AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 La Danse de Mardi Gras ♦ Joseph

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 800
↳ Points : 391
↳ Arrivé depuis le : 14/02/2017
↳ Age : 26
↳ Avatar : Golshifteh Farahani
↳ Age du Personnage : 35 ans
↳ Métier : Femme de ménage
↳ Opinion Politique : Méprise de plus en plus le Gouvernement et ses agissements, sans pour autant s'intéresser à la Résistance
↳ Niveau de Compétences : Niveau 3 général - Niveau 1 en détection des mensonges - Niveau 2 en influence sur les animaux/Skinchangers
↳ Playlist : Eivør - Í Tokuni / The Pogues - Turkish Song of the Damned / Crywolf - Stomach It / Big Bad Voodoo Daddy - Save my Soul / Skillet - Monster / Five Finger Death Punch - Wrong side of Heaven
↳ Citation : Can you feel the way your face distorts, did you think that it could be this way? As you're growing out of my control, will you watch me as I fade away ?
↳ Multicomptes : Saskia E. Amberly
↳ Couleur RP : #66FF99



les petits papiers
↳ Copyright: Cornel
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: La Danse de Mardi Gras ♦ Joseph   Lun 6 Mar - 0:19


« Mardi Gras, baby. Mardi Gras. Time when all manner of weird shit cuts loose and parties down. »

 
Joseph & Moriah
featuring

Mardi Gras. Étrange qu'il tombe le 28 février cette année, amusant, peut-être, même. Moins amusant que le costume étalé sur son lit, acheté sur un coup de tête et retapé à grands coups d'aiguille enfoncée dans les doigts et d'yeux pleurant d'être collés au tissu, de lessive et d'air, de fous rires solitaires. L'an dernier, la date est passée dans un mirage, ignorée, refus de se montrer, d'affronter la liesse et la joie, la musique et l'obstination à suivre a tradition. Cette année, elle compte bien y prendre part, fenêtre grande ouverte laissant entrer les sons de la rue, instruments s'accordant et bruissement des conversations accompagnant ses gestes tandis qu'elle lutte contre le monstre dans le miroir et se maquille. Les gestes restent familiers, sa peau est presque saine, nécroses dissimulées là où nul ne les verra, tête se redressant de cette certitude et étincelle orgueilleuse reprenant possession de son regard. Il y en a qui critiqueront son costume, mais tant pis, il est trop parfait pour ne pas le porter, il a l'écho de la voix d'Aslan, du rire d'Aram quand elle lui a raconté l'anecdote, nostalgiques tandis que le pinceau trace une ligne délicate autour de ses yeux avant d'être délaissé, mascara appliqué à sa suite, épaississant plus avant ses cils, abandonné à son tour au profit du reste des produits. Fond de teint, voile de blush et de poudre pour s'assurer de la survie de la porcelaine qu'est devenue sa peau, et de nouveau la concentration, monstre laissant place à l'humaine. Tracer les lèvres, soigneusement, prendre le pinceau délicat, se détacher de son image le temps de la couvrir de cire colorée avant de le laisser glisser le long de ses lèvres, le geste familier, réconfortant. Mordre un kleenex, recommencer le rituel, infliger une nouvelle morsure au coton blanc, imaginer si c'est à ça que ressemble la morsure d'un zombie avant de rire, poudrer sa bouche, si légèrement. Le visage qui croise son regard est sien l'instant où elle se permet de le dévisager, avec ses yeux accentués et sa bouche écarlate, le visage qui lui a tant manqué. Un jour... un jour, il sera sien de nouveau, éternellement, et l'idée lui tire un nouveau sourire, ses accents presque sinistres.

Le reste se fait vite. Passer le costume, ajuster la jupe, le corsage, tirer les manches qu'elle y a ajoutées, agrafer la cape, cou s'étirant en un geste machinal, fuyant le contact avant de s'y résigner. Elle s'y fera, comme elle s'est faite aux foulards, doigts courant le long de la soie couleur d'été avant de se concentrer sur les chaussures. Une bourse pendant à la ceinture, documents et autres nécessités glissés dedans, clefs gardées à la main le temps de refermer les fenêtres et de verrouiller derrière elle. Elle n'est pas seule à célébrer Mardi Gras, voisin croisé dans l'escalier, costume de Beetlejuice admiré comme il se doit, son costume attirant les compliments attendus en retour. Aucune surprise, elle sait qu'elle est belle, que les couleurs lui vont à la perfection. Elle le sait aussi parfaitement qu'elle sait que le personnage lui sied, idole d'enfance qu'il est. Il n'empêche. Ils sont son dû, acceptés comme tel, âme se regonflant de ce retour à la normalité. Elle pourrait presque en oublier la plaque noirâtre dissimulée sous son sein. C'est la seule qui soit un tant soit peu notable encore, une perfection qu'elle n'a pas atteint depuis si longtemps... Elle en est fière. Elle ne compte pas faire la chasse aux perles, de toutes manières, s'engageant dans les rues bondées à la place, cœur léger et pas déterminé, s'immisçant entre les vêtements colorés, mains dansant pour échapper aux hectares de peau dévoilés, esprit concentré sur sa destination seulement. Le Voodoo Museum, ça fait longtemps qu'elle n'y est pas allée. La dernière fois, elle avait une main dans laquelle nicher la sienne, une voix pour se moquer d'elle et de sa crainte de tout ça. Elle se force à croiser le regard du propriétaire à la place, indifférente aux autres corps autour d'elle, colorés, déguisés. Il y a des histoires, sur le musée, sur ceux qui le visitent à cette date. Histoires fausses, bien sûr. Les monstres existent, la magie aussi, mais tout ça n'est que du vent, un argument commercial, rien qui n'a besoin de nouer son estomac comme il se noue lorsqu'elle se saisit de son entrée. Ce ne sont que des rumeurs stupides, elle n'est là que par curiosité. Certainement pas parce qu'elle se demande si tout ça est vrai, certainement pas parce qu'une part d'elle espère, se demande si elle pourrait ôter ses manches sans avoir à craindre d'effleurer un membre dénudé. Il faudrait être stupide pour y croire.

Elle n'est pas assez stupide pour ça, et elle ne jalouse pas ceux qui y croient, non non, absolument pas, frisson glacé s'infiltrant le long de sa colonne vertébrale tandis qu'elle entre dans le bâtiment même, piqures d'yeux avides dans son dos leur faisant écho, créant comme un vertige. Des sons distordus dans ses oreilles, ses doigts se perdant dans ses jupes, s'y agrippant alors qu'elle avance, plus vite, pas se précipitant, fuyant. Il y a quelque chose, quelque chose qui la chasse, quelque chose qu'elle doit fuir, regard parcourant les lieux et les visages. Elle ne reconnait rien, crainte montant dans sa gorge, pieds s'emmêlant le temps d'un tour sur elle-même, manquant la précipiter au sol, larmes montant à ses yeux. Il faut fuir, se cacher, là où nul ne la trouvera, là où aucun miroir ne pourra la poursuivre, là où elle sera en sécurité, loin de la jalousie de la reine, avertissement résonnant toujours le long de ses tympans. Fuyez. Elle a fui. Si loin qu'elle se trouve loin de tout, entièrement perdue, dans ce bâtiment dépourvu de sens, au milieu de ces gens étranges, cœur battant la chamade. Une main s'y plaque, ses épaules se redressent, timidement, dents se refermant sur sa lèvre alors qu'elle se décale, s'éloigne de la masse de corps, de l'odeur étrange des objets colorés qu'ils mangent. Rien qui ressemble à du pain, ou à un gâteau au miel. Rien qu'elle reconnaisse. Ses doigts continuent de masser son sein, rassurés par le tambourinement qu'ils perçoivent, la preuve que l'organe est toujours là, en sécurité, à sa place. Elle ne prête pas la moindre attention aux objets exposés, ne voit pas la main à la chair desséchée et brunie sembler s'animer. Elle sent juste la pression autour de sa gorge, si soudaine, panique envahissant son esprit, genoux se dérobant sous elle et la projetant durement au sol, ses mains se précipitant vers son cou pour tenter de déloger l'assaut, supplique lui échappant alors qu'elle lève un regard implorant vers les passants. Ils vont lui venir en aide, surement ? Aussi étranges qu'ils sont, ils doivent être de bonnes gens, surement ?

"Je vous en supplie... A l'aide..."


La pression ne cesse pas, larme échappant à son œil, suivie de ses sœurs. Respirer devient un exercice difficile, une lutte, brulure se formant au fond de ses poumons. S'il vous plait...
   

   

_________________
bless my darkness, bless my light
You are the darkness that made me this way, I lost my soul in your skin  tones
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4351-i-will-not-let-a http://www.mercy-in-darkness.org/t4382-timely-order-moriah

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1082
↳ Points : 163
↳ Arrivé depuis le : 23/01/2017
↳ Age : 24
↳ Avatar : Tom Hardy
↳ Age du Personnage : 33 ans.
↳ Métier : Souteneur pour la Niflheim.
↳ Opinion Politique : Je me satisfais de la transgression des règles.
↳ Niveau de Compétences : Niveau général, 2 - Sarcasme, 8
↳ Playlist : MARILYN MANSON - Coma Black, A Place In The Dirt, The Fight Song --
RAMMSTEIN, Feuer Frei --
KORN, Freak On A Leash ; Right Now ; Punishment Time, Somebody Someone --
LA CANAILLE, La Colère --
IMAGINE DRAGONS, Shot.
↳ Citation : « I am not loved. I am not a beautiful soul. I am not a good-natured, giving person. I am not anybody's savior. »
↳ Multicomptes : Non.
↳ Couleur RP : #990000



les petits papiers
↳ Copyright: Code signature : XynPapple
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: La Danse de Mardi Gras ♦ Joseph   Mer 8 Mar - 23:02

« Un costume pour Mardi Gras ? Ah si si, j'en ai plusieurs. Oui, tu sais, dans mon armoire à malice, d'ailleurs je tape dedans pour les soirées travelo au Little, je te l'avais pas encore dit ? » dis-je d'un ton évident, railleur. Les grands yeux bleus de Maisy sont amusés, sa main s'écrase sur mon bras. Les dizaines de corps nous entourent, la foule se masse ici et là, abandonnant parfois sur son sillage un morceau de bitume vide d'individus. Ils se pressent les uns contre les autres, ne font qu'un malgré leur densité, et je passe un bras autour de ses épaules, camouflées par une tignasse épaisse et sombre. Papillonnant, je laisse mes yeux courir ici et là, s'arrêter sur un visage, un signe distinctif, une silhouette, une activité. L'odeur emblématique et un peu grasse du maquillage se mêle à celle de la nourriture, omniprésente dans les rues du quartier. Les couleurs sont vives, les visages heureux et l'on distingue au loin la mélodie de la parade. Et, au fond, c'est un peu trop calme à mon goût. Trop frais, trop doux. L'atmosphère est doucereuse, presque étouffante, mais je reste muet. Guidé par le corps de Maisy qui s'avance avec assurance et scinde la foule, j'en profite pour laisser traîner mes sens, les éparpille tout autour de moi. Une voix rauque, une flagrance amère, un maquillage outrancier. La sincérité de ma dégaine me met mal à l'aise et je me sens complètement nu face à tant d'individus grimés.

Je pénètre lentement dans le local à costumes spécialement mis à disposition, critique. Je jauge les vêtements bon-marchés, suis Maisy sans un mot, les lèvres pourtant brûlantes. Les réponses à ses questions se limitent à quelques grognements impatients, avant que je lui assure mon désir de me farder. Être un autre, le temps de quelques heures – le souhait grandit dans ma poitrine, m'incite à m'activer. Les doigts passent sur quelques morceaux de tissus brillants, lisses, épais, rêches, sans jamais trouver leur bonheur. Un instant après ma nouvelle résolution, l'espoir s'envole déjà en un volute de vapeur et s'évanouit dans le magasin. « Je peux vous aider ? Venez voir notre sélection pour couples ». Le visage ridé qui se tourne vers moi est souriant, ses cheveux sont courts, d'un châtain fade. Elle ressemble à un vieux crapaud, mais ses yeux sont rieurs et affables. Elle ne m'arrache pourtant pas un sourire, et je bute sur le mot. Couple. Non, ça n'est pas ce que vous croyez, me justifié-je intérieurement ; nous ne sommes pas en couple. Pas vraiment. C'est plus une histoire d'une nuit, qui s'étale sur plusieurs nuits, puis sur plusieurs jours, voyez-vous ? – rien à avoir avec un couple, en somme. Je marche sans motivation dans ses pas et la gratifie d'un grognement rauque. Elle se tourne vers moi, tout près de costumes pendus qui n'ont pas attiré mon attention plus tôt, et me dévisage. Presque aussitôt, son œil brille d'un éclat étincelant, amusé, et elle extirpe de la masse de vêtement un costume d'homme bleu et jaune, que je reconnais immédiatement. La Belle et la Bête. Ma sœur m'a toujours comparé à la Bête, et je grimace : « Non, je ne pense pas... Je ne pense pas qu'il m'irait, il doit être trop juste au niveaux des..., commencé en portant la main à mes épaules. Et puis, ça n'est pas vraiment le costume de la bête, c'est un simple prince... » dis-je finalement, peu convaincu.

Le regard vibrant d'une lueur folle, assombri comme le ciel durant l'orage, la vieille femme agrippe la manche de ma veste et me tire vers elle, d'une force insoupçonnée. Ses lèvres s'approche de mon visage et se glissent près de mon oreille, si proche que son souffle s'écrase sur ma peau et m'arrache un frémissement. « La bête ne se voit pas... Chez vous, elle est à l'intérieur. Camouflée par les ombres. »
Tapie dans la chaleur de mes entrailles, elle tourne en rond comme un lion, se faufile avec l'aisance d'un serpent, rugit comme un monstre. Le corps tendu par une sueur glacée, je déglutis, mal à l'aise, le visage toujours incliné vers elle, avide d'en entendre davantage. Pourtant, ses yeux noisette sont rieurs, aimables. J'ai du rêver. J'ai rêvé. Mais la sueur s'intensifie, coule le long de ma colonne vertébrale, me remue le ventre. Comment sait-elle ? Qu'a-t-elle senti ? Une main se pose sur mon bras, provoque un violent sursaut de ma part, et je fixe le visage de Maisy sans le voir. Reprends-toi. Reprends-toi. Elle ne doit se rendre compte de rien. La salive ne coule pas dans ma gorge, et j'ai la bouche sèche, mais je marmonne : « Oui, j'ai... seulement hâte de profiter de la journée, j'ai sûrement faim. On devrait se dépêcher. »

« Vous savez, la Bête ne sera réellement délivrée que lorsqu'elle aura épousé sa B...
- Oui, dis-je sèchement, et arrache les vêtements de ses mains ridées. Tout le monde connaît cette histoire idiote. »

Les rayons du soleil s'allongent dans la rue, dorent les visages, illuminent les costumes. La robe jaune étincelante de Maisy m'aveugle, et je ne lui accorde presque aucun regard. Pas parce qu'elle me brouille la vue, mais parce que je n'ai subitement pas envie de la regarder. Ses cheveux remontés dans sa nuque, lourds et brillants, ses beaux yeux bleus, cette robe de princesse... La bête ronfle de rage au fond de mon ventre. Je ne l'ai pas vraiment contemplée dans le magasin, ni depuis que nous sommes sortis. J'ai passé ces vêtements absurdes, qui me siéent finalement plutôt bien, et me suis précipité à l'extérieur. L'odeur du sucre emplit mes narines, mais l'appétit ne s'éveille pas. Je penche le visage vers Maisy et la dévisage finalement. Les secondes passent, mes yeux dans les siens, sur son visage. « J'ai quelque chose à faire. Je reviens plus tard, tu n'as qu'à rejoindre quelqu'un... ». Les derniers mots sont marmonnés alors que je tourne déjà les talons, et je fends la populace. Je joue des coudes, des épaules, je m'impose et m'éloigne de la foule, marche jusqu'à ce que le calme s'installe lentement autour de moi, jusqu'à échapper aux rayons brûlants du soleil. Alors, je soupire profondément. Les doigts courent sur mon visage, dans ma barbe, sur mes paupières closes. Le visage brûlant, le sang glacé, je ne sais pas ce que j'ai. Les secondes défilent, et le bourdonnement s'insinue au creux de mes songes.
Redressé, une main dans la nuque, je contemple la bâtisse qui s'impose à moi et me protège de l'astre étouffant. Le musée. Le bourdonnement s'intensifie, les yeux se plissent sous le bruissement désagréable. Les vêtements sont réajustés, et une main passe sur les accessoires lorsqu'elle chercher à lisser le tissu ; un miroir portable, et une rose. Accessoires dont je ne me souvenais plus, mais que je garde dans mes poches. Le cœur bat plus rapidement à mesure que je monte les marches du musée, poussé par la danse effrénée de quelques silhouettes fantomatiques.

Le voile sur mes yeux ne se redresse pas lorsque je pénètre dans le bâtiment, et j'avance automatiquement, sans y penser. Je ne pense plus à Maisy, je ne pense plus à ce costume, à cette journée. Je ne sais plus à quoi je pense – j'avance. Les semelles foulent un sol tant piétiné qu'il perd de son cachet, le regard roule d'un présentoir à un autre, les doigts plongent dans un bassin de sucre multicolore et m'abreuvent. La coulure gelée le long de ma colonne vertébrale me donne le tournis, et le bourdonnement me donne l'impression de bousiller mon oreille interne. Les silhouettes se font spectrales, ombres mouvantes entre quatre murs à la décoration chargée. L'encens flotte tout autour de mon visage, me brûle les narines, m'irrite la gorge. Les boules sucrées fondent sous ma langue et se collent à mes dents, déposent le long de ma gorge un goût délicieux, éveillent le désir sourd et incompréhensible d'en avoir d'autres. Mais je ne vois plus leur couleur pétillante, je ne distingue plus de petit bol – plus tard. Les fantômes glissent entre moi, me traversent de toutes parts – leurs rires éclatent à mon visage, me giflent d'une légèreté que je jalouse, et je m'appuie contre un meuble massif. Les doigts s'appuient sur les paupières, et j'inspire longuement. La Bête sommeille, elle ne doit pas se réveiller. Elle ne doit jamais se réveiller, ô grand jamais. Plus jamais. Pour cela, il faut la tuer. Il faut exterminer l'animal dans son antre, il faut... il faut...

