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 Au moins une fois dans nos multiples vies [PV Helix]

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MessageSujet: Au moins une fois dans nos multiples vies [PV Helix]   Mar 7 Mar 2017 - 23:55


Dehors, il y a la fange, le grouillement, les cris, la nuit. Dehors, il y a la survie de l’organique face au béton, à la pluie, aux débris.

Et un médecin poussé par l’urgence.

Il presse le pas contre les marches de pierre, sous l’auvent de pierre, dans l’élan continu des gens qui ne traversent le nord de la Nouvelle Orléans que par un miracle des conjonctures. Il n’a rien à faire là. Son allure jure. Son costume bleu marine. Sa chemise blanche très blanche et sa peau propre et pâle.

Sa main droite devant. Bélier qui ouvre la porte. Adrénaline. L’envie de courir. L’amour de la hâte pour la hâte et l’impatience. Et pourtant, pas de frénésie, pas d’angle, pas de saille dans ses vitesses. Des gestes eaux, des mouvements courbes et des manières rondes.

- Bonsoir. Je suis le médecin que vous venez de demander. Pour un agent du gouvernement malade, donc ?

Sourire blanc et regard clair lumière. De la joie dans les plis des paupières. Calder est tout une masse d’éther, dense et mouvante, qui accroche les obligeances, écorche les silences, remplit l’air.

L’urgence des soins est son jeu. Un jeu d’enfant adulte, qui marche vite, vite, pose son coude sur le petit comptoir de chêne, pose son menton sur sa main fermée en poing, pose son regard sur la jeune femme qui l’attend derrière le petit comptoir de chêne.

- Et… je vous connais. Laissez-moi me souvenir.

Son immobilité soudaine. Sa vie crépitante sous le derme.

Intensité des mémoires. Imperceptible tremblement d’atmosphère.

Mais absence d’images, de tons, de nom.

Il tourne la tête vers le grand escalier. Vision baroque d’enfers rococos. Ah, quelle dramatisation… Quelques tentures carmines, quelques monstres et peut-être, peut-être, la scène serait-elle prête à ressembler à leurs enfers.

C’est cela.
C’est elle.
C’était là-bas.
Leurs.
Enfers.

Sombre. Si sombre. Tout était si sombre.

- Vous êtes la première femme aux mélanosomes mesurant plus de 0,8 microns que j’ai rencontrée.

Qu’il murmure très sérieusement en fermant à moitié les yeux. Les mots expriment le cynisme mais le timbre frôle le regret. Et pendant quelques fractions de seconde, Calder a moins de présence. Une inspiration de son corps. Qui reflue. S’atténue. Se dilue. Ramassé en lui-même.

Et elle, se souvient-elle ? De ces terres sèches, de ces cieux pourpres, de ces tempêtes ? Revoit-elle parfois, sous la protection de ses paupières, les monstres, les angoisses, les courses folles, les halètements, les cris, les sangs, les taches, les éclaboussures de viscères, les chairs rouges, les bouches ouvertes, les yeux béants, les peaux moites, les fronts perlés, les cils encombrés de sueur, les cernes veinées de noir, les veines pulsantes, les ombres menaçantes, les griffes acérées, les canines aiguisées ?

Il se redresse. Un papillon de nuit vole entre eux. Calder le chasse d’un revers de la main. Reprend son sourire amusé.

Il reprend la mine de l’homme plein d’allant qui vient d’entrer.

- Lady Dulac. Comment ai-je pu oublier notre collaboration passée.

Il semble prêt à plaisanter toute la nuit. Calder a l’énergie infinie, les lèvres mordantes et la provocation turbulente.

A l’époque. Lui, si blanc. Si germain. Si persuadé. Elle… Si…

Un cri.
Un long.
Immense.
Cri.

Douleur.
La peur n’a pas cette langueur.

Surpris. Arrêt sur image.
Puis.
Il lève un doigt vers le plafond. Adopte un air de connaisseur. Fronde faussement les sourcils. Analyse faussement la chose. Prend faussement la chose au sérieux. Tout. Faussement. Exagérément faussement.

- Mmmh… Contralto. Très impressionnante tessiture. Serait-ce ma patiente ?

