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 And I've been traveling oh so long { Riley

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MessageSujet: And I've been traveling oh so long { Riley   Dim 2 Avr - 21:12

Manteau serré contre le corps, col remonté pour éviter les bourrasques qui envoient poussières, papiers et feuilles mortes au visage. Mains enfoncées dans les poches, regard cloué au sol, la lumière jaunâtre des lampadaires pour guider ses pas. Y'a les gens qui défilent et qui passent, des murmures plus ou moins intéressants, plus ou moins anodins. S'il relevait la tête, à cet instant, il se ferait mitrailler par des caméras dotées de la dernière technologie de pointe en reconnaissance faciale. Fléau, surveillance abusive, contrôle de la population, Ash sait parfaitement qu'il est rentré dans le monde de Big Brother et qu'il a contribué à le construire, qu'il est un des engrenages dans la machine despotique. Mais il se dit que si un visage parmi ces milliers stockés sur des banques de données, parmi ces milliers de citoyens enregistrés à leur insu, était un membre de sa famille...alors ça lui suffisait. C'était une motivation suffisante pour produire ce système que d'aucuns auraient décrié comme une atteinte au droit à la vie privée. Enfin, avant que la Tyrannie ne s'installe. Quand la démocratie avait encore ses droits, quand on choisissait son gouvernement plutôt qu'on le subissait.

Un soupir lui échappe. Il bifurque dans les rues autrefois animées de l'Est, le quartier historique et propre bien loin de la petite maison miteuse près du bayou de son enfance ou son appartement, véritable trésor de technologie et de modernité dans grandes allées fastueuses de l'Ouest. Les boucles brunes rendues indisciplinées par l'eau lui tombent dans les yeux et il les écarte d'un geste distrait, sa main bientôt renfoncée dans les profondeurs de ses poches, serrée sur du vide. À la chaleur étouffante de la veille a succédé un vent frais et un temps pluvieux et des orages dans la matinée. La météo a encore décidé de jouer les capricieuses. Ça n'arrivait pas aussi souvent, avant. Mais l'Apocalypse est passée par là et les créatures sorties tout droit des enfers aussi. Pourquoi s'étonner de quelques degrés sous les températures de saison quand les zombies et autres créatures cauchemardesques rôdent en-dehors des murs de la ville ?

Les ruelles sont passées, une par une. Il aurait pu prendre le métro ou le tram, s'il avait voulu aller plus vite. Mais d'un côté, il a besoin de cette marche, de ce temps luxueux qu'il peut s'accorder à la réflexion. On aurait pu croire qu'après tant d'années, il aurait voulu se dépêcher, mais non. Trois mois, presque quatre, depuis qu'il a vu Riley sur son moniteur en noir et blanc. L'image parasitée par le grain sur l'écran, les cheveux plus longs, mais le visage et la silhouette reconnaissables entre mille. Et oh la joie qui l'a saisi à cet instant, la joie d'avoir enfin retrouvé un pan de sa famille déchirée, un petit bout de son âme. Mais la joie a été de courte durée en voyant la scène, les flammes et les débris alentours et ce corps sur lequel Riley était prostrée, de toute évidence, mort. Aujourd'hui encore, Ash ne sait toujours pas de qui il s'agissait et son imagination lui a greffé toutes sortes de noms et d'identités. Ami, amant, collègue, sympathisant, frère d'armes...il ne sait pas, ne sait pas qui est cet individu qui avait de toute évidence de l'importance pour sa soeur. Il ne sait pas qui est cet homme dont il est indirectement responsable de la mort. Parce que c'est l'arme qu'il a mise au point qui a décimé cette opération. Son arme qui aurait pu tuer sa soeur, si elle avait été trop proche du point d'impact.

