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 At last | Laura

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MessageSujet: At last | Laura   Lun 27 Fév - 19:38


« Death is not the greatest loss in life. The greatest loss is what dies inside us while we live. »


Laura E. Ievseï & Djamila Singh

Il y des jours où soudain la vie s’éclaire : une révélation, une nouvelle extraordinaire, un rayon de soleil à travers nos fenêtres tâchées de pluie et de pollution. Ce sont des matins où notre chanson préférée passe à la radio alors que l’on s’éveille, où le café n’est ni trop dosé, ni trop chaud quand l’on pose ses lèvres sur la tasse ; ce sont ces soirées où l’on retrouve le confort de chez soi avant la tombée de la nuit – un patron généreux, ou déjà parti vaquer à ses propres occupations ; ce sont ces trajets où l’on ne profite pas de l’hygiène douteuse de son voisin de métro – certains ne semblent pas connaître l’existence du déodorant : cette invention est-elle si chère et élitiste pour ne pas être adoptée ? Du moins lors que l’on s’entasse dans un wagon de ferraille de bon matin – ou ces voyages lorsque l’on atteint son bureau en évitant les éternelles routes bloquées et ces heures à se faire doubler par des motards slalommeurs et moquer par des passants, qui eux, libres de leurs mouvements, n’ont pas à subir les incidences routières. Il y a des jours de fête, de faste, de joie et de rire. Des vivement demain et des « je ne veux pas que la journée s’achève ». Il y des jours qui se terminent dans les bras de l’être aimé, entouré d’une bande d’amis, posé dans son canapé, emmitouflé devant sa série préférée. Il y a des jours où l’on se réalise, où l’on réalise un rêve, où l’on avance, on change ; ces jours-là dont on se souviendra.

Et il y a les autres jours. Ceux qui se suivent, monotone, défilement de rues, d’heures et de dates. Qu’on soit un lundi, un jeudi ou un vendredi importe peu dans cette brume grisonnante sans saveur qu’est la monotonie. L’ironie n’est pas perdue lorsque l’on a tout fait dans sa vie pour atteindre l’excellence et la sécurité d’un poste de bureau et que c’est cette même sécurité qui vous tue à petit feu. Si sa mère la voyait… Reconnaîtrait-elle son enfant ? Verrait-elle en cette femme banalisée par plusieurs années d’intégration sa petite fille qui virevoltait, tournoyant de couleurs vives de ses saris. Celle qui sautait de trapèzes en trapèzes, épaules couvertes de plumes blanches ; les mains pleines d’ampoules mais le cœur battant.

Pourtant la vie d’artiste nomade n’avait pas été facile pour Djamila. Le racisme. L’impossibilité de se sentir chez elle, la nécessité de bouger, tout le temps. Ces amis de passage qu’elle ne retrouvait jamais. Et l’absence : de sa mère, qui avait abandonné son enfant en s’arrêtant de vivre, de son père qui l’avait laissée tout aussi seule et perdue. Délit de faciès, avait-on dit. Haine habituelle dans cette Amérique post-11 septembre.
Elle repense à ces années fugaces de spectacles de cirque parfois, dans son train-train quotidien. Elle s’en est éloignée – elle s’est sauvée d’un monde auquel elle n’appartenait plus pour un monde où elle ne sera jamais à sa place.

Mais elle vit encore, l’écran d’un ordinateur a remplacé la lumière des projecteurs, talons hauts et tailleurs en lieu et place de cette tenue immaculée recouverte de plumes. Le confort d’un appartement en centre-ville – l’un des avantages à être parmi les puissants du gouvernement – a remplacé le chahut de la caravane. Masque en place. Sourire de circonstance. Adaptabilité. Organisation. Rigueur. Elle n’est plus qu’une illusion, une ombre d’elle-même, mais le gouvernement ne demande pas d’avoir des sentiments. Elle se place dans ce rôle comme on enfile un costume fait sur mesure – elle ne se passionne pas, et les dirigeants lui rendent cet intéressement très distant – ce qui la satisfait tout à fait. Le travail paye les factures, lui assure une place convenable dans la société et surtout, ne l’oblige pas à penser. A se placer face à ces contradictions.

