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 I need a hero [Joe]

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MASTER OF ILLUSIONS

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MessageSujet: I need a hero [Joe]   Dim 19 Mar - 20:24


« I'm holding out for a hero til the morning light »



Joseph & Shae
featuring

Shae s’écarta un peu pour laisser passer un couple bras dessus-bras dessous, de toute évidence bourrés. Elle soupira et remonta le col de son trench avant de quitter l’artère principale et s’enfoncer dans les rues plus étroites qui la ramèneraient chez elle. Elle sortait moins, et désormais chaque fois qu’elle rentrait chez elle, c’était en regardant derrière son épaule. De peur que quelqu’un l’enlève de nouveau. Les arènes avaient imprimé en elle une peur dont elle avait beaucoup de mal à se débarrasser. Un jour. Elle rapprenait, petit à petit.
Elle tourna à un angle et soudain, elle se retrouve dos au mur, plaquée par un bras, un couteau sous la gorge. L’homme qui lui faisait face était plus grand qu’elle et avait l’air franchement peu sympathique.
« Salut ma belle. Alors, on se balade toute seule ? Ce n’est pas très sûr, tu sais. »
La jeune femme eut une furieuse envie de lui balancer une réplique bien garnie, mais le couteau sur sa gorge l’en empêcha. Elle se contenta donc de tenir son regard. Elle ne partirait pas sans se battre.
« Bon, je vais pas t’embêter longtemps. Donne-moi ton fric et il t’arrivera rien de grave. OK ? »
La jeune femme se figea. C’était donc ça. Bordel, elle avait la poisse en ce moment.
« J’ai rien sur moi. », répondit-elle dans un souffle. C’était la stricte vérité. Elle n’avait pas pris son portefeuille. Elle était juste sortie pour prendre l’air, un besoin urgent de s’aérer. Son portefeuille et son argent étaient restés à son appartement, avec son téléphone portable. Elle n’avait rien. Mais la réponse sembla ne pas satisfaire le voleur face à elle, qui lui lança un regard noir.
« Bullshit. On va vérifier ça ! »
Et il descendit sa main dans la poche de Shae. Une vide. L’autre aussi. Sous le couteau, l’avocate fulminait. L’autre commençait à grogner de ne rien trouver. Il marmonna quelque chose et commença à s’attaquer au premier bouton du trench de Shae, pour aller voir si elle ne planquait pas ses biens dans les poches intérieures. Le sang de la jeune femme ne fit qu’un tour et un coup de pied vint heurter l’homme entre les deux cuisses. Il cria, lâcha le couteau de surprise, et Shae en profita pour se faire la malle à toutes jambes.

Elle ne courut pas assez vite. Soit elle était vraiment lente, soit l’autre était un sprinteur hors pair. Toujours est-il qu’un choc violent la plaqua contre le mur, tête la première cette fois-ci. Elle sentit le sang couler de sa lèvre et de son crâne. Puis le métal froid du couteau près de sa joue.
« Espèce de salope. Tu vas voir, je vais te saigner jusqu’à ce que tu te vides. Tu vas… »
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Shae entendit un bruit et le métal du couteau ne fut plus là. Elle se retourna d’un bond, prête à défendre chèrement sa vie, et se figea, stupéfaite. Quelqu’un était venu se joindre à la fête. Quelqu’un qu’elle connaissait bien. Et qui était en train de dérouiller le voleur. Une montagne de muscles et de force. Townsend. Un homme qu’elle avait rencontré alors qu’elle devait défendre une de ses prostituées. Il avait fait foirer l’affaire, quasiment envoyé la pauvre fille à la mort, tout ça parce qu’il avait réagi un peu trop rapidement. Mais là, il était en train de lui sauver la mise. Et dans ses gestes, dans la scène qui était en train de se passer, Shae crut voir un fantôme. L’image de Townsend devint floue et sur elle vint se superposer l’image de Callum en train de battre un autre homme. Celui de l’appartement de Shae, des semaines auparavant. La jeune femme n’intervint pas, trop perturbée pour esquisser un geste. Elle n’avait pas revu Callum après les arènes. Il n’était plus à la caserne de pompiers. Il avait disparu. Mais il était là, devant elle. Sauf que ce n’était pas lui. L’émotion vint frapper la jeune femme de plein fouet et elle se mit à pleurer malgré elle, attendant que Townsend finisse ce qu’il avait à faire.




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MessageSujet: Re: I need a hero [Joe]   Lun 20 Mar - 2:58

Perdu dans la contemplation des rues décharnées du quartier, j'observe quelques silhouettes sans vraiment les voir avant de rentrer à nouveau dans l'immeuble. Il me faudrait certainement un chien, me dis-je vaguement. J'étouffe un bâillement entre mes lèvres, grimace et soupire lentement. Faudra que j'en touche un mot à Maisy – sans y penser, les songes s'empilent et créent tout un scenario, que j'appliquerai la prochaine fois que je la verrais. Un gros chien, une putain de bête qui aurait la bave aux lèvres toute la journée et qui me soutiendrait face à tous les cons que je dois rencontrer chaque jour que dieu fait – un nouveau soupir las et je termine mon verre. Ce soir a été plutôt calme – les avant-bras glissent lentement sur le comptoir du bar, et je laisse s'imposer à mon esprit quelques races. Non, j'aurais sûrement le choix entre un bâtard marron et un bâtard noir – le verre abandonné derrière moi, j'enfile ma veste en lançant un coup d’œil circulaire à la pièce. Les dernières danseuses présentes vendent leur silhouette sur scène, quelques unes ont déjà disparu entre les murs calfeutrés des chambres obscures et étouffantes d'encens de l'étage. Je résiste à l'appel d'un dernier verre et salue brièvement les quelques paires d'yeux que je croise, avant de m'éclipser – je n'ai pas envie de rentrer directement chez moi, et j'ai au moins vingt minutes de marche si je veux passer un peu de temps chez Maisy.

La clope entre mes lèvres me réchauffe la poitrine, mais la fatigue éveille de trop nombreux frissons glacés le long de mon échine pour que ce soit efficace. Alors je marche rapidement et laisse mon esprit vagabonder. Je pense au boulot, aux filles, à ce chien, au boulot, à la drogue, l'alcool, la fatigue, et m'interdis de penser aux grands yeux bleus cachés sous une épaisse frange sombre. Comme presque tous les soirs, je passe le temps en me demandant si je dois de l'argent, et à qui – si j'ai encore du stock de cachetons, et je passe en revue tout un tas de choses qui n'ont pas bougé depuis hier soir, ni depuis l'avant-veille. Un rituel plutôt rassurant qui colle mes semelles à un quotidien tangible, qui m'accroche à tout ce qu'il y a de plus réel – l'étrange peur de perdre pied se fait parfois sentir. Comme un putain de chat, je sais que je peux être troublé par l'arrivée de nouveaux éléments dans ma petite vie si bien rangée. Alors j'ai peur d'oublier, de modifier l'ordre de mes priorités, de passer outre quoique ce soit. Je tire vaguement sur la cigarette et la jette dans mon dos, à peine entamée. Un cri, des pas précipités, et le doux son à mes oreilles d'une petite lutte. Le sang ne fait qu'un tour, l'adrénaline m'embrasse comme une amante régulière et je l'accueille à bras ouvert. Plus de chaud ni de froid, plus de fatigue ni de doutes – rien qu'un couple à trouver.
Ils ne sont pas loin de moi, je ne mets que quelques secondes à les repérer – le sang, qui n'avait déjà fait qu'un tour, en fait un autre, glacé.

