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 Half Lost || Enya ♥

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MASTER OF ILLUSIONS

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↳ Age du Personnage : 36 ans physiquement, mais 785 ans en réalité
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↳ Opinion Politique : A voile et à vapeur, là où l'intérêt le porte, soit essentiellement le Gouvernement puisqu'il pourrait lui permettre une petite ascension sociale qui ne serait pas de refus.
↳ Niveau de Compétences : 4 avec une préférence pour la magie noire et les fessiers joufflus
↳ Playlist : ♫ haunted - radical face ♫ obstacles - syd matters ♫ otherside - what about bill? ♫ leis ganz leis - oomph! ♫ million miles - dizraeli and the small gods ♫ the first circus - the real tuesday weld ♫ idgaf - watsky ♫
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MessageSujet: Half Lost || Enya ♥   Lun 27 Fév - 20:52


« une petite citation parce que ça fait joli »


 
 
Enya & Noah
featuring


 La menace avait été trop importante pour qu'il la prenne à la légère. Bien trop importante. Alors il avait fait ce qu'il avait de mieux à faire : il avait pris ses jambes à son cou. Un geste qu'il regretterait certainement, c'était une évidence. Cassidy n'était pas homme à se laisser berner facilement, et, de toute évidence, il avait suffisamment de capacités à présent pour lui faire payer son illusion au centuple.
Alors il avait couru. Vite. Le plus loin possible. Avait profité de la diversion pour s'enfuir sans demander son reste, avait sauté dans le premier taxi qui venait. Stupéfait, le chauffeur s'était retourné et avait croisé le regard injecté de sang du sorcier. L'hématome qui commençait à se former sur sa mâchoire, le sang qui perlait de ses lèvres ourlées. Alors, les mains tremblantes, le pauvre homme avait aussitôt mis le contact puis les gaz sans demander son reste.

Ils avaient erré sans but depuis une bonne poignée de minutes, jusqu'à ce que Raj, le choc initial passé, se décide à jeter un petit coup d’œil au rétroviseur. Son passager n'avait pas desserré les mâchoires depuis qu'il était entré dans sa voiture. Mais il allait devoir poser la question la plus importante. Celle qu'il détestait poser dans ce genre de circonstances, car quelle que soit la destination que choisissaient ses clients, son bon sens le poussait toujours à vouloir bifurquer vers la caserne de miliciens la plus proche.

-Où est-ce que je vous dépose ?
-...Continuez de rouler, c'est tout ce qui importe.


Le chauffeur poussa un grognement frustré et obtempéra. Prostré sur la banquette arrière, le sorcier n'en avait cure. Peu importait où ils allaient, tant que c'était loin de cet Enfer. Tant que c'était loin de cet homme qui, plus que Rafael, pouvait le détruire avec la seule force de sa volonté. Il aurait dû se méfier. Cassidy l'avait prévenu qu'il risquait d'en venir aux poings, s'il ne le croyait pas. Mais il avait fallu qu'il joue avec le feu. Palpant sa mâchoire douloureuse, Noah grimaça. Le coup avait été tellement rapide qu'il s'était mordu la langue et l'intérieur de la joue au passage, et le sang se mélangeait à sa salive, laissant un goût métallique sur son palais. Le métal qui se mêlait à l'amertume. L'acier qui se mêlait à la terreur.
Il ne pouvait pas rentrer chez lui. Comme un idiot, il avait donné sa carte de visite au Daybreaker, lui donnant par là-même son adresse personnelle. Si jamais Cassidy s'était décidé à le suivre, ce dont il était persuadé, il ne pouvait pas se risquer de revenir au French Quarter. Si Liam, pour X raison, était venu chez lui, il y avait des risques pour les deux sorciers. Et Noah ne tenait pas à ce que leur lien soit connu, et encore moins à ce que son apprenti soit tué dans la foulée. Le Little Darlings pouvait être une échappatoire. Isak avait toujours été particulièrement chaleureux à son égard, au nom du "bon vieux temps". Mais l'homme n'était rien de plus qu'une loque la majeure partie du temps, et s'il était entouré de gorilles, rien ne garantissait qu'il soit assez rapide pour intercepter Valdès s'il décidait de faire une irruption. Weaver était hors limites. Ivanov, quand bien même il aurait pu lui apporter une forme de soutien, était une solution qui n'était pas suffisamment sûre non plus. Rien n'était assez sûr. Rien.

Il sentit le taxi ralentir et darda un regard furieux au rétroviseur. Regard qui croisa les prunelles sombres du dénommé Raj, dont l'affectation professionnelle pendait, accrochée à l'autoradio comme un trophée. Mais clairement, Raj n'avait pas pour projet de le porter éternellement à travers la ville. Il était temps qu'il se décide.

-Monsieur, si vous n'avez pas l'intention de me dire où nous allons je vais devoir...
-Treme. On part à Treme.


Les mots étaient partis tous seuls, sans même qu'il ne sache pourquoi. Pourquoi Treme ? Le visage d'Aida lui était apparu comme un flash, apportant une vague de chaleur dans son corps endolori. Aida. Enya. Retrouver la douceur de sa peau, retrouver la chaleur de sa voix. Renouer avec un passé bien moins douloureux et mortifère que celui qu'invoquait Cassidy. Certes, c'était dangereux. Certes, ce n'était pas non plus le moment, au vu des circonstances. Mais s'il savait qui était son ancien compagnon d'évasion, c'était qu'il n'irait jamais s'attaquer à des civils sans problèmes. Se penchant difficilement vers le chauffeur, il lui intima l'adresse de l'immeuble et s'avachit de nouveau dans son siège, un gémissement d'agonie franchissant ses lèvres. Enya. Enya était assez douce pour mettre ses sentiments de côté. Enya saurait le soigner, peut-être même apaiser sa peur. Enya, dont l'évocation même lui serrait toujours autant le cœur.
C'était désespéré comme geste. Comme s'il y avait la possibilité d'attendre réellement quoi que ce soit de cette entrevue, alors qu'ils n'avaient plus repris contact depuis des mois. Alors que la cassure était toujours bien réelle dans son cœur. Mais il avait besoin de la voir. L'idée, l'espoir, avaient pris bien trop de place dans ses pensées pour qu'il n'arrive à les chasser, à présent.
Il était trop tard. Faire miroiter à un drogué qu'il pourrait avoir une nouvelle dose de sa dope préférée n'est jamais une bonne idée. Parce que l'envie l'obnubile, et il perd tout sens commun.

A tâtons, il se tortilla lentement pour palper son dos douloureux. Cassidy avait été suffisamment agressif, il avait une vertèbre déplacée. Ses épaules étaient nouées elles aussi, il devait avoir des hématomes. Dans un gémissement rauque, il se réinstalla, laissant reposer son front contre le carreau froid de la fenêtre. Épisodiquement, sa peau le brûlait à cet endroit. Comme des pulsations parasites, réveillées par le contact qu'il avait lui-même instauré. Une autre forme de drogue plus sineuse. Il ferma les yeux, nauséeux. Perdu. Les visages qui dansaient devant ses paupières closes étaient tous accusateurs. Rafaele, Azzura, Cassidy, Aida. Aida dont l'expression inquisitrice se muait progressivement en sourire. Tout irait bien, maintenant. Il rentrait à la maison. Jusqu'à ce que les traits de la brune se définissent d'avantage, passant de l'Italie adorée à l'Enfer de la Nouvelle Orléans. Enya. Enya et ce regard dur, dur comme le roc, qu'elle lui avait adressé lors de leur dernière conversation. "L’empreinte qu’on laisse sur les gens ne s’efface pas avec le temps. Est-ce que ça vaut pour tout le monde ? Ou était-ce seulement un genre de délire poétique ?" Une réplique qu'il avait entendue dans un film, et qui l'avait percuté bien plus qu'il ne l'aurait cru, surtout vu l'effort monstrueux qu'avait été aller jusqu'au bout de la pellicule sans s'endormir. Une réalisation : son âme n'était que d'argile, façonnée depuis des siècles par les empreintes de tous ceux qui l'avaient croisé. Ce n'était pas un délire poétique. C'était une réalité concrète qui hantait chacun de ses pas, le prenait à la gorge, et, depuis toujours, avait menacer de le tuer. L'empreinte de la chaleur de Cassidy sur son front. L'empreinte de la douleur qu'il éprouvait, des fois, sans savoir si elle était la sienne ou celle de Rafael. L'empreinte de la colère d'Azzura. L'empreinte des baisers d'Enya.

Oublier un mal en se noyant dans un autre. Le taxi ralentit doucement devant cet immeuble qu'il connaissait par coeur de l'avoir tant vu, et il rouvrit les yeux. Sans laisser le temps à Raj de dire quoi que ce soit, il fouilla dans les poches de son manteau et paya bien au-dessus du prix de la course. La liberté, la sécurité, se payaient cher. Il sortit du taxi sans attendre, et se hâta vers la porte. Il se souvenait toujours parfaitement du digicode. Quand le claquement de la serrure résonna, il s'engouffra aussitôt dans le vestibule. Ses pas le guidaient tout seul, l'espoir de La revoir portant chacun de ses mouvements comme une seconde jeunesse. La revoir. La retrouver. Même une illusion, juste une illusion. Ces illusions qui manquaient cruellement à sa vie présente.

Quelques coups à la porte pour annoncer sa présence. Poussé par un élan de coquetterie, il essuya même légèrement sa bouche de sa manche, épanchant un peu de sang au passage. C'était idiot. Le goût métallique coulait toujours à flots réguliers dans sa gorge. Son geste fut interrompu par la sensation d'être suivi. Il était persuadé que quelqu'un montait les escaliers. Les battements de son coeur s'accélérèrent alors qu'il se retournait pour scruter le pallier. Cassidy l'avait-il suivi ? Avait-il profité de la portière ouverte pour s'engouffrer à son tour dans l'immeuble ?
Alors quand la porte s'ouvrit sur la propriétaire des lieux, il pénétra dans l'appartement sans autre forme de procès. Comme il l'avait toujours fait, dans le temps. Comme il avait besoin de le faire à présent.

Poussé par son état fiévreux, délirant, il se retourna pour faire face à Aida. Mais c'était Enya qui lui faisait face. Enya qui clairement ne comprenait rien de ce qui était en train de se passer. Son cœur plongea dans ses entrailles alors qu'il forçait un sourire ensanglanté.

-Je... peux repartir si tu le préfères.

Illusions. Désillusions. Ce n'était pas elle qu'il était venu chercher, dans cet appartement trop étroit qui avait une odeur étrange, une odeur qu'il ne lui connaissait pas. Il allait tourner les talons qu'une vive douleur sur le côté le plia en deux dans un gémissement étouffé. Portant sa main à son flanc, il se rendit compte en appuyant qu'une de ses côtes le lançait affreusement. Une grimace passa sur son visage habituellement si composé. L'expression d'une douleur, d'une crainte, bien trop réelles pour être comprimées. Les pas sur le pallier se rapprochaient. La fièvre que folie et douleur réveillaient sous ses boucles brunes l'empêchait de voir clair. Et pourtant malgré ça, malgré elles, c'était Enya, résolument Enya qu'il voyait en face de lui.

-...Est-ce que... Est-ce que je peux m'asseoir juste un instant ? Je repars sitôt après, je te le promets.


 


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MessageSujet: Re: Half Lost || Enya ♥   Sam 11 Mar - 23:14

Il est tard et je pose mon livre en soupirant. Timothée n’est pas là. J’ignore où il est, il est parti plus tôt dans la soirée, et je n’ai pas posé de question. Vu notre situation, je ne peux pas décemment lui réclamer des comptes. Je l’ai attendu, mais de toute évidence, il ne reviendra pas ce soir. Alors je me décide à aller me coucher, laisse mon assiette dans l’évier et me dirige vers la chambre. Tout à coup, des coups à la porte. Je me retourne, hausse un sourcil. Tim a les clefs. Ou alors il les a perdues. Ca ne m’étonnerait pas trop de lui, alors je vais ouvrir avec un petit sourire amusé, m’attendant à trouver la gueule d’ange de Timothée, un air désolé sur le visage.

