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 « No one knows what it's like » Roman.

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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MessageSujet: « No one knows what it's like » Roman.   Mer 8 Mar - 20:08



No one knows what it's like

 


La douleur qui parcoure lentement chaque parcelle de mon corps est presque rassurante. La preuve que je suis bel et bien vivant, la preuve que dans ce monde pourri qui me force à ne plus être capable d'affronter mon reflet j'existe. Je marche dans la rue sans écouter les échos douloureux des murs. J'ignore les cris, la peur. J'ignore aussi le bonheur. Une part de moi hurle à l’aide tandis que l'autre se demande bien pourquoi. J'ai peur de ce que je suis capable de faire et ressentir. J'ai l’impression de vivre une chute constante, sans fin. Pas d’atterrissage, aucun moyen de se relever si l'on ne s’écrase pas d'abord. Alors il me faut un repère, quelque chose de fiable, capable de me laisser entrevoir un peu d'espoir.

Roman. Seul véritable ami dans ce monde anéanti. Je traverse les rues d'un pas lourd, celui qui vous montre que la personne rêverait de courir mais refuse de partager sa détresse au grand jour. Assommé, anesthésié, je ne réalise même pas cette aura qui s’échappe de moi, celle qui fait que personne ne s'approche, qu'on nous regarde du coin de l’œil. Ma respiration s’épuise, comme si l’air ambiant était pesant au lieu d’être vivifiant. Je me meurs à petit feu sans même chercher à me battre. Accepter ma nouvelle nature, en voir les points positifs. Mon sang a retrouvé son rouge éclatant, les hématomes qui naissent sur ma peau laissent cet arc-en-ciel de couleur à nouveau. Pourtant je n'y arrive pas, la douleur frappante des marques ne me rassure pas, non, au contraire, elle me plonge un peu plus dans ce profond désespoir de ne jamais sortir la tête de l'eau. J'ai mal au cœur, mal aux reins. Mes propres organes ne se réhabituent pas à cette pseudo vie retrouvée. Mes poumons ne respirent pas comme ils l’avaient toujours fait. Mes poings se serrent dans mes poches, une démarche inutile pour s'accrocher encore et toujours à cette foutue réalité.

Le chemin jusque chez le russe est passé trop vite, sans me laisser l’occasion de faire demi-tour, de changer d'avis pour me terrer un peu plus dans ma solitude. J’observe le bâtiment quelques instants avant d'en franchir le seuil. Roman n'est plus mon docteur, l’amitié qui nous lie me fait parfois poser question. Il est la preuve des bien faits de la sorcellerie. La preuve que tout mon destin aurait pu être différent si Deborah n’avait pas existé. Devant la porte de l'appartement de mon ami j’hésite enfin, retrouve un minimum de réflexion. Alors j'attends, silencieux, de longues minutes. Les pensées se bousculent violemment dans ma tête alors que je me demande quoi dire, quoi faire. Je fixe l’entrée sans franchir le pas, celui de la liberté de penser, d’exister. Celui qui m'aide depuis des années, passé de docteur à ami, celui d'une nature que j'envie salement. Roman sait ce qu'il est, ce qu'il ressent. J'essaie vainement de faire taire tout ce qui me pousse à devenir mauvais, à hurler sur le Ievseï combien il est chanceux, combien j’ai la trouille de ne plus jamais l’être.

Trop faible, trop lâche, je n'arrive même pas à me convaincre moi. Je ne suis qu'un pantin de mes propres sentiments. Ces murmures constants, rires crispants, instincts dérangeants. Je reste persuadé de n’être qu'un poids, nocif de nature, peu importe les excuses et les coups de pute de la vie. Roman ne mérite pas ça. Subir constamment ma négativité, être le témoin trop proche de l'accident que je suis. Bombe à retardement qui risque d'exploser à tous moments. Pourquoi je suis encore là ? Pourquoi je ne franchis aucun pas ? J'ai besoin de lui, voilà pour quoi. Mais a-t'il besoin de moi ? Je remonte mon poing jusqu’à mes lèvres et le mords, créant instantanément un nouvel hématome que je ne regarde même pas. Le temps s’arrête une seconde alors que mes pas réduisent l'espace entre Roman et moi. Dans un soupir las, je cogne à la porte. Le cœur serré, le poing brûlant de cette blessure auto infligée. La porte ne tarde pas à s'ouvrir pour laisser percevoir le visage bien connu du russe.

Un sourire maladroit alors que je glisse ma main contusionnée dans ma veste. Honteux de mes décisions, de mes actes. « Salut. » Le mot sort instinctivement d'entre mes lèvres alors que je dévisage mon ami. « Roman, ça va pas ? » Question stupide alors que la réponse semble déjà claire. J’oublie mes propres angoisses instantanément, laisse chaque murmure s’éteindre comme une bougie consumée. J'ouvre ma boîte de Pandore pour la remplir un peu plus de cette noirceur malade. Je ne peux quitter son regard, cherchant dedans une vérité qu'il n'est sans doute pas prêt à avouer. Pourtant je suis incapable de faire demi-tour, lui proposer de le laisser seul. Je refuse de le laisser s'enfoncer dans une mélancolie que je n'arrive pas à diminuer. Besoin maladif de l’aider, d’être utile, de ne plus être moi. « Je peux entrer ? » Interrogation idiote qui pourtant se refuse à disparaître malgré le temps passé. « Sauf si tu ne préfères pas parler… » Je m'écrase à nouveau, pas foutu d'assumer. Mon regard le quitte pour trouver cette main abîmée qui s'est glissée en dehors de ma veste naturellement. J'ai mal, je serre les mâchoires alors que les couleurs bleutées s'emmêlent sur le dos de cette dernière. Qu'est-ce que je peux être con. Qu’est-ce que je peux être égoïste. Je cherche à nouveau son regard, difficilement, un peu honteusement.

Je ne veux pas être seul. Laisse moi t'aider. Je ne veux pas retrouver mes pensées, être à nouveau seul face à moi-même. « Il s'est passé quelque chose de grave, pas vrai ? » Malgré la peur, j'insiste, pousse mon thérapeute à me laisser une place. Mal à l'aise dans ce rôle, je n'arrive pas à me résoudre à un quelconque refus. J'ai certes besoin de lui, de sa compagnie pour ne plus être seul mais à mesure que les secondes passent j'ai surtout besoin de savoir qu'il va bien, que je m’inquiète pour rien. « Tes enfants sont chez toi ? S'il faut aller ailleurs, on peut. » Je n'ai jamais été du genre sociable, pourtant, je suis prêt à tout pour être auprès de lui, ne pas le laisser filer. Le russe a toujours été une fumée qui nous échappe, fier et humble, il ne laisse d'ordinaire rien paraître, qu’importe ce qu'il a pu vivre. Alors tant que la fumée est cendres, même si ce n'est qu'une minute ou une heure, il faut l'attraper, ne pas le laisser s’éteindre comme tous les autres. Comme ceux avec qui tout est gâché, comme ce frère que je n'ai pas pu sauver.

_________________

You're mine, control me
hard to resist falling in love don't wanna commit i'm taking the chance i'm taking the risk they say that you're toxic that's just why i want it every time you touch me i can't breathe they say you're no good for me they don't know what's good for me every time you love me i can't breathe
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MASTER OF ILLUSIONS

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MessageSujet: Re: « No one knows what it's like » Roman.   Mer 8 Mar - 23:40


L'eau coulait, coulait sur ses mains rougies. L'eau ébouillantait sa peau, l'eau éradiquait tout mais le sang refusait de partir. Le sang refusait toujours de quitter ses ongles, de quitter ses doigts, peu importait à quel point il frottait furieusement. Peu importait qu'il s'y écorche, peu importait qu'il s'y brûle, peu importait que l'acide qu'il appliquait sur sa peau soient corrosifs, soient efficaces. Le sang ne souhaitait plus partir de ses doigts, parce qu'il n'était réel que dans son esprit. Comme cette sensation de ne sentir que son odeur métallique à chaque fois que, au repos, il prenait une inspiration. Comme la sensation d'entendre ses gouttes s'écraser sur le sol, alors que rien ne perlait de ses doigts. Une sensation fantomatique et pourtant tellement présente, qui le hantait cruellement depuis des jours.
Un fantôme cruellement réel.