Mains sur le petit comptoir de chêne, il se penche vers elle et le plus théâtralement possible, joue l’amant toujours éconduit. Il aime faussement, mais il joue vraiment.

- Oh dites-moi « oui », Lady Dulac. Au moins une fois dans nos multiples vies.
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MessageSujet: Re: Au moins une fois dans nos multiples vies [PV Helix]   Mer 8 Mar 2017 - 21:14


« I think hell is something you carry around with you.
Not somewhere you go. »

Calder & Helix
featuring

Ce n’était qu’un simple malaise sans gravité. Un coup de chaleur, la faim, un excès d’alcool – que la victime nierait bien sûr avoir consommé, au mépris de tous les indices dénonçant le contraire – les raisons d’une telle faiblesse étaient multiples. De son temps, on se serait contenté d’allonger le malade, de l’éventer et de lui faire humer des sels. Peut-être ensuite lui aurait-on accordé une légère collation. Mais non. Monsieur Dennis Hebert, gratte-papier quelconque du gouvernement pour lequel Helix n’éprouvait que le plus grand mépris, avait exigé entre deux palpitations que l’on fasse venir sur le champ son médecin personnel. L’homme était tout gonflé d’une importance que lui seul semblait s’accorder. Et peut-être l’était-il réellement, aux yeux de certains. Peut-être jouait-il un rôle crucial dans l’autorité politique de la ville et aurait-il mérité que la faction d’Helix s’attardât sur son cas. La sorcière n’en connaissait après tout que les têtes publiques.

Mais là n’était pas la priorité. Elle étudierait les possibilités de lui ôter la vie lorsque celle-ci serait officiellement déclarée hors de danger. D’une main tremblante, sans que l’on sache si la raison première était à chercher dans la maladie ou la boisson, il avait tendu une carte sur laquelle figurait le nom du praticien. Joy, la femme de chambre qui avait eu le malheur de porter assistance au bonhomme et supportait depuis ses geignements, vint apporter le morceau de carton à Helix. Elle jeta un regard aux lettres proprement alignées à la surface satinée, sans vraiment les lire.  


— Que veux-tu que je fasse de cela ? Joy haussa les épaules, perplexe.
— Ben j’sais pas… L’appeler…
— Mais avec quoi ?

S’il le comptoir d’Helix disposait bien d’un antique – et le mot sonnait étrangement pour quelqu’un qui n’avait découvert que récemment l’existence d’un tel appareil – téléphone à cadran rotatif, l’engin n’était plus relié à aucun réseau. Elle disposait personnellement d’un portable, mais ne tenait pas à ce que l’information s’ébruite. Tout le monde voudrait sans cesse le lui emprunter et elle en avait besoin pour ses activités révolutionnaires. Décidant de reprendre les choses en main, la réceptionniste ouvrit le petit portillon qui la séparait du hall et de sa collègue.

— Bon, c’est un membre du gouvernement n’est-ce pas ? Il doit bien avoir un téléphone, lui. Je m’en occupe, ne t’embête plus avec lui.

Joy était une fille douce et trop timide, Helix savait combien ce genre d’interaction lui était pénible. Elle, ça ne la dérangeait pas. Elle emprunta le grand escalier de marbre d’un pas décidé pour rejoindre la chambre de l’agonisant, au premier. Les négociations furent brèves. Elle était convaincante, et l’homme toujours persuadé que sa dernière heure avait sonné. Ce n’est qu’une fois le petit objet en main, au moment de composer le numéro, qu’elle baissa à nouveau les yeux sur la carte. Les syllabes du patronyme se déroulèrent à son oreille tandis qu’elle les déchiffrait, assemblant une mélodie familière. Familière, mais pas immédiatement reconnaissable. Elle dut la prononcer plusieurs fois dans sa tête avant que l'illumination ne se produise.

C-a-l-d-e-r, Cal-der, Calder ! Le sorcier, celui de la prison, celui des Enfers… À l’exception des membres de son groupe, c’était bien la première fois qu’Helix retrouvait la trace d’un compère maudit. La nouvelle aurait pu la réjouir, si ce n’était d’un petit détail : le sceau très officiel du gouvernement imprimé sur le morceau de papier. Quelle qu’ait été leur passé commun, il était désormais rendu à l’ennemi… C’était la théorie. Prudente, elle choisit donc d’adopter un ton neutre et professionnel dans le combiné. Attendre et voir venir.

