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 (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining

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« Le prodige et le monstre ont les mêmes racines. »

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↳ Citation : C'est de cela dont j'ai vraiment peur. D'être véritablement un monstre. Je n'ai pas envie d'être un tueur, mais je ne peux pas m'en empêcher.
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MessageSujet: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Dim 23 Avr - 0:36

Elle pose une lumière blafarde sur la ville. Elle la couve, cette ville, avec un regard maternel. Elle la surveille, elle la protège, mais surtout elle la transforme. Elle plie ses jouets à son bon plaisir, elle tord leur chair, brise leurs os, réorganise leurs corps, elle les recouvre de poils, d’écailles, de plumes, elle noie leurs poumons, dissèque leurs branchies, elle en fait des bêtes. Les hommes deviennent des bêtes. Sous son éclat, plus d’humanité, plus de souvenirs. Plus d’émotions, juste des instincts primaires, juste des instincts primitifs qui fait du carnassier le prédateur, de l’herbivore la proie, de la vengeance une réalité et des rancœurs de l’homme, la chasse de sa nuit. Pattes de velours, oreilles dressées, crocs étincelants, museau levé, babilles retroussées, odeurs excitantes que la peur pose sur la piste, comme une trace resplendissante qui mène au gibier. Ce soir, sous le regard d’une lune brillante, le loup est en chasse, le loup est en marche, le loup hurle à la lune. Ce loup est maître, ce soir. Et l’homme n’est plus qu’un souvenir, qu’un écho de doutes, qu’un reflet dans les yeux de l’animal. Pattes de velours, il court à longues foulées, il effleure des sentiers de terre, des surfaces enneigées dans lesquels ses traces ne sont que des soupirs. Oreilles dressées, les craquements sont des coups de tonnerre, son souffle se cristallise dans un rayon de lune, sa langue, pendante, halète. Crocs étincelants, crocs qui seront tâchés de sang. Le loup n’est pas là pour dormir, le loup est sur son territoire. Sans meute, sans frères, sans subordonnés, le loup est seul ce soir, mais le loup est maître. Museau relevé, l’odeur est en suspens dans l’air. Le loup s’arrête, ses oreilles se dressent, alertes. Une odeur. Un souvenir. L’homme s’interroge, le loup l’ignore, tout comme il ignore l’odeur, trop humaine à son goût. Ses proies ont quatre pattes, ses proies sont enveloppées de muscles et de chair tendre, ces proies ne sont pas engoncées dans des tissus indigestes. Odeur. L’homme insiste. L’odeur est importante, le loup a faim. L’odeur est dangereuse. Le loup halète et s’approche d’un arbre où elle s’est faite insistante. Il s’est appuyé ici. Il a peur. Il est perdu. L’homme doute. Hésite. Oscille. Et le loup, lui, attend patiemment. Que faire ?

Un lièvre, un lièvre est parti par là-bas. La queue de l’animal s’agite. Mais la proie, la Proie, la véritable proie, elle… il ne l’a jamais connue. Il ne l’a jamais croisé. L’odeur, elle ne s’est jamais imprégnée dans sa mémoire comme associée à une silhouette, mais elle est trop semblable pour que le doute se transforme en certitude. Le loup fait un pas vers le lièvre, s’arrête, une patte en l’air. La repose sans avancer davantage. Le silence, subitement. Le vent. L’odeur. L’odeur. Et ce mélange, subtil, qui se fait en son sein. Le sang, il a soif de sang. La vengeance, il a soif de vengeance. Brutalement, la densité de l’homme déferle sur l’animal, l’asphyxie par la complexité de ses émotions, par la complexité de ses réflexions. Et un gémissement. Un gémissement lorsque des coups s’abattent sur son dos, sur son échine. Cela, plus que la rancœur, le loup comprend. L’homme a été victime de coups, comme le loup en a été la victime à son tour pendant la longue nuit. L’homme veut mordre, déchiqueter, agresser celui qui l’a mis en cage, qui a tué sa meute, qui a tué ses petits. Le loup peut comprendre ça. Brutalement, la densité de l’homme se retire, comme une mer soulevée par la tempête se serait abattu sur les falaises pour aussitôt les délaisser. Ce soir, le loup est maître. Ce soir, l’homme est spectateur. Ce soir, les deux collaborent sans identité, juste un partage d’envie, de désirs bruts, de pulsions et de besoins. Le loup repart en chasse. Le loup fait disparaître la distance, plus silencieux qu’une ombre. La piste s’affirme, l’odeur se densifie. Le loup chasse, le loup accule. Le loup frôle un buisson et hurle à la lune, le loup grogne et se dévoile, sous l’impulsion de l’homme.

De l’homme qui reconnait la silhouette. Grand-père. L’animal retrousse ses babines. Son grondement provient du fond de ses tripes, son attitude est humaine dans sa menace, animal dans sa violence. Le loup est vecteur d’une colère vieille de sept siècles. Cet homme, face à lui, n’est que l’écho d’un monstre qui a détruit bien trop de vie. Mais il se contentera d’un écho. Le loup s’en contentera. Pas d’analyse, pas de réflexion, juste des pulsions. Un nouveau pas. Contrenature pour l’animal. Il met sa proie au défi, veut la regarder dans les yeux, sentir sa peur exsuder par tous ses pores. Jouer avec lui, comme un chat avec une souris.


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MessageSujet: Re: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Ven 12 Mai - 23:48


There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining
We have to find a way to change our destiny. Hate and fear corroded all our hopes and dreams. That's all we have achieved ••• Le passage de Lucrezia restait dans sa mémoire. Incapable d'oublier les questions de son amie, mais aussi l'argent qu'il entreposait désormais chez lui. Tout ce qu'il espérait à présent, c'était que personne ne déciderait de mettre sens dessus dessous son appartement. Il n'imaginait même pas les questions qui lui tomberaient dessus si des membres de la Milice tombaient sur un tel pactole. Même eux ne devaient pas avoir autant d'argent, tout en travaillant pour le Gouvernement. Alors un simple pompier ? Evidemment que cela soulèverait des questions, pour autant qu'on ne le tue pas avant. Finalement, refuser aurait été l'un des meilleurs choix, mais Orfeo ne le pouvait pas. Pas envers Lucrezia qui était celle lui ayant tendu la main à la sortie de Darkness Falls, qui lui avait permis de ne pas se perdre dans cette société si différente que celle qu'il avait abandonnée des siècles auparavant, quand bien même les souvenirs de cette période ne l'étouffaient pas. Lucrezia lui avait permis de ne pas sombrer, de ne pas se faire manipuler, et d'un côté, il savait qu'il lui devait énormément. Voilà pourquoi il avait accepté sans rechigner le sac transmis, malgré le danger que cela pouvait représenter pour lui-même. En plus, cela avait été l'occasion d'avoir une petite discussion sur le surnaturel, qu'Orfeo avait caché jusque-là. L'humaine que son amie était n'était pas encore prête à assumer leur existence. Aujourd'hui, tout avait changé.

Pourtant, cela ne faisait que cinq ans. Cinq petites années durant lesquelles un Gouvernement extrême s'était installé, avait pris place au pouvoir sans le laisser s'échapper une seule seconde, même si 2013 avait entraîné un nouveau changement. Et au bout de cinq ans, Lucrezia avait accepté la possibilité d'êtres différents. Pour l'esprit cartésien qu'elle était, il savait à quel point tout cela était compliqué. Néanmoins, elle était parvenue à passer outre. Finalement, la discussion de la veille avait pesé sur l'esprit d'Orfeo bien plus qu'elle n'aurait dû. Quelque chose l'avait dérangé dans le comportement de l'autre. Il n'avait pas réellement réussi à mettre le doigt sur quoi exactement, mais cela lui avait trotté dans l'esprit toute la journée, si bien que la fatigue avait rapidement été chassée alors que la soirée arrivait. Il était là, faisant les cent pas au cœur de son appartement, hésitant aussi à aller toquer à la porte de son amie pour avoir des précisions, des réponses, plutôt que de se ronger les ongles en espérant qu'il en saurait rapidement plus. Néanmoins, il se doutait qu'il n'était pas le seul à qui elle irait confier l'argent. Et donc... Possiblement, elle ne serait pas chez elle. Et dans tous les cas, ce n'était pas le moment de la déranger.

Voilà d'où venait sa décision stupide d'aller se promener à l'extérieur du mur. Pour se détendre, s'aérer l'esprit. Une tenue noire, confortable, fut enfilée alors qu'il laissait son bipeur sur la table basse de l'appartement. Pour ne pas être dérangé. Les pas glissèrent silencieusement dans la nuit tombant, le menèrent jusqu'à la zone de décontamination au sud de la ville, celle qui permettait de sortir, mais aussi de rentrer. Les armes furent braquées dans sa direction dès qu'il s'approcha. Léger sourire sur le bord des lèvres, elles furent rapidement baissées, et lui oublié. Jeu d'illusions qu'il commençait à maîtriser suffisamment pour embrouiller les esprits quelques minutes. Suffisamment longtemps pour qu'il passe au travers de l'inspection, qu'il ne se fasse pas remarquer et arrêter. Sans demander son reste, il s'enfonça dans la forêt bordant l'extérieur. Au fur et à mesure de la distance, ses illusions s'amenuisaient, avant de disparaître. Enfin, il était assez éloigné pour éviter qu'une course ne s'enclenche avec les gardes. Et puis, soyons sérieux cinq minutes, personne ne serait assez fou pour quitter les murs protecteurs de la ville, notamment lorsqu'on savait qu'à la moindre morsure par une créature, on était considéré comme un paria. Orfeo s'en moquait bien, lui, il était déjà haï pour sa nature. Mikkel le lui avait prouvé, et Rafael... Bon Rafael s'était encore différent.

