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 Le loup nu aux yeux verts [PV Moriah]

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MessageSujet: Le loup nu aux yeux verts [PV Moriah]   Mer 8 Mar - 12:10


C’est une petite villa très blanche dans une grande nuit très noire. Un parallélépipède rectangle massif aux arrêtes coupantes adoucies par le halo de clarté. On entre par une grille de fer forgé, froid et fatigué, qui geint un peu dans ses gonds humides et rouillés. On marche sur une allée de gravier beige qui crisse dans de poussiéreux arpèges. Sur le fond nuit, les silhouettes dentelle des ramures balancées par le vent.

Dans le salon dépouillé, des matières, des textures, des tissus. De l’acier luisant pour les meubles rectangulaires, du cuir blanc granuleux sur la causeuse et les fauteuils, du verre limpide pour les tables, de longues tentures de lin et de laine. Des murs de pierre bleue. Brute. Le plafond, en vitrail coloré. Des fleurs stylisées, des lianes serpentines et des oiseaux de paradis qui chantent à la lumière halo.

Sur la table basse, un portefeuille noir.
Sur le dossier d’un fauteuil, une veste d’homme gris anthracite.

La cuisine attenante. Email crème, inox brillant. Une porte en retrait.

Un long escalier qui descend dans le creux de la terre.

L’atmosphère, couleur faille océanique.

Un murmure dans les graves. Des consonances  surgies des âges antiques, des temps oubliés.

C’était avant les routes, les champs, avant les beaux vêtements clairs.

La magie de Calder vient du temps des loups rois, des roches arrachées aux volcans, des hommes sales aux yeux béants sur le monde, qui aimaient les nuages, les tonnerres. C’était le temps des mots de viscères, des sons de sagesse grondeuse, des mains calleuses et sans tendresse.

La magie du sorcier vient de cet univers. Et dans sa gorge, on entend les feuillages de la Forêt Noire, les froissements de la glèbe.
Assis sur le sol. Pantalon gris anthracite, chemise blanche. Vêture d’homme contemporain. Assis hors du cercle dessiné en hiéroglyphes anguleux, dans la fluorescence bleue palpitante des poissons des mers chaudes.

Dans le cercle, un loup nu aux yeux verts.
Sans poils, sans griffes.
Un loup à la peau douce, grise, fine et fragile. Qui fixe Calder. Halluciné. Terrifié. Pétrifié. Le loup nu est l’animal capturé.

Mais soudain.
Un bruit. Ou un déplacement d’air.

Mais soudain.
Une ingérence du présent.

Le loup et le sorcier tournent la tête vers l’altération.

Dans les yeux verts de la bête, il y a l’intelligence de l’homme, la lumière de la raison et les troubles des émotions.
Dans les yeux bleus de l’homme, il y a la férocité des bêtes, les ombrages de la sauvagerie et la luminance des pulsions.

Mais soudain.
Les regards s’inversent. Les couleurs restent.

Le loup nu aux yeux verts grogne. Les yeux bleus de Calder cillent. Les hiéroglyphes du cercle se ternissent.

Le loup se lance. Crocs dehors, poignards courbés. Une créature nue surgie des sables.
La main du sorcier sur le thorax du loup. Les doigts de l’homme s’enfoncent. La peau du loup cède. Un chuintement de chairs humides. Du sang coule entre les doigts de l’homme.

Le créateur retient sa créature et la blesse.

- Tu n’es pas terminé. Reste dans le cercle.

Il parait inquiet. Cela se voit. Cela s’entend. Il ressent une inquiétude non feinte mais une inquiétude sans chaleur. Il regarde son loup et déjà, il voit. La fin, l’échec, la dépouille. Peut-il accepter ? Il retire ses doigts de la chair. Le bout des doigts est ensanglanté. Trois gouttes tombent sur le cercle. Fumée rouge. Odeur de métal et de chair évaporée.

Le loup nu aux yeux verts s’allonge dans le cercle. Pleure.

Calder pose son attention sur l’intrusion.

Au fond. Elle aussi…

Mais aujourd’hui, elle est humaine.

- Et bien ?
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↳ Citation : Can you feel the way your face distorts, did you think that it could be this way? As you're growing out of my control, will you watch me as I fade away ?
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MessageSujet: Re: Le loup nu aux yeux verts [PV Moriah]   Jeu 9 Mar - 22:51


« Weave the circle, tightly sewn, Let nothing evil or unknown Enter within. Stay without On pain of death, we cast you out. »

Calder & Moriah
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Douleur. Absente, et pourtant si présente. C'est une torture, le poids des compresses contre sa peau maintenant le suintement à distance, déchirant et protégeant l'épiderme aussi fragile qu'un souffle de soie dans le même temps. Peau pissenlit, cellules s'envolant dans des coupures légères comme des brises. Déchirée, balafrée. Le prix d'avoir voulu être généreuse, de s'être souciée de quelqu'un, de s'être préoccupée d'un de ces monstres. La leçon est bien rentrée, au moins, elle ne doit réellement se soucier que d'elle. Inscrite jusque dans ses chairs. A moitié oubliée déjà, pourtant. Certitude que la prochaine fois que le détective se présentera, la serrure sera la même, l'accueil aussi. Vitriol et inquiétude, soins et injures, expériences et inconscience d'avoir donné son énergie pour mieux trouver l'abîme d'un sommeil sans secousses.

Il n'y a pas eu de repos, cette fois, juste la multitude de chocs, encore et encore. Les bandes autour de son corps, la masse noirâtre et morte, le bruissement de la longue jupe qui s'enroule telle un serpent autour de ses chevilles au moindre pas, la caresse de la chemise ample qui balaie son dos, ouverte sur le seul haut sans dos qu'il lui restait. Ne pas l'étouffer, ne pas le montrer. Numéro d'équilibriste, autant que  le fait de rester debout. Teint grisâtre, foulard autour du cou, dissimulant. Lui aussi. Elle se sent semblable à ces fantômes qui ont détruit le monde, tout de regards et corps sans vie animés par une volonté malsaine seulement. Mais non. Elle n'est pas l'une d'eux, pas encore, ni demain, ni aucun autre jour. Elle vaut mieux que ça, obstination poussant chaque pas, chaque inspiration, dégoût enfermé dans un recoin de son esprit pour mieux se concentrer sur son itinéraire. Enchaînement de ruelles, éviter les regards, s'arrêter, parfois, s'appuyer contre un mur, épuisement alourdissant le corps, goulée d'air avalée, désespérément, comme pour se redonner des forces. Cible faible, facile. Pas assez méfiante, jamais sur ses gardes. Idéale.

