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 Now at last the end has come || Cassidy

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MASTER OF ILLUSIONS

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↳ Age du Personnage : 36 ans physiquement, mais 785 ans en réalité
↳ Métier : Psychiatre
↳ Opinion Politique : A voile et à vapeur, là où l'intérêt le porte, soit essentiellement le Gouvernement puisqu'il pourrait lui permettre une petite ascension sociale qui ne serait pas de refus.
↳ Niveau de Compétences : 4 avec une préférence pour la magie noire et les fessiers joufflus
↳ Playlist : ♫ haunted - radical face ♫ obstacles - syd matters ♫ otherside - what about bill? ♫ leis ganz leis - oomph! ♫ million miles - dizraeli and the small gods ♫ the first circus - the real tuesday weld ♫ idgaf - watsky ♫
↳ Citation : Ira furor brevis est
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MessageSujet: Now at last the end has come || Cassidy   Ven 10 Mar - 4:54





 
 
Noah & Cassidy
featuring

  La peur au ventre. La peur qui grandissait à chaque fois qu'il se retrouvait seul dans un couloir, à chaque fois que ses pas seuls résonnaient dans les ruelles dénuées de vie, le soir, quand il rentrait chez lui. La peur au ventre, celle de ne pas savoir ce qui pouvait l'attendre maintenant qu'il avait recroisé ce regard. Rafael n'était plus un cas isolé, à présent. Noah pouvait compter progressivement la quantité de ses ennemis sur ses doigts, une quantité qui ne cessait plus de grandir à présent. Bientôt ils dépasseraient la dizaine, bientôt ils dépasseraient la centaine. Bientôt le monde entier se retournerait contre lui, restait à savoir quand précisément.
Non. Il ne devait pas se laisser envahir par la peur. Il ne devait pas laisser la gueule béante de la terreur le happer tout entier aussi facilement, il ne devait pas se laisser aller à sombrer dans les tréfonds d'une paranoïa excessive. Le monde avait changé, le monde avait souffert, et les survivants avaient bien assez à gérer avec leurs propres problèmes pour se concentrer sur lui. Tout du moins c'était ce qu'il espérait, quand bien même il n'en était pas tout à fait certain.

Parce qu'il savait à présent que ses petites activités extra-professionnelles, les quelques enveloppes qu'il laissait de temps en temps dans une boite aux lettres anonyme avaient été repérées. Que certains avaient eu vent de ces pots de vin qu'il recevait de la part du Gouvernement, pour le mal qu'il était capable de répandre. Certains qui n'hésiteraient pas à le lui faire payer. Certains, dont un en particulier. Le regard de Cassidy, les coups qu'il lui avait portés, étaient suffisamment éloquents. Il risquait gros à chaque rapport, et devait se montrer d'autant plus créatif maintenant qu'il était potentiellement traqué.
Mais plusieurs données ne collaient pas dans ce grand schéma. S'il savait le Gouvernement corrompu, s'il se doutait que certains partisans de la Résistance s'étaient infiltrés dans l'ombre des puissants, le psychiatre ne comprenait toujours pas comment Cassidy avait pu comprendre qu'il avait lui-même une place dans cet échiquier géant. Une information privée, une information secrète qu'il s'était toujours fait une obligation de préserver. Et s'il avait taillé dans le vif, accusant à titre comme des innocents, il n'aurait pas pu savoir aussi facilement qu'il était responsable de la chute de plusieurs de ses "camarades".
Pas sans un coup de pouce.

Il avait eu le temps d'y réfléchir, depuis leur dernière rencontre. Une rencontre difficile sous bien des aspects, une rencontre qui avait eu bien plus d'importance qu'il ne l'aurait jamais soupçonné ou même reconnu. Parce que Cassidy n'était pas n'importe qui pour lui. Il était un homme malicieux, un démon aux traits angéliques, mais n'en avait pas moins été un ami. Un frère. Une de ces rares âmes à avoir réussir à voir la couleur de la sienne, pour un laps de temps suffisamment intense pour qu'il en garde une trace permanente. Et s'il avait essayé de comprendre lui-même pourquoi il était aussi incapable de maintenir une garde haute vis à vis de l'Américain, Noah s'était posé d'autres questions. Avait-il tenté de le suivre, après sa fuite ? Avait-il réussi à trouver Enya, lui avait-il fait quoi que ce soit ? La soirée était encore floue dans son esprit. Mais tout ce qui en transparaissait était un amalgame de sentiments dont il ne savaient quoi faire, encore plus de question, et cette sensation persistante d'être traqué quoi qu'il fasse.

Alors il avait pris une décision. Le voleur d'énergie n'était pas faible, bien loin de là. Et à l'inverse de Rafael, qu'il pouvait maîtriser du seul fait du lien qui les liait, Cassidy, lui, pouvait le tuer sans sourciller. La seule solution, la seule qui ait du sens, avait été de se préparer à une éventuelle attaque. Car s'il savait l'homme trop droit pour l'attaquer en traître, il le savait suffisamment puissant pour passer à l'acte. Résolu à ne pas laisser suffisamment d'amplitude à Valdès si jamais ils en venaient à se retrouver, il avait décidé qu'il ne sortirait plus sans être armé. Juste un canif, à sa ceinture. Juste une potion immobilisante dans un minuscule et fragile flacon, dans la poche de son pantalon. Ce n'était pas grand chose, mais il ne pouvait se permettre d'emporter son chaudron et ses onguents avec lui à chacun de ses déplacements, pour pallier à une éventuelle rencontre avec l'ancien bagnard. Pas plus qu'il ne pouvait se permettre de trouver une parade pour s'échapper si jamais ce dernier se piquait de lui arracher une nouvelle fois ses illusions.
Il aurait pu faire bien plus, mais il se sentait déjà suffisamment rassuré par ce qu'il possédait. Suffisamment pour ne plus sursauter, le cœur battant, à chaque fois que quelqu'un l'approchait trop vite ou qu'il entendait un homme lever la voix non loin de lui.

Puis les semaines, les mois, avaient passé. Sa méfiance s'était légèrement atténuée, ne voyant jamais arriver l'inéluctable. Ne voyant jamais arriver Cassidy dans sa vision périphérique, ne voyant jamais arriver les miliciens pour l'attraper et le plonger dans une nouvelle prison d'où il ne s'échapperait pas. L'absence de menace avait prolongé cet état de psychose, toutefois. Et les questions qui cavalaient en tous sens lors de moments de calme, ces rares moments où il était obligé de se poser seul avec lui-même.
Et s'il avait vu juste ? Si effectivement, Cassidy avait changé de nature par sa faute, et avait décidé de le lui faire payer ? Outre la douleur que la pensée provoquait, cette culpabilité malhabile qu'il ne pouvait s'empêcher d'éprouver vis à vis de l'ancien Illusionniste et qu'il haïssait prodigieusement, il avait dû se rendre à l'évidence. Malgré leur colère, malgré leurs errances, ils n'avaient pas changé. Une faiblesse que Noah se détester d'éprouver encore, alors qu'il savait pertinemment que si l'autre était toujours le même, il serait capable de parfaitement bien s'entourer pour lui nuire.
C'était là qu'était arrivée la révélation. Cassidy connaissait Rafael, tout du moins la version de Noah. Il savait parfaitement quel avait été l'impact de l'Italien sur sa vie, et quels était le lien qui les unissait. Et si le Chef des Renseignements était la source même de ses informations ? Rafael Morienval savait qui il était, savait ce qu'il faisait. Rafael dont la vision revenait progressivement, lui conférant une puissance indubitable. Et si Cassidy s'était rapproché de Rafael, en sachant tout cela, et les deux hommes avaient conclu un pacte ? Une part du sorcier espérait que Valdès soit toujours aussi droit qu'il l'avait connu par le passé. Qu'il ne s'abaisserait pas à frayer avec les traitres pour assurer ses propres arrières. Mais Noah savait tout aussi bien ce que le temps, la colère et la haine provoquaient chez les hommes. Et l'éventualité était bien trop tangible pour être repoussée.

Peut-être que la fin approchait réellement. Peut-être qu'il était temps de remiser définitivement toutes traces d'affection qu'il put éprouver pour les deux hommes, si effectivement ils étaient de paire. Peut-être qu'il était temps de se préparer à tuer pour survivre, s'ils en étaient rendus à cela. Quand bien même il ne l'avait jamais voulu, et continuer d'espérer ne jamais en arriver à ce point. Ce maudit espoir fantomatique de sa nature passée. Ce maudit retour en arrière qu'il opérait encore dans ses rêves, avant qu'ils ne s'empourprent et prennent la couleur du sang.

Le concept avait commencé comme pensée, puis s'était progressivement mué en obsession. Une obsession qui ramenait la peur. Une peur qui entretenait la paranoïa. Des aménagements avaient ainsi été faits dans ses horaires, dans le choix de ses patients. Il ne s'occupait plus que des cas légers à son domicile, contenait tous les patients à problèmes dans le sein protégé et sécurisé de l'Adventist. Ses deux bureaux avaient été agrémentés de différentes potions offensives, et il ne les quittait plus pour déambuler lors des séances comme il avait l'habitude de le faire. Ses mains ne quittaient que rarement ses poches, ses doigts caressant régulièrement le flacon friable et le canif acéré pour s'assurer qu'ils soient bien là. Le moindre mouvement, la moindre attaque, et il était paré.
Restait que certains de ses patients ne posaient pas de problèmes à proprement parler. Que certains étaient juste de pauvres hères sans défense pour lesquels il s'appliquait à faire son travail.
C'était le cas de Charles Bigby. Un homme dans la quarantaine dont il avait déplacé le créneau horaire à ces rendez-vous tardifs à son domicile. Charles avait trempé dans des affaires peu nettes dernièrement, allant du trafic de médicaments jusqu'à, récemment, la récolte de produits illictes en lutte contre la Prohibition. Noah avait lui-même compulsé pas mal des informations qu'il donnait dans certaines de ses enveloppes, tout en le poussant régulièrement à aller plus loin. Charles était une cible de choix pour Morienval. Un souvenir de l'époque où Noah lui vendait l'âme des sorciers qui croisaient sa route. Un argument pour ne pas éveiller les soupçons du métamorphe, aussi. Car si le psychiatre avait décidé de mettre un frein sur ses activités de délation, il ne pouvait pas non plus tout arrêter d'un seul coup sans éveiller les soupçons.
Charles était le candidat parfait pour le couvrir sans éveiller la moindre animosité. Et Charles était d'une disposition émotionnelle... Malléable. Très ouvert aux suggestions, s'il avait pris la voie des psychotropes ce n'était que grâce à un coup de pouce de son psychiatre. Son portefeuille remerciait régulièrement Noah. Un excellent compromis pour les deux hommes, quand bien même c'était aux dépens d'un des deux partis.

Une fois n'est pas coutume, Noah était rentré tôt chez lui, cette fois-ci. Avait profité des quelques instants de calme pour se reposer, quelque chose qui lui manquait affreusement ces derniers temps. Obnubilé par cette crainte qui lui serrait l'estomac et l'empêchait de dormir, il s'était assoupi pendant une bonne heure sur la méridienne, sitôt arrivé. Ce fut cette même sensation de creux, violente, dans son estomac, qui l'avait réveillé. Une sensation à laquelle il s'était habitué tant elle était constante, qu'il avait noyée avec une énième potion contre le mal de ventre ajoutée à son café.
Peut-être cette sieste volée au contribuable et à la peur avait assoupi ses défenses, mais il se sentait faible. Sa concentration sautait d'un point à un autre sans qu'il n'arrive à la stabiliser, et il rejoint son bureau en bâillant, avant de croiser le réveil antique sur le meuble. Bigby n'allait pas tarder à arriver. Il fallait que le café lui donne un coup de fouet.

Dix minutes plus tard, quelques coups retentirent contre la lourde porte en bois de son appartement. D'une voix lasse, lisant distraitement un rapport médical, Noah invita son patient à entrer directement. L'homme était un habitué. Il savait où se trouvait le cabinet, il savait aussi qu'il n'avait pas besoin de faire un arrêt par la salle d'attente pour rejoindre directement son psychiatre. Sans lever le nez du document, Noah le laissa pénétrer dans la pièce et se défaire de son manteau. Avant de sentir une variation dans l'air qui n'avait rien d'habituelle.
L'homme qui était entré n'était pas Bigby. Et s'il lui faisait dos, Noah connaissait parfaitement cette silhouette. Le tracé de ces épaules. La courbe que faisaient ces cheveux dans sa nuque.

-Toi...

Etourdi par la potion, son instinct ne l'avait pas prévenu. Ou plutôt il n'avait pas voulu l'écouter. Une erreur de débutant qu'il regretta instantanément, alors qu'un filet de sueur froide glaçait son échine. Parce que le remplaçant de Bigby pouvait très bien le tuer d'un claquement de doigts.

-J'ignore ce que tu cherches à faire en venant ici, mais je dois te prévenir. Un de mes patients ne va pas tarder à arriver.  Quoi que tu entreprennes, je n'hésiterai pas à appeler la milice. Pour le protéger comme pour mon propre bien.

Surtout pour son propre bien, mais il n'avait aucune raison de trahir cet état de fait à Cassidy. S'il savait qu'il finirait tôt ou tard par arriver chez lui, Noah ne s'était pas attendu à ce qu'il ait le culot de venir pendant les séances. Mais ce n'était finalement pas si étonnant venant de lui. Il n'avait jamais compris où étaient les limites de la bienséance.
A moins que. L'idée avait mis un instant à germer dans son esprit épuisé, mais elle paraissait tangible. A moins que, de X manière que ce soit, Rafael n'ait mentionné Bigby à Cassidy. Ce qui impliquait sa présence en ces lieux.

-A moins que ta présence ne soit entièrement délibérée et que tu sois le nouveau visage de mon patient...

Bigby avait-il parlé ? Avait-il dit quoi que ce soit des suggestions subtiles de son psychiatre d'aller toujours plus loin ? Ou est-ce que c'était Morienval qui avait mis Valdès sur le coup ? Noah serra les mâchoires, sentant la colère remonter dans son système. Il remua à peine sur son fauteuil, affichant toujours un air impassible. Le canif caressa la fiole, dans la poche de son pantalon, il pouvait sentir leur masse se déplacer vers le bas avec son mouvement. Une présence rassurante qui le poussa à interpeller l'intrus une nouvelle fois.

-Que viens-tu faire ici, Cassidy ?

Impossible de garder sa voix exempte de fiel. Impossible de garder entièrement son calme. Impossible de retrouver la moindre once d'entendement. Parce que le choc de leurs retrouvailles était passé, depuis des mois. Et qu'il avait eu le temps, cette fois-ci, de se préparer à l'inéluctable.

 



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MessageSujet: Re: Now at last the end has come || Cassidy   Mer 12 Avr - 21:11


« Bad dreams come true, I make them for you. »



 
 
Noah & Cassidy
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En ce début du mois de mars, les nuits sont douces à la Nouvelle-Orléans. Chacune de mes soirées se terminent par le même rituel, quelle que soit l'heure à laquelle je rentre chez moi et mon niveau de fatigue. Je prends le temps de méditer en observant la toile infinie du ciel. Je prends le temps de penser aux disparus, à chacune des personnes chères qui m'ont quitté, à tout ceux qui ont croisé ma route et dont les vies ont été fauchées arbitrairement. Assis sur une vieille souche, une pipe en terre à la main, je médite, en observant les eaux du Mississipi et les miroitements des étoiles qui y dansent. Ces dernières semaines ont été lourdes en pertes humaines, je suis plongé dans un combat de tous les instants et ce soir encore, mes mains sont tachées de sang. Au sens propre du terme. Le feu de camps crépite devant moi et les flammes se reflètent dans mes yeux pendant que j'adresse à Dieu mes prières silencieuses. Je prie pour ma famille, pour mon épouse défunte, pour ma fille que je n'ai pas vue grandir. Je prie pour mes amis, morts dans la lutte contre la tyrannie, pour ceux que j'ai aimé, pour ceux qui me manquent encore aujourd'hui. Je ne possède pas de bougie ce soir, il ne me reste aucune chandelle à brûler pour leur mémoire. Mes pensées brûlent à leur place.

Je prie pour les morts parce que leurs âmes sont entre les mains de leur créateur. Mais je ne m'accorde pas le droit de prier pour les vivants. Je ne prie ni pour Lazlo, ni pour Declan, ni pour Laura, ni pour aucun autre. Je souhaite juste que Dieu me prête assez de force pour être capable de les protéger, de les guider et de me battre à leurs cotés pour la liberté. Aide toi et le ciel t'aidera ! Une fois les efforts accomplis, j'aurai le droit de m'en remettre à la Providence. Une fois que j'aurai réduit en cendres ce gouvernement maudit, que j'aurai étranglé les tyrans avec leurs propres tripes, que les têtes de tous nos oppresseurs auront été tranchées. Amen.

~

Les locaux consacrés à la rédaction du journal sont bien vétustes et pratiquement insalubres, nous ne sommes pas nombreux à y travailler. Mes collègues sont obligés de cumuler ce job avec d'autres emplois mieux rémunérés qui leur permettent de subsister et ils sont de moins en moins présents. De mon coté, je n'ai pas de dépenses, ni pour me nourrir, ni en loyer puisque je me contente de l'abri de ma caravane, dissimulée le long de la berge du Mississipi. Je suis pourtant assez contrarié devant cette désertion et c'est avec acharnement que je rédige les quelques pages du journal qui sera publié demain matin, à la première heure. J'évoque cette tuerie sauvage de la part des miliciens qui n'ont pas hésité à faire feu sur des civils dans le tunnel du métro. Je dénonce les mensonges des journaux à la solde du gouvernement qui mettent la responsabilité des morts sur la folie furieuse des terroristes. J'étais sur les lieux, je suis bien placé pour connaître la vérité : Declan et moi avons tout fait pour empêcher que des innocents soient touchés et les peacekeepers ont tiré dans le tas, sans faire de distinction entre les résistants et les enfants...

Encore une fois, mon regard tombe sur le papier que j'avais rédigé il y a deux mois de cela, cet article sur le psychiatre délateur. Si d'ordinaire, mes décisions sont rapides et fermement prises, je me surprend à demeurer aussi incertain et troublé qu'au premier jour, sans parvenir à dépasser cet atroce sentiment de désarroi. Il m'est toujours aussi impossible de le dénoncer, de citer son nom dans le journal ou de le trahir d'une quelconque façon. Ce n'est pas pour autant que j'ai renoncé à suivre sa piste, bien au contraire et plusieurs personnes de confiance le traquent en permanence, me relayant lorsque je manque de temps, m'offrant de ses nouvelles régulièrement, sans jamais se faire voir de lui. J'ai ainsi appris son adresse ainsi que celle de son ancienne amante, une certaine Enya Rivers qui travaille au sein du même hôpital. J'ignore encore si elle me serait utile pour confronter Noah à ses délations, pour l'instant je me contente de collecter les informations le concernant. Jusqu'ici, il semble sage, il sort peu, ne s'accorde que des aller retour entre l’hôpital et son appartement et ses patients ne paraissent pas en danger... Mes pensées se perdent un moment dans le vague alors que je me souviens de l'expression de son visage ensanglanté, de cette douleur dans ses yeux verts si imprégnés de ses émotions. Ma vie trépidante m'empêche de trop penser à mes tourments, je m'en arrache lorsqu'un bruit se fait entendre contre la vitre. Une colombe tape doucement de son bec contre le carreau et j'aperçois sa patte, entravée par un message.

~

A l'abri des ombres, je me dépêche de remonter l'avenue pour rejoindre cette boite aux lettres anonymes. Il est bien pratique pour mon groupe de profiter du système de pigeons voyageurs, mis en place par Lazlo. Grâce à lui, j'ai pu être averti du comportement étrange de Noah et de sa sortie furtive pour aller poster cette étrange missive. Dans l'espoir qu'elle n'ait pas encore été ramassée par son destinataire avant mon arrivée, je profite de ma solitude dans la rue tranquille pour me concentrer rapidement. Sous le halo du réverbère, mon ombre se dessine contre les pavés du trottoir. Lentement, elle se plie à ma volonté, se détachant de moi pour glisser le long de la façade et sinuer jusqu'à l'ouverture de la boite aux lettres où elle s'immisce. L'enveloppe en est extraite, enrobée des doigts ombrageux, jusqu'à ce que je puisse la saisir et l'ouvrir vivement. Un nom se détache du texte : Charles Bigby. Je parcours le document en diagonale, lisant des descriptions concernant la récolte de produits illicites. Il s'agit bel et bien d'un rapport détaillé d'infractions à la prohibition, rédigés de la main du psychiatre. Sans attendre plus longtemps, je m'éloigne de la place, rangeant la lettre dans la poche de ma veste élimée, les sourcils froncés sur mes préoccupations.

~

Il n'a pas été trop compliqué de trouver le fameux Charles Bigby, pharmacien divorcé et dépressif. J'ai confié à la douce Sonia la charge de retenir le quarantenaire et de l'empêcher de se rendre à son prochain rendez-vous avec le docteur Meadow. Sonia était bien celle qui travaillait sur l'affaire du psychiatre délateur à la base et c'était grâce à ses investigations que le doute avait été soulevé concernant Noah. Ses activités pour la résistance sont fluctuantes, elle est bien trop influencée par la brute qui lui sert d'amant. Cependant, je sais que je peux lui faire confiance et qu'elle sera opérationnelle ce soir. Ainsi, à l'heure convenue pour ce rendez-vous privé, je me présente à la place de Bigby à la porte du psychiatre. Le quartier est élégant, épargné par la misère et l'insécurité qui règne presque partout en ville, les immeubles aux façades fraîches et accueillantes pourraient faire oublier que des gens crèvent de faim, quelques rues plus loin à peine. Ceux qui vivent ici sont ceux qui flattent l'oppresseur,  dans un mélange d'hypocrisie et de bassesse. Et si j'essaie de modérer ma tendance sévère au jugement et à la critique impitoyable, il m'est bien difficile de croire en l'innocence de ces nantis. Sont-ils réellement naïfs ? Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Les portes s'ouvrent devant moi avec une facilité déconcertante, sans que je ne sois inquiété de gravir les escaliers jusqu'au deuxième étage, ainsi que la plaque au nom du psychiatre m'y invite. Après quelques coups secs, j'entends sa voix fatiguée me répondre, sans qu'aucune méfiance ne s'y détecte. Il ne peut pas savoir, bien-sûr, il s'est montré si discret ces derniers temps. C'est sans la moindre hésitation que je pénètre dans la pièce, cherchant aussitôt la présence de Noah d'un regard vif. Il est là... et c'est une vague anxiété qui m'assaille soudain, sans que je n'ai pu la pressentir. Son regard est baissé et j'en profite pour me retourner, prenant soin de refermer la porte du bureau, et ainsi me reprendre en quelques secondes dans un cillement. Une simple inspiration me sera nécessaire tandis que j'enlève posément mon manteau pour l'accrocher auprès de celui du psychiatre, sensiblement plus luxueux que le mien. La différence qui nous oppose est bien plus grave que ces détails vestimentaires, cependant... Peut-être suis-je un peu trop lent à me retourner, cette seconde reste en apesanteur alors que j'entends enfin le souffle de sa voix.

Les odeurs, les sons, les moindres informations qui flottent dans l'air me sont perceptibles toutes à la fois, tandis que je me retourne doucement vers lui, croisant enfin son regard épuisé. Je perçois les odeurs diverses, celles du café, celle d'une potion, celle de la peur. Cette sueur froide, ce bruit plus rapide des battements de son cœur me renseignent aussitôt sur l'angoisse qui résonne tant en lui. L'angoisse et la colère qui s'allie aussitôt à elle, comme une sœur vengeresse, une fureur contenue dans la tension de chacun de ses muscles et pourtant, odieusement présente. Mes mouvements ne sont pas agressifs, je m'astreins à la même immobilité que la sienne, soutenant son regard dans un silence assassin. Car mes yeux ne reflètent pas la moindre douceur en dépit de mon impassibilité, bien au contraire. L'un de mes sourcils se hausse à ses menaces d'appeler la milice. Si Noah a effectivement pu se munir d'un téléphone, je n'en aperçois aucun à portée de ses mains. Et quand bien même cela serait, je n'aurai aucune peine à l'en empêcher. Un mince sourire ironique étire mes lèvres lorsqu'il évoque sa prétendue volonté de défendre son patient mais je ne le détrompe pas dans l'immédiat. Je me contente de quelques pas vers lui, d'une démarche calme, le laissant faire ses propres déductions. Ce n'est que lorsqu'il me pose la question, que je lui répond enfin.

« Je ne suis pas venu pour me battre. »

Du moins en principe. Malgré moi, un certain plaisir coupable m'envahit lorsque je ressens sa peur, lorsque je le vois se crisper derrière son bureau, lorsque je perçois les délicieuses effluves énergétiques qui se dégagent de lui. Je sais ce que je veux lui dire, pourtant, je suis toujours choqué par les émotions qui se créent en moi lorsque je me trouve en face de lui. Cette tristesse, cette nostalgie cruelle que les souvenirs m'infligent sont toujours aussi pesants. Et bien que j'aie eu le temps de m'habituer à l'idée qu'il soit en vie, depuis ces deux mois, il existe un écart sidérant entre mon cœur et ma raison. Je sais mais je ne peux m'empêcher d'être ému, comme si une part de moi-même n'avait pas cessé de se questionner avec fièvre sur sa bonne santé. Comme si j'avais craint que ces retrouvailles n'aient été qu'un rêve, ou un cauchemar... Il est pourtant là et sa présence m'inflige un mélange de trouble et d'émoi.

Je secoue la tête avec gravité. « Ton patient ne viendra pas. Je le remplace en effet pour ce soir mais je t'interdis de penser une seule seconde à me psychanalyser... » Mon front se plisse, railleur, bien que je ne sois pas d'humeur à rire dans les circonstances actuelles. J'aimerais réussir à prendre plus de distance avec cette affaire mais il me faut bien être lucide : je suis douloureusement concerné. Et la maîtrise habituelle de mes émotions me lâche alors que je vois devant moi le visage de celui que j'ai tabassé avec tant de rage, quelques semaines auparavant. Mes lèvres se pincent alors que j'avance encore, jusqu'à me placer devant son bureau. Il n'est pas dans mes manières de tourner autour du pot et je sors de ma poche la fameuse lettre, portant l'écriture de Noah, que je dépose devant lui, la frappant soudainement de mon poing. Mon geste m'a devancé et j'en suis moi-même surpris, tant mes émotions me dépassent. Ma voix est sans doute plus rude, bien que toujours maîtrisée.