Quelques dizaines de minutes plus tard, de retour derrière son pupitre, elle le vit pousser la porte, allonger de grands pas jusqu’à elle. Il offrait une image très lustrée, ainsi lové dans ce coton laiteux. Bien loin des êtres crasseux qu’ils étaient tous… Là-bas. Elle devait probablement renvoyer le même contraste, dans son uniforme impeccable. Si tant est qu’il la reconnaisse. Dans le cas contraire, Helix n’était pas certaine de vouloir dire quelque chose. Elle l’accueillit d’un sourire courtois et curieux, hocha la tête pour confirmer ses propos et s’apprêta à ouvrir la bouche pour lui répondre. Il bougeait comme un homme qui est partout chez lui, empiétant sur son territoire d’un coude audacieux...

Elle avait eu l’intention de garder sa réserve, par méfiance instinctive envers l’institution qu’il représentait maintenant, mais ce genre de résolutions s’effondrait toujours devant la réalité des personnes. Les gens avaient l’agaçante manie de ne pas s’accorder à l’image que l’on voulait bien leur affecter. Dans son regard limpide, elle ne décelait aucune arrogance. Seules des bribes de souvenirs ressurgis. Ainsi, lorsqu’il sembla finalement la reconnaître, le frémissement d’un sourire dansait déjà au creux de ses lèvres et jusque dans ses yeux. Mais elle préféra garder le silence. Le laisser chercher. Attendant, patiente, que la mémoire lui revienne. Lorsque les pièces du puzzle se mirent finalement en place, Helix ne comprit pas un traître mot de la conclusion qui en sortit. Elle n’en conçut toutefois aucune offense, se contentant de laisser éclore le sourire qui bourgeonnait depuis plusieurs secondes.


— Et ce fut un honneur.

Elle était la première quelque chose, les détails n’avaient pas grande importance, il suffisait d’être poli. Pourtant, loin du badinage innocent que la scène pourrait évoquer aux yeux non avertis, cette reconnaissance mutuelle dessinait en creux une autre histoire. Plus sombre, plus amère. Tout juste trahie dans le vacillement d’un regard. Helix baissa un instant le sien. Son sourire s’éparpilla avant de se recomposer. Il n’y avait rien à dire. Ils savaient, tous deux, de quoi étaient tissés les cauchemars. Pour la sorcière, la manière dont Calder choisit ensuite d’évoquer leur expérience commune, résumée en un seul terme aussi générique qu’inoffensif, scellait un accord implicite. Un rire joyeux cascada dans le grand hall guindé.

— Comment, en effet ? Peut-être à cause de cette terrible méprise : je n’ai jamais rien eu d’une lad–.

Sa réplique fut interrompue par une longue plainte glaçante. Machinalement, elle leva les yeux vers le plafond, comme s’ils pouvaient le traverser et deviner ce qui se tramait là-haut. Sourcils froncés, elle secoua la tête à la supposition amusée de son interlocuteur.

— Patient. Non, c’est nouveau ça… Je ne reconnais pas ce timbre.

Ce n’était pas le cri lourd et dense d’un vivant, elle en aurait mis sa main au feu. Pourtant, Helix se targuait de connaître personnellement tous les esprits des lieux, y compris les plus hostiles… Il y avait les frappeurs, les hurleurs, les farceurs, les maléfiques et les bienveillants, ceux qui vous murmuraient toutes sortes d’insanités à l’oreille, ceux qui voulaient être vus, ceux qui ne se montraient jamais qu’au coin de votre vision, ceux qui déplaçaient des objets et ceux qui cherchaient vengeance, les tragiques jeunes femmes assassinées et les suicidés ensanglantés. Mais ce mugissement était inusité. Qui se découvrait soudain l’envie de s’époumoner ainsi, et pour quelle raison ? Sa curiosité naturelle la poussait à mener l’enquête, mais ce n’était pas le moment. Elle avait une autre mission. Haussant les épaules en signe d’ignorance, elle retrouva les yeux rieurs du sorcier, sa verve malicieuse à laquelle il était facile de s’accorder dans un nouvel éclat de rire.