Un réflexe, juste assez, yeux s'agrandissant et main bougeant, s'étendant en un geste réflexif, lame glissant le long des côtes plutôt que de se glisser entre, chair s'entaillant, processus s'enclenchant aussitôt, caché par le tissu qui s'assombrit lui aussi. Une plaie, encore une. Il est si mal famé, ce quartier... c'était inévitable. C'est inacceptable, main souffrant une entaille à son tour, autre main se refermant aussitôt du bras ennemi. Rage au ventre. Elle est hors d'elle, Moriah. Ce n'est pas assez d'être souillée de la sorte ? Ce n'est pas assez, d'être un monstre ? Il faut subir ça, aussi ? Sous sa main, la chair se meurt, rictus déformant son visage, terrible et terrifiant. La noirceur du cou visible sous le foulard, l'horreur de la paume se transformant. Il recule. Elle avance, regard brillant, fièvre ou rage, sang bouillonnant dans ses veines, main cherchant de nouveau à se saisir de sa proie. Il fuit. Elle rit. Haut perché, désespéré, ébréché. Bras enroulé autour du ventre, main replaçant les pans de la chemise, jouant avec les boutons pour mieux se cacher aux regards avant de reprendre son avancée, un morceau de bois ramassé à la première occasion, batte improvisée à laquelle elle se raccroche tandis qu'elle laisse enfin la noirceur du nord de la Nouvelle-Orléans derrière elle. Le monde change autour d'elle, se fait plus propre, plus riche. Beaux bâtiments, façades aveuglantes. Elle se prend à les trouver laides, à leur préférer les décombres de Treme. Ils ne se voilent pas la face, eux au moins. Ils tendent de reconstruire, eux au moins. Dédain pour ceux-là, qui n'ont pas à craindre un couteau entre les côtes, pour les monstres pucés et les puissants, pour leurs vies pleines de contrôle. Elle les jalouse, elle les envie, s'imagine son reflet se teinter du vert de son désir avant de revenir à la réalité. Rêver plus tard, survivre pour l'instant. Sa destination est à portée de regard, les restes de sa rage la portent, clef sortie de sa poche laissant s'ouvrir la porte et révéler un autre monde. Si raffiné, si lumineux. Propre, forcément, poumons se gonflant dans une inspiration, savourant l'odeur de l'air avant de refermer derrière elle et de faire ses premiers pas dans la pièce. Elle ne devrait pas être là, pas telle qu'elle est. Elle la souille déjà de sa présence, la corrompt... Mais elle a besoin de son aide. Et il est là, portefeuille et veste autant d'évidences, joue mâchonnée le temps d'une hésitation. Le trouver. Tendre l'oreille, vague instinct l'attirant vers la cuisine. L'attrait des surfaces claires, peut-être, du brillant de l'inox, de l'envie de se faire mal. Si c'est le cas, elle a réussi, regard se posant sur son reflet de longues secondes, lèvre se tordant, main se serrant. Les ongles s'enfoncent plus avant dans la plaie, creusent, tordent, onde brûlante de douleur la parvenant avant que la réalité reprenne le dessus, écho obscur de mots inconnus s'échappant de derrière une porte incongrue. Une cave, probablement. Là où il se trouve ?

Elle hésite. Main mortifère, ongles salis. La manche de la chemise la sauve, au final, vertige la saisissant en voyant les escaliers s'étendre devant elle, main se refermant aussitôt sur la rampe, se raccrochant autant que se guidant. Respirer, se laisser guidée par la voix familière. Elle a davantage l'habitude des accents pris au cœur du bloc opératoire, ordres sûrs et clairs, sons des instruments, mélodie électronique des moniteurs. Rien à voir avec ces accents-ci, avec le spectacle qu'elle trouve en bas des marches. Homme assis, cercle tracé au sol, créature en son milieu. Les yeux posés sur elle, bleu animal de l'humain, vert humain de la chose. Intelligents, suppliants, appelant à la pitié avant de se défaire de toute raison, rendant à l'homme sa nature réelle. Elle n'est pas choquée de voir Calder de la sorte, habituée à sa nature de sorcier. Pas même choquée alors que la créature mal finie grogne et se tend. Elle est curieuse, plutôt, d'une manière détachée. Si ça a été un humain un genre, clairement ça ne l'est plus, et le processus l'intrigue. Quelque chose qui puisse la défaire du monstre dans son âme ? Si c'est le cas, il faudra penser à essayer...

Le sang goutte, la bête pleure (agonise), sa peau percée par des doigts aux ongles pourtant si différents de lame, bref éclair de pitié la traversant. Peau de papier, comme elle connait cette situation. Mais c'est un monstre, et elle s'approche à la place, bras enroulés autour d'elle-même, s'asseyant près du cercle, légèrement en retrait. Respectueuse, tandis qu'elle observe, minute s'écoulant avant qu'enfin elle parle, main lasse retirant la soie enroulée autour de sa gorge au passage, révélant la longue balafre noire. Rien de mortel. Rien de discret non plus, alors que sa main s'ouvre et délaisse l'étoffe, nécrose de la paume apparaissant à son tour.

"J'ai peur d'avoir été quelque peu malmenée ces derniers temps, rien de mortel, heureusement. Quoique je ne recommande pas de se faire poignarder, même en évitant les pires cas de figures." Une pause, regard se détachant du sorcier pour se reposer sur la chose. Un loup, au vu de l'apparence. Un métamorphe, probablement. En train d'être créé, ou exorcisé, elle n'est pas certaine. Peuvent-ils seulement se défaire de l'animal en eux ? Si tel est le cas, elle les envie. Elle l'envie, cette chose dans le cercle, autant qu'elle la méprise et la laisse indifférente. Juste un monstre comme un autre, vraiment. Un qui éveille une certaine curiosité en elle, assez pour la faire se pencher en avant, sifflement douloureux s'échappant d'entre ses lèvres. Quel tableau elle doit former, main et cou noircis, dos et côtes aussi repoussants sous le bouclier des vêtements, la peau cendreuse... répugnant. Mais l'orgueil reste ravalé. Elle lui fait confiance pour ne pas être horrifié par le spectacle, pour avoir vu pire. "La forme est influencée par des circonstances autres que la personnalité du sujet, ou elle dépend entièrement de son tempérament ? Et j'avoue être curieuse, j'aurai cru que la pilosité serait l'une des premières choses à apparaître, c'est une transformation moins drastique que celle du squelette après tout... A moins que le but n'ait été d'inverser le processus ?" Épuisement et curiosité qui se mêlent en un cocktail étrange. Elle se sent presque flotter, tandis qu'elle observe le sang couler. Les chairs ne noircissent pas. Elle le hait, pour ça.
 

 

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MessageSujet: Re: Le loup nu aux yeux verts [PV Moriah]   Mar 21 Mar - 22:23


Dans tous les hommes, au creux de leurs os, il y a la nuit originelle, la naissance du soleil, la survivance des étoiles antiques.
Qui tonnent.
Résonnent.
Rayonnent. En une chair invisible autour de la chair palpable. Un autre corps qui bat au rythme d’un cœur instinctif et inconscient. Qui cherche l’autre. Le touche. Le jauge.

Alors l’approche de Moriah. Pas à pas. Centimètre par centimètre. La bulle de nuit envahie. Les molécules du loup et de l’humain qui s’agitent.

Elle parle.
"… en évitant les pires cas de figures."

Il devine. Ne comprend pas vraiment. Pas tout de suite. Au fond, remue. L’agression contée de la femme agite le cri de la première bête. Son premier grognement. Il ne dit rien pourtant.

Elle se penche. Questionne.
"… n'ait été d'inverser le processus ?"

Le loup l’observe. Le regard du loup lui répond à la place des mots de l’humain.

Calder pose la main rouge sur le cou nu du loup. Ne sait quoi dire. Un instant blanc dans le noir. Le pouls du loup cogne. Les mots se déroulent dans la gorge, sur la langue, se heurtent contre le palais, les dents.

- Si peu de survie…

Murmure Calder.

