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 I need a hero [Joe]

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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MessageSujet: Re: I need a hero [Joe]   Jeu 1 Fév - 22:36

La moue feint de s'agacer sur mon visage lorsque je lance un regard à Shae. De ces coups d’œil rendus fatigués par l'alcool, l'esprit demeure pourtant suffisamment vif pour assumer une discussion pleine de souvenirs. Plissant les yeux, le sourire sur mes lèvres s'étire. Bavard, je l'ai toujours été – tout dépend de ce que j'ai à dire sur le moment. Gonflant la poitrine dans un soupir légèrement embrumé, les doigts serrés sur le métal froid, je n'ai pas l'intention de voir le tourniquet s'arrêter. Pourtant le mouvement s'alanguit, perd de son inertie sans que je m'en rende compte. Marchant à côté, l'allure moribonde, je me perds dans les mots de l'avocate. Ingurgitant ses quelques confidences, j'acquiesce, soudain muet. Rebecca. Curieux, j'ai envie de relever ; mais il y a quelque chose dans son soupir, dans l'intonation qu'elle avait prise, dans ce petit silence qui suit la révélation. Il y a quelque chose qui m'impose le silence – après tout, qu'importe ? Ce doit être une proche, Shae le dit à demi-mots. Détournant le regard un instant, je le perds dans le parc ; elle a vécu de vraies saloperies et même si je n'en connais pas les détails, ça n'est pas une nouveauté. L'histoire attachée à cette femme doit en faire partie.
Alors je réponds à son sourire lorsque, du coin de l’œil, je vois la bouteille danser près de moi. Une nouvelle gorgée brûlante – combien en ai-je eues, tout au long de la journée ? L'estomac réchauffé d'un foyer factice, le sourire s'imprime sur mon visage, fantomatique.

À ses nouvelles paroles j'acquiesce lentement, fixe les mirettes sur le visage qui me fait face. « Ouais. » Lâché-je brusquement, grave. C'est une prise de conscience idiote, que je me fais beaucoup trop souvent pour en être étonné – mais, ouais. Ponctuant sa réflexion de quelques acquiescements, je me contente finalement d'un haussement d'épaules comme unique réponse. Évidemment. À ce constat non plus, pas de grande nouveauté ; pourtant, l'alcool imprime ses mots dans mon esprit, échauffé et vaporeux. Trempées dans quelques gouttes d'alcool, toutes ces petites discussions prennent une toute autre dimension. Très réelle. « J'me suis gâché la vie pendant des années, sans jamais m'dire que l'enfer, c'était pas c'qu'on vivait à l'époque. Et maintenant, j'crois que je vais mieux que jamais. D'ailleurs, y a pas grand-monde qui s'plaint de sa condition, alors que c'est... » La galère, la merde noire – c'est quoi ? La fin de ce si joli monde, celui de nos doux souvenirs. Engloutis avec, ils ne subsistent que dans les bribes de conversation que l'on daigne leur accorder de temps en temps, lorsqu'on a un coup dans le nez. « Peut-être qu'on avait besoin d'ça pour réaliser que la vie, c'est pas si merdique. » Amusé, c'est un drôle de rictus qui se dessine sur mes lèvres.
S'agissant de sa dernière petite confession, je demeure muet, hochant imperceptiblement la tête dans la semi-obscurité qui nous entoure. Partageant avec elle le soulagement de ne pas être étreint par la solitude, je ne peux qu'approuver la blonde. Des individus, des inconnus, des proches, j'en vois tous les jours. Ça n'empêche pas la solitude de me croquer ; avec Shae, la discussion est beaucoup plus simple que ce à quoi j'aurais pu m'attendre.

