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 /!\ Killed the craving { Regan

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MessageSujet: /! Killed the craving { Regan   Mar 18 Avr - 16:12

Les outils tintent tandis qu'ils sont pris, déposés, saisis à nouveau pour être jetés plus loin violemment en un signe de frustration. Pas la bonne clé. Pas les bonnes vis. Pas les bons fils. Rien ne va et tout l'énerve. C'est la nervosité, la fatigue ou simplement un ras-le-bol lancinant qui lui fait commettre des erreurs de débutant. Ou peut-être cette chose à l'intérieur de lui, cette chose au reflet abject qui lui donne la sensation de ne plus être tout à fait lui-même, de ne plus avoir une totale maîtrise de lui, parfois. Les outils jonchent la table, certains mêmes traînent au sol, en un désordre total qui lui est peu coutumier. Ce n'est même pas son bordel organisé, comme il l'appelle, non, c'est un pur capharnaüm. Même lui peinerait à retrouver quoique ce soit ici. Le chaos qui règne dans son labo comme pour refléter le chaos qui règne dans son esprit.

D'ordinaire, beaucoup ne s'y retrouvent pas dans son système d'organisation et c'est parfaitement voulu. Ce qui peut passer pour du désordre à un oeil inconnu est pour lui catalogué de façon précise : il suffit simplement d'avoir le code. Ash est réaliste. Il sait que sur le papier, ses qualifications ne valent pas grand-chose. Pas de sortie de grande université, Seigneur, pas même de diplôme de secondaires. Tout ce qu'il sait, il l'a appris par lui-même, en bidouillant, en réparant, en s'instruisant de lui-même. Il est capable de concevoir le pire comme le meilleur. Et si le gouvernement lui donne l'argent nécessaire pour monter ses projets, parce que jusqu'à présent il s'est montré loyal et s'est toujours montré à la hauteur des attentes, il se doute que sa position n'est pas la plus stable du monde. Se doute qu'il suffit d'un changement dans le gouvernement, d'une nouvelle ligne politique ou d'un nouveau superviseur pour se dire qu'un autre ingénieur ferait tout aussi bien son boulot. Un ingénieur techniquement plus qualifié. Et Ash n'a pas l'intention de se faire voler son travail ou de le rendre compréhensible au premier benêt qui voudrait lui piquer sa place, non. Ses codes sont truffés de lignes incompréhensibles pour quiconque d'autre que lui. Personne ne peut reproduire ses machines, il y a veillé scrupuleusement. Il ne sait pas qui a volé ses prototypes et dans quel but, mais il lui souhaite bien de la chance s'il cherche à les décortiquer et à les reproduire.

Ses mains se portent à son front, passent sur ses tempes. L'huile de moteur, oubliée sur ses doigts, dessinent désormais les contours de son visage. Un soupir lui échappe. Peut-être qu'il est temps de faire une pause.

Dos raide, yeux explosés par trop d'heures passées à fixer des circuits imprimés et des lignes de code et pas assez d'heures de sommeil, il quitte son laboratoire personnel pour se faire une tasse de café. À ce rythme, son sang contient probablement plus de caféine que d'hémoglobine. Une remarque qu'avaient fait de nombreuses fois ses cadets et dont le souvenir lui arrache un sourire triste aujourd'hui. La fenêtre qui lui donne vue sur l'extérieur lui renvoie son reflet immonde. Ash en détourne les yeux et porte le café tiède à ses lèvres. C'est probablement une mauvaise idée de s'ajouter ça quand ses nerfs sont déjà à fleur de peau, mais il refuse de dormir avant d'avoir pu terminer ce foutu projet. Le vol de ses prototypes le force à reprendre tout son travail à zéro. Et étant donné que le shadowhunter censé mener l'enquête ne veut plus mettre un pied dans les parages, le coupable court toujours et ses prototypes sont toujours dans les airs. Par réflexe, ses doigts non-tachés d'huile passent sur la chair douloureuse de la ligne de sa mâchoire. Halstein n'y avait pas été de main morte lors de leur dernière altercation.

Un soupir. C'est peut-être ça aussi, qui le travaille. Plus que cette enquête qui piétine et le travail à refaire totalement. Plus que ses frères et soeurs toujours évaporés dans la nature. C'est le sentiment d'avoir été pris pour con, mais le sentiment de n'avoir eu que ce qu'il méritait, aussi. Cette tare qui pollue sa chair mais dont il n'arrive pas à se défaire. Et pourtant il a essayé, il a tellement essayé, mais il est trop faible. Il n'aurait pas dû craquer mais il l'a quand même fait. Tasse à moitié terminée dans l'évier, mains et visage lavés et débarrassés du liquide noir et visqueux, tête posée contre la surface froide de la vitre – yeux fermés, pour ne pas voir le monstre – Ash se demande quoi faire. Tout semble lui échapper, comme de l'eau filant entre ses doigts, et cet état fébrile qui n'arrive pas à trouver d'exutoire ne fait qu'ajouter à son énervement. Autrefois totalement calme, Ash s'exaspère aujourd'hui d'une paix qu'il n'arrive plus à retrouver. Par sa propre faute ou cette chose qui le ronge, il n'en sait rien. Trop de frustration, trop d'irrésolution, trop de colère, aussi, tout au fond. Oublier pour quelques heures serait la solution. Effacer un peu de ces tracas. Les obscurcir, avant qu'ils ne reviennent au galop.