L’attention à eux, homme et bête, sur sa peau à elle, femme et chimère.
Là où elle est blanche. Moriah très jeune encore.
Là où elle est cendres. Moriah très abîmée à nouveau.
Moriah, toujours abimée, amochée, nécrosée, gâchée, massacrée.
Moriah que l’humain ne touche. Elle va tomber, se déliter, s’effriter, s’envoler.
Moriah que le loup veut mordre. Lécher. Goûter. Avaler. Toute crue. Toute entière.

Moriah, toujours là et ailleurs, le regard devant, l’esprit dans un autre monde. Est-ce le même monde que la magie de Calder ? Rempli de vieilles étoiles, de nuits glacées ? Ou est-ce un monde d’hommes ?

- Moriah… Tu risques de mourir trop tôt.

Si elle meurt, que deviendra la bête ? Qui deviendra sa bête ?
Que deviendra son succès – enfin – d’être accompagné par un fauve chimère ?

Mais l’homme s’ébroue dans sa peau.
Ses yeux bleus, couleur ciel piquant.
Et la bête se meurt dans ses viscères.
Ses yeux verts, couleur eau mousse.

- Comme lui.

La conscience à moitié réveillée.

Il laisse la main rouge sur le cou. Un pouls partagé.

- Approche, que je te soigne avant.

Il avance la main claire vers le cou de Moriah.

Calder a le geste lent, lui qui vit d’habitude dans l’urgence physique. Un geste qui prend le temps d’entrer en douceur dans la chair invisible de Moriah, dans sa bulle de sensibilité flottante. A quelques centimètres encore de la peau nécrosée, il ressent la chaleur de la femme chimère. Ses doigts, imperceptiblement, se mettent aux aguets d’un derme. D’un grain abimé. Déjà, l’impression de la toucher. Puis le toucher véritable. Du bout de l’index et du majeur. Contre la carotide, là où les viscères tangibles envoient leurs pulsions régulières.

Sur le sol, sur la terre battue, froide et légèrement humide, le loup frémit.

Dans les yeux de Calder, grand ouverts, le reflet du cou de Moriah.

Dans les doigts de Calder, cette impression, à nouveau, de rencontrer un être à deux têtes. Deux âmes. Deux souffles. Au fond de Moriah, cette chose qu’il ne peut nommer. Cette chose qui vit, en elle, qui respire, par elle, qui sent, à travers elle. Cette chose peut-elle le percevoir ? Il ne l’a jamais su. Ne l’a jamais demandé. La chose fait partie des énigmes de Moriah. Il ne sait pas. Il lance sa magie, un seul grain de magie, une seule pulsion sorcière. Un grain de la grande origine vers la chose pour la prévenir de la rencontre.

Puis dans sa main claire, il laisse couler la magie douce. La magie qui vit malgré les temps et les tempêtes.
Dans sa main rouge, la magie se tarit. Le loup gémit. Ses yeux verts pâlissent.

La magie se faufile entre les cellules de la femme. La magie s’extrait du corps du loup. Un dernier battement de cœur fauve.

Le loup est mort.

Calder retire sa main du cou de la femme chimère. Il a froid à son loup. Il a mal dans sa cage thoracique. Ses paupières se ferment. Le lien se brise. Ses paupières se rouvrent. Il est seul dans sa chair.

Sa raison est complètement revenue, comme un énorme soleil qui a survécu.

Il regarde le loup mort.

- Les hommes-bêtes prennent l’apparence de leur essence. Il n’a jamais eu la fourrure des fauves… Il ne supportait pas son animalité. Il était condamné.

Un profond soupir. Un aveu d’échec.
Il ferme les yeux du loup.

Dans son costume gris anthracite et sa chemise blanche, il n’a plus rien du sorcier. Tout de l’homme contemporain. Un peu carré dans cette rationalité qui suinte de partout.

- Je jetterai son corps aux alligators plus tard. Sa mort me semble tout de même rapide. Je vais l’autopsier. Tu m’aides ?

Il passe ses mains sous les flancs du loup. Se redresse. Se relève.

- J’ai une salle à côté.

Il marche vers le fond de la cave.
Un coup de pied dans une porte.
Une lumière blanche, très blanche, très pure. L’agression du blanc dans les pupilles.

Des carrelages aussi lisses que le métal.

Calder dépose le loup nu sur une table en inox.

- Comme au bon vieux temps ? Il y a un tablier là si tu veux. Et là le matériel de désinfection.

Demande-t-il à Moriah en enfilant un tablier.

- Tu me passes les ciseaux et les écarteurs ? Je vais lui ouvrir le ventre après lui avoir attaché les pattes. Je veux voir ce qu’il a mangé avant…

Parce que Moriah n’était pas la seule à avoir une autre vie en elle.
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MessageSujet: Re: Le loup nu aux yeux verts [PV Moriah]   Jeu 23 Mar - 13:12


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Est-il né homme devenu bête, cet être, ou né bête devenu homme, avec sa mutation interrompue par sa présence ? Elle ne sait pas, quand la question est posée, trouve la réponse sitôt le regard de la créature croisée. Vide de conscience, animal, sauvage. Il est né homme, pour s'être laissé dévorer par la bête qu'il portait en lui. Il aurait appris la conscience dans l'autre cas, découvert la pensée, la conscience de soi qui les damne et les élève. Pathétique... Ni humain ni animal,  ni mort ni vivant, ni libre ni prisonnier... Il n'a pas conscience... Est-ce qu'elle le lui envie ? De ne plus être en mesure de se rendre compte de son sort ? Sa tête s'incline sur le côté, songeuse, regard perdu le long du loup dénudé, insensible aux blessures qui tirent et qui pulsent, à la fatigue qui bat le long de ses tempes et danse le long de ses doigts, prête à se répandre telle un venin. Elle le méprise, ce loup homme, mais ses crocs elle ne les craint pas. Ils pourriront dans sa mâchoire s'il la referme le long de sa peau. Il est l'animal, elle est la pourriture. Elle le dévorera. Lui et sa chair et son horreur. Sans effort, sans pensée. Comme le temps consume toute vie, comme les vers consument toute chair.

Ses yeux clignent, lentement, mots de Calder leur parvenant comme à travers une brume, distordus, détachés. Elle mourra trop tôt, la bête se meure trop tôt. Elle devrait en être triste, elle suppose. Ce n'est pas chose à envier. Elle s'en réjouit, à la place. Ce ne serait pas une mauvaise chose, de mourir avant l'heure. Plus de parasite en son sein, plus de folie du monde et de laideur des hommes. Juste l'inconscience, le repos, la perte d'elle. Vivre serait une bonne chose aussi, pourtant. Trouver comment vaincre son monstre, essayer de rendre un peu de sa logique au monde, le plaisir d'exister, d'inspirer et de sentir l'odeur de la lessive fraîche et les voix de ses voisins qui s'infiltrent dans l'appartement telles les échos d'habitants passés. Les deux options sont plaisantes, la survie comme la mort, le repos comme la persistance. Les mots restent tus, pourtant, regard se contentant de glisser vers le sorcier, lèvres se soulevant en un sourire. Fragile. Sincère. Conscient des mots et de la réalité qu'ils peignent, et sans crainte face à eux. Sans résignation non plus. Presque joyeux, d'une joie mélancolique et incertaine, d'une joie qui voudrait être peine sans entièrement y parvenir, pulsion de vie et de mort y luttant sans qu'aucune ne parvienne à prendre le dessus. Avant que le sorcier n'avance sa main, ne parle. Ne fasse pencher la balance, sourire s'ancrant davantage dans le réel, corps se penchant vers l'avant, docile, confiant.