J'ai déjà été brusque envers une femme, mais pas de cette façon – un bras empoigné un peu violemment, un corps poussé sur quelques dizaines de centimètres. Peut-être d'autres événements dont je ne me souviens plus bien – mais pas de cette façon. Le Bones est fermé, et j'ai une putain d'énergie négative à vomir – les doigts agrippent le col de la veste et je tire de toutes mes forces le corps de l'homme vers moi. Je n'avais pas vu le couteau, qui tombe au sol en un bruit métallique – un coup de pied dans le ventre et l'homme chancelle. Sans plus de préliminaires, mon esprit vagabonde et m'échappe, s'éloigne paisiblement de la brume qui emplit mon crâne. Il n'est plus maître ici, il le sait – les poings s'abattent, le corps s'avance inexorablement vers celui de l'autre et le pousse dans ses retranchements. Les pieds s'y joignent lorsqu'il tombe au sol avant que je décide de surmonter son corps du mien, souvenir brûlant de trop de scènes similaires, quasiment identiques. C'est un peu effrayant et très enivrant, alors je m'abandonne – dans l'ombre de la ruelle, je ne distingue pas le visage de l'homme, mais je devine ses chairs pourries, déjà noires. Brusquement, je me stoppe – il ne bouge plus. Comme les autres, il succombe sous les coups de la Bête qui sommeille en mon sein – la poitrine se soulève lourdement, le souffle est saccadé, et je prends le temps de me calmer, inconscient du temps qui passe.

Lentement redressé, le cœur battant, l'esprit se permet une petite percée au milieu du brouillard qui déjà se disperse lentement. Il ne reste pas longtemps, juste le temps de camoufler l'humanité pour faire surgir le monstre. Une fois le méfait accompli, il s'en lave les mains – moi aussi, d'ailleurs. Aucun regard ne sera jeté à la personne qui gît au sol, dont je ne sais pas vraiment l'état actuel. Peut-être son cœur est-il encore secoué de quelques battements, me dis-je en essuyant mes mains sur mon jean. Du coin de l’œil, j'aperçois encore la femme et m'incite encore davantage à calmer mes ardeurs. Surpris qu'elle n'ait pas pris ses jambes à son cou, je me dirige lentement vers elle. Le dos de mes mains commence à me lancer légèrement et j'ignore la petite douleur. À vrai dire, je sens clairement mon cœur frapper contre ma poitrine et les gouttes de sueur naissantes sur mon front. Je les essuie rapidement et pousse un profond soupir – un souffle qui s'allonge et se tord lorsque je la reconnais. Le visage éclairé par les lumières de la ville, je ne peux pas me tromper – Maître Shae Thackery, me dis-je en souriant vaguement, encore un peu inconscient. Le Monstre triture mes songes entre ses pattes indélicates. La respiration lourde, je grignote la distance qui me sépare encore d'elle. Ça faisait longtemps – peut-être m'en veut-elle encore un peu de cette vieille histoire dont les détails m'échappent. Je crois que je peux tout résumer à une banale histoire de vengeance personnelle. Je penche le visage en m'approchant lentement d'elle – la peau souillée de larmes et de sang me gifle et me tire brusquement en pleine réalité.

Le vague sourire que j'arborais s'efface, les yeux se plissent et je la gratifie d'un grognement. « Vous me remettez ? Ça va aller ? » La voix est un peu rauque, et je me permets rapidement de glisser un doigt sous son menton, que je redresse. Je la dévisage à la lumière d'un lampadaire – la lèvre tuméfiée recrache un peu de sang, et un sillon sombre se dessine près de son front. Je le dégage de quelques mèches de cheveux, laisse la plaie à l'air libre. « Allez, pleurez pas pour ça, y a plus de danger. Il vous a volé des trucs ? » dis-je de ma voix la plus douce, prêt à aller le fouiller. Putain, que je suis faible devant une pauvre femme qui, à mes yeux, semble malheureuse comme les pierres. Un peu surpris cependant qu'elle pleure pour cette altercation, je n'en dis pas plus et frotte mes mains vigoureusement contre ses bras, certain de la consoler. Elle ne m'a jamais aimé – en général, mes relations avec les femmes, quelles qu'elles soient, sont très manichéennes. Je n'ai jamais vraiment eu d'affection envers elle, mais jamais d'animosité. Et pour le moment, tout ça n'a plus vraiment d'importance. « Bon, dès que vous le sentez, j'vous raccompagne chez vous. J'vais pas m'étendre sur la dangerosité du quartier. » ajouté-je, amusé ; je vais tenter d'alléger la situation dans les minutes qui arrivent, alors mieux vaut qu'elle s'y fasse vite fait.
Je ne sais pas vraiment s'il fallait parler davantage de ce qui vient d'arriver. J'imagine qu'elle ne veut pas s'étendre là-dessus. Je lui souris légèrement, incertain. D'un mouvement du pied, je dégage le couteau qui traînait au sol et l'envoie valdinguer plus loin, dans un nouveau bruit métallique qui résonne entre les murs de la ruelle. Une main qui se veut rassurante mais ferme passe dans son dos, l'incite à prendre la route. Non, on va pas s'éterniser ici, Maître.

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MessageSujet: Re: I need a hero [Joe]   Jeu 6 Avr - 18:52

La scène de violence finit par s’arrêter, et Shae est toujours là, contre le mur, incapable de bouger. Incapable même de remettre son cerveau dans le bon sens. La ruelle se fait soudain calme, sans le bruit des coups. Son sauveur se relève et s’approche d’elle. Ce n’est pas Callum. Elle le savait déjà, mais alors qu’il s’approche elle se le répète encore et encore. Cet homme n’est pas Callum. C’est Joseph Townsend. Et il vient de lui sauver les miches.
« Vous me remettez ? Ça va aller ? »
Il a la voix douce, beaucoup plus douce que la dernière fois qu’ils se sont vus. Il faut dire qu’elle l’avait un peu copieusement engueulé.
« Oui. Et non. », dit-elle en relevant des yeux pleins de larmes. Oui, elle le remet très bien. Non, ça ne va pas aller. Pas pour l’instant. Elle n’en sait rien en fait. Ca fait des semaines, des mois, qu’elle se demande si ça va aller, de manière générale. Et elle ne trouve pas la réponse. Mais ce n’est pas de ça dont Townsend parle. Elle secoue la tête en signe de négation quand il lui demande s’il lui a volé des choses. L’homme git toujours sur le seul. Est-ce qu’il est mort ? Est-ce que Townsend l’a tué ? Il a l’air si calme et doux pourtant, là, dans ses voix, dans ses gestes. Il a l’air….Rassurant. Mais l’homme sur le sol semble ne jamais vouloir se relever. Shae inspire un grand coup. Callum aussi a tué quelqu’un pour la sauver. Il ne l’a jamais avoué mais elle sait. Cette nuit-là, dans l’appartement, le tueur à gages, Callum l’a tué. Deux fois qu’on tue pour la sauver, elle. Sa vie vaut-elle si cher ?
« Désolée. Allons-y. »

Elle regarde une dernière fois le corps au sol, puis s’en détourne et se dirige vers chez elle, Townsend avec elle. Les premières secondes sont silencieuses. Elle ne sait pas trop quoi dire. Elle est perdue. Puis elle regarde son sauveur du soir. Plutôt beau garçon. Un peu amoché par la vie, de toute évidence, mais qui ne l’a pas été ?
« Merci. J’étais dans la merde. », parvient-elle à articuler doucement, avant d’adresser un sourire à Townsend. Elle était un peu plus que dans la merde, en réalité. Vu le regard de son agresseur, elle avait failli vivre un vrai mauvais quart d’heure, voire le dernier quart d’heure de sa vie. Elle se râcla la gorge, tentant de reprendre une contenance, les larmes ayant finalement déposé les armes, séchant doucement sur ses joues.
« Vous n’êtes pas obligé de rester avec moi. Vous avez peut-être mieux à faire. Enfin, je sais pas. »
Elle haussa les épaules. D’un autre côté, elle se sentirait nettement plus en sécurité avec le gaillard à ses côtés. Mais il l’avait déjà bien assez aidé pour être tranquille niveau karma pour les 84 ans à venir.
« Comment…euh…comment vont vos filles ? Vous vous occupez toujours des filles ? »
Autant entamer un semblant de conversation, s’ils étaient destinés à faire un bout de chemin ensemble. Et a vrai dire, elle ne savait que deux choses sur Joseph Townsend. La première : il s’occupait des prostituées d’un réseau peu fréquentable. La seconde : il avait le sang chaud. Et comme elle n’était pas d’humeur à discuter de sa propension à sortir les poings, ne restait que la première option.