La supplique roule jusqu'à mes oreilles, et je penche le visage. Je ne vois qu'elle, claire et distincte dans un bordel de brume. Je reprends contenance, et le sol me paraît plus droit que jamais. Les murs sont fixes, droits comme des i. L'encens étouffant s'insinue au milieu de mes pensées mais je me précipite sur le corps prostré. Princesse en peine, les larmes dessinent un sillon de chair sous le maquillage et je me mets à sa hauteur. Sous de longs cheveux noirs, une main s'agrippe à sa gorge, referme ses doigts meurtriers contre cette peau délicate. Une main... Pas de bras, pas de visage, pas de corps. Le malaise s'installe – pas d'enveloppe de chair à tabasser, pas d'oreilles à salir de paroles provocantes. « Calmez-vous, ne pleurez pas... » dis-je bêtement, bourru, et ôte fermement les mains de la femme de sa gorge. La peau brunie de la monstruosité est vieille et me rappelle au souvenir frais de la femme de la boutique. Un par un, je tire sur les doigts crispés, en desserre l'étreinte.
La main brune retombe, sèche et rigide comme un morceau de plâtre, sur mes cuisses. Les yeux remontent naturellement à la femme, et lorsque je les abaisse à nouveau, l'objet a disparu. Lentement, plus lentement que jamais, une brise fraîche disperse le brouillard qui engourdit mes sens et je déglutis difficilement. J'en fais fi et me redresse rapidement, l'attrape par les bras et la soulève comme une enfant. Les larmes d'une femme me troublent profondément et, mal à l'aise, j'essaie de capter son regard.

« Allez, respirez lentement, c'est fini. »

Les mots s'évanouissent et je réalise seulement que nous sommes seuls. Les rires ont disparu, les silhouettes tout autant. Les ombres se sont glissées sous les meubles, effrayées – mais de quoi ? Un courant d'air frais coule dans la pièce, et le malaise s'amplifie. La salive se coince à nouveau dans ma gorge, et j'approche une main de son visage, pose un doigt sous son menton pour l'inciter à le redresser. « C'est douloureux ? Ça a laissé une drôle de trace... », murmuré-je lentement. « Allez, on ferait mieux de se tirer. Ça va aller ? ». Je lui prends le bras et l'entraîne avec moi, vers la sortie. La pièce, le couloir, l'entrée. La porte d'entrée. Je l'ouvre à la volée. Pas de soleil, pas de rue, pas d'extérieur. Seulement un long couloir sombre, à la lumière jaunâtre et tremblante. Une longue inspiration silencieuse, et je passe devant, sans réfléchir. La main est pleine de bonbons multicolores, que je fais glisser entre mes lèvres. Le couloir est interminable. Je me retiens de presser le pas, conscient que la femme est derrière – il ne faut pas l'effrayer. Il faut la protéger. C'est ainsi que l'on tue la Bête. C'est en étant résolument humain qu'elle va s'évanouir dans la nature. Les ombres dansent autour de nous, le corridor est étroit, et je me précipite sur la nouvelle porte. La nouvelle pièce est remplie d'artefacts, que j'ignore. Non, je ne veux pas les voir. Je ne veux rien voir, parce que ça n'existe pas. Il faut être humain, entièrement humain. Sur chaque pan du mur, une porte. Muet, je me tourne vers la princesse perdue – ou bien est-ce moi, qui le suis ?

_________________
SPITTING OUT
THE DEMONS
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4257-joseph-townsend http://www.mercy-in-darkness.org/t4636-punishment-time

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 800
↳ Points : 391
↳ Arrivé depuis le : 14/02/2017
↳ Age : 26
↳ Avatar : Golshifteh Farahani
↳ Age du Personnage : 35 ans
↳ Métier : Femme de ménage
↳ Opinion Politique : Méprise de plus en plus le Gouvernement et ses agissements, sans pour autant s'intéresser à la Résistance
↳ Niveau de Compétences : Niveau 3 général - Niveau 1 en détection des mensonges - Niveau 2 en influence sur les animaux/Skinchangers
↳ Playlist : Eivør - Í Tokuni / The Pogues - Turkish Song of the Damned / Crywolf - Stomach It / Big Bad Voodoo Daddy - Save my Soul / Skillet - Monster / Five Finger Death Punch - Wrong side of Heaven
↳ Citation : Can you feel the way your face distorts, did you think that it could be this way? As you're growing out of my control, will you watch me as I fade away ?
↳ Multicomptes : Saskia E. Amberly
↳ Couleur RP : #66FF99



les petits papiers
↳ Copyright: Cornel
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: La Danse de Mardi Gras ♦ Joseph   Sam 11 Mar - 2:19


« Mardi Gras, baby. Mardi Gras. Time when all manner of weird shit cuts loose and parties down. »

Joseph & Moriah
featuring

A l'aide... quelqu'un... Nul ne semble voir la silhouette étendue au sol, mèches nuit répandues autour d'elle, chaussures au cuir brillant et aux formes étranges passant devant elle sans même ralentir. Est-elle déjà un fantôme, est-elle si insignifiante qu'ils ne la perçoivent pas ? La main contre sa gorge semble la seule réalité, vision se brouillant sous les larmes qui naissent pour mieux se mourir sur ses joues, tâches solaires de l'asphyxie l'aveuglant plus avant. Comme de loin, elle perçoit le bruit des pas, les échos des voix, les rires des passants, distordus. La forêt était rassurante, en comparaison, la forêt ne cachait pas sa menace de la sorte, voix résonnant dans son esprit une ultime fois, avertissement devenu glas. Fuyez. Fuyez cette femme à la colère terrible, fuyez, laissez la distance vous protéger de la menace que les lèvres de sang et les cheveux d'encre représentent, pour vous comme pour elle. Beauté menaçant d'éclipser l'éclat de la couronne, bleu des veines une légitimité sur le cercle incrusté de diamants à l'éclat stellaire. Elle aura pris sa revanche, pourtant, en dépit de la distance qui s'étale entre elles tel un gouffre. La main est son envoyée, membre sans corps sa sentence. Ses mains luttent, pourtant, si faibles en comparaison, tentent de desserrer l'étau. La torture semble sans fin, chaque seconde une heure, la faible minute un siècle, pression se desserrant juste assez pour offrir le réconfort d'une inspiration sifflante avide d'oxygène pour mieux se refermer de plus belle, écrasant la chair un peu plus à chaque fois. Elle n'y voit plus, paupières abaissées pour mieux se protéger de l'éclat des ténèbres qui approchent avec avidité, larmes s'accrochant aux arches des cils et s'incurvant le long de la courbe de la joue, tremblantes, aussi tremblante que les frémissements de ses poumons, aussi tremblantes que les efforts de ses mains pour la défaire de son agresseur. Et dans son cœur, une voix qui murmure, qui supplie la lutte de cesser, qui appelle à la chaleur du sommeil. Elle n'a jamais été une guerrière, elle n'a jamais été une puissante. Juste un flocon aux couleurs riches et sombres, balayé par les courants d'air, détruits par le toucher le plus léger. La voilà, sa destruction...

La voilà, sa salvation. Voix rêche qui transperce les battements frénétiques de son cœur et le ressac de son sang. Grandes mains toutes de cals sur les siennes, leur prêtant leur force, défaisant la prison de l'envoyé de la Faucheuse. Ses mains se font molles sous le contact, obéissantes et dociles, confiance instinctive en ce qu'elle reconnait de loin comme la marque d'un homme de labeur, d'un homme d'honneur. Les cals sont la preuve de la force d'âme, n'est-ce pas ? Ils sont la preuve que l'oisiveté n'a pas d'emprise, que la corruption n'a pas d'attrait. Elle ignore qui est cet homme, paupières frémissantes n'osant pas se relever, mais elle a foi en sa voix et en l'air qui recommence à se frayer un chemin en elle, douloureux alors qu'il se venge d'avoir été séparé d'elle de la sorte. Mais il n'y a plus de main autour de sa gorge, il n'y a plus de raison de craindre, premier regard fugace posé sur son sauveur. Il a le regard doux, liquide. Le regard à vif, aussi. Le regard humain, pas le regard froid comme un poignard prêt à plonger dans son cœur. Elle a confiance dans ces yeux, alors que les mains s'enroulent autour de ses bras pour mieux la replacer sur ses pieds. Elle se sent telle un poulain prenant ses premiers pas, jambes tremblant sous elle, instinct cherchant aussitôt la solidité de son sauveur. Sa chaleur irradie sous le costume. Il est rassurant. Allez, respirez lentement, c'est fini... Elle obéit, enfant perdue, bouche s'ouvrant pour happer une bouchée d'air, puis une autre, luttant contre l'envie de les dévorer de la sorte. C'est impoli, de respirer de la sorte, n'est-ce pas ? Ses yeux s'abaissent, ses mains se tordent dans les pans de sa cape, le temps d'une exhalation encore sifflante, d'une inhalation encore courbaturée. La douleur se dissipe aussi lentement que l'anneau solaire sur ses yeux, lui laissant mieux apprécier le monde. La pièce est vide, vide de qui n'est pas son sauveur, passants fantômes effacés dans ses exhalations, main menaçante tombée en cendres emportées par un vent inexistant.

Il faut remercier, lèvres s'entrouvrant pour mieux se refermer, doigt glissant sous son menton, yeux s'agrandissant, surpris, perdus. Courant d'air dans la pièce pourtant sans fenêtre, l'apôtre d'une nouvelle menace qui fait se saisir de plus belle son souffle dans son sein. Et les mots... Maintenant qu'elle lui est pointée, elle peut sentir émaner de son cou en une onde brûlante, la barrière d'épines qui fait obstacle à chaque déglutition, imaginer la marque des doigts encrées dans sa chair... peut-être est-ce là qu'ils ont disparu, encrés dans sa chair à défaut d'y pouvoir rester ancrés. Si l'homme à la voix de chêne la délaisse, réapparaitront-ils pour mieux tenter de finir la tâche qui leur a été ordonnée ? L'idée la pétrifie, regard se faisant suppliant avant de retomber à ses pieds, soumis. Si impolie... elle prie qu'il ne s'en vexe pas, qu'il ne la délaisse pas, cœur s'allégeant d'entendre le on si certain. Un gardien. Un protecteur. Quelqu'un qui tiendra les sorts et les menaces à distance, quelqu'un qui la guidera et l'aidera à retrouver un peu de sens, à découvrir un refuge en ces lieux étranges. La main qui se saisit de son bras est rassurante, regard tombant sur elle avant de se laisser entraîner en silence. Le chemin lui semble vaguement familier, s'orienter vers la sortie, vers la réalité et la sécurité. Il s'ouvre sur un corridor tout d'ombres mouvantes dans la lumière de chandelles inexistantes à la place, une main semblant émerger pour mieux tendre des sortes de boules colorées dont son sauveur se saisit pour les porter aussitôt à sa bouche. Le tissu de sa tunique est plus doux qu'elle ne l'aurait pensé tandis qu'elle s'y accroche, se saisissant d'une des sphères à la nuance orangée pour l'approcher de son visage, nez frémissant pour mieux en percevoir l'odeur, grimace tordant aussitôt ses lèvres, paume laissant aussitôt s'enfuir l'objet. Ça sent mauvais, acide, sucré, épicé, une odeur pour laquelle elle n'a pas de mot, une odeur qui n'évoque aucun souvenir réconfortant. Elle ne saisit pas le bien que peut bien y trouver son gardien. Sans doute est-ce une de ces choses propres aux hommes seuls... Quelque chose pour lui prêter quelque force, peut-être, alors que le couloir laisse place à une salle encombrée d'artefacts et de mémoires, tension de son protecteur coulant dans son bras, instinct la faisant le relâcher alors qu'il se tourne vers elle.

Il semble chercher conseil, et l'idée la terrifie, déglutition faisant remonter la brûlure le long de sa gorge avant qu'elle redresse ses épaules, et écoute les leçons autrement engravées dans ses membres et son esprit. Port de reine. Trouble dissimulé. Il disparait de ses traits pour mieux danser dans ses yeux, valse avec les reflets de flammes invisibles tandis qu'elle observe les portes. Bois nobles, gouges et reliefs formant des ombres pleines de secrets le long de leurs surfaces, incrustations de pierres à l'éclat comme déformé. Elles ont la splendeur éclatante, la beauté menaçante, évoque la froideur de la reine et la promesse du vol de son cœur, lèvres se repliant entre ses dents tandis qu'elle cherche une issue invitante, sans succès. Fort bien. Si elle refuse de se montrer, elle lui en laissera le temps, se tournant vers son protecteur avant de faire un pas en arrière. La révérence est profonde, reconnaissante, visage s'inclinant jusqu'à se dissimuler, statut et personne placé à ses pieds. Il a sauvé sa vie, elle a une dette envers lui, se redressant lentement. Penser comme la petite princesse que son père voulait voir reine, et non comme le flocon de neige menacé d'être écrasé du moindre geste de la main.

"Je crains fort de n'avoir que trop tarder à vous remercier de votre secours... Vous avez sauvé ma vie, et je vous en suis infiniment reconnaissante. Y'a t'il quelque service que je puisse vous rendre en gage de ma gratitude ? Je crains de n'avoir guère que ma personne et ses maigres talents à vous offrir, mais je m'engage à tâcher de mon mieux à me rendre utile, et racheter ma dette envers vous." Un instant encore, elle reste courbée, avant d'enfin se redresser, bruissement de jupes et grands yeux incertains, attendant la réponse de son sauveur avant de se rappeler qu'elle n'a pas son nom, qu'il n'a pas le sien ! "Veuillez m'excuser... je crains de n'avoir oublié de me présenter... Père serait si mécontent de moi..." Un nom étranger au bord de ses lèvres, comme si elles étaient plus habituées à former ses sons plutôt que les accents si familiers du prénom que sa mère lui a donné, sourcils se fronçant une seconde fugace avant de se détendre. "Je me prénomme Schneewitchen, enchantée. M'offririez-vous l'honneur du nom de mon sauveur ?"

Il est temps de penser à trouver une issue, désormais, responsabilité adoptée pour soulager son protecteur, regard incertain parcourant les boiseries avant de se retrouver attirer par un rectangle plus clair, dissimulé entre deux ombres mouvantes, élégants motifs floraux couvrant sa surface, pétales émergeant du bois, tiges et épines serpentant dans ses profondeurs, travail du ciseau et de la gouge tout de délicatesse. L'aubier est sans défauts, ses rares nœuds ouvragées jusqu'à sembler délibérés, le bois luisant d'une clarté laiteuse qu'elle n'a pas souvenir avoir jamais vu dans un bois jusqu'à ce jour. Même la poignée est invitante, avec ses volutes dorées et ses incrustations nacrées, promesse de pureté, de sureté. Telle porte ne les mènera pas vers un piège, n'est-ce pas ? Elle ne pourra leur offrir qu'un asile, qu'un chemin loin de ce lieu étrange tout de menace silencieuse, n'est-ce pas ? Oui, surement. Si claire, si invitante, comment serait-il possible de ne pas avoir confiance, de ne pas désirer en franchir le seuil ? Elle ne voit pas l'éclat mercure des pétales, ni le suintement minéral des épines, l'innocente, tandis qu'elle reporte son attention sur son gardien pour lui demander s'il approuve son choix. Elle n'enregistre pas le cliquetis silencieux de portes innombrables se verrouillant, ni la manière dont le bois si clair coulisse sur ses gonds pour s’entrebâiller en une invitation. Mais elle reporte son regard dessus, et l'inquiétude souffle de nouveau en elle et ravive les braises d'anxiété qui y sommeillait, la renvoyant plus près de son protecteur en quête de sa solidité et du réconfort que sa présence lui offre, murmure alarmé s'échappant de lèvres soudainement plus pâles.

"Sûrement... Telle demeure ne peut être vivante, n'est ce pas ? Tout cela n'est que le fruit de la fatigue et de l'alarme, n'est ce pas ? Quel intérêt enchanter tel lieu pourrait bien présenter ?"

 

 

_________________
bless my darkness, bless my light
You are the darkness that made me this way, I lost my soul in your skin  tones
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4351-i-will-not-let-a http://www.mercy-in-darkness.org/t4382-timely-order-moriah

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1082
↳ Points : 163
↳ Arrivé depuis le : 23/01/2017
↳ Age : 24
↳ Avatar : Tom Hardy
↳ Age du Personnage : 33 ans.
↳ Métier : Souteneur pour la Niflheim.
↳ Opinion Politique : Je me satisfais de la transgression des règles.
↳ Niveau de Compétences : Niveau général, 2 - Sarcasme, 8
↳ Playlist : MARILYN MANSON - Coma Black, A Place In The Dirt, The Fight Song --
RAMMSTEIN, Feuer Frei --
KORN, Freak On A Leash ; Right Now ; Punishment Time, Somebody Someone --
LA CANAILLE, La Colère --
IMAGINE DRAGONS, Shot.
↳ Citation : « I am not loved. I am not a beautiful soul. I am not a good-natured, giving person. I am not anybody's savior. »
↳ Multicomptes : Non.
↳ Couleur RP : #990000



les petits papiers
↳ Copyright: Code signature : XynPapple
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: La Danse de Mardi Gras ♦ Joseph   Sam 11 Mar - 13:01

La princesse doit être sauvée. Pour une humanité retrouvée, pour un cœur honnête battant entre les côtes, pour un esprit pansé de pommade. Il me faut la délivrer des tas de mains qui l'agrippent, des tentacules qui s'enroulent autour de son cou. Le sucre sur ma langue est acide, et je déglutis avec difficulté, essaie lamentablement de faire glisser la salive douloureuse le long de ma gorge. Irritée, les muqueuses sont à vif, et j'y bloque une toux qui aurait assurément écarté les chairs cramoisies et sensibles. L'esprit se focalise sur les perles multicolores et je me pince les lèvres – dans mes veines coule un sang bien trop impur, souillé de drogues corrosives, dont je sais reconnaître les effets. Elles m'appellent, jouent une mélodie langoureuse à mes oreilles, et je concentre toutes les forces de mon esprit en une seule cible – la princesse. Regarde la princesse, Joseph, garde les yeux sur son doux visage, sur son minois désemparé. Je la regarde, inlassablement, et son visage se transforme. Les paupières lourdes, j'ai de la peine à la dévisager plus encore, les yeux plissés. Regarde-la, il le faut, pour ne pas sombrer. Pour oublier les boules sucrées, pour oublier que l'acide te grignote de l'intérieur, pour oublier que tu en veux davantage. Pour ne plus te souvenir de la robe jaune et aveuglante, pour ne plus te demander où sont passées les ombres mouvantes. Le regard suit le sillon triste des larmes salées sur le maquillage, et je tends une main vers son bras. L'effleure, sans vraiment la toucher, sans vraiment l'éviter. Elle est le concret, elle est le tangible.