C'est l'impulsion qui le saisit, à envoyer ce message. Un simple texte, une heure de rendez-vous, un lieu – son appartement. Il est trop fatigué, trop agité, trop frustré, peut-être, pour réfléchir réellement à ce qu'il fait. La honte le saisira bien assez vite. Il attend confirmation avant de prendre la direction de son labo. Dans un espoir futile que travailler lui remettra les idées en place.

Quelques heures après, c'est la sonnette qui le tire du travail dans lequel il a replongé. La nervosité, cette fois, est toute autre. Mélange de honte, d'impatience, de sentiments diffus sur lesquels il n'arrive pas à mettre de mots. Il ne devrait pas, il le sait. Mais n'est-ce pas mieux que tomber dans des travers encore pires ? N'est-ce pas mieux que s'abaisser à courir après quelqu'un qui le hait ?

Il ouvre la porte et le salue avec un sourire fatigué, une pointe de soulagement dans la voix – inutile, imbécile, comme s'il allait essuyer un refus. Ne paie-t-il pas exprès pour s'éviter ça ? Honte, il devrait tellement avoir honte.

« Regan. Entre. »


Dernière édition par Ashley Nott le Jeu 24 Aoû - 15:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: /!\ Killed the craving { Regan   Dim 23 Avr - 20:55


Va et vient incessant, rythme le silence et brise les nerfs. Déroute en une demeure vide, le manège sans fin qui s’évertue à s’échouer contre les murs et sur le parquet. Flop qui joue de ses petites pattes sur le sol, encore et encore. Dans un élan de folie canine poussant l’animal à se lancer dans un marathon affolant, d’une pièce à l’autre sous le regard de son maître. Présence fantomatique qu’il n’aperçoit que lorsqu’il passe devant, butte dans les jambes étendues au-delà du sofa. Le canidé grogne, râle et s’ébroue avant de reprendre sa course folle lorsque la balle repart. Lancer aveugle quitte à briser les restants de sa vie passée. Il s’en moque maintenant. Apathie douloureuse dans laquelle il s’enlise depuis des jours. Au gré des heures qui s’enchaînent, semblables à s’en exploser le cœur. L’anarchiste se meurt face au néant de son existence, s’affole au moindre bruit anodin résonnant dans sa demeure, l’oreille aux aguets, la pupille cherchant la présence chimérique de cette autre âme ayant foulée ce parquet. Elle ne reviendra pas, l’odieuse rengaine s'accompagne d’assourdissants bourdonnements. Elle ne reviendra pas et lui ne sera capable de rien pour honorer sa mémoire. Et apaiser ses propres tourments. A chaque réveil après une nuit d’insomnie tourmentée, du coin d’une pupille humide de peine, il inspecte les contours de la maison dressée face à la sienne. Avide du moindre mouvement, de la silhouette qui s’en échappe. Crevant d’envie. D’espoir parfois, de ne plus la voir passer sur le pavé. Rongée par la créature qui niche dans ce garage condamné. La progéniture qui signe la mort de son géniteur. Celle qu’il a odieusement condamnée qui lui offre cette paix qui n’a de cesse de lui échapper.

Regan qui soupire, seul dans ce salon trop grand pour lui, et Flop qui revient à ses pieds. La balle sur le tapis et l’animal qui s’impatiente devant l’absence de réaction de son maître. L’aboiement le fait ciller, le regard détruit par l’appel du vide. Alors le roquet saute. Tentative nulle qui envoie son fessier buter sur le sol. Second essai plus concluant l’amenant à sautiller sur le sofa, mordre doucement la main inerte tout en grognant son impatience. L’animal finit se vautrer avec élégance sur les genoux du rouquin, alors contraint de gratifier la boule de nerfs de ces caresses qu’elle attend depuis de longues minutes. Il fait mourir son cerveau devant l’écran de son poste de télévision. Cette boite pitoyable lui renvoyant les images toutes choisies de cette politique qu’il exècre. En noir et blanc sur le voile de ses pupilles, il regarde sans vraiment le faire. L’amorphe entre les oreilles, son cerveau réduit à néant par sa haine, celle qui le pousse à serrer les dents à mesure que les images défilent. Honteuse créature ayant laissé ses élans de rébellion en sommeil depuis sa dernière rencontre avec son milicien de voisin. Du mal dans le cœur et un morceau de doute dans le ventre, laissé les choses se tasser afin de mieux recommencer. Lorsqu’il réalisera que l’inactivité est une forme de lutte bien dérisoire, pour un être qui a toujours fait partie de ces acteurs de premiers ordres. Vie passée et présente étroitement liée au point de se confondre parfois. Il en cille, à plusieurs reprises. La petite machine posée sur la table basse vibre, suit une trajectoire étrange qui menace de la faire tomber à bas du meuble. Contemplation morne, l’immobilisme en réponse avant que le corps ne se penche en avant. Sorte de son apathie, manquant déloger le roquet qui se repositionne sur les jambes de son maître, peu enclin à devoir se trouver un nouvel endroit pour faire sa sieste.