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MessageSujet: Re: I need a hero [Joe]   Mer 19 Avr - 1:12

Oui et non. Une triste peinture se dessine sur son visage, tord ses traits. Elle est déboussolée. Les souvenirs rendus confus par la drogue, la période bien peu faste à laquelle je l'ai rencontrée, le poids des mois qui s'étirent comme des dizaines d'années dans mon esprit embrumé, j'ai finalement bien du mal à me souvenir de grand-chose. Il est toujours tellement satisfaisant d'agir sans réflexion, sans recul, et de tout balancer dans les tréfonds d'une mémoire fatiguée, comme les débris de verre sous le tapis et les squelettes dans le placard. Alors je ne parviens pas à me remémorer si j'ai déjà lu cette expression sur ses traits, lors de nos rares et brèves rencontres. Les grandes lignes sont écrites, les détails m'échappent. Elle s'est attardée un instant sur le corps gisant au sol – je n'y pense déjà plus, et c'est un nouveau squelette qui s'entasse sur les autres, ni plus ni moins. C'est la faune et c'est, aussi cliché que ça puisse paraître, tuer ou se faire bouffer. Ce type n'aurait pas hésité une seconde, me dis-je, convaincant. Les mains passent encore, d'une lente vigueur, sur le tissu de mes vêtements et y abandonnent les traces carmines, déjà un peu sèches sur mon épiderme.
Les pas résonnant dans la rue silencieuse, seulement rejoints par le bruissement des vêtements et deux respirations agitées, je progresse à ses côtés sans mot. Son regard coule sur mon visage un instant et je la dévisage en retour. Peut-être avait-elle l'air davantage austère dans mes maigres souvenirs, ou un peu plus garce. Peut-être était-elle en position de force, à l'époque – un sourire amer m'étire les lèvres. Le schéma se répète inlassablement – qu'il est terrifiant d'avoir une bête à ses côtés, un animal de violence dans le camp ennemi, et qu'il est pourtant bon de le voir rejoindre le sien en cas de besoin.

Mais elle est jolie – j'ai toujours trouvé de l'esthétique et de la douceur dans un visage baigné de larmes, des traits déformés par la détresse. Grandir auprès d'une mère si pitoyable et d'une sœur mélancolique à souhait aura eu le bénéfice de m'apprendre à lire un visage, lorsque j'en prends la peine. Elle a l'air d'être profondément lasse et je détourne les yeux, les reporte sur la rue endormie. Je n'ai pas envie de contempler son mal, pas envie de m'apitoyer sur son sort, ce que je ferai inexorablement si je m'y attarde trop. Faible face à une femme désemparée, je l'ai toujours été. Les mains glissent dans les poches de ma veste et je lui rends son sourire lorsqu'elle me remercie. « Faut plus y penser. Faites comme moi, ne vous demandez pas ce qui aurait pu arriver. J'ai quasiment oublié, d'ailleurs. » La bête s'en est nourrie, elle engloutit et ses babines gouttent encore du sang que j'ai sur les mains. Les souvenirs craquent sous ses dents comme des centaines d'os, ceux des squelettes, mais ils ne disparaissent pas dans son ventre lorsqu'elle les dévore. Ils sont encore là, terrés au fond de l'esprit, prêts à surgir, à se répandre sur le sol poussiéreux de ma mémoire. Mais c'est comme si j'oubliais, parce que je lui donne tout sans réfléchir. J'en dors mal, dans les veines le sang est dilué à l'alcool, mais c'est comme si j'oubliais. Je souris à nouveau et regarde ailleurs, laisse les mirettes se balader dans la rue. « Ouais, mais autant faire ma bonne action jusqu'au bout, j'ai un sacré paquet de trucs à me faire pardonner. » Le mauvais karma s'efface au fur et à mesure, non ? Je pourrais me la jouer héros masqué, nettoyer les rues des enfoirés qui s'en prennent aux demoiselles en perdition ; mais quelle hypocrisie. Ce sont généralement ceux qui font le plus tourner la Nif.

Comment vont vos filles? Le début de question entrecoupé d'une hésitation, elle fait la conversation. Et quelle conversation – amusé, j'acquiesce vaguement. « Ouais, toujours. Elles vont... bien. » Mais la question me paraît soudain étrange et la réponse tout autant, lorsqu'il faut la formuler. Je n'y pense pas souvent et j'essaie de ne pas lire la tristesse, qui embrasse pourtant tout le monde, sur leur visage. Elles ne vont certainement pas bien – comment le pourraient-elles ? « Je crois que... Je sais ce que vous en pensez, mais c'est pas si terrible que ça. On traite pas le problème comme vous, c'est tout. » On a pas le temps d'attendre, de traiter de la paperasse, de s'oublier dans quelques formulaires et d'être relégués à un nom griffonné sur un dossier, un numéro dans les archives. On a pas le désir d'attendre, d'ailleurs, ni de les laisser courir dans la nature ou les imaginer derrière quelques barreaux, les fauteurs de trouble. Ils ne sont pas suffisamment étouffants, il leur faut sentir les doigts de la faucheuse autour de la gorge, ses lèvres les embrasser jusqu'à avaler la petite lueur de vie qui frémissait au creux de leur poitrine. S'ils ne sont pas morts, il n'y a pas de justice. « Dîtes-moi avec sincérité... vous êtes pas satisfaite de c'qu'il lui est arrivé ? » demandé-je, et accompagne mes paroles d'un mouvement de la tête en arrière, vers le corps supposément plongé dans le sommeil éternel. « Vous auriez été plus rassurée de le savoir derrière les barreaux pendant quelques temps ? J'veux pas jouer sur la corde sensible ni tomber dans le pathos, mais une autre femme aurait peut-être pas eu de chance, j'aurais pu ne pas passer par là. Il a eu ce qu'il méritait, et les autres aussi.  » Discuter justice – ou injustice – avec une avocate, voilà une idée qu'elle est mauvaise. Lui lançant un regard en biais, je guette ses réactions, les mains enfoncées dans les poches de ma veste.

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MessageSujet: Re: I need a hero [Joe]   Dim 30 Avr - 18:34

Joseph semble décidé à accompagner Shae jusqu’au bout. La jeune femme ne peut pas dire qu’elle n’en est pas satisfaite. Elle se sent plus en sécurité avec le colosse à côté d’elle. Il est peut-être un peu bourru, mais il lui a sauvé la vie et il semble prêt à la protéger en cas de besoin. Ils forment un duo plutôt mal assortis, à bien y penser. Ce monde est mal assorti, de toute façon. Ils n’en sont que le reflet. L’avocate et le mac, la bavarde et taiseux.
« Je crois que... Je sais ce que vous en pensez, mais c'est pas si terrible que ça. On traite pas le problème comme vous, c'est tout. »
Le rire doux de Shae lui échappe sans qu’elle puisse le rattraper. Non, c’est sûr, ils ne traitaient pas les problèmes de la même façon. Shae était avocate, elle montait des dossiers, rassemblait preuves et témoignages. Puis elle allait devant les juges et défendait sa cause, becs et ongles. Elle obtenait justice, ou tout du moins une version de la justice. Joseph avait tendance à aller chercher l’autre version de la justice. Celle dans laquelle le fautif ne se relevait pas, ou pas entier. Plus radical. Plus efficace peut-être ? Plus dangereux aussi. Avec sa version de la justice, il avait failli faire foirer la défense de Shae et envoyer la pauvre fille en prison. Et une prostituée en prison, l’avocate n’aurait pas donné cher de sa peau. La prison était peut-être le dernier endroit où voulait se trouver une fille dont le métier était de vendre son corps. Heureusement, cette fois-ci, la fin avait été heureuse pour tout le monde, sauf pour le pauvre mec mort sous les coups de Townsend. Enfin, pauvre mec…pas réellement, mais là n’était pas la question.

