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 Hallelujah, you're home ~ Mikkel

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SUCKER FOR PAIN

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↳ Citation : "Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière."
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MessageSujet: Hallelujah, you're home ~ Mikkel   Dim 5 Mar - 22:28


« And my father told me, son
It’s not her fault she doesn’t know your name, and you’re not the only one »



Laura & Mikkel
featuring

Comme il était long le temps depuis la fin des arènes, comme du miel épais qu’on laisserait s’écouler d’une cuillère, patiemment. Mais Laura n’avait plus de patience. Elle l’avait épuisée quand, la veille, une énième jeune fille d’une quinzaine d’années avait sonné à sa porte, s’annonçant l’air de rien comme sa fille. Si les premiers jours, son cœur s’était emballé et qu’elle y avait cru, elle avait appris, durement, à ne plus faire confiance aux moindres individus pensant la connaître. Les arènes, après avoir détruit son corps, l’avait propulsée à une place de célébrité locale qu’elle n’appréciait nullement. Malheureusement pour elle, les propos qu’elle avait tenus à propos de ses enfants n’étaient pas tombés dans l’oreille d’un sourd et un paquet d’ados curieux de voir à quoi ressemblait un survivant des arènes en vrai, avait toqué à sa porte. Comment avaient-ils eu son adresse ? La question, sans réponse, lui restait en travers de la gorge. Alors, elle avait ouvert sa porte, avait chercher dans les visages, les attitudes, une bride à quoi se raccrocher, avant de se rendre compte qu’elle le faisait en vain. Que ses enfants et son époux, où qu’ils soient, ne viendraient pas. Qu’ils avaient probablement refait leurs vies, oubliés cette femme, disparue cinq ans plus tôt, oublié la mère, la femme, l’amie. Ses proches, hormis Lazlo, avaient apparemment décidé de passer à autre chose… Ce qu’elle n’était pas prête à faire. Parce que les yeux de son mari, les cheveux de son ainé, les rires de sa fille et la voix de son fils tournaient sans arrêt dans ses rêves. Parce qu’elle appartenait encore à cette époque qui lui semblait bénie, cette période où, elle avait été si heureuse.

En soupirant, elle ouvre la porte de l’appartement, retire la capuche qui couvre sa crinière blonde et frotte ses yeux fatigués. Elle vient de se nourrir, sur Greg, comme elle a pris l’habitude de le faire depuis son arrivée en ville, consciente qu’il valait mieux qu’elle mange régulièrement si elle voulait éviter un incident semblable à celui qui avait eu lieu avec Richard. Elle soupire, laisse tomber ses clefs sur le meuble, vide, qui se trouve dans l’entrée et se dirige, en trainant les pieds, jusqu’à son lit. Elle s’effondre sur le matelas, épuisée comme après chaque repas, le corps lourd et l’esprit embrumé.

Le froid. La neige. L’angoisse. Et le vent. Le bruit du vent qui rugit à ses oreilles, effaçant tout ce qui n’est pas lui. Tout ce qui fait d’elle ce qu’elle est. Le plateau s’étend devant ses yeux, la neige, fraiche, blanche, intacte. Immédiatement, ses yeux dérivent, se perdent vers la zone qu’elle sait devoir être couverte de sang. Elle a l’habitude maintenant. Elle sait ce qui va se passer. Elle entend sa voix, chaleureuse résonner dans la caverne, tandis qu’elle parle à Eamon dans l’espoir de calmer les nerfs à fleur de peau du jeune homme. Elle voit Callum sortir, avancer d’un pas chancelant dans la neige. Le blizzard l’enveloppe, empêchant Laura de voir autre chose qu’une ombre floue dans cette étendue de blanc. Elle détourne le regard et le repose sur l’entrée de la grotte. Shae en sort à son tour, se précipite vers l’ombre de Callum qui disparait petit à petit. Le bruit, sourd, humide, du corps de cette illusion ayant la forme de la jeune fille de Callum explosant. Le vent s’arrête. Laissant ses oreilles se gorger du bruit vibrant du souffle de Shae s’éteignant. Le temps semble avancé et voilà sa propre mort. Elle l’observe de loin, détachée, dans un état catatonique. Elle sait ce qui va se passe ensuite. Elle sait que c’est ça qui va la réveiller. Un des zombies, le brun, avec ses cheveux de nuit, relève la tête et le noir s’abat sur elle.

Elle se réveille en sursaut, une fois de plus. Elle reste allongée, les bras en croix quelques secondes, laisse le temps à son souffle de se calmer, aux larmes de finir de couler sur ses tempes. Elle est fatiguée de toujours pleurer, de n’être qu’une éponge pleine de frayeurs et d’angoisses. Maintenant, elle sait à qui appartient ce visage qui la hante si souvent. Cet amant de Lazlo, qui porte les yeux de celui qu’elle aime, qui lui a valu sa perte de mémoire, pour qui elle était prête à mourir sans se poser la moindre question. Son fils ainé. Mikkel, celui qui n’est pas de son sang, mais qu’elle aime comme une ourse aime son ourson. Elle se relève lentement avant de frotter ses yeux fatigués et de se déplacer jusque dans sa salle de bains. Les cernes qui s’étalent sous ses yeux, un peu plus sombres chaque matin, lui rappellent que malgré sa condition de monstre, elle reste une humaine et que son corps à un cruel besoin de ce sommeil qui lui est pourtant refusé. Elle soupire et passe un peu d’eau sur son visage, espérant réveiller un peu son cerveau embrumé par le manque de sommeil. Elle tourne en rond dans l’appartement, se sert une tasse de thé qu’elle se force à boire. Elle refuse d’abandonner ce rituel, bien que le liquide ait un goût de terre dans sa bouche. Dernier vestige de son humanité perdue, le thé reste un réconfort qu’elle ne peut laisser partir. Le bruit d’un claquement sec sur sa porte, la fait sursauter. Elle sert les dents, les nerfs à fleur de peau, à cause des arènes, de son cauchemar, de la tristesse qui semble faire partie intégrante de son être désormais. Elle hésite, prête à refuser d’ouvrir sa porte, mais une fois de plus, l’espoir, toujours présent malgré les déceptions, la pousse à aller ouvrir. Sa tasse à la main, elle déverrouille la porte et entrouvre le battant. Le claquement de la tasse qui s’effondre sur le sol et s’éparpille en éclat de céramique ne suffit pas à la sortir du choc qui la pétrifie sur place. Les deux mains sur la bouche, elle reste en arrêt sur le pas de sa porte.

 Les yeux de Laura dévorent la personne qui lui fait face et son cœur rate un battement, peut-être deux. Le jeune homme qui se tient sur le pas de la porte lui brise le cœur sans qu’elle comprenne pourquoi. Ses yeux glissent sur le corps longiligne, sur la dégaine décontractée, avant de se poser sur le visage. Elle boit ses traits avec toute la force de son âme. La ligne contrariée de ses sourcils, la courbe douce et ronde de ses lèvres, ses cheveux ébouriffés, qui retombent sur son front et finalement ses yeux. Oh, elle les connait ses yeux. Elle les a vus dans ses cauchemars plus de fois qu’il n’en faut pour les graver dans son esprit jusqu’à la mort. Elle les a vus dans la mémoire de Lazlo, mi-clos, les yeux d’un homme comblé. Et son cœur se pince, quand elle repense à l’amour sans borne que son ami porte au jeune homme qui lui fait face. D’un gris franc, qui pourrait paraître froid, mais ses souvenirs confus, lui assurent qu’ils sont capables d’être les plus doux et lumineux qu’elle ait pu croiser. Ils sont cerclés de cernes épais, mais elle les reconnaîtrait entre milles. Ils sont trop jeunes et trop peu marqués par l’âge pour appartenir à son mari, mais ce sont les mêmes. Elle tend une main hésitante et effleure la joue, légèrement râpeuse du garçon qui lui fait face. Elle a envie de pleurer. De hurler et de danser en même temps. Il est si beau, si grand, ce petit homme. Le contact de la peau de sa joue sous sa paume la réchauffe jusqu’à l’âme. L’Astre. L’Astre est de retour dans sa vie. Un souvenir fugace traverse sa mémoire. Succession de flash rapide, d’un enfant souriant qui court dans les bras d’un homme qu’elle ne voit que de dos, de ce même enfant qui la regarde d’un air intrigué avec un regard bien trop intelligent pour son âge. Une dent de lait caché sous un oreiller, qu’elle va retirer avant d’y mettre une pièce. Une main qu’elle applique sur un front enfiévré, avant de laisser courir sa magie. Un petit-déjeuner et sa main qui ébouriffe la touffe de cheveux d’un noir de jais. Une main, si petite, si fraiche, sur son ventre tendu. Les souvenirs lui coupent le souffle. Elle sait qui se tient sur le pas de la porte, elle l’aurait su même si sa mémoire avait été vide de tout. Elle recule, consciente d’avoir l’air à moitié folle, essuie ses joues trempées de larmes douces-amères et dit la première phrase qui passe dans son cerveau abimé. « C’est bon de te voir. » Elle s’écarte de l’embrasure de la porte, et laisse passer la silhouette longiligne de son fils.

Tremblante d’émotion, elle s’avance dans la cuisine, oubliant les débris de sa tasse sur le sol. « Entre, entre, je vais te faire une tasse de thé. » Une fois de plus sa manie du thé qui revient à la charge. Elle manque de se mettre une claque devant la stupidité dont elle fait preuve. Le besoin de s’occuper les mains, de se donner une utilité dans cette situation qu’elle a souvent imaginée, mais qui arrive bien plus tôt que prévu. Mikkel est debout dans son appartement. Il est là, en chair et en os, après qu’elle l’ai rêvé tant de fois. Elle passe frénétiquement la main dans ses cheveux, en jetant des regards en coin à son fils. L’idée qu’il le soit réellement et qu’il soit bien devant elle à cet instant lui fait tourner la tête. L’eau finit par bouillir et elle verse deux tasses avant d’y déposer les sachets de thé et de les déposer sur la petite table de sa cuisine, l’une devant Mikkel, l’autre face à elle. Elle se racle la gorge et frotte une tache imaginaire sur le formica défraichi. « Je… Comment est-ce que tu m’as retrouvé ? » Elle plonge une fois de plus son regard dans le visage du jeune homme. Assoiffé de cette tête qu’elle sait connaître, mais qu’elle redécouvre. Consciente d’être invasive, elle détourne les yeux, préférant fixer sa tasse. Elle ne sait pas comment aborder le sujet de sa perte de mémoire. Comment annoncer à cet enfant qu’elle a élevé qu’elle n’est même pas sûre de se souvenir de son prénom ? Comment pourrait-elle le faire sans le blesser profondément ? Sa culpabilité qui l’avait laissé tranquille depuis la fin des arènes revient en force, écrasante. Elle pose ses coudes sur la table et ses mains sur son visage. « Tu es Mikkel… N’est-ce pas ? » Elle n’ose pas regarder en face le jeune homme, de peur de croiser son regard d’acier et d’y lire toute la déception et la peine qu’elle doit probablement venir de lui faire.




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MessageSujet: Re: Hallelujah, you're home ~ Mikkel   Sam 8 Avr - 21:55


« Either way I’ll cry with the rest of them »

Laura & Mikkel
featuring

5 mars 2017. 17h09

C'était une petite fiasque, d'aspect des plus commun, une bouteille grise fermée par un petit capuchon noir. Mes mains tremblaient alors que je descendais une bonne gorgée de ce liquide ambré qui me brûla aussitôt le ventre. De la gnôle de contrebande que je sifflais impunément dans les toilettes de l'hôpital, voilà ce que c'était. Le dos appuyé contre la paroi, je me laissai doucement glisser jusqu'à m’asseoir à même le sol, enfermé dans la cabine, serrant la fiasque entre mes mains, les yeux fermés. J'avais eu tellement la trouille, putain. Des peacekeepers avaient fait une descente dans le service où je bossais pour venir arrêter mon chef direct, l'infirmer responsable du bloc. Ce gros joufflu s'était vu accuser de déviances sexuelles diverses et, après lui avoir cité brièvement les chefs d'accusation, on l'avait arrêté et emmené séance tenante. Il en avait presque pissé dans son froc tellement il ne s'attendait pas à ça, persuadé de sa discrétion, trop confiant, trop sûr de lui. Trop certain que jamais personne ne découvrirait qui il était derrière sa façade de bon père de famille classique. Mon chef était un mec très sévère, intransigeant et rigide, je ne l'avais jamais vu flancher. Pourtant, quand les miliciens l'avaient emmené, j'avais croisé son regard effrayé, un regard glaçant, comme s'il me pointait du doigt, et j'avais baissé les yeux. J'avais dû faire une pipe à ce mec pour éviter qu'il me vire, je l'avais fait. J'avais dû tripoter ses bourrelets dégueulasses de gros porc et ça m'avait dégoûté mais jamais putain, jamais je ne l'aurais dénoncé. C'était pas moi qui l'avait trahi, c'était pas moi...

Soudain un bruit me fit me redresser brutalement et dans un sursaut d'angoisse, je bondis pour cacher ma bouteille dans la chasse d'eau du cabinet. Refermant le tout avec empressement, je sortis de la cabine pour aller me foutre la tête sous le robinet d'eau froide et aller rincer ma bouche. Faudrait pas que le premier gus venu vienne renifler mon haleine de soiffard... bordel.

Quelques temps plus tard, j'avais troqué mon uniforme de brancardier pour mes fringues habituelles et je remontais l'avenue d'un pas rapide. En passant dans le square qui jouxtait l'hôpital, j'avais arraché des feuilles d'arbre que je mastiquais consciencieusement, à défaut de chewing-gum. La prohibition se renforçait de plus en plus ces derniers temps et la capture de mon chef, le matin même, ne faisait que le confirmer. Le cœur encore battant de trouille, je marchais en baissant les yeux avec une angoisse qui frôlait la paranoïa. Pourtant, aucun peacekeeper n'était venu pour me pincer les fesses, à croire que je ne les remuais pas tant que ça en marchant. Okay, je m'inquiétais de trop. C'est bon Mikkel relax. Cool. Distraitement, je songeais à demander l'avis de Lazlo sur ce point crucial de ma démarche, sans douter aucunement de l'objectivité totale de son évaluation. M'imaginer en train de arpenter son appart en mode catwalk pendant qu'il m'observerait d'un œil expert fit aussitôt surgir un sourire de chacal sur mon visage. Il m'en fallait peu pour retrouver ma désinvolture coutumière et ce serait sûrement pas cette arrestation qui m'empêcherait de vivre ma vie. Mort aux vaches.