Il l'avait revu, ce sang qui n'était pas le sien. Il avait ébouillanté ses mains, avait raclé tellement fort avec la brosse à vaisselle qu'il s'était arraché la peau. Que le sang qui avait perlé était le sien, horriblement, terriblement le sien. Mais celui de l'homme sans visage dans la ruelle, lui, avait disparu. Il ne revenait qu'épisodiquement, creusant son estomac, affolant ses sens, puis disparaissait pour ne plus le laisser qu'épuisé, son esprit malade compulsant chacune des images avec tellement de puissance qu'il en perdait l'équilibre. Sa main tremblante du chaud froid de l'eau qui lui coulait dessus, il l'observa. La main d'un monstre. Une main qui avait aussi bien ôté la vie qu'elle l'avait préservé chez des dizaines, des centaines mêmes, d'individus. Le sang clair, rouge vif, se mêlait à l'eau en partant vers la bonde. Il le fixa sans le voir, son odeur envahissant ses sens. Il l'avait fait, oui. Il avait protégé les siens, il avait protégé Andreï, mais à quel prix ? Penser que l'on soit capable de tuer quelqu'un est à des lieues de ce que c'est réellement. La culpabilité, la crainte d'être attrapé. Andreï lui avait assuré qu'il s'occuperait de nettoyer leurs traces. Qu'ils ne seraient pas inquiétés par la milice. Mais Roman n'en était pas certain. Il n'était, de toutes façons, plus sûr de rien.
Et si Andreï l'avait trompé, à nouveau ? S'il avait pris ses déclarations au pied et la lettre, et avaient libre cours à la milice pour le retrouver ? Et si elle enfonçait la porte et l'arrachait à sa famille, à ses enfants ? L'idée était obsédante. La terreur lui retournait le coeur. Si on l'enlevait lui, qui resterait-il pour s'occuper de Lizzie et de Colin ? De Mikkel ? Il n'avait plus personne. Lara était morte. Laura peut-être, sûrement aussi. Andreï n'avait jamais été un père, comment pourrait-il s'occuper de ses gosses ? Son estomac se tordit d'avantage sous la pensée, et il fut contraint de se pencher brusquement. Sa terreur s'évacua avec sa bile, son petit-déjeuner et son propre sang au fin fond de l'évier en inox.

Il la connaissait bien, pourtant, cette angoisse. Celle de tout perdre, celle qu'on l'arrache aux siens et qu'ils se retrouvent désoeuvrés comme il avait pu l'être bien trop de fois auparavant. Mais cette fois-ci, cette terreur était concrète. Cette fois-ci, ses raisons d'avoir peur étaient amplement justifiées, et reposaient sur une confiance qu'il n'avait de toutes manière pas octroyée à Andreï. Un homme qu'il ne connaissait pas. Un homme qui avait causé tellement de dégâts, et pouvait en provoquer tant d'autres que la perspective lui donna le tournis. Provoqua une nouvelle vague de nausée douloureuse.
Vaseux, il laissa l'eau couler dans l'évier, la laissant refroidir et chasser les traces de bile de sa faiblesse. Tremblant comme une feuille, il s'empara d'un torchon propre pour envelopper sa main écorchée. Il aurait bien pu faire un arrêt par la salle de bain pour se soigner, mais il n'en avait ni la force, ni la vigueur. Sa main indemne en coupe sous le jet d'eau fraîche, il y plongea ses lèvres pour se rincer la bouche. Le goût âcre de ses propres remords était persistant. Remords qu'il essuya distraitement de sa barbe naissante, de ses joues creusées, croisant à peine son reflet dans la surface réfléchissante du robinet. Il faisait peur. Lizzie le lui avait dit, d'un ton si plein de morgue et d'inquiétude qu'il lui avait fait mal. Elle lui avait suggéré de prendre des vacances, de se reposer. Si elle avait su que c'était justement ce qu'il redoutait, la pauvre enfant. Il lui avait promis d'y réfléchir, mais tous deux savaient parfaitement que Roman ne le ferait pas.
Parce qu'il en était incapable.

Un coup contre la porte. Quelqu'un qui se trouvait devant, un des prédicateurs de la Fin du Monde bis, probablement. Parce que les gamins étaient partis vivre leur vie. Parce que Mikkel était allé faire Dieu seul savait quoi. Parce qu'Andreï... Pourvu que ce ne soit pas Andreï. La démarche peu assurée, chancelant légèrement, le Russe traversa l'appartement pour rejoindre l'entrée. La porte, dénuée d'oeil de boeuf, pouvait révéler tout et n'importe qui. Et, le coeur battant la chamade, son poing blessé se serrant sous son torchon, il espéra vraiment ne pas croiser le regard goguenard de son enfoiré de père en ouvrant finalement.
Adrian. Adrian qui parlait. Adrian, l'un de ces rares amis qu'il avait, qui le poussa à abaisser ce poing qu'il avait préparé à faire partir, mais que Roman considéra un bref instant avec froideur. Avait-il envie de parler, seulement ? Il considéra le congédier et refermer la porte aussi sec. Mais quelque chose dans le ton d'Adrian, dans sa jeunesse apparente, l'en empêcha. Une question si simple, si naturelle. Est-ce que ça va ? Une question que personne n'osait plus lui poser.

Dans un soupir, il concéda à pousser la porte en grand pour le laisser entrer. Sa gorge lançait des salves de douleur dans tout son corps, mais l'affection qu'il portait au jeune homme lui permit de croasser quelques mots :

-Non, non, entre.

La timidité maladive du jeune homme avait toujours été rafraîchissante, d'une certaine manière. L'air d'avoir le même âge que Mikkel mais suffisamment vieux pour être son grand-père, Adrian avait toujours été une énigme aux yeux de Roman. Une énigme dont il suivit machinalement le regard pour se poser sur sa main tuméfiée. Et ce besoin qui se réveilla en lui. Ce besoin de faire quelque chose. Peut-être parce que leur amitié était basée sur une relation purement médicale. Peut-être parce qu'il était habitué à ce rôle du thérapeute vis à vis d'Adrian, si bien ancré qu'il ressortait spontanément comme à présent, alors qu'il attrapait ses doigts pour étudier ses bleus malgré qu'il ne soit pas tout à fait entré dans l'appartement. Fronçant les sourcils, Roman finit par le relâcher. Il connaissait les limites de son ancien patient. Il les connaissait depuis des années. Lui laisser le temps de prendre sa place, son espace. Puis le soigner au moment où il s'y attendrait le moins.
Le soigner. Il en avait si cruellement besoin, de soigner. Comme si soigner le plus de personnes suffirait à effacer ce sang qu'il avait sur les mains. Cette vie qu'il avait prise. Comme s'il existait un principe d'équivalence dans ce monde de merde, un principe comme quoi une centaine de personnes sauvées équivaudrait à l'absolution totale de ses crimes. J'ai sauvé des vies, M'sieur l'Agent, ne m'enlevez pas à mes enfants parce que j'ai tué un gars, par pitié !

Un nouveau vertige. Son corps qui se rebellait de nouveau en réponse au cours trop rapide de ses pensées, le poussant à chercher appui sur un guéridon dans l'entrée. Pinçant l'arrête de son nez entre son pouce et son index, il poussa un grognement impuissant. Quand est-ce que cette faiblesse s'arrêterait ? Il n'avait pas le droit à la faiblesse. Ne l'avait jamais eu depuis qu'il était père, de sa propre volonté. Un serment qu'il était en train d'entacher de lui-même, un serment sur le point de se briser alors qu'il entendait la voix mal assurée de son ami lui demander si quelque chose s'était passé. Avec un semblant d'humeur, il secoua la tête et se dirigea vers le canapé. S'écroula dans le canapé. L'invita à l'imiter, lui tendit même le bol rempli de friandises qu'on lui avait offertes pour ses bons traitements. Bons traitements, la bonne blague.

-Les gamins se sont tirés, heureusement pour moi. Lizzie s'inquiète, faut que j'me reprenne.