— Comment refuser ? Après tout ce temps… Je ne suis pas si cruelle.

N’y tenant plus, elle quitta une nouvelle fois le rempart de son comptoir pour offrir une chaleureuse accolade au médecin. Ce n’était peut-être pas très professionnel, pas très convenable, mais Helix était ainsi : elle avait besoin de toucher pour s’assurer de la réalité des choses.

— Heureuse de vous retrouver sain et sauf. Elle retrouva bientôt ses distances pour l’inviter d’un geste à la suivre dans les escaliers. Par ici… On ne prend jamais l’ascenseur, il est capricieux. De toute façon, je n’aime pas trop ces engins-là… Monsieur Hebert est au premier, vous voyez de qui il s’agit ? Il n’a rien de sérieux, vraiment, mais il insistait. Un coup d’œil curieux par dessus son épaule. Peut-être un soupçon de reproches bien diluées. Je vois que vous avez su trouver votre place dans ce nouveau monde…

Dans le couloir sombre menant à l’alité, ils n’étaient pas seuls. Teresa, une défunte aux yeux perpétuellement clos les observait maintenant de deux billes bien ouvertes et courroucées. Helix n’avait pas le temps de se préoccuper de cela. Elle la congédia d’un mouvement distrait du poignet en tapant à la porte.

— Psshhh. Monsieur Hebert ? Votre médecin est arrivé.

Sans attendre, elle entra et s’effaça aussitôt pour laisser passer le docteur.

Dans son dos, la porte se referma dans un souffle. Et un déclic.



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MessageSujet: Re: Au moins une fois dans nos multiples vies [PV Helix]   Jeu 16 Mar 2017 - 20:47


Il suit la Dulac, dans le long couloir qui résonne du pouls gelé des pierres, du sang incolore des fantômes mort-nés. Il voit bien les murs changeants. Il entend bien les plaintes désordonnées. Mais il connait la réputation de l’hôtel. Il ne s’émeut guère.

— Monsieur Hebert est au premier, vous voyez de qui il s’agit ?
- Ah… Meine Gott…

Dans un parfait quart de rotation, ses globes oculaires se tournent vers le haut.

- … Herr Hebert…

Emphase extrême des voyelles.
Accent tonique court.
Il répète le patronyme germain avec un accent qui trahit des habitudes de langage teutonique et un sentiment très soupiré.

- … un hypocondriaque… Il aime souffrir.

Car il faut aimer la douleur, l‘humiliation et la soumission pour être hypocondriaque avec lui. Ce grand médecin blond tolère les faiblesses physiques congénitales mais présente une in-curable in-tolérance face aux faiblesses de caractère, héréditaires comme acquises. Sa petite vengeance face aux chimériques maladies, irréelles bactéries et imaginaires virus, c’est la méchanceté. La scélératesse. Sa façon à lui de se refaire une gaieté pour la journée.

- Peut-être même n’aime-t-il souffrir qu’avec moi.

Haussement du sourcil gauche.
Sourire.

L’idée de torturer Herr Hebert l’enchante, illumine son visage et rayonne dans sa voix.

— Je vois que vous avez su trouver votre place dans ce nouveau monde…
- Comme une mauvaise herbe, je survis partout.

Ils passent devant une présence fantôme. Plus proche que les autres.

Pour lui qui n’a pas la lecture absolue des spectres, de la femme lémure, il ne perçoit qu’un nuage d’escarbilles flottantes. Deux camélias pourpre à la place des yeux. Les fleurs de la colère.

La sorcière ouvre la porte.

Il entre.

Au diable les nuages sombres, les camélias, les spectres du passé.

- Herr Hebert !

De l’allemand pour un compatriote allemand.

Il s’approche de lui. Sous ses pieds, le chuintement mouillé d’un luxueux tapis imbibé de rouge.

- Qu’avez-vous donc de grave cette fois ?

Un coup d’œil rapide vers la Dulac.
Une moquerie en forme de regard relevé.

Herr Hebert ne répond pas.
Herr Hebert est enfoncé dans son lit. Tête encastrée dans son oreiller. Couverture remontée jusqu’au menton.
Alcool ?
Malaise ?