C’est un rituel qu’il a imposé. Lui qui n’a jamais voulu faire l’effort d’utiliser un téléphone portable, Rose qui a pourtant essayé de lui montrer l’utilité de cette chose qu’elle trouvait merveilleuse. Les appels sont inutiles, il ne répondra pas. Les écrits restent plus facilement gravés dans sa mémoire, alors ses clients se plient à cette étrange habitude. Le lieu et l’heure, un message parfois, bien souvent juste les informations utiles. L’ordre qui se crache en moins d’une ligne, et le débauché qui répond. Toujours la même réponse, cet assentiment servile qui lui retourne l’estomac à chaque fois qu’il l’écrit sur le clavier de la machine fatiguée. L’envie qui se fait étrangère, l’automatisme ancré au geste. C’est un nom qu’il ne regarde plus vraiment tant ils se ressemblent tous. Il se surprend pourtant à hausser un sourcil, surpris par l’identité de son client. Une étincelle d’un quelque chose d’inattendu dans la pupille. L’éclat d’une satisfaction singulière. Ashley. L’ingénieur de génie, sa mine d’or d’information. L’homme brisé qu’il réconforte et dont il a appris à apprécier la compagnie malgré tout. Dans un soupir, la résignation s’amorce en même temps que la réponse file vers son destinataire. Flop en retour sur le plancher manifeste son mécontentement aux oreilles d’un maître qui ne l’écoute plus, déjà engagé dans l’escalier, les utopies télévisuelles en fond sonore.

Assurance ancrée au corps, gravée dans l’habitude, il a pourtant le nœud de l’appréhension dans la gorge. Plus à l’aise en terrain envahi de monde que dans les antres privés de ses habitués. L’adresse est accrochée à son cerveau, guide les pas jusqu’à la porte contre laquelle il frappe. Cœur mort dans la poitrine, à peine un tressaillement lorsque le panneau de bois cède et s’ouvre, gueule béante sur le propriétaire des lieux. La fatigue se perçoit sur les lippes, le sourire abîmé auquel il répond avec de la chaleur factice sur les lèvres, ses doigts qui frôlent le bras de l’ingénieur lorsqu’il se faufile à l’intérieur. Le premier contact, celui qui entreprend d’apposer les fêlures dans l’éventuelle résistance qu’il pourrait rencontrer. Premier geste de la part du débauché, quand les autres devront venir de la volonté de l’autre. Ses règles du jeu, celles que l’on connait à force de se brûler la peau contre la sienne. « - Ton message m’a surpris, je ne m’attendais pas à ce que tu me recontactes... Besoin de se changer les idées ? » Il avoue sa surprise, et achève la confession dans un souffle. Sous-entendu enjôleur trouvant écho dans les éclats incendiaires des pupilles qui se posent sur la silhouette d’Ashley.

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MessageSujet: Re: /!\ Killed the craving { Regan   Mar 30 Mai - 17:17

Ash est faible. Faible de ne pas savoir résister à la tentation. Faible de céder quand tout en lui crie que c'est mal, que c'est une abomination, que c'est le mauvais chemin à suivre. Faiblesse du corps qui entraîne la faiblesse de l'esprit. Lui qui se targue de ne pas plier face aux puissants, aux caractères forts, il est son propre ennemi sur ce terrain. Sa propre némésis. À ne pouvoir dire non à ses envies malsaines, à ne pouvoir y renoncer, malgré tout. Et il a essayé, pourtant. A enchaîné les masques et les mensonges. Mais toujours son corps doit le trahir, son regard se perd sur les silhouettes traîtresses et la bile lui monte à la gorge. La honte. La honte toujours, cachée tout au fond. Il ne supporte pas l'idée qu'on puisse découvrir cette tare. Craint le jour où elle sera révélée. Ce n'est pas que la Prohibition qui l'effraie, non, la peur était déjà instillée, ancrée dans sa peau et sa chair bien avant. Les propos médisants, les insultes traînantes à l'égard de ces personnes-là, il les a entendus toute sa vie, accrochés à la lippe des pauvres sudistes dont il a toujours été entouré. Il n'a jamais voulu en être, de ces gens-là. N'a jamais voulu être la victime de ces diffamations. Alors il cache, cache du mieux qu'il peut. Essaie d'anéantir cette partie-là de lui, l'assourdir. Faire semblant qu'elle n'existe pas.

Une erreur de jugement. La fatigue, peut-être, ces heures de sommeil trop peu nombreuses qui s'égrènent. Ces maux de tête, aussi, ces sautes d'humeur, ces contrariétés. Il pourrait trouver mille et un prétexte pour cet égarement. Ce simple SMS qu'il regrette déjà. N'aurait-il pas pu continuer de trouver le refuge dans ses machines, comme il le fait depuis toujours ? Concentrer son esprit là-dessus, plutôt que laisser ses émotions parler, ses envies parler ? L'égoïsme ne lui réussit pas. L'égoïsme n'a fait que le pousser à commettre erreur sur erreur. Ash est un instrument. Ash sert. Ash est utile. Quand il agit seul, pour lui-même, il ne fait qu'enchaîner les conneries. Lâcher Władek pour aller s'empêtrer dans les filets d'un gouvernement qu'il a toujours voulu éviter. S'approcher de trop près et se brûler au contact d'un milicien à la haine dévorante. Manquer de tuer sa propre soeur en dotant la tyrannie en place d'une arme novatrice. Payer un prostitué pour tuer l'envie malsaine, s'empêcher de se tourner vers un moyen bien plus destructeur de combler l'envie. Ash est tombé bas, tellement bas, et s'il arrivait à avoir assez de recul, il se dégoûterait et se sortirait de là. Mais il est loin, trop loin et trop désespéré, et il n'arrive qu'à se raccrocher à des miettes. Alors il fait des erreurs, encore et encore, attendant celle qui lui sera fatale.

