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 (Roman) | All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion

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ANIMAL I HAVE BECOME

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MessageSujet: (Roman) | All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion   19.03.17 0:20

All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion

Anastasia & Roman

C'est quand même con, un magazine people. On y cause de la vie sentimentale et sexuelle de gens dont on pense tout savoir grâce aux tabloïds, mais qu'au final on n'a jamais rencontrées, on s'écœure de l'attitude de machin ou machine, on se fait juge, avocat et juré et surtout, on est prompt à jeter des gravats à la gueule du premier qui osera faire un pas de travers. Non vraiment, c'est complètement con. Je me demande d'ailleurs pourquoi je parcours depuis quinze bonnes minutes ce vieux numéro ternis par les années d'un magazine quelconque, avec en couverture une top model qui a dû passer l'arme à gauche quand l'Apocalypse est venue toquer à nos portes. Complètement à l'ouest, le type ou la nana qui a laissé ça là ! Quelle idée, franchement... Je soupire, relève les yeux vers l'horloge et soupire une seconde fois. Pour une fois que j'étais en avance, il faut qu'il soit en retard ! Ca aussi, c'est une histoire un peu bizarre, quand j'y repense. Je suis venue un matin en prétendant avoir besoin d'un kiné, j'ai exigé d'être manipulée par cet espèce de tanche intersidérale... Et voilà que j'en r'demande ! J'l'ai détesté, c'gamin. Détesté dès l'instant où il s'est mis à beugler pour signaler sa présence au monde, détesté pour ne pas être le fruit de mes entrailles infertiles mais de celles d'une inconnue, détesté d'être aimé par celui qui ne m'accordait déjà plus un regard et... Ok, ce n'est pas un kiné qu'il me faut, c'est un psy. Et une longue, trèèèèès longue thérapie. Mais allez trouver un praticien qui ne soit pas corrompu jusqu'à la moelle, dans cette ville ?

Roman, j'ai eu envie de l'étrangler à l'instant où j'ai passé la porte de son cabinet. Il ressemble beaucoup trop à son père tout en devant beaucoup à sa mère, il est fusion de tout ce qui m'a été arraché, d'un bonheur qu'on m'a refusé, je l'ai haïs sans jamais lui avoir parlé. Enfin si. Si on compte le jour où je les ai aidé à fuir avec sa mère, mais heureusement pour pour moi, il ne s'en souvient pas. Manquerait plus que je passe pour la sauveuse tiens ! J'ai laissé échapper l'info avec Andreï, hors de question que son rejeton soit aussi au courant. Toujours est-il que je me suis rendue compte qu'il était plus facile de haïr quelqu'un sur des à priori et en se tenant à l'écart que de persister en apprenant à le connaître. Il m'a prise au dépourvu, l'enfoiré. Il a l'air taciturne comme ça, mais il est plus attentif que son père, plus soucieux du bien-être des gens, plus... Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est que même en me regardant dans une glace et en me disant que je le hais, j'ai du mal à me faire confiance. C'est pourtant moi qui, comme une grande, ai choisi de l'amadouer en faisant preuve de sympathie à son égard. Faut croire qu'une fois de plus, je me suis faite avoir à mon propre jeu.

Tout ça à cause de cette foutue solitude. Trop longtemps que je vis seule, trop longtemps que je refoule ce que j'ai dans le cœur, trop longtemps que je refuse qu'on m'aide. Force est de constater qu'entre Roman et Adrian, je me sens un peu plus en paix avec moi-même en consentant à partager quelques brides de mon existence. Pourtant, il va bien falloir que je me décide. Soit je mets mon machiavélique plan de vengeance en stand-by et le laisse prendre la poussière en espérant ne plus jamais avoir à le ressortir, soit ma fierté et mon orgueil choisiront plus tard de tout mettre en pièces comme je l'ai prévu depuis le début. Dilemme, dilemme... J'en suis encore à réfléchir à tout ça tout en parcourant les trois mêmes lignes qui vantent les bienfaits du régime concombre/asperge/laxatif pour perdre du poids avant l'été, quand la porte du cabinet s'ouvre. En sort une dame d'un âge si avancé que je me demande un instant si le gouvernement autorise les expériences sur les fossiles, et comme il n'y a plus que moi dans la salle d'attente, je me lève, ferme la revue et m'avance vers le bureau.

« Tu devrais songer à refaire ton stock de magazines, celui-ci a deux-trois saisons de retard », dis-je en le lui fourrant entre les mains.

J'entre, fais comme chez moi – comme si ça surprenait encore les gens – et saute sur la table d'examen pour m'y asseoir. De toute manière, ça va être la même routine que les autres fois, il va regarder mes pauvres pieds de danseuse malmenés par les années, va me dire de faire gaffe et comme d'habitude, je ne vais pas l'écouter. J'avais déjà des petons rendus disgracieux par les pointes bien avant ma transformation, et rien ne pourra changer ça maintenant, je pense. A moins que je ne m'arrête définitivement de danser, et il peut s'asseoir dessus. A la base, c'était un prétexte, une excuse pour le rencontrer. Je me voile la face, mais force est de constater que cette excuse a bien changé depuis quelques mois.

« Alors ? Quoi d'neuf ? »

Ça s'arrange avec ton père ? La famille tout ça ? On va éviter ces questions-là d'entrée de jeu, je crois... Docile, je retire mes chaussures, lui offrant de ravissantes chaussettes dépareillées : l'une avec choux de Bruxelles déguisés en père Noël, l'autre avec pois roses et verts. Note à moi-même pour la prochaine fois : mieux choisir mes chaussettes.


Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: (Roman) | All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion   24.03.17 0:17

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Il l'avait appris très jeune. Il avait appris que la vie prenait nettement plus qu'elle ne donnait. Une leçon douloureuse qu'il avait apprise dès sa prime enfance, lorsqu'à 6 ans son père lui faisait ses adieux dans ce cauchemar qui lui revenait encore, même plus de quarante ans plus tard. La vie était une garce, qui démolissait plus qu'elle n'offrait, qui prenait plus qu'elle ne rendait. Ses amis étaient soit morts, soit disparus. Ses collègues étaient des fantômes distants, errants distraitement dans les couloirs de l'Adventist, invisibles puisqu'il ne voulait pas les voir. Même au sein de son propre foyer, des ombres. L'ombre de Mikkel, qui était encore moins présent chez lui depuis les derniers Jeux. L'ombre de Colin, qui se terrait dans sa chambre. L'ombre de Lizzie, qui n'en finissait pas de grandir, et ne laissait plus derrière elle que l'odeur fruitée de son shampooing. Andreï était devenu person non grata dans leur petit appartement, à juste titre. Et Roman ne se pensait pas capable de revenir sur sa décision. Pas tout de suite. Pas alors que les stigmates étaient encore trop présents, pas alors que l'odeur métallique du sang revenait encore bien trop fréquemment dans ses narines sans que la moindre goutte ne soit visible. Un sang qui, s'il avait été le sien, ne lui aurait fait ni chaud ni froid. Mais là était toute la différence.
La vie était une garce. Elle l'avait fait ôter une vie pour en sauver une dont il n'était pas sûre qu'elle ait réellement valu la peine qu'il la sauve. Une victoire aigre-douce qui pesait sur son cœur, sur ses épaules, sur son estomac. Sauver son père avait été si instinctif. Sa violence avait été si naturelle.
Ciaràn l'avait prévenu. Ciaràn l'avait prévenu, toutes ces années auparavant. Il y avait toujours eu ce quelque chose, cette étincelle fondamentalement mauvaise qui sommeillait tout au fond de lui. Mais elle était folle, comment aurait-il pu la croire ?

Et il y avait cette solitude qui s'ajoutait à la noirceur. Une solitude dévorante qui se faisait ressentir lors des accalmies, lorsque l'esprit n'était plus suffisamment occupé, lorsqu'il était bien trop épuisé. Avant, Laura l'aurait pris dans ses bras. Il aurait glissé son visage dans ses longues boucles blondes et aurait inspiré son parfum. Aurait laissé sa chaleur chasser le doute, la peur, la solitude, et cette fraction néfaste qui l'habitait. Mais Laura n'était plus là, depuis bien trop longtemps. Depuis des années. Et la solitude n'en cessait plus de croître, seule maîtresse d'un homme qui n'avait jamais réussi à retenir qui que ce soit dans sa vie.

Puis Anastasia était arrivée. Comme un coup du sort, comme une coïncidence. Pile au moment où tout allait le plus mal, où tout était de trop. Où la solitude creusait jusqu'à ses os, jusqu'à sa moelle. Anastasia venait de partout et de nulle part à la fois. Secrète, sauvage, comme la majorité des gens qui passaient le seuil de sa porte pour se faire traiter. Mais dans ses yeux luisait une haine sans pareille. Un regard que Roman ne connaissait que trop, celui qu'avaient les écorchés vifs, celui des martyrs, celui des aveuglés du quotidien. Celui de ces gueules, de ces livres cadenassés qu'il aimait aider plus que tout au monde, quitte à s'y briser et les dents, et l'échine. Elle était apparue comme une évidence, avec ses pieds défoncés par des années de danse classique, ses tatouages qu'il voyait se faufiler hors des ouvertures de ses vêtements et ses attitudes de garçon manqué. Elle serait son nouveau cheval de bataille, son second souffle, ce cas désespéré qui rechignait à desserrer les mâchoires mais qui finirait un jour par céder, ne serait-ce que pour s'alimenter d'autre chose que de la haine qui la faisait apparemment avancer. Ne serait-ce que pour combler ce vide qui semblait éteindre son regard quand elle laissait tomber sa garde, lorsqu'il la massait, ce vide bien connu que provoquait la solitude. Et si Roman n'avait aucune conscience de ce qui la mettait dans cet état, il était certain qu'il pouvait l'aider. L'énergie du désespoir, sa force motrice. Se concentrer sur les autres pour oublier, s'oublier, et tout effacer jusqu'au prochain coup du sort.

Mais en attendant, il devait s'occuper d'Edwige. Une grabataire au passif de "danseuse exotique" que même l'arthrose ou l'âge n'empêchaient pas de faire d'autres choses exotiques de son corps. Si exotiques, en soit, qu'elle avait réussi à se bloquer la hanche pour la troisième fois en une semaine. Mais elle n'en avait cure. Comme elle semblait accueillir les recommandations de son bourru de kinésithérapeute avec une certaine dose d'effronterie, à grands coups de : "Allons mon petit Roman, tu sais bien que j'ai encore toute ma vie devant moi ! C'est la Fin du Monde, autant qu'on s'occupe !" La frivolité d'Edwige, son attitude volubile et les suçons qu'elle arrivait toujours à avoir le long du cou malgré son âge avaient toujours le don de dérider Roman. Parce qu'elle avait raison. Parce que la vie était trop courte pour ne pas être vécue, et parce que ridée ou pas, elle était encore suffisamment souple pour ne pas qu'on l'emmerde. Jouant des muscles pour remettre la hanche de la vieille femme en place, Roman se concentra quelques instants. Sa magie pulsa doucement dans ses épaules nouées avant de dévaler le long de ses bras, pour finalement filer de ses paumes à travers la peau parcheminée de sa patiente. Patiente qui poussa un petit gloussement ravi.

-Mon petit Roman, si tu avais quarante ans de plus, je t'épouserais tout de suite.
-Tu dis ça à tous les types qui te massent Edwige ?
-Oh que non, je réserve seulement ça à ceux qui parviennent à me faire vraiment du bien ! Ou éventuellement à ceux qui ont suffisamment d'argent et des problèmes cardiaques !
-Si tu m'enterres pas avant, promis, dans quarante ans je t'épouse.
-Deal !


Heureusement, il y avait toujours les patients. Heureusement, il y avait des gens comme Edwige, des gens que leur passé avait marqué si profondément que leur peau racontait leur histoire. Heureusement, il y avait toutes ces âmes en peine qu'il se plaisait à aider, du fond du cœur, alors même qu'il était incapable de s'aider lui-même. Sa patiente rhabillée, il la raccompagna jusqu'à la sortie, galamment. Avant de croiser le regard de sa patiente suivante, et se fendre d'un léger sourire. La demoiselle aux pieds tordus. Décidément, il enchaînait les danseuses, aujourd'hui.

Réceptionnant le magazine entre ses doigts, il haussa un sourcil aux paroles de sa nouvelle patiente avant de tendre le cou pour s'assurer que l'ancienne ne l'ait pas entendue. Edwige était tout ce qu'on voulait dire d'elle, restait qu'elle avait une collection étendue de magazines people pré-Apocalypse qu'elle partageait en bonne samaritaine avec son kinésithérapeute. Celui qu'Anastasia venait de feuilleter faisait partie de son cheptel, et il préférait encore rester dans les bonnes grâces de la grabataire. N'ayant pas entendu de réponse outrée au commentaire, Roman se détendit et referma la porte du cabinet derrière lui, avant de poser le torchon sur un guéridon. Et de se tourner vers la brunette.

-A deux minutes près, t'aurais pu le dire directement à leur donatrice.

