AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Kick at the Darkness 'til it Bleeds Daylight [Kay]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

MASTER OF ILLUSIONS

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 429
↳ Points : 48
↳ Arrivé depuis le : 14/02/2017
↳ Age : 30
↳ Avatar : Zoe Kravitz – sign ©Frimelda
↳ Age du Personnage : 24/222
↳ Métier : Réceptionniste à l'hôtel Overlook
↳ Opinion Politique : Rebelle
↳ Niveau de Compétences : Niv. 2 (niv. 3 en nécromancie et potions, niv. 4 en perception des fantômes)
↳ Playlist : Ibeyi – River
The Handsome Family – Far From Any Road
Princess Nokia – Brujas
The Orwells – They Put a Body in the Bayou
Laura Mvula – Green Garden
Nina Simone – I Put a Spell on You
Charles Bradley - The World (Is Going Up In Flames)
Ibeyi – Oya
Ibeyi – Ghosts
Laura Mvula – Can’t Live with the World
Little Simz ft. The Hics – Gratitude
↳ Citation : A Witch is born out of the true hungers of her time. [...] The things that are most wrong here summoned me.
↳ Multicomptes : non
↳ Couleur RP : #ffcc99



les petits papiers
↳ Copyright: Opheodrys
↳ Disponible pour un topic?: Oui =D
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Kick at the Darkness 'til it Bleeds Daylight [Kay]   Ven 10 Mar - 17:23


« Do we not each dream of dreams?
Do we not dance on the notes of lost memories? »

Kayiman & Helix
featuring

Elle l’avait découvert dans ce reflet exact d’une New-York gelée jusqu’aux os. Elle l’avait vu lutter et se débattre, coopérer avec ces inconnus, le groupe composite dans lequel il avait été jeté. Ses yeux noirs étaient vides, trop vides, comme à leur aube, des siècles auparavant, à l’orphelinat. À l’image de la fausse ville qui l’emprisonnait, toute chaleur avait déserté son regard. Helix avait hurlé en le voyant tendre la main à la créature décharnée qui lui ressemblait un peu. Les avertissements inutiles s’étaient perdus dans son oreiller, mordu jusqu’aux plumes pour contenir son désespoir.

Il était vivant. Tout ce temps, elle l’avait cherché parmi les morts, mais il était vivant. Elle n’aurait jamais dû perdre espoir, elle n’aurait jamais dû douter… Dès le début, il aurait fallu suivre le reste du groupe jusqu’à la Nouvelle-Orléans. C’était la logique même… Quel meilleur endroit que cette ville pour se retrouver ? Helix croyait dur comme fer au pouvoir de la Destinée. Mais elle avait perdu la foi. Loupé le coche. Et maintenant… maintenant il était trop tard. Kayiman, son Kay, risquait à tout instant de rejoindre définitivement l’Autre Côté. La sorcière n’était pas naïve. Elle avait travaillé aux premiers jeux, connaissait dans les moindres détails leur fonctionnement morbide. Quand d’autres préféraient les fermer, elle n’aurait lâché l’écran des yeux pour rien au monde. Elle voulait voir, tout voir, se gorger les rétines de lui, même si c’était la dernière fois, même si elle devait le regretter tout le restant de ses jours. Il persisterait. Là, gravé au fond de ses pupilles. Les détourner aurait été la pire des trahisons.

Petit à petit, malgré elle, la sorcière s’était laissée emportée par le récit terrible que les Jeux esquissaient. Elle avait espéré, en le voyant triompher de chacune des épreuves vicieuses qui lui étaient envoyées. L’espace de quelques précieuses et terribles secondes, elle y avait cru. Qu’il serait le dernier, qu’il vaincrait l’île comme il avait dompté New-York. Au lieu de cela, le corps secoué de tremblements nerveux, elle avait assisté à l’assaut des squelettes, à sa conclusion tragique. Lorsque tout fut terminé, de profondes lacérations marquaient ses bras. Elle n’en avait même pas eu conscience. Prostrée sur le parquet de la petite chambre qu’elle occupait dans l’aile réservée au personnel de l’Overlook, elle ne parvenait toujours pas à détacher son regard de la télévision. Son esprit était à la fois vide et surchargé. Elle était incapable d’y croire réellement, incapable d’appréhender une réalité qu’elle avait déjà passé près de trois ans à accepter.

Elle se tenait toujours au même endroit, hagarde et immobile devant un écran noir, lorsque la nouvelle tomba quelques heures plus tard. Zeke savait qu’elle avait un proche dans les arènes, c’est lui qui vint lui annoncer. Tout était faux. Une sorte d’illusion très perfectionnée dont elle ne comprenait pas le fonctionnement, malgré les explications du portier. Ça n’avait aucune importance. La seule information qui comptait, c’était qu’il était vraiment, vraiment vivant. Elle en pleura de joie. Un moment. Puis elle se releva, essuya ses larmes, et partit à sa recherche.




Cette étape s’avéra finalement beaucoup plus simple qu’elle ne l’aurait cru. Si elle avait manqué la diffusion originale, les entretiens donnés par les participants à l’issue de leur calvaire repassèrent en boucle pendant une semaine. Au cours du sien, Kay, qui avait changé de nom pour une raison inconnue, révélait son occupation actuelle et l’endroit où il l’exerçait. Elle aurait voulu bondir là-bas à l’instant où elle obtenait ces informations. Mais elle était déjà en retard pour un rendez-vous important. Un paquet à livrer pour la Résistance. Trois fioles d’un philtre létal distillé tout spécialement pour un petit ponte du gouvernement qui donnerait une conférence de presse le lendemain. Le plus dur n’était pas de fabriquer le poison, mais bien de le faire ingurgiter à sa victime… Ce qui n’était pas le rôle d’Helix. Toutefois, elle ne pouvait pas manquer cette livraison. On comptait sur elle. Le délai était serré.

Impatiente et terriblement agacée par ce contretemps, elle se dépêcha de partir, les petites bouteilles confortablement lovées dans un vieux sac-à-dos de toile. Elle courut presque jusqu’au point de rendez-vous et arrive juste à l’heure. Il n’y avait encore personne. Jouant nerveusement avec un collier tout orné de babioles qu’elle avait autour du cou, Helix attendit. Cinq minutes passèrent, puis dix. Son contact n’était toujours pas là. Quinze minutes. Elle était prête à imploser tant l’envie de partir la tenaillait, tant le sens du devoir la clouait au sol. Finalement, une vibration dans sa poche. Jetant un rapide coup d’œil autour d’elle, elle se renfonça dans un porche pour sortir son portable, un objet obtenu au marché noir qui ne servait qu’à ses activités dans la Résistance. C’était son contact. Le message était bref et codé. Il y avait eu un problème, elle ne pourrait pas être là. L’opération devrait être reportée.

Agacée d’avoir ainsi été retardée et vaguement inquiète quant à la réelle signification du message, la sorcière n’attendit pas plus longtemps. Le Masquerade était de l’autre côté de la ville, elle devait traverser Treme à pied, ce qui n’était jamais une mince affaire. Sans parler du chargement qu’elle transportait… Mais Helix n’était pas inquiète. Elle volait. Kay était vivant, et elle allait le retrouver.



Quelques sifflets, une tentative de vol à l’arrachée et une course poursuite avortée plus tard, Helix arrivait finalement en terrain sûr. Pour autant, elle ne se sentait pas plus à l’aise dans ce quartier, fief des nantis et du gouvernement aux dorures factices. Il lui semblait toujours que des dizaines d’yeux invisibles étaient posés sur elle, que les passants sans visage savaient reconnaître en elle, instinctivement, qui la sorcière, qui la rebelle. Ce n’était qu’une impression bien sûr, mais elle pressait pourtant le pas. Par chance, le Masquerade était probablement l’un des bâtiments les plus aisés à trouver, avec sa façade écarlate. À cette heure-ci, en fin d’après-midi, alors que le soleil rougeoyait derrière les toits, le cabaret n’était pas encore ouvert. Ce détail ne ralentit pas la sorcière, qui se glissa résolument à l’arrière de l’édifice dans l’idée de trouver une porte de service. Et de la fracturer si nécessaire. Ce ne fut pas le cas, comme si les éléments s’accordaient pour lui faciliter le passage. Elle y vit un signe. Son cœur battait.

Se faufilant dans l’ouverture entrebâillée, elle pénétra dans un nouveau monde obscur. Le couloir n’était éclairé que par les néons des issues de secours et quelques petites ampoules rouges disséminées le long du plafond. Des accessoires et des tentures roulées étaient posés contre le mur, précédant une enfilade de portes closes. Silencieuse comme une ombre, Helix s’arrêtait devant chacune d’elle, posait l’oreille contre le bois lisse. La plupart étaient vides, plongées dans le silence, mais elle percevait un bourdonnement d’activité de l’autre côté des coulisses. C’était l’heure du dîner, la plupart des artistes et du personnel devaient être encore en train de manger. Des éclats de voix lui parvinrent du fond, là où le corridor bifurquait. Helix fut soudain prise d’une appréhension irrationnelle. Elle retint son souffle. Peut-être était-ce la sensation diffuse de timbres familiers. Elle ne resta pas immobile longtemps, reprenant sa progression à pas de velours.

Les voix étouffées filtraient derrière une porte close. Son cœur s’emballa alors qu’elle posait la main sur la poignée. Mais elle ne la tourna pas. Une force inconnue la retenait, un sentiment désagréable qui lui hérissait la nuque. Troublée, elle décida de s’accroupir pour observer par le trou de la serrure. Si elle connaissait parfaitement la silhouette partielle offerte à sa vue, ce n’était pas celle qu’elle attendait. Alice… ? Elle ne distinguait que la jeune femme, son visage animé… en colère ? Confuse et fébrile, elle pressa un peu plus son orbite contre l’ouverture, dans l’espoir de capturer un meilleur aperçu de la scène. Elle ne le voyait pas, mais les intonations de sa voix soudain haussée ne laissaient aucune place au doute. Kay !

Quelque chose fit un bond dans son ventre, elle se releva aussitôt et tourna la poignée, entrouvrant la porte de quelques centimètres. Plongés dans une vive discussion, ils ne l’entendirent pas. Et encore une fois, ce sentiment de malaise indéfinissable, de paralysie temporaire. En équilibre sur le seuil, Helix attendit. Et observa.



_________________


Everything is poison in the right dose.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Masculin
↳ Nombre de messages : 1443
↳ Points : 380
↳ Arrivé depuis le : 15/03/2016
↳ Age : 23
↳ Avatar : Ezra Miller
↳ Age du Personnage : 216 ans & 23 ans. (15 mars 1801)
↳ Métier : Danseur au Masquerade, professeur particulier et escort boy occasionnel.
↳ Opinion Politique : Pour la rébellion, n'en déplaise à son esprit chaotique.
↳ Niveau de Compétences : Niveau 3
↳ Playlist : Noir Désir - Le vent nous portera | Yodelice - Insanity | Adam Naas - Fading Away | Elephant Man Main Theme | Фолькнери - Карчата / Folknery - Karchata | Mademoiselle Noir | Cheshire Kitten - SJ Tucker
↳ Citation : "Ses secrets partout qu'il expose. Ce sont des oiseaux déguisés."
↳ Multicomptes : Mikkel G. Ievseï & Cassidy H. Valdès
↳ Couleur RP : darkseagreen



les petits papiers
↳ Copyright: Opheodrys
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Kick at the Darkness 'til it Bleeds Daylight [Kay]   Jeu 23 Mar - 17:02


« She will see another me »

Helix & Kayiman
featuring

Les rêves d'Alice dansaient encore au fond de ses yeux d'ambre. Ils lui apparaissaient chaque nuit avec la clarté d'une scène réelle, remplie de fourmillants détails colorés. Son instinct avait toujours été extrêmement puissant. Elle ne le négligeait jamais. Ce qu'elle avait vu sur l'écran des arènes n'avait fait que confirmer ce que ses songes lui avaient déjà révélé mais dernièrement, ses rêves prémonitoires devenaient de plus en plus sombres et effrayants. Les pieds agiles d'Alice se posaient en équilibre sur le rebord des fenêtres, accrochée aux ombres, elle se faufilait en silence. Elle combinait son intuition surnaturelle et ses capacités physiques avec un talent tout particulier qu'elle avait perfectionné au cours de plusieurs années d'expérience. Tout cela faisait d'elle une espionne incomparable. Alice escaladait les murs à la force des doigts, se hissant vivement d'un toit à l'autre avec aisance et souplesse. Petite de taille, elle ressemblait presque à une enfant, un petit gosse des rues, recouvert de guenilles sombres. Et personne ne faisait attention à elle. Personne ne la voyait lorsqu'elle épiait aux fenêtres, lorsqu'elle pénétrait dans les demeures, lorsqu'elle piochait les informations au grès de ses pérégrinations.

Alice savait que K. était vivant. Elle l'avait vu dans un rêve, l'homme au visage de crocodile, le meneur de son clan, le chef de sa meute infernale, le protecteur des exclus. Ils n'étaient plus à Darkness Fall mais les liens qui unissaient les membres du clan ne s'étioleraient jamais. Alice ne le permettrait pas. Dans son âme de sauvageonne, l'espoir restait obstinément ancré, en dépit des rêves qui se muaient en cauchemars. Elle désirait que leur famille soit unie à nouveau. Helix, Kayiman, Luke, Harry, Ash, Elijah, Galahad, Antòni... et Alice. Leurs épaules serrées les unes aux autres.

Dans les couloirs sombres du grand Cabaret, les faibles lampes rouges éclairaient la silhouette menue de l'espionne. Elle se faufila dans la loge plongée dans l'obscurité, se recroquevilla dans un coin, assise à même le sol, et attendit.