« Dîtes-moi avec sincérité... vous êtes pas satisfaite de c'qu'il lui est arrivé ?"
Il parlait de l’assaillant de Shae. De celui qui gisait dans la ruelle, probablement mort.
« Vous auriez été plus rassurée de le savoir derrière les barreaux pendant quelques temps ? J'veux pas jouer sur la corde sensible ni tomber dans le pathos, mais une autre femme aurait peut-être pas eu de chance, j'aurais pu ne pas passer par là. Il a eu ce qu'il méritait, et les autres aussi.  »
Shae haussa les épaules. Le débat était celui qui sévissait depuis probablement la naissance de l’humanité. Quelle était la meilleure punition ? Empêcher de nuire, c’était interdire les secondes chances. Laisser une seconde chance, c’était risquer la récidive. Combien de meurtriers avaient tué à nouveau à peine sortis de prison ? Combien de familles avaient accusé l’Etat d’avoir laissé sortir des nuisibles ? Mais combien de prisonniers avaient trouvé le salut en prison ? Combien d’entre eux avaient agi sur un coup de folie et s’étaient transformés en saints, guidant d’autres sur la voie de la rémission ?
« Ne le prenez pas mal, mais je suis avocate. Je crois en la justice légale. Je vous suis très reconnaissante de m’avoir aidé, mais…je pense que ni vous ni moi n’êtes légitimes pour juger s’il devait mourir ou non. J’entends bien qu’il aurait pu s’en prendre à quelqu’un d’autre…mais lui mettre une rouste aurait pu aussi suffire à le calmer. J’en sais rien…je crois que j’ai encore foi en l’humanité quelque part. »
Elle haussa les épaules à nouveau.
« D’un autre côté, je n’arrive pas à vous blâmer pour ce que vous lui avez fait. C’est marrant, quand c’est vous la victime, vous êtes tout de suite plus radicale. Mais mon job, c’est de défendre les gens, pas de les punir. Alors ça déteint sur moi, je suppose. »

La jeune femme regarda Joseph. Son job devait déteindre sur lui aussi. Il devait protéger ses filles coûte que coûte. C’était sa responsabilité. Alors il ne devait pas être contre des mesures plus extrêmes. La fin justifiait les moyens, parfois. Ils venaient juste de deux univers différents. Shae avait déjà défendu des mecs comme celui qui venait de l’attaquer. Elle découvrait parfois, souvent, des gars désespérés. Qui avaient besoin d’un coup de pied au cul. Bien sur, il y en avait qui ne comprenaient jamais. Mais elle préférait essayer. Joe ne pouvait probablement pas se donner le luxe d’essayer. S’il perdait une de ses filles, parce qu’il avait laissé filer un gars une première fois, il perdrait sa crédibilité en tant que protecteur, peut-être. Shae pouvait comprendre son attitude.
« J’ai tendance à penser que les gens qui meurent ont des proches. Et que la mort ne frappe pas une personne, elle frappe tous les gens autour de cette personne. Et ce mec, dans la ruelle, c’était probablement une pourriture, mais il avait peut-être une copine, un gosse…j’en sais rien. Je suis sentimentale, là. Mais j’ai perdu des gens parce que quelqu’un a décidé qu’ils méritaient de mourir. Et c’est injuste. »
Elle baissa les yeux. Becca avait été tuée par vengeance, ou par animosité. Elle ne saurait jamais. En tout cas, quelqu’un avait décidé que Rebecca Parish ne méritait pas de vivre. Et Shae était entrée dans une spirale infernale. Cette personne qui avait tué Rebecca avait aussi tué Shae. Shae méritait-elle de mourir elle aussi ? Qui avait eu le droit de décider ? Joseph ne pourrait peut-être pas comprendre ça.

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MessageSujet: Re: I need a hero [Joe]   Mer 24 Mai - 0:10

Je crois en la justice légale, dit-elle. Je souris, vaguement surpris qu'elle le dise aussi simplement. Je m'étais sûrement imaginé qu'elle faisait ce boulot par dépit, pas par foi en l'humanité, pas par véritable goût. En cette chose horrible qui s'abat sur quiconque déborderait sur une bienséance décidée au préalable, par des hommes qui n'y connaissent rien, ne fréquentent de toute évidence pas le même monde que le notre ; le putain de vrai monde. Mais elle n'a pas tort, j'aurais pu lui mettre une raclée et m'en aller – je ne sais pourtant pas si je suis encore capable de contrôler les coups. La bête a le poing leste et la sagesse modérée. Sa colère est sourde et aveugle, comme la mienne depuis des années. Il n'y a jamais de place pour la réflexion, les membres s'agitent plus vite que les neurones. Les lèvres s'étirent vaguement en un nouveau sourire pendant que je l'écoute et hoche lentement la tête. D'accord, le boulot qui déteint sur toute une personnalité, je peux aisément le comprendre. Celui qui déborde sur la vision que l'on se fait de tout, qui piétine nos principes. Un léger silence s'installe, uniquement troublé par les quelques bruits de la ville. Le claquement des semelles sur le sol humide de la rue que nous traversons. Puis elle fait preuve d'un peu de sentimentalisme, elle s'abandonne un peu aux émotions et je détourne les yeux, reporte mon attention sur la rue. Cette discussion devient compliquée – je pense que je n'ai jamais vraiment perdu quiconque de cette façon. Peut-être parce que j'en connais le risque et que j'ai tendance à moins m'attacher. Je la gratifie d'un grognement en guise de réponse spontanée et retiens un haussement d'épaules qui semblerait certainement trop détaché pendant qu'elle s'épanche.

« Ah... Désolé pour vos proches. » Les mots sont soufflés et je réalise bêtement, alors que je le sais pourtant pertinemment, que je n'ai jamais vraiment perdu personne. Ni dans ces conditions, ni dans d'autres circonstances. Un grand-père peut-être, une grande-tante qu'on ne voyait jamais. Mais personne de sincèrement, de réellement proche. En tout cas pas à l'époque où j'en avais encore. Puisque l'atmosphère est si calme, je sors une cigarette de ma poche et l'allume rapidement avant de lui tendre le paquet, certain pourtant qu'elle refusera. La fumée s'élève rapidement dans l'air gorgé d'humidité et cherche à s'accrocher à mes vêtements, roule lourdement contre mon visage et s'enfonce dans ma barbe. « Non, j'comprends, vous avez raison. Faut pas raisonner avec ses passions, dans ces cas-là. » La parole est aisée, les actes le sont certainement beaucoup moins. Un regard en biais coule jusqu'à elle. Son visage s'est fermé, et dieu sait que je déteste voir une femme dans cet état. Néanmoins peu compétent pour apporter un réconfort satisfaisant, je laisse mes songes proliférer – alors comme ça, quelqu'un dans son entourage s'est fait abattre. Quelqu'un, ou quelques uns. C'est qu'elle traînerait dans des affaires louches, ne serait-ce que de loin ? La curiosité titillée refrène pourtant ses ardeurs et se tasse au fond de mon esprit. Elle a toujours l'air accablé, quand bien même le sentiment est sous-jacent. Et la torture perpétuelle de la bête sur mon esprit fatigué me pousse à un peu de compassion, d'autant qu'elle ne ressemble plus du tout à l'image de la femme que j'en avais gardé. Sa fragilité me donne envie de scotcher les morceaux d'elle qui s'écaillent, au moins pour une soirée, et je me permets une main dans son dos, vigoureuse.