Cependant, quand les lumières s’éteignent et que les bureaux se vident peu à peu, la solitude reprend ses droits et elle se retrouve parfois à traîner, vagabonder. Personne ne l’attend et elle ne s’attend à rien, alors elle étanche une soif de compagnie dans l’un de ses bars bondés et se laisse regretter ces moment où elle pouvait se faire aborder par un idiot qui lui offrirait un verre en espérant une baise. Ces moments où, s’il était intéressant, et ne le laissait démonter par la répartie de la jeune femme, il y arrivait.

La prohibition avait fait perdre l’intérêt à de nombreux lieux de fêtes à la Nouvelle-Orléans. L’alcool n’adoucit peut-être pas les mœurs mais il attirait beaucoup plus de badauds qu’une offre de spectacle seule ne peut. Seule la Masquerade garde un certain attrait aux yeux de la jeune femme. Outre ses spectacles impressionnants, le cabaret propose une grande variété de superbes danseuses, ce qui est toujours agréable à regarder.
Et c’est avec cette envie de divertissement, cette volonté de s’échapper à des milliers d’années lumières de son quotidien que Djamila avait franchi la porte de la Masquerade. Mais le spectacle du jour ne serait pas, ce soir, sa plus grande surprise. Non, ce soir, Djamila se ferait rattraper… par son passé. Par celle qui a joué un rôle très important dans la construction de la jeune femme d’aujourd’hui : une sorte de tuteur, quand Djamila n’avait personne, presque une mère temporaire de substitution.

Laura.

Elle ne l’avait revue depuis sa fuite vers la Nouvelle-Orléans, là où leur chemin s’étaient séparés. L’assistante sociale était restée fidèle à elle-même et avait continué à aider, à soutenir cette population désertant New York. Djamila, au contraire, avait filé à la première occasion vers un futur plus brillant, un meilleur avenir pour elle. Et longtemps, elle avait imaginé – alors que les histoires de zombies et de zone inhabitables étaient foison – que sa bienfaitrice n’avait pas survécu et n’était pas arrivée jusqu’à la nouvelle capitale.  Mais elle était là. En chair et en os.

« J’ai bien eu peur de ne jamais te revoir ! » fit guise d’introduction, alors que Djamila s’approchait d’elle. L’oiselle n’était pas du genre à faire de grands discours et elle n’allait jamais vers les effusions affectives : « mais j’aurais dû me douter que tu aurais la peau trop dure pour l’appétit des zombies. »


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MessageSujet: Re: At last | Laura   Sam 4 Mar - 21:21


La colère qui semblait l’habiter constamment était épuisante. Elle ne pensait pas qu’il serait plus fatiguant d’être en rage que d’être triste. Mais au moins, la colère avait l’avantage de ne pas la laisser s’enfermer dans son appartement en position fœtale. Sa colère, elle l’utilisait comme un carburant, s’en servait pour découvrir ce qu’elle était. Elle avait toujours refusé de s’attarder sur ses pouvoirs, avait toujours repousser profondément cette nouvelle nature qui la répugnait, mais plus maintenant. Certes, la façon dont elle devait se nourrir lui donnait toujours la nausée, mais elle comprenait désormais l’avantage qu’elle pouvait avoir. Tout comme son ombre. Au début, elle n’avait pas vraiment fait attention aux changements dans la forme sombre qui l’accompagnait partout. Puis il y avait eu certains évènements. Des portes qui claquent sans qu’on les touche, des verres qui tombent, des coups dans les murs. Sa tristesse et sa colère semblaient nourrir cette part de son pouvoir qu’elle ne connaissait. C’est pourquoi depuis plusieurs jours, elle sortait et allait se cacher dans le bayou et chaque jour, elle laissait la rage l’envahir, s’en gorgeait, s’en repaissait jusqu’à sentir ce nouveau pouvoir qu’elle ne comprenait pas encore tout à fait, l’envahir. La sensation était semblable à celle qu’elle ressentait en tentant d’imposer une illusion à quelqu’un hors de sa portée. Ça, elle s’en souvenait. Alors, elle attrapait la matière de ses mains mentales, essayait de l’étirer, de la lancer. Sans résultats, jusqu’à ce qu’elle comprenne. Si la sensation était similaire, le fonctionnement ne l’était pas. Elle avait donc essayé d’envisager son ombre mouvante, comme un allongement de ses membres. Et pour la première fois et pendant très peu de temps, elle avait réussi à contrôler suffisamment la chose pour faire tomber le morceau de bois qu’elle avait posé sur une souche. La joie l’avait envahi si fort, qu’elle avait relâché le contrôle sur son pouvoir et que son ombre, comme un fouet avait brisé une branche sèche près d’elle. La surprise l’avait fait sursauter, mais elle avait aussi été extrêmement fière et pour la première fois avait apprécier cette sensation de puissance que pouvoir lui apporter sa nouvelle nature. La fatigue l’avait bien vite rattrapé et elle avait fait un détour par un quartier malfamé pour s’alimenter.