***

Tristan portait de longs gants de soie d'un rouge brillant qui tranchaient avec le noir de sa tunique. D'un pas placide, il rejoignit sa loge sans s'attendre à la trouver occupée. Il ne voulait pas s'entourer du bavardage de ses collègues. La simple perspective de déjeuner en leur compagnie lui paraissait presque une torture. Ainsi, il relâcha un soupir d'aise quand la porte fut refermée derrière lui et qu'il s'installa à sa place, face aux multiples miroirs qui ornaient le mur. Il avança le bras pour actionner l'interrupteur et la lumière éclatante dissipa aussitôt les ombres et lui offrit ainsi la vue sur son reflet. Un monstre était assis face à lui. Tristan restait figé sans ciller. Il observa son reflet un moment sans baisser le regard, se forçant à apprécier dans toute leur horreur les détails morbides de son visage écorché et mutilé qui n'avait plus rien d'humain. Il ne voulait pas être soumis à cette damnation, pas plus qu'à quoique ce soit. Alors il l'assumerait. Il s'habituerait à se regarder jusqu'à ce que cette vision ne le surprenne plus jamais dans les reflets égarés... Pourtant, ses yeux furent attiré par un autre reflet derrière le sien : une silhouette qui se redressait, émergeant du recoin où elle était tapie. Faisant aussitôt volte-face, il se releva d'un bond.

« Alice ? » Sa voix n'était qu'un souffle, il s'attendait si peu à la voir là, surgie du passé. La jeune fille hocha la tête dans un sourire un peu intimidé avant de s'avancer vers lui. « J'savais que t'étais en vie, j'le savais ! Kayiman... » Mais il recula et son dos heurta doucement le rebord de la table alors qu'il secouait la tête. « Non, il est mort. Je suis Tristan. » Ses veines pulsaient le sang maudit sous les battements chaotiques de son cœur. Peut-être aurait-il dû être heureux de la revoir, il ne le savait pas. Il se sentait juste troublé par cette intrusion. Alice se mordit les lèvres mais elle restait accrochée à son espoir, cet optimisme si inébranlable, ce désir si fortement ancré. « J'sais que t'as changé de nom et que t'as... changé toi. Mais, je... » Il entendait les murmures de l'esprit qui le hantait.

Moi. Moi. Moi.

Tristan leva sa main gantée pour l'interrompre d'un regard impérieux. Stupide gamine. Que croyait-elle savoir ? « Non. » Alice pesta entre ses lèvres mais insista encore, poursuivant sur sa lancée d'un ton trop joyeux. « Mais c'pas grave ! J't'ai retrouvé, j'ai réussi ! Et faut que tu saches, j'ai retrouvé Helix aussi ! T'savais qu'elle est ici à la Nouvelle-Orléans? On va pouvoir être tous réunis comme avant, on va pouvoir... » Elle avait commis le geste de trop. Elle avait négligé tous les signes, toutes les mises en garde de ses rêves, tout ce que ses découvertes lui avaient apprises. Elle s'était attachée au passé, à ses espoirs, elle s'était élancée pour se blottir contre le maudit, elle l'avait entouré de ses bras. Et il l'avait repoussée brutalement. Ces manières chaleureuses, cette joie si candide. Cela le dégoûtait et le blessait à la fois.

« Cesse tes enfantillages. Notre passé est révolu. Elijah s'est fait tuer dans les arènes, il y a des années. Ash s'est fait dévorer par des zombies sous mes yeux et Helix... le blizzard l'a emporté. Nous ne serons plus JAMAIS tous réunis. » Alice chancela sous la rebuffade, son visage était imprégné de tristesse mais son regard restait rempli de détermination. Elle avança à nouveau, sans se laisser décourager et saisit la main du démon. La main gantée de rouge. « C'pas toi qui me repousse, c'pas toi... j'peux t'aider, je peux ! T'es sous l'emprise d'un mauvais démon, un esprit, j'sais pas mais... Kay ! » Tristan ferma les yeux. L'esprit chantait dans sa tête, il fredonnait sans que ses paroles ne lui soient réellement perceptibles, il saisissait juste quelques mots, ça et là.

C'est un autre. Regarde. Plus jamais. Mourir. Un autre moi.

L'espoir d'Alice était une torture supplémentaire alors, il y mit le feu sans plus attendre. Sa concentration s'envola à son paroxysme, Tristan respirait doucement, il prononça quelques mots, des incantations soufflées par le parasite qui s'ancrait à son âme. Sa voix était très basse. Il s'empara des émotions d'Alice, les étira, les broya et les pressa avec violence. Toute humeur positive avait disparu en elle instantanément. Ses prunelles se dilatèrent alors que la colère et la frustration faisaient trembler son corps. Elle se cabra et hurla. « Ils sont morts à cause de toi ! A cause de toi ! T'avais promis de nous protéger, tu l'avais promis ! »

Tristan ne répondit rien. Il restait là, droit face à elle, le menton redressé et le regard insensible, savourant la transformation qui peignait ce petit visage trop naïf. Cette excès de douceur et de confiance qui s'y gravait était désormais nettoyé par sa colère. Une colère purifiante, qui neutralisait les espoirs futiles et inutilement douloureux. Le rouge de la fureur colorait les joues rondes d'Alice qui crachait. « J'sais que t'es possédé ! J't'ai observé, j'ai bien vu qu'un truc n'allait pas, que tu portais toujours des gants, que tu touchais personne ! Et quand tu te regardes dans le miroir, t'es bizarre... On t'a maudit ! Pourquoi tu l'avoues pas hein ? Dis-le ! Dis-le ! Qui est Tristan ? Qu'est ce qu'il a fait de Kayiman ? » Restant muré dans un silence intraitable devant le flot de questions, le damné ôta ses gants l'un après l'autre, sans se presser, prenant son temps. Il les balança d'un geste négligeant sur la table avant de tendre sa main nue à la fille au regard courroucé. Haussant un sourcil sardonique, il l'incita à se rapprocher d'un geste des doigts. « Que crois-tu qu'il se passera si j'effleure ta peau ? Tristan est mon nom de baptême, petite idiote trop colérique. Tu ignores tout de moi. L'autre n'était qu'un surnom... il n'était rien du tout. »

En prononçant ses mots, il venait de s'infliger une telle douleur qu'elle le prit par surprise, le perforant de part en part. Tristan cilla en refermant sa main sur celle d'Alice. Il aurait voulu se contrôler, réussir à maîtriser cette malédiction qui le poussait à nécroser les chairs par simple contact, il était capable de le faire, de prouver à Alice qu'elle se trompait. Pourtant, alors qu'il serrait sa main, la voix colérique monta à nouveau jusqu'à lui, si pleine de rage et d'aigreur. « Helix n'aimera pas ça, elle n'aimera pas ça quand je lui dirai ! T'as beau refuser de le croire, elle est en vie ! » L'étau sur la main d'Alice la fit blêmir pendant que Tristan rugissait d'une voix sourde. « Arrête ça ! Elle n'est plus là, elle ne reviendra plus ! » Pourquoi insistait-elle à ce point ? Le cœur de Tristan battait la chamade, il ne parvenait plus à se maîtriser, sa respiration était trop courte et la peau d'Alice, écrasée par sa poigne, commença à se nécroser. Sous l'intensité de la brûlure, elle gémit, effrayée de voir sa peau noircir, comme si elle pourrissait, ses doigts striés de veines violacées. L'autre main de Tristan la saisit à la gorge, la privant d'air et de parole. Les yeux épouvantés d'Alice étaient levés vers lui, elle n'arrivait pas à se débattre, elle étouffait. Il voulait la faire taire mais en lisant la peur dans ses billes ambrées, il eut envie de la faire mourir. Il ne recula pas. La chair se nécrosait contre le cou gracile, déployant la gangrène au bas de ses joues comme des flammes noires qui dévoraient sa peau. Sous la terreur et l'afflux de douleur, les yeux d'Alice étaient écarquillés, le blanc de sa cornée éraillé de petits vaisseaux écarlates. Enfin, elle perdit connaissance et chancela, le visage bleui, sans que Tristan ne cesse de serrer, allant jusqu'au bout de sa mise à mort, emporté par sa transe morbide.

La haine. La haine. La haine. La haine. La haine. La haine.

Le corps d'Alice retomba sur le sol comme un paquet froissé. Tristan n'avait pas entendu la porte s'ouvrir. Il regarda ses mains, elles ne tremblaient pas. Pourtant, son attention fut soudainement attirée par un bruit, une présence, quelque chose qui le tira brutalement de sa torpeur, cette hypnose qui le plongeait dans un état second. La porte était ouverte et quelqu'un se tenait sur le seuil. Il aperçu d'abord ses jambes, le bas de sa tenue, ses vêtements féminins. Ce vieux sac à dos de toile qui pendait contre son épaule. Ce collier original et bariolé qui ornait son cou. Et ces nattes qui se balançaient tout autour de son visage. Ces nattes noires et gracieuses contre ses joues mates. Il se figea sur place, son cœur manquant un battement. Tristan se rattrapa à la chaise placée devant la table de maquillage, des taches noires volaient devant ses yeux. Il refusait de croire en ce que ses yeux voyaient, des yeux qui avaient été trompé par les illusions des arènes. Il les ferma un moment, quelques secondes à peine, avant de les rouvrir. Elle était toujours là. Il ne rêvait pas, il ne rêvait pas. Oubliant totalement le corps supplicié d'Alice qui gisait à ses pieds, il l'enjamba, comme s'il ne s'agissait que d'un obstacle dérisoire. Il l'enjamba lestement comme si son cadavre n'était qu'un objet abandonné. Cette fois sa main tremblait quand il la leva vers elle, osant à peine caresser ses cheveux.

« Helix... Helix ? Est-ce que... c'est vraiment toi ? »


_________________
not broken just bent
©️ FRIMELDA
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t3412-tristan-k-bellam http://www.mercy-in-darkness.org/t3954-ce-qu-il-voit-son-histoire-voile-et-ses-tenebres-sont-etoiles

MASTER OF ILLUSIONS

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 429
↳ Points : 48
↳ Arrivé depuis le : 14/02/2017
↳ Age : 30
↳ Avatar : Zoe Kravitz – sign ©Frimelda
↳ Age du Personnage : 24/222
↳ Métier : Réceptionniste à l'hôtel Overlook
↳ Opinion Politique : Rebelle
↳ Niveau de Compétences : Niv. 2 (niv. 3 en nécromancie et potions, niv. 4 en perception des fantômes)
↳ Playlist : Ibeyi – River
The Handsome Family – Far From Any Road
Princess Nokia – Brujas
The Orwells – They Put a Body in the Bayou
Laura Mvula – Green Garden
Nina Simone – I Put a Spell on You
Charles Bradley - The World (Is Going Up In Flames)
Ibeyi – Oya
Ibeyi – Ghosts
Laura Mvula – Can’t Live with the World
Little Simz ft. The Hics – Gratitude
↳ Citation : A Witch is born out of the true hungers of her time. [...] The things that are most wrong here summoned me.
↳ Multicomptes : non
↳ Couleur RP : #ffcc99



les petits papiers
↳ Copyright: Opheodrys
↳ Disponible pour un topic?: Oui =D
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Kick at the Darkness 'til it Bleeds Daylight [Kay]   Ven 2 Juin - 18:01


« Do we not each dream of dreams?
Do we not dance on the notes of lost memories? »

Kayiman & Helix
featuring

Pourquoi était-elle incapable de bouger ? Pourquoi ne s’élançait-elle pas ? N’interrompait pas cette scène horrible, ces mots échangés comme autant de lancers de couteaux entre deux des personnes qui comptaient le plus pour elle en ce monde et l’autre ? Elle avait cru Kay mort et n’avait jamais cessé de l’invoquer parmi les spectres. Mais il était là. Debout. Vivant, vibrant, à quelques mètres à peine, qu’il lui suffirait de franchir pour enfin le toucher. Et avec lui, Alice, leur lutin radieux, réapparue comme par enchantement. C’était ce dont elle avait toujours rêvé, ce qu’elle n’aurait jamais osé espérer. Un miracle.

Kay était beau dans ses vêtements couleur de nuit et ses gants rouges. Elle aurait voulu lui sauter au cou, embrasser son visage, enfouir ses mains dans ses cheveux. Elle aurait pris Alice dans ses bras aussi, aurait caressé ses joues rondes. Mais rien ne semblait se passer comme il l’aurait dû. À la place, les traits enfantins de la jeune femme étaient crispés de larmes et de colère, quand ceux de Kayiman se paraient d’un masque dur et insensible. Il n’avait jamais été quelqu’un de très
expressif, mais ce qu’il laissait entrevoir aujourd’hui n’avait rien à voir avec cela. C’était lui… et pas tout à fait. Helix n’aurait pas su définir quoi, mais quelque chose… quelque chose était profondément distordu dans l’étoffe de cette réalité.

Était-il possible qu’elle soit simplement en train de faire un mauvais rêve ? Ses doigts fébriles cherchèrent le contact de son propre bras, qu’elle pinça presque jusqu’au sang. La douleur la fit grimacer, mais aucun son ne franchit ses lèvres. Elle n’était pas prête. Pas prête du tout à assister à la tragédie qui se déroulait en accéléré sous ses yeux. Alice invectivait son vis-à-vis, crachait des mots dont le sens échappait à l’oreille indiscrète de la sorcière. Maudit ? Kay se serait-il attiré les foudres d’un mage plus puissant ? Cela expliquerait le changement d’identité, mais les derniers mots de la jeune femme laissaient entendre autre chose. Un reproche. Celui de se cacher derrière ce nouveau nom ? Lui… Il restait calme, effroyablement égal à lui-même.