Pourtant, une sensation étrange me troubla et fit se ternir ce regain d'insouciance. J'avais marché jusqu'au Treme pour aller voir mon meilleur pote, presque par réflexe, et je déambulais dans les rues malfamées aux vieux murs couverts de graffitis. Entre les vieilles baraques en ruines remplies de squatteurs et les taudis, se dressait cet immeuble devant lequel, j'avais déjà rôdé de temps à autre, sans jamais me résoudre à y pénétrer. Cet immeuble où je savais qu'elle habitait, grâce à Lazlo. Il y avait déjà plusieurs mois que je l'avais vue à la télé, que j'avais été témoin de ses mutilations, de sa mort... avant d'apprendre que les types des Forgiven Days avaient joué avec nos sentiments. Laura. La seule mère que j'aie jamais connue. Laura était vivante.

Je m'étais souvent demandé si je fumais trop. La haute flamme de mon briquet dansait devant mes yeux pendant que je me vissais une clope aux lèvres. S'imprégner les poumons de goudron n'était pas la meilleure chose à faire pour un sportif mais j'avais pourtant jamais eu l'impression d'être plus essoufflé qu'un autre. Alors je brûlais la chandelle par les deux bouts. Quelle importance, de toute façon, c'était pas comme si j'avais jamais espéré vivre très vieux. La flamme embrasa ma cigarette et je tirai dessus doucement, fermant les yeux quelques secondes. Adossé contre une palissade, je contemplais le bâtiment face à moi, avec sa façade décrépie et son trottoir recouvert de poubelles éventrées. Je pouvais bien encrasser mes entrailles de fumée autant que je voulais maintenant, ça ne devrait plus changer grand chose en moi. Les moindres des blessures de ma carcasse de métamorphe guérissaient vite, alors je pouvais bien être un chacal accro à ses deux paquets de clopes par jour, bordel de merde. Non ? Aucune importance.

J'expulsai la fumée dans un souffle vacillant et chargé d'émotion trop lourdes à porter. Il fallait que je m'offre le temps de me reprendre avant de la revoir. Que je me concentre pour ne pas être troublé en la présence de cette femme que j'avais crue morte pendant cinq longues années. Une femme qui m'avait fait croire durant toute mon enfance que j'avais de l'importance pour elle, que je n'étais pas simplement le gamin d'une autre dont elle s'occupait par pitié. Ma véritable mère était partie sans se retourner mais Laura avait fini par faire la même chose. Et après ? Je m'en contrefoutais moi, j'avais besoin de personne. Je fis la moue à cette pensée, fixant douloureusement la façade, comme je l'avais fait si souvent depuis que je connaissais sa nouvelle adresse. Depuis que Lazlo m'avait donné l'info, j'avais jamais réussi à faire autre chose qu'observer cette foutue façade, rien d'autre. Je lui dirais quoi si je la revoyais, alors qu'elle n'avait clairement rien à foutre de moi ? Mais si moi je n'avais aucun besoin d'une mère, ce n'était pas la même chose pour la p'tite Lizzie, ni même pour ce grand nigaud de Colin. Je ne pouvais pas lui pardonner le mal qu'elle avait fait à mon frère et ma sœur. Elle était amnésique ? La belle affaire. Je l'avais très bien entendue prononcer le nom de ses gosses à la télé et ça ne l'avait pas poussée pour autant à reprendre contact avec eux. Qu'elle ait nié totalement l'existence de son connard de fils adoptif, on n'en avait rien à foutre bien-sûr. Détail, détail.  

Je soupirai, songeant encore à mon vieux père. Il faudrait quand même bien qu'un jour, je me décide à lui cracher le morceau, c'était dégueulasse de ma part de ne pas partager une info aussi grave avec lui, que nos rapports soient tendus ou non... Mais rien qu'à penser à ses réactions, ça me nouait l'estomac au point d'en être malade de stress. Avant de parler du retour de Laura à Roman, il faudrait que j'aille prendre la température de son coté, voir ce qu'elle avait dans le crâne. Putain de merde, j'avais trop attendu.

19h32

Me détachant de la palissade dans une impulsion rageuse, je traversai la rue d'un pas rapide en jetant ma clope d'un geste leste. Je soufflai encore la fumée en frappant à la porte.

Les secondes passèrent et j'hésitais à me tirer jusqu'à la dernière, jusqu'à ce que la porte s'ouvre devant moi. Si je m'étais préparé à voir son visage en face de moi, cette vision fut bien plus bouleversante que je n'aurais pu le prévoir. Je m'étais construis une expression grave et insensible, un masque de dédain consciemment affiché sur mes traits. Pourtant, lorsque le visage de ma mère apparut, un sourire spontané éclaira mon visage trop grave. L'oppression de mon anxiété se dissipa à peine le temps d'une seconde, quand son propre bouleversement me réchauffa l'âme. Cette tasse brisée, ce visage qui m'avait tant manqué. Et j'étais déjà prêt à lui ouvrir les bras pour qu'elle s'y jette, à rire devant sa maladresse, à la serrer fort contre moi.

Mais j'eus à peine ébauché mon geste que mes bras retombèrent un peu, quand l'élan se brisa et que mes muscles se contractèrent, déjà rattrapé par mon malaise. Parce qu'elle s'était immobilisée abruptement, parce que lorsque nos regards s'étaient croisés, j'avais lu dans ses yeux en quelques fractions de secondes l'immensité de son désarroi. Et toutes ses pensées m'atteignaient à présent comme une bourrasque chaotique de milliers d'oiseaux. Je pouvais sentir leurs becs me piqueter de toute part, j'entendais leurs piaillements apeurés, les froissements fébriles de leurs ailes… Je contemplais l'intensité de son angoisse dans toute son indicible horreur. Elle ne m'attendait pas. Sa caresse hésitante, ses mots noyés de larmes me perdaient. J'ignorais que dire alors qu'elle s’effaçait déjà pour me laisser rentrer. Bon de me revoir ? Après quelques secondes d'un silence pesant où je me composai un sourire pâle, je me forçai à rétorquer d'un ton cynique.

« Ouais, si tu l'dis. »

Mais ma voix était trop sourde et je me raclai doucement la gorge sans quitter Laura des yeux. J'avais la sensation que mon cœur était prisonnier d'un étau qui lentement le comprimait jusqu'à l'écraser complètement. Ma belle-mère me proposait une foutue tasse de thé, avec une politesse qui m'agressa ; comme si j'étais rien d'autre qu'un étranger ou un vague voisin. Dans le fond de moi-même, j'étais conscient de son désarroi et du fait qu'elle ignorait sûrement elle-même la façon d'agir après une séparation aussi longue. Mais je ne voulais pas laisser mon empathie me dépasser, je ne voulais pas la comprendre. Mes émotions me submergeaient moi-même comme une marée glacée alors que le lien invisible qui existait entre nous me semblait plus lointain que jamais. Et quand je la regardais avec ses yeux brouillés de larmes, cette fulgurante bouffée de tendresse mêlée de culpabilité me fit chavirer. Néanmoins, mes yeux restèrent secs. Du thé, putain. J'avais une gueule à boire du thé ? Je me contentai de hausser les épaules en la suivant dans la cuisine avant de me laisser tomber sur la chaise, les mâchoires serrées. Le silence s'éternisa pendant que l'eau mettait un temps fou à bouillir et je laissai mon regard dériver dans cette piaule vieillotte où ma belle-mère créchait désormais. Est-ce que c'était là qu'elle se terrait depuis tout ce temps, dans ce quartier lugubre où je traînais si souvent ? C'était d'une ironie tragique d'imaginer que j'avais pu passer dans cette rue sans me douter une seconde qu'elle puisse être là. Quand elle vint enfin s'installer en face de moi, je pinçai mes lèvres à ses questions, lui répondant avec une sécheresse un peu trop appuyée.

« J't'ai vue à la télé. Après, quand on veut vraiment retrouver quelqu'un, y'a toujours moyen de se débrouiller. »

Je voyais bien qu'elle avait du mal à soutenir mon regard mais ce fut sans aucun scrupule que je l'en écrasais, ne lui épargnant rien de la dureté de mes yeux. Sa question hésitante, prononcée d'une voix si frêle, m'arracha un rire amer. Elle n'était même pas sûre de se souvenir de mon prénom. C'était vraiment comme si je n'étais plus rien du tout pour elle, comme si je n'avais jamais existé. Mes poings posés contre la table se serrèrent et j'envisageai un moment de lui balancer cette tasse de thé au visage, d'un mouvement enragé. Ce serait jamais que la deuxième à se briser en moins de cinq minutes ! Pourtant, je me contraignis de toutes mes forces à me maîtriser, comme je m'étais promis de le faire au moment de frapper à sa porte. Un rictus accroché au coin de la gueule, j’acquiesçai d'un ton sarcastique, sans même élever le ton.

« Gagné. Tu vois quand tu veux, t'es encore cap de faire marcher tes méninges. »

Je ne lui ferais pas le plaisir de lui faire croire que son oubli avait pu me toucher, elle ne méritait que mon plus froid détachement. Et j'étais bien décidé à contrôler mon caractère impulsif pour l’inonder de mon mépris, parce qu'elle ne méritait même pas ma colère. Le pire des châtiments, ce n'était pas la haine ni la fureur, des émotions bien trop chaudes qui avaient tendance à m'emporter un peu trop facilement. Le pire pour moi, la punition la plus sévère, c'était l'indifférence totale. Et je comptais bien la lui infliger, dans tout son glacial éclat. Qu'est ce que j'en avais à foutre en vrai ? J'avais jamais eu besoin de personne moi, j'étais fatigué de l'expliquer aux gens. Les gens putain, tous des cons qui pigeaient rien à rien.

« Mais ouais, j'suis Mikkel, le fils de Roman. » Pas le tien, tu sais. Bref.

Je reculais dans un soupir pour m'adosser à la chaise. J'étais pas venu pour lui balancer de la merde ni pour l'engueuler, en dépit de tout ce que je m'escrimai à refouler comme peine. Je me rendais compte que je ne pouvais pas m'empêcher d'habiller mes mots de rancœur, bien malgré moi. Et à quoi ça servait, si elle en avait rien à foutre, putain ? Bah à rien. Je me frottais le crâne avant de basculer en arrière et me balancer sur la chaise, en équilibre sur deux de ses pieds, en mode relax. Elle avait beau paraître hyper stressée, je lui opposai une désinvolture de mon cru, sans la lâcher du regard. Reprenant d'une voix posée, j'observais son attitude, me remplissant les yeux de son image, l'air de rien.

« Bon. J'vais aller droit au but : si j'suis là c'est avant tout pour tes gosses. J'sais que tu t'en souviens, j'tai entendu citer leurs prénoms au moment où... on te tranchait le bras. »

A peine prononcé, cette séquence me revint aussitôt en tête, dans toute son horreur. Je me mordillai les lèvres un moment pour évacuer ces monstrueuses images qui m'avaient tellement choqué lorsque je les avais vue à la télé. Ma mère écrasée sous les décombres, le bras écrasé, avec ce gros bourrin qui lui cisaillait la chair et les os avec un bout de miroir. Une boucherie qui m'avait privé de sommeil pendant des semaines. Je cillai un peu avant de m'éclaircir la voix, reprenant mes balancements et poursuivant sur un ton le plus neutre possible.

« Ils ont souffert de ton absence. Mon père aussi. Je leur ai pas dit que t'étais en vie, ils sont pas au courant, y'a que moi qui ait suivi les jeux à la télé. Mon père voulait pas regarder et il a interdit à tes gosses de le faire. Puis moi, j'ai rien voulu leur dire avant de connaître tes intentions. Donc voilà, j't'écoute. » J'avais assez parlé putain. Le gosier sec, j'attrapai la tasse de thé pour en goûter une gorgée brûlante dans une moue blasée.

« Hé bah. T'aurais pu m’accueillir avec de la vodka. Tu crains, Laura. » T'aurais pu me prendre dans tes bras. Tu crains putain, tu crains.


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©️ proserpina


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MessageSujet: Re: Hallelujah, you're home ~ Mikkel   Jeu 18 Mai - 23:20


La voix de Mikkel l’avait traversé avec la force d’un ouragan. Bien sûr, qu’il ne sautait pas au plafond de la revoir. Bien sûr. Elle avait disparu depuis cinq ans. Cinq ans, c’était tout et rien, c’était une vie et un battement de cils. C’était suffisant pour transformer la joie des retrouvailles en une colère sourde. Colère, contre celui qui est parti si longtemps, colère contre celui qui n’est pas revenu quand on avait besoin de lui. Elle s’accroche à la fumée qui s’échappe des tasses. Le cœur brisé, en miettes, face à cet enfant qu’elle rêve de revoir depuis qu’il est de retour dans ses souvenirs. Elle laisse les vagues de souvenirs la frapper, garde bonne figure pour ne pas exploser en sanglot. Elle a perdu tant de temps et l’espace d’un instant, une rage pure s’empare d’elle. Elle a envie de faire exploser quelque chose, le gouvernement, un ministre, un groupe de peacekeeper, Lazlo. Elle frotte distraitement la zone entre ses sourcils. Non, pas Lazlo. Bien qu’il soit la cause directe de son amnésie, son geste avait du sens, il avait cherché à la protéger et à protéger Mikkel. Elle soupire un peu. Le cœur au bord des lèvres, les yeux perdus dans le vide, n’osant pas regarder le jeune homme. Elle reste en retrait, appuyée contre le comptoir. Il est avachi dans sa chaise et elle entend sa voix dans sa tête. Un souvenir. Elle lui a dit tellement souvent de se tenir droit, qu’il allait se ruiner le dos. Elle se rappelle des tapes qu’elle mettait, affectueusement, à l’arrière de son crâne en fronçant les sourcils, faussement fâchée. Elle avait toujours été incapable d’être réellement en colère contre lui. Il était son Astre après tout. Son premier bébé. Elle s’approche et se laisse tomber sur la chaise.

Elle serra les dents, face à la réplique de Mikkel. Oui, c’était simple de trouver quelqu’un, quand on n'était pas un monstre qui risquait de mettre l’entièreté de sa famille en danger de mort. Elle comprenait sa colère, elle comprenait sa tristesse. Elles n’en étaient pas moins douloureuses à recevoir. Elle baissa la tête, gardant le silence quelques secondes, réfléchissant à une réponse correcte. Elle ne pouvait pas décemment lui dire qu’elle ne pouvait pas rentrer, parce que cet aveu impliquerait l’explication du pourquoi elle ne pouvait pas rentrer et qu’elle n’était pas prête à voir les yeux de son fils se voiler de la peur qu’inspiraient ceux de son espèce. « J’aurais préféré que tu ne me voies pas. » Elle ne sourit pas, ne cherche pas à adoucir ses paroles. Elle aurait préféré qu’aucun des membres de sa famille ne la voie dans l’arène. Les images avaient dû être horribles, sanglantes et d’une violence insupportable pour un enfant. Elle gratta son avant-bras, suffisamment fort pour laisser une marque rouge. Elle avait été pitoyable dans cette arène, suffisamment faible pour laisser les membres de son groupe mourir. Puis la voix de Mikkel claqua à nouveau répondant à sa question. Pourquoi l’avait-elle posé d’abord ? Il ne pouvait s’agir de personne d’autre que de l'Astre. Il ressemblait si fort à son père, son cœur avait réagi si violemment à sa vision. Elle avait eu envie de le serrer dans ses bras, de le garder contre son cœur et de lui chuchoter qu’il ne craignait rien à cet endroit, jusqu’à ce que le monde recommence à tourner rond. Jusqu’à ce que le monde arrête de n’en faire qu’à sa tête et lui rende tout. Sa vie, sa nature, sa famille, son bonheur. Puis, il enchaina avant qu’elle ne puisse répondre. Roman.