Aujourd’hui, après ce qui était devenu son rituel, la fatigue avait été moins forte et elle avait décidé de sortir. Elle avait eu envie de se changer les idées, de sortir de sa colère, de sa tristesse. Sa rencontre avec Shae l’avait poussé à sortir un peu plus ces derniers temps. A chercher les autres participant de leur arène, aussi. Et si elle n’avait pas réussi à trouver l’adresse Eamon et que Callum s’était trouvé être injoignable, elle savait au moins où trouver Tristan. Le jeune homme brun, avec ses yeux bien trop vieux pour son âge, cet air de perpétuelle souffrance et cet amour perdu qu’il cherchait sans s’arrêter, avait touché Laura en plein cœur. Sans compter sur le soutien qu’il lui avait apporté à plusieurs reprises et le fait qu’il avait semblé connaître Lazlo et son époux. C’est pourquoi, en cette soirée encore tiède, elle avait décidé de partie en quête du Masquerade. Le Cabaret avait beau être connu, elle avait eu du mal à le trouver. Le bâtiment, dès qu’elle l’avait vu, lui avait plu. Vielles bâtisse d’époque, respirant le charme de l’ancien, l’ancienne propriété avait supporter avec grâce le poids des années. En rentrant, l’ambiance sensuelle et les murs couverts de tenture noir et rouge avaient d’abord surpris Laura avant qu’elle ne se souvienne que l’établissement était aussi reconnu pour son architecture que pour ses danseuses dénudées. L’idée d’un Tristan à moitié nu dansant sur scène traversa son idée avant qu’elle ne la repousse rapidement, le jeune homme devait surement être danseur. Elle s’avança jusqu’à l’hôtesse, un peu mal à l’aise. « Bonsoir. Je souhaiterais voir Tristan ? » La jeune femme, d’une grande beauté, regarda rapidement le calendrier poser à ses côtés, avant de lui annoncer, l’air désolé, que le jeune homme est absent. Laura soupire et recule, dépitée. Elle joue de malchance dans ses recherches pour retrouver ses camarades d’arènes. La chance lui avait souri pour Shae, mais depuis ses recherches se sont toutes soldées par des échecs retentissants. Elle s’apprête à se retourner pour prendre congé après avoir remercié le réceptionniste, quand une voix l’arrêta net. Elle se retourna et posa les yeux sur une jeune femme. La peau caramel, les cheveux d’un noir chaud et de grands yeux bruns, elle s’avançait vers Laura, un grand sourire sur le visage.


Le visage de Laura s’illumina instantanément. Pour la première fois depuis son retour à la civilisation, elle reconnaissait le visage qui lui faisait face. Il avait disparu de sa vie 4 ans plus tôt, elle s’était envolée vers la Nouvelle-Orléans avant que Laura ne se sente prête à bouger. Et c’est le cœur brisé qu’elle avait laissé l’oiselle prendre son envol. « Djamila ! » Elle prend la jeune femme dans ses bras, laissant de côté pour une fois le peu d’amour que la jeune femme portait aux embrassades. Quatre ans sans la voir valaient bien un câlin. « Je suis si contente de te voir ! Je pensais ne jamais te retrouver ! » Elle grimace à l’évocation des zombies, si seulement la brunette savait ce qu’il s’était réellement passé, elle regretterait probablement sa blague. « Eh, non, j’ai survécu ! » Elle lui sourit largement encore une fois, la tient à bout de bras. « Laisse-moi te regarder ! Quatre ans quand même ! Tu es toujours aussi belle ! » Elle l’entraine vers le bar et s’y installe, laissant l’oiselle prendre place près d’elle avant de commander du thé, pas vraiment sûr de la place qu’accordait l’établissement à la prohibition. « Le monde est tout petit dis donc ! Qu’est-ce qui t’amène au Masquerade alors ? » Les yeux brillants de joie et le corps débordant d’une énergie retrouvée grâce à sa petite protégée, elle remercie la serveuse qui dépose les deux verres devant elles. « Alors, raconte-moi un peu ! Que t’est-il arrivé durant ses quatre années ? Je suis sûre que tu as un tas de trucs à me raconter ! »