Les paroles s'élèvent, poésie surprenante à mes oreilles, et les paupières sont tirées vers le bas, lestées de tonnes de poids invisibles. Elle parle, et les mots s'écrasent contre moi, bruts. La main s'en revient et glisse à mon visage, s'appuie contre ma peau, contre mes yeux fatigués. La brume s'épaissit, gronde autour de mon cerveau et l'enlace ; sous elle disparaissent mes songes, mes pensées, engloutis par la vapeur opaque. Un léger grognement s'échappe de mes lèvres, incompréhension incapable d'être verbalisée, et j'ai peur de chanceler. Le même sentiment que lorsque j'ai passé la porte, cette glace qui s'empare de ma poitrine, la sueur mordante qui roule le long de ma colonne vertébrale. Il faut se battre contre le monstre de brume, me dis-je ; les coups d'épée de l'homme vaillant tranchent l'air, éparpillent l'émanation sombre et menaçante. Et comme la queue du lézard tranchée, la fumée revient aussi sec, nébuleuse infatigable sous un crâne tourmenté. La volonté se fait d'acier, et je relève les yeux vers elle, comme aveuglé – la robe jaune et étincelante s'impose à mon esprit, gorgée d'un soleil accusateur. Mais je ne veux pas la voir, je ne veux pas la regarder, gémis-je en mon sein ; je ne veux pas voir ses yeux bleus, sa chevelure remontée dans sa nuque, je ne veux pas sentir le doux tissu de ses gants sur ma peau frémissante. Alors, je vois la princesse à sauver, celle que je dois garder au creux de mes bras, comme un enfant à pouponner, un bambin à protéger entre deux membres musculeux. M'offririez-vous l'honneur du nom de mon sauveur?

Le sol tremble sous mes pieds, gigote comme des kilomètres de sable mouvant, et je déglutis avec toute la difficulté du monde, la salive toujours aussi douloureuse au cœur de ma chair. Le nom. Le nom. Enveloppé de brume, elle dégouline lentement contre les parois de mon crâne, abandonne derrière elle les vestiges d'une identité passée. Révolue. Le ventre se soulève, se tord et les intestins se tressent comme les nattes d'une femme – le froid mordant revient à la charge, me terrasse, m'arrache un terrible frisson. Le regard se perd dans les affres de ma propre négligence – le nom ? « Le nom... » répété-je sans l'entendre. Je ne sais pas. Je baisse les yeux sur le tissu qui recouvre mon corps, sent le cœur battre dans ma poitrine, pulser à l'intérieur de mon poignet, près de ma tempe. Et, vision d'horreur, sentiment funeste, la Bête ronge les barreaux de sa cage. Je la connais, comme on connaît quelqu'un que l'on a jamais rencontré. Un visage familier, une voix réconfortante, un regard rassurant – mais qui est-ce ? L'avons-nous seulement déjà croisé, avons-nous déjà senti la chaleur de son corps exalter près de la nôtre, avons-nous déjà perçu l'étincelle de vie dans ses yeux ? Ou est-ce cette personne qui rôde près de Morphée, ombre fantomatique et majestueuse qui s'insinue dans un rêve, dans un fantasme, dans un cauchemar ? Le Monstre ne m'est pas inconnu, mais je n'ai jamais senti le souffle moite et fétide qu'il expire, je n'ai jamais pu accrocher mes doigts à son pelage hirsute. La brouillard court le long de mes veines, roule dans chaque membre de mon corps, et je secoue la tête. « Non, il n'a pas de nom. Il n'a ni reflet ni d'identité, dis-je lentement, d'une voix que je ne me connais pas, d'un timbre qui m'est inconnu. C'est bien la Bête qui sommeille au fond de mes entrailles qui me surplombe, Princesse, et je dois fendre son crâne en deux pour jamais m'en sortir. Mais comment le pourrais-je, alors qu'il repose en mon sein ? ajouté-je à voix basse, en un souffle.

Les yeux courent à nouveau sur son visage – quel drôle de prénom elle possède, me dis-je après plusieurs secondes, en retard. Ils suivent rapidement la source de son attention – les roses happent mon attention, les tiges entrelacées mêlent leurs épines gravées dans le bois, et je remarque alors seulement qu'il s'agit d'une porte. Les autres semblent si fades, si tristes, que je comprends l'intérêt que la princesse peut leur porter. Cependant, la Bête gronde, l'esprit s'attarde sur le cliquetis métallique. Reprenant contenance, je me précipite vers une porte et écrase mes doigts contre la poignée. Elle gigote de haut en bas sous mon impulsion et reste résolument fermée. Une autre, tentative inutile de ma part, me fait le même coup et me dévisage, goguenarde. Les motifs ne sont plus faits de bois, ils scintillent à la lumière – elle s'ouvre, s'offre à nous comme une invitation que l'on ne peut refuser. Je retourne pourtant près de la princesse, muet. Lorsque cela me frappe, et je fais glisser les mains sur mon vêtement, cherche ce que j'ai fourré dans ma poche – j'en extirpe une fleur. Une belle rose jaune, brillante à la lumière du soleil, douce étoffe sous mes doigts indignes. Les yeux plissés, je me laisse aveugler par la couleur et la tend à la princesse sans la lui offrir pour autant. Le simple accessoire s'est transformé sous mon regard, les épines me semblent plus vraies que natures, la tige est rugueuse et en son cœur réside encore certainement un peu de sève collante. Le doux parfum de la fleur danse autour de nous, me plonge dans de beaux souvenirs que je n'ai jamais vécus. Oui, elle est belle, si douce, elle sent si bon. « Ce ne peut qu'être un signe, Princesse. Un signe que nous devons continuer – cette bâtisse n'est pas vivante, vous n'avez pas d'inquiétudes à avoir, dis-je avec assurance. Nous aurons certainement ouvert cette porte sans le savoir, n'ayez crainte, ajouté-je bêtement, inconscient de mes propres faiblesses. »

Je glisse délicatement mon bras sous le sien, pose une paume chaude et rassurante sur son avant-bras, et l'incite à me suivre. La princesse n'a rien à craindre en ma présence, j'en suis à présent convaincu. Je ne sais pas qui était cette personne qui rôdait autour d'elle tout à l'heure, qui était le rustre qui tentait de s'insinuer dans mon esprit, mais il n'est plus là. Je l'entends gratter au fond de mon ventre, et me convaincs à nouveau qu'il n'est plus là. « Vous l'avez si bien dit Princesse, le fruit de notre imagination se mêle à une grande fatigue, voilà tout. » Je ne sais pas de quelle grande fatigue je parle, mais j'en suis convaincu. Sinon, je n'aurais pas eu la délicate rose, aussitôt rangée dans ma poche, entre les doigts. Pourquoi les pétales auraient-ils seulement tournoyé devant mon esprit, comme une femme danse la valse ? Nous nous enfonçons dans l'ouverture ensemble, et le corridor, toujours, nous accueille. L'intérêt est attiré par une peinture, des plus délicates – la Princesse aux longs cheveux noirs y est représentée, et je lui offre un regard entendu. Voyez-vous, il n'y à rien à craindre, si ce tableau est de vous. À ses côtés se tient vaillamment un homme à la barbe dense, et au regard assuré. Nouveau regard entendu. Mais c'est bien sûr – sans chercher davantage la cause de tout ceci, j'avance à ses côtés. Un nouveau tableau, que je m'empresse de dévorer du regard. Mais l'enclume tombe dans ma poitrine, m'arrache un léger grognement. La Princesse n'a plus sur son doux visage le sourire agréable, l’œil enchanteur. Sa moue est triste, son maquillage s'écaille. Le prince – en est-il un ? – a l'air maussade, sa poitrine est moins bombée, sa barbe n'est plus dense mais en pagaille, ses cheveux sont décoiffés. « Non. » chuchoté-je en un souffle, dénégation absolue. J'incite la Princesse à me suivre, à ne pas s'épancher davantage. Le tableau suivant représente une douceur effacée, les jupons abîmés, la tignasse emmêlée – l'homme n'en est presque plus un, ses vêtements se déchirent sous l'impulsion d'un corps musculeux qui n'est plus le sien. Je détourne les yeux, agacé, et presse le pas, tire la Princesse avec moi. C'en est trop – je ne jette pas un regard aux tableaux suivants, refuse de voir ce qu'ils tentent de nous dire.

« C'est un mensonge, Princesse, n'y croyez pas ! », je m'exclame, avec dans la voix la tension étouffée d'une colère sourde. Non, ô grand jamais, je ne pourrais la blesser. Je me dépêche, je nous presse, les pas foulent le sol avec rapidité, et nous sommes projetés dans une nouvelle pièce, que je n'avais pas senti arriver. Lumineuse, d'un rayonnement blanc et bien peu naturel. Des tas d'hommes et de femmes nous encerclent et tout mon corps se tend alors que je leur fais face, à tous à la fois. Ils nous regardent, se stoppent lorsque nous nous arrêtons, avancent lorsque nous faisons un pas. Les vêtements colorés attrapent la lumière, les longs cheveux noirs, la barbe drue. Je presse mes doigts contre l'avant-bras qui est emmêlé au mien, et dis bien inutilement : « Ne vous inquiétez pas, il ne s'agit que de miroirs. »
Et, lorsque le mot est prononcé, les milliers de flèchent sont tirées et m'atteignent de toutes parts. Bête décharnée, les lambeaux de vêtements pendent sur le corps presque mort, qui n'attend que d'être achevé. Les poils du Monstre recouvrent à grand peine une peau grisâtre, presque arrachée, martyrisée. La gueule ouverte, la bave aux lèvres, ça n'est pas un animal, ni un homme. Ça n'est rien, rien d'autre que le monstre qui sommeille. Le ventre se soulève, le cœur bat la chamade, et je fais face à la Princesse, à son doux visage. Les mains glissent autour de son crâne, s'appuient contre ses cheveux, et mon regard plonge dans le sien. « Ne regardez pas Princesse, ne regardez pas ! C'est un mensonge ! Il n'est pas ainsi, il ne ressemble pas à ça ! » Mais la voix s'évanouit, se brise dans une gorge suppliciée. « Ne les croyez pas, Princesse, il n'est pas ainsi... Nous devons partir, vous... Vous devez fuir. »

Le mot se brise, comme le miroir sous le poing, brusquement. Insupportable vision, qui se multiplie une fois la vitre brisée et ramenée au sol par dizaines. La Bête prend le contrôle, comme toujours, et son grondement fait trembler la muqueuse à vif. La Bête est là, elle a toujours été là, et je la reconnais.

_________________
SPITTING OUT
THE DEMONS
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4257-joseph-townsend http://www.mercy-in-darkness.org/t4636-punishment-time

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 800
↳ Points : 391
↳ Arrivé depuis le : 14/02/2017
↳ Age : 26
↳ Avatar : Golshifteh Farahani
↳ Age du Personnage : 35 ans
↳ Métier : Femme de ménage
↳ Opinion Politique : Méprise de plus en plus le Gouvernement et ses agissements, sans pour autant s'intéresser à la Résistance
↳ Niveau de Compétences : Niveau 3 général - Niveau 1 en détection des mensonges - Niveau 2 en influence sur les animaux/Skinchangers
↳ Playlist : Eivør - Í Tokuni / The Pogues - Turkish Song of the Damned / Crywolf - Stomach It / Big Bad Voodoo Daddy - Save my Soul / Skillet - Monster / Five Finger Death Punch - Wrong side of Heaven
↳ Citation : Can you feel the way your face distorts, did you think that it could be this way? As you're growing out of my control, will you watch me as I fade away ?
↳ Multicomptes : Saskia E. Amberly
↳ Couleur RP : #66FF99



les petits papiers
↳ Copyright: Cornel
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: La Danse de Mardi Gras ♦ Joseph   Sam 11 Mar - 22:50


« Mardi Gras, baby. Mardi Gras. Time when all manner of weird shit cuts loose and parties down. »

Joseph & Moriah
featuring

Qu'il semble perturbé de s'être entendu son nom, son protecteur, visage s'abaissant et peau pâlissant sous les reflets de feu de sa barbe avant qu'une réponse s'entame, si lente, la voix si différente des accents de chêne qu'elle a déjà commencé à associer à son gardien. Bête. Il ne ressemble pas à une Bête pourtant, n'a pas de crocs ou de griffes acérées, n'a pas le regard sanglant d'un tueur ou le port distordu des menaces rampants autour des hommes en quête d'un instant de faiblesse, d'une fenêtre quelconque à exploiter. Une Bête sans visage et sans nom, une Bête nichée au sein d'un cœur, toujours présente, impossible à fuir. Elle tente de s'imaginer telle idée. Seule l'image du miroir doué de conscience parvient à évoquer une quelconque compréhension en elle, alors qu'elle reste silencieuse, le regard endolori d'empathie face à la question qui s'échappe en un souffle et s'étire un instant entre eux en quête d'une réponse. Elle ne peut qu'abaisser le regard un instant avant de le redresser, se rapprochant de son sauveur par la même occasion. Père saurait quoi faire, en ces circonstances. Qu'il lui manque... il faut qu'elle lui fasse honneur, main se posant l'espace d'une seconde fugace le long du bras de l'homme à la Bête avant de se retirer.

"Si la Bête n'a pas de nom, l'homme devant moi n'en mérite pas moins un. Mais si l'anonymat est votre désir et votre sentence, me laisserez-vous vous appeler Chevalier ? Vous avez sauvé ma vie et m'avez protégé, tel titre n'est-il pas approprié, qu'importe que je n'ai pas d'épée à ma disposition avec laquelle vous adouber ?"
Il mérite d'être nommé Chevalier, et s'il ne veut pas de nom, elle le nommera comme tel, obstination propre à la noblesse envahissant son esprit avant que ses yeux se perdent un instant au loin, ne retrouvent la réalité pour se rappeler à leur situation, se mettant de nouveau en quête d'une issue, ne retrouvent la crainte et la protection de son Chevalier avant de cligner en le voyant s'éloigner. Sous ses mains, les portes restent muettes, tandis qu'elle porte sa main à son sein, couleur continuant de fuir son visage, anxiété gelant ses pieds à leur position en l'attente du retour de son protecteur, sourire lumineux lancé en sa direction à son retour. Il s'agrandit encore en voyant la fleur apparaitre entre ses doigts, ses pétales si parfaits en dépit de toute logique, son jaune aussi brillant que le soleil, éclipsant la couleur de sa jupe, éclipsant la lumière chaude des chandelles invisibles. Elle se concentre sur la fleur, se délecte de son odeur, de sa vie, regret perçant son cœur de la voir disparaitre sans qu'elle l'autorise à transparaître. Son cou se courbe à la place, se soumet à la sagesse de son Chevalier, main se détendant sur son avant-bras et acceptant sa direction. Il a raison, la porte aurait été la seule qu'ils auraient élu de traverser, le reste n'est que détail, le fruit de leurs esprits échauffés par leurs émotions. Elle s'effraie trop facilement, doit se faire plus courageuse, de sorte à ne pas être trop lourd fardeau pour son gardien.

Avancée, un nouveau corridor s'ouvrant à eux tandis que la porte se referme derrière eux et semble se fondre dans le mur, là où elle ne saura être retrouvée, ignorée de tous. Les tableaux retiennent bien davantage l'attention, portraits de son Chevalier et de sa personne, si fidèles à la réalité qu'elle ne peut que sourire un sourire enchanté en réponse aux regards qui lui sont lancés, si rassurants et assurés. Les portraits suivants effacent son sourire, regard lui fuyant, se posant sur son gardien à la place, curieux de sa dénégation. Pense-t'il qu'elle craint quoi que ce soit de sa personne, craint-il l'histoire que les toiles semblent déterminées à prophétiser ? Elle ne craint rien pourtant, laisse ses iris attraper un instant l'image de son jupon lacéré, de ses cheveux répandus autour d'elle en épaisses mèches inertes, d'écarlate peignant sa peau de symboles étranges, de son Chevalier devenu Dragon, ses mains rougies, son regard fou. Les images semblent le vexer, allure contrainte de s'allonger pour parvenir à le suivre alors qu'il s'évertue à laisser la galerie loin derrière. C'est un mensonge, n'y croyez pas ! Elle n'y croit pas, n'y a jamais cru, se laisse entraîner dans une nouvelle pièce. Elle veut protester, le rassurer, les mots s'enchevêtrant dans sa gorge, le souffle trop raccourci dans son sein, incapable de s'échapper, main serrant le bras de son Chevalier à la place, en une assurance muette de la foi qu'elle place en lui avant de porter son attention sur ce qui les entoure. Milliers de corps, cheveux de nuit et barbe de feu, vêtements colorés, se déplaçant d'un seul esprit, pivotant et se stoppant au rythme de leurs mouvements, leurs gestes le seul métronome. Terrifiante danse que la leur, hoquet naissant dans sa gorge étouffé par sa main, ses yeux se posant sur ceux de son Chevalier, obéissant à la demande silencieuse de ses doigts. Que des miroirs.

Que des miroirs. Infinité de miroirs percevant son image, l'espionnant, communiquant entre eux sa location, la terreur un écrin de glace autour de son coeur. Presque, elle en manquerait la détresse soudaine de son Chevalier, si il n'y avait la supplique dans son regard et les mains autour de son visage qui se plie docilement à leur contact, y ploie. Elles sont une barrière la protégeant des miroirs, tandis qu'elle monte une main à la barbe de son protecteur, légère et sans peur. Lui ont-ils montré le reflet de la Bête qui a fait de son gardien sa victime, ces miroirs ? Si tel est le cas, quelle cruauté de leur part... "J'ai foi en vous. Vous avez sauvé ma vie, Chevalier, quand vous n'aviez rien à y gagner. Vous êtes brave et loyal. Ne croyez point ce que les miroirs vous montrent, ils ne sont que reflets mensongers, outils de terreur et de doute." Pourquoi ne l'entend-il pas ? Sa main se ferme sur le vide tandis que son Chevalier s'éloigne, sa voix un sarment sans vie alors qu'elle se voit de nouveau ordonner de fuir. Encore ! En délaissant son protecteur, son sauveur, en lui tournant le dos quand il a besoin d'elle, en écrasant son honneur et celui de son père ! Jamais !

Elle n'en bondit pas moins alors que la main bouclier se fait poing-massue, s'abattant dans un miroir, image se morcelant en un millier de morceaux, puzzle peignant une scène unifiée et morcelée toute à la fois, vérité et mensonge se jouant dans le même reflet. Son Chevalier gronde, ses yeux s'agrandissant et ses pas esquissant un retrait timide, situation la dépassant. Est-ce là la Bête dont il l'a avertie ? Il ne semble pourtant pas avoir changé, ou peut-être a t'il tant changé qu'il en reste reconnaissable, barbe de feu, carrure de seigneur, port d'homme digne. Mais il semble désormais courbé, tassé, prédateur. Est-elle la Proie ? Est-ce là quelque nouveau piège élaboré, quelque Chasseur va-t-il émerger des ténèbres pour la sauver, percer la Bête de sa lame avant d'emporter son coeur pour en faire quelque offrande ? L'idée la vexe jusque dans son essence, tandis qu'elle s'efforce de brasser son âme, d'ancrer son courage au plus profond de son être et de rester droite, inflexible. La compassion n'est pas une faiblesse, ma fille... Il faut qu'elle soit forte. Il ne faut pas qu'elle fuit, inspiration tremblante prise, yeux s'alarmant de croiser ceux de la Bête avant de s'abaisser, soumis. Elle ne veut pas la provoquer, juste rassembler ses forces, mains se serrant devant son sein avant de se détendre, ses paupières et son visage se relevant, acceptant la situation et s'y résignant. Elle ne fuira pas. Son Chevalier la nomme Princesse, il est son vassal, elle a une responsabilité envers lui. Coûte que coûte.