Mais ce n’est pas Timothée qui apparait. C’est un fantôme. Un fantôme qui entre en trombe dans mon appartement, comme il a toujours eu l’habitude de le faire. Un fantôme au visage amoché, qui semble perdu. Je ne pensais pas revoir Noah ici un jour. La porte se referme mécaniquement et je me retrouve face à lui, à quelques enjambées. Je ne sais pas quoi dire. Je ne peux même plus bouger. Mon être est là, figé, à le regarder. Il ne devrait pas être ici. Pas après ce qui s’est passé. Et même après ce qui s’est passé, alors que je vois les blessures sur son visage, et que je devine qu’il y en a que je ne vois pas, j’ai envie de m’approcher de lui et de le toucher. De caresser sa joue comme si ça allait apaiser la douleur. Mais je n’en fais rien.
« Je... peux repartir si tu le préfères. »
Le son de sa voix réveille quelque chose dans mon cerveau. Je m’apprête à répondre quand il se plie en deux, se tordant de douleur. Je parcours les enjambées qui nous séparent et le soutient, par réflexe. Le réflexe du médecin ou le réflexe de celle qui était désespérément amoureuse de lui, je n’en sais rien. Une main sur son côté, une main sur son dos. Le contact m’électrocute dans tout mon être. Ca me fait toujours le même effet, sauf que maintenant c’est douloureux.
« ..Est-ce que... Est-ce que je peux m'asseoir juste un instant ? Je repars sitôt après, je te le promets. »
« Bien sûr ! Viens là, viens. »
Je l’accompagne jusqu’au canapé et l’aide à s’asseoir. Décidément, le précédent canapé avait accueilli la moitié du sang contenu dans le corps de Kenneth. Celui-ci accueille celui de Noah. Je devrais mettre une pancarte pour les prochains qui ont besoin d’un canapé à souiller.
« Je reviens. Ne bouge pas. »
Je cours jusqu’à la salle de bains et attrape ma trousse de premiers soins, avant de revenir vers le salon.

Je me fige quelques secondes. Le voir, là, sur mon canapé… cette relation ne me laissera donc pas tranquille ? Je prends sur moi, dans chaque fibre de mon corps, pour m’approcher, saisir des glaçons dans le congélateur, et m’agenouiller près de lui.
« Bon sang, tu es sacrément amoché. Tiens, met ça sur ta joue. Je dois voir ton flanc. Qu’est-ce qui t’es arrivé ? »
Je lui tend une poche de glaçons sans un regard. Je tente d’être la plus neutre possible dans ma voix. Mais l’inquiétude transparait dans chaque intonation. Je le regarde un instant, juste un instant. Suffisant pour me faire avoir le rouge aux joues. Je ferme les yeux une seconde, essayant d’être un médecin, pas une ancienne petite amie. En suis-je seulement capable ? Je remonte doucement et méthodiquement ses vêtements, lèvres pincées, espérant ne pas trouver une plaie béante. J’ai donné avec Zaran, merci. Heureusement, c’est juste un énorme bleu qui m’attend. Je tâte, doucement. M’électrocute à nouveau. Tout est là. Son souffle, son odeur, le toucher de sa peau. Tout ce que j’aimais chez lui, tout ce qui faisait ma drogue. Tout ce que j’ai perdu me revient en pleine figure et d’un coup, je ressens de nouveau ce manque qui était parti. Comme une réminiscence, comme un souffle fantôme. Là est la tragédie de l’amour, on ne peut rien aimer plus qu’on aime ce qui nous manque. Et j’aimais tellement Noah. Mais je respire un grand coup. C’est passé, ça. C’est passé. J’ai pris ma décision. J’ai Timothée, maintenant. Pas question de retomber là-dedans, Enya. Tu sais ce que ça te fait. Tu sais que ça n’a pas d’avenir. Mais là, à cet instant, l’envie de lui passer une main dans les cheveux, de lui murmurer que ça va aller et de lui déposer un baiser sur le front me prend aux tripes.
« Elle doit être fêlée. Peut-être cassée. Mais rien d’urgent. Tu as d’autres blessures ? »
Je relève la tête, presque tremblante. Chaque cellule de mon corps luttant contre moi-même. Contre lui. Contre je ne sais quoi.

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MessageSujet: Re: Half Lost || Enya ♥   Mar 14 Mar - 1:00


Son sang tambourinait si fort contre sa tempe qu'il n'entendait qu'à peine la voix d'Enya. La vision troublée par la douleur, il tâtonna à la recherche d'un guéridon, d'un meuble, quelque chose pour ne pas s'effondrer. Parce que sa côte le lançait, parce que le goût métallique du sang ne semblait pas vouloir s'effacer de son palais. Obnubilant, il envahissait chacun de ses sens, imprégnant son odeur entêtante jusque dans son odorat. Parce que c'était ça. La pulsation colérique de son coeur avait envahi tous ses sens, limitant les espaces et construisant des barrières contre ce que son esprit s'échinait à espérer expliquer. Pourquoi Enya et non pas Aida ? Pourquoi lui arrachait-on encore les seuls instants de douce euphorie qu'il aurait pu avoir ? Le Destin s'acharnait, capricieux, à lui faire miroiter le mieux pour lui offrir le pire. Et s'il sentit une secousse électrique lorsqu'Enya posa la main sur son dos pour le guider vers le canapé, ce n'était pas ça.
Un choc de l'habitude, aussi présent qu'il était dénué de sens. Aussi vide qu'il était absent. Aussi insatisfaisant que l'était toute cette entrevue, quand bien même elle lui faisait du bien. Une nuance qu'il n'était ni sûr de comprendre, vu son état, ni certain de vouloir.

Et pourtant. Pourtant son coeur s'était apaisé sous ses gestes malgré la douleur. Bien plus docile qu'il ne l'avait jamais été envers la jeune femme, envers celle qui autrefois avait été sa Douce, il s'était laissé examiner sous toutes les coutures. Parce qu'il savait, au fond, que si ce n'étaient pas les mains qu'il désirait, elles étaient tout de même capables de le soigner. Que peut-être que s'il plissait suffisamment les yeux, s'il avait suffisamment de fièvre, il l'apercevrait. La Spectrale. La Seule.
Noah hocha la tête par automatisme, plus une réponse à son ton qu'à ses paroles. Ce ne fut que trop tard qu'il comprit qu'elle s'éloignait, qu'il sentit son parfum léger, un parfum auquel il s'était habitué et qui lui avait cruellement manqué, qu'il comprit. Qu'il comprit qu'elle le laissait seul, une nouvelle fois, face à sa propre tempête. Il aurait eu envie de la retenir. Il avait eu tellement envie de la retenir, ne serait-ce que pour la retrouver. Mais ce n'était pas ce qui s'était passé. Ce n'était jamais ce qui se passait, avec ses souvenirs. Ils partaient, loin, si loin qu'il ne pouvait jamais réellement les étreindre à nouveau.

Et pourtant ça n'empêcha pas son coeur de se comprimer quant elle revint à son chevet. Si sérieuse. Si... Distante. Professionnelle. N'était-ce pas ça qu'il était venu chercher en allant jusqu'à Treme, jusqu'à cet appartement qu'il connaissait par coeur ? Cet appartement où il voyait progressivement que la vie avait changé. Des objets étaient différents. Jusqu'à ce canapé où il était partiellement assis.
La vie continuait, indépendamment de lui. La musique des rotations de la planète, continuelles, que personne ne pouvait jamais saisir. Pas même lui. Et pourtant l'envie était toujours là. Celle de glisser sa main sur sa joue ronde, celle de tenter de croire chaque aspect de cette illusion. Ses doigts filaient sur sa peau, lui arrachant un léger cri de douleur alors qu'ils frôlaient sa côte blessée. Pour se forcer au silence, ou se forcer à l'immobilité, il prit la glace qu'Enya lui tendait pour l'appliquer contre sa mâchoire. Cassidy ne l'avait pas manqué, l'impact commençait à gonfler douloureusement. Un nouveau pic de douleur. Une nouvelle grimace. Mais la glace apaisait quelque peu les maux de son corps. Pas ceux de son coeur.

Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Une question si pure qu'elle lui arracha un soupir résigné. Pas contre Enya. Contre la naïveté qu'il avait lui-même éprouvée. Celle de croire potentiellement qu'une discussion soit possible avec un spectre qui n'en avait jamais été un.

-Je suis tombé sur un vieil ami... Malheureusement, nos chemins se sont croisés il y a quelques années. Le clivage ne nous a pas réussi.

Etait-ce seulement la vérité, Meadow ? Il frissonna à son propre aveu. Parce que Cassidy n'était pas qu'un vieil ami. Il était plus que ça. Nettement plus que ça. Parce que la vérité était bien plus nuancée que cette seule explication. Ce n'était pas seulement le clivage qu'ils avaient provoqué qui les séparait, Cassidy et lui. C'était un monde entier, un nouveau plan d'existence qui s'était créé entre eux. Pouvaient-ils encore prétendre être les mêmes, après tout ça ? Rien n'était certain.
Comme Enya. Comme ce regard scrutateur qu'elle posait sur lui quand elle opérait ses soins, mais qu'elle détournait immédiatement. Un mouvement qu'il aurait pu prendre pour de la timidité, autrefois. Mais qu'il voyait clairement gêné, à présent. Gênée par sa présence dans une vie qui avait changé, avec toujours ce même clivage qui s'était créé entre eux. Et pourtant. Pourtant il avait tant envie de glisser ses doigts dans ses cheveux, de se glisser tout court entre ses bras. De se laisser porter par la chaleur de son étreinte et oublier.
Tout oublier.

Son regard était lointain mais il était toujours relativement présent. Suffisamment pour répondre par un mouvement de tête négatif à sa question. En vérité, il n'en savait rien. Tout s'était passé tellement vite, tout avait été si intense. Des retrouvailles qui n'avaient rien de ce qu'il avait prévu, de ce qu'il s'était toujours imaginé. Toute la journée n'était qu'une improvisation floue, hasardeuse et mesquine, d'où il n'était ressorti qu'une chose : sa propre faiblesse. En témoignait la pulsation qu'il sentait dans sa mâchoire, ou les pics de douleur dans son flanc. Aurait-il dû se préparer d'avantage ou avait-il eu raison de se laisser aller ? Avait-il eu raison de leur faire confiance comme il continuait de le faire, désespérément, à Cassidy comme à Enya ? Parce qu'au fond, on a beau secouer les fondations de l'Humanité, elle est incapable de changer.
Changer...

-...Je n'ai pas souvenir de ce canapé...

Une pensée abstraite, un constat plus qu'un reproche. Il n'avait effectivement aucun souvenir du canapé sur lequel il se trouvait assis. Une manière comme une autre de la garder à côté de lui, de s'approprier son attention. Une bouteille à la mer, dans l'espoir qu'on réponde à son message.
Ne m'abandonne pas. Ne m'abandonnez pas.


-Je m'excuse pour la gêne. Je ne voulais pas m'imposer, mais j'étais tellement... Désorienté. J'ignore pourquoi ou même comment je suis arrivé jusqu'ici. Je sais juste que c'était ce qu'il fallait.

Ce qu'il me fallait. Il tenta un mouvement, mais une nouvelle salve de douleur lança son flanc, le poussant à conserver sa position dans le canapé. Il n'aimait pas ça, la faiblesse. Sa faiblesse. Tout plutôt que lambiner inutilement dans un endroit qui n'avait tellement plus sa trace qu'il en était presque devenu inhospitalier.
Et pourtant, pourtant quand il reposa les yeux sur Enya, sa vision brouillée par la douleur et la fièvre, il eut l'impression de La revoir. Un éclair bref, si fugace qu'il n'avait pas duré plus d'une demi-seconde. Mais un éclair qui avait fait sombrer son coeur dans les tréfonds de ses entrailles. Parce qu'au fond, il savait ce qu'il était venu chercher. Cette ombre fantomatique qui semblait s'être évaporée avec le temps, avec le sevrage.
Aida était toujours là. Lointaine. Timide. Mais elle était encore là, brève, comme pour lui parler. Comme pour lui dire, mais lui dire quoi ? Son esprit était trop confus pour manifester une réponse. Alors il se laissa aller à enfin glisser ses doigts le long de la joue ronde de son ancienne amante, lui adressant un rictus douloureux.