Parler était une torture, avec son oesophage en feu. Mais Adrian s'inquiétait, lui aussi. La même inquiétude qui ternissait le regard habituellement si lumineux de sa poupée, qui teintait de pourpre le regard de Colin. Pour eux, pour tous ces gamins paumés, il devait être fort. D'un mouvement las, il attrapa son paquet souple de cigarettes et en tira une. La fumée continuait d'arracher le fond de son gosier, abrasive, mais la nicotine apaisait son esprit comme son humeur. Et cette maudite impuissance, qu'il chassa en prenant d'autorité la main du gamin entre les siennes. Il pouvait sentir son ami résister. Mais il avait besoin de l'aider. Un besoin aussi vital que respirer.

-Laisse-moi faire, Adri. S'il te plait.

Une formule de politesse qu'il n'utilisait que très rarement. Sa voix qui s'était éraillée sur la plainte, une imploration sous-tendue à peine perceptible mais bien réelle. Laisse-moi t'aider, s'il te plait. Laisse-moi m'oublier, je t'en prie. Laisse-moi te sauver, par pitié. Une supplique sous-jacente trahie par les tremblements dans son corps, trahie par la pâleur de son visage ou ces cernes profonds qui soulignaient ses yeux gris. Tenant la main blessée dans la sienne, il se débarrassa rapidement du torchon qui enveloppait ses blessures, appliqua sa paume sur les hématome et se concentra. L'énergie qui circulait dans ses veines se gonflait, répandant une chaleur poussive jusqu'au bout de ses doigts gelés par la maltraitance. Gelés d'avoir été serrés trop fort dans le bandage.
Retrouver la sensation de guérir quelqu'un. La sensation d'avoir un but, d'avoir une utilité. Autre que de répandre le chaos. Sa tête tournait, et avec elle son énergie qui semblait s'éparpiller tout autour des bleus sans jamais les atteindre. Un grognement de frustration lui échappa alors qu'il se concentrait d'avantage.

-Putain, saloperies de mains...

Ce n'étaient pas ses mains, le problème, il le savait très bien. Il tenta une nouvelle fois, l'acharnement aiguisant l'impuissance, l'impuissance accentuant la rage. Sa magie s'échappait de sa paume, brûlante, contre la peau de son patient. Douloureuse, au bout de ses doigts meurtris. Et ce ne fut que quand il lâcha la main du jeune homme qu'il se rendit compte qu'il l'avait écrasée entre les siennes. Les bleus avaient disparu, mais il pouvait sentir le regard inquisiteur d'Adrian sur son visage. Un regard qu'il s'efforça de ne pas croiser, tirant sur sa cigarette nerveusement.

-T'as d'autres trucs qu'il faut que je soigne ? Je suis lancé, là. Je soignerais n'importe quoi.

Adrian connaissait ses pouvoirs. Pire, il connaissait la portée de ses pouvoirs. Parce qu'Adrian avait été un sorcier, lui aussi, autrefois. Pas un monstre comme lui, un vrai sorcier, un pur. Comme Laura. Alors il devait savoir.
Il devait connaître ce besoin primaire, ce besoin instinctif, d'être utile. D'être nécessaire. D'être là et de se servir de ses pouvoirs à bon escient.
D'avoir la dose de sa drogue, la seule qui permettait d'oublier tout le reste. Surtout ses problèmes, et surtout cette culpabilité qui teintait de nouveau de rouge sa main blessée.
Même si le sang qui perlait de ses phalanges, cette fois-ci, était le sien.

_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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MessageSujet: Re: « No one knows what it's like » Roman.   Jeu 18 Mai - 23:19



No one knows what it's like

 


La faiblesse physique du russe est tout sauf invisible. Jamais de ma vie je ne l'avais vu comme ça. Roman avait ce don que j'admire tant, celui d'être surhumain. Celui de rester calme, de rester droit, debout en toutes circonstances. Il aura fallu plus d'un an pour que l'illusion disparaisse. Plus d'un an pour que je vois le Ievseï dans un moment de faiblesse. Si une part de moi se dit que ce qui a du le mettre dans cet état est horrible, l'autre se dit qu'enfin, enfin le mur dressé entre nous se brise. C'est un soulagement autant qu'un coup de poignard dans le cœur. Si je n'ai jamais eu le sentiment d'être éloigné de mon thérapeute, je n'ai jamais eu le sentiment d'être réellement proche de lui. Cette barrière entre lui et le monde, ce fort qu'il s'est bâti et qu'il ne laisse pas traverser, tout cela éloigne son souffle de celui des autres. Une froideur que je n'ai pas su enlever, une froideur que j'avais appris à apprécier.

Suivant ses pas comme une ombre, je reste silencieux, trop peureux de ce qui peut arriver ensuite. Trop peureux de le voir s'effondrer, sachant pertinemment que je suis incapable de le reconstruire. Dans ce silence qui s'installe entre nous je ne trouve pas même un semblant de réconfort. Pour une fois, mes angoisses se taisent, les maux ne sont pas les miens. Ceux qui prennent toute la place, envahissent l'espace pour nous oppresser. Pour une fois, ce n'est pas mon souffle qui se coupe court, pas mon regard qui laisse transparaître la peur, la douleur. Je respire lentement alors que mon ami s'écroule dans son canapé et qu'à contrario, je m'y installe sans un geste de trop, sans un regard trop poussé. Rien, je ne suis plus rien, que du silence et de l'appréhension, attendant un verdict que je redoute. Un verdict qui n'est pas le mien mais qui m'effraie tout autant. Le bol qu'il tend vers moi attire mon regard, je l'y plonge trop profondément. Ce ne sont que des sucreries, pourtant, elles semblent si réconfortantes en cet instant. Je secoue simplement la tête doucement, un refus silencieux, comme tout le reste depuis quelques minutes déjà.

Les mots qui s'extirpent douloureusement des lèvres du sorcier me laissent un frisson si glacé qu'il en est brûlant. Je fixe les pupilles de mon ami, hochant simplement la tête, incapable de faire un mouvement, incapable de dire un mot. Tout simplement parce que je ne comprends pas, parce que j'ai peur de dire ce qu'il ne faut pas. D'écraser la seule chance que j'ai de le voir parler, de comprendre ce qui le bouffe au point d'en imploser un peu à chaque mot. Les gestes fins qui emportent ses mains jusqu'au paquet de clopes me soulagent, s'il peut fumer, c'est qu'il n'est pas en train de crever. Pas vrai ? C'est ridicule, ridicule comme une cigarette devient rassurante alors qu'elle n'est que bombe à retardement. Puis il y a ce nouveau geste, celui qui m'approche, me touche. Dans un sursaut de surprise, je fixe les mains de Roman. Fixe les marques sur la mienne, perdues sous des bandages qui ne trompent personne. Ni lui, ni moi. J'ai honte, tellement honte. J'ai mal aussi mais ça je m'en fous. L'important n'est pas ma douleur mais celle de l'homme face à moi. Ses mots me font relever le regard sur son visage, l'étudier une fraction de seconde avant de murmurer doucement. « Vas-y. » J'aurais aimé prononcer plus de mots, j'aurais aimé être capable d'aligner une phrase complète, utile. Apaiser cette lourdeur ambiante, plus pesante que la minute précédente.

L'homme reprend son rôle de soigneur, dans une délicatesse que n'importe quel inconnu ne soupçonnerait pas venant de lui. Je baisse les yeux, incapable de regarder mes propres fautes. Incapable d'assumer mes propres travers. Pas en cet instant, surtout pas maintenant. La température de mon corps change rapidement, la température de tout ce qui nous entoure change. Mon souffle se réchauffe. C'est comme un doudou que l'on a perdu. Notre chambre semble froide, austère, elle n'a plus rien d'accueillante. Et il suffit d'un regard sur ce doudou perdu pour retrouver ses battements de cœur, retrouver un peu de chaleur. J'ai connu le russe pour son métier, celui de réchauffer des vies, des cœurs en miettes, mon cœur en miettes. Alors sentir la magie, celle qui a un jour été mienne, sentir la magie se propager, c'était toujours rassurant, toujours réconfortant. Trop perdu dans mes pensées, je hausse un sourcil un peu perdu alors qu'il grogne. J'en ai oublié mes blessures, oublié pourquoi la chaleur du thérapeute envahissait ma peau.