"Êtes-vous la Bête de mon Chevalier ? Je ne vous veux nul mal... Je ne souhaite que quitter cette pièce, juste comprendre... Mon Chevalier va t'il bien ? Accepteriez-vous de me le rendre ? Je crains que ces miroirs ne m'inquiètent... Ils sont trompeurs, ne pensez-vous pas, montrant l'inverse de la vérité sans jamais entièrement mentir... Il est si facile de les croire, et d'oublier qui l'on est... Vous êtes mon Chevalier. Revenez à vous-même, je vous en conjure !"
Ne pas fuir. Elle ne pourrait fuir si elle le voulait , miroirs semblant se presser autour d'elle, reflets s'approchant, l'opprimant. Elle ne peut délaisser son Chevalier, pas plus qu'elle ne peut reculer, tétanisée au milieu des éclats de miroirs avant qu'une sensation glacée n'effleure sa nuque, froide et tranchante comme la bise hivernale, ne lui tirant un hoquet terrifié. Nuque, bras, joue, caresses glacées qui laissent sa peau froide comme la glace, étreintes éthérées qui hérissent tout ses instincts et la font se figer plus avant encore sur place, animal apeuré. "Mon Chevalier !" Le cri est instinctif, alors que les reflets semblent refermer leurs mains sur elle, leurs regards sombres de promesses et de menaces, alors qu'elle ne sente un passage s'ouvrir dans son dos, main se tendant désespérément vers l'avant et parvenant à se saisir de la tunique de son Chevalier avant que le mur de glace ne l'engloutisse. Les mille et un reflets remplacés par un nouveau corridor, ses murs couverts de sabliers et autres horloges, fleurs dans leurs écrins se fanant un pétale à la fois au rythme des secondes qui s'égrènent en une cacophonie sans fin.
 

_________________
bless my darkness, bless my light
You are the darkness that made me this way, I lost my soul in your skin  tones
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4351-i-will-not-let-a http://www.mercy-in-darkness.org/t4382-timely-order-moriah

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1082
↳ Points : 163
↳ Arrivé depuis le : 23/01/2017
↳ Age : 24
↳ Avatar : Tom Hardy
↳ Age du Personnage : 33 ans.
↳ Métier : Souteneur pour la Niflheim.
↳ Opinion Politique : Je me satisfais de la transgression des règles.
↳ Niveau de Compétences : Niveau général, 2 - Sarcasme, 8
↳ Playlist : MARILYN MANSON - Coma Black, A Place In The Dirt, The Fight Song --
RAMMSTEIN, Feuer Frei --
KORN, Freak On A Leash ; Right Now ; Punishment Time, Somebody Someone --
LA CANAILLE, La Colère --
IMAGINE DRAGONS, Shot.
↳ Citation : « I am not loved. I am not a beautiful soul. I am not a good-natured, giving person. I am not anybody's savior. »
↳ Multicomptes : Non.
↳ Couleur RP : #990000



les petits papiers
↳ Copyright: Code signature : XynPapple
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: La Danse de Mardi Gras ♦ Joseph   Sam 18 Mar - 16:43

Vous êtes brave et loyal. La déglutition est difficile, la gorge est étranglée de milliers de mains invisibles. Étouffée de milliers de reflets, écrasée de milliers de bêtes au grognement roulant dans l'air, glissant jusqu'à nous. Une étrange mélodie se joue dans ma tête, aiguë et tournoyante, elle s'insinue sournoisement au milieu de tout ce vacarme. Se mêle au bourdonnement incessant. Le cerveau lourd, l'envie cuisante de céder à tout ça devient forte. L'envie d'engloutir les bols entiers de perles colorées, l'envie de repousser la princesse, de lui expliquer que je ne peux rien faire. Je suis le pire pour l'aider, je ne peux pas tenir la promesse silencieuse. L'envie de se dévisager à en devenir fou, à en perdre la raison, à ne plus savoir ce que nous faisions là. Mais, réellement, que faisons-nous ici?
La lutte se joue sous mes yeux de spectateur. L'esprit se bat, pourfendeur de songes obscurs, incapable pourtant de fustiger correctement les ombres. Les doigts tremblants d'une colère sourde, j'allonge lentement les bras, colle le plat de ma main contre mon pantalon. La matière bon-marché et plutôt douce à mon contact accueille la paume moite, absorbe un peu de l'humidité fébrile en son sein. Ça va aller, me morigéné-je, c'est terminé. Souffle, inspire, expire, souffle. Tranquillement. Le cœur se gorge d'une bonté lumineuse, éclatante – la Bête ne doit pas gagner. Pourtant, son grognement court le long de mes veines et hérisse mes poils, les dresse comme pour me préparer. Comme s'il me fallait m'adapter, déjà, à revêtir la peau du monstre sur mes épaules. Mais je ne suis pas ce personnage, je ne suis pas là pour être la bête ; je suis là pour la sauver, pour l'arracher à ces terribles griffes, me dis-je. Aveuglé.

Le bourdonnement se mue en un brouhaha indescriptible. Une œuvre de la bête pour me détourner, très certainement. Elle parvient à réaliser son terrible dessein et m'arrache à mes préoccupations principales. Je ne suis plus soucieux que de moi-même. Moi, moi, moi. Et comme si la princesse était au courant de mes turpitudes, je détourne un regard honteux. Il court au sol, essaie d'échapper aux milliers de reflets, ne sait plus où se poser. Pourchassé par tant de voix, filé par tant de silhouettes. Pourtant, elle le capte et s'y accroche une seconde, me convaincs de me jeter dans ses yeux sombres. Princesse, ne regardez pas... Je le soutiens un instant, et le monstre s'en félicite. Il jubile de voir celui de la princesse lui échapper le temps de s'y soumettre, plus faible. Le cœur serré de la voir s'y plier, enveloppé de l'acide sucré des bonbons colorés, les lèvres se pincent. Non Princesse, ne cédez pas, vous n'avez pas à faire tout cela, aimerais-je beugler de rage. Ne donnez pas à la bête ce qu'elle désire, ne tentez pas de passer vos doigts dans le pelage hirsute, ne glissez pas vos yeux dans les deux perles noires et brillantes qui se nichent entre les poils. Ne lui permettez pas de s'approcher suffisamment pour humer l'innocence de votre âme... Un soupir s'étrangle dans ma gorge.
C'est un schéma que je connais trop. Les doigts tremblent légèrement, secoués d'une inquiétude fiévreuse, et je fais mon possible pour maîtriser l'enveloppe de chair. C'est un schéma trop utilisé, souillé d'expériences méprisables – fuis, ne reste pas. Va-t-en. Que je puisse apprécier de ta lâcheté, que je puisse juger le peu d'amour que tu me portes. Que le sang se transforme en alcool et que sur le cœur se referme une cage de briques.

Cette fois pourtant, l’œil ne se défile pas. Il ne se camoufle pas sous la couardise d'une paupière, ne se pare pas de quelques gouttes de sel. La silhouette ne se fait pas ombre dans l'obscurité, elle ne disparaît pas avec la lune. Et lorsqu'elle s'exprime, la voix ne porte pas en son sein l'amertume d'un reproche, elle ne tremble pas de rage, ni de peine. La Princesse ne me porte aucun amour, et pourtant elle ne s'enfuit pas lorsque je le lui demande. Elle peut dévisager le monstre de tout son saoul, et ce sont mes yeux qu'elle capte. Ceux de l'homme qui peut bien accepter d'être son Chevalier, d'être celui qui la portera contre sa poitrine jusqu'à ce que le soleil revienne dorer sa peau, jusqu'à ce que le brouillard se disperse. Entends-tu ça, Monstre ? Entends-tu les louanges ? Écoute-les, ma Bête, et nourris-toi de la bonté de ces paroles, engloutis-les comme si c'était là ton dernier mets. La tristesse d'un sourire se peint sur mes lèvres, et je retourne les mots de la belle dans mon esprit, jusqu'à en être repu. Si certains me confortent, d'autres pourtant m'inquiètent – oh non, Princesse, non, ils ne sont pas trompeurs. Cela me brûle les lèvres, mais je ne peux pas la tourmenter davantage. Il faut que cela cesse, il faut que je sache la protéger, comme l'on voudrait enfermer un bambin dans une bulle de douceur.
Ces miroirs montrent l'inverse de la vérité sans jamais entièrement mentir. La phrase se tourne et se retourne, se tord entre mes doigts jusqu'à être distordue. Ainsi altérée, je n'en tire pourtant rien d'autre, pas de sens caché, pas d'explication confuse : la Princesse me comprend avec une aisance troublante. Ces mots, j'aurais pu les prononcer, si j'avais eu son délicat parler, si les idées s'emboîtaient correctement au fond de mon crâne.

J'abandonne alors cet esprit flatté, j'abandonne mon cœur serré de plaisir, j'abandonne mon esprit fatigué à la bête, et colle un regard alerte sur le visage tourné vers moi. Il est si facile de les croire, et d'oublier qui l'ont est. « Si facile, Princesse. Et si tentant. », soufflé-je lentement. Tout cela est si aguicheur. Me confondre avec la Bête, admirer un reflet dans le miroir qui n'est pas le mien et me convaincre que je me dévisage.
J'acquiesce avec douceur après un long moment et suis arraché de mes songes par une brise glacée, qui me tire un long frisson. Je ne lui ai pas répondu, je ne savais pas quoi répondre de digne à la princesse, et maintenant il est trop tard pour amorcer quoique ce soit. Au brouhaha intérieur s'associe le glissement morne d'un vent gelé, flottement aérien et intangible. Un vent qui me gifle avec force lorsque le cri parvient à mes oreilles, lorsque les mains s'accrochent à mon vêtement. Je me jette en avant lorsque j'en prends conscience, poitrine bombée, stature droite face à cet ennemi invisible. Tout se succède et s'enchaîne, à peine avons-nous le temps d'engloutir une épreuve qu'une autre enclume se pose sur nos poitrines essoufflées. Ils veulent que nous n'ayons pas le temps de nous en remettre Princesse, ils cherchent à nous accabler de toute sorte ; au lieu d'essayer de se relever à chaque fois, nous allons nous évertuer à ne pas flancher. Je presse une main contre son bras, soutien que je voudrais indéfectible dans le symbole.

Je profite pourtant de l'obscurité un instant, mes yeux s'adaptant rapidement – les reflets ont disparu, et cela me soulage d'un poids terrifiant. « Je me bats contre la bête, Princesse, n'ayez crainte. Je ne vous abandonne pas. » murmuré-je solennellement, pourvu d'une grande responsabilité que je dresse fièrement sur de puissantes épaules.
Tic-tac. Habitué à la cacophonie qui se joue sous mon crâne, je m'efforce de ne pas m'émouvoir de celle qui surgit et nous encercle. Horloges et sabliers habillent les murs du nouveau corridor, nouvelle étape vers la difficulté qui nous attend. Que sera-t-elle, cette fois-ci ? Je fais un pas protecteur en avant, place mon corps devant celui de ma princesse et laisse mon regard courir ici et là. Je ne sais qu'en penser. Le visage penché vers elle, je demande à voix basse : « Que pensez-vous du Temps, ma Princesse ? Vous effraie-t-il ? » Mieux vaut savoir à l'avance dans quel état d'esprit elle se sent. Incertain de mes propres sentiments vis-à-vis des secondes qui s'écoulent inexorablement, la mâchoire se contracte et la Bête roule un grognement dans sa gorge – je l'entends d'une oreille distraite, captivé par le rythme régulier des aiguilles qui comptent les minutes pour nous. « Avez-vous peur de ses doigts qui se referment sur nous, inéluctablement ? Vous savez, je ne devrais peut-être pas vous en parler... mais je crois qu'il ne me fait pas peur. Il me chagrine, certainement. Pas foncièrement à mon propos, mais au sujet des autres. Savoir que personne n'y échappe, qu'il est une sorte de chimère contre laquelle on ne peut pas se battre. »
Les paroles confuses se heurtent lentement et s'emmêlent. Le temps passe et nous éloigne. Le visage enfantin de mes frère et sœur glisse tendrement à mon esprit – lorsque nous étions gosses, ils souriaient souvent. Cela me semble être à une poussière. Un poussière lourde de deux décennies. J'imagine aisément leur nouvelle apparence – j'ai quitté deux adultes, ils n'ont pas pu foncièrement changer. Ce que je ne dessine pas, c'est celle de mes parents – brouillon, flou, sombre. Je ne me rappelle plus les traits de ma mère. Une face embrumée, surmontée d'une belle chevelure blonde, au milieu de laquelle pleurent deux yeux bleus. Je revois son nez, la douceur de ses lèvres, la forme de son visage. Mais rien ne s'associe. Elle doit être une vieille femme aujourd'hui, quand bien même n'a-t-elle pas vécu soixante printemps. La vie s'est certainement allongée sur son être, incrustant son visage de douces rides. Les jours passent et se ressemblent.

Je me stoppe un instant, incite la silhouette dans mon dos à faire de même. Le visage incliné vers elle, je sonde son visage. Je ne sens pas le danger, je ne sais pas – comme si tout cela ne me concernait pas. Pas encore, peut-être. Doucereuse, étrangement aiguë, s'élève une voix. À la fois lointaine de plusieurs kilomètres, et si près que l'on croirait l'entendre au creux de l'oreille, la prière morbide est chantée. La mélodie ne comporte pas de parole, mais le langage est compréhensible. Je m'approche, poitrine gonflée de courage, traverse lentement le corridor. Je défis les ombres avec témérité et ne ralentis que lorsque je l'aperçois. Recroquevillée dans un coin, elle est là. Son corps malingre se mouvant au gré de la poésie qui coule hors de ses lèvres – enfant chétive, adolescente rachitique, jeune femme squelettique. Adulte épuisée, vieille femme décharnée. La longue plainte s'insinue à l'intérieur de ma poitrine et m'arrache une grimace de chagrin. Pauvre chose mourante. Phénix renaissant de ses cendres, l'enfant geint, ses os se déformant déjà pour la doter d'un corps de femme. L'odeur roule lentement à mes narines – elle sent mauvais, me dis-je sans délicatesse. Elle sent la charogne et je fais spontanément un pas en arrière. Davantage intéressé par le sort de ma princesse et bien peu préoccupé par l'éventuel danger, je me tourne un instant vers elle et l'interroge du regard. « Y voyez-vous là un signe, Princesse? » La phrase que je n'ose prononcer reste en suspens ; êtes-vous concernée?

_________________
SPITTING OUT
THE DEMONS
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4257-joseph-townsend http://www.mercy-in-darkness.org/t4636-punishment-time

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 800
↳ Points : 391
↳ Arrivé depuis le : 14/02/2017
↳ Age : 26
↳ Avatar : Golshifteh Farahani
↳ Age du Personnage : 35 ans
↳ Métier : Femme de ménage
↳ Opinion Politique : Méprise de plus en plus le Gouvernement et ses agissements, sans pour autant s'intéresser à la Résistance
↳ Niveau de Compétences : Niveau 3 général - Niveau 1 en détection des mensonges - Niveau 2 en influence sur les animaux/Skinchangers
↳ Playlist : Eivør - Í Tokuni / The Pogues - Turkish Song of the Damned / Crywolf - Stomach It / Big Bad Voodoo Daddy - Save my Soul / Skillet - Monster / Five Finger Death Punch - Wrong side of Heaven
↳ Citation : Can you feel the way your face distorts, did you think that it could be this way? As you're growing out of my control, will you watch me as I fade away ?
↳ Multicomptes : Saskia E. Amberly
↳ Couleur RP : #66FF99



les petits papiers
↳ Copyright: Cornel
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: La Danse de Mardi Gras ♦ Joseph   Dim 19 Mar - 0:05


« Mardi Gras, baby. Mardi Gras. Time when all manner of weird shit cuts loose and parties down. »

Joseph & Moriah
featuring

Vide dans son dos, la faisant basculer en arrière, silhouette de son Chevalier s'élançant à sa suite, déterminé à les protéger. Morsure amère du verre dans son dos, s'infiltrant sous le tissu épais de sa cape gonflé par la brise invisible, accédant directement à la peau protégée par une si frêle barrière de tissu, s'y plantant en une large lacération, un millier d'éclats avides déchirant la surface sans s'aventurer au-delà, semblant contourner l'étoffe pour mieux accéder à l'épiderme. Assoiffés de sang, affamés de chair, ruinant cette peau si jalousée, brûlure les suivant, se répandant le long de sa colonne en une traînée de lave. Sa peau qui était redevenue si pure, qui était redevenue sienne, pilier principal de sa beauté... sa peau maudite... Le poids de sa cape est un réconfort lorsqu'il retombe contre, la noyant dans ses plis et dissimulant sa honte aux regards. Fuyez. Il a fallu fuir, mais ils la suivent toujours. Les miroirs avec leurs reflets honnis, image de la véritable face de la Reine, de ce qu'elle craint en permanence de devenir avec chaque souffle, avec chaque pas, si elle cède un instant à l'envie de ressentir quelque aversion, quelque faiblesse, la suivant, l'observant, attendant, l'instant où le reflet du possible deviendra la réalité, où la réalité se pliera à ce qui lui est montré plutôt qu'à ce qu'elle se sait être. La malédiction, avec sa peau noircie, neige mêlée de boue, fondue et souillée, sa beauté n'élicitant plus qu'un sentiment de révulsion, plus que le souhait de la voir disparaitre pour ne plus avoir à subir son spectacle... Tic. Tac. Tic. Tac. Égrènement des secondes qui emplit l'espace et noie jusqu'au son des respirations.

Le temps est inéluctable, n'est-ce pas ? Elle ne pourra jamais se défaire de ses griffes... Jamais échapper aux chaines du passé, jamais éviter la voix hypnotique du futur, distillant de son venin les appréhensions, ternissant de son acide les espoirs... Les saisons doivent passer, la neige doit fondre, la chair doit se flétrir... Nulle sortie, nulle diversion, nulle négociation possible, juste des mâchoires destinées à se refermer autour de tous et à les broyer dans son étreinte... La neige doit fondre...

