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 Architect of Destruction, ft Noah

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MessageSujet: Architect of Destruction, ft Noah   Ven 14 Avr - 11:31



Symphony Of Destruction
You take a mortal man and put him in control, watch him become a god. Just like the Pied Piper led rats through the streets, we dance like marionettes, swaying to the Symphony of Destruction



La porte clandestine du Little Darlings fut presque arrachée de ses gonds par l'employé sur lequel Isak déversait son agitation. Il lui souffla l'adresse à laquelle il se rendait dans la précipitation, ordonnant à son sbire de l'y rejoindre dans les heures à venir avec une personne à laquelle le mafieux n'aurait jamais pensée. Et pourtant, en cette dernière, il plaçait un espoir né du désespoir. La magicien était prêt à lui confier sa précieuse soeur, à lui déléguer son rôle de protecteur auquel il avait failli. Pour son bien. C'était ce qu'il s'était répété à maintes reprise avant d'oser formuler son souhait et d'envoyer son personnel quérir la connaissance qui l'intéressait, en plein milieu de la nuit. Le junkie n'aurait jamais le courage de le faire lui-même, bien trop conscient qu'il reculerait, qu'il n'aurait pas la force nécessaire pour un acte si désintéressé et courageux, également un peu fou et surprenant. C'était maintenant ou jamais, il le savait. L'aîné devait éloigner la benjamine, si par miracle elle survivait à cette nuit. Il fallait la préserver et, si elle demeurait à ses côtés, cette nécessité ne serait jamais atteinte. Le sorcier allait remettre ce qu'il avait de plus cher entre des mains qui ne lui appartenaient pas et pour lesquelles il n'avait pas d'estime. Mais, de la considération, il n'en avait pour personne. La menace fusa donc, acide, sifflée entre sa mâchoire serrée « Et dis bien à cette ordure de Niklas que si jamais il lui fait le moindre mal, c'est un homme mort ». Le subalterne s'en alla prévenir Ivanov, l'adversaire tant haï qu'il avait envoyé derrière les barreaux par le biais d'une ruse ignoble, dont il avait anéanti l'ego et la réputation, du drame qui s'était produit ce soir. Le prier de prendre sous son aile celle que le grand Eriksson lui avait pourtant interdit d'approcher, au risque de s'y consumer les plumes. Il en coûtait au fou d'en arriver à une telle extrémité, mais il ravalait sa propre fierté, cette angoisse pesante de voir sa soeur définitivement s'éloigner de lui, de choir dans une solitude oppressante. Revirement de situation impensable, parce que la tragédie à laquelle s'était livrée la créature imposait que les choses évoluent enfin. C'était si soudain... Le gérant du club rentrerait sans son associée au Little Darlings.

Cette nuit, pour une raison qu'il n'expliquait pas, peut-être parce qu'il l'avait trop poussée à bout - certainement même - elle s'était poignardée. Ouvert le ventre dans un geste dément et désespéré avec un couteau de cuisine alors que son frère n'était plus capable du moindre soupçon de magie pour la sauver. Elle avait tenté de se suicider, d'une manière tellement inattendue, quand elle avait blâmé son créateur pour cette même faute. Un méfait qui méritait à peine le pardon, qu'il avait commis il y avait bien longtemps et qui avait plongé la mafieuse dans la souffrance. Sans doute se vengeait-elle aussi de cette douleur qu'il lui avait causée en l'y confrontant à son tour. Comment savoir, quand la seule qui pouvait lui apporter les réponses effleurait la faucheuse du bout des doigts.

Dans les bras du drogué, la métamorphe était ensanglantée, inconsciente, l'âme oscillant entre la vie et la mort. Il sentait la chaleur du liquide poisseux se répandre contre son torse, accélérait le pas à chaque goutte de sang qui s'écrasait sur les pavés de la Nouvelle-Orléans, déboussolé. Cette ville sous le joug de la milice, il la traversait sans se soucier des ombres enfantées par la nuit, alors qu'elles pouvaient appartenir à l'uniforme qui briserait son élan et condamnerait leur lignée. Le mage traçait son chemin en direction du quartier Français sans ralentir sa course malgré la fatigue et le souffle court, malgré sa propre hémoglobine qui tâchait sa tempe suite un vilain coup de cross, son corps tremblant sous les effets d'un manque qui se faisait déjà ressentir. La lucidité était chère payée mais nécessaire. Son coeur cognait tel un forcené dans sa cage thoracique malmenée, s'emplissait de tortures et de culpabilité, d'une peur insoutenable pour la tailladée. Et si elle ne s'en sortait pas ? Lui non plus. Il galopa plus vite encore, jusqu'au seuil de ses propres limites, jusqu'à largement les dépasser. Jusqu'à ce que seule l'adrénaline ne puisse encore le porter sur le chemin qui menait à son ancien compagnon des Enfers.

Les rues avaient laissé leurs chances aux malheureux, se révélant désertes et rapidement parcourues. La porte de Noah se dressait presque miraculeusement devant lui, le nom du psychiatre avait été l'unique qui l'avait heurté lorsque le drame s'était joué. Le patron de la Niflheim avait beau être entouré d'une clique importante, il était pourtant seul à piétiner le chemin du chaos que la folie de la benjamine l'avait contraint d'emprunter. Autour de lui, personne n'avait été capable de l'aider, aucun sorcier, aucun véritable allié sur qui compter. Il avait répandu les graines de la violence et de la vilenie, ne récoltait que le fruit de ce labeur méprisable. Ne pouvait compter que sur un homme qu'il avait, sans explication aucune, après une longue période de bonne entente, tenté d'éviter. Pour ne pas se confronter à l'innocence de son passé. Pour ne plus ressentir et culpabiliser, oublier cette humanité qu'il avait auparavant recherchée à son contact parce qu'il avait cru qu'elle l'aiderait à se sentir mieux, qui l'avait finalement d'avantage brisé sur l'armure sans faille du monstre qu'il était devenu. L'italien était ce qui ressemblait pourtant le plus à un ami, à priori. Le mafieux ne possédait plus le moindre discernement, ne reconnaissait plus celui qui lui voulait du bien de l'ennemi. Les temps avaient changé et laissé germer le doute dans son esprit déjà bien atteint. Il fut une époque où il avait mêlé Noah à l'amitié, ce dernier était même devenu un temps le pilier de sa survie, la bouée de sauvetage à laquelle les dernières bribes de ce qu'il était avant de sombrer s'étaient raccrochées. Aujourd'hui, qui était-il ? Si ce n'était un mage duquel il s'éloignait au fur et à mesure que ses démons se rapprochaient, que sa décadence progressait. Un souvenir qui lui rappelait ce qu'il avait perdu. Un client, qui avait enchevêtré l'intime au professionnalisme. Voilà de très longues semaines - des mois peut-être, il n'avait plus un soupçon de notion - qu'il n'avait plus eu à faire à lui tellement la crainte d'affronter son humanité l'avait étranglée - son havre de paix s'était mué en cauchemar -, et le camé allait débarquer à une heure tardive, dans un état lamentable, avec une femme dans une situation encore plus pitoyable, pour lui demander un service. Et quel service, quand celui-ci mettait en jeu une vie.

Pourtant, ce fut sans la moindre hésitation que son épaule appuya à plusieurs reprises contre la sonnette, jusqu'à ce que des bruits de pas à l'intérieur de l'appartement lui fassent cesser sa mélodie dérangeante. Il déposa le corps inerte contre le mur qui jouxtait la porte, ne parvenant plus à en supporter le poids, puis osa contempler sa condition. Noir de suie suite à l'incendie qu'il avait provoqué dans la soirée, rouge de sang, totalement imbibé de fluide d'une vie fuyante. Son regard teinté de fatigue, encore légèrement dilaté malgré sa conscience toute retrouvée, cerné, méconnaissable, se pétrifia à la vision du sang qui recouvrait ses bras, ses mains, ses vêtements. Ce n'était pas tant la vue du liquide qui le perturba - il était accoutumé depuis longtemps - mais la quantité quand il savait qu'il appartenait à son amour fraternel. Qu'il était responsable de son échappée, responsable de ne pas être parvenu à la contenir parce qu'il avait tari inutilement toute son énergie, parce que les substances qui coulaient dans ses veines maladives l'empêchaient d'en jouir pleinement.

La frontière qui le séparait du magicien à qui il allait quémander l'utilisation de ses dons de guérisseur s'ouvrit, néanmoins le mafioso ne parvint pas à s'arracher aussitôt au sinistre spectacle qu'il représentait. Absorbé par toute cette hémoglobine qui dissimulait presque la couleur de sa peau, choqué, il l'observait en priant pour que tout ça n'ait été qu'un terrible songe, de simples et macabres illusions. Si seulement... Il ferma les yeux quelques secondes, souffla silencieusement pour calmer sa respiration qui s'affolait, puis ancra ses prunelles désorientées dans celles de Meadow. « Aide moi ». Sauve la. Sauve les. Supplique presque chuchotée dans les couloirs d'un immeuble qu'il n'avait plus foulé depuis trop longtemps. Sous les yeux saisissants et teintés de couleur chaude de Noah, Isak se sentait si misérable, si minuscule, si honteux. Faible. Coupable. Monstrueux. Egaré. Aucune pudeur pourtant, car l'homme du sud était l'un des rares qu'il autorisait à constater sa vulnérabilité, parce qu'il avait vu tout ce qu'il y avait à voir en lui dans les Ténèbres qu'ils avaient endurées.

Ne pouvant pas plus soutenir ce regard, il glissa ses rétines vers Solveig sans parvenir à esquisser le moindre geste, sans savoir si elle avait survécu au périple. Il n'avait pas osé écouter les battements trop lents de son coeur menacé, de peur de constater que tout s'était définitivement arrêté. Le mafieux ne pouvait que prier un dieu en lequel il n'avait jamais cru de l'épargner, espérer que Noah lui annonce que rien n'était encore perdu, que tout restait encore possible. Qu'ils auraient, tous deux, une nouvelle chance de se reconstruire après cet événement tragique. Que le psy la leur offrirait.
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MASTER OF ILLUSIONS

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MessageSujet: Re: Architect of Destruction, ft Noah   Lun 17 Avr - 1:45


Ramassé dans son fauteuil, son bureau plongé dans le noir, il observait. Sa respiration était longue, profonde, pour calmer les battements frénétiques de son propre coeur. Une sensation gênante, obsédante, creusait son abdomen. L'annonce que quelque chose de mal était en train de se produire. Sur le point de se produire. Machinalement, ses grands yeux verts avaient glissé le long du tapis, guettant les quelques traces sombres qu'il n'avait pas réussi à enlever de ses franges. Des tâches qui il rappelaient violemment la faiblesse humaine. La faiblesse du corps. Celle du coeur. Son coeur émit une nouvelle salve de battements, violente, erratique. Un rythme au tempo sans linéarité, sans logique. Parce que s'il avait épongé son plancher ancien une nouvelle fois, ça ne faisait pas si longtemps qu'ils avaient été allongés là. L'odeur du sang, constante, toute autour d'eux. Sur, contre, en eux. Une odeur dont il n'arrivait pas à se débarrasser, même si le temps avait emporté les journées et la brutalité de ces souvenirs.