Les minutes passèrent, bientôt suivies d'heures. Seul le silence l'enveloppait, parfois coupé par des hurlements d'animaux. Rien de bien dangereux finalement, puisque peu venaient dans sa direction. Et il suffisait qu'il pense cela pour sentir une nouvelle présence non loin de lui, bientôt confirmé par un grognement. Les muscles se tendirent, son cerveau fit rapidement remarquer que quelque chose clochait. Il se tourna, lentement, pour tomber face à un loup. La pénombre environnante l'empêchait d'y voir plus clair mais le danger était palpable. Il était devenu la proie. Sueurs froides glissant le long de son échine, il resta dans un premier temps paralysé. Si une attaque était portée contre sa personne, il n'y survivrait certainement pas. Sa guérison ne fonctionnait pas, et sa puissance physique n'était guère plus élevée que celle d'un humain sans pouvoirs. Autant dire dès maintenant que ses chances de survie s'approchaient très fortement de zéro.

Un pas du loup entraîna un recul d'Orfeo. Une petite voix dans sa tête lui pointait du doigt certaines incohérences dans le comportement de l'animal, mais l'instinct ne voulait rien entendre. Finalement, il allait certainement faire le contraire de ce qu'il devrait faire. Le dos se heurta à l'arbre, la respiration se fit plus hacher. La peur était présente, écrasant, tordant ses entrailles. Seul, il mourrait. Quelques insultes passèrent la barrière de ses lèvres. En italien bien sûr. Italien ancien, tiquant dans son esprit. Nouveaux pas en arrière, sans quitter de son regard dilaté par la frayeur l'animal. Bête qui allait lui sauter à la gorge, la lui arracher. Survie comptée en secondes, peut-être en minutes.

L'instinct prit le dessus, entraînant la fuite. Il tourna le dos à la bête. Mauvaise idée, dont il ne se rendit pas compte, pas sur le coup. Il pensait juste à courir, engloutissant la distance, évitant les racines du mieux qu'il pouvait. La raison asphyxiée par un trop-plein de terreur, le poussant au-delà de ses propres limites. Pourtant, la présence était toujours là. Logique après tout, qui pourrait échapper à la traque d'un loup ?

Course effrennée, stupidité de celui qui pensait pouvoir fuir. Rien n'était moins possible. Course arrêtée, mort attendant désormais de faucher son existence. Le pied heurtant une racine plus importante, le corps se fracassant au sol. Il entendait la bête, il la sentait. Et il n'aurait pas le temps de se relever.

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MessageSujet: Re: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Sam 27 Mai - 15:55

Il est là. Devant le loup. Il est là, un battement de cœur affolé devant lui. L’odeur de la chasse, l’odeur de la peur, une odeur dont l’animal se délecte. Le monstre est acculé, le tortionnaire est pris au piège, celui qui a été longtemps un prédateur aux yeux de l’animal est devenue une proie et le loup ne peut que s’en réjouir. L’homme est toujours là, qui teinte son regard d’un bleu azur, qui le nourrit de ses souvenirs, de sa douleur, des agressions constantes de l’aïeul. Asphyxie des sens, asphyxie de l’homme, l’animal suffoque de rage et de colère, s’aveugle d’une fureur initiée par l’humain, stimulée par la bête, renforcée par la rencontre des deux et l’influence d’une Lune éclatante. Il est l’esclave de la Lune, le loup ; l’homme est esclave de l’astre, les deux ne font plus qu’un cette nuit, pour une nuit qui le rabaisse à ce qu’il y a de plus simple, une nuit qui le décharge de remords, qui laisse parler ce qu’il est, au fond, tout au fond de lui. Un chasseur. Un chasseur assoiffé de sang, un chasseur à la gueule asséchée de frustration. Un chasseur, un animal solitaire, brisé, détruit, mis en pièce par cette silhouette terrifiée, en face de lui. L’odeur de peur s’intensifie lorsque le loup dévoile sa présence dans un hurlement et une mise en garde. Il croise le regard de la proie, dévoile des crocs immaculés qui ne demandent qu’à s’obscurcir. D’ordinaire, l’homme mate le loup. D’ordinaire, l’homme temporise le loup. D’ordinaire, l’homme raisonne le loup. Mais pas cette nuit. Et pas face à ce regard, ce regard qui le transporte des siècles en arrière, dans un hier délétère, dans des souvenirs diffus, confus, embrasés d’émotions et de rancœurs, nocifs, chargés d’un poison corrosif. Tue le, souffle ce qu’il reste de son humanité. Désespérée. Tue le, qu’on en finisse. Tue-le, fais lui payer. Tue-le et venge toi. Venge-les. Il a guetté cette opportunité tant d’années, il a espéré cette rencontre trop de décennies.

Pattes de velours creusent leur chemin dans la neige, il fait un pas en arrière. Le grognement de l’animal s’intensifie. Se densifie. Prend consistance dans l’air frais, apaisant d’une forêt pourtant silencieuse. Achève-le, la voix de l’homme se fait pressante. C’est ta proie, c’est le destin qui les a fait se retrouver. L’aïeul a peur, l’aïeul empeste la peur, une peur qui fait sourire l’homme de satisfaction. Devant lui, les images sont déformées par la haine, par le prisme de la bête qui mélange les années, les siècles et les colères, par les rétines kaléidoscopiques d’une âme chargée de fiels et d’infections, par une âme lacérée de plaies putréfiées par les âges. Meurtrier, gronde le loup, porteur de la volonté de l’homme, d’une volonté entremêlée aux instincts du chasseur. Il n’y a plus d’homme, il n’y a plus de loup, il n’y a qu’un hybride, un hybride aux sens exacerbés, aux émotions déployées dans un maelstrom incompressible, un maelstrom incontrôlable, une tempête intérieure. Une tempête qui résonne dans le silence d’une nuit éclairée, dans des rétines qui le fixe. Nouveau pas en avant, l’autre continue de reculer. C’est un jeu, c’est un jeu et le prédateur s’amuse devant le pion terrifié. Il peut sentir sa peur, il peut sentir cette peur qui lui tord les entrailles. Des mots, des mots d’humain, le transportent davantage encore dans des terres de soleil et de vin, dans des terres de chaleurs et d’hommes. Des terres qu’ils ont tous les deux laissés derrière eux. Un souffle, le loup est souple dans ses mouvements, tout en puissance contenue, tout en puissance maîtrisée, tout en menace assumée, revendiquée, affichée avec délectation. C’est le caractère de l’homme qui déteint peu à peu sur l’animal, sans pour autant en reprendre le contrôle. L’influence de la Lune est là, lui simplifie la tâche pour se retrancher et observer ce que fait le loup. Avancer, guetter un mouvement. S’immobiliser, lorsque la proie se met à courir.

Lorsque la proie lui tourne le dos. Si lentement. Si candidement. Le loup trottine. Il ne peut pas lui échapper, il ne lui échappera pas. L’animal trottine, suit les traces, l’odeur, la peur, suit la silhouette qui tourne le dos, qui court. Le loup accélère, la chasse a pris un tournant intéressant. En quelques foulées, il détruit la distance, souffle dans ses chevilles et ralentit pour lui laisser reprendre espoir, et détruire cet espoir quelques arbres plus loin. Il attend l’erreur, il attend que l’autre cesse de jouer le premier. Il attend que l’autre cesse de s’amuser le premier, qu’il mette de lui-même fin à son agonie en présentant sa gorge aux crocs du prédateur. Une racine, l’une des pattes de l’aïeul s’y perd et il s’écroule. Le loup, lui, s’arrête quelques mètres plus loin. Il a un sourire joueur, l’animal, le sourire du loup face au lapin à la patte cassée. La course est finie, la course s’est finie trop tôt. Mais ce n’est pas un problème. Cesse de jouer, tue. L’influence de l’homme est diffuse, mais présente. Sa voix résonne dans les oreilles lupines, des oreilles qui s’abaissent, qui se redressent. Menace, assurance. Pas de peur. Juste de la satisfaction. Il attend un geste. Et passe à l’attaque.

D’un bond, de deux, le loup percute l’homme à terre, vise la carotide, trouve un bras qu’il enserre, qu’il sent craquer entre ses crocs. La main est relâchée, c’est le bras venu en protection dont la mâchoire se saisit. C’est le bras qu’il déchiquète d’un coup de crocs, pour casser. Briser. Immobiliser. Il y a de la rage, il y a de la colère. Il y a de la puissance. Mais il y a surtout de la bestialité, une bestialité sans pareille. L’homme n’a plus son mot à dire, l’instinct du loup est de frapper. De fracturer les pattes, de lacérer le torse, de chercher la jugulaire.