Ses yeux se posent sur Regan, détaillent son apparence, ses traits, ses vêtements, sa posture, s'attardent davantage que s'il s'agissait de n'importe qui d'autre. Parce qu'il n'a rien à cacher, dans ce cas-ci, qu'il a le droit aussi, d'une certaine façon. D'une horrible, horrible, façon.

Le soulagement est là, mais il se teinte bien vite de la nausée coutumière face à ses propres actions. Les mots « désolé, c'était une erreur » sont sur le bout de sa langue. Mais ils ne franchissent pas ses lèvres. Parce qu'Ash est faible et pathétique et qu'il n'arrive pas à se dire qu'il ferait mieux de chasser Regan, pour son propre bien. Même si c'est lui qui l'a amené ici. Même si rien n'a foncièrement changé depuis ce maudit texte ; son humeur est toujours aussi exécrable, ses nerfs, toujours autant à fleur de peau. Ash n'aime pas ce qu'il est, dans ces cas-là. Quand le monstre difforme a l'air de rôder sous la peau davantage que l'humain. Quand la colère colore sa vision de rouge et de noir.

Regan offre la distraction, l'apaisement pour un temps. L'oubli de la solitude qui le ronge, aussi. Mais il y a toujours le dégoût qui vient entacher le tout, la honte. La honte de se dire qu'il a besoin de ça, qu'il s'abaisse à ça. Que diraient ses proches s'ils le voyaient ? Mais ils ne sont pas là, souffle l'amère réponse, ils ne sont pas là et c'est là tout le problème.

Le sourire de Regan chasse un temps les indécisions, les réflexions trop sombres. Un frisson parcourt son échine à l'effleurement – volontaire, sans doute. Une manipulation minime, certainement, pour apaiser, faciliter le contact. Ash est faible. Il sait qu'il cédera de toute façon. Sa volonté n'est pas assez forte pour ça. Elle ne l'a jamais été.

« On peut dire ça, oui. » répond-t-il, en refermant la porte doucement derrière le rouquin, le sourire un peu moins fatigué, déjà. Imbécile, Ash. À trouver du réconfort dans une simple présence, de simples mots. Même pas sincères. Naïf. Idiot.

Le regard se pose sur le capharnaüm qui règne. L'humeur ne s'est pas confinée à son labo, mais s'est répandue au reste de l'habitation. Trop chaotique. Trop fatigué, trop énervé.

« Désolé pour le désordre, je suis un peu...préoccupé. » Un geste vague de la main pour désigner l'étendue des dégâts, un faible sourire, un peu gêné. Avant de se rappeler les règles les plus basiques de la politesse. « Tu veux quelque chose, à boire, à manger ? » demande-t-il, distraitement.

Une diversion, pour le moment, pour cacher le vrai but de la visite. Pour lui permettre de se recentrer, aussi. Le contrôle est difficile à retrouver, mais nécessaire. Il sait ce qui arrive aux autres, quand son humeur est trop noire, il en a eu la preuve sous les yeux, cette pourriture en lui qui infecte les autres, son simple contact qui contamine. Il ne veut pas blesser Regan par inadvertance.


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MessageSujet: Re: /!\ Killed the craving { Regan   Sam 3 Juin - 16:31


Dans la galerie des horreurs de ses vices, tous les tableaux sont différents. Peints au gré des teintes fades que seuls ses yeux mornes sont capables de voir. Une toile pour chaque âme qui croise sa route, s’insinue dans les méandres de son être pour en repartir une fois l’odieuse réalité accomplie. Révélée devant les yeux aveugles de ces visiteurs fantômes. Sa galerie d’infamie, celle qu’il enferme dans son cœur déchiré quand ses doigts froissent encore le papier délicat de la rétribution qu’il demande après chaque instant d’égarement. Elle suinte pourtant, la honte incendiaire. Et ce dégoût purulent qui s’agrippe à sa peau, en éclat de verre au milieu de la pâleur et des taches de rousseur. L’ignominie douloureuse, la plaie béante et depuis longtemps infectée. Un peu plus à chaque étreinte factice, de la misère dans les chairs et l’illusion de doigts vengeurs appuyant avec hargne pour mieux faire rejaillir la souillure. Faire souffrir, encore et encore, au rythme de sa respiration, des battements mornes de son cœur fatigué. Le débauché a pourtant battit un rempart autour du piteux organe, le garde prisonnier dans l’enceinte de cette armure de rien qu’il a créé la nuit où on lui a volé son unique raison de vivre. Eclosion du rien dans le ventre, de la chaleur factice qui s’appose sur les lippes et cisèle la finesse des traits. Un nouveau coup de pinceau sur le tableau de l’ingénieur en robotique, celui de la gêne. La sienne, le français la sent palpiter sous la peau tannée. L’infâme gêne qui pousse à la honte, à l’hésitation. Quand l’envie d’origine perdure pourtant dans les pupilles, il en a vu la marque ignoble dans les yeux sombres. Dans ce regard qui s’est posé sur lui pour le détailler comme un vulgaire morceau de chair que l’on se doit d’inspecter avant de se décider. L’habitude ancrée au corps, l’esprit déjà vide pour s’en insurger. La concupiscence du reste du monde l’indifférence autant qu’elle le révulse. Accrochée aux automatismes de son propre corps, au souvenir de cet autre qui le hante. Milicien abîmé pour faire taire l’attraction, le besoin déroutant de s’en rapprocher pour mieux s’y brûler cet épiderme affreusement pâle.