De sa position, elle n’apercevait que son profil à demi plongé dans les ombres. Il semblait sourire. Au geste qu’il esquissa vers son interlocutrice, elle retint son souffle. C’était une invitation à faire la paix, ils allaient enfin mettre ces différends ridicules de côté, et elle pourrait entrer en scène, tout sourire, comme un nouveau personnage de cette tragi-comédie. Elle l’espérait de toutes ses forces, la main toujours crispée sur la poignée, mais quelque chose au fond d’elle savait que ce n’était pas ce qui était en train de se produire. Les mots qui sortirent de sa bouche avaient un goût de rouille. Un goût de sang. Un goût de trahison. Elle ne voulait pas, ne pouvait pas les croire. Il avait emporté ce
surnom jusqu’aux Enfers, aller et retour, et elle aurait pu comprendre s’il avait dû en changer pour des raisons de sécurité, mais le renier ainsi ? C’était comme les renier eux, la renier elle. Et ça ne faisait aucun sens. Ils étaient Kay et Helix, envers et contre tout, depuis près de deux siècles.

Qu’est-ce qui avait bien pu changer ?

Certes, ils n’étaient pas en excellents termes lorsque la Catastrophe les avait séparés, et certains mots durs avaient été lâchés de part et d’autre… Mais après tout le reste, il lui semblait que ce n’était rien, un détail insignifiant, une broutille bien vite oubliée. Se pouvait-il qu’il lui en veuille encore, pour rejeter ainsi une identité si étroitement liée à leur passé commun ? Cette idée entra comme un courant d’air glacé dans son cœur. Elle réparerait ça. Il était en vie, cela seul importait.

La main de Kay, dont la pâleur contrastait avec le noir de ses vêtements, recouvrait presque entièrement celle d’Alice. Mais il n’y avait aucune douceur dans ce geste, aucune amitié dans ces articulations blanchies. Et que de l’effroi dans les paroles de sa comparse. Dans l’ombre, l’espionne pouvait sentir sa poitrine se gonfler de larmes. Ses yeux pourtant restaient asséchés d’horreur. Il avait levé l’autre main, refermé ses doigts sur la gorge tendre d’Alice. Ce n’était pas qu’une intimidation un peu rude. C’était bien pire. Autour du point de contact, une pourriture rampait tel un champignon étendant les longs tentacules de son mycelium sur la peau immaculée.

Helix plaqua une main contre sa bouche.
Arrête, arrête, arrête, arrête! Pas un son ne sortit. Elle restait comme hypnotisée par cette vision malade, tétanisée sur le pas de la porte. Mais ce serait lui accorder trop de crédit que de penser qu’il s’agissait simplement du choc, d’une réaction instinctive et incontrôlable de pétrification. Si elle restait là sans réagir, au fond, c’est parce qu’elle voulait voir. Voir ce qu’il allait faire. Voir s’il irait jusqu’au bout. Voir si c’était possible, s’il en était réellement capable. Elle aurait pu intervenir. Ses membres n’étaient pas réellement paralysés, son cri grondait déjà dans son ventre. Elle aurait pu. Mais elle voulait être sûre. Et Kayiman… Tristan. Venait de lui exposer cette vérité tant redoutée.

Le corps de leur amie heurta doucement le sol. Helix expulsa enfin un faible gémissement. Puis son regard croisa celui du meurtrier. De l’Amant. Du Frère. De l’Enfant mutique. C’étaient toujours les mêmes yeux sombres, animés de cette vie souterraine dans laquelle elle aimait puiser. Peut-être était-ce cela, le plus terrible. Surmontant une seconde de vacillement, il s’approcha et elle le laissa faire, immobile. Ses doigts brûlaient de le toucher, de confirmer sa présence tangible, après tout ce temps passé à le chercher dans l’immatériel. Pourtant, lorsqu’il leva les siens vers son visage, elle ne put s’empêcher de détourner légèrement la tête, portant un instant son attention vers la dépouille abandonnée d’Alice avant de revenir sonder le visage de l’étranger qui lui faisait face.


— Oui… Mais je ne suis pas sûre que ce soit toi.

Elle aurait tout donné pour seulement enrouler ses bras autour de lui. À la place, elle baissa les yeux et le dépassa sans plus un mot. Helix rejoignit Alice et s’agenouilla lentement à ses côtés. Elle n’avait jamais cherché à perfectionner ses dons de guérisseuse, et les joues exsangues de la jeune femme lui indiquaient qu’elle n’en aurait pas l’utilité. Elle essaya quand même, une main posée sur la poitrine désormais figée. En vain.

Le lourd sanglot qu’elle retenait secoua soudain ses épaules, tandis que la réalité de la situation se répandait dans son esprit comme un cancer. Alice était morte et elle était complice. Elle n’avait rien fait. Elle avait attendu, afin de mener à bien sa petite expérience morbide. Tenant la vérité en plus haute estime que la vie. Elle tourna la tête pour lancer un regard brouillé de larmes et de colère à Kay. Tristan. Puis elle le reporta sur la conséquence de leur folie.

Séchant ses larmes d’un vif revers de main, elle se redressa et se dirigea vers la grande coiffeuse auréolée de petites ampoules qui habillait la loge. Des crayons de maquillage s’épanouissaient en corolle dans un pot. Elle saisit le plus gros, le plus noir, et revint s’installer auprès du cadavre. D’une main sûre et légère, elle commença à tracer les grandes lignes du rituel autour de sa silhouette, agrémentant parfois son œuvre des vévés de Legba, du Baron Samedi et des Marassa Jumeaux. Elle pouvait sentir la magie, semblable à des flots de poussière électrique, se rassembler dans ses os, affleurer à ses lèvres, à la pointe de ses cils, dans la pulpe de ses doigts. Sa puissance gonflait ses poumons, insufflait un sentiment de ferme détermination.

Non, Helix n’avait jamais été une bonne guérisseuse.

Elle était nécromancienne.



_________________


Everything is poison in the right dose.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Masculin
↳ Nombre de messages : 1443
↳ Points : 380
↳ Arrivé depuis le : 15/03/2016
↳ Age : 23
↳ Avatar : Ezra Miller
↳ Age du Personnage : 216 ans & 23 ans. (15 mars 1801)
↳ Métier : Danseur au Masquerade, professeur particulier et escort boy occasionnel.
↳ Opinion Politique : Pour la rébellion, n'en déplaise à son esprit chaotique.
↳ Niveau de Compétences : Niveau 3
↳ Playlist : Noir Désir - Le vent nous portera | Yodelice - Insanity | Adam Naas - Fading Away | Elephant Man Main Theme | Фолькнери - Карчата / Folknery - Karchata | Mademoiselle Noir | Cheshire Kitten - SJ Tucker
↳ Citation : "Ses secrets partout qu'il expose. Ce sont des oiseaux déguisés."
↳ Multicomptes : Mikkel G. Ievseï & Cassidy H. Valdès
↳ Couleur RP : darkseagreen



les petits papiers
↳ Copyright: Opheodrys
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Kick at the Darkness 'til it Bleeds Daylight [Kay]   Mar 20 Juin - 18:47


« She will see another me »

Helix & Kayiman
featuring

La voix désincarnée qui s'échappait de sa propre bouche lui paru fausse, comme s'il répétait la réplique d'une pièce de théâtre. Cette scène n'était pas réelle, elle ne pouvait pas l'être, et il cru réellement être devenu fou. Tristan avait tant rêvé ces impossibles retrouvailles, il s'était accroché à cet espoir insensé avec une obstination aussi infantile qu'utopique. Celui qu'Helix puisse exister encore, quelque part dans ce monde dévasté, et qu'un jour, ils se retrouvent face à face, aussi bouleversés et heureux l'un que l'autre. Mais quelque chose n'allait pas, une fracture avait eu lieu et avait corrompu ce rêve idyllique avec une brutalité inattendue. C'était bien la voix d'Helix qui lui répondait mais sa méfiance l'agressa comme un soufflet en plein visage. Les prunelles de Tristan vacillèrent, ses lèvres tremblaient mais il se sentit incapable de prononcer quoique ce soit, figé sur place dans la contemplation d'Helix. Celle qui se détournait de lui, qui le dépassait pour lui tourner le dos, sans plus un mot. Pendant quelques secondes, il avait cru que son cœur s'était arrêté de battre mais à présent, il le sentait s'agiter dans son écrin de chair, palpitant avec acharnement au point de lui infliger une brutale sensation de vertige. Tristan se retourna en chancelant et ses paupières cillèrent en apercevant la sorcière agenouillée au chevet d'un corps supplicié. Il ne reconnu pas immédiatement Alice. Son regard égaré restait braqué sur la silhouette de l'être aimée qui lui avait tant manqué. Sa bouche était sèche, il s'humecta les lèvres en l'observant poser sa main sur la poitrine inerte.

« Elle est morte. » Souffla-t-il, pour confirmer l'horreur. Il ne savait ce qu'il aurait dû ressentir, le choc de la vision d'Helix ne cessait de le heurter avec violence au point de dissoudre toutes ses émotions. Encore une fois, il avait la sensation de ne pas être vraiment là, comme si son corps n'était qu'une carcasse vide qui inspirait et expirait un peu trop rapidement. Comme s'il n'appartenait pas réellement à la scène. Comme s'il n'avait pas d'existence propre. Il soutint le regard que la brune lui lançait, un regard humide et chargé de turbulences, comme à l'approche de l'orage. Les yeux d'Helix pouvaient être à la fois agréables et autoritaires, ils inspiraient confiance. Mais les émotions qui s'y inscrivaient traduisaient une telle douleur que ce regard le foudroya. Désemparé, il resta silencieux sans effectuer le moindre mouvement pendant qu'Helix circulait dans la loge, la suivant du regard. Son front se plissa en la voyant dessiner des symboles ésotériques autour du corps inanimé de sa victime. Tristan inspira profondément avant de se rapprocher de sa démarche souple, pliant les genoux pour se poser en face de la sorcière, comme un spectateur discret et curieux. Il posa ses mains contre ses cuisses et attendit. La magie enrobait l'espace de la pièce mais s'il la devinait, il ne pouvait plus réellement la ressentir. Tandis qu'elle se centrait sur le rituel, l'impression atroce qu'un mur translucide s'était érigé entre eux le frappa. Il avait envie de hurler, de tambouriner pour le briser mais il s'en sentait incapable. Sa propre exclusion lui sautait aux yeux avec une violence insoutenable. Il n'était plus un sorcier. Il ne faisait plus partie de cette famille. Elle était là, la fracture.

Tristan n'était pas en état d'éprouver la moindre bribe de culpabilité. La mort d'Alice lui paraissait si insignifiante en comparaison de la présence si bouleversante d'Helix en face de lui. Ne sachant comment briser ce mur de silence entre eux, il se hasarda à l'aider. La nécromancie n'avait jamais été sa discipline de prédilection mais il en reconnaissait le rituel et devinait ce que la sorcière cherchait à accomplir. Lentement, il avança sa main, se penchant légèrement en avant pour déposer sa paume sur le visage bleui. S'il pouvait contrôler le flux du sang et le faire circuler à nouveau artificiellement dans les veines, peut-être cela serait-il d'une quelconque aide au réveil de la morte. Sous son injonction, le liquide vital encore tiède afflua aux joues trop pâles, lui rendant ses couleurs tandis que le corps d'Alice était agité de soubresauts nerveux. Ses yeux s'ouvrirent brusquement alors que du sang s'échappait de son nez, de ses oreilles et de sa bouche. Tristan ôta brusquement sa main et reporta son regard sur Helix. Si Alice se réveillait, qu'allait-elle lui dire ? Soudain, l'incertitude le tenailla.

« Il est inutile de réveiller les morts, laissons-là dormir. » Sa voix était trop basse, altérée par la boule douloureuse qu'il avait dans la gorge. Il poursuivit néanmoins, sa main cherchant celle d'Helix pour enfin y refermer ses doigts dans un léger frémissement. Il avait cru oublier ce que cela faisait de la toucher. « Je te croyais disparue dans le blizzard. J'ai tenté de te retrouver, je voulais retourner à Darkness Fall pour te rejoindre... Où étais-tu Helix ? Si tout ça n'est pas une nouvelle hallucination, dis moi comment tu as fait pour revenir ? » Avait-elle réussi à s'échapper des enfers une nouvelle fois ? La réponse n'avait sans doute pas grande importance si sa présence n'était ni un rêve ni une illusion. Il serra sa main avec plus de force et la sentit bien tangible. Des larmes de joie s'échappèrent de ses yeux sans qu'il n'y prenne garde et dans un mouvement irréfléchi, il s'avança vers elle pour l'entourer de ses bras, oubliant une fois de plus la présence d'Alice, gisant à leurs coté. Mais le rituel de la sorcière avait été exécuté. La magie irradiait de sa peau et avait enrobé la dépouille de la victime qui émit de faibles grognements en se redressant. Les yeux chaleureux de la petite Alice avaient perdu leur éclat, une surface ombrageuse s'y accrochait.


_________________
not broken just bent
©️ FRIMELDA
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t3412-tristan-k-bellam http://www.mercy-in-darkness.org/t3954-ce-qu-il-voit-son-histoire-voile-et-ses-tenebres-sont-etoiles

MASTER OF ILLUSIONS

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 429
↳ Points : 48
↳ Arrivé depuis le : 14/02/2017
↳ Age : 30
↳ Avatar : Zoe Kravitz – sign ©Frimelda
↳ Age du Personnage : 24/222
↳ Métier : Réceptionniste à l'hôtel Overlook
↳ Opinion Politique : Rebelle
↳ Niveau de Compétences : Niv. 2 (niv. 3 en nécromancie et potions, niv. 4 en perception des fantômes)
↳ Playlist : Ibeyi – River
The Handsome Family – Far From Any Road
Princess Nokia – Brujas
The Orwells – They Put a Body in the Bayou
Laura Mvula – Green Garden
Nina Simone – I Put a Spell on You
Charles Bradley - The World (Is Going Up In Flames)
Ibeyi – Oya
Ibeyi – Ghosts
Laura Mvula – Can’t Live with the World
Little Simz ft. The Hics – Gratitude
↳ Citation : A Witch is born out of the true hungers of her time. [...] The things that are most wrong here summoned me.
↳ Multicomptes : non
↳ Couleur RP : #ffcc99



les petits papiers
↳ Copyright: Opheodrys
↳ Disponible pour un topic?: Oui =D
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Kick at the Darkness 'til it Bleeds Daylight [Kay]   Mar 18 Juil - 5:46


« Do we not each dream of dreams?
Do we not dance on the notes of lost memories? »

Kayiman & Helix
featuring


La main d’Helix ne tremblait pas, quand son cœur était aussi volatil qu’une chandelle dans le vent. Elle est morte, avait-il assuré d’une voix plate. Il ne semblait y accorder aucune importance. Kayiman n’avait jamais été particulièrement démonstratif. Et, comme elle, il n’avait pas hésité à tremper ses mains dans les arcanes les plus sombres de leur Art. Tous, aux Enfers, portaient la malédiction des dieux, cet exil aux franges de la géhenne en châtiment de leurs actions passées. Ils n’étaient pas bons, ni elle, ni lui, ni Alice, ni aucun des autres.