Le prénom claqua dans le silence de l’appartement. Roman, Roman, Roman. Ro-Man. Roooomaaaan. Elle fit tourner le prénom en boucle dans sa tête, le cœur tambourinant dans sa poitrine. Elle le connaissait maintenant. Shae, lui avait dit. Callum aussi, et même Tristan. Pourtant l’entendre dans la bouche du brun, accompagné de la notion de paternité, avait fait vibrer son cœur. Mon fils aussi. Elle s’était retenu de le crier. Pourquoi lui refusait-il sa place de parent ? L’avait-il jamais considéré comme autre chose qu’une intruse dans leur vie de famille ? Elle déglutit difficilement. « Je sais qui tu es, Mikkel. J’ai peut-être oublié qui j’étais et mis trop longtemps à retrouver ne serait-ce que des bribes de souvenirs, mais je sais qui tu es. Au fond, je ne vous ai jamais oublié. Ni toi, ni ton père, ni même ton frère et ta sœur. » La phrase était sortie par à-coup, sa gorge trop serrée refusant de laisser les mots s’écouler naturellement. La désinvolture de son fils était comme mille poignards la transperçant. L’acier de son regard comme une chape de plomb l’étouffant.

Elle avala une gorgée de thé pour essayer de défaire le nœud qui se formait contre sa trachée. Consciente, qu’elle devait se maitriser. Elle n’avait pas le droit d’exploser en sanglot devant lui. Sa colère était légitime. Elle mordit l’intérieur de sa joue, l’esprit embrumé par la fatigue, l’émotion et la nuée de souvenirs qui continuait à frapper. Elle les rangeait au fur et à mesure, regardait la bibliothèque se remplir un peu. Elle prendrait le temps de se plonger dedans plus tard. Ce n’était pas le moment. Pourtant, quelque chose changea dans l’attitude de Mikkel quand il évoqua son frère et sa sœur, quand il évoqua le moment ou Laura avait cru perdre son bras. Il cilla, mordit sa lèvre quelques secondes et Laura put enfin apercevoir à quel point toute cette horreur l’avait affectée. Elle retient son bras. Elle avait tellement envie de le serrer dans ses bras, de le bercer contre son cœur, jusqu’à ce qu’il oublie. Elle hocha la tête, elle ne voulait pas le pousser, et déjà, le masque de l’indifférence se remettait en place, mais elle savait maintenant. Elle savait qu’il était en colère, mais qu’il avait aussi eu très peur. Son bébé avait été terrifié par ce que le gouvernement lui avait infligé. Peut-être qu’il ne l’avait jamais considéré comme sa mère, mais ça n’avait aucune importance, à ces yeux, il n’avait jamais été rien d’autre que son petit, son tout petit Mikkel.

Elle écouta, serrant les doigts à l’idée de ce qu’elle avait infligée à sa famille en disparaissant si longtemps. Sa haine pour le gouvernement ne cessait de grandir. La haine et la rage ternissant la joie qu’elle s’était faite de voir son fils sur le pas de la porte. Le monde entier avait détruit sa vie, celle de trois enfants et de l’homme qu’elle aimait. Au moins… Si Roman et les enfants ne sont pas venus la voir, c’est qu’ils ne savent pas qu’elle est en ville, pas parce qu’ils n’en ont pas envie. Elle le laissa parler, finir puis boire son thé, et c’est là qu’il l’acheva. Son prénom claqua dans l’air comme une punition. Elle se leva, silencieuse et lui tourna le dos, le temps de rincer sa tasse dans l’évier. De laisser s’échapper quelques larmes aussi. Elle inspira profondément par le nez, les mains écrasées sur le plan de travail, avant d’essuyer ses yeux. Elle se pencha, ouvrit le placard sous l’évier et en sorti la bouteille. Elle se retourna et la posa sur la table, l’alcool transparent oscilla dans la bouteille et laissa ses yeux se perdre dans son mouvement, cherchant toujours comment lui répondre. Quelque part en elle, l’espoir fou que s’il buvait peut-être qu’il finirait par arrêter de se cacher derrière son masque d’indifférence. Elle attrapa deux verres, les remplis de l’alcool russe et fit claquer le cul du sien sur celui de Mikkel. Elle le descendit d’un trait et posa le récipient sur le formica décrépi. « C’est le seul alcool que je bois. Depuis que je suis revenu en ville, je veux dire. Je ne sais pas pourquoi, ça m’a toujours donné l’impression d’être à la maison de boire de la vodka. » Elle savait qu’elle éludait la question de son aîné, mais elle n’était pas prête à réfléchir à ça tout de suite. Alors, elle se contenta de remplir à nouveau son verre et celui de son fils. « Je suis vraiment une mère déplorable pour te laisser te saouler avec moi. »

Le souvenir la frappe avec force et ses yeux se perdent dans la vague. « Un jour, je ne sais plus quand c’était. Tu étais encore très petit. Un gamin à l’école t’avait… Piqué un truc, un truc que tu trouvais vraiment, vraiment très important. » Le souvenir était flou, elle ne savait pas ce qu’il lui avait pris, mais Mikkel avait été d’abord très énervé puis bouleversé. « Et… Il l’a cassé, ton truc. Et tu étais si triste… » Elle penche la tête sur le côté un sourire attendri étirant ses lèvres. « Tu étais dévastée par la perte de ce truc. On a été te chercher à l’école, tu avais les joues écarlates d’avoir crié et pleurer, les yeux tout gonflés et les lèvres rouge écrevisse. » Elle ferme les yeux, plongée dans son souvenir. « Et quand ton père t’a demandé ce qu’il s’était passé, tu n’as pas voulu répondre sur le coup. On était inquiet qu’il se soit passer quelque chose de grave. » Elle soupire. « Je crois, que je n’étais pas avec vous depuis très longtemps à l’époque. » Elle soupire, triste une fois de plus de ne pas être sa mère biologique. « Quand on est rentré à la maison, tu t’es enfermé dans ta chambre et ton père ne savait pas quoi faire. Il était perdu, c’était la première fois que tu ne lui disais pas ce qu’il t’était arrivé. Alors, j’ai été dans ta chambre et tu as fini par me parler. Je crois que c’est l’un des jours où j’ai été la plus fière de moi. » Elle lève les yeux sur Mikkel, incapable de lire son expression. « Parce qu’une fois qu’on avait fini de parler, tu m’avais serré dans tes bras, fait un gros bisou et dit merci. » Sa gorge se serre. Elle prend conscience qu’elle vient probablement de se souvenir du jour ou le petit Mikkel l’avait officiellement accepté dans sa vie d’enfant.

Elle soupire, boit une gorgée de vodka et grimace, l’alcool est brûlant, mais ne suffit pas à effacer le gout de cendre dans sa bouche. « Je ne sais pas quoi te répondre, Mikkel. La situation est plus compliquée qu’il n’y parait. Je suis revenue en ville il y a peu… Et j’avais à peine eu le temps d’apprendre que j’avais bel et bien une famille que je finissais dans une arène à me faire torturer par des fous pour la rédemption. » Elle hausse les épaules, l’air perdu. « Je… J’ai envie de rentrer auprès de vous. » Une larme solitaire roule sur sa joue. « J’en ai envie plus que tout. Vraiment. Mais, si je rentrais maintenant, ça serait trop dangereux. Puis… Je suppose que vous avez tous refait vos vies… » Elle soupire, le cœur brisé. « Néanmoins, je ne veux pas que tu mentes aux petits, ni à Roman… » Le prénom lui brûle la gorge, lui donne envie de voir son mari, de le serrer dans ses bras, de se perdre dans ses bras et d’oublier l’enfer dont elle vient. « Mais, je ne peux décemment pas revenir dans une maison qui ne doit plus être la mienne depuis bien longtemps. » À demi-mot, elle avoue qu’elle craint de ne plus avoir sa place au sein de sa propre famille. Roman est bel homme, il avait déjà refait sa vie avec elle, pourquoi ne l’aurait-il pas refait après une disparition de plus de cinq ans. « Et je ne peux pas, ce serait dangereux, je ne peux pas me permettre de rester trop longtemps auprès des enfants, je risquerais de les blesser. » Une fois de plus, elle n’avoue pas ce qu’elle est, mais le met en garde contre sa nature instable. Ses yeux se plantent dans les deux lacs de métal face à elle et sans réfléchir, elle tend le bras et serre la main de son fils dans la sienne. Elle voudrait le prendre dans ses bras, mais elle ne peut pas, elle sent bien que si elle ne fait ne serait-ce qu’essayer, il s’enfuira.

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MessageSujet: Re: Hallelujah, you're home ~ Mikkel   Jeu 8 Juin - 17:12


« Either way I’ll cry with the rest of them »

Laura & Mikkel
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Le thé que j'avalai dans une gorgée nerveuse me brûla la langue et je fusillai Laura du regard. J'eus la sensation confuse et délirante que le thé m'agressait, comme s'il s'associait à elle pour me faire souffrir, comme un symbole néfaste qui devait me prouver que j'étais en terrain ennemi. Fous le camp Mikkel ! T'es pas le bienvenu ici ! Elle me confirmait elle-même qu'elle aurait préféré que je ne la voie pas à la télé et je lui répondis dans un souffle. « Pas de bol, j'ai absolument tout vu et tout entendu. »

Oh bien-sûr, ça aurait été pratique pour elle que je continue à la croire morte. Je ne devais pas en être surpris, je SAVAIS qu'elle n'avait rien fait pour tenter de nous retrouver. Pas étonnant qu'elle regrette que j'aie réussi à le faire. Pourtant, en dépit de mon cynisme, son aveu me heurta comme une gifle. Elle ne tentait même pas de cacher qu'elle aurait préféré que je ne la retrouve jamais. Mon regard glissa sur son bras, indemne de toute blessure. La vision avait parue si réelle sur l'écran, ces chairs arrachées, ce sang et toute cette douleur... Même si je savais aujourd'hui que ce film d'horreur n'était qu'une illusion, orchestrée par le gouvernement, je ne pouvais m'empêcher d'y croire encore, comme si une part de mon esprit restait traumatisée par ces atroces images. Il fallu que je fasse un effort pour ne pas fixer son bras trop longtemps.

Elle prétendait savoir qui j'étais et ne jamais nous avoir oublié. A ces mots, je me contentai de hausser doucement les épaules, ignorant le ton trop étouffé de sa voix. Si elle disait la vérité, ça excusait d'autant moins son absence. Quoiqu'elle dise, elle était coupable, coupable de nous avoir abandonné. J'avais pourtant décidé de rester factuel et de ne mettre aucune émotion dans mes paroles. C'était ce que je faisais. Si je le pouvais, l'idéal serait que je puisse planer au dessus de tout ça et voir la situation de haut, comme si elle ne me touchait pas personnellement. Comme si je n'étais qu'un observateur objectif et tout à fait extérieur à la scène. De toute façon, c'était le cas ! J'étais pas son fils, j'avais rien à voir avec elle, moi. Si j'étais là, c'était uniquement pour mon père, Colin et Lizzie, rien d'autre.

Quand elle se leva, sans me répondre, je gonflai mes joues, la suivant du regard quelques secondes avant de m'en détacher. Je ne savais pas ce que je ressentais exactement mais la sensation d'oppression qui me pesait sur le buffet était tout sauf agréable. Je me balançais doucement, les yeux braqués sur ma tasse de thé encore pleine. J'observais la coloration  du liquide devenir plus foncée, ces petites imperfections sur la anse en porcelaine ébréchée, les quelques gouttes brunâtres qui tâchaient les motifs floraux. Si j'apercevais Laura du coin de l’œil, je n'avais aucune envie de lui offrir mon attention ni la moindre parole pour l'encourager à répondre. Le silence nous enroba quelques instants avant que la bouteille ne soit posée sur la table, s'imposant brutalement dans mon champs de vision. Je m'humectai les lèvres, sans émettre le moindre commentaire, déchiffrant aussitôt l'inscription sur l'étiquette : водка. Mes narines se dilatèrent légèrement tandis que l'arôme presque indétectable se dégageait du goulot pour se verser dans les verres dans un bruissement appétissant. Mes yeux interrogatifs se levèrent alors vers elle, avant que l'innocence de mon regard ne cède la place à plus de dureté. Les quatre pieds de ma chaise retrouvèrent le sol.

« On n'en boit plus depuis la prohibition, chez nous, tu serais déçue. » Tu vois, même la vodka ne te rapproche plus de nous, Laura.

Ce n'était pas la vérité, même si mon père préférait ne pas s'opposer frontalement au gouvernement, il ne refusait pas qu'on ouvre une bonne bouteille à l'occasion. De toute manière, l'ambiance avait tellement changé depuis son départ que les veillées familiales entre vodka et zakouski se faisaient hyper rares à l'appartement. Mes lèvres s'étirèrent dans un rictus désenchanté. Elle trinquait avec moi avant de descendre son verre d'un trait, à la russe. Je n'hésitai qu'un quart de seconde avant de faire de même. Il ne fallait pas me pousser beaucoup pour me motiver à lever le coude. L'alcool frelaté que je cachais dans les chiottes du personnel à l’hôpital m'avait laissé un goût de trop peu. Il me fallait bien ce franc cul sec pour apaiser mes angoisses et je la regardai remplir à nouveau nos verres avec une générosité inattendue. Si le geste ne pouvait que me plaire en toute occasion, ce laisser-aller avait quelque chose de désespéré, comme ses paroles le laissaient entendre. Comme si elle laissait tomber la bonne vieille Laura si raisonnable et si naïve, celle qui croyait encore que le petit Mikky était sous sa responsabilité. « Fous-toi de ma gueule... » Piqué, mon rictus se mua en vague grimace. J'ignorais si je devais me mettre à rire ou me foutre en rogne. Dans l'incertitude, je me contentai de la dévisager un moment, dans un silence emprunt d'amertume.

