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 Hallucinations [PV Djamila]

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MessageSujet: Hallucinations [PV Djamila]   Mer 1 Mar - 21:01


Une fiole tombe. Le verre se brise contre le béton. La liqueur rouge se répand. Odeurs de poudre de perle rouge d’Asie, de feuilles séchées d’algues ondoyantes.

Debout près des bris de verre épars, Calder comprend trop tard l’erreur alchimiste. La magie est pirate. Elle aime surprendre les esprits et les pourfendre. Et les perles ne sont que des sirènes déguisées.

La vision se floute. L’ouïe chancelle. L’odorat s’occulte. La conscience s’évapore.

~ ~ ~

Un bruit d’onde.


Une multitude de gouttelettes égrenées en rosaire. Une caresse pour les tympans. Contre sa joue, la rudesse du béton non traité. Brut. Le corps pris entre la douceur et la rudesse. Il ouvre un œil. Essaie. La paupière refuse. La peau reste figée. Enfermé dans sa peau. La conscience douloureuse des après-sommeils trop lourds.

Il tente de bouger un doigt. Glisse. Le doigt lui échappe. Le doigt fuit.

Ses yeux s’ouvrent grand. Automatisme. Survie. Où part son corps seul sans ordre ?

Le béton à ras des yeux. Sa main droite devant lui. Beige. Noueuse. Toute de peau, de muscles et d’os. Mais. Un doigt transparent. Non. Un doigt d’eau.

Il s’est redressé. Nerveux comme un ressort. Comme un diable sans boite et sans enfer.

Au bout de son bras droit, l’eau. Forme humaine. Transparence, mouvance, froideur… aquatiques. L’eau se répand dans sa main. Son poignet. Sa chemise blanche. La manche bleu marine de sa veste. Cesse au coude. L’eau n’envahit plus.

Une sueur glacée dans son dos.

Un bruit d’onde.


Il relève la tête. L’espace de parking a disparu. Les voitures ont disparu. Les bâtiments ont disparu. Les gens ont disparu. Le monde a disparu.

A la place. A perte de vue. Des saules, des aulnes, des joncs et des sources jaillissantes. Des jets limpides, courbes, aux reflets moirés et mercure, des milliers de clapotis délicats, un rythme infini de bulles grelots qui tombent et éclatent. Un jardin d’eau.

Un roi va-t-il apparaître, suivi de sa cour ? Y a-t-il des nymphes grecques, des sirènes, des poissons enchantés dans les bacs de pierre des fontaines et les lits des rivières bondissantes ?

Un bruit de poussière liquide.


Un grand vent à l’est.
De minuscules bulles s’envolent. Une tempête de bruine fine. Les jets aquatiques s’inclinent. Calder met sa main devant son visage.

Un chatouillement. L’eau de sa main et de son avant-bras est un peu emportée par le vent d’est. La forme humaine est troublée. Des bulles se forment dans la main, le poignet et les contours se désagrègent. Ce n’est pas douloureux. L’essence des océans n’a jamais été foncièrement mauvaise.

Il se désagrège. Il ne peut donc rien faire ? Il se désagrège. Va-t-il mourir ? Il se désagrège. Il refuse. Il refuse. Il refuse. Il refuse. Yeux fermés. Il refuse. Il refuse.



Quelque chose de différent.

Les chatouillements ont disparu. Il n’ose ouvrir les yeux. Il doit.

Sa main et son avant-bras sont redevenus comme avant. Le grand vent d’est s’est éteint. Il suffisait donc de vouloir ?
Un silence dans sa poitrine. Son cœur a cessé de bondir. Des battements doux ont remplacé le tambour frénétique. Ses esprits reviennent au calme. A l’objectivité. A la raison.

Est-il seul ?

Les fontaines entravent la vue.

Quelqu’un d’autre a-t-il senti ce qui devait être un poison et qui ne fut qu’une porte vers des rêves éveillés ?