Ramassé dans son fauteuil, il tendit la main pour attraper le verre à pied qui reposait sur le guéridon, tout contre son siège. Le vin blanc tourna sur son impulsion, réverbérant la lumière blafarde que les lampadaires de la rue diffusaient en continue dans la rue. Les tourbillons du vin, les tourbillons du sang. Le tourbillon de la vie. La douce amertume du breuvage sur son palais qui rappelait que dans ce monde, même avec des siècles d'existence, l'Humain avait toujours le don de vous surprendre. On n'apprenait jamais réellement de ses erreurs. Et Cassidy avait été une erreur, une erreur grossière, phénoménale, dont il commençait tout juste à évaluer la portée. Comme quoi, il avait beau avoir vécu, l'Humain le surprendrait toujours. Sa propre Humanité le surprendrait toujours.
Il n'y avait rien, ni personne, ce soir-là. Rien d'autre que son verre de vin, la pénombre et le silence. Un silence appréciable avec la cohue habituelle qui régnait sur l'Adventist Hospital. Des masses de vies qui s'entrechoquaient dans un chahut de cris et de couleurs, incessamment, surtout depuis la dernière annonce Gouvernementale. La pénurie. Un concept qui faisait aussi bien rire que grincer des dents. Parce qu'il se doutait bien que vu le faste dans lequel chacun vivait, malgré la fin du Monde, le Gouvernement ne pouvait pas ne pas avoir pensé à ce type de détail. Liam ne lui en avait jamais parlé. Adriana non plus. C'était donc impossible. Aussi simple que ça. Un nouveau leurre. Un énième leurre.
Un soupir franchit ses lèvres alors qu'il dégustait son verre, profitant du calme, malgré la sensation croissante dans son abdomen. Ce pressentiment qui ne le lâchait pas et ne cessait de grandir, encore et encore. Il allait se passer quelque chose prochainement, Noah en était plus que certain. Il ne l'avait pas vu, mais il le sentait, aussi sûrement que les grenouilles pressentent les fluctuations de l'humidité dans l'air. Mais qu'importait ? Tant que ça ne le concernait pas directement, il n'avait aucune raison de s'en préoccuper.

Erreur. La sonnette de son appartement résonna, tonitruante, déchirant silence et calme. Les Trompettes de Jericho n'auraient su se faire plus insistantes. Roulant des yeux, le sorcier lâcha un juron. Jeta un coup d'oeil mélancolique à son verre de vin blanc, espérant qu'il ne s'agisse que d'une erreur. D'un poivrot qui se serait planté de sonnette en essayant de contacter un voisin. Mais la sonnette retentit de nouveau, pressante, et bel et bien chez lui. Et son estomac de se creuser un peu plus.
Se résignant à obtempérer, il posa son verre à sa place, sur le guéridon, avant de se déplier. De s'étirer longuement, ses muscles engourdis par la position. De faire craquer sa nuque, pour se délester de l'endormissement latent de ses membres. Pour délocaliser la douleur. La sonnette tonna une nouvelle fois, le rappelant à l'ordre. Et le sorcier poussa un juron en retour, passablement agacé par ces fouteurs d'emmerdes qui ne voulaient pas le laisser tranquille pour une fois.

Les escaliers franchis quatre à quatre, il rejoint la porte d'entrée qu'il ouvrit prestement. Derrière elle, un spectre. Son lot depuis quelques mois. Isak Eriksson. Il n'avait plus revu le sorcier depuis des mois, peut-être des années, s'occupant de leur petit arrangement sous cape, passant par l'intermédiaire des sbires du Nordique. Ce dernier quant à lui n'avait plus jamais mis le pied dans son bureau. Plus jamais donné signe de vie, au point que Noah s'était innocemment attendu à ce qu'il soit mort un beau jour d'Hiver, une seringue dans le bras. Mais non, il était toujours vivant. Bien que, considérant la tête qu'il tirait, ça ne tenait certainement pas à grand chose pour qu'il casse sa pipe.
Circonspect, l'aîné avait observé le plus jeune d'un bref coup d'oeil. Outre son air hagard, son regard fou et ses pupilles dilatées, Isak était couvert de sang. Noah avait plissé le nez. Encore, encore du sang. Du sang par litres, du sang frais, qui s'étalait partout sur son corps. Jusqu'à ses joues pâles.

-Qu'est-ce que...

Il n'eut pas le temps de demander d'avantage que le regard d'Isak s'était porté sur une silhouette, au pied de son bâtiment. La forme ramassée d'une jeune femme, clairement inconsciente, clairement la propriétaire de tout le sang qu'il avait aperçu sur son congénère. Nouvelle grimace de dégoût de Noah. Nouvelle torsion de son estomac.
La supplique de son ami claqua dans l'air, le ramenant à l'urgence de la situation. Aide-moi. Isak Eriksson était de ceux qui avaient, depuis toujours, eu besoin d'aide. Isak Eriksson avait besoin qu'on l'aide depuis des siècles. Depuis l'époque même d'avant sa mort, depuis sa création même. Jetant un bref coup d'oeil à son "ami", le sorcier s'accroupit à côté de la moribonde. Pressa ses doigts le long de sa carotide, à la recherche d'un pouls. Un électrochoc sous leur pulpe alors qu'il frôlait son aura. La demoiselle n'était pas humaine. Il ne la connaissait pas, elle, mais elle devait être suffisamment importante pour qu'il traverse la ville à la recherche du psychiatre, son paquet dans les bras. Paquet qui souillait le parvis de son immeuble, accompagné par son propriétaire qui allait et venait comme un tigre en cage, le tout associé au psychiatre. Sa réputation allait en pâtir, si on l'apercevait sur cette scène. La mâchoire serrée, Noah se redressa et poussa la porte d'entrée pour dégager le passage à son ami.

-Premier étage, je passe devant pour t'ouvrir le chemin.

Non, il n'en avait pas envie. Et non, il n'avait pas non plus le choix. Isak était son ami, par le temps. Un allié dont l'aide lui avait permis de subir Darkness Falls avec plus de facilités. Un argument suffisant pour lui permettre de se faufiler à travers les couloirs de l'immeuble, jusqu'à son appartement. A pas vifs, le psychiatre avait ouvert la route, les portes, les lumières, pour lui faciliter le travail. Rapidement, il l'entraîna à sa suite dans la cuisine, son esprit pragmatique l'empêchant de la laisser se vider de son sang sur son plancher ancien. D'autant qu'au vu de la quantité qu'elle avait déjà perdue, il aurait besoin de préparer quelques onguents pour s'assurer de sa survie.
D'un mouvement bref de la main, il indiqua la table pour qu'Isak y dépose la jeune femme, avant de revenir sur leurs pas et s'assurer que personne ne les ait suivi. Que personne ne les ait vus. Conforté dans l'illusion qu'ils étaient tranquilles, Noah referma toutes les portes et rejoint son ancien ami. La situation était grave. Sa voix le fut tout autant.

-Il y a une petite bourse en satin, sur mon bureau. Ramène-la moi, je te prie.

Remontant ses manches, le sorcier n'attendit pas l'approbation de son assistant improvisé pour attraper ses ciseaux de cuisine et se rapprocher de la moribonde. Sa toile cirée allait en prendre pour son grade, mais au moins son plancher était sauf. Et il avait besoin d'examiner la plaie avant de se lancer. Le sang avait collé les tissus entre eux en commençant à coaguler aussi tailla-t-il dans le vif sans réellement se poser de questions, jusqu'à dévoiler une coupure profonde au niveau de l'abdomen. L'écoeurement se manifesta dans un grognement.

-Ramène-moi le verre de vin à côté du fauteuil, et la bouteille, aussi !

Le contenu de la bourse était pour elle. Le vin était pour lui. Éventuellement pour Isak aussi, bien qu'il doutât qu'il fut vraiment nécessaire ou adéquat vu les circonstances. Peu importait, de toutes façons, sa soirée était déjà gâchée. Il s'occupa de nettoyer la plaie pour mieux la révéler en attendant que revienne son assistant. Assistant des mains duquel il arracha la petite bourse de satin. Plongeant sa main souillée dans les plis du tissu, il en tira une poudre brunâtre, très fine, qu'il souffla sur le visage de la blessée. La substance s'infiltra dans ses narines, sous son inspiration. Sans adresser un regard à Isak, il expliqua rapidement :

-Poudre d'endormissement. Je ne veux pas qu'elle se réveille alors que je fais ceci...

Joignant le geste à la parole, il tâtonna les alentours de la plaie avant de glisser ses doigts entre ses lèvres, les plongeant aussi profondément qu'allait la blessure. Evaluer l'intensité des dégâts était une nécessité absolue. Sous ses doigts, il pouvait sentir les chairs de la jeune femme tenter faiblement de se reformer. Elle n'était donc véritablement pas humaine.
La blessure, en revanche, était bien plus profonde qu'il ne l'avait supposé. Il ne serait pas capable de tout guérir en une seule fois, et allait effectivement avoir besoin de faire un peu de cuisine supplémentaire. A moins que...

-Quelles sont tes capacités en confection de potions, Isak ?

L'autre était bien trop paniqué pour que Noah lui annonce directement qu'il n'allait pas pouvoir tout guérir d'une traite. Bien trop paniqué, bien trop soumis aux pulsions contraires des drogues qui semblaient filer dans ses veines, au vu de ses pupilles dilatées. Alors son ton s'était voulu rassurant. Ferme, mais rassurant.
Le regard tourné vers son ami, il s'était penché au-dessus des lèvres de la jeune femme, écoutant distraitement sa respiration. Elle était faible, mais régulière, assoupie qu'elle l'était par la poudre d'endormissement. Le visage toujours penché vers elle, il posa sa paume à plat sur la blessure et ferma les yeux. Commença à canaliser son énergie, la sentant filer par vagues chaudes dans ses veines jusqu'au bout de ses doigts. Une douce chaleur irradia progressivement sa main, alors qu'il commençait le processus de guérison. Avant que ses paupières ne s'ouvrent de nouveau sur Isak, son regard rendu perçant, des siècles de puissance luisant au fond de ses iris verts.

-Que s'est-il passé, Isak ? Et qui est-elle ?

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"In the end, we all are broken souls with a past we’ve survived, a story to tell, and the desperate hope that someone will listen" Z. Polinsky x


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MessageSujet: Re: Architect of Destruction, ft Noah   Mar 18 Avr - 17:04



Symphony Of Destruction
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Le sorcier s’abandonna au soulagement lorsque l’italien l’invita à entrer, confirmant l’espoir de voir la vie perdurer en la jeune femme, l’espoir que le psychiatre l’aiderait à y parvenir. Sans perdre de temps, l'inconsciente fut arrachée du sol avec douceur puis, dans les pas de Noah, conduite jusqu'à la tanière du mage, déposée avec délicatesse sur une table de cuisine de laquelle, déjà, le sang perlait le long de la toile qui protégeait le bois. Hémorragie toujours non endiguée qui lui arracha un regard alarmé. Isak avait confiance en les capacités de cet homme aux talents multiples forgés par l'expérience, mais il n'était pas aveugle pour autant. Conscient de l'état de Solveig, il se préparait au pire des scénarios tout en sachant qu'il ne serait pourtant jamais prêt à l'encaisser. Pendant que la silhouette du sauveur se coulait hors de sa vue, le mafieux se pencha sur sa soeur, ses doigts tremblants se nichant un instant dans la chevelure poisseuse féminine. Prière silencieuse pour la survie de celle qui ne méritait pas ce sort qu’elle s’était offert - ou qu’il l’avait contrainte à embrasser, il ne démêlait toujours pas cette terrible soirée -.
Le ton employé par son ancien compagnon de route l’arracha de son égarement presque trop brusquement, le dealer se redressa d’un geste prompt, s’écarta du corps agonisant et posa son oeillade décontenancée sur l’homme qui s’attela sans plus attendre à la dure tâche qui l’attendait. Les mouvements étaient sereins, aguerris, dévoilaient une bien triste accoutumance, une sombre routine dans un monde où le sang coulait beaucoup trop souvent.