Elle me parlait d'un souvenir et je fronçai les sourcils en l'écoutant, sans savoir pourquoi elle me racontait ça. Le sourire rêveur qui s'afficha sur son visage avait l'air sincère et j'en fus déconcerté pendant un moment avant de tiquer à ses descriptions. Je regardai subitement ailleurs, troublé par ce brusque embarras qui m'envahissait. C'était pas du jeu de faire ça, de me balancer des trucs sur mon enfance, de me renvoyer à la face des images ridicules du gosse que j'étais. Dans un claquement de langue, je roulais des yeux avant de me résoudre à siffler mon deuxième verre de vodka. Je n'avais plus qu'à ronchonner à mi-voix. « Hé ben bravo, t'as des souvenirs hyper précis dis donc. J'avais de la morve qui me coulait du nez aussi ? La loose, t'aurais dû prendre une photo. » Elle me balançait ça pour me foutre mal à l'aise ou quoi ? Mais Laura paraissait trop plongée dans ses souvenirs pour réellement m'entendre, comme si elle revivait tout haut ce moment pour la première fois depuis un temps infini.

Je me résolus à me taire en l'écoutant me raconter la suite de cette anecdote, tout en manipulant mon verre vide entre mes doigts. Soudain, en écoutant ses mots, un flash me surprit malgré moi. Jusque là, je n'avais pas cherché à savoir de quoi elle parlait et pourtant, j'essayais cette fois de situer cet événement dans ma propre mémoire. Cette scène, ce moment où j'étais si désespéré et incapable de parler de mon drame à mon père, au point de m'enfermer dans ma petite chambre et me cacher sous mes couvertures. Il semblait bien que c'était de ce moment qu'elle parlait. Ce jour où un sale gosse m'avait volé un stylo qui appartenait à ma mère. C'était stupide, ce n'était qu'un bête stylo plume doré mais moi je croyais qu'il était en or. Et c'était le seul souvenir qui me restait de ma mère. Je n'aurais pas pu en parler à mon père. J'évitais  avec une extrême prudence le sujet de Ciaràn parce que j'avais l'impression qu'il était tabou et que si par malheur je lui faisais comprendre qu'elle me manquait, ça aurait été un affront pour Roman. Mon front se plissa un peu sous mon désarroi trop visible. « Oh... tu te souviens de ça ? J'pensais pas que... » Que ça t'aurait marqué.

En vérité, je ne gardais pas beaucoup de souvenirs de la période où Laura ne vivait pas encore avec nous. J'avais oublié pas mal de choses de ma petite enfance, je ne me souvenais quasi pas de ma vraie mère et j'avais totalement occulté de ma mémoire mon oncle et ce kidnapping dont j'avais été la victime. Un événement que Roman m'avait raconté assez récemment. J'avais oublié tout ça mais je me souvenais de l'anecdote de Laura. Je me souvenais qu'elle m'avait réconforté, que j'avais pu me confier à elle comme je me refusais à le faire auprès de Roman, qu'elle avait validé ma tristesse. J'avais plein de souvenirs avec elle, énormément de souvenirs. Elle s'était comportée avec moi comme une mère, mieux que ma mère, pendant vingt ans. Pourtant, ça ne l'avait pas empêché de m'abandonner sans jamais chercher à reprendre contact, exactement comme Ciaràn l'avait fait.

Je restai muet, le visage marqué par mon trouble avant de me pincer les lèvres en l'écoutant répondre enfin à mes questions. Il ne m'avait pas fallu grand chose pour délaisser mes résolutions et plonger à pied joint dans la mièvrerie. Quel con ! J'avais failli me laisser avoir par ces foutues émotions parasites qui n'avaient rien à faire dans l'instant présent. Je n'étais pas venu ici pour qu'elle me raconte des conneries sur mon enfance ou qu'elle me manipule à grand renfort de sentimentalisme. Me refusant à me laisser distraire par ses yeux humides, je soutins son regard, mes deux mains posées sur la table, mes doigts crispés contre le formica défraîchi. L'impatience, la culpabilité et l’exaspération se bataillaient dans mon cœur, le faisant battre un peu trop rapidement. L'incompréhension se marqua néanmoins dans mes yeux quand elle évoqua le danger de sa présence. Les questions se multipliaient dans mon crâne et j'essayais de les ordonner, me contraignant à ne pas céder à mon tempérament trop fougueux. Pourtant, quand elle s'enhardit à attraper ma main, ce fut la goutte de trop.

« Me touche pas ! »

Je la repoussai violemment, m'arrachant à elle en me relevant de la chaise trop brusquement, faisant tomber celle-ci sur le carrelage dans un grand fracas. Je reculai d'un pas, ma voix tonnant dans l'appartement, dans un accès de colère aussi inévitable que fulgurant. « J'suis plus un gosse, tu ne vas pas t'en tirer avec une justification aussi merdique. "C'est compliqué, Mikky, tu peux pas comprendre." T'es sérieuse ? » Mes poings serrés, je la dévisageai avec stupeur, dépassé par ma propre explosion. Je me sentais si indigné, si choqué par ses paroles que je n'arrivais plus du tout à me dominer. Exaspéré par mon manque de maîtrise, je me pris le front entre les mains, ramenant fébrilement mes cheveux en arrière jusqu'à joindre mes doigts dans ma nuque. Le front plissé, je sentais mes yeux me piquer atrocement. Je les fermais fortement dans un juron étouffé. « T'avise pas de me toucher, pigé ? Je sais ce que t'es, t'es une... putain de voleuse d'énergie hein ? » Ma voix se brisa dans un gloussement désespéré.

J'espérais encore que Lazlo se soit trompé, que j'aie mal compris ses paroles ou que par miracle je me sois tapé des hallu. Il m'avait averti que Laura n'était plus tout à fait la même et je n'arrivais toujours pas à y croire. J'attendais avec anxiété qu'elle me détrompe ou qu'elle confirme cette nouvelle menace qui planait sur la famille. La situation prêtait à rire tellement elle était ironique. Andreï m'avait déjà expliqué à quel point nous étions deux bombes à retardement lui et moi, il fallait bien qu'on nous en balance une troisième sur la tronche. Sans cesser de la dévisager, j'écartais doucement les bras, paumes en l'air, dans un geste de questionnement désinvolte. Un sourire de chacal accroché à la gueule, je feintais de prendre tout ça comme une funeste blague. En tout cynisme, ça l'était.

« Laisse moi résumer la situation : en gros t'as royalement décidé à notre place. T'as décidé qu'on pouvait pas te soutenir après les arènes, qu'on voulait plus de toi chez nous et qu'on était trop fragiles pour toi. Mais tu sais quoi Laura ? C'est vraiment des excuses de MERDE. »

Impossible que je reste calme. A ce dernier juron, je balançai un grand coup de poing dans un meuble vitré qui explosa sous le choc. Le verre écorcha ma peau et le sang s'échappa de mes doigts mais je ne le remarquai même pas. Je continuai sur ma lancée, la fixant droit dans les yeux.

« Tu te convaincs qu'on a refait nos vies alors qu'en réalité, c'est toi, c'est TOI qui l'as fait ! C'est plus pratique de jouer les victimes alors que c'est TOI qui veux plus de nous en réalité. »

Les jeux de l'arène étaient terminés depuis bien longtemps, elle aurait pu nous donner des nouvelles, elle aurait pu retrouver le chemin de notre appart. Moi j'avais tout entendu à la télé. Absolument tout. Ces façons d'évoquer le fait qu'elle n'avait que deux enfants. Cette manière de pouponner n'importe qui, au point que même les gars de son arène l'appelaient maman. Ce job qu'elle faisait auprès d'adolescents. Elle était la mère de tout le monde. Elle nous avait remplacé. Ou plutôt, elle avait remplacé Colin et Lizzie, parce que moi, je n'avais jamais été un fils pour elle. Pourquoi je m'énervais à cause d'elle, putain ? Elle n'en valait tellement pas la peine !

Je me frottais nerveusement le visage avant de poursuivre, déterminé à aller jusqu'au bout et à lui balancer ce que je pensais sans attendre. « T'as peur de quoi, que Roman se tape une autre meuf ? Mais bordel, même si c'était le cas, t'as encore deux gosses ! Tu crois quoi, qu'ils ont refait leur vie en se trouvant une autre mère ? Ils sont pas comme toi, à remplacer les gens au pied levé, tu sais ça ? » Ce genre de chose, ça me révoltait et je me sentais tellement mal à lui cracher tout ça que j'avais envie de dégueuler. Le fait d'être remplacé, comme si on pouvait jeter ses gosses comme de vulgaires déchets, sans aucune valeur. Lizzie et Colin ne méritaient pas ça. Quant à ma pomme, c'était même pas le propos. Je n'avais été qu'un jouet pour elle, elle n'en avait jamais rien eu à foutre de moi, en vrai. Le sang coulait le long de mes doigts, gouttant sur le sol, auprès des débris de verre qui jonchaient le carrelage. Mes yeux brillaient. Mon visage était livide. « Si tu ne veux plus jamais nous revoir, dis-le. Mais arrête, putain, arrête de mentir. »


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MessageSujet: Re: Hallelujah, you're home ~ Mikkel   Mer 5 Juil - 20:20


Elle a mal, elle étouffe. L’odeur piquante, acide et animale de l’énervement de Mikkel emplie la pièce. Lui soulève le cœur et fait vibrer l’énergie en elle. Elle se sent bizarrement en danger, la peur rampant sous tous les autres sentiments qui tourbillonnent trop vite dans sa tête. Elle ne sait pas quoi dire, quoi faire, pour lui faire comprendre sa situation. Alors, elle boit son verre de vodka, oublie le goût de cendres pour mieux savourer la brulure ardente de l’alcool de contrefaçon. Elle sent le liquide glisser dans sa gorge, réchauffer son œsophage puis son estomac. Elle sent qu’elle est vivante, l’ivresse ne viendra pas, elle le sait, ça ne l’empêche pourtant pas de l’espérer, quand les yeux glacés de Mikkel l’écrasent sous le poids d’une culpabilité lourde comme un trente-six tonne. Elle détourne le regard, honteuse. Honteuse d’avoir abandonné sa famille, honteuse de ce qu’elle ressent aussi. Le ressentiment est là. Présent, profondément ancré en elle. La joie d’avoir retrouvé son fils le supplante, la tristesse et la violence de ses retrouvailles aussi, mais il est là. Au fond, tapit dans ses entrailles, le sentiment vomitif qui pose sa lourde patte sur la culpabilité. Elle n’a pas le droit de leur en vouloir. Elle n’a pas le droit. Elle raconte son souvenir, ignore les piques de son fils, consciente sans le savoir qu’elle l’a fait mille fois. Qu’elle a l’habitude d’entendre le jeune homme lui répondre, qu’elle ne s’en formalisait pas plus que ça non plus, avant. Mikkel parle, son odeur se modifie légèrement, le rythme de sa respiration aussi. Elle relève les yeux vers lui, un sourire triste aux lèvres. « Comme si j’allais oublier le jour où tu as volé mon cœur. » Elle se rend compte de la stupidité de sa phrase. Elle a bien oublié la naissance de Lizzie et Colin, elle a bien oublié son mariage avec Roman, elle a bien oublié jusqu’à son nom d’épouse. Ses yeux se perdent dans le visage de Mikkel, si semblable à celui de Roman. L’espoir qui s’était légèrement relevé en elle, s’effondre quand elle prend conscience de son expression.

Non, il n’est pas touché, c’est à peine s’il est ému, la ligne dure de ses lèvres serrées lui rappelle son père sans qu’elle n’arrive vraiment à dire pourquoi. Elle tente de lui répondre, lui donne la vérité, sans toutefois parler de sa monstruosité. La réaction de Mikkel, épidermique face à son contact, créé un blanc dans son esprit. Elle voit la chaise tomber derrière lui tandis qu’il recule, le temps semble ralentir, tandis qu’elle voit chacun de ses mouvements, que la chaleur de sa colère l’étouffe, que la puissance de son rejet l’écrase. Elle reste sur sa chaise, le visage livide, les mains tremblantes. La voilà enfin. La voilà la scène qu’elle redoutait, celle qu’elle ne voulait jamais voir arriver. Mikkel est face à elle, les poings crispés, le visage dur, la colère et le dégout suintant de chacun des pores de sa peau. Dans un coin de sa tête, l’espoir s’accroche, peut-être que seule sa colère le pousse à s’éloigner ainsi d’elle. Il ne peut pas savoir, hein ? Et soudain, quelque chose la frappe dans l’odeur de Mikkel. Animal, musquée. Elle l'a retrouvé sur plusieurs personnes cette odeur en arrière-plan, toujours un peu camouflée par l’odeur de la personne, mais elle la connaît. Elle l’a sentie sur Solveig, sur Ange aussi. Ses yeux s’écarquillent sous le choc avant de se refermer durement. Les mots de son fils claquent dans le vide de son appartement. L’endroit est si peu meublé que sa voix résonne contre les murs. Elle se concentre quelques secondes sur ce vide. Le même que celui qu’est sa vie. Il sait. Elle n’a pas la force d’affronter ça. Elle s’avachit sur sa chaise, la tête basse, les larmes aux yeux. Il sait. Elle déglutit, écoute le souffle haché du brun, les yeux posés sur ses bottes qui vont et viennent dans le salon. Elle relève les yeux quand une sorte de gloussement étranglé sort de sa bouche. Il la fixe, avec quelque part au fond des yeux l’espoir de se tromper. Elle hoche la tête en signe d’assentiment, elle n’a pas la force d’ouvrir la bouche, encore moins celle de pousser l’air entre ses cordes vocales pour exprimer à voix haute la triste réalité. Oui, Mikkel, oui. Je suis un monstre.