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MessageSujet: Re: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Lun 12 Juin - 23:02


There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining
We have to find a way to change our destiny. Hate and fear corroded all our hopes and dreams. That's all we have achieved ••• La peur, celle qui se glissait sous la peau, dans les veines, celle qui vous bouffait de l'intérieur, sans vous laisser le moindre répit. Il la sentait, s'insinuer dans son organisme, chaque battement renvoyait le venin un peu plus profondément dans son corps, grignotant petit à petit son cerveau et sa conscience. Il ne fallait jamais y céder, c'était ce qu'il avait retenu de l'enfer, mais aujourd'hui, il n'avait plus l'habitude de vivre autant sous pression. Et il restait un être humain, avec plus de failles que de forces. Malheureusement, puisqu'il tentait désespérément de montrer une face plus... Froide. Insensible. Bien loin du Orfeo du quotidien. Pourtant, cela lui aurait bien servi d'éliminer peur et autres sentiments de son vocabulaire, de ses ressentis. Il n'aurait pas fait l'erreur qu'il avait faite aujourd'hui. Il n'aurait pas fui, il n'aurait pas toujours le dos à son agresseur. Un animal, ça se matait. Un animal, ça se manipulait. Un animal, ça se contrôlait. Montrer une certaine puissance, dégager une certaine aura, voilà qui l'aurait aidé. Pas fuir lamentablement.

Surtout pour chuter quelques minutes après. Encore la peur tout ça. Grignotant le cœur, avec l'autre se jouant de lui. Bordel, depuis quand un loup semblait doter d'autant d'intelligence ?! Il semblait bien s'amuser à le poursuivre, lui laissant un maigre espoir de s'échapper. L'italien aurait presque pu y croire. Une partie de son esprit, non pétrifiée par la terreur, semblait évoquer la possibilité d'un métamorphe. Ce serait une proposition logique par rapport au comportement de l'autre. Néanmoins, le sorcier n'était pas assez conscient pour accepter l'hypothèse. Comme un instinct protecteur qui refusait la solution. Que perdrait-il à le remarquer ? Rien. Absolument rien, non ?

Face contre terre, il déglutit en sentant la présence animale du prédateur non loin de lui. Les entrailles se tordaient à l'approche de cette mort qu'il répétait ne pas craindre. Doux murmures pour ne pas chuter avant l'heure, il s'en rendait désormais compte. L'imminence de la Faucheuse avait tendance à remettre en cause toutes les émotions, toutes les croyances, et il n'échappait pas à la règle. Une pression se fit, vaine tentative de se redresser. Il parvint à se retourner, à temps pour percevoir la masse sombre fondre sur lui. La gueule trouva la direction de sa gorge, et il ne dut sa survie qu'à un geste désespéré. Le bras en offrande de quelques secondes, quelques minutes de vie supplémentaire. A quoi bon demanderez-vous ? A vrai dire, lui-même n'en avait aucune idée. Ca avait été le soubresaut de son existence, dernière réclamation face à la Faucheuse. Bien qu'il méritait la mort, la vraie, l'unique, pour tout ce qu'il avait fait, chaque décision qu'il avait prise, mauvaise le plus souvent. Pourtant, il grattait encore un peu de temps. Juste un peu...

La douleur iradiait, lui arrachant une grimace, un grognement de douleur. L'adrénaline l'empêchait de s'évanouir, même s'il aurait presque préféré. Tout allait trop vite. A peine le temps de comprendre que les crocs avaient déchiqueté la main, que c'était le bras qui en pâtissait. Violence d'une mâchoire qui brisait les os, arrachait la peau. L'animal avait retrouvé toute sa bestialité. Le temps n'était plus à la traque, le temps n'était plus au jeu. Le temps était à la mort.

Derrière la douleur, le cerveau et l'instinct s'activèrent de concert. L'adrénaline avait quand même eu pour effet de supprimer la peur. Bien ou mal, ce n'était pas le moment d'en juger. Les illusions naquirent, se gravèrent dans l'esprit de l'animal. D'abord tremblantes, puis de plus en plus nettes. Images suffisamment effrayantes pour le maintenir à distance le temps de récupérer. Souffle court, il recula en se traînant sur quelques centimètres. La chair à pâté lui servant de bras lui donna la nausée. Putain. Les images commencèrent à se superposer, Darkness Falls prenant place dans ce décor d'horreur. L'esprit n'arrivait plus à faire la part des choses entre réalité et cauchemar, entre présent et passé. La tête tournait, la tentative pour se redresser et fuir fut infructueuse. Les tremblements l'empêchaient de se tenir sur ses jambes, et les os réduits en charpie n'aidaient pas à se concentrer pour les calmer.

Il ne se rendit pas compte de suite qu'il avait cessé de maintenir l'illusion. Elle s'était fânée, sans avoir fait fuir la bête. Pas suffisamment effrayante. Pas suffisamment réelle. Tout avait été raté...

Nouveaux assauts, tentatives de repoussements pitoyables et infructueuses. La douleur première se mêla aux suivantes, toutes plus violentes les unes que les autres. La proie se faisait réduire en charpie. La bête avait nettement l'ascendance sur l'homme.

Puis il y eut le désespoir. L'énergie du désespoir alors que l'odeur du sang était la seule chose que percevaient ses sens amoindris. Les souvenirs de l'homme qui se drapaient dans les illusions. Partage inconscient avec la bête qui semblait si réceptrice. L'Orfeo d'il y a plus de sept siècles enfermé dans la chambre du palace italien. Image vue à travers son propre regard. Les jeux déposés devant lui ne semblaient pas combler son attention. Puis la porte s'ouvrit. Une silhouette si connue, autant haïe que détestée aujourd'hui. A l'époque, c'était l'admiration et l'amour qu'il y avait à l'encontre de son aîné. Rafael... Puis tout rebascula dans le présent. Leur dernière rencontre. Chaque mot prononcé, chaque mot rappelé à la mémoire de l'italien serra son cœur. Finalement, il aurait au moins voulu lui dire toute l'appréciation qu'il avait pour lui avant que la Faucheuse ne lui arrache son dernier souffle...

Les dernières gouttes de pouvoir s'éteignirent, et l'acharnement du loup ferait que la vie suivrait bientôt...

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MessageSujet: Re: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Ven 30 Juin - 12:35

Des siècles de rancœur, des siècles de colère, des siècles de violence se cristallisent dans les mouvements de l’animal. Il n’y a guère d’illusions à se faire : le loup est en chasse, le loup joue peut-être mais le loup n’est là que dans un et un seul objectif : tuer. Se venger. Faire couler le sang, et les larmes, presser la plaie pour en extraire le pus et l’assainir comme il peut, de ses crocs et de ses griffes, de son regard azur aux promesses de mort. Des siècles de rancœur roulent sous son pelage lorsqu’il détruit la distance qui le séparait de sa proie. Des siècles de colère guident ses crocs, dévoilés dans un loup grognement. Des siècles de violence… le loup saute. Le loup attaque. Sang, douleur, cri, os et fracture : c’est la main, c’est le bras qui deviennent masses informes. Sang, douleur, cri, os et fracture : l’attaque a commencé, les prémices auguraient de la destruction, la vérité est bien pire encore. Parce que le loup se réjouit, l’homme hurle de poursuivre, de cesser de jouer, d’accomplir son office. Cesse de jouer, tue, stupide animal. Il faut viser la carotide, il faut viser tout ce qui peut être mordu, tout ce qui peut être arraché, tout ce qui peut être déchiqueter. Il faut que la neige devienne écarlate, il faut que la neige vienne nettoyer ce qui a été souillé par le sang d’une enfant innocente, livrée à la folie humaine, il faut… le loup halète, s’interrompt une fraction de seconde. Une ombre est passée sur sa droite, l’interrompant dans ses mouvements. Une autre ombre, l’animal délaisse sa proie un instant, recule avec prudence. La fixe, aussi. Sursaute une nouvelle fois quand un monstre, effroi pur, cruauté pure, filtre passé sur son environnement pour quitter la forêt et les transporter dans un autre lieu, s’impose sur ses rétines. Le loup recule, le loup délaisse sa proie. Secoue la tête : l’ombre d’une fraction de seconde l’homme reprend le dessus, raisonne l’animal. Une fraction de seconde, avant que la réalité ne se réapproprie ses sens, et que le loup se ressaisisse. Nouveau bond, la colère est exacerbée. Nouveau bond, les pattes, les crocs, les yeux froids de l’animal percutent une nouvelle fois le blessé, lacère une épaule, lacère le côté. Ne jouent plus. Il a définitivement cessé de jouer. Il… il hésite une seconde fois, le loup, sans savoir pourquoi, alors que ses crocs allaient enfin se plonger dans la jugulaire.

Il hésite une seconde fois, le temps d’un battement de cœur. Suffisamment pour que la réalité bascule. Trouble l’animal. Plus de proie, même si l’odeur est toujours là. Plus de proie, mais des images. Plus de neige : le sol est de bois. Plus de froid, l’atmosphère est réchauffée par une cheminée ronflant dans un coin d’une pièce. Plus d’arbre, mais des murs, plus de ciel, mais un plafond couvert de couleurs et de formes, aux significations abstraites pour l’animal. Le loup gémit, recule, tourne sur lui-même dans cet écho d’un autre temps qui veut réveiller l’homme ; il ne comprend pas l’animal. Ses sens sont affolés par l’odeur du sang, par l’odeur de la forêt, mais il n’y a pas de sang, pas de forêt sous ses yeux, sous ses crocs, sous ses pattes de velours.