La plupart avait déjà tué. Sans réel remord. Ils n’étaient qu’une bande de gamins abandonnés trop tôt à la rigueur d’un monde d’adultes. La moindre pépite de pouvoir était un trésor durement acquis, et leur soif intarissable. Ils n’avaient rien eu, mais ils voulaient tout. Dans ce contexte, la moralité revêtait pour eux un caractère très subjectif, c’était un concept mouvant et élastique qui se modelait à leur système de valeurs, et non l’inverse.

Or, Kayiman venait précisément de toucher au cœur de ce système. Pour la sorcière, les leurs étaient intouchables, ils formaient une famille, une union étroite de personnes qui s’aimaient et se soutenaient. Du moins, ils l’avaient été. L’acte du jeune homme ne faisait aucun sens aux yeux de sa compagne. Comment pouvait-il faire preuve d’une telle insensibilité ? Elle aurait voulu chercher la réponse à cette question, mais ne savait pas comment la formuler, ni même si elle était encore capable de le regarder en face .

Parce qu’elle ne le reconnaissait pas. Parce qu’elle était certaine de flancher. Elle était déjà toute prête à lui trouver des excuses. Après tout, elle était arrivée en cours de route et ignorait ce qui avait pu se produire plus tôt. Il avait peut-être une raison, une bonne. Et si c’était Alice qui avait changé, elle qui prétendait être ce qu’elle n’était plus ? Si elle avait trahi Kay, d’une manière ou d’une autre ? Helix aurait tellement voulu y croire. Elle se sentait capable de se laisser convaincre d’un seul mot, d’un regard.

Mieux valait donc se concentrer sur son rituel, car aussi fragile que soit sa volonté, ses instincts, eux, ne mentaient pas. L’échange qu’elle avait intercepté ne laissait soupçonner aucune trahison, aucune faute impardonnable de la part de la jeune femme. C’était une conversation de sourds où la colère se mêlait à l’incompréhension, où les reproches plongeaient racines dans le cœur et non le mépris.

Ses lèvres articulaient à toute allure la basse mélopée du rituel, chaque mot puisant son pouvoir à la source noire logée entre ses côtes, cet univers péniblement contenu en un corps. C’était comme s’il ne demandait qu’à sortir et se dilater, emplir la pièce entière de sa sombre thaumaturgie. Dans ces moments, lorsque la magie saturait ses sens, elle était souvent prise d’un vertige de toute-puissance, une expérience grisante la rendait sourde et aveugle à son environnement immédiat. Elle ne faisait qu’un avec son pouvoir, dans une sorte de transcendance corporelle.

Aujourd’hui, si elle ressentait bien l’ivresse de l’enchantement, elle restait intensément consciente de la présence de Kay dans la loge.

Il se déplaça, avec sa grâce de grand chat, pour venir s’installer en silence de l’autre côté du corps d’Alice. Elle s’efforça une nouvelle fois de l’ignorer, de ne pas ciller à son entrée dans son champ de vision. Il ne lui rendait pas la tâche facile, à se courber ainsi sur la dépouille de leur amie, ses longs doigts blancs frôlant le visage figé par la mort. Helix fut tentée de repousser sa main. Il n’avait plus le droit de la toucher, pas après tout ça. Mais il aurait fallu interrompre un sortilège déjà bien entamé, laisser la magie se disperser dans l’air, perdue à jamais. Elle se contenta donc de suivre ses gestes du coin de l’œil.

Sous sa paume, Alice semblait reprendre vie. La sorcière plissa le nez. Comment réalisait-il ce prodige ? Sans incantation, sans rituel d’aucune sorte ? Ce pouvoir lui était inconnu, du moins sous cette forme. Avait-il pu progresser à ce point en quelques années ? C’est alors que le stratagème apparut : il ne lui rendait pas son souffle, seul un afflux de sang provoquait le rosissement floral et les réflexes nerveux. Bien vite le fluide s’écoula à l’air libre, fuyant la carcasse agitée en petits ruisseaux noirs. Ce n’était pas un envoûtement classique, ni aucune forme de magie connue.

Perplexe, Helix en oublia sa volonté de ne plus croiser le regard de son vis-à-vis. Celui qu’elle lui adressa débordait de confusion et d’alarme. Qui était-il, qui était-il devenu ? Il avait ôté sa main, mis fin au sortilège, mais elle le remarqua à peine. Elle voulait comprendre. Était-il possible qu’une créature maléfique ou un mage puissant ait volé l’apparence de Kayiman ? Cela expliquerait l’étrange emploi de ce prénom et les accusations d’Alice… Mais il l’avait reconnue. C’était bien lui, et si cette certitude était moins désespérée que l’alternative, elle n’en restait pas moins terrifiante.

Sa voix, résonnant soudain dans l’atmosphère lourde de magie et de non-dits, la fit tressaillir. Elle ne sut quoi répondre. Cette morte-là n’aurait pas dû se trouver de l’autre côté de la frontière de la vie en premier lieu. Et ils étaient trop bien placés pour savoir que les morts comme eux ne connaissaient pas le repos. L’idée de leur amie arpentant seule les Enfers qu’ils avaient mis si longtemps à fuir lui donna envie de hurler. Elle espérait de tout cœur qu’elle parviendrait à retrouver Ash et Eli, qu’ils rebâtiraient ensemble un moignon du clan qu’ils avaient formé.

La main de celui qu’elle aimait effleura la sienne. N’aurait-elle pas dû la retirer ? Marquer de ce geste ferme et définitif son désaccord, l’horreur qu’elle éprouvait pour l’homme qu’il était devenu ? Elle n’y parvenait pas, car ce n’était pas vrai. Ses iris bruns restaient hypnotisés par la vision de leurs doigts joints, comme un rêve dont elle ne parvenait pas à se défaire. Combien de fois avait-elle imaginé cette scène ? Les circonstances étaient tragiquement différentes, mais la sensation éprouvée à son contact dépassait pourtant de loin les fantaisies ressassées la nuit.

Elle battit légèrement des paupières lorsqu’il reprit la parole, redressa le visage. Ses mots faisaient écho à ce qu’elle avait vécu, reflet presque identique de ses propres ressentis. Ce ne fut pas tant un vacillement de ses convictions qu’un simple retour à un état naturel, à des réflexes imprimés dans son corps, à un amour plus vaste que leurs différends, aussi profonds soient-ils. Lorsqu’elle aperçut ses larmes, lorsqu’il referma ses bras autour d’elle, Helix ne songea pas une seconde à le repousser. Sa colère et ses doutes ne s’étaient pas évanouis, mais ils étaient temporairement réduits au silence par quelque chose de plus primaire et de plus important.

Verrouillant ses mains à sa nuque, elle enfouit aussitôt son visage dans son cou, fermant les yeux pour mieux inspirer le parfum de sa peau, une saveur oubliée et pourtant instantanément familière. Elle aurait voulu le humer à s’en rendre ivre, à s’en gorger les sens, comme pour rattraper ces années ternes où elle l’avait cru disparu à jamais. Frottant doucement la pointe de son nez au creux de sa mâchoire — un geste retrouvé, aussi simple et inné que de respirer — elle lui répondit finalement, d’un ton bas et précipité par l’émotion.

— Je me suis posé les mêmes questions à ton sujet… Je te cherchais chez les esprits. Mais j’étais sur Terre, moi aussi. Kay, si j’avais su ! J’aurais suivi les autres, je serais revenue ici il y a longtemps… J’aurais dû y penser, c’était tellement évident, c’était chez nous… Mais je te croyais mort, j’espérais juste que tu ne sois pas reparti là-bas et que tu hantes encore le monde. Je t’aurais retrouvé, et ensuite–

Un faible râle interrompit son explication, qui n’aurait d’ailleurs rien donné de bon. Helix se figea contre la silhouette de Kayiman, les yeux soudain grands ouverts. Ce frisson sur sa peau, elle le reconnaissait. Le souffle des morts. Et dire qu’elle avait presque oublié où elle se trouvait, le maléfice qu’elle venait d’exécuter, les questions, le chagrin et l’horreur.

Reprenant ses esprits, elle se dégagea de l’étreinte qu’elle-même maintenait si serrée et porta son regard vers son œuvre. Un hoquet se coinça dans sa gorge en la découvrant, si parfaite mais si… défunte. Ce n’était plus elle, seul un pâle reflet de l’étincelle qui l’animait autrefois perdurait encore dans ses yeux. La sorcière inclina la tête avec désolation.

— Oh, Alice…

La jeune femme étira un sourire blême et distant, comme si elle devait lutter pour ressentir quoi que ce soit, et tendit la main vers sa créatrice. Helix saisit ses doigts frais et les serra brièvement. Elle aurait pu se satisfaire de la garder ainsi, même si c’était différent, songea-t-elle. C’était mieux que rien. Elle aurait pu s’habituer. Elles auraient pu, toutes les deux, car il semblait évident que la concernée éprouvait aussi quelques difficultés d’adaptation. Malheureusement, la nécromancie, aussi puissante soit-elle, ne faisait pas de miracles. Les choses ne fonctionnaient pas ainsi… Le temps leur était compté. Il fallait maintenant en faire bon usage.

Elle ramena un regard sévère sur Kayiman. C’était son expression de grande sœur responsable, celle qu’elle n’avait jamais su totalement perdre, même lorsque leur différence d’âge s’était effacée dans les limbes.

— Dis-moi pourquoi tu l’as tuée. Tu me dois — tu nous dois — cette explication, Tristan. Aux traits de la sœur se mêlèrent fugacement ceux de l’amante blessée. Regarde-la dans les yeux et dis-nous. Regrettes-tu seulement ? Tu devrais t’excuser…

C’était idiot et elle le savait. S’excuser n’y changerait rien. Mais peut-être, si elle pouvait essayer de le comprendre, et si Alice parvenait à lui pardonner… Alors tout ne serait pas aussi désespérément laid et triste. Elle reprit un ton plus bas, d’une voix frémissant de doutes.

— Je veux aussi savoir comment tu as fait. Je connais ta magie, et ça… c’était autre chose.

Alice avait certainement des réponses à lui fournir, et les questions s’amoncelaient déjà dans son esprit, mais Helix avait choisi pour l’instant de les retenir. Elle voulait la vérité de la bouche de Kayiman. Elle demandait son honnêteté. Son respect. Arracher ces informations à la mort n’était pour elle qu’une solution de dernier recours. Et ce n’était pas la raison pour laquelle elle avait ramené leur amie.


_________________


Everything is poison in the right dose.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Masculin
↳ Nombre de messages : 1443
↳ Points : 380
↳ Arrivé depuis le : 15/03/2016
↳ Age : 23
↳ Avatar : Ezra Miller
↳ Age du Personnage : 216 ans & 23 ans. (15 mars 1801)
↳ Métier : Danseur au Masquerade, professeur particulier et escort boy occasionnel.
↳ Opinion Politique : Pour la rébellion, n'en déplaise à son esprit chaotique.
↳ Niveau de Compétences : Niveau 3
↳ Playlist : Noir Désir - Le vent nous portera | Yodelice - Insanity | Adam Naas - Fading Away | Elephant Man Main Theme | Фолькнери - Карчата / Folknery - Karchata | Mademoiselle Noir | Cheshire Kitten - SJ Tucker
↳ Citation : "Ses secrets partout qu'il expose. Ce sont des oiseaux déguisés."
↳ Multicomptes : Mikkel G. Ievseï & Cassidy H. Valdès
↳ Couleur RP : darkseagreen



les petits papiers
↳ Copyright: Opheodrys
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Kick at the Darkness 'til it Bleeds Daylight [Kay]   Mar 15 Aoû - 17:19


« She will see another me »

Helix & Kayiman
featuring

Dès qu'elle fut dans ses bras, le cœur de Tristan gonfla jusqu'à devenir plus léger que l'air. Il avait l'impression de quitter le sol, d'être transporté dans un autre monde alors qu'il la respirait, qu'il la sentait, qu'il entendait sa voix chaude au creux de son oreille. Les choses étaient si différentes dans les rêves ou les pensées, aussi récurrents et intenses émotionnellement soient-ils. Durant ces quatre années de séparation, où il avait cru devenir fou de douleur, il avait appris à se plonger dans des songes où il l'imaginait à ses cotés. Ce n'était qu'un leurre pour le bercer et l'aider à trouver le sommeil durant ces nuits si lugubres et tristes. Mais cette fois, ce n'était plus des larmes de chagrin qui coulaient contre ses joues. Ce n'était plus l'oreiller froid contre lequel il enfouissait son visage pour étouffer ses sanglots. Un bonheur d'une puissance fulgurante eu l'audace d'éclater en lui. Parce qu'elle était bien là, parce qu'il ne s'agissait plus d'un souvenir ni d'un fantasme et qu'elle ne risquait plus de s'évanouir dans le néant sitôt qu'il aurait fermé les yeux. La façon dont elle le serrait si fort le lui confirmait. Il ne voulait pas la relâcher, le cœur chaviré, le corps tremblant sous l'émotion de ce miracle qui rendait soudainement le monde si prodigieusement magnifique.