Il se met à marcher. Circonspect. Les sens aigus. La respiration profonde qui gonfle et dégonfle sa poitrine. Les muscles tendus. Ça pourrait être un joli rêve… S’il était certain de ce qui allait se passer. De se réveiller. Mais la magie est pirate, et au fond des bacs de pierre, il a l’impression que mille yeux le surveillent.

Toc.

Manque de tomber.

A ses pieds, quelqu’un assis. Une femme.

Curiosité réflexe.

- Vous avez aussi eu le corps transformé en eau ?

Une femme.
La surprise passe. Les manières reviennent.

- Bonjour.

Peau brune. Cheveux noirs.
Il est pourtant habitué.

- Je m’appelle Calder.
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MessageSujet: Re: Hallucinations [PV Djamila]   Lun 6 Mar - 13:14

Le Nord de la Nouvelle-Orléans. Pas le meilleur endroit de l'avis de la jeune femme - ça grouillait de magie, de moisissure et une noirceur qui collait à la peau de ceux qui osaient s'y aventurer. Peu osaient, d'ailleurs. Les rues avaient depuis longtemps été désertées par tous ceux qui avaient pu trouver ailleurs ou loger, ailleurs ou errer. Seules quelques hurlements de détresse et des patrouilles aléatoires de police troublaient ce calme nauséabond et brisait le fil de poussière qui s'imposait sur les rues. Le Nord était le lieu du crime, du sang, à l'opposé bien plus que géographique du sud de la Nouvelle-Orléans. Abandonné, laissé telle une proie béante et décrépite, le Nord dépérissait et son cadavre se décomposait aux yeux des pauvres malheureux, et des curieux mal-avertis, qui traversaient encore ce quartier. Le simple fait de se promener dans les rues semblait salir âme et corps. Alors en se retrouver sur le sol, le visage sur le béton de cette zone immonde, vaudrait une exfoliation et une désinfection des plus poussées. Mais que faisait-elle d'ailleurs ici par terre ? Qu'est-ce qui lui avait pris de finir ainsi au sol ?

____________

Plus tôt

La magie. L'alchimie. Ce milieu avait toujours fasciné Djamila, depuis sa plus tendre enfance : elle regardait avec émerveillement David Copperfield, s'épatait de ces tours et astuces. Plus tard, c'était un autre magicien, un sorcier, qui avait fait monts et merveilles aux yeux de la jeune fille : personne ne lui arrivait à la cheville, tant la magie semblait lui venir naturellement, tant le talent d'illusion était réel. Et c'était avec ce sorcier qu'elle avait découvert l'existence de la véritable magie... et sa part obscure. Devenue Skinchanger (quel cadeau empoisonné de son sorcier), l'idolisation des pouvoirs surnaturels se transforma en une amère trahison. La magie n'était donc pas qu'un spectacle continu pour émerveiller petits et grands : c'était une vague brûlante qui s'infiltrait partout où elle le pouvait, et ne se rassasiait jamais. C'était cette même magie qui avait conduit Djamila dans les quartiers sombres, à la recherche de ce qu'elle ne pourrait trouver qu'ici : l'interdit.

Mais sa recherche ne dura pas. Le bruit de verre se tracassant sur le sol la fit sursauter, et, alors que se répandait un liquide rouge, elle tente de s'échapper. Trop tard. L'odeur lui vient. Elle s'effondra.

____________

De l'eau. Est-elle à la mer ? Elle pourrait se laisser porter par le courant, se laisser envahir par cette eau qui... pourquoi est-ce qu'il y aurait de l'eau ? Machinalement, elle veut se redresser, ses mains cherchant à tâtons la source d'eau : une fuite peut-être ? Ses mains ruissellent le long du béton. Vers l'eau, toujours vers le point le plus bas. Le liquide n'a pas de limites. Il glisse sans fin et elle avec.

Ses doigts sont eau. Ses mains sont eau. Étrange. Elle est légère et pourrait partir s'écouler dans les caniveaux.