Distorsion des sens, destructuration de son environnement, le loup est perdu. Se jette sur la silhouette qui entre dans la pièce, passe au travers. S’ébroue et toute la terreur de l’animal, la terreur la plus primaire face à l’incompréhensible, couine entre ses babines. Il ne peut s’enfuir : les murs sont là. Il ne peut lutter : l’homme et son intelligence sont en berne, l’homme et sa compréhension sont inaccessibles, l’homme est en retrait et ne peut venir prêter main forte à un animal condamné à être manipulé. Le sang l’affole, mais sa vue lui ment. Un enfant, un jeune adulte, des jeux et une complicité. Et… tout bascule à nouveau, provoquant un sursaut de l’animal qui tourne dans cette cage improvisée, aux contours nets et pourtant si incongrus. Où est le sang, où est la forêt, où est le loup, les questions n’ont aucune réponse. Le loup veut se plaquer contre des murs immatériels, densifiés uniquement par certitude qu’il a de leur réalité. Il l’ignore l’animal, et l’homme est trop loin pour le lui souffler, mais c’est sa propre croyance qui renforce l’illusion dont il est la victime. Une illusion qui obnubile, d’ailleurs, l’homme que le loup héberge, l’homme que le loup musèle, l’homme que le loup domine. Une illusion qui en détruit une autre.

Ils sont là, ils sont doubles. Ce n’est pas comme s’il y avait encore quelque chose à briser. Comme un peu plus tôt, je suis debout. Comme un peu plus tôt, comme des siècles plus tôt, il est à terre. L’homme est secoué d’un doute. Antonio, Orfeo, les images se superposent. Se dissocient. Tu m’appartiens, Rafael, tu m’appartiens corps et âme. La voix d’un aïeul s’amalgame à une autre voix, à celle de l’homme, à celle du loup. L’important ce n’est pas la chute. L’important c’est de savoir se relever. Une douleur dans la poitrine, le loup peine à respirer. La Lune est encore haute dans le ciel. Elle tient encore le métamorphe sous son emprise, elle persiste à l’enchaîner, le plier à sa volonté. Mais la volonté de l’homme est là. Son ancienneté aussi. Sa maîtrise… Le loup s’est trompé. L’animal s’est trompé. L’homme…

Le présent les enveloppe à nouveau. La morsure du froid les brûle à nouveau, transperce le pelage de l’animal. Le voile de fureur, lui, tombe. Tremble. Le loup hait son ancêtre, profondément. Il hait cet alpha qui l’a asservi, il hait cet alpha qui a tranché les liens qui le reliait à sa famille. Il hait celui qui a tué l’enfant, l’adolescent sensible et tendre. Mais… l’homme reprend le dessus. L’homme s’impose. Je m’impose, je m’arrache à l’influence de l’Astre. Je tords et détruis un à un chacune des entraves qu’il a posé sur mon être, je brise chacun de mes os, dans une lenteur qui me tue à petits feux. Un à un, ils se fracturent, un à un, ils se réagencent, me donnant l’impression de m’extirper dans une lenteur infinie de sables mouvants dans lesquels j’étais enfoncé jusqu’à la nuque. Un à un, mes muscles se tordent, ma peau se fendille, le poil se rétracte, le sang se coagule et se craquèle sur des lèvres. Sur des mains, sur des doigts. Et mes yeux, eux, se posent sur mon frère. Je recule précipitamment, pour fuir le massacre, pour fuir l’odeur du sang, omniprésente. M’écroule dans la neige. Me relève. « Or… Orfeo ? » Les haines conjuguées du loup et de l’homme sont encore bien présentes, battent au rythme de mon cœur, mais se transforment peu à peu en effroi. C’est le sang de mon frère que j’ai dans la gueule, c’est le sang de mon frère qui consume mon épiderme, c’est le sang de mon frère qui rougit la neige, qui rougit le sol, qui rougit des plaies écœurantes.

C’est le sang de mon frère. Pas celui de mon grand-père. C’est le sang de mon frère, pas celui de mon aïeul. « Non… » Depuis combien d’années, depuis combien de siècles suis-je un loup ? Trop, bien trop. Combien, combien de corps, combien de cadavres, le sang de combien de personnes ai-je sur les mains ? Trop, bien trop. J’étais un bourreau avant d’être un loup. J’étais un assassin avant d’être un monstre. J’ai toujours mis de la distance entre mes crimes et mon être, entre mes meurtres et ma conscience ; un voile, un voile d’illusion destiné à me dissocier de l’assassin ; pour préserver ma santé, pour préserver mon esprit. Pour préserver mon âme, ou ce qu’il reste d’une âme mise en charpie par le temps. J’ai toujours mis de la distance entre les actes du loup, entre les morts et ma conscience. Mais cette distance, en l’espace d’un soupir, a disparu. J’ai devant les yeux les conséquences d’une bestialité qui a toujours été mienne. « Orfeo… » Tout se précipite sur moi, dans une déconstruction de toutes mes murailles, de toutes mes armures. Dans une déconstruction de mon indifférence, dans une destruction de ce qui me protégeait. M’enfermait dans mes illusions. « Ca ne peut pas… ça… »

J’ai déjà tué mon frère. Je l’ai déjà vu mourir. Pourquoi, pourquoi dans ce cas cette panique qui me submerge, me rend plus vulnérable que jamais, au travers de cette larme qui perle à ma paupière, de cet affolement qui tord tous les traits de mon visage, qui le rajeunit, le fragilise. La larme n’est pas solitaire. Elles sont pluriel. Elles sont multiples, à dégringoler mes joues, sans que je ne puisse les retenir, sans que je ne cherche à les retenir. Une part de moi veut se laisser aller à l’appel de la Pleine Lune, une part de moi veut fuir, une part de moi veut fermer les yeux. Mais le reste, tout le reste n’est hébergé que par une hantise : se perdre à nouveau dans une illusion mortelle. « Ce n’est pas toi, je… Orfeo, regarde-moi, ce n’est pas toi, ce n’est pas moi. Sors-moi de cette illusion. C’est forcément une illusion… » Où, où donc est le Seigneur, où donc est le Ministre, où donc est l’arrogant, l’indifférent, l’impassible, Rafael ? Plus d’élocution soignée, plus de mots pesés, mesurés, choisis. Ils s’entrechoquent, se précipitent, s’affolent. Font de moi celui que j’aurais pu être. Mes doigts pressent ses plaies, sans cohérence. Dans des gestes tremblants. Se teintent davantage encore d’un sang écarlate. « Soigne-toi, tu peux te soigner ? » C’est une illusion, ça ne peut qu’être une illusion, comme les précédentes, faite pour me perdre dans l’erreur. Une illusion lancée par mon aïeul, ou par un prédateur, ou… « Ne meurs pas… je t’en supplie, ne meurs pas… » Ma main, geste enfantin, se porte à mes yeux pour en chasser les larmes, revient luisante de perles de sel, délaisse une trace rougie, comme une peinture de guerre.


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MessageSujet: Re: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Lun 7 Aoû - 23:30


There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining
We have to find a way to change our destiny. Hate and fear corroded all our hopes and dreams. That's all we have achieved ••• Odeur âcre du sang qui emplissait les narines du jeune homme, il aurait aimé tousser, recracher ce qui semblait s’accrocher à son palais, sa trachée. Mais il n’y parvenait même pas. En réalité, même inspirer pour survivre lui arrachait les poumons, diffusait la douleur dans son torse et dans sa gorge. Les bras retombèrent sur le côté, une fois que la bête s’était reculée. Quelques secondes de répit, alors que les pouvoirs retournaient à l’état de poussière. Il devait se concentrer pour respirer, ignorer la souffrance et la tétanisation de ses muscles. La tête tourna, chercha du regard le loup qui l’avait agressé. Bien qu’il soit près de lui, Orfeo ne le voyait déjà plus. Larmes brouillant la vision, ou simplement la vie qui s’effaçait déjà lentement. Ah, qu’il aurait aimé pouvoir se soigner, vivre un peu plus longtemps. Il avait encore des regrets, des choses qu’il voulait changer. Alors non, mourir ne faisait pas partie de ses projets…. Mais comme la première fois, il n’allait certainement pas avoir le choix. Allait-il finir à Darkness Falls une nouvelle fois ? A cette pensée, il chercha à se redresser, et le mouvement lui arracha une grimace et une quinte de toux. Liquide rouge qui coula contre les lèvres, le long de la mâchoire…

La tête retomba contre l’herbe, le regard tenta de percer la brume, les feuilles des arbres. Une tentative vaine, mais qui lui faisait comprendre qu’il était encore en vie. Quelques secondes, quelques minutes auxquelles il s’accrocherait. Le rêve se superposa à la réalité, sans en devenir une illusion pour autant. Les arbres devinrent plus chatoyants, les ombres s’éloignèrent de son champ de vision. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres. Finalement, son cerveau réinventa les odeurs estivales, comme un souvenir perdu de son enfance détruite. Pourtant, il n’était jamais sorti de sa prison, alors tout n’était qu’invention. Il avait écouté Lucrezia parler de leur pays d’origine, lui décrire les paysages dont il ne pouvait pas se rappeler, les odeurs qui pouvaient être senties dans les parcs romains, les forêts toscaniennes. Et maintenant, au bord de la falaise de la vie, prêt à chuter dans l’abîme de la mort, il parvenait à s’imaginer cette beauté typiquement italienne. Si seulement il avait eu l’occasion de se promener durant son jeune âge…