« Voilà pourquoi je suis là. Pour ce patient que tu prétends vouloir protéger de moi en appelant la milice. C'est à eux que tu viens de le livrer avec cette lettre et je doute qu'elle soit la seule... combien de messages as-tu envoyé  ? »

Va-t-il nier ? Va-t-il seulement jeter un regard sur cette lettre qui l'accuse de manière irrémédiable ? Si son culot va jusqu'à nier l'évidence, je ne sais comment je pourrais réagir alors que mon regard écrase le sien, luisant d'une violence à peine contenue. Mais je sais que je ne peux pas perdre de temps car l'illusionniste aurait tôt fait de manipuler mon esprit comme il l'a fait la dernière fois. Ma main se dresse alors, dans un geste symbolique, alors que je me concentre vivement pour happer ses pouvoirs encore une fois, les arracher de son corps, de tout son être, les emprisonner dans un ailleurs invisible, pour protéger la vérité. « Je suis venu te prévenir, je ne te lâcherai pas, Noah. Tu auras beau tenter de me fuir, tu me trouveras toujours sur ton chemin. Et crois bien que tu as plus à craindre de moi que de la milice. » La menace qui plane au dessus de sa tête ne lui est aucunement voilée dans ma voix qui gronde, dans mes yeux qui lancent des éclairs. Je me souviens des mots qu'il a osé proférer par l'entremise de son illusion, ces mots où il pensait endormir ma méfiance, ces mots où il disait que nous n'étions pas si différents... Ces mots où il prétendait que j'avais construit ses désillusions, sa méfiance, son désenchantement. Pourtant, cette douleur, était-elle feinte, elle aussi ?
 



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It's the moment of truth and the moment to lie, The moment to live and the moment to die. The moment to fight, the moment to fight.     ©️ by anaëlle.



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MessageSujet: Re: Now at last the end has come || Cassidy   Mer 19 Avr - 1:41


Le Destin. Le Destin était ainsi fait que la moindre faiblesse, la moindre baisse de garde, pouvaient être fatales. Le Destin avait cet art dérisoire de se moquer des convenances, de se moquer des règles et des espérances : il frappait sans se retenir, sur les criminels comme les innocents, avec le caprice d'un enfant qui écraserait des fourmis sous son petit pied replet. Le Destin était une maîtresse aux humeurs troubles, changeantes, avec ce grain de folie et d'inattendu qui la rendait aussi attirante qu'effrayante.
Et le Destin avait décidé de jouer avec lui, ses nerfs et son coeur, ce soir-là. Il aurait dû s'en douter, il aurait dû écouter son propre instinct, au lieu de l'éteindre avec une potion contre les aigreurs d'estomac. Il aurait dû être plus prudent, faire nettement plus attention aux moindres signes, aux plus infimes détails. Mais Noah Meadow ne l'avait pas fait. Noah Dalmazio ne l'avait pas fait.

Et le Destin s'était ri de lui. A gorge déployée, si fort qu'il en avait fait pénétrer Cassidy dans son bureau. Le sorcier, malgré lui, s'était affaissé dans sa chaise juste un peu, subrepticement, en apercevant la carrure de son ennemi. Ennemi par la force des choses, par la vie, par les erreurs communes. Mais ennemi tout de même. Alors quand ce dernier s'était approché, oui, il avait senti un soupçon de frayeur filer au travers de ses vieux membres. Avait pu sentir ce frisson que provoquait la sueur froide qui s'immisçait le long de son cou jusqu'à son échine, lente mais certaine, annonciatrice d'une entrevue qui n'aurait rien d'agréable. Son estomac s'était noué, alors que ses yeux s'étaient plantés dans les iris implacables de l'ancien bagnard. Un regard empreint d'une colère si profonde, si brute qu'elle en était abrasive. La psychiatre avait dégluti. Parlé. Alors qu'en soit, et même s'il s'était préparé, il savait très bien que sa seule motivation du moment était de s'enfuir aussi loin que possible.
Parce qu'il le savait, au fond. Peu importaient les confidences, peu importaient les illusions passées. Peu importait leur connexion. Cassidy et lui étaient sur deux plans d'existence opposés que, et les prunelles enflammées du Voleur le prouvaient, rien ne pouvait réunir.

Evoluant en eaux troubles, la fatigue remplacée par la peur, le psychiatre s'était tu. Avait laissé son ancien partenaire prendre la parole, sa voix aiguisée tranchant le silence. Si ses paroles étaient pacifiques, son attitude l'était nettement moins. L'observant évoluer à sa guise, se rapprocher malgré les mises en gardes, Noah ferma les yeux. Il y avait une agressivité profonde, entière bien que contenue, dans la voix de Valdès. Une attitude pseudo détachée qui ne l'était pas, au fond. Le plus lentement possible, le sorcier avait tendu le bras vers l'un des tiroirs de son bureau, reprenant le contact oculaire, comme pour l'inciter à ne pas approcher. Une bravade qui n'était que du bluff, que l'autre ne prit que pour du bluff, alors qu'il rompait toujours plus la distance qui les séparait.

-Pourquoi es-tu ici, alors ?

La réponse à sa question s'abattit avec violence sur son bureau. Une énième preuve de la colère implacable du voleur d'énergie. Une énième preuve de sa fausse dissociation du problème en cours, ou du manque de véracité de son prétendu pacifisme. S'efforçant à se maîtriser, le sorcier n'avait pas cillé, son regard planté dans les iris assombris de colère de Valdès. Il n'avait pas sursauté, avait maintenu ses propres battements cardiaques aussi bas que possible malgré le frisson qui avait électrisé tout son corps. Un contact visuel qu'il maintint encore quelques minutes, par défi, avant que son regard ne glisse le long du bras, du poing de l'ancien Illusionniste. Jusqu'à ce qu'il voit l'enveloppe, une enveloppe qu'il connaissait très bien, exempte de marques, d'expéditeur, de timbre. Seulement son destinataire, en lettres étroites. Rafael Morienval. Une enveloppe qu'il avait eue dans les mains lui-même, qui contenait des informations confidentielles qui n'auraient dû être lues que par Rafael et lui-même. Noah déglutit. Avec une lenteur toute calculée, il ramena ses mains au-dessus de son bureau pour les joindre. Pour cacher les tremblements qui les avait prises, alors que ses propres actes revenaient lui claquer en pleine figure.
Comment Valdès savait-il ? Manifestement, il avait dû le suivre. Manifestement, il n'avait pas été aussi prudent qu'il l'aurait cru, n'avait pas été assez discret. Mais quel choix avait-il ? Entre deux maux, il avait été contraint de choisir entre Rafael et sa propre sécurité. Pire, de sa trahison ou de son inaction découlait exactement la même issue : il se mettait en péril. Les accusations de Cassidy le tirèrent de sa contemplation. L'arrachèrent de la preuve, pour ramener son attention sur le bourreau. La sentence n'était pas tombée, bien qu'il l'entrevit parfaitement : il était coupable, coupable de trahison, et n'avait rien pour s'en défendre. Après tout, les documents portaient sa signature.

-T'amuses-tu à intercepter le courrier de toute la Nouvelle Orléans, Cassidy, ou ton voyeurisme ne cible que ma propre correspondance ?

Défense. Attaque. L'ironie dans sa voix était aussi amère qu'il l'avait voulue, quand bien même il se savait incapable de se contrôler sur le long terme quand on en venait à Cassidy Valdès. Il y avait quelque chose dans cet homme qui le poussait au naufrage, systématiquement. Cette sensation d'injustice profonde, alors que le dernier bastion de sa mémoire se dressait contre lui. Une injustice mêlée de déception, une déception amère, profonde et oppressante. Ainsi, donc, il n'était qu'un animal. Une cible à traquer pour le chasseur de rêves, une proie facile, qu'il acculait lâchement sans lui laisser la possibilité ni de se retourner, ni de se défendre. La sensation amère du déjà-vu, au fond de sa gorge. A l'exception que cette fois-ci, il se se savait prêt à répliquer.
Un jeu de dupes. Un jeu cruel, douloureux, et possiblement fatal.

Une impulsion. Noah avait bondi de son siège pour faire diversion, ancrer l'esprit de son adversaire dans une illusion, dans un geste désespéré pour le faire délirer et se permettre de fuir. Mais Cassidy avait été bien plus rapide que lui. Ses pouvoirs s'échappèrent par brassées vers sa main levée, filaments invisibles d'énergie qui s'envolaient par chacun de ses pores. Valdès qui lui volait ses illusions. Valdès qui lui coupait les jambes, tout en s'assurant que ne restent plus que vide et silence, encore. Ce putain de vide obsédant, qui envahissait progressivement tout son corps, alors les mains de Noah s'abattaient de nouveau sur le bureau. Alors que ses prunelles vertes n'exprimaient plus la même terreur que la première fois, mais une agonie teintée d'une colère sourde. Profonde.
Valdès n'avait pas besoin de ses belles menaces, de ses belles paroles, pour asseoir sa puissance sur le sorcier. Son existence seule suffisait. Une existence sur laquelle Noah avait tiré un trait épais, quand bien même il avait espéré pendant des années pouvoir effacer ce dernier. Une existence qui était aussi merveilleuse qu'abominable. Une existence à laquelle le sorcier se savait désespérément dépendant. N'eut-il pas été l'écrin de ses souvenirs, il n'aurait pas réfléchi à deux fois. Il n'aurait pas eu cette faiblesse qui lui avait donné une seconde de retard dans son mouvement.

-Prétendre ne pas être venu te battre, et pourtant m'arracher mes pouvoirs. Ne te rends-tu pas compte d'à quel point tu es une contradiction à toi seul ?

Un rictus amer avait étiré ses lèvres ourlées. Une désillusion, une énième. L'ironie de la situation qui en appelait une nouvelle, alors qu'il dardait un regard mauvais sur son ancien acolyte. Non, en réalité, il n'avait pas besoin d'insister à ce point. Son attitude à elle seule, toute cette colère que le sorcier pouvait presque sentir physiquement, suffisait à traduire ses intentions profondes. Cassidy était venu avec l'optique d'assouvir une nouvelle fois ce besoin primaire de le détruire. Pas de négociations, pas de discussions. Et s'il n'avait pas eu tort en pensant que le sorcier aller user de ses illusions, ils se fourvoyait dans la raison même de sa propre présence.
Le rictus sur le visage creusé du psychiatre s'élargit. Ah, la douce ironie.

-Un pacifiste qui attaque, nous aurons donc tout vu. Quelle va être la prochaine surprise, Cassidy, tu vas prétendre vouloir ma survie tout en me tirant une balle entre les deux yeux ? Ca ne serait pas ta première bassesse à mon égard, après tout. Et je te sais capables de grandes choses, même des pires.

L'homme après tout était un criminel, avant d'être un justicier. D'être un grand défenseur de la veuve, de l'orphelin, et de la cause perdue. Et si c'était une qualité qu'il avait toujours estimée, toujours admirée et voulu ardemment partager avec l'ancien bagnard, force était de constater que tout cela n'était au final qu'un énième mirage. Les capacités de cet homme étaient admirables, au demeurant. Il parvenait à créer des illusions, tout en ayant lui-même perdu son essence d'Illusionniste.
Une réflexion amère. Douloureuse. La grande fierté de Cassidy quand il l'avait connu, c'était sa droiture. Une droiture qu'il foulait régulièrement au pied maintenant qu'ils s'étaient retrouvés.

-Pour quelle raison es-tu venu, en vérité ? Pour achever ce que tu as commencé quelques mois plus tôt ? Tu peux toujours essayer, mais sois prévenu, mon ami. Les circonstances ne sont pas les mêmes, et tu évolues sur mon territoire.

Se gonflant d'une fierté feinte, il s'était redressé, son rictus n'abandonnant pas ses traits. Après tout Valdès ne connaissait rien de la configuration des lieux. Et s'il était un tant soit peu prudent, s'il avait un minimum d'imagination, il pouvait très bien croire que le sorcier avait suffisamment de suite dans les idées pour trouver des méthodes de défense dérobées. Même si en soit, ce n'était que du bluff. Même si en soit, et quand bien même il était effectivement relativement préparé à toutes les éventualités, ses seules "armes" se trouvaient sur lui.
Pour autant, rien ne l'empêchait de provoquer une nouvelle illusion. L'illusion des mots pour ignorer celle des maux. Car au fond, il l'entendait toujours, cette maudite voix. Ce hurlement en sourdine, au creux de son tympan, qui bourdonnait toujours la même chose quand on en venait à Valdès. Arrête. Arrête.

-Depuis quand les traîtres ont-ils le droit de jauger de la qualité ou de la sincérité des autres, précisément ? Car ce que je vois, dans ce bureau, est un nouvel acte pernicieux. Une nouvelle supercherie, splendide, je le concède, qui consiste à te mentir à toi-même.

Participant à sa parole railleuse, ses poings s'étaient posés sur ses hanches, alors qu'il dévisageait son accusateur. Qu'il n'espère pas s'en sortir sans coups. Qu'il n'espère pas en sortir grandi. S'il avait l'envie d'accuser, qu'il n'espère pas une seule seconde que Noah n'aurait rien à redire à ses accusations. Quand bien même le coeur du sorcier battait à tout rompre dans sa poitrine, irrigant une colère bien trop grande, bien trop démesurée pour la situation.
Ce cabinet avait vu nombre d'individus, au cours des années. Des individus haineux, des individus violents. Même des êtres de pur mal, à l'image de la seconde personnalité d'Axl Hartley. Mais ce cabinet était le sien. Il en connaissait la configuration par coeur, et pouvait la reconstituer aisément, même dans la semi-pénombre actuelle. Il avait un avantage considérable sur Valdès, de ce côté-là. Et, protégé par son lourd bureau de bois dont il connaissait exactement les dimensions, il savait que l'autre n'aurait pas autant de facilités pour l'atteindre.
D'autant que ses poings n'étaient pas si loin de cette poche où se lovaient toujours la petite fiole, ainsi que son couteau.

Un regard vipérin, alors qu'il toisait son adversaire. L'idée ne lui avait pas effleuré l'esprit jusqu'à présent, ce dernier étant encore bien trop aveuglé par l'estime nostalgique qu'il avait pour son ancien compagnon. Par cette illusion de grandeur d'âme qu'il avait toujours admirée, en silence, dans l'intimité de leur cellule. Mais elle revenait au galop, à présent. Claire et limpide. Peut-être que Valdès n'avait pas eu besoin de traquer sa correspondance, en réalité. Peut-être qu'il avait pris connaissance du document d'une toute autre manière.

-As-tu ainsi oublié tes valeurs au point de t'associer à ce bourreau de Morienval ? Où est-elle donc, cette grande valeur morale à laquelle tu as constamment prétendu t'accrocher ?

Si telle était l'abjecte vérité... Si telle était l'abjecte vérité, c'étaient toutes ces réminiscences, tout ce qui faisait de la beauté nostalgique de l'âme de Valdès une de plus admirables illusions que Noah ait jamais connues. Parce que ça signifiait que l'homme ne valait pas plus que ces chiens des renseignements.
Que l'homme qu'il avait toujours tendrement admiré ne valait pas mieux que lui. Ce qui, en soit, était une bien laide, une bien cruelle révélation.

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MessageSujet: Re: Now at last the end has come || Cassidy   Lun 8 Mai - 23:14


« Bad dreams come true, I make them for you. »



 
 
Noah & Cassidy
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La faim me dévore. Cet appétit bestial tapi en moi en permanence et qui ne demande qu'à être libéré, en toute cruauté. Si je parviens à le contrôler, il ne reste pas moins une souffrance perpétuelle dans mon corps maudit. Une souffrance qui m'est une honte. Une souffrance qui se voit attisée lorsque je déploie mes pouvoirs en concentrant ma propre énergie. Il m'est pourtant indispensable d'arracher à nouveau la magie de l'illusionniste et c'est ainsi que je le précède vivement, sans lui laisser l'opportunité de m'échapper. Les mirages meurent avant même d'avoir été créés, tandis que je dissous sa capacité aux illusions, le laissant asséché et démuni.

Mon poing écrase encore la preuve étincelante des actes du psychiatre délateur et le papier se froisse sous ma brutalité. Mais je ne détecte rien dans l'expression si impassible de Noah, bien que je le scrute avec avidité. Déjà, il a retrouvé la parfaite maîtrise de lui-même et le ton de sa voix, si hautain et arrogant, me heurte avec une violence disproportionnée. Ma propre colère ruisselle dans mes veines à la manière d'un acide corrosif. Si ma mâchoire se contracte, je m'astreins à ne rien répondre à l'ironie insultante qui imprègne ses mots. Pourquoi Noah Dalmazio possède-t-il à ce point le don de me rendre fou de rage ? Quelques secondes à peine après avoir passé sa porte, je suis déjà conscient de cette révolte douloureuse qui me tord les tripes et me donne l'envie de hurler. Cela ne me ressemble pas d'être si vulnérable, et je suis encore une fois décontenancé par mes propres ressentis.

Il faut que je me ressaisisse. Non, je ne suis pas venu ici pour me battre et je suis toujours décidé à éviter la violence. Je traîne encore le goût amer de notre dernière rencontre, tout autant que cette sensation de désastre intérieur, comme si chacun des coups que je lui avais porté, m'avait en réalité touché avec cent fois plus de brutalité. L'espoir d'un accord entre nous devrait pourtant être accessible... Le ton de ma voix demeure calme en dépit de la colère qui brûle dans mon regard.

« Mon voyeurisme comme tu dis, ne cible que les pions du gouvernement. Mais d'habitude, ce sont leurs vies que j'arrache, tu devrais donc t'estimer heureux que je n'aies pas l'intention de casser définitivement ta belle gueule. » Ma voix est sèche dans mes premières paroles mais, lorsque je retire mon poing, le laissant en apesanteur dans une seconde de réflexion, je finis par hocher doucement la tête dans un haussement de sourcils, troublé malgré moi. « Si je me contredis, ce n'est pas dans le sens que tu l'insinues. »

Sans doute a-t-il raison. Je me contredis. Je contredis mes principes fondamentaux en lui laissant la vie sauve, alors que je me suis juré de détruire tous les corrompus et les collaborateurs de ce système tyrannique. Mais Noah est totalement aveugle de l'indulgence que je m'acharne à lui accorder. L'injustice de ses railleries m'effleure sans que je ne regrette en aucune façon ma capture de sa magie. Il n'aurait pas hésité à l'utiliser contre moi. Ses saillies sarcastiques ne font que creuser un peu plus mon amertume et ma déception à son égard. Quelle importance peut bien avoir ce qu'il pense de moi ? Qu'il me dépeigne comme un être perfide devrait m'être indifférent puisque ma propre déception à son encontre le transforme à mes yeux. Nous sommes douloureusement à égalité, en l’occurrence...

Noah me rappelle que cette fois, nous sommes sur son territoire et je le sonde du regard tandis qu'il se redresse. Je ne crains aucun de ses pièges, seules ses illusions pourraient m'inquiéter mais je m'en suis débarrassé pour un temps. Un temps que je maîtrise mal. Les minutes s'égrènent et je sens déjà que ma capture perd de son efficacité. La magie lutte pour resurgir tandis que je m'acharne à la conserver hors de sa portée et cette concentration me devient plus pénible à mesure que le temps passe. Je me sais pourtant capable de maintenir mon pouvoir en action pendant presque une heure, lorsque je suis dans de bonnes dispositions. Que se passe-t-il aujourd'hui ? J'ai la sensation d'avoir perdu en maîtrise, soudainement. Est-ce cette colère dévastatrice qui me trouble et nuit à ma concentration ? Ma faim quant à elle, ne cesse de grandir.

Au vu de son ton, il m'est évident cette fois que les menaces de Noah ne sont pas faites à la légère et que s'il en a l'occasion, il n'hésitera pas à me livrer aux autorités. Aucun scrupule, ni loyauté ne l'arrêtera, c'est certain. Mais je suis toujours aussi assuré de réussir à le maîtriser par la force, s'il le faut, bien avant qu'il ne tente quoique ce soit. Je fronce les sourcils à ses nouvelles accusations. Traître, il n'a que ce mot à la bouche. Un acte pernicieux ? Une supercherie ? Mon visage grave se marque par l'incompréhension. La fureur bien perceptible de Noah fait écho à la mienne, elles semblent presque s'affronter dans un flux d'énergie invisible entre nous. Restant immobile face à lui, j'attends de trouver le bon moment pour fondre sur lui et l'empêcher d'agir. L'idée me traverse de l'attacher en utilisant les embrasses des rideaux que j'ai remarquée en pénétrant dans la pièce. Si je me refuse à lui faire du mal, je ne peux le laisser continuer à œuvrer pour le gouvernement... Ses mots me perdent.

« Que veux-tu dire ? »

Le nom de Morienval est alors prononcé et j'en reste muet de stupéfaction pendant quelques secondes, le dévisageant avec incrédulité. Noah ne peut pas croire en ce qu'il affirme, il va trop loin. Ce ne sont que de nouvelles insultes, de nouveaux moyens de me blesser pour me provoquer et tenter vainement de distraire mes intentions. Croit-il que je sois si facilement manipulable ? D'un geste courroucé, mon bras s'avance pour balayer tout le contenu de son bureau, dans un mouvement ample et brutal. Si le félon a dissimulé une arme dans ce capharnaüm, la voilà hors de sa portée mais peu me chaut, je n'y jette pas un regard. Le fracas des objets qui tombent au sol, impitoyablement renversés, rompent la placidité de la pièce, si luxueusement meublée. Qu'il tente seulement d'attraper quoique ce soit dans l'un de ses fichus tiroirs, je suis prêt à bondir par dessus à la moindre tentative.

« Tu n'es donc que cela ? Un scélérat puant de condescendance et trop imbu de sa personne pour te remettre en question ? Garde pour toi ta morgue guindée et évite de m'appeler encore "ton ami" si c'est pour le faire sur ce ton. »

Un soupir sec m'échappe, plein de contrariété et de tristesse. La manière de prononcer mon prénom ou même cette amitié qu'il a évoquée en m'interpellant de façon si ironique et dérisoire, tout contribue à sceller la cruelle réalité du présent. J'espère encore de toutes mes forces qu'il ne s'agisse que d'un leurre, que d'une façade où il emprunterait l'orgueil du paon pour dissimuler ses réelles pensées. Mais n'est-ce pas ce que je voudrais croire ? Sans cesser de le fusiller du regard, je surveille ses gestes, restant à l’affût de la moindre tentative d'évasion ou d'offensive. Je ne suis pas un pacifiste, très loin de là. Et s'il me croit capable des pires choses, il ferait mieux de se méfier, en effet. « J'ignore à quoi je m'attendais en venant ici. A ce que tu avoues enfin l'évidence ? A ce que tu promettes de t'amender et de délaisser tes pratiques fourbes et trompeuses ? En lieu de cela, tu me renvoies des reproches en plein visage et je crois revivre notre précédente conversation. Je ne t'ai peut-être pas frappé assez fort pour te faire rentrer la vérité dans le crâne ? » Il s'obstine à nouveau à me salir, à m'accuser de la pire des trahisons, avec ce mépris que je hais tant. J'ai alors la sensation d'être enlisé dans des sables mouvants, coincé dans la même situation sans aucune chance que rien n'évolue. Noah est mon ennemi. Devrais-je le considérer comme tel ? Devrais-je... le détruire ?

« Écarte-toi de ce bureau. Je ne te le répéterai pas. »

Doucement, je contourne le meuble, braquant sur lui mes prunelles impitoyables, agrandies par ce nouvel afflux de rage qui m'anime. Mes yeux d'un bleu grisé sont imprégnés de cette déception amère qui se mêle à ma révolte. J'ignore ce qui serait pire : que Noah tente de me déstabiliser par ces fausses accusations ou qu'il en soit réellement convaincu ? Les deux possibilités me heurtent avec autant de sauvagerie tandis que j'essaie de décrypter son regard. Ses billes d'un vert mystérieux, toujours teintées d'une magie ancienne et profonde, semblent avant tout habillées de fiel. Et si, par delà le poison, je crois déceler une peine profonde, j'ignore si mes propres émotions influent sur mes perceptions. Dans l'incertitude, je crois bon de rétablir une fois encore la vérité et me défendre de ces odieuses accusations. Je m'attend à ce qu'il récuse une fois encore mes affirmations et c'est un grondement de contrariété qui précède mes paroles.

« Je ne t'ai pas menti. Et je n'ai rien à voir avec ce Morienval. Je ne l'ai jamais rencontré ailleurs que dans notre cellule... par le biais de tes illusions. Je ne connais pas cet homme autrement que par tes propres descriptions. »

Mais alors que je prononce ces mots, un doute m'assaille soudainement, marquant mon visage d'une ombre d'hésitation. Je me souviens bien-sûr, de ce que Noah m'avait confié sur son passé, sur ces délations qu'il commettait lorsqu'il était un jeune prêtre et devait confier à Morienval les noms des coupables, brisant par là le secret du confessionnal. Ses relations avec son ancien ami s'étaient envenimées mais c'est pourtant bien à lui, une fois encore, que ses missives s'adressent. Pourtant, il m'accuse de m'être associé au bourreau, comme si c'était là, la pire des trahisons... Et cette idée me traverse brutalement, comme un éclair, que peut-être Noah souffre d'une situation dans laquelle il est contraint d'agir malgré lui. Car si Morienval est toujours son ennemi, si Noah le pense sincèrement capable de s'associer à moi afin de lui nuire... alors de quels autres actes de malveillance ce bourreau est-il responsable ?

Tout en réfléchissant, je me suis rapproché de la position du psychiatre, jusqu'à dépasser peu à peu ce bureau. Ma voix est plus basse lorsque j’enchaîne, l'interrogeant du regard. « Que t'a-t-il fait... ? » Mes mots meurent entre mes lèvres. Je ne peux me laisser distraire par la moindre hésitation et je délaisse pour l'instant ces questionnements, sans attendre qu'il me réponde. Brisant tout à coup la lenteur de mon approche, je bondis pour dépasser le bureau et me retrouver face à l'italien que j'empoigne rudement. Je voudrais m'assurer qu'il ne fuie pas comme la dernière fois et bien-sûr, éviter qu'il ne se débrouille pour rameuter une horde de shadowhunters dans son immeuble. Je n'ai aucunement l'intention de me faire capturer par ces félons du gouvernement. Ma poigne écrase les épaules de Noah au moment même où ma concentration s'amenuise jusqu'à perdre une grosse part d'intensité. Dans un souffle, je libère malgré moi un fragment de la magie de l'illusionniste, dont je sens les volutes éthérés voltiger autour de nous. Le temps m'est compté. Il me faut rapidement le maîtriser et l'attacher avec ces fameuses embrasses de rideau. Que mes méthodes d'intimidation lui plaisent ou non, il devra bien s'y plier.