La première étincelle de magie est familière, le courant qui se répand dans ses veines plus encore, referme les plaies et régénére les chairs, peau perdant sa noirceur, laissant la place à son usuelle teinte aux accents dorés, ternis encore. Il peut soigner les maux du corps, Calder. Les maux de l'âme lui sont inaccessibles, le parasite qui s'est greffé à elle sauf, se contentant de se gorger de la fatigue qui monte encore maintenant que la douleur et l'adrénaline retombent, paupières s'alourdissant un instant sans qu'elle les laisse se fermer. Elle fixe son reflet dans les yeux du sorcier à la place, la distorsion bleutée de son image. Balrog est coopératif. Son image est sienne, cou courbé contre ces doigts qui touchent sa carotide, pouls battant un rythme qui va en se ralentissant à mesure que son apparence retrouve son état naturel. Que l'autre réalité reprend le pas. La peau vidée de toute substance, grise, qui se drape le long de son cou en plis flasques, les épines osseuses qui en surgissent, régulières, forment une rivière de calcium autour d'elle, une fraise de dentelle blanche et calcaire tâchée de sang par endroits, la chair transpercée en ronds parfaits et jaunâtres tout autour, entre infection et cicatrisation, jamais restaurée. Elle peut voir les doigts de Calder, pressés contre l'horreur qu'il ne semble pourtant pas percevoir, si près d'une lame d'os qu'il aurait d'un souffle pour qu'ils s'y empalent plutôt que de les éviter. Est-ce qu'une part de lui est consciente de leur présence, pour les éviter de la sorte ? Est-ce qu'il le sentirait, s'il les touchait ? Est-ce qu'il cesserait de lui offrir son aide, cette magie dont elle se trouve dépendante tant elle l'aide à garder le monstre à distance en lui permettant de dissimuler sa présence ? Ou est-ce qu'elle finirait dans un cercle, elle aussi, transformée, humaine devenue démon devenue bête ?

Pourrait-elle seulement devenir bête ? Le loup est mort, le contact est rompu, les lacs à la sorcellerie étrange se sont vue engloutir derrière les paupières, emportant son reflet avec eux. Elle en doute. Il ne l'autoriserait pas, le Balrog dans sa tête. Il saisirait plutôt l'occasion pour enfoncer ses griffes plus profondément encore, de remplacer sa peau par la sienne. L'idée est terrifiante, frisson glacé coulant tel le souvenir des miroirs oscillant autour de sa peau le long de sa colonne vertébrale avant qu'elle se reprenne. Se redresse, une vertèbre après l'autre, militaire, arrogante, regard glissant vers le loup mort. Il était un loup dans l'âme, alors. Il aurait pu être autre. Moins beau, moins noble. Pourquoi se rejeter, quand on a telle créature en soi ? Elle ne le comprend pas. Le loup n'allait pas le dévorer. Il allait dévorer le loup, plutôt. Devenir un monstre. Un dont la peau ne se meurt pas. Elle balance, hésite, émotions funambules. Le haïr pour sa nature. L'envier pour sa condition. Le jalouser pour sa fin. Et l'indifférence gagne, redresse sa tête, escortée de sa compagne la curiosité. Il est un phénomène étrange, un auquel elle ne s'est jamais intéressée, aurait rejeté s'il avait vécu. Mort, il devient sujet d'études. Il ne menace plus de désordonner encore un peu le monde.

"Qu'adviendrait-il à celui dont la nature est aquatique, en ce cas ? Je me demande si la magie préserverait ses poumons le temps pour lui de trouver la couverture de l'eau, ou si son être même le condamnerait..."
Pourrait-il seulement être déplacé là où il pourrait survivre ? Calder avait demandé à l'homme loup de rester dans le cercle, tout à l'heure... Probablement pas, alors. Il n'empêche. Il aurait dû savoir qu'il est des choses que l'on ne peut fuir, qu'importe ses souhaits, que l'on ne peut que se battre pour garder sous clef, sous contrôle perpétuelle, avant de s'y abandonner en une explosion de rage et de répit. Qu'il est des choses qu'il faut accepter, supporter, le temps de trouver comment les exciser hors de soi, faute de pouvoir les empêcher de prendre racine. Elle soupire, observe le sorcier laisser la place à l'homme de science alors que le corps animal pend dans ses bras, poids mort. Trophée involontaire. Ses genoux craquent alors qu'elle se redresse, lèvres s'incurvant de nouveau.

"Volontiers."


Elle est si belle, cette salle d'opération, lorsqu'elle la découvre, les lumières blanches et aveuglantes, le carrelage éclatant, l'air dépourvu d'odeur, stérile, les surfaces métalliques et brillantes qui reflètent le monstre tandis qu'elle passe le tablier et retrouve les gestes familiers avant de retourner auprès de la table d'autopsie, tendant les outils demandés en silence. C'est confortable, d'être comme ça, apaisant. La propreté de la pièce, la valse des gestes et des ordres, les yeux qui observent le corps qui s'ouvre et révèle ses organes et ses secrets. Tendre et reprendre les instruments, maintenir l'incision ouverte tandis qu'elle observe le sorcier en face d'elle travailler, observer la carcasse. Nul Chaperon Rouge dans son estomac, nulle grand-mère en chemise de nuit, nulle pierre placée là par un bûcheron. L'odeur caractéristique de l'acide gastrique et la nourriture partiellement digérée à la place, qui prend à la gorge et envahit la bouche tant elle est tangible, qui couvre jusqu'à l'odeur de la mort. Elle se sent à sa place, calme couvrant chacune de ses émotions, étouffant le monstre en dépit de la fatigue qui danse au bout de ses doigts gantés. Le lieu, les gestes, lui font regretter l'hôpital, son animation, son odeur, les discussions en salle de repos, la course constante, la lutte perpétuelle, l'ordre au milieu du chaos. C'est physique, boule au fond de la gorge, satisfaction derrière les yeux, tranquillité dans ses veines, c'est reposant. C'est ça, la normalité. Tête qui se secoue, brièvement, chassant les toiles de regrets au fond de son esprit et la nostalgie. C'est du passé. Inutile d'y penser, elle a fait son choix, elle est partie d'elle-même, elle apprécie son métier actuel aussi. Pas de quoi regretter, alors. Yeux qui se rouvrent, à la place, sourcils qui se froncent, tête qui se penche.

"Je ne connais pas grand chose à l'anatomie lupine, mais..."


Mais c'est étrange. Et elle ne pense pas juste à l'appendice qui n'a aucune raison d'être présent dans l'organisme d'une créature carnivore. Il n'a peut-être pas juste eu le temps d'être transformé ou absorbé par les intestins lors de la transformation, après tout. Comme le pelage qui n'avait pas encore commencé à pousser. Ils sont fascinants à observer, ces organes, si proches de ceux d'un humain, si différents pourtant. Est-ce que se rejeter a causé un rejet de ses organes mêmes, entrainant sa fin ? Ils semblaient fonctionnels. Et elle se prend à poser la question et à attendre la réponse. Il y a quelque chose de profondément fascinant là-dedans. Comment font-ils pour seulement survivre à la transition d'une espèce à l'autre, quand leurs organes ne sont si l'un ni l'autre ? Encore une question. Il en soulève tant, le cadavre sur la table. Elle en regretterait presque qu'il finisse aux alligators plutôt que dépecé dans des bocaux emplis de formol, ses organes exposés, prêts à être comparés à ceux d'un homme et d'un loup.