L’expression sur le visage de Mikkel lui brise le cœur, broie ce qui fait d’elle une mère. Elle meurt d’envie de le serrer dans ses bras, de le rassurer, d’apaiser sa colère et la tension qui l’habite. Mais il reprend la parole. Il hurle, s’énerve, son poing s’abat sur un meuble qui n’a aucune importance, le verre transperce sa peau et le sang goûte. Du sang rouge, du sang si pleinement vivant, si beau. Elle jette un œil à ses mains, crispées sur ses cuisses, des mains qui ne saigneront plus rien d’autre qu’un sang noir. Elle ne parle pas, ne bouge pas, encaisse. C’est elle le monstre, elle le mérite après tout. Et puis, il appuie là où il ne fallait pas. La colère enfle, d’abord doucement dans son ventre puis de plus en plus fort tandis qu’il lui balance ce qu’il a sur le cœur. Elle se lève d’un coup et se plante devant lui. Juste devant lui. Leurs yeux lancent des éclairs, le souffle de Mikkel balaie son visage et elle inspire profondément. « Tais-toi. » Sa voix a claqué, ferme, dure, froide. « Tais-toi, Mikkel. » Elle recule d’un pas, les dents serrées, le cœur partagé entre la peine et la compassion d’un côté et sa colère froide et brute de l’autre. « Tu ne sais rien. Tu me dis que tu n’es plus un gosse pour ensuite te comporter très exactement comme l’un d’entre eux. » Elle ne crie pas pour le moment. Non, pas encore. « Est-ce que tu as la moindre idée de ce que tu racontes ? Non, bien sûr que non, tu as toujours tendance à parler trop vite, hein ? » Elle a les poings serrés, le corps tendu vers celui de son fils. Son tout petit. Son tout petit qui vient de se comporter comme un enfant. « J’ai passé la première année, à ne même pas savoir comment je m’appelais. La deuxième, j’ai décidé de partir de New-York, alors que presque tout le monde avait déjà fui. J’y suis restée parce que j’étais persuadée qu’il y avait quelqu’un, quelque part qui me cherchait. »

Elle inspire par le nez lentement. « Je suis sortie, dehors, toute seule, j’ai marché pendant des jours, seule. Quand je me suis fait attaquer, j’ai cru y passer. La fièvre m’a fait me souvenir de ton père. De toi. » Les souvenirs sont douloureux, elle n’aimerait mieux pas se souvenir de ceux-là. Elle commence à faire les cent pas, le corps tremblant. « Quand j’ai repris conscience, j’étais un monstre. As-tu la moindre idée de ce que ça peut faire ? » Elle sait qu’il le sait, qu’il a dû lui aussi se réveiller en étant autre chose. Ses yeux se voilent de larmes quelques secondes, elle n’avait pas pu être là pour lui quand il avait dû traverser cette épreuve. Mais la colère est plus forte. « Quand j’ai finalement mis le pied en ville… C’est grâce à Lazlo que j’ai pu avoir ça ! » Elle lève la main, montre l’appartement. « Je sais que tu le connais. » Ses yeux s’adoucissent quand il se pose sur son fils une nouvelle fois. « Mes souvenirs ne reviennent que lentement, par bride. Je ne me souvenais pas de Lizzie et Colin jusqu’à qu’on me parle de vous. Toi, par contre, ton visage me hantait. C’était mon seul souvenir, le premier que j’ai récupéré. » Le souvenir revient dans sa mémoire, le visage de son fils, sa colère grandiose face aux Peacekeepers, son visage dur, si beau. La dernière chose qu’elle a vue, la première chose dont elle s’est souvenue. Le visage flou de son fils dans sa mémoire, le visage flou de son bébé. De celui qu’elle avait choisi comme fils. Elle s’enlace, presse ses bras croisés contre sa poitrine pour retenir un frisson. « Si tu penses une seule seconde qu’il m’a été simple de rester loin de vous. » Sa voix monte, maintenant elle crie. « Je suis resté éloigné de mes enfants et de mon mari parce que j’étais terrifiée à l’idée de blesser l’un d’entre vous, Mikkel. » La simple possibilité qu’elle puisse se nourrir sur Lizzie, sur Colin ou sur Mikkel la pétrifie. Sa voix se fait blanche, son visage se ferme. « J’ai fait des choses horribles, fils, horrible. » Elle ne lui dira jamais qu’elle a tué. Le dégoût qu’elle lit sur son visage est déjà assez difficile comme ça. « Tu penses que je survivrais si je blessais ta sœur ? Ton frère ? Toi ? Tu penses que je pourrais vivre avec ça, hein ? » Elle tremble violemment. « Toi, toi qui te souviens de moi, est-ce que tu penses que j’y survivrais hein ? » Une nouvelle fois, elle montre son appartement d’un ample mouvement de bras. Un taudis, vide de presque tout, à peine meublé. « Tu as l’impression que j’ai refait ma vie quand tu vois ce à quoi elle résume ? » Elle frissonne. « Quant à ton père, je serais heureuse qu’il ait refait sa vie ! » Oh, le gros mensonge. Certes, une part d’elle préférerait savoir Roman heureux, il avait dû subir énormément de chose, après sa disparition. Mais la simple idée de son époux dans les bras d’une autre lui donnait des hauts le cœur. Elle se retourne attrape Mikkel par le bras et le force à rester face à elle. Elle brûle de colère, le corps tremblant. « Mais n’ose jamais, JAMAIS, dire que je n’ai pas envie de retrouver mes trois enfants. » Elle insiste bien sur le trois, Mikkel refusant apparemment d’entendre qu’elle le considère comme son fils. Tremblante de rage, elle lui tourne le dos et commence à ramasser les morceaux de verre.

La colère l’aveugle presque pourtant quand son regard tombe sur un gros éclat ensanglanté elle retombe comme un soufflet. Elle lâche les morceaux dans l’évier et attrape sa trousse de soin, qu’elle balance sans ménagement sur la table. Avant, elle aurait pu le soigner si facilement, ses mains se serait posé sur la sienne et la chaleur de sa magie aurait guéri facilement une plaie comme celle-là. « Assis-toi. » Elle lui jette un regard d’avertissement quand il ne bouge pas. « Assis-toi, Mikkel pour l’amour du ciel ! Je vais juste enlever les morceaux dans la plaie. » Oh, elle sait qu’il est en colère et il a le droit, mais elle aussi elle l'a. Elle sort la petite pince à épiler et commence à retirer les bouts de verres de la plaie. Sans toucher son fils, ses doigts volent au-dessus de la blessure, la petite pince cherchant les éclats encore enfoncés dans la chair. « Bois.» Elle lui indique son verre d’un hochement de tête et reprend son exploration. « Tu sais, moi aussi, j’aurais pu être en colère. Vous avez quitté New-York sans moi. » Elle sert les dents, pour contenir ses larmes. « Vous êtes partis en me laissant là-bas et quand je suis finalement arrivé ici, j’ai été jeté dans une arène. Je ne savais même pas si vous étiez réel. Après tout, personne ne semblait me connaître nulle part. Peut-être que j’avais inventé un mari et des enfants imaginaires. Peut-être que j’avais rêvé. » Elle déglutit et retire un morceau particulièrement gros avec délicatesse. « Puis, dans l’arène et après, Shae m’a expliqué que vous étiez bien réel. Mais entre-temps, j’avais déjà eu la visite d’un paquet de gamines qui se faisait passer pour Lizzie. Mikkel, après l’arène, je suis resté trois semaines sans sortir. » Elle détourne le regard, honteuse de sa faiblesse, de la façon dont elle avait laissé ces évènements l’engloutir. « Je ne veux pas me faire plaindre, mais je n’ai pas eu la force de prendre le risque d’affronter la réaction que tu viens d’avoir. » Elle inspire, repose la pince et tend à son fils une compresse imbibée d’alcool et une bande. « Panse ta plaie. Alors oui, j’ai été lâche et j’espère qu’un jour, vous réussirez à me pardonner, mais je ne peux pas prendre le risque de vous blesser. »

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MessageSujet: Re: Hallelujah, you're home ~ Mikkel   Sam 5 Aoû - 0:58


« Either way I’ll cry with the rest of them »

Laura & Mikkel
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Le petit garçon avait entouré le cou de Laura de ses bras, le sourire était revenu sur son visage encore baigné de larmes. C'était vraiment dur pour lui de faire confiance à quelqu'un, il avait peur d'être abandonné à nouveau. Mais c'était différent avec Laura. Avec elle, il sentait qu'il pouvait être lui-même sans avoir peur qu'elle le laisse. Il se sentait si heureux de l'avoir rencontré.

Les émotions du passé revenaient par vagues. Je luttais contre elles, me raccrochant à cette colère qui rendait mon visage livide, tant la nausée me soulevait le cœur. Je n'étais qu'un gosse abandonné quand Laura avait fait irruption dans ma vie. J'avais perdu ma mère. Et en voulant la retrouver, en acceptant de suivre mon oncle, j'avais trahi mon père. Il n'y avait que Laura en qui j'avais pu me confier à l'époque. Ce n'était qu'une gamine d'une vingtaine d'années, elle était sans doute bien trop jeune pour devenir la mère de substitution d'un môme de six ans. Mais elle avait pris cette responsabilité. Pourquoi, pourquoi elle m'avait fait croire ça ? Elle m'avait fait croire que j'étais spécial pour elle. Mais non. Elle était juste comme ça avec tout le monde, je n'étais pas spécial. Je n'étais rien du tout. Tant de personnes dans ce monde ont des problèmes de confiance parce que les gens disent "je serai là pour toi" et fuient ensuite, dès que les choses commencent à tomber en morceaux. Je n'avais pas envie que Colin et Lizzie se tapent ce genre de traumatisme. Arrête de mentir, Laura, arrête de me faire croire que t'en a quelque chose à foutre.

Je ne savais même plus exactement ce que j'espérais en venant la trouver dans cette vieille baraque moisie. Qu'elle me prouve que je m'étais trompé ? Qu'elle m'explique qu'elle ne nous avait pas vraiment abandonné ? Je me raidis à ses paroles, ne sachant pas si elle allait me foutre dehors, sans même qu'on ait pu discuter. Elle me traitait de gosse maintenant ? « J'me tairai si j'veux. » Voilà, merde. « Et je serai un gosse si je veux, aussi d'ailleurs, t'as vu ? » Fallait pas me provoquer. Ma voix résonnait trop fort dans le petit appartement aux murs si nus. J'avais envie de tout foutre en l'air, de démolir tout ce qui me tombait sous la main, sans chercher à rien savoir, emporté par le tourbillon de ma colère. En me frottant si nerveusement le visage, je m'étais maculé les joues de mon propre sang qui s’échappaient de mes doigts. Je n'avais pas envie de l'écouter, pas envie de l'entendre me raconter des mensonges. Pas envie de me laisser submerger par la peine de la voir là, si fragile et triste, recroquevillée sur sa chaise. Mais Laura était debout à présent, dressée devant moi à me parler et me parler encore. Je relâchai un soupir, le front plissé, sans pour autant me résoudre à l'interrompre. Même si j'avais voulu balayer ses mensonges en pestant et crachant, je me contentais de rester là, à boire ses paroles sans la quitter des yeux, tous les muscles de mon corps tendus dans l'attente.

Je la regardais faire les cents pas dans la petite cuisine, ma nuque raide et le cœur battant. Mes paupières cillèrent quand elle m'interpella de sa voix tremblante mais je me refusais à prononcer quoique ce soit. Que dire face au drame qu'elle avait vécu en se faisant transformer en monstre ? Je fronçais les sourcils sans répondre. Elle m'apprenait que c'était Lazlo qui l'avait installé dans cet appart et je jetai un regard hagard autour de moi, voyant les dégâts que j'avais causé dans une légère moue. Je ne la regardais plus, la colère ayant laissé place à une profonde tristesse. Quand elle haussa le ton, je tressaillis légèrement, mes yeux se tournèrent à nouveau vers elle et je la vis trembler. Sa question concernant son misérable logement me fit hausser les épaules, désemparé. J'avais envie de dire plein de choses mais les mots se bousculaient dans mon esprit sans réussir à s'ordonner. Trop de colère face à l'horreur de sa situation, trop de rage face à ma propre douleur. Les lèvres pincées, mon visage restait obstinément fermé et ce ne fut qu'un grognement qui m'échappa quand elle attrapa soudainement mon bras. Cette fois, je ne cherchais plus à la repousser, ignorant comment j'avais envie de réagir, ne sachant même plus quoi penser. Ma colère se mêlait à la peine, mon cœur battait trop douloureusement dans ma poitrine. Dans mes yeux brillait une lueur vacillante. Celle de l'espoir qu'elle dise vrai, qu'elle ait réellement eu envie de nous retrouver. Un espoir ridicule. Est-ce que mon visage était réellement le premier souvenir à lui être revenu en mémoire ?

Restant silencieux, je ne repris mon souffle que lorsqu'elle me relâcha. Je déglutis, la suivant du regard alors qu'elle s'affairait à ramasser les débris de verre. Ce ne fut qu'après une poignée de secondes de silence que je lui répondis enfin, d'une voix sourde. « Il faut bien que quelqu'un ose les choses, non ? J'en sais rien si t'as envie de revoir tes trois... enfin tes gosses. » Je me raclai la gorge. « Et rien à voir avec le luxe de ton appart, p'tain, y'a pas que le matériel dans la vie hm, on refait sa vie de multiples façons. Mais la question n'est pas là. » Et où était la question d'ailleurs ? Je m'embrouillais un peu avec toutes ces interrogations et je la fixai d'un regard malheureux et désemparé.

Est-ce que je devais la croire ? Pourtant, je sentais bien les accents du mensonge dans le ton de sa voix. Heureuse que Roman refasse sa vie, hein. Peut-être que c'était à elle-même qu'elle mentait le mieux. Pendant une seconde, j'hésitai à foutre le camps, me retourner et prendre la porte de ce misérable taudis pour aller prendre l'air. Mais non. C'était pour connaître son état d'esprit et ses intentions que j'étais venu la trouver. Il fallait absolument que je prenne sur moi, que je me force à respirer et écouter encore ce qu'elle avait à me dire. Écouter en me forçant à ne pas l'interrompre. Ma fierté me hurlait de ne pas obéir à son invitation à m'asseoir, prononcée si sèchement. Nos regards se rencontrèrent. Le mien fulminait. Je relâchai un juron à mi voix sous son insistance. En deux pas nerveux, je m'exécutai avec humeur, me laissant tomber brutalement sur cette foutue chaise qui grinça un peu sous ma violence. « Si t'as envie d'me charcuter, fais toi plaisir, au point où on en est ! »

Lui abandonnant ma main, je posai mon front dans un profond soupir contre mon autre bras replié, posé contre la table. Elle ne me faisait pas vraiment mal, sa douceur était même assez choquante dans l'ambiance si violente de notre conversation. Soulevant un peu ma tête, je risquai un regard dans sa direction, l'observant à la dérobée, le visage à demi caché contre ma manche. Elle paraissait si attentive, si sérieuse dans son opération, concentrée à me soigner sans me toucher, comme pour être certaine de ne pas me faire de mal. Je ne pus retenir cette bouffée d'affection de me gonfler le cœur, me donnant presque envie de chialer. Elle m'avait manqué et si je m'en rendais cruellement compte, je savais que je ne devais pas, je ne devais vraiment pas me laisser aller. J’accueillis son injonction suivante dans un haussement de sourcil. Comment refuser un ordre pareil ? Saoule-toi la gueule Mikkel. Oui maman.