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MessageSujet: Re: At last | Laura   Ven 10 Mar - 17:15

« Djamila ! » Peu de gens se réjouissaient de la voir – triste était hélas le fardeau de nombreuses figures du gouvernement. Djamila avait longtemps eu cette chance d’être en retrait, une petite main, une technicienne de la machine bureaucratique gouvernementale : elle était la main qui rédigeait les rapports, qui triait le courrier, mais elle n’était pas en pleine lumière. Si elle participait parfois aux réunions et s’affichait – rarement – à l’arrière lors des représentations publique, elle ne cristallisait pas la haine. Elle était un simple chainon, celui du bas, sans lequel rien ne fonctionne mais contre lequel personne ne se bat. Puis, récemment, sa vie professionnelle avait été troublée : suite à une série de circonstances des moins… désolantes, elle s’était retrouvée à côtoyer ministres et associés. Les preuves de son appartenance à l’élite politique de la Nouvelle-Orléans n’étaient plus à fournir. Et ces voisins en étaient devenus ou très mielleux, ou bien plus froids. Car, même lorsqu’ils n’effrayaient pas, n’entrainaient pas la colère ou la rébellion, les dirigeants – et assimilés – étaient toujours traités avec cette hypocrisie dégoulinante de niaiserie ou avec une distance méfiante. Généralement une distance méfiante. Telle une bête trop puissante pour être opposée, mais trop détestable pour être de confiance : on peut laisser le loup s’approcher de son troupeau pour s’assurer de ne pas finir dévoré, mais c’est toujours la mort dans l’âme que l’on le regarde approcher.


Mais pour Laura, Djamila avait existé avant le personnage public. Elle avait été victime, princesse en détresse, femme – amie aussi peut-être ? Alliée sans aucun doute. A dire vrai, sans l’aide de Laura et de tous ceux qui l’ont secouru lors de sa chute à New York, elle ne serait plus rien, mais alors plus rien du tout. Blessée, inadaptée dans un monde qu’elle n’avait fait que survolé pendant 5 longues années (et quelles années !), elle n’aurait pu s’y retrouver, avec tous les bouleversements que le monde a connu. En quelque sorte, elle doit la vie – la vie qu’elle mène actuellement, à la femme qui lui a porté assistance après sa longue chute et son atterrissage brutal en plein cœur de Brooklyn.

« Je suis si contente de te voir ! Je pensais ne jamais te retrouver ! »

Et là, enlacée dans les bras de celle qui lui avait permis de retrouver, pour la première fois depuis des années, une sorte de cocon, elle ne ressentait qu’une joie immense : «  Et moi donc ! » Combien de fois, alors qu’elle errait seule dans les rues de la Nouvelle-Orléans et peinait à trouver attache dans ce nouveau lieu, avait-elle regretté avoir quitté New York ? Combien de fois – avant ses longs vols, avant la Résistance – avait-elle envisagé de laisser sa fierté de côté, d’abandonner son orgueil et de reprendre ces bagages pour faire le chemin inverse et rester, à l’instar de Laura, recueillir les âmes perdues (comme elle, avant, avait été secourue). Mais Djamila n’avait pas l’altruisme de l’assistante sociale, pas la patience ni la bonté, non plus. Elle n’aurait été qu’une piètre mère Thérésa, à choisir de se mettre en sécurité avant d’évaluer les besoins des autres. Puis, les évènements s’étaient enchaînés : l’embauche auprès du gouvernement et son appartement de fonction, cette virée – sous sa forme colombe – qui a failli virer au drame alors qu’elle passait très près d’une bombe, et Lazlo. C’était cette rencontre, les soins inintéressés de l’oiseleur, qui avaient mis fins à toute envie de départ et qui avait signé, acté l’installation de la jeune femme à la Nouvelle-Orléans. Maintenant, elle deviendrait sédentaire.