Un baiser échoué sur la joue, je n'en démords pas de cette bonne humeur qui m'engloutit tranquillement. C'est agréable, c'est rassurant. Puis je ris, moqueur. « Sentimentale, n'utilise pas les mots qui fâchent. » Lui tournant le dos, je cherche les vieilles balançoires dans la pénombre, puis vais m'y asseoir. La structure en métal grince sous mon poids et, du pied, je tape le second siège suspendu, signifiant à Shae qu'elle est invitée à m'y rejoindre. Si j'exprime, dès les premières secondes, une petite retenue une fois installé, j'oublie rapidement de m'inquiéter de l'état de détérioration de la balançoire. Les pieds touchant largement la terre, je ne me balance pas vraiment, mais qu'importe. Reportant les yeux vers Shae, je l'observe. Élevée par des nounous, s'enfuyant du foyer dès que possible, je me demande si elle a vraiment joui d'une enfance normale. Inutile de chercher les parents abusifs, me dis-je ; j'avais les miens sur le dos en permanence, et j'ai fait exactement la même chose qu'elle. Il fallait échapper à cet endroit, ce repère familial étouffant.

« Mmh, un jour j'suis parti au ski. T'as du y aller toi aussi, petite riche – disons que t'étais dans ton joli chalet, avec toutes tes nounous, et moi j'étais avec l'école. Le collège, plutôt. C'était la première fois qu'j'enfilais des skis, que je profitais vraiment d'la neige, mais j'ai dit que j'avais des années d'expérience, parce que... » Feignant une moue de supériorité, je hausse les épaules. « J'avais douze ans mais ils m'auraient foutus dans le groupe des Piou-piou, quoi, j'pouvais clairement pas assumer ça. Tout s'passait correctement, même si j'étais un peu en galère dans la poudreuse, jusqu'à c'qu'on monte une petite piste. Mais bon, il a fallu redescendre... » Je souris, amusé. « Ils ont tous dévalé la putain de piste, et moi j'suis resté tout en haut comme un con, incapable de bouger. Tout l'monde s'est mis à m'appeler de loin, à m'faire des signes ; ils attendaient, quoi. Ça m'a jamais dérangé d'être au centre de l'attention, mais là c'était vraiment pas l'moment ; peut-être qu'ils savaient que j'aimais bien m'rendre intéressant, maintenant que j'y pense... Bref, le temps passe et j'suis toujours là-haut, bloqué. Évidemment, y a un moniteur qui vient me chercher. J'ai du m'accrocher à lui pour redescendre... » Les yeux roulent dans leurs orbites. « Mais bon, c'est pas fini. J'arrive en bas avec tout l'monde, un peu échauffé par mon échec cuisant, tu vois. Un peu fatigué par le voyage jusqu'à la station de ski, un peu stressé, tout ça... Ça monte ça monte, et je chiale devant toute la classe. » La moue est rieuse, railleuse envers cet enfant prétentieux et suintant de fierté mal placée. Le souvenir n'est pas particulièrement hilarant, mais il m'a marqué et, au fond, il m'amuse toujours. Dramatique, j'ajoute : « Encore un petit souvenir que tu m'auras extirpé cette nuit, Shae. »

Haussant à nouveau les épaules, je bois une petite gorgée d'alcool, très superflue, avant que la bouteille ne rejoigne le sol. « On fait un concours : celui qui s'balance le plus haut gagne. » Ne sachant pas vraiment l'enjeu de la défaite, ni de la victoire, je m'installe. Celui qui se balance le plus haut, ou celui qui parvient à garder son estomac en place, d'ailleurs.

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MessageSujet: Re: I need a hero [Joe]   Ven 9 Fév - 19:12