Le drogué se précipita vers les objets désirés d’un pas rapide, sans s'attarder sur le décor particulier. Celui qui avait pour habitude de mener les hommes à la baguette, de plier tous ceux qui l'entouraient à ses caprices et à sa redoutable colère se soumettait sans réfléchir à la volonté du médecin des âmes, lui ramenant sans moufeter la petite bourse satinée, le verre que la précipitation priva du reste de son contenu sur le plancher et la bouteille d’alcool léger, le tout d’une seule traite. Roi de l'univers qu'il s'était créé qui se glissait, dans l'urgence, dans la peau de l'assistant dévoué sans sourciller, qui s'en remettait totalement au maître des lieux sans oser broncher.
De retour près du psy, le satin lui fut hâtivement retiré des doigts, le reste déposé tout près du guérisseur avant que le junkie ne se rapproche de sa patiente saupoudrée de substance anesthésique. Ses oreilles entendaient les paroles explicatives du docteur sans vraiment les écouter. La plaie focalisait déjà toute son attention. Ses yeux azurés se peignaient de couleurs sombres pendant qu'ils observaient avec horreur les chairs tailladées. Cette main si sûre d'elle plonger dans les entrailles de sa cadette pour évaluer les dégâts qu'elle s'était infligée. Immobile, Isak contempla la scène d'un air livide, le coeur dévoré par cette attente insoutenable de diagnostic qui ne vint pourtant pas. Bien que la question lui brûlait les lèvres, ces dernières restèrent scellés. Trop apeuré à l'idée d'être confronté à la gravité d'un état qu'il savait déjà critique, il accepta simplement de se laisser ronger par cette tension, ne demanda pas plus de détails concernant sa condition. Apprécia tout autant qu'il détesta ce silence que son ami d'une autre époque décida d'imposer à ce sujet. Ne rien savoir, ou du moins faire comme si, était peut-être préférable. Il s'y résolu donc, se heurta à une patience fébrile et étrangère qu'il supplia de ne pas se briser lamentablement sur la solide écaille de son impatience légendaire. Pria pour que les non-dits du bienfaiteur ne soient pas l'annonce d'un augure plus mauvais qu'il ne le pensait.

Le mafioso recula de quelques pas, assommé par la vue sanglante de sa créature et par la question soudaine de l'italien. L'homme diabolique qu'Eriksson était devenu s'était d'avantage exercé à la confection de nectars visant à oeuvrer pour le malheur du peuple plutôt que son salut. Il comptait bien plus sur ses dons de sorcellerie pure pour régénérer les corps abîmés que sur les potions de guérison. Sans compter qu'il y avait bien longtemps qu'il avait délaissé toute cette pratique au profit de celle qui servait d'avantage ses intérêts, comme son talent d'illusionniste hors pair qui contraignait les plus faibles à subir ses vices, ses désirs et, le plus souvent, son courroux. Dernièrement il y avait eu Eamon qu'il avait forcé de cette manière à se droguer, alors que son unique envie était, pour le bien de sa progéniture, de rester clean. Moïra qu'il avait faite s'agenouiller sous le poids d'une douleur imaginée. Puis Solveig, sa propre soeur, celle qu'il s'était juré de protéger du mal qui gangrenait le monde, alors que le pire d'entre eux s'avérait finalement n'être que lui-même.
Le vil personnage avait les bases et les souvenirs d'une magie blanche que ses démons avaient laissé filer, mais il doutait de sa capacité à s'y replonger, surtout lorsque ses doigts dont il fallait user avec dextérité ne cessaient plus de trembler. Les dernières substances ingérées s'épuisaient trop rapidement dans ses veines qui en redemandaient. Sa concentration était trop incertaine. Frustré et impuissant, l'ego totalement déchiré et mis lamentablement à vif, il laissa Noah contempler ses mains agitées en les plaçant devant lui, planta son regard empli de haine pour ses propres faiblesses dans celui du vis-à-vis. Son timbre douceâtre, qui rappelait le jeune homme innocent qu'il avait été mais contrastait de manière si surprenante avec le ténébreux qu'il était devenu, mit enfin un point final à son mutisme, succinctement. « Tout de suite, catastrophiques ». Contraint de se reposer entièrement sur les épaules d'une autre personne que sa soeur, il se détourna du visage de Noah, peu désireux de voir ses émeraudes éclairées par la lueur d'un jugement quelconque, il se sentait déjà bien trop pitoyable. Et, se dévoiler ainsi, n'était pas vraiment chose facile quand il avait fini par atteindre le sommet d'une hiérarchie que la peur qu'il inspirait maintenait fermement en place. Il était maintenant l'homme qu'on craignait, plus le petit garçon qu'on regardait avec pitié dans les dédales de son village. Pourtant, depuis son retour de Darkness Falls, le contrôle ne lui avait encore jamais à ce point échappé.

La question qui s'ensuivit ne l'aida pas à reprendre contenance, mais l'en priva plus encore. Elle tomba comme le couperet sur la tête du coupable. Ses prunelles se mirent à fixer le sol, vagues et égarées. Que pouvait-il répondre au psychiatre ? Ce qu'il s'était passé, il n'en savait rien lui-même. Les souvenirs confus d'une soirée démente se mêlaient à l'incompréhension du geste de la changeuse. Les derniers événements étaient un puzzle tragique et sanglant, les pièces étaient tellement éparpillées qu'il lui semblait qu'il serait impossible de parvenir à toutes les rassembler. De toutes manières, peu importait le plus gros des détails quand les dévoiler ne changerait rien à la finalité. Ce coup de couteau serait un acte ineffaçable qui nourrirait longtemps de graves séquelles, engendrerait des conséquences lourdes et inattendues. Ce soir, la benjamine avait très certainement donné un tout nouveau tournant à leurs vies dépravées, et à leur relation malsaine qui ne serait peut-être plus jamais la même, en espérant qu'elle n'irait pas de mal en pis. Ce qui l'avait poussée à cette folie était encore un mystère.
Ses mains se joignirent l'une à l'autre, paume contre paume qu'il amena tout près de sa figure teintée de rouge, teintée de noir. Le bout de ses doigts épousant ses lèvres dans un instant d'intense réflexion, le camé cherchait laborieusement ses mots, n'osait pas croiser la silhouette du guérisseur à qui il aurait aimé rétorquer qu'il était trop curieux quand sa curiosité était pourtant amplement justifiée et méritait d'être satisfaite. Isak ne s'en sortirait pas avec des courbettes, ni avec la proclamation du droit que détenait sa vie de demeurer privée - ce droit il l'avait perdu lorsqu'il avait décidé de quémander l'aide du docteur -. Quant au comportement qu'il adoptait habituellement et qui empêchait d'ordinaire quiconque de se permettre de le questionner sur ses agissements et ceux de sa précieuse métamorphe, en ces lieux, en cette présence, il n'existait plus. Alors, forcé par les circonstances et la puissance qui émanait de ce regard presque impérieux qu'il sentait peser sur lui, le mafieux lui livra quelques confidences. « C'est ma soeur ». Il n'y avait rien à ajouter, l'italien connaissait son histoire. Il enchaîna donc, avec accablement. « J'ai fini par aller trop loin et je l'ai poussée à bout ». Il s'approcha de la table, se dressa à nouveau devant le corps inerte. « Elle s'est infligée ça elle-même, j'ai l'impression qu'on se passe le tour dans cette famille » lâcha t-il avec un profond cynisme en repensant à son suicide, ce qui l'avait conduit tout droit dans les bras de Lucifer, puis dans ceux de Noah. « Mais c'est comme si c'était moi qui avais tenu le couteau ». L'image était à peine exagérée. Il avait été la main invisible sur le manche qui avait dirigé le tranchant au coeur des entrailles de la jeune femme.

Sa paume glissa jusqu'au visage blafard de Solveig, s'arrêta quelques secondes sur le plat de sa joue trop froide avant d'agripper le rebord de la grande table. Sans regarder l'homme à ses côtés, il l'informa de ce qui allait suivre, sur un ton cette fois détaché, emprunt de lassitude. Le dealer cessait simplement le combat. « Un certain Niklas Ivanov va venir la chercher à ton cabinet dans les heures à venir, accompagné d'un de mes hommes. Je n'aurai pas le courage de la lui remettre moi-même alors... ». Phrase qui resta en suspens pendant qu'une autre s'annonçait, toujours sans guère de nuance dans son grain de voix désarmé. « Fais simplement ton maximum, il prendra le relais ». La prise sur le meuble devint plus ferme, les phalanges blanchirent. L'impulsif se contenait. Le sacrifice qu'il s'apprêtait à faire pour le bien de sa cadette était une véritable épreuve. Puis, dans un souffle, la fermeté tantôt oubliée refit surface et claqua dans l'air pendant qu'il se tournait vers Meadow. « S'il te plaît, sauve la, je saurai payer ma dette ». Le roi de la Niflheim était, pour la première fois depuis la création de son royaume, redevable. A ses yeux il s'agissait d'un privilège quand on savait ce que lui, son petit bijou de chimiste ou son réseau de connaissances mafieuses avaient à offrir. Comme si l'ancien compagnon de route avait besoin de motivation nécessaire pour faire tout son possible afin de sauvegarder la cadette. Comme si la confiance qu'ils avaient pu placer l'un en l'autre s'était étiolée à mesure que les souvenirs étaient devenus de plus en plus lointains. Leur passé commun, à son sens, ne devait déjà plus suffire .
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MessageSujet: Re: Architect of Destruction, ft Noah   Jeu 27 Avr - 2:49


Il pouvait sentir les filaments de magie s'échapper de la pulpe de ses doigts, fermement enfoncés, profondément, dans la plaie de la jeune femme. Pouvait sentir les chairs se reformer, lentement, annonciatrices d'une soirée qui serait très probablement dramatiquement longue. La blessée n'avait plus suffisamment d'énergie pour se régénérer toute seule, et voir Isak céder à la panique juste à côté de lui était suffisamment stressant pour que Noah ne se sente pas particulièrement assisté. Mais, quand bien même il haïssait les situations imprévues, il pouvait comprendre l'état d'esprit de celui qui avait été un allié précieux lors de temps bien plus troubles que l'instant présent. Pour autant, sa soirée était gâchée. Bien et bien gâchée.
Ainsi, la pauvresse n'était autre que sa sœur. Un aveu concédé d'une voix grave, fuyante, lourde de sous-entendus. Isak n'en avait pas dit plus, et n'avait pas eu besoin de cela pour que Noah additionne deux et deux. C'était donc elle, la fameuse Solveig. Cette fille-monde autour de laquelle la vie d'Isak gravitait, lune satellite de son existence. Une relation morbide, obsédante, qui avait détruit le sorcier au point de l'envoyer à Darkness Falls. De manière dérobée, certes. Mais l'intention faisait prime sur le reste. Combien de fois Noah avait-il entendu ce prénom, de la bouche même du plus jeune, lorsqu'ils tentaient de survivre au Purgatoire ? Cette Solveig qui prenait autant qu'elle donnait. Cette Solveig dont le sorcier était si cruellement dépendant que se la voir enlever équivalait à lui arracher une partie de l'âme.