Je me redressais donc pour ramasser mon verre et le boire un peu trop docilement, tandis qu'elle reprenait, de sa voix si triste. La pince à épiler farfouillait dans ma chair et je grommelais quelques protestations de douleur, à mi-voix, entre deux gorgées de vodka. « Aie... On a quitté New York sans toi, mais hé aie... T'avais disparu, tu voulais qu'on fasse quoi ? Et ouais je sais bien pour l'arène. Tu crois que ça m'a plu de te voir à l'écran alors que j'croyais que... C'était tellement horrible de te voir souffrir.» Ma voix s'étrangla à ces dernières paroles que je prononçai plus faiblement. Croisant le regard de Laura qui continuait à parler, je me contentai d'une légère grimace alors qu'elle terminait d'ôter ce gros morceau de verre. Je posai les yeux sur la compresse qu'elle me tendait avant de ramener ma main vers moi et l'examiner, d'un air vaguement boudeur. Je secouai un peu la tête, reculant pour m'adosser à ma chaise avec lassitude. « J'ai pas besoin de ces trucs... » La fixant un moment dans une moue, je laissai planer quelques secondes de réflexion avant de regarder à nouveau ma main. La plaie commençait déjà à se refermer. Au moins, elle ne le ferait pas avec des morceaux de verre encore coincés à l'intérieur... L'envie de lui confier ma nouvelle nature m'effleura sans que je ne puisse m'y résoudre. Qu'est ce qu'elle en avait à foutre de toute façon.

« T'as été lâche ouais, on va dire ça. » Ma voix était basse, moins brutale mais toujours chargée de rancœur. « Si Lazlo m'avait pas donné ton adresse, je suppose qu'on se serait plus jamais revu, puisque t'as pas la force de prendre des risques. Mais ouais, c'est lui qui m'a dit où tu étais et ce que t'étais devenue. » Je fronçai les sourcils en la dévisageant. « Ne lui reproche pas ça, ok ? Il me l'a dit parce qu'on est potes depuis longtemps lui et moi et que lui au moins, c'est pas un foutu cachottier. » Je regrettai aussitôt cette attaque qui sous-entendait que Laura en était une, me mordant les lèvres. La culpabilité et la colère se bataillaient dans mon crâne. Sans parler de cette peine qui me labourait les entrailles.

Dans un soupir, je tendis le bras pour remplir nos verres de vodka, dérisoire tentative de retrouver une certaine contenance. J'évitais son regard un moment, me concentrant sur les verres. « T'as pas rêvé, Shae t'a dit la vérité. Au fait, cette meuf là, elle postule aussi pour être ta nouvelle gosse ? Nan parce que ton fan club m'a l'air assez peuplé. A croire que j'étais juste que le premier d'une longue liste de gosses adoptifs. » Je m'interrompis, dépassé par mes propres mots. A croire que j'étais juste qu'un parmi d'autres. A croire que j'avais aucune réelle importance. J'avalai une gorgée de vodka. « Pas étonnant qu'une ribambelle de gamines paumées aient accouru dans l'espoir d'être recueillies par la maman la plus célèbre du moment. » L'alcool commençait à avoir de l'effet sur mes émotions et m'encourageait à me livrer un peu trop. Ta gueule Mikkel. Mes yeux s'arrêtaient sur les siens. « Si t'étais en colère, t'aurais dû venir nous passer le savon du siècle. Bordel, t'avais qu'à venir casser la baraque, je sais pas moi, t'imposer ! C'est chez toi ou pas ? C'est ta famille ou pas ? On est tes gosses ou pas, merde ? Enfin eux...»  

Rejetant ma tête en arrière, je me passais les mains sur le visage avant de rester là, à fixer le plafond fissuré. « Ça aurait chié, c'est clair mais après... on aurait pu s'expliquer. Moi j'étais en taule au moment où t'as disparu. J'étais en froid avec mon père à ce moment là, j'sais pas si tu te rappelle, je vivais plus avec vous depuis un moment déjà et je lui avais plus parlé depuis près d'un an. Roman est venu me voir en taule, le jour de mon annif, et t'étais pas là. Il a fallu qu'il m'explique que t'étais introuvable. Les gosses étaient paumés et lui aussi. Et j'pouvais pas lui dire tout ce que je savais sur toi, moi. Parce que ouais, ouais, j'en savais des choses depuis un bout de temps, et je me la fermais. J'ai l'impression de garder les secrets de tout le monde dans cette fichue famille. » Je retrouvais son regard, le front lourd de tourments avant de me décider à poursuivre dans un soupir. « Je savais que t'avais des pouvoirs. Et j'avais aussi appris que tu participais à la résistance contre le gouvernement. Du coup... j'ai attendu d'être sorti de taule pour te chercher. Mais à ce moment là, c'était la panique, on croyait tous que c'était la fin du monde et qu'on allait tous crever... J'ai cru que t'étais déjà morte, que la milice t'avais tuée comme tant d'autres résistants. Alors, même si Roman et moi on ne s'entendait pas, on était tous les deux d'accord sur la seule chose importante à faire : mettre les gosses à l'abri à la Nouvelle-Orléans. Voilà pourquoi on a fini par quitter New-York. J'pense que Roman espérait quand même que t'aies réussi à t'en sortir toi aussi. Il espère toujours. » Ma voix devenait un peu trop rauque. J'avais beaucoup parlé, la vodka m'y aidait un peu trop. Il fallait que je lui explique. Il fallait qu'elle comprenne. Je ne voulais pas qu'elle croit que je l'avais abandonné, moi. Ni Roman.

S'il avait été seul, mon père serait resté à New-York pour continuer à chercher Laura, j'en étais certain. Peut-être qu'il l'aurait retrouvée et qu'elle n'aurait pas été contrainte de se retrouver seule, dans le froid et le blizzard, à affronter les morts vivants. Peut-être qu'elle ne serait pas devenue ce... monstre. Mon visage redevint plus pâle à cette pensée pendant que je la dévisageais. Elle était donc vraiment devenue une voleuse d'énergie, comme Andreï ? Je connaissais bien cette malédiction, grâce à lui, je savais  à quel point elle était horrible. Est-ce que la douce Laura aurait vraiment été capable de commettre des actes aussi terribles ? Je n'arrivais absolument pas à l'imaginer. Pourtant, la façon qu'elle avait eue de me l'avouer m'avait filé des frissons d'effroi. Je n'osais pas lui demander plus d'explications sur les choses qu'elle avait faites et qui la rendait aussi terrorisée. Ma voix devint moins rude, plus basse, pleine d'incertitude et de cet indicible espoir alors que je la dévorai du regard. « Est-ce que c'est uniquement la peur qui te bloque ? De blesser... Colin et Lizzie ? Est ce que ce n'était pas une de ces excuses bidons, est-ce qu'elle ne se cachait pas derrière cette crainte en prétendant qu'elle craignait de nous blesser ? Est-ce qu'elle avait réellement envie de nous revoir ? De me revoir... ?



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MessageSujet: Re: Hallelujah, you're home ~ Mikkel   Jeu 28 Sep - 19:01


Elle avait retenu un rire quand, avec l’air bravache de l’enfant qu’il était encore, il lui avait dit qu’il se tairait s’il le voulait. Un rire léger, le rire d’une mère face à l’impertinence de son enfant, car, l’espace d’une seconde, elle l’avait vu. Elle l’avait vu, avec quinze ans de moins, lui répondre de la même façon après qu’elle lui ait demandé de se taire et d’arrêter d’embêter son petit frère. Elle avait retenu un rire, dans sa colère, dans sa peine, parce qu’il avait encore ce pouvoir-là sur elle. Ils avaient probablement tous encore le pouvoir de la dérider dans ses pires moments. C’est ce que fait la famille, elle vous aide à surpasser toutes les horreurs de la vie. Elle vous fait rire quand vous avez envie de hurler, de pleurer et de détruire toutes les assiettes du buffet à vaisselle. Et pour quelques secondes, elle s’était revue, dans son ancienne vie, imparfaitement parfaite. Elle s’était revue dans son rôle de mère, de béquille sur laquelle on pouvait s’appuyer, d’épaule sur laquelle pleurer, de voix qui calme et chasse les cauchemars quand vient la peur du noir. Dans son rôle de tutrice, qui crie quand il le faut, qui punit si le besoin s’en fait sentir, mais qui sait toujours, toujours, quand une bêtise est un appel à l’aide.
Malgré les réminiscences, la colère et la peine avait tout embarqué sur leurs passages et elle avait, pour une fois, laissé les mots sortir. Une fois son discours terminé, elle avait pu se calmer, laisser sa colère retomber et elle avait pris le temps d’observer le désastre que son fils avait créer. Les éclats de verre qui jonchait le sol firent remonter un souvenir, encore un. Impossible de savoir auquel de ses enfants le petit pied blessé avait appartenu, mais elle se souvient de la panique dans la voix de Roman, de ses excuses et du calme dont elle avait su faire preuve, un sourire avait effleuré ses lèvres quand le souvenir était parti rejoindre ceux qu’elle avait déjà récupérer. Accroupie, des éclats de verre plein les mains, elle avait levé les yeux, plantant son regard droit dans celui désemparé de son fils. Son pauvre petit semblait au bord de la crise de nerfs, elle avait une fois de plus pris le temps de se repaitre de ses traits, de s’envelopper dans la douceur de son visage. Le morceau de verre ensanglanté qu’elle tenait entre ses doigts avait fini sa course dans la poubelle et elle s’était empressée de prendre de quoi soigner son fils. « Mes possessions matérielles n’ont rien à voir avec le fait que j’ai refait ma vie, en effet. Est-ce que tu vois la moindre chose personnelle dans cette maison ? Est-ce que tu vois quoique ce soit qui puisse faire penser que cet appartement est habité par autre chose qu’un robot ? » Elle inspire profondément, avançant lentement jusqu’à la poubelle. « Je n’ai pas de vie, Mikkel. Je n’ai pas de vie, parce que ma vie n’est pas censée se passer ici. »

Elle soupire quand ses doigts se serrent autour de la trousse de soin et se retourne vers Mikkel. « Tu peux oser tout ce que tu veux, rien ne changera ce que je ressens pour vous trois. » Son expression s’adoucit l’espace d’un instant et elle pose les yeux sur lui. « Si on t’empêchait de voir tes frères et sœur, si TU t’empêchais de les voir de peur de les blesser, dans quel état serais-tu, hein ? » Elle sent inconsciemment qu’il est proche des petits. Une fois de plus, elle pleure sur ses années qu’elle a manquées. Ces années, qu’elle ne pourra jamais rattraper, que le monde lui a volé. Elle retient un sourire quand elle croise son regard furibond. Bien sûr, qu’il déteste recevoir des ordres. Elle a l’impression qu’elle l'a croisé à de nombreuses reprises ce regard noir. « Arrête de faire l’enfant, si je ne les retire pas, ce sera pire. » Tandis qu’elle s’affaire sur la plaie, elle l’observe du coin de l’œil, notant son visage enfoui dans sa manche et les regards qu’il lui lance à la dérobé. Son tout petit est un étranger et bien qu’elle ne se souvienne pas des faits, son cœur lui hurle qu’il est sien. Qu’il est à elle aussi sûrement que tous les enfants sont à leurs mères. Elle écoute ses explications, la gorge serrée, le cœur lourd.

Elle sait qu’il a raison, qu’ils sont partis parce qu’ils n’avaient pas d’autre choix, qu’ils devaient fuir la vague de froid comme tout le monde. Elle le sait, mais ça n’empêche pas la rancœur, d’avoir été abandonnée, d’être cuisante. Les mots qu’il prononce après lui brise le cœur. Ses yeux croisent ceux de son fils et elle déglutit difficilement. La voix de Mikkel se brise et son cœur explose. « Tu n’aurais pas dû regarder… J’aurais donné tout l’or du monde pour t’épargner ces images… Je suis tellement désolée, que tu ais eu à subir ça… ». Elle imagine son fils, ses trois enfants devant le poste et un frisson la traverse. « Je… Colin et Lizzie ne les ont pas vues, n’est-ce pas ? » Elle réfléchit, quelques secondes. « Non, je suis bête, ils n’ont pas vu, sinon ils seraient ici, avec toi, je suppose. » Elle soupire un peu quand il refuse, consciente qu’il n’en a, en effet pas besoin. Elle fixe la plaie qui commence déjà à se refermer. « J’avais cru comprendre ça, oui. » Elle ne dit rien de plus, ne pose pas de question, s’il a envie d’en parler, il le fera. Un jour, éventuellement, quand ils auront laissé le temps réparer le mal qui a été fait. À son tour, elle s’assoit et remplis leurs deux verres vides. Elle avale une gorgée de vodka, sans plaisir, et l’écoute.

La rancœur de son fils lui brûle les veines. « Je l’ai été, je l’admets. Mais je préfère être lâche que prendre le risque de commettre un infanticide. » Elle passe la main dans ses cheveux en soupirant. « Mikkel, arrête un peu deux minutes, tu veux ? » Elle pose les mains à plat sur la table. « Tu m’aurais revu, Lizzie et Colin aussi, et même Roman s’il en avait eu envie. Vous m’auriez tous revu. » Elle inspire profondément. « Je ne comptais pas rester hors de vos vies jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je voulais juste… Apprendre à me maîtriser complètement avant de vous revoir, c’est tout. » Elle esquisse une grimace amère. « Mais peut-être qu’à trop vouloir vous protéger, je vous blesse plus que je ne vous aide. » Elle s’adosse contre sa chaise, lasse de la tempête émotionnelle qu’est devenue sa vie. Une part d’elle, minime mais présente, regrette encore un peu d’avoir sauvé cette colombe, de l’avoir suivi. Sa vie aurait été beaucoup plus simple, si elle était morte comme elle l’avait prévue. Elle n’aurait pas à vivre avec la culpabilité de la mort de Richard, avec la tristesse et le ressentiment d’avoir été abandonnée, avec le traumatisme de l’arène. Elle n’aurait pas eu cette conversation avec Mikkel, n’aurait pas eu à souffrir de sa rancœur. Mais elle n’aurait pas non plus eu la chance de voir ce qu’il était devenu, à quel point il était beau. Ses yeux se perdent une fois de plus sur son visage. À quel point il était fort et courageux d’être venu ici, affronter une situation douloureuse, dans l’espoir de préserver les plus jeunes de sa fratrie. Elle était si fière de voir qu’il avait cette force en lui. Un sourire étire ses lèvres quand il évoque Lazlo. "Pote" le mot est faible, en tout cas d’un des deux côtés. Elle sait, sans qu’il ait eu besoin de lui dire, à cause de sa nature et de ce qu’elle lui fait faire, que pour Lazlo, Mikkel est bien plus qu’un simple ami. « Je ne lui en voudrais pas, ne t’en fais pas. Je devrais plutôt lui être reconnaissante… » Elle ne relève pas la fin de sa phrase, se contentant de lever les yeux au ciel, l’entêtement de son fils lui donnant presque envie de rire.