Un murmure, son nom venant d’une voix qu’il connaissait tant… L’illusion personnelle se déconstruisit, la tête se tourna, cherchant du regard le visage si connu. Rafael. Que faisait-il ici ? L’entendait-il réellement, ou était-ce simplement une nouvelle évocation de son esprit au bord de la défaillance ? Il ne percevait pas sa présence. Ses yeux ne la percevaient pas. Pourtant, l’ouïe entendait le souffle erratique, le coeur s’affolant, la destruction qui s’approchait à grands pas. Il était là, et il l’entendait. Mais ne le voyait, ni ne pouvait le toucher. Une présence fantôme, vestige d’un passé révolu. Son frère, son très cher frère. Il l’avait aimé, certainement l’aimait-il encore. Cet amour fraternel mille fois explosé, réduit en poussière, qui était toujours présent. Malgré la haine qui les traversait par moment, leur incapacité à discuter correctement, sans vouloir s’entretuer. Ce frère qui l’avait déjà tué une fois. Ce frère qu’il avait tenté de tuer aussi. Un heurt pour le faire chuter de la falaise. Ah, un instant il avait voulu qu’il meurt. Puis avait cherché à le sauver. Car il était encore trop altruiste le petit Orfeo, même face à son bourreau…

On se rapprocha de lui. Si près qu’il put reconnaître l’homme. Rafaele, c’était donc bien lui… Le cerveau fit le lien, assez rapidement. L’attaque, le loup, le frère. Un rire nerveux le secoua, entraînant une nouvelle quinte de toux, expulsion de sang. Ils étaient deux putains de cons. La larme coula contre sa joue, se mêla au liquide craché, en réponse à la présence de son frère. Si près de lui, Orfeo pouvait le voir pleurer. Ah, il aurait aimé pouvoir se foutre de sa gueule pour éprouver des émotions. Ce qu’il considérait comme une faiblesse normalement. Comme quoi…

Une illusion. Ca aurait pu n’être qu’une illusion. Il aurait aimé que ça en soit une. Mais… Pour une fois, ce n’était pas le cas. Il s’était vraiment fait attaquer, il était réellement à l’article de la mort. Quelques minutes de sursis, le temps pour son corps de se vider de son liquide si précieux… Une aide, vaine, de la part de son frère. Les doigts qui se pressaient contre les plaies, tentant d’endiguer le flot mortel. Un geste supplémentaire qui lui donnait envie de rire. Ses nerfs lâchaient, dans les bras de la Faucheuse, et il put à peine dessiner un sourire. L’autre le prendrait pour un fou. Certainement qu’il l’était, pour se comporter ainsi… Se soigner, ne pas mourir… Chaque mot semblait transpercé d’un amour que l’aîné avait supprimé de son vocabulaire jusque-là. Et il aura fallu attendre un décès imminent pour qu’il ressorte…

« Ra… Rafael, tu es là... » Il souffrait en parlant, chaque mot arraché un peu plus de vie à son organisme déjà mal en point. Pourtant, tout n’était que murmures, il n’avait pas assez d’air pour parler plus fort. « Que… Etais-tu le loup ? »

Question posée, lancée dans les airs, restée en suspens. Le regard se tourna, heurta celui de Rafael, puis son visage ravagé par les perles et le sang. Il paraissait aussi mal en point que lui, et pourtant, ce n’était pas son sang au ministre. Les yeux se fermèrent, une profonde inspiration fut prise. Autant que possible, chercher à accumuler de l’air, pour augmenter sa durée de vie. Comme si cela suffirait. Chaque respiration brûlait ses poumons, lui rappelait que sa cage thoracique avait dû être gravement touché. Finalement, il préférait ne pas essayer de voir les blessures. De toute façon, sa formation de pompier était suffisante pour lui faire comprendre qu’à moins d’être transporté à l’hôpital rapidement, il mourrait dans les minutes à venir. Et même avec cette imminence, il était étrangement serein.

« Je ne peux pas pratiquer l’auto-guérison, je suis juste sorcier... » Un monstre à tes yeux. Mais un monstre qui pouvait soigner les autres. Jusqu’ici, cela lui avait suffi. Il se rendait compte désormais qu’il lui aurait fallu bien plus pour survivre. « Mais tu… Tu devrais le savoir, que je n’ai pas la puissance pour te berner avec mes illusions. »

Murmures, encore et toujours. Il avait tenté d’hausser la voix, de la faire paraître plus mature, plus impressionnante. Il ne pouvait pas. Il ne pouvait tout simplement pas. Il gardait une part enfantine en lui, même si elle s’évadait à grande vitesse. Il la sentait, disparaître de son coeur, entre ses doigts.  Il aurait voulu l’arrêter, la stopper. L’accrocher. Mais c’était peine perdue, et il le découvrait désormais…

« Dire qu’il aura fallu que tu... m’attaques pour que je te vois perdre ton masque d’indifférence. » La main se leva, tremblante, se posa sur le front de l’aîné. Une marque rouge laissée, et la bras déchiqueté retomba mollement sur le côté. Les yeux tentèrent à nouveau de percer le feuillage touffue de la forêt. « C’est une belle nuit pour mourir... »

Une phrase neutre pour cacher la frayeur, l’horreur qui se glissait dans les veines. La mort au bout du tunnel. Il ne l’avait pas voulu, il ne l’avait pas choisi. Et finalement, l’histoire se répétera une fois de plus…

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MessageSujet: Re: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Sam 2 Sep - 13:18

Le loup a hésité. Le temps d’un battement de cœur. Le temps d’un battement de corps. Le loup a hésité. Et la réalité a basculé. Et l’animal s’est fait malmener, par un univers qu’il ne comprenait pas, qu’il ne comprenait plus. Et Rafael s’est étiolé, Rafael s’est reconsolidé, et le grand frère s’est reconstitué, et le je a retrouvé son identité. L’odeur âcre du sang empli mes sens, affolé les battements de mon cœur dans une excitation avide et un écœurement nauséeux. Ma gueule est noyée de sang, le sang de celui que je tiens dans mes bras. Le sang de celui que je viens d’attaquer. Violemment. Sauvagement. Le sang d’un aïeul, le sang maudit des Renzacci, le sang pourtant pur, innocent, si innocent de mon petit frère. Le loup bat en retraite, malgré la Lune, malgré les regards opalescents qu’elle lui lance, malgré le chant des sirènes qui résonnent toujours en mon sein. Le loup est appelé. Je suis terrifié. Mes mains s’assombrissent, deviennent poisseuses. Je m’arrache à l’aveuglement de l’animal. Lentement. Doucement. Mes os se sont brisés, se solidifient. Ma peau s’est déchirée, se répare lentement. Et mon esprit, lui, est en lambeaux. Mais ne montre actuellement aucun signe de guérison. Le sang, le sang est omniprésent. Le mien, celui de ma proie. Le sang, le sang enivre réellement le loup. Il l’affole, il le réveille, le sang appelle le sang, le sang invite au sang. Le sang macule mes doigts, s’accroche à ma peau, la brûle, acide corrosif. Ronge mes pensées, ronge ma réalité, la dévoile dans une simplicité étouffante. Dans ce prénom que je souffle. Dans cette haine qui lacère ma chair, se répand dans mes veines, détournée de sa cible initiale. Laissant place à l’effroi. Laissant place à cet unique prénom. Laissant place à mon frère. Mon petit frère. Le loup hurle à la Lune, l’homme est à genou. Tombe à genoux. Des mots se bousculent, suffoquent, s’affolent. Orfeo. Ce n’est pas mon aïeul que le loup a attaqué, c’est son frère que l’homme a déchiqueté.

Un bûcher. Une cascade. Une noyade. Des cris. Du mépris. De la cendre. Une larme. Une seule larme. Dégringole ma joue, dégringolent ma joue, s’accrochent, s’agglutinent, se répandent. J’ai repoussé le loup. Seul l’homme subsiste, dans toute sa vulnérabilité, dans toute sa fragilité, dans toute son impuissance et sa prise de conscience. J’ai repoussé le loup, le Seigneur a fui : seul reste le frère, seul reste le sang, seul reste le spectre de la mort qui plane autour de nous pour venir chercher, encore une fois, ce que le bourreau a laissé derrière lui. Celui que le bourreau a attaqué. J’ai déjà tué mon frère, je l’ai déjà vu mourir. J’ai déjà dû le regarder agoniser, sans avoir le droit de détourner le regard, avec sur mon épaule la main de mon aïeul me forçant à soutenir les hurlements, me forçant à soutenir les appels à l’aide d’un innocent qui ne comprenait pas la trahison, qui ne comprenait pas l’abandon, qui ne comprenait pas le pourquoi de la souffrance qu’il endurait. Aujourd’hui, la scène recommence. Mais il n’y a plus d’incompréhension. Il n’y a plus d’innocence. Il n’y a que le sang. Le sang et son goût métallique dans ma gorge, le sang qui consomme ma mâchoire maculée, le sang qui brûle mon torse éclaboussé, le sang qui se tatoue sur mes mains, des mains qui pressent de trop larges plaies sans savoir quoi faire.