S'il comprenait la situation, s'il comprenait cette relation pour en expérimenter des similaires, il ne comprenait toutefois pas pourquoi Isak était venu le voir, lui. Leur relation n'était plus aussi fusionnelle qu'elle l'avait été à Darkness Falls, bien loin de là. Ils s'étaient perdus de vue, n'avaient plus conclu leurs arrangements que par le biais des gorilles du mafieux. Alors pourquoi lui, et pourquoi ce soir ? N'était-il pas assez puissant pour s'occuper lui-même de la convalescence de la jeune femme ? Les explications confuses de son comparses lui arrivèrent, éparpillées, floues, le poussant à froncer les sourcils. A retenir son geste, sans toutefois retirer ses doigts de la plaie, alors que son regard vert restait fixé sur celui, fuyant, d'Eriksson. Le ton affecté de son pair avait quelque chose d'excédant. De désagréable, sans qu'il ne parvienne à mettre le doigt dessus. Peut-être était-ce l'alcool. Peut-être était-ce la gêne, celle d'avoir vu une soirée somme toute parfaite voler en éclats. Mais, quelle que fut la raison, l'aîné ne put s'empêcher de pouffer devant tant de déchéance.

-Effectivement, la sur-exagération coule dans les veines de toute la famille, de ce que j'en saisis.

C'était comme s'il avait tenu lui-même le couteau. Ce qu'il ne fallait pas entendre. Certes, ils avaient été amis, par le passé. Mais si le Isak qu'il avait connu pouvait s'entendre, il se moquerait de cette pâle copie de lui-même qu'il avait en face de lui. Le désespoir magnifiait souvent ce type d'impressions. La culpabilité crue, vive, Noah la connaissait par coeur. Mais ce type d'atermoiements n'étaient pas sa tasse de thé. Tasse, verre. D'un mouvement leste, il attrapa son verre de vin de sa main libre pour siroter une gorgée du liquide, son regard railleur posé sur son acolyte. Un être misérable, un moins qu'homme. Voilà ce que la drogue avait fait de lui. Voilà ce qu'il avait désormais devant les yeux. Où était le survivant, où était le combattant qui, certes terrifié, n'en cessait pas pour autant de mordre ? Mais Isak avait cessé de le regarder. Isak s'était déplacé pour rejoindre le chevet de la blessée, aussi l'Italien s'écarta-t-il pour le laisser continuer. Son regard à lui, ces iris d'un vert luisant sous sa propre énergie contenue, scrutaient chacune de ses expressions. Chacun de ses gestes.
Son regard s'était fait prédateur, la victime présente dans cette cuisine ayant subitement changé d'identité.

Le nom d'Ivanov, une fois prononcé, resta en suspens dans la pièce. Fila en un murmure des lèvres ourlées de l'Italien, alors que son évocation rappelait un parfum fané de tentatives avortées. Qu'Isak connaisse le Porte-Parole n'était pas une surprise. Après tout, dans cet univers, tous les mafieux se connaissaient. Mais entendre son nom tomber aussi abruptement entre les murs de sa cuisine était une nouveauté. Un secret qui n'appartenait qu'à Noah seul, qui laissait sur ses lèvres un goût de tabac froid, l'odeur du sang frais dans ses narines et un frisson le long de son corps. Une maladresse. Une maladresse qu'il n'avait plus revue depuis longtemps, et dont il se demandait bien ce qu'elle avait à voir avec les Eriksson.

-Le crois-tu seulement capable d'un tel acte de générosité ? C'est de Niklas Ivanov que nous parlons. Et si j'ignore la teneur de vos relations, ou même de l'intérêt qu'aurait ta sœur pour cet homme, je crains qu'il ne franchisse pas le seuil de cet appartement. Pour des raisons indépendantes de ta volonté.

Sa voix s'était achevée sur un murmure, avant qu'il n'achève la fin de son verre sans en rajouter. Isak n'avait pas besoin de connaître les relations du psychiatre avec le Porte-Parole. Pas plus qu'il n'avait l'intention de lui en parler ouvertement, lui-même. Liam lui-même ignorait tout de ce qu'il s'était passé, lors de cette échappée nocturne avec Ivanov. Autant que cela reste en l'état. Une chimère de plus ajoutée à la galerie de portraits dans sa cage d'escalier. Sa galerie de visages. Sa Galerie de Mirages.
Un changement, dans l'attitude de son partenaire. Une forme de combativité qui était éteinte jusqu'à présente, alors qu'il continuait de s'exprimer. Qui gonflait son torse et ses paroles, les rendant plus impérieuses. Plus pressantes. La supplique d'Eriksson s'était transformée en injonction. La plainte s'était muée en ordre. Et les sourcils de l'Italien s'étaient arqués sous cette soudaine prise de pouvoir.
Ce qu'il ne réalisait pas, c'était qu'il n'était ni en position de vouloir, ni même d'exiger quoi que ce soit de la part de son aîné. Lorgnant le fond de son verre pour traquer une dernière goutte d'alcool, l'Italien leva le récipient avec paresse pour s'en délecter. Fit claquer sa langue en reposant ledit verre sur la table, juste à côté de la moribonde, avant de lever lentement son regard vers le plus jeune. Les iris clairs renvoyaient une expression de défi, glorieuse, orgueilleuse. Celle d'un homme qui s'octroyait un pouvoir qu'il n'avait désormais plus, plus depuis qu'il avait décidé de sonner chez le sorcier. Douce ironie. Mordante, sublime ironie, qui lui fit lâcher un éclat de rire mesquin, impossible à retenir plus longtemps.

-Te crois-tu sincèrement en position d'exiger quoi que ce soit de ma part, Isak Eriksson, ou es-tu naïf au point de croire sincèrement que je répondrai favorablement à tes injonctions ?

Un éclair malsain traversa ses prunelles, sur la fin de ses paroles, alors qu'il relevait fièrement la tête, toisant le plus jeune de toute sa hauteur. Alors qu'un rictus mauvais, sardonique, creusait toujours plus la commissure de ses lèvres. L'idiot.
Avec une lenteur féline, toute calculée, il ôta ses doigts de la plaie de la moribonde. Observa cette dernière alors que son souffle s'accélérait, et que la plaie, refermée par la pression de ses doigts, recommençait à se gorger de sang frais. Sa main souillée resta en suspens dans l'air, quelques gouttes carmines glissant le long de ses doigts, pour finalement s'écraser sur l'abdomen de Solveig. Puis, capricieux comme un chat, il décida de s'emparer de la bouteille de vin pour se servir un nouveau verre, souillant le verre poli sans le moindre scrupule. Sans un regard à Isak.

-La douce Solveig a gagné quelques précieuses minutes de vie supplémentaires, ce qui nous laisse le temps de nous consacrer aux négociations. Je serais très curieux de voir comment, exactement, tu comptes t'acquitter de ta dette.

S'adossant au rebord de la table, il avait croisé les bras, lorgnant tranquillement la robe dorée du breuvage qu'il faisait lentement tourner dans son verre. Une robe délectable, de la couleur de l'or qu'il ne comptait pas exiger d'Isak Eriksson. Peu lui importait la richesse, il la possédait déjà. Peu lui importait la gloire, il n'en avait que faire. Peu lui importait un statut, il le possédait et ne comptait pas s'en débarrasser. Alors que pouvait offrir un homme désespéré à un autre qui, en ce qui le concernait, possédait déjà tout ?
Une énigme qui illuminait son regard, alors qu'il le reposait finalement sur l'autre homme. Sur la réelle victime dans cette pièce. Solveig n'était finalement qu'un outil, qu'une excuse. Et la séance venait, elle, de débuter.

-Cette bouteille m'a été offerte en cadeau par un Ministre. Tirée tout droit de sa cave, en remerciement pour mes bons soins. Un millésime d'Italie, qui avait déjà une valeur inestimable quand ledit Ministre l'a acquise, soit bien avant l'Apocalypse. Bien avant la Prohibition. Chaque gorgée de ce breuvage, à présent, vaut bien plus que la vie de chacun des hommes qui travaillent sous tes ordres. Je suis donc extrêmement curieux de savoir ce que tu es prêt à m'offrir, pour que je sauve la douce et tant choyée Solveig.

Valait-elle plus, ou moins, que cette bouteille que Liam lui avait ramenée pour le remercier suite à l'expérience Mikkel Ievseï ? Une bouteille qui n'avait jamais eu autant de valeur qu'à présent, à présent qu'il avait un moyen d'en évaluer le prix et la saveur, maintenant qu'une femme était en train de mourir sur sa table. Sirotant une nouvelle gorgée du breuvage, il fit claquer une nouvelle fois sa langue. Darda un nouveau regard malicieux, feule, sur son cadet. Qu'il s'énerve. Qu'il menace. Qu'il persifle. S'il avait choisi de traverser toute la ville avec son paquet sur le dos, c'était qu'il n'avait pas le choix.
Qu'il n'était pas en position de force.

-"La gloire est le soleil des morts", Isak. Tu as peut-être oublié tes racines en te laissant aveugler par le stupre et la décadence, mais n'oublies jamais quelles sont les miennes.

Isak connaissait son histoire. Il connaissait les désillusions de ses Pères, connaissait le laïus que lui avait servi Alberigo pendant des années quant au fait qu'il soit l'engeance de Dieu lui-même. Un enfant élu pour régner, ce qu'il faisait à présent, dans le confort de sa modeste cuisine. Avec nonchalance, il glissa sa main libre le long de la joue de la moribonde. Effleura sa peau de la pulpe de ses doigts, avant d'attraper un couteau qui traînait sur la table pour observer la buée de sa respiration. Son souffle était court. Faible. Le sang avait recommencé à s'écouler le long de sa plaie, se déversant le long de son flanc pour s'écraser sur la nappe. Un sablier humain. Le tout sous le regard détaché de l'Italien.

-Sa vie t'échappe de nouveau. Et si tu es venu jusqu'ici, c'est que tu n'as aucun moyen de la sauver. Pas même par le biais d'une potion de soin. Tu n'as donc plus que moi, Isak. Moi, et cet ersatz déchu de toi-même que tu m'agites sous le nez comme un trophée alors qu'il n'est strictement d'aucun intérêt.

Une forme de résignation dans son ton las. Distraitement, il repoussa les mèches rousses de la jeune femme de son visage, révélant d'avantage ses traits creusés, et la blancheur morbide de sa peau. Il n'en avait que faire, d'elle. Elle n'était qu'un moyen d'accéder à sa souris.
Le silence s'installa dans la pièce, seulement coupé par le clapotis régulier du sang qui dévalait le flanc, bien trop pâle, de la moribonde. Un décompte macabre, alors que Noah se tournait vers sa proie pour mieux en savourer les expressions.