« Vous savez quoi ? Vous avez la tête de quelqu'un qui a vraiment besoin de boire un verre. Allez, j'vous l'offre, ne serait-ce que par rapport à... » J'agite vaguement ma main libre, pour lui rappeler les griefs que nous avons l'un envers l'autre et que je ne sais plus trop qualifier. Tout ça c'est du passé, me dis-je. « J'vous raccompagnerai chez vous juste après, vous inquiétez pas. » Au fond, elle n'a pas vraiment le luxe de refuser ; le ton est ferme et si ma main s'éloigne de son épaule pour rejoindre la poche de ma veste par politesse, il n'y a pas de quoi tergiverser. La pression ne retombe jamais toute seule, et s'enfermer dans la solitude, c'est sûrement le moyen le plus rapide pour se jeter dans les bras de ses propres démons. Ils savent susurrer ce dont on a besoin pour se lover dans leurs bras putrides, ils savent sur quelle corde tirer précisément pour nous faire dégringoler. Au fond, peut-être y a-t-il quelque chose de malsain en moi lorsque j'essaie de la corrompre, me dis-je vaguement en l'incitant à tourner dans une ruelle.
Elle croit en la justice, croit-elle en ce gouvernement ? En cette poigne de fer qui nous étrangle chaque jour un peu plus ? C'est assez rare de trouver quelqu'un qui s'y accroche véritablement, pour qui ces valeurs sont sincères, mais la nature humaine est pleine de surprises. Une porte qui ne paie pas de mine brille à la lueur des lampadaires, vernie et humide de l'humidité ambiante. Comme tous les autres bars, il doit se terrer dans les ombres, ressembler à un placard à balais entre deux bennes à ordure. Lançant un coup d’œil à Shae, je m'y dirige et l'ouvre lentement – tranquillement, la musique s'étale dans l'atmosphère et roule à nos oreilles, douce. La lumière est tamisée et j'invite la femme à passer devant.
À l'intérieur, plusieurs visages connus m'incitent à échanger quelques brèves salutations. Trouver un bar correct qui ne sente pas l'urine, le sexe ou l'alcool de pomme de terre nous a menés directement ici. Poussant tranquillement celle qui me tient compagnie vers une table, j'y prends place, à l'aise. Dans un élément que je connais bien, une atmosphère qui me détend terriblement.

« Vous buvez quoi ? Pas un truc de chochotte, lâchez-vous. » Je lui souris vaguement en attendant que quelqu'un prenne la commande et m'accoude lentement sur la table, abandonne la cigarette bien entamée dans un cendrier. « Qu'est-ce qui vous arrive ? J'ai pas un souvenir de vous aussi... » Déprimée. À nouveau, je fais un mouvement de la main. Parfois, les mots ne sont vraiment pas mon fort. Tous les termes qui me viennent à l'esprit seraient un peu abrupts et je préfère ne rien dire, laisse planer un flou qu'elle comprendra certainement. Et si elle ne veut pas discuter, un petit verre dans un endroit confortable ne serait sûrement pas de refus.

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MessageSujet: Re: I need a hero [Joe]   Mer 7 Juin - 19:36

« Ah... Désolé pour vos proches. »
Shae hausse les épaules. C’était il y a longtemps. Une autre vie, un autre monde. Ils ne sont juste plus là. Becca n’est plus là, et elle avait appris à continuer sans elle. Mais elle appréciait les paroles de Joe, simples mais réconfortantes.
La jeune avocate n’eut même pas la possibilité de refuser l’offre faite par Joe. Son compagnon était parti du principe qu’elle avait accepté, et avant qu’elle ait pu dire quoi que ce soit, ils étaient devant un bar qui ne semblait pas trop miteux. Et puis, Joseph avait promis de la raccompagner après. Ce n’est pas comme si elle avait quelque chose de plus important à faire dans les heures à venir. Alors elle suivit son sauveur d’un soir. C’était une situation un peu cocasse, quand on y pensait. Quelques mois auparavant, Shae et Joseph s’écharpaient comme des charretiers. Et là, Shae lui devait peut-être la vie, et ils étaient dans un bar. La vie était d’une ironie. Shae ne put s’empêcher de sourire en s’asseyant en face de Joseph. Elle ne l’avait pas connu aussi gentleman.
« Une vodka, ce sera parfait », commanda-t-elle en adressant un clin d’œil à son compagnon de beuverie improvisé. Non, elle n’allait pas commander un truc de chochotte. La Prohibition ne l’avait pas arrêtée, ce n’était pas dans son tempérament. Elle n’était pas sortie depuis un moment, mais ça n’avait rien à voir avec la Prohibition. Et la compagnie de Joseph la rassurait un peu. Elle était prête à reprendre un peu du service, en trinquant à la mort du Gouvernement de merde qui sévissait sur la ville.

« Qu'est-ce qui vous arrive ? J'ai pas un souvenir de vous aussi... »
La jeune femme eut un sourire en coin. Amusé, presque, que Townsend ait la pudeur de ne pas dire le mot. Amer, parce que de toute évidence, son état se voyait sur sa tronche. Triste, parce que la question lui remontait tous les souvenirs de ces dernières semaines. Elle aurait pu se dérober à la question. Mais elle lui devait bien la vérité. Elle soupira, puis haussa les épaules.
« Tristoune ? Paumée ? Désaxée ? Choisissez votre adjectif, ils sont tous en réduction. Vous avez la télé, Joseph ? Vous avez suivi les Arènes ? »
Même ceux qui n’avaient pas de télé chez eux avaient suivi les Arènes. Le Gouvernement s’était assuré que chaque citoyen de la Nouvelle Orléans puisse suivre leur manège malsain.
« J’étais dans celle de glace. On s’est fait poursuivre par des chiens, les plafonds se sont écroulés sur nos gueules, tous mes proches ont eu leur tronche imprimée sur des zombies, et au final je suis morte transpercée par les bouts d’os d’un de mes amis. »
Elle avait prononcé tout cela sur un ton faussement détaché, mécaniquement, comme on raconte sa dernière balade à Congo Square. Puis elle prit un ton plus sarcastique.
« Enfin, morte, pas tout à fait, vu que je suis là. Et je suis devenue une star, vous savez. On m’a interviewée, Danny Clocker en personne, la classe. Et après, on m’a jetée devant les portes du Colosseum comme une merde et on m’a dit de rentrer chez moi. Fin de l’histoire. Et depuis, comment te dire, j’ai un peu du mal à reprendre le quotidien. »
Elle était passée au tutoiement naturellement. Après tout, il n’y avait plus tellement de raison de vouvoyer Joseph. Ils étaient là, dans un bar, à transgresser la loi, elle lui racontait un des moments les plus horribles de son existence. Qui comptait pourtant déjà de sacrés mauvais moments. Alors la politesse, la bienséance, c’était franchement superflu. Les verres arrivèrent et Shae porta le sien instantanément à ses lèvres, profitant de la chaleur de l’alcool dans sa gorge.
« Je suis sur la bonne pente, ceci dit. Pas de panique, je ne vais pas te craquer dans les doigts. Mais ça fait plus de six mois et j’ai du mal à revenir à ma forme d’avant. J’ai l’impression que le monde va en s’empirant. Comme si on partait pas déjà d’une sacrée merde au départ. J’avais espoir qu’on puisse reconstruire quelque chose de potable, je me battais pour ça. Là, je me bats toujours, mais j’ai sérieusement l’impression parfois qu’on pédale dans le vide. Enfin….T’es pas là pour écouter les jérémiades d’une meuf qui perd sa foi. Santé ! »
Et elle avala son verre d’une traite avant d’en commander un second d’un signe de main au serveur.
« Je t’ai dit que j’avais pas une thune sur moi ? » dit-elle en riant à Joseph. « Pour ça que le mec était remonté contre moi. Je te rembourserai dès qu’on arrive chez moi. »