Elle le regarde remplir leurs verres. Elle devrait être gênée, de boire comme ça avec l’un de ses enfants. Mais, elle ne sait pas s’ils auraient, tous les deux, survécut à la conversation sans un petit coup de pouce. Elle s’étouffe à moitié sur sa gorgée de vodka quand elle entend la suite. « Quoi ? Mon fan-club ? Shae ? » Elle tousse et se reprend du mieux qu’elle peut. « Mais qu’est-ce que tu vas t’imaginer à la fin ? » Elle est estomaquée qu’il puisse croire, ne serait-ce qu’une seconde qu’elle cherche à les remplacer. « Shae, je… Tu as conscience qu’elle a traversé la même épreuve que moi non ? Tu as conscience qu’elle est jeune et qu’elle était tout aussi perdue que chacun des membres de mon groupe ? N’est-ce pas ? » Elle inspire lentement. « Mikkel, je me suis rattachée à la seule chose que je savais faire. Je me suis rattachée à la seule chose que je sais posséder, même en ayant oublié que j’avais des enfants. J’ai pris soin d’eux parce que si je ne l’avais pas fait, je me serais probablement jeté du haut à la moindre occasion. » Les yeux perdus dans le vague, elle se rappelle du froid. « J’avais besoin de me sentir utile pour ne pas avoir l’impression d’être un poids mort. » Elle soupire quand il parle des jeunes filles qui sont passé la voir. « Tu parles, elles ne sont venues que parce qu’elles voulaient se donner le frisson du risque. Ouah, une des survivantes des arènes, si on n’est pas sage, on pourrait finir comme elle. » Elle agite ses mains mimant la terreur, avant d’avaler une nouvelle gorgée de vodka. « Je n’ai adopté qu’un enfant, Mikkel. Je n’ai pas assez de place pour un autre que toi, ta sœur et ton frère, que ça te plaise ou non. » Elle tourne la tête vers lui, l’écoutant calmement déversé son incompréhension et sa colère. Ses mots la frappe de plein fouet.

Oui, elle aurait pu. Elle aurait pu rentrer en courant à la maison, si elle avait su où se trouvait la maison. Elle aurait pu revenir la rage au cœur, si elle n’avait pas tué Richard. Elle aurait pu crier sa colère d’avoir été abandonnée, si elle n’avait pas pris le risque de détruire l’intégralité de l’appartement avec son ombre, de dévorer l’énergie vitale de Lizzie, de Colin, de Roman ou la sienne. Elle aurait pu, bien sûr. Si le monde avait été plus simple, elle l’aurait fait. Elle serait rentrée en courant dans l’appartement, la rage au ventre et de la colère plein les yeux. Elle aurait engueulé Roman pour l’avoir abandonné et ils auraient pu discuter, elle aurait repris sa place au sein de son foyer. Mais, elle ne peut pas, pas encore. Elle ne peut pas prendre le risque de s’endormir dans son lit et de se réveiller avec le cadavre desséché de Roman à ses côtés. « Vous êtes ma famille, Mikkel. Vous êtes mes enfants. » Elle prend le temps d’appuyer sur le pronom. Il semble douté de l’amour qu’elle lui porte et la simple idée qu’il puisse penser qu’elle ne le considère pas comme son enfant la blesse. Il est sa chair au même titre que Lizzie et Colin.

L’idée de son tout petit en prison lui brise le cœur. « Je… Tu as été en prison ? Le premier souvenir que j’ai récupéré, celui que j’avais de toi… » Elle ferme les yeux, le cœur lourd, sa perte de mémoire n’avait même pas pu protéger son bébé. « Tu étais en train de te battre avec des Peacekeepers et… C’est tout ce dont je me souviens, puisque quelqu’un m’a frappé par-derrière et que c’est à mon réveil que mes souvenirs commencent. » Elle soupire, le cœur lourd. Elle ne lui dira pas qu’il s’agit de Lazlo, elle se doute bien qu’il n’a rien du dire au brun et elle comprend très bien pourquoi, la simple idée que Mikkel puisse apprendre la vraie raison de son amnésie lui fait froid dans le dos. Il perdrait son meilleur ami et Lazlo perdrait bien plus. Quand il lui explique qu’il était en froid avec son père, l’idée, lui brise le cœur. Elle ne se souvient pas de ça, pourtant elle devrait, elle ne se souvient pas de la distance entre le père et le fils. Elle ne se souvient pas d’à quel point cette situation avait dû être douloureuse pour Roman. Elle imagine sans mal la situation dans laquelle Roman a dû se trouver, le jour de l’anniversaire de son premier fils, dans une prison, à lui annoncer que sa belle-mère venait de disparaître. Elle imagine aussi la situation dans laquelle son fils devait se trouver. « Je suis désolée que tu ais eu à garder des secrets si lourd, fils… » Elle soupire. « Et plus que tout autre chose, je suis désolée d’apprendre que tu as passé ton anniversaire en prison. » L’idée de son tout petit, seul dans une cellule le jour de son anniversaire lui broie les tripes. Ses sourcils froncés et l’expression de profonde tristesse qui habite son regard lui brise le cœur. Sa phrase suivante ravive une lueur dans son esprit. « J’avais des pouvoirs ? Tu veux dire comme ceux qui peuvent faire de la magie ? Je me souviens de quelques choses étranges, que je ne comprenais pas, ça expliquerait certaines d’entre elles. » Elle se tait, consciente de l’interrompre et le laisse terminer. « Est-ce que j’étais au courant que tu savais pour la résistance ? » Elle a du mal à s’imaginer demandant à son fils de garder son secret, mais l’idée n’est pas si saugrenue. Il est grand et suffisamment mature pour supporter ce genre de chose, pourtant elle regrette l’espace d’un instant qu’il ait eu à porter ce poids.

Elle soupire, ferme les yeux, les imagine tous. Ils fuient la fin du monde, cherchent un asile où ils pourront s’installer et recommencer à zéro. Elle les comprend. Elle sait que si la situation avait été inversée, elle aurait fait la même chose. Elle aurait abandonné Roman, le cœur en miette, mais avec la certitude de faire le meilleur choix. Elle se prend la tête à deux mains et soupire quand Mikkel lui apprend que son mari espère encore. « Tu sais… Je comprends vraiment pourquoi vous l’avez fait et je sais, que si la situation avait été à l’inverse, j’aurais fait comme ton père. Vous avez toujours compté plus que tout pour nous. Je suis fière de voir que vous avez fait passer la sécurité des petits, avant tout. » Elle déglutit et frotte son front. « Je sais, fils. Je sais, que vous n’avez pas voulu me laisser derrière, mais que vous n’aviez pas le choix. » Elle tend la main et la pose sur le coude de Mikkel. Elle avait besoin d’entendre ça. Elle avait besoin d’être rassurée autant que lui. Elle avait besoin de savoir qu’il n’avait pas voulu la laisser. Qu’ils l’avaient fait par nécessité. Elle serre doucement sa main, lui apportant, elle l’espère, un peu du même réconfort que ses mots viennent de lui offrir. Pourtant, elle retire rapidement sa main quand le visage de son fils blanchi. Il est toujours effrayé, bien sûr. Il a raison de l’être, mais la vision de sa frayeur lui serre le cœur. Une fois de plus, elle s’enlace elle-même, puisqu’il ne le fera pas. Elle serre ses bras autour de sa poitrine, cherche en elle-même le réconfort qu’il ne peut lui offrir. La question qu’il lui pose lui tire un sourire triste. « Je sais à quoi tu penses… Oui, je suis monstrueuse. » Elle ne cache pas ce qu’elle pense de sa condition.

« Je suis effectivement un monstre, mais j’essaie de faire de mon mieux pour ne pas me comporter comme tel. » Elle soupire et penche la tête en arrière, ses yeux tombe sur les éclats de sa tasse qui repose désormais au bord de l’évier, un reniflement lui échappe. « Je bois du thé parce que j’ai l’impression que ça me rattache à mon humanité, alors que tout à goût de cendre. » Elle se laisse aller en avant, les coudes sur les genoux, le regard fixé sur ses pieds, refusant de regarder son fils dans les yeux. « Je maîtrise ma faim… Pas encore assez pour m’autoriser à prendre le risque de m’autoriser à dormir en compagnie de quelqu’un. » L’épisode avec Lazlo lui tire une grimace. « Mais je ne suis pas un danger tant que je fais attention. Je… » Elle inspire profondément, autant être honnête jusqu’au bout. « Je ne me nourris que sûr… De mauvaises personnes, dirons-nous. Notamment sur un proxénète qui n’habite pas très loin d’ici. Il ne le sait pas, mais je me nourris de lui à chaque fois qu’il m’appelle pour soigner l’une de ses filles. Ça me permet de protéger des jeunes filles trop jeunes pour ce qu’elles font et de ne pas m’attaquer à d’innocentes personnes. » Elle soupire. « J’essaie du mieux que je peux de ne pas faire de mal, mais certains des pouvoirs que je possède me font froid dans le dos et j’essaie de les comprendre de mon mieux, pour ne pas prendre le risque de faire du mal. Je m’entraîne aussi pour pouvoir me défendre. Vous défendre également. Pour pouvoir reprendre ce que j’avais commencé. »

Elle relève les yeux et plante son regard dans celui de Mikkel. « Et j’en crève, chaque jour, de devoir rester loin de mes enfants alors que Shae m’a dit qu’elle pouvait me mener à vous, me mener à ton père, à toi. J’en crève chaque jour, de savoir que je ne peux pas m’autoriser à vous voir alors que je n’ai qu’une seule envie, celle de vous retrouver. » Elle se rassoit correctement et croise les jambes, des larmes plein les yeux. Elle se mord la lèvre inférieure et tourne la tête vers le placard. La récompense qu’on lui a attribuée à la sortie des arènes. Elle se lève lentement et va chercher la petite boite de chocolat. Elle n’a pas encore osé les tester, espérant tristement qu’ils marcheraient, consciente qu’ils n’étaient probablement rien d’autre qu’un énième mensonge du gouvernement. « J’ai eu droit à ça, de la part d’un des ministres, après ma sortie de l’arène. Ils sont censés annihiler mes pouvoirs, chacun d’eux devrait durer une heure. » Elle soupire et jette la boite sur la table. « Mais ce n’est probablement encore qu’un mensonge de la part de ces pourris. Ils contiennent probablement une sorte de poison qui doit tuer les montres comme moi. » Elle se rassoit, veillant à conserver une certaine distance entre eux. « À mon tour de poser ma question Mikkel. » Elle pose ses deux coudes sur la table et pose son menton dans ses mains. « Est-ce que tu as envie de me revoir ? Je veux dire, est-ce que malgré tout ça, tu trouves toujours que je devrais tenir mon rôle de mère, pour ton frère et ta sœur ? Pour toi aussi, si tu en as envie, tu en as jamais eu envie d’ailleurs ? Est-ce que tu penses que je devrais prendre le risque et avaler la boite entière pour pouvoir passer la journée avec vous ? Est-ce que tu prendrais le risque de laisser un monstre trainer près de tes frères et sœurs ?» Elle inspire profondément et plante son regard dans celui, si beau, de son fils. « Parce que je suis prête à le faire. Je suis prête à tout pour retrouver ma famille. »

[HRP] Désolée pour le temps d'attente mon Bebeh, maman sera plus rapide la prochaine fois, c'est promis ! J'espère que tout te vas, n'hésite pas a passer par Skype ou par MP si il te manque quoique ce soit et puis : Bon anniversaire en retard, choupette ♥️ ! Vraiment désolée de pas te l'avoir souhaiter en temps en heure [/HRP]

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MessageSujet: Re: Hallelujah, you're home ~ Mikkel   Lun 16 Oct - 18:18


« Either way I’ll cry with the rest of them »

Laura & Mikkel
featuring

Le soleil s'était couché dehors et la pénombre qui envahissait l'appart insalubre de Laura le rendait encore plus glauque. Les doigts crispés contre le verre de vodka, je laissai mon regard s'éparpiller dans la petite pièce, si pauvrement meublée. C'était vrai qu'il n'y avait rien de personnel ici, aucune photo, aucun objet décoratif, aucun souvenir. Les murs nus à la peinture craquelée semblaient pareils à la mémoire de Laura. Morcelée. Une veste de femme rappée était accrochée à un clou, de vieilles ballerines posées dans un coin et aucune vaisselle sale ne traînait dans l'évier. De bien pauvres éléments pour une enquête mais qui ne laissaient pas présager que qui que ce soit d'autre ne vive ici. Je n'avais plus fait de commentaire à ce sujet mais je n'étais pas prêt pour autant à me laisser convaincre si facilement. Laura aurait très bien pu refaire sa vie sans que ce soit visible dans la déco de son appartement, qu'est ce que ça me prouvait ? Muré dans mon entêtement, la méfiance restait inscrite dans mon regard métallique.

Laura avait tenté de me contraindre à me mettre à sa place, comme si l'angoisse de blesser Colin ou Lizzie aurait pu m'empêcher de les voir. Je n'avais pas répondu à sa question, la laissant me soigner, une expression butée sur mon visage. Mes rapports avec eux n'étaient pas les mêmes de toute façon, c'était pas du tout comparable. Moi j'étais pas leur mère, j'étais que leur connard de demi-frère qui ne rentrait au bercail que pour lancer quelques vannes, bouffer et dormir. C'était pas comme si on était proches ou qu'on se faisait des confidences tous les soirs. M'enfin, j'étais là, j'étais revenu vivre avec eux. Parce que c'était ma famille, parce que je voulais les soutenir, au moins par ma présence. Et essayer de leur éviter les emmerdes en veillant sur eux autant que possible. Ce soir, je me persuadais que si j'étais venu voir Laura, c'était pour eux, uniquement pour eux.