Le voyant grogner, pester contre ses mains, j'observe, me concentre un peu plus sur ce qu'il fait. Il est distrait, il est perdu. Sa douleur me revient en pleine figure, pauvre fou, pauvre con que je suis de l'avoir oublié un instant, cherchant seulement à retrouver une sensation perdue, rassurante. Mais Roman s'acharne, il insiste et la douleur se fait sentir. Elle traverse mes os, mes veines, la chaleur devient oppressante, trop présente. Je serre les mâchoires, cherche le regard du sorcier sans le trouver. Je me refuse à dire un mot, me refuse à l'arrêter. Je reste là, sans bouger, dans une douleur lancinante qui devient de plus en plus dure à cacher. Il suffit de tenir un instant de plus, il va forcément comprendre, réaliser. Un instant, puis un autre. Encore un autre, toujours un autre, jusqu'au dernier. Il s'arrête et je ne le lâche pas du regard. Je cherche à comprendre tandis que ma main m'élance encore violemment. Les marques ne sont sans doute plus là, la douleur reste encore un peu.

Roman parle encore, il s'enfonce dans ce chemin tortueux, celui de s'oublier pour aider les autres. Cacher sa propre douleur en se nourrissant de celle des autres. Je ne connais que trop bien ce vice. Je ne connais que trop bien ce chemin. Si j'aimerais rester silencieux, lui montrer une autre partie de mon corps sans doute marquée, comme tout le reste. Pourtant pour une fois je n'en fais rien. Je me recule, étire un peu ma main avant de la reposer sur ma cuisse, sans jamais perdre son regard. D'un ton peu assuré mais volontaire, je commence à parler, enfin. « Non, je n'ai rien d'autre. » Un demi-mensonge, une vérité un peu déguisée. Sans me démonter, je reprends, glissant une main sous ma barbe naissante. « Tu sais comme moi que tu te ferais du mal si tu continuais à soigner en étant comme ça. » Je baisse les yeux, laisse tomber ma main pour reprendre, les yeux fixés sur ces sucreries. Les seules qui ne semblent pas atteintes par l'état dans lequel il est, nous sommes. « Je sais que tu veux m'aider mais là, je ne peux pas te faire cette faveur, pas comme ça du moins. » Pas avec tes pouvoirs, pas avec ce visage que tu m'affiches depuis que je suis rentré. « Tu as déjà des vertiges, tu risquerais de te vider de ton énergie. » Et c'est sans doute ce que tu cherches mais je ne peux pas te le permettre. Je ne peux pas te perdre comme j'ai perdu tous les autres. Je ne peux pas te laisser aller trop loin et ne plus pouvoir te voir revenir.

Je n'arrive pas à dire toutes mes pensées, je n'ai jamais su de toutes manières. J'ai trop peur de l'impact que cela pourrait avoir. Trop peur de me faire rejeter parce que j'en ai trop dit, trop fait. Trop peur qu'il disparaisse lui aussi, comme tous les autres avant lui. Alors à la place, j'attrape un des bonbons dans les papiers brillants, le tourne et retourne entre mes doigts sans l'ouvrir. Cherche du courage dans un peu de lumière, un peu de douceur. « Tu sais Roman, il y a des tas de choses dont on a parlé, dont tu m'as fait parlé. » Un léger rire s'échappe de mes lèvres alors que je fixe toujours ce papier brillant, enfantin. Ce papier qui me rappelle des souvenirs, enfouis, jamais avoués. « Tu m'as fait dire des choses dont je n'aurais jamais cru pouvoir parler, tu m'as laisser parler de mes expériences sans jamais me juger. Pourtant, il y en a une dont je ne t'ai jamais parlé. » Je ferme ma main sur le papier, l'éloigne de ma vue pour ne me retrouver que face à mes phalanges abîmées. « Quand j'étais ado, j'étais amoureux, tellement amoureux que c'en était ridicule. » Un demi-sourire sur mes lèvres alors que je continue. « Cette fille m'aurait fait faire n'importe quoi, tu vois. D'ailleurs c'est ce que j'ai fini par faire, n'importe quoi. » Je laisse un souffle un peu plus long traverser mes lèvres et reprends. « Elle nous a séparé, mon frère et moi. On l'aimait comme des fous et elle a fini par nous rendre fous. » Je marque une pause pour retrouver le regard de mon ami, cherchant un soutien sans m'en rendre vraiment compte. Cherchant de la force et du courage pour lui dire le fin mot de l'histoire. « Je l'ai tuée, Roman. » Les mots, prononcés à haute voix pour la première fois depuis l'événement me laissent un goût atrocement amer dans la bouche. Pourtant, je reprends, sans trop savoir comment. Peut-être par ce besoin que je comprends, que je ressens, d'aider au détriment de sa propre santé, de sa propre vie. « Je me bouffe chaque jour avec ça, chaque jour je me dis que tout aurait pu se passer autrement si je ne l'avais pas tuée. J'ai l'impression que je ne payerai jamais assez pour ce que j'ai fait. J'ai l'impression que je dois chaque jour, chaque instant, prouver que j'ai ma place dans ce monde. Aider les gens pour payer ma dette. » Je soupire avant de reprendre. « Je ne veux pas que tu deviennes comme moi, peu importe ce qu'il s'est passé ou pas passé. Je ne veux pas que tu deviennes comme moi, Roman. T'es pas obligé de me parler mais s'il te plait, t'enfermes pas dans les cercles dans lesquels je me suis enfermé. »

Je finis par me taire, tremblant un peu, serrant mes poings pour me donner de la force. J'ai peur pour mon ami, peur de perdre ce qu'il est, ce que j'admire. Égoïstement, peur qu'il ne puisse plus m'aider, qu'il ne puisse plus aider. Parce qu'au fond, je sais que je n'aide personne en faisant ce que je fais. Je garde une illusion dans laquelle je me berce, celle d'être utile. Un mensonge qui me tue peu à peu, que je veux éviter à l'homme face à moi. Peu importe ce qui cause son état, il ne peut pas devenir comme moi. Il ne doit pas. S'il te plait, écoute-moi.

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MessageSujet: Re: « No one knows what it's like » Roman.   Jeu 15 Juin - 0:30


Ses mains, ses maudites mains. Incapables de servir quand il en avait le plus besoin, incapables de faire du bien alors qu'il en avait cruellement besoin. Qu'ils en avaient cruellement besoin. La manifestation d'une impuissance bien trop grande, bien trop frustrante pour qu'elle ne lui arrache pas un énième grognement sourd. Si ses mains tenaient, si seulement elles tenaient, juste quelques minutes de plus. Si seulement sa magie était plus puissante, si seulement il était moins con. Si, si, si encore. Si seulement il n'avait pas suivi Andrei, si seulement il n'avait pas laissé le monstre s'échapper de sa cage mentale pour faire tout ça. Avec des si, on peut refaire le monde, la planète, la galaxie. Avec des si on peut refaire l'histoire du monde, celle des Hommes, celle, peut-être, de sa propre famille. La sienne. Roman l'aurait apprécié, ça. D'être capable de revenir en arrière et de tout effacer d'un coup de baguette magique. Peut-être que les sorciers avaient la capacité de ramener les morts à la vie ? Laura, Adrian, lui avaient dit que c'était possible, sous certaines conditions. Pas enviable. Pas propre. Mais faisable.
Si seulement. Ses mains auraient pu servir à quelque chose, s'il avait pu ramener sa malheureuse victime à la vie. Ce n'était pas grand chose, pas même un caprice, juste un état de faits. S'il était encore vivant, Roman n'aurait pas eu besoin de se demander ce qu'il allait advenir de lui. Ce qu'il allait advenir de sa propre famille. Ses pensées ne seraient pas aussi confuses alors qu'il tentait désespérément de se raccrocher à ce que pouvait bien dire son ami. Mais Adrian savait, lui. Il connaissait suffisamment son aîné pour savoir que, au fond, ce n'était pas normal qu'il insiste à ce point.