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MessageSujet: Re: I need a hero [Joe]   Mar 20 Juin - 19:56

Une vodka. Je souris, approuve d'un hochement de tête, comme si l'avocate attendait mon assentiment. J'y joins ma propre commande – un whisky, puisqu'elle commence fort. Son visage dirigé vers moi me renvoie un sourire. Un autre jour, une autre humeur, une autre personne. Depuis des mois, il faut me fréquenter tous les jours sans interruption, pour prétendre me connaître un tant soit peu. Il faut me voir le matin, au réveil. Changer d'humeur et d'émotions au cours de la journée, m'observer m'épuiser une fois la nuit tombée. Il faut me rencontrer sobre, et puis il faut me rencontrer avec un coup dans le nez. Cinq, six, sept pour me découvrir encore, me dis-je avec bien peu de prétention. Je ne veux pas être présomptueux ; le plaisir de parler de moi n'a jamais vraiment existé, étouffé dans l’œuf avant même que j'en ressente l'envie, comme une bête cognée tant de fois qu'elle a le museau traînant au sol et la queue entre les jambes. Au début, c'est amusant ; agréable, détestable, taciturne, bavard. Et puis c'est lassant, fatigant.
Je réponds à son clin d’œil en me peignant une moue pleine d'assurance, un peu amusée, sur le visage. Elle aussi est agréable. Plus que dans mes souvenirs – où sont les griffes qu'elle n'hésitait pas à sortir, où est l'acidité d'une verve réfléchie et directe, lorsque la mienne n'est qu'abrupte, bourrue ? Les souvenirs s'oublient dans les émotions qui se dessinent au coin de ses lèvres, d'un trouble tangible que j'ai l'impression de pouvoir toucher du doigt. Que le monstre voudrait tordre entre les siens, abîmer de ses griffes souillées de crasse, sali à son tour. Comme à chaque fois, un désir brûlant de protection surgit dans mes entrailles. L'aide avortée, jamais apportée aux femmes de ma vie. Je l'étouffe, le réprime, pour ne pas qu'il devienne condescendant, importun. Elle n'est pas une enfant, elle n'a besoin de rien d'autre que d'un verre, une soirée dans laquelle s'oublier.

Tristoune. Je souris, d'un sourire sans joie qui s'efface presque aussitôt, un peu contrit. Un haussement de sourcils, un roulement d'yeux dans leurs orbites accompagnés d'un hochement de tête pour réponse, je demeure muet. Les Arènes. Reconnaissant, d'une certaine manière, qu'elle ne s'abandonne pas dans le pathos, j'écoute sans mot. Joins à ses paroles l'image, dans ma tête, d'une Shae victime, proie du Gouvernement. D'un Gouvernement qu'elle ne doit décidément pas vraiment porter dans son cœur, tranché-je sarcastiquement. Une star. Je ris faiblement. Je n'avais pas fait le rapprochement – à vrai dire, je me souviens à peine des mois qui viennent de s'écouler. Le temps se noie dans un sang dilué, mélangé à trop d'alcool, trop de drogues pour avoir la tête sur les épaules. Alors j'acquiesce tranquillement, remarque son tutoiement, attrape mon verre presque en même temps que le sien. Moins rapidement, quand même, et bois une gorgée brûlante. Revivifiante et relaxante à la fois, doucereuse et agréable en même temps. Je ne l'imagine pas là-dedans – et j'en imagine un sacré paquet, enfermés dans l'illusion d'une mort précipitée, poursuivie par une faucheuse invisible. Shae poursuit son récit, que je ne ponctue plus d'aucune réaction. Pas parce que je ne l'écoute plus – parce que j'entends trop, les mots s'imprègnent dans mon esprit, désagréables. C'est pour ça, qu'elle m'appréciait si peu. Je devais représenter ce qui l'empêchait de reconstruire quoique ce soit de correct, un grain de semoule dans la purée qui l'empêche de progresser. Un pion dans toute la merde qui s'élève à l'encontre d'un quotidien normal, d'une vie d'antan dont on rêvasse.
Distraitement, je porte le verre à mes lèvres et le termine en même temps qu'elle, mimétisme automatique. Son rire m'arrache un sourire et me tire de mes songes.

« Tu plaisantes ? Le jour où j'inviterais une femme sans lui payer un verre est pas arrivé, laisse tomber. » L'honneur, la fierté et tout le reste. « Bof, tu sais, j'passe mon temps avec des gens qui perdent la foi, ils sont bavards à c'propos. Qui la perdent, ou qui en ont perdu la trace y a longtemps – t'as vachement bien tenu, en fait. » Le mégot moribond retrouve mes lèvres et je tire longuement dessus, l'achève et l'enterre définitivement dans le cendrier. En profite pour réfléchir un instant, le temps de recracher la fumée tranquillement. Le serveur ramasse nos verres, les remplace. « Tu sais, tout c'qui t'est arrivé, les Arènes... c'est vraiment la merde. C'est n'importe quoi. » Mais. Il est là, sous-jacent et presque palpable. Je bois une gorgée, plante deux prunelles électrisées dans les yeux de Shae. « Mais j'en crevais, de pas y avoir participé. C'est dingue. Même avec c'que tu me racontes. Juste pour rencontrer le grand Danny. » Je souris, sarcastique. Les derniers mots sont ajoutés tranquillement, légers, mais je reprends. « J'voudrais dire que je sais pas pourquoi, que j'ai aucune idée du pourquoi, mais j'crois que je sais pertinemment. Ça doit être une question d'arrogance, du genre de qui a la plus grosse. » Y a de ça, mais pas que, évidemment. Oui, il aurait fallu que je puisse prouver que je vaux le coup, que je peux endosser toutes ces saloperies, que j'avais de toute manière pas suffisamment de proches pour être déstabilisé par leur disparition. Mais surtout, ça m'aurait flagellé encore un peu. Et ça, ce désir honteux et profond ne vient pas vraiment de moi. Il vient de la chose, le monstre putride qui veut me pousser dans mes retranchements.

Mais Shae ne méritait pas ça, assurément – d'autres le méritaient, ou l'auraient mérité. Puisqu'on a pas la même vision de la justice et de la punition, je garde la réflexion pour moi, hausse les épaules et bois une nouvelle gorgée. « Au fond, c'est peut-être une chance que t'as eue. T'as plus ou moins vu la mort de près, y a que comme ça qu'on peut apprécier la valeur des choses. Quand elles te glissent entre les doigts mais que t'as l'temps de les récupérer in extremis. Bon, j'suis peut-être pas le mieux placé pour en parler, mais avec un peu d'huile de coude tu peux voir le verre à moitié plein ! » L'ironie, malgré moi, perle au bout de ma langue. Pourtant je le pense, d'une certaine manière. C'est peut-être pour ça que j'aurais voulu y participer.
Pour ceux qu'elle a perdu, sans pouvoir refermer les doigts dessus avant qu'ils ne disparaissent, elle doit comprendre. Je lève mon verre de quelques centimètres et le termine d'une traite. « Bon, assez d'pathos, au bout de combien tu danses sur la table ? J'invite jamais sans raison. » Les mots, déjà mus par l'alcool frais qui se mêle à celui de la journée, sortent naturellement, amusés.