Dans les yeux de Herr Hebert, le médecin voit son reflet inaltéré. Sans trouble. Sans onde. Deux miroirs sans tain derrière lesquels aucune âme ne déchiffre l’image de l’allemand blond.

A quelques encablures du cœur, quelque part dans ses ventricules sous-marins, Calder a un attachement mouvant et sableux pour les gens. Il se penche vers Herr Hebert. Avec une presque sollicitude. Avec un peu de curiosité. Avec énormément de contrariété.

La chair vaisseau. La peau coquille. Ses organes aveugles. Herr Hebert n’existe plus que par sa matière immobile.

Pour la sorcière derrière lui, Calder murmure entre ses dents.

- Votre client est en train de devenir un vaisseau…

L’atmosphère devient gluante. L’oxygène poisseux.

Contre sa nuque, des cristaux de froid.

Il se retourne.

La femme nuage est entrée avec eux. Elle ondoie sous des impulsions invisibles. Des vagues poussiéreuses, grises et brûlantes. Des pétales garance. De ses désirs et de ses desseins, pourtant, Calder peut deviner l’intensité. La femme s’est inventé un langage écrit dans les cendres. Et ce langage, bien que muet, a l’intensité des flots déchainés.

- Qui est-ce ?

Demande-t-il à Dulac.

Quel que soit le nom qu’elle puisse lui donner, il ne peut pas s’en souvenir. Trop de noms ont défilé devant lui sans qu’il ne puisse les humaniser.

La femme nuage s’approche vers lui.

Ses yeux fleurs aux cœurs labyrinthiques semblent le darder.

Lui a la mémoire des regards des autres. Ces regards que les autres jettent, depuis le plus profond de leurs sentiments.

Alors soudain, il a la mémoire en marée haute, noire, rocailleuse. Une mémoire qui revient entre des reflux de souvenirs et des précipices d’oubli. Les tempes lui font mal. Des crevasses dans le crâne. Des images couleur océan de nuit.

C’était il y a longtemps. Pendant la guerre. Pendant la haine. On nourrissait la jeunesse de slogans et de fer. On armait les colombes d’épines d’acier. C’était le temps des volets entrouverts, des plumes bavardes qui dénonçaient. Le temps des humanités de craie, effritées sous la guerre et la haine. Des meurtres listés en chiffres muets.

- Qui es-tu… ?
- ~  ~  ~  ~  ~

Le nuage donne une réponse faite de sons ronces chuchotés.

Il ne distingue aucun prénom, aucun nom.
Pourtant, une intuition.

Des prisons à ciel ouvert.
De brique, de fumées, de barbelés.
Enormes et dilatées par l’odeur de corps brûlés.

Des mères, des pères, des enfants.
Des chairs, des scalpels, des os, des mesures.

A l’intérieur de lui, son cœur chavire. Il tombe. Sans bruit. Sans que personne ne l’entende tomber. Une chute dans une mer profonde et aigue.

Son bleu contre le pourpre.

Une seconde de.
Retour.
En lui, il s’accroche.

Et pour conjurer la chute et la nausée, il rit. Toutes canines dehors et cruauté sur les lèvres.

- - Et bien fantôme, tu digères mal le passé ?

La femme nuage s’immobilise. Les escarbilles flottent comme des algues vivantes.

Calder fait volteface. Se dirige vers la porte. Avant de tenter de sortir, il donne sa recommandation de médecin à la Dulac.

- Malheureusement, chère amie, votre hôtel est infesté de spectres. Faites-le désinfecter et les clients se porteront mieux.

Les escarbilles se transforment en insectes. Sans tête et sans yeux. Dans un grand vrombissement, le nuage insecte se jette sur les deux sorciers.
Hors jeu : les convictions du personnage ne sont pas partagées par son joueur.
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MessageSujet: Re: Au moins une fois dans nos multiples vies [PV Helix]   Jeu 30 Mar 2017 - 4:22


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Not somewhere you go. »

Calder & Helix
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Helix évoluait dans le décor luxueusement décrépit de l’Overlook avec l’aisance d’une créature des profondeurs. Les ampoules des hauts lustres vacillaient parfois, éclairant soudain le théâtre d’une lugubre déliquescence, soulignant de leur halo tremblotant les moquettes élimées jusqu’à la corde, les tapisseries délavées, les parquets en mal de cire, les rambardes dépolies. Ça sentait la poussière, le bois pourri, l’ammoniaque, et quelque chose de presque… limoneux. Le bayou n’était pas loin, il imprégnait l’air de son humidité poisseuse, de ses relents de vase. Beaucoup de clients ne séjournaient ici que par obligation, parce que c’était le seul établissement dans cette partie de la ville et qu’ils ne pouvaient retourner chez eux pour une raison ou une autre. D’autres le visitaient par témérité, pour sa réputation parfaitement justifiée de demeure hantée.