Il l'avait si bien compris qu'il lui refusait à présent la seule exigence que Roman aurait jamais pu faire en cet instant précis. Les paroles, bien que lointaines, s'immiscèrent dans sa vieille carcasse pour vicier le sang. Pour moisir les entrailles. Et donner un coup de fouet, une bonne piqûre de réalité, au sorcier. Le refus d'Adrian avait beau ne pas être brutal, il le prit toutefois comme tel. Parce que son ami lui refusait l'une des constituantes essentielles de sa personnalité. Ce n'était pas un caprice. Ce n'était pas une lubie passagère. C'était une nécessité vitale, si essentielle au Russe qu'il lui sembla perdre pied pendant un bref instant. Comme si le monde venait d'opérer un mouvement de rotation trop abrupt, secouant tous ses habitants dans une seule impulsion. Ses doigts meurtris s'enroulèrent autour de ses genoux alors qu'il baissait le nez. Se murait dans ce même silence obstiné qu'il n'entretenait, au final, que trop souvent.
A mesure qu'Adrian expliquait les raisons, Roman se sentait diminuer. En taille. En substance. Le nez toujours baissé sur ses genoux, ses yeux détaillant chacune des plaies qu'il avait provoquées sur ses propres articulations, il pinça les lèvres. Son ami avait raison, bien sûr qu'il avait raison. Mais cette sensation d'être un enfant pris en faute était bien plus obsédante que le sens critique. Attisée par la frustration, elle se distillait avec la honte et brassait le chaos par les pulsations chaotiques de son coeur. Parce que, comme à son habitude, le jeune homme aux yeux d'ancêtre avait mis le doigt là où ça faisait mal.

-Je sais...

Il le savait, mais le comprenait-il réellement ? Comprenait-il ce qu'Adrian tentait de faire, à le raisonner de la sorte ? Pas vraiment. Si au fond il savait que le jeune homme était doté d'une clairvoyance rare quand on en venait à l'espèce humaine, le Russe, lui, n'était pas taillé dans le même bois. Et s'il finissait toujours par s'accorder avec ce que son ami pouvait lui dire, il lui fallait toujours une certaine dose de temps et de maîtrise de soi. Parce que la vérité pure et abrupte faisait toujours aussi mal, même après toutes ces années à parcourir la surface de ce monde.
Pourtant. Pourtant malgré tout le chaos, malgré la frustration ou la colère qu'il sentait bouillonner dans son propre corps, Roman finit par accepter de revenir à la raison. Guérir tous les maux, pourtant nombreux, du jeune néerlandais, ne réglerait rien. Ce n'était qu'une douce illusion, celle d'exister et d'avoir un sens dans un monde bien trop obscur. Celle de pouvoir rattraper un tort monumental, celui d'avoir pris une vie, tout en espérant en sauver une autre. Mais Adrian n'avait besoin ni de soins, ni d'être sauvé. Et ce qu'il avait fait ne pouvait, tout simplement, jamais être rattrapé.

Un éclat de lumière capta son attention, et Roman releva les yeux vers les mains juvéniles. Se tut, le temps de voir les doigts noueux de son ami déballer nerveusement un des bonbons qu'il avait laissés à sa portée, avant de disparaître de sa vision périphérique. L'odeur sucrée lui piquait le nez. Sirupeuse, bien trop douce pour tout ce qui s'était passé dernièrement dans sa vie. Bien trop douce, comme les paroles pleines de tendresse de Lizzie quand elle l'avait pris la tête dans la cuvette des toilettes à cracher des restes de bile, le matin-même, exhortant son vieux père au calme et au repos. La tendresse, la douceur, la compassion, lui étaient devenues insupportables. Toute forme de chaleur, quelle qu'elle soit et d'où qu'elle vienne, lui flanquait la nausée. Mais les odeurs sucrées, réminiscences des années d'innocence et de candeur, elles, c'était une grande première.
Sentant venir un nouveau vertige, il glissa ses paumes contre ses tempes et les pressa doucement pour s'ancrer de nouveau à ce monde. Le besoin d'avoir mal rendait la chute plus tangible, l'évanouissement potentiel plus réel. Nouant ses doigts en haut de son crâne, il pressa, pressa jusqu'à ce que son ouïe se brouille. Pour s'ancrer de nouveau dans le présent. Pour que toute son attention soit focalisée sur son ami, qui avait repris la parole.

En vérité, il n'aurait même pas eu besoin de se faire souffrir pour l'écouter. Parce que les paroles qui s'échappaient en filets fluets, peu sûrs, des lèvres de son ami le forcèrent à lever de nouveau les yeux vers lui. De tout le temps qu'ils avaient passé ensemble, tous les soins qui avaient irrémédiablement mené les deux hommes à se rapprocher, des confessions avaient tout naturellement été faites. Mais, taillés dans le même bois comme ils l'étaient tous les deux, elles étaient aussi rares que précieuses. Au ton qu'avait pris le plus jeune, il était temps que l'une de ces nouvelles merveilles transcende l'espace pendant quelques minutes. Une merveille douloureuse à laquelle Roman ne se serait pas attendu.
Adrian était un assassin. Même un être aussi attentif, aussi doux qu'Adrian était capable des pires monstruosités. Dans d'autres circonstances, le sorcier aurait pu être choqué. La révélation aurait-elle été faite quelques mois plus tôt, il aurait même pu être déçu du jeune homme. Mais maintenant, ce n'était plus le cas. Et surtout, surtout, Roman pouvait réellement avouer qu'il comprenait son ami.
Parce qu'ils étaient exactement dans la même situation. Parce qu'ils avaient tous les deux un poids à porter, le poids d'un monde de culpabilité sur les épaules de deux Atlas qui n'avaient jamais demandé à l'endurer. Le Russe resta silencieux, s'engorgeant des mises en garde de son ami sans ciller. Pas une seule fois son visage ne marque l'étonnement ou le mépris. Juste l'expression neutre de quelqu'un qui écoute attentivement, jusqu'à ce qu'Adrian ait guetté son regard pour y trouver de la force. Paradoxalement, le calme s'était refait un empire dans tout son corps. Il n'aurait jamais cru que partager un tel fardeau puisse un jour atténuer ses propres angoisses.

Le silence succéda la supplique de son ami. Un silence long, mais sûr, parce qu'il n'y avait rien à dire. Un silence nécessaire, le temps d'accepter les multiples sensations qui découlaient d'une aussi lourde révélation. Dans une profonde expiration, Roman passa une main sur son visage, avant de comprendre qu'il se sentait soulagé. Son appartement semblait avoir repris ses couleurs, des couleurs qui avaient tiré sur le gris depuis cette fameuse nuit. Sa nuque le lançait moins, ses épaules semblaient vaguement moins tendues. Mais surtout, surtout, sa voix lui sembla moins rauque alors qu'il répondait, d'un ton bas :

-Putain Adrian, j'en avais aucune idée.

Et ce fut juste ça. Parce qu'il n'y avait pas plus à dire, pas de phrase toutes faites de l'ordre du "non mais tu n'y es pour rien" ou "mais tu l'as tuée comment ?". Il n'y avait jamais eu de ça entre eux, juste des révélations abruptes et le cours de la vie qui se poursuivait inlassablement. C'était une des choses qu'il estimait le plus dans leur relation un peu bancale. Alors il n'irait pas poser de questions inutiles dont il savait pertinemment qu'elles blesseraient plus qu'elles ne serviraient réellement.
Rassemblant ses forces, il tendit le bras pour attraper son paquet de cigarettes et un briquet. Se laissa hypnotiser quelques secondes par la danse vive de la flammèche avant d'inspirer une profonde bouffée de nicotine. Et s'enfonça d'avantage dans son canapé, l'esprit et le corps assouplis.

-J'suis déjà devenu comme toi. C'est arrivé un soir. Par amour, j'pense, même si c'était pas tout à fait pareil que toi.

Ses pensées filèrent avec les volutes de la fumée, vagabondes et intangibles. C'était étrange de se confesser, et encore plus à un gars qui avait l'air de faire le même âge que Mikkel. Mais il savait à présent que le vécu du jeune homme au regard si vieux était bien réel. Pas qu'il en ait douté une minute.

-J'ai toujours eu des merdes depuis que j'suis gamin. Des histoires de violence mal canalisée, ce genre de merde que disent les psys quand ta mère t'y amène parce que t'as cassé la gueule d'encore un camarade à l'école. Faut croire que ça m'a suivi même maintenant parce que c'est plus ou moins ce qui s'est passé cette nuit-là. Et depuis, mes mains déconnent.