Anastasia, comme la majorité de ses patients, avait pris ses aises et le bureau d'assaut. Des places bien rodées depuis les quelques mois où elle venait, régulièrement, se faire soigner par Roman. L'observant évoluer du coin de l’œil, il attrapa un tabouret pour s'asseoir en face d'elle, ainsi que les pommades qu'il préparait pour ce genre de traitements. En soit, il n'y avait plus grand chose qu'il puisse faire pour elle, vu l'état de ses pieds. Mais ça n'empêchait pas d'essayer, au moins, de la soulager.


-Rien de spécial, l'Apocalypse, une vieille bique qui me demande en mariage, la routine quoi. Et toi ?

Un sujet qu'il n'arrivait jamais à aborder avec ses patients : sa vie. Il était capable de les laisser parler pendant des heures, à mesure qu'il dénouait leurs nerfs, qu'il faisait craquer leurs os. Qu'il instillait sa magie dans ses mouvements. Mais parler d'autre chose que d'eux s'arrêtait très rapidement. Il parlait des jeunes, oui. Il les aimait, ses marmots. Mais il se voyait mal s'étaler sur ce qu'il vivait devant ses patients, et encore moins après tout ce qui s'était passé dernièrement. Encore moins cette solitude qui gagnait en vigueur pour le dévorer tout entier.
Ses yeux s'agrandirent en voyant les chaussettes et il ne put retenir un ricanement.

--C'est quoi ça, un répulsif à fétichistes ?

Des choux de Bruxelles déguisés en Père Noël, il aura donc effectivement tout vu. Ôtant lentement les chaussettes de sa patiente pour révéler ses pieds, ce qui l'intéressait vraiment, il garda ladite chaussette anti-fétichiste en main pour la contempler une brève seconde. Des chaussettes qui plairaient à Lizzie à coup sûr.

-T'as trouvé ça où ? J'en prendrais bien une paire à ma gamine !

C'étaient des moments comme ça, aussi ridicules, qui lui rendaient le sourire. Qui révélaient un sourire un peu tordu, un peu timide, son incisive de métal renvoyant un bref éclat de lumière. Tout aussi bref que son sourire, alors qu'il se remettait en position, puisant un peu d'onguent pour s'en badigeonner les mains. Les pieds d'Anastasia étaient un champ de bataille. Pour leur faire honneur, il attaqua celui qui était orné de la chaussette la plus ridicule.

-C'est bientôt son anniversaire, en plus, j'suis sûr que ça lui plairait.

S'appliquant sur ses gestes, il fit glisser ses doigts le long de sa voute plantaire, avant d'attaquer un départ de massage en profondeur. Les muscles étaient durs. Son talon plus sec que d'habitude. Roman fronça légèrement les sourcils.

-J'te sens tendue, Anastasia, t'as des soucis en ce moment ?


_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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MessageSujet: Re: (Roman) | All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion   28.03.17 16:49

All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion

Anastasia & Roman

Je ne peux m'empêcher de la trouver ridicule, cette dualité qui me rend malade. Dualité dont les principaux protagonistes sont ma solitude et mon esprit de vengeance. Tout ça est ridicule, tout ça n'a aucun sens et pourtant, je m'obstine à vouloir trouver un remède aux deux, seulement... Si je poursuis ma vengeance jusqu'au but que je me suis fixée, je serai seule. Je serai satisfaite – pendant combien de temps, ça je l'ignore – mais je serai seule, et il n'y aura plus aucun espoir de retour. Si je m'apaise et choisi de guérir ma solitude, j'irai mieux, c'est certain. Mais là aussi, pour combien de temps ? Combien de jours, combien de mois, combien d'années s'écouleront avant qu'on ne me laisse à nouveau seule ? C'est cette hantise de la solitude à venir qui me pousse à toujours laisser une distance de sécurité entre moi et les gens. Même avec Andreï. Peut-être plus encore avec lui, en fait. Alors quand je vois la silhouette de son fils se dessiner dans l'encadrement de la porte, je sens mon sourire se crisper sur mes lèvres. Toujours ce même problème : la petite fille abandonnée meurt d'envie de se précipiter vers lui, là où le monstre assoiffé de vengeance ne rêve qu'une chose. Lui arracher les yeux et la gorge. C'était pourtant si facile de le haïr et de lui en vouloir quand je me tenais loin, tout comme il m'était facile de vouloir jeter son père dans un précipice il y a encore quelques semaines. Maintenant, j'ai plus envie de leur tendre le bras, voire de m'y jeter à mon tour, dans ce précipice. Non vraiment... Pitoyable. Chassant mes mauvaises pensées, je m'approche, et hausse un sourcil en me tournant vers la sortie, où la vieille bique vient de disparaître.

« Sérieusement ? C'est la vieille rabougri, ton fournisseur ? Hè bin... Je comprends mieux pourquoi c'est complètement démodé, c'qu'on y raconte ! »

C'est plutôt drôle de dire ça, quand on sait que cette vieille peau et moi devons avoir à peu près le même âge. Bien conservée, la vieille Anya ! Parfois, il m'arrive de me rappeler que cette année je dois fêter mes 72 printemps, et que si je n'avais pas encore un joli teint de pêche et la souplesse d'une ado, je pourrais demander à ce qu'on cède une place dans le bus. En revanche, je suis déjà aussi chiante et agressive qu'une vieille, quelque part je compense. Une fois dans le bureau, j'hésite une demi seconde avant de m'asseoir sur la table d'examen. Une demi seconde durant laquelle je décide d'oublier ma colère, l'ombre de Georg au dessus de ma tête, telle une épée de Damoclès prête à m'embrocher comme un vulgaire gigot. Et puis j'déteste les hôpitaux. Je les déteste pour y avoir passé trop d'années quand mon frère était malade, et même si aujourd'hui il est mort et enterré depuis des années, l'odeur de vieux formol et le goût de sang que j'avais sur la langue chaque fois que j'y allais me soulève toujours autant le cœur quand je passe les portes d'un établissement de ce genre. Pourtant croyez-moi, un hôpital soviétique c'est encore pire qu'un hôpital niché au fin fond d'une Amérique post apocalyptique. Me tournant vers Roman, j'esquisse un sourire amusé.

« Ooh ? J'aurais peut-être dû faire annuler mon rendez-vous, histoire que ta dulcinée et toi puissiez continuer à... Discuter ? Elle sait que tu es marié ? »

Marié à une femme qui ressemble foutremet à Lara. Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à la famille, je me suis d'abord demandé s'il n'avait pas un sérieux problème psychologique du genre « tu ressembles à ma maman, gratte-moi l'dos et fais-moi de la compote ». Non franchement... Quelle idée ? Faut croire que son paternel ne lui a pas légué que sa belle gueule, le pet au casque est venu avec.

« Pas grand chose non plus, c'est toujours l'Apocalypse, comme tu dis. »

En réalité j'en ai, des choses à dire. Depuis notre dernière rencontre j'ai revu son père, remis tout un tas de choses en question, manqué de crever sur mon paillasson et Georg se fait de plus en plus pressant pour obtenir des renseignements au sujet de son rat de labo préféré. Je ne peux pas parler de ça avec Roman. Pas sans lui expliquer qui je suis. Alors une fois de plus, j'affiche un sourire décontracté sur mon visage et entreprend de retirer mes chaussures. J'oublie tout ça pour mieux révéler à Roman mes merveilleuses chaussettes dépareillées. Je fronce le nez et attrape la chaussette victorieuse, dévoilant un pied meurtrie par des années d'exercices et effilé par les pointes comme la lame d'une baïonnette. Franchement moins sexy que mes chaussettes !

« Dis donc, toi... Te moque pas d'mes chaussettes, elles sont très jolies ! J'ai pas trouvé mieux c'matin, j'étais en retard et puis je sais que ça te ravie les mirettes ! »

Je ne suis pas timide ni réservée, en général je parle facilement, mais il faut y aller pour qu'un médecin – quel qu'il soit – réussisse à me faire plaisanter ainsi. Faut croire que Roman a ce talent-là en plus d'avoir des mains en or. Je frissonne au contact de l'onguent glacé mais sens immédiatement mes nerfs se détendre. Je suis tendue, aux aguets, fébrile... J'ai peur, c'est vrai. Depuis quelques semaines, j'ai vraiment peur, car je joue avec le feu. Je m'implique beaucoup trop dans toutes cette histoire, et je préfère encore plaisanter sur mes chaussettes ridicules.

« Oula ! Heu... Bonne question. Ça fait un moment que je les ai, pas sûr que tu trouves encore ça en magasin. En plus, au rythme où ça va, le gouvernement interdira bientôt ce genre de fantaisie ! Elle va avoir quel âge, ta gamine ? »

En réalité, les chaussettes en question, je les ai piquées dans une boutique de souvenirs laissée à l'abandon peu de temps après avoir retrouvé ma forme humaine. Perdue et sans le sou, il a bien fallu que je me constitue une garde robe digne de ce nom, et ces chaussettes ridicules sont un peu devenues ma marque de fabrique. Je m'apprête à répliquer une banalité de plus à base de chaussettes et de ridicule quand la question tombe. Immédiatement, mes muscles se tendent à nouveau, mon dos se courbe et mon pied se crispe entre ses doigts. Ça se voit à ce point ? Faut croire... Je reste un long moment silencieuse, ne sachant pas trop s'il vaut mieux que je réponde ou non. J'en ai, des choses sur le cœur, et j'en ai , des choses à dire.

« Hin... T'es pas psy mais t'as l’œil. Y a deux-trois trucs qui me tracassent en c'moment, ouais. J'ai un peu joué avec le feu, croisé un type que j'aurais dû revoir, et y a ce client un chouilla exigeant qui n'aime pas ça ni ce que je lui ramène... »

Pour Roman, je suis une presque honnête journaliste qui vend ses articles au plus offrant, pas une ancienne espionne du KGB qui continue à nourrir l'ambition de son sorcier.

« Et j'me retrouve prise dans tout ça sans savoir quoi faire. Quoi qu'je fasse, ça va me retomber dessus, l'un des deux va m'en vouloir et j'vais y laisser des plumes. Tu ferais quoi à ma place ? T'écouterais le vieux pote en qui tu n'es pas sûr d'avoir confiance ? Ou le mec à qui tu ne peux absolument pas faire confiance mais qui, si tu le trahis, peut te faire sauter la cervelle ? »

Bon ok, là ma couverture elle commence à sentir mauvais. Quoi que, vu le monde dans lequel on vit, ce n'est pas si étonnant que ça de se retrouver à devoir faire un choix entre une potentielle personne de confiance et un type cinglé mais qui a le pouvoir. Ça craint. Voilà c'qu'i se passe. Le regard dans le vague, je finis par secouer la tête et relever les yeux vers Roman qui me fixe. J'esquisse un sourire peu convaincant.

« Tu n'es pas obligé de répondre, je divague, de toute manière. C'est juste que... Ça devient compliqué de savoir à qui faire confiance ici, et je sais pas trop où j'en suis, ni pourquoi j'te raconte tout ça. »

Peut-être parce que contrairement à ce que je me répète tous les jours, une petite voix persiste à me répéter que je lui fais un peu confiance, au rejeton Ievseï. Mes yeux parcourent son visage et je ne peux m'empêcher de détailler chaque trait, chaque moue, chaque ride qui commence à creuser son visage. Je le regarde sans le voir, figée comme une statue, et il me faut de longues secondes pour me rendre compte que cette soudaine proximité entre nous n'a rien de naturel pour un médecin et sa patiente.

« Laisse tomber tout ça. J'suis sûrement juste un peu fatiguée », je souffle en me passant une main dans les cheveux.

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MessageSujet: Re: (Roman) | All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion   30.03.17 20:42

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C'était ça aussi, son métier. C'étaient toutes ces personnes qui se succédaient, toutes ces vies qu'il croisait ponctuellement et qui repartaient ensuite aussi brusquement qu'elles étaient arrivées. Des fractions d'histoires, au travers de membres maltraités, de douleurs et de fractures, toutes plus belles, plus sombres les unes que les autres. Les corps parlaient nettement plus que leurs propriétaires, toujours plus. Ils racontaient les doutes, les peurs, les colères, se nouaient et se tordaient, avec toujours bien plus d'éloquence que tout ce que les Hommes le pouvaient eux-mêmes. Et les pieds d'Anastasia, qu'il massait doucement entre ses doigts calleux, étaient comme un livre ouvert. Des pieds qui racontaient des années de torture sous les pointes en satin, les orteils tordus en tendant de soutenir son corps sur le petit bloc de bois. Roman avait toujours trouvé que la danse classique, en plus de n'être absolument pas son rayon, était juste de la torture au nom de la torture. De la torture au nom de l'art, les pieds d'Anastasia en étant témoins. La majorité des danseuses classiques qu'il avait traités avait cette tendance à évoluer à petit pas dans une vie trop bien remplie, tordues comme leurs pieds. Equilibristes de la vie. Equilibristes sans la même base que leurs pairs.