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MessageSujet: Re: Architect of Destruction, ft Noah   Ven 28 Avr - 11:25



Symphony Of Destruction
You take a mortal man and put him in control, watch him become a god. Just like the Pied Piper led rats through the streets, we dance like marionettes, swaying to the Symphony of Destruction



La critique fut cinglante et lui arracha un regard noir, qu’il détourna pourtant. La remarque le piquait au vif. Oh, qu’elle faisait mal et pourtant. Elle était tellement pertinente. Indéniable. Oui, son monde n’était plus façonné de nuances, mais d’extrémités qui ne lui réussissaient pas, et c’était un euphémisme. Isak s’était vautré dans une existence d’exagérations en tous genres qui le laissaient dériver vers une fin tout aussi exagérée. Une conclusion qu’il avait déjà expérimentée et qui l’avait, étrangement, conduit à son point de départ, comme une deuxième chance qu’il ne saisissait pas. Une nouvelle vie sur laquelle il crachait avec ingratitude et mépris, qu’il foutait en l’air avec une aisance dégradante. Le pêcheur aurait voulu dire à l’ancien prêtre à quel point il se sentait coupable de bafouer cette résurrection, de maudire ce miracle qui lui avait été offert et qu'il n'avait jamais considéré mériter. Néanmoins, rien n’était vrai, tout était illusoire. Le drogué en était venu à regretter les tourments de Darkness Falls, ceux là même qui l’avaient changé en l'ignominie qu’il était, ou du moins qu’il pensait responsables de ses tortures et de la dépendance qu’elles avaient générée. Il était bien trop difficile pour le mafieux de s’avouer que la Géhenne n’était qu’une excuse à sa folie, qu’il était le seul responsable de cet enfer qu’il s’était créé sur Terre. Qu’il s’était abandonné sur la voie de la facilité, de la lâcheté, qu’il avait laissé le mal soulager ses maux et lui faire oublier la culpabilité de ses échecs. Qu’il avait délibérément délaissé son humanité aux griffes des créatures de l’ombre, pour apaiser une souffrance qui continuait de lui coller à la peau aujourd’hui, bien qu’elle était quelque peu différente. Bien plus terrible finalement. Des excuses, des excuses, et encore des excuses. Incapable de s'affronter, tout comme il ne parvenait pas à faire face à Noah malgré la rage que ces mots avaient engendré dans ses veines déjà en feu. Un autre aurait subi la déferlante de sa colère. L'italien lui intimait la contenance. Le silence qu'il garda, simplement, en ravalant sa bile de frénésie.

Silence qu'il allait s'empresser de rompre lorsque le nom de son ennemi fut livré avec tant de  scepticisme et de... Le sorcier fut incapable de déchiffrer le ton et l'expression de son confrère, ne chercha pas, de toutes manières, à définir ce qui le liait à l'homme d'Etat. Meadow était un personnage complexe qui avait des relations toutes aussi complexes, avec des énergumènes qui l'étaient tout autant. La question au sujet d'Ivanov ne fut pas posée, parce qu'elle n'obtiendrait guère de réponse, bien que le sous-entendu si facilement lâché n'avait rien de rassurant. Néanmoins, la méfiance n'était déjà plus de mise, Isak avait pris sa décision. Il n'avait pas confiance en ce porte-parole, à priori tout comme le psychiatre, mais en ces temps bien troubles, il avait encore moins confiance en lui-même. Ce choix n'était pas le meilleur pour Solveig, il était le « moins pire ». La seule option qui se présentait à lui quand il se retrouvait sans plus aucune issue, acculé par ses propres démons, jusqu'à devoir se résoudre à plier l'échine devant celui pour qui il ressentait le plus de haine - hormis sa propre personne -. Déterminé, sa voix trahissait à peine son aversion lorsqu'il laissa la sincérité filer, sans l'agrémenter de détails. « J'ai parfaitement conscience de l'homme qu'il est et je ne comprends pas non plus l'intérêt que peut bien lui porter mon irraisonnée de soeur. Néanmoins, Niklas lui porte également beaucoup d'intérêt et c'est ce dernier qui me laisse penser que c'est la bonne décision. Il n'aura pas à en franchir le seuil, mon employé se chargera de la lui remettre ». Niklas aimait Solveig, sincèrement, c'était le seul fait dont il était certain à son sujet, le seul qui avait, en l'instant, son importance.

Puis le temps s'arrêta. Son souffle se suspendit dans cette atmosphère pleine d'une tension nouvelle. Les rôles s'inversèrent et le déstabilisèrent. La couronne du petit roi chuta à ses pieds dans un silence tempétueux. L'oeil devint mauvais, brilla d'une lueur de glace, puis de feu. Les couleurs se ravivèrent sur ce visage trop pâle qui plantait son regard acéré dans celui trop hautain de son aîné. Le junkie se sentait soudainement écrasé par la toute puissance du mage plusieurs fois centenaire qui transformait le lion redoutable en une gazelle vulnérable. Ce n'était pas cette supériorité exaspérante qui faisait monter la pression, mais son cruel manque d'alternative. Aucun autre choix que celui de la soumission ne s'adonnait à lui. Il ne possédait pas le moyen de contraindre son ancien ami, ne pouvait que plier l'échine au devant la volonté de celui qu'il était venu implorer s'il désirait sauver sa précieuse benjamine. Habitué depuis trop longtemps à se retrouver en position de force, adopter celle de la faiblesse était un acte qui lui en coûtait énormément, extrêmement dur à digérer. En une unique soirée, Isak avait l'impression d'être dépossédé de tout ce qui faisait de lui ce qu'il était aujourd'hui. D'être pillé. Rabaissé. Humilié. Menacé ! Et cette hostilité qu'il ressentait à son égard, sans être certain d'être réellement confronté à ce sentiment, ne parvint à lui dérober qu'un mutisme inquisiteur alors que tout son être avait le désir d'exploser au visage de l'impérieux. Il ne pouvait qu'attendre que se dessine la finalité de cet échange dont il n'avait jamais eu les rênes, au moyen d'une patience forcée. Se retrouver dans l'accoutrement du sbire, lui, celui qui d'ordinaire ordonnait au larbin la marche à suivre. Laisser Noah le traiter comme l'épave qu'il était, quand le chef de gang laissait son personnel admirer un navire de guerre contre lequel il ne serait que pure folie d'oser effleurer ne serait-ce que l'idée d'une mutinerie. Parce que l’homme du sud le connaissait, parce qu’il ne parviendrait pas à le tromper, la préservation de ses apparences n'était qu'une chimère.

Le flot du docteur ne cessait plus. Le magicien en perdition éprouvait de grandes difficultés à encaisser cette situation qui reculait toujours plus loin le seuil de son accalmie. L'italien prenait son temps, beaucoup trop de temps, tournait autour du pot comme ce vin si précieux ondulait dans le récipient cristallin, presque dédaigneux dans son habit si luxueux. Les doigts tremblants s'agrippaient plus fortement à la table de bois, seul rempart entre sa rage volcanique et celui qui la provoquait.
Les vérités continuèrent d'être concédées, lui égratignant l'âme déjà écorchée, délivrant de vive voix ce que le désespéré savait depuis longtemps mais qu'il refusait d'entendre de la bouche d'un autre que lui. Elles le heurtèrent à son passé oublié, brutalement. Le plongèrent dans des souvenirs douloureux et refoulés, éveillèrent des racines reniées dans sa mémoire morcelée. Des racines qui lui rappelaient la misère qui avait gouverné toute sa jeunesse, la pauvreté et la maladie. Ses combats et ses échecs. Son orgueil meurtrier. Puis son arrivée dans la forteresse du mal le plus ancestral, aux côtés des mages les plus noirs, les batailles qu'il avait livrées pour survivre à cet enfer. Son désir de vivre quand il était pourtant déjà mort. Son courage et sa ténacité, tout ce qu'il avait perdu depuis. Son humanité. Son identité.
Les ongles tentaient de pénétrer le bois à travers la nappe cirée, sous l'affluence de sa fureur que toute cette cascade d'émotions suscitait. Elle n'attisait que la honte et la souffrance de ses pertes, la répugnance de son propre reflet. C'était insupportable ! Son regard impétueux se détacha des prunelles trop sereines qui le jugeaient. Qui touchaient leur cible au coeur. Le coupable devint soudainement la victime. Le sauveur le bourreau qui le faisait ployer sous le poids de sa prééminence.

Trop las. Trop pressé. Eriksson n'avait pas la moindre envie de jouer, pas quand la vie de sa cadette était l'enjeu de cette partie que le maître des lieux avait lancée. Une femme qui ne devint plus qu'un lot avec lequel l'italien appâta le malheureux, risquant sans hésiter l'intégrité de celle qu'il ne fallait surtout pas toucher. Jamais. Solveig n'était pas jouet, ni un leurre. La tolérance précaire se brisa sous l'afflux de cette injure. S'en fut trop pour ce frère qui écarta violemment son hôte du chevet de l'agonisante. Sa main s'élança ensuite sur la bouteille si fastueuse dont l'autre avait fait l'étalage, dans l'unique but de lui faire entendre qu'il n'avait rien à lui offrir qu'il ne possédait déjà. Elle s'éclata sur le plancher. Le mafieux était face au mur. Cerné comme du petit gibier. Une proie, c'était ce que Meadow avait fait du grand créateur de la Niflheim, du petit voleur des ruelles qui avait cru pouvoir atteindre le sommet et y demeurer intouchable. Le monstre était métamorphosé en une vulgaire brebis égarée. En un homme désarmé qui n'avait plus que son indignation pour se défendre, alors qu'elle n'était même pas justifiée. Noah avait raison, et c'était cette réalité qui déclenchait la colère du plus jeune, plus que tout le reste. Il l'avait poussé dans ses retranchements. Piégé, l'animal avait réagi avec son instinct le plus primaire, il avait sorti machinalement ses griffes, pour le regretter ensuite. Sa position ne lui accordait pas le moindre soupçon d'emportement. L'incendie fut donc aussitôt contenu. Le regard azuré d'une froideur que l'ex acolyte n'avait encore jamais observé se figea avec assurance sur le sien. Le timbre était sévère, sans plus une seule note de pathétisme, au contraire. « Toujours tant de loquacité. Une expression parfaite, des mots choisis avec grand soin, un discours si bien mené. Toute cette scène jouée si finement pour m'amener là où tu le souhaites, calculateur que tu es, bien que je ne comprenne pas ce que tu peux bien vouloir de moi, puisqu'à priori je ne possède rien qui puisse intéresser un homme qui se vante d'avoir déjà tout. Et pourtant, tu souhaites bien quelque chose, tu ne te donnerais pas tant de peine si ce n'était pas le cas ». De cela, il en était persuadé. L'ancien compagnon avait une idée derrière la tête et le camé craignait grandement qu'elle ne lui plaise pas.