«  Si tu savais à quel point j’ai regretté d’être partie… » Une pause. Elle se reprend, le sourire aux lèvres : « Il n’y a que la météo que je regrettais pas, quand je suis arrivée ici !» Le temps de la Nouvelle-Orléans était tellement plus agréable que le froid glacial qui s’emparait déjà de New York alors que la jeune femme avait fait ‘’comme tout le monde’’ et s’était joint aux mouvements migratoires. Vers des terres plus agréables, plus hospitalières. Vers une nouvelle chance. La vie de Djamila n’avait été faite que de nouveaux lieux : une même routine, un même spectacle, les mêmes entrainements, mais chaque soir, une ville différente, un public différent, une atmosphère différente. Pour celle qui avait passé son enfance dans une caravane de cirque, son adolescence avec une autre troupe d’artiste, le changement était un besoin permanent et le renouveau, l’inconnu avait un attrait irrésistible. C’est ainsi qu’elle avait quitté son cocon : la petite chenille, devenue papillon, étendait ses ailes pour mieux s’envoler et virevolter vers d’autres horizons. Elle n’avait cependant pas oublié ceux qui l’ont protégé et aidé. Et souvent, elle pensait à eux, espéraient qu’ils n’avaient pas été attaqués, qu’ils n’avaient pas eu de problèmes, qu’ils étaient tous arrivés, sains et saufs, à la Nouvelle-Orléans, quand rester à New York n’était plus une option.

« Eh, non, j’ai survécu ! »

Et, 4 ans plus tard, elle retrouvait sa bienfaitrice. En chair et en os. Et surtout, en vie ! 4 ans. C’était une longue période sans voir quelqu’un. A dire vrai, Djamila avait laissé tomber l’idée de la retrouver un jour. Trop de monde, peu de probabilité de se croiser. Et pourtant. Laura semblait tout aussi heureuse de leurs retrouvailles. « Laisse-moi te regarder ! Quatre ans quand même ! Tu es toujours aussi belle ! »

« Et toi, tu sembles un peu crevée, si tu me permets de te le dire. » Djamila savait mettre les formes – mais souvent, elle préférait la brutale vérité pour ceux de qui elle était proche. « Mais il paraît que ce n’est pas quelque chose que l’on doit dire aux dames ! » Elle rit. « Toujours aussi occupée ? A prendre soin des autres avant toi-même ? »

Les deux jeunes femmes s’installèrent au bar – et Djamila regretta une nouvelle fois la prohibition. Qu’est-ce qu’elle ne paierait pas pour un peu d’alcool et les soirées d’avant ! Elle se contenta cependant d’un thé, suivant l’exemple de Laura. Peut-être, plus tard, l’inviterait-elle profiter de cette bouteille hors de prix de whiskey qu’elle gardait cacher chez elle pour une grande occasion. Ou une autre fois peut-être. Pour l’instant, la compagnie et la joie de retrouver son amie lui suffisait amplement.

« Le monde est tout petit dis donc ! Qu’est-ce qui t’amène au Masquerade alors ? » Je viens rechercher l’atmosphère et regarder les femmes danser en prétendant être là pour le côté artistique du spectacle. Peut-être me trouver un plan pour la nuit.