Ce n'étaient pas ses mains le problème. Et pourtant son regard s'était instantanément fixé sur les victimes par association de son propre crime. S'était automatiquement attardé sur les plaies qui commençaient à cicatriser, sur ses phalanges, et sur le sang, son sang, qui séchait lentement. De rouge à noir. Comme celui du mec à qui il avait fait la peau, dans cette ruelle, avant de sombrer lui-même dans le noir. Un noir d'encre où la seule chose qu'il avait encore vue, c'était le sourire narquois d'Andreï Ievseï. Son propre père.
Jetant un regard dédaigneux à ses mains, il poussa un soupir las avant de se reconcentrer sur le flux naturel des volutes de fumée. De souffler dessus pour les alimenter, tout en les faisant danser. Il y avait encore de la beauté, dans ce monde. Même pour les assassins.

-Andreï. Comme toutes les merdes qui se sont accumulées dans ma vie, c'est la faute d'Andreï. Il a encore fait le con, deux mecs nous sont tombés dessus et il était à deux doigts de crever et.. J'te laisse imaginer la suite.

La douceur suave de la fumée tournait doucement, dans son système. Se transformait progressivement en papier de verre dans sa gorge, reprenait sa trachée encore trop abîmée dans un étau de barbelés. De réconfortante, muée en poison, la cigarette finit entre ses doigts et il la considéra à son tour quelques secondes.

-J'sais pas quoi faire, Adrian. Si on me choppe, mes gamins... Merde, ils ont plus de mère, ils ont qu'Andreï. Mikkel est adulte, il aime les petits, mais j'peux pas lui faire ça. Il a assez de trucs à gérer de son côté, j'peux juste pas. Ca m'bousille peut-être même plus que toute l'histoire avec Andreï. Lui, j'peux le virer de ma vie sans problèmes. Mais les gamins, j'peux pas être enlevé de la leur...

Achevée sur un souffle, sa voix s'était brisée. Parce que c'était ça, le plus insupportable. C'était cette pensée obsédante qu'on puisse l'enlever à tout moment de ses gosses. C'était cette sensation constante que quelqu'un le traque, ou finisse par découvrir ce qu'il avait fait, et l'arrache à ses gamins. Qu'ils se retrouvent tous seuls, tous les trois, livrés à un monde de merde où les uns et les autres s'entretuent pour quelques billets ou une paire de bottes vulgaires. C'était l'idée qu'ils vieillissent sans le support, l'aide ou l'amour de leur paire, alors qu'ils avaient déjà perdu leurs mères. C'était la terreur profonde de les laisser à un être aussi moralement ambigu qu'Andreï Ievseï, qui n'était déjà pas un père. Alors comment pouvait-il l'être pour ses enfants ?
Le tabac s'était mué en poison, et l'amertume nouait de nouveau son estomac. Ecrasant prestement son mégot, il leva les yeux vers Adrian. Un regard pour puiser du courage, même dans des chimères.

-Je suis déjà comme toi. C'est pour ça que je veux savoir, comment on survit quand on a tué par amour ?

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MessageSujet: Re: « No one knows what it's like » Roman.   Jeu 28 Sep - 17:47



No one knows what it's like




Les sensations qui se mêlent et s'emmêlent dans mon corps me laissent cet air perdu sur le coin du visage. J'ai avoué le crime de ma vie, celui qui hante mes nuits, qui me répète jour après jour que je ne mérite pas de vivre. J'ai avoué ce qui me bouffe tellement de l'intérieur que si l'on ouvrait mon corps, on y trouverait plus grand chose à l'intérieur. Pour la première fois, j'ai posé des mots sur cet acte, à quelqu'un de réel, non à mon miroir. J'ai avoué être un meurtrier et je suis étrangement soulagé. Je sens mes poumons aspirer l'air différemment. Comme si le poids des mots qui n'avaient jamais été dits depuis tant d'années était enfin levé. Comme si, enfin, j'avais réussi à arracher le cœur de mes problèmes. Je sais pertinemment que la sensation va s'évaporer, la noirceur éclater à nouveau et prendre toute la place, mais le temps du silence, de celui de Roman, du mien, le temps de ces minutes où personne ne semble exister à part nous me paraît pour la première fois depuis aussi longtemps que je me souvienne, plus doux. J'oublie tout, fixe le regard de mon ami. Je pose mes yeux sur lui, observe ses gestes sans rien en penser. Spectateur de cet instant, je ne dis plus un mot, me contente de respirer.

Puis la voix du sorcier s'élève, elle s'apprivoise l'air comme elle l'a toujours fait. Réchauffe à sa manière un peu brut mais néanmoins sincère la pièce. Un pincement dans mon cœur s'active en réaction. Roman est vivant. Mon Roman, mon Ami. Je souffle non plus pour moi, mais bien pour lui. Je n'attends pas grand chose, déjà plus satisfait de le voir à nouveau comme je le connais. J'ai l'impression de retrouver un semblant de sol sous nos pieds et non plus ce vide au dessus duquel on pendait. Je me fous des douleurs, des questions et doutes qui reviennent s'immiscer dans mon crâne. Je me fous du reste, tant qu'il reste là, tel que je le connais, face à moi. L'homme bouge à nouveau, reprend lentement vie, s'allumant une cigarette comme il l'a toujours fait. Il reprend peu à peu possession de son corps, de sa vie, et je laisse un léger sourire se dessiner sur le coin de mes lèvres.

L'instant semble parfait vu les circonstances. J'ai l'espoir idiot qu'il ne s'arrêtera pas, que ça suffit, que ni lui, ni moi, n'avons besoin de plus. J'ai la sensation absurde que si nous en restions là, le monde irait mieux. L'idée folle qu'un tel moment, une telle rencontre, peuvent suffire à une vie moins miséreuse. Abruti. Le russe ouvre à nouveau la bouche, me laisse l'effet d'un électrochoc. Tout me corps se met à frissonner tandis que mes yeux ne quitte pas les siens derrière ce nuage de fumée blanche. Je ne dis rien, le laisse parler à son tour. Comme un miroir je m'enfonce un peu plus dans le fauteuil, et garde toute mon attention sur sa vie. Les mots de Roman, bien qu'ils fassent sens me paraissent relativement abstraits. Je n'ai pas vécu la même époque, pas le même passé. Je suis le gamin qui n'approchait pas les autres, certainement pas celui qui se battait. Je ne suis pas celui que l'on amenait chez le psy, mais celui qui avait sa famille suivie à cause de lui. Alors je déglutis, rejette ma propre histoire pour me concentrer sur celle de sa vie. Suivant ses gestes, je pose mon regard sombre sur ses mains. Son outil de travail, ce qui le définit. Plus meurtries que jamais, plus abîmées que je ne les ai jamais connues. Sans un mot, je les laisse de côté, sachant très bien ce qu'il cherchait à faire. L'histoire se déroule, se dessine dans mon esprit sur les courbes de la fumée qui s'évade de sa bouche. Une histoire tristement glauque, tristement dure. Une histoire que Roman ne mérite pas de vivre, un instant dont il ne devrait pas avoir à se souvenir.

Les paroles qui se suivent dans le discours de l'homme sont bien plus rationnelles, trop, même. Il s'imagine le pire, cherche une solution à toutes les éventualités là où je sais qu'il n'y en aura jamais. Pourtant, je ne l'arrête pas. Non, je le laisse finir, déverser tout ce qu'il a à dire. Tout ce qu'il garde au fond de lui et qui doit le brûler jusqu'au entrailles à cet instant précis. Et puis vient la question. Celle que je me pose depuis toujours, depuis ce jour.

Comment on survit quand on a tué par amour ?

Je baisse les yeux. Je frotte lentement mon visage, assimile à mon tour toutes les révélation. Un miroir en décalé d'une situation tout juste achevée. Puis je soupire, lentement, presque tendrement. Je me redresse un peu, laisse mes mains se croiser sur mes coudes, comme une barrière de sécurité à mes propres fautes. Je retrouve le visage de mon ami autant que ses mains, retrouve sa voix dans ce coin de mon crâne qui refuse d'oublier et je me mets à parler. Sans réfléchir, sans penser au monde, sans penser au reste. Il n'y a que lui et moi. C'est tout.