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MessageSujet: Re: Now at last the end has come || Cassidy   Jeu 1 Juin - 0:50


Il n'y avait rien de plus beau, et rien de plus grave, que de voir un être contradictoire prétendre ne pas l'être tout en prouvant parfaitement sa condition. Les dénégations de Cassidy, prononcées avec autant d'aplomb, n'avaient pas manqué de lui arracher un ricanement feule. Après tout, il pouvait croire ce qu'il voulait. On n'est pas bien placé pour se juger soi-même, dans ce genre de conditions. Il nous manque suffisamment de recul, d'humilité, pour ce genre de prises de conscience. Et, clairement, s'il était au point de devoir prendre son ancien ami au pied de la lettre, le recul n'était pas le point fort de Cassidy.
Quel dommage.
Le canif, dans sa poche, pesait de plus en plus dans les plis de son pantalon, à mesure que l'autre parlait. A mesure que Noah scrutait chacun de ses mouvements, espérant profondément qu'il ne soit que fiel, qu'il ne soit que paroles, et qu'il ne tente rien d'inconscient. Rien qu'ils pourraient regretter, tous deux, par la suite. D'un mouvement colérique, l'ancien bagnard avait fini par débarrasser le bureau qui les séparait. Un geste qui avait été provoqué par l'accusation du psychiatre comme quoi il aurait pu travailler pour Morienval. Le fracas assourdissant des objets s'effondrant sur le sol le poussa à faire un pas de recul. A agrandir la distance entre lui et le bureau, devenu bien trop vide, bien trop facile à escalader pour que Cassidy le rejoigne d'un bond. Sans ciller, son regard toujours fixé sur le visage empreint de rage de son ancien compagnon, le sorcier soupira. S'illumina d'un sourire mauvais, narquois :

-Parce que tu t'attends à un ton plus chaleureux de ma part, alors que tu mets à sac mon lieu de travail ? Quel humour !

Il lui faisait peur, avant. La première fois qu'ils s'étaient revus. Mais plus cette fois. Non seulement il s'était préparé à cette entrevue, mais cette fois-ci, il ne comptait pas laisser tomber sa garde aussi facilement. Cette fois-ci, il l'attendait de pied ferme, quoi que tente son adversaire. Parce que la déception et la surprise avaient laissé leur place à la rage. Parce que cette colère sourde aveuglait tous ses sens, ne laissait plus la place à la compassion ou la pitié. Cassidy Valdès avait décidé de lui couper l'herbe sous le pied, une nouvelle fois. Il avait intérêt à avoir d'excellentes raisons d'être arrivé en ces lieux, autres que ces vaines menaces qu'il proférait à son encontre depuis qu'ils avaient commencé cette "conversation". Pouvaient-ils vraiment prétendre que c'en était vraiment une, toutefois ? Pas particulièrement. Pas alors que la belle image, noble, pure, que Noah avait toujours admirée chez son ancien ami s'étiolait pour ne plus devenir que peau de chagrin à mesure que l'autre ouvrait la bouche.
Et dire qu'il aurait pu, dans d'autres circonstances, lui pardonner. Et dire qu'il aurait voulu, dans d'autres circonstances, lui expliquer ses raisons. Ses craintes. Ces terreurs qui s'emparaient de lui à toute heure de la journée, aux plus sombres heures de la nuit. Comme avant. Mais l'option n'était malheureusement plus envisageable.
De nouveau, la voix de Valdès emplissait la pièce sombre dans laquelle ils se trouvaient. De nouveau, des menaces, de nouveau, des paroles qui laissèrent le psychiatre dubitatif. Son visage s'en souvenait, de ces coups pour "faire entrer la vérité dans sa caboche". Mais quelle vérité ? Juste parce que Valdès le prétendait n'en faisait pas la vérité entière et profonde. Juste parce que Valdès le frappait n'en faisait pas la Parole Divine ou Evangélique. Juste parce que les coups n'étaient pas les mots du coeur. Parce qu'ils étaient petits, insignifiants, et que même si Noah se souvenait parfaitement de la douleur dans sa mâchoire, il n'allait pas pour autant croire un homme qui frappait pour se faire entendre. Quand bien même il savait que, cette fois-ci, Valdès avait été douloureusement sincère.

-Tu ne venais donc ici que par esprit de vengeance, ou de contradiction. A la bonne heure. Mais garde tes poings pour toi, ils ne te rendront pas plus crédible.

S'il savait qu'il était inutile de jeter de l'huile sur le feu, il ne pouvait pas s'en empêcher. Il y avait quelque chose chez Cassidy, dans ces dernières rencontres, dans ces retrouvailles sans queue ni tête, qui le faisait sortir de ses gonds. L'incapacité de se faire comprendre. L'incapacité d'y voir clair, de comprendre l'autre et ce qu'il aurait pu vouloir, attendre de lui. Le voyant contourner lentement le bureau, le psychiatre battit en retraite, tout aussi lentement, le regard rivé sur lui. Son estomac, déjà malmené par le trouble, la colère et la potion qu'il avait prise, lui signalait que quelque chose de néfaste était sur le point de se produire. Un instinct qu'il était tout disposé à écouter, à présent. D'autant qu'il la sentait revenir, progressivement.
Sa magie. A mesure que Cassidy se rapprocher, il pouvait la sentir lui revenir par vaguelettes. Insignifiantes. Insuffisantes. Mais les quelques bribes éparses qu'il parvenait à capter alors qu'elles échappaient du contrôle du Voleur de Souvenirs suffiraient à l'aider. A le déstabiliser. Il avait besoin de temps. Pour se remettre. Pour le coincer. Mais il y arriverait, cette fois-ci.

Pourtant, un nouveau coup le frappa, auquel il ne s'attendait pas. Un coup qui le déstabilisa, le coupa dans sa progression, alors qu'il posait un regard profondément surpris dans les yeux de son ancien ami. La sincérité si désarmante, si simple qu'il percevait dans cette voix... C'était impossible. Impossible. Et pourtant, rien dans le comportement, rien dans les yeux assombris de colère de Cassidy, ne pouvait compromettre cette vérité qu'il venait de partager. Ainsi, il n'avait jamais rien au à voir avec Rafael. Ainsi, Noah s'était trompé sur cet aspect-là de sa personne. Peu importait le comment, par rapport à l'enveloppe. Parce que son coeur s'était remis à battre doucement, alors qu'il réalisait que, peut-être, il s'était trompé sur d'autres éléments. Que, peut-être, Valdès n'avait pas fait que mentir pendant tout ce temps.
Ou que, peut-être, il était devenu bien meilleur menteur depuis la dernière fois. Secouant ses boucles brunes pour chasser ses pensées, Noah puisa une nouvelle fois dans sa propre colère pour respirer. Le réflexe était devenu tellement naturel, à présent. Vivre par la colère. La laisser dominer le reste pour éviter toute once de déception.
Toute once d'espoir en une quelconque forme de réconciliation.

-Arrête... Arrête.

Il avait rompu le contact oculaire. La tête baissée, il avait cessé de reculer, bien plus touché par cette affirmation qu'il n'aurait dû l'être en temps normal. Parce que c'était trop beau pour être vrai. C'était purement impossible que Cassidy soit resté aussi digne, après avoir prouvé aussi assidument le contraire. Et pourtant. Pourtant il prouvait être encore un ami, en se souvenant de ce qui importait, en se souvenant d'éléments aussi importants pour lui. Et en niant les faits.
Puis cette question. Une question prononcée du bout des lèvres, un filet d'air aux contours de syllabes, qui le poussa à relever un regard confus sur son adversaire. Un regard troublé, profondément marqué par la terreur profonde que provoquait la mention du nom de Rafael. Cette pression colossale qui pesait sur ses épaules, le moindre écart qui n'était pas tolérable de peur d'être suspect. Mais cet aperçu de ce qui troublait son esprit ne resta pas longtemps. Juste quelques secondes, quelques minuscules secondes, avant qu'il ne constate avec effroi que son ancien ami était beaucoup trop proche.
Avant que les choses reprennent leur cours naturel, de haine et de destruction.

Avant que, sans crier gare, Cassidy bondisse sur lui pour empoigner brutalement ses épaules. Dans un glapissement surpris, le sorcier porta ses mains, par réflexe, sur ses poignets. Avant de la sentir, la Vague. Avant qu'un ras de marée de sa propre énergie le frappe physiquement, lui arrachant une inspiration rauque, alors qu'il se noyait sous sa propre puissance. Recouvrant rapidement ses esprits, il planta un regard acéré, luisant de cette puissance enfin retrouvée, dans les yeux sombres de son ancien ami. Avant de faire tomber l'illusion d'une chape obscure sur les sens de Cassidy, assoupissant son ouïe, sa vision, son odorat, tandis qu'il se constituait lui-même d'ombres. Le laissant pris au piège de ses propres sens, il profita de la diversion pour se baisser rapidement, échappant à sa poigne. D'un bond, il esquiva ses tentatives de le tenir de nouveau captif, et lui décrocha un bon coup de coude dans les côtes en le contournant.
Il n'avait pas l'éternité devant lui. Ses pouvoirs lui étaient revenus, mais ils oscillaient beaucoup trop dans ses veines, portés par les battements saccadés de son propre coeur. S'éloignant le plus vite que possible de son agresseur, le psychiatre se déplaça vers l'intérieur du cabinet. Avant de reprendre son souffle, et préparer la mutation de l'illusion.

Enfoncer ses ongles dans les paumes. La saillie douloureuse aiguisa sa concentration, alors qu'il observait froidement l'ancien bagnard, aux prises avec ses sens lacunaires. Ses pouvoirs roulèrent le long de son sang, le long de sa peau, alors qu'il encerclait Cassidy d'homoncules à son image. Six alter-egos illusoires qui posaient le même regard que le sien sur l'Américain, alors que ce dernier recouvrait progressivement ses sens. Des homoncules parfaits, qui imitaient ses propres gestes, alors qu'il glissait une main dans sa poche. Que la pulpe de ses doigts caressait le manche du canif, avant de le retirer de sa cachette.

-Ne tente pas de jouer au plus fin avec moi, Cassidy. Ne tente pas de me faire croire que mon sort te préoccupe sincèrement.

Les sept Noah avaient parlé, en concert, autour de Valdès. L'illusion ne pourrait pas durer suffisamment longtemps, Noah le savait pertinemment. Parce que Valdès était un Voleur. Parce qu'il avait la capacité de happer une nouvelle fois ses pouvoirs, pour le laisser seul et démuni, une fois de plus. Il ne pouvait pas se le permettre. Agitant son canif en face de lui, sa colère ravivée, démultipliée dans chacune de ses incarnations, il continua d'une voix grave.

-Combien de couleuvres comptes-tu encore me faire avaler ? Que tu es désolé ? Que tu n'es pas revenu ici pour que nous nous finissions par nous entretuer, mais dans le but d'une trêve ? Que finalement, nous ne sommes pas si différents ? Laisse-moi rire.

Il l'aurait voulu, pourtant. Il aurait voulu chacune de ces choses, et ça pouvait s'entendre à la façon dont sa voix s'était éraillée. Dont elle s'était éteinte contre cet aveu impuissant, ce cynisme qui restait encore, parce que c'était la seule chose qui le tenait encore à flot dans toute cette mascarade. Parce qu'ils la connaissaient tous deux, l'issue de cette entrevue. Et elle ne tournait pas autour d'une bonne bouteille, confortablement enfoncés dans les fauteuils au coin du feu, à parler de ce monde merveilleux qu'ils avaient construit ensemble quelques années auparavant dans leurs esprits.
Et pourtant. Pourtant il aurait tué pour le retrouver, ce monde. La désillusion tirait les traits tant du sorcier, tant de ses homoncules, alors qu'il se rapprochait. Un rai de lumière glissa sur la lame du canif, se réverbérant sur le visage en sept rayons éclatants. Noah, lui, n'était pas là seulement pour discuter.
Quand bien même il espérait que son ancien ami le détrompe. Qu'il soit sincère, dans ses questions, dans ses affirmations. Qu'il n'y ait qu'une vérité, entière, et crédible.

Mais ce ne serait pas le cas, il le savait. La voix éteinte, la déception croissant pour noyer la colère avec bien trop de facilité, il ajouta, dans un souffle.

-Et dire que tu m'as manqué.

Une cruelle déception. Une amère déception. Celle de se rendre compte que celui qui lui avait tant manqué, pendant toutes ces années, n'était finalement pas plus réel que les six clônes armés de Noah qui se rapprochaient de Cassidy, en même temps que lui. L'entourant dangereusement, sans lui donner plus d'indices pour déceler le vrai des faux, ils s'arrêtèrent finalement. Pour reprendre, en chœur avec l'original.

-Pars. Je t'en donne la chance. Pars et ne reviens pas. Jamais. C'est ta dernière occasion avant que je me décide enfin réellement à te tuer.



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MessageSujet: Re: Now at last the end has come || Cassidy   Mar 13 Juin - 19:34


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Je pourrais l'étrangler de mes propres mains. C'est l'idée horrifiante qui traverse mes pensées alors que nous nous empoignons, arrimés l'un à l'autre dans un schéma de violence qui ne m'est que trop familier. Le souvenir du visage tuméfié de Noah me revient à l'esprit et j'exhorte mon cœur à s'enrober de plomb, comme l'est mon regard fixé au sien. Nombreux ceux sont que j'ai tué sans que le moindre sentiment de pitié ne me fasse tressaillir, pourquoi en serait-il autrement ? Cet homme est à la solde du gouvernement, il est mon ennemi. S'il parvenait à rameuter la milice, comme il m'en a menacé, mon statut de voleur d'énergie me vaudrait la peine capitale, sans le moindre doute. Le dégoût que je ressens envers lui me blesse au plus au point car il s'accompagne inévitablement d'une déception amère qui me cisaille le cœur. Noah n'a eu de cesse de me renvoyer des paroles méprisantes, habillant ses propos d'une mauvaise foi évidente dans le but de me blesser. Ce genre de joutes verbales aussi creuses qu'inutiles me laissent froid. A quoi bon passer mon temps à rectifier ces reproches puisqu'il est déterminé à transformer mes paroles et mes intentions systématiquement ? Et pourtant, je ne désire pas sa mort. Oui, je contredis mes valeurs et l’ambiguïté de mes émotions m'obsèdent. J'aimerais l'immobiliser, gagner du temps, tempérer le feu ardent de ma propre colère et m'accrocher à ces doutes. L'angoisse que j'ai vu briller dans ses yeux au seul nom de Morienval ne pouvait être feinte.

La puissance de l'énergie qui émane de lui m'inspire un regard affamé. L'envie de le dévorer me foudroie alors qu'au même instant, je suis conscient qu'il a recouvré sa magie. Les pouvoirs de l’illusionniste sont démesurés et me submergent aussitôt par leur ampleur étouffante. En quelques fractions de secondes, me voilà plongé dans les ténèbres sans qu'aucun son ni la moindre odeur ne me soit perceptible. Ce revirement violent de situation m'est aussi troublant que frustrant. Aveugle et sourd, mon équilibre s'en voit trop facilement bousculé. Mes mains se referment sur du vide et un grognement m'échappe lorsque un choc m'atteint, en plein dans les côtes. Privé de mes sens, je ne peux que craindre une attaque vicieuse à tout instant et je serre les poings, préparé à encaisser farouchement une offensive. Je ne ressens que le souffle provoqué par le déplacement d'air contre ma joue et c'est d'un pas chancelant que je m'oriente dans cette direction, prêt à en découdre. Ma vue brouillée retrouve peu à peu son acuité et je plisse les yeux en apercevant ces sept silhouettes qui m'entourent. Des silhouettes que j'observe tour à tour de mes yeux égarés et dont les contours gagnent en précision à mesure que je recouvre la pleine possession de mes sens. Comme dans un cauchemar, je reconnais soudainement ces visages, tous identiques. De multiples faces hostiles m'entourent, autant d'inquisiteurs indiscernables dans une cour de justice où ma culpabilité a déjà été décidée.

Je fronce les sourcils, attentif aux gestes qu'exécutent ces sosies parfaits de mon ennemi. Leurs voix s'adressent à moi dans une harmonie troublante qui ne peut que raviver cette ambiance surnaturelle et impressionnante. Les sept lames sont pointées dans ma direction et je tente de capter les lueurs de la vie dans chacune des prunelles agressives qui sont braquées vers moi. Elles sont habillées d'autant de colère qu'elles semblent briller avec la même intensité, sans que je ne sois capable de détecter le véritable Noah. L'ironie grinçante qui émaille ses propos ne met que davantage en valeur sa rancœur. Si mes dénégations concernant une quelconque association avec Morienval l'ont déstabilisé, il semble s'accrocher à ses certitudes. Les lèvres scellées, je m'acharne à essayer de deviner un détail qui trahirait l'illusionniste, les décortiquant d'un regard acéré, mais ses répliques ne souffrent d'aucun défaut apparent. Elles semblent toutes déterminées à me planter leurs armes dans la chair, l'expression de leurs émotions est la même, aussi douloureuse soient-elles à ressentir. Et, tandis que les hologrammes se rapprochent et que je les attends sans broncher, l'amertume s'infiltre dans cette soudaine confession. Mon front se plisse, heurté par cette attaque inattendue que j'ignore comment interpréter. Momentanément déconcerté, je lui répond d'une voix trop rêche.

« Si je désirais réellement me venger de toi, tu crois vraiment que j'aurais laissé passer l'occasion de te descendre ? »

Je secoue la tête dans un soupir, contrarié de ne pas comprendre le cheminement de ses pensées. Sa façon de souffler le chaud et le froid est déstabilisante et je suppose que c'est une technique consciente dont il use et abuse, manipulateur comme il l'est. Pourtant, comment oublier ce nouveau nom qu'il s'est attribué et que j'ai lu et relu jusqu'à en user l'encre de sa maudite carte de visite... Je ne peux que reconnaître qu'il a prouvé avoir réellement tout fait pour que je parvienne à le retrouver. Ma colère s'écaille un moment, troublé par les souvenirs de notre dernière entrevue et ces songes que j'ai aperçu dans sa mémoire. Pourtant, il m'est difficile de me défaire de cette rage douloureuse qui couve en moi depuis tant d'années et qui se voit ravivée par ses accusations aussi injustes que blessantes. L'ultimatum s'élève, clamé par ces multiples voix qui m'agressent mais je ne bouge pas d'un iota. Avec assurance, je secoue lentement la tête en signe de négation, mon regard frondeur passant de l'un à l'autre des sosies.

« Je t'ai observé dans l'ombre pendant des semaines avant d'avoir enfin l’opportunité de te parler, ce n'est pas pour abandonner à la première menace. Je ne partirai pas et tu le sais très bien. »

Sa puissance terrifiante d'illusionniste me dépasse et ce simple état de fait creuse un gouffre d'affliction dans ma carcasse maudite. Ma déchéance n'a de cesse de me mortifier mais elle ne fait pas de moi un lâche, bien loin de là. L'obstination s'inscrit dans mes yeux d'un bleu acier. Il a beau réfuter toutes mes paroles, il a beau persifler, il a beau me repousser, je ne suis pas homme à me laisser décourager. Mon acharnement est une armure et mon entêtement sera mon arme. Ils s’inscrivent sur mon expression. Je m'essaie à rassembler mon énergie pour dissoudre à nouveau cette magie qui imprègne l'atmosphère de la pièce. «C'est seul à seul que je désire te parler. Dévoile-toi.» Une veine palpite contre mon front. Ma mâchoire se contracte et mes poings se serrent au risque de m'en faire péter les jointures. La force de la magie est trop dense, je la sens qui me résiste et m'échappe, recouvrant mon énergie pour la balayer brutalement. Le choc mental me heurte dans un léger frémissement quand la sueur froide s'écoule contre mes tempes. Cette fois, je me suis heurté à un mur, il m'est impossible de supprimer sa magie dans l'immédiat. Combien il m'est difficile d'être confronté à ma propre faiblesse ! Un bref soupir sec m'échappe tandis que je ferme les yeux pour reprendre mon souffle. Si je suis incapable de venir à bout de ses illusions, il me faudra les affronter à mains nues. Pas de fatigue qui tienne.

« Tu sais que je dis la vérité. Tu refuses juste de l'admettre mais tu ne pourras pas m'empêcher de continuer à t'offrir les mêmes réponses, parce qu'il n'y en a pas d'autres. »

L'espoir de neutraliser la situation reste ancré à une part de mon esprit, dans un équilibre certes précaire mais bien présent. J'ai toujours eu tendance à obéir à mes premières impulsions et à exprimer sans détour ce que je pense. Mes comportements et mes paroles sont spontanés et sans calcul. Noah doit le savoir. Il ne peut pas réellement croire que je tente de le duper ou de feindre une quelconque inquiétude dans le but de le manipuler. Je suis d'ailleurs choqué moi-même de lui avoir donné cette impression, ce qui me pousse à méditer durant quelques secondes de silence. J'ignore ce que cet homme m'inspire au juste, mes émotions sont mélangées, entre rancœur et amertume. La colère tapisse mes entrailles de ce même feu dévorant qui semble consumer Noah. Dans un effort, je m'exhorte à dominer mon humeur dévastatrice et à conserver une voix calme. Mon attitude n'est pas agressive, je reste immobile, surveillant les sept lames qui me menacent de leurs pointes effilées.

« Nous sommes différents, je ne tenterai jamais de te faire croire le contraire. Mais pourtant, souviens-toi, tu m'as dit toi-même que nous ne l'étions pas tant que ça. Cette... déception nous a meurtri pendant des années. Nous avons changé, tous les deux.»

J'expulse le mot, déception, dans une légère grimace. Le mot est bien trop faible pour traduire l'intensité de cette blessure qui m'agresse encore aujourd'hui avec autant de douleur. J'ai sacrifié une part de mon âme pour tenter de le retrouver. Et si aujourd'hui il m'accuse de trahisons, de mensonges et de la pire des hypocrisies, est-ce l'excès de souffrance qui le pousse à le faire ? Une vague de tristesse me submerge à cette pensée. D'une main lasse, j'essuie mon front trop lourd. La culpabilité agit comme une plaie purulente qui m'élance sinistrement dès qu'on l'effleure. Il croyait encore en moi, il n'y a pas si longtemps. Il espérait même que nous puissions dissoudre cette incompréhension mutuelle en communiquant comme autrefois. En recréant New-York, comme nous l'avions vécue. Mais la chose est impossible, désormais. Et il en est lui-même responsable. J'arrache la douleur qui souille mes traits, plissant les yeux pour faire le vide.

Les mortifications ne servent à rien. Redressant la tête, je choisis d'agir. Au hasard, je me focalise sur l'un de mes assaillants, sans savoir s'il s'agit du véritable sorcier ou de l'un de ses clones. J'effectue un pas dans sa direction, cherchant les émotions au fond de ses yeux. Celles-ci sont aussi vives que s'il s'agissait d'un véritable être de chair et de sang mais je suis conscient que les pouvoirs de l’illusionniste sont féroces. C'est sans fléchir que je plonge mon regard dans le sien, à l’affût de son âme.

« Regarde moi dans les yeux et ose me dire que tu me renies définitivement. Tu me laisses une chance... mais en quoi un traître en mériterait une seule ? Si nous devons nous affronter, si nous sommes réellement des ennemis l'un pour l'autre, il n'y a aucune raison de reporter l'affrontement, même s'il est mortel. Mais avant cela, il faut que tu me répondes. Que t'a fait Morienval ? Si j'ai des raisons de m'inquiéter pour ton sort, je veux les connaître. »

Sous une brusque impulsion, mon bras se détend, rompant avec le calme que je m'acharnais à conserver jusque là. La tension nerveuse qui m'habite se relâche enfin dans ce geste aussi vif qu'adroit et qui me permet d'immobiliser l'arme de mon adversaire. Les lumières artificielles des lampadaires ne traversent pas les chimères, elles s'y reflètent de la même manière que sur les personnes tangibles. Mais si les illusions peuvent troubler mes cinq sens, une telle opération ne pourrait perdurer sur le long terme. J'ignore où se trouve le véritable Noah mais ce n'est pas celui que j'empoigne. Son image s'est troublée imperceptiblement lorsque je l'ai effleuré et je me retourne brusquement vers ses frères, toujours armés. Je ne peux prendre le risque de le laisser dominer l'échange et prendre l'avantage. Mon but est de le débusquer parmi ses chimères et de le désarmer. Dans un mouvement fluide, je fauche les jambes d'une seconde silhouette, harassé par ce manque de vitalité qui me devient une véritable torture. La douleur est plus forte que la raison et les effluves énergétiques du sorcier sont si attirantes. Peut-être est-ce l'instinct maudit qui m'anime. Une sorte de sixième sens qui surpasse les illusions. A moins qu'il ne s'agisse que du plus pur des hasard. La faim me guide et dans un geste qui me surprend, ma poigne se referme sur une épaule tangible tandis que l'énergie en est arrachée, dans un rapt aussi délicieux qu'imprévu.


 



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MessageSujet: Re: Now at last the end has come || Cassidy   Mar 4 Juil - 1:11


L'énergie, son énergie, était revenue pulser par flots vifs dans son sang. A chaque battement de paupières, il pouvait la sentir. Bien présente. Entêtante. Bouillonnante. Elle traversait chacune de ses cellules en emportant tout sur son passage, se mêlant à la rage, se mêlant à la douleur. Se mêlant à cette déception toujours plus grande qui l'emportait déjà comme un raz de marée. Mais elle était toujours là. Elle lui était revenue.
Il n'avait pas fallu longtemps pour qu'il s'en serve, non. Pas assez longtemps pour que Cassidy puisse tenter quoi que ce soit, quand bien même elle était revenue avec suffisamment de vigueur et d'ardeur pour troubler momentanément le sorcier. Ce n'était que justice, au final, qu'il s'en serve contre lui. Après tout l'ancien taulard n'avait jamais fait que se servir de ses propres pouvoirs pour l'immobiliser depuis leur dernière entrevue. Le menacer ainsi, talonné par ses six homoncules, ce n'était que justice. Un juste retour de bâton.