« Le spectacle bien sûr ! Et l’envie de me sortir un peu de ma routine, je ne vais pas finir mémère à même pas trente ans ! Et toi ? Que fais-tu par ici ? »

Elle n’aurait pas pensé croiser Laura dans ce genre d’endroits. Mais après tout, elle ne connaissait pas du tout ce qui s’était passé dans la vie de Laura récemment. 4 ans sans se voir. Et enfin se retrouver ! Et la blonde semblait partager son enthousiasme : « Alors, raconte-moi un peu ! Que t’est-il arrivé durant ses quatre années ? Je suis sûre que tu as un tas de trucs à me raconter ! »

« 4 ans. C’est tellement loin… Et pourtant ça me paraît être hier ! » Elle sourit à nouveau. Décidemment, elle ne regrettait pas avoir franchi les portes du Masquerade. Sa journée venait de prendre une tournure tout à fait inattendue. « Le temps de s’habituer à une nouvelle ville. Le boulot. » Une pause. Elle ignorait si Laura connaissait sa position actuelle. Sûrement, même s’il ne semblait pas lui en tenir rigueur. Mais, muée par une envie soudaine de se justifier auprès de celle qu’elle ne voulait pas décevoir, elle jeta un rapide coup d’œil aux alentours, et en profita pour rajouter à voix basse, ironique :« Pas ce dont je rêvais gamine, mais la vue de l’appartement de fonction justifie de tuer père et mère » . Et sur le moment, elle se sentit comme une enfant mise devant le fait accompli, après une bêtise.

Certes, Laura n’avait pas à dicter la vie de la jeune femme – mais son opinion lui importait énormément. Et elle imaginait qu’une humaniste tel que la blonde était ne jugerait pas tendrement de s’allier avec un gouvernement tyrannique. Elle aurait pu lui parler de sa colombe aussi, de Lazlo, de la Résistance, mais tout cela n’était jamais sorti de sa bouche auparavant et elle ne pouvait se délier de ce secret. « Pas grand chose. Mais parle-moi plutôt de toi ! Je veux tout savoir ! »
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MessageSujet: Re: At last | Laura   Ven 5 Mai - 1:15


Le visage délicat de Djamila détend Laura plus qu’elle ne s’y attendait. Il est si bon de tomber sur un visage connu, si bon de se sentir normale pour une fois, d’oublier l’espace d’une rencontre que sa mémoire ne lui appartient plus. Oublier pour quelques minutes qu’elle cherche, probablement en vain, à retrouver une vie qu’elle a perdue. La jeune femme dans ses bras, le cœur de Laura est gonflé de toute l’affection qu’elle lui porte. Cette fille de substitution qu’elle avait sauvée avant son départ de la ville, avant de devenir un monstre. Elle plonge ses grands yeux bleus dans ceux bruns de son amie, se repait de ses traits gracieux, fronce légèrement les sourcils quand elle remarque les cernes s’étalant sous ses yeux, preuve s’il en faut, que même les esprits libres comme le sein se retrouvent à souffrir de cette horreur. Elle lui offre un sourire attendri et glisse une mèche folle derrière son oreille. « J’aurais préféré que tu restes, tu le sais, mais je ne pouvais pas t’enfermer dans une cage. »


Le départ de la jeune femme lui avait brisé le cœur, mais malgré sa mémoire déjà perdue, une part d’elle avait bien compris qu’il ne servait à rien de garder l’oiselle près d’elle. Elle avait besoin d’avancer, de cette fuite en avant, qui l’avait entrainé vers la Nouvelle-Orléans, Laura n’en avait pas été capable à l’époque. Elle ne se souvenait de rien à l’époque, rien du tout, mais elle sentait inconsciemment qu’elle avait une histoire dans cette ville, qu’elle devait y rester. Alors, elle avait laissé Djamila s’envoler, fuir la grosse pomme, tandis qu’elle y restait coincée, dans l’attente d’un signe, de n’importe quoi qui lui aurait permis d’avancer. La réplique de Djamila sur son état, lui arrache un rire. «  Je vois que tu n’as pas perdu ta répartie ! » Elle fait mine de lui mettre une tape sur le bras avant de lui répondre. «  À peu de chose près, oui ! J’ai toujours eu un faible pour sauver les oisillons tombés du nid ! » Elle lui adresse un petit clin d’œil et prend place au bar. «  Malheureusement, je ne suis pas venue m’amuser, mais voir quelqu’un qui apparemment est en congé aujourd’hui… » Ses yeux se perdent quelques secondes dans le vide, tandis que ces pensées retournent vers Tristan, elle reviendrait pour retrouver le jeune homme. Elle avait promis qu’elle irait voir chacun d’entre eux s'ils survivaient à cette arène de misère, et maintenant qu’elle allait mieux, elle se sentait prête pour les retrouver. Elle avait déjà trouvé Shae, avait pris le temps de discuter avec elle et cette conversation lui avait fait un bien fou. Elle avait besoin de les revoir, de s’assurer qu’ils étaient en vie et entier. Tous autant qu’ils étaient.