La culpabilité est comme de l'acide qui ronge son coeur, du bitume dans sa gorge. Elle l'étouffe et le sang sur ses mains ne sera jamais effacé, qu'importe à quel point il peut essayer. Alors s'il ne peut pas laver ses crimes, il veut au moins essayer de...s'expliquer. Essayer de l'écarter de cette cause perdue qui pourrait lui coûter la vie. Et puis simplement, juste simplement lui parler. La revoir. La prendre dans ses bras, savoir qu'elle va bien, savoir qu'elle est en vie. Quatre ans sans revoir Riley ou ses autres frères et soeurs. C'est long, terriblement long. Et l'espoir l'a quitté, par moments, la douleur l'a emporté. Jusqu'à ce qu'il s'acharne à créer un nouvel outil qui l'aiderait, un nouvel appareil qui les trouverait. Et il y est parvenu. Des années d'attente et puis des mois d'efforts, à traquer la silhouette de sa soeur. À quadriller son réseau, à se faire l'effet d'un dieu dépravé de la technologie, à chercher sa soeur comme on cherche une aiguille dans une botte de foin. Et il l'a trouvée, Riley, dans ce petit café, si vieux que même Ash s'en souvient, un de ces endroits qui ont toujours semblé faire partie du décor. Un endroit qui rappelle la vieille Nouvelle-Orléans, quand l'Apocalypse et la migration en masse n'étaient pas encore passés par là, quand sa famille était encore entière.

Quand il pousse enfin les portes du lieu chargé d'histoire, Ash n'est toujours pas foncièrement prêt. Mais il ne le sera probablement jamais, alors il fonce et il avisera bien le moment venu.

Son regard se perd un instant sur le décor et l'odeur qui lui rappellent de vieux souvenirs. Pas toujours bons, quand il fallait tirer la mère alcoolique loin de ses bouteilles et de ses amants éphémères, mais il y a quelque chose de familier, d'intouché par la catastrophe ici, qui met presque du baume à son coeur. Mais rapidement, ses yeux scrutent les gens, à la recherche de cette silhouette et ces traits caractéristiques, observés des heures durant sur des écrans tous ces derniers mois et vus pour la dernière fois au milieu de cette foule, trop dense, trop compacte, cette foule qui l'a avalée et qui l'a perdue.

Et le souffle se bloque dans sa gorge, et les larmes lui montent presque aux yeux quand enfin, enfin, il peut voir sa soeur en couleur, avec sa chevelure brune bouclée, et en chair et en os. C'est presque inconsciemment que ses pas le portent au bar et qu'il rejoint le comptoir.

Son coeur se serre devant son profil. Si proche. Il a peur que ça ne soit qu'un rêve. Que l'illusion se brisera s'il bat les cils.

Sa voix s'étrangle sur son prénom :

« Riley ? »
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MessageSujet: Re: And I've been traveling oh so long { Riley   Dim 9 Avr - 0:03

Son regard est distraitement posé sur les vitres, recouvertes de gouttes de pluie, tandis que ses mains s’activent. Celles-ci, sûre d’elles, Riley n’a pas besoin de les regarder pour savoir ce qu’elle fait. Ces gestes elle les exécutent chaque jour, depuis des années qu’elle travaille ici. C’est une routine, elle sait ce qu’elle doit faire et le temps que ça lui prendra. Mais aujourd’hui, sa cadence est ralentie, par cette pluie qui la distrait. Depuis quand n’avait-il pas plu à la Nouvelle-Orléans ? Il y a encore quelques mois, le climat était constant, sur un été permanent. Il est désormais impossible de prévoir les caprices de mère nature.

Depuis des années, la sécheresse les menaçait, désormais, c’était les tempêtes. “Riley?” L'intéressée sort de sa rêverie et tourne les yeux vers la réserve d’où vient la voix. Puisqu’elle n’y voit aucune tête en sortir, elle pose le verre qu’elle nettoyait pour s’y rendre et y trouver son employé en difficulté. Un seau au dessus de la tête, il lui sourit, contrit. “Je crois bien qu’on a une fuite.” Et elle le voit bien, des gouttes tombent du plafond dans le seau, le sol sous Brian est trempé. “Pose ce seau au sol avant de te blesser.” Demande-t-elle en allant immédiatement chercher des serpillières et d’éponger le sol.

“Je m’en charge, va t’occuper des clients.” Une première ! D’aussi loin qu’elle se souvienne, le bar n’a jamais subi de fuites, du moins, depuis qu’elle y travaille. Mais il est vrai qu’elle n’a pas pu le découvrir, jusqu’à ce que la météo soit capricieuse. L’endroit n’est pas dépourvu de fissures par-ci par-là, elle ne s’imaginait pas que la pluie s’infiltrerait dans la brèche. Si ça continue, elle va devoir prévoir des travaux, hors, elle n’en a clairement pas les moyens.