Un léger soupir pour chasser l’intrus, le remettre dans les limbes de son esprit pour ne plus y revenir tout le temps de l’entrevue. Le temps qui passe, une aubaine pour le rouquin, de la perte pour le brun. L’esquisse d’un sourire s’appose sur les lippes, le temps d’un éphémère battement de cœur. Il sait, ce qui pousse son client à faire appel à ses services. Ce besoin lancinant de contact quand il devient impossible de le trouver ailleurs. Quand la personne qu’il préférerait inviter à entrer chez lui devient absente. Piètre pis-aller pour combler le vide, exutoire dérisoire d’une frustration gênante au point de détourner l’esprit de ses occupations. Regan n’en pense rien, ou pas grand-chose. Si ce n’est une profonde et étrange compassion à l’égard de cet homme fatigué. Frère de cette autre qui le rejette et qui l’accable. Lui qui aurait dû mourir à la place d’un fiancé, sacrifier sa vie pour la cause de la résistance. Erreur dans l’engrenage de son existence, continuer de fréquenter le frère en est une autre qu’il ne parvient pas à abandonner. Se résoudre à rayer de sa liste de client le nom d’Ashley, reviendrait à perdre les précieuses informations qu’il distille au gré des discussions, des instants volés. Elle le détesterait Riley, si seulement elle savait ce à quoi il s’adonne sans sourciller. Sans remords apparents, bien qu’en profondeur, l’acide racle son ventre.

« - Je ne suis pas là pour juger ton intérieur et la façon dont tu l’aménages. Ne t’inquiète pas pour ça. » Lâche-t-il dans un souffle, de la chaleur dans la voix. Peu lui importe le décor, l’ordre ou le désordre. Lui qui préfère les choses désordonnées et le capharnaüm. Gêne déplacée de son hôte, quand pour lui il est plus aidé d’évoluer dans un monde effondré plutôt que dans le vide aseptisé des antres de ces richards licencieux. « - Ca ira, je te remercie. » La politesse l’indispose, lui donne l’odieuse impression d’une proximité familière entre eux. Bien au-delà de la relation viciée qu’ils entretiennent. L’intrus erre au milieu du désordre, effleure doucement du bout des doigts dans un geste faussement innocent le dossier du sofa. Luxure agrippée aux épaules fragiles, la sensualité suinte sans même y penser. L’esquisse du féminin qui se mêle au masculin dans les gestes qui se font tentateurs. Il a le regard qui vacille sur le décor, s’arrime au moindre détail pour y déceler la présence d’une nouveauté, d’un quelconque papier important abandonné là par mégarde.

« - Préoccupé tu dis… De nouvelles énigmes technologiques à résoudre rapidement ? » Anodine petite question, distillée dans un ronronnement innocent. S’avancer sur un chemin accidenté, prendre le risque de contraindre la discussion à suivre cette route sans se cacher derrière les sens encore embrumés d’envie de l’américain. Obtenir des réponses, maintenant ou plus tard, peu lui importe, il sait qu’elles viendront. Que la distance imposée entre eux finira par s’effondrer. Dans une poignée de secondes ou de minutes, mais elle tombera. Le débauché s’en assurera, entreprend déjà de se délester de sa lourde veste qu’il pose doucement sur le sofa qu’il contourne à nouveau. Le murmure de ses pas sur le sol alors qu’il se rapproche de son client, la caresse brûlante de ses pupilles enjôleuses venant s’apposer sur la silhouette d’Ashley. Une piètre question de temps, rien de plus.

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MessageSujet: Re: /!\ Killed the craving { Regan   Mar 4 Juil - 13:52

Le combat ne cesse jamais, contre toi, contre tes envies, contre le désespoir qui te ronge, contre cette chose qui semble vouloir te transformer en un être que tu n'es pas. Ça semble être là, tout le temps, accroché à ta peau, à tes os. C'est une lutte de tous les instants et tu es fatigué, fatigué au-delà de toute compréhension. Mais tu as trop pris l'habitude de vivre pour les autres, de tenir pour les autres. De t'oublier. Alors même si l'espoir est infime, même si les pistes sont minces, tu continues, jusqu'à l'épuisement, l'usure, le dégoût. Parce que c'est tout ce que tu sais faire. Tout ce que tu sais être. Un pilier pour les autres. Un pilier qui s'effrite et tombe en ruines, certes, mais un pilier quand même.