« Sentimentale, n'utilise pas les mots qui fâchent. »
Shae sourit et hausse les épaules. C’est un mot qui fâche, sentimentale ? Avec Joe, probablement. Il a l’air d’être plutôt le genre de mec à masquer ses sentiments, à ne pas les assumer. Shae est différente. Elle a appris à embrasser ses sentiments, à s’exprimer. Sauf avec Garret, mais c’est une autre histoire. Ceci dit, cette remarque mise à part, Joseph n’a pas l’air fâché qu’elle s’exprime. Ils se sont bien trouvés, cette nuit. Peut-être qu’il a, comme elle, le besoin de ne pas se sentir seul. C’est que ça peut arriver facilement, dans cette ville. On a beau être entouré d’un tas de personnes, qu’on connait plus ou moins bien, on reste quand même seul parfois. Quand tout le monde rentre chez soi, que la politique s’en mêle, que la méfiance jaillit sous les sourires. Shae ne sera jamais comme les autres, parce qu’elle connait la magie et la maitrise. Et elle ne peut en parler qu’à quelques personnes de confiance, triées sur le volet, parce que sa nature même peut la faire tuer. Il y a des fanatiques qui persistent à croire que les mages sont coupables de tous les maux de l’univers, et seraient prêts à tuer un tas d’innocents mages pour « nettoyer les rues ». Une fois qu’il n’y aura plus d’infectés, elle sera peut-être parmi les prochains sur la liste. Puis ce sera les métamorphes. Les alliés sont rares, au final. Et pour Joe, ça doit être pareil. Oh, il mène un boulot lucratif, après tout, des prostituées, il y en a toujours eu, il y en aura toujours, le monde ne tourne pas sans. A priori, il ne sait pas comment tourner sans. Mais beaucoup rejettent cette activité, et beaucoup doivent mépriser Joseph pour ce qu’il fait au quotidien. Après tout, Shae l’a elle-même méprisée, avant ce soir, avant d’apprendre à le connaitre. Alors, les gens, comme elle, comme lui, pouvaient se sentir facilement seuls. Et des fois, ils se trouvaient et étaient moins seuls. Juste une nuit, c’était déjà bien. C’était déjà beaucoup. Elle s’installe sur la balançoire voisine de celle de Joe. Les deux engins ont largement dépassé leur date de maintenance. Et leur date de remplacement. Mais il n’y en a pas de rechange. Shae sent le métal des chaines grincer lorqu’elle s’assoit, mais tant pis. Ca tiendra le temps que ça tiendra, pas vrai ?
Et Joseph lui raconta une autre histoire, et Shae rit. Il a un talent indéniable pour raconter. Les récits deviennent épiques, et drôles, et son ton bourru en devient formidable. Il transforme une histoire du quotidien en aventure, et Shae adore ça. Elle n’a jamais été une conteuse. Une oratrice, certes, mais uniquement quand il s’agit de défendre un cas. Convaincre, c’est son truc. Raconter, elle est nulle pour ça.  
« Pauvre petit Joseph. Ca a dû être super difficile ! C’est ça d’être présomptueux. »
Et en même temps, elle s’imagine tellement bien le comportement de Joseph à l’époque. Comme aujourd’hui. Ce n’est pas de la présomption, elle le sait. C’est de la fierté. Avec les années et le métier qu’elle exerce, Shae a appris un peu à décoder les gens. Indispensable quand on veut monter un dossier solide. Et elle reconnait la fierté chez Joseph. Pas une fierté mal placée. La fierté de celui qui veut bien faire, être le plus fort, être le plus grand, parce que c’est comme ça. Elle-même a voulu être la meilleure, réussir tous les sorts, toutes les incantations, plus vite, plus fort. Quand on voit où ça l’a menée, ce n’était peut-être pas l’idée du siècle. Mais elle comprend. Si elle n’était pas la meilleure, elle avait l’impression de n’être personne. Les raisons sont peut-être différentes pour Joe, mais elle imagine que le sentiment est à peu près le même.

« On fait un concours : celui qui s'balance le plus haut gagne. »
Shae avise Joseph, lève le menton, provocatrice.
« Tu fais pas le poids. »
Elle pousse sur ses jambes et ses bras, et s’envole. Elle sent que l’alcool dans son estomac proteste un peu. Il n’est pas super d’accord. Elle sait que si elle continue, si elle va trop haut, elle risque de le regretter fort ensuite. Mais elle s’en fiche. Là, elle vole. Alors elle pousse, plus haut, plus haut, et si elle faisait le tour ?
Une chaine brise sous le poids. Shae perd l’équilibre, pousse un cri de stupeur, et part valdinguer avant de s’écrouler par terre, tête contre le sol, les bras croisés devant son visage par réflexe de survie. Le choc est rude, elle pousse un hoquet en touchant le sol. Et puis elle se met à rire. Un rire qu’elle ne maitrise plus. Elle est comme une gamine ravie de sa connerie. Elle pousse sur ses mains, grimace – elles doivent être un peu écorchées – et se tourne sur le dos, toujours en riant.
« C’était pas une bonne idée », lance-t-elle entre deux rires. En fait, c’était une excellente idée. Elle n’a pas ri comme ça depuis un moment. Elle ignore si c’est l’alcool ou la situation, probablement un peu des deux.
« Joe, tu m’aides à me mettre debout ? Si j’essaie je retombe sur mes fesses, vu mon état »