Il avait frappé juste, lui aussi, Cassidy. Il avait frappé pile là où il ne fallait pas, pile là où il n'en avait pas le droit. Il avait soulevé le nom de Morienval de sous sa pile de poussière, là où Noah l'avait laissé. Avait ressuscité la mémoire d'un être qui n'avait jamais eu sa place entre eux, tout en niant catégoriquement toute forme d'association avec l'Italien. Tout en détruisant au passage toute crédibilité dans le plan que Noah s'était façonné, dans son propre esprit, quant à une collaboration entre les deux hommes qui avaient su si bien détruire sa vie. Annihiler les fondations mêmes de sa théorie revenait à le gifler en pleine figure. Parce qu'elle était crédible, sa théorie. Parce qu'elle expliquait l'acharnement de Cassidy en le posant dans la position du traître, alors que son propre coeur refusait d'admettre qu'il puisse avoir raison. Alors qu'il avait cette part de lui qui comprenait qu'il puisse avoir lui aussi souffert de tous ces quiproquos, qu'il puisse lui aussi être tout aussi sincère que le sorcier quand bien même leurs réalités étaient diamétralement opposées. Un océan d'incompréhension, en vérité. Mais ça, Noah n'était pas prêt à le tolérer. Parce que ça revenait à admettre qu'ils puissent avoir eu des problèmes dans une communication qui, quelques années auparavant, était bien plus que parfaite. Un échec de plus à ajouter à une longue liste, les concernant. Un échec qui était aussi douloureux qu'intolérable.
Mais les dénégations de l'Américain avaient cette résonance si particulière, ce ton farouche et authentique de la vérité. Un ton que Noah connaissait parfaitement, un ton qui le fascinait lorsqu'il était retranché dans le confort de sa profession et écoutait les tergiversations de gens inintéressants au possible sur leurs penchants les plus sombres. Oui, la voix de Cassidy avait la nuance mordorée de la vérité, dans ses plus simples atours. Une radiance qui était bien plus douloureuse que s'il avait répondu positivement à sa demande, que s'il avait dit être effectivement associé à Morienval. Comment haïr un homme qui n'avait pas même réussi à vous trahir ? La main qui tenait le poignard tressaillit, une brève seconde, un éclat de sincérité que ses homoncules ne répliquèrent même pas. Parce que c'était l'homme qui réagissait. Et non pas le sorcier.

Fluctuations. Sa propre énergie tambourinait contre sa tempe, hurlant d'être libérée, malgré les saccades et les secousses qu'elle provoquait dans tout son corps. Galvanisée par un soudain élan de colère, elle s'échappa de lui par vagues toujours plus intenses alors qu'il observait Cassidy dans un silence obstiné, raffermissant ses propres bases en le voyant tenter de se concentrer. Les illusions ne cillèrent qu'à peine, une brève atténuation de leurs contours. Le Voleur n'avait plus suffisamment de forces pour absorber sa puissance. Il était donc le maître actuel du jeu. Pour autant les deux hommes savaient très bien que les forces de Noah étaient tout aussi limitées. La puissance de l'auto-persuasion avait de magnifiques répercussions sur le corps humain, mais face à un ancien Illusionniste tout aussi doué que lui, il savait qu'il ne parviendrait pas à le neutraliser de la sorte. Restait cette lame qu'il tenait entre ses doigts. Restait la pression qu'il exerçait alors qu'il s'avançait d'un pas, resserrant le cercle autour de son ancien ami. L'animosité qui se lisait dans les sept paires d'yeux avait beau être palpable, elle ne semblait pas suffisante pour arrêter ce dernier. L'injonction qui tonna dans l'air fut accueillie par sept rires goguenards et une unique réponse :

-Non.

Se dévoiler, et puis quoi encore ? Ils le savaient tous les deux, que Cassidy pouvait le briser d'un battement de cils. Qu'il suffirait qu'il le touche pour aspirer toute son énergie pour ne plus en laisser qu'une enveloppée desséchée sans la étincelle de vie. Alors se dévoiler ? Non.
Il reparla. La Vérité. Son éclat doré brilla une nouvelle fois comme une aura tout autour de lui, alors que son intonation résonnait de cette maudite vérité. Noah avait toujours su Cassidy capable du pire comme du meilleur, en matière de négociations. Mais s'il y avait quelque chose qu'il devait admettre, c'était que son ancien ami avait toujours su être sincère dans la moindre de ses paroles. Il n'était pas homme à mentir. Il n'en avait ni la force ni le courage, et avait beaucoup trop d'honneur pour se résoudre à de telles bassesses. Et cette intonation, cette maudite intonation, qui lui donna l'impression que ses jambes allaient s'effondrer sous son corps. Celle qu'au fond, hypothétiquement, il puisse n'avoir dit que ça. La Vérité. Là était toute la laideur de leur conversation. S'il s'en tenait à sa version, Noah n'avait jamais dit que la sienne, de vérité. Ils se retrouvaient dans une boucle infinie de rancoeur de laquelle ils ne parviendraient jamais à s'extraire, tout simplement parce qu'ils avaient bien trop d'amour-propre pour entendre qu'ils puissent avoir deux versions complémentaires. Deux faces de la même pièce.

-Donc tu estimes que ma version n'est pas ce que tu clames qu'est la tienne ? La vérité ? Es-tu à ce point aveuglé par ta propre personne que tu en nies l'effet de tes propres décisions ?

Le sifflement avait échappé des sept mâchoires serrées. Serrées par une vague d'indignation qui avait pris le sorcier avec autant de vigueur que la recrudescence de ses pouvoirs. Qui le tenaillait avec tellement d'ardeur qu'il avait resserré le couteau entre ses doigts, et qu'il plantait un regard ardent, furieux, dans les prunelles claires de son ancien partenaire.  
Puis vint la douche froide. Les illusions vacillèrent une nouvelle fois, des fluctuations tout juste visibles à l'oeil nu, alors qu'il reculait d'un pas. Les yeux écarquillés, il marqua un temps d'arrêt. Cassidy réutilisait ses propres paroles contre lui. Cassidy touchait une nouvelle fois directement dans les entrailles, les rapprochant pour mieux les séparer dans son argument. Etait-ce là une méthode de déstabilisation dont il usait et abusait dans ses négociations malhonnêtes ? Etait-ce là juste un argument pour repérer le sorcier de ses illusions, en s'improvisant sincère juste le temps d'un battement de cils ? Parce que ça marchait. Parce que Noah s'était retrouvé à court d'arguments, pour la simple et bonne raison que cette fois-ci il ne pouvait qu'approuver. Pour la première fois depuis leurs entrevues, il ne pouvait qu'approuver. Ils étaient différents, tout en étant similaires. Ils étaient meurtris tout en étant légitimement furieux. Ils étaient éloignés par le hasard et reliés par la colère. Ce n'était pas la neige qui avait créé ce gouffre entre eux. C'était eux-mêmes.
Un soupir silencieux s'échappa de ses lèvres alors que le psychiatre se trouvait pris à son propre jeu. Alors que son coeur s'était effondré dans son estomac, alors qu'un filet de sueur glaciale courait le long de son dos. Sa main trembla, de nouveau. Son énergie fila par vagues diffuses de son épiderme, de nouveau. Le visage de Cassidy était traversé d'émotions qu'il ne pouvait pas feindre, même s'il était bon comédien. Des émotions qui appelaient une partie de lui enfouie si loin dans son sein qu'il ne se souvenait même plus qu'elle existait. Une compassion et une confiance sans limites envers l'Américain. Par mimétisme, il avait porté lui aussi sa main libre à son front, imité à son tour par ses six homoncules. La connexion lui manquait tellement qu'elle en était insupportable. Cette connexion qu'il avait cherchée lors de leur première entrevue. Cette connexion qu'il avait tenté de retrouver maladroitement avec tant d'autres, tant d'autres fois, sans jamais la retrouver pleinement. Pendant un instant, il eut cette envie détestable de laisser tomber son arme pour rompre la distance, poser son front contre celui de Cassidy et d'invoquer les illusions. De laisser parler les images pour rompre la blessure des mots, et discerner entièrement le vrai du faux.
Mais il se ressaisit. Parce que plus rien de tout cela n'existait plus, à présent. Parce qu'ils étaient aussi différents qu'ils étaient séparés, dans un monde qui les avait recrachés de l'Enfer tout en en conservant l'aspect. Parce que même si cette cassure était abominable, il n'était plus possible de revenir en arrière. Son regard se durcit, en même temps que son âme. Les hypothèses refaisaient le monde. Les certitudes achevaient de le détruire.

Jusqu'à ce qu'elle revienne, la colère. Jusqu'à ce qu'elle recolore de rouge les traits anciennement affligés de son partenaire. Jusqu'à ce qu'elle trouve écho dans le regard dur de Cassidy, alors qu'il rouvrait la bouche, guettant une réponse de sa part. Si ce n'était qu'une illusion qu'il sondait, Noah pouvait sentir l'incandescence de ce regard qu'il posait dans ses yeux comme s'ils étaient les siens. Un regard inquisiteur qui n'appelait aucune autre réponse que la colère qu'il reflétait. Pourquoi lui laisser une chance ? Il aurait répondu par amitié. Par souvenir du bon temps. Par affection. Par... Mais sa réplique fut interrompue avant même d'avoir commencé par la chute de ce prénom détestable entre eux. L'homoncule que Cassidy guettait lâcha un soupir réprobateur et leva son arme dans sa direction. Répondit en lieu et place de son créateur, seul, cette fois-ci :

-En quoi serait-il légitime que je te réponde ?

Le geste partit si vite qu'il n'eut pas le temps d'accorder son illusion en fonction. La main de Cassidy se referma sur le bras du Noah illusoire. Si ses pouvoirs étaient affaiblis, il ne bénéficiait toutefois pas moins de son pouvoir de surprise. Incapable de maintenir l'illusion d'une personne de chair et d'os tout en conservant les cinq autres, le sorcier se contraignit à faire disparaître le captif du cercle. Cercle qui recula d'un pas, d'un geste commun, alors qu'une autre des illusions poursuivait la conversation. Une seule, pour brouiller les pistes. Une seule, suffisamment éloignée du sorcier pour attirer l'attention du Voleur de Rêves et s'aménager une porte de sortie.

-Que veux-tu qu'il m'ait fait qui ait la moindre importance pour toi, Cassidy ? Il m'a détruit par le passé. Tu ne le sais que trop. Il m'a coupé la tête et a dansé sur mes cendres. Penses-tu que son instinct de destruction se soit arrêté à sa précédente vie ? Qu'il soit capable de me laisser seul du moment qu'il a compris que j'étais aussi revenu ? Je ne te croyais pas si naïf.

L'homoncule eut beau railler tout son saoul, il fut rapidement fauché par une jambe furieuse. Sentant son énergie diminuer à mesure qu'il maintenait l'illusion active, le sorcier fut contraint de lâcher prise sur cet homoncule, réduisant le cercle à seulement quatre copies et lui-même. Toutes ses incarnations poussèrent un grognement contraint. Chacune des attaques de Cassidy l'impactait en pleine magie, fauchaient l'énergie pure pour mieux l'atteindre. Des gestes hasardeux et imprécis qui pourtant donnaient de grands coups sur ses propres capacités. Parce qu'il était rapide, très rapide. Bien plus rapide que les humains normaux. Et Noah n'était pas capable de suivre le mouvement, même en rassemblant toutes ses forces.
Un autre de ses clones prit la parole, à côté du précédent. Son ton montait avec la frustration d'être incapable de le maintenir suffisamment occupé mentalement pour réfléchir lui-même à une manière de s'en tirer. La colère se mêlait à la douleur, la douleur à la magie, l'Italien à l'Anglais, teintant ses paroles d'une chaleur paradoxale.

-En quoi cela te préoccupe-t-il de savoir qu'il m'arrache progressivement tout ce que je construis, comme un enfant capricieux ?

Il le vit venir, le mouvement. Il le vit venir et pourtant il ne fit rien pour l'éviter. La main de son ancien ami s'abattit sur son épaule, et il relâcha toutes ses illusions pour planter un regard glacial dans celui de son ennemi. Un regard froid et déterminé. Le regard d'un homme furieux de se faire avilir sans rien pouvoir faire. La voix sourde, l'Italien roulant sur son palais, il acheva sa lancée.

-Qu'en as-tu à faire, de savoir que je suis contraint de l'occuper pour qu'il ne tente pas de me tuer ?

Il n'en ajouta pas plus, parce qu'il n'en était pas capable. Le regard de Cassidy n'était plus celui d'un homme, mais celui d'un prédateur. Ses yeux s'étaient ternis. Et de son épaule, il sentit tout à coup son énergie vaciller et s'envoler au travers de sa main. Des flots entiers. Des flots épais, inconsistants, alors qu'il pouvait sentir le froid s'abattre à l'extrémité de ses doigts, sa peau se tendre et craqueler sous l'aspiration.
Il n'aurait pas le temps de prendre la fiole dans sa poche. Sa puissance, sa magie, le flot de sa propre vie, partaient trop vite sous la faim du Voleur. Il aurait pu le laisser l'achever. Après tout, ça ne faisait que trop longtemps qu'il errait sur cette planète. Trop longtemps qu'il subissait la violence de la vie, qu'il se sentait trop vieux pour ce monde. Trop fatigué pour lutter. Trop fatigué pour survivre.

La neige. La neige, tout autour d'eux, et pourtant ils avaient chaud. Parce qu'ils riaient, riaient aux éclats. Libres, c'était ce qu'ils étaient enfin. Libres comme l'air, libres depuis quelques minutes à peine, et pourtant ils n'avaient jamais été aussi bien. Cassidy était devant lui, lumineux. Il l'avait eue, cette impulsion étrange. Comme une bouffée de chaleur, une bouffée de tendresse paradoxale. Il l'avait eue, cette envie, alors qu'il lui rendait un sourire tout aussi radieux. Cette envie naturelle, bien trop naturelle, de l'attraper par la nuque et poser son front contre le sien. Les autres n'auraient pas compris. Il n'aurait pas compris. Son coeur battait si fort.

Son coeur battait si fort. Comme un craquement dans son esprit, alors que l'adrénaline se mit à cavaler dans ses veines, sonnant l'alarme dans tous ses systèmes. L'instinct. Bien plus rapidement qu'il ne s'en croyait capable, il attrapa la hanche de son adversaire et pivota pour raccourcir la distance déjà courte qui les séparait. Le bon sens aurait voulu qu'il s'échappe. Mais l'adrénaline le poussa à jeter une de ses jambes autour de celles de l'Américain et resserrer la clé pour le faire basculer.
Tout alla si vite. Il ne sentit qu'ils heurtaient le sol qu'au travers du corps du Voleur. Voleur qui avait cessé de puiser dans ses réserves, probablement sous le choc. Emportés par le mouvement, ils roulèrent à terre quelques secondes, la lumière blafarde des lampadaires se réverbérant par brefs éclats sur la lame du poignard auquel il se raccrochait encore. Comme si sa vie en dépendait.
Il sentit quelque chose qui s'enfonçait. Une douleur vive à son estomac, juste sous sa main. Dans le mouvement, dans le fouillis de leur étreinte, il ne comprit pas tout de suite ce qui venait de se produire. Releva sa main, toujours fermement arrimée autour du manche, et sentit une forme de résistance.
Puis quelque chose de poisseux et chaud. Une matière liquide sans l'être réellement qui recouvrit progressivement sa peau, ses doigts, sans qu'il ne réussisse à comprendre quoi. Une odeur métallique envahit l'espace.

L'odeur du sang. Puisant dans ses ressources, il repoussa le corps de l'Américain qui le recouvrait, pour découvrir avec horreur ce qu'il venait de se produire. Le poignard avait quitté ses mains pour se loger dans les entrailles de son ami. Et, à la base de la lame, une fleur rougeâtre aux accents toujours plus sombres ne cessait d'éclore sur l'abdomen de Cassidy.


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MessageSujet: Re: Now at last the end has come || Cassidy   Jeu 20 Juil - 13:57


« Bad dreams come true, I make them for you. »



 
 
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Le fluide invisible me pénètre et m’enivre, au point de m'oublier moi-même pendant quelques instants. Je ne suis plus là. Ma main s'est posée contre l'épaule du sorcier, presque par mégarde et, sitôt que je goûte sa délectable énergie, le reste du monde me devient flou. L'appétit du prédateur prend le pas sur la raison, la volonté, les émotions. Je ne suis plus qu'une carcasse vide et insensible qui vibre en se remplissant des ondes chaudes et exquises. Le voile qui couvre mes prunelles leur fait perdre toute humanité. Son parfum est une caresse pour mes sens affamés. Sa vitalité est un baume pour mon corps affaibli. Dans ma confusion, j’entends encore les rires des multiples visages de l'illusionniste qui se gausse de ma faiblesse. Qui se flatte de sa toute-puissance. Et cette impertinence comprime davantage mon cœur sous la honte et la tristesse qui m'envahissent et s'accroissent dans la tension. Mes doigts se crispent plus férocement sur ma prise. C'est ma fierté qui saigne alors qu'il se rit de mon avilissement, de cette malédiction qui m'a déchu, m'arrachant mon identité de sorcier. Mais ce sont également des sentiments profonds qui sont bafoués alors que l'objet de mon affection me trahit par son mépris. Ces pensées me transpercent douloureusement, se mêlent à ma colère, à mes propres tourments, à ce déshonneur que je n'accepte pas. Peut-être est-ce l'extrême sévérité de mon propre jugement que je crois percevoir dans ces rires. Je crois vivre un cauchemar éveillé alors que mes pires supplices ont emprunté le visage de Noah pour mieux me harceler.

Les fractions de secondes s'étirent. Je suis dans le brouillard. Chacune des bouffées d’énergie que je dérobe me remplit d'extase et me donne envie d'en ingérer davantage. Des images se forment dans ma conscience nébuleuse. Les flocons de neige dansent une farandole autour de mon propre visage illuminé par la joie. Cette vision de moi-même est si étrange. C'est un souvenir que je viens de voler. Et s'il ne m'est pas possible d'en entendre les sons, ma propre mémoire compense ce manque pour recomposer les rires perdus au sein des bourrasques venteuses. Le cauchemar prend des allures de songe, je reconstruis les échos de nos rires qui se collent aux images défilant dans mon esprit. Des rires sincères, authentiques, heureux. Des rires qui s'évadent hors de cette tempête pour la dépasser et s'élever sans aucune limite. C'est un précieux souvenir que celui là parce que les instants de bonheur aussi pur sont si rares que peu ont la chance d'y accéder. Et celui-là était motivé par une sensation de liberté prodigieuse, après des mois de douleur dans nos geôles ténébreuses, il s'agissait d'une véritable renaissance dans un monde aux possibilités infinies. Et la promesse de partager ce monde avec un frère d'âme. Un être qui m'inspirait une affection et une confiance si profonde qu'elles en étaient délicieuses à ressentir. Aussi délicieuses que ces volutes d'énergie que je dévore de plus en plus intensément. Les battements cardiaques de Noah résonnent à mes oreilles comme un roulement de tambour précédant une conclusion tragique.

« Je ne comprend pas... »

Un murmure presque inaudible s'échappe de ma gorge. Cette tonne d'incompréhension entre nous me pèse et m'emporte dans la chute alors que je suis déstabilisé par le mouvement de mon adversaire. Mes épaules heurtent durement le sol dans une exclamation étouffée et les visions des souvenirs se brouillent, me replongeant brutalement dans la réalité. La même consternation se marque sur mon visage quand je croise le regard d'un vert glacé. Ce regard partagé entre l'amertume et le ressentiment que je n'ai pu lui cacher en dépit du self-control que je m'efforce de conserver en tout temps. Je ne comprend pas comment les choses ont pu tant changer entre nous, comment un tel désastre a pu se produire. Pourquoi, alors que les souvenirs de Noah sont encore si vivaces dans son esprit ? Pourquoi, alors qu'il me suffit de plonger dans ses yeux pour les cueillir et les retrouver intacts ? Ses réparties, sous formes de questions douloureusement agressives, n'ont pas trouvé de réponses de ma part. Les homoncules qui m'encerclaient, comme autant d'ennemis rageurs, ont fini par s'évaporer les uns après les autres, jusqu'à ce que nous nous retrouvions face à face, Noah et moi. Jusqu'à ce qu'enfin, je puisse m'ancrer dans un seul regard, sans que les sifflements simultanés des illusions ne résonnent autour de moi. Nous roulons sur le parquet qui grince sous le poids de nos corps enragés.

Il ne peut exister qu'une seule version des faits : l'unique vérité. En quoi suis-je aveugle ? Il m'a reproché de nier l'effet de mes propres décisions et je n'ai pas compris ce qu'il cherchait à évoquer. Mon inconstance ? Moi qui me surinvestis dans chacun de mes objectifs, par passion et par exigence. Moi qui ait toujours été en charge de ma propre vie, qui me suis acharné à mettre en œuvre mes rêves, certain de ma direction et prêt à tous les risques pour aboutir à mes buts. Dois-je sacrifier Meadow pour m'échapper de prison et poursuivre mon objectif... Dois-je tuer le psychiatre délateur sans tenir compte de ma propre subjectivité... Jamais l'objet d'un dilemme ne m'a autant torturé. Et je ne peux qu'admettre ma contradiction, en toute honnêteté, parce qu'elle me trouble assez pour que je ne puisse le nier. Sans que je sois capable de me l'expliquer ou de poser des mots sur cette vulnérabilité qu'il éveille en moi. Je n'ai pu que lui offrir le désarroi lisible dans mes yeux.

Sans doute était-ce impossible d'éviter cet affrontement qui se déchaîne en cet instant. Quand bien même mes paroles ont touché leur cible sans que Noah ait besoin de me répondre pour que je m'en aperçoive. Le trouble dans son regard, en miroir à ma propre peine, avait offert une réponse assez éloquente. Sa souffrance n'est pas plus feinte que la mienne. Nous nous sommes sans doute autant meurtri l'un que l'autre mais l'incompréhension et la colère nous dépassent et prennent à présent toute la place. Ni la culpabilité ni les regrets ne changeront le passé. Les décisions doivent être prises, l'action doit toujours être privilégiée à la douleur de l'incertitude. Mes yeux ont retrouvé leur clarté en un éclair de lucidité, dès que je me suis rendu compte avec effroi que ma nature maudite allait faire un choix à ma place. J'allais tuer Noah, comme une proie se fait broyer par la mâchoire d'un monstre. S'il ne s'était pas dégagé, j'aurais repris conscience face à un corps inerte et délesté de toute parcelle d'énergie. La frayeur me submerge tandis que je serre les dents, mes poignes accrochées à ses bras, dans cette étreinte chaotique.

En quoi était-il légitime qu'il me réponde avec franchise ? J'ignore ce que j'espérais. Qu'il accepte de me jeter au visage son désaveu, pour me donner une raison de libérer toute ma force dans ce combat ? Ou plutôt qu'il nous débarrasse de ce carcan qui nous opprime, qu'il accepte de libérer ce pont pour que nous franchissions enfin ce gouffre qui nous sépare. Il nous faudra choisir. Je refuse la demie mesure, je l'estime totalement impossible entre nous. J'en veux pour preuve la fougue qui anime notre lutte ! Lorsque je me cabre dans un sursaut, la douleur qui me perfore l'abdomen me parait presque irréelle sous le feu de l'action.

« Je sais que tu ne m'as jamais renié. »

Je le devine dans les pensées que je lui dérobe, dans ce surnom qu'il a choisi de s'approprier, dans cette peine qui habille chacun de ses mots. La douleur rend ma voix plus rauque, plus sourde, mais je n'y prend pas garde sous la fièvre de l’adrénaline. Les paroles nimbées du chaud accent italien tempêtent dans mon esprit. Je connais le passé de Noah, je sais à quel point les actions de Morienval l'ont détruit. Dans cette cellule sombre, mon front contre le sien, je me promenais dans les ruelles de Rome aux cotés de personnages ayant vécu plus de sept siècles en arrière. J'ai aperçu le reflet du visage juvénile du prêtre dans les miroirs polis. J'ai entendu les souvenirs de conversations secrètes, de complots effrayants mais aussi de l'espoir et des amitiés brisées. J'ai été témoin de la douleur face à la cruauté de la mort. Des cris de regrets, de colère. Et à présent, j’apprends que la haine a survécu au delà de Darkness Fall, au delà des siècles et du temps, aussi vivace que les corps surnaturels des mages noirs. Les notes plus douces et tout aussi teintées de désenchantement dans la voix de Noah ne cessent de me hanter. Mais si les tonalités montantes de chacun de ses clones sont à présent évanouis dans le néant, elles continuent à me meurtrir. Ses derniers blâmes m'ont perforés comme autant de flèches décochées dans le cœur. Le tumulte de mes pensées me fait relâcher un soupir, alors que mon corps tremble, soudain agressé par la douleur physique qui monte en puissance. Ma chair se déchire un peu plus, quelque chose s'enfonce trop profondément dans mes entrailles.

« Tu... tu vis dans la méfiance depuis trop longtemps.»

Dans la déception. Dans la douleur de la trahison. Si sept siècles n'ont pas suffit à tempérer l'instinct d'un bourreau envers sa proie, il doit paraître naïf en effet de croire encore en quoi que ce soit. Mon corps s’affaisse, trop lourd contre le sien, alors que la force dans mes bras s'épuise et que mes doigts crispés le relâchent. Le rappel de cette lame qui ne cessait de briller dans les mains des illusions s'impose à moi, alors que l'odeur de mon propre sang devient évidente. Il m'a poignardé... La stupeur s'imprime dans mes prunelles avant qu'un sourire cynique ne s'esquisse sur mon visage. Est-ce un coup funeste du destin ? Il semble qu'il refuse de me laisser l'occasion de changer le passé. Ainsi, je ne serais pour Noah qu'un traître de plus sur le chemin de sa si longue existence. Un ennemi qu'il a choisi de tuer pour se libérer des chaînes du passé. Il a tenu parole en m'agressant, je n'ai aucune raison de lui en vouloir. « Chacun son tour, après tout. » Qu'il ne croit pas que je vais abandonner pour autant. C'est sans doute encore une fois mon obstination qui m'offre le souffle nécessaire. La détermination à ne pas lâcher prise. La volonté de poursuivre inlassablement mes buts, quels que soient les obstacles. On ne se résigne pas aux coups du sort, on se relève et on continue la lutte.