-Tu n'as pas changé...

Personne ne changeait vraiment, fondamentalement parlant. Pas même lui. Pas même Rafael. Pas même Cassidy. Personne ne changeait jamais fondamentalement parce que c'était ainsi qu'était construit le monde, qu'était construite la vie. Parce que c'était ainsi qu'il avait lui-même toujours été façonné. Les pieds dans le présent, et le regard tourné vers le passé.
Un passé qu'il redécouvrait avec une certaine forme de nostalgie, alors que ses yeux vagabondaient des lèvres en bouton de rose d'Enya jusqu'à ces épaules fines qu'ils connaissait par cœur.

-Je ne crois pas qu'il m'ait suivi. Je ne devrais pas t'importuner longtemps, si c'est de cela que tu t'inquiètes.

Il divaguait. La fièvre s'était accrue dans tout son organisme, laissant ses paroles dépasser sa pensée. Lorsqu'il tentait un regard circulaire pour embrasser la pièce, sa vision tournait, se gondolait, offrant à Enya une aura lumineuse imaginaire. Offrant aux ombres de la cuisine la silhouette d'un homme revenu tout juste des Enfers, et prêt à lui faire payer tout ce qu'il lui avait fait. Saisi d'un frisson, la fièvre continuant de grimper, il garda son regard fixé sur cette ombre. Il savait que Cassidy n'était ni là, ni capable de faire la moindre illusion. Mais ça ne l'empêchait pas de le craindre. Il déglutit difficilement, alors que l'ombre semblait se rapprocher. Sa voix se mua en murmure, l'Italien roulant sur sa langue :

-Qu'as-tu fait d'Aida, Voleur de Souvenirs ?

Il ne s'adressait qu'au Néant. Un Néant qu'il ne connaissait que trop, un Néant qui était revenu avec l'absence d'Aida. L'absence d'Enya. Et alors même qu'elle était là, juste devant lui, il ne voyait pas Celle qui avait été. Il ne la voyait pas, Elle.
Alors il se pencha vers son ancienne amante. Murmura doucement, le regard toujours rivé sur la silhouette de Cassidy, Cassidy qui s'était matérialisé contre la porte. Cassidy les bras croisés sur son torse qui le toisait d'un regard mort cerclé de cernes noirs comme la nuit, la peau blafarde, diaphane. De la neige tombait tout autour de lui, l'évitant comme s'il la repoussait alors que ses lèvres gercées trahissaient la morsure du froid. Les rémanences de ce qu'il avait fait. Les reliquats de ses propres erreurs.

-Il est là... Il nous observe... Le Voleur de Souvenirs...


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MessageSujet: Re: Half Lost || Enya ♥   Ven 31 Mar - 22:59

Je haussai un sourcil en entendant l’explication. Un vieil ami. De toute évidence, ils n’étaient plus très amis, vu comment l’autre avait amoché Noah. Il semblait que le psychiatre ne plaisait pas à tout le monde. Je pouvais les comprendre, maintenant. Mais je m’abstins de tout commentaire. Sa vie, ses fréquentations, tout cela ne me concernait plus. Je ne voulais plus être concernée. Si Noah se faisait tabasser, c’était son problème. Enfin, c’était un peu le mien maintenant qu’il était là, sur mon canapé. Mais je ne voulais plus m’impliquer émotionnellement. Je ne pouvais plus. Si je m’avançais un peu trop près du bord, la moindre bourrasque me ferait replonger indéfiniment. Je ne pouvais pas me permettre de prendre le risque. J’étais encore une addict en désintoxication.
Il n’avait pas d’autres blessures, à ses dires. J’acquiescai d’un signe de tête : je n’en décelai pas d’autres non plus. Il était déjà bien assez amoché comme ça, pas besoin d’en rajouter pour le plaisir. J’allais lui dire quelque chose quand il fit une remarque à propos du canapé. Je ris doucement.
« Disons que tu n’es pas le premier à faire des rencontres malheureuses et trouver que mon appartement est bien plus sympa que l’hôpital. Sauf que l’autre a perdu beaucoup sur mon canapé et l’a foutu en l’air. J’ai donc investi dans un autre, plus présentable. Tu seras donc aimable de ne pas te vider sur celui-là, il est récent. »
J’esquissai un sourire à l’attention de Noah. Un nouveau frisson, un nouveau choc électrique me parcourut l’échine et je baissai à nouveau les yeux vers sa côte. Pas grand-chose que je puisse faire, là, sans moyens.

« Je m'excuse pour la gêne. Je ne voulais pas m'imposer, mais j'étais tellement... Désorienté. J'ignore pourquoi ou même comment je suis arrivé jusqu'ici. Je sais juste que c'était ce qu'il fallait. »
Les mots furent une décharge plus forte encore et m’obligèrent à relever la tête, plonger mes yeux dans ceux de Noah. Ce qu’il fallait ? Ce qu’il lui fallait, à lui. Pas ce qu’il me fallait. Moi, je luttais de toutes mes forces, là, pour ne pas flancher. Pour qu’il ne remarque rien.
« Tu n'as pas changé... »
La main sur ma joue fut à la fois une vague de bonheur et un éclair de douleur. Je me figeai, incapable de dire quoi que ce soit. J’avais envie de lui rendre son geste. J’avais envie de lui caresser doucement les cheveux. J’avais envie de l’embrasser. J’avais envie de me blottir là, contre lui, sur le canapé, et ne jamais partir. J’avais envie de hurler, de pleurer, de le frapper jusqu’à me faire mal. J’avais envie de m’enfuir en courant et j’avais envie de me noyer dans ses bras. Il me dit de ne pas m’inquiéter, mais je ne répondis pas, ne bougeai pas. Si je bougeais, j’implosais. Puis tout à coup il capta quelque chose derrière moi et je suivis son regard vers le coin de la pièce, vide. Mais lui voyait quelque chose. Il parla en italien. L’entendre dans cette langue me serra le cœur et je fermai les yeux une seconde. Il divaguait en italien. Ca ne me rappelait que trop bien les secrets qu’il gardait et qui avaient fini par briser notre couple. Je sursautai en sentant les lèvres de Noah s’approcher de mon oreille doucement.

« Il est là... Il nous observe... Le Voleur de Souvenirs... »
Je tournai la tête, regardai Noah, puis l’endroit qu’il désignait. D’un geste, je touchai le front de mon patient, m’arrachant un nouvel éclair. Je retins un petit hoquet de surprise.
« Bon sang, Noah, tu es brûlant ! Attends, rallonge-toi. Là, doucement. »
J’accompagnai le mouvement et le replaçai en position allongée. Il devait faire au moins 40 de fièvre. Je fouillai dans la trousse de soins et trouvai des médicaments pour faire baisser la fièvre. D’un bond je me levai, allai remplir un verre d’eau et l’amenai vers Noah. Lui relevant un peu la tête, je lui fis avaler le médicament avec un peu d’eau, avant de lui reposer doucement la tête sur le coussin. Je soupirai. Cette nuit allait être longue.
« Ecoute-moi. Tu es fiévreux. Tu vas rester ici jusqu’à ce que la fièvre passe, d’accord ? Tu ne bouges pas d’ici. »
Il avait les yeux excités, semblait en transe. Il hallucinait, en plus de ça. C’était inquiétant. Je n’avais jamais vu Noah dans cet état et je ne pouvais pas empêcher l’inquiétude de gagner toutes les cellules de mon corps. Dans un geste, un élan d’affection, je lui caressai doucement la joue.
« Ca va aller. Il n’y a personne. Juste toi et moi. Tu es en sécurité. Ca ira mieux demain. »
Et je déposai un baiser sur son front brûlant. Je ne devrais pas agir comme ça. Chaque geste, chaque mot me rapproche un peu du bord. Je sens déjà la chute. Je sais à quoi ça ressemble. Je suis passée par là. Mais je ne peux pas le laisser comme ça. Je ne peux pas faire semblant et être distante. Pas avec lui. C’est Noah. Et ce simple fait change tout. Je pense à Timothée, m’excuse intérieurement. Je m’assois près de Noah, sur le canapé, et lui prend la main, pour lui montrer ma présence, lui montrer que je suis là. Qu’il est en sécurité.
« Tu te souviens quand tu as attrapé la grippe ? C’était il y a longtemps déjà. Tu étais cloué ici, au lit. Tu m’avais appelée Aida pendant trois jours. Elle devait être formidable, Aida. »
Je baissai les yeux sur la main de Noah dans la mienne. Retins la chute, de justesse.
« Je suis désolée de la façon dont ça s’est terminé. On méritait mieux que ça. Tu méritais mieux. Je ne serai jamais aussi bien que ton Aida, mais je n’aurais pas dû être si cruelle envers toi. J’espère que tu me pardonneras. »
Je n’étais pas sûre qu’il puisse réellement capter ce que je lui disais, avec la fièvre. Je n’étais pas sûre qu’il s’en souvienne demain matin. Peut-être était-ce pour cela que je lui disais ces mots avec autant de facilité. Ces mots que je retenais au fond de mes tripes depuis des semaines, des mois. Trop longtemps.

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MessageSujet: Re: Half Lost || Enya ♥   Lun 10 Avr - 1:43


Pourquoi Enya ? Pourquoi Enya alors qu’il aurait très bien pu partir se réfugier chez qui que ce soit d’autre, qu’il n’était pas démuni, qu’il avait la possibilité d’être à l’abri, loin de tous ses soucis, chez un de ses amis ? Pourquoi chez Enya alors que leur relation n’avait toujours été que tumultueuse, leur rupture était toujours aussi douloureuse même si le temps avait passé, alors que la jeune femme pouvait tout aussi bien ne pas vouloir de lui ? Il n’avait pas réfléchi, dans l’urgence. Il n’avait pas réfléchi, dans la folie de ses propres émotions, de ses propres ressentis. Enya était proche. Enya était douce. Il s’était arrêté à l’avant sans se concentrer sur l’après, avait supposé, probablement à tort, qu’elle l’accueillerait chez elle comme dans le passé. Et même si les choses avaient changé, si elle avait réamorcé sa vie comme le laissaient entendre le canapé neuf ou cette odeur, légère mais réelle, qu’il ne connaissait pas, il ne s’était pas trompé. Tout dans l’attitude d’Enya hurlait le même désir de retrouvailles comme de rejet qu’il ressentait. Tout aussi peu conscient soit-il.

Le spectre de Cassidy le fixait toujours quand la brunette posa sa paume contre le front du sorcier, ses lèvres bougeant lentement en paroles absconses que Noah ne parvenait pas à entendre. Le contact de la main fraîche sur sa peau, là où pulsait encore la chaleur de son ancien ami, lui arracha un léger hoquet de dénégation et il tenta vainement de s’en extirper dans un mouvement de tête enfantin. La fièvre, la chaleur de la petite main, avaient laissé une insupportable sensation de brûlure sur sa peau. Incapables de s'arrêter sur quoi que ce soit, les pupilles vertes du sorcier bondirent d'Enya au spectre, pour revenir sur le visage rond de son ancienne compagne. Etait-ce Enya ou Aida qu'il voulait voir ? Dans sa vision périphérique, les lèvres bleues, gercées, givrées de Cassidy, articulaient quelques mots qui lui échappèrent. Un nouveau souffle, un soupir éteint. Une main fine, diaphane, glissait de l'épaule du spectre jusque sur son torse. Et, derrière lui, l'éclat poli d'une chevelure brune hirsute. Elle.

-C'est lui, Enya, ne comprends-tu donc pas ? C'est lui qui la détient !

