gérer ce qui lui arrive, elle laisse sa bactérie l'embrasser, parler pour elle, et ce sont ses prunelles que tu observais derrière ses grands yeux. Fais-le, toi aussi ; recommence, n'essaie plus de te mesurer à une ombre plus imposante que toi.

« Et, Mackenzie ? » Dans l'encadrement de la porte, je tourne le visage vers elle de trois-quarts et ne croise pas son regard. Une silhouette au coin de l’œil, tout au mieux. Dis. Quand tu seras devenue tellement imbuvable, tellement détestable, que personne ne voudra plus jamais te croiser dans un couloir, ni t'adresser un seul mot, tu feras quoi ? Le monstre s'en délecte – ce jour-là, nous regarderons, me chuchote-t-elle. Nous observerons la chute sans fin, la dégringolade, la bave aux lèvres et le sourire satisfait. Satisfait de quoi ? Un grognement s'échappe de mes lèvres. « Laisse tomber. »


FIN DE SUJET .

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