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 Poussière, alcool et conneries [PV Tristan]

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MessageSujet: Poussière, alcool et conneries [PV Tristan]   Dim 26 Fév - 22:03


C’est une vieille maison abandonnée. Recouverte de gris et de vents. C’est un souvenir surgi d’une mémoire désordonnée, pleine de latence et de griffes jamais cicatrisées.

Deux hommes devant elle. Calder parmi eux.

- On m’a dit que ça me rappellerait des souvenirs.

Chez certains, tout est dans les yeux ou la bouche. Chez lui, c’est la peau. Peau électrique, expressive, sensible. Peau qui le gouverne. Au bout des doigts, autour des ongles, la peau le tire. Contre la paume, contre les métacarpiens, la peau le mène.

La porte. Poussée. Un soupir de poussière réveillée. Le grand hall s’éclaire pour la première fois depuis longtemps. Des sifflements de vents pris dans les débris de vitres des fenêtres hautes.

Calder entre. Le rire dans les yeux autant que contenu dans la gorge.

- On m’associe à trop de vieillesse… Mais ça ne m’étonne pas que des rumeurs circulent sur cet endroit.

Un coup d’œil circulaire.
Un silence de pierre.
Le grand escalier de marbre figé.

- BONSOOOOOIIIIIIIR.

Salue à voix haute celui qui traverse l’entrée en météore. Tant pis pour le silence des ancêtres, les siècles de révérences et les dorures compassées. Celui qui s’est habillé d’un costume foncé et d’une chemise blanche ne s’intéresse qu’aux promesses de peur, d’angoisse et de mugissement. Il passe. Il a une bouteille à la main. Il fonce. Il oublie. Les ancêtres, les siècles et les dorures. Il circule. Déambule. Sa peau ne sent ni le froid, ni le vent, ni les fantômes. Sa peau ne sent que le lisse de la bouteille.

En haut du grand escalier de marbre, dans une chambre lambrissée, un landau de satin bleu se laisse bercer par le vent. Au mur, le portrait de l’enfant qui n’a pas eu le temps d’être rassasié du lait de sa mère. A sa droite, le portrait de la mère qui n’a pas eu le temps de l’aimer. A sa gauche, le portrait du père qui n’a eu le temps que de les pleurer.

En bas du grand escalier de marbre, loin dans les boyaux de la vieille maison abandonnée, le sorcier s’exclame, tout à son affaire de trouver de quoi…

- Ici, Tristan.

De quoi se prouver des choses que personne ne leur a demandé de prouver. Des choses d’hommes qui n’ont grandi que de leurs os et de leurs muscles. Des choses qui réveillent les cœurs, les âmes, les impalpables et les intangibles.

C’est un petit salon. Un boudoir, diraient les femmes amoureuses de ce mot. Une de ces pièces feutrées où les tentures décharnées ne peuvent plus arrêter la lumière. Où les vitres brisées ne peuvent plus arrêter la lumière. Où la lumière y est pourtant grasse, triste, lente et sans vie. De la pluie est tombée sur le parquet. Une odeur d’eau rance. De violette fanée. Sillage de femme. De sucre et d’éthéré. Des bouteilles d’alcool éventrées…

Il se penche vers le ‘bar’ d’époque. Bouteilles d’époque. L’alcool conserve bien. C’est dans sa nature de figer ce qu’il touche.

Il souffle sur les bouteilles. Nuage âcre. Alcools sucrés. Alcools de femmes.

- Je n’avais même pas besoin d’apporter une bouteille.

De gestes rapides, il pose les bouteilles encore intactes sur la table basse.

- Je pense qu’on en a pour un moment avant de voir le début d’un museau de fantôme ou de bestiole… Tu oses l’alcool vieux de plusieurs dizaines d’années ?

En haut du grand escalier de marbre, dans une chambre lambrissée, le landau de satin bleu n’est plus bercé par le vent. Au mur, le portrait de l’enfant qui n’a pas eu le temps d’être rassasié du lait de sa mère tombe sur le sol.

C’est une vieille maison abandonnée. Recouverte de gris et de vents. Et aujourd’hui, elle résonne de bruits, de couleurs et d’hommes abandonnés.
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MessageSujet: Re: Poussière, alcool et conneries [PV Tristan]   Lun 6 Mar - 23:16


« Silence, no I am !
No I am, silence
Bright and clear, it's what I am
Silence, no I am »



Calder & Tristan
featuring

Il remuait les doigts légèrement, comme s'il effleurait les touches d'un piano invisible. La sensation du métal froid contre ses phalanges était presque encore là, le couteau comme symbole provocateur. Le couteau comme jouet pour deux étrangers. La distraction de Tristan le plongeait dans la torpeur, ses pensées étaient éteintes, son esprit déconnecté. Ses yeux noirs, des yeux en amande, ne se posaient pas sur l'autre, ils regardaient ailleurs, ils étaient toujours ailleurs. Peut-être qu'effectivement des souvenirs pourraient être déterrés des mémoires, ranimés par la force étrange qui imprégnaient ces lieux. On a dit, on a dit. "On" disait toujours beaucoup de choses. Tristan quant à lui ne dit rien quand il suivit son acolyte, s'engouffrant dans l'austère demeure aux parfums surannés. La grande bâtisse nimbée de son charme mystérieux ne lui était pas inconnue puisqu'il l'avait visitée, un peu moins d'un an auparavant. Le jardin qui l'entourait était envahi par les ronces et la vieille grille de fer forgé était bien rouillée. L'aile gauche du bâtiment portait encore les traces d'un incendie ancien qui avait détruit une partie du toit et noirci tout un pan de la façade. L'aile droite était recouverte par le lierre, dans un contraste saisissant qui inspirait à Tristan l'opposition entre la vie et la mort. Il avait eu envie de l'acheter. La chose n'avait pas été possible et pourtant...