Les secondes s'allongent, s'éternisent, inutilement. Tu retardes l'inévitable, tu le sais. Tu sais que ce temps payé à rien faire est une perte, techniquement, mais loin de l'alcool, loin de la tentation, il t'est plus facile de regretter ces décisions, de te dire que ce que tu fais est mal. Avant Regan, tu n'aurais jamais songé à payer ce genre de services. Peut-être es-tu tombé trop bas, peut-être es-tu trop cassé, trop désespéré. Il y a la fierté qui essaie de te faire dire non, tes propres valeurs qui se rebellent contre un tel comportement que tu as condamné toute ta vie, mais la solitude creuse un trou béant dans ta poitrine, et parfois tu as l'impression de manquer d'air, d'avoir le souffle coupé tellement la douleur ressentie est presque physique. Même si Regan n'est qu'un placebo, qu'un moyen un peu bancal de combler le vide, il reste là. Même si tu détestes le pourquoi de sa présence, il est là quand tu en as besoin. Et c'est mieux que ce que tu peux dire du reste de ton entourage.

Halstein ne reviendra pas, tu le sais. Alors autant faire une croix dessus et l'oublier. L'enterrer dans ce cimetière qui semble peu à peu avoir remplacé ton coeur. De toute façon, essaies-tu de te dire, presque mécaniquement, le milicien ne pouvait rien t'apporter de bon. Juste un peu plus de douleur et de cassure. Juste un peu plus de haine et de honte brûlante. C'est ce que tu essaies de te dire. Ce dont tu essaies de te persuader. Mais le muscle qui fait battre le sang dans tes veines ne semble pas vouloir t'écouter, traître qu'il est.

Parfois tu aimerais ne pas avoir de coeur. Être une de ces machines que tu montes et démontes, crées et inventes. Alors tu n'aurais pas mal. Alors tu aurais l'efficacité sans être encombré par les sentiments. Handicapé par eux, noyé par eux. Ils te tirent vers le fond et ne t'apportent rien de bon. Trop de coeur, Ash. Ça a toujours été ton problème. Peut-être devrais-tu le troquer contre un coeur fait de satin et de sciure de bois un corps de fer qui rouille. Peut-être alors tout serait bien plus supportable.

La voix douce de Regan te tire de ton humeur morose, te soutire un sourire vacillant. Un rappel presque cruel dans sa simplicité de ce pourquoi il est là, qui il est exactement et de la nature réelle de votre "relation". Ce n'est pas comme si tu avais oublié, mais parfois tu t'aveugles et tu ne sais si c'est mieux ou pire que le rouquin remette les choses en place. Mieux, probablement. Ne préférais-tu pas justement cette simplicité, cette absence de mensonges ? Tu oublies, Ash, tu oublies trop vite.

Ton regard suit Regan qui erre dans ton salon, magnétisé, accroché à la silhouette qui paraît presque fragile. Tu ne peux pas t'en empêcher, c'est plus fort que toi. L'envie remonte à la surface, elle qui n'a jamais vraiment disparu, juste été étouffée sous la honte. Un soupir s'échappe de ta gorge. La stabilité semble plus proche, plus tangible, comme si simplement avoir Regan ici te permettait de calmer un peu la tempête dans ta tête. Ou plutôt la faire taire, la distraire. Tu vois la lourde veste qui tombe. Les gestes, simples effleurements qui pourraient paraître anodins, mais que tu devines calculés de la part de Regan. Ton esprit pense à d'autres endroits où ces mains pourraient se poser. Tu es facile à manipuler sur ce terrain, tu le sais. Tu t'autorises le premier contact depuis que le rouquin est entré chez toi, quand il se rapproche jusqu'à être à portée de main. Les phalanges s'attardent sur le cou délicat, s'étirent comme pour tracer le réseau de veines sinueux sous la peau trop pâle. Attirent doucement Regan à toi. Tes iris s'attardent sur ces lèvres au sourire enjoliveur.

« Quelque chose à reprendre de zéro, surtout, oui. Même si j'imagine que plus vite je travaille, plus ceux d'en-haut seront satisfaits. » réponds-tu, une pointe d'agacement dans la voix.

Tu chasses la pensée. Le gouvernement n'a rien à faire ici, dans cet instant. Pour un moment, tu es égoïste et tu veux oublier que ce que tu fais est mal. Ta main libre s'égare sur le fin tissu de la chemise – la chaleur qui irradie de la peau en-dessous fait naître un lent feu en toi. Tes lèvres prennent le chemin du côté découvert de la nuque, s'attardent sur un geste tendre qui est probablement futile, ridiculement sentimental. Trop de coeur, toujours trop de coeur.
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RUNNING TO STAND STILL

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MessageSujet: Re: /!\ Killed the craving { Regan   Sam 8 Juil - 15:40