« J'ignorais que Morienval te menaçait. Je suis venu pour te parler... pour tenter de comprendre... Peut-être suis-je naïf, comme tu dis...  »

Sous son impulsion, mon corps ne lutte pas et se laisse repousser pour échouer sur le tapis luxueux qui recouvre le parquet. La sueur froide s'écoule contre mon échine. Lorsque je croise le regard de Noah, c'est pour découvrir une expression horrifiée sur son visage. Avec effort, je prend appui contre mes avant bras, baissant les yeux sur le couteau, enfoncé dans ma chair. Le sang trop sombre imbibe ma chemise avec de plus en plus d'ampleur dans une hémorragie abondante et régulière. Mon visage a perdu ses couleurs, ma respiration est plus courte mais je ne veux pas perdre conscience et je m'acharne à tenir bon. Dans une grimace, ma main tremblante empoigne le manche de l'arme et je l'en extrait sans hésitation, dans un grondement étouffé. Sous l'effort, mon dos retombe contre le sol dans un soupir épuisé et mes paupières se ferment, tandis que j'essaie de reprendre mon souffle, me mordant les lèvres sous la douleur extrême qui m'assaille. Le couteau freinait l'écoulement du flux du sang mais en l'ôtant, les saignements s'intensifient, me faisant presque défaillir. Je suis pourtant obligé de faire confiance à ma capacité de cicatrisation surnaturelle, c'est la seule possibilité pour que je m'en sorte. La lame glisse de mes doigts ensanglantés et retombe à mes cotés. Si Noah cherche à m'achever, je serai incapable de me défendre en ce moment. Les forces me manquent. Mes yeux s'ouvrent pour chercher son regard.

« Tu te trompes... ça a de l'importance pour moi. Tu en as toujours eu. Ce qui te touche, ce qui te blesse... me préoccupe. J'ai sacrifié ma vie... pour tenter de te retrouver... » Mes sourcils se haussent dans un infime rictus alors que ma main tachée de ce sang noir et visqueux se redresse faiblement. Avant que mon bras ne retombe, éreinté par cet ultime effort. Ne voit-il pas ce que je suis devenu ? Le symbole de ma malédiction souille le sol de son bureau alors que le liquide sombre forme une flaque dans laquelle je baigne. Je ne suis pas assez puissant pour me régénérer facilement, la blessure est trop sévère. Pourtant, je dois continuer de parler et je lutte contre la torpeur, les mots perdant un peu de leur cohésion. Autrefois, dans l'horreur de cette prison où nous subissions les pires brimades, Noah m'a fait assez confiance pour me révéler toute sa vie, ses épreuves, ses chagrins les plus intimes. Et aujourd'hui, il pense que je n'ai conservé que de l'indifférence envers lui, fustigeant cruellement cette fraternité qu'il m'avait offerte, avec innocence. Il n'a pas mérité cette ultime souffrance. Ma voix n'a plus assez de vigueur, ce ne sont que des murmures qui s'échappent de mes lèvres, entrecoupés de pauses où je tente de reprendre mon souffle. « Je suis désolé... c'est pas une couleuvre, Meadow... désolé de pas avoir pu... te protéger. » Des taulards, de la neige, du passé, de Morienval... de moi-même. Les ténèbres me gagnent, comme si ma vision se rétrécissait de plus en plus pour ne me laisser qu'un cercle de plus en plus restreint. Mes membres ankylosés sont incapables de se mouvoir. Mais je ne vais pas mourir. Je vais juste me reposer quelques secondes dans la verte prairie que j'aperçois devant moi. Meadow. Mes murmures eux, se meurent malgré moi, jusqu'à ce que mon souffle disparaisse. Ne subsiste encore que les sons pour me raccrocher aux dernières bribes de cette vie qui s'échappe hors de moi. J’entends les battements de mon cœur devenir de plus en plus lents, de plus en plus faibles.

 



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MessageSujet: Re: Now at last the end has come || Cassidy   Jeu 20 Juil - 17:55


Le sang. Le sang qui battait, assourdissant, contre ses tempes. Le sang, qui souillait ses mains. Le sang, son odeur envahissant tous ses sens, son nez tout entier, toute la pièce. Un sang d'un noir d'encre, un sang impie, impur, qui dévalait tout autour de la lame enfoncée dans l'abdomen de Cassidy. Une fleur sombre qui croissait sur sa chemise, ses pétales toujours plus grands, toujours plus sombres. Un dahlia. Noir comme l'ébène. Noah était incapable de s'extraire de cette vision, de cette allégorie si parfaite. Si tragiquement parfaite.
Le sang, qui ne cessait de battre. Et pourtant il était tout bonnement incapable de faire le moindre mouvement, paralysé qu'il était par ce poignard ostensiblement enfoncé dans le corps de l'ancien Illusionniste. Un geste malheureux. Un geste involontaire. Et pourtant. La terreur lui coupait le souffle, lui étreignait les entrailles, le paralysaient tout entier. Par un mouvement instinctif, il avait rampé loin du Voleur d'Energie, loin de sa portée, jusqu'à ce que son dos heurte le coin de son propre bureau. La surface en bois vernis aurait pu lui apporter une once de réconfort, dans d'autres circonstances. Mais pas maintenant. Pas alors qu'il réalisait avec une horreur croissante ce qu'il venait tout juste de se produire. Pas alors que le Dahlia progressait autour de sa tige de métal, imprégnant de sa substance noirâtre toujours plus de surface sur le ventre de son ancien partenaire.

Tu vis dans la méfiance depuis trop longtemps.
La sueur coulait le long de son échine, glacée, pétrifiant d'avantage tout son corps. Cassidy avait raison. Il avait passé des siècles à se méfier. De tout. De tout le monde. Constamment sur ses gardes, de peur de se faire de nouveau trahir, de peur de se faire de nouveau tuer. Chaque jour qui passait était une énième bataille contre sa propre espèce, contre le Genre Humain. Chaque nouvelle rencontre, chaque nouvelle conversation, se chargeait immédiatement de méfiance et de scrupules. Toujours jauger les autres, pour évaluer leur capacité à le détruire. Ne jamais se laisser approcher suffisamment pour trahir sa propre histoire, pour ne pas risquer la moindre anicroche. Une vie entière à évoluer sur des charbons ardents sans jamais trouver la moindre surface plane et non dangereuse ou poser le pied. Et les rares personnes avec lesquelles il avait fini par y arriver lui avaient, sans la moindre exception, fait regretter d'avoir pu placer en eux sa confiance. Par leurs actions. Par sa propre incapacité à les croire.
Un hurlement résonna dans son esprit, un hurlement horrifié. Une voix juvénile qu'il connaissait parfaitement. Une voix qui n'était autre la sienne, seulement et purement la sienne, alors qu'il réalisait difficilement que c'était sa propre méfiance qui les avaient poussés à ça.

Il ne le voulait pas...
Il ne voulait pas ça...

Son regard suivit la main de Cassidy alors qu'elle empoignait le manche. Le bruit de succion de la lame, le mouvement sec, le flot de matière sombre et visqueuse qui s'échappa aussitôt de la plaie béante lui arrachèrent un hoquet de stupeur. Un soupir terrifié, un "Non..." choqué. Non, ne fais pas ça. Non, ne fais pas ça. Ne fais surtout pas ça. Il eut envie de se précipiter à ses côtés, cette envie affreuse de lui arracher la lame des mains pour la remettre dans la plaie et arrêter l'hémorragie, quitte à tailler dans le vif. Tout, rien, mais que ça s'arrête. Mais son propre corps refusait de réagir. La terreur avait gelé le sang dans ses veines, avait ankylosé ses muscles, paralysé ses nerfs. Comme par un caprice du destin, ses paupières refusaient de se fermer. Son regard de se détourner, quand bien même ses yeux commençaient à le brûler. La peau de Cassidy pâlissait à vue d'oeil. Ses lèvres bleuissaient à vue d'oeil, semblables à ces illusions cadavériques qu'il lui arrivait de voir quand il tentait de retrouver le sommeil. Qu'il avait vues lors de cette bien étrange soirée chez Enya. Et pourtant le temps semblait à la fois tourner au ralenti comme à une vitesse prodigieuse.

Il ignorait ce qui faisait le plus mal. La combativité de Cassidy alors qu'il se vidait de son sang, ce maudit Dahlia noir qui s'étirait toujours plus sur son abdomen, ou ses paroles entrecoupées de douleur. Des paroles qui le soufflèrent en plein vol, qui l'enfoncèrent encore d'avantage dans sa paralysie stupéfaite. Qui précipitèrent son coeur dans ses entrailles, et accentuèrent la brûlure de ses yeux. Sa gorge se noua, alors qu'une vague d'une tristesse infinie qu'il n'avait plus ressentie depuis des siècles grimpait crescendo dans tout son être. Transcendait tout le reste, annihilait tout soupçon de haine, de colère, dissipait jusqu'à la dernière fraction d'aveuglement. La sensation de se réveiller d'un cauchemar pour replonger dans un autre, il y voyait tout de même plus clair. Car dans son état, Cassidy n'avait aucune raison de mentir. Aucune.
C'était ça, c'était ça qui faisait le plus mal. Cette sincérité profonde, viscérale, que le moribond étalait avec son sang noir dans cette maudite pièce. Une sincérité qui embruma les yeux du sorcier, qui comprima son coeur dans un étau d'acier pour ne plus le relâcher. Qui le frappa en plein visage, en plein égo, en pleine âme, par sa pureté. L'Américain n'était pas homme à s'embarrasser de fausses paroles, surtout dans ce genre de circonstances, Noah le connaissait suffisamment pour être sûr de ça. S'il ne pouvait le lire dans ses yeux fermés, il pouvait l'entendre dans sa voix. Une tonalité faible mais si puissante qu'elle résonnait dans tout son corps.

Qu'elle le poussa à lutter contre ses tremblements, contre la terreur, avec violence, pour rejoindre son chevet. Pour tenter d'attraper cette main faiblement tendue dans sa direction, sans y parvenir assez vite. Ses genoux, ses mains, dérapaient sur le sang qui jonchait le sol, heurtèrent la lame du poignard dans leur passage. S'y écorchèrent alors qu'il l'empoignait par la lame pour le jeter rageusement plus loin, et se rapprocher de l'Américain. Son coeur se comprima douloureusement en le voyant si pâle. Si faible. De plus près, la plaie était impressionnante. Mais le plus impressionnant, c'était ce voile qui s'étirait progressivement sur les iris habituellement pleins de vie de Cassidy. Un voile terrifiant, un voile qu'il ne connaissait que trop bien. Ce n'était pas de confiance qu'on parlait. Ce n'était plus de haine, de colère ou d'inimitiés. Plus de trahisons. C'était de vie et de mort.
Une vie qu'il avait déjà arrachée une première fois à son comparse, il le comprenait, désormais. Il était enfin suffisamment lucide pour le comprendre. Tout comme il l'était suffisamment pour comprendre que la plaie était bien trop importante pour qu'il s'en sorte seul.

A moins que ce ne fussent ses paroles. Un chuchotis avec la puissance d'un hurlement, qui acheva la progression de la tristesse. Qui précipita ce grand vide dans lequel ils s'enfonçaient tous les deux, tant il avait la clarté vive d'un adieu. Un adieu qu'il avait déjà entendu, des siècles en arrière. Un adieu contre lequel chacune de ses fibres se défendit, tant il n'était pas prêt à l'entendre. Ses mains tremblantes se plaquèrent sur la plaie, tentant vainement d'empêcher le sang de s'en échapper.

-Arrête... Arrête...

L'odeur du sang lui tournait la tête, mais il était incapable de s'arracher à la vue de ces paupières qui se refermaient lentement. Les mains tremblantes, il attrapa la nuque, les joues, le visage de l'Américain. Tenta de le secouer pour que ses yeux sombres se rouvrent, pour les croiser de nouveau.

-Parle-moi, Cassidy, reste avec moi... Arrête ça, parle-moi...

La peau sous ses doigts refroidissait toujours plus. Le souffle de l'Américain se raccourcissait. L'impuissance. Cette même impuissance qu'il ne connaissait que trop bien. Cette même douleur qu'il avait mis des siècles à tenter d'effacer, alors qu'un Dieu trop capricieux s'amusait à lui arracher tout ce qu'il aimait. Celle qu'il aimait. Accablé, il posa son front contre celui toujours plus froid de Cassidy. La sensation lui arracha un sanglot étouffé.

-Arrête ça... Me fais pas ça... Tu n'en as pas le droit... Pas comme ça... Pas comme elle...

Pas comme elle. Fermer les yeux l'avait ramené des siècles en arrière. L'odeur du sang. La sensation d'une peau froide,
si froide, sous la sienne. Il s'était battu avec l'énergie du désespoir.
Il avait tout fait, tout ce qui était en son pouvoir, pour qu'elle vive.
Mais, trop faible pour lutter, elle avait fini par succomber.
Ses vêtements clairs ne l'étaient plus depuis longtemps,
sa chaleur n'était plus là depuis longtemps. Mais la douleur était la même. L'impuissance était la même. La belladone qui lui avait arraché sa Louve n'était après tout qu'une autre fleur empoisonnée. Comme le Dahlia.
Un sanglot douloureux s'échappa de ses lèvres alors qu'il enfonçait toujours plus son front contre celui de Cassidy. Alors qu'il enveloppait un bras autour de ses épaules pour l'attirer contre lui, alors que l'inéluctabilité de sa perte était de plus en plus évidente. La main qu'il avait pressée sur la plaie s'agita avant que ses doigts ne s'y enfoncent. La tempe collée contre la joue de son ancien ami, le sorcier ferma les yeux. Se concentra sur cette respiration bien trop faible, mais bien réelle, se concentra sur la sensation de ses doigts et des chairs déchirées tout autour d'eux.

-Reste avec moi Cassidy... J'ai besoin de toi, moi...

C'était fou. C'était désespéré. C'était égoïste. Mais ce n'était surtout pas juste. Pas juste que Cassidy meure là, dans ses bras, par sa faute, alors qu'il n'avait en réalité jamais fait que souffrir par sa propre faute. Alors qu'il était une belle âme, n'avait toujours jamais été qu'une belle âme. Alors qu'il avait sacrifié jusqu'à sa vie, jusqu'à son essence même, dans la neige. Qu'avait-il fait, lui, Noah Dalmazio ? Qu'avait-il fait pour lui, qu'avait-il fait pour le monde ? Glissant ses doigts dans la nuque humide de l'Américain, le sorcier relâcha les soupapes. Laissa toute son énergie dévaler ses veines jusqu'au bout de ses doigts, réchauffant instantanément les chairs blessées de son intensité.
Parce que Cassidy méritait de vivre. Parce que Cassidy lui manquait. Parce que Cassidy était bien plus important que tout ce qu'il aurait jamais voulu. Tout ce qu'il aurait jamais cru. Parce qu'il avait la fougue, la combativité, la droiture que Noah n'aurait jamais. Parce que malgré tout ce qu'il s'était passé, malgré tout le mal qu'ils s'étaient fait, il l'avait retrouvé. Et Noah ne comptait pas le laisser partir comme ça.

Pas alors qu'il avait autant à lui dire. Pas alors que son absence avait creusé un gouffre aussi immense, aussi douloureux, dans son existence. Pas alors qu'il l'avait déjà perdu une première fois. Pas alors que le perdre à nouveau, alors qu'ils venaient tout juste de se retrouver, serait encore plus douloureux que la mort elle-même. Peu importait qu'il y passe lui-même, tant qu'il était encore en vie. A choisir, il préférait que ce soit Cassidy qui arpente la surface de cette Terre meurtrie plutôt que lui.
Son geste était suicidaire, et il s'en fichait parfaitement. Son choix était fait. Les doigts sur la nuque de l'Américain caressèrent doucement la naissance des cheveux, alors qu'il sentait les chairs se reformer autour des autres. Son pouvoir partait si vite, si formidablement vite. Bercé par le souffle faible qu'il accueillait au creux de son oreille, il sentait tout son propre corps s'affaisser. Mais la plaie se reformait, elle. Et avec sa refonte, la chaleur revenait progressivement dans le corps de son ancien ami. Le sorcier ignorait si c'était une illusion. Si ce n'était que son esprit fatigué, le désespoir ou ses propres sens qui l'abandonnaient, qui donnaient cette impression qu'il recouvrait rapidement ses forces. Cédant à l'épuisement, il ne relâcha ni son étreinte ni sa pression sur la plaie, et s'allongea contre le flanc de l'Américain, son bras soutenant sa tête. Glissa son front contre le sien, étroitement enlacés comme avant, et laissa le flot de ses pouvoirs s'accentuer douloureusement au bout de ses doigts.
Son estomac se creusait toujours plus. La sensation du danger imminent, une sensation avec laquelle il avait vécue toute sa vie. Une sensation qu'il embrassa avec un sourire faible. On s'en foutait, du danger. On s'en foutait, de la mort. On s'en foutait du reste. Sa vie n'avait jamais été qu'une succession de morts et de déceptions. Autant qu'elle serve à quelqu'un qui saurait la rendre bien plus juste.
Bien plus belle.

Le souffle de Cassidy se faisait plus régulier sur son visage. Il réchauffait sa peau alors que le froid s'y était installé. Répondant au danger imminent, ses pouvoirs s'étaient progressivement taris. Alors, quand il sentit comme une force invisible les aspirer, de l'extrémité de ses doigts, il sut. C'était terminé.
Il n'y avait plus rien à faire. Juste se laisser emporter par le flux de la vie. Par le courant de l'existence. Par la douce embrassade de la mort. Il était prêt.

-Tu as toujours beaucoup trop compté pour moi, Cassidy Valdès... C'était de ça que je me méfiais le plus...

Son murmure se mêlait au souffle devenu plus chaud de son ancien ami. A tous les deux, ils auraient pu faire de si belles choses. Mais il était temps que la balance s'équilibre enfin, et que tout s'arrête. Que Cassidy retrouve la vie, et qu'il perde enfin la sienne.
Il rouvrit difficilement les yeux. Le visage léonin de l'Américain avait repris des couleurs, lui arrachant un léger sourire. Il n'avait plus rien à perdre, pas alors qu'il lui donnait tout ce qu'il lui restait. Seule restait cette dernière volonté, désuète, ce dernier réconfort avant de partir définitivement.
Capter la chaleur de son souffle entre ses lèvres, juste à peine, et laisser le Voleur d'Energie achever de le dévorer. Une dernière volonté qu'il s'offrit égoïstement.

Si douces.
Si chaudes.
Son coeur qui s'affolait dans sa poitrine, entre le danger et la satisfaction.
Le froid.
Si froid.
Il n'avait plus peur, désormais.

Puis vint le noir.


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MessageSujet: Re: Now at last the end has come || Cassidy   Mer 6 Sep - 12:01


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Noah & Cassidy
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Je suis désolé, Meadow. Mon corps gît, inerte, contre le sol et je ne ressens plus rien que le froid qui engourdit mes os. Loin, très loin, comme dans un songe, j’entends encore la voix douloureuse de Noah qui m'appelle. J'aimerais lui répondre et le rassurer, lui dire que ma blessure n'est pas si grave et que tout ira bien. C'est vrai, je n'ai déjà plus mal. Mais mes paupières sont si lourdes qu'elles me paraissent peser des tonnes et le souffle me manque pour prononcer quoique ce soit. Toutes ces années de lutte m'ont épuisé, bien plus que je n'ai jamais voulu l'avouer. Peut-être pourrais-je me permettre de dormir un peu, de m'abandonner quelques instants à ces ténèbres bienfaisantes. La dernière image que j'ai aperçue se dessine encore dans mon esprit : ces yeux verts qui rappellent une prairie envahie par le soleil d'été, agréable et chaleureuse. Il est si tentant de s'y reposer, de se laisser engloutir par cette vision et de céder enfin au sommeil. Un sommeil éternel. Je voulais juste me reposer un peu, je ne voulais pas abandonner la lutte, je ne voulais pas te faire ça. Je vais mourir Meadow.

Pas comme elle. Ma conscience s'étiole, mes lèvres pâles n'expulsent plus le moindre souffle et le sang  noir dessine une fleur immense contre ma chemise. Je ne suis plus là. Dans cette verte prairie, j'aperçois cette femme aux cheveux noués par un ruban, un épi de blé à la main, cette femme qui caresse son ventre arrondi d'une main bienveillante. Sans lui avoir jamais parlé, je reconnais l'accent Napolitain qui enrobe ses mots, elle prononce les prénoms de l'enfant à naître. Magda ou Lorenzaccio. Elle me fait signe de me retourner, d'un geste léger de la main. Mon cœur s'est arrêté. J'ignore si je rêve mais c'est mon propre corps ensanglanté que je vois, loin en dessous de moi, comme si je planais au dessus de moi-même. Cette vision étrange ne dure que quelques secondes et pourtant, c'est bien Noah que j'aperçois se pencher sur mon enveloppe charnelle, le front contre le mien, sa main pressée contre cette plaie béante qui déchire ma chair. Là où je me trouve, je ne connais plus la douleur ni le chagrin, mais je sais à présent que si je me laisse aller, il n'y aura plus de retour possible. Je m'en irai rejoindre ceux qui m'ont quitté et pour qui j'ai tant prié. Peut-être reverrais-je le sourire lumineux de Nadja...

Pourtant, la voix de Noah continue à me rattacher à ce monde, comme un lien invisible qui me maintient en équilibre au bord de ce tunnel. Lui aussi possède cet accent qui roule avec chaleur et qui m'évoque celui de Nadja, du clan Kalderash. Cette voix où se glissent les sanglots m’apparaît de plus en plus présente alors que ma conscience s'éveille à nouveau. Je préfère affronter la douleur que de m'abandonner au silence et au repos. Parce que la souffrance qui s'immisce dans la voix de Noah ne peut me laisser indifférent. Avec effort, je fixe mon attention sur ses mots qui me permettent de revenir à la surface et respirer à nouveau. On sait que l'on est vivant lorsque la souffrance nous fait prendre conscience de notre corps. Elle m’inonde à nouveau, incisive et cruelle, alors que je me sens déchiré de l'intérieur. Pourtant, je n'ai plus froid, l'engourdissement a disparu et pendant quelques instants, j'ai la sensation que des milliards d'aiguilles me perforent l'abdomen. Jusqu'à ce que cette afflux de douleur perde progressivement en intensité pour laisser place à une sensation de chaleur, propagée dans mes veines. L’hémorragie a cessé, les chairs se ressoudent et le bien-être remplace l'affliction. Chaque inspiration m'est difficile mais c'est l’appétit féroce qui me revient avec le plus de virulence. A peine ais-je recouvré une bribe de conscience que cette envie dévorante me submerge. Par un instinct irréfléchi, je capte la première source d'énergie à ma disposition, ce corps chaud contre le mien. Son odeur chatoyante me berce et dissipe tous mes maux, ce sont ses ondes vitales que j'inspire et qui rendent vie à mon corps si faible. Quelque chose a effleuré mes lèvres. Et lorsque j'ouvre les yeux, un visage flou m’apparaît.

C'est sur son bras que ma tête repose. Il est allongé contre mon flanc, inerte et pâle, et j'ai besoin de quelques secondes pour reconnaître l'endroit où nous gisons dans une flaque de sang noir, comme deux mourants sur un champs de bataille. Les souvenirs affluent tous en même temps dans mon esprit et mon cœur s'emballe alors que je comprend aussitôt ce qui s'est passé. Noah. Noah a déployé toutes ses forces pour m'arracher à la mort. Il m'a laissé le dévorer... C'est mon propre sang qui recouvre sa main, toujours posée contre mon ventre, et dans un frissonnement, je me rend compte que ma plaie s'est totalement refermée. Je dois me ressaisir. C'est avec précaution que je me redresse, dégageant de dessous-lui mon bras droit pour m'écarter doucement. Le front alourdi par l'inquiétude, je me penche vers lui avec épouvante pour l'examiner, cherchant à détecter s'il respire encore, tout en restant à bonne distance. Il me suffirait de le toucher pour lui arracher ses dernières bribes de vie, si je n'y prenais garde. J'ai perdu trop de sang et dans mon état actuel de faiblesse, j'ai besoin de toute ma concentration pour lutter contre mon instinct monstrueux.

Avec prudence, j'avance ma main pour effleurer sa gorge et chercher son pouls, du bout des doigts. Je retiens mon souffle, agenouillé à ses cotés. Il est faible, très faible et pourtant, ma sensibilité au toucher me permet de le détecter aisément. Noah vit. Dans un soupir de soulagement, je tente de lui offrir plus de confort en desserrant fébrilement le col de sa chemise, tout en guettant les signes de sa reprise de conscience. Mais Noah respire à peine, ses joues sont sans doute aussi pâles que les miennes, quelques minutes auparavant. En contraste, le bleu de ses veines saillantes se dessinent sur son visage. C'est avec effroi que je me rend compte qu'il m'a offert sa vie en toute connaissance de cause. Il savait ce qu'il risquait. Il était au courant de la malédiction horrible qui fait de moi un ogre affamé. Un vampire d'énergie vitale. Et pourtant, il n'a pas hésité à s'offrir à moi, dans l'état de fatigue dangereux qui était le sien. « Qu'as-tu fait, Noah... ? Je suis incapable de te rendre ton énergie... C'est toi qui vas me laisser là ? Ce n'est pas juste, bon dieu ! » La frustration m'envahit de ne pas savoir quoi faire pour l'aider, de n'avoir d'autre choix que de le regarder s'enfoncer dans les ténèbres en toute impuissance. La transfusion d'énergie est impossible dans le sens inverse, je ne suis qu'un voleur, tout juste bon à arracher des vies sans possibilité de soigner Noah, comme il l'a fait pour moi.