Anastasia racontait cette histoire sans même le dévoiler. Le mal qui avait tordu ses petons était lointain, remontait probablement de l'enfance, vue l'avancée des dégâts. Une histoire vibrante, colorée, parcourue de troubles et de tensions. S'il était une donneuse de bonne aventure, il lirait dans les lignes plantaires. Mme Irma du pauvre. Et pourtant il était certain qu'il adorerait faire ce type de boulot. Parce qu'essayer de deviner les histoires de chacun de ses patients était une de ces rares passions qui l'animaient encore comme un gamin. C'était pour ça qu'il appréciait la compagnie de la jeune femme. Parce qu'il y avait ce mystère, cette histoire cachée qu'il ne pouvait déceler qu'au travers de son corps. Que signifiaient tous ces tracés sur sa peau ? Quel était le rapport avec la malformation de son corps, avec la difformité due à la danse ? Trop de questions qui fourmillaient dans son esprit. Mais la certitude qu'il finirait tôt ou tard par la faire craquer, et lui faire lâcher les quelques bribes d'informations qui pouvaient lui manquer, à lui, le curieux chronique.

Un sourire fin, fatigué, s'était étiré sur ses traits aux questions de sa patiente. Jusqu'à se transformer en haussement d'épaules, alors qu'il répondait du tac au tac :

-Oh, ce n'est pas ça qui va l'arrêter. Selon elle, "le mariage est une institution pré-apocalyptique, donc maintenant on s'en fout". Mais t'as bien fait de pas annuler ton rendez-vous. Je voudrais pas ne plus supporter son parfum avant d'avoir à le sentir tous les jours en me réveillant à côté d'elle.

Le ton débonnaire, il avait une réputation de bourru pince sans rire qu'il aimait à entretenir. Ô, l'ours savait rire. Il préférait juste voir l'incrédulité se dessiner sur les traits de ses interlocuteurs à chaque fois qu'il balançait une vanne limite, juste parce que les voir tenter de déceler la vérité du mensonge était bien plus jouissif que les entendre ricaner. Chacun ses petits plaisirs.
Ses doigts glissèrent le long de la voute plantaire, les noeuds de stress, de colère et d'irritation s'intensifiant sous leur pulpe à chaque passage. Il y avait un problème. La sensation d'être revenu à quelques séances en arrière, lorsque cette boule de nerfs qu'était la danseuse classique refusait de lui parler. Un trouble profond, bien plus intense que celui de n'avoir pas su trouver la deuxième chaussette à brocolis. Chaussette qui revint sur le tapis, lui arrachant un léger rire.

-Elles sont magiques aussi ?

Profitant qu'elle soit déconcentrée, il pressa un peu, tirant le nerfs sous ses doigts, le faisant claquer pour libérer les tensions. Son regard gris, malicieux, avait intercepté la moue boudeuse de la brunette. Décidément, elle y tenait, à ses chaussettes !

-C'est encore un bébé, elle va avoir 18 ans. La plus jeune des trois. La plus réussie aussi, soyons honnêtes.

Parce qu'elle ressemblait à sa mère, sur bien des aspects
. Le petit rayon de soleil qu'était Lizzie devenait une vraie femme, quand bien même son père aurait préféré la garder toute petite, toute innocente, comme il avait toujours voulu la connaître. Comme il l'avait toujours connue. Une surprise, aussi, cette gosse. Sa mère avait disparu depuis cinq ans désormais. Cinq ans d'absence, cinq années décisives où un bon nombre d'horreurs s'étaient produites, et pourtant Lizzie avait exactement les mêmes qualités, les mêmes visions, que sa propre mère.
Putain, cinq ans. Déjà.

Sans s'en rendre compte, il s'était légèrement tendu. Ses massages devenaient légèrement plus durs, plus rugueux. Se rendant compte de ses propres gestes, il relâcha le pied de sa patiente et reprit une dose d'onguent. Une recette de Laura, ça aussi. Laura qui était partout sans être où que ce soit. La solitude qui revenait le gifler en pleine figure, aussi décida-t-il de se concentrer sur les problèmes d'Anastasia. Sur sa voix. Sur son joli minois, si doux quand elle ne cherchait pas à se rebiffer contre son kinésithérapeute.
C'était peu de choses, mais il pouvait sentir la tension revenir dans ses muscles, dans ses tendons plus durs, alors qu'elle parlait. Pourtant elle n'était que journaliste, ce qu'elle racontait était à des années lumière de ce qu'il aurait cru que faisaient les petits gratte-papiers de la Nouvelle Orléans. C'était vraiment si risqué, d'être journaliste, de nos jours ? Il marqua une pause dans ses soins, jetant un regard perplexe au fond de ses iris assombris. Il ne comprenait pas.

-T'es vraiment sûre d'être journaliste, Anastasia ? Non parce que ton rédac chef a l'air d'être un vrai tordu...

Pourtant. Pourtant il avait envie de l'aider, quand bien même il n'avait pas tous les éléments en main. Massant distraitement ce qu'il avait en main, justement, il leva les yeux, cherchant une réponse logique à son interrogation. Ses doigts filèrent spontanément vers le haut, caressant distraitement son talon calleux, puis la peau douce, ferme, de son talon d'Achille.

-C'est tendu ton truc. Personnellement je choisirais les deux. Ecouter le type en qui t'as moyennement confiance, pour voir ce qu'il a à dire, quitte à t'en méfier. Et faire en sorte de satisfaire l'autre connard qui voudrait te fumer, juste ce qu'il faut pour tâter le terrain de ton côté. Juste ce qu'il faut pour éviter de te faire buter.

Sans s'en rendre compte, il s'était penché vers elle. Spontanément, son regard avait piqué une plongée dans les prunelles de la jeune femme, marqué par l'inquiétude. Il ne savait pas ce qu'il se passait, ni même à quel degré pouvaient se situer ses emmerdes. Mais il avait appris à connaître son phrasé. Il avait appris à comprendre que ce qu'elle lui avait dit était partiellement la vérité. Et ses doigts remontant le long de sa cheville tordue, dans une caresse rassurante, exprimaient la même volonté.
L'aider.

-T'es vraiment dans une merde aussi noire que ça, Anastasia ? Parce que je peux t'aider. Je sais pas encore comment, mais si t'as besoin, j'ai des contacts. On peut te trouver un coin où crécher, peut-être que des gars de l'association où j'bosse peuvent t'accompagner un peu pour te protéger...

Il la sondait, l'interrogeait du regard. Il y avait une forme de détresse, dans ses muscles, dans la tension de ses tendons, dans les craquements légers de sa cheville alors qu'il la massait doucement entre ses doigts. Il y avait dans ce roulement sableux que faisait l'articulation, une kyrielle de troubles qui lui donnaient envie d'agir.
Il y avait quelque chose dans ce regard sombre, anciennement furieux, qui lui donnait envie d'en savoir plus. Toujours plus. Et la solitude immense qu'il y avait lue autrefois qui était revenue au galop pour repartir aussitôt.

-Si t'as besoin, y'a pas de honte à demander de l'aide. T'as le droit. Et j'peux te trouver des solutions, le temps que tout se tasse.

Le sorcier la sentit, cette impression. Cette sensation qu'un poids faisait pression sur son estomac, le comprimant, le creusant. Cette sensation que faisait le danger, inéluctablement. Qu'une jeune femme comme elle soit dans la merde, ça le faisait déjà chier, soyons honnête. Mais dans l'état où il se trouvait lui-même, cette vérité devenait vite obsédante. La nécessité de l'aider, de faire quelque chose, quoi que ce soit, pour elle. C'était probablement idiot. Il n'avait cette envie pour personne, tout du moins pas avec autant d'intensité. Mais Anastasia était différente. Elle était un mystère qu'il voulait creuser, elle était une âme décharnée dans un corps étriqué, par choix, et contre sa volonté.
Elle était une histoire qu'il voulait connaître. Un nouveau conte humain qui risquait sa vie, et ça, il ne le voulait pas, sans savoir s'expliquer pourquoi.
Une nécessité d'être là pour elle, qui se traduisait dans ses yeux gris. Qui se traduisait dans ses gestes, ses doigts qui papillonnaient à présent le long de sa peau.

-C'est pas à cause de ta chaussette, au moins ?


_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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MessageSujet: Re: (Roman) | All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion   31.03.17 22:00

All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion

Anastasia & Roman

Tous ces rendez-vous discrets pris sous un faux prétexte, scrupuleusement fait pour glaner des informations, ça n'a duré qu'un temps. Roman n'est pas un comédien ni un assassin en fuite comme moi, et il n'a clairement pas les mêmes cadavres sous le lit à cacher que moi, et tout ce que j'ai appris de plus en côtoyant... C'est à le connaître. Sa famille, ses habitudes, ses manies, c'était observable de loin. Les zones d'ombre ont persisté quant à elles, mais l'impression de départ à changer. Quand je viens maintenant, c'est autant pour la discussion que pour les soins qui, il faut l'avouer, détrônent amplement ce que jamais la régénération ne pourra faire. Alors vraiment, même en sachant pourquoi je suis là et pour quelles raisons, je me demande maintenant pourquoi je le fixe depuis cinq secondes, mon visage à quelques centimètres du sien, cherchant à comprendre d'une part si je viens vraiment de l'embrasser, et d'autre part pourquoi. Un peu perdue, je décide de me repasser mentalement la scène, histoire de gagner du temps avant de devoir lui expliquer d'où venait cet élan soudain.

Il me parlait de sa vieille bique de patiente, celle qui, malgré ses rides, semblaient quand même un peu plus moderne que moi. Ce n'était pas parce que je jurais plus que je ne remerciais et portais des tatouage sur à peu près chaque centimètre carré de mon corps que l'idée d'un jour me pavaner dans une belle robe blanche m'était passée. Mais soit. La vieille ne voyait aucun inconvénient à se taper un homme marié susceptible d'être... Son fils ? Oula. Vu l'âge, ça aurait été son arrière arrière arrière...Arrièèèèèèèèèèère petit fils ! Et non ce n'est pas une exagération ! J'avais alors ricané, sûrement plus sensible que la moyenne à l'humour étrange de Roman – fallait dire que son père en tenait une couche à ce niveau-là, difficile de ne pas y être habituée.

« Ça serait quand même con que tu sois dégoûté avant d'avoir vu la totalité d'la marchandise... »

Ah ça oui, maintenant que j'y repensais, c'était tout sauf délicat, m'enfin ça restait dans la même veine. Complètement barj', la vieille. Je me souviens avoir frissonné à ce moment-là, alors que sa main froide appuyait sur un muscle tendu à l'extrême et m'arrachait une grimace de douleur. Mon corps hurlait ce que je refusais de murmurer, et cette carapace se débattait tant bien que mal pour faire entendre une fois qu'assourdissait mon cerveau malade. Avouer que j'avais besoin d'aide c'était me montrer vulnérable, voilà ce que qu'on m'avait appris pendant des années. Ne jamais, Ô grand jamais admettre la moindre faiblesse. Alors je me taisais, quand bien même mourrais-je d'envie d'en parler à quelqu'un. Parler de mes magnifiques chaussettes m'avait paru bien plus intéressant, et je me félicitait d'avoir ainsi une diversion involontairement à portée de pied. J'avais esquissé un sourire en jetant un regard plein de fierté à ma vieille chaussettes décolorée.

« Elles sont pas magiques, et c'est bien dommage ! Mais t'es sûr qu'à 18 ans ta fille va vouloir des chaussures et pas plutôt la permission de minuit ? Me r'garde pas comme ça ! Je sais, t'es son père, tu voudrais qu'elle ait six ans et des couettes toute sa vie, mais si j'avais encore eu mes parents à 18 ans, j'aurais fait la gueule en voyant arriver les chaussettes. »

Maintenant que j'y repensais, je n'avais pas remarqué l'aveu sur le coup. Celui d'une famille non pas dysfonctionnelle comme la sienne mais tout simplement inexistante. Seulement ça, c'était le secret que je gardais le plus enfoui en moi, celui que seul Georg connaissait pour en avoir été témoin, celui que je n'avais même pas partagé avec Andreï. On me pensait généralement orpheline, et j'ajoutais une dose de pathos en disant que mes parents avaient été tragiquement emportés par la maladie. Ça faisait souvent taire les gens, juste après les traditionnels « Oh ma pauvre ! Je suis désolée ! Tu as dû être tellement triste... Quand j'avais six ans, j'ai perdu mon chien Biscuit, j'ai été très triste... », et s'ensuivait une discussion sur ledit cabot dont je n'avais rien à foutre mais à qui je faisais semblant de m'intéresser pour mieux masquer la vérité. Une gamine orpheline attirait la sympathie, une enfant vendue par ses parents pour sauver son jumeau, en revanche, ça attisait la colère. On m'aurait demandé pourquoi je n'avais rien fait pour les retrouver, pourquoi je ne m'étais pas enfuie, pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Tout simplement parce qu'on m'avait conditionnée pour ne plus rien ressentir à ce sujet. J'avais prolongé la vie de mon frère de quelques années, ça m'avait suffit. Aujourd'hui, lui et mes parents étaient morts depuis des lustres et ça me laissait de marbre. Parce que n'en avoir rien à foutre était moins douloureux que regretter. Je réalisais seulement maintenant que je me sentais en confiance avec Roman, et c'était ce qui me poussait à parler sans réfléchir et surtout sans mentir. Bonne ou mauvaise chose ? Si seulement j'avais pu le savoir...