Elle tente de s’agripper, mais l'eau n'a jamais pu être retenue, ses doigts en peuvent s'arrêter dans leur fuite. Elle part. Elle semble prise par un courant imaginaire - mais elle est le courant, elle est le fleuve.

Elle est... dans une forêt ? Le béton sous ses mains se transforme en une terre boueuse. Qu'est-ce que ? A-t-elle quitté la ville ? L'eau l'a-t-elle entraînée au delà des zones aménagées ? Non. Non. NON.

Elle veut faire demi-tour. Retourner vers la ville. NON. La forêt s'assombrit, se referme. Les arbres dansent une lutte macabre contre la lumière et c'est celle-ci qui perd, disparaissant entre les feuilles des hautes branches. Et toujours ce tambour mauvais et ces touffes feuillues qui ne cessent de se rapprocher encore et encore. Rien n'arrête l'eau, n'est-ce pas ? Mais les racines l'aspirent et Djamila s'étouffe. Ils veulent la consommer. L'aspirer en eux. Ce ne sont plus ses mains qui la tire, mais son corps entier, de tous les côtés ! Ils la boivent, s'abreuvent de son énergie, de son corps, la font disparaître jusqu'à...

Une lumière vive. Les arbres ? Disparus. Décimés. Elle est au centre du jour. Tout est lumineux, tout est blanc, brillant. La lumière qu'elle reçoit dans les yeux lui fait penser à ces jours d'été où l'on se fait réveiller par le soleil. Ou au dentiste. Avec cette violence illumination en plein dans le visage. Il fait beau, il fait chaud. Très chaud. Et l'eau n'aime pas la chaleur. A nouveau, Djamila se sent partir : c'est doux, agréable, chaleureux. Tout ce à quoi la mort de ne doit pas ressembler.

Il faut qu'il se mette à l'abri. Qu'elle garde son corps. Qu'elle...

____________

Le béton gris est de retour, et elle y est allongé. Elle ne savait pas ce qu'il lui est arrivé mais elle se redressa machinalement. Assise sur le sol, ses mains, par automatisme, parcoururent le long de son visage. L'eau n'est plus. Elle était à nouveau elle-même.

Qu'est-ce que... Une voix interrompit ses pensées : ainsi elle n'était pas seule.

- Vous avez aussi eu le corps transformé en eau ?

Hein ? Qui était-ce ? Et comment... ? Les idées revenaient peu à peu. La fiole. Sa chute. Et ces images étranges.

- Bonjour.

- Bonjour, Monsieur... ?

Elle cherche son nom. Pas du genre à faire confiance naturellement, elle ne peut dire que la situation la rassure.

- Je m’appelle Calder.

Calder. La voilà bien avancée. Elle ne connaissait aucun Calder.

- Et pouvez-vous n'expliquer ce qu'il s'est passé, Monsieur Calder ?

Le ton n'était guère celui d'une question. Elle voulait comprendre et si cet homme avait des réponses, elle les obtiendrait. Elle devait comprendre ce qui lui - leur ? - était arrivé.
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MessageSujet: Re: Hallucinations [PV Djamila]   Lun 13 Mar - 17:45


Un homme qui rencontre une femme, c’est tout un drame. Un vaudeville millénaire entre deux étrangers et deux analogues tout à la fois. Une collision entre deux formes de vie qui devraient se comprendre et qui pourtant vont s’ériger des frontières.

Il faut dire que.

La culture lui a allégorisé le sexe en lance perforante et a métaphorisé à elle un sexe en portes sans serrure. Quand on essaie de rencontrer un représentant de l’autre sexe tout en évitant les clichés du barbare enfonçant la victime, il y a de quoi traumatiser.

Mais pas Calder.

Calder connait les conventions et les non conventions des genres. Il les observe, il les ressent mais agit comme s’il ne les connaissait pas.

Il faut dire que.

Il s’est abstenu de sauver des gens, il a torturé des gens, il a tué des gens.