Un léger sourire traîne encore sur ses lèvres livides et en le voyant, une vague de tristesse me submerge. L'affection qui nous liait autrefois était toujours sincère pour lui, malgré cette rupture et ce gouffre entre nous que je croyais infranchissable. Noah n'a rien oublié. Peut-être devrais-je le gifler, le secouer pour qu'il revienne à lui ! Mais la simple idée de le brutaliser est au dessus de mes forces. J'ose à peine le toucher, de crainte de lui faire plus de mal encore. Que puis-je faire à part le ventiler, brassant l'air du plat de la main, dans l'espoir que cela le ravive. « Respire, je suis avec toi, écoute ma voix... réveille-toi... Je suis resté pour toi...» Mes tentatives me paraissent aussi tristement dérisoires qu'inutiles et c'est le front plissé d'inquiétude que je me penche vers lui pour écouter s'il respire. « C'est ta voix qui m'a ramené à la vie. Je... j'ai eu d'étranges visions. » J'ignore s'il m'entend mais je me sens si démuni que tous les moyens sont bons pour tenter de le ramener à moi, même si je dois penser tout haut et lui livrer ce que j'ai à l'esprit. Pour qu'il s'accroche à ma voix lui aussi et ne s'envole pas dans le néant. « Je crois que je vois tes rêves, c'est bizarre mais c'est comme si nos esprits endormis étaient liés... Cela m'arrive depuis ce premier soir où j'ai volé ton énergie dans ce café. » Depuis que ma malédiction m'a frappé, je n'avais jamais vécu une telle connexion, qui se prolonge au delà des contacts physiques. Plus qu'un voleur de pensées, je suis également un voleur de rêves. Et ceux de Noah sont effroyables, parce qu'ils naissent d'un esprit endeuillé par de trop profonds traumatismes. « Je connais tes cauchemars, tes pires douleurs... Et tu connais aussi les miennes. Je ne les aurais confié à personne d'autre qu'à toi. »

C'est le spectre d'Aida que j'ai rencontré dans cette verte prairie et peut-être n'était-ce que les dernières divagations d'un esprit moribond. Mais la possibilité me berce qu'il se soit agi de la véritable italienne, revenue du royaume des ombres après que Noah l'ait évoquée. Et je me plais à imaginer qu'elle m'a renvoyé à lui parce qu'elle ne souhaitait pas qu'il souffre encore une fois. Mais qu'en est-il de moi ? « Je sais ce que c'est de perdre quelqu'un, je sais... Ne m'inflige pas ça, toi non plus. » Je n'ai même pas aperçu le spectre de ma Nadja. C'est par ma faute qu'elle est morte. Jamais je n'oublierai la vision de son corps disloqué, semblable à un monstre difforme dont les yeux me suppliaient d'abréger ses souffrances. Le front de Noah est strié de veines, ses joues sont plus creuses. « Est-ce que tu m'entends ? » Je ne perçois plus son souffle. Ma paume se pose contre sa joue, si froide mais mes légers tapotements ne changent rien à l'immobilité de Noah. Et son cœur... Avec effroi, je me rend compte que je ne perçois plus ses battements. Il est en train de dépérir, asphyxié par ma faute... Alors même que je viens à peine de le retrouver, après de si longues années de recherches désespérées, écrasé par la douleur de l'imaginer seul dans le blizzard. J'avais perdu l'espoir de le retrouver vivant et à présent qu'il est bien là, existant dans le même monde que moi, je suis sur le point de le perdre à nouveau. Cela ne se peut pas.

Retrouvant les gestes que j'ai déjà eu l'occasion d'observer chez les secouristes, je déplace Noah avec précaution pour l'allonger sur le dos et défaire rapidement les autres boutons de sa chemise. Je n'ai encore jamais pratiqué de massage cardiaque mais je n'ai pas d'autre choix que d'essayer. Mes mains jointes se posent contre sa poitrine nue que je comprime plusieurs fois, à intervalle régulier. Quand ma peau touche la sienne, je suis contraint de me concentrer intensément mais il est heureux que les quelques bribes d'énergie que j'ai subtilisé à Noah m'aient été suffisantes. Le sorcier est puissant et grâce à lui, je suis suffisamment régénéré pour réussir à lutter contre cette faim qui ne me quitte jamais totalement. « Respire, Noah, respire ! » Il faut qu'il se batte pour choisir la vie ! Je n'ai pas le temps de me poser de questions ni d'hésiter. Avec anxiété, je me penche vers ses lèvres bleuies, soulevant doucement son menton pour recouvrir sa bouche de la mienne, et lui insuffler le souffle qui lui manque. Le soulagement me recouvre lorsque j'aperçois sa poitrine se soulever et je me redresse légèrement, reprenant mon souffle en le regardant expirer passivement. Encouragé, mes lèvres se posent à nouveau contre les siennes pour lui insuffler doucement de l'air. J'aperçois alors ses paupières bouger. Ses joues ont perdu cette teinte cadavérique pour retrouver un peu de leurs couleurs et je le dévisage, attentif à ses réactions, dans l'attente fiévreuse qu'il ouvre enfin les yeux.

Agenouillé sur le parquet, mes vêtements souillés de sang noir, mon regard croise enfin le sien. Ce n'est plus un songe cette fois, j'aperçois devant moi les yeux verts de Meadow, encore voilés de faiblesse. Une prairie verdoyante, illuminée par un éclat chaleureux.
 



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MessageSujet: Re: Now at last the end has come || Cassidy   Sam 30 Sep - 17:23


Froid.
Si froid.

Un froid doux, entêtant. Un froid qui progressait progressivement le long de ses doigts, le long de ses bras, le long de son corps tout entier. En fermant les yeux, il avait pu entendre la berceuse que provoquaient les battements, toujours plus lents, de son propre coeur. Un rythme qui gagnait en subtilité, qui croissait en poésie, qui entêtait ses sens déjà engourdis. Un froid pareil à une douce tempête. A un subtil chaos. Seule, sur ses lèvres, tenait encore la chaleur de celles de Cassidy. Le souffle encore tiède de son ancien ami, vecteur de ces quelques battements de coeur qu'il entendait encore.
Avant que ne sombre le noir. Que la blancheur éclatante de la neige, portée par bourrasques par une tempête silencieuse, ne se teigne d'encre.

C'était donc ça, la mort ? Ca n'était pas si terrible, au final. Ca n'était plus aussi effrayant qu'avant. Ca avait le goût du sang et du chaos, ça avait le goût des adieux et de l'inachevé. Ca avait une part de poésie mélancolique, et cette étrange étreinte du coeur alors qu'il s'enlisait dans les ténèbres. Un pincement lointain mais bien réel. Celui de n'avoir plus jamais la chance, l'opportunité même, d'achever ce qu'il aurait dû finir.
Il paraissait que les événements les plus importants d'une vie se déroulaient devant ses yeux, lorsque quelqu'un passait de l'autre côté de la barrière. En ce qui concernait Noah, il n'en était rien. Pas de moment capital. Pas de moment essentiel. Juste cette étrange mélancolie, cette tristesse sourde qui l'accompagnait à présent qu'il ne sentait plus la chaleur du corps contre le sien. A présent que ses pensées se noyaient dans son corps, et son corps dans la torpeur glacée de la mort.
Une pensée. Un éclat lumineux, une connexion synaptique. Une étincelle. Et la lumière revint, déchirant les ténèbres pour révéler le souvenir dans toute sa radieuse clarté.

La campagne romaine n'avait jamais été aussi belle. Baignant paresseusement sous les rayons d'un franc soleil d'été, les épis de blés s'étaient chargés d'or. Une femme aux longs cheveux bruns lui tournait le dos, progressant lentement à travers les plants, ses doigts tendus pour en frôler les feuilles. De nouveau cette profonde mélancolie, qui étreignit son coeur. De nouveau cette sensation d'inachevé autant que d'infini alors qu'il savait parfaitement qui était cette femme.
Qui était cet enfant, là, qui attendait son moment dans ce ventre tout arrondi qu'il aperçut alors que la femme se retournait. Mais il ne la vit pas plus longtemps. Pas alors qu'un sourire l'arrachait à sa contemplation, ramenant le soleil dans ses yeux, sur son visage. Un sourire qu'il avait fini par oublier, avec tout le reste.
Un sourire de louve.
Sa Louve.
Aida.

Elle s'était retournée, et il la revoyait enfin. Il se souvenait enfin. De ses traits allongés, de son nez pointu, de ses yeux arrondis si expressifs. De sa bouche ourlée, de cette légère fossette dans le creux des joues à chaque fois que son visage s'illuminait d'un sourire. De la façon que ses yeux suivaient le mouvement, que son corps avait de se secouer lorsqu'elle éclatait de rire. Cette étincelle de malice dans son regard si fier, si franc, alors qu'elle lançait à la cantonade :

-Amore mio, qu'est-ce que tu fabriques ?

Sa voix chargée de l'accent napolitain était toujours la même, une chaude caresse sous le soleil glacial. Mais Noah était incapable de savoir si elle venait de s'adresser à lui dans leur Italien natal, ou en Américain. Sa Louve s'était retournée, et la lumière l'enveloppait comme un linceul. D'une main pâle, elle caressa distraitement son ventre arrondi. Et reporta son regard sur son époux, qui était tombé à genoux.

-Qu'est-ce que tu fabriques, Noah ? Tu n'as rien à faire ici...

La simplicité de la remarque, la dureté de ses propos, le frappèrent en plein coeur. Une question d'une innocence feule, si dure, que le sorcier ne put rétorquer quoi que ce soit, la gorge bien trop nouée. N'avait-il réellement pas à être là, dans ce champ, avec sa Louve ? N'avait-il réellement sa place nulle part dans ce monde comme dans le précédent ? Etait-ce donc ça, ce qui se passait après la vie ? Il avait connu Darkness Falls, il avait connu l'Enfer, que pouvait-il y avoir de pire ?
Ca. Retrouver Aida pour qu'elle le chasse. Retrouver Aida pour la voir traverser le champ de blé dans sa direction, et être incapable de lui parler. Incapable de lui répondre. Incapable de nier qu'elle ait entièrement raison. Parce qu'au fond, elle ne pouvait qu'avoir raison. Il n'avait pas sa place auprès d'elle. Pas après tout ce qu'il...
La main fine de sa Louve s'était approchée de son visage, le poussant à fermer les yeux. Il sentait la caresse tiède du bout de ses doigts sur sa joue, puis de sa paume entière contre sa peau. Une main entière dans laquelle il glissa son visage, par réflexe. Par nécessité. Par instinct de survie. Il pleurait quand la main fila le long de sa nuque. Il déposa les armes quand il put enfin enrouler ses bras autour de sa taille, et glisser son visage au creux de sa hanche, caché comme tant d'autres fois entre les deux femmes de sa vie. L'un des rares endroits où il se sentait en sûreté. Suffisamment pour que le poids de siècles bien trop longs d'existence finissent par s'échapper de son corps.
Sans rien dire, Aida glissa ses doigts fins dans ses boucles brunes. Il refusait de la voir, mais il pouvait sentir son sourire. Il pouvait sentir son regard, il devinait parfaitement la douceur de son expression.

-Tu n'as rien à faire ici, caro. Je te garderais bien avec nous, mais nous savons tous les deux que ce serait une erreur.

Une erreur. Une... Erreur. Comment être ici avec elle pouvait être une erreur ? C'était tout ce pour quoi il s'était battu, ces derniers siècles. Son regard s'endurcissant, Aida secoua lentement la tête. La lumière traversait le rideau sombre de ses cheveux bruns, les illuminant de reflets roux à chacun de ses mouvements. Sa voix toujours un léger feulement, son accent Napolitain chargeant l'atmosphère d'une lointaine douceur, elle poursuivit :

-Tu te fourvoies. Tu as passé tant d'années à errer que tu en as oublié ce qu'est la vie en elle-même. Ne gâche pas ta seconde chance. Tu m'as suppliée de rester, et c'est ce que j'ai toujours fait. Dans tous tes pas, dans tous tes gestes. Dans tes erreurs et tes réussites. J'ai toujours été à tes côtés, depuis nos débuts jusqu'à nos fins. La mienne, et celle qui sera la tienne. Tu as un choix à faire, Noah. Celui de rester ici, et de regretter de n'avoir su saisir l'opportunité qui t'était donnée. Ou celui de retrouver ta mortalité, et de voir ce que l'avenir te réserve encore comme surprises.

Sa main libre, jusqu'à présent posée sur son ventre arrondi, cajolant affectueusement la vie qu'il renfermait, s'éleva dans l'air. Trancha le bleu du ciel de sa pâleur d'albâtre. Tout autour d'eux, une voix retentit. Un murmure plaintif qui crut progressivement, secouant les épis de blés, étreignant de nouveau le coeur du sorcier par la douleur qui en émanait.
Cassidy. Le sourire d'Aida se teinta de tristesse, et elle leva les yeux vers le ciel, vers les nuages qui portaient la détresse de l'ancien bagnard. Des suppliques que les deux Italiens ne connaissaient que trop. Des suppliques qui provoquèrent une vive douleur, violente, un coup brusque, dans la poitrine de Noah. Faiblement, il tenta de se redresser, son regard suivant celui de sa compagne. Cherchant vainement l'origine de la voix, le sens de ses paroles.

-Te souviens-tu, Noah ? J'ai entendu les mêmes mots, les mêmes phrases. La même détresse, les mêmes négociations. Te souviens-tu de ce que ça fait ? Ne crois-tu pas qu'il est temps de rompre la boucle une bonne fois pour toutes ?

Ses doigts se mêlèrent à ceux d'Aida, sans qu'il ne soit capable de baisser les yeux sur son visage. Parce qu'elle avait raison, comme toujours. Parce que même dans l'après vie, elle savait parfaitement discerner les bonnes réponses aux interrogations les plus critiques. Elle avait toujours été dotée d'une clarté incroyable. C'était une des raisons pour lesquelles il l'avait autant aimée.
C'était une des raisons pour lesquelles il n'arrivait pas à lui faire face. Pour lesquelles des larmes amères roulaient encore sur ses joues, alors qu'elle restait résolument silencieuse. Alors que la voix de Cassidy leur parvenait de nouveau, en écho, portée par une bourrasque de vent frais qui fit vibrer les épis de blé autour d'eux.
Une nouvelle supplique. Aida avait déjà fait son choix, en ce qui le concernait. Celui de l'aider à prendre une décision. Et leur monde se teintait de gris, et le paysage se muait doucement sous une tempête de neige qui croissait toujours plus autour d'eux.
Il l'entendit sourire plus qu'il ne la vit, alors qu'elle posait leurs doigts entremêlés sur son coeur. Qu'elle se rapprochait de lui et se hissait sur la pointe des pieds. Son ventre arrondi effleura l'abdomen de son mari lorsqu'elle lui vola un baiser, doux comme un naufrage.

-Ne crois-tu pas qu'il serait temps d'arrêter de fuir pour commencer à vivre, Meadow ?

Un coup sourd, dans sa poitrine, juste sous leurs doigts. Aida s'illumina d'un sourire solaire.

-Je vois que tu as fait ton choix.

Il n'eut pas le temps d'envelopper ses bras autour de sa femme. Pas alors qu'elle le poussait brusquement. Son centre de gravité déboussolé, il se sentit partir à la renverse. Jusqu'à ce que quelque chose le tire en arrière, un quelque chose d'une force inouïe, qui l'entraîna à sa suite dans les ténèbres. La dernière chose qu'il vit fut Aida, ses doigts enroulés autour d'un épi de blé, qui attrapait sa lourde jupe en lin pour danser sous la tempête de neige.

Ils avaient toujours adoré ça, la neige.


..

Un coup. La sensation que ses côtes pourraient se briser sous l'intensité.

..

Un coup. Quelque chose de doux, satiné, contre ses lèvres, jusqu'à ce qu'une bouffée d'air chaud dévale le long de sa gorge vers ses poumons.

..

Un coup. Un sifflement à ses oreilles, sourd, atroce, avant que tout son système ne se remette brusquement en marche. La lutte. Un corps tout entier, engourdi, qui panique sans plus savoir comment fonctionner correctement. Respirer d'abord ou pomper le sang ?

..

Un coup.
Vivre.
Vivre.
Vivre.

..

La chaleur semblait mettre une lenteur infinie à regagner tout son corps. Ce n'était pas tant la chaleur qui mettait du temps, mais bien tout son être qui semblait revenir d'un sommeil bien trop lourd, et ne parvenait pas encore à réaliser qu'il était temps de s'éveiller. Chacun de ses membres était engourdi, sa respiration était difficile. Ouvrir les paupières l'était tout autant. La semi-pénombre, malgré la lumière qu'il apercevait à travers sa peau, était confortable. Rassurante. Elle semblait être le tout dernier écran de protection qui le séparait d'un monde trop brutal, ce même monde duquel il aait presque réussi à s'échapper. Celui d'où il revenait, lui, était bien trop doux. Ce monde là ne voulait pas plus de lui que le précédent. Mais celui dans lequel il revenait progressivement l'avait rappelé.
Et si Noah ignorait si les paroles qu'il avait cru entendre de Cassidy étaient réelles, il savait que leur intensité, elle, l'était.
Des paroles pour lesquelles il valait bien de souffrir un réveil difficile, juste pour savoir. Il crut entendre le rire légèrement éraillé de sa Louve, à cette pensée. Qu'elle ait été un mirage ou bien réelle ne comptait pas. Elle n'en restait pas moins toujours présente, plus ou moins, à ses côtés.

La sensation de lutter contre son propre corps. Chaque sens lui revenait progressivement, et il se sentit étrangement conscient de tout ce qui l'entourait. La surface dure, solide, du sol dans lequel son corps s'enfonçait. La douleur qui vrillait chacun de ses muscles, les enveloppant dans une fraîcheur abominable. L'odeur âcre, métallique, du sang tout autour d'eux. Le goût de la mort sur son palais. Seule la vision s'entêtait à ne rien lui révéler d'autre que quelques éclats de lumière, tamisée par le voile de ses paupières. Au terme d'un combat infini contre lui-même, son coeur battant douloureusement contre sa cage thoracique, si douloureusement qu'il lui en donnait la nausée, il finit par ouvrir les yeux. Difficilement. Lentement. Ses cils trop long le gênaient, la douleur embrumait sa vision, mais il vit finalement. Et croisa un regard sombre, rongé par l'inquiétude, qui sembla s'illuminer à ce simple geste.

Cassidy.
Il avait donc réussi.

Sa respiration s'accéléra en même temps que les battements de coeur, alors que le sorcier puisait dans ses ressources pour bouger. Pour tenter de se redresser. Une bien vaine bataille, en considérant qu'aucun de ses membres ne semblait réagir et qu'il fut tout juste capable de lever la pointe de son index. Se concentrant, il tenta un léger sourire, en réponse à celui, soulagé, de son ancien ami. L'expression de Cassidy était si belle. Si... humainement simple. Une expression qu'il aurait voulu avoir, à deux reprises. Qui était si formidable qu'elle relâcha les larmes d'épuisement qu'il tentait de retenir.
Il voulut tendre la main vers son ami. Le rassurer. Lui dire que tout irait bien, qu'il était là. Qu'il était revenu. Qu'il était heureux, si prodigieusement heureux de le voir sain et sauf. Mais sa main ne se souleva que de quelques centimètres au-dessus du sol pour s'effondrer de nouveau sur le plancher. La respiration sifflante, il tenta de dénouer sa gorge pour s'exprimer. Sa voix s'éteignit presque aussitôt, s'achevant sur un murmure contraint :

-Tu... vis...

S'exprimer lui demandait des efforts bien trop colossaux, bien au-delà de ce que l'épuisement de tout son corps lui permettait. Bien trop, considérant que son coeur s'emballait dans sa poitrine, chaotique, partagé entre la joie indicible de le voir bien vivant en face de lui, l'envie de le serrer dans ses bras, et le combat constant pour maintenir tout son corps à flot. Il surnageait, dans son propre corps. Se noyait, dans son propre corps. Ses poumons épuisés l'empêchaient de communiquer, et il décida de se concentrer pour apaiser sa respiration. Elle était une priorité.
L'afflux d'oxygène lui faisait tourner la tête, le poussant à fermer les yeux juste quelques secondes. Des secondes qui se muèrent en minutes, avant qu'il ne reprenne de nouveau conscience. Qu'il ne puisse reposer de nouveau les yeux dans ceux de Cassidy, s'y accrochant comme s'ils pouvaient le sauver. Mais le pouvaient-ils ?

-... Comment... Te sens-tu ?

Il avait l'air tellement plus vivant que lorsqu'il avait basculé dans les ténèbres. Les couleurs étaient revenues sur son visage léonin, ses yeux avaient regagné cette lueur vivace qu'il leur avait toujours connue. Une vague de soulagement parcourut ses muscles épuisés, les nappant d'une chaleur douce. Insuffisante, toutefois, pour le réchauffer entièrement. Le sorcier grelotta.

-...J'ai... Si froid...

Epuisé. Il était si épuisé. Un épuisement physique qui l'empêchait tout autant de communiquer que de se déplacer ou de se mouvoir. Un accablement si intense qu'il en devenait frustrant. Impossible de faire le moindre geste ou d'émettre la moindre phrase construite. Le seul avantage de sa torpeur était que ses pensées semblaient s'être éteintes temporairement. Seul subsistait le sentiment qu'elles étaient bien trop teintées de douleur, de rancoeur et de chaos pour l'instant présent. Elles reviendraient, il le savait bien. Mais la douce candeur provoquée par l'épuisement, ce calme olympien paradoxal qui régnait sous son crâne, étaient particulièrement reposants.

Un nouveau frisson. Rassemblant ses forces, il posa ses mains à plat et tenta de se redresser, sans succès. Noah grimaça, et son regard coula du visage de Cassidy vers un plaid soigneusement plié posé sur l'accoudoir de l'un des fauteuils avant de revenir se poser dans les yeux de son ancien ami, dans une prière silencieuse. Il était gelé jusqu'aux os. Et s'il aurait même accepté l'étreinte de l'ancien bagnard pour recouvrir un semblant de chaleur, il n'allait pas lui imposer ses besoins, encore moins compte tenu des événements récents. L'Américain lui avait déjà sauvé la vie. Le plaid devrait suffire.

Les événements récents... Sa gorge déjà sèche se noua d'avantage, alors qu'un goût de bile se mêlait à celui du sang, sur son palais. C'était de sa faute, si tout cela s'était produit. Purement et simplement de sa faute. Et si Aida lui avait fait entendre quelques bribes des confessions douloureuses de son ancien ami, il n'avait aucune idée de leur portée. Restait que toute cette situation, c'était lui qui l'avait provoquée. Un état de faits dont il était douloureusement conscient, malgré la douce torpeur que l'épuisement faisait planer sur ses pensées.
Alors il chuchota, faute de pouvoir mieux faire. Espéra que Cassidy l'entendre, sans en être certain.

-... Je te demande pardon.

Pardon. Pardon pour tout. Pardon pour rien. Ce n'était pas des excuses, c'était une requête. Et s'il connaissait son ami suffisamment droit pour accepter des excuses, il n'était pas certain qu'il parvienne à le pardonner entièrement.
Pardon. Juste une trève, juste ce soir, suffirait en ce qui le concernait. Parce qu'il n'avait plus envie de se battre contre cet homme, ce soir. Parce que Cassidy était plus important que la vie elle-même, il venait de le comprendre. Difficilement. Douloureusement, certes. Mais pleinement.

-... M'accorderais-tu une trêve... ?

Juste une. Juste ce soir. Il serait prêt, si besoin, les jours qui viendraient. Il ne le souhaitait plus du tout, mais si c'était ce que Cassidy désirait, il l'accepterait. Parce qu'il était important. Il avait toujours été trop important.


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MessageSujet: Re: Now at last the end has come || Cassidy   Mer 4 Oct - 16:37


« Bad dreams come true, I make them for you. »



 
 
Noah & Cassidy
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Le soulagement qui me submerge dissipe tout le reste pendant ces instants d'une rare félicité où rien d'autre n'a d'importance. Rien d'autre que ce bonheur de contempler l'étincelle de vie dans ses yeux brillants, ce bonheur pur qui étire mes lèvres dans un sourire spontané. Je mesure alors l'intensité de l'angoisse qui était la mienne à l'idée que les yeux de Meadow se ferment pour toujours et que la mort m'arrache encore une fois un être cher. Le drame qui vient de se jouer me laisse bouleversé au point que des tremblements d'émotion me secouent légèrement, comme un éclat de rire ou un sanglot réprimé. Dépassé par mes propres ressentis, je ne peux rien faire d'autre que de m'y laisser engloutir, profitant simplement de ce sourire faible mais bien réel qu'il me renvoie. Je ne suis pas homme à pleurer facilement et pourtant, c'est bien la brûlure de larmes qui me montent aux yeux lorsque je perçois ses murmures. La faiblesse le cloue au sol, il est à peine capable d'articuler de faibles sons et ses premiers mots me touchent plus que je ne saurais le dire. Dans un rire étranglé, ma main se pose avec chaleur sur la sienne, qui peine tant à se dresser.

« Oui, je suis bien vivant, et toi aussi, par la grâce de dieu... »

J'ignore si ce drame que nous venons de vivre est un dessein de dieu, les voies du seigneur sont impénétrables dit-on. Mais pendant que je contemple le visage pâle de Noah dont les yeux se ferment à nouveau, je suis frappé par l'évidence. Je me sens prêt à tout pour protéger la vie de cet homme. Rien ne pourrait m'être plus clair que cette certitude, ce besoin viscéral de l'écarter de toute souffrance, de tout risque qui pourrait mettre sa vie en péril. Car s'il disparaissait, ce serait à nouveau une part de moi-même qui disparaîtrait avec lui. N'était-il pas mon frère d'âme ? Je l'ai toujours considéré comme tel depuis ces instants de grâce que nous avons partagé dans les geôles si glauques de la prison. Peut-être dieu nous a-t-il mis à l'épreuve en nous infligeant ces tortures pour nous forcer à faire un choix entre la colère et l'attachement qui nous lie. Et si je ne sais plus où en est ma foi aujourd'hui, cet événement, aussi cruel soit-il, m'a ouvert les yeux. Jamais je ne pourrais considérer Noah comme un ennemi, quoiqu'il fasse et quoiqu'il devienne.

Le couvant du regard, je surveille sa respiration régulière, au cours de ces quelques minutes de silence où je tente d'ordonner mes pensées bien trop chaotiques. Le sang macule nos mains jointes et je m'écarte légèrement lorsque nos regards se rencontrent une nouvelle fois, pour une question qui me laisse tout aussi démuni qu'émotionné. Ses premières préoccupations sont touchantes, alors qu'il vient lui-même de frôler la mort de près. J'ignore comment je me sens. Il y a un moment à peine, j'étais engagé dans une querelle fratricide où la colère me rendait fou de douleur et de rage. Je me suis retrouvé au seuil de la mort, résigné à y plonger, à abandonner la lutte et ce monde corrompu pour toujours. La douleur de ce coup de poignard n'était rien en comparaison de l'angoisse que j'ai lue dans les yeux de Meadow au moment où il m'a porté ce coup fatal. C'est sa voix qui m'a ramené à la vie, portée par sa magie et cette énergie multiséculaire qui vibre à présent en moi. Cette énergie dont il m'a fait cadeau au péril de sa vie. J'ai encore le goût de ses lèvres sur les miennes, de cette urgence de lui offrir le souffle vital et cette sensation m'inspire à présent des idées confuses et inavouées. Les émotions les plus violentes se bousculent, me rendent profondément troublé alors que je secoue doucement la tête dans un sourire désemparé. Je me sens reconnaissant de cette chance inouïe de le voir bien vivant devant moi. Je me sens bouleversé et perdu à la fois, le visage penché vers la cause de ma damnation, vers cet homme qui m'a poignardé, cet homme qui vient de m'offrir sa vie. Je me sens secoué par l'angoisse de l'avoir vu mourant, écœuré de ma propre monstruosité, choqué d'avoir envisagé ne serait-ce que quelques secondes de le mettre à mort.