Ce qui avait été certain, c'est que je n'étais pas la seule à laisser plus parler mon cœur que ma langue. J'avais senti les doigts de Roman raffermir leur emprise sur mon pied, jusqu'à ce qu'il ne semble s'en rendre compte et se reprenne. Je continuais à me demander ce qui se cachait sous cette hermétique carapace d'ours mal léché, ce qui le rendait si secret et surtout pourquoi évoquer sa fille semblait faire resurgir des souvenirs douloureux. Et il refusait de parler, encore et toujours, préférant écouter et se montrer attentif. Une qualité rare de nos jours, mais qui me mettait un peu mal à l'aise. Pourtant, je m'étais ouverte et avais déballé une partie du sac de caillasse que j'avais sur le dos. Pas étonnant qu'il se soit posé des questions à c'moment-là. Je l'avais alors fixé, sans répondre, me contentant d'un vague sourire énigmatique. Silencieuse, j'analysais ses gestes. Les massages s'étaient mués en caresses, et il avait entamé ce léger rapprochement qui avait tout fait déraper. Sans que je ne cherche à l'en empêcher, il avait franchit cette frontière invisible que j'imposais la plupart du temps. Pourtant, je n'avais pas bougé, refrénant au mieux ce frisson qui m'avait parcouru l'échine lorsque ses doigts avaient glissé jusqu'à mon talon.

« C'est fini, le journalisme d'avant l'Apocalypse, où le pire qui puisse arriver, c'était de se prendre de l'encre de photocopieuse dans les yeux. J'travaille par pour un journal en particulier, j'écris les articles que différents clients me demandent, et celui qui paye le plus grassement et régulièrement est un con qui sait très bien mettre ses menaces à exécution. C'est tout. Quant au reste... Ouais... T'as p'tet raison... L'ennui c'est que si j'écoute les deux, eux sont complètement sourds, tu vois le dilemme ? »

Réussir à faire entendre raison à Andreï, c'était comme vouloir enseigner la physique cantique à un poisson rouge. Et parfois, je me demandais si son QI à lui ne se rapprochait pas même du plancton. J'avais alors tourné les yeux vers Roman, compris la proximité qu'il y avait maintenant entre nous et pourtant, je n'avais rien fait. J'étais restée là, mon visage à quelques centimètres du sien et mon regard meurtrit plongé dans ses yeux gris. J'avais senti ses doigts s'emparer doucement de ma cheville, l'avais laissé m'approcher sans brocher un seul instant et m'étais moi-même penchée un peu plus en avant. Puis j'avais baissé les yeux, un sourire peu convaincu aux lèvres.

« T'es gentil... Et je dis pas ça avec condescendance, les gens gentils ça devient rare. C'est juste que... T'embarque pas là-dedans, Roman. Je sais me défendre et j'ai pas envie que... Que quelqu'un que j'aime bien se fasse prendre là dedans. »

Ce n'était pas si faux, au fond. Si c'était avant tout parce que je ne voulais pas apporter Roman à Georg sur un plateau histoire de faire rappliquer Andreï au trot, il y avait aussi cette connivence, cette affection mutuelle et naissante entre nous. Encore un truc dont j'me serais bien passée. Tout dans mon regard avait à cet instant trahit ma détresse. J'étais enchaînée à la volonté d'un sorcier sadique et impitoyable, prisonnière de ma solitude et de ma vengeance... Pourtant, au milieu de tout ça, j'étais perdue. Incapable de savoir quelle voie suivre, qui écouter ou quoi faire. Si j'avais pu faire confiance à Andreï, je l'aurais suivi les yeux fermés, j'aurais même accepté de me rebeller contre Georg pour lui... Mais Andreï était Andreï, et lui faire confiance maintenant, ç'aurait été comme me tirer une balle dans le pied au milieu d'un bassin de piranhas.

« Ecoute, je... J'aurais pas dû te parler de tout ça. C'est trop compliqué, moi-même je n'y vois pas très clair. Y a rien qui puisse m'aider, il est trop puissant, trop... »

Maléfique... Le voilà, le mot que je cherchais. Mon admiration pour Gerog s'était muée en terreur et désormais, chaque fois que je croisais son regard, je sentais toutes les fibres de mon corps trembler d'angoisse, mon cœur battre à tout rompre et ma gorge devenir sèche. Mais je ne pouvais pour autant lutter contre son pouvoir et son influence.

« Je sais pas comment expliquer ça... J'peux pas demander de l'aide, j'suis prise au piège et... Je sais pas... »

Toujours très précise, quand je paniquais. J'en mourais d'envie, de lui dire que j'étais une métamorphe asservie par un sorcier belliqueux, que je n'avais d'autre choix que de lui obéir, par peur d'en subir les conséquences, que je ne pouvais à la fois sauver ma peau et celle d'Andreï sans provoquer des dégâts collatéraux, que maintenant que j'y mettais les mots, je me rendais compter que j'étais acculée contre le mur, sans échappatoire possible. Bon sang, je lui avais dit tout ça... Quelle idée !?

Ses doigts avaient couru sur ma peau sans s'arrêter, ses mots avaient percé ma carapace en douceur et sa présence avaient fini par y creuser une ouverture juste assez grande pour que je me sente assez en confiance pour lui raconter tout ça. Il y avait dans son attitude et dans ses gestes une sincère envie de m'aider, quelque chose d'honnête que je savais reconnaître tant ça se faisait rare. Et c'est là qu'elle m'avait prise, cette pulsion, cette envie soudaine de briser les quelques centimètres qui nous séparaient l'un de l'autre, là que j'avais senti le rationalisme s'envoler pour laisser place à quelque chose que je n'arrivais pas encore à identifier. Alors j'avais cessé de réfléchir, ma main était venue d'elle-même se poser sur sa joue et, franchissant l'invisible frontière, j'étais venue perdre mon visage contre le sien et mes lèvres contre les siennes. Ça n'avait aucun sens, c'était spontané, irréfléchi et sûrement très bête, mais ça m'avait paru tellement logique sur l'instant. J'avais cru qu'embrasser Roman ça serait comme embrasser Andreï... Je n'aurais pas pu plus me tromper. Ça n'avait rien à voir, et je n'étais pas animée par les mêmes sentiments. Comment avais-je seulement pu passer d'une haine viscérale induite par l'ignorance à... Ça ?

Et me voilà maintenant comme une conne à le fixer et à me demander si c'était complètement con de faire ça ou juste... Complètement con. Il va sûrement me foutre dehors, me dire de faire soigner ou je ne sais quelle connerie, alors perdu pour perdu...

« Tu me crois si je te dis que c'était pas du tout une erreur et que j'ai pas dérapé ? »

Je pourrais me confondre en excuse, lui dire que je me sens triste et seule, et que la présence forte d'un homme viril m'aide à me sentir bien ou je ne sais quelle connerie d'un sexisme à faire vomir des arc en ciel, mais non. Je l'ai embrassé sur un coup de tête mais le pire... C'est que je redemanderais bien mais là, ça finirait pas être déplacé. Alors je me redresse, jette un œil à ma chaussette et souris.

« Laisse tomber la chaussette, elle n'y est pour rien. Et heu... Désolée. Fin... J'aurais pas dû, j'imagine. »

Tu t'enfonces, Anya, tu t'enfonces... Je commence à sentir l'inquiétude me gagner, comme si je craignais que ce geste un tantinet déplacé n'ait réduit à néant cet ersatz de relation de confiance qui commençait à nous lier. Au pire... Et bien ça sera encore de ma faute, pour changer. Au mieux... Au mieux quoi ? Il va me dire de recommencer ? La bonne blague, tiens... Bon sang j'ai besoin d'aide, c'est une certitude. Car pour le moment, plutôt que de m'inquiéter pour Georg et toutes les emmerdes qui me pendent au nez, j'ai juste envie de sauter au cou de Roman.


Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: (Roman) | All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion   06.05.17 1:19


Tout était si difficile tout en étant si naturel, avec Anastasia. Si difficile, dans cette rudesse permanente, tant dans ses gestes que dans ses paroles. Ce caractère bien trempé dont il avait à présent suffisamment fait les frais pour ne plus s'en étonner, et même pour lui trouver un certain charme rafraîchissant. Ecorchée par la vie, ça se voyait. Naturelle et spontanée, quand elle ne se laissait pas enfermer par ses propres préoccupations. Mais brute, brutale et sauvage. Secrète. A bien des égards, comme lui. A croire que c'était ça, la similitude concrète entre tous les Russes. Ils avaient le parler bourru, la vision des choses graves, et naturellement trois grammes huit de vodka dans chaque cuisse. Une proximité qui rendait ces échanges de plus en plus simples. De plus en plus... Agréables.
En plus, elle ne s'offusquait pas de ses blagues de merde. Au contraire, elle rebondissait souplement dessus, s'adaptant aux situations sans contraintes, aussi naturellement que si elle avait elle-même sorti la vacherie précédente. Une ourse aux yeux gris-marrons, aux traits gracieux, mais avec suffisamment de force dans les jambes -tout du moins le devinait-il- pour réduire la tête d'un homme en charpie. Les danseuses avaient souvent ce type de capacités. Anastasia, elle, lui donnait toujours l'impression d'en être une version améliorée. Le tracé de ses muscles, l'allongement de ses membres, son port droit mais légèrement courbé à la fois n'étaient pas naturel si elle n'avait été que danseuse classique. Mais qui était-il pour juger de la vie des gens ? Peut-être était-elle tueuse à gage, sous contrat. Ou promoteur immobilier ceinture noire de taekwondo. Là seraient tous les mystères qu'il ne se permettrait jamais de lui demander de dévoiler. Jamais.

Se contentant d'un haussement suggestif de sourcils en réponse à sa raillerie par rapport à son antique prédecesseuse pour marquer un intérêt potentiel, il s'était reconcentré sur son travail. L'avait écoutée, la discussion s'envolant vers des considérations plus concrètes comme les chaussettes, avant de froncer les sourcils. Lizzie, la permission de minuit ? Sa gamine, la permission de minuit ? Il n'avait jamais été très chaud pour ce type d'approbations mais il n'était pas non plus le père le plus strict de la planète. Lizzie avait le droit de sortir jusqu'à tard du moment qu'elle était armée d'un canif, accompagnée systématiquement, et qu'elle faisait attention où elle allait. Car s'il n'avait jamais appris l'art du meurtre à ses enfants, si la violence qui coulait naturellement dans le sang Ievseï avait toujours été refoulée au point qu'il ne leur apprenne jamais d'arts martiaux, il savait ses enfants suffisamment malins pour savoir se défendre en cas de difficultés. Une sensation amère avait envahi son palais, et il avait ouvert la bouche pour répliquer, avant de saisir juste quelques mots. Si j'avais encore eu mes parents. Le ton d'Anastasia était tellement détaché, tellement surprenant que Roman avait levé malgré lui un regard surpris vers la jeune femme. Surpris, non pas par l'information. Elle n'était pas la première orpheline qu'il traitait, malheureusement. Non, c'était son ton, si badin, alors qu'elle plaçait l'information avec autant sinon moins d'importance que ses chaussettes magiques. Un détachement paradoxal au vu de la gravité de l'évènement. Au vu de ce secret, profond, un des tous premiers fragments de sa vraie vie, qu'elle révélait au sorcier.
Outre son regard, il n'avait pas réagi d'avantage. Qu'avait-il à dire ? "Oh t'en fais pas, bibiche, moi aussi j'suis orphelin, on devrait partir battre la campagne en chantant le générique de Rémi Sans Famille" ? Non. Une femme comme elle ne voudrait certainement pas de sa pitié, et il n'en avait pas à donner. Juste de l'écoute. Juste de la compassion. Juste de la gratitude pour avoir accepter de lui confier un tel secret, comme de lui avoir accordé sa confiance. Et, comme si de rien n'était, la conversation s'était poursuivie aussi naturellement que d'habitude.

S'était-il rapproché outre mesure, ou avait-il respecté les limites habituelles qu'il s'imposait avec ses patients ? Il aurait été incapable de le dire. Mais, l'inquiétude aidant, il sentait progressivement le souffle chaud de sa patiente contre sa peau. Pouvait apercevoir les mouches marrons dans ses iris gris, pouvait percevoir son parfum, légèrement fauve, naturellement entêtant, par dessus l'odeur herbeuse de la pommade. Ses propres gestes s'étaient adoucis, son attention focalisée sur elle. Si naturellement. Si naturellement...
Pourtant, dans le brouillon des explications sur le journalisme, sur les deux hommes qui lui posaient problème, sur la quantité de merdes sous lesquelles elle croulait, elle refusait son aide. Tout du moins verbalement. Peut-être que la proximité avait joué, peut-être que l'inquiétude aussi, mais Roman l'avait aperçue, cette détresse au fond des iris métalliques de la Russe. Avait entendu cette légère cassure dans cette voix pourtant si ferme, jamais un octave plus haut que nécessaire, avait senti la fêlure jusque dans ses muscles. Peut-être s'était-il adouci, peut-être trop, peut-être pas assez. Peut-être cette nécessité d'aider profondément autrui était excessive en ce moment, était excessive vis à vis d'Anastasia. Mais il avait proposé des solutions, et ne reviendrait pas dessus. Parce que tout son comportement, toutes ses paroles étaient devenues un cri, un appel à l'aide, auquel il était incapable de ne pas répondre.