Ses yeux s'étaient agrandis d'effroi, agrandis alors que ses hallucinations fiévreuses le poussaient à voir la haute stature du bagnard glacé cacher la silhouette d'Aida. Aida qui avait fait glisser sa main le long du bras de l'autre, Aida dont seule sa hanche, seule une épaule, dépassaient de sa cachette. Aida, qui s'arrachait de sa vue pour rester avec le Voleur, le dernier écrin des souvenirs de l'Italien. Comme un message. Comme une pensée fugace.
Prisonnier de ses propres visions, il laissa Enya le rallonger dans le canapé. Elle était son dernier bastion contre la folie. Et le bastion s'en allait de nouveau, sans qu'il ne soit assez rapide pour la retenir.
Seul, de nouveau seul face à ses propres cauchemars. Face à Cassidy qui s'exprimait en silence. Face à Aida qui n'était plus en Enya, qui n'était plus même en lui. La neige fondue qui perlait des cheveux de Cassidy se transformait en stalactites. Chaque mouvement de la main pale d'Aida, la dernière vision qu'il avait encore d'Elle, laissait une strie de glace sur le corps du malheureux Illusionniste. Illusionniste qui laissa échapper un soupir. Soupir qui vint glacer Noah jusqu'à la moelle, le poussant à se recroqueviller sur le canapé en espérant qu'Enya revienne rapidement.

Il n'opéra pas la moindre résistance au médicament qu'elle lui administra. Il ne se débattit même pas quand elle tenta de le faire boire, alors qu'il n'en avait aucune envie. Un rire féminin, cristallin, spectral, retentit derrière Cassidy. Un rire qu'il aurait reconnu entre tous, tant il l'avait aimé. Tant il l'avait oublié. Alors, quand Enya relâcha sa tête, il avait levé une main tremblante pour caresser son bras. S'était efforcé de croiser son regard, en espérant qu'Aida ait décidé de revenir. Mais tel n'était pas le cas.
Petit garçon perdu dans l'immensité du monde, bien plus faible et docile qu'il ne l'avait jamais été, il écouta sagement ce qu'elle lui dit. Si elle voulait qu'il se repose, il se reposerait. Si les hallucinations le lui permettaient.

-Je ne veux vraiment pas m'imposer...

Il ne le voulait sincèrement pas. Chaque parcelle de son corps à l’agonie hurlait, hurlait pour qu’il parte, peu importait le reste. Peu importaient la fièvre ou les blessures. Il ne pouvait pas rester dans ce salon qui ne ressemblait plus à Enya toute seule, il ne pouvait pas supporter le regard accusateur de Celui qui avait été si important, ne pouvait plus supporter qu’Elle, Elle lui soit prisonnière. Il allait se redresser, une nouvelle fois, mais la douceur des gestes d’Enya l’en empêchèrent.
De cette main contre sa joue, un geste si simple, si pur, un geste qu’il avait cherché en vain pendant des mois. De ces quelques mots si rassurants, qui suffirent à réchauffer ce froid maladif qui régnait sur ses vieux membres. De ces lèvres sur son front, des lèvres qu’il avait mis tellement de temps à tenter d’effacer de sa mémoire, qui revenaient comme une caresse violente sur sa peau. Une caresse amère là où il ressentait toujours la brûlure du front de Cassidy. A croire que tous les gens importants dans sa vie avaient un rapport insidieux avec son maudit front. Peut-être devrait-il se le faire couper, un jour. Non, c’était du délire.

L’éclair d’incompréhension qui traversa ses yeux verts fut de courte durée. Comme si, par le seul fait de ce geste, Enya venait d’enlever ce poids considérable qui pesait sur sa poitrine. Soumis au silence, il se contenta de la dévisager. Combien de temps avait-il erré en vain, tentant de se sevrer de ce contact, tentant de la retrouver tout autant que de l’oublier ? Combien de jours, de semaines, de mois, s’étaient écoulés dans cette misère sombre qui l’avait happé depuis qu’elle lui avait clairement dit ne plus vouloir le revoir ? Et elle était là. Et elle s’occupait de lui, comme avant, comme lorsqu’ils étaient un couple lié en vers et contre tout. Un couple idéalisé, fantasmé. Un couple bancal qui ne tenait que sur un fantasme d’un ancien temps, qui n’était même plus là pour sublimer le geste pourtant doux de la jeune femme. Noah serra la petite main dans la sienne, redécouvrant ses creux, ses veines, la douceur de ses doigts malgré sa peau moite. Un geste si pur, d’une personne qui n’avait jamais rien demandé d’autre au sorcier que son amour. Et, dans sa vision périphérique, les lèvres gercées de Cassidy s’étaient étirées dans un sourire narquois. Un sourire que Noah n’était pas capable d’interpréter. Qu’il ne voulait pas, surtout, interpréter.
Enya parlait. Enya parlait d’Aida. Aida dont la silhouette lumineuse s’était échappée du cauchemar, s’était évanouie dans l’ombre de Cassidy. Fermant les yeux pour échapper à l’Accusateur, le sorcier s’enfonça dans les coussins. Un souvenir d’un temps fantomatique, à nouveau. Une grippe dont il ne se souvenait de rien d’autre qu’avoir sué sang et eau pendant une semaine, avoir déliré et tenté désespérément de contenir le plus de secrets qu’il le pouvait. Une situation similaire, à l’exception que cette fois, il n’avait pas envie de se battre. Il n’en avait plus la force.

-C’était une femme exceptionnelle. Sous bien des aspects.

Enya, qui laissait planer des souvenirs du passé, des souvenirs d’antan, des souvenirs morts et enterrés, pour en invoquer de nouveaux. Enya qui s’excusait de la manière dont les choses s’étaient passées, laissant une impression douce-amère sur le palais du psychiatre. Elle pouvait, être désolée. Elle le pouvait parce qu’elle l’avait étiqueté sans le moindre scrupule sans même lui donner l’occasion de se défendre. Ces mots, il avait tant espéré les entendre qu’il les avait scellés sous clé quelque part au fond de son coeur. Et maintenant qu’il les entendait, il ne savait plus que penser. Une situation qu’il avait vécue, à un degré différent, quelques heures auparavant. La gorge sèche, il se contenta d’un faible rictus. Serra doucement la main, en se demandant si elle pouvait bien être sincère. Parce que ce qu’il avait entendu, c’était ce qu’il voulait entendre. Et ce qu’il voulait entendre le précipitait une fois de plus au fin fond d’un abysse dont il venait tout juste de ressortir. Ne pas replonger. Ne pas laisser son coeur par trop confus prendre le pas sur la logique. Si elle était aussi sincère, pourquoi avait-elle mis autant de temps pour se confesser ?
Un éclair de douleur, dans sa mâchoire. Une brûlure sur son front, le poussant à serrer d’avantage la main dans la sienne. Elle disait la vérité. Ils disaient la vérité.

-Ca n’aurait pas dû se passer comme ça...

Le Pardon. Il faut deux personnes pour le Pardon : la personne trahie, et celle qui a trahi. Un acte plus qu’un concept. Un pacte tacite entre les deux partis, au moment où la vérité pleine éclate, au moment où les masques sont tombés, au moment où les peines sont enfouies. Et, en ce qui le concernait, il ne le pouvait pas. Pas encore. Pas maintenant.
Ses yeux se rouvrirent sur le plafond, divaguèrent le long des stries du plâtre mal appliqué qui semblait se mouvoir devant lui. Pardonner exigeait une certaine forme de vérité. Et, pour la vérité, il devait ouvrir son coeur. Du moins ce qu’il en restait.

-Aida était une femme formidable. Une de ces âmes si belles, si lumineuses, si pures. Elle était ma Louve, elle était ma Muse, elle était ma Mère, ma Sœur, ma Fille. Mon Âme Sœur. Une fraction de moi, tout comme j’étais une fraction d’elle. Quand elle m’a trouvé, elle a su. Elle a compris que nous étions deux parties d’un même être séparées au moment même de la création du monde, et que nous étions voués à nous retrouver. Nous nous connaissions par coeur. Nous nous sacrifions ensemble. Et peu importaient les difficultés, les errances, tant que nous étions ensemble. Mais elle est morte. Et je n’aurai jamais dû faire peser son souvenir sur tes épaules.

La fièvre rafraîchissait son corps, son esprit, comme un vent frais qui aurait soufflé sur sa peau. Par réflexe, le sorcier tourna la tête vers son autre Souvenir. Cassidy souriait toujours, mais son expression semblait changée. Juste à peine. Ses contours semblaient brumeux, illusion prête à s’évaporer d’un battement de cils. Aida, elle n’était plus là depuis longtemps. Depuis des siècles. Tendant sa main libre dans la direction du dernier bastion de sa mémoire, le sorcier poursuivit, dans un murmure.

-Elle m’échappe. Son rire, sa grâce, sa lumière, m’échappent. Elle s’était nichée en toi, par moments. Dans cette façon que tu as de sourire, dans certains de tes gestes. Dans certaines de tes paroles. Dans la manière dont les rayons de soleil traversent ta chevelure, renvoyant les mêmes échos que celle d’Aida. J’ai cru à tort que tu pouvais être celle qui ferait revivre son souvenir. Que tu pouvais être elle, sans l’être tout à fait. Que cela me conviendrait, que je pourrais t’aimer aussi intensément, de la même manière. Mais je me suis fourvoyé. Je me suis laissé aveugler par mon besoin insensé de la retrouver. Et au final, vous êtes toutes les deux parties.

Poser les yeux sur le visage de la jeune humaine était tout aussi douloureux que d’admettre que sa mémoire lui échappait. Que le spectre de Celle qui avait toujours été plus importante que le monde lui-même ne se manifestait plus dans les traits d’Enya. Mais c’était un mal nécessaire. Et peu importait que la fièvre le pousse à dire bien plus que jamais. A admettre une part de ses responsabilités.
Les laisser partir. La laisser partir. Peut-être que c’était ça, qu’il devait faire. Mais il n’était pas prêt. En plus de sept siècles, il n’était toujours pas prêt. Il ne restait plus d’Aida que deux personnes, en ce monde. Rafaele et Cassidy. Parce que la jeune femme en face de lui, pour laquelle il éprouvait toujours cette tendresse nostalgique qui le poussa à glisser sa main sur sa joue ronde, n’avait jamais été qu’une chimère. Une douce, une agréable, une aimée chimère.

-Tu as peut-être eu raison de me rejeter. Parce que je ne vois plus son souvenir quand je te regarde. Parce que je réalise que je t’ai aimée, différemment d’elle, mais aimée quand même.

Des mots qu’il n’avait pas su lui dire. Des mots qui n’avaient plus la même importance, désormais. Qui arrivaient trop tard, qui arrivaient trop abruptement, qui sortaient trop vite, qui n’avaient pas la même saveur ou la même force que quand ils étaient adressés à Aida. C’était là, son erreur. D’avoir cru pouvoir aimer un fantôme avec la même puissance que quelqu’un de réel. D’avoir cru que l’amour n’avait qu’une seule forme, n’avait qu’une seule règle, parce qu’il n’en avait connu qu’un seul aussi profond.
Dans le creux de sa vision périphérique, caché par le paravent de ses propres cils, le spectre de Cassidy s’évaporait. Ne laissant plus derrière lui que l’ombre d’un sourire et quelques flocons de cette neige éternelle qui flottait entre eux deux.


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MessageSujet: Re: Half Lost || Enya ♥   Ven 28 Avr - 23:06

« Ca n’aurait pas dû se passer comme ça... »
Je baissai les yeux vers ma main dans la sienne. Non, ça n’aurait pas dû se passer comme ça. Rien de tout cela n’aurait dû se passer de la façon dont ça s’est passé. Mais on ne peut pas réécrire ce qu’on avait fait. Et mes excuses étaient en retard, et elles étaient insignifiantes, mais elles avaient le mérite d’exister.