Les images des Forgiven days avaient été tellement violentes. Pourtant, la loi exigeait que tous les foyers soient pourvus d'une télé, on obligeait les gens à mater ces jeux sanglants et toutes les autres conneries sur la propagande gouvernementale. Roman avait eu du mérite de réussir à éviter toutes ces images, autant à la maison qu'au boulot. Et il nous avait répété ses sermons tous les soirs au moment des jeux, nous faisant promettre de tout faire pour ne pas regarder, histoire de pas nous bousiller le cerveau. Colin et Lizzie avaient obéi, pour lui faire plaisir et puis aussi peut-être parce qu'il n'étaient pas rebelles de nature contre l'autorité paternelle. Ni curieux. Ni vicelards. Pas comme moi, sans doute, moi qui étais happé par la télé tous les jours, sans que je puisse faire autrement, comme un drogué aux images, hypnotisé par l'écran. D'habitude, je regardais surtout la télé pour me marrer, puis aussi pour faire chier Roman. Mais au moment des jeux, lorsque j'avais reconnu des gens que je connaissais, ce n'était plus la simple curiosité qui me motivait, c'était l'angoisse. L'angoisse indicible de voir Lazlo errer dans ce désert, en proie à la chaleur et à la soif, attaqué par ces monstres des sables. Le désarroi et l'horreur de voir ces gens souffrir et mourir les uns après les autres. La mort de Vaas avait été la première à me tétaniser et puis, j'avais assisté au comportement suicidaire de Lazlo, à ses dernières paroles insensées à Grayson. Mais la stupeur s'était ralliée à la détresse quand j'avais eu l'incroyable surprise de reconnaître Laura parmi les participants. A sa voix brisée, je m'étais rendu compte de son inquiétude et j'avais secoué négativement la tête. Non, Colin et Lizie n'avaient rien vu. « Roman les a empêché... »

Je gardai ma main blessée contre moi, dans une moue farouche. Non, j'avais pas besoin de ces saloperies de compresses. Elle avait cru comprendre ? Je fronçai les sourcils d'un air défiant. Bien-sûr que non, elle ne comprenait rien. Comment elle le pourrait ? J'imaginais mal qu'elle ait pu deviner l'horreur de la malédiction dont j'étais atteint. Mais au moins, elle admettait sa lâcheté. Et je roulais des yeux quand elle évoqua le risque d'infanticide. C'était bien pratique de se cacher derrière cette excuse mais j'étais pas prêt à gober tout ça si facilement. Heureusement qu'il y avait la vodka, bordel, je me rattrapais là-dessus, essayant d'anesthésier cette douleur qui me ravageait. Tout en buvant, je restais attentif à ses paroles, sans en délaisser aucune. Ses arguments pouvaient tenir la route, elle aurait en effet pu préférer attendre de se maîtriser avant de nous revoir... Elle reconnaissait également que son désir de nous protéger ne nous privait pas d'être blessé, quoiqu'elle fasse. Je notais tout ça sans vraiment faire de commentaire, réservant toujours mon jugement. La tristesse rendait ma rancune tenace et corrompait peut-être mon objectivité. Pendant un moment, je ne savais plus quoi penser. Devant moi, Laura souriait en me rassurant au sujet de Lazlo. Elle ne lui en voulait pas de m'avoir dit la vérité à son sujet. A voir la façon dont elle exprimait sa reconnaissance envers lui, j'eus l'impression qu'elle l'aimait beaucoup. Peut-être bien que lui aussi, elle le voyait comme un fils. Je soupirai, buvant cul sec mon verre de vodka. « Il savait même pas qu'on était... de la même famille, toi et moi. Bref. S'il l'avait su, c'était pas grâce à elle, tiens. Laura avait beau dire, elle ne parlait de moi à personne. Et je me souvenais bien l'avoir entendue parler de ses enfants dans l'arène. Elle avait cité Colin et Lizzie et c'était tout. J'oubliais que le son de ma télé déconnait, parfois.

Mes yeux commençaient à briller à cause de l'alcool que je buvais trop vite. Mes sarcasmes avaient eu l'air de la troubler et je lui renvoyai un sourire cruel de chacal fouteur de gens. Les réactions de Laura me donnaient envie d'exploser d'un rire douloureux, un rire colérique et agressif pour étouffer mon chagrin. Pauvre Shae si jeune et naïve, ben tiens. Une pauvre jeune fille perdue avait la larme à l’œil et la brave maman venait aussitôt à son secours, c'était ça ? « Oh ça va, elle a dépassé la trentaine bien tassée c'te meuf hein, t'as quoi, trois ans de plus qu'elle ? Sérieux, faut que t'arrête de jouer les garde chiourmes à la fin. » J'avais jamais trop regardé la tronche de Shae de près, en vrai – il fallait dire que je ne regardais pas les meufs en général - et j'avais rien contre cette fille mais les réponses de Laura ne faisaient qu'attiser cette jalousie désespérée qui me tordait les boyaux. Et cette idée persistante ne cessait de tourner en boucle dans mes pensées, dans mes émotions, celle que je n'étais rien... rien pour Laura. Rien du tout. Dans le flou de mon esprit, je ne savais pas si ses explications me permettaient de mieux la comprendre. Mais j'étais quand même sensible au fait qu'elle communique avec moi, qu'elle se montre sincère, qu'elle essaie de m'expliquer... Dans un haussement d'épaules à ses réparties concernant son fan club, mon sourire se fit plus las, moins chargé de cette nervosité agressive. Le frisson du risque hein ? Qu'est ce que les ado pouvaient être chiants, putain. « La loose. » Pendant quelques secondes, je fus troublé et décontenancé par sa façon de me répondre, de me dire qu'elle n'avait adopté que moi, d'insister sur le fait que j'étais aussi son enfant. La tête rejetée en arrière, je me frottai le visage des mains pour chasser l'excès de sensibilité qui m'habitait. Peine perdue.

Je me lançai alors dans ce discours tourmenté avant de chercher à nouveau le regard de Laura. Elle semblait abattue par ce que je venais de lui apprendre et je me mordillai les lèvres. Sans répondre immédiatement à ses questions, je terminai mes explications, rapidement suivies par de nouvelles interrogations de Laura. Sans doute que j'avais trop parlé, évoquer autant de choses difficiles m'avait épuisé. Si je me contraignis à lui répondre, ce fut d'une voix atone, sans réussir à faire de longues phrases. « Pour la taule, ça fait longtemps déjà. On s'en fout. » En vérité, ces moments restaient toujours inscrits dans mes souvenirs avec force, mon séjour en prison avait été sacrément flippant. Et sans ce vieux taulard, ce Shane qui m'avait protégé des autres, sans doute que je me serais fait buter. Pourtant je n'avais pas compris l'origine de ce souvenir étrange qu'elle avait retrouvé et je secouai la tête, un peu paumé. « Nan, tu dois te tromper, t'étais pas là quand j'me suis fait pincer... » En tous cas, je ne l'avais pas vu. Je fronçai les sourcils, touché par ses mots malgré moi. Et à la fois, courroucé contre moi-même d'être si tragiquement sensible aux moindres paroles bienveillantes de Laura. Je restais vigilent et sur la défensive, lui offrant des réponses courtes dans un soupir, sans lui faire l'honneur de développer plus que ça. « Des pouvoirs, ouais. Et ouais, t'étais au courant que je savais pour la résistance. Peu importe. T'en fais plus partie maintenant. » Ou bien si ? Je l'épiai du regard, haussant les épaules en l'écoutant me dire qu'elle nous comprenait. C'était vrai cette salade ?

Je me sentais vidé et je me contentai de la regarder se prendre la tête dans les mains, ses yeux fermés, sans savoir comment me comporter. Ce fut elle qui vint vers moi et la douceur de sa main contre mon bras me fit me tendre, comme un animal sauvage. Je ne bougeai pas, restant sur mes gardes, la fixant d'un regard désemparé. Ma réaction, sans doute trop clairement effrayée, la fit reculer et j'en conçu une vive douleur, mon cœur se serrant si fort que j'en suffoquai silencieusement. Je l'écoutai, toujours incapable de rien dire, soutenant son regard si franc. Le mien était chargé d'angoisse, sans que je sois désormais capable de cacher mes émotions, bien trop vives. Elle se trompait sur la nature de ma peur, bien lourdement. « Tu ne sais rien. » Dis-je d'une voix basse. Elle ne me regardait plus, à présent. Et j'en profitai pour reprendre un verre de vodka, histoire de m'occuper les mains. Je connaissais la nature des voleurs d'énergie, Andreï n'avait plus aucun goût pour la nourriture et les boissons, lui non plus. Mais si mon grand-père n'avait pas l'air d'en souffrir, Laura exprimait son désir de se rattacher à son humanité d'une manière si triste que je ne sus que dire.

Imaginer Laura "dormir" avec quelqu'un était assez embarrassant et je me rinçai rapidement le gosier avec une large gorgée de vodka. Sans l'interrompre, j'écoutai ses confidences mais je ne pus m'empêcher de tiquer quand elle évoqua le proxénète sur lequel elle se nourrissait, pensant aussitôt à Isak, le seul mac que je connaissais. Mais il devait y avoir d'autres bordels clandestins que le little darling en ville. Je reconnaissais assez Laura, dans cette tentative de choisir ses proies parmi les salauds, pour rendre sa damnation un peu moins monstrueuse. Je hochai doucement la tête. Si elle s’entraînait, c'était cool, ce qu'elle m’apprenait était positif et permettait d'entretenir l'espoir qu'elle dise vrai et qu'elle envisage réellement de revenir auprès de ses gosses. La gorge nouée, je préférai faire abstraction de ce sois disant désir de nous protéger. Seuls ses derniers mots me firent réagir et je les répétais avec une intonation incrédule. « Ce que t'as commencé ? »

Mais Laura enchaînait déjà, me reparlant encore de cette vieille Shae – encore elle, j'en roulai des yeux – pour insister sur la douleur d'être privée de nous voir. Ses larmes me passèrent l'envie de rétorquer quoique ce soit. Je dodelinai de la tête, me frottant songeusement le menton jusqu'à suivre la direction de son regard. Voilà qu'elle allait chercher un truc dans son placard et je la regardai rapporter une drôle de petite boite qu'elle jeta sur la table. Je la ramassai avec curiosité pour l'ouvrir et apercevoir enfin les chocolats qu'elle contenait. Les portant à mes narines, je les humai, sans réellement repérer la présence d'un poison quelconque. « Pourquoi il t'a fait ce cadeau, ce foutu ministre ? Ouais c'est bizarre... » Je ne voyais pas pourquoi les gens du gouvernement l'aideraient mais à la fois, je me souvenais bien de ce drôle de médicament qu'on avait fait livrer à Lazlo par la poste aérienne, en l’occurrence un canari voyageur - ou une chouette, je ne savais plus trop mais merde, j'étais pas spécialiste en volatile moi. Quoiqu'il en soit, ce médoc venait de la part d'un docteur du Colloseum et il avait été très efficace. Je le savais puisque j'en avais pris moi aussi et grâce à ça, Lazlo et moi, on s'était senti beaucoup mieux, pendant tout le reste de la soirée. « Le seul moyen de savoir, ce serait d'essayer. » Je haussai les épaules, sans être néanmoins certain que je devrais l'y encourager.

Elle s'était à nouveau assise en face de moi et je notai le soin avec lequel elle restait à bonne distance. Abandonnant la boite de chocolat sur la table, je cillai à sa question. J'hésitais à la façon de lui répondre alors qu'elle continuait à parler, et la suite de ses mots me heurta, comme un coup de poignard. Comment ça pour moi aussi, si j'en avais envie. Genre quoi, c'était bon, elle lâchait l'affaire ? Genre, "Oh bon ok, je serai ta mère, Mikky, s'tu veux, genre pour le délire t'sais, mais s'tu veux pas, c'pas un souci, lol". Putain mais merde quoi ! Je me frappai le front de la paume dans un juron, avant de me redresser précipitamment, faisant grincer ma chaise sur le plancher. « Bon, arrête avec tes histoires de monstres, j'commence à en avoir plein le cul là. » Lui renvoyant un regard lourd, je me mis à faire les cents pas dans la pièce. Sacré Mikkel, toujours aussi vulgaire, même avec sa mère. D'habitude avec elle, je me retenais un poil mais là, ouais, j'en avais raz la frange de ces drames. La vérité, c'était que je commençais à ne plus pouvoir contenir mes émotions, je sentais mes mains trembler et je les coinçais sous mes aisselles, croisant les bras, le front plissé par cette tonne d'incertitude et de peine. Si je veux, putain de merde. Bien-sûr que oui, je voulais qu'elle revienne à la maison, je ne voulais que ça ! Colin et Lizzie seraient tellement heureux et ne parlons même pas de Roman... En plus, je pourrais enfin me libérer de ce lourd secret que je leur cachais, depuis que je savais que Laura était en vie.

Maintenant que je connaissais toutes les raisons de sa disparition et du fait qu'elle n'ait pas repris contact avec nous, il fallait que je prenne une décision. Pour eux, rien que pour eux. Mon regard balaya la table où se trouvaient les chocolats et je pestai à mi-voix. J'étais pas sûr du tout de lui imposer ce risque. Et si elle bouffait ces saloperies et qu'elle s’empoisonnait ? « Non. » Je répondis tout haut, d'un ton trop sec à mes propres interrogations avant de retourner mon regard explosé vers elle. Je secouai aussitôt la tête, embrouillé dans ma façon de lui répondre et conscient de ne pas être clair. Ce n'était pas à la possibilité de la revoir que je refusais...

Lentement, je fis quelques pas vers elle, accroché à son regard. Et dans une impulsion, je me penchai pour attraper ses mains. « Allez. On va pas tortiller du cul pour chier droit. » Dans un profond soupir, je cachai mon émotion par un sourire insolent alors que je serrais ses mains plus fort. C'était peut-être dangereux mais malgré mon impulsivité habituelle et le fait que je ne prenais pas du tout le temps d'y réfléchir, j'étais sûr de moi. Plus certain que  c'était possible de l'être. Et la vodka n'y était pour rien, même si elle colorait mes joues un peu trop fort. Ma voix était enfin plus douce alors que je m'adressais à elle. « Pour les médoc, j'peux pas décider à ta place. Possible qu'ils soient efficaces, j'ai déjà testé des trucs assez cool qui venaient du gouvernement donc why not. Mais j'te propose autre chose. » Mes prunelles vacillaient malgré moi derrière ma si belle assurance alors que j'avais devant moi les yeux bleus de Laura, encore chargés de ses larmes. « Faut que tu t’entraînes. T'as raison d'le faire et c'est ça l'plus important. J'sais pas si t'as quelqu'un pour t'y aider en dehors de ce mac que tu bouffes, là... au fait, c'est qui ce mec ? » Je me baissai devant sa chaise, sans lâcher ses mains, accroupi devant elle. « T'sais, j'suis solide. Si tu me prends de l'énergie, j'en souffrirai pas. » Pas tant que ça. Du moins, je le supposai, parce que ça m'était encore jamais arrivé, Andreï se dominait très bien et jamais il ne se serait servi sur son petit fils, aussi connard soit-il. Je fronçai le nez. Elle avait pas intérêt à refuser mon offre. Je hochai la tête pour insister. « J'suis pas comme avant, j'ai changé, Laura. J'suis devenu autre chose moi aussi. Et ça me rend plus fort, plus solide. Toi aussi, tu verras la différence si t'essaies, j'suis sûr. » Est-ce qu'elle serait plus facilement rassasiée si elle se servait sur un métamorphe ? J'en savais trop rien, vu que j'avais jamais tenté ça avec Andy. En tous les cas, mieux valait qu'elle se fasse les dents sur moi, plutôt que sur les gosses.

«Entraîne toi à résister sur moi. » Parce que j'ai envie de te revoir. «J'ai pas peur de toi. » J'ai peur de m'attacher à toi. «T'es la mère de Lizzie et Colin, ta place est près d'eux. » J'ai peur d'aimer. «Moi j'suis plus un gosse, t'en fais pas. J'me suis toujours débrouillé tout seul, va.» Moi j'ai besoin de personne, moi j'suis indépendant, moi j'ai pas d'attaches, moi je suis qu'un... sale con égoïste.

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