Ses massages étaient devenus plus doux. Plus réconfortants, tout autant que sa voix, son attitude habituellement bourrue reléguée au second plan pour révéler l'homme sous la bête. Celui qui comprenait, tout autant qu'il souhaitait aider. Merde, il s'était suffisamment pourri l'existence avec les conneries d'Andreï, s'il ne pouvait rien faire pour sa patiente alors qu'il avait tout fait pour son père, il serait définitivement le dernier des connards !

-Je vois... T'es entourée de connards et t'as le couteau sous la gorge, en gros. Mais t'es pas seule. Y'a toujours des solutions et...

Mais Anastasia n'était pas en mesure de l'entendre. Confuse, ses paroles s'évadaient de ses lèvres fines, chargées de malaise, chargées de gêne. Chargées de ce soupçon de crainte, ce soupçon de terreur, qui avaient poussé le kinésithérapeute à se rapprocher sans même s'en rendre compte. Bon Dieu, comment pouvait-il la laisser comme ça ? Il y avait toujours des solutions, mais elle était incapable d'en voir le bout. Et lui manquait cruellement d'informations pour être d'une quelconque aide. Puis il avait dit quelque chose. Trois fois rien. Des mots si simples, si naturels.
Si simple. Si naturel.
Si simple. Si naturelle. La main d'Anastasia sur sa joue avait une douceur électrique, son visage une expression que Roman avait été incapable de déchiffrer. Qui des deux s'était penché, s'était redressé le premier pour rejoindre l'autre, il n'aurait su le dire. Leurs iris métallisés s'étaient croisés. Acier oxydé contre plomb. Lèvres contre lèvres. Souffle contre souffle. Fraction de seconde contre fraction d'éternité. Froideur d'esprit contre ardeur de vivre.

Un baiser aigre-doux, trop bref et trop long à la fois, auquel il n'avait pas su comment réagir. Auquel il ne s'attendait pas plus que la brunette, manifestement, alors que Roman déposait un regard confus, embrouillé et résolument perdu sur elle. Le geste avait été si simple, si naturel. La chaleur du contact bourdonnait encore sur les lèvres du sorcier, alors qu'il se rendait compte qu'il avait retenu son souffle. Qu'il sentait son vieux coeur se réveiller dans sa poitrine, perdu entre l'envie d'y revenir et celle de reculer aussi sec. Mais il resta là, en suspension. Mit un instant à comprendre que la jeune femme commençait à paniquer, sur la possible futilité du geste.

-...j'ai du mal à y croire, ouais...

Son propre corps s'était gelé. Son propre corps s'électrisait, en même temps. Ce n'était pas la première fois, qu'une patiente se sentait trop en confiance et tentait ce genre de choses. Mais il avait toujours trouvé la force de les repousser, avec tact et douceur, avant qu'ils ne passent à autre chose.
Etrangement, ce n'était pas du tout dans cet état d'esprit qu'il se sentait avec la jeune femme. La solitude, peut-être. L'angoisse. L'envie d'être présent. L'envie d'être là. De la soutenir. De goûter ses lèvres de nouveau. De la prendre dans ses bras alors qu'il la voyait comme ça, se tortiller de gêne sur son siège.
Quelque chose céda, dans son esprit. Laura était présumée morte. Ciaràn aussi. Rachael l'était bel et bien. Callum venait de les quitter quelques mois à peine plus tôt. Aslinn avait disparu sans crier gare. De tous les gens qu'il comptait parmi son entourage, il ne restait plus grand monde. Cette connasse de vie, qui lui avait toujours, constamment, arraché tout ce qu'il appréciait. Tout ce qui faisait de lui qu'il était un homme.

-Oh, et puis merde !

Un murmure entre ses mâchoires serrées, avant qu'il ne se redresse. Ne tende à son tour sa main vers le visage fin de la brunette, n'effleure sa mâchoire, sa joue, puis sa nuque de la pulpe des doigts. Ne fonde à nouveau sur ses lèvres, le coeur erratique et la rage au ventre. Le monde avait décidé de lui arracher tout ce qu'il aimait. Mais Anastasia, non. Il ne le laisserait pas faire. Pas avec elle. Pas comme ça. Pas de son vivant.
C'était si résolument ancré dans son système qu'il n'avait pas réfléchi d'avantage aux conséquences. Avait repris les lèvres de la jeune femme, répondant à son baiser, répondant à ce besoin primaire de ne pas être seul. Pas à nouveau. Un baiser aussi bref que le précédent, mais chargé de cette même détresse partagée. De cette promesse bancale de tenter de la protéger, malgré tout. Qui se rompit aussi vite qu'il était arrivé, qui s'acheva souffle contre souffle alors qu'il croisait ses prunelles égarées.
Tout aussi confuse que lui.

Merde, Roman, tu déconnes ! Elle doit avoir l'âge de Mikky, elle a pas que ça à foutre, d'un vieux con de ton espèce ! Et qu'est-ce que tu vas dire à tes gosses, hein ? Hey les mioches, voilà votre nouvelle belle-mère, elle a votre âge ! Lizzie, prête-lui tes chaussettes, elle fait partie de la famille maintenant !

Il se ressaisit, mais trop tard. Parce que si son esprit tirait la sonnette d'alarme, son cœur, lui, semblait vouloir battre aussi fort que possible contre ses tympans pour le faire taire. Et ça marchait, paradoxalement. Ca marchait, alors qu'il se reculait à peine, crevant de cette envie dévorante d'enrouler ses bras autour de la carrure fine d'Anastasia. De retrouver sa douceur, tout en lui apportant ce réconfort dont elle semblait avoir cruellement besoin. Dont il avait, lui-même, cruellement besoin.

-On devrait pas...

C'était ça, le problème de fond. Ils devraient pas. Une impulsion, un sursaut d'adrénaline, et ça les foutait au fond d'une bonne situation bien merdique dont il serait difficile de se tirer, maintenant. Surtout maintenant qu'il avait prouvé, à son tour, qu'il était réceptif. Surtout maintenant que la gêne s'installait entre eux, tangible, poussant le kinésithérapeute à reculer, à respecter une distance de sécurité factice, puisque bien trop courte pour être honnête.

-Enfin, c'est pas que je veux pas. Vraiment pas...

Quelqu'un que j'aime bien
. Les paroles d'Anastasia revinrent le gifler en pleine figure, alors qu'il s'empêtrait dans ses propres explications. Alors qu'il tentait de discerner le bien du mal, de trouver une excuse qui peinait à venir. Parce qu'au fond, il était fatigué de trouver mille excuses pour rester seul. Parce que pour la première fois depuis des années, depuis la disparition de Laura, il se sentait humain. Profondément humain. Parce qu'il y avait cette possibilité, même infime, lumineuse, d'un petit quelque chose pour oublier le monde ne serait-ce que quelques minutes. De servir à quelque chose.
Passant une main nerveuse dans ses cheveux poivre-sel, hirsutes, il bafouillait, s'arrachant au regard de la brunette. Déjà qu'il était peu loquace, mais alors là, c'était le Désert de Gobi dans ses capacités en communication. Parce qu'il ne savait pas mentir. Parce qu'il ne l'avait jamais pu.

-Tu mérites mieux, je veux dire. Bien mieux qu'un vieux con, ou toutes ces merdes qui te tombent sur le dos.

Mais, au fond, il avait envie qu'elle le détrompe. Qu'un vieux con, ce soit exactement ça qu'elle voulait.


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MessageSujet: Re: (Roman) | All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion   09.05.17 20:46

All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion

Anastasia & Roman

C’est idiot. C’est complètement idiot de m’être pointée là alors que j’ai déjà toutes les infos qu’il me faut, complètement idiot d’avoir commencé à lui parler de mes problèmes, et c’est le comble de la bêtise que de l’avoir embrassé. Merde mais qu’est-ce qui m’a pris ? Y a encore six mois, je rêvais de lui planter la lame de mon poignard dans la gorge et maintenant… Maintenant je le trouve sympathique, agréable, calme et compréhensif… Il a en lui tout ce que j’aime chez Andreï, tout en étant dépourvu de tout ce que je déteste chez mon abruti d’ancien partenaire. Je me sens crispée, tendue, prise au piège. J’ai envie de fuir le plus vite possible tout en ayant envie de me pencher à nouveau vers lui pour m’assurer que ce premier baiser n’était pas une erreur. Je me pince l’arête du nez comme si ça pouvait m’aider à réfléchir, soupire et relève finalement les yeux vers Roman. S’il s’avait tout ce qui me passe par la tête à cet instant… S’il savait que tout ce petit manège, toute cette vaste mascarade a, à l’origine, été faite pour lui nuire, nuire à son père, détruire sa famille… Seulement voilà, j’ai beau ne pas avoir beaucoup de morale ni d’éthique, il y a des choses que je me répugne à faire. On a joué avec mon corps et mes sentiments par le passé, et si je suis prête à renvoyer l’ascenseur à Georg et Andreï qui sont responsables de ce jeu malsain, Roman n’est, en revanche, responsable de rien de tout ça. Inévitablement, ce baiser va jouer un rôle crucial dans notre relation car il va changer le regard qu’il pose sur moi. Et merde… De toute manière, il va gentiment me dire qu’il est marié, blablabla, qu’il a une famille, blablabla… Mais ce qui est fait est fait. J’ai brisé mon propre code d’honneur en me laissant avoir par une envie aussi ridicule qu’inutile.

Pourtant il n’a rien d’un outil de manipulation, ce baiser. Il n’était ni calculé, ni prémédité. Il était sincère, voulu, honnête. Est-ce possible d’avoir l’air encore plus perdue, à cet instant ? Andreï est parvenu à me faire douter il y a quelques jours, serais-je en train de me faire avoir par son fils, à présent ? T’es pas seule, qu’il m’a dit… J’ai un vague sourire aux lèvres. Non j’suis pas seule, je suis enchaînée à un sorcier dont la cruauté ne connaît pas vraiment de limite, super ! C’est la joie ! Mais peut-être Roman n’a-t-il pas tort ? Peut-être que je vis au quotidien avec des œillères en refusant de voir ceux qui me tendent la main ? Mais qui voudrait tendre la main à un ancien assassin qui a plus de sang sur la main que la majorité des habitants de cette ville ? Mes yeux se posent à nouveau sur Roman et je réalise une chose : si son père ne m’avait pas trahie, comme je préfère le penser, si son père m’avait aimée comme je l’ai aimé, Roman ne serait pas là pour me parler, tenter de m’aider ou simplement remettre en place mes os malmenés par la danse. Maintenant que j’y pense, je trouve presque ça ironique. Dans ses yeux gris, je perçois un pardon que je ne mérite pas et dont il n’a peut-être pas conscience. A lui j’ai envie de confier l’angoisse permanente qui m’étreint, partager la solitude qui me ronge, avouer ces crimes qui pèsent plus sur ma conscience que je ne veux bien l’admettre. Ma vie est devenue une succession de décisions désintéressées par manque d’objectifs, et chaque journée devient plus terne à mesure que mon esprit enregistre ce « à quoi bon ? » si redondant. La seule raison pour laquelle je lui cache tout ça, en plus du fait qu’il est le fils d’Andreï, c’est parce que j’ai peur de le voir me rejeter, de voir le dégoût dans ses yeux et non plus la compréhension. Par pitié, Roman, ne change pas l’image que tu as de moi.