Elle écoute, attentive, sa petite protégée lui raconter un peu de sa vie. «  Tu n’as pas eu trop de mal à t’adapter à ta vie ici ? La ville est immense maintenant, je me perds tellement souvent que s’en est risible. » Elle secoue la tête en riant doucement avant de reprendre son sérieux. «  Oh, tu sais, je pense qu’il n’y a pas grand monde en ce moment qui fait le travail de ses rêves, ma belle. Vu l’horreur que c’est un peu partout… Et du coup, tu travailles où ? » Elle comprend à demi-mot que l’oiselle doit travailler pour le gouvernement ou quelque chose qui en dépend de près pour avoir un logement de fonction. Si l’idée de voir son amie entre les mains de cette machine à tuer, lui arracherait presque un haut-le-cœur, elle comprend. C’est si simple de comprendre les gens comme Djamila, qui ne sont pas de mauvaises personnes, mais, qui accepte un poste dans un organisme qu’il ne cautionne probablement pas, pour la possibilité d’avoir un logement décent. Quand elle a quitté le nid de Lazlo pour s’installer toute seule, elle n’a rien trouvé d’abordable en dehors de Treme et le quartier est en ruine, chacun de ses immeubles près à s’effondrer. Elle pose doucement sa main sur celle de Djamila. «  Peu importe pour qui tu travailles… Même si… J’admets avoir une… » Elle cherche ses mots pour ne pas être vulgaire et ne pas risquer quoique ce soit. «  … certaine rancœur, envers le Gouvernement, après ce qu’il m’a fait vivre récemment, disons. Mais, même si tu travailles pour eux... Je peux comprendre pourquoi. » Elle hausse doucement les épaules en lui offrant un sourire calme.


Elle sent bien que Djamila ne lui dit pas tout. Après tout, c’est une mère et les mères sentent quand leurs enfants leur font des cachoteries, mais elle ne dit rien. Si, ou plutôt quand, la jeune femme se sentira prête, elle lui dira surement ce qu’elle garde pour elle. Laura espère profondément qu’elle sait qu’elle peut lui faire confiance. Elle frotte la main de la jeune femme et se recule dans son siège pour raconter. «  Eh bien… Pas grand-chose de neuf, je récupère des souvenirs petit à petit, mais tout est encore très flou pour le moment. J’ai retrouvé quelques noms, mais encore personne. » Elle ne parle pas des visites de gens se faisant passé pour ses enfants, elle ne parle pas de Mikkel qui est venu, elle ne parle pas de Lizzie dont l’image commence à lui apparaitre. Elle n’en parle pas parce qu’une part d’elle est toujours persuadée qu’elle n’a plus sa place auprès d’eux. «  J’ai vécu un peu dehors, dans un petit groupe qui s’est installé à une dizaine de kilomètres de la ville. » Elle ne parle pas de sa transformation, elle ne parle pas de Richard. Djamila n’a pas besoin de savoir ça, et bien qu’elle fasse confiance à la jeune femme, elle sait que sa nature de voleuse d’énergie est mal vue, qu’elle fait peur aux gens. « Puis, je suis rentré, guidée par une colombe, qui m’a permis de retrouver un ami, et j’ai été embarqué dans cette histoire de Forgiven Days. » L’oiselle ne peut pas ne pas savoir qu’elle a fait partie des arènes, qu’elle a cru y mourir. «  C’était… Dur, mais je m’en suis remise… Enfin, plus ou moins. » Elle laisse échapper un petit rire triste. «  Et voilà ! » Elle écarte les mains, l’air de dire qu’il ne s’est pas passé grand-chose durant ces quatre années. Elle ne sait pas si Djamila est capable de sentir qu’elle n’est plus ce qu’elle était avant de perdre la mémoire, elle espère juste que non, que la jeune femme ne va pas sentir l’odeur du monstre sur elle et fuir.






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