Alors la convention des genres…

Il a aussi sauvé des gens. Des hommes, des femmes. Il a vu des pénis, des vulves, des culs, des seins et des boyaux.

Alors la convention des genres…


Il l’observe. Il la jauge.
Avec une malice, là.
Au coin de chaque œil.
Tout contre, là.
Voyez-vous, près des cils ?

- Et pouvez-vous n'expliquer ce qu'il s'est passé, Monsieur Calder ?



















Non.


Réponse très guillerette.
Derrière ses lèvres, son rire.
Derrière son rire, du soleil.
Derrière son soleil, …

On lui lancerait une balle magique qu’il la renverrait.
Envie de. Jouer ? Pas uniquement. Envie de. Dire « non ». Pour dédramatiser ? Pas que.
Il voudrait revoir les dieux, les temps mythologiques. Les guerres, les boucliers, les armées. Les immenses vies pleines de promesses fauchées pour une femme enlevée. Pour l’honneur. Pour la patrie. Pour une conviction, une seule, une grande idée qui ferait lever les hommes, les guerriers, les cris, les chars, les armes, les fureurs. Et pleurer les mères. Et violer les filles.
Il a la contrition du non-combat.

Il se penche vers la jeune femme.

A moitié confident.
Les hommes aiment écouter les femmes.
A moitié provocant.
Et les ennuyer.

Je ne confesse mes erreurs qu’à ceux que je peux nommer.
Votre nom est ?


Il prend l’air d’un petit vieux qui ne voit plus loin. Plisse les yeux. Mord ses lèvres – comme s’il n’avait plus de dents. Tremble légèrement de la tête. Tend l’oreille. Pose sa main en cornet. Adopte une voix aigrelette.

Je suis vieux, voyez-vous. Un siècle.
J’ai peut-être mal entendu.


Il se redresse. Il laisse tomber la vieille apparence – mal jouée, il faut le dire. Reprend son allure vive. Son ironie.

Le soleil lui crée des ombres.
Les yeux, invisibles dans l’ombre.
Mais le sourire blanc.
Très blanc, très étiré.

Calder a la diction des bourgeois du siècle dernier. Un anglais très aqueux, clair et limpide. Un rythme scandé par des habitudes germaniques qui remontent dans ses mâchoires quand il réfléchit tout en parlant. Un rythme qui se déploie et se contracte.

Je plaisantais.
Et je me confesse donc.
J’ai confondu une perle du Japon avec sa sœur de Birmanie.
J’ai laissé tomber mon poison.
M’en voulez-vous ?


Il hausse les épaules. Rit un peu. La réponse lui importe peu.
Les hommes…
N’est-ce pas ?

Je peux me faire pardonner.
Désirez-vous un autre poison raté ?

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MessageSujet: Re: Hallucinations [PV Djamila]   Lun 20 Mar - 10:23

Désolée, désolée pour le retard J'espère que cela te convient !

« Non. »

Non ? Pas plus d’explication. Ce cher Monsieur ne semble pas très causant – peut-être ignore-t-il, tout comme Djamila, ce qui s’est passé et pourquoi tous deux se retrouvés victimes d’hallucinations. Malgré sa fascination pour les tours de passe-passe et son attrait particulier pour les pouvoirs, la vraie magie, la jeune femme n’a que trop peu de connaissances pour tirer de quelconques conclusions. Ironique, venant de quelqu’un qui se transforme à volonté en colombe de ne pas comprendre comment tout fonctionnait, de ne pas connaître la moindre chose à propos de la magie. Parfois, elle aimerait toujours avoir son sorcier près d’elle pour lui demander des comptes, pour, maintenant qu’elle est plus femme que fille, se dégager de son emprise et de ne pas lui pardonner cette transformation. Mais son sorcier est mort. Mort et enterré. Et c’est tant mieux comme ça, finalement. Il ne fera plus de mal à personne, le corps grouillant de vers, bouffant des pissenlits par les racines. Mais sans ce sorcier, elle n’a personne pour la guider dans le monde de la magie.