Je baisse les yeux, rentre la tête dans les épaules et reste là, silencieuse et immobile comme une enfant qu’on aurait surprise en train de faire une bêtise. Seulement cette fois, la bêtise ne se résume pas à un seau d’eau accroché au-dessus d’une porte ou des dessins d’enfant gribouillés sur le papier peint. Ce baiser, cette proximité… Ils ne mettent pas seulement mon plan en péril, ils mettent aussi Roman en danger. Sur ma gorge tremblante, je sens la brûlure agressive du collier que Georg m’a imposée quarante ans plus tôt. S’il découvre qu’Andreï est en ville et que Roman est en vie… Il ne tuera pas Andreï, il a bien trop besoin de lui. Mais je sais pertinemment ce qu’il fera à son fils, pour nous punir tous les deux de lui avoir désobéit. On n’est pas dans la merde, tiens. Je m’apprête à lui dire de laisser tomber et d’oublier ce qu’il vient de se passer quand je l’entends grogner quelques mots. J’ai à peine le temps de redresser la tête que déjà, ses doigts froids se glissent contre ma nuque, m’arrachant au passage un frisson. Il n’a rien de timide, le baiser que nous échangeons alors. La surprise laisse place à la passion et je sens en lui une rage, un besoin vital de rester en contact, de s’abandonner… je ressens tout ça chez lui car c’est aussi ce que j’éprouve. Ce même besoin de se perdre dans les bras l’un de l’autre pour tenter de panser des blessures trop profondes. Alors que je sens ses lèvres se détacher des miennes, mes doigts se glissent entre les siens pour garder le contact, tandis que mon regard se fait suppliant. C’est idiot… Complètement con. Quelques mois plus tôt, c’est après un pari débile et trop d’alcool que les choses ont dérapées avec Joseph. Pour le jeu, pour l’amusement, pour changer des horreurs qu’on se balançait depuis le début de la soirée. Là, ça n’a rien à voir. Le débordement en question, il ressemble plus à un baiser échangé entre deux ados qui s’aiment bien et pourtant, il est la démonstration évidente de la détresse qui nous anime tous les deux. La signification est différente car cette fois, ce n’est pas un jeu. C’est bien plus compliqué que ça. Et c’est bien parce que c’est plus compliqué qu’il tombe, le fameux « on devrait pas ». Habituée, je me contente de hocher la tête avec un demi-sourire. On devrait pas mais il avait drôlement l’air d’en avoir envie, dix secondes plus tôt. J’attrape ma chaussette, commence à la remettre – puisque je doute fortement que nous puissions reprendre comme si de rien n’était – mais me fige lorsqu’il reprend la parole. Je relève la tête et plisse les yeux en le fixant.

« On devrait pas et pourtant c’est c’que tu veux ? Va falloir être plus clair, Roman, parce que j’ai déjà que j’ai du mal à savoir c’que moi je veux… »

C’est bien vrai, ça. Je ne suis pas certaine de savoir si je veux que ça s’arrête là pour simplifier les choses ou si je veux aller plus loin. Merde… C’est pathétique. Je m’agace en silence tandis que Roman semble perdu dans ses propres pensées et à cet instant, j’aimerais pouvoir les lire, les décrypter, pour savoir ce qui le fait tant hésiter. Ça doit être typiquement Ievseï, ça : galérer à formuler des choses concrètes. Quand finalement il se décide à me dire ce qui le tracasse, je ne peux me retenir de rire doucement en lui jetant un regard malicieux.

« T’es bien un homme, Roman… C’est pas péjoratif, seulement… Laisse-moi décider de ce que je mérite ou non, d’accord ? Un vieux con vaut cent fois plus que dix connards, crois-moi. T’as beau dire que c’était une erreur, ce baiser et tout c’que tu m’as dit… Ça a de la valeur pour moi. Après, t’en fais c’que t’en veux. »

Je saute au bas de la table d’examen, attrape ma chaussure et entreprends de l’enfiler. A quoi je joue, sérieusement ? Tout mon corps me hurle de rester mais le peu de conscience qu’il me reste a pris le dessus et me pousse à partir.

« J’suis désolée. Que ça se soit passé comme ça, je… Fin… En fait je sais pas. »

Mais encore, Anya ? Je suis perdue et ça se voit. C'est avec une facilité déconcertante que j'envoie chier la moitié de l'humanité au quotidien ou bris des vies en vendant des infos compromettantes, mais dès qu'il est question de faiblesse, d'angoisse ou de combler ma solitude, l'Anya violente et vulgaire disparaît. Ma chaussures enfilée, je me redresse sans avoir refais les lacets, agacée.

« Et puis merde, à la fin ! Qu'est-ce que ça peut faire, hin ? Qui te dit qu'j'ai besoin d'un prince charmant et non d'un vieux con ? Et si toi non plus t'as pas besoin d'une princesse, dis-moi ce qui te retient vraiment. »

Détrompe-moi, Roman, et je m'en irai. On en parlera plus jamais, on oubliera tout ça. Mais si tu n'as rien à m'opposer, alors pourquoi est-ce que tu restes là, à me fixer bêtement ? Je m'approche doucement, viens me planter face à lui et lève la tête pour plonger mes yeux dans les siens. C'est égoïste, quelque part, de chercher à le tenter, à le séduire, alors même que je commence tout juste à me faire à l'idée qu'Andreï et moi ça n'arrivera jamais. Mais c'est d'autant plus égoïste qu'il est marié, épouse absente ou non. Mais au fond qu'est-ce que ça peut me foutre ? Je n'ai jamais été très partageuse.

« Ça fait des mois qu'on parle, toi et moi. Qu'on se raconte nos vies, nos passe-temps, nos emmerdes... Alors j'técoute... »

Doucement, je pose mes doigts sur le col de sa chemise, le lisse et le remets en place.


« Qu'es-ce qui t'retient de m'embrasser ? Juste de m'embrasser ? »

J'en ai envie, il en a envie, et on a l'air de deux parfaits idiots. Manquerait plus que quelqu'un toque à la porte et ça serait le pompon ! Heureusement que la vieille bique est partie ! A cette idée, un sourire fend mes lèvres.

« D'ailleurs, j'trouve que tu exagères quand tu dis que t'es qu'un vieux con. J'en connais des plus vieux et des bien plus con que toi. »

Son père, par exemple...

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MessageSujet: Re: (Roman) | All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion   12.06.17 0:38



Typiquement Ievseï. Cette incapacité chronique à s'exprimer directement sur tout ce qu'il pouvait ressentir. Une malédiction dont lui parlait déjà Lara, sa mère, quand elle le berçait de fables sur son propre père. Un paradoxe que le fils n'avait jamais su corriger, bien trop proche de son géniteur sur cet aspect qu'il ne l'aurait jamais voulu. Qu'il ne l'aurait jamais admis. Alors là, alors que le cabinet se faisait l'écrin de quelque chose qui aurait dû être si simple, une décision si rapide, si aisée à faire, à communiquer, il se retrouvait comme un enfant démuni. Les mots lui avaient toujours manqué, depuis qu'il était tout petit. Une malédiction de plus à rajouter à la longue liste de toutes celles qu'Andreï lui avait collées sur le dos. L'incapacité chronique de se sentir réellement chez lui. L'incapacité chronique de n'être jamais capable d'exprimer ce qu'il ressentait. L'incapacité chronique de saisir le moment présent avant qu'il ne s'échappe d'entre ses doigts, qui lui avait fait marquer ce pas de recul avec cette sensation idiote de s'empêtrer dans quelque chose qui ne convenait pas. Les règles, les convenances, étaient un brouillon confus de lignes de comportement que Roman n'avait jamais profondément comprises. Et de ça, il s'en rendait particulièrement compte en croisant le regard tout aussi confus d'Anastasia, alors qu'il relevait enfin, piteusement, les yeux vers elle.

Pourtant, tout avait été si naturel, avec elle. Cette envie, cette hargne qui bouillonnait encore dans ses veines, avec une intensité qu'il n'avait plus vécue depuis des années. Ce besoin cynique, ce besoin primaire, de se foutre de tout et du reste. Anastasia avait ce don de faire croire qu'elle y parvenait, mais la fragilité qu'il avait saisie dans son regard, en cet instant T, lui avait prouvé qu'elle n'était au final que cette enfant perdue dans le brouillard. Comme lui.
Elle était comme lui. Alors qu'est-ce qui les empêchait de poursuivre ? Les convenances ? Les apparences ? Toutes ces malhonnêtetés ridicules qu'on vous fourrait dans le crâne dès le plus jeune âge, sur ce qui est bien et mal ? Mais merde, il avait tué un homme. Mais merde, il avait foutu son propre père à la porte ! Alors quoi, Roman, quoi ? Le demi-sourire d'Anastasia le chavira, le confondit. Cette attitude qu'elle avait, ce n'était pas celle de quelqu'un qui regrette instantanément ce qui vient de se produire. Ces paroles, ce regard, ce n'étaient pas ceux d'une personne qui a honte, mais qui se demande si effectivement il n'y aurait pas autre chose après le fameux "on ne devrait pas". Un petit autre chose qui perturbe suffisamment le kinésithérapeute pour qu'il s'empêtre à nouveau dans de vaines explications. De vaines excuses pour une réalité qu'il ne pensait pas sincèrement.

Anastasia avait toujours eu cet art de taper pile là où ça faisait mal. D'appuyer sur le bouton, sur ce nœud de nerfs par trop tendus. Ses paroles les rattrapent tous les deux, ses actions le laissent tout aussi perdu. Parce qu'au fond, s'il ne savait pas comment l'empêcher de partir, s'il se disait au fin fond du fond qu'il vallait mieux qu'elle s'en aille, qu'elle trouve un autre praticien et qu'ils retournent à leur petite vie, Roman n'en avait pas envie. Il ne voulait pas plus qu'elle parte qu'il ne voulait qu'elle reste. Un compromis impossible dans ses nécessités, si impossible qu'il hésita. Qu'il n'osa rien dire, car il ne savait pas parler. Sa main, levée dans sa direction alors qu'elle enfilait rageusement ses chaussures, il l'abaissa. Conscient qu'il ne pouvait rien demander ni exiger d'elle. Que ce n'était ni sa place ni son rôle.
Et pourtant. Pourtant ses mâchoires se décrispèrent un bref instant, sur un marmonnement. Un seul, bref, unique marmonnement.

-Ca a aussi de la valeur pour moi.

Parce que c'était vrai. Parce qu'il éprouvait le même agacement, la même frustration devant cette incapacité dévastatrice de mettre des mots sur ce qu'il voulait. Et ce qu'il voulait, en cet instant, c'était de la rattraper. De rompre la distance entre eux, d'attraper son poignet, de la maintenir avec lui. De retrouver les nasses métalliques de ses iris, de s'y fondre, de s'y perdre définitivement. Parce qu'il était seul, parce qu'elle l'était aussi. Et quitte à être seuls, pourquoi ne pas l'être à deux ?
C'était stupide. Inconsidéré. Mais son corps avait obéi à une toute autre règle que sa rationalité, se rapprochant d'elle sans crier gare. Pour la retenir ou lui ouvrir la porte ? Il l'ignorait encore, même s'il savait, au fond, que la seconde solution était la plus avisée.
Il ne s'était toutefois pas attendu à son changement d'avis. Rompant toute rationalité, elle aussi, pareille à elle-même. Un feu follet, changeant constamment, une force brute dans un corps frêle. Une combattante à la voix de velours, comme l'avaient été Ciaràn et Laura. C'était peut-être ça, ce petit quelque chose qui faisait qu'il ne voulait pas la voir partir. Ses paroles le frappèrent de plein fouet. Sans ménagement. Chose appréciable, Anastasia restait naturelle quelles que soient les circonstances. Quel que soit le sérieux de la situation. Et chamboulait son monde une nouvelle fois.

Elle attendait une réponse, c'était une évidence. Une réponse autre que les mains du kinésithérapeute qui allaient dans sa direction, malgré toute la retenue qu'il tentait de s'imposer. Ce besoin dévorant de retrouver son contact, de retrouver ses lèvres, de découvrir sa peau. La gorge nouée, il ne retint qu'à peine sa frustration. Celle d'être tout bonnement incapable de se décider, alors qu'il n'avait qu'à dire oui ou non. Juste un mot, et c'était réglé. Et même ça, il ne savait pas le faire.

-Ce qui me retient, hein ? Ce qui me retient c'est que j'ai pas grand chose à t'offrir, en vrai. Juste moi, et tout le ramassis de merde qui vient avec. Alors j'pourrais être un gros connard égoïste et te dire que c'est bon, on envoie la sauce, on s'occupe de rien. Mais j'suis pas comme ça.

Je suis pas mon père. Je ne suis pas Andreï. Il prit une inspiration, le coeur cognant à coups abrupts contre sa cage thoracique alors que ses yeux se perdaient de nouveau sur les traits fins de la brunette. Croisaient ces yeux inquisiteurs, luisants de questions auxquelles il avait trop peur de répondre positivement. Mais pouvait-il encore continuer de vivre dans la peur ?

-J'ai donné dans la princesse, j'ai donné dans la pétasse, ça m'a pas réussi. J'sais que t'es différente, et j'ai envie, putain, j'ai vraiment envie... Mais tu me connais, Anastasia, justement parce qu'on parle depuis des mois. Tu sais que je cours après ma femme depuis des années, alors que même mes gosses ont lâché l'affaire. Tu sais que ma vie familiale est en chantier, que j'ai pas assez de fric pour leur offrir ne serait-ce qu'un appartement qui tient la route. Tu sais que j'passe le plus gros de mes journées à faire craquer des os en espérant que ça suffise, quand j'me cogne pas les palper-rouler de grognasses du gouvernement. Tu le sais, tout ça, que j'suis qu'un simple gars parmi tant d'autres.