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MessageSujet: Re: Le loup nu aux yeux verts [PV Moriah]   Lun 3 Avr - 0:24

Hors jeu:
 


Les caves sont des capsules. Des capsules carrées. Celle-ci est de lumière, de métal, d’angles et de lisses. Une indifférence des matières. Une cruauté des outils. Un isolement hypnotique.

Les pattes du loup, attachées. Sangles de cuir. Boucles grises.
La bête livrée.

Un intermède d’actes. Un silence de gestes.
Les pensées se structurent derrière les globes oculaires.

- Pour les créatures de l’eau… c’est une bonne question. C’est au sorcier de faire attention.

Il prend les ciseaux massifs en main. Les enfonce.
Le sang. Perlé.
La peau-enveloppe cède. La corporalité du loup, éventrée. Une masse lacérée.

- Le lien entre sorcier et homme-bête est physique. L’homme-bête sent si la vie de son sorcier est physiquement en danger. Le sorcier le sait.

Les cartilages. Les os. Brisés. Un à un.
Le loup est mangé par les ciseaux massifs.

Croc.

___ Croc.

______ Croc.

_________ Croc.


- C’est un sentiment étrange…

Eventré. Terminé.
Une ombre marine passe devant le regard de Calder.
Les tripes de son loup.
Ferrailles rouges à l’air.

- Vivant, celui-là aurait été mon loup et j’aurais été son sorcier. Si j’avais pu, je ne l’aurais pas laissé mourir. J’aurais inversé le processus.

Il cille. Chasse le mal-être.

Ses mains gantées entrent dans la matière.
Visqueuse.
Luisante.
Ses mains gantées écartent les fractures.

Un chuintement de tissus morts qui se déchirent plus encore.

- "Je ne connais pas grand chose à l'anatomie lupine, mais..."
- En effet… Ça ressemble à un kyste. Mais à cet endroit, c’est rare.

A pleines mains, il écarte les chairs flasques. Embrouillis de sons humides. Il plisse les paupières.

Ça bouge.

Il prend un scalpel. De la main libre, la gauche, il approche la grande lampe sur pied. La grande lampe devient rouge de sang froid.

- Mein Gott…

Sous la lumière crue, il y a quatre dents enfoncées dans une sphère musculeuse de cinq centimètres de diamètre. Quatre canines.
Des cheveux courts. Noirs. Ou des poils. Comme savoir ?

- Un jumeau parasite. Vivant. Comment est-ce possible ?

Du bout du scalpel, il tapote sur les dents.
Tic tic.

Quatre petits doigts émergent du dessous de la sphère. Juste quatre doigts. Sans poignet pour tourner. Sans paume pour réchauffer. Sans pouce pour s’agripper.
Juste quatre petits doigts de bébé jamais né. Avec des ongles très roses. Des ongles coquillages.

- Alors c’est toi que je sentais en ton frère…

Murmure le scientifique sur un ton de délicatesse aérienne.

Soudain, les dents s’écartent. Les dents poussent. S’aiguisent. Les canines deviennent crocs. Tremblent. Les quatre doigts tremblent aussi.

- Il a pris une partie de la transformation. Et visiblement, la capacité à guérir plus vite. Mais là, il est en train de mourir.

Calder dépose le bout de son auriculaire droit entre les doigts minuscules. Un à un, les doigts se referment. Avec la lenteur des bébés qui découvrent le toucher. Avec la douceur des nouveau-nés. Dans la première préhension du jumeau loup, il y a toute l’amabilité des créatures qui n’ont jamais fauté.

Le scientifique agite légèrement son auriculaire. Les doigts minuscules serrent un peu plus fort.

Puis se relâchent.

- Il est mort.

Trois secondes passent. Une absence de mots. Un balancement des pensées.

Calder prend le scalpel et détache le jumeau parasite.
Les coupures de peaux intérieures.
Tchic. Tchic.

Il le dépose dans une coupe d’inox. Le montre à Moriah. Sous la gluance, on devine le soyeux des poils.

- C’est la première fois que je rencontre un tel être. Il devait avoir un début de cerveau reptilien. Il n’avait pas de conscience. Il avait des débuts de pulsions.

Il dépose le bol. Soupire. Retire ses gants. Lave ses mains.

- Je vais être franc. Cela ressemble à ce que je perçois chez toi. Mais c’est différent.

En se séchant les mains, il dépose son regard sur le visage de son ancienne infirmière. Ces traits-là, il les a vus tellement de fois… Sous les spots brûlants, dans le soir qui fatigue les visages déjà fatigués, dans le stress des opérations hurlantes, dans les couloirs brumeux des fins de service, dans la cafétéria bruyante, parmi d’autres visages, ou isolés, ou en mémoire.

Ou ce soir.
Mais ce soir.
C’est différent.

- Il y a quelque chose au fond de toi, Moriah, et je sais que cela ne fait pas partie de toi.

Ce soir, il aborde la question.
Parce que si un jour.
Pour toujours.
Si un jour, la bête.
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MessageSujet: Re: Le loup nu aux yeux verts [PV Moriah]   Lun 3 Avr - 21:50


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Kyste, étrange, velu. Homme, loup, double avant même sa transformation, parasite en lui, absorbant une partie de sa transformation, passager involontaire. Elle se sent triste, pour lui, pour eux, regard accroché aux quatre crocs sans mâchoire, aux quatre doigts perdus émergeant de la masse, étreignant ceux du chirurgien. Perdus, nécessiteux. Est-ce que c'est la première fois qu'il goûte à la chaleur humaine, alors qu'il est à l'agonie ? Pauvre créature... Pauvres êtres. Est-ce qu'ils étaient conscients l'un de l'autre, alors que les ciseaux séparent lentement les tissus, en coupures délicates comme les doigts minuscules qu'elles libèrent. Il y a une beauté étrange dans l'instant, mélancolique. Comme un vieux tableau peint de teintes sombres et fumées, de brou de noix et de noir d'os, de blanc calcaire et de rouge fer. Quelque chose qui la peine. Il aurait été le loup, Calder aurait été son sorcier. L'un protégeant l'autre, en une relation maudite. Symbiose partielle. Elle se sent gelée, de fatigue et de réalisation aveugle, le jumeau minuscule se couvrant devant ses yeux de peau grise et froissée, ses crocs des épines d'os acérées, ses poils sombres des mèches parodies juste là pour amplifier une ressemblance et la blessure qu'elle cause. Heureusement qu'elle n'était pas consciente d'elle-même, dans la pièce aux miroirs...

"Je suppose qu'il n'y avait pas de place pour un troisième être en lui... Il appartenait déjà à son jumeau."