Sauf peut-être cet inconnu. Qui, malgré sa courte réponse, la regarde avec un air malicieux. Il sait. Il a compris ce qu’il s’était passé. Peut-être même fut-il responsable de leur chute ? Naturellement, ces mains vérifient la présence de son sac – ok, c’est bon –, son portable – elle l’a –, son portefeuillle – sur elle, toujours rempli de ses billets –. Au moins, personne ne l’a dépouillée pendant son inconscience. C’est une petite victoire.

« Non ? » répéta-t-elle. Elle voulut jouer la défiance, mais elle ne put empêcher un sourire en coin de s’afficher. Il avait du cran, il fallait l’avouer. Ou alors une folle envie de voir ses jours se finir plus tôt que nécessaire : une telle honnêteté n’apportait rien de bon par les temps qui courent, Djamila le savait oh trop bien. Cependant, elle ne put qu’admirer la stupide témérité de cet homme.

« Je ne confesse mes erreurs qu’à ceux que je peux nommer. Votre nom est ? »

La phrase suivante de son… compagnon d’infortune, de ce… Calder, lui permit de prouver ce qu’elle avait conclu : il savait. Et utiliser ce savoir pour essayer de glaner pour lui une information sur elle n’était pas du tout du goût de Djamila. Mais alors pas du tout. Cependant son nom et prénom n’appartenaient plus à jeune femme. Autorité publique. Elle était présente à la télévision, son adresse était répertoriée, connue de tous ceux qui le désiraient. Il était difficile de se cacher, quand on faisait partie du gouvernement. Elle ne pouvait garder cette information – qu’il devait même peut-être déjà connaître.

Elle tendit la main pour lui serrer puis se rétracta. Dieu sait ce qu’il a touché de cette main.

« Djamila Singh » Elle réfréna son habitude d’ajouter son poste. Ici, son statut, son métier, n’avait pas la moindre importance. Son sourcil se releva légèrement. A vous maintenant. Expliquez-moi. Calder ne semble comprendre qu’elle n’a pas le temps de jouer.

« Je suis vieux, voyez-vous. Un siècle. J’ai peut-être mal entendu. »

Une éternité. Elle ne savait ce qu’elle aurait fait, si elle avait été forcée à vivre tant d’années. La mort n’est pas seulement une triste fin, elle est une raison de vivre et une délivrance. Elle est la raison pour laquelle il est bon de se lever le matin.

« Et malheureusement, mon temps est compté. » répliqua-t-elle, sa remarque clinquante contredite avec le léger sourire s’affichant sur ses lèvres. Elle appréciait cette conversation bien plus qu’elle ne devrait. Surtout si jamais il lui avait fait quelque chose avec sa magie.

« Je plaisantais. Et je me confesse donc. J’ai confondu une perle du Japon avec sa sœur de Birmanie. J’ai laissé tomber mon poison. M’en voulez-vous ? »
Perle de Japon. Perle de Birmanie. Djamila ne put retenir le froncement de sourcil. Il aurait pu lui raconter n’importe quoi qu’elle n’aurait aucun moyen de le prouver – qu’il dise la vérité, ou qu’il mente. Elle n’était pas de ceux qui lisent si facilement dans la nature humaine, de ceux qui voient – ou prétendent voir –, d’un regard, le fondement de l’âme d’un homme. Pour Djamila, l’homme est une mauvaise graine, une herbe envahissante dont il faut se méfier. Trop prudente, peut-être, elle n’en restait pas moins suspicieuse d’un tout à chacun. Mieux vaut se protéger que de risquer sa vie.

« Tout dépend. » Une pause. « Risque-t-on autre chose que ces visions ? » Faire confiance donc. Partir du principe qu’il dit la vérité – après tout, pourquoi aurait-il pris la peine de s’incriminer lui-même ? Et, s’il ment, elle ne pourrait le savoir. Alors, pour une fois, peut-être, elle ferait confiance.

Je peux me faire pardonner. Désirez-vous un autre poison raté ?