Il supposait qu'elle le sache, mais il ne savait pas si c'était précisément ce qu'elle avait additionné, mis bout à bout, avec les quelques misérables bribes d'information qu'il donnait à chacune de leurs entrevues. C'était ça, de n'avoir jamais su être particulièrement expansif. Les gens se faisaient une impression illusoire, magnifiée, de qui l'on était. Et là, le regard qu'il posait au creux des mares d'acier de la demoiselle, eux, ne mentaient pas. C'était ça, Roman Ievseï. Une vie presque sans emmerdes, pas vraiment palpitante, mais qui avait le mérite d'être relativement confortable. Une vie qui avait été tout de même bien ternie ces derniers temps, depuis le chaos qu'avait provoqué Andreï en s'y imposant.
Rompant la distance, il avait fini par poser ses mains sur les hanches fines d'Anastasia. Une caresse simple, plus pour mieux parvenir à se retenir de l'embrasser que pour l'y inciter. La sentir sous ses doigts lui rappelait cruellement tant sa jeunesse que sa vigueur. Ils étaient de mondes radicalement opposés, radicalement opposés eux-mêmes. Alors pourquoi est-ce que ça ne l'avait pas retenu quand il s'était agi de Ciaràn ou de Laura ?
Qu'est-ce qui l'en empêchait ?

-Peut-être que c'est ça que tu veux, Anastasia, au fond. C'est à toi de me le dire. Mais j'veux, moi, que tu saches dans quoi tu t'embarques avant de regretter ta décision. Parce que j'pourrai jamais t'offrir la Lune ou le monde. J'pourrai jamais t'écrire des poèmes ou te réciter du Shakespeare. J'pourrai jamais arrêter de chercher Laura, même si je sais, au fond, qu'elle reviendra jamais. C'est ça, moi. C'est vieux, fatigué et ça râle beaucoup. Mais si t'es prête à encaisser tout ça, j'sais faire des massages et le café.

Forçant un sourire, il eut la ferme conviction qu'il venait d'achever de se tirer une balle dans le pied. Qu'avait-il à offrir, au fond, à une jeune femme qui avait toute sa vie devant elle ? Le confort d'une vie routinière, tout juste secouée par les éruptions colorées de Mikkel ? Une vie un peu bancale, une vie qui se tentait normale, toute choses et tous assassinats considérés ? Un relent de bile se déposa dans le fond de sa gorge alors qu'il se retenait de se pencher d'avantage vers elle, par trop conscient de l'attraction qu'elle opérait sur lui. Avant elle, il n'aurait jamais cru pouvoir considérer la possibilité d'une vie après Laura. Et ce qui le retenait, essentiellement, c'était de se dire que c'était pourtant bel et bien possible.

-La seule chose qui me retient, c'est moi, Anastasia. C'pas des conneries du style "c'est pas toi c'est moi", non, j'ai passé l'âge. C'est moi, parce que j'suis un vieux con borné qui a très envie de t'embrasser, mais qui a oublié ce que c'est de jouer au chat et à la souris.

Qui en avait peur, aussi. Parce que les fois précédentes s'étaient achevées sur des notes tellement tragiques, chacune, qu'il préférait ne plus se préoccuper des jeux de l'amour et se concentrer sur son travail. Mais Anastasia ouvrait de nouvelles possibilités. Anastasia lui rouvrait les yeux sur une vie qu'il avait fuie pendant si longtemps qu'il avait oublié ce que c'était, juste, le frisson de plaire à quelqu'un et réciproquement.
A mesure qu'il parlait, il s'était rapproché de son visage, si bien qu'il sentait le souffle de la danseuse réchauffer ses lèvres. Dans un murmure, il acheva :

-C'est toi qui vois Anastasia, si t'as envie de me réapprendre comment on fait ou si t'as pas envie de te faire chier. J'ai rien à t'imposer.


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MessageSujet: Re: (Roman) | All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion   28.08.17 18:38

All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion

Anastasia & Roman

Mon regard perdu sur les traits de Roman, je sens soudain le poids des années me submerger. Ses pattes d'oie sont plus creusées que les miennes lorsqu'il consent à sourire, le souci lui marque davantage le front, et sa barbe mal rasée commence à se teinter de gris par endroit. Il n'est pas vieux, Roman, mais il a tout de même l'air de l'être plus que moi. Ma vie s'est arrêtée quand j'avais une trentaine d'années, comme si la petite horloge bien huilée de mon existence avait été engloutie par le coyote en même temps que Georg rejoignait ce que j'espérais au plus profond de moi être l'enfer. Tandis que j'errais, prisonnière d'une forme qui me faisait petit à petit perdre pied, Roman grandissait, traçant sa route comme il le pouvait dans un monde qui n'allait pas tarder à sombrer dans le chaos. Et nous voilà là. Lui et moi. Moi avec mes presque soixante quinze ans qui me pèsent bien plus sur la conscience que je ne veux bien l'admettre. La vieillesse, c'est pas qu'une question d'arthrose ou d'incontinence, non... C'est aussi une histoire de lassitude, d'ennui, l'impression désagréable que le cœur se traîne alors qu'il continue à battre frénétiquement entre les côtes. Il ne voit pas tout ça, lui, et il n'a vraiment pas besoin de savoir que je pourrais être sa mère. Putain... Je sais bien que je devrais rebrousser chemin, fuir pendant qu'il en est encore temps, cesser de revenir à la charge dès que je crois un Ievseï dans cette maudite ville, mais rien à faire. Roman a ce calme et cette sérénité dont Andreï n'a jamais su faire preuve. Il a ce don pour comprendre sans un mot, là où aucun discours ne rentre dans le crâne d'idiot de son paternel. Pourtant... C'est vers le plus con des deux que mon cœur balance, vers le plus nocif que je tend à me précipiter. Je ne puis m'empêcher de ressentir une profonde affection pour Roman, tout en sachant qu'il pourrait mettre à mal mes plans. Lassée de tout ça, me voilà en train de recouvrir pudiquement mes pieds aux chaussettes mal assorties, et me fige dans mon mouvement alors qu'il se décide enfin à m'accorder quelques mots.

« Ça a de la valeur pour toi, mais tu sais pas c'que tu veux, hin ? »

Y a comme une forme de reproche dans ma voix. Parce que si Roman a su lisser les mauvais côtés de son père, il en a en revanche sublimé d'autres. Cette incapacité à savoir ce qu'il veut réellement, ça doit être inscrit dans son code génétique... C'est peut-être ça qui me pousse à faire volte-face et à faire ce que lui n'a pas su faire : me retenir. Au diable la raison et au diable les convenances, de toute manière j'en ai jamais rien eu à foutre. Le regard des autres n'a pas plus d'importance pour moi que le destin du monde : je me fous de tout ça parce que tout ce qui compte à mes yeux, c'est de ne pas être seule. Et ne pas être seule, ça passe aussi par savoir trouver quelqu'un qui ne me laissera pas tomber à la moindre emmerde. Quelqu'un comme Roman, j'en suis certaine. Alors je lève les yeux au ciel dans une exclamation.

« Mais parce que tu crois que moi, j'ai mieux à t'offrir ? J'suis cassée, brisée, en miettes, on vit dans un monde de merde qui est au bord du précipice. Dis-le moi, Roman, qu'est-ce qu'on a encore à perdre ? »

Je me rends compte que lui a ses enfants, et ça doit bien valoir tous les sacrifices du monde... C'est e genre d'attachement que je n'ai pas, et qui fait que si on me donnait un seul ticket pour un aller simple vers un monde meilleur, je le prendrais sans me poser de questions. Et ça, ça me fait peur. Je n'ai rien à défendre, rien à sauver si ce n'est moi. Pourtant je le sens, qu'il a envie de construire quelque chose ou de m'offrir un ersatz de ce que c'est que d'avoir quelque chose à défendre. Et tandis que je l'écoute, je me fais la réflexe que je sais beaucoup de choses à son sujet et lui pas tant que ça. Enfin si, il connaît mes états d'âme, il sait que je suis en miettes, mais il ne connaît ni mon lien avec son père, ni avec Georg. Pas plus qu'il ne sait que mes passe-temps sont l'espionnage, l’extorsion d'informations et le meurtre. Et je me surprends à me dire que si c'est d'argent qu'il a besoin, j'en ai. Une protection ? Ça peut s'arranger, mais la mention de sa femme résonne à mes oreilles et tous les espoirs que j'avais jusqu'à cet instant partent en fumée.

Laura. Ça sonne comme Lara. Ça sonne aussi comme « va voir ailleurs, Anya, terrain miné. » Roman est comme son père, finalement : fidèle à la seule femme capable de faire battre son cœur à l'unisson avec le sien. Moi, je suis toujours à contre temps. Quelle histoire pourrait-on écrire avec des fondations instables, hin ? Alors même que je commençais à me dire qu'il y avait une possibilité pour que Roman me fasse oublier son père, je retombe sur terre la tête la première. Un simple gars parmi tant d'autres, hin ? J'esquisse un sourire. S'il savait que son existence n'est qu'un très heureux hasard de la vie de ses parents, peut-être ne prendrait-il pas tant son existence à la légère. Sans l'ââââme charitable de Georg, Andreï ne serait pas passé par la case « année sabbatique », tout comme sans ma connerie, lui et sa mère se seraient fait tuer quarante cinq ans plus tôt. C'est con, quand on y pense, mais la survie ça tient vraiment pas à grand-chose. Et de toute manière, je n'ai pas envie de jouer cette carte-là pour qu'il se sente redevable d'une manière ou d'une autre. Ça, c'est plutôt ce que je réserve à Andreï.

Ses mains se posent sur mes hanches, me tirant par la même occasion de mes pensées trop disparates. J'ai envie de le repousser, de mettre entre nous la distance que nous imposera toujours le fantôme de sa femme, mais je n'en ai plus ni la force, ni l'envie. Alors je relève les yeux, fixant ses prunelles des siennes comme si je pouvais y trouver une réponse qui, de toute manière, ne viendra jamais. Je me mordille légèrement la lèvre, luttant contre l'envie de le faire taire une bonne fois pour tout en l'embrassant... parce que ses mots me blessent bien plus qu'il ne pourrait le croire. Parce qu'au fond, quoi que je fasse, quoi que je sois ou tente d'être, ça sera jamais suffisant pour chasser de son esprit cette femme que je ne connais pas mais que je ne peux m'empêcher de profondément jalouser. Tout comme j'ai jalousé et admiré Lara. Faut pas croire, j'l'ai jamais haïs, Lara. C'était pas elle la fautive, c'était Andreï. Mais cette fois, j'ai l'impression de revivre la même chose. Une seconde fois. Je m'en fiche, qu'il râle, tout comme je m'en fiche qu'il ait des mômes qui pourraient m'appeler maman ou connasse dans dix ans s'ils sont rancuniers. Je m'en tamponne qu'il me récite pas du Shakespeare, de toute manière j'aime pas la poésie. Et j'lui demande pas de m'écrire des sérénades.

J'aurais juste aimé qu'il fasse semblant de m'offrir ce qui me fait défaut.

Je baisse les yeux, incapable de soutenir plus longtemps son regard sans sentir mon visage trahir ma contrariété. J'suis prise au piège, voilà c'qui s'passe ! Andreï ne m'a pas laissé le choix, lui : il m'a envoyée bouler, m'a dit que mes sentiments c'était de la connerie et au moins, je sais à quoi m'en tenir. Mais Roman... Il me donne le choix, quelque part. Il me demande même de choisir pour lui. Alors, après un long silence, je consens à reprendre la parole, la tête toujours penchée vers le sol.

« En fait, tu veux que je choisisse pour nous deux. Tu veux que le choix vienne de moi, comme ça si ça merde, j'pourrai m'en prendre qu'à moi-même ? Ça marche pas comme ça, Roman. »

Je relève les yeux vers lui, me surprenant à parvenir à lui offrir le sourire le plus affectueux qui soit pour masquer mon amertume. Ma main se fraye un chemin entre nos deux corps bien trop proches pour que ça ait l'air innocent, et vient se poser sur sa joue.

« C'est pas à moi de choisir pour deux, sinon j'vais avoir l'impression de te contraindre et j'ai pas besoin d'un petit chien en laisse. »

Au moins, on ne pourra pas me reprocher de ne pas être honnête.

« J'veux pas que tu te sentes forcé à quoi que ce soit parce que j'ai décidé de quelque chose ou parce que j'ai envie de quelque chose, tu comprends ? J'veux que la décision vienne de toi aussi, sinon crois-moi, tu vas vite le regretter. J'te propose justement qu'on arrête de jouer au chat et à la souris, que tu m'embrasses sans le regretter, que je t'embrasse sans me dire qu'on fait de la merde. Mais y a un truc avec lequel je ne peux pas composer. »

Ma main quitte joue, se pose sur son bras et le repousse en douceur. Alors je m'éloigne, erre entre la porte et le bureau envahit par la paperasse et me tourne finalement vers lui.

« Y a des choses que tu sais pas, sur moi. On m'a déjà abandonnée deux fois. »

Je laisse la nouvelle résonner comme un glas, prenant presque plaisir à voir l'effet que ça lui fait. Et puis abandonnée... Plus précisément vendue puis abandonnée, mais passons.