« Je... ça va... ça va très bien. Tu as accompli un miracle.»

A ces mots, mon regard se porte sur ma chemise ensanglantée. C'est pourtant vrai. Sous la déchirure du tissu, ma peau est désormais indemne de toute blessure, celle-ci s'est totalement refermée grâce au don surnaturel du guérisseur. Un déploiement de magie aussi considérable aurait raison du plus coriace des sorciers, sans compter le rapt cruel d'énergie que je lui ai arrachée dans mon inconscience. Mon égarement ne m'empêche pas de saisir la demande muette de mon ami, harassé de fatigue et tremblant de froid. Captant son regard, je remarque alors la couverture de laine qu'il me désigne mais, au moment où je vais me redresser pour la lui chercher, un chuchotement me retient. Il est trop difficile de m'arracher à ces yeux verts, accrochés aux miens. Les mots me manquent pour lui répondre tandis que je le dévisage, durant ces quelques secondes de battement où l'émotion me serre le cœur. Je ne sais que dire à cette demande qui me désarme par sa sincérité, par toute la douleur qu'elle contient et qu'elle réveille également en moi. C'est la gorge nouée que je me contente de hocher la tête sobrement, sans le quitter des yeux. Le pardon est un cadeau que j'offre rarement mais je me surprend à désirer y réussir, à vouloir sincèrement arracher de mon cœur cette tonne de ressentiment qui le broie depuis trop longtemps. Doucement, mon bras se glisse sous ses épaules pour l'aider à quitter ce sol froid où il gît, quand son propre corps est devenu trop lourd pour ses faibles forces. Mais lorsque que je l'enlace, l'envie de l'étreindre me dépasse.

« Au point où nous en sommes, une trêve me parait justifiée... »

La chaleur d'un sourire tempère ma voix trop sourde. Comment pourrais je faire autrement que d'accepter sa requête ? Je suis pour l'instant totalement incapable d'envisager la suite, mes pensées sont trop confuses pour me permettre de réfléchir. Les liens que le psychiatre tisse avec le gouvernement ne m'intéressent plus et je n'ai aucune envie d'y penser. La seule chose qui m'importe, c'est que son cœur bat et que chacun de ses battements m'inspire une sensation d'intense soulagement et de joie diffuse. Mes bras se referment sur lui quand je l'attire contre moi, m'abandonnant à cette envie trop longtemps refoulée avec une spontanéité que je ne réprime plus. J'avais cru l'avoir perdu pour toujours dans cette tempête de neige et ces retrouvailles dans ce vieux café m'ont laissé un souvenir des plus amers alors que le bonheur de le revoir en vie avait été soufflé par la rancœur.

Cette fois, agenouillé sur ce parquet souillé de sang noir, plus rien ne me retient de l'étreindre avec chaleur, fermant les yeux, le visage enfoui dans sa chevelure. Je ne redresse la tête que pour mieux poser mon front contre le sien, oubliant l'horreur de notre fracture dans ce mouvement si naturel. C'est sans y réfléchir que j'embrasse la naissance de ses cheveux, pressé d'exprimer l'affection profonde que je ressens pour lui et qui accélère les battements de mon cœur. Les coups de poings dont je l'ai meurtri m'ont infligé de cruels regrets que j'ai tenté d'occulter sans y parvenir. Je suis pourtant peu enclin à la culpabilité face à ma violence, mais tout ce qui touche Noah me blesse, bien déraisonnablement. Mais sans doute suis-je trop las pour écouter ma raison en ce moment, celle qui me dicte de m'écarter de lui, ne serait-ce que pour ramasser ce plaid ou peut-être allumer un feu dans la cheminée... Je voudrais le garder contre moi encore un instant, juste un instant, sentir son corps bien vivant se réchauffer progressivement entre mes bras, percevoir le souffle de sa respiration contre mon cou, savourer son existence concrète après tant d'années de recherches. Mais la réalité revient pourtant frapper ma conscience, et me pousse à écarter mon front du sien, rompant à regret ces trop brefs instants de proximité. Mes paupières restent closes pour mieux reprendre mes esprits et éviter d'affronter son regard dans l'immédiat. J'ignore ce que j'y lirais, tout comme j'ignore ce que le mien lui renverrait. Dans une dernière étreinte contre ses épaules, mes mains retombent doucement.

« Je vais t'aider à rejoindre le fauteuil... ensuite je partirai.»

Jamais je ne pourrais m'en aller en l'abandonnant sur ce sol froid, pas sans être sûr qu'il va bien. Mais je n'ai pas le droit de céder à mes émotions ou à mes envies, aussi sincères et profondes soient-elles et, dans les circonstances actuelles, la raison doit être plus forte que le reste. Je dois partir. Noah avait sans doute raison, j'aurais dû m'en aller quand il m'en a donné l'occasion, partir pour ne plus jamais revenir. Cela nous aurait épargné ce combat sanglant où nous avons manqué de nous entre-tuer. Chose que nous sommes visiblement incapables de faire, l'un comme l'autre. La seule chose raisonnable à faire est donc de prendre mes distances. Non pas que j'aie l'intention de me désintéresser de son sort, cela me serait impossible, je dois bien me l'avouer. Le moment serait mal venu de le harceler de questions concernant Morienval et je n'ai moi-même pas la moindre envie de songer à ce type. Pourtant, si le danger auquel Noah est exposé est bien réel et qu'il subit la pression menaçante du gouvernement, je ne compte aucunement l'oublier. Lorsque je le contemple à nouveau, la gravité de mon regard n'efface qu'en partie le trouble qui l’imprègne, mes iris vacillent un peu, chargés d'eau salée comme une mer agitée.

Joignant le geste à la parole, mon bras se glisse sous les siens pour nous relever en douceur pendant que je le soutiens solidement. Nous n'avons que quelques pas à faire où je prend soin de le guider vers le fauteuil qu'il m'avait désigné du regard. Ce n'est qu'une fois installé que je me détache de lui, lui laissant le soin de se couvrir du plaid, désormais à sa portée. La fatigue de Noah est tangible, il est exténué et bien que j'aimerais rester là, à surveiller son sommeil, je sais hélas que ma place n'est pas ici.

« Dors à présent, et ne pense plus à rien. Je n'oublierai pas ce que tu m'as appris et j'agirai en conséquence.»

Une enquête sur Morienval sera nécessaire mais il n'a pas besoin d'entendre parler de cela pour l'instant. Le repos est l'unique chose qui l'aidera à se remettre, à l'abri de toute crainte. Ma présence ne lui apportera rien de plus et je ne souhaite pas l'inquiéter, surtout pas par le coté obscur et menaçant que ma damnation représente toujours. Observant sa respiration régulière, je m'assure que le danger d'asphyxie est écarté et qu'il ne risque plus rien. A moins que je ne me cherche des excuses pour rester quelques minutes supplémentaires auprès de lui... J'ignore ce qui se passera demain, j'ignore si le gouffre qui a été créé entre nous pourra jamais être résorbé. J'ignore si nous pourrons dépasser toutes ces années de peine, de frustration et de rancœur, qui nous ont brisés, lui comme moi. Mais je n'ai pas le cœur à l'accabler de douloureuses interrogations alors qu'il n'a besoin que du réconfort d'un fauteuil confortable et de l'oubli du sommeil pour récupérer. Un soupir m'échappe alors que je me penche pour remonter le plaid sur ses épaules, un dernier geste simple en guise d'adieu...

 



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MessageSujet: Re: Now at last the end has come || Cassidy   Dim 29 Oct - 2:31


Vivant. Cassidy en face de lui était bien vivant, et peu importait la fatigue. Peu importait la souffrance. Peu importait d'être passé si proche de la mort qu'il sentait encore les lèvres glacées d'Aida sur sa peau. Aida qui l'avait poussé sans plus attendre, qui avait dansé sous la neige, célébrant la vie qu'elle n'avait plus. La vie qu'elle attendait qu'il vive pour elle, qu'elle puisse expérimenter par procuration au travers de ses yeux. Cette vie qui luisait au fond des yeux de Cassidy, si lumineuse, malgré qu'ils semblent embrumés par les larmes. La vie, c'était cette couleur sur les joues de l'ancien bagnard, c'était cette déchirure au niveau de son abdomen où il n'y avait plus de blessure. S'il était transi de froid, s'il était accablé de fatigue, le sorcier n'avait pu s'empêcher un léger sourire soulagé. Parce que Cassidy vivait, et c'était tout ce qui importait.
Il n'avait pas pu le laisser mourir. Pas par sa faute. Pas après tout ce qu'il lui avait fait. Un sacrifice qui avait été si naturel, si spontané, malgré tout le ressentiment, malgré toute la rancoeur qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre. Un geste qui avait été si naturel qu'il ne s'était même pas posé la question quand il avait abandonné toutes ses forces à l'Américain. Peut-être parce qu'il était temps de penser au-delà des blessures. Parce qu'il était temps de se concentrer sur ce qui comptait réellement en ce qui les concernait. Cette amitié étrange, cette connexion toute particulière. Un lien bien au delà des mots et des images, bien au delà du corps et de l'esprit. Une connexion pour laquelle il était prêt à se sacrifier encore et encore, si le temps venait. S'il était trop épuisé pour ressasser la question, au fond, Noah le savait bien. Cassidy était bien la seule personne avec Aida pour laquelle il était prêt à sombrer de nouveau dans les Enfers. Et s'il avait déjà perdu la seconde, il était hors de question d'abandonner le premier.
C'était inscrit dans son corps, dans son sang, dans sa magie. C'était inscrit dans son coeur, dans son cerveau, dans son aura. Une vérité immuable qui l'emporterait probablement, mais qu'y pouvait-il réellement ? Qu'y pouvait-il alors que la vision de ces yeux rougis par l'émotion étaient le plus beau spectacle qu'il lui ait été donné de voir ? Qu'y pouvait-il alors qu'il avait souffert pendant tant d'années de ne pas retrouver son ami ?
Rien. Parce qu'il n'avait plus envie de lutter, ce soir.

Etait-ce réellement par la grâce de Dieu qu'ils en étaient là ? Dieu, s'il avait été aussi magnanime, n'aurait-il pas tout fait pour ne pas les séparer ? Si Dieu existait, n'était-il pas supposer éviter les guerres, qu'elles soient entre nations, entre convictions, entre frères ? S'il n'en dit rien, Noah n'en pensa pas moins. Ce n'était pas la grâce de Dieu, ce miracle. Si une bonne âme veillait sur eux, ce n'était certainement pas Dieu. Mais il n'allait pas contredire son ami. Pour la bonne raison qu'il était intimement convaincu qu'une force extérieure était bel et bien entrée dans l'équation. Une force supérieure qui avait un message à faire passer, quand bien même il n'avait aucune idée duquel. Un jour peut-être, il se pencherait sur la question. Tenterait comme toujours depuis 700 ans de percer le mystère du pourquoi à la vie. Mais là n'était ni le lieu, ni le moment. Pas alors qu'il tremblait comme une feuille, épuisé, sur le plancher de son propre appartement.
Son bras était retombé alors que Cassidy avait poursuivi du regard la direction qu'il pointait. Contrairement à ce que le psychiatre espérait, ce furent deux bras solides qui l'étreignirent, au lieu de la caresse d'un plaid. Surpris par le geste, le sorcier se raidit. Avant de s'adoucir, sentant un front contre le sien.

C'était un geste tout simple. Le plus élémentaire, le plus humain des gestes. Un geste presque enfantin, innocent, un geste si anodin qu'il aurait pu n'être rien. Mais il précipita le vieux coeur du sorcier dans sa poitrine. Parce qu'il était là, enfin, ce geste. Parce que c'était celui-là, et pas un autre, qu'il avait désespérément cherché pendant des années. Qu'il avait tenté de reproduire avec ses conquêtes, avec ses amitiés, avec ses passades, sans jamais trouver pleinement satisfaction. Qu'il avait tenté d'oublier, qu'il avait tenté de remplacé. Un geste qui signifiait rien et son contraire, un geste porteur d'un message bien plus important, plus fort que ce que Cassidy avait réussi à dire. C'était le signe d'une trêve, et bien plus que ça. La gorge nouée, le sorcier se laissa docilement faire, pressant spontanément son propre front au sien en guise de réponse. Les bras tout autour de lui, la chaleur humaine, lui faisaient du bien. Apaisaient ses sens, ses fatigues, ses douleurs, dans un cocon douillet qu'il n'avait aucune envie de quitter. La pression s'allégea, laissant place à l'empreinte de lèvres à la naissance de ses cheveux, le poussant à poser un regard interrogatif, confus, sur son ami.
Sa confusion croisa des paupières fermées. Croisa l'expression profondément soulagée de Cassidy. La gorge du sorcier était trop nouée pour qu'il réussisse à dire quoi que ce soit. Son coeur battait trop fort pour qu'il se permette de gâcher cet instant de grâce, cette complicité retrouvée malgré tout le chaos qui les caractérisait. Alors il ne dit rien, et plongea son visage dans le cou de l'Américain. Y puisa sa chaleur, y puisa sa force, y puisa sa fougue, y posa naturellement ses lèvres, leurs coeurs s'entrechoquant l'un contre l'autre dans leur poitrine. Ses mains se refermèrent sur la chemise tâchée de sang, et il n'y avait plus rien d'autre. Plus rien ne comptait.
Plus rien d'autre n'importait. Pas même l'inconfort, pas même ce froid mordant dans ses os qui rappelait la brûlure de la neige. S'il ouvrait les yeux, il savait qu'il verrait la neige. Et cette étreinte, c'était la preuve formelle qu'il y avait une justice dans ce bas monde. Que s'ils étaient voués à s'entretuer, ils l'étaient aussi à se retrouver. Spontanément, poussé par cette sensation, Noah reproduisit le geste. Chercha le front de l'Américain du sien pour l'y poser, et s'y perdre une nouvelle fois, juste parce qu'il le pouvait. Un contact comme un électrochoc, encore, qui lui aurait fait monter les larmes aux yeux s'il n'était pas aussi épuisé. Mais au lieu de lui tirer des larmes, il lui tira un léger sourire soulagé.
Non, rien d'autre n'importait, à présent.

Aussi, quand Cassidy relâcha son étreinte, le froid revint hanter son vieux corps comme un rappel. Après tout, il ne s'agissait que d'une trêve. Après tout, ils ne pouvaient pas rester indéfiniment enlacés sur le plancher souillé de sang de cet appartement. A contrecoeur, Noah s'efforça de suivre l'impulsion de son ancien ami. S'efforça d'accepter ses conditions, ses départs, parce que ce n'était que de cela qu'il s'agissait : d'une trêve. Un souvenir fugace qui n'avait plus sa place au vu de tout ce qui s'était produit ces derniers jours, ces dernières années entre eux. Au fond, leur querelle intestine n'avait fait que confirmer ce que Noah refusait d'admettre : il tenait toujours autant, sinon plus, à l'ancien bagnard. Au point qu'il était prêt à sacrifier sa vie autant de fois qu'il le faudrait pour lui laisser le bénéfice de la sienne. Au point qu'il avait pris une nouvelle identité profondément rattachée à leur passé, au point qu'il avait tenté de le retrouver malgré la neige, l'Apocalypse et les errances. Au point que maintenant qu'ils se retrouvaient dans deux camps viscéralement opposés, le chemin à parcourir pour se retrouver semblait affreusement ténu. En ce soir, ils marchaient dans un No Man's Land qui n'attendait que la venue du jour pour que les deux partis cherchent à s'entre-tuer à nouveau.

-...Tu as raison...

Comme toujours. La déception perçait dans sa voix sans qu'il ne parvienne à la retenir, et il concentra ses forces pour se raccrocher à l'épaule de son ami et ne pas chuter. Alors c'était ça, qu'ils étaient devenus. Des étrangers. Des ennemis. Tout juste capables de faire la paix le temps de retrouver le soleil, puis plus rien n'aurait de sens de nouveau. Il se laissa tomber lourdement dans le fauteuil, la morsure du froid revenant dans chacun de ses membres. La neige était de nouveau là, presque tangible, entre eux. Visible, dans les mouvements de Cassidy. Ressentie, dans cette peine qui se réveillait progressivement dans son coeur et ses entrailles alors qu'il tirait difficilement le plaid pour s'en recouvrir.
Silencieusement, il hocha la tête. C'était peut-être mieux comme ça. C'était peut-être mieux qu'ils en restent là, qu'ils aient trouvé un instant de paix, juste un instant, avant de devoir se déchirer de nouveau. Mais une part de lui savait qu'il était prêt à mourir pour cet homme qui menaçait de partir. Une part de lui savait qu'il n'avait absolument pas envie de le voir partir.

Aussi, quand ce dernier se rapprocha pour le border, Noah ne réfléchit pas. Une main glacée s'empara de celle de l'Américain, alors que l'Italien murmurait dans un souffle précipité :

-Reste ici.

Non, il ne voulait pas qu'il parte. En témoignaient ses yeux, incapables de lâcher ceux de l'ancien bagnard. En témoignait cette force qu'il appliquait pour le maintenir encore un peu, juste un peu, avec lui. Ce n'était pas qu'un caprice, ce n'était pas qu'une trêve temporaire. C'était bien plus que ça, c'était l'envie, le besoin, la nécessité, même, de prolonger encore un peu cet instant de grâce retrouvée entre eux. Le temps d'un soupir, d'un rêve, peut-être une nuit. C'était idiot, c'était présomptueux compte tenu de cette incapacité à communiquer ou à comprendre qui les avait poussés à de tels extrêmes.
Et pourtant. Pourtant quelque chose résonnait entre eux, dans ce salon trop froid, trop sombre. Noah n'arrivait pas à mettre le doigt dessus, malgré toutes ces années passées à explorer la psyché humaine. Peut-être parce que les yeux de l'Américain, encore embrumés, assombris par la pénombre environnante, il n'avait jamais réussi à les déchiffrer réellement. Peut-être parce qu'il en avait envie, ce soir plus que les autres.

-Tu peux rester ici, si tu le désires.

Je veux que tu restes.

-Tu pourras te reposer sur la méridienne, autrement j'ai une chambre d'amis, à l'étage, si tu préfères le calme.

J'ai peur de te voir partir. Encore.

-J'ignore si tu as des obligations à l'extérieur, mais peut-être peux-tu les repousser au nom de notre trêve ? Au nom du temps passé ?

J'ai peur que si tu pars, tu ne reviendras pas. Comme avant.

-Rien ne t'oblige à partir, mais rien ne t'oblige non plus à rester. Je respecterai ta volonté, quelle qu'elle soit...

Lui laisser le choix. Pendant toutes ces années, ni l'un ni l'autre n'avait eu le choix, avant cette bien étrange et bien douloureuse soirée. Ils n'avaient pas eu le choix de se connaître, ils n'avaient pas eu le choix de s'apprécier. Ils n'avaient pas eu le choix de se déchirer, de se perdre, pendant des années. Ils n'avaient pas eu le choix de se blesser, encore, de se confronter.
Mais ce soir, étrangement, ils avaient eu le choix. Ils auraient pu se laisser aller à la haine, à la rancoeur, mais ils avaient choisi de ne pas laisser l'autre mourir. Pour la première fois depuis toujours, ils avaient eu le choix de remonter cette machine infernale qui les soumettait à un chaos permanent, pour trouver une forme de stabilité légèrement bancale.
Pour la première fois. Ses doigts relâchèrent ceux de l'Américain, sentant qu'il risquait de se briser à défaut de les briser s'il les tenait plus longtemps. Son bras retomba mollement sur l'accoudoir du fauteuil. Son regard coula vers l'âtre de la cheminée, où les braises s'éteignaient lentement. Il tuerait pour de la chaleur, qu'elle soit physique, morale, ou liquide. Il avait tué pour la chaleur, et elle s'était évanouie aussi vite qu'elle était revenue.

J'ai peur d'être seul, ce soir. Un hurlement dans la neige.  

-S'il te plaît, reste...


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MessageSujet: Re: Now at last the end has come || Cassidy   Ven 3 Nov - 15:01


« Bad dreams come true, I make them for you. »



 
 
Noah & Cassidy
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Dans la pénombre de la pièce, le sorcier fatigué repose à l'abri de son fauteuil, dans les bras duquel je l'ai confié. Ces quelques instants de proximité que nous venons de partager me semblent resurgis d'un autre temps, si lointain et si proche à la fois. Quatre années ne sont rien en comparaison de ces décennies de captivité dans l'enfer des sorciers, là où les ténèbres tombent, nous privant de la lumière du jour. Le temps est immuable, pareil pour tous, mais il n'en reste pas moins que la sensation de la durée est subjective et propre à chacun. Fonction des émotions et de l’intensité liée à chaque moment. Relative à nos âges, peut-être, et pour être presque centenaire, je devrais voir filer les années comme du sable... Mais quatre années peuvent sembler atrocement longues quand elles sont plombées par les doutes et les regrets. L'incertitude de ne jamais revoir Meadow vivant. L'amertume d'avoir perdu pour toujours ma propre essence. Quatre ans d'un parcours semé d'embûches qui s'étirait dans un temps infini et me paraissait ne jamais avoir de fin. Pourtant, au cours de ces quelques minutes, la sincérité a balayé instantanément toutes les souffrances pour laisser place aux émotions pures, arrachant de mon esprit les doutes, la culpabilité et l'âpreté de mes rancœurs. Des minutes se gonflant du bonheur de le sentir bien vivant dans mes bras. Et à présent, cette douce illusion se dissipe déjà, comme des lambeaux vaporeux qui me voilaient la face. J'aperçois à nouveau la dure réalité qui nous sépare et le gouffre qui existe entre nous m’apparaît, dans toute sa vertigineuse vérité.

Noah sait que j'ai raison. Et même si j'entend sa voix vibrer dans une note trop lasse, il ne tentera pas plus que moi de sonder cet abîme. Parce que jeter un seul regard dans ses profondeurs nous obligerait à y voir rôder d'innombrables ombres grimaçantes. Celles qui représentent nos déchirures, nos souffrances, nos ressentiments. Toutes ces choses nous éloignent de cette complicité parfaite qui nous unissait autrefois. Ces choses m'empêchent encore de m'attarder sur les ressentis qui m'enveloppent avec une chaleur un peu trop troublante... Je dois m'en aller, c'est mieux comme ça. Nous nous quitterons sur cette trêve, cette note trop douce et trop chaleureuse. Cette étreinte fraternelle où des baisers se sont immiscés, d'une façon presque ambiguë... Mais je ne désire pas y voir autre chose qu'une affection profonde et innocente, reléguant au fond de mon esprit tout questionnement.

Meadow vient à peine de se réveiller d'un sommeil proche de la mort et je souffre de l'abandonner déjà. Mon geste pour le recouvrir me parait confusément inapproprié, les minutes que je gagne en reportant l'heure du départ ne sont qu'une torture inutile... mais elles me sont si atrocement précieuses. Pourtant, alors que j'allais me détourner, résigné à m'arracher à cette contemplation, c'est sa main qui me retient.

« Quoi... ? »

Ma voix est trop basse et mon front se plisse avec incertitude. Le regard de l'Italien me désarme par la peine qui s'y inscrit. Par la souffrance silencieuse d'un innocent accusé à tort, qui se retrouve perdu dans un monde hostile, à l'injustice cruelle. Il me renvoie le même regard que celui de ce jeune détenu qu'on avait jeté dans ma cellule un beau soir, tremblant encore sous la violence du passage à tabac dont il avait écopé. Durant quelques secondes, je revois le visage pâle aux joues glabres de l'Italien, plus jeune de quelques années, ses yeux immenses vacillant sous la douleur. Un homme fourbu de fatigue, agressé par la bestialité de gardiens impitoyables qui le traitaient de démon, de meurtrier, de bête sauvage, rythmant leurs injures de coups de matraques. Des injures que le prisonnier ne comprenait pas plus que le monde où il avait échoué. C'est la même souffrance qui s'imprime aujourd'hui dans l’anxiété de ses yeux qui me dévorent. C'est le véritable visage de Meadow, dépourvu de tout masque d'arrogance ou de dédain, et sa sincérité pure me frappe dans l'intensité de son regard.

Sans doute veut-il me retenir le temps de me dire une dernière chose avant de me laisser m'en aller... C'est du moins à cela que je m'attend avant que sa voix ne s'élève à nouveau, une voix rendue plus fragile par son extrême faiblesse. Sa proposition me décontenance un moment, me laissant sans voix tandis que je secoue doucement la tête. Il me propose juste de rester prendre du repos... Cette offre me parait si décalée et à la fois, si touchante de candeur qu'elle me pousserait presque à sourire. Mes lèvres se tordent dans une moue incertaine sous le léger malaise qui m'envahit à la simple idée d'accepter son invitation. Mes pensées sont trop confuses, j'ai besoin de prendre des distances, de m'évader dans la solitude et permettre à l'air nocturne de nettoyer mon esprit encombré. Si je secoue négativement la tête, cela n'empêche pas Noah d'insister, ce qui ne me rend pas la tâche facile. Sa méridienne ? Sa chambre d'amis ? Non, bien-sûr que non. Je n'ai pas besoin de repos et quand bien même.

« Inviter un résistant à dormir chez toi fait de toi un criminel, tu le sais ? » Une boutade aux relents amers m'échappe dans un semi-rictus.