Orfeo va mourir. Encore. Et il n’y a plus de Seigneur pour me protéger, il n’y a plus le loup pour me museler. Il n’y a plus cette main sur l’épaule pour me menacer. Il n’y a que ma respiration sifflante, il n’y a que des larmes qui se mêlent au sang. Il n’y a que lui, que lui et son regard, il n’y a que ce déni qui ne parvient même pas à s’imposer. Sors moi de cette illusion. Sors-moi de ce cauchemar. Je ne mérite pas ça. Je mérite bien pire encore. « Ra… Rafael, tu es là... Que… Etais-tu le loup ? » Mes lèvres se tordent dans un sourire, je regarde mes mains tremblantes, serre les poings. Considère mes avant-bras si pâles, si rouges, si dénudés. Considère ma respiration, considère mon humanité. Etais-tu le loup. « Je… je suis toujours là… j’ai toujours été le loup… » Ma fragilité s’entend dans ma voix, je ne suis plus capable de l’endiguer, je ne suis plus capable de l’annihiler, je ne suis plus capable de la masquer. Elle est là, pleine et entière, quand d’une main, je tente de freiner l’hémorragie. Les crocs du loup ont bien fait leur office. « Je ne peux pas pratiquer l’autoguérison, je suis juste sorcier... Mais tu… Tu devrais le savoir, que je n’ai pas la puissance pour te berner avec mes illusions. » Je secoue la tête. En temps normal, je sais que mes mots se feraient plus froid, qu’ils s’envelopperaient de sarcasme, aux bords trop affutés. En temps normal, je serais un Seigneur, je serais Rafael, je serais un bourreau. En temps normal. « Pourquoi… » Une supplique. « Pourquoi me fais-tu ça ? » Pourquoi se joue-t-il de moi ainsi ? Il n’a pas la puissance pour me berner ? Foutaises. Il l’a, il le fait actuellement. Ce ne peut-être vrai, ce ne peut être son sang entre mes doigts, un sang qui m’obsède, qui m’obnubile, comme jamais, comme les battements de son cœur que j’entends trop forts, trop rapides, trop irréguliers, trop affolés. « Dire qu’il aura fallu que tu... m’attaques pour que je te vois perdre ton masque d’indifférence. C’est une belle nuit pour mourir... »

Mon cœur, lui, connaît un arrêt. Refuse de repartir. Rechigne à repartir. Et l’une de mes mains couvertes de sang le frappe au visage, dans une gifle incontrôlée. « Je t’interdis de dire ça. » Je lui interdis. Qui suis-je pour lui interdire ce que j’ai moi-même provoqué ? Je suis son bourreau, son meurtrier, son assassin, je suis le même que celui qui m’a élevé, je suis celui que je devais devenir, je suis celui que je suis devenu. Je suis un fratricide. Encore une fois. Un fratricide dont je ne me remettrai pas. Pas cette fois. Pas d’habits, pas de vêtements, pas de téléphones : il n’y a aucun moyen pour que l’on vienne, pour que le Gouvernement ne vienne dans des délais suffisamment courts. Pas de vêtements, pas d’influence, ce que je clame, ce dans quoi je me complais, ce que je revendique, tout cela ne m’est d’aucune utilité. Je suis impuissant. Mais… « Tu ne vas pas mourir, Orfeo. Je refuse de te perdre. Tu m’entends ? Je… J’ai… le loup a cru que… que tu étais lui. » Lui Il n’y a aucun intérêt à préciser l’identité du spectre qui se dresse dans mon ombre, dans celle d’Orfeo, dans celles de nos yeux azurs. Il n’y a qu’une poignée de personnes capables de me faire ployer le genou. Une poignée de personnes dont Antonia Renzacci. Et la mort elle-même.

« Tu ne vas pas mourir. Je ne te laisserai pas mourir cette fois. » Il ne peut pas se soigner. Je n’ai que des connaissances des plus restreintes en médecine. Comment vais-je tenir ma promesse, cette promesse que je lui fais et que je n’entends pas trahir. Ma gueule se disloque, les crocs du loup pointent, arrachent la chair de mon bras pour ouvrir des veines qui ne manqueront pas de se refermer presque aussitôt. La transformation partielle se fait dans l’autre sens, le temps d’un soupir. « Avale ça, Orfeo, je… je suis ce que j’abhorre, condamné à survivre. Si cela peut te servir… » Cela ne servira à rien, mais je refuse de ne pas essayer. Et si cela ne fonctionne pas… Mes doigts empêchent la plaie de se refermer, le sang goutte et s’écoule, se mêle à celui de mon frère. « Tu n’as pas le droit de mourir, parce que cela ne présenterait aucun intérêt. Ce serait du gâchis. Juste un immense gâchis. Ce serait encore une fois sa victoire. Ce serait encore une fois ma défaite. »


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MessageSujet: Re: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Jeu 21 Sep - 9:58


There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining
We have to find a way to change our destiny. Hate and fear corroded all our hopes and dreams. That's all we have achieved ••• La douleur, c’était tout ce qui le maintenait en vie pour le moment, ou plutôt éveillé. Certains, beaucoup même, s’évanouissaient quand la souffrance devenait trop forte. Ils ne pouvaient pas supporter la vue de leur propre sang, leur propre peau qui se décrochait de leur corps au fur et à mesure que le feu gagnait du terrain. Ils étaient pathétiques. Lui résistait, jusqu’à ce que la mort ne vienne lui tendre la main et l’emmener avec lui. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas vu sa vieille amie…

Les yeux se fermèrent, et se rouvrirent dans un sursaut. Non, il ne fallait pas craquer. Pas maintenant. Sa respiration était de plus en plus sifflante, difficile, et la Faucheuse se rapprochait à grand pas. Rafael avait toujours été le loup oui… Et Orfeo était simplement l’agneau, le petit veau qui se cachait, et mourrait déchiqueter par le prédateur s’il osait se montrer. Et c’était ce qui avait fini par arriver. Un sourire en coin s’était dessiné sur ses lèvres, alors que son aîné semblait en proie à un profond désespoir. Comme si leur rôle avait été échangé. Celui sans peur s’était métamorphosé en veuve éplorée, et l’altruiste, le peureux, acceptait un peu trop bien sa mort, enveloppé dans ce cynisme, cette froideur si décalée. En voulait-il à son frère ? Non. Il y avait tellement d’autres choses sur lesquelles il lui était rancunier qu’il n’avait même plus la place pour rajouter une erreur supplémentaire de la part de Rafael. Finalement, il allait même lui pardonner tout le reste, puisqu’il ne voulait pas emmener sa haine et ses questions en enfer une nouvelle fois. Il aurait bien trop à faire à essayer de survivre pour se prendre la tête avec cet aîné surprotecteur, et qui l’avait mené à sa perte deux fois. Autant pardonner, et oublier… Tant que c’était encore possible.

Pourquoi lui faisait-il cela ? Mais, il ne faisait rien. C’était lui, et seulement lui qui refusait de voir la réalité en face. Il l’avait attaqué, avait cherché à le traquer, le tuer. Lui et seulement lui. Orfeo n’y était pour rien cette fois-ci. Il avait simplement été au mauvais endroit au mauvais moment. Cette poisse, cette malchance, le suivait depuis sa naissance. Et il ne pouvait rien faire contre. C’était le sort qui s’acharnait contre lui, encore et encore. Il n’avait pas vu la vie dans la bonne famille, et à la bonne époque. Quoi que, aujourd’hui n’aurait pas été mieux…

Puis la réaction aux propos, bien plus violente qu’il ne l’aurait imaginé. Une douleur supplémentaire dans la montagne de souffrance qui s’était installée dans son corps. Une toux soudaine le prit, l’obligeant à cracher un peu de sang sur l’herbe. La force mise dans la claque l’avait pris de surprise. Oh que non, il ne se serait pas attendu à cela, pas dans son état. Quant à l’interdiction… Il fallait que Rafael arrête de se voiler la face. A moins que des miliciens fassent un tour par ici, mais ce serait plus un coup de chance qu’autre chose, il était condamné à mourir. Dans cinq minutes, dix, vingt peut-être, mais c’était inéluctable. Et il allait s’y faire Rafael, oublier ce qu’il avait provoqué d’ici quelques jours. Il avait bien réussi une première fois, une deuxième ne serait pas difficile. Son aîné allait survivre à cette perte.

Même s’il semblait dire le contraire. Si on avait dit à Orfeo que son frère refuserait de le laisser mourir, de le perdre, il n’y aurait jamais cru. Il suffisait d’avoir assisté à leur dernier échange pour remarquer à quel point les relations étaient tendues entre les deux frères. Et que le plus jeune s’attendait surtout à se faire condamner en public par l’aîné. Un tour dans les arènes, ou simplement une exécution pour appel à la rébellion, ou idées contraires à la propagande du Gouvernement. Il lui avait promis la mort il y a quelques semaines, mois, en cas d’insoumission. Il ne voulait plus le couvrir. Et aujourd’hui, il agissait à l’inverse. Alors non, il n’aurait jamais pu imaginer cette réaction de la part de Rafael, et il se pensait en train de rêver, d’halluciner, de voir ce qu’il aurait voulu voir, entendre ce qu’il aurait voulu entendre, avant que la vie ne le quitte définitivement. C’était le seul moyen d’expliquer tout ce qui se passait aujourd’hui… Toutes les émotions que l’aîné ressentait, montrait, cette sollicitude, ce rejet de la perte… Tout ce qui finalement n’était pas naturel chez Rafael mais qu’il présentait aujourd’hui à la face d’un frère agonisant.