Calder éleva la voix, Tristan ferma les yeux. Il n'aimait guère les cris ou les bruits trop stridents. Déjà, le trublion s'engouffrait dans l'intimité de la demeure, la bouteille en guise d'étendard, envahissant les lieux de son insolente présence. Le bruit des pas de Tristan étaient en partie étouffés par la couche de poussière quand il suivit le son de la voix jusqu'à rejoindre le petit salon. Il écarta avec soin une mèche sombre de son visage en posant les yeux sur les bouteilles présentées. Ses cheveux étaient longs à présents, ils touchaient les épaules de son blouson. Son accoutrement moderne, jean et t-shirt trop étroits, tranchaient avec l'ancienneté de son regard. Ses doigts n'étaient plus gantés, plus cette fois. Ils auraient pu être éraflés, voire profondément égratignés par la lame, un peu plus tôt, mais cela n'avait pas été le cas. Tristan prenait des risques, de plus en plus souvent. Pourquoi ? Et pourquoi pas. Il se laissait porter par ses pulsions comme une plume par la brise, sans se poser plus de questions. Il hocha la tête au défi prononcé, redressant enfin son regard vide pour se figer dans celui de l'autre. Calder évoquait les fantômes, les bestioles, des chimères. Étrange perspective que de les imaginer affublés de museaux.

« J'ose. »

Il allait s'approcher mais se figea lorsque le bruit d'une chute à l'étage résonna sourdement. Une grimace troubla l'impassibilité de ses traits, tordant ses lèvres pleines pour une infime seconde. Tristan poursuivit néanmoins son mouvement, allant rejoindre la table basse où des bouteilles encore poussiéreuses venaient d'être alignées. Il en saisit une au hasard, en ôta délicatement le bouchon de verre, finement ciselé, et en huma le goulot dans une distraite curiosité. L'odeur qui s'en échappa lui paru trop lourde, suave et étourdissante à la fois mais écœurante à n'en point douter. Dans ces circonstances aussi insalubres qu'illicites, Tristan estima qu'il était inutile de s'encombrer de bienséance. Pas la peine de chercher un verre. Aussi, ce fut un sourire léger qu'il concéda à son compère, trinquant à sa santé d'un geste vague avant de porter le goulot à ses lèvres, pour en boire une honnête gorgée. L'alcool humecta sa langue et son palais avant de brûler sa gorge, dans un mélange aussi rêche que sirupeux. Il réprima un haut le cœur aussi proprement que possible, reposant la bouteille dans un léger haussement d'épaules.

« C'est immonde. » Il n'aurait pourtant rien recraché. Sous couvert de politesse, son orgueil le lui défendait. « Je te laisse apprécier à ton tour. A voir si ces breuvages te rappellent en effet des souvenirs. » Sa voix était toujours basse, presque trop douce en contraste avec son regard froid et sans vie. A quand remontait sa dernière prise d'alcool, il n'aurait su le dire. Peut-être à cette époque lointaine, à bord de la frégate, où les marins le raillaient, l’exhortant à s'imbiber de rhum pour prouver sa résistance, son courage ou d'autres qualités censées s'y associer. Mais à part être malade et perdre ses réflexes, à quoi l'ivresse pourrait bien le conduire ? A rien, indubitablement. Mais cette gorgée généreuse n'avait fait que le réchauffer pour l'instant. Il recula, appréciant l'ambiance de ce petit salon au papier peint flétri. Les rideaux déchirés se balançaient doucement sous la brise. Il faisait plus froid à l'intérieur qu'au dehors. Désormais le corps de Tristan était chaud. Sa curiosité décuplée. Il inclina la tête. « Qui crée les rumeurs ? » Les autres, la foule, les gens. Le "on" anonyme, la masse mouvante et indéterminée, le flux de l'inconnu. Ceux qui associaient Calder à trop de vieillesse, ceux qui empêchaient Tristan de posséder cette maison dont personne ne voulait. Il n'avait pas assez d'argent, et alors ?