Pour l’instant, elle ne peut que laisser le seau en place et le vider régulièrement. Comme si j’avais besoin de ça, songe-t-elle avec un soupir. La prohibition lui sucre au moins les trois quarts des revenus du bar depuis son instauration. Ce n’est pas toujours des plus évident d’être fourni par les mafias, ni même de s’assurer que la milice ne découvre rien quand ils font une descente. Au moins sait-elle quand ils le feront.

Énième soupire tandis qu’elle retourne à sa place, derrière le comptoir et poursuit sa routine tout en réfléchissant à un moyen de réparer la fissure sans se ruiner. “Euh… Riley?”. Elle relève des yeux interrogateurs vers Brian et fronce aussitôt les sourcils tandis qu’il pointe du doigt une nouvelle fuite en ramenant son plateau de verres vide. “Encore?” S’exclame-t-elle en attrapant fissa un autre seau dans la réserve pour aller le placer sous la fuite non loin de l’entrée. Un de ses clients lui lance un regard compatissant, elle ne doit pas être la seule à subir ces fuites. Depuis quand n’a-t-il pas plu à la Nouvelle-Orléans ? Elle ne saurait le dire, mais elle espère que s’en est fini des fuites, elle n’a que 2 seaux.

Son regard tombe sur les photos derrière le comptoir. Lucas, son père et son oncle devant le bar, une autre, avec elle et Lucas. Elle fait la promesse silencieuse qu’elle ne laissera pas tomber l’endroit en ruine. Même si elle doit se ruiner, l’Old Absinthe House a encore de nombreuses années à vivre. Elle reprend sa tâche de nettoyer les verres, laissant tout loisir à Brian de s’occuper des clients. Il n’y a pas foule ce soir, sans doute à cause de la pluie. Elle les comprend, qui aurait envie de sortir par ce temps ? Mais ça arrange encore moins les affaires.

“Riley ?” “Quoi encore?” Lance-t-elle agacée, en relevant les yeux. Elle reste sans voix, son esprit rencontre bien des difficultés à mettre un nom sur ce que son regard croise. Grand, la quarantaine, brun, yeux noirs. Ce visage, cette carrure, elle le connaît par coeur. Ils ont les mêmes yeux. Pas de doute, c’est bien à un Nott qu’elle fait face, et pas n’importe lequel, son aîné. Ce n’est pas la première fois qu’elle le voit, elle a rêvé de lui, comme de leurs frères et soeurs, c’est ainsi qu’elle a toujours su qu’ils sont là, quelque part. Mais Ashley est là, bien en chair et bien en os, face à elle. Il semble tout aussi troublé que sa jeune soeur.

Finalement, elle se secoue et se précipite en faisant le tour de son comptoir pour se jeter dans ses bras. “Je savais que tu me retrouverais.” Certitude, encore une fois lié à ses rêves. Ce serait Ashley qui la retrouverait et non l’inverse. Une boule se noue dans sa gorge, l’émotion est trop grande pour que d’autres mots soient prononcés.
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MessageSujet: Re: And I've been traveling oh so long { Riley   Mer 19 Avr - 13:53

Elle nettoie des verres quand il l'interrompt. Le bar est peu peuplé et elle s'agace pourtant de son intervention. Et un instant, il se fige, tétanisé. Il se dit qu'il a fait une erreur, que peut-être il était le seul à vouloir retrouver sa famille. Qu'il n'aurait pas dû venir ici, qu'il n'aurait pas dû la déranger. Que peut-être les autres Nott se débrouillaient mieux sans lui, sans ce grand-frère peut-être un peu trop protecteur, même s'il a toujours essayé de leur laisser leur liberté.

Quatre ans, à les chercher. A-t-il été le seul à se donner la peine d'essayer de reconstituer cette famille bancale, cassée ? Était-il le seul à s'en soucier ? Le doute le ronge, comme tant de fois auparavant. Pour trouver une raison à ses échecs répétés. La possibilité cruelle que ses frères et soeurs ne voulaient peut-être simplement pas être retrouvés. Qu'ils s'étaient laissé emporter par la foule volontairement, qu'ils n'avaient jamais cherché à retourner dans leur maison d'origine, là où Ash était resté des jours durant, espérant retrouver les boucles brunes familières de l'un ou l'autre. À se dire que cette migration en masse n'était qu'un cauchemar et qu'il les retrouverait tous, là, dans leur maison miteuse au bord du bayou. Qu'il n'avait qu'à attendre et qu'ils reviendraient, qu'il les retrouverait. Qu'il ne pouvait pas perdre sa famille dans sa propre ville. Dans son propre chez lui. Avant que l'afflux d'étrangers n'ait raison de lui, qu'il faille héberger tous ces immigrés, leur donner un toit sur la tête, à ces ex-New-Yorkais, plus habitués au froid et à la neige qu'à la moiteur et la chaleur du bayou. Avant que la réalisation ne se fasse dans son esprit. Qu'il réalise qu'il avait perdu sa famille et qu'ils ne reviendraient pas. Qu'il était seul.