Doigts gantés, qui effleurent le corps esquisse dans sa coupelle d'inox brillant. Le parasite au fond d'elle, une présence presque tangible, qui monte une révulsion, la laisse commencer à couvrir la tristesse, incapable de comprendre qu'elle n'est pas réellement triste pour le monstre sur sa table métallique ou son double inachevé. Que ce sont les parallèles qui blessent, l'idée qu'elle pourrait s'ouvrir le ventre autant qu'elle le souhaite, elle ne trouverait sans doute nulle boule organique et pulsante de haine. Il est caché là où il ne sera jamais être trouvé, là où il survivra probablement même à sa mort. A se demander pourquoi il ne tente pas de la précipiter, alors. Pour se trouver un hôte plus coopératif dans ses rages et ses douleurs, pour la laisser se reposer un peu. Peut-être pour ça. Pour continuer à se repaître d'elle et de ses émotions, pour voir jusqu'où il peut la pousser, la souiller, si elle finira par s'y complaire et rechercher la sensation d'horreur qu'il génère. Monstre... Lequel des deux ? Lequel d'eux quatre ? Le frère avait-il conscience du jumeau, la sensation parfois d'une dualité, d'un vide au creux de lui, causé par le surplus ? Est-ce qu'il savait, que jusque dans son humanité il était un monstre ? Au moins... il pourra dormir maintenant. Mutisme. Perdue dans ses pensées, alors qu'elle entend l'eau couler, devine Calder qui retire le carcan de latex autour de ses mains, les lave. Avant de se figer, alertée, aux aguets, yeux aux iris dévorés par leurs pupilles croisant ceux du chirurgien.

L'envie. De fuir, alors que son coeur bat de plus en plus précipitamment dans sa cage d'os et que le monstre plante ses griffes dans son cerveau, le pousse à produire plus de peur, plus d'appréhension, couleur quittant son visage, lèvres se teintant de la couleur des linceuls, ongles semblant se défaire du sang qui circule sous eux et leur donne leur teinte. Le froid sous sa peau, qui en émerge en ondes cruelles, reflet de celles qu'elle voit dans le métal brillant dans la lumière des lampes. Il n'est pas si stupide, Balrog, au final... Il sait. Qu'elle ne peut pas se mettre en colère en présence de Calder. Il a une présence trop apaisante pour ça le long de ses nerfs, forme une constante, une ligne de raison qu'il ne peut pas trancher. Trop de temps passé dans les enjeux du bloc opératoire, trop de confiance obtenue juste en gardant le silence. Celui qu'il vient de briser, mots tombant comme une sentence sur elle, l'enterrant sous leur poids alors que ses doigts se raccrochent à la table pour se garder réelle, se garder debout. Envie de fuir et de ne plus jamais revenir, terreur d'admettre ce qu'elle est devenue, de voir la révulsion venir couvrir ses traits. La bouche qui tremble, s'entrouvre, se referme, langue trop sèche passant un instant sur ses lèvres sans parvenir à les humidifier. Qu'il doit rire, le monstre dans le miroir... Ses jambes qui frissonnent sous elle, de froid, d'envie de l'entraîner loin d'ici, lâches et effrayées. A peine une voix, un murmure, partiellement noyé par le brouhaha en elle, qui pointe. Qu'elle peut avoir confiance. Qu'il n'a pas eu peur du loup, pas eu peur du jumeau dévoré. Qu'il est leur protecteur, celui qui leur permet de garder un brin de normalité, en les soignant. Sans jamais poser de questions. Après tout ce temps, elle lui doit bien des réponses, non ?

"Balrog."

Un mot. Suspendu dans l'air, immobile, alors que la terreur redouble, l'étrangle. Essaie de la bâillonner, alors qu'elle poursuit, chaque mot une victoire qui l'étrangle un peu plus avant. Obligée de garder ses yeux accrochés à ceux de Calder, leur bleu partiellement visible à travers le voile noir qui recouvre les siens.

"Il faut nommer les monstres, non ? C'était approprié, en tout cas."
S'arrêter. Respirer, péniblement. Paupières qui voilent ses yeux un instant, avant de se rouvrir, frémissement de commissures qui se soulèvent les accompagnant. Elle creuse un peu plus sa tombe, amertume couvrant les mots, révulsions les colorant. Pour ce qu'elle est devenue. Pour ce qu'elle s'apprête à lui conter. "Ça va faire quoi, un an et demi ? Et trois semaines. Environ. J'essaie de ne pas calculer plus précisément. Croiser ton reflet, et ne pas te reconnaître. Y voir un monstre à la place. La peau grise toute en plis, les orbites si sombres que tu ne peux pas déterminer si elles contiennent des globes oculaires ou non, les os qui émergent de partout, en stigmates. Une fraise d'épines autour de ton cou, tes côtes qui poussent hors de ta peau, des doigts aux phalanges démesurées et aux ongles comme des poignards. Le sang et le pus autour des plaies, jamais cicatrisées, toujours aussi neuves que si elles venaient juste d'être causées." Le doute, en se voyant, en voyant ses mains si normales agrippées au métal avec désespoir, alors que les mots continuent de tomber, sans énergie, sans vie, juste l'horreur. Pas même le soulagement d'enfin en parler. Est-ce qu'elles ressemblent bien à ça, ses mains ? Ou est-ce que le monstre dans sa tête les manipule, tous, projette un glamour autour d'elle pour cacher sa véritable apparence ? Est-ce que ce qu'elle voit parfois dans le miroir, son visage à elle, lui appartient encore, ou est-ce juste un souvenir, qui parfois se superpose à la réalité ? Juste un mirage ? Ses yeux brûlent de ne plus ciller, de ne pas pleurer. "Et puis tu te coupes, et ta peau noircit et se nécrose. Et tu comprends que ce n'est pas une hallucination. Pas de la folie. Et pour être honnête, la réalité semble être régie par le surnaturel, désormais." Quelque chose qui la révolte, l’écœure. "Penser qu'il est derrière ça plutôt qu'une maladie mentale apparue sans crier gare... Ce serait presque rationnel." Nouveau frémissement de commissures qui se soulèvent et ne parvient qu'à rendre la fatigue de ses traits plus visible. Physique, fatalement. Et autre. La fatigue de savoir qu'on est plus maître de son propre corps, de sa propre âme, juste le véhicule d'autre chose. De devoir se battre constamment, pour garder un peu de maîtrise de soi. Elle n'ose plus fixer Calder, désormais, alors que les mots tombent plus aisément de ses lèvres, en disent plus qu'elle ne voudrait l'admettre.

Une main quitte la table, se soulève en l'air, doigts oscillant lentement tandis qu'elle les observe, étincelle glaciale dans le regard, derrière la lassitude. Elle se demande si il s'est déjà posé la question. De pourquoi elle n'autorise jamais ses mains à toucher la peau, si la barrière des gants qu'elle se rend aveuglément compte qu'elle a retiré en parlant n'est pas là. "Fatiguée comme je suis là, si je venais à poser la main sur toi, ta peau se nécroserait, pourrirait, comme la mienne quand je me blesse. Ce serait douloureux. Comme une brûlure, il parait. Pour mieux se réparer une fois le contact interrompu. C'est... difficile à contrôler. Surtout quand tu es fatigué, ou en proie aux émotions négatives. La peur, la colère... Sauf qu'elles sont perpétuellement là."

Comme une sentence, tandis que sa main retrouve le métal, et court un instant au-dessus du cadavre, sans le toucher. Même les morts ne sont pas saufs. Elle devrait se réjouir qu'Aram soit mort, tout comptes faits. Elle n'aura pas à le quitter pour le protéger, de la sorte. Il ne saura jamais ce qu'elle est devenue. Juste Calder. Calder dont elle attend la sentence.
 

 

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MessageSujet: Re: Le loup nu aux yeux verts [PV Moriah]   Mar 11 Avr - 0:06


Les femmes ont une transparence que les hommes n’ont pas. Une résonance avec l’éther. Quelque part entre l’oxygène vital et l’azote indifférent. Moriah avait toujours été là, entre les molécules de l’air ambiant. Nécessaire. Impavide. Discrète. Un écho d’elle-même se mouvant dans les longs couloirs saturés de lumière. Son essence cachée au sein de l’écho. Calder avait pris cette habitude, sans s’en rendre compte, de chercher le rayonnement sobre de Moriah. Quand il s’engouffrait dans l’hôpital. Quand il se concentrait sur le sang et les blessures. Quand il analysait les chiffres de papier. Elle était un ronronnement confortable du quotidien, toute en cliquetis ténus et en présence ubiquiste.