Leur étreinte avait été fort brève mais Helix se dégageait déjà, à nouveau raide et distante. Le regard égaré de Tristan croisa le sien qui s'arrachait également à lui. Pendant quelques secondes, il s'attarda encore sur le visage de la sorcière, la contemplant sans prendre la peine d'essuyer les lourdes larmes, accrochées à ses cils. Quand il cilla, elles roulèrent en silence le long de ses joues tandis que ses prunelles vacillaient sous le choc de cette réalité. Helix n'était jamais retournée à Darkness Fall. Tristan mis quelques secondes à intégrer cette annonce. Lui qui avait tenté de mettre fin à ses jours dans l'espoir de la retrouver, lui qui s'était persuadé d'avoir aperçu son véritable spectre, ce jour là dans les arènes illusoires. Il en avait fallu de peu qu'il ne décide de plonger à nouveau dans les bras de la mort et qu'ainsi, en croyant la rejoindre, il ne s'en éloigne encore davantage. Ainsi, l'effroi le fit frémir, comme s'il avait manqué de choir dans un abîme sans fond, soumis à la pression tétanisante du vertige. Le hasard qui avait permis ces retrouvailles était aussi prodigieux que fragile et il songea tout à coup que le battement des ailes d'un papillon pourrait tout aussi bien les séparer à nouveau. Les prunelles sombres de Tristan obliquèrent vers la gauche, sa nuque trop engourdie pour suivre le mouvement. Ressurgie du royaume des morts, Alice étirait un sourire de papillon.

~

Autrefois, dans la maison de charité de la Nouvelle-Orléans, les cheveux d'Helix était entourés d'un tignon, foulard noué en turban au dessus de sa tête qui la grandissait davantage aux yeux des petits enfants. Du haut de ses douze ans, elle imposait le respect d'un simple regard sévère sur les bambins trop turbulents. Pour eux, elle était déjà une adulte et sitôt était-elle apparue que les orphelins avaient cessé de se chamailler, levant sur elle leurs yeux candides.
— Dis-moi pourquoi tu l’as mordue. Tu me dois — tu nous dois — cette explication, Kayiman. 
Une des jeunes orphelines pleurnichait, massant son petit bras maigrichon où l'on apercevait nettement les traces violacées d'une morsure. Indifférent à la souffrance de la fillette, Kayiman n'en tirait pas non plus de plaisir en particulier. Sans répondre, il affichait néanmoins un grand sourire mécanique, comme il le faisait lorsqu'il se faisait gronder par les sœurs. Lorsqu'on le battait, il riait. Il riait, même s'il avait mal. Un rire grinçant, théâtral. Parce que c'était ainsi qu'il avait apprit à réagir à une situation angoissante, en transformant la peur en un sentiment opposé. Il s'agissait sans doute d'une des formes les plus précoces du déni.
Lorsque Helix le gronda pour la première fois, il se précipita contre un mur, la tête en avant pour s'y fracasser le crâne. Il préférait retourner son agressivité contre lui-même pour préserver sa relation avec elle. Pourtant, la jeune métis ne le battit pas, contrairement aux pauvres femmes dépassées par ce petit monstre qui ne parlait pas et se contentait de hurler comme une sirène sans raison, des hurlements sinistres qui donnaient à croire qu'il était possédé. Cette fois, le petit Kayiman au sourire froid s'était complètement immobilisé, gelant sa mobilité et sa voix. Au bout d'un moment cette rigidité fut à nouveau remplacée par un cri au cours duquel la personnalité de l'enfant sembla se désintégrer. Alors, Helix suivit son instinct. Au lieu de le frapper, de le gronder, elle le prit dans ses bras et le serra très fort, dominant sans effort son corps fluet. Elle prit ses doigts, souffla dessus et lui murmura doucement.
— Regarde-la dans les yeux et dis-nous. Regrettes-tu seulement ? Tu devrais t’excuser…
Il ne regardait jamais personne dans les yeux, indifférent à autrui en permanence. Mais les yeux de la jeune fille avaient quelque chose de particulier et pour lui plaire, sa voix fluette s'éleva pour la première fois en présence des autres enfants qui le croyaient incapable de parler. Une voix un peu décalée mais aucunement teintée de culpabilité.
— J'avais juste envie de la mordre. Pardon, je vous fais mes excuses.

~

Tristan avait retourné son regard vers Helix, la dévisageant en silence, une expression de profond désarroi inscrite sur ses traits. Le regard de la brune était tout aussi vivant qu'autrefois, droit et assuré. Mais il perçu également dans le ton de sa voix les frissons de l'incertitude alors qu'elle l'interrogeait sur la nature de sa sombre magie.

Il redressa son visage trop fin et ses lèvres encore humides de ses larmes esquissèrent un sourire arrogant. Souplement, il quitta sa posture agenouillée pour retrouver sa verticale et abaisser son regard sur la morte. Le visage d'Alice avait emprunté une pâleur cadavérique et ses paupières ne cillaient plus sur ses yeux trop secs. Il les fixa un moment, le dos droit, le regard impérieux, avant d'articuler d'une voix posée. « Je suis sincèrement désolé Alice, crois bien que je regrette de t'avoir tué. Tout ceci n'était qu'un regrettable malentendu. » Alice paraissait perdue, peinant à manœuvrer un corps devenu trop lourd pour elle, sa bouche s'ouvrit sans émettre de son. Ayant docilement exécuté le vœux de son âme sœur, Tristan chercha son regard, le visage habillé de ce même sourire. « Effectivement, ma magie a évolué, j'ai obtenu de nouvelles capacités. » A ces mots, il se dirigea à nouveau vers la défunte et se pencha vers elle pour cueillir sa main et l'aider à se redresser. Elle était si menue qu'elle lui arrivait à peine au menton et Tristan n'avait aucune peine à soutenir le corps glacé, même s'il s'agissait d'un poids mort, sans souplesse. Bien qu'il ait respecté sans attendre la demande d'Helix, il était conscient du caractère futile de ses excuses en comparaison de son crime. Était-elle dupe de cela ? Il aurait aimé qu'ils le soient tous, que ses excuses n'aient pas cet accent de triste ironie. Mais à la fois, il ne pouvait que trouver cette scène tragiquement ridicule. La manière dont son prénom avait été prononcé dans la bouche d'Helix lui avait paru tout aussi grinçant. Se connaissaient-ils encore ? Une angoisse indicible passa fugacement dans son regard.

Néanmoins, en dépit des émotions bouleversantes qui le traversaient, il s'orientait déjà vers des considérations pratiques. Se lamenter sur des regrets ne faisait pas partie de ses habitudes et Tristan songeait déjà aux manières concrètes de gérer la situation. Soutenant toujours Alice, il se pencha légèrement pour extraire un mouchoir en papier de sa boite, posée sur la tablette de maquillage. D'un geste délicat, il essuya les traces de sang qui souillaient le visage de la suppliciée, examinant le fond de ses yeux désespérément opaques. Son fabuleux réveil prouvait l'efficacité des pouvoirs de la nécromancienne et Tristan tourna la tête pour lui offrir un regard brillant d'une admiration non feinte. « Je ne t'avais jamais vue exécuter ce genre de prouesses, même si je savais que tu en étais capable... Helix ? » Se débarrassant du mouchoir taché, il tendit sa main libre dans sa direction, dans une demande muette avant de poursuivre. « Nous pouvons associer nos talents, nous pouvons unir nos forces pour permettre à Alice de rester vivante auprès de nous. Je suis capable de faire circuler son sang dans ses organes, ce qui empêchera leur pourrissement. Je maintiendrai son corps à une température viable pendant que tu répéteras tes incantations. Ce sera possible, si nous restons tous ensemble... » Il n'était pas réellement sûr de ce qu'il avançait, n'ayant jamais eu l'occasion de tenter l'expérience et pourtant, cette idée lui inspira un enthousiasme lumineux. Il ajouta dans un murmure qui trahissait un espoir insensé. « J'ai une maison dans les bois. » Le cœur battant d'impatience, il dévorait Helix du regard, retenant son souffle dans l'attente de sa réponse.


_________________
not broken just bent
©️ FRIMELDA
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t3412-tristan-k-bellam http://www.mercy-in-darkness.org/t3954-ce-qu-il-voit-son-histoire-voile-et-ses-tenebres-sont-etoiles

MASTER OF ILLUSIONS

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 429
↳ Points : 48
↳ Arrivé depuis le : 14/02/2017
↳ Age : 30
↳ Avatar : Zoe Kravitz – sign ©Frimelda
↳ Age du Personnage : 24/222
↳ Métier : Réceptionniste à l'hôtel Overlook
↳ Opinion Politique : Rebelle
↳ Niveau de Compétences : Niv. 2 (niv. 3 en nécromancie et potions, niv. 4 en perception des fantômes)
↳ Playlist : Ibeyi – River
The Handsome Family – Far From Any Road
Princess Nokia – Brujas
The Orwells – They Put a Body in the Bayou
Laura Mvula – Green Garden
Nina Simone – I Put a Spell on You
Charles Bradley - The World (Is Going Up In Flames)
Ibeyi – Oya
Ibeyi – Ghosts
Laura Mvula – Can’t Live with the World
Little Simz ft. The Hics – Gratitude
↳ Citation : A Witch is born out of the true hungers of her time. [...] The things that are most wrong here summoned me.
↳ Multicomptes : non
↳ Couleur RP : #ffcc99



les petits papiers
↳ Copyright: Opheodrys
↳ Disponible pour un topic?: Oui =D
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Kick at the Darkness 'til it Bleeds Daylight [Kay]   Mer 16 Aoû - 23:19


« Do we not each dream of dreams?
Do we not dance on the notes of lost memories? »

Kayiman & Helix
featuring

Qu’attendait-elle, au fond ? Les excuses n’avaient de sens que lorsqu’elles étaient sincères. Sincères et spontanées. Kayiman n’était plus un enfant depuis longtemps. Elle non plus. Ce qu’elle espérait, au delà des remords et du désir insensé d’une réparation, d’un impossible retour en arrière, c’était la vérité. La vérité vraie, et nue, celle qu’on accordait aux gens qu’on aime, la vérité laide. Les doigts blêmes et rigides d’Alice dans sa paume, elle leva les yeux sur Tristan, son sourire à la cruauté bordée de larmes, ses yeux froids. Qu’il était beau, ainsi. Et terrible. Qu’il était réel. Et faux.

Les mots qui sortirent de sa bouche sonnaient creux. Peut-être regrettait-il vraiment et ne savait pas comment l’exprimer. Ses réactions aux épreuves de l’existence n’avaient jamais rien eu de commun. Helix le savait, elle avait appris à l’accepter, à le comprendre même, parfois. Pourquoi alors ses entrailles se contractaient-elles à ses paroles ? C’était peut-être qu’il en faisait trop. Un regrettable malentendu. On aurait dit qu’il plaisantait. Qu’il trouvait ça drôle, dans quelque recoin morbide de son esprit.

À l’opposé de cette attitude glaçante d’indifférence, la sorcière s’était remise à pleurer, débordant de larmes silencieuses qui noyaient ses yeux et dévalaient ses pommettes. Elle aurait voulu cesser, se reprendre, étancher ce torrent intempestif. Mais son corps lui échappait et prenait le pas sur l’esprit. Perdue, la jeune femme ne put que secouer la tête avec abattement aux révélations de son amant. Son sourire trahissait un certain orgueil. D’ordinaire, elle aurait partagé son enthousiasme, se serait réjouie avec lui de ces nouvelles aptitudes, les yeux brillants de fierté. La manière de les acquérir importait peu quand le pouvoir était à la hauteur, et elle-même avait consenti à bien des sacrifices pour arriver où elle en était...

Mais elle connaissait la sorcellerie. Leur Art, aussi vaste et trouble soit-il, avait ses limites. Ce qu’il venait d’accomplir nécessitait d’autres forces que les leurs. À vrai dire, elle n’avait même pas besoin de le savoir. Elle le ressentait. Ce qui les unissait autrefois, ce courant qui les traversait, les élevait et avait finalement causé leur perte, à quelques années d’intervalle… il n’était plus. Elle l’aurait reconnu, lorsque ses mains effleuraient la joue de la morte, le crépitement dense de sa magie. À la place, il n’y avait rien. Rien qu’un gouffre aveugle auquel elle n’aurait jamais accès. C’est pourquoi elle avait l’impression de ne plus le comprendre, pourquoi elle était incapable de discerner l’authenticité de son remord, pourquoi son chagrin s’épanchait en ruisseaux intarissables.

Elle dut lutter contre l’envie de tirer sur la main d’Alice, de la retenir auprès d’elle à l’encontre du mouvement de Kayiman. Ses doigts demeurèrent une seconde liés aux siens avant qu’elle ne consente enfin à les lâcher. Finalement, ce furent les gestes de l’homme qui ramenèrent un semblant de raison dans sa carcasse éplorée. La façon dont il soutenait Alice, la douceur appliquée avec laquelle il nettoyait le sang qui la maculait. En miroir, la sorcière essuya ses propres joues, sécha ses cils d’un poing malhabile, et convoqua un sourire brouillé pour répondre à la remarque de Kay. Sa voix était humide.

— Ça ne les intéressait pas, aux arènes… Il n’y en avait que pour les illusions.

Et les poisons. Combien de vapeurs toxiques avait-elle dû concocter pour satisfaire l’appétit sanguinaire de leurs bourreaux ? Combien d’innocents s’étaient tordus de douleur sous quelques millions de paires d’yeux, crachant sang et bile dans des spasmes malades, pour avoir respiré l’une de ses créations ? Elle s’en sentait encore coupable. Mais la nécromancie… Ceux-là n’y avaient jamais accordé la moindre valeur. Ils étaient faiseurs de mort, que leur importait de les ramener ensuite à la vie ?