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MessageSujet: Re: I need a hero [Joe]   Mar 11 Juil - 18:43

« Tu plaisantes ? Le jour où j'inviterais une femme sans lui payer un verre est pas arrivé, laisse tomber. »
Shae sourit. Joseph n’est pas l’énorme bourrin au vocabulaire fleuri qu’elle pensait. Un peu plus, et elle pourrait presque se mettre à l’apprécier. Et pas uniquement parce qu’il lui rappelle Callum. Mais parce qu’il s’avère être plutôt charmant, en fait.
« Mais j'en crevais, de pas y avoir participé. C'est dingue. Même avec c'que tu me racontes. Juste pour rencontrer le grand Danny. J'voudrais dire que je sais pas pourquoi, que j'ai aucune idée du pourquoi, mais j'crois que je sais pertinemment. Ça doit être une question d'arrogance, du genre de qui a la plus grosse. »
Elle pouffe d’un rire un peu jaune, puis hausse les épaules.
« Danny est vachement moins bien en vrai. »
La jeune femme ne sait pas trop quoi répondre, en réalité. Joe est le premier à lui dire clairement qu’il aurait aimé être un participant aux Arènes. Mais elle n’est pas complètement idiote. Elle sait bien qu’il n’est pas le seul à le penser très fort. Des gens étaient venus la voir, beaucoup. Une partie d’entre eux avaient de la pitié dans les yeux et s’attendaient à ce que l’avocate craque et se roule en boule dans un coin d’une seconde à l’autre. D’autres en revanche, étaient plutôt jaloux. Un de ses clients lui avait glissé, presque en colère, qu’elle ne méritait pas d’avoir été tirée au sort. Mais pas dans le sens « pauvre choupette », non. Dans le sens qu’elle n’avait pas assez de valeur pour l’honneur qu’on lui avait fait. La bonne blague. Shae ne pouvait pas comprendre qu’on l’envie. Et pourtant, Joseph l’enviait. Le monde était un beau merdier, et lui voulait se jeter dans un merdier encore plus grand. Bordel, elle lui aurait volontiers laissé sa place. Elle aurait laissé sa place à n’importe quel volontaire.
Et Joseph continue en parlant de chance. Shae ne peut retenir un sourire amusé. Dans un sens, peut-elle réellement lui donner tort ? S’il savait. Mais elle ne lui dira pas. Elle ne lui dira pas que la mort, elle l’a non seulement vue de très près, mais elle est carrément venue la chercher. Et que ce qu’elle a vécu après l’a un peu refroidie. Et que quand elle a pu revenir dans le monde des vivants, effectivement, elle a appris à apprécier la valeur des choses. De la liberté, notamment. De la vie, de manière générale. Sa mort l’avait probablement transformée en profondeur, faisant d’elle la jeune femme qu’elle était aujourd’hui. Mais elle l’avait vécu une fois. Elle n’avait aucun besoin de le vivre une seconde fois. La seconde fois, ce n’était plus une chance, c’était une torture. Parce que justement, elle avait pu se rendre compte de la valeur de la vie. Parce qu’elle savait ce qu’il y avait après la vie, et que c’était sacrément moche. Alors elle s’accrochait désespérément à la vie. Et ce qu’elle avait vécu dans l’Arène, cette mort qui se rapprochait, c’était de la torture pure et simple. La faire paniquer et chercher à s’en sortir alors que l’issue était, de toute façon, toute tracée. La première fois qu’on voit la mort de près, ça nous rend peut-être meilleur. La seconde fois, ça nous brise et c’est tout.

« Bon, assez d'pathos, au bout de combien tu danses sur la table ? J'invite jamais sans raison. »
Shae descend son nouveau verre pour toute réponse, le pose délicatement sur la table, puis remonte le regard sur Joe.
« Alors, d’une, tu sauras que je ne danse jamais sur la table. J’ai un équilibre à chier. Je danse uniquement sur le sol. De deux, tu risques de grincer des dents en voyant le nombre de verres que je suis capable d’avaler sans tomber dans la dépravation. »
Elle esquisse un sourire, en coin.
« Est-ce que tu essaierais de me mettre dans ton lit, Townsend ? Après avoir joué les sauveurs de damoiselles en détresse, ce serait pas très gentleman. Ceci dit, tu peux toujours essayer. »
Et sur ce, elle commande un troisième verre, et un pour Joseph.
« Et puis, si t’étais un mec avec un minimum de principes, plutôt que d’exiger que je me trémousse sur la table, tu m’inviterais à danser, par exemple. Bordel, à quel moment tu t’es transformé en brute malpolie ? T’as toujours été comme ça ? »

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MessageSujet: Re: I need a hero [Joe]   Mar 19 Sep - 20:25

Un sourire aux lèvres, je bois. Il faut toujours que ça se passe ainsi. Que le corps réclame un verre supplémentaire comme un chien attend, la gueule béante, devant le comptoir de la cuisine. La seule différence entre un clébard et moi, c'est que je sais pertinemment que j'obtiendrais ce qui me fait envie, me dis-je, le verre au bord des lèvres. Elles trempent un instant dans le liquide, avant que je ne l'engloutisse. Il y a toujours, au moment de s'enfiler les premiers verres, un léger dégoût. Comme un rappel de toutes les autres cuites, latent et enfoui. Peut-être le corps essaie-t-il simplement de s'épargner un réveil dans le caniveau ou, plus distingué, près des toilettes.
Pourtant, je souris. Il est largement temps d'oublier de pénibles discussions. L'avocat n'arbore pas un visage très détendu, et l'idée d'apprécier ses traits adoucis par un moment agréable, si éphémère puisse-t-il être, m'attire. Pour l'instant, elle n'est plus vraiment celle qu'elle était par le passé – elle n'est plus cette emmerdeuse, cette moralisatrice, elle n'est plus le jugement que j'exècre et qui pourtant dansait dans ses yeux, lors de notre première rencontre. Elle est une femme, une simple victime de ce monde. Au même titre que les autres, en somme. À ma question, elle avale son verre d'une traite et je fais la moue, amusé.

« Merde, moi qui pensais en profiter sans avoir à bouger le petit doigt... Mais maintenant qu't'en parles, je crois que j'donnerais cher pour un dévergondage en règle de ta part. » Je l'observe, ne camoufle pas vraiment ni la surprise, ni l'amusement que ses paroles provoquent. Le chuchotement dans mon crâne se fait peu à peu bruissement incessant, paroles inaudibles et confuses. Un serpent qui se faufile, sournois et intouchable, près des nervures de mon cerveau. Qui titille mes pulsions, enflamme mes désirs. Et sur mes deux épaules parlent en cœur deux petits démons – nul angelot pour me susurrer de vaines paroles, pleines de bon sens. Seulement ces deux sirènes, dont le chant envoûtant ne laisse pas de place au refus. Elle commande deux nouveaux verres et je me penche vers elle. « Jouer les sauveurs, moi ? Arrête, j'laissais juste aller mon instinct. Il s'est trouvé qu't'étais là, par hasard, et j'fanfaronne dès que je peux. » Les prunelles coulent le long de la table et rejoignent les individus qui peuplent la salle. Puis s'en retournent sur le visage de celle qui m'accompagne, après une brève réflexion. « Quant à te mettre dans mon lit, franchement... Tu mérites mieux. On ira dans l'tien. »