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MessageSujet: Re: I need a hero [Joe]   Dim 25 Mar - 19:49

Tu fais pas le poids. Nul besoin d'observer à nouveau sa silhouette pour m'assurer que Shae ne doit pas peser bien lourd. Gracile, la blonde pourra aisément s'élever dans l'obscurité de la nuit et disparaître dans les ombres. Quant à ma personne... Un sourire peint dans la barbe, je hausse les épaules. Lorsqu'elle se lance, je l'imite et la suis dans cette danse un peu désordonnée, guidée par la mélodie grinçante des chaînes rouillées. Comme prévu, elle décolle plus vite que moi – mais bientôt, je ne parviens plus à la regarder. L'alcool remue rapidement dans un estomac qui n'a connu, ce soir, que du liquide. Les vagues ondulent, remuent à chaque fois que je décolle et fouettent les parois de l'organe. Si le ventre gémit, il est pourtant facile de l'ignorer – le passe-temps est beaucoup trop agréable, et l'amusement grimpe à toute vitesse.
Ne vomis pas, c'est tout. Le résultat qu'aurait la pesanteur sur un dégueulis me retourne soudain l'estomac, alors que je n'y pensais plus – merde, je me prendrais tout sur la gueule, me dis-je brusquement. Et puis c'est une boucle sans fin, cette histoire de vomi, parce que plus j'y pense...

L'air frais, presque froid, me fouette le visage plus fort. C'est agréable, revigorant. Ça m'aide à oublier le mal, qui meurt petit à petit. Je pousse plus fort, imite celle à mes côtés qui semble prête à s'envoler. Ne tiens pas compte des mouvements inquiétants de la vieille structure en métal, qui gémit sous ce qu'on lui impose ce soir. Le cri s'élève et le corps de Shae disparaît littéralement dans les airs, tandis que le siège qu'elle occupait vient me heurter, désormais seulement rattaché à une seule chaîne. Je jure sans y penser et enfonce les pieds dans le sol dès que possible, réduisant toute l'inertie du mouvement à zéro. Je l'appelle, mettant une seconde à me redresser – la tête tourne, le ventre remue et les jambes n'assument plus vraiment leur rôle. Et puis, elle est immobile. Me redressant doucement, un frisson glacé me parcourt le corps – je l'appelle à nouveau, sans savoir pourquoi je n'accours pas. L'atmosphère, qui a changé en quelques secondes, bascule à nouveau lorsque c'est son rire que je distingue dans l'obscurité. Un soupir de soulagement se hâte hors de mes lèvres, pressé de soulager le poids qui naissait déjà sur mes entrailles. Assumer une nouvelle soirée fichue à cause de mes mauvaises idées n'aurait, vraiment, pas été bienvenu.

Les lèvres s'étirent en un sourire amusé, et puisque le rire de l'avocate ne s'éteint pas, puisqu'il est communicatif. Je ris, doucement, et plus fort, et j'aboie littéralement de rire après quelques secondes. Je revois, du coin de l’œil, son envolée. Son atterrissage misérable, cette pauvre chute ; ce qui m'inquiétait à l'instant me fait désormais rire à gorge déployée. Je l'observe rouler sur le dos et m'approche lentement, moqueur. « T'as fait un d'ces vols planés, ma pauvre vieille... » Ricané-je en m'accroupissant à ses côtés. « T'avais vraiment envie d'gagner, hein ? » Lui prenant les mains, je les observe en les tournant vers une faible source de lumière et les nettoie du peu de terre et de saleté qui côtoient les petites égratignures qui se dessinent sur ses paumes. « Bon réflexe. Tu faisais pas du saut en longueur, à la fac ? » La raillé-je, moqueur. Blague à part, ce réflexe l'aura épargnée de blessures certainement plus importantes qu'un peu de peau écorchée. Je l'aide seulement à se redresser pour le moment et entreprends d'observer son visage tranquillement, lui remets négligemment une mèche de cheveux derrière l'oreille.