A l'étage, un hurlement étouffé empêcha néanmoins Calder de répondre à cette question qui resta en suspens. Cette fois, Tristan ne cilla pas, son regard rivé à celui du provocateur. On aurait pu croire au son provoqué par le vent qui s'immisce entre les carreaux brisés, ce genre de courants d'air qui faisaient claquer les portes. Pourtant, cette plainte ressemblait un vagissement d'un bébé affamé et ce cri se mêla un moment aux grincement des vieux parquets avant de se perdre dans les tréfonds de la demeure. Tristan ne releva pas. Il se contenta de sonder l'âme de son compagnon d'un regard aiguisé. L'intérêt semblait naître enfin dans ses prunelles aussi sombres que ses iris, lesquels se confondaient dans une mer d'encre et s'ornaient désormais d'un sensible éclat. Au fond de lui, l'esprit démoniaque mugissait de la même manière qu'un spectre, dans un écho morbide que lui seul entendait. Il savait, il savait bien que cette maison était hantée et qu'il ne s'agissait pas de simples rumeurs. Il en avait fait les frais l'année précédente, son banquier ainsi que l'expert immobilier avaient tous deux été assassinés. Lorsque les pleurs s'élevèrent à nouveau, plus distinctement, il prétendit ne pas les entendre, sa voix trop basse les surpassant à peine.

« Bois et parle moi de tes souvenirs »





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MessageSujet: Re: Poussière, alcool et conneries [PV Tristan]   Sam 11 Mar - 22:14


Il flotte des poussières, des cendres et des particules du passé. Il flotte une aura de neige autour de Tristan. Tristan très contrasté, introublé et presque triste. Il semble se densifier, Tristan, à chaque fois que la maison laisse échapper ses étrangetés. Il semble se dissoudre, Tristan, quand l’étrangeté de la maison est passée.

Il y a des hommes qui se comprennent, d’autres qui se perçoivent. L’homme aux cheveux noirs est de cette veine. Et Calder, tout en rayonnement blond, à la frontière de lui-même, à ce seuil des infra-rouges émis par les vivants, intercepte invisiblement les fréquences de cet autre. Des fréquences de givre éparses sur sa silhouette.

Qui est Tristan ?

Qui boit l’alcool.
Qui s’avance vers la petite table marquetée.

Qui est Tristan ?
Quels sont ses courages ?
Quelles sont ses bassesses ?

Qui dépose l’alcool sur la petite table.

Le sorcier avance sa main vers la bouteille avant qu’elle ne touche le bois, dans cet intermède où les choses sont en suspens, entre l’état d’objet d’attention et l’état de délaissement inerte.
Pour lui, ce serait l’occasion. De frôler les doigts. De descendre la magie sensible dans le derme de cet autre. De discerner son sang. De palper sa nature.

Qui est Tristan ?

Humain ou monstre ou inexploré ?

A la dernière seconde, il voit en son vis-à-vis l’homme contemporain, mince, que ses vêtements très ajustés rendent maigre. On dirait un enfant au corps grandi trop tôt. Des traits pris dans une glace imaginaire. « Les apparences sont trompeuses » murmure la conscience du soldat. L’hésitation suffit. La main ne touche que la bouteille, l’étiquette qui s’effrite. L’objectif se désagrège et Calder laisse le doute planer sur la nature de cet autre. S’assied à moitié dans la bergère au dos obèse et aristocrate. Boit …

- Mh. Le vin a tourné.

Grimace.

Des pleurs de nouveau-né traversent les murs centenaires. Chassent le doute du sorcier. Troublent les méditations.

Il y a une cristallisation douloureuse dans les plaintes, quand les gorges sont mortes, qui trahit la nature fantôme de ceux qui les crient. Le vieux bois grince.

Tristan, impassible comme l’inorganique.

Qui est Tristan ?

« Bois et parle moi de tes souvenirs »

Surprise. Silence.

La question partagée.

Son esprit reprend le cours de ses pensées.
Et Calder rit. D’un rire amusé, presqu’or, d’un certain âge, sans l’éclat des rires adolescents, un rire plutôt mordoré.
La brillance du rire traverse les pierres, le grand escalier, le marbre, le bois. Se dépose dans la chambre aux murs lambrissés. Chatouille les ombres.

- J’ouvre la bouteille apportée, donc.

Il l’ouvre vite, boit le quart. Vite. Dépose ce qui reste.

Alors Calder, pour Tristan et pour les ombres, raconte.
Il raconte les plaines de Canterburry.
Là où les catins meurent dans la boue.
La fange. La pluie. Les maladies.
Les tiroirs noirs pleins de perle et de nacre.
Sa mère venue d’un autre pays.
Les grandes étagères pleines de livres de cuir.
Son père respectable, britannique.


Il raconte et ses inflexions prennent les volutes des anglais du siècle passé. Quelque chose d’onctueux dans les basses et d’un peu âcre dans les aigus. Il a la voix des tactiles éduqués : concrète. Corporelle. Elle cherche les attentions. Celle de Tristan et celle des ombres.

Dans la chambre au landau immobile, le bois cesse de craquer.

Il raconte la famille exquise et aimante.


Oh, il ment.
Il ment comme il respire.
Ses muscles se tendent. Prêts à bondir. Pourtant il se love dans la si douce bergère. Il aime mentir. Les mensonges sont plus beaux que la vérité. Sa voix s’aggrave de suavité. Il cherche les ombres.

A l’étage, une porte s’ouvre lentement. Ses gonds muets. Une brise. Le choc de la poignée de faïence bleue contre le mur.

Les multiples amants de la mère.