Le drogué vint s'appuyer contre le rebord du meuble tâché du sang de sa soeur à qui il tourna le dos. Vaine tentative de se glisser entre cette dernière et le docteur plein d'orgueil qui se jouait d'elle comme un chat de sa souris, alors qu'il attendait pourtant de lui qu'il lui redonne son souffle de vie. Tout était si confus dans l'esprit du dépendant qui ne parvenait plus à saisir les intentions de son interlocuteur. Ami ou ennemi ? Indiscernable. Troublé, mais résigné, il quémanda la conclusion sans ne plus attendre, le temps était compté. « Tu as raison, tu as toutes les cartes en mains et moi je n'en ai plus aucune, ô puissant sorcier qui peut se payer le luxe de soumettre les Eriksson à son caprice ». Une pointe d'acerbité qu'il ne put s'empêcher de laisser filer malgré sa vulnérabilité, avant de rependre, bien plus gravement, totalement vaincu. « Maintenant que tu as toute mon attention, si tu arrêtais de tergiverser, je suis persuadé que ton questionnement est rhétorique. Qu'attends-tu de moi, Noah ? Que peut attendre un homme qui a tout d'un autre qui n'a plus rien ? ». Peu importait de quoi il s'agissait, pour que sa cadette soit saine, il le lui céderait. Pour elle, il était prêt à tous les sacrifices. A toutes les folies.


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MessageSujet: Re: Architect of Destruction, ft Noah   Sam 6 Mai - 1:22


Une fraction de réponse, à l'évocation du Porte-Parole. Une fraction de réponse qui ne suffit qu'à peine à apaiser la curiosité dévorante du sorcier, mais dont il devait se satisfaire malgré tout. Manifestement, l'homme était capable de toutes les prouesses. Comme celle d'user de ses charmes gourds pour attirer tant la donzelle que le godelureau. Paradoxalement, Noah n'en avait pas été si étonné que ça. Après tout, l'homme exerçait une puissance suffisante sur le reste du monde pour le plier à sa volonté. Restait qu'au final, quand on s'amusait à lorgner la créature cachée derrière le masque, Ivanov n'était que ça. Une créature, un monstre à plusieurs têtes, plusieurs bras, plusieurs langues, qui prenait, pillait, léchait ce qui passait dans l'espoir d'en tirer une satisfaction infime. Avant de tout recracher plus loin, sans se préoccuper des conséquences. Une déception, que son ancien allié. Alors, entendre de la bouche d'Isak même qu'il ne franchirait de toutes façons pas le seuil de sa porte arrangeait le psychiatre. Il ne lui en aurait pas donné l'occasion.
En souvenir du bon vieux temps.

Mais le clou du spectacle n'était pas Ivanov. Ne l'avait jamais été. Non sans une forme de plaisir malsain, Noah avait tenté. Osé. Testé. Avait tâtonné au hasard pour voir où se trouverait le fameux nerf qui abattrait cette suffisance chez son ancien ami, juste pour voir s'il y survivrait. Peu importait son avis, en vérité. Peu importait la moribonde sur sa table, qui se vidait progressivement de son sang, son temps se raccourcissant inéluctablement. Ce n'était pas elle qui l'intéressait, elle n'était, au final, qu'une énième distraction pour se défaire du vrai problème. De sa véritable source d'amusement de la soirée.
Il avait cherché, et il avait commencé à trouver. S'il n'y avait aucun honneur à frapper un homme déjà à terre, il y avait toutefois une forme d'amusement indéniable. La psyché humaine avait cela de fascinant que plus l'illusion de grandeur était poussée chez le sujet, plus aisément il était facile de le déstabiliser. De fondre les pieds du colosse que faisait son égo en une mélasse difforme, pour mieux le voir s'effondrer. Et Noah était curieux. Curieux de voir comment Isak allait s'effondrer. Allait-il hurler ? Allait-il le frapper ? Allait-il s'offusquer et emporter son paquet, dans ses bras, vers un nouveau marchand de santé ? Allait-il ravaler sa fierté, ou au contraire se murer derrière cette dernière ? Tant de possibilités. Tant de possibilités et tellement de temps.
La réaction n'avait pas tardé à se dévoiler. Le visage pâle de son sujet s'était métamorphosé sous ses yeux, sautant d'une émotion à l'autre comme un jeune cabri de pierre en pierre. Un spectacle fascinant, que de voir cette lueur de douleur cachée sous tant de haine contenue. De le voir se retenir autant que possible malgré les attaques, malgré leur véracité. Il ne fallait pas être Einstein, ou psychiatre, pour comprendre l'état d'esprit d'Isak Eriksson. Il suffisait de l'observer, comme Noah le faisait présentement. Puis, sous l'impulsion des tâtonnements verbaux de Noah, quelque chose avait claqué dans l'air.
Un nerf s'était enfin rompu.

Trop las. Trop pressé. Noah avait vu le mouvement venir, alors qu'Isak s'était rapproché vivement vers lui. Soulevant son verre en équilibre pour n'en renverser aucune goutte, il épousa la direction de son coup et pivota sur ses appuis. S'était peut-être attendu à ce qu'il vise le visage plutôt que l'épaule, comme les junkies avaient plus ou moins tous tendance à faire. A bout de bras, son regard railleur croisant les prunelles irisées de colère d'Eriksson, il se laissa repousser et recula de lui-même, minimisant l'impact du coup au passage. Bien sûr. Il avait touché le nerf le plus important : Solveig. Quand bien même Isak faisait tout pour la protéger, il échouait systématiquement. Encore maintenant. Et pourtant. Pourtant il continuait encore de la défendre, se plaçant entre elle et son soigneur improvisé bourreau. Mais Noah, lui, ne lâchait pas son ancien compagnon des yeux. Et un sourire franc, profondément ravi, répondit à sa salve de paroles.

-Enfin une réaction positive ! Je commençais sincèrement à désespérer, avec tes atermoiements infinis !

La remarque aurait pu paraître railleuse. Impétueuse. Mais il l'avait déjà été suffisamment pour les quelques secondes à venir pour être sincère sur ce coup-là. L'énervement, la colère sourde, avaient ça de beau qu'ils révélaient la nature profonde d'un individu. Ramenaient son côté le plus primaire, un instinct primal, du fond des gênes, qui ramenait systématiquement une forme de vérité tant dans ses actions que ses propos. Alors, voir Isak enfin réagir de la façon la plus bassement humaine qui soit, la violence, était déjà un bon départ. Un départ vers lequel l'aîné souleva son verreen guise de salut, ignorant parfaitement la bouteille hors de prix, brisée par les bons soins de l'intrus, qui éparpillait son or liquide sur les carreaux ocres de sa cuisine. Après tout, cette bouteille n'avait pas la valeur que Noah lui avait prêtée. Certes, Liam la lui avait offerte, mais le Ministre en avait encore une bonne douzaine dans sa cave, qui n'attendaient qu'à être cueillies puis ouvertes. Être mentor de Liam Wiggins venait avec des avantages non négligeables.
Mais Eriksson n'en avait pas fini. Affirmait sa position entre le sorcier et la suppliciée, intimant physiquement qu'il ne le laisserait pas faire aussi facilement. Le pauvre fou. Il n'avait jamais été en position de force, en ce qui concernait son aîné. Ne le serait jamais. Et maintenant qu'il le concédait, tout ce que Noah entendait n'était pas cet aveu misérable d'impuissance mais ce soupçon de défiance, de nouveau, dans sa voix. Les railleries glissèrent sur sa peau comme l'eau sur les ailes d'un canard, tandis qu'il s'adossait à la fenêtre de sa cuisine. Déformait de nouveau la perspective, se plaçant une nouvelle fois suffisamment proche de la jeune femme, et dans un angle où il pouvait la toucher sans qu'Isak n'ait de facilités pour la défendre. Jeune femme qui convulsa une nouvelle fois, peu après les aveux soumis de son frère. Haussant les épaules, Noah se rapprocha d'elle. Glissa ses doigts dans ses mèches rousses, collées par le sang, avec une nonchalance de chat feignant d'ignorer sa souris.

-Tu vas devoir te pousser, pour commencer. Sa vie lui échappe et tu lui es inutile. Et ceci n'est pas rhétorique.

Puisqu'Isak considérait qu'il parlait trop, il allait aborder un nouvel angle d'attaque. Non seulement parce que la perspective l'amusait énormément, mais aussi car il ne voyait aucune objection à être le plus économe en paroles pour voir s'il exploserait une nouvelle fois sous l'effet de la colère. La remarque sur son inutilité, elle, était parfaitement réfléchie. Parfaitement concrète. L'homme était abaissé. Acculé. Mais il n'avait pas sombré suffisamment bas pour abandonner ses vieilles habitudes. Alors il allait devoir ployer encore plus. S'enfoncer jusque dans les entrailles de la Terre elle-même avant d'espérer pouvoir en revenir à la surface.
S'imposant avec naturel à côté de Solveig, Noah reprit sa place initiale, s'armant de sa propre autorité pour que le déplacement d'Eriksson lui soit naturel. Ils n'allaient, après tout, pas fourrer leurs mains dans sa plaie à tous les deux juste pour prouver que l'un était plus puissant que l'autre, alors que la réponse était évidente. S'étirant lascivement, le sorcier finit par enfoncer une nouvelle fois ses doigts entre les lèvres de la blessure. Tâtonna les chairs abîmées, parfaitement conscient que la douleur pouvait se répercuter sur Isak lui-même. Et s'efforça à la concentration pour invoquer une nouvelle fois sa propre puissance, la laissant dévaler le long de ses veines jusqu'à la pulpe de ses doigts.
Les chairs recommencèrent à se mouvoir autour de ces derniers, avec une lenteur aggravante. La métamorphe était faible, affreusement faible, suffisamment pour que ses pouvoirs de régénération soient inefficaces. Suffisamment pour lui être entièrement dépendante, à lui, la tierce personne. Et Isak de l'être tout autant de Noah. Alors il se contenta de quelques minutes, pas assez pour être comptées sur les doigts d'une main. Une poignée de minutes supplémentaires, avant de s'arrêter de nouveau, posément. Et de hausser les épaules en direction de son ancien compagnon.

-Tu sais, peu m'importe de soumettre les Eriksson à mes caprices. Après tout, vous parvenez vous-mêmes à ce faire sans mon aide, sous la seule impulsion de vos propres caprices respectifs, pour reprendre tes termes.

Ce qui était aussi vrai que cette main qu'il soulevait à présent hors des entrailles de Solveig Eriksson, pour l'observer d'un œil torve. C'étaient leurs caprices, à l'un et à l'autre, qui l'avaient menée à cet état. Tout du moins du peu qu'il avait suivi. Tout du moins, car il ne comptait pas creuser d'avantage, leurs histoires bien trop confuses pour que le sorcier daigne leur accorder de son temps libre. Reprenant posément son verre, il s'assura d'avoir laissé la jeune femme exactement dans le même état instable qu'auparavant avant de traverser la pièce sans accorder le moindre regard à son sujet. Sirota une gorgée du liquide doré avant d'ouvrir la porte, réparée, de son cellier, pour s'y faufiler. S'arrachant de la scène de crime, il parcourut rapidement les étagères chargées de bocaux et autres ingrédients spéciaux pour rassembler quelques uns des produits dont il aurait besoin. Ignorant toujours aussi posément Isak, il déposa ses trésors sur le plan de travail, à côté de sa gazinière, et en fit l'inventaire. De l'aveu même de son ancien partenaire, ce dernier ne savait comment préparer un onguent de guérison. Avait perdu ce savoir et cette aptitude en même temps que sa propre conscience. Il était temps de faire en sorte d'en faire revenir un des deux, à défaut des deux. Chaque chose en son temps.
Délaissant chacune de ses tâches, il reprit son verre et s'assit à son tour sur le plan de travail, ses jambes battant l'air en une cadence invisible. Une nouvelle gorgée. Un nouveau claquement de langue. Une nouvelle œillade perçante, scrutatrice :

-Réfléchis, Isak, qu'as-tu qui pourrait m'intéresser ? Un petit indice, tu la possèdes en ce moment, mais tu refuses de la reconnaître.