Le sorcier avait l’impression de rêver par moment, notamment quand les traits de son aîné se déformèrent, transformèrent en gueule de loup. Les paupières cillèrent, un haut-le-coeur le fit pâlir un peu plus. Il était de plus en plus mal en point, et les visions d’horreur n’arrangeaient pas son cas. Le sang de Rafael s’écoulait de le plaie, se mêlait au sien, l’étouffait. Il toussa, chercha à se débarrasser de ce liquide trop consistant, inutile. L’autre devait être désespéré pour aller jusque-là. « Ca ne changera rien, ce que tu essaies de faire. Tu le sais bien, que le sang des métamorphes n’a pas de vertus particuliers sur les autres. » Un léger rire le secoua, déclencha une vague de douleur dans son organisme, le fit trembler. Il n’allait même pas pouvoir s’amuser avant de mourir, c’était d’une tristesse… Les yeux se refermèrent, le contrôle tenta d’être repris. Finalement, chaque mot, chaque respiration, s’arrachait douloureusement de sa poitrine lacérée. Des râles murmurés, rien que cela désormais… « Je ne fais rien Rafaele… Il n’y a aucune illusion, et il n’y en aura plus jamais non plus. » Il fallait qu’il ouvre les yeux.

Les bruits se faisaient la malle par période, et la vision devenait de plus en plus brouillone. Petit à petit, les détails des feuilles au-dessus de sa tête s’effaçaient, laissant place à une masse de couleur uniforme. Tout se cassait la gueule, de plus en plus rapidement. « M’interdire de dire la vérité ? Ouvre les yeux fratello, à moins qu’une patrouille soit faite par ici, c’est la mort qui m’attend. » Assez pessimiste comme réflexion, mais si réaliste… Quant à lui« Je n’aurais jamais pensé que ta haine à son encontre serait si forte, ni même que tu parviendrais à attaquer son image ainsi. Je suis rassuré pour l’avenir alors. » Voyons le bon côté. Orfeo avait la preuve qu’il s’était détaché de cet individu. Et avec la mort du dernier membre de sa famille, Rafael pourrait oublier ce passé si lourd à porter pour lui.

« Tu étais juste condamné à faire un fratricide. Et aller contre le Destin est inutile, il faut croire. » Le sourire était à la fois contrit et amusé. Son frère se débattait alors que lui s’était déjà abandonné à la mort. Ironique, non ? Un gâchis, sa mort ? Bien sûr… Le main se leva, attrapa le bras de l’aîné, le serra. Les iris azzurées se refroidirent, et les poumons crachèrent : « Je ne veux pas mourir. Mais je ne pense pas que le choix me soit laissé. Néanmoins… Il est toujours plus agréable de mourir face à son frère plutôt qu’exécuté sur place publique. » Là où il aurait fini par se retrouver : les arènes.

Le bras détruit relâcha la pression, retourna s’écraser sur l’herbe poisseuse de sang. Son sang…

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MessageSujet: Re: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Dim 8 Oct - 11:25

Pourquoi. Chaque lettre de ce mot est une lame chauffée à blanc qui transperce ma poitrine. C’est du métal en fusion qu’on verse dans mes veines, c’est le poids écrasant de chacun des corps que j’ai pu laisser derrière moi qui s’abat sur mon échine quand mon genou se pose à terre, quand mes mains quittent la neige, se plongent dans le sang bouillant de mon frère pour tenter de faire cesser l’hémorragie. Sans succès, sans le moindre succès : le loup est un bourreau, le loup est un tueur, le loup est un prédateur, le loup a chassé pour tuer et rien n’est venu s’interposer entre lui et sa proie. Orfeo se meurt, et je suis condamné à sentir son sang poisseux imprégner ma peau, imprégner ma chair, marquer un peu plus mon âme d’une honte sans précédent. Le cri de terreur est lové dans ma gorge, le cri de douleur est contenu dans mes yeux, le cri de colère, lui, est une gifle venue heurter sa joue, heurter son visage et le consteller du sang qui est le sien. Dans ma poitrine, le rythme est donné : le rythme se perd ; le rythme me quitte. Le rythme est un chaos, au même titre que mes pensées, que des pensées de loup obscurcies par la Lune, désordonnées par son appel. Orfeo se meurt, ma colère n’est que le reflet de mon impuissance. Une impuissance qui lacère mon épiderme, détruit ma cage thoracique, qui me détruit à petit feu, me plonge dans un brasier d’inéluctabilité. Pourquoi, pourquoi me fait-il ça ? Pourquoi, pourquoi accepte-t-il encore une fois la mort ? Pourquoi, pourquoi me laisse-t-il une nouvelle fois être fratricide ?

Je refuse, le loup refuse, et de mon refus naît la folie, de mon refus naît l’absence de raison, de mon refus, une plaie ouverte dans mon bras, une plaie ouverte et quelques gouttes qui dégoulinent dans sa gorge, dans sa nuque, que je le force à ingérer, dans des sanglots tout juste contrôlés, tout juste réprimés. Dans une colère destructrice qui fourmille sur mon épiderme, qui s’agite dans ma poitrine, qui me consume. Dans mon dos, s’élève l’ombre d’un aïeul maudit qui m’a appris le meurtre, la justice, les sentences et l’irrévocabilité des actes. Dans mon dos s’élève l’ombre d’un monstre, qui m’a transformé en monstre à mon tour. Dans mon dos, s’élève l’aura d’une abomination, l’aura du sang qui coule dans mes veines, l’aura du sang que j’ai fait couler, un sang qui s’enroule autour de ma gorge pour me lacérer, m’égorger, me supprimer comme les ans ont réussi à supprimer ce qu’il y avait de bon dans ma lignée maudite. Orfeo se meurt. Et je refuse cette possibilité. Je refuse qu’il tousse, je refuse qu’il lâche prise, je refuse qu’il m’articule l’évidence. « Ça ne changera rien, ce que tu essaies de faire. Tu le sais bien, que le sang des métamorphes n’a pas de vertus particulières sur les autres. » Je l’ignore. Je veux l’ignorer pour m’octroyer une once d’espoir. « Tais-toi. » Tais-toi, petit frère, je t’en conjure. Et cesse de rire, la situation ne s’y prête pas. Qu’il cesse de rire, qu’il cesse également de me piéger dans une illusion cruelle. « Je ne fais rien Rafaele… Il n’y a aucune illusion, et il n’y en aura plus jamais non plus. » Je me mords la lèvre, la plaie s’est refermée, du sang il ne reste que quelques gouttes craquelées, un liquide rougeoyant mêlé à celui de mon frère, identiques. De la douleur, il ne reste rien, asphyxiée par celle, intangible, immatérielle, de ma panique qui prend le dessus sur tout, absolument tout le reste.

Et Orfeo, digne héritier des Renzacci, accentue ma torture en s’obstinant à me forcer à regarder la vérité dans les yeux. « M’interdire de dire la vérité ? Ouvre les yeux fratello, à moins qu’une patrouille soit faite par ici, c’est la mort qui m’attend. Je n’aurais jamais pensé que ta haine à son encontre serait si forte, ni même que tu parviendrais à attaquer son image ainsi. Je suis rassuré pour l’avenir alors. » Rassuré ? Un ricanement sans joie franchi mes lèvres, un rire désespéré. « Rassuré ? Antonio est mort. Et je ne le hais pas, je… » Les mots m’échappent, mes pensées, désordonnées, me fuient et se désorganisent dès que je tente de les rassemblées. Le loup presse sur mon être, sur ma psyché, menace de me submerger à chaque instant, comme un appel de plus en plus pressant, accentué par la Lune, exacerbé par le chaos de mon esprit. N’hais-je donc pas mon aïeul ? Un sentiment trop fort me lie à celui qui a toujours fait l’objet de mon admiration, de mon obéissance, de ma dévotion et de ma colère, de mon rejet, de ma souffrance. Je ne hais pas mon aïeul, tout est bien plus compliqué que ça. Le loup, lui, veut mettre à bas le seul alpha qu’il reconnaisse. Le Seigneur veut se libérer de ces chaînes et de ces allégeances qui l’avilissent encore malgré les siècles. Mais l’homme… « Tu étais juste condamné à faire un fratricide. Et aller contre le Destin est inutile, il faut croire. Je ne veux pas mourir. Mais je ne pense pas que le choix me soit laissé. Néanmoins… Il est toujours plus agréable de mourir face à son frère plutôt qu’exécuté sur place publique. » Son bras s’est saisi du mien, a réveillé l’homme, repoussé l’animal, éclaircit mes pensées. Son sang, son sang continue à affoler mes sens. A les noyer d’informations, d’instinct, d’envie et d’écœurement. Son sang, sa respiration, son odeur, sa présence. Mes sens sont saturés, paralysent ma réflexion. Rendent erratique mes mots, lacunaires mes phrases. Pénibles la seule formulation des évidences. « Tu ne mourras pas. Ni exécuté, ni ici. Tu ne mourras pas en vain. » C’est une promesse. Il ne mourra pas en vain. Mes doigts fouillent ses habits, en vain. Rien n’est présent, ni moyen de communication, ni moyen pour appeler à l’aide. Quant à mes propres armes, téléphone et bipeur, leur absence est évidence. Rien, strictement rien n’est là pour…