« Et l'abandon, j'te l'apprends pas, ça fait mal. Je sais bien qu'on dit jamais deux sans trois, mais j'refuse de le subir une troisième fois. Je fais quoi, si Laura surgit dans ton bureau dans deux jours, dans un mois, dans trois ans ? J'vous donne ma bénédiction et vous souhaite d'avoir encore plein de marmots ? Faut que tu comprennes une chose, Roman. C'est que moi, je suis prête à le faire avec toi, ce bout de chemin. Mais j'suis pas prête à c'que tu m'abandonnes au milieu d'une forêt comme un clébard. »

C'est quand même un peu drôle, venant d'une métamorphe capable de se changer en coyote...

« Te réapprendre c'que ça fait, j'y suis prête. Mais est-ce que toi, tu peux me promettre que de ton côté, tu seras honnête avec moi ? »

Qu'il ne disparaîtra pas du jour au lendemain, comme ça, sans un mot ni un regard en arrière ? Si je n'avais pas une culture du secret bien à moi ni une putain de fierté mal placée, je le supplierais de me dire oui. Pour que les choses changent et que j'apprenne enfin à vivre avec un regard bienveillant au-dessus de moi et non la putain d'ombre malveillante de Georg et Andreï. D'ailleurs... À quel moment j'annonce à Roman que les nuits de pleine lune, je me change en boule de poils et de crocs ?


Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: (Roman) | All I wish is to get rid of this Obsessive Devotion   11.11.17 1:52

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Avoir à prendre une décision, c'était précisément ce qui était le plus effrayant. Avoir la sensation d'être en équilibre au-dessus d'un précipice, un fil invisible sous les pieds et un foulard enrubanné tout autour des yeux. Avancer à l'aveuglette, à tâtons, tout en cherchant un équilibre qu'il n'avait jamais réellement eu. Roman n'avait jamais été bon pote avec la gravité, les acrobaties, qu'elles soient physiques ou émotionnelles, ça n'avait jamais vraiment été sa tasse de thé. Parce que dans son monde à lui, il avait toujours été obligé de faire des choix logiques plutôt qu'émotionnels. Parce que dans ce monde, tous les choix que son propre coeur avait pris s'étaient toujours soldés dramatiquement. Ce n'était pas contre Anya, bien loin de là, mais elle ne réalisait pas ce qu'elle lui demandait. Elle ne réalisait pas les sacrifices que ce choix imposait, tous les compromis, tous les non-dits. Toutes les pensées vagabondes, les "et si" qui vous pourrissent la vie. Elle ne réalisait pas, en prétendant qu'il n'avait rien à perdre.
Parce qu'il en avait, des choses à perdre. Ses gosses, sa réputation, sa vie. Tant d'éléments qui favorisaient le doute et lui flanquaient une sacrée frousse, quand on y réfléchissait. S'il avait été seul, s'il avait été plus jeune, il aurait foncé sans réfléchir. Il avait toujours été frondeur dans l'âme, même s'il s'était adouci par la force des choses... Des années, même. Elle était plus jeune que lui, clairement. Elle faisait des choix plus drastiques parce qu'elle, elle pouvait les faire. Qu'en était-il de lui ?

La distance entre eux s'était creusée, tant dans les actes que dans les paroles. Une distance exécrable, qui ne manifestait que trop ce grand paradoxe qui régnait entre ce qu'ils voulaient et ce qu'ils pouvaient réellement faire. Le fameux précipice. Et Roman avait la sensation que, quelle que soit la direction vers laquelle il pencherait dans l'espoir de retrouver une forme d'équilibre, elle ne serait pas la bonne. Aucune solution, aucune position, aucune direction n'était la bonne. C'était ça qu'il comprenait à l'agacement d'Anastasia, alors qu'il la regardait mettre toujours plus de distance entre eux. C'était ça qu'il n'entendait trop bien avec l'amertume qui transparaissait dans sa voix, avec ce regard assombri qu'elle avait posé sur lui. Il avait l'impression de revenir des années en arrière. De retrouver les yeux gris, froids et perçants de Ciaràn. Il l'avait déçue, elle aussi. Puis il l'avait terrorisée. Des schémas qui se reproduisaient sans cesse, une révolution perpétuelle. Anastasia avait-elle la capacité d'être différente ? Il n'en était pas certain. Parce que s'allier au Ievseï, c'était courir le risque d'être déçue. C'était inscrit dans leurs gênes, un patrimoine qu'ils se traînaient de génération en génération. Un héritage de déceptions constantes, qui transpirait sur toutes leurs autres relations. Ce n'était pas seulement la famille et ses membres qui étaient décevants, c'étaient eux en tant que tels. C'était pour ça qu'il avait tenté de la prévenir. C'était pour qu'elle ne soit pas déçue, elle aussi.
Et, clairement, il s'était planté. Parce que c'était précisément ce qu'il lisait dans le regard de la brunette aux pieds déformés.

Peut-être était-ce son silence, peut-être était-ce la distance, mais Anastasia parlait. Elle en disait plus sur ses intentions, sur son vécu, et bien que maladroitement, sur ses craintes. Sans la lâcher du regard, il n'eut pas le coeur de l'interrompre. Qu'elle ait été abandonnée, finalement, ça ne l'étonnait pas tant que ça. Elle avait cette dureté, ce côté revanchard dans ses paroles qu'il ne connaissait que trop bien. Une violence sourde envers le genre humain qui ne ressortait qu'en de rares occasions quand ils étaient ensemble mais qui était bien présente. Qu'il avait sentie la toute première fois qu'elle avait franchi le seuil de son cabinet. Cette même colère qui coulait dans ses propres veines, viscérale et constante, un autre de ces points communs qui les rapprochaient sans même qu'ils ne le sachent.
Lui aussi avait été abandonné. Trois fois, d'abord par son père, puis par ses deux femmes. Un rictus s'étira au creux de ses lèvres, celui de l'adolescent rebelle qui avait toujours sommeillé au fond de lui. Cet autre héritage qui faisait des Ievseï ce qu'ils étaient : des têtes de cons.

-T'as été abandonnée deux fois, j'ai été abandonné trois fois, on fait la paire.

La remarque était sortie toute seule, amère, sans la moindre pointe d'agressivité ou de mauvaises intentions vis à vis de la jeune femme. Des faits, rien que des faits. Des faits qui l'avaient tellement vicié qu'il n'était même plus capable de prendre des décisions, en ce qui le concernait. Parce que c'était trop effrayant, ces décisions-là. Parce que la peur d'être de nouveau laissé pour compte qu'elle évoquait, elle lui rongeait constamment la moelle.
Jamais deux sans trois. Elle ne le réalisait pas, Anya, mais elle venait de taper directement là où ça faisait le plus mal. Ce n'était qu'une expression maladroite, mais elle avait raison sur ce point : en ce qui le concernait, le dicton s'était clairement appliqué. Qu'est-ce qui ferait qu'elle n'y ait pas droit, elle aussi ?
Mais ce fut précisément cette expression, toute bête, toute maladroite, qui lui ouvrit les yeux. Et si Laura revenait ? Mais reviendrait-elle, seulement ? Pendant toutes ces années, il avait voulu y croire, dur comme fer. Il s'était accroché à cette chimère, cet espoir insoutenable qu'ont tous ceux qui ont jamais subi l'abandon : elle reviendra. Il en était tellement convaincu qu'il l'était encore, jusqu'à cette discussion, alors même que ses propres enfants, tous leurs proches, avaient déjà refait leur vie. Jamais deux sans trois. Dans l'océan des "et si", il s'y était noyé trop de fois, sans jamais considérer qu'il soit possible que ce soit de sa faute. Peut-être en l'ayant trop considéré.
Et si elle revenait ? Et si elle ne revenait pas ?

Il évoluait dans un cimetière intellectuel depuis sa disparition. Un cimetière émotionnel, où chacune des tombes comportaient des noms abstraits. "Espoir". "Estime de soi". "Confiance". "Illusion". "Souvenirs". "Joie". Toutes coiffées de petites stèles de marbre gris, toutes ornées de jolis souvenirs familiaux, mais ni pleines ni vides. Un cimetière en friche tout autant qu'il était entretenu, par son seul et unique gardien : lui-même. Et au milieu, un mausolée qui n'était même pas habité, celui de Laura. Ah, il y allait régulièrement, dans ce cimetière mental, quand personne n'accaparait ses pensées. Il l'entretenait, déposait une gerbe de fleurs dans le mausolée, jetait un coup d'oeil à la tombe de la "Fierté" et repartait en enfonçant sa tête entre ses épaules. Mais le fond du problème, il était là. Il portait le deuil d'une femme qui n'était ni morte, ni vivante. Il était lui-même le gardien ni-mort ni-vivant du Cimetière de Schrödinger.
Un jour, il irait voir un psy. Mais en l'instant présent, face à cette petite boule de colère et de désillusion qui lui parlait, il réalisait avec horreur ce qu'il était devenu.
Une ombre. Un fantôme. Est-ce que c'était vraiment ça, ce qu'il voulait faire du restant de sa vie ?

Non.

Elle allait partir, s'il ne la rattrapait pas. Cette petite illusion aux yeux électriques, cette bouffée de colère et d'air pur, elle allait partir s'il ne faisait rien. Décroisant ses bras de sur son torse, il inspira, et rompit la distance qui les séparait une nouvelle fois. Capta son regard du sien, ce dernier plus vivant qu'il ne l'avait été ces dernières années. Secoua la tête pour appuyer la négation, qui s'échappait en un murmure d'entre ses lèvres :

-Non. Non, je ne t'abandonnerai pas comme un clébard. Parce qu'il est temps que je tourne la page.

Chercher le courage. Peut-être qu'Anastasia était précisément le type de femme qu'il lui fallait pour retrouver ce que c'était, cette sensation étrange, paradoxale et si douce d'être de nouveau . C'était cette sensation qu'elle lui avait donnée, déjà, quelques minutes plus tôt. Une sensation qu'il ne voulait pas laisser s'envoler parce qu'il était trop lâche, ou trop con, pour reconnaître qu'il en ait cruellement besoin.

-Je suis pas dupe, je sais qu'elle reviendra plus. Dans les cas de personnes disparues, passée la première semaine, les flics font moins d'efforts parce qu'ils savent très bien que les "victimes" se sont soit fait la malle, soit sont en train de nourrir les asticots quelque part sous un buisson. Ça fait des années que tout le monde me dit de lâcher l'affaire. Il est peut-être temps que j'écoute.

De nouveau, le rictus amer au creux de ses lèvres, et l'âpreté au fond des entrailles. Il était temps qu'il écoute, oui. Même si ça faisait mal. Même si c'était confortable, mine de rien, parce que ça lui évitait de penser à tout ce que les êtres vivants sont supposés avoir comme pensées. Mais il avait envie. Envie de vivre. Enfin.
Envie de passer le cimetière au bulldozer une bonne fois pour toutes, et ne plus regarder en arrière. On ne vit pas au passé. Les temps ne s'accordent pas.
Ses doigts noueux vinrent papillonner sur la joue lisse de la jeune femme, réveillant la sensation lointaine de caresser la fourrure d'un animal sauvage sous leur pulpe. Brève, comme avec Mikkel. Juste une impression, une illusion.

-J'te promets pas la Lune, le Ritz ou la fortune, Anastasia, mais mon honnêteté, elle, j'peux te la promettre. Et si un jour Elle revient, je te laisserai pas tomber.

C'était une promesse, oui. Même s'ils ne se connaissaient que peu, ils avaient bien le temps d'apprendre. Même s'il y avait toujours cette éventualité, Roman était enfin prêt à la laisser tomber au profit d'autre chose. Parce qu'il était temps.
Ses doigts glissèrent le long de sa tempe, remirent une mèche brune derrière l'oreille d'Anastasia. Il fronça les sourcils.

-Mais toi, est-ce que tu promets d'être honnête avec moi ? Y'a des tas de trucs qu'on sait pas l'un de l'autre, mais ça, le fait qu'on a autant la trouille d'être abandonnés l'un comme l'autre, on a la même qui nous tord le bide. Et j'veux bien te promettre de pas te lâcher, faut que ce soit donnant donnant.

Il ne pouvait pas se permettre de laisser s'abaisser sa garde pour quelque chose qui pouvait potentiellement le détruire. Il ne l'avait fait que trop de fois, avec trop de personnes différentes, pour des raisons différentes. Anastasia voulait connaître sa décision ? Elle voulait son honnêteté ? C'était pareil de son côté. Si jamais il y avait un autre mec, il devait avoir la certitude qu'elle ne le laisserait pas tomber. Si jamais il y avait quelque chose de tapi sous ces yeux métalliques, il voulait être le premier au courant.

-Est-ce que tu penses être capable de me faire suffisamment confiance pour ça ? Pour qu'on soit honnêtes, et qu'on se fasse pas chier avec des conneries de secrets ?

Les non-dits, ça pourrissait l'existence. Il le voyait avec sa propre famille, il voyait les écarts dramatiques qu'ils avaient réussi à creuser entre les générations. Et il ne voulait plus de ça.
Et il espérait, au fond, qu'Anastasia soit d'accord avec lui, et qu'elle ne veuille pas franchir cette maudite porte qui était bien trop proche d'eux.


_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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