Elle a brisé cette habitude. Comme ça. Sans crier gare. En silence. Elle a disparu. Sa disparition hurlait quelque chose parce que le silence était sa matière. Les couloirs de l’hôpital étaient devenus lépreux de sa présence. Et autour de Calder, le silence matière de Moriah est devenu absence.

Elle est réapparue. Plus dense. Nerveuse. Abimée. Son écho d’elle s’était teinté de gris tangible. Lui n’a rien demandé. A emprunté le langage fait d’implicites et de non-dits. Une langue qui tonne dans les inspirations et qui tend les questions entre les rencontres.

Aujourd’hui, il a brisé, à son tour, leurs habitudes. A prononcé les mots. A éclaté leur langage muet.

Devant lui, elle vacille. Il s’y attendait. Au fond, il s’y attendait.

Mais il y a une différence entre savoir et voir. Entre penser au trouble et percevoir la peau pâlir. Les doigts crisser. Le corps trembler. Le cœur chanceler.
Les vacillements de Moriah explosent dans les entrailles-abysses de Calder. Une détonation comme un tsunami.
Au creux de lui, c’est un vide fait d’ombres dormantes. De mouvances sous-marines. Ses sentiments sont des animaux des profondeurs océaniques. Et les sentiments-animaux de Calder vacillent aussi dans ses entrailles.

Elle parle de son monstre gris aux épines infernales et aux humeurs visqueuses.

Il imagine la créature. Fronce les sourcils.
Un tel monstre ne peut appartenir qu’à l’obscurité.
La nausée monte de son estomac. Un goût acide et écœurant d’anis gélatineux.
Il se souvient de sa propre magie. Sa propre obscurité.

Elle vacille toujours devant lui. Se déchire. Le déchire. Dans ses entrailles à lui, l’écho de Moriah est douloureux. Son silence matière est devenu blessure.
A ça, il ne s’y attendait pas.
Dans ses abîmes intérieurs, les sentiments se battent. Se dévorent. Dans ses viscères, le corps se rétracte. La bouche n’a rien à prononcer. C’est un intervalle entre la compréhension et la respiration.

Le regard de la femme sur le loup mort.
Sa main au-dessus.

Il ne pourra jamais la transformer.
Il ferme les paupières. Chasse la pensée et le sentiment.
Elle a un monstre en elle.
Il ouvre les paupières. Chasse la pensée et le sentiment.

Sa voix encore retenue dans son ventre. Il murmure.

- J’ignorais.

Il réalise.
Dans la cave blanche, dans la perfection moderne, dans sa magie séculaire, il ne peut rien faire. Rien tout de suite. Rien immédiatement.

Ce n’est pas possible. Ce n’est pas acceptable.

Mais si.

Rien. Rien maintenant.

Au fond de lui, une colère froide. La frustration.
Son visage se crispe.

Des ombres remuées, une seule remonte le long de ses artères. Coule dans ses veines. Il avance une main vers les fébrilités de Moriah.

Sur le carrelage blanc, l’ombre de sa main près de l’ombre de la femme.

Sa main sur le bras. Le contact du coton du tablier sous la peau. Le coton est perméable à la chaleur. Au contact chaleur, la colère de Calder s’évapore.

- J’avais deviné pour la nécrose. Pas pour le reste.

Il aimerait dire qu’il est désolé. Il n’est pas certain que cela servirait à quelque chose. Et puis, Calder a les mots faciles quand les mots jouent avec la surface des choses. Il a la parole des jouissances, des provocations, de la science, des ostentations. Mais la parole des abîmes, la parole des compassions, des tendresses, des sens profonds… ll ne la possède pas.

- Un hug ?

Il possède les gestes.
Il n’attend pas vraiment de réponse.

- Viens. Tu en as besoin.

Il s’approche et approche son autre main.

- Ca va aller. Avec les vêtements, ça va aller.

Un regard et un sourire. La confiance en lui est parfois arrogante chez ce sorcier, et parfois illuminante.

Il est persuadé que ça va aller. Avec les vêtements. De toute façon, quand donne-t-on un hug sans vêtements ?

Alors il la prend dans ses bras. Un grand mouvement lent. Une étreinte attentive est toujours lente. Il faut bien la délicatesse des pères, des amis et des amants pour convaincre la femme qu’elle ne tuera personne.

Dans la tendresse, Calder a les inclinations de la terre et de l’eau. Une tangibilité enveloppante et pressante. Les mains dans le dos de Moriah. Son buste contre le sien. Son menton près de l’épaule. Ses doigts s’enfoncent légèrement.

Est-elle encore tendue ?
Est-elle encore triste ?
Est-elle encore perdue ?
Est-elle… tout simplement, qu’est-elle ?

- On peut chercher une solution…

Sa main dans les cheveux noirs. Contre la nuque. Les doigts emmêlés dans la soie des cheveux. Et la voix qui descend dans le murmure.

- Mais il faut aussi chercher à te rassurer sur toi.

Son regard balaie la salle blanche. Dans cette pureté froide, où peut-il lui montrer son humanité ?

Il trouve.

- Viens. N’aie pas peur. Je vais utiliser mon pouvoir d’illusion pour te montrer.

Par le bras, il la tire vers le miroir qui surmonte le lavabo. Un miroir rectangulaire. Un lac cadenassé. Il place Moriah devant le miroir.

Et avant qu’elle ne puisse se voir dans le miroir, Calder absorbe l’image de Moriah. Il l’absorbe dans les moindres détails. A travers la magie, il lui rend son image.

Il se tient debout derrière elle. Les mains sur ses épaules.
Elle, sa peau de femme. Son nez droit. Ses longs cheveux bouclés. Ses cils sombres. Sa bouche rosée.

- C’est comme ça que je te vois.
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MessageSujet: Re: Le loup nu aux yeux verts [PV Moriah]   Ven 14 Avr - 22:38


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Une main. Sur son bras. Des mots. Qui brisent le silence. Ils sont tel un coup de feu qui transpercent la terreur, le gel qui s'est instillé le long de sa peau, de ses nerfs, forçant ses muscles à des tremblements incontrôlés et ses yeux à fixer le vide sans même le voir, conscience d'elle disparue dans les limbes, le geste de sa main qui retombe à son côté pas même enregistré. Elle ne comprend pas. Il ignorait. Elle le sait. Il avait deviné. Elle peut le croire. Mais elle ne comprend pas. Pourquoi cette main, alors ? Il devrait la mettre dehors, la maudire, la craindre, ou être révolté par elle, autant qu'elle se révolte. Pas... proposer un câlin. Ses sourcils se froncent machinalement, lèvres répétant la question sans un son, sans réellement comprendre les mots. Elle risque de le blesser. Il devrait s'éloigner. Elle ne mérite pas une étreinte. Il ne réagit pas comme il devrait. Elle est comme une poupée sans vie, regard le fixant sans réellement sembler le voir. Les mots emplis de certitude. Les lèvres incurvées en une expression assurée. Le regard familier et dépourvu de crainte. Les pièces du puzzle refusent de s'assembler. Toujours le même mot, qui tourne et virevolte dans son esprit, en quête d'une quelconque réponse. Pourquoi ? Pourquoi n'a t'il pas peur, pourquoi réagit il de la sorte ? Avec douceur, quand elle devrait recevoir des coups ?