Et Noah se remit à parler. Il parla beaucoup. Et ses mots étaient si sincères, empreints d’une nostalgie immense. Empreints de sentiments profonds qui me brisaient le cœur, et j’ignorais si c’était de tristesse ou de bonheur. Noah s’ouvrait enfin. Trop tard, si tard. Mais il s’ouvrait, et pour la première fois j’entendais parler d’Aida, pour de vrai. De cette femme que j’étais censée remplacer, que je n’avais jamais réussi à égaler. Et je compris, par ses mots, l’amour que l’homme couché sur mon canapé éprouvait envers cette femme partie depuis longtemps. Un amour incroyable, véritable, ancré en lui. Le genre d’amour qui s’écrivait dans l’âme. Qui laissait des séquelles quoi qu’on en dise. Le genre d’amour que j’avais éprouvé pour lui. Celui qui ne partait jamais vraiment. Et je comprenais, maintenant. Je n’aurais jamais pu être Aida, je n’aurais même jamais pu être l’ombre d’Aida. Elle était son âme sœur. Je n’étais qu’Enya.
« Mais elle est morte. Et je n’aurai jamais dû faire peser son souvenir sur tes épaules »
Je hochai la tête, silencieuse. Pouvais-je vraiment encore le blâmer pour avoir essayé ? Si j’avais vécu ce qu’il avait vécu, j’aurais peut-être cherché l’homme de ma vie partout. J’avais entretenu l’illusion, à ma façon, dans le but de ne pas le perdre. Je n’avais pas été capable de porter son souvenir, il avait été incapable de le laisser partir et de m’aimer pour moi. Notre relation était vouée à l’échec dès le début, parce qu’au fond, il n’y avait toujours eu qu’Aida. Et je me dis, le cœur serré, qu’il n’y aurait probablement jamais qu’Aida.
« Elle m’échappe. Son rire, sa grâce, sa lumière, m’échappent. Elle s’était nichée en toi, par moments. Dans cette façon que tu as de sourire, dans certains de tes gestes. Dans certaines de tes paroles. Dans la manière dont les rayons de soleil traversent ta chevelure, renvoyant les mêmes échos que celle d’Aida. J’ai cru à tort que tu pouvais être celle qui ferait revivre son souvenir. Que tu pouvais être elle, sans l’être tout à fait. Que cela me conviendrait, que je pourrais t’aimer aussi intensément, de la même manière. Mais je me suis fourvoyé. Je me suis laissé aveugler par mon besoin insensé de la retrouver. Et au final, vous êtes toutes les deux parties »
Sa main sur ma joue est brûlante et pourtant je le laisse faire, je le regarde, croise son regard, quelques secondes. Mon cœur tombe et remonte comme un vulgaire yoyo au bout d’un fil, manipulé par un gamin plutôt doué. Je sais que la fièvre a son rôle à jouer dans ce déferlement de paroles. Mais je sais aussi que les mots qui sortent de la bouche de Noah sont sincères. Ou alors je m’en persuade, mais au fond ça revient au même, ça a peu d’importance.

« Tu as peut-être eu raison de me rejeter. Parce que je ne vois plus son souvenir quand je te regarde. Parce que je réalise que je t’ai aimée, différemment d’elle, mais aimée quand même. »
Je n’arrive pas à retenir la larme qui coule maintenant sur ma joue. Ai-je vraiment essayé ? Pas vraiment. Ca n’a pas d’importance non plus. J’attendais ces mots depuis longtemps. Je m’étais faite à l’idée de ne jamais les entendre. J’avais tiré une croix dessus, j’avais décidé que détester Noah était la solution la plus facile. Je l’avais blâmé, pour tout. J’avais décidé de l’oublier, je m’étais lancée corps et âme dans ma relation avec Timothée. Parce que Timothée était tout ce que Noah n’était pas, au final. Et c’était peut-être compliqué avec Timothée, mais ce n’était pas comme avec Noah.
Et maintenant, il les prononçait, ces mots. Il m’avait aimée. Tout ce que j’avais toujours voulu. Et il me le disait quand j’avais décidé de partir, de refaire ma vie et de tourner la page Noah Meadow. Et c’était un vrai bonheur d’entendre ces mots. Et ca faisait tellement mal en même temps. J’étais perdue. Je ne savais plus quoi faire. J’aurais préféré qu’il ne vienne pas toquer chez moi. C’était plus simple de continuer à le détester. Maintenant, j’étais incapable de le détester. Pas alors qu’il était là, blessé, délirant. Pas alors qu’il ouvrait son cœur et me disait qu’il m’avait aimée. Moi, pas le reflet d’Aida. La vie était d’une ironie grotesque parfois. Je reniflai légèrement, essuyant cette larme sur ma joue du revers de la main.
« J’aurais tout donné pour toi, Noah. Tout. Ce que tu ressens pour elle….je t’aimais tellement. Et toi, tu… »
Je haussai les épaules, en signe d’abandon. Je ne savais pas exprimer ce que j’avais sur le cœur. Je ne le voulais pas vraiment. Je ne voulais pas ressasser tout ce que j’avais mis du temps à compartimenter dans un coin de mon cœur.
« Je suis désolée que tu l’aies perdue. J’aurais simplement voulu qu’on puisse vivre notre histoire pour de vrai. J’imagine qu’on n’était juste pas faits pour être heureux ensemble. »
Je souris doucement. Demain il aurait peut-être oublié toute cette conversation. Tant pis. Tant mieux.
« Tu mérites d’être heureux, Noah. J’espère que tu trouveras quelqu’un qui saura te rendre heureux à nouveau. En attendant, on va déjà essayer de te remettre sur pied, ce serait un bon début. Tu le vois encore, ton….voleur de souvenirs ? »

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MessageSujet: Re: Half Lost || Enya ♥   Ven 5 Mai - 20:08


Sa langue s'était déliée sur des filaments de vérité, de pensées abstraites et pourtant bien réelles. Il n'avait pas retenu ses mots, parce qu'ils étaient bien trop proches de la réalité pour être cachés. Parce qu'ils arrivaient bien trop tard pour être retenus plus longtemps. Et, à mesure que la réalité éclatait dans ce salon trop étroit, ses propres chimères s'évaporaient. Comme un signe. Comme une sensation de légèreté maintenant que l'abcès était crevé, maintenant que le cours des choses était rétabli. Une sensation de flottaison qui n'avait pas seulement la fièvre pour cause. Mais aussi la réalisation profonde qu'il n'y avait pas eu qu'Aida, en vérité, dans toute cette relation chaotique.
Il y avait eu Enya. Enya si pure, en face de lui, clairement secouée par les confessions du sorcier. Enya, qui avait su se frayer elle aussi une place dans son coeur, avait réussi à s'y immiscer sans crier gare, et avait réussi à y laisser ce vide, ce gouffre sans fond lorsqu'elle s'en était arrachée. Enya qui encaissait ses divagations, Enya qui encaissait ses réalisations. Et, à mesure que ses yeux rougissaient, s'embrumaient de larmes, Noah sentait son coeur s'apaiser de ce poids, de ce secret énorme, qui lui pesait.

Au fond, ce n'était pas d'eux qu'il s'agissait, ce soir. Ce n'était plus d'eux. Plus depuis longtemps. C'était de libération, de l'un, de l'autre, quand bien même Noah n'était pas en pleine possession de ses moyens. De ses pensées. Peut-être aurait-il dû être dans cet état bien plus tôt. Peut-être aurait-il dû être sincère bien plus tôt. Mais il avait été tellement aveuglé par sa quête insensée. Alors que la réponse était si simple, au final.
Se laisser aller. Laisser parler un cœur qui n'avait, depuis bien trop d'années, qu'été soumis à un silence borné, à un aveuglement insensé et insensible. Un cœur qui battait doucement dans sa poitrine, retrouvant enfin ce repos cathartique auquel il aspirait depuis si longtemps. Un cœur qui se serra naturellement alors que, la gorge nouée, la douleur transparaissant dans ses yeux noisette, Enya avouait ce qu'au fond il avait toujours su. Si les paroles n'étaient pas claires, il en saisissait le sens. Elle l'aimait. Elle l'aimait de cette force, de ce besoin primaire, essentiel et vital, qui l'avait animé vis à vis d'Aida. Une force brute, motrice, qui organisait tout le monde autour de cette idée fixe. De ce sentiment dévorant.

-Je sais...

Il le savait, oui. Pour être passé par là, lui aussi. Pour avoir écouté la voix douce d'un fantôme qui avait pris possession de ses faits et gestes, le fantôme de l'Unique, sans tenir compte du reste. De lui-même. A bien des égards, Enya avait été similaire à lui, dans sa quête éperdue d'une chimère. Lui cherchait Aida. Elle cherchait Noah. Elle avait décidé de partir. Il était temps qu'il relâche Aida.
Son regard divagua vers l'endroit où se tenaient précédemment sa Louve et Cassidy. Etrangement, leur absence était reposante. Réchauffait son coeur, sans qu'il ne parvienne à se l'expliquer. Quelque part, au fond, il savait. Aida était en sécurité, avec lui. Aida était prête à partir depuis bien plus longtemps qu'il ne l'aurait voulu, Aida était peut-être même déjà partie. Ce n'était que lui, au fond, qui avait poussé cette mascarade à cette extrémité. Pour Elle. Pour Enya.
Enya dont la voix flûtée lui parvenait par vagues, comme portée par les flots. Enya qui répétait des paroles qu'il avait déjà entendues, portées exactement par cette même voix si douce, mais dont il saisissait maintenant la portée. Relevant le regard vers elle, il s'imprégna de son sourire. Un sourire désabusé. Triste. Dur. Dur dans son fatalisme. Sa main se trouvait toujours dans la sienne, et il en pressa doucement les doigts. Au fond, ils savaient tous les deux qu'elle avait raison.

-Nous n'étions pas faits pour être heureux ensemble, non. On se l'est déjà dit, et pourtant. Pourtant nous nous sommes laissés aveugler par des chimères. Parce qu'au fond, nous avions conscience l'un et l'autre qu'il y avait quelque chose qui nous raccrochait. Ce petit soupçon de rien qui faisait un grand tout.

Ce petit soupçon d'amour, fragile et tenace, ce fil vital que même les Moires ne savaient couper. Ce fil qui s'était étiolé tout seul, par la distance, par le doute, par les mensonges. Par l'aveuglement. Un sourire faible, mais chaleureux, naquit au creux de ses lèvres ourlées. Ce n'était pas que d'eux, dont il était question. C'était de leur monde respectif qui s'ouvrait sur des strates différentes, à mesure que les cœurs s'exprimaient. Pour la toute première fois.
Sa tête était lourde, son corps était lourd, mais ses pensées gagnaient progressivement en netteté. En fragilité. La soirée n'avait pas seulement été riche en émotion. Ces dernières années l'avaient été. Alors il avait acquiescé lentement à sa proposition, avant de sentir son coeur s'effondrer une nouvelle fois dans sa poitrine. Le manque. Là où l'absence avait été réconfortante, elle commençait à devenir angoissante. Croissante. Des rémanences de fièvre qui flottaient encore dans son système, qui le poussèrent à regarder une nouvelle fois vers le vide. Avec cette envie, cet espoir, peut-être, qu'il y ait encore quelqu'un.
Pour ne pas être seul.

-Non... Je ne le vois plus...

Sa réponse n'avait été qu'un murmure, une lourde réalisation, une nouvelle. Une nouvelle chape de plomb qui s'abattait sur son torse, contraignant sa respiration. Par réflexe, ses doigts avaient serré d'avantage la petite main d'Enya. Par réflexe, sa main libre s'était portée à son propre front pour l'effleurer. Là où la sensation fantomatique d'une pression résidait toujours, il fut étonné de sentir sa propre peau particulièrement brûlante. Il ne comprenait pas.

-...Il me manque.