Le pardon ne trouve pas facilement un chemin vers mon cœur, même si je le souhaite, il n'en reste pas moins oppressé et meurtri, malgré moi, imperméable à la clémence. Confusément, j'aurais la sensation de me trahir moi-même en demeurant dans cette maison pour profiter de son confort luxueux. Tant de pauvres gens ne disposent même pas d'une chambre correctement meublée pendant que les nantis se prélassent dans leurs belles villas. Ma place est auprès des Résistants, à dormir à la belle étoile avec une arme à portée de main, certainement pas à reposer mes vieux os auprès des alliés du gouvernement, comme un sale hypocrite. Une vague indignation me serre la gorge tandis que mon regard se durcit légèrement, mes billes claires devenant plus sèches. Je n'ai jamais cherché à cacher ma dureté, de manière générale. Plus on sollicite ma compassion, plus je me montre intransigeant, totalement dévoué à ma cause, avec une obstination farouche. Sans doute parce que je suis obsédé par le fait de montrer l'exemple en tous point, rejetant les profits personnels, même les plus anodins, ce qui me rend austère et me pousse au mépris des richesses. Je n'ai aucune envie de m'habituer aux privilèges, jusqu'à justifier des avantages de plus en plus importants, comme le font les membres du gouvernement et leurs alliés. On commence comme cela et l'on finit par se transformer en un assisté insensible aux besoins des autres. 

Le regard de l'Italien me fait aussitôt regretter cet élan d'amertume alors que j'aperçois ses yeux briller. Il m'est impossible de rejeter abruptement Meadow ou de lui cracher au visage le ressentiment qui me hante. D'autant plus que la suite de ses mots ne fait que m'éclairer sur ses réelles pensées... Je me sais parfois borné mais pas au point d'en perdre mon empathie. Son insistance à me proposer différents choix pour y dormir, cet espoir mêlé d’anxiété dans ses yeux verts auraient déjà dû m'avertir. Au nom de notre trêve, au nom de notre passé. Il me demande de ne pas l'abandonner une nouvelle fois. Et cette requête chargée de peine ne peut que m'émouvoir alors que la fatigue rend visiblement les défenses de Noah moins solides, au point de formuler clairement sa détresse. Le choix qu'il me demande de faire est assez symbolique. Il me demande de repousser mes obligations de ce soir pour rester auprès de lui.... Et même si la pudeur le pousse à modérer son insistance, je perçois dans son regard la raison de ses craintes. Il sait. Il sait que dès que j'aurai passé cette porte, il ne me reverra plus jamais.

Lorsque sa main me relâche, il me vole son regard et ma gorge est nouée. Je ne peux pas rester. Mais cette supplique, encore une fois formulée, me serre le cœur, rendant ma voix plus sourde. « Ce n'est pas une question de désir, tu sais que ma place n'est pas ici. » Si le ton de ma voix reste maîtrisé, il reste encore trop sec. « Ça n'a rien à voir avec mes obligations, Meadow... » Ce n'est qu'en prononçant son surnom que je retrouve plus de chaleur, le visage penché sur lui. « Je dois prendre mes distances, tu sais bien pourquoi. » Parce que nous n'appartenons pas au même monde, parce que notre passé est révolu, parce que trop d'années se sont écoulées, parce que je ne suis plus un sorcier, comme lui... Contrairement à ce qu'il m'a dit, trop de choses m'obligent à partir, un départ définitif où je veillerais sur lui de loin, mais sans plus jamais croiser sa route. Ce malaise indéfinissable me frustre au plus haut point alors que je me sens incapable d'exprimer ce que je ressens. La sensation étrange d'un passé qui se répète à l'infini me survole. Des souvenirs diffus de ma famille que je protégeais de loin sans plus jamais me montrer à eux. Mes parents... Ma fille.

Retrouvant le silence, je m'avance alors vers la cheminée, me détournant sciemment du fauteuil où le sorcier est installé. Lorsque mes yeux se posent sur les braises rougeoyantes du foyer, je m'essaie à rassembler mes pensées sans que le visage auréolé de boucles brunes ne vienne les bouleverser. Noah semble transi par le froid en dépit de sa couverture et j'ai besoin de m'occuper les mains, de m'activer d'une quelconque façon pour chasser le trouble qui me décontenance. Je me penche alors vers le panier situé non loin, contre le mur, pour m'emparer de quelques bûches entreposées là et les placer une à une, derrière le pare-feu. Une gerbe d'étincelles s'envole à chaque fois que j'en ajoute une, les déposant avec soin et précaution pour ne pas étouffer les braises. Cette activité me permet de poser mes idées et de calmer mes émotions, un tant soit peu.

Ce n'est que lorsque je m'empare d'un tisonnier pour mieux attiser les flammes que je reprend, d'une voix pensive. « J'ignore si je suis le seul mais... j'ai bien du mal à m'exprimer ce soir. Les mots me paraissent tous bancals, fades ou même... presque vulgaires. » Je suis conscient que mes paroles sont étranges mais sans doute qu'elles sont préférables à cet inconfortable silence que je maintiens depuis quelques minutes en m'occupant de rallumer le feu. Des flammes timides lèchent enfin le bois pour prendre peu à peu plus de vigueur et se refléter dans mes yeux. Des lueurs orangées illuminent ma silhouette et mon ombre se découpe contre le mur opposé, dans le grand bureau assombri. Autrefois, nous n'avions pas besoin de paroles pour communiquer, les mots nous étaient inutiles alors que les illusions se formaient directement dans nos têtes. En formulant cette idée dans mon esprit, je réalise alors clairement ce qui me dérange tant et m'empêche de parler de manière fluide avec Meadow. C'est ce changement qui me perd, cette différence dans notre lien. Je tourne la tête pour chercher le regard de l'Italien, par dessus mon épaule, dans un sourire désabusé. « Les choses ne seront plus jamais comme avant. J'imagine qu'il serait possible d'apprendre à communiquer comme le commun des mortels, mais... » Mais notre complicité me manque. Noah ressent-il la même chose ? Les images que nous projetions autrefois dans l'esprit l'un de l'autre étaient pures et se passaient de commentaires. Comment pourrais-je jamais apprendre à m'en passer ?

Lorsque les hautes flammes prennent de la hauteur, je me retourne enfin pour rejoindre le fauteuil en quelques pas. La fleur écarlate a séché sur ma chemise mais elle est toujours bien visible, rouge sur le tissu clair, rappelant cette violence qui nous a poussé à affronter la mort, tour à tour. Doucement, je m'accroupis à ses cotés, la main posée contre l'accoudoir, pour plonger dans ses yeux. Nos souffrances nous ont brisé et que reste-t-il de nous ? Sans doute assez de force pour défier les enfers et y plonger au risque de nous brûler les ailes. Meadow n'a pas hésité à la combattre, offrant toute son énergie au risque de se perdre lui-même pour me rendre la vie. Quant à moi, il me reste sans doute assez de volonté pour accepter de me remettre en question et évoluer. Pourquoi ais-je tant envie de partir, en vérité ? Ne serait-ce qu'une fuite, simplement parce que je peine à communiquer avec lui ? Pas uniquement mais peut-être, en partie. Et si j'ai du mal à conscientiser mes mécanismes de défenses, j'aimerais ne pas commettre les mêmes erreurs que dans mon passé. Ais-je bien fait de me contenter de veiller sur mes parents de loin, eux qui me traitaient d'adorateur du diable, sans plus jamais chercher à leur parler ? Ais-je eu raison de ne jamais revoir ma fille, elle qui n'a reçu de son père que des enveloppes remplies de billets de banque ? Je n'ai jamais oublié un seul mois jusqu'à ma mort. A l'époque, je pensais que c'était mieux comme ça. Aujourd'hui, je ne sais plus.

Puisque j'ai donné mon accord pour considérer cette soirée comme une trêve entre le sorcier et moi, il ne doit plus être question d'évoquer ce qui nous sépare. Plus de gouvernement, plus de résistance, plus de politique. Plus de psychiatre délateur ou de journaliste menaçant. Juste Meadow et Cassidy.

Doucement, je hoche la tête. « Je suis désolé. Je vis en ermite depuis trop longtemps et je crois que je serais incapable de m'endormir ailleurs que dans ma caravane. J'espère que tu comprends. » Ma voix se veut apaisante, le front plissé d'un air plus léger. « Mais je vais rester un peu plus avec toi. Juste le temps d'être sûr que tu n'oublies pas de respirer... Mes obligations devront donc attendre que Meadow ait trouvé le sommeil.» Une ébauche de sourire étire mes lèvres. Je voudrais le veiller, simplement, jusqu'à ce que l'angoisse et la douleur s'apaisent et que le réconfort du sommeil l'emporte. Et ensuite ? Je ne sais pas. Pour l'instant, je suis déterminé à chasser cette aura lugubre qui pèse sur nos têtes depuis trop longtemps. Autant pour lui que pour moi, j'aimerais me souvenir du temps où j'étais celui qui le rassurait et non pas ce monstre qui le fait souffrir.

Mon regard se tourne alors vers le mur en face de nous, à l'opposé de la cheminée, où nos ombres se découpent contre le papier peint. Sous une légère impulsion de ma part, celles-ci se redressent, dans un mouvement surnaturel. Autour d'elles, les formes ombrageuses des meubles s'allient à la scène pour recomposer ce qui ressemble à une prison. Nos petites silhouettes s'envolent, glissant contre les murs, jusqu'à rejoindre le plafond et fuir loin des barreaux noirs. Par dessus la mezzanine, le plafonnement lisse ressemble à une large étendue neigeuse, triste et grise. L'ombre de Cassidy est désormais seule dans l'immensité et erre en tous sens en quête de celle de Noah, cachée dans une zone ténébreuse. Agressée par une foule d'ombres monstrueuses, la silhouette de Cassidy se courbe. Visiblement endeuillée sous le poids de la peine, elle se tend vers le coin du plafond où a disparu sa jumelle, témoignant de cette quête si longue où j'ai cherché mon frère, sans relâche. Et puis la voilà qui sombre, tombant contre les murs, le visage percé de trous grimaçants, comme un spectre hurlant en silence. Il tombe, il chute, jusqu'à se perdre le long de la cheminée et disparaître enfin dans les flammes pour se confondre avec les cendres.

Cette scène ne remplace pas la beauté des illusions. Mais peut-être permettra-t-elle de représenter au moins partiellement la peine immense que j'ai ressentie en le croyant perdu dans le blizzard. J'ignore si Noah pense encore que je l'ai abandonné ce jour là. Mais je n'ai pas envie de lui infliger cela, ce soir.

 



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MessageSujet: Re: Now at last the end has come || Cassidy   Dim 12 Nov - 1:10


S'acoquiner avec un Résistant ferait de lui un criminel. C'était ce qui était marqué sur tous les pamphlets du Gouvernement. C'était une des nombreuses mises en garde qu'il avait entendues depuis la mise en place du régime actuel. Rester proche des Résistants faisait d'eux des traîtres par extension. Une sorte de glissement providentiel, la responsabilité de l'un étant absorbée par l'autre même s'il n'était que passif. Comme le tabagisme, ce fléau d'une nouvelle ère pourtant dépassée dont il avait entendu parler lorsqu'il avait mis les pieds à l'Adventist pour la première fois. Le crime par association, quand bien même on parlait de présomption d'innocence. Le crime qui l'avait envoyé en prison toutes ces années auparavant, dans les quartiers haute sécurité, alors qu'il se trouvait seulement au mauvais endroit, au mauvais moment.
La faute à pas de chance. C'était ce qu'il avait entendu sans vraiment le comprendre lorsqu'il s'était fait délester de ses maigres possessions, avant de rejoindre la cage aux fauves. Un état de faits où sa passivité avait été remise en cause si brutalement, avec autant d'immuabilité qu'il s'était juré que ça ne lui arriverait plus jamais. C'était pour ça qu'il avait décidé de s'allier avec les plus puissants. C'était pour ça qu'il était devenu proche tant des véreux que des mafieux. Mais c'était sans compter la tierce faction dans le noeud même du problème. Celle des Résistants, dont était Cassidy. Noah avait le champ large, en ce qui le concernait. Il avait suffisamment de contacts dans des milieux radicalement opposés pour se protéger quelle que soit la situation. Du moins il le croyait. Jusqu'à ce qu'il réalise que malgré tout ce qu'il aurait pu faire, malgré toutes les pattes qu'il graissait sur une base journalière, Cassidy avait raison. Qu'il reste en ces lieux à des heures informelles était dangereux. Et si Noah savait qu'il pouvait s'en sortir indemne, grâce à Wiggins, il savait que ça n'en serait pas de même pour l'Américain. Il pourrait négocier auprès du Ministre. Il savait qu'il le ferait, même, dusse la situation se présenter. Il aurait des explications à donner, mais il était certain que Wiggins fermerait un œil sur leurs actions. Mais convaincre Valdès semblait peine perdue. Parce qu'au fond, il avait entièrement raison sur cet aspect de leur relation. Pour peu que Wiggins ne soit plus au pouvoir, pour peu que Morienval ait décidé de s'en mêler, ils seraient inquiétés l'un comme l'autre. Une réalité cruelle et d'apparence insoluble.
Même s'il devait y avoir une solution. Il y avait toujours des solutions. Pour autant le ton de Cassidy, amer, ferme, lui serra le coeur. Il n'y aurait aucun moyen de le convaincre, si le plan n'était pas bon. Ce qui signifiait que ces rares moments de complicité retrouvée qu'ils vivaient à présent seraient peut-être les derniers.

Aussi dure soit-elle, là était leur réalité, dorénavant. Peu importait qu'ils soient encore capables de se sauver mutuellement, ils s'étaient prouvé ce soir qu'ils l'étaient tout autant de se détruire. Et pourtant. Pourtant il y avait cette légère bouffée de chaleur qui s'était nichée dans le vieux coeur du sorcier, alors que son ami s'était radouci. Il négociait. Il cherchait des excuses, mais il négociait. Sans lui accorder un regard, quand bien même leurs visages étaient proches, Noah avait esquissé une ombre de sourire. Il savait parfaitement pourquoi ils ne pouvaient pas rester en contact. Et pourtant cette envie, ce besoin, leur rongeait les entrailles.
S'il voulut lui répondre, il en était incapable. L'épuisement, ses propres négociations, rendaient sa gorge âpre et son visage ne répondait plus suffisamment pour qu'il s'épuise en vaines paroles. Chacun de ses mots devaient avoir un sens, il le savait. Le silence retombait entre eux, étranger et terrifiant, et il n'avait aucune possibilité de le rompre. Parce qu'il ne comprenait que trop les raisons de Cassidy, quand bien même il refusait, au fond, de les partager. Après toutes ces années à se rechercher, est-ce qu'ils devaient vraiment s'arrêter là, maintenant qu'ils s'étaient enfin retrouvés ? A cause d'une incompréhension ? A cause d'un échec, un de plus, de communication ? Les mots étaient du poison, étaient trop fourbes, cachaient trop de choses et en révélaient trop d'autres, pour être tolérables. Etait-ce là la seule alternative qu'ils avaient, dorénavant ?
Etait-ce tout ce qu'il leur restait ? Des mots ? Et puis quoi, ensuite ? Sa vision, la fatigue aidant, était brumeuse. Il fut tiré de ses contemplations par un craquement au niveau de la cheminée, retentissant comme un coup de feu dans ce silence entêtant qui régnait entre eux.

Du mouvement dans la cheminée. Le regard fourbu, abattu du sorcier coula vers l'âtre, où Cassidy s'occupait de relancer une flambée. Les années qui leur avaient été volées avait creusé des sillons sur son visage léonin, de nouvelles stries dans l'écorce dont il aurait voulu connaître l'histoire. Les visages étaient des livres ouverts sur le vécu, la vie, de leurs propriétaires. Mais là, tout ce qu'il voyait, c'était cette expression tendue, concentrée, sur celui de l'Américain. Une expression qu'il lui avait vue plus d'une fois. Ce regard droit, rivé sur les flammes, ça avait été le même qu'il avait vu des années plus tôt quand ils préparaient leur évasion. Cette mâchoire légèrement contractée, les lèvres s'affinant sous la pression, il la connaissait bien, elle aussi. Il avait voulu, plus d'une fois au cours de leurs errances respectives, voir cette image se réaliser. Un rêve innocent, un rêve aussi lointain qu'un souvenir, que Cassidy soit avec lui, de nouveau dans sa vie. Un mirage dont il doutait encore de l'existence, malgré que son sang soit encore sur les mains du sorcier. Alors, sans rien ajouter de plus, Noah grava cette scène dans sa mémoire. Chaque détail. Chaque effet de lumière du feu qui reprenait ses forces. Chaque mouvement sur le visage de son ami.
Parce que l'homme qui était dans son salon était son ami. Bientôt, il redeviendrait Cassidy Valdès, le Résistant, le criminel, l'ennemi. Bientôt, ils devraient oublier que cet instant s'était réellement produit.

Il avait raison. Bien sûr qu'il avait raison. Dodelinant de la tête, le sorcier se laissa happer par le spectacle qu'offrait le feu. Il se sentait si impuissant, désarmé, et confus, en sa compagnie. Il avait ressassé tous les scénarios possibles pour des retrouvailles hypothétiques, mais aucun ne s'appliquait à ce qu'ils avaient vécu ce soir. Aucun ne s'appliquait à la violence, à la douleur, à l'abandon qui flottaient encore dans l'atmosphère. Aucun n'impliquait qu'ils dussent s'entre-tuer, et encore moins s'accrocher aussi désespérément l'un à l'autre. Aucun, surtout, ne leur offrait un nouveau départ aussi fragile et sensible que celui qu'ils avaient ce soir. La voix de son ami, plus douce qu'auparavant, gonfla et l'air et son coeur, le ramenant sur le plancher des vaches. L'ombre d'un sourire creusa ses lèvres, alors que le sorcier laissait son regard s'accrocher à celui de l'Américain, ses yeux renvoyant une lumière que Noah ne lui connaissait pas.

-...Mais les mots sont insuffisants pour traduire ce qu'on pourrait se dire.

Les mots étaient cruels, maladroits, les mots étaient inconvenants pour eux qui n'avaient jamais réellement utilisé que les illusions pour communiquer. Une complicité qui manquait aussi cruellement que de respirer. Unique en son genre. Bien plus honnête et bien plus pure que des milliers de phrases et de verbiages. Ils auraient pu les faire mentir, leurs illusions, mais ils avaient choisi de ne pas le faire. Ils auraient pu se contenter de communiquer comme le commun des mortels, peut-être même que ça aurait permis à cette soirée d'avoir une issue moins funeste, mais ils ne l'avaient jamais fait. Leur relation ne souffrait pas la facilité. C'était peut-être pour ça qu'elle lui manquait autant.
Noah se décala légèrement, remontant la couverture sur ses épaules alors que Cassidy se rapprochait. Hocha lentement la tête à ses paroles, avant de se fendre d'un sourire désabusé.

-Même les ermites ont besoin de compagnie, de temps à autres.

C'était pour ça qu'il avait une chambre d'amis. Pour ça qu'il détestait autant errer seul, trop longtemps, entre les quatre murs de son appartement pourtant luxueux. Pour ça qu'il se lovait dans les bras d'inconnus, juste pour retrouver le goût du contact humain.
Son sourire s'élargit, pour autant, et il laissa échapper un léger rire. Un Résistant, garde chiourme d'un chien du Gouvernement. L'allusion était belle. Surtout compte tenu du fait qu'aucune de ses nuits ne se passait paisiblement, en ce qui le concernait, quel que soit son degré d'épuisement.

-Je pense être capable de m'en souvenir, sois-en assuré. En revanche, tu sembles avoir oublié que j'ai toujours mis nettement plus de temps que toi à m'endormir. Si Meadow est ravi du geste, tu ferais mieux de prendre tes aises dès à présent, Valdès. Tu risques de sombrer avant moi.

Son murmure se voulait joueur, en écho au ton faussement plus léger de son ancien ami. Les faits étaient là, Noah était un mauvais dormeur depuis toujours. Mais il savait qu'il s'agissait là d'un énième compromis pour qu'ils ne se séparent pas de suite. Pour repousser l'échéance, encore, pour ne pas être que des hommes mais être de nouveau des frères. Des âmes-sœurs. La main du sorcier se posa spontanément sur celle du voleur d'énergie, captant sa chaleur. Un geste simple. Un geste silencieux, aussi silencieux qu'une illusion, pour exprimer sa gratitude. Merci de rester. Merci de faire ça pour nous.
Cassidy lui arracha son regard pour le porter au plafond, où dansait la lumière des flammèches. Tout autour, les ombres semblèrent se tordre et se détendre pour prendre une apparence humaine. Sous sa main, il pouvait sentir les muscles de l'ancien illusionniste se tendre sur l'accoudoir. Ne perdant pas une miette du spectacle, le sorcier retint son souffle. Les ombres racontaient une histoire. D'abord la leur, les barreaux, la prison, l'évasion. Leur séparation. L'errance de celle qui restait, perdue dans l'immensité blanche du plafond, jusqu'à sa déchéance. Jusqu'aux cris, jusqu'aux flammes. Tout un pan d'une vie entièrement brisée qui venait de se jouer en ombres chinoises devant ses yeux. La pièce qui manquait pour reconstituer leur histoire, jusqu'à leurs retrouvailles.

Il avait oublié de respirer. Ses doigts s'étaient enroulés autour de ceux de son ami sans même qu'il ne s'en soit rendu compte. Quand, le cœur battant, il reprit conscience du monde qui l'entourait, Noah sentit ses yeux s'embrumer de nouveau. Il n'avait aucune idée. Cassidy l'avait prévenu, mais les mots étaient malvenus. Les mots étaient trop obscurs, trop dangereux. Maintenant, la communication était rétablie. Maintenant, il comprenait ce qui était arrivé à son ancien ami. Toute son errance, dans l'étendue glacée, alors qu'il avait tenté de le retrouver. Ses tourments, tant à cause de lui qu'à cause de ses attaquants. S'il avait perdu ses pouvoirs, s'il était devenu ce qu'il était, c'était forcément à cause de morts-vivants. S'il s'était perdu, c'était entièrement de sa faute.
Il ne lâcha pas la main de Cassidy. Sa gorge était nouée, ses yeux rougis, et si les mots étaient futiles, il fallait tout de même qu'ils sortent. Ce qu'ils firent, éraillés par la réalisation, l'épuisement et ses nerfs à fleur de peau.

-Je comprends mieux, maintenant... Tu m'as cherché, cette nuit-là. Tu n'as pas cessé, mais je n'étais plus là. Tu t'es fait attaquer et... Tu as tout perdu par ma faute.

L'admettre. Admettre que ce tort qu'il lui reprochait était précisément ce que Cassidy avait enduré. Noah avait beaucoup perdu, lors de cette maudite nuit new-yorkaise, mais ce n'était rien en fin de compte. Parce que Cassidy avait perdu sa nature, ses pouvoirs, ses amis, sa liberté et ce lien étrange qui les unissait.

-Je n'ai pas compris, quand tu me l'as dit lors de nos retrouvailles, mais je m'en rends compte à présent... Je suis désolé.

Des excuses. Des mots. Ce n'était rien, tout ça, juste des palabres jetées au vent. Ca ne suffirait pas, il le savait pertinemment. Ce n'était pas à la hauteur du mal qu'il avait fait à son ancien ami, ce n'était pas à la hauteur de tout ce qu'il avait perdu par sa faute. Et pourtant, malgré tout le chaos, malgré tout ce qui s'était produit et ce lien indéfectible qui s'était brisé, Cassidy avait tout de même trouvé en lui la force de communiquer.
C'était peut-être ça, le plus troublant. De voir une nouvelle forme d'images s'immiscer entre eux, plus abstraites mais toujours aussi réalistes, révélant la nature cruelle de leur lien. Ravivant la beauté des illusions, sans que pour autant ce soit de cela qu'il s'agissait. Une forme d'espoir malgré l'ombre. Une lueur d'espoir pour eux.

La gorge trop nouée pour poursuivre, ses doigts entremêlés à ceux de l'Américain, l'Italien reporta son regard vers les flammes, là où s'était précédemment évanouie l'ombre de Cassidy. Il avait repris quelques forces. Leur lien étrange, si puissant, lui aussi, par la tentative de son ami. Il ne voulait pas que ce soit en vain.
Rassemblant son énergie, le sorcier se concentra et guetta les nasses sombres, ombragées par la cheminée, là où sa propre silhouette se trouvait quelques instants auparavant. Glissant hors de sa cachette, la silhouette au visage auréolé de bouclettes descendit prudemment le long du conduit de la cheminée, pour sauter dans le brasier. Le sorcier perdit le contrôle de son illusion, un bref instant, le temps de fermer les yeux pour inspirer lourdement. Quand il les rouvrit, les flammes dansèrent pour finalement adopter leur deux silhouettes entrelacées, front contre front. Trop faible pour maintenir l'illusion plus longtemps, le sorcier la relâcha, les deux marionnettes enflammées s'évanouissant dans la danse interminable de la flambée.

Il était toujours là, leur lien. Il adoptait une autre forme, il prenait un autre visage, mais il était toujours là, quelque part, pour peu qu'ils aient la force de le chercher. De l'entretenir. Il y avait toujours cette connexion intangible qui faisait d'eux ce qu'ils étaient, qu'ils avaient construite eux-mêmes, qui n'était qu'à eux. Avec une lenteur calculée, le sorcier se pencha finalement vers son ancien ami. Son cœur s'était enfoncé dans sa gorge depuis trop longtemps, maintenant. Le manque et la peine avaient pris trop de place entre eux. Leurs mondes n'étaient plus les mêmes, diamétralement opposés. Mais ils étaient toujours là.
Front contre front. Il pouvait sentir l'odeur de la fumée émaner des cheveux de son ancien ami, de ses vêtements, sans qu'elle soit désagréable. Si les ombres et la lumière étaient leur nouveau terrain de jeu, il l'embrassait avec joie.
Tant que ça signifiait que d'une manière, ils restaient toujours connectés.

-Tu m'as manqué, Cassidy Valdès...

Cette sensation, contre son front. Cette connexion, dans son coeur. Cette douce chaleur qui revenait peu à peu dans ses membres, quel que soit le froid, quelle que soit la tempête. Ces images qui était si précieuses à leurs yeux qu'elles supplantaient même les mots les plus justes. Leur relation ne souffrait aucune définition, tant qu'elle existait.
N'était-ce pas une raison supplémentaire pour qu'il reste ? Il l'espérait, au fond. Même s'il savait qu'il ne pourrait pas réparer tout le mal qu'il avait causé. Toutes les pertes qu'il avait causées. Même s'il aurait pu, voulu, du se confondre en excuses. C'était ça, ses excuses. Plus que des mots, des images. Des gestes.

Je suis désolé.



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