En travers la honte et la gêne qui se glissent dans les pupilles, l’obstacle d’une injure qui refuse d’abandonner l’esprit fatigué. Au milieu du désordre de la raison contre le besoin, une seule créature qui se fait l’odieuse voix de l’interdit. Détruire le présent dans les bras du déchu, ce que ces puissants bannissent et jugent. Ces mêmes qui emploient les talents de l’homme qui s’effondre peu à peu sous les pupilles d’émeraudes. Déchiré entre ses travers et ses droitures. Sous le couvert d’un appartement en désordre, le français venu crever l’ordre établi par sa sale présence. Rejet du sale, l’apostat offrant au cœur et au corps la paix si honteusement défendue. Ces gestes qui se font tentateurs dans toute leur innocence, cet ignoble accroché à sa peau depuis l’enfance, l’indécence qui se trace dans la finesse de ses traits. Le rouquin comprend alors, que la conversation se doit de s’arrêter là. L’évasif de ces mots qui lui laissent un arrière-goût d’incomplet sur la langue. Prisonnier de la volonté de celui qui paie pour sa compagnie, les dents se serrent dans un spasme de déception. Ignorer le vide sous sa peau, le vertige d’en savoir plus pour servir la cause qui est la sienne. Il se fait violence, se perd dans le soupir qui s’échoue contre ses lèvres. La distance qui se brise sous l’impulsion du brun. Une simple question de temps, piteuses secondes, minutes. La chaleur d’une autre peau contre la sienne, ces doigts qui se posent contre sa nuque dans l’esquisse d’un geste dont la tendresse lui révulse le cœur. Poignarde l’infâme morceau de chair et laisse courir le temps d’une inspiration la marque de la compassion. Souffrance éphémère, la barricade faite de tout et de rien qui se recompose autour de l’organe, distille du néant dans ses veines qui ne demandent qu’à s’embraser.

« - C’est une certitude… L’efficacité qui trime face à la rapidité. » Il le souffle, incertain. La gorge qui s’offre aux lèvres de l’américain, la tête qui se penche doucement sur le côté en une invitation honteuse. S’embrasent alors la fièvre et l’envie, les flammèches sur ses reins brisés. L’abus d’un corps qui ne lui a jamais appartenu, l’instinct vile ancré dans les réactions qui se succèdent et s’enchaînent. A son tour de mourir de honte face à la bassesse de sa propre enveloppe. Il se déteste, se haie et se noie dans les cendres de sa dignité. Souille la mémoire au gré des phalanges contre son torse. Salit le nom de cette autre qui a été toute son existence. A l’anarchie des corps, en hommage à la résistance qui se meurt doucement, il renonce à la lutte. Abandonne les relents abîmés de sa raison et cède, ne devient rien de plus que la débauche personnifiée. Celle qui est trop sale pour être offerte gratuitement, payer pour oublier. L’un des multiples visages que peuvent revêtir ces morceaux de papiers verts. Oublier, tromper, combler le vide, dominer, briser… Qu’importe, il se moque des raisons, il finira à genoux devant les envies de tous ceux qui viendront se perdre entre ses reins. Putain des bas-fonds, peu importe qui ils sont, il sait ce qu’il doit être. Apprendre sous la pulpe de ses doigts les besoins de chacun. Ashley qui s’est imprimé dans sa mémoire viciée, il a la carte de sa peau dans les méandres de ses souvenirs, les notes de ses soupirs accrochées à ses tympans. Alors avec une douceur tendre, Regan brise son immobilisme. Glisse une main dans les mèches sombres, les emprisonnent dans l’étau de ses doigts. Quand l’autre indécente se perd dans la cambrure des reins. Esquisse la ligne du dos aux muscles tendus. Tension folle, frissons qu’il peut sentir sous le tissu à s’en mordre la lèvre.

Offrir à l’incertain l’importance dont il a besoin. Toute l’attention qui lui fait défaut aux yeux d’un autre. Sa compassion s’étiole au gré des perditions de ses phalanges. L’odieux mécanisme d’un être détruit, ses sentiments se brident et l’abandonnent. Coquille vide sous les phalanges d’un autre, le français a la chaleur au corps, du lascif à revendre mais du vide dans la poitrine. Désolant mélodrame de quelques instants, la pâleur de sa main qui se perd sous le haut du brun, il se brûle les doigts contre la chair tannée. Agrippe un peu plus les mèches sombres dans une poigne plus ferme, fait basculer la tendresse dans les méandres d’une domination naissante. Eloigner le visage de sa gorge et laisser courir la chaleur de son souffle contre les lèvres. En caresser la texture lisse, lentement et faire naître de la frustration dans les veines. Battements de cœur fébrile, trébuchent et crèvent lorsque les lippes enjôleuses s’accrochent et s’arriment à celles d’Ashley. Premier pas vers sa perdition, les hurlements s’élèvent sous sa peau. Contre la bouche de son client, l’esquisse d’un sourire triste et la rage qui le prend au ventre se répercute dans le baiser qui n’en devient que plus fiévreux. Ses mains abandonnent la carcasse et se plaquent contre le visage, l’emprisonnent dans un étau brûlant, les hanches qui se plaquent contre leurs opposées. L’indécence, en dangereuse invitée dans la demeure de l’ingénieur. On le paie pour ça, on l’appelle pour cette seule raison. Il exécute les vicissitudes d’un monde à l’agonie, ce que l’on condamne mais dont on ne peut se passer. Le savent-ils seulement, ses supérieurs, que leur petit génie se réchauffe le cœur en compagnie d’une putain au lieu de se tuer à la tâche ? Sûrement, sans doute. Douce ironie, délicieuse infamie.