Les mots étaient partis tous seuls. Aussi simple, aussi naturels, que le reste de leur conversation. S'il en était rendu à dire la vérité ce soir, il se choqua d'entendre sa propre voix annoncer cette réalité avec autant de naturel. Placer des paroles sur cette solitude dévorante qui le hantait depuis sa mort, bien des siècles en arrière. Cassidy lui manquait. Enya lui manquait. Rafael lui manquait. Azzura lui manquait. Aida lui manquait. Tant de personnes avaient traversé sa vie, des visages, des voix, des échos qui hantaient toujours son quotidien. Des illusions de proximité qui n'étaient plus depuis bien longtemps, et auxquelles il était désespéré de se raccrocher. La Vie lui manquait, celle où tout était naturel. Celle où les êtres pouvaient se connecter sans arrières-pensées, sans masques, sans illusions, sans se haïr ensuite. Un besoin si naturel qu'il avait fini par le barricader, l'emmurer dans les parois de son cœur, afin qu'il ne ressorte jamais. Et qui se rassemblait pour le broyer, maintenant qu'il ouvrait péniblement les yeux sur ses propres réalités.
Un trop plein du fond des âges, qui lui donnait envie de hurler. Un cri silencieux, si profondément enraciné dans ses entrailles, qu'il contint en se recroquevillant dans le canapé, saisi par une nouvelle vague de froid. Il se sentait comme un orphelin errant dans les rues, en quête d'un foyer. Comme un égaré d'une autre époque errant dans un monde inconnu, ravagé par une tempête de glace, hurlant le prénom d'une des seules personnes qui avaient accepté d'être son foyer.

-Crois-tu qu'on puisse être sauvés ? Qu'il y a quelqu'un ici-bas qui puisse vraiment nous rendre heureux ?

Tout au fond, chacun avait cet espoir dévorant, le psychiatre le savait parfaitement pour le voir régulièrement dans ses propres patients. Mais le doute persistait. Constamment. Un doute qui atteignait tout le monde sans distinction. Qui l'atteignait même lui, maintenant qu'il avait abaissé ses propres gardes. Avait pulvérisé les limites qu'il s'était imposées depuis si longtemps qu'il ne se souvenait plus qui il était, lui-même, avant tout ça.
Son regard s'était perdu, brouillé, avec ses propres pensées vagabondes. Jusqu'à ce qu'il le repose dans les prunelles sombres de son ancienne amante, l'interrogeant silencieusement avec détresse. Cherchant une once de réconfort, cherchant un geste. Ce geste. La sensation primitive, chaleureuse, d'un front contre le sien. Un geste qu'il avait déjà eu avec elle, il le savait. Un geste qui n'avait pas la même saveur selon qui le lui offrait.

-Es-tu heureuse, Enya ?

Étrangement, il savait qu'une réponse positive le réconforterait, malgré la douleur qu'elle apporterait. La déception qu'elle apporterait. Étrangement, savoir qu'elle aurait réussi à refaire sa vie en dépit de cet amour dévorant, addictif, qu'elle avait eu pour lui, avait peut-être encore pour lui, le rassurerait. Une impression paradoxale, compte tenu des circonstances. Compte tenu de ce besoin croissant qu'il éprouvait de l'avoir contre lui, de trouver la chaleur de ses bras, la douceur de son étreinte. Le réconfort de son soutien.
Es-tu heureuse, maintenant que tu as changé de vie ? Es-tu heureuse, maintenant que tu as éclaté un monde pour en reconstruire un autre ?
Au fond, c'était toujours la même chose. Ce manque de contact humain qui croissait, croissait encore, pour le dévorer tout entier. Ce manque d'une étreinte, même infime, qui dirait que tout finirait par s'arranger. Qu'il pouvait faire confiance, sans avoir peur d'être une nouvelle fois ballotté par les vents contraires de la psyché humaine. Qu'il pouvait poser ses armes et arrêter de se battre contre des frères devenus ennemis. Contre les personnes qui possédaient son humanité même.
Au fond, c'était toujours la même chose. La peur, la solitude, l'abandon, l'empêchaient encore de demander, même acculé, l'acte le plus élémentaire, le plus primaire, le plus vital qui soit. La Clémence.


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MessageSujet: Re: Half Lost || Enya ♥   Ven 2 Juin - 23:10

« Nous n'étions pas faits pour être heureux ensemble, non. »
L’entendre était douloureux et apaisant en même temps. Je le savais, au fond de moi. Alors j’étais un peu soulagée que Noah le sache aussi, qu’il le dise. C’est comme si nous en étions arrivés, enfin, à un point où la colère, l’amertume et la frustration avaient laissé place à la sérénité. Oui, il y avait eu quelque chose entre nous. Pas assez pour vivre une vie heureuse en couple. Pas assez pour mener une relation saine. Pas assez pour ne pas mettre à mort ce couple dans la douleur. Mais assez pour s’y être accrochés, désespérément. Assez pour s’être battus envers et contre tout, les gens, la vie, le bon sens. Assez pour avoir été heureux, ne serait-ce qu’un peu. J’en avais voulu à Noah, un moment. Et puis, après, j’avais refait le film et je m’étais rendue compte que tous ces mois passés avec lui, je les avais choisis, et j’avais été heureuse, d’une certaine manière.

Noah serrait toujours ma main et ce geste aussi avait quelque chose de réconfortant. Nous nous étions quittés sur une multitude de sentiments négatifs. Nous avions brisé notre relation, et pas de la plus belle des manières. Mais ce soir, la fièvre aidant peut-être, nous retrouvions une relation calme. On pouvait discuter et se sourire, simplement. Je n’aurais pas cru pouvoir regarder de nouveau Noah en face. Et là, malgré tout ce que cela me demandait de contrôle de moi-même, malgré le trou béant dans mon âme, malgré tout mon corps qui me tiraillait, je serrais sa main et cela paraissait naturel. Les choses pouvaient-elles être simples ?
Noah ne voyait plus le fantôme de son passé. Et sa réaction me poussa malgré moi à poser une main sur le torse de mon ancien amant alors qu’il avoua le manque et qu’il se recroquevilla un peu sur lui-même. J’ignorais toutes les choses que Noah gardait en lui, mais elles devaient avoir tellement de poids sur ses épaules. Une chape de plomb sur un homme qui ne pouvait plus en porter autant. Mais je savais pertinemment qu’au final, on s’attache à ses démons. Qu’ils deviennent une partie de notre quotidien, de nous. Et que quand ils s’en vont, ça fait mal. Je connaissais cela, je l’avais vécu, tellement de fois. Les fantômes avaient cette manière de vous envelopper dans une bulle toute chaude. Leur absence était parfois pire que leur présence, du moins pendant un temps, avant que le cœur ne guérisse.

« Crois-tu qu'on puisse être sauvés ? Qu'il y a quelqu'un ici-bas qui puisse vraiment nous rendre heureux ? »
La question me prit au dépourvu, j’ouvris la bouche, mais rien ne sortit, à part un « eh bien, je… », les yeux de Noah fixés sur moi. Je ne savais plus trop. On avait vécu tellement. On avait perdu tellement. Y’avait-il, pour chaque personne, quelqu’un qui la rendrait heureuse ? Mon idéalisme naïf se heurtait à mon défaitisme hagard. La seconde question me frappa de plein fouet.
« Es-tu heureuse, Enya ? »
Oui. Non. J’en sais rien. Mes yeux s’abandonnèrent quelques instants dans les amandes sombres de Noah. Etais-je heureuse ? Je pensais à Timothée, son comportement envers moi, le couple qu’on formait sans en former un. Ses nuits sur le canapé. Ses soirées passées dehors Dieu sait pourquoi. Ses mensonges à lui, mes mensonges à moi. La peur qu’on vienne le reprendre pour le jeter à nouveau dans une arène. Mes cauchemars. Je pensais à mon boulot, aux gens qui mouraient d’une drogue étrange, aux contrôles plus pressants des gardiens de la paix. A ma radio pirate, insuffisante, frustrante. A cette sensation d’être plus spectatrice qu’actrice de ma propre vie.

Mais il y avait aussi le sourire de Timothée, ces regards qu’il me jetait parfois. Eamon dont le fils allait mieux, un peu grâce à moi. Mes patients qui sortaient vivants. Vaas qui me sortait de la déprime chaque fois que c’était nécessaire. Les pigeons que je recevais avec des compliments et des suggestions, qui me redonnaient envie chaque fois de passer derrière le micro. Je pensais à ces jours où j’étais sereine, où j’envisageais un avenir stable et sain dans ce monde.
Etais-je heureuse ? Ca voulait dire quoi, être heureuse ? Où mettais-je le curseur et où était la limite entre le bonheur et….le confort ? Devais-je mentir à Noah, lui dire que j’allais bien, que j’étais heureuse, pour que chacun nous puissions partir de notre côté ?
« Je n’en sais rien, Noah. Parfois, oui. Je sais pas si je suis le genre de personne qui est encore capable d’être heureuse. Peut-être qu’au fond, c’est ce qu’on avait le plus en commun. »
Je souris, lasse. La notion de bonheur m’avait échappée quand j’avais perdu Casey. Seule au monde, orpheline de tout, poursuivie par ses fantômes dans un monde qui autorisait la survie mais rendait difficile la vie. Dans un monde qui ne me convenait pas. J’étais une battante, mais parfois ce monde donnait envie de rendre les armes et d’attendre que la fin arrive.
« Mais j’essaie », continuai-je. « J’essaie, tous les jours. Parce que ça en vaut la peine. Parce que je crois que je le mérite, moi aussi. Alors un jour, oui, je serai heureuse. »
Je ris doucement.
« Je me sens comme à une de nos séances de psy, au début. Tu posais toujours des questions compliquées comme ça. »

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MessageSujet: Re: Half Lost || Enya ♥   Jeu 15 Juin - 1:25


Est-ce que tu es heureuse, Enya ? Tout aurait pu concourir à une réponse positive, du mouvement qu'il avait vu dans les différents meubles de l'appartement un peu vieillot de son ancienne compagne jusqu'à cette lueur paradoxale au fond de ses prunelles marrons. Tout concordait pour donner un soupçon de réponse positive, une réponse à laquelle Noah s'attendait autant qu'il l'espérait. Etait-elle heureuse, quand elle n'était pas avec lui ? Quand elle était loin, quand elle refaisait sa vie, était-elle heureuse ? Le problème venait-il de lui, ou de l'Humanité en général ?
Il l'ignorait, mais il avait désespérément besoin d'une réponse. Comme si son monde pouvait basculer d'un moment à l'autre sur la simple impulsion d'une poignée de paroles. Prise au dépourvu, Enya ne lui avait pas répondu tout de suite. Bien sûr que non. Sa main, par contre, reposait à présent sur le torse du sorcier, une chaleur diffuse émanant de sa paume jusque dans son vieux cœur. Réponse ou pas, elle était toujours là. Bien présente, bien réelle, comme avant. Ce n'était pas qu'une question d'avant, ce n'était pas qu'une question de ce qu'il s'était passé dernièrement. C'était ce soupçon de tendresse mélancolique qui restait encore entre eux, bien ancrée dans leurs habitudes, et passait par des gestes anodins. Tendres. Attendant toujours sa réponse, le sorcier avait fini par poser sa main sur la sienne, goûtant le réconfort que procurait le geste avec une avidité qu'il ne se soupçonnait pas. La famine affective. Cette même famine qui l'avait poussé à se blottir contre Mikkel Ievseï sans même le connaître, juste pour le confort d'une étreinte. Le temps d'une seconde aussi inattendue que confortable. Pourtant la famine était inextinguible. La famine ne cessait de croître, s'intensifiant à chaque bouchée d'affection, à chaque tentative de sinon la rassasier, au moins la calmer temporairement. Elle était un parasite constant dans la vie du sorcier, un rappel perpétuel qu'il avait perdu bien plus que tout ce que sa seconde chance avait pu lui apporter. Aida, Enya. Rafael, Cassidy. Tous ces satellites qui gravitaient autour de lui, lui conférant leur aura rassurante avant de disparaître. Mais Enya était de nouveau là. Elle le baignait de nouveau de sa lumière, de sa chaleur, sans même réaliser à quel point elle lui était auparavant essentielle.
Auparavant. Si les gestes étaient sincères et spontanés, ils n'avaient plus la même saveur. S'il appréciait sincèrement ces instants flous, s'il ne s'en souviendrait peut-être pas le lendemain à cause de sa fièvre, il le réalisait, maintenant. Auparavant, ce n'était pas maintenant. Le passé, ce n'était pas l'instant T. Et il était bien égoïste de poser ce type de questions à celle qui avait été son amante, parce que la réponse n'était importante au final que parce qu'il lui en avait donné, de l'importance. Elle aurait pu refuser de lui apporter quoi que ce soit de plus, après tout ce qu'elle faisait déjà pour lui. Mais elle s'efforça de lui répondre. Et il serra sa main fine dans la sienne, en signe de gratitude.