Helix les reconnaissait au premier coup d’œil : ceux-là étaient souvent jeunes, voire adolescents, il venaient en paire, parfois en petits groupes, leurs grands yeux tout emplis du délicieux frisson de la peur et de l’excitation. Ils demandaient une chambre, et on les revoyait plus tard déambuler dans les couloirs, glousser devant les grands portraits austères qui les jugeaient du haut de leur mur, et partir en expédition dans les salons obscurs et les cuisines désertes. Ils emportaient parfois des machines étranges, toutes hérissées de fils et de bruits, dont la sorcière ne comprenait pas l’usage. Les lieux étaient presque saturés de spectres, il suffisait de fermer les yeux et de sentir leur présence effleurer votre peau de millions d’aiguilles glacées. Il suffisait de tendre l’oreille pour percevoir leurs soupirs et le craquement immatériel de leurs pas dans les escaliers.

Oui, Helix aimait
son hôtel et ses intangibles résidents permanents. Dans ce cocon suranné, peuplé de morts d’un autre temps, elle se sentait chez elle. Comme si, elle-même, avait laissé une part de son être dans ces époques révolues. Et c’était vrai, d’une certaine manière. Depuis New-York, depuis le gel et la destruction, elle avait acquis une certaine translucidité dont elle ne parvenait plus à se départir. Ou plutôt, qu’elle était incapable de rematérialiser. Ses molécules s’étaient désolidarisées, laissant filtrer trop d’espace entre leurs connexions. À défaut de savoir les rassembler, elle se fondait dans la substance arachnide des fantômes. À eux tous, peut-être parviendraient-ils à former un être complet. Insouciante comme savent l’être les entités liminales, la magicienne guidait donc son hôte, captant ses commentaires narquois, ses réactions malicieuses, sur lesquelles elle rebondissait d’un ton chaud et élastique.

— Vraiment ? Je compte sur vous pour ne pas le décevoir, dans ce cas… On m’a rapporté qu’il possédait aussi toutes les qualités du bourreau.

C’était vrai. Tout le personnel s’était plaint de ce client, de ses caprices puérils et ses exigences fantasques, comme s’il séjournait au Royal Sonesta. Quand certains tentaient désespérément de satisfaire ses désirs, d’autres au contraire s’amusaient à faire preuve en sa présence d’une maladresse catastrophique, pour le simple bonheur de lui déplaire. La sorcière ne pouvait nier que sa sympathie allait aux seconds, quand bien même elle avait fait son possible pour assister les premiers. Elle n’était pas pour autant préparée à ce qu’elle allait découvrir dans la chambre. À peine la porte refermée derrière elle, il lui sembla que quelque chose n’allait pas. Était-ce la présence inopportune du spectre dans son dos, qu’elle sentait effleurer ses omoplates d’un souffle immatériel ?

Ses iris bruns suivaient la progression emphatique du médecin, ses railleries enjouées, mais les sourcils de la sorcière s’étaient légèrement plissés. Ses mains remontèrent lentement devant sa bouche, comme si elle voulait retenir un cri qui n’avait pourtant pas même ondulé dans son ventre. Helix s’avança rapidement vers Monsieur Hebert. Le diagnostic sommaire de Calder ne lui suffisait pas, elle voulait en juger par elle-même. Au chevet du défunt encore chaud, la magicienne effleura la peau, scruta les pupilles ternes, porta l’oreille près de ses lèvres pâles. Elle savait déjà qu’elle n’y décèlerait pas l’ombre d’un souffle. Ce n’était vraiment pas bon pour les affaires. La voix du médecin la tira de son examen, et elle se retourna pour comprendre de quoi il parlait.


— Oh.