Ses yeux s'abaissent sur la main de son Chevalier, se relèvent sur lui, trouble dissimulé sous la barrière de ses cils abaissés, ne les autorisant à se redresser qu'une fois seule visible en eux la confiance qu'elle porte en lui tandis qu'elle peut sentir ses lèvres s'incurver en un sourire et son cœur se gonfler de joie. Son Chevalier... "J'ai foi en vous. Qu'importe les murmures de la Bête, je sais qu'elle ne saurait vous pousser à m'abandonner, ni m'effrayer de vous." Ce n'est pas la Bête qu'elle craint, pas sa rage et sa menace, c'est l'homme et la trahison qui voilerait son regard s'il savait qu'elle porte en elle les outils de sa propre destruction. Ou peut-être comprendrait-il la hantise, lui qui transporte son adversaire en son sein. Elle n'en garde pas moins le silence, frisson secouant son corps tandis que le Temps continue de répandre son corps autour d'eux en une valse d'aiguilles. S'ils effleurent une horloge, les transpercera-t-elle de ses aiguilles comme d'autant de couteaux, desséchera-t-elle leur peau, voilera-t-elle leurs yeux de la vieillesse et de ses rideaux ? L'image danse un instant devant ses yeux, de la main qui enserrait sa gorge plus tôt, de sa main prenant le même aspect, son corps devenant celui d'une momie, se retournant contre son Chevalier. Non... Non... Le murmure horrifié lui échappe, alors que les mots de son protecteur battent sans ménagements le long de ses tympans. Qu'elle tente si difficilement d'éclaircir sa gorge, et de retrouver sa voix dérobée par l'horreur.

"Comment ne pas avoir peur du Temps ? N'est-il pas l'ennemi qui ne saurait être défait et l'allié qui donne sa saveur aux instants ? Son passage vous peine... Sans doute êtes-vous plus sage que moi en ce point. Il me gèle. Ce qu'il promet pour mon futur me terrifie, ce qu'il me rappelle de mon passé me blesse. Il efface ces souvenirs que je ne veux perdre, et ravive ceux que je souhaiterais laisser au loin... Aussi inéluctable qu'il soit, n'est-il pas aussi une torture ? Nous pouvons fuir tout ce que nous voulons... il nous rattrapera toujours. Et lui seul sait si sa promesse sera douceur ou agonie...
"

Elle souhaiterait la douceur, elle pressent l'agonie, frisson la secouant. Le sang colle sa robe à son dos, l'absorbe, odeur douceâtre lui semblant l'envelopper alors qu'elle prie pour être seule à la percevoir, mains tremblantes rassemblant les pans de sa cape autour d'elle en une tentative de se rassurer. Elle se sent faible, physiquement comme mentalement, tandis que ses yeux tracent les différentes horloges, leurs ornements, leurs mouvements. Ici un hippocampe qui semble galoper éternellement le long des flots alors qu'une clepsydre se vide et s'emplit sous lui en un mouvement perpétuel, là un balancier, plus loin un sablier empli de diamants fins comme une poussière, et partout les aiguilles et leur mélodie métronomique... Ses pieds accélèrent, sa main se tend un instant, envisage de se refermer sur la tunique de son Chevalier, de supplier une bribe d'attention pour se rassurer que les secondes ne se distordent pas, avant que ses doigts ne se replient sur eux-mêmes et ne battent en retraite, retenue reprenant le dessus. Il est son gardien, pas sa nurse, elle n'a pas à devenir un fardeau plus lourd que nécessaire. Le membre reprend sa place à temps, pas de son Chevalier s'arrêtant, son regard plongeant de nouveau dans le sien tandis qu'elle cligne des yeux en silence. Attendant. Quelque question, quelque avertissement.

Comme de loin, la mélodie s'élève et gagne lentement en volume, son tempo sinueux envoutant au cœur de la régularité du couloir, oscillant le long d'aigus fragiles, se suspendant en une pause qui semble s'étirer à n'en plus finir, reprenant en une cavalcade de notes semblant s'entrechoquer entre elles et résonner telles des grelots. Si proche, si loin, comme portée par les secondes elles-mêmes. Le chant de la Fata Morgana... Quel spectacle leur offrira-t-elle une fois atteinte ? L'un de ses si nombreux mirages... ou la réalité ? Elle l'ignore, ignore quelle issue serait la plus rassurante, tente de ne pas se bercer d'illusions. Père aurait dit de ne pas se taper de concombre, grimace fugitive glissant sur son visage, refusant l'expression alors que de nouveau ses pas se glissent dans ceux de son Chevalier. Ils dévorent le corridor, ombres s'écartant devant eux, haie d'honneur ou d'horreur dont elle tâche de ne pas s'alarmer, et toujours la mélodie sans mots qui gonfle et qui gonfle autour d'eux, qui s'enroule en serpents invisibles autour de leurs membres pour les attirer toujours plus vers l'avant avant de les délaisser et de se faire simple brise aux accents hypnotiques, chaque note un trésor et la promesse de plus s'ils parviennent à l'atteindre, chaque pas pris une victoire alors que le corridor cesse enfin de s'étirer et que la mélodie révèle sa source, dissimulée dans un recoin, les ombres pour seul vêtement, linceul sans substance la recouvrant alors qu'elle nait et renait en un cycle sans fin. Vierge, Mère, Crone, tous les âges de la vie et pourtant toujours si frêle, comme vidée de sa substance même... Elle l'hypnotise, pieds la rapprochant d'elle sans réellement entendre la question de son Chevalier, noyée dans la mélodie qui toujours s'échappe d'entre ses lèvres, genoux ployant pour la laisser agenouillée devant elle, si proche qu'il lui suffirait de ployer la tête pour embrasser son front du sien, si proche qu'elle peut sentir son souffle, le partager.

Elle sent la mort, elle sent la vie, tandis qu'elle l'observe refléter chaque âge sans jamais mettre fin à son chant, son parfum entêtant autant que repoussant. Le passé, le futur, le présent, en collision perpétuelle, inséparables, indissociables. "Elle est la Fatalité..." Simple murmure, qui se mêle à l'autre voix, et déjà elle peut voir les traits changer, la peau s'assombrir, les cheveux noircir, les traits se modifier, si subtilement, adoptant la structure qu'elle connait si bien. Elle peut se voir circuler à travers ses âges, membres s'allongeant, visage s'affinant, corps se tassant, face se flétrissant. Les lèvres se courbent en un sourire un instant, disparaissent sous les plis d'une existence d'amertume le suivant, ses yeux rient, avant que son front et leurs angles ne content le récit de larmes creusant son visage comme l'eau creuse la roche. Elle lit la peur et la peine dans chaque ride, perçoit l'innocence qui se ternira trop vite dans les ongles minuscules, cœur s'accélérant d'appréhension. Si le Temps la gèle, la Fatalité l'a depuis longtemps capturée dans sa toile en une valse de fascination et de révulsion. Le sort ne faiblit pas en cet instant, alors que sa main se tend vers son reflet, terrifiée de ce qu'elle y percevra, affamée de ce qu'elle y trouvera. Une promesse, une menace, une souffrance, une consolation ? Elle l'ignore, alors que leurs doigts se touchent enfin et qu'un hoquet échappe à sa gorge, larmes brouillant sa vision. Elle peut sentir le sang se précipiter à ses tympans, couvrant tout ce qui n'est pas la mélodie qui gonfle et gonfle et la submerge dans ses profondeurs.
 

 

_________________
bless my darkness, bless my light
You are the darkness that made me this way, I lost my soul in your skin  tones
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4351-i-will-not-let-a http://www.mercy-in-darkness.org/t4382-timely-order-moriah

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1082
↳ Points : 163
↳ Arrivé depuis le : 23/01/2017
↳ Age : 24
↳ Avatar : Tom Hardy
↳ Age du Personnage : 33 ans.
↳ Métier : Souteneur pour la Niflheim.
↳ Opinion Politique : Je me satisfais de la transgression des règles.
↳ Niveau de Compétences : Niveau général, 2 - Sarcasme, 8
↳ Playlist : MARILYN MANSON - Coma Black, A Place In The Dirt, The Fight Song --
RAMMSTEIN, Feuer Frei --
KORN, Freak On A Leash ; Right Now ; Punishment Time, Somebody Someone --
LA CANAILLE, La Colère --
IMAGINE DRAGONS, Shot.
↳ Citation : « I am not loved. I am not a beautiful soul. I am not a good-natured, giving person. I am not anybody's savior. »
↳ Multicomptes : Non.
↳ Couleur RP : #990000



les petits papiers
↳ Copyright: Code signature : XynPapple
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: La Danse de Mardi Gras ♦ Joseph   Mar 28 Mar - 2:36

Ce qu'il promet pour mon futur me terrifie, ce qu'il me rappelle de mon passé me blesse. Il efface ces souvenirs que je ne veux perdre, et ravive ceux que je souhaiterais laisser au loin... Aussi inéluctable qu'il soit, n'est-il pas aussi une torture ? Nous pouvons fuir tout ce que nous voulons... il nous rattrapera toujours. Et lui seul sait si sa promesse sera douceur ou agonie... La terrible sagesse de ses paroles m'arrache un frisson. La triste réalité est une nouvelle gifle en pleine figure. Je n'ai jamais été aussi courageux, aussi brave que je l'aurais souhaité. Je bombe le torse, fait rouler une voix forte et rauque dans ma gorge, mais je me défile devant la difficulté, recouvre la protection d'un sarcasme sur mon esprit pour ne pas affronter sa couardise. Accablé par la confirmation de son existence, je me refuse à porter à ce qui nous entoure le même intérêt que la Princesse. Une hardie princesse que voilà, lorsque ce serait au chevalier de faire preuve d'une bravoure aveugle. J'aimerais refermer mes doigts autour de son poignet, tenir son corps contre le mien, sentir la chaleur rassurante de sa poitrine exhaler contre la mienne et la douceur de ses cheveux. L'apaisement d'une femme n'en a jamais égalé un autre, à mes yeux. Les paupières se ferment, forment la boule de chaleur dans ma poitrine, simulacre d'une consolation, quelle qu'elle soit. Le chevalier ne devrait pas en avoir besoin, me dis-je. Le chevalier devrait être mû par le doux espoir d'arracher la Princesse aux griffes des ombres. Les ombres, qui l'entourent et se mêlent aux longues mèches de cheveux sombres. Caressent son dos, l'enlacent tendrement entre deux tentacules terrifiantes. Le spectacle hypnotique happe mon regard. Dieu, que c'est étrange. La beauté suinte de cette scène en de longues coulures épaisses comme le goudron, d'une grâce qui me met profondément mal à l'aise, pourtant.

Un embarras qui grossit comme une tumeur, enfle près de mon cœur et me donne le vertige. C'est si beau, si terrible, si effrayant. Si laid. D'une glorieuse laideur, comme l'on ne pourrait s'empêcher de regarder une difformité. Si Dame Nature l'a fait ainsi, c'est pour une bonne raison – la beauté se trouve partout où l'on veut bien la voir. Dame Nature ne l'a pas créée, cette difformité, pour que l'on en rie. Elle l'a créée pour que l'on puisse l'observer, pour que l'on puisse s'en gorger en admirant ses différences, ses angles, ses nuances. Et de cette laideur qui rayonne d'atypie je me soûle. Plus de liquide brûlant dans la gorge, plus de perles rouge et jaune qui me trouent l'estomac, plus de comprimés blancs qui m'endormissent le cerveau. Juste ce spectacle. La Princesse et son être, son démon, son autre, cette chose. Cette chose qui ne peut être positive, cette chose qui ne peut relever d'un profond malheur, que d'une douloureuse affliction. Elle lève une main vers la chose, et dans ma gorge s'étrangle une exclamation. La contemplation morbide, la fascination malsaine me susurre d'attendre encore un peu, de regarder. De la laisser terminer son geste, de ne pas intervenir, surtout pas en cet instant. Comme lorsque l'on contacte les morts ou lorsque deux chiens s'accouplent, c'est ce que me disait ma mère – il y a des choses que l'on ne peut pas vraiment interrompre. Le visage tordu dans la traduction de toutes ces émotions contradictoires et difficiles à assumer, je reste muet, le bras vaguement tendu vers elle. Ma Princesse, ne faîtes rien d'inconsidéré, je vous en conjure. Je peux quémander son attention des heures durant, je peux hurler à son oreiller mon inquiétude, elle ne m'entendra certainement plus, me dis-je. Au sol, les doigts se touchent – le souffle qui s'échappe de ses lèvres entrouvertes m'atteint de plein fouet, corps aussi tendu que l'oreille. Comme si j'attendais un signe, un mot, un geste.

Je me jette en avant, peu désireux pourtant de l'arracher brutalement à la chimère fantomatique, et me glisse près d'elle. Non, elle se remet à pleurer – le cœur brisé, l'estomac noué de la voir à nouveau dans cet état, je glisse mes doigts près des siens. « Princesse, m'entendez-vous ? Il le faut, écoutez-moi... » Impuissant. Les larmes roulent sur ses joues, dessinent plus distinctement le sillon des précédentes. Je n'ai pas envie d'afficher face à ma Princesse un nouvel éclat de violence – pourtant, je le sens bouillir dans mon ventre comme l'eau sur la casserole. D'ici peu, l'ébullition sera si forte que les bulles courront dans mes veines et m'agiteront de centaines de frissons, frémissements, secousses. Alors je me détourne de son doux visage et glisse vers la chose. Elle termine sa journée macabre, prête à s'éveiller à nouveau à l'aube de son existence, pour déjà la terminer inlassablement. La vision chuchote à l'oreille de la bête, laisse courir sa langue pointue et acide le long de sa joue, enfonce une dentition infernale dans le lobe de son oreille. Le charme opère – le monstre appelle le monstre, intangibles spectres qui s'embrassent dans l'obscurité. La salive s'accumule entre mes lèvres et le grondement rauque roule dans ma gorge – un haut-le-cœur m'étreint, balayé par la rage. Non, ils ne peuvent pas s'en prendre à elle. Le corps bascule en avant et les mains s'accrochent à l'ombre terrible, à la chair décomposée, aux mèches de cheveux filasses et noires – vois-je seulement la même chose que ma princesse ? Distingue-t-elle seulement l'horreur qui se dessine lentement sous mes traits ? Ou est-ce, souvenir bref et fulgurant, comme le reflet dans le miroir, seulement visible à mon œil ?

Nous ne saurons pas. Nous n'aurons pas le temps de le savoir, que déjà j'agrippe avec violence, tire vers moi, renverse la chose en avant, l'écrase contre le mur, la fais rouler près de moi. Frappe, étrangle, cogne. La bave aux lèvres, retroussées sur une dentition prête à arracher la chair putréfiée dès qu'il le faudra, l'oeil animé d'une brave folie, je me débats comme un diable face à la chose. Intangible et pourtant si palpable, je ne sais pas si je me bats contre un fantôme ou contre un cadavre, contre un être vivant ou contre un songe. Les sables mouvants m'enlacent, le goudron me colle au doigt, la puanteur m'étouffe et je ne sais plus combien de temps tout cela peut encore durer, combien de temps s'est déjà écoulé. C'est bien toute l'interrogation de cet endroit, le temps. Combien de temps passé à se débattre dans le vide. Combien de minutes, combien d'heures passées à battre le fer pour trancher l'air ? Combien de jours perdus à s'acharner contre la brûlure encore vive d'un souvenir trop douloureux ? Sur les yeux, la pellicule salée et chaude s'immisce. Combien de semaines à rouvrir la blessure, à l'empêcher de cicatriser ; à la lécher comme une bête esseulée, à la mordre pour raviver la douleur et se sentir exister. Combien de temps ?
Le hurlement aigu de la chose me perce les tympans et le cerveau, fait claquer la vague glacée dans tout mon corps. Non, c'est terrifiant – sous la douleur d'un esprit choqué, les yeux se ferment, les mains se plaquent contre les oreilles. Prêt à supplier, déjà, pour que sifflement cesse, les membres se serrent les uns contre les autres. Tout est trop intense, tout est trop difficile à assumer. Je ne voulais pas l'affronter, j'y ai été forcé ; la princesse s'est laissée aller à lui faire face, elle n'a pas été davantage mieux lotie.

« Princesse... » La voix est brisée dans la gorge et je me traîne au sol comme un animal blessé. J'ai l'impression que je ne pourrais plus jamais me redresser, que les jambes refuseront de me porter, que la gravité elle-même m'impose de rester à l'horizontal. Alors je glisse au sol vers elle, les paupières lourdes. Il n'y a entre nous que le claquement rassurant, désormais, des horloges. Le corps à côté du sien, tête penchée vers elle, je l'observe avec inquiétude. « Princesse, comment allez-vous ? » La main s'élève dans l'air, bras lourd et difficile à manipuler, comme s'il ne m'appartenait pas – comme lorsque l'on boit trop et qu'on ne se reconnaît plus, qu'on ne sait plus si cette main est à nous, et pourquoi diable est-elle si lourde ? Au prix de tous les efforts du monde, je l'abaisse avec douceur près de son visage, l'incite à le tourner vers le mien, m'enquiers de son état. Passe quelques doigts sur ses joues pour les sécher. Le chuchotement, enfin, s'élève : « Qu'était-ce, je ne saurais le dire. Son message était double, princesse. Qu'a-t-elle tenté de vous dire, cette chose ? Où voulait-elle en venir ? Pourquoi l'avez-vous touchée ? »
Je détourne les yeux, les plante dans le plafond, incertain. Les coups d'épée dans l'eau sont peine perdues, m'a-t-elle susurré, et à ton âge tu ne sais pas cela ? Tu ne sais pas qu'on ne peut pas se battre contre tout ce qui nous entoure ?
Non, oh non. J'espère encore que c'est la clé universelle, la réponse à tout. Mais peu importe. Le plafond s'éclaircit, et le tic-tac des horloges s'évanouit. L'apaisement vient-il enfin ? Fallait-il que nous bravions toutes ces épreuves, pour enfin nous en sortir ? Ou est-ce encore une manipulation, une nouvelle étape morbide qui nous attend là ? Subrepticement, la main retombe près du corps de la princesse et cherche la sienne, fourre mes doigts contre les siens. Le lien est étrange, la relation bizarre. Je ne veux plus la quitter, je dois la protéger coûte que coûte, la sauver à tout jamais. Mais je ne peux plus la regarder, pas maintenant que la proximité est si forte. Il faut bien que je me batte contre tout ce que cela implique.