Incapables d'être heureux. C'était ça, leur point commun. Sans mot dire, il hocha lentement la tête. Parce que c'était vrai. Parce qu'ils s'étaient enfoncés dans cette illusion, cette impression, aussi bien l'un que l'autre. Qu'elle les avait dévorés, bien plus que la recherche insensée qu'il avait eue d'Aida, ou qu'elle avait eue de l'amour de Noah. Ils s'étaient aveuglés eux-mêmes à leurs propres problématiques pour ne pas réaliser la portée de leurs propres actions. Avaient répété inlassablement les mêmes schémas jusqu'à ce qu'ils n'aient plus de sens même à leurs yeux. Et si la réflexion était cruelle, si l'idée même d'être incapable d'être heureux était horrible, elle n'en était pas moins vraie pour eux. Ils s'étaient perdus. Ils avaient provoqué leur propre chute sur cette seule certitude.
Répondant à son sourire las, il relâcha son regard et laissa divaguer le sien le long de l'appartement. Chacune des nouveautés, tous ces petits détails qu'il n'avait pas remarqués et qui pourtant différaient de ce qu'il connaissait lui apparaissaient de plus en plus clairement. Des objets qui étaient posés à des endroits différents. Des objets différents, aussi. Une vie toute aussi différente qu'elle avait réussie à trouver puis mener, alors que lui était toujours coincé dans ses vieux schémas. C'était peut-être ça, la solution. Laisser partir le passé pour tout reconstruire, ériger de nouvelles bases sur les ruines fumantes des précédentes. Il s'était tellement engoncé dans ses propres troubles qu'il avait oublié que des fois, il suffisait d'essayer.
Essayer. Essayer de changer, essayer de se battre. Trouver une cause, une raison, un point d'attache. Aida était partie, littéralement et figurativement. Il était peut-être temps qu'il parte, lui aussi, qu'il se trouve une nouvelle raison de vivre et qu'il avance enfin. Une leçon qu'il n'aurait jamais cru pouvoir recevoir d'Enya, mais pourtant. Pourtant elle le lui confirmait, dans ses gestes, dans ses paroles, dans toutes les preuves qui jonchaient son appartement.

-Tu es si brave. C'est une qualité rare qui m'impressionnait profondément les premières fois que nous nous sommes parlé. Une bravoure réelle, que tu noyais toi-même sous des tourments qui t'en aveuglaient. Je te l'ai toujours enviée, cette bravoure.

Comme si ne plus vivre ensemble, comme si ne plus rien partager rendaient les langues plus souples. Plus libres. Cet aveu d'impuissance, cet émerveillement, il ne le lui avait jamais confié. Et pourtant il était bien réel, et une des raisons qui l'avait attiré vers la jeune humaine. Parce que sous bien des aspects, cette bravoure était partagée avec Aida. Aida était une femme forte, une femme qui ne lâchait jamais rien, et ce malgré les moments troubles, les difficultés et les errances potentielles. Elle avait la force de la louve, une force sans précédent, une force authentique et animale. Une force qu'il avait retrouvée en Enya, lors de ces rares moments où elle l'avait laissée sortir au cours de leurs séances.
Un sourire évanescent ourla le coin de ses lèvres alors que la brunette mentionnait, justement, ces premières discussions. Il s'accorda un léger rire, sans fard, sans méchanceté, avant de rétorquer, le regard perdu dans le passé :

-Parce que ce sont les questions que l'Humanité se pose. De tous temps, à toutes les époques, sur tous les continents. Qui suis-je ? Suis-je destiné à être heureux, à être meilleur ? Pourquoi le monde est-il si intolérant alors que je n'ai que candeur et amour à lui apporter ? Pourquoi dois-je devenir un monstre pour être toléré par mes pairs, pourquoi dois-je contredire tous mes idéaux pour être accepté ?

Des questions qu'il s'était posées, se posait toujours, même après des siècles d'existence. Des siècles de parjures, de morts et d'errances, durant lesquels il n'avait toujours pas trouvé de réponse, même si quelques fois il en approchait. Prenant le pas sur ses propres paroles, il poursuivit. Après tout, elle le lui prouvait. Maintenant qu'elle était libre, elle était nettement plus prête à accepter certains états de faits le concernant qu'elle ne l'avait jamais été. Peut-être que c'était ça, en réalité, sa condition pour se confier. Qu'ils ne soient plus liés par rien d'autre que des fantômes d'affection, un peu abstraits, un peu confus, pas entièrement présents. Parce que c'était plus simple de se confier à quelqu'un d'étranger.

-De toutes mes années d'existence, je les ai toujours entendues, ces questions. Si Dieu m'a créé à son image, pourquoi ne suis-je pas capable d'accéder à sa plénitude, mon Père ? A son bonheur ? Si Dieu souhaite le bonheur de ses enfants, pourquoi toute ma famille a péri sous les coups des inquisiteurs, pourquoi la peste a-t-elle fait rage et emporté mes plus jeunes enfants ? Ca a toujours été pareil pour tout le monde, moi compris. De Rome à New York, de New York à la Nouvelle Orléans. Si l'Humanité survit, elle se posera toujours ces questions dans des siècles, comme ça fait des siècles que je l'entends se les poser.

Il ferma les yeux, laissant la fièvre porter les souvenirs. Tapisser les éclats de lumière qui filtraient sous ses paupières d'images de sa curie, de ses ouailles, quand il officiait encore au bord du Tibre dans les quartiers pauvres de Rome. Les grands yeux clairs de Rafaele qui le fixaient à travers les croisillons du confessionnal, alors qu'il lui demandait à quoi tout cela les menait. Vagabondant devant ses yeux, les images se muèrent aux illusions qu'il avait vues, si nettes, avec Cassidy. Richmond en effervescence, ses voitures fumantes et la troupe de romanichels avec laquelle ce dernier avait grandi. Une femme couverte de soieries chatoyantes qui, penchée sur une main, dévoilait la recette du bonheur. Le regard du sorcier croisa celui de son comparse. Les lèvres gercées lui sourirent.
Pressant sa main libre sur ses yeux pour prolonger l'image, il soupira et poursuivit, d'une voix lointaine.

-Depuis des siècles, je me pose ces mêmes questions. Depuis des siècles, je les pose aux autres pour les aider, mais aussi dans l'espoir, peut-être, qu'un jour quelqu'un réussisse à m'en apporter la réponse. Le bonheur, le sens de la vie, leur réponse n'est au final que purement subjective. Et si tu es capable de te battre pour trouver tes propres réponses, je devrais pouvoir en faire autant.

Il s'abandonna quelques instants au souvenir, à ce sourire qu'il ne voyait que trop clairement, auquel il répondit sans même se rendre compte. Quelques instants d'une félicité lointaine. Quelques instants seul avec ses chimères, avant qu'il ne finisse par rouvrir les yeux. La lumière alentours l'éblouit quelque peu, et il mit quelques secondes avant de retrouver les traits ronds d'Enya. Les rayons lumineux conféraient à sa silhouette une aura biblique.

-Tu as bien changé, depuis nos premières séances. Si bien que si je te voyais maintenant passer le pas de ma porte, je pourrais très bien me laisser charmer une nouvelle fois. Pas parce que tu ressembles à Aida. Mais parce que tu as su réveiller cette force qui a toujours sommeillé en toi, et qui m'a attiré dès le départ.

Il ne tentait rien, parce qu'il n'y avait rien à tenter. Il énonçait simplement les faits, porté par la fièvre comme la libération que provoquaient tous les événements récents. L'Enya douce et effacée du passé avait laissé la place à une jeune femme bien plus sûre, bien plus déterminée qu'il ne l'avait connue. Une jeune femme qui avait du potentiel, pour peu qu'elle veuille le pourchasser. Lui, en ce qui le concernait, n'aspirait plus à son sourire. Il y en avait un autre, gravé sur ses rétines, quand bien même il ignorait de quoi il pouvait bien s'agir.
 


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MessageSujet: Re: Half Lost || Enya ♥   Mar 11 Juil - 18:23

Noah parle, et ne s’arrête plus. Comme si le simple fait de m’ouvrir avait déverrouillé quelque chose chez lui. Et ces mois passés à essayer d’entrer dans son monde, de percer sa carapace, en vain, sont contenus dans cet instant où il parle et se confie. Peut-être est-ce la fièvre, encore une fois. Je n’en sais rien, je m’en fiche. J’écoute et ses paroles m’imprègnent. Par ce qu’elles disent. Par ce qu’elles impliquent. Par ce qu’elles ne disent pas. Noah a vécu des siècles, comme Morienval me l’affirmait, comme lui-même l’avait nié à l’époque. Il n’essaie même plus de le nier, me parle de Rome, de l’Inquisition. Bon sang, combien d’époques a-t-il vécu ? Quelles parties de l’Histoire sont passées devant ses yeux ? Noah a l’air d’avoir 33 ans, mais il me raconte des choses qui le vieillissent au-delà de ce que j’avais pu imaginer. Et cela implique qu’il a vu des choses horribles, des choses qui auraient brisé n’importe quel homme. Et lui les a traversées, et il est là. Et depuis des siècles il voit l’Homme tourner en rond. On se pose les mêmes questions, on ressent les mêmes injustices. Le monde est aussi merdique aujourd’hui qu’il y a plusieurs siècles. D’un côté, c’est terrifiant. De l’autre, je trouve, plutôt rassurant. De se dire que l’Apocalypse de 2012 n’a en fait pas fini le monde. Elle a juste transposé les choses dans un autre environnement. Et Noah doit trouver cet environnement bien redondant….
« Tu as bien changé, depuis nos premières séances. Si bien que si je te voyais maintenant passer le pas de ma porte, je pourrais très bien me laisser charmer une nouvelle fois. Pas parce que tu ressembles à Aida. Mais parce que tu as su réveiller cette force qui a toujours sommeillé en toi, et qui m'a attiré dès le départ. »

Mon sourire se noie de larmes silencieuses. Les mots qu’il m’offre me frappent en plein cœur et le nappent d’un baume réconfortant. Il voit en moi quelque chose que je n’ai jamais su voir. Mais peut-être a-t-il raison. Peut-être, après des années à me battre, ai-je enfin trouvé la force que j’avais enfouie au fond. Sauf que j’ignore si c’est une force ou juste de l’inconscience. Est-ce être forte que d’être en colère ? Est-ce être forte que d’être révoltée ? Le silence tombe, non pas un silence de plomb, mais un silence de paix. Le fantôme d’Aida s’éloigne lentement de mes épaules, de cette pièce, de cet appartement qu’il a si longtemps hanté. Noah et moi n’avions jamais pu être réellement heureux. Rencontrer Timothée et sa simplicité m’avait, d’une certaine manière, permis de m’en rendre compte. Mais, aussi ironique soit-il, se pourrait-il que le bonheur soit à notre portée maintenant que nous étions séparés ? Se pourrait-il que, malgré tout, les mois passés avec Noah m’aient ouvert une porte que j’ai ensuite franchie, m’apportant ce qui me manquait ? Et moi, lui avais-je ouvert une porte vers son propre bonheur, sans moi, sans Aida ? C’était un peu idéaliste et terriblement romantique au sens littéraire du terme. Mais la sérénité que je ressens dans ce silence me fait penser que c’est, au moins un peu, la vérité. Et la douleur, la frustration, l’amertume, la colère s’effacent aussi sûrement que le fantôme d’Aida. Epreuves nécessaires mais obsolètes. Ce qui compte, c’est Noah, là, maintenant, le Noah dont j’étais tombée amoureuse des années auparavant parce qu’il savait me regarder comme personne d’autre, parce qu’il me rendait meilleure. Je me rends compte que je l’ai aimé sincèrement, passionnément, profondément. Que je l’aime encore, mais d’une autre manière. De cette manière plus simple, plus douce. L’amour que l’on porte à ceux qui ont marqué nos vies.
« Merci. », murmuré-je simplement, avant de me pencher vers lui et de déposer un baiser sur ses lèvres. Comme une conclusion à notre histoire et la promesse d’une nouvelle, plus simple, plus sereine. Je sais que je ne devrais pas. Mais peu importe. Ce que je veux prend le pas sur ce qui est sage, et lorsque mes lèvres quittent les siennes, c’est ma main qui vient se poser sur sa joue. Ma conscience me rattrape avant que je ne l’embrasse encore, parce que ce serait nostalgique, et je n’ai pas besoin de nostalgie.
« Tu devrais te reposer, maintenant. Laisser ton corps te soigner. Tu peux rester ici si tu veux. Juste…Fais attention à toi. »