« On survit, parce qu'on a tué par amour, justement. » La phrase s'échappe naturellement alors que je retrouve peu à peu mes douleurs habituelles, sans plus de lutte, juste une abnégation totale de ma propre peine. « Tu sais, je ne dis pas qu'il y a de bonnes et de mauvaises raisons de tuer. Je ne dis pas qu'un jour, tu te retourneras et tu te diras qu'au final, c'était mérité, que tu n'as rien regretté. Pourtant, je te connais Roman. » Je marque une lente pause pour mieux le regarder. « Je ne connais peut-être pas toute ta vie, mais je te connais toi. Tes mains ne sont pas le problème, pas plus que ce que tu as fait. Le problème, c'est que tu as peur pour ceux que tu aimes, tu as peur de les mettre en danger. »

Et encore une fois, je m'identifie. Encore une fois, j'ai l'impression de voir un portrait de moi, il y a quelques années. « Tu ne pourras pas changer le passé, crois-moi, j'ai essayé. J'ai essayé encore et encore. J'ai passé des années à chercher comment changer tout ça. Refaire l'histoire dans ma tête et prendre une autre décision, et pourtant, j'en suis là, tout comme toi. » Serrant mes mains l'une contre l'autre, je lutte de plus en plus contre les horreurs, les cris, les souvenirs qui se mettent à se propager dans mon esprit. « Tu n'as pas à être enlevé de la vie de qui que ce soit. Ce n'est pas parce que tu as pris une décision, un soir, que celle-ci te définit. Ils le savent, tout comme je le sais. » Je relève les yeux sur cet appartement plein de vie, de gamins, d'amour maladroit mais tellement profond. « Tu les aimes tellement. » Je souris, nostalgique de ma propre famille avant de reprendre. « Tu n'as aucune raison de te faire attraper. Je ne dis pas ça parce que tu es mon ami mais parce que je vois ces rues et ce monde depuis trop d'années maintenant. Qu'on vive, qu'on crève, ils s'en foutent. Tu n'as pas tué le président, c'est tout ce qui leur convient. »

Tout ça n'a pas d'importance. Dans ce foutu monde, dans ce foutu présent. Ni toi, ni moi, ni personne n'avons d'importance. On est tous remplaçable, tous éliminables. S'il voyait ce que je voyais, s'il entendait ce que j'entendais. « Fais-moi confiance, il ne t'arrivera rien. Rien de ce côté là. Ce n'est pas le plus gros problème, le plus gros problème, c'est toi. »

Je baisse les yeux, peureux de mes propres mots. Peureux de mes propres aveux. « Tu n'as pas d'ennemi dans le gouvernement ou je ne sais quoi, non. Ton pire ennemi maintenant, c'est toi et seulement toi. » Je pince les lèvres, trop proches de mes propres limites. « Tu vas devoir te battre avec toi-même, chaque jour. Tu vas devoir réussir à accepter ce que tu as fait, pas pour toi, mais pour ceux que tu aimes. Tu ne peux pas te perdre dans tes propres démons quand ce que les autres voient de toi n'est qu'un ange. » Je ferme les yeux, lutte, refuse de laisser tomber mon ami, peu importe combien je me blesse, me tue à mesure que j'articule des phrases.

« Est-ce que tu es prêt à tout pour ceux que tu aimes ? Prêt à accepter cette nuit là, pour rester toi même ? Prêt à accepter cette part de toi, qui t'a conduit à ce choix là ? Est-ce que tu es prêt à t'aimer comme tu es ? » Les derniers mots sont lancés à bout de souffle, ma propre gorge cherchant à m'étrangler. Incapable d'ajouter quoique ce soit, je me lève avec le peu de forces qu'il me reste. Je me lève et marche lentement autour de ce fauteuil, de cette table. Je cherche à me persuadé que cet instant est bien réel, je cherche à canaliser mes pensées pour être utile, ne pas le laisser tomber. Je cherche à ne pas être totalement moi, pour ce soir, parce qu'il a besoin de moi.

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↳ Niveau de Compétences : niveau 2 - 3 en guérison & potions -2 en illusion - 84 en tuage d'ours à mains nues
↳ Playlist : ♫ The Real Tuesday Weldt - The Show must go on ♫
↳ Citation : "Il n’y a rien de plus verrouillé que les secrets de famille." E. Orsenna
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les petits papiers
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MessageSujet: Re: « No one knows what it's like » Roman.   Sam 14 Oct - 3:17


Elle tambourinait contre ses tempes, la Culpabilité. Tirée par un attelage de six chevaux tous dotés de quatre paires de pattes, elle était la maîtresse incontestable d'un carrosse sombre qui rasait chacun des filaments dorés qui constituaient le Bonheur sur son passage. Vengeresse et impitoyable, elle ne laissait pas âme qui vive sur son passage. Et l'écho des sabots de ses chevaux, menés au grand galop sous son crâne, laissait une agonie persistante dans le système du Russe. Roman n'était pas à l'article de la mort, et pourtant c'est ce qu'il aurait préféré. Il aurait même préféré se voir arracher chaque ongle, chaque phalange de chaque main pour éviter d'avoir à subir ça.
Parce que la Culpabilité avait beau être une analogie, trônant fièrement sur son carrosse jonché d'épines, elle était une sacrée pute. Elle et ses chevaux le suivait où qu'il aille, quoi qu'il fasse. Au coucher du soleil, elle arrivait sur la pointe des pieds pour l'arracher aux quelques moments d'accalmie qu'il partageait avec ses enfants. Ce n'étaient pas les mains du sorcier, le problème. Adrian avait parfaitement raison sur cet aspect. Le problème, c'était cette terreur persistante qu'il éprouvait dès que son regard coulait sur le visage fatigué de ses enfants. Dès qu'il croisait le regard gris flou de Colin. Dès qu'il entrevoyait le sourire radieux de Lizzie. Dès qu'il avait un signe de vie de Mikkel. A chaque respiration de ses enfants, la Culpabilité lui rappelait qu'elle pouvait les lui arracher sur un simple caprice. Qu'elle travaillait de paire avec la Honte et Andreï, son propre père. Et qu'à tous les trois, ils avaient largement ce qu'il fallait pour le faire juger et exécuter séance tenante pour son propre crime.

Mais que faire ? Il s'était tourné vers Adrian à la recherche d'un conseil. Non. Pas d'un conseil. D'une solution. Dans l'état où il se trouvait, il n'était pas certain de pouvoir comprendre ou même analyser une proposition de rédemption. Parce qu'il ne s'était pas construit sur des hypothèses. Parce qu'il en avait tellement bavé, des hypothèses, qu'il n'avait plus accepté que les faits et le concret comme leitmotiv à sa vie. On ne construit rien sur des "et si", on ne construit rien sur du vent. Les palais dans les nuages, c'était bon pour les contes de fée. Et la vie était une telle pute qu'elle ne tolérait plus, depuis des années, que les humains soient capables de se construire sur des rêves. Peut-être certains le pouvaient. De rares élus triés sur le volet. Mais en ce qui concernait Roman, on en était loin. On était loin des rêves, on nageait en plein dans le Grand Vide, permanent, un enchevêtrement d'ombres et de fumées où on ne pouvait rien faire d'autre que de se noyer.
Se perdre. Et pour éviter cela, les Hommes avaient créé les règles. Ils avaient créé les lois. Puis ils les avaient écrites, pour s'inciter eux-mêmes à les suivre. Et Roman les avait suivies, celles des Hommes comme les siennes, parce que c'était comme ça qu'on évitait de se perdre dans le Vide.
Parce que c'était en étant concret qu'on bâtissait des choses pérennes.