Et d'un seul mouvement, l'environnement s'adapte à la brume qui se dégage au fond de mon crâne. Oui, la plafond s'éclaircit. Mes lèvres s'étirent d'un sourire serein – ne dirait-on pas l'astre jaune et étincelant, là-haut dans le ciel ? Dans le ciel que l'on ne distingue pas, dans le plafond que l'on ne distingue plus. Dans la peinture qui s'écaille, dans les brèches qui s'écartent, dans le mur qui s'effrite. Il ne s'abat pas sur nous, s'envole imperceptiblement dans l'air, s'évanouit sous cette clarté éblouissante. « Après la pluie, le beau temps. » Le murmure s'envole lentement et le sourire s'agrandit encore. Pourtant, l'enclume pèse sur ma poitrine et me maintient fermement au sol – je me persuade que je n'ai pas envie de bouger, que je suis maître de mon corps. La brise court sur le sol, glisse à nos oreilles – ça sent l'extérieur. Ça sent la poussière, la terre, le soleil, la verdure. Mais la luminosité aveugle, elle brouille la vue ; j'incline le visage vers le doux visage. « Tout ira bien, Princesse. Assurez-moi que vous allez bien ; il faut que l'on se redresse, allez-vous bien ? » Je la presse, parce que cette luminosité n'est plus rassurante. Elle n'est déjà plus le soleil qui nous baigne et nous inonde, elle est la brûlure qui nous troue la peau. Davantage poussé par l'appréhension de ce qu'il pourrait arriver, je presse ma main libre sur le sol, pousse de toutes mes forces. Redresse-toi, redresse-toi. Encore une fois, comme lorsque l'on est saoul – la tête lourde, le corps ankylosé. Mais il faut se laisser tirer par le soleil.
Debout, l'un face à l'autre. Le vent tiède court sur ma nuque, dans ses cheveux. Sèche ses dernières larmes sur le maquillage cristallisé, juste sous ses cils encore humides. Nous ne sommes pas vraiment dehors – le poids des murs se ressent autour de nous, d'une invisibilité tangible. Mais pas à l'intérieur du tout. Un grand arbre, qui s'élance tant dans le ciel qu'on ne voit plus son sommet. Leur bruissement est délicat, rassurant, mais leur ombre est inexistante sur nos deux silhouettes.

« Il pleut. » La parole est brève, un peu inutile, tandis que les gouttes s'écrasent sur mes mains, mon visage, tachent mon costume de traces sombres. Je baisse les yeux sur le tissu – l'eau assombrit les couleurs, grise le blanc. À moins qu'il ne soit pas gris – il est rouge, se fait marron. Sur ma peau coulent les larmes écarlates d'un ciel invisible. Je relève aussitôt le visage vers le sien – la vision est terrible, difficile à soutenir. Son doux minois grimé est gâché, souillé. Il n'y a plus de soleil, et les statues enlacées de lierre s'élèvent lentement autour de nous, se dessinent dans cet étrange paysage, ouvert et clôturé.

Spoiler:
 

_________________
SPITTING OUT
THE DEMONS
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4257-joseph-townsend http://www.mercy-in-darkness.org/t4636-punishment-time

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 800
↳ Points : 391
↳ Arrivé depuis le : 14/02/2017
↳ Age : 26
↳ Avatar : Golshifteh Farahani
↳ Age du Personnage : 35 ans
↳ Métier : Femme de ménage
↳ Opinion Politique : Méprise de plus en plus le Gouvernement et ses agissements, sans pour autant s'intéresser à la Résistance
↳ Niveau de Compétences : Niveau 3 général - Niveau 1 en détection des mensonges - Niveau 2 en influence sur les animaux/Skinchangers
↳ Playlist : Eivør - Í Tokuni / The Pogues - Turkish Song of the Damned / Crywolf - Stomach It / Big Bad Voodoo Daddy - Save my Soul / Skillet - Monster / Five Finger Death Punch - Wrong side of Heaven
↳ Citation : Can you feel the way your face distorts, did you think that it could be this way? As you're growing out of my control, will you watch me as I fade away ?
↳ Multicomptes : Saskia E. Amberly
↳ Couleur RP : #66FF99



les petits papiers
↳ Copyright: Cornel
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: La Danse de Mardi Gras ♦ Joseph   Lun 3 Avr - 21:44


« Mardi Gras, baby. Mardi Gras. Time when all manner of weird shit cuts loose and parties down. »

Joseph & Moriah
featuring

Contact. Doigts contre doigts, paume contre paume, miroirs l'une de l'autre. Chaleur jumelle des peaux, mains qui s'enlacent. Elle peut entendre le silence, piégée entre deux battements de seconde. L'éternité qui s'étire, sa vie qui rejoue devant ses yeux. Comme un film qui se rembobine et lui montre les enchaînements des actions, les conséquences inévitables, la mécanique des évènements qui se déroule et qui broie, froide et cruelle machine à l'insatiable appétit. Ils ne sont que des marionnettes en ce lieu, les deux jouets élus pour assouvir la soif des murs en ce jour maudit, leurs vêtements un appel, une tentation irrésistible. Deux vies qui se déroulent devant ses yeux dans le temps suspendu, chacune la sienne, sans qu'elle parvienne à reconnaître laquelle était la vraie, si une seule l'est. Elle veut pleurer, hurler, la douleur et le rejet, sans y parvenir. Dans ses yeux, elle voit les infimes mouvements des poussières dans l'air, des traits de sa jumelle qui vieillit. Contre sa peau elle perçoit le souffle de l'air, le mouvement de son protecteur qui se jette à son côté, l'humidité des larmes qui commencent à couler. Dans ses oreilles, la cacophonie brutale des secondes qui reprennent leur course et de la mélodie qui gonfle et gonfle en une ultime note qui se crève dans un cri, alors que les mots de son Chevalier lui parvienne, faibles mots cherchant à le rassurer lui échappant. Un instant, où leurs doigts se nouent, avant qu'ils la délaissent.

Violence. Une explosion, encore. Pluie de coups contre sa jumelle enivrée de temps, la détruisant, l'émiettant, écho le long de ses propres os, brutaux, qui se font plus légers à mesure que le tissu sortilège autour d'elle se dénoue, souffle de vie de son autre s'amenuisant. Elle ne se laisse pas faire, la silhouette perdue dans les secondes qui courent jusqu'à former des jours, son Chevalier accusant les effets de leur instinct de survie tandis qu'elle reste prostrée, larmes aux joues, inutile. Il subit le poids de sa bêtise, de leur peur, de leur désir de liberté, corps s'échouant finalement devant elle, membres mus par sa seule volonté, rampant, peinant. Elle ne peut que l'observer, éternellement faible, visage se courbant vers sa main avec obéissance, oreilles tendues vers le chuchotement, cœur s'émiettant. Son loyal protecteur, son brave chevalier. Comme elle le traite mal... Il ne mérite pas tel sort, ses mains se refermant autour de la sienne alors qu'elle quitte son visage et emporte les larmes avec elle, la portant à ses lèvres pour les y presser, ferventes, reconnaissantes. A-t-il toujours été là, ombre la devançant, rage explosant en une tempête visant à la défendre de tout ? Elle a cette sensation, quelque part, quand la mémoire et les vies devant ses yeux lui disent que ce n'est pas le cas. Quel étrange sort que le leur...

"Je me porte bien, Chevalier, ne vous inquiétez pas pour mon sort."
Pas quand il est blessé de la sorte, mains délaissant les siennes à regrets pour passer fugacement le long de sa mâchoire. "Je vous l'ai dit... Elle était la Fatalité. Elle ne m'a rien montré que je ne savais déjà, mais... ses leçons sont cruelles à entendre, toujours. Nous ne sommes rien pour elle. Que lui importent nos douleurs et nos blessures, lorsqu'elle nous déplace à sa guise le long de son échiquier ? Nous ne sortirons de ce lieu que lorsqu'elle aura jugé sa soif de divertissement assouvie. C'est ce qu'elle m'aura appris, le message qu'elle m'aura transmis. En me montrant l'engrenage des évènements, et sa main, partout sur eux." Voile noir sur ses yeux, un instant, avant qu'elle poursuive. Si épuisée dans sa robe collée de sang, la Princesse au bord de l'agonie, pas assez blessée pour risquer de rejoindre les ombres, trop endolorie pour trouver en elle l'énergie de se rebeller contre leur sort. Ils ne sont que des pions sur l'échiquier. Reine, Cavalier... Tour, Fou... A l'origine ils ne sont que des pions, transformés par le bon vouloir de qui les place et les déplace à sa guise. Murmure. Prononcé à regrets. Il doit savoir. "J'espérais... je ne sais trop, à dire vrai. Des réponses, peut-être. Plus de temps. Une clé, quelque chose. Je ne suis pas forte, mon Chevalier, je ne suis pas guerrière comme vous. Juste une enfant grandie isolée de la réalité de son monde qui cherche désormais à retrouver son asile. Et elle... elle était moi, mon passé, mes possibles. Peut-être espérais-je quelque indice, si seulement elle avait bien voulu retourner en moi. Mais je n'ai trouvé que la certitude que nous ne sommes que des marionnettes dans tout seulement. Nous ne sortirons de ce lieu qu'une fois qui tire les cordes lassé de nous, ou si nous les coupons nous-mêmes."

En s'infligeant blessure assez profonde pour les emporter avec eux. Cela, elle n'a pas le courage de le lui dire, observant le monde changer autour d'eux à la place. Plafond se vidant de toutes ses couleurs, dorures et moulures oscillant et s'aplanissant, alors que les secondes se font songeuses, lentes et légères. Entracte... Marionnettes piégées dans une pièce de théâtre, voici ce qu'ils sont, alors que son esprit retrace les pas, les scènes, tente de leur redonner sens, regard suivant la transformation du décor autour d'eux. Un changement d'acte qui s'approche... Le premier, la main autour de sa gorge, première scène, tableau de la rencontre, l'homme qui vient en aide à la femme en détresse, deuxième scène, le couloir sans fin, la faiblesse de l'homme dans les bonbons dévorés, la crainte de la femme dans les friandises repoussées, troisième scène, la pièce aux portes, évènements ouvertement manipulés pour la première fois, l'adoubement. Elle peut percevoir les fils qui lient les évènements entre eux, désormais, tapisserie se peignant devant ses yeux en une débauche de couleurs hérissées de venin. Le deuxième acte, couloir aux tableaux, semant la crainte, tentant d'instaurer la dissension, pièce aux miroirs, son Chevalier confronté à sa Bête, luttant contre elle, y cédant pour finalement revenir à lui, à temps pour la voir emportée, pièce de la Fatalité emplie de Temps, l'hypnotisant pour mieux la confronter à leur insignifiance. Chevalier vaincu, abattu, Princesse blessée, terrifiée par le poids des fils qu'elle trace du regard. Juste des acteurs jouant la pièce contre leur gré. Leurs mots leur appartiennent-ils seulement encore ?

Les doigts de son gardien entre les siens, enlacés. Ce geste aussi, est-il prévu, forcé, ou naturel, désiré ? Elle ne sait plus ce qu'elle doit penser, alors qu'elle observe le changement de décor se poursuivre. Le ciel, bleu, aveuglant, remarque de son Chevalier tirant un sourire douloureux à ses lèvres. Après la pluie, le beau temps. Elle n'en est pas si sûre que lui, désormais. Le théâtre et la Fatalité sont indissociable, le troisième acte est celui des résolutions. Réconciliation, retrouvailles, dans les comédies. Mort, drame, dans les tragédies. Au vu de ce qu'ils ont enduré, elle doute fort qu'ils soient comédie, autre que comédie des douleurs. La leur est une tragédie, soleil pesant comme une enclume le long de leurs peaux une confirmation. Clouant son Chevalier au sol, crucifié par les rayons. Il faut se redresser. Il a raison, il faut se redresser, aussi vain le geste. S'ils ne jouent pas leurs rôles, quel nouveau mécanisme viendra les broyer, pour extraire d'eux la réaction voulue ? Il faut se lever. Péniblement. Le poids de l'appréhension tentant de la maintenir courbée, sa voix se forçant à s'affermir pour rassurer son protecteur, mains restant dans les siennes, l'assistant, autant que la différence de leurs carrures le leur permet. Debout, enfin, une main dans la sienne, les yeux dans les siens. Songeuse. Avant de les laisser glisser, observer.

C'est une cour qui s'est formée autour d'eux, un arbre immense s'élançant sans fin vers le ciel, sa cime ne laissant aucune ombre, des buissons taillés d'ici de là, statues de marbre aveuglant disséminées, leurs traits brouillés par l'éclat aveuglant de la pierre de laquelle elles ont été extraites. Pierre si blanche, plus lumineuse que la neige, alors qu'elle porte une main à ses yeux pour les préserver de la luminosité. Gouttelettes, tombant du ciel aveuglant. Brutales contre la peau alors qu'elles y tracent un sillon poisseux, clairsemées puis gagnant rapidement, en nombre, en brutalité, qu'elles peignent sa peau de leurs trainées rouges. Les statues s'assombrissent, virent au gris, au rouge, peaux glacées gagnant les couleurs de la vie à mesure qu'elles boivent le sang offert par le ciel. Une pensée, fugitive. Qu'au moins son Chevalier ne se rendra pas compte de sa blessure, sanglante épave qu'elle est désormais. Les yeux, qui clignent. En écho à ceux d'une statue. Sous le sang et les couleurs, elle distingue les traits, de plus en plus définis, bouche large, traits masculins. Inconnus, d'elle. Elle suppose qu'elle est part de son protecteur alors, main le cherchant à tâtons, s'ancrant à lui, telle celle d'une enfant. Une main de pierre, qui bouge, se tend vers elle, doigts ouverts, invitation. Remonte vers un visage au sourire familier, aux yeux de nuit étoilée, pétillants d'humour explosant en mille novas. L'autre main, qui balaie le lieu. Traits sévères de son père adoucis par les commissures à peine relevées de ses lèvres, douceur du visage de sa mère, ses épaisses vagues de cheveux noirs comme l'abysse retenus par un chignon, sa barrette prête à céder d'un instant à l'autre. Toujours le même regard, si sombre, si doux, creux des cernes marquant son épuisement. D'autres statues vivantes, connues, inconnues, leurs gestes une invitation, leurs lèvres bougeant sans un son. La terrifiant. Le troisième acte est l'apogée, le crescendo, la chute sans fin vers le dénouement, la mécanique achevant de broyer ses acteurs pour les recracher brisés au bord de la scène.

"... Il ne nous faut pas les battre, n'est-ce pas ?"


Si tel est le cas... Non, l'idée est inimaginable, trop cruelle pour être observée, alors que les statues s'approchent, miroir des perdus, leurs mots perdus dans les tréfonds de leurs gorges dépourvues de toutes cordes vocales. La main de son frère, qui englobe sa joue, délicatement. Si froide et si dure en dépit des apparences, la chair ne faisant que dissimuler ce qui reste au final du marbre, nulle tendresse, nulle souplesse dans son toucher. Juste la dureté de la pierre, sans émotions. De si près, il n'est qu'une parodie de lui-même, les émotions dans ses yeux aussi artificielles que les délicats globes de verre qui remplacent les yeux des animaux empaillés, alors que ses doigts glissent jusqu'à son cou et tracent les marques qui s'y dessinent, s'y superposent si parfaitement. Assez pour lui laisser à penser qu'elle était la sienne un instant avant de rejeter l'idée et de se nicher contre lui à la place, talons se levant, baiser laissé sur le front haut et clair, invisible dans le sang. "Tu devrais retourner dormir. Il se fait tard." Mots si habituels, tandis qu'elle se recule, retrouve l'ombre rassurante de son Chevalier. Devant elle, elle peut voir les statues se rassembler, anxiété la saisissant à leur vue. Elles ne pouvaient rester douces, rassurantes, ce n'est pas la pièce dans laquelle ils jouent. Elle espérait, pourtant, alors qu'elle observe leurs couleurs changer, migrer, les laissant face à une marée d'eux-mêmes. Mer de Princesse sanglante et de Chevalier bestial, leurs mains enlacées, leurs visages parfaits reflets des leurs. Encore des doubles. Des doubles qui les font douter de sa propre réalité.

"Si nous venions à être séparés..."
Peur dans la voix. S'ils venaient à être séparés, comment pouvoir se retrouver, être certains de ne pas avoir saisi la main d'une statue, avant d'être dans son étreinte ?


_________________
bless my darkness, bless my light
You are the darkness that made me this way, I lost my soul in your skin  tones
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4351-i-will-not-let-a http://www.mercy-in-darkness.org/t4382-timely-order-moriah

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1082
↳ Points : 163
↳ Arrivé depuis le : 23/01/2017
↳ Age : 24
↳ Avatar : Tom Hardy
↳ Age du Personnage : 33 ans.
↳ Métier : Souteneur pour la Niflheim.
↳ Opinion Politique : Je me satisfais de la transgression des règles.
↳ Niveau de Compétences : Niveau général, 2 - Sarcasme, 8
↳ Playlist : MARILYN MANSON - Coma Black, A Place In The Dirt, The Fight Song --
RAMMSTEIN, Feuer Frei --
KORN, Freak On A Leash ; Right Now ; Punishment Time, Somebody Someone --
LA CANAILLE, La Colère --
IMAGINE DRAGONS, Shot.
↳ Citation : « I am not loved. I am not a beautiful soul. I am not a good-natured, giving person. I am not anybody's savior. »
↳ Multicomptes : Non.
↳ Couleur RP : #990000



les petits papiers
↳ Copyright: Code signature : XynPapple
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: La Danse de Mardi Gras ♦ Joseph   Dim 16 Avr - 22:15

La déglutition est difficile et le coup dans le ventre rude. Le marbre immaculé se fait bientôt chair, du moins dans la couleur, et trompeur. Avant même de voir ce visage, je le ressens. Un courant mordant coule le long de ma colonne vertébrale, s'appesantit dans mon ventre comme mille chapes de glace. Comme une impression de déjà-vu, un horrible sentiment prémonitoire, et je demeure figé, incapable du moindre mouvement. Gorgées du sang céleste, elles s'animent, nous miment et désirent vivre. En un long et faible hochement négatif de la tête, mon refus s'exprime et s'impose, impuissant pourtant. Les yeux voudraient se voiler, l'esprit se cacher derrière une ombre, une silhouette, une énième statue. Mais ce serait peine perdue ; elles s'animent toutes vers nous, font face à nos visages décontenancés et tendent les mains en notre direction. Lorsque des traits connus sont discernés, je détourne les yeux et cherche un visage étranger. Des yeux qui ne soient pas bleus, des lèvres qui ne soient pas si charnues. Une stature inconnue, tout et n'importe quoi. Alors je contemple ceux que je ne connais pas, referme mes doigts sur ceux d'une princesse qui cherche réconfort. Lui apporte ce que je peux. Deux individus s'approchent, et je distingue ça et là quelques ressemblances avec la douce, sur lesquelles je m'attarde trop longuement. Il me faut me concentrer avec précision, pour ne pas sombrer dans mes propres souvenirs. Je ne le désire plus, ardemment. Il faut que tout cela cesse, pour ne pas oublier qui je suis, pour ne pas que les fripes que je porte ne s'impriment sur mon épiderme et épousent les courbes de mon âme. La paume de ma main embrassant celle de la Princesse, je doute une seconde de vouloir que tout cela ne meure véritablement. Tout, non. Mais la vie enseigne à ses enfants qu'on ne peut conserver jalousement au creux de son cœur tout ce que l'on chérit, et vomir ce qui nous importe peu. Le choix nous est donné, et il faut parfois renoncer à quelques plaisirs pour ne pas risquer de s'étouffer dans le chagrin de leurs sombres pendants. Lorsque l'acte sera terminé, la page sera à tourner.