Ses lèvres s'étirèrent en un rictus mauvais alors que le silence s'abattait progressivement dans la cuisine. Un gémissement faible, étouffé, douloureux, leur parvint derrière le plus jeune.

-Fais-moi plaisir, rendors-la. Nous sommes en train de discuter.

Qu'elle agonise en silence. L'heure n'était pas encore venue de s'occuper pleinement de son cas, pour l'instant. C'était d'Isak, de sa conscience et de qui il était qu'il s'agissait. C'était de l'objet de sa convoitise qu'il s'agissait, alors qu'il se dessinait tout juste à mesure que Noah observait son ancien compagnon de route. Il commençait à apercevoir ce qu'il désirait d'Isak. Et c'était bien plus puissant, avait bien plus de valeur que l'or, la puissance, ou la gloire.

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MessageSujet: Re: Architect of Destruction, ft Noah   Lun 2 Oct - 14:46

L’incompréhension continue de lui échapper lorsque le psychiatre s’attache à encourager la violence passagère quand il tente pourtant de tout son être de la refouler, pour ne pas offusquer l’unique personne encore capable de soigner Solveig. Elle frémit cette fureur, elle gronde sourdement, elle se tapit dans l’ombre de faux semblants, de ce calme trompeur qui ne lui sied aucunement depuis son arrivée. Elle lui ôte ses dernières bribes d’énergie, à force d’être si durement contenue, en vain. Le mage en perdition a fait fausse, à priori, ne saisit guère les intentions de Noah quand celui ci se réjouit de le voir réagir si vivement. Ce n'est pas logique. Voilà bien longtemps qu’on lui quémande d’avantage de sérénité, qu'on le supplie parfois, car on le juge beaucoup trop sanguin, trop extrême. Qu’on condamne ses colères et débordements si craints par ceux qu’il commande, ou qu’il menace. Pourtant, ce soir, on l’acclamerait presque pour un tel égarement. Or, la haine, la rage, toutes ces réactions si brutales qu’il épouse si parfaitement depuis sa sortie des enfers n’ont jamais caractérisé l’homme qu’il était auparavant, et le poussent toujours plus loin dans ce qui ressemble à un puits sans fond. Isak s’égare et son identité se meurt sous ses pulsions. Il ne se reconnaît plus, ne sait plus qui il est, toutefois il a conscience de ce qu'il est en train de devenir : un monstre. Ca le terrorise, tout autant que ça lui plaît. Ca le rebute, ça le fascine. Ne reste plus qu'à trouver sur quel pied danser, à trancher, car le monstre ne peut s'accorder avec l'homme. Les deux entités ne sont pas faites pour coexister, de leur alliance naît la démence et le patron du Little Darlings en paye déjà le prix. Il est fou, dit-on de lui. Il est fou et il le sait.

Profondément perturbé par la troublante sincérité de son ancien compagnon, le mafieux ne dit mot, se contente d’observer le guérisseur en ne cessant plus de se demander quelle direction tente t-il de lui faire emprunter. Quelle direction a t-il pris lui-même pour en arriver là, si bas. Comment le jeune homme plein d'espoir qui a rencontré Noah dans l'antre de Satan a t-il pu embrasser un tel désespoir ? Une telle souffrance ? Et surtout, à quel moment s'est-il à ce point perdu ? Ecrasé par la prépondérance d’un sorcier qui lui fait prendre conscience que, dans ce monde, finalement, il n’est rien, les réponses se font d'avantage fuyantes. Rien d’autre qu’un homme dans la brume, qui erre sans véritable objectif que de se détruire, tout en polissant une couronne concédée uniquement par la terreur que son porteur inspire.

Et l’empereur en carton s’écarte derechef sans protester face au docteur qui lui crache encore à la gueule son impuissance. A quoi bon posséder tant de pouvoir, quand on est seulement capable de l’utiliser pour détruire... Semer la mort, sans parvenir à faire cadeau d’un petit souffle de vie, d’un sursis. Faire toutes les offrandes à la sorcellerie la plus sombre, pour oublier toutes les racines de cette magie blanche que son grand-père lui a transmises. Ses poings se ferment, c’est la honte qui amène ses ongles à égratigner la peau de ses paumes. Ses dents agressent légèrement ses lèvres pincées et le regard agité se détourne de la silhouette que la faucheuse appelle de plus en plus fort, avec plus d’insistance. Le coeur de l’aîné s’emballe lorsque les doigts de son ex acolyte s’enfoncent dans les entrailles à l’agonie. La terreur le fait légèrement vaciller et l’oxygène semble soudainement lui manquer. Le drogué s’appuie lamentablement sur le dossier d’une chaise en détournant ses yeux cernés de la malheureuse, puis s’y accoude avant de serrer sa tête dans l’étau que représente ses mains tremblantes. Il ressent la peur et la douleur. Il frissonne dans la pénombre, ferme exagérément les yeux un bref instant, s'oppresse sa mâchoire avant de se redresser brusquement quand les gestes du médecin de l’âme cessent. Que les mots s’envolent, accusateurs mais tellement réalistes, incontestables. La chaise tombe maladroitement sur le sol, dans un bruit qui claque. Piqué au vif, le dealeur se porte de nouveau au chevet de l’ultime vestige de sa famille qu’il balaye de ses yeux courroucés, et terriblement coupables. Isak ne peut que concéder cette réplique à Noah, et se nourrir de ses propres regrets à ce sujet. Ce sont leurs caprices qui les ont menés jusqu’aux portes du Diable, les siens en particulier. Contredire le magicien est inconcevable, cela dit une riposte plus judicieuse le démange. Elle s’évade de ses lippes orageuses, sur un ton qui va de paire avec ses iris d’un bleu devenu bien sombre.

« Elle est mince la frontière entre le jeu et le caprice, et tu te joues de moi Noah ».

La quiétude de Meadow, calculée, ne fait que décupler les frémissements de rage qui s’emparent de son corps fatigué. Indifférent, l'alchimiste vaque à ses tâches sans un oeil pour la blessée, et le mafieux ne devient plus qu’un fantôme dans cette pièce où le silence s’abat puis siège lourdement. Néant que les mots du docteur brisent avec un calme exécrable. L’or de ses prunelles pétille en direction du camé qui le sent une nouvelle fois peser sur son âme. L’esprit en vrac d’Eriksson se heurte au mystère que le psychiatre continue de faire perdurer. L’hôte ne parle que par énigmes, ne daigne octroyer à l’autre que quelques morceaux du puzzle trop complexe qu’il a mis en place. Isak ne comprend pas l’enjeu, les pièces refusent de s’accorder et provoquent une frustration qui menace de déborder. C’est insupportable.

Le temps presse, Solveig se meurt. Son palpitant ne s’apaise plus, son corps se tend puis se crispe, les sourcils se froncent pendant qu’il zieute, paniqué, la peau satinée de sa cadette pâle comme la mort avant de chercher Noah du regard. Pourtant, la vie coule encore dans ses veines abimées. La créature qu’il a créée gémit faiblement derrière lui. S’ensuit l’ordre du magicien qui claque un peu trop sèchement dans la foulée. La colère innonde le trafiquant, elle submerge l’angoisse qui disparait. Ne reste que la tension du mage noir qui se déverse, d’abord silencieusement pendant qu’il saisit la bourse de poudre brune qu’il souffle lentement sur le visage de la patiente, calquant son geste sur celui de son ancien ami. Une tendre caresse glisse sur le front de sa protégée, un murmure de réconfort lui précède. Tout ira bien. Promesse muette.

La folie s’invite et marque sa proie. Noah est sa victime. Elle le traque dans la pénombre de la cuisine. Cible en vue. Le mafieux laisse couler un regard ténébreux vers Meadow, comble avec assurance la distance qui les sépare. Ses doigts tremblent encore mais s’accrochent avec facilité au vêtement du médecin qu’il contraint à la descente rapide de son piedestal. Le désir de lui faire du mal est grand - un mal sous toutes ses formes. Le temps reste un suspend. La bête souffle bruyamment, puis plus posément. Elle se contrôle sous les effluves de l’homme qui demeure et qui garde, certes laborieusement, la frénésie enchaînée. Parce que l’homme se souvient que cet être qui attise sa fureur a d’abord été son ami dans les dédales de Darkness Falls, avant de devenir le soudain objet de sa haine. Il se contente de le maintenir fermement, son visage très proche du sien, et de lui faire entendre une vérité qu’il pense incurable.

« Je ne suis plus l’homme que tu as connu, cet homme est mort depuis longtemps, alors ne fais pas ça s’il te plaît. Quoique tu essayes de faire, mets-y un terme tout de suite. Ne me pousse pas dans mes retranchements, tu n’aimeras pas plus ce que tu y trouveras »

Isak n’a plus que la violence pour moyen d’expression et celle-ci devient une énième fois loquace. Le trentenaire bouscule brutalement celui qu’il détient entre ses mains, tout en le lâchant d’un coup sec et rapide. Ses phalanges se posent ensuite sur le plan de travail, et blanchissent. La colère n’est plus dirigée vers son ancien compagnon mais vers lui-même. Il s’en rend compte maintenant, il est seul à se contraindre à piétiner ses propres limites, le seul à se mener sur le chemin de ses frontières avec à la fois la crainte et l’envie de les franchir. Atteindre la bête, faire un pas en arrière, puis recommencer, sans ne jamais suffisamment reculer pour espérer lui échapper. Atteindre la bête et la laisser totalement le posséder... Lui ne souhaite qu’être celui qu’il était autrefois, celui que la géhenne n’avait pas encore emporté - métamorphosé, détruit, tué. Une troisième option qui n'existe pas. Rêve impossible, car ses démons ne le laisseront guère tranquille. Et ses cauchemars, il est incapable de les affronter. Il les fuit.

« Je ne veux pas laisser la colère prendre le contrôle, en souvenir de ce que tu as représenté pour moi. Je ne veux pas te faire de mal et crois moi, j’en suis capable. Sans compter que tu es le seul espoir qu’il me reste pour Solveig. Mon seul espoir. Je ne veux pas la condamner. Ne m'y oblige pas »

Les muscles se détendent, tremblotent avec moins d’intensité. Dans ses yeux glacés, la tempête s’est éteinte. Ils brillent d’une tristesse infinie, s’ancrent quelques secondes dans ceux du guérisseur, puis fixent la forme inerte ensanglantée. Il se détourne, s’appuit mollement contre le mobilier, accablé. Sa voix n'a plus la moindre couleur.

« Voilà où j’en suis rendu, à m’en prendre à la personne qui m’est la plus chère. A deux doigts d’essayer de te violenter, toi, l’ancre qui m’a permis de ne pas sombrer en Enfer. Mais cette époque est révolue, je ne sais pas si les souvenirs retiendront longtemps le feu que tu attises en moi, pour je ne sais toujours quelle raison. Que cherches-tu à faire ? A provoquer ? Je n’ai qu’une chose à te dire... Ne tente pas le Diable, tu sais qu’on ne peut pas lutter contre lui »

On ne gagne jamais contre Lucifer. Lui, il a perdu. Ou s'est laissé abattre, peu importe, la conclusion reste sensiblement la même.
 