Il lance un regard faussement désolé à son vis-à-vis. Un sourire qui lui demande s’il devine ce qu’il veut faire. Et s’il aime, lui aussi, les confrontations avec les âmes qui ont eu peur de disparaitre.

Dans le grand escalier de marbre, un pas léger.

La colère du père.


Dans le petit boudoir, la lumière vespérale faiblit. L’ombre couleur schiste des arcades sourcilières cache le bleu des yeux du sorcier. Il se penche en avant. Désire voir le visage de Tristan.

Dans le grand escalier de marbre, un petit gémissement.

Les coups tonnerre du père.
Les cris déchirants de la mère.


Sa voix cherche. Cherche. Attire.

La porte du petit boudoir frémit. Par le trou de la serrure, un regard se faufile.

Calder tourne la tête. Au petit fantôme qui ne pleure plus, il ne montre que son profil. Droit, aux saillances arrondies. Il continue à sourire. Ses yeux tournent dans leurs cavités oculaires vers l’autre vivant.

- Et il a tué mon frère. Ma mère. A toi, Tristan. A moins que tu n’aies peur de l’alcool que j’ai apporté ?
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MessageSujet: Re: Poussière, alcool et conneries [PV Tristan]   Ven 17 Mar - 17:07


« Silence Here I am »



Calder & Tristan
featuring


Silence. C'était un large fauteuil à dossier rembourré, avec joues, manchettes et coussin sur le siège. Le tissus était luxueux bien qu'élimé et sali par les années, une couleur fade et vieillie mais nostalgique à la fois. En s'y asseyant, Tristan ferma les yeux. Il avait lestement esquivé tout contact tactile et il abrita de même son regard pour un temps calculé. Les rires de l'autre le caressaient comme une brise mais il ne parvenait guère à les interpréter ni à en décomposer les éclats. L'un se posa sur son front, l'autre sur son épaule, le dernier sur sa main. Il remua doucement les doigts. Tristan était distrait. Son regard vide s'orienta à nouveau vers celui de Calder, sans même songer à lui renvoyer une bribe de sourire social. Le faciès rieur du britannique n'était pour lui qu'une énigme, sa gestuelle et ses intonations ne l'aidaient en rien à deviner ses réelles émotions. Il l'observa boire et laisser ainsi disparaître une quantité significative d'alcool au fond de son gosier, sans paraître en souffrir. L'un des sourcils noirs s'arqua. L'homme était peut-être un puits sans fond. Me voilà.

Il croisa les jambes, le dos droit contre le dossier, les bras posés contre les accoudoirs, solennel et arrogant. Le t-shirt trop étroit portait les inscriptions "endless, nameless." dans des caractères modernes pour un titre d'une chanson punk que Tristan ne connaissait pas. Calder parlait, il l'écoutait et l'observait. Le langage non-verbal était toujours un mystère pour lui et, si ce n'étaient les dons de son esprit maudit, il n'aurait distingué la limite entre jeu et sincérité. Les mots s'unirent et se désunirent sous les inflexions de la voix du britannique et Tristan vit se dessiner dans son imagination les contours des souvenirs racontés. Certains véridiques et d'autres factices. La curiosité brillait dans son regard attentif mais son visage restait neutre, orienté vers l'homme qui parlait. Lui-même ne prononçant pas le moindre mot. Les mensonges se colorèrent sitôt qu'ils furent articulés et Tristan inclina la tête avec perplexité. Mentir était plus difficile pour lui que cela ne semblait l'être pour son vis à vis. Les masques du théâtre ne lui allaient pas. Alors il resta silencieux, jusqu'à ce que les lueurs du crépuscule baissent contre le sol, que leurs visages soient plongés dans les ombres et que l'invitation soit prononcée. Pour Tristan ou un autre.

La température de la pièce avait chuté. Le drame décrit par Calder trouva sa conclusion dans son sourire, alors qu'il exposait les morts comme on pose un pot de fleurs sur une table. Tristan ne s'en offusqua pas. L'alcool rendait prolixe. Le deviendrait-il à son tour ? Il ne le pensait pas. Le défi n'en engendra pas moins l'effet escompté sur le jeune homme aux cheveux sombres qui se redressa avec aisance pour ramasser vivement la bouteille entamée. Il n'avait jamais peur de rien ni de quoique ce soit, n'en déplaise à cet outrageux trentenaire au rictus trop moqueur. Sans un mot, dans un silence hermétique, il bu la peur, inclinant la tête en arrière pendant que le poison brûlait sa gorge, piquait ses yeux et colorait ses joues pâles. Il ne pouvait s'interrompre avant d'avoir absorbé au moins la même quantité que le provocateur et, si l'exercice lui était périlleux, il ne relâcha le goulot que pour reprendre son souffle, les paupières closes et les lèvres humides. Il se les essuya du plat de la main, n'ayant aucun mouchoir à sa disposition, à l’affût des bruits autour de lui. Me voilà. Silencieux.