Le son franchit ses lèvres, calme et bas. La pièce avait changé, comme laquée des sentiments du fantôme. Et ce n’était pas beau à voir. Teresa se tenait là, devant eux, et elle ne se ressemblait plus. Ce n’était pas seulement les yeux, toujours grand ouverts. C’était toute son apparence. Teresa ressemblait généralement à une femme d’une soixantaine d’années au visage fatigué. Mais coquette. Des cheveux gris aux boucles bien disciplinées sous un châle noir, une touche de maquillage, un tailleur à la coupe sobre mais élégante.

Elle était désormais presque nue, les os saillants à peine dissimulés derrière une sorte de toile grossière. Et ses cheveux avaient disparu, laissant à découvert un crâne blanchi. Dans ce visage tout juste reconnaissable aux traits émaciés, deux charbons ardents les vrillaient d’une rage sans merci. Teresa parlait rarement. Ainsi, Helix ignorait son histoire. Elle se contentait de hanter tranquillement l’hôtel, et personne n’avait jamais eu de problème avec ce spectre là. Qu’est-ce qui avait bien pu provoquer une telle transformation ?


— Teresa… Je ne connais que son prénom. Je ne comprends pas, elle n’a jamais fait ça.

La femme s’approchait, parée d’une souffrance insondable, sans doute l’arme la plus puissante des Esprits. Lorsque Calder répéta sa question, cette fois directement à l’intéressée, il y eut comme un frémissement dans la structure même de la chambre.

— tere.saa…a. ad.el..stein.

Le son était sorti d’une bouche édentée ouverte comme un puits, mais il n’était produit par aucun mouvement labial. Il surgissait directement de la source profonde de son ventre, un grondement haché, une vibration gutturale douée de conscience. Helix se tourna vers le guérisseur en répétant les syllabes, aperçut les le vacillement du doute dans ses yeux.

Avait-il compris sa réponse, reconnu son nom ? Il sembla perdu, l’espace d’une seconde, avant que le séisme d’un rire ne l’emporte. Lui aussi venait de se transformer, comme un écho. Une métamorphose laide et dure qu’elle ne comprit pas. Une chose pourtant lui apparut certaine. Il avait peur. Elle le sentit dans l’allongement de ses pas vers la porte, dans la trépidation de sa voix. C’était lui. C’était lui qui avait provoqué tout cela.


— Attendez !

Il ne pouvait pas partir comme ça, en abandonnant le corps de Monsieur Hebert dans son lit, il fallait un acte de décès, c’était la procédure réglementaire pour éviter les problèmes. Teresa semblait du même avis, probablement pas pour les mêmes raisons. Le crissement qu’elle produisit alors était à glacer les os. Et ce qu’il fit naître n’était pas plus réjouissant. La sorcière commençait à se sentir en danger, et ce n’était pas un sentiment qu’elle appréciait. Protégeant sa tête des deux bras contre la nuée d’élytres mortifères, elle courut vers Calder et s’interposa entre lui et la porte.

— Teresa Adelstein. Vous l’avez offensée, pourquoi vous en veut-elle autant ?

Mais le bourdonnement s’intensifiait, les bestioles aveugles se cognaient contre la peau, les murs, s’infiltraient dans les vêtements, envahissaient le plancher. Renonçant à poursuivre la discussion dans cette pièce, Helix pivota et enclencha la poignée. Qui ne bougea pas d’un centimètre. Elle renouvela l’opération avec plus de force, finit par secouer la porte avec vigueur. En vain. Ils étaient coincés là, en compagnie d’un esprit rageur. Mieux valait ne pas l’ignorer plus longtemps. La réceptionniste l’interpela d’une voix claire.

— Teresa, on a compris. Je ne sais pas ce que cet homme vous a fait, mais vous ne pouvez pas continuer ça, nous essayons d’être un établissement respectable… Je suis sûre qu’on pourrait trouver une solution, si seulement vous acceptiez d’en discuter…
— tuuuuue..le.

La requête avait le mérite d’être claire, et Helix ramena un regard confus vers Calder, ignorant s’il avait pu entendre la réplique du spectre. Son ton s’était un peu voilé, un peu terni, lorsqu’elle répéta sa question.

— Qu’est-ce que vous lui avez fait ?