Ainsi, Helix n’avait pas eu l’occasion de démontrer son savoir-faire à Kayiman. Ils n’avaient jamais pu récupérer le corps d’Eli. Et quand Ash avait succombé, le temps était à l’urgence, à la fuite. La magie des morts était paradoxalement une relique de son vivant, une époque d’insatiable quête de pouvoir où l’enfant n’était pas à ses côtés. Par la suite, devenu adulte, il avait pris toute la place dans son cœur et son existence, à tel point qu’il paraissait presque absurde qu’il ignore encore des choses sur elle. L’orpheline frissonna en songeant à tout ce qu’elle-même semblait désormais méconnaître sur son compagnon de toujours.

Ses yeux s’attardèrent sur sa main tendue.

Il la regardait, il l’invitait, il l’attendait. Elle avait envie de le suivre, comme toujours. Mais pour la première fois, elle hésitait. La voix de son amour était douce, ses mots composaient précisément la mélodie qu’elle avait envie d’entendre, ouvraient de nouvelles possibilités, esquissaient un futur qu’elle n’avait pas encore eu le courage d’envisager. Pendue à ses prunelles, Helix voulait désespérément s’accrocher à ce rêve. Et en cet instant précis, elle y croyait. Kay se ressemblait, il était celui qu’il avait toujours été. Il était sien.

Dans un reniflement, la sorcière se releva à son tour et rejoignit les deux silhouettes, comme pour compléter ce puzzle. Trop de pièces avaient été perdues, mais la plus importante, celle qui assurait à elle seule tout l’équilibre de la structure se trouvait devant elle. Peut-être que cela suffirait. Elle vint se faufiler dans l’interstice contre son flanc, jouant des épaules pour y créer son espace.

Alice sentait l’automne et les relents calcinés de l’occulte.

Tristan sentait Kayiman.

La magicienne aurait pu rester lovée là pour l’éternité, à prétendre que tout allait bien. Elle observait son œuvre aux couleurs éteintes en étudiant la proposition de son partenaire de crime. Elle n’avait jamais tenté de réveiller deux fois un même corps et ignorait si c’était même faisable. Il faudrait le préserver… Ce que Kay se proposait de faire. La tentation d’accomplir ce que personne d’autre n’avait mené à bien était impérieuse. Celle de le faire avec son âme sœur, ensemble, de se réapproprier leurs pouvoirs et leur liberté, leur vie même, l’était d’autant plus.

Confusément et avec embarras, elle se rendait compte que ce n’étaient probablement pas les bonnes raisons de vouloir forcer la présence de leur amie dans le monde des vivants. Ce n’était sûrement pas ce qu’elle aurait désiré non plus. Avec tout autant de honte, elle s’apercevait pourtant que ces certitudes ne suffiraient pas à lui faire changer d’avis. Helix leva la main, effleura tendrement les cheveux de la défunte. Sa voix était encore chargée d’émotion, mais plus assurée.

— D’accord.

D’accord, oui, elle était prête à se lancer dans ce projet un peu fou. Avec lui. Mais pas en fermant les yeux, pas en effaçant tout le reste d’un coup de baguette magique. La sorcière était têtue, elle ne lâcherait pas le morceau aussi facilement. Elle glissa un bras sous celui d’Alice pour la soustraire à l’étreinte de Kay et la guider jusqu’au siège devant la coiffeuse, où elle l’assit. La jeune femme se laissait faire, consciente de son environnement sans paraître y accorder de réel intérêt. Une main posée sur son épaule, comme si elle cherchait à s’y stabiliser, Helix retourna un regard inquisiteur vers ce Tristan inconnu.

— « On t’a maudit. » C’est ce qu’elle disait… Qu’est-ce que cela signifiait ? Dis-le moi. Dis-le moi, ou je lui demande. Est-ce pour cela que tu l’as tuée ? Parce qu’elle savait quelque chose que tu ne voulais pas révéler ?

Dans une valse hâtive elle revint sur ses pas, se posta devant lui, tout près — dans une attitude qui se serait voulu défiante si elle n’avait pas eu le menton au niveau de son torse — et étira le cou pour harponner son regard. Elle reprit d’un ton plus doux.

— Si tu ne me parles pas, je trouverai la réponse moi-même. Tu le sais… Et alors, voudras-tu aussi me faire disparaître ?

D’un geste délicat, elle saisit sa manche au niveau du poignet et guida sa main blanche jusqu’à sa propre gorge. Elle maintenait ses phalanges à un frôlement de peau, au point de la sentir se hérisser sous leur ombre. Ils se tenaient presque ainsi lorsqu’elle les avait aperçus, embusquée derrière la porte. Et ensuite ?

— Comment as-tu fait ?

Et comme elle en avait très envie, Helix inclina la tête et posa ses lèvres sur la pulpe de ses doigts.


_________________


Everything is poison in the right dose.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Masculin
↳ Nombre de messages : 1443
↳ Points : 380
↳ Arrivé depuis le : 15/03/2016
↳ Age : 23
↳ Avatar : Ezra Miller
↳ Age du Personnage : 216 ans & 23 ans. (15 mars 1801)
↳ Métier : Danseur au Masquerade, professeur particulier et escort boy occasionnel.
↳ Opinion Politique : Pour la rébellion, n'en déplaise à son esprit chaotique.
↳ Niveau de Compétences : Niveau 3
↳ Playlist : Noir Désir - Le vent nous portera | Yodelice - Insanity | Adam Naas - Fading Away | Elephant Man Main Theme | Фолькнери - Карчата / Folknery - Karchata | Mademoiselle Noir | Cheshire Kitten - SJ Tucker
↳ Citation : "Ses secrets partout qu'il expose. Ce sont des oiseaux déguisés."
↳ Multicomptes : Mikkel G. Ievseï & Cassidy H. Valdès
↳ Couleur RP : darkseagreen



les petits papiers
↳ Copyright: Opheodrys
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Kick at the Darkness 'til it Bleeds Daylight [Kay]   Ven 8 Sep - 12:58


« She will see another me »

Helix & Kayiman
featuring

Des émotions se cachaient au fond de ses rétines, tandis qu'il fixait Helix avec intensité. Ses prunelles étaient saturées de terreur, mêlée à une confiance excessive en sa propre utopie. La forêt serait pour eux une alcôve pour leur morbide assemblée. La morte, la nécromancienne et le damné, réunis dans les profondeurs des bois. Le désir d'échapper à la réalité le dépassait totalement, il voulait y croire, il voulait se dépêtrer de cet horrible drame dans lequel ils s'étaient si soudainement englués. Le bonheur inespéré du retour d'Helix ne pouvait pas lui être aussi vite arraché, comme le vent éteint la flamme d'une bougie à peine née. Il ignorait comment réagir aux larmes qui ruisselaient contre les joues de son âme sœur. La gorge comprimée par le désarroi, il se contenta d'attendre dans la même posture, son bras raide tendu devant lui, en silence. Il y avait trop longtemps que Tristan avait sombré dans cet état de mélancolie constante où la vie ne lui inspirait plus que dégoût. Et pendant ce moment de flottement, il se sentait tellement loin de lui-même que cela le terrifiait. Sa nature profonde, sa sensibilité étaient chassées pour laisser place à une attitude destructrice et effrayante qui le plongeait dans un abîme de trouble. Il savait pourquoi il avait tué Alice. Il avait cru qu'elle lui mentait en affirmant qu'Helix était en vie. Croire en sa présence et la perdre à nouveau serait au dessus de ses forces...

Retenant son souffle, il ne bougea pas d'un cil, la suivant fixement du regard tandis qu'elle le rejoignait. Lorsqu'elle se lova contre son flanc, il eut la sensation qu'un trou béant dans son cœur venait de se remplir à nouveau. A leurs cotés se tenait Alice, à la peau fine comme du parchemin. Tristan était capable d'éprouver un amour des plus intense mais il connaissait également ce qu'était la haine. Il essayait d'éviter ce sentiment mais il ne le connaissait que trop bien. Parfois les pulsions haineuses l'envahissaient de façon si extrême qu'elles ne laissaient plus de place pour quoique ce soit d'autre. Les bras de Tristan retombèrent doucement le long de son corps et ses paupières ployèrent sous le soulagement qui l’inondait. La voix confiante d'Helix venait de briser le silence : elle acceptait. Et dans un frisson, il relégua au fond de lui-même les sombres pensées qui l'animaient dans cette torturante attente. Hochant la tête dans un mouvement infime, il délaissa la défunte aux bons soins de la sorcière et pendant un instant, il se demanda si elle allait simplement se mettre à lui brosser les cheveux, comme à une poupée muette aux grands yeux de verre. Mais en lieu de cela, ce furent les billes sombres d'Helix qui se posèrent sur lui.

Maudit ? Il secoua légèrement la tête en signe de négation. Les questions d'Helix lui paraissaient désagréablement menaçantes, comme si elle s'érigeait devant lui en ennemi rempli de méfiance. Comment pouvait-elle seulement douter de lui ? Il la regarda avancer vers lui sans que lui-même ne bouge aucunement. Il baissa les yeux vers la belle aux mille tresses, si petite par rapport à lui. Les mots suivants eurent beau être prononcés sur un ton plus doux, ils l'ébranlèrent assez pour que le choc se marque sur ses traits, jusque là si impassibles. « Non... » Souffla-t-il aussitôt, dans une intonation spontanée que l'indignation autant que l'horreur rendait vacillante. Il ne comprit pas directement l'intention d'Helix, lorsqu'elle attrapa son poignet qu'il lui offrit sans méfiance. Et lorsqu'il devina le symbole de ce geste, ses traits se crispèrent sous l’écœurement. Si ses doigts redoutables ne firent qu'effleurer leur cible, il imagina dans un flash la peau fragile se nécroser et noircir sous son contact. Dans une réminiscence de l'odieux spectacle qu'il venait observer quelques instants plus tôt, pendant qu'il arrachait la vie de leur amie. La peau dorée perdrait ses couleurs fraîches pour se ternir et pourrir, striée de veines épaisses. Il ferma les yeux, ne sachant plus quel était l'objet de cette question. Comment avait-il tué Alice ? Comment avait-il fait affluer le sang à son visage ? La réponse était la même. « Je l'ignore... » Mais quand les lèvres vermeilles se posèrent contre le bout de ses doigts, la douceur de ce baiser rentra en collision avec une cruelle angoisse. Il était trop bouleversé pour se concentrer suffisamment et le danger auquel Helix était exposée était bel et bien réel. Dans un mouvement de recul, il s'arracha à elle pour se replier de deux pas en arrière, le souffle court.

« Crois-tu vraiment que j'aurais envie de te voir disparaître ? » Sa voix tremblait à présent. Cette accusation si offensante le blessait profondément et à la fois, l'horreur faisait courir un frisson le long de son épine dorsale. Parce qu'il n'était pas certain de savoir au juste de quoi il était capable. Il baissa les yeux sur ses propres doigts qu'elle avait effleuré avec tant de douceur. Des doigts qu'il n'avait pas hésité à offrir à cette Hélix morte-vivante de l'arène de glace, la laissant se nourrir de sa propre chair sans sourciller. Il savait qu'elle n'était qu'une illusion mais pourtant, il avait été incapable de repousser la simple image d'Helix. Comment imaginer qu'il puisse faire le moindre mal à sa véritable incarnation ? Mais elle ignorait tout cela, elle n'était pas à ses cotés lorsqu'il hurlait son prénom sur cette île illusoire, son spectre n'était qu'un leurre, lui aussi. Sans doute avait-elle cru qu'il l'avait abandonnée, quatre ans auparavant, et que cette querelle qui les avait opposé avait eu raison de son attachement pour elle. Ne s'étaient-ils pas séparés sur une dispute ? Tout cela lui paraissait si lointain désormais. Pendant ces instants, le chagrin se marqua trop nettement sur son visage et il se retourna résolument, dissimulant son bouleversement par un soupir contrarié. « Alice ne sait rien. Interroge là si ça te chante. »

Après s'être offert quelques secondes pour se reprendre, il s'avança jusqu'à la table pour y récupérer les gants de soie rouge qu'il y avait abandonné. Le dos toujours tourné, il les enfila posément avant de parler, d'une voix plus maîtrisée. « Je ne suis pas la proie d'une malédiction.» Il redressa son visage pour offrir un regard froid à la morte aux yeux éteints. La curiosité de la petite sauvageonne l'avait poussée à l'espionner mais ses conclusions étaient totalement erronées. Il termina d'enfiler ses gants avant de se retourner enfin. « J'aurais pu le croire moi aussi au début... Elle m'a accusé à tort mais je ne lui en tiens pas rancune.» Avoua-t-il, en concédant à Alice un regard plus tolérant. Derrière elle, le miroir de la coiffeuse renvoyait le reflet déformé d'un monstre hideux dont la peau trop fine collait à ses os saillants. Tristan se pinça les lèvres en l'observant avant d'user de sa magie pour faire disparaître cette image, d'un geste fluide de ses doigts arachnéens. Il était capable de se débarrasser de ces visions cauchemardesques désormais. Sans être capable de le définir, il espéra dans un coin de son esprit que son physique plaise encore à Helix et il en conçu une vague inquiétude.