La bouteille fut reposée sur la table avec une force mal dosée, elle claqua contre la marqueterie alors que les yeux de Tristan se braquaient à nouveau sur ceux du mythomane. Sa voix trop douce portait en elle l'accent du sud, celui de la Nouvelle-Orléans. Ces premiers mots furent sibyllins, ils s'articulèrent dans un souffle, ils s'adressaient aux murs, aux courants d'air, à l'invisible, leur prononciation lui était inspirée par l'esprit qui corrompait son âme. Une muse pour le damné qui prononçait l'incantation. Et les paroles qui résonnaient dans le crâne de Tristan se mêlaient aux murmures qui s'échappaient de ses lèvres pulpeuses. Et les mouvements gracieux de son corps, rendus plus flous par l'alcool, ressemblaient presque à une danse tandis qu'il se rapprochait du blond britannique. Lorsque le rituel fut exécuté, le spectre de l'enfant, camouflé derrière la porte, se désagrégea doucement. Dans un frisson glacé, son corps diaphane fut aspiré par le trou de la serrure et il s’infiltra dans le petit boudoir, se mélangeant aux ombres.

Je ne suis pas le silence. « Comment a-t-il tué ton frère ? » Lumineux et clair. «Y avait-il beaucoup de sang ?» C'est ce que je suis. « A-t-il crié ? » Crève. « Ta mère a-t-elle assisté à son exécution avant de périr à son tour ? » Je. « Et toi, as-tu vu leurs corps sacrifiés ? » Ne. « Leurs corps ensanglantés... » Suis pas. « Calder. » Le silence.

Autrefois, lorsque Tristan était encore un sorcier, il parvenait à apercevoir les contours vaporeux des spectres. Une nuit, près de deux siècles en arrière, il avait cru voir celui de sa mère, une indienne aux cheveux sombres séparés en deux longues nattes. Désormais, il n'entendait plus que les bruissements des âmes défuntes, quand parfois elles rôdaient non loin de lui, sans plus jamais en distinguer les moindres vapeurs. Mais l'esprit qui corrompait son âme lui offrait d'autres pouvoirs, bien plus captivants. Ses pas l'avaient amené devant la bergère où l'homme blond se lovait et il se pencha vers lui, ses longs cheveux noirs frôlant presque le visage de l'autre avant qu'il ne s'empare de sa main. Il se concentra pour que la chair ne se nécrose pas sous son contact alors qu'il refermait ses long doigts contre sa paume, alors qu'il l'attirait à lui, se penchant dans un même temps pour l'enlacer, son bras libre entourant les épaules de Calder sans que sa main ne relâche la sienne. Une étreinte délicate, chaleureuse et réconfortante pour l'orphelin. Le pauvre traumatisé.

« Je suis... si désolé... »

Tapi dans le creux des ombres, le spectre de l'enfant rôdait, furtif et immatériel. Attiré par les contes macabres, il s'approcha, le parquet craqua sous sa présence et ses contours fluides se matérialisèrent peu à peu, aussi flou qu'un rêve, aussi imperceptible qu'un bruissement. Par delà les fenêtres aux rideaux déchirés, les réverbères du dehors venaient de s'allumer et projetaient une faible clarté dans la pièce poussiéreuse. La poussière qui volait autour d'eux dansait dans le halo orangé, doucement, en apesanteur. Le visage du fantôme était en partie recouvert d'ombres. Il s'avança encore. Et dans cette si faible clarté, on distingua les chairs brûlées de sa joue, son œil manquant et ses boucles blondes calcinées qui ne laissaient qu'une chair à vif sur la moitié de son petit crâne. Pourtant il souriait. Son œil valide brillait. Tout comme étincelaient les yeux noirs de Tristan, un même sourire juvénile rayonnant sur son visage enfoui contre l'épaule de Calder.

Ces sourires n'apparurent que pendant l'éclat vif d'une fraction de seconde. Juste avant que le spectre ne se glisse dans le réceptacle de chair. La proie de Tristan. Sous l'impulsion du rituel, il contrôla le spectre qui se mit à rire avec les cordes vocales du britannique, à rire avec ses tonalités mordorées. Tristan recula, observant la scène. Observant le possédé faire le tour de la salle d'une démarche rapide avant de se laisser choir enfin sur l'un des tapis élimés. Libéré, il gisait là tout seul. Tristan regarda longuement Calder, cherchant ses yeux et sa conscience jusqu'à ce qu'il les capte et leur désigne la bouteille du regard. Ses yeux pétillaient. S'il ne souriait plus, une ébauche de rictus fit frémir sa lèvre.

« A ton tour. Si tu n'as pas peur. »



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MessageSujet: Re: Poussière, alcool et conneries [PV Tristan]   Mer 29 Mar - 23:15

Hors jeu:
 

Etrange Tristan. Qui semble se réserver et se transformer tout en même temps. Pudicité ou malice ?

Tristan parle. Calder n’a pas suffisamment d’attention pour la partager entre deux monstres. A côté de lui, un enfant est entré dans le petit boudoir de femme. Un enfant fantôme dont il ne voit que des cendres grises et des escarbilles rouges. Un nuage de charbon consumé, un reste de foyer éteint qui refuse de se disperser au vent. En haut du nuage, un saphir brille. Un œil unique qui regarde le petit boudoir à travers son cristal bleu. A quoi ressemble le monde vu à travers une gemme marine quand on est un si jeune enfant ?