Mais l'acte n'est pas au bout de sa vie. Il s'ouvre à peine sur nous, et la Princesse énonce à voix haute et douce les inquiétudes que je n'osais formuler. Faut-il les battre ? Je secoue spontanément la tête, en un nouveau signe de refus. Une négation qui la concerne, tant je me force à demeurer dans l'ignorance de mes propres spectres. « Vous donnent-ils matière à les combattre ? L'ont-ils déjà fait ? » Si tel n'est pas le cas, aucune raison d'imaginer qu'ils soient néfastes, me dis-je naïvement, sans la moindre conviction. Une nouvelle figure de marbre, masculine, s'approche de ma protégée – l'ai-je véritablement sauvée de quoique ce soit ? La main de la décence me caresse la joue et m'incite alors à détourner le regard, puis le visage, d'une tendre scène à laquelle je n'appartiens pas. Projeté la tête en avant auprès des acteurs de la mienne, pas de tendresse pour moi. Les traits sont durs, la tignasse grisonnante de mes souvenirs tombe dans la nuque, et les billes bleues sont perçantes. Peu importe qu'elles ne soient pas humaines et que les traits du pinceau semblent encore visibles – elles sont véritables à mes yeux. Véritables et pénibles à soutenir ; il m'est pourtant impossible d'en détacher mon regard, de ne pas plonger dans les abysses superficielles qu'elles m'imposent, dans lesquelles je distingue ce que mon esprit me chuchote. Les souvenirs sont intenses, douloureux comme la vivacité d'une brûlure et il me semble faire face à un brasier intangible. Les cendres ardents m'éclaboussent de dizaines de coups dans le ventre. Mais je refuse de me souvenir, refuse d'y penser encore, je n'en peux plus – il me faut réunir toute la force dont je suis doté pour m'arracher à l'océan de réminiscences. Aussitôt la face détournée, je tombe sur un nouveau visage. Une nouvelle barbe, un nouveau regard océanique, un nouveau visage intime, un énième refus de ma part. N'y a-t-il pas là le visage d'une autre princesse, celui d'un proche, celui d'un être qui ne soit pas mort à mes yeux, qui ne soit pas un fantôme de ma vie ?

Il semblerait que non. Le constat est amer, douloureux à l'âme. Et s'il fallait les combattre, je le ferai sans sourciller, une fois encore. Un nouveau coup d'épée dans l'eau, dans la brume, dans le vide. Si cela soulage, ça n'apporte rien, mais qu'importe. Tant que le soulagement est au bout du chemin, à quelques pas, à quelques battements de cils et de cœur. À peine le songe formulé dans mon esprit que les statues muent. Les visages se transforment, les tignasses s'allongent ici, la barbe pousse par là. Deux faces, et une multitude d'individus pourtant. Les doigts se serrent avec plus de fermeté sur les siens, certains de pouvoir s'y emmêler avec suffisamment de force pour ne plus être séparés. Pas encore, non, pas de nouveau. Faut-il lui conseiller de les dévisager, ou au contraire de fermer les yeux, comme les enfants effrayés du monstre qui dort dans le placard ? Faut-il se cacher sous la protection de l'édredon, ou affronter le mal, éteindre la veilleuse et se laisser embrasser par les ombres ?
« Nous nous retrouverons, n'ayez crainte. » À défaut de trouver un réel conseil à lui apporter. Les yeux se plantent dans les siens et je lui fais face avec force. « Suivez le son de ma voix, la vie dans mes yeux et la rudesse de mes doigts, il le faut. » Non, nous ne pouvons plus nier. Impossible alors de survivre à la houle humaine qui s'abat sur elle et nous étouffe, nous emporte dans un tourbillon infernal. Difficile de tenir sur ses deux jambes ; il faut marcher en même temps qu'eux, même s'ils n'ont pour but que de nous éloigner l'un de l'autre. Je la retrouverai, quoiqu'il m'en coûte – mais la statue se fait humaine, elle n'est plus véritablement constituée de marbre. Sa chair est molle au contact de mon corps, et dans ses yeux brille la lueur faiblarde d'une brève existence. Lorsque je croise mon propre regard, je ne le trouve pas naturelle – mais chaque princesse se vaut à mes yeux. Force m'est de constater que je ne la connais pas, que je peux dessiner ses traits les yeux fermés ni reconnaître sa voix parmi cent. Le pincement au cœur s'attarde et je dois l'ignorer. Ma douce princesse, je ne peux vous faire défaut, surtout pas en cet instant crucial.

Mais je suis ballotté par le courant humain, les pas me portent partout et nulle part. Je me laisse faire un instant, certain qu'il se terminera seul et s'évaporera naturellement – mais le poids des corps qui se dépêchent autour de moi s'alourdit, s'amplifie, se fait étouffant. Rapidement, je ne vois plus d'issue et suis oppressé. Ici et là, la douce voix s'élève, effrayée et seule – est-ce vraiment elle ? Je lui réponds brièvement, n'ai pas le loisir de m'y pencher plus. Je grogne, râle, grommelle davantage. Une main me tire en arrière, me pousse et les doigts se serrent sur mes vêtements. La poigne est si forte que ça ne peut être elle. Le corps poussé contre un mur, j'accuse le coup de la soudaine rigidité qui heurte mes omoplates  et l'isolement soudain. Dégagé de la marée humaine pour faire face à ma pâle copie, une parmi tant d'autres – d'autres qui ne suivent pas et m'abandonnent à mon sort. Nous nous faisons face sans mot, sans geste et je me perds dans la contemplation d'un visage que je ne vois plus depuis longtemps. Je n'y attache aucun jugement de valeur – je n'aime ni n'aime pas. Contemple sans plaisir, sans dégoût, mais me gorge seulement de traits que je devrais connaître mieux que quiconque et qui se perdent pourtant dans les profondeurs de souvenirs enfouis. Le coup m'atteint de plein fouet et me sonne – le poing s'est abattu sur mon visage, mon crâne s'est écrasé contre le mur. Ça y est. Les esprits retrouvés, il me faut me défendre comme un diable – je cogne ce visage familier comme lorsque j'abîmais celui de mon frère. Il est très étrange de s'en prendre à des traits que l'on connaît tant, que l'on se permet parfois d'apprécier sentimentalement. C'est comme détruire ce que la vie nous donne, forcer ses aiguilles à tourner dans l'autre sens. J'espère que la Princesse n'a rien de tel à affronter ; pensée fugace avant le dernier coup, celui qui termine de m'écorcher la main. C'est terminé, et je suis parcouru d'une vague électrisante – alors je frappe à nouveau, des mains jointes. Porte les derniers coups de pinceau sur ce tableau d'égocentrisme, tout de rouge peint.

Spectateur de la scène, je n'en ressors pas plus touché que ça – vague protection de l'esprit, certainement, qui se mêle à l'adrénaline qui coule dans mes veines et m'empêche de trop y penser. Cette nuit, le cauchemar sera saisissant. Inutile de le désirer pour le moment. Les mains passent sur le tissu de mon vêtement et y déposent le liquide carmin. Lorsque je me redresse, une sensation désagréable près de ma hanche m'incite à palper la zone. La rose jaune est tordue et semble fânée mais n'attire pas mon attention – le petit miroir de poche, en revanche, est extirpé de ma poche à toute hâte. Peut-être... Trop brusquement, je le place face à mon visage – trop vite pour avoir anticipé la vision d'horreur qui me retourne l'estomac. Il est là, le monstre. Il ne se cache pas, ne rôde pas dans mon ventre, il est juste devant moi. Comme le visage de mon père, il est ardu de m'en détourner. Je contemple la mort et les terres désolées d'un visage autrefois humain. Je ne peux me rassurer en lorgnant sur mon image qui traîne au sol, au visage ensanglanté qui empeste le sang et la rouille. « Princesse ? » Elle seule peut me tirer de cet état. Je l'appelle et répète son nom, jusqu'à ce qu'elle prenne place dans mon esprit. Le miroir incliné vers moi, je me redresse et avance à reculons, jusqu'à retrouver la marée humaine, m'efforce de ne pas imaginer le pire pour ma douce princesse. Les visages s'éteignent et dépérissent dans le reflet du miroir, je vois leur vraie nature. Leur peau est blanche et leur chair simulée. Je l'appelle avec plus d'ardeur, m'enfonce dans le tourbillon, cherche jusqu'à apercevoir une tignasse brune, un peau humaine, une âme dans les yeux.

« Je suis là ! C'est moi, je vous en conjure ! » La main tendue, j'étire mon bras jusqu'à la toucher et l'agrippe de toutes mes forces, trop brusquement peut-être. Soulagé de la retrouver. « Princesse, c'est moi, regardez ! » Inconscient de son mal, je lui impose sa propre image dans le reflet du miroir et me pose à ses côtés. Mais je n'ai pas le temps d'attendre qu'elle comprenne qu'il faut s'enfuir. Son corps pressé contre le mien, j'avance tel un bouclier dans le flot. « Que vous est-il arrivé ? Oh, pardonnez-moi, nous avons été séparés et... » La décence m'impose de ne pas la palper, mais l'envie est brûlante de savoir si elle n'a pas l'ombre d'une blessure. Le tissu de ses vêtements est tâché de rouge et je ne discerne aucun maux sur son corps. Il me semble que cela fait des heures que nous bravons la foule. « Fixez l'arbre, princesse, regardez-le s'élever dans le ciel, car c'est là que nous allons. » Projet aucunement funeste malgré les apparence. Mais il nous faut fuir cette marée pour ne pas s'y noyer. Les derniers pas sont les plus difficiles. La marée n'a d'aquatique que le nom – elle n'est pas fluide et ressemble à des sables mouvants, dans lesquels il est difficile de progresser. La princesse n'y arrivera jamais. Sans préambule, je la soulève du sol et la tient à quelques dizaines de centimètres du sol, fermement contre ma poitrine. Accrochez-vous Princesse, et n'ayez pas peur de m'étrangler. Ils sont partout et cela donne le tournis, mais l'écorce de l'arbre géant n'est plus qu'à quelques pas de géant.
Pas de géant comblés lentement par un humain, mais comblés tout de même. « Il faut grimper, y arriverez-vous ? » La voix hachée, le souffle saccadé et rendu difficile par l'effort. Il le faut, qu'elle y parvienne. « Je vais – vous hisser. Pas – d'inquiétudes... » Il faut qu'elle me lâche, qu'elle se tourne. Mon regard est tout ce qu'il y a de rassurant, quoiqu'un peu autoritaire. C'est le moment ou jamais. À quasiment deux mètres du sol, une gigantesque branche ne semble que nous attendre, épaisse et large. Il faut qu'elle y parvienne, me dis-je, déjà prêt à la porter à bout de bras. Il faut qu'elle grimpe, qu'importe ce qu'il adviendra de moi.

_________________
SPITTING OUT
THE DEMONS
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4257-joseph-townsend http://www.mercy-in-darkness.org/t4636-punishment-time

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 800
↳ Points : 391
↳ Arrivé depuis le : 14/02/2017
↳ Age : 26
↳ Avatar : Golshifteh Farahani
↳ Age du Personnage : 35 ans
↳ Métier : Femme de ménage
↳ Opinion Politique : Méprise de plus en plus le Gouvernement et ses agissements, sans pour autant s'intéresser à la Résistance
↳ Niveau de Compétences : Niveau 3 général - Niveau 1 en détection des mensonges - Niveau 2 en influence sur les animaux/Skinchangers
↳ Playlist : Eivør - Í Tokuni / The Pogues - Turkish Song of the Damned / Crywolf - Stomach It / Big Bad Voodoo Daddy - Save my Soul / Skillet - Monster / Five Finger Death Punch - Wrong side of Heaven
↳ Citation : Can you feel the way your face distorts, did you think that it could be this way? As you're growing out of my control, will you watch me as I fade away ?
↳ Multicomptes : Saskia E. Amberly
↳ Couleur RP : #66FF99



les petits papiers
↳ Copyright: Cornel
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: La Danse de Mardi Gras ♦ Joseph   Dim 23 Avr - 0:22


« Mardi Gras, baby. Mardi Gras. Time when all manner of weird shit cuts loose and parties down. »

Joseph & Moriah
featuring

Statues de chair, visages reflets, chaleur de la pierre qui s'anime et se peint d'un éclat de sang circulant dans des veines de marbre comme dans des veines de corps, yeux qui délaissent l'éclat de la peinture pour se faire regard de verre puis d'organe. Encore une épreuve, les faces du passé travaillées par des ciseaux invisibles jusqu'à devenir leurs miroirs, leurs semblables. De quoi venir à douter même de la réalité de la main du Chevalier dans la sienne, paume se pressant davantage contre sa jumelle alors qu'elle peine à donner forme aux mots. Il comprend, fort heureusement, sourire jouant sur ses lèvres en l'entendant, rassuré et hésitant tout à la fois. La rudesse de ses doigts n'est pas pierre, est toute de cal, mais la texture râpeuse est si proche... la vie de ses doigts est rassurante, mais perdue dans le labyrinthe de golems au front vide de tout sigil, l'éclat magique se fait indistinguable de l'éclat vital... Le son de sa voix... lui est familier, sera son fil d'Ariane alors, tandis que les doigts se séparent. Les corps de pierre sont implacables, l'entrainent au gré de leurs courants, corps balloté de ci de là, plaies du dos écharpé se rouvrant et déversant de plus belle son sang. Le corsage virant à l'écarlate et au pourpre, la peau passant du cuir souple et doré de la peau des chamois à l'ivoire cendré des os. Elle se meurt en silence, paupières s'abaissant un instant, pas se faisant trébucher, genoux fléchissant et la faisant ployer devant l'une de ses jumelles, main tendue de justesse se nichant dans sa main, Princesse et Statue l'une en face de l'autre, vivante soutenue par celle qui ornera sa tombe. Ce reflet, il est honnête, ce reflet il la montre, plutôt que ce qui a été glissé en elle, sourire reconnaissant posé sur elle avant que l'étreinte se resserre et peigne de rouge sa peau et de blanc ses ongles, sang piégé par la barrière des doigts autour de son poignet, os grinçant de frotter entre eux. Une protestation, un sursaut. La réponse attendue, peut-être, ou un geste calculé, membre relâché sans prévenir l'envoyant en arrière, contre le coude ployé d'un garde à la peau gelée. Un cri de douleur, instinctif, pour toute réponse, se refaire porter par la marée.

La voix du Chevalier finit par dominer le son rocailleux des statues de chair et du sang qui bat un rythme effréné le long de ses oreilles, long sifflement aigu qui emplit son esprit et crisse le long de ses sens, obligée d'écarter ses mâchoires un instant pour s'assurer que ce n'est pas le grincement de ses dents qu'elle attend. Il y a une lourdeur dans ses membres, une froideur dans ses veines, une noirceur devant ses yeux, une pulsation dans son dos du sang qui sèche et de celui qui coule de plus en plus languissamment. Tenter de le rejoindre, de traverser les corps qui repoussent si aisément le sien en une barrière inflexible, chemin se dessinant devant elle pour mieux se refermer, moquant ses efforts, agitant la liberté et la sécurité devant elle pour mieux lui retirer, désespoir et détermination luttant à chaque nouvelle tentative avortée. Elle ne peut que prier que son protecteur ait plus de chance qu'elle alors que des mains retiennent ses membres et que ses pieds butent sur des obstacles mouvants, captive de leur bon vouloir. Elle peut lire l'éclat froidement amusé dans leurs yeux, la cruauté impassible. Une nouvelle main autour de son bras, brutale, qui la ramène en arrière et lui tire un son douloureux qui se perd dans le rassurement. L'odeur, la voix, la texture du tissu, ils sont familiers, l'image dans le miroir aussi. Son chevalier, le monstre en elle, et des statues, reflets de pierre qui reprennent leur apparence première. Plus de mirage, plus de mensonges. Hormis qui glisse aisément de ses lèvres en réponse à l'inquiétude de son gardien, sourire aux lèvres et regard doux, une main posée sur son bras, doigts qui pressent doucement pour consoler et assurer que l'on va bien, qu'importe le vent hivernal qui siffle en elle et apporte l'odeur des feuilles d'automne pourrissantes avec lui. "Rien qu'elles ne m'aient fait, je vous l'assure, si ce n'est le fruit d'un certain manque de délicatesse dans leurs gestes. Cela passera." Vérité contournée, mensonge évité, les deux emmêlés en une masse indissociable.

Pressée contre son protecteur, fendre la masse est soudain plus facile. Ils abdiquent face à sa détermination, écartés sans ménagement, marée mouvante se replaçant toujours sur leur chemin mais plus faible que lorsqu'elle se trouvait seule face à elle. Fixer l'arbre. Elle obéit, regard s'y accrochant. Un tronc immense et large, son écorce si épaisse qu'elle en semblerait presque former des ravins dans le paysage de sa hauteur, des branches imposantes, qui s'étendent vers le ciel jusqu'à former une canopée, plafond obscurci derrière sa majesté. Les feuilles sont de milles verts, certains presque jaunes, d'autres teintés de bleu dans la lumière, contrastant avec le tronc de brun rougi, toutes de formes différentes. Ce n'est pas un arbre, c'est l'Arbre. Tous les arbres incarnés en un seul, immense et indestructible. L'arche de Noé pourrait être taillée dans son cœur. Plus que quelques pas, l'impression qu'il suffirait de tendre la main pour toucher le béhémoth. Les plus durs, épuisement de la lutte et des blessures encaissées, de la marée de marbre qui se fait plus dense et dure devant eux, déterminée à les conserver dans ses filets. Chaque pas est un gouffre franchi, qui raccourcit le souffle et brûle les membres, avant qu'ils se trouvent à destination. Lever la tête est un vertige, sensation de tomber dans le feuillage qui forme un océan au-dessus d'eux. Elle doit grimper ? Cela ? Elle ne se souvient pas de la dernière fois qu'elle est montée dans un arbre, mais elle obéit en silence, se laisse hisser, mains s'accrochant à la branche, dos hurlant une douleur blanche et perçante alors que de nouveau ses veines se font fils de soie et cèdent sous la tension. Elle vacille, un instant, avant de se reprendre, ravalant la noirceur devant ses yeux, jambes enserrant la branche et corps se penchant, mains se refermant péniblement autour du poignet de son Chevalier. "Je ne peux vous soulever, mais je refuse de vous laisser ! L'écorce est large, tentez de l'escalader, je vous en prie ! Je vous guiderai !"