Avec précaution, il s'approcha lentement, retrouvant la chaleur de son regard. L'envie de l'enlacer et de goûter ses lèvres était si forte qu'il se sentait écrasé de frustration. Pourtant lorsque son bras se leva, il se contenta d'effleurer ses cheveux de sa main gantée, craignant d'essuyer un rejet. Désemparé devant le gouffre d'incompréhension qui s'était creusé entre eux, la pensée qu'Helix puisse éprouver de la rancœur envers lui le terrassait. « Nous avons profité de ce monde ensemble trop peu de temps. J'ignore trop de choses sur ta vie, sur toi... » Sur ses ressentis, aussi. Par exemple, Helix éprouvait-elle de l'amertume que ses pouvoirs de nécromancienne n'aient pas été reconnus ? Il ne parvenait même pas à traduire les émotions qui se marquaient dans ses yeux ou dans sa voix. Cette distance entre eux lui était la pire des douleurs et pourtant, ne lui devait-il pas la vérité ? Il l'expulsa dans un souffle. « J'ai... perdu mes pouvoirs de sorcier, il y a plusieurs années déjà. Les miroirs ne reflètent qu'un visage horrible, j'ignore la façon dont tu me vois. » Il s'humecta les lèvres avant de reprendre. « Les personnes que je touche de mes mains souffrent de pourrissement. C'est ainsi qu'Alice a péri.» Redressant le visage, ses lèvres s'étirèrent dans un demi rictus à cette annonce, sans que la moindre expression de dégoût ou de regret ne s'ébauche sur son visage. Les larmes brillaient toujours dans ses yeux, bien qu'il les retienne, désormais, luttant pour ne pas céder à cette tornade émotionnelle. « J'ai développé des pouvoirs différents de ceux que je possédais naguère mais ils ne sont pas moins intéressants, bien au contraire. » Cherchant à détecter les pensées d'Helix au fond de ses yeux, l'espoir qu'elle le comprenne lui tenaillait le cœur. Après quelques secondes de silence, il ne put cette fois empêcher la peine de perler dans ses murmures. «  Dis-moi que nous ne sommes pas brisés. »

Lui-même était brisé, il le savait. Sans doute n'avait-il jamais été entier. Mais il priait pour que le lien qui l'unissait à l'être qu'il chérissait plus que tout au monde ne le soit pas.


_________________
not broken just bent
©️ FRIMELDA
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t3412-tristan-k-bellam http://www.mercy-in-darkness.org/t3954-ce-qu-il-voit-son-histoire-voile-et-ses-tenebres-sont-etoiles

MASTER OF ILLUSIONS

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 429
↳ Points : 48
↳ Arrivé depuis le : 14/02/2017
↳ Age : 30
↳ Avatar : Zoe Kravitz – sign ©Frimelda
↳ Age du Personnage : 24/222
↳ Métier : Réceptionniste à l'hôtel Overlook
↳ Opinion Politique : Rebelle
↳ Niveau de Compétences : Niv. 2 (niv. 3 en nécromancie et potions, niv. 4 en perception des fantômes)
↳ Playlist : Ibeyi – River
The Handsome Family – Far From Any Road
Princess Nokia – Brujas
The Orwells – They Put a Body in the Bayou
Laura Mvula – Green Garden
Nina Simone – I Put a Spell on You
Charles Bradley - The World (Is Going Up In Flames)
Ibeyi – Oya
Ibeyi – Ghosts
Laura Mvula – Can’t Live with the World
Little Simz ft. The Hics – Gratitude
↳ Citation : A Witch is born out of the true hungers of her time. [...] The things that are most wrong here summoned me.
↳ Multicomptes : non
↳ Couleur RP : #ffcc99



les petits papiers
↳ Copyright: Opheodrys
↳ Disponible pour un topic?: Oui =D
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Kick at the Darkness 'til it Bleeds Daylight [Kay]   Ven 13 Oct - 3:49


« Do we not each dream of dreams?
Do we not dance on the notes of lost memories? »

Kayiman & Helix
featuring

Elle le testait. Ce n’était pas exactement conscient, mais c’était bien ce dont il s’agissait lorsqu’elle avait saisi sa main, lorsqu’elle l’avait embrassé. Et il avait réfuté, presque offensé, la possibilité de lui vouloir du mal. Presque immédiatement, pourtant, il s’était rétracté, dérobant ses doigts aux lèvres de la sorcière dans un mouvement de recul teinté d’horreur. Il avait peur. Il avait peur de ce qu’il était. Quoi qu’il puisse en dire, quelle que soit l’arrogance avec laquelle il le clamait. Bras ballants, visage défait, Helix le vit pivoter, dissimuler à ses yeux la fracture de sa contenance. Elle ne répondit pas à sa question rhétorique. C’était un test et elle n’aurait su dire s’il avait échoué. Ou si c’était elle.

Son instinct lui dictait de le rejoindre, de ne pas le laisser se détourner, de le forcer à affronter son regard et son contact, de lui prouver par ses gestes et son attitude qu’elle n’avait pas peur, qu’elle savait qu’il ne lui ferait rien, qu’elle avait confiance en lui. Mais c’était faux. Helix était terrifiée par cet inconnu entrevu plus tôt, l’homme aux pupilles vides qui avait assassiné leur amie. Par dessus tout, elle craignait qu’il ne soit, en fait, pas un étranger.

L’Haïtienne ne se le formulait pas clairement, mais c’était le cauchemar dont elle ne parvenait à se défaire, cette même sensation glaçante qui l’avait paralysée devant la porte. Et si c’était bien lui ? Lui, son Kayiman, s’il avait changé ? Pire encore… S’il avait toujours été ainsi ? Si c’était elle, l’orpheline aveuglée par l’affection portée à ce gamin, l’amante sourde à toute autre chose que les battements de son propre cœur ? Pour la première fois peut-être, elle doutait de lui et, par extension, d’elle-même.

La façon dont il balaya sa menace acheva de bousculer ses convictions. Ce n’était pas ce qu’elle attendait, elle n’avait aucune envie d’extirper l’information des lèvres craquelées de leur victime. Elle n’exigeait pas moins de lui que sa confiance et sa loyauté. Il n’avait pas le droit de les lui refuser, pas après tout ce qu’ils avaient traversé ensemble. Immobile, les yeux rivés au sol, la nécromancienne se concentrait pour ne pas se remettre à pleurer. Les larmes n’avaient jamais rien résolu, et la sorcière était dotée d’un esprit pragmatique, qui ne concevait les obstacles opposés à ses désirs que comme une série de problèmes en attente de solution.

Battant des cils pour en chasser tout résidu d’émotion, elle redressa un menton encore tremblant. Sous ses yeux, les mains de Tristan se paraient de rouge, en une tragique métaphore qu’elle ne put s’empêcher de relever. Les sorciers cultivaient une tendance notoire à interpréter tous les signes que l’univers leur jetait en pâture, mais celui-ci semblait trop odieusement explicite, une cruelle moquerie. Dieu ou Satan se jouait d’eux, tirait de grossières ficelles pour leur rappeler le pouvoir détenu sur ses créatures. Helix ne les révérait plus, ni l’un ni l’autre. Cette époque était révolue.

Elle soutint son regard lorsqu’il se retourna, un nouvel éclat de colère traversant son regard à sa formulation. Il ne lui en tenait pas rancune ? Comment pouvait-il seulement penser une chose pareille, après ce qu’il lui avait fait ? La sorcière ne savait comment réagir à ces accès d’épouvantable étrangeté, ces instants où elle ne le reconnaissait plus. Fallait-il le rappeler à l’ordre ? Tenter de le raisonner ? Trouver le moyen de ranimer une humanité visiblement racornie en son sein ? Une nouvelle résolution s’inscrivit dans son regard. Oui, c’était cela. Elle devait réussir à l’atteindre, comme elle l’avait fait autrefois, quand il n’était qu’un petit garçon sauvage et apeuré. C’était là son rôle, sa mission.

Forte de cette certitude, elle parvint sans trop de mal à étouffer son outrage, ou du moins, à le remiser au fond de sa conscience pour plus tard.  Kay — ou Tristan — était revenu vers elle, portant une nouvelle fois la main à ses cheveux. Du coin de l’œil, elle ne distinguait qu’un flou carmin. À la manière d’un chat, Helix tendit la joue pour la lover au creux de sa paume. Sa peau rencontra le tissu avec contrariété.

— Je n’ai pas changé, opposa-t-elle, butée, à sa remarque.

Était-ce vrai ? Bien sûr que non. Elle n’avait fait que changer tout au long de ses vies. Elle avant changé aux Enfers, avec lui, et elle avait changé à son retour sur Terre, lorsqu’ils étaient asservis aux arènes. Elle avait changé lorsqu’ils s’étaient perdus dans le blizzard. Elle avait changé en errant dans ce monde dévasté. Elle avait changé en arrivant à la Nouvelle Orléans. Elle avait changé en rejoignant la Rébellion. Elle avait changé au fil d’incidents multiples, de rencontres diverses, de moments de solitude.

Il ne servait à rien de prétendre le contraire. La différence, lui semblait-il, était qu’elle était demeurée elle-même, à un niveau fondamental. C’était certainement ce qu’elle avait voulu exprimer dans cette négation malhabile. Dans un soupir, elle frotta doucement son nez contre le velours, les yeux clos. Sa voix n’était qu’un souffle, plus adressé à elle-même qu’autre chose.

— Tu as sûrement raison. Il semblerait qu’on doive réapprendre à se connaître…

Elle releva les paupières en l’entendant répondre, enfin, à sa question par ce qui ressemblait à une vérité. Si elle avait déjà pressenti une part de ses révélations, la sorcière en accusa tout de même le choc. Kay n’était plus le brillant illusionniste qu’elle avait brièvement découvert à New-York. Un visage horrible ? Elle secoua la tête, décontenancée.

Ses traits fins demeuraient intacts, en grande partie semblables à ses souvenirs. À l’exception de…

Elle grimaça tandis qu’il poursuivait, rompant d’un mouvement vif le contact recherché plus tôt en reculant d’un pas. Des pouvoirs différents et meurtriers, une illusion retournée contre lui-même… L’échange ne semblait pas aussi avantageux qu’il voulait le faire croire. Mais ce n’était pas ce qui lui importait le plus.

Dans le silence qui suivit, un néant lourd et accablé, son regard repartit vers la silhouette d’Alice, silencieuse comme un fantôme à quelque pas d’eux. Elle en arborait déjà la pâleur, mais ses yeux bruns semblaient suivre leur conversation. Que comprenait-elle vraiment ? Quelle partie de celle qu’ils avaient connue subsistait encore sous la peau livide ? Elle l’ignorait, mais c’est dans ces pupilles à demi-présentes que la nécromancienne puisa le courage d’affronter à nouveau celles de Kayiman, dont les mots trahissaient soudain une angoisse qu’elle ne pouvait que comprendre.

La même crainte, la même douleur lui tordaient le ventre, et l’entendre ainsi dans les fissures de sa voix lui donna envie de se jeter dans ses bras en lui assurant que non, que tout irait bien, qu’ils seraient toujours Kay et Helix quoi qu’il arrive. C’était ce qu’elle même rêvait d’entendre, brûlait de croire. Elle se rapprocha et leva une main vers son visage pour caresser sa pommette, tracer l’arc de sa mâchoire, effleurer ses lèvres, démêler une mèche de ses cheveux. Ses yeux suivaient le même trajet, explorant intensément les traits familiers pour en retenir jusqu’au grain même de sa peau.

— Tu n’as pas la même coiffure, et ton visage s’est allongé… Affiné, peut-être. Durci. Tu as vieilli, un peu. Ta bouche est plus affirmée. Tu n’as plus grand chose du garçon, et tout de l’homme. Un sourire éthéré fendit un instant ses lèvres. C’est plaisant.

L’autre main rejoignit la première, et toutes deux vinrent encadrer ses joues, d’abord légères, puis plus fermement. Le regard de la sorcière s’assombrit, toute trace de complaisance bientôt disparue. Elle pressa plus fermement les paumes.

— Mais ce sourire, celui qui te traverse parfois quand tu parles d’Alice… Ce sourire n’a pas d’âme. Lui, il est horrible. Je ne veux plus le voir.

Helix se hissa sur la pointe des pieds pour ramener son visage à hauteur de celui de son amour, cogner doucement son front contre le sien, frôler ses lèvres d’un baiser.

— Peut-être sommes-nous quelque peu fissurés… Mais je ne laisserais rien nous briser, Kay. Nous avons traversé les Enfers. Ce monde n’est rien. Et ces pouvoirs étranges sont mieux que rien, mieux que ce que nous avons enduré pendant toutes ces années. Ce n’est qu’une épreuve de plus à surmonter… Mais c’en est bien une. Tu peux te mentir à toi-même, mais pas à moi.

Ses pouvoirs n’étaient peut-être pas moins intéressants que les précédents, mais il lui avait prouvé qu’il ne les maîtrisait pas totalement. Qu’il n’en connaissait peut-être pas même toute l’étendue. Et ça, c’était un problème. La nécromancienne ne faisait pas de distinction entre bons et mauvais pouvoirs. De son point de vue, toute faculté était bienvenue, aussi dangereuse soit-elle. L’important étant d’en avoir le contrôle, et non l’inverse.

Elle savait aussi que Kay était un homme scrupuleux. Il appréciait la puissance à sa juste valeur, et sa rigueur le poussait à perfectionner toutes ses capacités. Elle l’avait vu se battre contre des créatures cauchemardesques dans les limbes. Elle l’avait vu créer des illusions dans les arènes. Elle connaissait sa valeur. Mais il avait retiré sa main lorsqu’elle l’avait embrassé. Relâchant son visage, elle recula d’un pas et saisit à nouveau son poignet ganté.

— Retire-les. Retire-les et touche-moi. Je t’ai retrouvé, ce n’est pas pour me contenter de ce genre d’accessoires.

Joignant le geste à la parole, elle entreprit délicatement de rouler l’étoffe sur son bras. La curiosité et l’esprit analytique qui la caractérisaient reprenaient instinctivement le pas alors qu’elle tirait avec douceur sur les gants pour dégager sa main.