Mais autour de la main, il y a une chaleur.

Les pensées à l’arrêt.

Autour de la main, il y a une douceur.

La douceur des femmes est légère et fragile. Leurs os sont atmosphériques. Leur force est éthérée. Quand une femme touche un homme, elle lui donne l’impression que le creux de ses mains ne peut pas détruire l’organique.

Mais cette douceur-là est terrienne. Le contact est large dans ses aplats et massif dans ses angles.

Autour de la main, c’est une douceur masculine.

Qui dérange. Calder est de ce siècle pendant lequel la douceur ne s’accordait pas au concept du mâle. Il y a quelque chose d’incongru dans cette conjoncture des touchers. Quelque chose d’illusoire et de désynchronisé. Une fracture entre l’attendu possible et la perception réalisée.

La magie de la Forêt Noire se faufile dans cet interstice des choses. Ses radicelles sensibles se déploient dans la réalité de Tristan.

Au fond de Tristan, entre les fibres physiologiques, une pensée a-biologique. Une créature sans réflexion, pleine d’émois. Une créature qui ressemble à ce qui habite Moriah.

Une seconde chimère en quelques semaines… Faut-il que la magie ait dérapé.

Mais autour du corps, il y a une froideur.

Un gel qui pénètre depuis le derme jusqu’aux muscles. Depuis les muscles jusqu’au sang. Depuis le sang jusque dans les viscères.

- Hh…

Il a un moment blanc. Ses sens perdent leurs consistances. Il a l’impression que ses membres s’écartent loin autour de lui. Sa chair est toujours là, avec sa conscience corporelle presque cylindrique, mais avec une barrière plexiglas entre elle et lui.

Calder devient transparent, rigide et tiède à lui-même. Il est toujours perceptible et connu de lui à lui, mais sans possibilité de jonction entre la volonté et les muscles. Une tangence de nerfs.

Confusément, il entend sa voix. Il perçoit ses gestes. Le tapis sous lui. Tombé ?

Le gel se retire. Et sans le gel, les nerfs retrouvent leurs connexions. Les sens s’aiguisent. Les bruits quittent leur ouate. Les odeurs quittent leur uniformité grasse. Les couleurs se déparent de leur terne. La peau s’ébroue. La magie quitte la peau. La magie appelle.

Dans la maison abandonnée, par la voix.

- Ici. Venez ici.

Dit le sorcier en se relevant. A travers le plafond, on entend les grincements du bois malmené. Les pas bousculés. L’homme s’est redressé. Regarde Tristan. Devant lui, le nuage gris qui a retrouvé son indépendance se balance légèrement dans une brise invisible. Les pas pressés. La porte du petit boudoir s’ouvre brutalement.

Une femme en longue robe de moire ternie. De la dentelle sur le beau décolleté et aux manches pour entourer ses bras fins. De longues boucles. Son cou rouge.

Un homme en complet désuet. De la raideur dans les vêtements empesés. La chemise amidonnée. Arrachée. Sa tête rouge.

La famille des morts semble prête à fêter des noces macabres. Les bouches s’ouvrent. Dents noires et aigues. Des diamants noirs. Les ongles abimés.

Un souffle ample.

Ils se lancent sur Tristan. L’homme à droite. La femme à gauche. Le petit garçon au milieu. Les ongles s’enfoncent. La douleur s’enfonce. Les dents se plantent dans la chair. Les diamants noirs arrachent les vêtements, le sang, la peau.

Un souffle ample.

Dans le petit boudoir, il n’y a qu’un fantôme tapi près de la cheminée, un homme en costume qui détaille le fantôme et le soir.

L’illusion est terminée.

Pas de père. Pas de mère. Pas de haine.

- Tsss… Il y a une différence entre jouer individuellement face à une tierce partie et une intrusion, à ce point, même éphémère.

Dit Calder face à l’enfant de cendres.

Le sorcier passe sa main dans les cendres. Le nuage tourbillonne en courants agités. Le saphir se ternit. Brille à nouveau. On dirait qu’il vient de ciller de son unique paupière.

- Tu l’as choqué. Je les savais susceptibles. Mais pas fragiles. Je m’attends à un retour de flamme.

Il se tourne vers le monstre à deux cœurs.
L’homme en costume face à l’adolescent enveloppe.

- Ainsi tu es une chimère…

Il a l’agressivité sous-épidermique. Une réactivité face à un monde où les hostiles sont une armée.

Il ramasse la bouteille d’alcool. Pleine à moitié encore.

- J’ai envie de continuer l’intrusion. Pour cela, pas besoin d’alcool.

Il renverse la bouteille sur le sol. Une odeur sucrée. Un bruit de petite cascade brutale.
La bouteille vide.

- Si tu perds, je te transforme en animal de compagnie. Si tu gagnes, je promets la folie à ce qui te reste d’humain.

Dans les mains de Calder, la bouteille devient un scalpel brillant.

Au-dessus de leurs têtes, le bois craque à nouveau. Il lève la tête. S’il y a un combat, il sera bref. La maison suinte des âmes qui regrettent le passé. Et les chimères sont bien trop habiles à les manipuler.

Il hausse les épaules.