Il faut monter, maintenant, mains s'accrochant aux branches immenses, pieds s'arque-boutant à l'écorce, corps se hissant dans un effort qui semble sans fin. Branche après branche, les statues qui les fixent groupées en dessous de l'arbre, de plus en plus semblables à la pierre dont elles sont issues, leurs regards morts à mesure que ceux qui les nourrissaient de leur présence s'éloignent. Le sol se fait de plus en plus lointain, et pourtant, la canopée refuse de se rapprocher, semble se faire plus distante elle aussi. Ce n'est pas normal. Quel obstacle est-ce encore ? Elle peut sentir le hurlement dans ses omoplates à chaque traction, ses pieds qui glissent parfois, ses mains qui se gravent des rugosités des branches et de l'écorce, jusqu'à ce que tout ne soit plus que bruit blanc, juste elle et la douleur et le sifflement dans son esprit et l'arbre sans fin. Quelle fée ont-ils offensée de leur existence, pour mériter tel sort ? Quelle malédiction leur a été lancée, pour que tout cela semble sans fin, que l'issue soit constamment repoussée ? Saisir une branche ou un relief de l'écorce, arquer son pied et l'ancrer, se hisser, corps hurlant de tout son être, pensées annihilées par la douleur, recommencer. Encore et encore, sans fin. Sans espoir de s'échapper, sans se rapprocher du sommet. Est-ce une illusion, ou sont-ils en train de monter au sommet de quelque haricot caché dans l'arbre, un nuage les attendant, une oie et une harpe en guise de trophée une fois parvenus à destination ? Où est la hache alors, quel visage prendra le géant ? La sueur colle à son visage, sa peau se fait cire, des poids s'accrochant à ses membres et ses cils. La robe continue de se teindre, lentement, ses doigts tremblent, ses veines gèlent. Battements précipités de cœur, épuisement. Un instant, un effort de volonté, ses yeux s'accrochent à ceux de son protecteur, l'observent, résignation montant en elle. Le cycle est sans fin. Ils sont si haut, désormais... Les statues au sol ne sont plus que des silhouettes indistinctes, immobiles.

Sa main glisse. Son corps bascule. Pas un son ne lui échappe, rien qui puisse alerter son Chevalier alors que le vide s'ouvre sous elle. Sifflement dans ses oreilles de l'air indistinguable de celui dans son esprit, sa cape qui s'ouvre sous elle dans un claquement sonore alors que le sommet de l'arbre se fait plus lointain encore. Elle tombe, et son corps reste détendu, abandonné à la chute, oscillant entre la conscience et l'inconscience, nulle appréhension en elle. Il fallait que cela arrive un jour, n'est-ce pas ? Les statues l'attendent, elles la berceront de leurs bras, enlaceront ses membres brisés et la berceront tandis qu'elle se reposera. Il n'y aura plus de reflet maudit ni de dualité atroce, juste le sommeil sans fin, auprès des siens. Son Chevalier pourra survivre, libéré du fardeau qu'elle était. C'est la meilleure issue, et ses lèvres se soulèvent, à peine, soulagée. Tombée de si haut, elle ne sentira rien, alors que ses paupières se referment et que la chute se poursuit. Si longue. Sans fin. Pas de peur pourtant. Elle a déjà rencontré sa Fatalité tout à l'heure, il n'y a plus à avoir peur. Tout ira bien. Tout le monde connaitra sa fin heureuse, de la sorte. Son corps heurte le sol. En douceur, sans un son. Sans douleur, alors que ses doigts enregistrent le moelleux d'un épais tapis, le froid luisant d'un plancher, dos endolori mais membres entiers. "Mon Chevalier ?" Murmure. Pourquoi peut-elle encore parler ? Elle devrait être morte. paupières qui tressaillent et révèlent un plafond blanc orné de moulures au-dessus d'elle. Est-ce là ce qui survient après la vie ? Étrange. Aussi étrange que la sensation poisseuse dans son dos du sang en train de sécher. Sa tête tourne, péniblement. Son corps tout entier se sent lourd, muscles protestant alors qu'elle se traine péniblement et se met à genoux puis debout. Pas hésitants de nouvelle-née, qui la trainent près du corps étendu de son protecteur. Elle reconnait le lieu désormais, cette première pièce où une main s'est refermée autour de son cou, main se posant sur le torse de l'homme-monstre pour s'assurer que son cœur bat avant d'hésiter. De le secouer, doucement. Une porte bat, s'ouvre, apporte les odeurs de la nuit et celles de la ville. L'horloge a sonné, minuit est passé, les costumes ne sont plus que des costumes, princesse redevenue Moriah. Qui hésite et débat avec elle-même, s'atermoie pour ne pas avoir à décider. Retrouver sa conscience épuisée est difficile. L'envie de rester auprès de lui, qui est devenu symbole rassurant malgré lui. Conscience qu'il n'est qu'un étranger, un monstre comme elle, qui la fait hésiter. Certitude qu'elle doit rentrer bander son dos au plus vite, se plonger sous l'eau chaude pour libérer sa peau du sang caillé, tenter de dormir, trop tard pour se rendre de suite chez Calder. Crainte d'une nouvelle blessure, qui épuisera le reste de ses forces. Encore et encore, les pensées qui tournent et se retournent, pour se former en un unique murmure. "Merci de votre protection... Je suppose qu'il ne faut pas nous attarder plus longtemps. Qui sait combien de temps ce lieu nous laissera rester nous-mêmes ?" Pas assez longtemps, sans doute. Non, mieux vaut fuir, prénom donné comme une arrière-pensée, roulant étrangement dans sa bouche tout en l'assurant plus solidement à elle-même. Nouveau remerciement. Avant de se détourner, et s'engager vers la sortie, liberté si près qu'elle peut la toucher du bout des doigts, rue qui s'ouvre devant elle presque un miracle. "Nous sommes libres..."


_________________
bless my darkness, bless my light
You are the darkness that made me this way, I lost my soul in your skin  tones
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4351-i-will-not-let-a http://www.mercy-in-darkness.org/t4382-timely-order-moriah

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1082
↳ Points : 163
↳ Arrivé depuis le : 23/01/2017
↳ Age : 24
↳ Avatar : Tom Hardy
↳ Age du Personnage : 33 ans.
↳ Métier : Souteneur pour la Niflheim.
↳ Opinion Politique : Je me satisfais de la transgression des règles.
↳ Niveau de Compétences : Niveau général, 2 - Sarcasme, 8
↳ Playlist : MARILYN MANSON - Coma Black, A Place In The Dirt, The Fight Song --
RAMMSTEIN, Feuer Frei --
KORN, Freak On A Leash ; Right Now ; Punishment Time, Somebody Someone --
LA CANAILLE, La Colère --
IMAGINE DRAGONS, Shot.
↳ Citation : « I am not loved. I am not a beautiful soul. I am not a good-natured, giving person. I am not anybody's savior. »
↳ Multicomptes : Non.
↳ Couleur RP : #990000



les petits papiers
↳ Copyright: Code signature : XynPapple
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: La Danse de Mardi Gras ♦ Joseph   Ven 5 Mai - 2:28

À quelques mètres au-dessus du sol désormais, je cherche deux prunelles qui me surplombent. Elles ne ressemblent plus, le temps de quelques battements de cils, à celles dans lesquelles je me plongé maintes fois depuis notre rencontre. Mais je dois en faire fi – il faut ignorer la noirceur, repousser l'obscurité dans l'ombre à laquelle elle appartient. Son corps exprime à nouveau sa faible constitution et l'inquiétude point en mon sein. Il ne faut pas tomber, Princesse, il faut s'accrocher et planter les griffes dans l'écorce, serrer les cuisses sur la branche, jusqu'à ce que le corps entier soit douloureux de tension. Elle le fait, et c'est sur ma chair que se referment ses doigts. Les yeux levés vers elle, le torrent à mes pieds, nous sommes enfin à la place que nous méritons. Elle, au-dessus ; le visage incliné vers la populace, protégée par mes soins. Moi, sur la terre foulée par les autres, tous ces autres qui me ressemblent et qui n'ont rien à voir avec elle.
Le corps s'est tranquillement endolori à mesure que les dizaines de minutes s'envolaient et je ne lui réponds pas. Oui, il faut grimper, escalader, elle a raison. Se hisser, tirer sur ses derniers muscles et les triturer jusqu'au tremblement significatif. L'écorce imparfaite s'enfonce dans la paume charnue de mes mains, pourtant déjà recouverte ici et là d'une armure de peau ferme. Sur le qui-vivre, nous grimpons sans mot – ne se tordent dans l'atmosphère que soupirs et respirations fatiguées, épuisées de ce simulacre d'épopée. Je reste à son écoute, prêt à surgir au moindre signe de faiblesse de sa part, mais voilà une princesse qui demeure digne dans l'effort, me dis-je, admiratif. Il me faut pourtant détourner le regard de sa silhouette de temps à autres, me pencher sur ma propre ascension. L'esprit est tant préoccupé que tout se déroule mécaniquement – un robot grimpeur aux pensées fourmillantes et à l’œil inquiet.

Mais le robot, pourtant, s'essouffle. Il sent peser sur ses muscles le poids d'une journée interminable, d'heures à rallonge, de deux existences tiraillées et mêlées l'une à l'autre par un terrible marionnettiste. Qui était-il, d'ailleurs, celui qui tirait les ficelles ? Celui qui les a poussés sur la scène d'une pièce qu'ils ne voulaient pas jouer, encore moins vivre ? Existe-t-il seulement ? Une interrogation à laquelle nous n'aurons jamais de réponse me dis-je, amer.
Il faut pourtant persévérer, gravir une montagne de bois dont on ne distingue pas le sommet et s'y écorcher inlassablement les doigts. La sueur perle le long de ma nuque et se glisse sous le tissu, s'y colle insidieusement. Un regard en arrière m'assure pourtant que nous progressons – la vue des statues abandonnées éveille en moi un semblant de vertige et je détourne rapidement les yeux. Elles se font parterre de marbre, tant nous sommes haut – le silence s'amplifie et pèse sur nos épaules, alourdit nos langues de vaines paroles. Inutile de prononcer le moindre mot en cet instant. Nous n'en aurions peut-être même pas la force, le désir, la volonté. Deux prunelles accrochent les miennes et je souris aussitôt, tord mes lèvres en une moue que je désire rassurante. Elle ne l'est sûrement pas. Alors je la gratifie d'un grognement à défaut de m'adresser à elle.
L'amertume du regret est si violente qu'elle me retourne l'estomac. Les mains accrochées à l'écorce, le corps entier incliné vers les cieux, mes réflexes m'abandonnent et seuls mes yeux suivent sa chute. Les traits tordus, les lèvres s'écartent – muettes. Elle glisse, chute, s'évanouit dans l'air sans un cri. Sans d'autre froissement que le claquement d'un vêtement, sec et bref – il m'arrache un frisson glacé, comme si le tissu m'avait fouetté le dos de tout son long. Puis rien. Elle disparaît simplement, échappe à ma protection. Elle échappe à ma protection. Le cou tordu en arrière, le visage torturé et les muscles plus tendus que jamais, je ne bouge plus, incapable de réaliser. Tout est terminé, c'est bien cela ? J'ai échoué, la Princesse me glisse des doigts sous d'impuissantes mirettes.

Je dégringole de quelques mètres, m'abîme les mains contre l'arbre et atterrit sur une épaisse branche. Me penche en avant, saisi de l'espoir que je sais déjà fugace d'y pouvoir quelque chose. Elle a disparu, s'est envolée vers le sol, attirée par la pierre. Je ne veux pas penser à son corps échoué, à la position ridicule de ses membres oubliés là, à son regard terne et perdu. Les billes bleues tâtonnent et fouillent les environs, plus bas, le long de l'arbre – se sera-t-elle accrochée à un quelconque branchage ? Mais l'espoir disparaît d'un claquement de doigt. L'envie de hurler de tout mon saoul m'irrite la gorge et me démange les lèvres. Pourtant, rien ne sort – la lâcheté, la faiblesse s'installent en mon sein. Les yeux se gorgent d'une pellicule humide et brûlante, s'emplissent du liquide salé. Comment ai-je pu lâcher sa main, comment ai-je pu l'abandonner ? L'âme se tord et se flagelle, se presse entre les doigts de la bête – écrase-la, pour ne pas que je sois sauvé, écrase-la et réduis-moi à néant. Plus encore que la tâche à accomplir, c'était elle. Elle n'était pas n'importe qui, ne représentait pas n'importe quoi, me dis-je, pourtant incapable d'y attacher une définition quelconque.
Le regard se perd dans le vide, dans une forme que j'imagine être la sienne, alors qu'il ne doit s'agir que d'une ombre. Elle est en bas, je m'en persuade, je le pense alors avec assurance. Elle est en bas. Un regard s'étire jusqu'au ciel, jusqu'à ce sommet invisible et fantomatique. Et retombe au sol. Ils comprendront, ils comprendront tous. Ne saisiraient pas pourquoi je rentrerais bredouille, d'ailleurs.
Alors, d'un seul mouvement, d'un coup de main dans le dos, le monstre me pousse en avant. J'accueille le vent chaud avec satisfaction et un peu de soulagement. Tout est terminé. La chute est assez silencieuse – c'est perturbant, et rassurant aussi. L'envie de s'époumoner ne naît pas en moi, le désir de me déchirer les cordes vocales non plus. Juste cette déchéance apaisante. C'est à ses côtés que l'histoire se terminera, que seront tirés les rideaux. J'attends calmement le son de mes os brisés sur le sol tiède, du craquement de mes organes éclatés au creux de mes côtes, de la lumière vive et aveuglante et du sifflement sourd. Lorsqu'on ne sentira plus rien, lorsque les regrets ne seront qu'une virgule dans l'histoire d'une vie. Une virgule avant le bien-être éternel. La lâcheté fait peut-être partie de nous – en tout cas, elle se niche au fond de moi. Il n'est pas difficile de l'admettre, me dis-je tranquillement ; trop tranquillement, peut-être. Mon Chevalier? Je souris, serein ; je suis là, Princesse. Je ne vous quitterai plus jamais, je ne pourrai plus vous abandonner. N'ayez pas peur d'être liée à moi pas d'éternelles chaînes – je ne vous ferai plus jamais défaut. La promesse est assurée, soufflée, pensée.

Secoué d'une chute invisible, comme lorsque l'on échoue à s'endormir, je sursaute. Les paupières se soulèvent, les songes endormis ne sortent pas de leur torpeur et j'ai bien du mal à réaliser. Les doigts s'accrochent à son poignet avec force – je la reconnais, mais je ne la connais pas. Sempiternelle figure de rêveries, inconnue dans la réalité. Elle produit dans ma poitrine un drôle de sentiment. L'envie pressante de l'enlacer, de presser son corps contre le mien, se fait sentir, et dans un sursaut de ludicité, je grimace. Ma Princesse. Je m'agite lentement et me redresse, abandonne sa peau mais ne lâche pas son visage des yeux. Ma ? Les pensées se mêlent douloureusement à la logique et je demeure muet, incapable de prononcer le moindre mot – un peu choqué, peut-être.
Elle perce le silence, fait preuve de plus de courage que moi, et je lui adresse un grognement rauque. La gorge est sèche, la bouche aussi. J'acquiesce faiblement, incertain. Partagé entre l'envie de poser ma main sur son bras, ou plus près de ses doigts, de me placer devant elle ou d'assurer ses derrière, mêlant mon ombre à la sienne ; et celle de prendre mes jambes à mon cou, celle de me tirer sans plus de cérémonie, sans un regard en arrière. Oublier cette femme, ce temps passé ici – alors seulement, je réalise. Maisy. Les paupières se ferment, essaient d'effacer l'amertume qui s'étale sur mon visage. Et l'agacement grimpe, monte dans ma poitrine, irradie ma gorge. Alors je gifle mes songes, les étrangle et les ravale sans mot – inutile de penser davantage à cette femme, me dis-je avec force. Zappe-la. Tu la connais ni d'Ève ni d'Adam, alors range-la dans la boîte de celles dont on ne sait pas trop d'où elles viennent, celles qui ont partagé des nuits vides de souvenirs concrets avec toi. De celles qui avaient le sang aussi souillé que le tien. L'effroi me glace le sang – serait-ce cela ? Non... Nous n'avons pris aucune drogue. Je crois...
Après une déglutition difficile, je détache mon regard de son visage et fais la moue, désagréable. Son prénom arrive à mes oreilles et le mien s'échappe naturellement de mes lèvres, que je mords aussitôt. Difficile de la ranger dans une case si on commence à faire la parlotte. Elle me remercie et m'agace – il n'y a rien à remercier, je n'ai rien fait. N'est-ce pas ? Incertain, je pince pourtant les lèvres et m'en convaincs. Non, je n'ai rien fait pour elle, rien fait de bien.

Ses vêtements sont tachés, son corps semble douloureux, elle a l'air perdu – pourtant, je ne dis rien, me mangerais les lèvres de me retenir si fort de prononcer le moindre mot. Elle se débrouillera toute seule, très certainement. Je me force et y parviens plus ou moins, tord mon caractère dans tous les sens. « Ouais, dégageons d'ici. Faîtes attention à votre... » Je ne termine pas ma phrase et désigne vaguement le vêtement taché dans son dos. Un dernier regard gêné en sa direction, un ultime mouvement du visage en sa direction, comme pour la saluer, comme pour lui dire tout ce que je n'ose prononcer, et je m'éloigne, me fais violence. Nous ne sommes libres de rien ; c'est un peu trop dramatique pour être explicité et je hausse les épaules. Je ne la connais pas, me répété-je inlassablement, elle n'est personne. Je n'ai rien partagé avec cette femme, rien d'autre que quelques vapeurs étouffantes. À mesure que le vent me caresse le visage, je me mords pourtant la lèvre – quand s'est-elle blessée, et comment ai-je pu le louper ?


SUJET TERMINÉ
.

_________________
SPITTING OUT
THE DEMONS
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4257-joseph-townsend http://www.mercy-in-darkness.org/t4636-punishment-time
 

La Danse de Mardi Gras ♦ Joseph

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» MARDI GRAS
» Fiesta de MARDI GRAS
» Mardi Gras
» Senatris Edmonde Beauzile denonse konplo kandida o Sena Willo Joseph pou UCADDE
» Joseph Lambert ap seme terè nan Jacmel

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
MERCY IN DARKNESS .} :: The Third Chapter: New Orleans :: Western New Orleans :: Voodoo Museum-