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MessageSujet: Re: Half Lost || Enya ♥   Ven 21 Juil - 2:05


Le monde n'avait, au final, jamais cessé de tourner. Depuis la nuit des temps, les humains se pourchassaient sans cesse en quête de la vérité suprême. Celle qui leur permettrait d'atteindre ce Paradis que pouvait être le bonheur. A chaque époque, à chaque période, l'Humain n'avait eu de cesse de courir après ses chimères dans l'espoir que, peut-être, un beau jour, il se réveillerait grandi. Noah lui-même n'avait été que victime des circonstances. Celles de son espèce, ce mal constant et perpétuel inscrit dans les gênes du genre humain, qui appelait toujours à cette quête irrationnelle du bonheur. Et ce soir, ni lui ni Enya n'avaient la réponse à cette quête.
Et pourtant, l'atmosphère était douce. Sereine. Annonciatrice qu'à défaut de l'avoir trouvé en l'instant présent, ils s'en était insensiblement rapprochés.

A petits pas. Doucement. En se détruisant mutuellement, en faisant couler les larmes, en réveillant les douleurs, en s'arrachant le coeur l'un de l'autre. En réduisant en lambeaux les fragments de leur relation avec égoïsme. Mais finalement, le mal avait été nécessaire. Enya était changée, par toutes ces difficultés. La femme qui se tenait à côté de lui, qui l'écoutait dans un silence presque religieux alors qu'il divaguait, n'était pas celle qu'il avait connue. Elle lui ressemblait sous bien des aspects. Mais elle était plus mature, plus forte, bien plus sereine qu'il ne l'avait jamais vue. Elle en était bien plus belle. En temps normal, il aurait ressenti une certaine joie en voyant que c'était partiellement de son fait. Mais pas ce soir.
Parce que ce soir, ils n'existaient pas. Ce soir était marqué par une sorte de renaissance, certes petite, certes à peine visible à l'oeil nu, mais bien réel. Les démons du passé s'effaçaient, les fantômes avec eux. Les ires et les douleurs les avaient suivis. Ne restaient plus que deux ébauches de nouveaux humains dans un salon suranné, qui forgeaient de nouvelles bases et ouvraient un regard neuf sur le monde. C'était du moins ce que ressentait le sorcier dans le silence qui s'était progressivement installé entre eux.

Ce fut ce qu'il ressentit en sentant les lèvres d'Enya rejoindre les siennes pour s'y poser. Un baiser qui apporta une vague de douce chaleur dans ses os glacés par la fièvre. Une douce chaleur rayonnante, émanant de leurs lèvres jointes jusque dans tout son système, agréable comme le soleil printanier. Il s'était contenté de fermer les yeux, par réflexe, pour l'apprécier tout entier. Car ce baiser n'était pas un baiser d'amour, de pitié ou de stupre. Il était une promesse sans être prometteur, car il n'y avait rien à espérer. Il était un cadeau, la certitude que, si leur histoire avait toujours été tumultueuse, elle ne devait pas s'achever que dans la douleur. Qu'ils avaient été idiots, de se blesser à ce point. Qu'ils avaient été stupides, alors que tout était si simple désormais. Mais il ne servait à rien de se maltraiter, maintenant que tout était fait. Juste d'accepter que ce baiser marque une conclusion. Tout en présentant une nouvelle ouverture.
Il y répondit, oui. Il y répondit, avec la même intensité qu'Enya le lui avait offert. Avec la même volonté sous-jacente, parce que, pour la première fois depuis une éternité, ils étaient de nouveau en phase l'un avec l'autre. Peut-être s'éloigneraient-ils l'un de l'autre. Peut-être se reverraient-ils en bons amis. Le monde avait d'autres projets pour eux, et il était temps qu'ils franchissent le bond l'un comme l'autre, libérés des chaînes qu'ils s'étaient eux-mêmes imposées. Libres, et grandis.
Quelques mois plus tôt, il se serait battu. Il aurait lutté pour que le baiser dure, tant il l'avait souhaité. Tant il avait espéré qu'il se présente, qu'il lui soit de nouveau offert, non pas comme un cadeau mais comme un dû. Mais plus maintenant. Plus après cette étrange soirée et tout ce qu'elle avait réussi à apporter à sa vie, alors même que les circonstances étaient tout sauf idylliques. Ce fut pourquoi il n'insista pas d'avantage et laissa leur étreinte s'achever aussi simplement qu'elle s'était commencée. Pas de cris. Pas de négociations. Ils n'étaient pas nécessaires, ils ne l'étaient plus. Poursuivre dans ce sens n'avait aucune signification autre que de la nostalgie, et ils avaient depuis longtemps dépassé ce stade.

Il sentit la caresse de la main de son ancienne amante sur sa joue avant de revoir son visage. Les paupières toujours close, le coeur et le corps enveloppés de cette douce chaleur, il leva sa main pour la poser sur celle de la brunette, soupirant doucement. Enfin apaisé. Avant d'enfin rouvrir les yeux sur les traits ronds d'Enya, et secouer lentement la tête en signe de négation.

-Je ne resterai que ce soir, je repartirai demain à l'aube. Tu en as fait bien suffisamment pour moi, alors que j'étais loin de le mériter.

Bien loin, si loin de le mériter. Caressant doucement le dos de sa main du pouce, il plongea son regard dans les prunelles marron de sa compagne. Elle avait fait bien plus en l'espace d'une nuit qu'il ne l'aurait jamais cru. Qu'il avait réussi à accomplir en des siècles. Elle l'avait accueilli en dépit de leur histoire, elle l'avait soigné. Elle l'avait libéré. Elle l'avait changé. De cela, le sorcier lui en était tellement reconnaissant qu'il ne désirait pas s'imposer plus que nécessaire. D'autant que lui, que lui avait-il apporté ? Le risque que Cassidy l'ait poursuivi, qu'il s'attaque à elle ? Qu'elle soit elle aussi la victime de circonstances, la victime de Rafael ? De quoi pouvaient-ils être capables, quand ce n'était pas du meilleur ? Il ne pouvait pas se résoudre à rester plus longtemps pour cette raison, mais aussi parce qu'elle avait sa vie à mener, elle. Une vie toute neuve avec un autre, une vie qui commençait tout juste et qu'il n'avait, lui, pas le droit d'entacher ou de risquer. Parce que c'était la sienne. Parce qu'elle l'avait mérité, qu'elle s'était battue pour, bien plus que d'autres. Bien plus que lui.
Ils avaient des combats à mener, tous les deux. Et Noah ne pouvait juste pas lui imposer les siens. Il ne l'avait jamais pu.

Le mérite. Avec tout ce qui venait de se produire, Enya avait enfin réussi à l'en convaincre : elle l'avait mérité, la vérité. S'il n'en avait lâché que des bribes, il devait reconnaître qu'à présent, elle méritait de tout savoir. D'avoir toutes les réponses à toutes les interrogations qu'elle aurait pu se poser, parce qu'elle était enfin dans l'état d'esprit qu'il fallait pour les avoir. Parce qu'il était enfin dans l'état d'esprit de les lui donner. Un léger sourire ourla le coin de ses lèvres.

-Je ne te remercierai jamais assez pour tout ce que tu as fait pour moi, ce soir. Mais sache que tu peux me demander ce que tu veux, et tu l'obtiendras. Tu en as ma parole.

Sa parole. En temps normal elle ne valait pas grand chose, surtout depuis ces dernières années. Mais les rares personnes auxquelles il l'avait donnée, sincèrement, du fond du coeur, savaient qu'il ne flancherait pas. Il en allait de même pour elle, désormais. Elle pourrait lui poser toutes les questions qu'elle voudrait, elle pourrait lui demander le moindre service, il serait là. Parce qu'il le voulait. Parce qu'il le pensait.
Mais, si ses pensées fonctionnaient parfaitement, elle avait raison sur un autre point. Il fallait qu'il se repose. La fièvre grondait toujours dans son système et menaçait de refaire surface à tout moment, et s'il se sentait lucide, il sentait aussi que son corps s'enfonçait de plus en plus dans les coussins du canapé. Obéissant à l'injonction du médecin, il finit par se résoudre et tirer la couverture qu'elle lui avait apportée sur ses propres épaules. Le sommeil ne tarderait pas à venir, malgré la douleur qui s'élançait à chacun de ses mouvements. Un soupir bas franchit la barrière de ses lèvres avant qu'il ne murmure, à son tour :

-Merci encore, ma Douce.

Noah ferma les yeux, juste quelques instants. Quelques fractions de seconde, pour les reposer. Des secondes qui se mutèrent finalement en minutes, puis les minutes en heures, sans même qu'il ne s'en soit rendu compte. Si Enya avait parlé, si Enya avait bougé, il ne l'entendit pas. Le sommeil s'était abattu sur lui sans crier gare, noyant ses pensées et sa douleur physique dans une solide chape de plomb.

Quand il se réveilla, les premiers rayons du soleil léchaient timidement son visage. Le salon était inchangé, à l'exception de l'absence de son ancienne compagne. Mais lui, il se sentait différent. Pour la première fois depuis des années, il avait dormi d'un sommeil sans rêves. Sans cauchemars. Sans la moindre aide, sans la moindre étreinte. Si son corps était criblé de courbatures, il se sentait nettement plus léger alors qu'il se redressait difficilement. Comme si des siècles entiers de son existence lui avaient été enlevés. Détournant le regard du mur en face de lui, il le porta sur la fenêtre du salon, observant l'horizon et les premières lueurs du soleil. Le ciel se chargeait de teintes rosées, violacées, s'épanouissant doucement à mesure que le soleil s'élevait. Un énième renouveau. La promesse d'une nouvelle journée qui commençait.
La promesse d'un nouveau monde qui s'ouvrait à lui : le sien.

Alors, en faisant le moins de bruit possible, il rassembla ses affaires. Se rhabilla de façon succincte, avant de jeter un coup d'oeil au couloir, où il savait que la chambre de son ancienne amante se trouvait. Ce n'était pas nécessaire de la réveiller. Ce n'était pas essentiel de la déranger. A tâtons dans la semi-pénombre, il chercha un morceau de papier et un stylo. Griffonna quelques mots, des petits mots de rien de son éternelle écriture soignée, qu'il déposa sur le canapé à côté de la couverture qu'il avait soigneusement pliée.
Avant de se faufiler et de tirer définitivement la porte d'entrée.

Il se sentait comme ce jour : jeune. Nouveau. Prêt à chasser les ombres de son propre univers.

Enya,
Merci encore. Pour tout. Sache que tu possèdes en moi un ami fidèle. Je t'ai fait une promesse, cette nuit, que je n'oublierai jamais.
Tendrement,
N



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