C'était une solution qu'il attendait, et ce fut une réponse qu'Adrian lui donna. Une réponse lourde de sens, bien trop proche de la réalité qu'elle en était insupportable. Une réponse trop vague tout en étant parfaitement concrète. Parce que Roman ne le savait que trop, tout ça. Parce que ce n'était que trop vrai, tout ça. Parce qu'Adrian enfonçait des portes ouvertes, poussant le Russe dans ses retranchements. De nouveau, le mutisme borné. Ses yeux gris s'étaient levés sur le jeune homme, captant son expression presque sereine alors que sa voix fine gonflait de nouveau l'air.
Un miroir. L'impression s'était accentuée, au fil de la conversation. Outre son apparence jeune, Adrian avait une âme bien plus vieille que celle du Russe. Bien plus d'expérience que Mikkel, quand bien même ils auraient pu avoir le même âge. Une expérience similaire à celle du Russe sous bien des aspects, et pourtant... Pourtant aucune solution ne sortait de la bouche du néerlandais, quand bien même les mots s'en échappaient. A croire que la Culpabilité, à croire que le crime, quelle que soit l'époque, quelle que soit la personne, avait toujours la même saveur. A croire qu'il n'y avait pas de solution pour revenir en arrière et tout effacer. A croire qu'ils étaient condamné à sentir l'odeur du sang envahir l'espace à chaque fois qu'ils se croyaient en sûreté. Un Destin aigre-doux dans lequel les cris d'impuissance de millions d'âmes résonnaient en choeur sans jamais trouver comment s'arrêter.

L'impuissance. Le regard circulaire d'Adrian sur les photos de famille qui prenaient la poussière sur les étagères, partout dans cet appartement, lui arracha un grognement impuissant, justement. Oui, il les aimait, ses gosses. Oui, ils étaient tout ce qui faisait encore ce qu'il était. Oui, il tuerait encore pour eux, si c'était nécessaire. Mais il ne le pouvait pas. Se noyer dans l'impression désuète que rien ne pourrait les atteindre parce que le monde se cassait la gueule tout autant que lui n'était pas une solution. Ce que proposait Adrian était tout sauf une solution.
Il pouvait la sentir gronder en lui, sa vieille amie. La colère, cette noirceur constante qui n'avait toujours que trop régi sa vie. Une énième pute à rajouter à son cheptel, une énième connasse qui rendait chacun de ses pas plus lourd au fur et à mesure. Oh, ce n'était pas contre Adrian qu'elle était dirigée. Elle se rengorgeait de tout ce qu'il disait, c'était un fait. Mais elle croissait, constante, enivrante, gonflant progressivement au sein du Russe. Elle envahissait ses nerfs, ses pensées, posait son pied de plomb sur son torse pour rendre sa respiration plus difficile. Pour empêcher le sang de circuler correctement. Sans le vouloir, il avait resserré les poings. Si fort. Si fort. La tension avait beau relancer la douleur sur ses phalanges meurtries, il ne sentait aucune douleur. Juste cette colère qui revenait, cette impuissance démesurée.

-Oh je te crois.

C'était faux. Un mensonge éhonté. Parce que ce que disait son ami était bien trop beau pour être vrai. Même dans ce monde où tout foutait le camp, il y avait encore des lois. Même dans la misère où ils baignaient tous, il restait une justice. Peut-être pas celle que voulait la loi. Mais celle des Hommes. Dans ce monde manichéen où la noirceur tentait toujours de plus prendre ses quartiers, il n'y avait pas de zones plus grises que d'autres. La Justice frappait toujours. Le monde d'Adrian, lui, n'existait pas.
Roman renâcla. Sa colère enflait toujours plus, et si elle n'était pas dirigée vers son ami, elle devait toutefois se diriger vers quelque chose. Quelqu'un. Il ne put s'empêcher un ricanement sinistre à la mention "ange". Un ange. Personne n'avait jamais considéré le Russe comme tel, à son souvenir. Son père le haïssait, clairement, pour avoir réussi à tirer un trait aussi définitif sur sa personne pendant des dizaines d'années. Son fils aîné le haïssait, pour l'avoir déclaré plus d'une centaine de fois au cours de leurs dernières années de vie commune. Ses deux autres enfants avaient peur de ses crises, qu'elles fussent de colère ou d'angoisse, car ils savaient que l'orage était toujours violent quand il tempêtait sous son crâne. Un ange. Il n'y avait bien qu'Adrian pour dire des énormités pareilles. Et si l'intention était louable, la formulation, elle, était affreusement maladroite. Et n'avait servi qu'à alimenter le feu de cette colère qui montait toujours plus. Qui aveuglait le Russe à tout stimuli, alors que le visage du plus jeune marquait clairement des signes de faiblesse.
De douleur.
Mais c'en était trop.

-Je t'aime bien Adrian, j't'ai toujours apprécié, mais te fous pas de moi...

La chevauchée de la Culpabilité avait été rejointe par une horde de chevaux sauvages. Tout son corps n'était plus que pulsations, chaos et cette sourde nécessité de rendre au centuple ce qu'une vie de difficultés avait provoqué. Le filtre de sa cigarette arrimé à sa lèvre bougeant au rythme de sa menace, il sentit la cendre tomber lourdement sur son poing serré. D'un regard lointain, il s'aperçut que les plaies étaient sur le point de se rouvrir, sous la tension de sa peau. Placide, il dénoua ses doigts devenus blancs, avant de poursuivre d'une voix devenue grondement :  

-Y'a un problème dans ce que tu dis : le monde est vicié jusqu'à la moelle. Je suis vicié jusqu'à la moelle. Tu dis que je risque rien mais on sait tous les deux que c'est des conneries. Qu'il suffit d'un con, Andreï pour n'en citer qu'un, pour que la milice ou des mafieux débarquent ici et bousillent tout. Tout ce que j'ai construit. Tout ce que j'ai essayé de maintenir à flot.

Colère. Nuée. Sa vision périphérique noircissait à mesure que les battements de son coeur éclataient chacune de ses côtes.

-Tu crois qu'il suffit de me convaincre que j'suis un bon samaritain pour que ça passe ? Tu proposes que je me dise que ça va passer ? Que j'me dise que c'est bon, je risque que dalle, après tout je suis un ange ?

Un éclat de rire aux allures de sanglot s'étouffa dans sa gorge, s'échappa dans un bref soupir chargé de cynisme. Il était loin, le temps des anges. Surtout pour ceux qui n'avaient jamais mérité, ni de près ni de loin, ce genre de qualificatif.

-Et puis d'où ça sort ce type de conneries angéliques là ? Depuis quand il faut faire de bonnes choses pour être un mec bien ? J'ai jamais été un mec bien. Y'a rien à aimer ici. On le sait tous les deux. J'ai fracassé la gueule de mecs qui l'avaient mérité, comme celle de gars qui avaient rien demandé à personne. J'ai frappé mon géniteur. Putain, j'ai même frappé mon gamin ! J'aurais pu les tuer, je sais que j'en suis capable, maintenant. Alors comment tu veux que je tende l'autre joue, hein ? En faisant trois pater et deux avés, et en me disant que de toutes façons, je risque que dalle ? Mes propres gosses sont en danger rien que de m'avoir sous notre toit ! Tous. Les. Jours !

La colère avait des sonorités russes, dans les exclamations de Roman Ievseï. Un très léger accent venu d'une époque bien trop reculée pour qu'il s'en souvienne, et qui pourtant revenait avec l'intensité de coups de poings. Coups de poings qu'il mourait d'envie de distribuer en l'heure actuelle. Bouillonnant, il se redressa, ne supportant plus l'étreinte douillette de son canapé. Ses jambes le brûlaient tout autant que ses humeurs. Au point qu'il aurait été prêt à battre la ville pour retrouver l'unique responsable de toutes ces horreurs et lui régler son compte. Son Créateur. Andreï Ievseï.
Porté par des foulées nerveuses, il tourna comme un ours en cage avant de reporter finalement un regard ombrageux sur son ami. Ami dont l'expression, clairement affectée par ce qui venait de se dire, avait radicalement changé. Expression qui lui fit l'effet d'une douche froide. Qui lui rappela qu'Adrian n'était en rien responsable de tout ce qui s'était produit de néfaste dans sa vie ces derniers temps.
Un soupir courroucé. Un soupir abattu. Un soupir las, qui ne libérait ni ne soignait rien. Roman se pinça l'arrête du nez dans une tentative, vaine, de se calmer.

-J'sais pas comment tu fais, Adri. Mais tu m'connais. Tu sais que ce que tu dis, c'est beau. Tu sais que t'as raison. Mais tu sais aussi que c'est impossible pour moi.

Adrian avait toujours raison, quand on en venait aux réalités fondamentales de la vie. Mais Adrian avait tort en étant persuadé de connaître Roman aussi bien qu'il le prétendait.
Car il sous-estimait toujours autant sa faiblesse.



_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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