- A moins que tu ne veuilles continuer à considérer les fantômes comme une tierce partie ? Après tout, nous étions là pour ça au départ.

Un vent se lève dans la vielle maison abandonnée. Il sort de l’âtre froid. Gèle le papier peint sur son passage. Le plâtre part en lambeaux. Puis les murs. Lamelles de pierre. Le cristal du lustre s’envole en flocons acérés.

La maison part en poussière.

Le soir disparait.
La nuit apparait.
Et avec elle, de la neige.

Qui tombe sur les gens. Fond. Glace les peaux.
Qui tombe sur les paupières. Drue. Floute les visions.

Entre les rideaux de neige, on devine une plaine blanche.

Le fantôme disparait.
Calder devient une ombre.

A torrents, il neige.

Derrière Tristan, étouffés par la distance et les flocons, des rires d’enfants.
Des effluves de chocolat et de cannelle.
Des grelots de jouets.
Un froid caustique.

- Je pense que tu as deviné ma préférence.

Et à moins que Tristan ne soit d’humeur à contrarier, la neige continuera à tomber.


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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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MessageSujet: Re: Poussière, alcool et conneries [PV Tristan]   Mar 2 Mai - 14:29


« Mothers, Mamas, Mamas, Mama »



Calder & Tristan
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L'esprit de Tristan s'égarait dans un plaisir diffus, ses pensées étaient volatiles. Les vapeurs de l'alcool endormaient sa vigilance. La frontière entre le bien et le mal lui paraissait confuse mais il ne désirait pas blesser cet homme. Ils allaient jouer, encore, ils allaient jouer. Le silence de Calder ne l'inquiéta pas outre mesure. Il haussa les sourcils, sans un mot, observant le blond se redresser en hélant des êtres invisibles. Point d'attente ne fut nécessaire pour que ces derniers obéissent à l'invitation et lorsqu'ils apparurent, les traits de Tristan se marquèrent par la curiosité. Il ne voyait plus les fantômes depuis près de deux ans. Seul l'esprit le plus faible pouvait logiquement lui être visible, celui sur lequel il avait concentré son rituel. Cependant, il apercevait nettement les deux nouveaux personnages macabres qui avaient fait leur entrée sous l'appel du maître d’œuvre. L'assaut fut brutal, trop rapide pour qu'il puisse l'éviter. Les réflexes de son corps alcoolisé étaient empesés et trop lents. L'attaque le surprit par sa férocité et il chancela en arrière. A la fois, la beauté morbide des morts le dopa confusément. Ses yeux noirs étincelèrent.

Il n'eut pas le temps de réfléchir, la douleur agressa ses sens, son propre sang couvrait les mâchoires impitoyables des spectres. Le souvenir de sa mort illusoire dans l'arène finale des jeux lui apparu fugacement, ce moment où l'armée de squelettes avait fondu sur lui pour le déchiqueter. Il était troublant de se croire en train de mourir et Tristan avait déjà en lui le souvenir de deux morts. L'instinct du guerrier le poussa à se redresser et se battre une fois encore, en dépit de la douleur, du sang perdu, de ses chairs arrachées en même temps que ses vêtements. Le même acte de la même scène semblait se jouer à nouveau. Une décision résonna dans son esprit, comme dans une rediffusion, une sensation de déjà vécu : s'il mourrait, il le ferait debout. Il n'eut pas le temps d'organiser de pensées plus construites. Soudain, aussi abruptement qu'ils étaient apparu, les spectres furent absorbés par le néant.

Tristan se rattrapa au fauteuil. Il cilla puis baissa le regard sur son torse et ses mains, intactes. La douleur avait disparu. Il n'était toujours pas mort. Aux paroles de Calder, il retrouva sa présence qu'il avait presque oubliée, redressant vers lui un regard chargé d'interrogations. Il voyait la forme spectrale dans laquelle jouait la main et inclina la tête de coté, avec perplexité. Ce retour de flamme n'était pas l’œuvre des spectres mais celle du sorcier. Un sorcier qui s'était joué de ses sens en lui infligeant une illusion horrifiante. La douleur avait été si forte qu'elle resterait encore un bon moment dans la mémoire de son corps qui tremblait malgré lui, d'avoir été si sauvagement mutilé. Une réaction purement physiologique. Il respirait trop vite, son cœur battait trop fort. Mais il allait se reprendre.

« Es-tu susceptible et fragile ? » Sa voix encore haletante était trop douce, sans doute l'homme ne l'entendit-il pas. Tristan ne songea pas une seconde à nier sa responsabilité dans l'intrusion, le mensonge ne lui venait pas naturellement. Si Calder paraissait serein, au travers de ses mots, il semblait émettre le reproche d'avoir enfreint certaines règles. Des règles que Tristan n'avait pas souvenir d'avoir mis au point avec lui. Il ne parla pas plus, scrutant le visage flegmatique à la recherche de réponses. La vieille angoisse de dépersonnalisation qui le hantait l'assaillit, troublant son regard. L'alcool dissipait la peine et la tristesse mais l'état altéré de conscience ouvrait davantage son esprit. La voix dans sa tête résonnait plus fort, bien plus fort que celle du britannique.