Il s'est dit qu'ils ne voulaient plus rien avoir affaire avec lui. Qu'ils étaient mieux sans Ashley, mieux sans se rappeler de la misère d'où ils venaient. Effacer le nom des Nott, n'était-ce peut-être pas mieux ? Prétendre qu'ils venaient d'une bonne famille, plutôt qu'avouer être la marmaille d'une famille trop nombreuse, d'une famille sans le sou, avec des parents qui ont l'allure de déchets humains et un frère aîné à peine capable de joindre les deux bouts pour eux tous. Peut-être qu'ils ont voulu effacer leur passé, recommencer à zéro. Profiter de la confusion de la migration pour s'inventer un nouveau nom, une nouvelle identité. Effacer Ashley, avec le reste, avec la pourriture collée à leur nom.

Le doute le bouffe, la douleur, qu'il a tant tenté d'effacer, d'anesthésier, se réveille. Il est faible face à ces yeux qui semblent avoir de la peine à le reconnaître. Il est prêt à tourner les talons, faire comme si cette altercation n'avait jamais eu lieu. Oublié, son courage, oubliée, cette motivation qui l'a tenu en vie pendant quatre ans. Ash n'a pas envie de souffrir, n'a pas envie de se retrouver face à l'ignorance, pire, au rejet de la petite soeur dont il était si proche. Il veut tenter d'empêcher son coeur de se briser en plus de morceaux qu'il ne l'est déjà. Rafistolé avec de la glu bon marché, il tient à peine le choc. Il a peut-être des allures de dur et de type bourru, Ash, mais c'est un marshmallow à l'intérieur. Et il n'a pas envie de laisser son coeur fondre aux pieds de sa soeur.

Et puis l'inespéré se produit. Riley semble sortir d'une transe, contourne le comptoir pour se jeter dans ses bras. Et lui la rattrape, par automatisme, comme il l'a fait tant de fois quand elle était gamine, parce que ces réflexes ne s'oublient pas. Et l'espace d'une seconde, tout va bien dans le monde.

Il la serre dans ses bras, serre trop fort peut-être, mais il a besoin de cette certitude, savoir qu'elle est là, qu'il l'a retrouvée, que tout ça est réel. Des années de solitude et de désespoir, des années à fonctionner comme une machine cassée, parce que des morceaux en avaient été égarés. Une pièce retrouve sa place et Ash pousse un premier soupir de soulagement pour la première fois en quatre ans. Il l'a retrouvée.

« Tu m'as tellement manqué. »

La voix s'étrangle, tandis que les doigts se perdent dans ses boucles, que ses yeux se ferment pour éviter que les larmes ne coulent. Un instant, son parfum qui le frappe, qui rappelle des souvenirs presque oubliés, tellement enfouis sous les années.

Et les effusions d'affection ne sont pas son fort, il n'a jamais été doué pour ça, préférant les petits gestes aux discours grandiloquents, mais il faut qu'il mette des mots sur ce gouffre qui a envahi sa cage thoracique toutes ces années. Tu m'as tellement manqué semble bien faible, comparé à cet abîme.

Et puis après ce qui lui semble une éternité mais n'a en réalité probablement été que quelques longues secondes, il la lâche enfin, la tient à bout de bras parce qu'il ne peut pas rompre le contact tout à fait, pas entièrement, il a trop peur de la perdre à nouveau, inconsciemment. Il admire la femme qu'elle est devenue, sa petite soeur, il note les différences, les compare avec ses souvenirs. Tant de choses à se dire. Tant de choses à rattraper. Mais d'abord, une chose, avant tout :

« Comment vas-tu ? »

Est-ce que tu es heureuse ? Est-ce que la vie a été douce avec toi ? Comment te portes-tu ? Qu'es-tu devenue ? Des tas de questions, englobées en une seule pour le moment. Petit à petit. Petit à petit.
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