En guise d'excuses, je lance : « Bon, j'ai pas toujours les idées les plus lumineuses. Tu m'diras, ça fait toujours des histoires débiles à raconter, comme la fois où t'avais tellement envie d'gagner que t'es partie chercher les étoiles. Quelle audace, quelle arrogance... » Je l'aide enfin à se relever en riant et place les mains près de ses épaules, faisant mine de la stabiliser. Puis je passe un bras autour de sa nuque et fais quelques pas dans le parc, là où nous ne sommes pas encore allés. Nous dirige vers une structure pour enfants, de celles qu'ils peuvent escalader – celle-ci à la forme d'un bateau. « Ces trucs ont que deux utilités : pour les gosses, c'est d'y jouer, forcément. Quand t'es plus gosse, tu vas là-dedans que pour des trucs sales. J'suis sûr que l'intérieur est tapissé d'initiales, c'est romantique... » J'ironise et abandonne Shae, fouillant mes poches à la recherche d'un briquet. Dans la fouille, quelques papiers s'éparpillent au sol – pour le moment, je n'en tiens pas compte. Demain, ils me manqueront. Ça m'apprendra à pas être ordonné.
Dès que j'ai le briquet en main, la flamme danse dans l'obscurité et je l'approche de la paroi brillante. Comme prévu, elle est tartinée d'inscriptions en tout genre. Certaines sont faites au marqueur, au feutre, et d'autres carrément gravées au couteau. Pour les faux amoureux les plus déterminés, me dis-je, sarcastique. « M & A, ils sont devenus quoi, d'après-toi ? » Jouer à inventer une vie à un inconnu, on le faisait tout le temps avec ma sœur. Pour oublier un peu la nôtre, de vie. Je reprends aussitôt et fais mine de raconter une histoire vraie : « Ils avaient quinze ans quand ils étaient là, tu sais ? Elle seize, en fait, parce qu'elle est née en début d'année, mais elle taisait souvent c'détail. Ils sont venus s'tripoter ici, comme tous les mercredis, mais elle voulait pas aller plus loin – pas maintenant, c'était trop tôt... » soufflé-je d'un air emprunté. « Alors il a gribouillé ça pour lui faire plaisir. Il pensait qu'il l'aimait, mais à ses yeux elle avait surtout un cul à s'faire retourner un aveugle. »

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MessageSujet: Re: I need a hero [Joe]   Sam 14 Avr - 21:46

Joseph se moque d’elle, et Shae s’en fout. L’alcool aidant, elle ne ressent qu’à peine la douleur provoquée par les égratignures sur ses mains. Ses mains que Joseph saisit, puis inspecte. Elle hausse les épaules. « Jamais été une grande sportive », dit-elle simplement. Par contre, l’instinct de survie, elle connaissait bien. Son corps et son esprit étaient experts en auto-préservation. Certains soirs, comme ce soir, c’était utile, visiblement. Elle sourit alors que Joseph l’observe, ne bronche pas quand il remet une mèche en place. Il est très observateur, ce mec. Il prend le temps de regarder. Ou alors il est juste complètement bourré et son cerveau met plus longtemps à le mettre en action. Dans les deux cas, Shae aime bien. Elle a une certaine habitude d’être observée, pas de souci avec ça. Elle fait souvent exprès d’avoir une posture, un rire, une tenue vestimentaire qui attire les observations. Mais celle de Joseph semble différente. Il ne l’observe pas pour savoir comment l’aborder et la mettre dans son lit. C’était plus innocent, étonnant venant de lui.
« [color=#996633Bon, j'ai pas toujours les idées les plus lumineuses. Tu m'diras, ça fait toujours des histoires débiles à raconter, comme la fois où t'avais tellement envie d'gagner que t'es partie chercher les étoiles. Quelle audace, quelle arrogance..[/color]. »
Un petit rire s’échappe de la gorge de la jeune femme. Bon sang, elle doit être bourrée elle aussi, elle n’arrête pas de rire, même aux remarques débiles. Mais elle sait qu’elle racontera cette histoire un jour. Comment elle a essayé de faire le tour de la balançoire et a fini étalée par terre. Audace, arrogance, on se posait sûrement là. Elle était joueuse. Elle aimait les défis, même les plus stupides, même les plus enfantins.