_________________
❝ Naufragé dans la nuit



On s'achète on se vend. Au vent des hémisphères. On se jette, on se prend contre un peu d’éphémère. Sur l'étoile d'argent, le cerveau, la chair. Faudra choisir un camp. L'obscur ou la lumière.
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MessageSujet: Re: /!\ Killed the craving { Regan   Jeu 24 Aoû - 15:20

Il y a des mots qui sont prononcés, sans doute, mais tu ne les entends plus, tu n'y prêtes plus attention. À quoi bon t'y attarder ? Ils ne changeront pas l'intention de tes gestes, n'arrêteront pas le tracé de tes doigts. Car n'est-ce pas pour cela que tu paies, Ash ? L'incapacité de dire non ? Une non-agression tacite, pour contrer les poignards dans le coeur distillés par d'autres ? Tu te dégoûtes, à rendre esclave un autre à ta volonté, à lui voler sa liberté à coup de quelques billets. Tu te dégoûtes et tu sais que la faute n'est pas entièrement tienne, que la créature tentatrice qui prend vie sous tes doigts joue aussi son rôle dans cette machine sale et infernale. Mais tu es un engrenage de ce système, un vulgaire pion qui perpétue une chose que tu hais, que tu méprises et dont tu as ridiculement besoin en même temps. Tu es faible et tu te détestes mais tu ne parviens pas à t'arrêter. La haine ne fait qu'enfler.

Alors tu veux oublier. Tu n'as pas l'alcool pour t'aider, piètre moyen qu'il est, mais tu peux essayer d'arrêter de réfléchir. Laisser cette magie obscène opérer, la laisser éveiller des feux pour en noyer d'autres. Laisser Regan prendre le fardeau pour un moment, te permettre de respirer un instant. Parce que tu es égoïste et que pour une fois, tu veux arrêter de penser aux conséquences, arrêter de penser à ce que tu dois faire et devrais faire, arrêter de penser aux autres. C'est ton vice le plus honteux, mais il ne fait de mal qu'à toi-même, et n'est-ce pas mieux que les perversions d'autres ?

Tes lèvres parcourent la peau délicate, tracent les veines apparentes sous l'épiderme, se perdent sur la chair tendre, interdite par la loi, mais offerte à toi, pour un temps déterminé. Ce n'est pas exactement ce que tu veux, pas la personne que tu veux, mais c'est un placebo qui convient pour un temps, comble le vide pour un instant. Une drogue plus douce, moins corrosive pour ton âme.

Tes lèvres s'entrouvrent sous une exclamation muette quand tu sens les doigts de Regan s'enfoncer dans tes mèches sombres, tirer doucement sur celles-ci. Tes yeux s'assombrissent sous le désir et tu te laisses guider tandis que tu gouttes à la chaleur de sa bouche, à l'indécence de ses baisers. Tes doigts se perdent sous les vêtements, étoles qui encombrent ton chemin, barricadent ta voie. Tes gestes perdent leur précision sous l'impatience et l'irritation naissante face à ces obstacles indésirables. Tu t'arraches un instant au corps de Regan, sens un froid horrible t'envahir durant ces quelques secondes d'absence, qui fait frissonner ta peau. Une éternité d'agonie, tandis que tu le délestes de ces bouts de tissus que tu hais au plus au point en cet instant. Et puis enfin, tu peux à nouveau parcourir sa peau, sans entraves cette fois, et tes mains qui ont connu mille labeurs peuvent se perdre sur la peau trop pâle, trop délicate, trop parfaite. Ça paraît presque un crime de le toucher, presque une façon d'avilir un être trop pur et pourtant tu sais que c'est loin d'être le cas. C'est une illusion, un mensonge, mais pauvre fou que tu es, pauvre idiot que tu es, tu te laisses prendre au jeu, laisses prendre au piège. Tu n'es pas le premier qui caresses ces flancs, agrippes ces hanches pour les rapprocher des tiennes, t'empares de la cambrure de ses reins comme si cet être t'appartenait. Tu n'es pas le premier, tu ne seras pas le dernier mais pour un instant, tu oublies. Et l'oubli, dans ton monde fracturé, pour ton coeur en lambeaux, est la plus douce promesse qu'on peut t'accorder.

Tu ne sais pas si tu indiques un chemin à prendre, ou si tu l'attires sans un mot là où tu veux qu'il aille. Tu ne sais pas et tu t'en fous, le tout s'emmêle dans un maelström enfiévré de bouches et de mains, de peaux brûlantes et de soupirs exaltés. Tu te perds entre ses bras, entre ses reins, et tu oublies que c'est mal, oublies que tu n'as pas le droit, tandis que tu t'accroches à Regan comme un naufragé, tandis que tu observes le visage se tordre de plaisir, le corps défendu plier sous toi, répondre à tes mouvements comme la plus belle des marionnettes.

C'est sale, c'est mal, et le monde te rattrapera bientôt mais pour un instant, juste un instant, tu es égoïste.

***

Le calme et l'apaisement pour un temps. Comme un pansement sur une blessure. Ou plutôt se traiter à la méthadone pour éviter de toucher à la morphine. Ça calme la dépendance, la rend supportable. La folie est plus douce. Mais bientôt le monde retrouve ses couleurs sanglantes, sa véracité crue. Les mots sont échangés, les billets également. La fébrilité remplacée par une sensation de vide, quand Regan passe la porte.

L'amertume de la culpabilité, elle, ne te quitte jamais.
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/!\ Killed the craving { Regan

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