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MessageSujet: Re: Architect of Destruction, ft Noah   Sam 4 Nov - 3:27


Tu te joues de moi Noah. S'il savait, le malheureux, s'il savait à quel point il était loin de la vérité. A quel point le psychiatre avait des sujets de distraction bien plus importants, bien plus intéressants que de torturer un ancien compagnon de route juste parce qu'il le pouvait. Certes, il prenait un malin plaisir à le faire tourner en bourrique, c'était un fait avéré. Mais ce n'était pas l'unique but de la manœuvre. Son but, était bien plus complexe, bien plus captivant qu'un simple caprice. Son but n'était pas de faire l'étalage de ses propres forces, mais bien de réveiller celles, assoupies par des décennies de faux-semblants, que le dealer avait assassinées. S'il avait envie de jouer, il s'y serait pris différemment. S'il avait eu envie de jouer, il aurait laissé Solveig mourir, ou lui aurait suggéré d'abréger ses souffrances.
Noah avait beau être ce qu'il était, il était avant tout un guide. Toute sa vie n'avait été faite que de cela : la prêtrise, la psychiatrie. Si ses méthodes n'étaient pas conventionnelles, elles n'étaient pas moins efficaces. Révéler le sombre, drainer la noirceur, et raviver la lumière. Si seulement Isak savait à quel point Noah se foutait royalement de ses ressentis, de ses impressions et de son image surfaite de leader d'une mafia. Si seulement il savait que ce qui l'intéressait était l'Humanité et non pas l'apparence.
Mais Isak avait raison sur un point. Un point indéniable que Noah ne prit pas la peine de soulever tellement il était évident. Oui, il riait de son malheur. Parce que c'était une des meilleures méthodes pour précipiter la chute des égoïstes se prétendant altruistes. Des inhumains s'improvisant humanistes.

La colère de son ancien comparse était palpable. Elle irradiait de ses pores, elle enflammait ses pupilles dilatées, elle brûlait chacun de ses mouvements, chacune de ses paroles. Une colère primale, l'avant-dernier bastion avant ce qui intéressait Noah. Une colère d'animal captif, blessé, alors que l'ego donnait ses derniers coups de dents avant la capitulation. C'était cette colère là que le psychiatre aimait. Une colère qui rendait coups sur coups avant de finalement abdiquer, parce qu'elle était feinte. Tout autant que le reste. Alors peu importait qu'Isak tourne dans la cuisine comme un animal en cage. Peu importait que ses pulsions chaotiques s'imposent entre eux, menaçantes, alors qu'il semblait à deux doigts de l'étrangler. Parce que des deux, Noah était le plus à même de sauver la jeune femme, et tous deux le savaient parfaitement.
Aussi, lorsque cette colère éclata et poussa Isak à l'attraper par le col, l'aîné ne s'en défendit pas. Les yeux injectés de sang du plus jeune recelaient une étincelle qu'ils n'avaient jamais arborée depuis qu'il avait franchi le pas de sa porte. L'étincelle du désespoir.
A chaque fois qu'il la voyait, cette étincelle, le psychiatre savait qu'il avait touché son but. Gratté suffisamment d'une surface poisseuse et profondément inutile de prétention, de carapace, pour atteindre le noyau humain. La lueur du désespoir était l'un de ses spectacles préférés. Parce qu'après elle venait la négociation. Parce qu'après cette dernière, il ne restait plus que la nature humaine pure. Une raison pour que son cœur ne s'emballe qu'à peine dans sa poitrine, malgré la violence qui émanait de chacun des gestes de son ancien ami. Malgré qu'il se fasse malmener, il ne chercha pas à se défendre. Parce qu'il n'en avait pas besoin. L'Humain qui sommeillait en Isak se réveillait enfin après des décennies de torpeur, et avait arrêté le poing levé de son propre ego. Fasciné, Noah ne quitta pas les yeux du plus jeune sorcier. Le combat qui se menait à présent sous ses mèches brunes était si tangible qu'il semblait se refléter sur ses iris glacés, un combat millénaire que chaque Humain reproduisait sans même le savoir. Un combat qui avait toujours ravi le psychiatre tant il était la sublimation véritable des passions.

-Fascinant...

L'expression s'était échappée de ses lèvres dans un filet d'air tout juste audible, alors qu'il restait captivé par le regard de son ancien compagnon. La possibilité d'assister à ce type de combat, en personne, était un privilège qu'Isak lui offrait. Quand bien même ce dernier ne devait probablement ni s'en rendre compte, ni même comprendre de quoi il en retournait.
Puis vint la négociation. Les muscles de l'aîné se détendirent peu après la main qui le tenait au col, prenant cet adoucissement temporaire comme un signal. La méthode était bien peu orthodoxe, même lui était capable d'en convenir. Mais elle portait clairement ses fruits, ce soir. Peut-être que la nuit leur serait réellement clémente, en fin de compte. Parce que ce qu'il voyait dépassait l'entendement. Parce que de l'agonie de la petite soeur découlait la renaissance du grand frère. Les Eriksson, et leurs passions contraires. Les Eriksson, dont Noah était persuadé qu'il valait mieux qu'ils fassent route seuls qu'ensemble. Mais il n'était pas là pour émettre un avis personnel.
Pas alors qu'Isak lui donnait progressivement ce qu'il voulait sans même s'en rendre compte.

Retrouvant plus d'amplitude dans ses mouvements, le danger s'étant écarté de lui-même, le sorcier remit précautionneusement ses vêtements en place. S'offrit même la coquetterie de tirer ses boucles brunes en arrière, alors qu'un sourire de sphinx s'étirait sur son visage.

-Mon cher ami, tu sais aussi bien que moi que Dieu, et par conséquent le Diable, n'existent plus en ce bas monde. Nous en avons eu une preuve cuisante lors de notre passage au Purgatoire. Mais si cette illusion te tient à coeur, alors considère que, peut-être, le Diable n'est pas réellement qui tu penses.

Le Diable n'était-il pas le Maître de toutes les tentations ? Qui était réellement dans cette position, dès lors que l'on transposait le mythe à ce qui se produisait actuellement dans cette cuisine ? Isak était encore si innocent, quoi qu'il puisse en dire.
Mais Noah n'était pas là pour parler théologie ou bouts de chiffons avec son ancien comparse. Et cette démonstration de force n'avait suffi qu'à le conforter dans son idée initiale. Alors Noah se rapprocha du dealer. Rompit à son tour la distance que l'autre avait tenté d'instaurer en battant en retraite. Plongea un regard pétillant dans ses iris assombris par l'accablement.
Non, on ne joue pas avec Lucifer, sauf s'il a décidé de jouer avec vous.

-Ce n'est pas un souvenir que je cherche, Isak. Ce n'est pas de jouer avec toi ou ta psyché qui m'intéresse. Tu parles, tu t'agites, tu t'énerves, mais tu nies le problème. Le problème, tu sais lequel il est ? Que tu vis en profonde abnégation avec toi-même. Que Solveig est cette petite étincelle de raison qui revient régulièrement piquer la pseudo bête que tu as toi-même créée pour refuser de voir le monde en face. Sais-tu ce que je cherche ? Isak. Pas cet étendard de bravade et de prétention que tu agites au nom de Dieu sait quelle raison, juste pour éviter d'avoir à confronter la vérité de qui tu es réellement.

Un ersatz. Une carapace. Un monde entier fait de soldats harnachés dans des armures de plates bien trop rigides pour eux, en rangs serrés, sans jamais dévier de leurs chemins. Une organisation mortifère où les uns marchent sur les autres sans le réaliser tout de suite, de peur d'être eux-mêmes considérés comme les maillons faibles de la chaîne. Le monde, un Empire de Fourmis. Tous cachés, tous perdus, noyés dans la masse informe de l'Humanité. Les carapaces ne plaisaient pas à Noah, elles étaient trop conventionnelles. Trop simples. De jolies petites cases dans lesquelles ranger de jolies petites personnalités, qu'elles soient fleuristes ou trafiquantes de drogues. Il avait aperçu la psyché d'Isak, toutes ces années en arrière, dans les Enfers. Une personnalité toute en circonvolution qui était vibrante et réelle, mais qui hurlait en silence au fin fond de cette case dans laquelle son ami s'était résigné.
Et c'était ça, ce qu'il voulait. Cette Humanité refoulée. Ce substrat de conscience, ce déballage d'émotions. Si Isak était capable de se défendre suite à une blessure, il était aussi capable de s'en remettre. Mais pour l'atteindre, il devait continuer de frapper.
Frapper. Frapper. Briser le roc, briser l'armure, briser la coque pour révéler le noyau.

-Pour quelle raison crois-tu être venu ici, Isak ? Crois-tu réellement que je suis la seule personne de ton entourage à être capable de ressusciter ta soeur ? Crois-tu que ce n'est que ça que tu es venu chercher en venant ici ? Ou n'avais-tu pas une autre volonté en franchissant ma porte ? Car je refuse de croire que, dans tout ton entourage de joyeux bandits, il n'y ait personne qui ait eu les capacités de faire ce que tu me demandes de faire. Bien au contraire, beaucoup d'entre eux auraient tué pour ce privilège, juste pour se faire bien voir de leur Maître incontesté. Alors pourquoi être venu me voir, hein, Isak ? Au nom du bon vieux temps ? Ma questa è una grandissima cazzata.

Une immense connerie. L'Italien était sorti tout seul, au nom du bon vieux temps, comme Isak avait l'art de répéter à qui voulait l'entendre. Car ils savaient tous deux que ce n'était pas que de cela qu'il s'agissait. Ils savaient tous deux que le combat qui se menait ce soir n'avait rien à voir avec eux en tant qu'individus, mais à voir avec Isak et lui-même. David contre Goliath. Saint Michel terrassant la Bête. Si Isak refusait de l'entendre, il était aussi perdu que sa soeur agonisante.
Se détachant de l'espace personnel de son ancien ami, l'aîné pinça l'arrête de son nez, les yeux fermés. Massa la peau fine quelques instants avant de reposer un regard rougi par le mouvement sur son ancien ami.

-Rassure-moi, tu ne cherches pas mon absolution ou ma bénédiction en me disant que tu n'as aucune envie de me blesser ? Car je n'en crois rien. Car tout cela n'est encore que du paraître pour cacher le noeud du problème. Tu noies ton Humanité, et c'est précisément cette Humanité qui est la seule à même de sauver la douce et si fragile Solveig en cette heure. Car c'est la seule chose qui m'intéresse. La seule monnaie acceptable pour justifier que je m'épuise à la soigner.

Dans son ton bien trop neutre roulait une menace. Son offre n'était pas négociable, car le stade de la négociation était passé depuis bien trop longtemps. On ne joue pas avec Lucifer, car il peut tricher bien trop facilement. On ne joue pas avec Noah Dalmazio, car il triche, lui aussi.
Pourtant, malgré son affection particulière pour les démons d'autrui, ce n'étaient pas les monstres qu'il soignait. C'étaient les Hommes.
Un roulement feutré s'échappa de ses lèvres, ourlées dans un rictus :

-Alors, quel est ton choix ? Sortilège ou Extrême Onction ?

On ne gagne jamais contre Lucifer. Pas quand il a porté une soutane pendant toute sa jeunesse.


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Architect of Destruction, ft Noah

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