Joseph l’emmène vers la structure pour gosses. Ils auront plus de mal à retomber en enfance là, Shae ne passe pas dans la moitié des structures.
« Ces trucs ont que deux utilités : pour les gosses, c'est d'y jouer, forcément. Quand t'es plus gosse, tu vas là-dedans que pour des trucs sales. J'suis sûr que l'intérieur est tapissé d'initiales, c'est romantique... ». La jeune femme fronce les sourcils. Elle a tenté pas mal d’endroits, parfois étranges, mais les jeux pour enfants n’en font pas partie. Du sexe, là où des gosses jouent en toute innocence ? Elle avait des principes. Est-ce que Joe l’avait fait, lui ? Avait-il encore moins de scrupules qu’elle ? Elle ne demanda pas, ne souhaitait pas vraiment savoir.

« M & A, ils sont devenus quoi, d'après-toi ? »
Shae le regarde, sourire aux lèvres. M&A. Une inscription gravée là, un souvenir qu’on souhaite gravée et éternelle. Elle n’avait jamais eu le romantisme de le faire, même gamine. Shae avait toujours été plus pragmatique. Les relations durent le temps qu’elles durent, c’était stupide de vouloir les rendre éternelles. De les faire durer à tout prix. Et une fois qu’elles étaient finies, ces relations, on regrettait les inscriptions gravées dans le plastique pourri d’une aire de jeux. Parce que ça empêchait d’avancer. Le monde se souviendrait, d’une façon.

Mais Joseph la tire de ses réflexions en racontant l’histoire de M&A, tel un narrateur en voix off dans un documentaire. Et ce qui démarra en une histoire romantique tourna au cru. Shae éclate de rire, surprise par la conclusion.
« Bordel, Townsend, quelle élégance ! Pauvre M. Ou A. J’en sais rien. Disons M, parce qu’il était galant et a mis sont nom à elle d’abord. » Elle se tait quelques secondes, se prenant au jeu, s’imaginant l’histoire derrière le gribouillis. « Elle s’appelait Meredith. C’est mon deuxième prénom, donc c’est joli, ne pense même pas à t’en moquer. Lui, August. Elle l’a fait poireauter longtemps pour aller plus loin, et il aurait pu aller voir ailleurs. C’est pas les candidates qui manquaient pour se faire déflorer, il avait la côte. Mais elle avait un truc, comme on dit, et il l’a attendu, comme un con. Des mois. Et puis un jour, elle lui a avoué qu’elle avait rencontré quelqu’un d’autre, elle l’a planté là, est allée donner sa virginité au quaterback au bout de deux semaines. Il l’a larguée juste après, comme il l’avait fait avec toutes les autres avant. Elle est revenue en pleurant vers August, il l’a envoyée chier, naturellement. Alors elle venait ici, contempler les initiales, comme rappeler au destin que August lui avait fait une promesse, et peu importe si c’était elle qui avait merdé. Mais y’était trop tard. Elle aurait ptet dû réfléchir avant de le repousser. »

Shae secoue la tête légèrement. Elle commençait à divaguer et l’histoire de Meredith commençait à ressembler un peu trop à sa propre histoire. L’image de Garret s’imposa à elle. Garret qu’elle avait repoussé par peur, alors qu’elle ressentait quelque chose pour lui. Persuadée qu’ils auraient le temps, qu’elle aurait le temps de revenir. Mais il y avait eu l’Arène, et c’était trop tard, Garret avait disparu. Elle soupire, se tourne vers Joseph. Et dans un élan stupide, l’embrasse. Quelques secondes, juste pour se rappeler de ce que ça faisait. Pour oublier Garret.

Lorsqu’elle s’arrête, elle se pince les lèvres, presque comme une gamine qui vient de faire une connerie et le sait pertinemment.
« C’est plus sympa que je ne l’avais imaginé », dit-elle simplement avec un petit sourire en coin. « Tu crois qu’ils sont encore là, M et A ? Qu’ils reviennent parfois voir leur œuvre ? »
Détourner l’attention, repartir sur quelque chose. Laisser filer son impulsion. En espérant qu’il ne lui en veuille pas. Elle n’avait pas envie que la soirée s’arrête là.

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