— Montre-moi. Je peux le supporter. Si tu sais t’arrêter à temps… Elle baissa d’un ton, dans un coup d’œil furtif à la morte attentive. Elle n’avait pas bougé, patientant tranquillement, à l’image d’une petite fille sage. C’est-ce qui s’est produit avec Alice, n’est-ce pas ? Quelle force t’a poussé à continuer ? Ça ne te ressemble pas, Kay…

La conscience entièrement tournée vers la résolution de cette énigme, ses doigts planaient maintenant au dessus de la paume dénudée. Mais elle ne voulait pas le toucher. C’était à lui de le faire. Ses yeux revinrent chercher les siens, appuyant en silence la requête renouvelée dans un souffle.

— Montre-moi…


_________________


Everything is poison in the right dose.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Masculin
↳ Nombre de messages : 1443
↳ Points : 380
↳ Arrivé depuis le : 15/03/2016
↳ Age : 23
↳ Avatar : Ezra Miller
↳ Age du Personnage : 216 ans & 23 ans. (15 mars 1801)
↳ Métier : Danseur au Masquerade, professeur particulier et escort boy occasionnel.
↳ Opinion Politique : Pour la rébellion, n'en déplaise à son esprit chaotique.
↳ Niveau de Compétences : Niveau 3
↳ Playlist : Noir Désir - Le vent nous portera | Yodelice - Insanity | Adam Naas - Fading Away | Elephant Man Main Theme | Фолькнери - Карчата / Folknery - Karchata | Mademoiselle Noir | Cheshire Kitten - SJ Tucker
↳ Citation : "Ses secrets partout qu'il expose. Ce sont des oiseaux déguisés."
↳ Multicomptes : Mikkel G. Ievseï & Cassidy H. Valdès
↳ Couleur RP : darkseagreen



les petits papiers
↳ Copyright: Opheodrys
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Kick at the Darkness 'til it Bleeds Daylight [Kay]   Dim 22 Oct - 21:17


« She will see another me »

Helix & Kayiman
featuring

Elle n'avait pas changé. Une affirmation à laquelle Tristan se raccrochait, délaissant son esprit critique tant il était avide de la croire. La surcharge sensorielle l'agressait terriblement et il lui était de plus en plus difficile de masquer sa peine. Après s'être exprimé, il se mura dans le silence où seul l'abîme de ses yeux abritait une bribe de vie. Il était tenté de se blinder en se coupant du monde extérieur, une stratégie de repli qu'il avait développée pour maîtriser la douleur. Mais il ne désirait plus se soustraire au regard d’Hélix. Alors il l'affronta, couvant la joue si douce de sa paume avant qu'elle ne s'y dérobe, manifestement choquée par ses révélations. Le bras de Tristan retomba doucement contre son flanc. Il se sentait dispersé dans l'espace, déphasé dans le temps, dépassé par la multitude d'émotions inscrites dans les yeux d’Hélix. Ses yeux noirs la fixaient de façon trop soutenue, rivés à elle avec une intensité presque menaçante. Lorsqu'elle revint vers lui, il accueillit sa main dans un infime tressaillement mais ne bougea pas.

Quand il était enfant, Tristan supportait mal le toucher superficiel. Ce genre d'effleurement lui était étrange et gênant, il se débattait à chaque fois qu'on tentait de toucher ses cheveux ou son visage. Avec Hélix, les choses étaient devenues différentes. Avec elle, tout avait toujours été différent. Et si aujourd'hui il n'était plus cet enfant sauvage et incapable de communiquer, cette caresse lui remémora fugacement les émotions du passé. Il écouta avec attention ses paroles, curieux d'entendre la manière dont elle le voyait. Il s'humecta les lèvres malgré lui lorsqu'elle évoqua sa bouche. L'envie de la poser sur la sienne se rappela à lui avec plus de chaleur.

Changer était effrayant et Tristan ignorait s'il était prêt à le faire. L'immuabilité des visages des damnés lui était confortable et sans doute s'y était-il accoutumé. Mais si ses changements physiques plaisaient à Hélix, alors c'était la seule chose qui comptait. Et si les miroirs lui renvoyaient encore les traits monstrueux d'une créature décharnée, Hélix ne le verrait jamais. Les mains de la sorcière contre ses joues ne le gênaient plus, elles devenaient plus pressantes et Tristan ne désirait que se fondre dans ce toucher franc et enveloppant. Pourtant, il se heurta à une nuance différente dans les prunelles qui le fixaient. Ce reproche inattendu le troubla assez pour le faire ciller et il secoua légèrement la tête, déconcerté. Un sourire sans âme ?  Mais déjà, elle se hissait vers lui et Tristan ne souhaita pas l'interrompre.

Il baissa les yeux vers son visage, jusqu'à ce que ses paupières ploient et chassent ses larmes. Elles roulèrent contre ses joues en silence alors que leurs lèvres s'effleuraient. Pendant un moment, l'angoisse prit le pas sur sa raison et il eut l'horrible sensation de perdre tout contrôle sur la situation. Il se sentait différent, loin de lui-même, il ignorait même totalement ce qu'il était vraiment ou ce qu'il avait jamais été. Un garçon, un homme, un crocodile. Un sorcier. Un damné ? Les paroles d’Hélix le traversaient et il ne savait plus quel sens leur offrir mais pourtant, il se raccrocha à l'essentiel : Hélix ne désirait pas laisser cette fissure prendre de l'ampleur. Désorienté, il la laissa à nouveau saisir son poignet, ne sachant ce qu'elle allait faire avant qu'elle ne parle. Ses sourcils se froncèrent légèrement en la voyant écarter l'étoffe et les longs gants de soie laissèrent à nouveau apparaître sa peau pâle.

Il aurait voulu l'en empêcher, repousser sa main, rattraper son geste et couvrir ses doigts meurtriers. Pourtant il n'en fit rien, incapable de la repousser à nouveau et son regard chargé d'angoissé resta posé sur le point de contact en attente. Il redressa ses yeux pour rencontrer ceux d’Hélix où brillait la détermination. Dans la vie de tous les jours, Tristan se refusait à prendre le moindre risque d'être repéré, aussi avait-il coutume de porter des gants et d'éviter autant que possible les contacts intimes. Sa vie privée était devenue monastique depuis plus d'un an déjà. Pourtant, après un entrainement acharné, il se savait objectivement capable d'endiguer la nécrose s'il le désirait. Il avait réussi à ne pas blesser Lazlo. Mais la présence d’Hélix chavirait ses sens et enflammait son cœur, il savait que les débordements émotionnels contrariaient dangereusement le contrôle de ses pouvoirs.

L'impulsivité n'était pas dans sa nature et il n'agissait qu'après avoir suffisamment réfléchi. Il prit ainsi le temps de mesurer le danger avant d'enfin accéder à sa demande dans une légère inspiration. Retenant son souffle, il redressa sa main pour chercher la sienne et la serrer sans plus d'hésitation. Alors, il mêla ses doigts aux siens, étreignant sa paume d'une poigne ferme, tandis qu'il faisait le vide en lui.

Le vide.

Tristan ferma les yeux. Sans doute n'était pas présent dans cette pièce, simplement parce qu'il n'avait pas d'existence propre. Et le monde qui l'entourait n'en possédait pas non plus, ce monde n'était rien qu'une idée étrange, un concept, une fantasmagorie. Il n'était qu'une chimère qui voyageait d'un espace-temps à un autre, d'une dimension à une autre. Celle des flibustiers et des esclaves. Celle des enfers et des monstres. Celle des tyrans et des résistants. Il n’appartenait à aucune d'entre elles. Rien de tout cela n'avait aucune importance, rien de tout cela ne méritait d'éprouver la moindre émotion. Il n'en ressentait aucune. Ni positive, ni négative. Il ne ressentait que le néant, autour de lui et en lui. Un néant blanc où il devait juste se soucier de sa respiration. Il relâcha son souffle doucement et respira. Les secondes défilèrent sans qu'il ne se soucie de regarder la main qu'il serrait si fort ou ne s'inquiète de son possible pourrissement. Quand il parla enfin, sa voix était basse.

« J'ignore ce qui me ressemble ou non. Peut-être ais-je oublié qui j'étais. » Kayiman. Tristan. Une chimère. « Je porte aujourd'hui le prénom que mon père m'avait donné. Je n'y attachais aucune émotion. » Raison pour laquelle il avait décidé de le porter.

Son cœur s'était remit à battre normalement, il retrouvait la maîtrise de ses affects et refoulait son trouble jusqu'à retrouver progressivement le contrôle. Lorsqu'il ouvrit les yeux, il chercha le regard d’Hélix. Souffrait-elle ? La confiance qu'il lui vouait n'avait aucune limite, au point de croire en ses paroles sans songer un seul instant à les remettre en question. Elle avait affirmé être capable de supporter, si lui-même s'arrêtait à temps. Il le ferait. La main d’Hélix était intacte dans la sienne mais dès lors qu'il baissa le regard sur elle, ses doigts commencèrent à noircir. Il sentit la chaleur de sa paume perdre en intensité sous son étreinte, il la sentit s'affaiblir, perdre de sa vigueur alors que ses chairs se dégradaient, perdant leurs couleurs originelles, se racornissant peu à peu. Pas la moindre pitié ne s’imprégnait sur ses traits insensibles tandis qu'il poursuivait, d'une voix douce et monocorde.

« Avec Alice oui, c'est ce qui s'est produit... La colère m'y poussait. La rancœur aussi. La haine, surtout. » Il réfléchissait afin d'offrir à Hélix les réponses les plus exactes possibles. En cet instant, Tristan voyait la scène avec plus de distance, c'était une expérimentation, et ne s'inquiétait pas de la douleur qu'il infligeait à la sorcière. Il contrôlait la nécrose, il la dessinait dans sa peau, il lui infligeait la corruption dans ses chairs et le vice dans son sang. « Tu vois ? » Demanda-t-il placidement. « Mieux que rien, tu dis. Hum. Tu n'as pas compris à quel point ces pouvoirs sont supérieurs à tout ce que nous avons connu. » Ils étaient prodigieux. Et cette nécrose qu'il fabriquait sous l'impulsion de ses doigts possédait une stupéfiante beauté morbide... L'ébauche d'un mauvais sourire naquit sur ses lèvres et soudainement il se reprit, retrouvant les yeux d’Hélix. Elle ne voulait plus le voir sourire, son sourire horrible et sans âme. Une lueur fugace d’anxiété s'inscrivit brièvement dans ses billes noires et la nécrose cessa aussitôt, laissant la peau d’Hélix retrouver son aspect originel.

Sur un regard vacillant, Tristan posa spontanément un genoux à terre et embrassa la main qu'il venait de meurtrir, dans une demande muette de pardon. Les yeux clos, il garda un moment ses lèvres posées contre la peau de son aimée. Il ne voudrait jamais faire souffrir Hélix, jamais, bien-sûr que non. Il préférerait exploser en mille pièces plutôt que de la blesser. Le savait-elle ? Il ne pouvait qu'exprimer dans sa posture le désarroi qui était le sien, la douleur qu'il ressentait en lui ayant infligé ce traitement. « Je te promets de m'entraîner sans relâche jusqu'à la maîtrise parfaite de ces pouvoirs... » Sa voix était trop sourde et il déglutit avant de retrouver son regard, levant les yeux vers elle. « Tu as ma parole. » Sans doute avait-elle raison en parlant d'épreuve car s'adapter à de nouveaux pouvoirs n'était pas si aisé... Oui évidemment, on pouvait nommer cela ainsi. Il était contraint de repartir de zéro encore une fois, de se réapproprier la magie, comme au sortir de Darkness Fall. De se réaccoutumer aux sortilèges, de comprendre comment les charmes fonctionnaient, de travailler de longues heures durant chaque jour, chaque nuit, pendant des mois, pour des progrès lents et laborieux. C'était encore un monde inconnu qu'il lui faudrait dompter. Mais Tristan refusait de se voir comme une pauvre victime, ployant l'échine sous l'effroi d'une malédiction. Il vaincrait. Il l'avait toujours fait.

Tristan tourna son visage vers Alice et attarda son regard sur son visage livide et ses yeux opaques. La morte les fixait en silence mais il se souvenait de la manière dont elle avait prononcé ces mots, de cette malédiction dont elle l'avait accusé. Désormais, ses traits juvéniles avaient perdu leur aspect si expressif, l'enthousiasme et la chaleur de son caractère semblaient éteints, tout comme sa volubilité habituelle. Peut-être avait-elle besoin d'un temps d'adaptation. En tous cas, elle n'avait plus l'air désireuse de l'accuser de quoique ce soit et sa docilité semblait de bonne augure, la situation paraissait donc assez satisfaisante en l'état. Mais ils n'en étaient pas moins fissurés. Tristan se pinça les lèvres. Il chercha à nouveau le regard d’Hélix, ne sachant si elle lui en voulait encore d'avoir tué leur amie. Croyait-elle qu'il avait jamais possédé une âme ? Autrefois, les sœurs de l'orphelinat lui reprochaient d'en être dépourvu... Mais Hélix était son âme. L'envie de l'entourer de ses bras était si forte et il l'interrogea du regard, dans un murmure.

« Oseras-tu encore me laisser te toucher, à présent ?»


_________________
not broken just bent
©️ FRIMELDA
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t3412-tristan-k-bellam http://www.mercy-in-darkness.org/t3954-ce-qu-il-voit-son-histoire-voile-et-ses-tenebres-sont-etoiles

Contenu sponsorisé








MessageSujet: Re: Kick at the Darkness 'til it Bleeds Daylight [Kay]   

Revenir en haut Aller en bas
 

Kick at the Darkness 'til it Bleeds Daylight [Kay]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» | When Darkness Falls
» Star Wars KotOR : Age Of Darkness V2
» mansion of darkness
» Kick-Ass ? Moi ? ... Noooon ! Vous devez faire erreur ! Moi c'est Val ;)
» Arene Kick

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
MERCY IN DARKNESS .} :: The Third Chapter: New Orleans :: Western New Orleans :: Masquerade-