Mort. Violence. Tu meurs. Tu mens.

Le contenu de la bouteille fut renversé sur le sol, comme pour mettre un terme officiel à leur jeu. Si Tristan n'était pas certain d'avoir compris les paroles de Calder, ses menaces quant à elles, lui furent extrêmement claires. Lorsque le scalpel brilla, le combattant se mit aussitôt en position défensive, un pied devant, jambe fléchie, l'autre pied derrière, jambe tendue, les épaules de face. Il envisagea froidement les risques qu'il encourrait. La déception n'existait pas, tout était question d'adaptation aux nouvelles donnes. La curiosité le démangeait mais Tristan se refusa à prononcer la moindre question supplémentaire, sa fierté le lui interdisait. Il redressa la tête avec arrogance. En combat rapproché avec une arme blanche, il fallait être prêt à esquiver ou parer le coup. Il restait concentré sur l'ennemi tout en demeurant attentif à l'environnement et aux possibilités d'attaques venant d'autres directions, tout en gérant la distance afin d'avoir le temps de réagir. Et puis tout disparu, laissant place à la neige.

Tristan aimait la protection du silence.
Je ne suis pas le silence
« Pourquoi une chimère ? Pourquoi des "restes" d'humain ? »
Tristan aurait préféré ne plus poser de questions.
« On m'a reproché la folie toute ma vie. Que m'importe. »
Mort.
« Je préfère me donner la mort qu'être soumis à un sorcier. »
Violence.
« A la mort du métamorphe, il la ressentirait jusqu'au fond de ses tripes. »
Brillance.

Tristan frissonna. Le froid était mordant. Il resta attentif à l'ombre qui se perdait au sein des rafales venteuses. Derrière lui, il entendait les rires d'enfants, de ces fantômes qu'il ne voyait pas. Il les ignora et s'avança résolument dans le chaos blanc pour foncer droit sur la silhouette opaque, alors que la bise glacée fouettait ses joues et agressait ses yeux. Dans cette tempête de neige, Tristan était incapable de discerner les contours de la pièce, il ne voyait que cette plaine enneigée à perte de vue, les bourrasques blanches troublant sa vision à plus de quelques mètres devant lui. Mais l'ombre, elle, était toujours là.

Ses gestes étaient fluides et assurés. Se fiant à ce qu'il percevait de Calder, il le frappa pour le désarmer, lui arrachant son arme d'un coup de pied habilement placé. La morsure du froid agressait ses sens. Rien n'existait. Mais lui même n'existait pas non plus. Il était... une chimère. Tristan enchaîna sans attendre en bondissant sur l'ennemi. Lui infligeant un violent coup de tête en pleine face, il frappa à l'aveugle, misant sur son instinct pour balancer ses poings avec détermination, jusqu'à ce que la silhouette ombrageuse vacille en arrière.

« Je ne te ferai qu'une seule promesse : la mort. Tu mens. Tu meurs. Calder. »

Dans les veines du sorcier, le flux sanguin s’accéléra dans la douleur. L'influence maligne corrompait son sang, lui infligeant une fièvre étouffante dans cet enfer glacé, lui imposant la faiblesse du corps et la confusion de l'esprit. La mort viendrait bientôt achever ce supplice, dès lors que le combattant lui offrirait le coup de grâce en lui brisant les cervicales. La mort sans phrases.

Pourtant, Tristan s'immobilisa. Ses yeux grands ouverts se chargèrent d'émotions nouvelles. Masqué par les tourbillons neigeux, le spectre de l'enfant au visage brûlé dansait au dessus des têtes. Doucement, dans une valse gracieuse, l'enveloppe translucide prit possession d'un autre corps, de son propre chef cette fois. Tristan n'était plus là. L'expression de l'enfant sourit avec ses lèvres. Le spectre articula avec sa voix. Une voix basse et aérienne.

« Ma mère est morte comme la tienne. Je dois la retrouver. Fais attention. Fais bien attention à celui qui est en haut. »

Tristan se redressa souplement et recula en un saut léger. Derrière lui, devant lui, à gauche et à droite, il n'y avait que de la neige. Pourtant, quelque chose éclata tout autour de lui alors qu'il fonçait droit devant, des morceaux de verre brisé étincelèrent et les longs rideaux de la fenêtre ondulèrent. Les spectres étaient les prisonniers éternel de la demeure mais rien n'empêchait Tristan de s'en échapper. Il riait avec les enfants. Il percevait les odeurs de chocolat et de cannelle. Le son des grelots lui donnait l'envie de danser. Dans le jardin remplis de ronces et d'herbe folle, on distinguait les restes d'une magnifique roseraie. Tristan s'y accroupit et commença à creuser. Ses ongles grattaient le sol, y délogeant les vers et les racines. Il creusait avec acharnement, sans se soucier des épines qui écorchaient ses paumes, des cailloux qui égratignaient ses doigts. Il se brisa un ongle et le sang coula.

Sous la terre, se trouvait un cadavre dissimulé. La mère de l'enfant dormait depuis des années mais cette nuit, cette nuit quelqu'un allait la réveiller.



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Poussière, alcool et conneries [PV Tristan]

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