Et puis. Les bras qui la ramènent contre son corps, alors qu'elle se laisse faire, incapable de se défendre, de s'écarter, de le protéger. Tout juste le réflexe, qui fait s'écarter ses mains, se crisper ses poings autour du vide, poignets s'y substituant. Elle peut sentir son odeur qui emplit l'espace et chasse celle stérile et métallique de la pièce, sentir sa chaleur qui s'infiltre à travers le coton et vient se presser contre son carcan de glace, déterminée à le faire fondre. Elle peut deviner la pression des doigts qui s'enfoncent si légèrement dans sa peau et l'ancrent alors que son sol disparait sous elle. Tremblement. De tout son corps, de toute son âme. Et elle se laisse y sombrer, sans un mot, laisse son front se cacher dans l'épaule, sa peau enregistrer chaque mouvement minute. La main dans sa nuque, la main dans son dos, le torse contre le sien, la voix près de son oreille. Qui noient tout. Elle avait oublié. Ce que c'était. De simplement se laisser aller dans un contact, de se reposer sur quelqu'un. Mais la peur reste. Qui fait se reposer ses poignets désespérément le long des flancs de Calder, sans que ses mains osent toucher le tissu de sa chemise. Elle le sait pourtant, qu'il n'y a pas de danger à toucher le tissu. Mais. Ses mains sont sales. Sales de cette pourriture qu'elles génèrent, sales de la présence du monstre en elle. Elle est sale. Toute entière. Pas lui. Elle devrait s'éloigner, se reculer. Le préserver, pour ne pas le contaminer. Elle reste là, à la place, se fragilise un peu plus à chaque seconde qui passe. Des failles, dans sa carapace. Dans la certitude qu'elle ne doit pas le laisser, dans la haine montante envers sa propre faiblesse, qui la fait le mettre en danger. Qui la laisse incapable de seulement lui dire qu'il n'y a pas de solution à trouver.

Alors. Elle laisse ses paupières s'abaisser, ses défenses s'effondrer, la laissant seul avec le démon et la peur, le contact de Calder pour unique barrière. Vulnérabilité, tout son être exposé à l'air, attendant, tremblant, ongles qui s'enfoncent dans ses paumes pour ne pas chercher un ancrage plus solide, alors que les abysses la bercent. Besoin de s'effondrer, de sombrer, se reposer, corps recherchant l'inconscience sans parvenir à l'atteindre. Il faut redresser les paupières, soulever la tête lestée de plomb, chercher le regard du sorcier sans comprendre ce qu'il veut dire. La rassurer sur elle. Pourquoi ? Comment ? Sa langue est de bois derrière ses dents, incapable de laisser s'échapper un son, les yeux prenant la place des mots. Perdus, hésitants. Qui attendent patiemment une réponse sans la réclamer pour autant. Et se laissent entrainer par la main autour de son bras, nervosité montant dans leurs profondeurs, regards lancés autour d'eux, craintifs. Il n'y a plus que les instincts qui la régissent, ceux qui la rendent docile et fuyante toute à la fois, qui la maintiennent hors d'elle-même, suspendue, quelque part hors de son corps.

Son image dans le miroir. Pas de monstre. Pas elle non plus. Juste une femme, une qu'elle ne parvient pas à reconnaitre. Elle n'est qu'une illusion, et les miroirs... les miroirs sont mauvais, pas instinctif en arrière esquissé. Maintenue là, par les mains de Calder, rassurantes sur ses épaules, lui transmettant leur chaleur et leur force. Elle s'oblige, à observer l'image. Elle connait les traits, croisés dans les photographies, dans les vitres pendant si longtemps... Ils sont inconnus, en même temps. Ils n'ont pas cette étincelle amère et colérique qui les emplit lorsque le monstre se retire pour la laisser face à elle-même un instant, ils n'ont pas ce pli écœuré des lèvres qu'ils ont d'habitude. Une image d'avant, une image du passé, une image qui n'est plus elle, si elle a existé un jour. Et sa tête se secoue, et ses yeux se ferment, la refusent. "Ce n'est pas la réalité..." Elle ne sait plus si ça a été la réalité un jour, vraiment, alors que ses mains se referment autour du tissu de son tablier et s'y accrochent, maintiennent ses bords fermés comme des agrafes. Les miroirs mentent, les miroirs blessent, douleur fantôme le long de sa nuque, souvenir de la morsure argentée. Les illusions mentent et blessent aussi. Et elle ne sait pas qui ment le plus, l'image montrée par le sorcier ou celle offerte chaque jour par les reflets, aveu qui se fait dans un murmure brisé avant qu'elle s'enfuit, échappe au contact, échappe à l'image.

Elle en a peur. Peur qu'elle soit vraie, et de se briser à l'idée de ne pas parvenir à y ressembler pour autant. Peur qu'elle soit fausse, et de se détruire dans une tentative sans fin de la devenir malgré tout. Elle en étouffe, les mains tremblant de nouveau, ôtant le tablier avec des gestes presque frénétiques. Les bandages l'asphyxient maintenant qu'ils ne sont plus nécessaires. Trop épais, trop chauds, mains les retirant à l'aveuglette, longues bandes de cotons noirci, rougi, jauni. Toute l'horreur de sa condition et de son dos peints dessus en couleurs macabres avant d'être engloutis dans la poubelle et que ses mains se glissent sous l'eau, répètent des gestes ancrés dans leurs muscles sans sentir sa brûlure. Trop chaude ou trop froide, quelle différence ? Elle ne la sent pas. Elle ne sent rien, alors que ses ongles se referment dans ses bras, que son corps s'appuie au dessus de l'évier, respiration un sifflement. La panique qui recouvre tout de nouveau, brutale. Ce n'était pas son image. Ça ne pouvait pas être son image. Son image ne peut pas ressembler à ça, parce qu'elle ne ressemble plus à ça, parce que depuis elle est devenue tout ce qu'elle hait. Il se trompe. Il doit se tromper. Il faut qu'il se trompe, parce que Balrog est partiellement séparé d'elle sinon, parce que chaque accès de rage aveugle et destructrice vient d'elle sinon. Confusion. Les émotions qui changent trop vite pour être rattrapées, les pensées qui se défont avant même de s'être formées. Vague sensation de tomber, dans sa tête ou dans la réalité. Trop plein.

"Pourquoi tu n'as pas peur ?"
Elle ne comprend pas, la voix un souffle, alors que les membres tremblent de plus belle et que l'obscurité s'empare de nouveau de sa vue, consciente de sa tête ployée et de ses cheveux devant son visage seulement par leur contact le long de sa peau, la manière dont ils oscillent avec sa respiration trop rapide. "Tu devrais être répugné, pourquoi tu ne l'es pas ?" Griffure le long de ses bras, aveugle, réflexe. La vague sensation du carrelage sous elle, que le froid qui monte le de ses jambes n'est pas juste celui qui rampe dans ses os. Elle est tombée, alors. Elle ne s'était pas rendue compte. "Pourquoi..."

Toujours la même question. Celle qui ne connaitra jamais de réponse, et à laquelle elle s'accroche pourtant désespérément.
 

 

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Le loup nu aux yeux verts [PV Moriah]

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