Un nouveau regard sur les silhouettes qui dansent tranquillement, au rythme de la musique. Je ne sais pas ce que je fais. Je ne sais pas si je suis supposé aller voir Maisy. Je ne crois pas. Le simple fait de penser à lui rendre visite me rend fiévreux, fébrile d'envie pour une autre. Passant une main nonchalante dans ma barbe, je me tords et m'accoude au dossier de ma chaise. Il n'y a eu aucune promesse – et si tout va bien dans le meilleur des mondes, il n'y en aura jamais. « Un minimum de quoi ? J'ai mal entendu. » Un aboiement bref, plus qu'un rire, s'extirpe de ma gorge. « J'sais pas putain, t'as raison, j'ai du les perdre à l'angle de la rue, ou alors y a vingt ans d'ça, j'me rappelle plus. » Shae est amusante, beaucoup plus amusante que ce à quoi je m'attendais. Le bruissement dans mon esprit s'éternise. Oublie, me dit-il. Avec d'autres verres, peut-être. Déconcentré par mes propres songes, je lance un sourire à l'avocate. « J'dois avoir pris de mauvaises habitudes avec le boulot, j'oublie que la danse s'pratique à deux, mais j'en ai aussi pris d'bonnes : t'aurais eu le string noyé sous les billets. » Distingué. Le serveur nous dépose les boissons et j'en commande aussitôt de nouvelles, d'avance, avant qu'il ne s'éloigne. Empoignant mon verre, je fais mine de le lever. Désignant successivement Shae puis moi-même, je lance : « Allez, cul-sec, puisque t'en es capable. »

Ce faisant, j'abandonne un verre vide sur la table. Plus ça monte vite, meilleure est la soirée. Ne sachant pas si c'est particulièrement triste ou particulièrement vrai, ou bien les deux, j'ôte ma veste et la laisse choir sur le dossier de la chaise. « Alors comme ça, t'es pas freinée par la prohibition ? Tu fais partie d'ceux qui cachent de bonnes bouteilles dans la chasse d'eau des chiottes ? Quoique... j't'imagine bien fabriquer ton propre tord-boyaux à base de patates, dans ta petite cuisine. J'y goûterai. » Je ricane. C'est toujours agréable de faire ployer une idiote idée reçue. Glissant une main dans mon dos, je la fourre dans une poche de ma veste, jusqu'à reconnaître le plastique fin et caractéristique du petit sachet sous mes doigts. Je l'extirpe du vêtement et en retire un cachet, fatigué du bourdonnement dans mon crâne. Range le tout à sa place et laisse le comprimé azur près de mon verre. Le désignant, je lance : « Il est bleu, ça prête à confusion j'te l'accorde, mais va pas te faire d'idées... » Un rire rauque et bref m'échappe. Les cachets de Mackenzie ont valu une putain de fortune, mais ont également le mérite d'être foutrement efficaces. Les nouveaux verres sont posés sur la table et je trinque avec ma compagne de la soirée. Le naturel revient, je le sens arriver aux galops. Comme si jusqu'à présent, je ne l'avais pas été. Le caractère camouflé par quelque chose d'insondable, d'intangible, et maintenant tout prêt à s'écraser sous le poids d'une personnalité pleine et entière. Je bois et avale le cachet par la même occasion. La langue s'engourdit lentement et je souris, me lève lentement de mon assise. Me poste face à la blonde, tends une main vers elle.

« Tu danses? C'est vraiment c'que demandent les gentlemen ? Merde... » Directif, je m'empare de sa main et l'incite à se relever, avant d'ôter son trench. Le faisant glisser le long de ses bras, il rejoint son siège et je l'entraîne plus loin, au milieu des quelques autres couples qui se meuvent. Dans leur bulle, avides d'abandon et de distraction. « Bon, j'suis suffisamment courtois pour tes beaux yeux, là ? »

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MessageSujet: Re: I need a hero [Joe]   Lun 2 Oct - 18:07

D’une certaine manière, insidieuse, la conversation s’était transformée en flirt amusant. Shae n’avait pas vraiment prévu les choses ainsi. Joseph n’était pas spécialement son style. Et puis, vu son métier, avait-elle vraiment envie de finir la nuit avec lui ? D’un autre côté, il y avait quelque chose de charmant chez lui. Son côté bourru, son humour, son attitude nonchalante. Ses grands yeux doux qui contrastaient avec le reste de sa personne. Il était surprenant, au final. Et il rappelait énormément Callum à l’avocate. Une version plus sympathique, plus drôle. Mais un autre sauveur qui passait juste par là, un autre sauveur dont elle n’avait pas voulu et qu’elle détestait au premier abord. Et qui au final lui plaisait bien.
La jeune femme répond à l’injonction de Joseph en buvant son verre cul sec avant de le reposer sur la table doucement, un sourire aux lèvres. L’alcool a toujours un effet bienfaisant sur elle. Enfin, jusqu’au point où l’effet se fait néfaste. Mais elle aime cette sensation. La libération que permet le liquide, comme si les zones d’ombre de son esprit se mettaient subitement en veille. Elle rit d’ailleurs franchement quand Townsend lui parla de la prohibition.
« Qui ne planque pas une bonne bouteille dans sa cuvette, sérieusement ? Leurs lois à la con, ça va bien deux secondes. Ils nous prennent déjà assez, je garde la liberté de boire ce que je veux. Et puis, si j’me fais prendre, je suis assez douée pour les plaidoyers. »
Elle accompagne sa remarque d’un clin d’œil avant de suivre le petit manège de son acolyte du soir et de sa petite pilule. Ne va pas te faire d’idée, qu’il dit. Shae hausse un sourcil puis les épaules. Elle s’en fiche bien. Après tout, elle aussi traine des petites pilules sur elle en général. Des petits bijoux préparés par Mackenzie, pour les soirs où elle va mal, où elle a besoin d’oublier. D’ailleurs, cela ne l’étonnerait pas que les pilules de Joseph viennent de chez Mackenzie aussi. La petite a le vent en poupe depuis quelques temps.

« Tu danses? C'est vraiment c'que demandent les gentlemen ? Merde... »
Shae ne se fait pas prier pour se lever, sa main déjà dans celle de Joseph, son manteau sur son siège. Elle suit son sauveur au milieu de la foule dansante. Ils commencent à esquisser quelques pas et, à sa grande surprise, elle se rend compte que Joseph n’est pas mauvais danseur.
« Bon, j'suis suffisamment courtois pour tes beaux yeux, là ? »
Elle rit puis hoche la tête.
« Tu es l’exemple parfait du gentleman, Townsend. Je dois dire que je suis impressionnée. Faudra travailler un peu ta chorégraphie, mais ça devrait le faire. »
Elle déplaça doucement la main de Joseph sur sa hanche, posa la sienne sur son épaule. Un peu old school, mais toujours aussi efficace. Autour d’eux les autres couples se souriaient et dansaient, certains en rythme, d’autres complètement à côté de la plaque.
« Je crois que je t’ai mal jugé, Joseph. Je pensais que tu étais un gros lourdaud qui se contentait de mettre de pauvres filles sur les trottoirs pour récupérer du fric. Alors, pour la partir trottoirs, j’en sais rien. Mais t’es pas si lourdaud que ça. Du coup, la question se pose. Comment t’as terminé dans le genre de job que tu fais ? Parce que bon, c’est pas super attirant, comme branche. »
Elle haussa les épaules, soupira.
« T’sais quoi, en fait, si t’as pas envie de répondre, ne répond pas. On est pas obligés d’aller dans ce genre de trucs. J’ai bien envie de m’amuser, là. »
Et l’avocate lâcha la main de Joseph avant d’aviser la table libre la plus proche et de grimper dessus, manquant de tomber dans l’opération. Elle se dressa de tout son corps, toisa son compagnon.
« Si je me casse un truc, tu m’emmènes à l’Adventist ! Tu montes ? Ou t’as peur que la table ne supporte pas ton poids ? »
Puis elle commença à esquisser quelques mouvements de danse, un grand sourire aux lèvres. Elle était passée pas loin de quelque chose de moche, ce soir. Ca se fêtait, d’une certaine manière.

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