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MessageSujet: Re: Au moins une fois dans nos multiples vies [PV Helix]   Mer 12 Avr 2017 - 23:40

Teresa Adelstein a la colère nuée. Les insectes bourdonnent. Foncent. Percutent.
La sorcière a l’espoir rémanent. Les questions pacifiques contre vents et marées.

De la réponse de Teresa, Calder n’a rien entendu.

— Qu’est-ce que vous lui avez fait ?
- Mais je ne sais plus !

Les insectes dans les yeux, la bouche. Il crache les insectes. Les insectes dans la chemise, le col. Les insectes en suie torrentielle. Une plaie d’Egypte dans un hôtel orléanais.

Des souvenirs, il n’a que ceux de l’armée. Corporels. Musculaires. La brutalité des gestes.

BAM


Coup de pied dans la porte. Impossible à ouvrir.

Qui est Teresa Adelstein ?
Il ne sait plus.

BAM


Qui est Teresa Adelstein ?
Il ne se souvient plus.

La nuée insecte se tait. L’air est à nouveau clair. Les insectes ont disparu.

- …

Le silence est lourd. Il s’accroche aux choses. Attire la matérialité vers le bas. L’immobilisme des objets est surréel.

Calder s’avance au milieu de la chambre. Dans son costume bleu marine et sa chemise blanche, il parait aussi inattendu que l’absence d’insectes. Il observe. Il cherche.
Ses mouvements ralentis. Les secondes en apesanteur. Son attention en focus balayant.

Sur le lit. Quelque chose a bougé. Rapide. Discret. Furtif. Foncé.

Un insecte sans tête rampe sur la lèvre inférieure du mort. Entre dans la bouche.

- Elle va tenter de prendre le corps de Dennis. Il faut partir.

Volte-face.

BAM


Fracassement. Echardes en pics de glace. La porte a cédé.

Il prend le poignet de la sorcière dans sa main. Serre. Tire. N’a pas le temps de.

- Vite.

La démarche rapide. Si rapide qu’elle en est coléreuse. Le couloir de l’Overlook résonne des pas lourds et pressés de Calder. Un rythme de batterie. Régularité sur le tom medium.
Les fantômes pressentent-ils l’ire de l’un des leurs ?
Les murs palpitent. Les murs deviennent cloisons. Le sang coule des serrures.

- Elle est entrée dans son corps trop tard. La possession sera partielle. Elle ne tiendra pas. Mais en attendant…

En attendant, le passé revient.
Il se tait.
Le passé, en gifle insonore et invisible.
Il ralentit le pas.

- Teresa Adelstein…

Murmure-t-il de surprise. Il s’arrête. Ses jambes sont de la glace. Son regard est de la brume.

Ah oui… Teresa… Elle avait sous ses hautes paupières la clarté des humains qui ne connaissent que la vie. La réussite. La survie. L’aboutissement. Le succès. Pourtant…

Il tourne la tête vers la sorcière. La dévisage.

Il l’a rencontrée dans les enfers. Entre les dangers, ils se sont à peine parlés. Après la paix, ils se sont séparés. Il n’y a pas de passé plein entre eux. Que des bribes de temps à peine partagés. Une relation en dentelle. Fragile. Une équation aux inconnues béantes.

Que penserait-elle si elle savait ?

- J’ai mesuré le temps de survie d’un corps humain dans l’eau glacée sur elle et son fils. Son fils est mort.

Il donne la réponse de façon la plus intelligible possible.
Ses yeux vers elle. De sa réaction, il ne veut perdre aucune miette. Aucun détail. Les yeux noirs de la sorcière peuvent-ils être des miroirs sans tain ? Des miroirs où il y verrait ses pensées ? Des pensées où il y verrait le jugement attendu de toute personne saine d'esprit ?

Des bruits derrière eux.
Il se retourne tout à fait.
Le cadavre de Dennis est debout. Le long des cils, le rouge souligne ses muqueuses. Les iris presque blancs. Derrière le blanc, une vie factice. Irradiante.

- Votre fils est mort, Teresa. Cela ne sert plus à rien. Aufgeben (Abandonnez…)
Hors jeu : les convictions du personnage ne sont pas partagées par son joueur.
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Au moins une fois dans nos multiples vies [PV Helix]

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