Elle ne put retenir un rire. [color:f93d=##33cccc] « Je crains ne pas faire confiance à vos habilités magiques. » Un sourire moqueur s’afficha sur son visage : [color:f93d=##33cccc] « Même si vous semblez en effet très à niveau sur les poisons ratés. »
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MessageSujet: Re: Hallucinations [PV Djamila]   Mar 4 Avr - 0:55


Sur un parking abandonné, il y a des carcasses de voitures rouillées comme des peaux vides de chrysalides échappées. Des herbes folles dans les fissures de l’asphalte amochée. Un vent rempli de bruits d’une ville brisée.
Et un nom qui chante comme un conte des mille et une nuit. Et un caractère qui goûte la cannelle.

Calder observe la femme épicée tendre la main. La reprendre. Le regard de l’homme suit scrupuleusement le mouvement du bras de Djamila. Son regard s’étonne. S’ébroue.

« Risque-t-on autre chose que ces visions ? »
- Ce serait moins drôle si je savais tout.

Ce qui est vrai. Bien que presque faux.
Ce qui est vrai car on n’est jamais sûr.
Ce qui est presque faux car il est presque sûr.

Qu’il n’y aurait que des visions.
Des rêves.
Des images.
Des impressions.
Des superficialités.

Cela tombe bien…

Mais Calder est trop badin aujourd’hui pour avoir peur de l’inconnu sorti d’une de ses fioles. Et bien que ses mots disent le contraire, son ton répond qu’un poison raté ne peut guère créer que des hallucinations caléidoscopes ratées.

« Même si vous semblez en effet très à niveau sur les poisons ratés. »
- Heureusement, ce n’est pas ma seule spécialité. En attendant, voici la fiole jumelle. Si un jour vous désirez halluciner dans votre salon. Ou faire halluciner une amie en lui servant du thé.

Il se penche légèrement, se prépare à un salut mondain, s’apprête à jouer la comédie jusqu’au bout, l’envie de rire, de rebondir, de s’étourdir de répliques, de piques, de grands arcs phrasés, de réparties…

Il n’a pas le temps de donner le poison raté cependant.

Des voix. Qui tonnent. Résonnent. Poinçonnent.

Un groupe. Les humains sont si grégaires…
Ils chahutent un homme isolé. La violence en groupe est si facile…

L’homme ainsi malmené est bien habillé. Costume bleu marine, chemise blanche, cheveux courts, peau propre et parfaite. Des lunettes brisées.
Autour de lui, trois hommes sont aussi gris que le mortier, aussi rudes que les pierres. Leurs vêtements tachés ne sont que des restes de splendeur théâtrale. Vestes de cuir, t-shirts slogans, jeans abimés.

A cette distance, Calder et Djamila ne perçoivent que des humains devenus des loups pour un humain devenu gibier. Une meute humaine.

Calder fronce les sourcils.

Il reconnait l’homme – a l’impression.

L’homme à lunettes lui avait demandé le poison.

Son attention change. Mue. Se tend. Son attention vire au béton. Les étincelles d’humeur se ternissent. La souplesse corporelle se raidit. Dans les moments d’agression, Calder porte son passé de guerre comme une fulgurance. Les nerfs se souviennent toujours avant la tête.

Deux agents du gouvernement interviennent – appelés par l’homme à lunettes ? Le rapport de force s’inverse – forcément. Les armes, le métal...

Calder se tourne vers Djamila.

- L’endroit ne semble plus aussi sûr… Notez qu’il ne l’a jamais été.

Il a repris sa civilité, ses paillettes de rire, son envie de jouer. A moitié. Suffisamment pour ne pas avoir l’air suspect.

- Avant qu’ils ne posent le regard sur nous, je propose de partir d’ici. Je ne peux que vous demander de ne pas parler de la fiole si un des groupes nous rattrape.

Il tourne les talons.

- Mais ils ne nous rattraperont pas, n’est-ce pas ?
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