Je me redresse subitement, quelques pas en arrière. « Une patrouille… bien sûr qu’une patrouille peut venir ici. Il suffit de lui donner une bonne raison… » Mes doigts se heurtent à ma peau guérie, remontent mon avant-bras, effleurent l’épiderme. Retrouvent leur chemin vers une zone délaissée, mainte fois blessée par le passé. Intouchée depuis des mois, des années, mais pas un seul instant oubliée. Elle est toujours active, elle est toujours présente, elle m’enchaîne toujours, comme mon allégeance à mon aïeul, comme ma haine envers les membres de la même espèce que Noah ou Orfeo, comme les fantômes de mon passé qui me poursuivent, comme mon orgueil et mon arrogance. Elle est toujours active, en sommeil, en veille. Mais… mes doigts raclent la peau. Veulent la percer. Veulent l’agresser. J’agrippe une pierre, une aspérité explose en douleur dans mon avant-bras, le sang brûle encore une fois la pulpe de mes doigts, la chair se distend, je l’ignore alors que mes pas trahissent une nervosité grandissante. Ma patience s’effrite, ma retenue s’effiloche, l’ensemble du contrôle que j’ai toujours exercé sur moi-même disparaît sous l’action conjugué de ma culpabilité, de la Lune, de la pression qu’exerce la Lune sur mon être, sur le loup qui est à deux doigts de reprendre le dessus. Mes pas trahissent ma terreur, alors que mon bras s’enveloppe d’une chape de douleur de plus en plus cuisante. Et mes doigts heurtent finalement un objet. Un intrus. Un intrus que j’arrache, un intrus que je tente de séparer de mon corps, un intrus qui se défend dans un hurlement de douleur. Comme une pénitence pour ce que j’ai fait subir à mon frère. Une nouvelle, une énième pénitence pour un nouvel, un énième fratricide. Deuxième essai, la douleur explose une nouvelle fois ; nouvelle mise en garde. Troisième essai, la mise en garde n’est plus, la douleur anesthésie l’ensemble de mon être, je m’écroule. Sans arriver à inquiéter une seule seconde l’objet métallique. Sans arriver une seconde de plus à continuer à le malmener.

Un brouillard dense m’enveloppe, un brouillard de sang, d’odeur enivrante et métallique, un brouillard de douleur, également. Une douleur continue. Une douleur parsemée de froid, d’un froid glacé qui agresse mon épiderme, quand la transformation en loup m’est refusée par mon inconscience. Un brouillard dense, excessivement dense, qui me transporte, m’arrache à la neige, arrache Orfeo à la mort. Un brouillard dense qui se réchauffe, qui se fait coton, douleur, douceur, qui se fait odeur aseptisée d’hôpital, qui se fait soin. Qui se fait mot, qui se fait mouvement, qui se fait chaînes autour de mes poignets. Un brouillard dense. Et un brouillard qui se déchire dans une inspiration douloureuse.

Un réveil en sursaut, mon regard se jette à mon bras, vierge de toute coupure, vierge de toute souillure, un bras immaculé, un bras que rien n’a entamé. La douleur parcourt encore mon organisme, se fait vice et lésion. Aucune blessure ne morcelle mon être, mais leur fantôme me hante et s’empare de chacune de mes respirations. Mouvement lent, le loup gémit entre mes lèvres craquelées. Un pas se fait hésitant, deux se font torture, ceux qui suivent et qui me voient revêtir des habits se font supplice comme je n’en avais connu depuis des décennies. Quant à ceux qui me portent en direction d’une autre pièce… ils se font angoisse et culpabilité. Le silence de l’aile allouée aux personnalités politiques se fait lourd, ceux qui osent m’approcher le regrettent, ceux qui osent tenter de m’arrêter dissuadent les autres, quant à la porte qui me sépare d’un corps endormi dans un lit, elle se plie à mon caprice. La nuit est passée, les machines rythment les battements d’un cœur et confirment ce que mon ouïe m’apprend : tout est régulier. Du bout des doigts, la pulpe effleurant à peine les drains rêches d’un tissu d’hôpital, je glisse et j’en viens à remettre correctement quelques mèches de cheveux. S’il se réveille, peut-être daignerai-je lui expliquer ce qui nous a conduit ici. S’il ne se réveille pas, je sais déjà que je fuirai sa vie une nouvelle fois. Il n’y a rien de bon, il n’y a rien de bien qui puisse sortir d’un fratricide.


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MessageSujet: Re: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Mer 22 Nov - 22:17


There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining
We have to find a way to change our destiny. Hate and fear corroded all our hopes and dreams. That's all we have achieved ••• Dans l’expression marche ou crève qui régnait sur ce monde, il était plus proche du second stade que du premier… Sa vue s’assombrissait de seconde en seconde. Il aurait aimé se battre, ne serait-ce que pour continuer à embarrasser son frère, et obtenir les réponses qui lui manquaient toujours après toutes ces années. Néanmoins, il fallait se rendre à l’évidence : cela ne suffisait plus à le pousser à survivre. Quand le corps avait décidé de lâcher, même l’esprit le plus fort finissait par se briser, par passer son tour. Et Orfeo était loin d’être cette personne. Le cerveau retardé impactait encore sa manière de penser par moment. Comme un écho lointain de sa situation, de cette maladie qui l’avait rongé. D’un côté, il se demandait si elle ne lui avait pas aidé à survivre surtout. Peut-être que celle-ci était à l’origine de la pitié de l’aîné, même à cet âge-là. Des interrogations qu’il n’avait jamais vraiment eues auparavant, lui qui considérait ce retard comme une horreur. Après tout, c’était à cause de ça qu’aujourd’hui cet aîné se pensait en droit de tout réclamer. Lui qui avait passé plus de deux décennies à s’en occuper, il estimait avoir le droit au respect, à la soumission du plus jeune.

Le sang recraché, les mots prononcés, ou plutôt murmurés, crachés à leur tour. C’était étrange tout de même, de voir la folie et le besoin de le sauver dans les yeux de Rafael. Il n’avait pas hésité à dire qu’il le tuerait pourtant, s’il venait à être trop embarrassant. Comme quoi, la Mort faisait facilement changer de discours. Le Seigneur s’évanouissait, se brisait sur les falaises de l’Enfer, se faisait écraser par la main de la Faucheuse. Il ne pouvait que regarder le trépas qui s’étendait sous ses yeux… Se taire, il l’aurait fait en d’autres circonstances. Il l’aurait réellement fait, s’il n’y avait pas tant de mots qui méritaient d’être prononcés, de marquer l’esprit de l’autre. Orfeo n’avait jamais réellement osé parler avec son frère. Ou peut-être que c’était celui-ci qui ne voulait pas l’écouter, tout dépendait de quel côté vous vous placez. Maintenant qu’il était à l’article de la mort, il rattrapait le temps perdu, profitait de l’absence de regrets pour se lâcher. La tristesse, les émotions de son frère, il préférerait les voir plus souvent ici. Peut-être que sa mort l’aidera, cet aîné si insensible, à briser les tabous sur les sentiments qu’il avait… Il espérait. Et il ne pouvait que espérer.

Oui, leur grand-père était mort. Enfin, Orfeo s’en doutait, même si lui avait été capable de vivre des siècle supplémentaires. Et si cet homme était pareil ? Bref, dans tous les cas, il était juste heureux de voir la différence entre lui et Rafael. Enfin, après toutes ces années. Les remarques que l’autre voulait faire, il s’en moquait. D’ailleurs, il ne s’était même pas attardé sur le phrase qui avait toute son importance, je ne le hais pas. Douleur dans son bras lorsqu’il se levait pour agripper le sien. Geste brutal, qu’il regretta instantanément. Il le lâcha, laissa retomber la masse, penaud. Ne pas mourir, quelle illusion…. Il n’avait aucune chance de survivre dans cet état, et c’était le pompier qui parlait, celui qui avait appris comment gérer, et surtout qu’elles étaient les blessures les plus importantes. Et avec une bonne partie de son corps réduit en charpie, la peau arrachée… Plusieurs veines avaient été touchées, le vidant définitivement du liquide carmin lui permettant de vivre. Tic tac, l’horloge tourne. Et finalement, elle s’arrêta, clôturée par la fermeture des paupières sur les iris azur…

Le problème avec la mort, c’est qu’on ne sait jamais quand elle va arriver, ni comment ou où elle va vous emporter. La première fois, il y avait eu le feu, puis l’Enfer. Là… Rien. Il n’y a rien à part un blanc immaculé. Une fin proche, si proche… Il aurait aimé dire qu’il a vu sa vie défiler devant ses yeux, pour ajouter un peu de drame à la situation. Mais la vérité est que… Non. Aucune image, aucun souvenir. Juste cette absence de couleur qui finit par brûler la rétine. Juste le dernier passage obligé avec la libération. Finalement il y aura eu le droit. Sept cent soixante ans plus tard.

Le poids sur la poitrine, le battement frénétique de ce coeur qui aurait dû s’arrêter. Vivait-il toujours ? Il ne sentait plus le froid autour de lui, l’odeur du sang s’était évaporée. Où était-il ? Il lui fallut de longues, très longues minutes avant de reprendre contact avec la réalité. Ce fut d’abord les sons, avec le bip régulier d’une machine, qu’il finit par reconnaître. Son rythme cardiaque était mesuré. Bien. Puis il y eut l’odorat, et un haut-le-coeur. L’odeur écoeurante, ou plutôt aseptisée, qui s’accrochait à ses poumons. Pour un pompier, c’était cocasse de ne pas la supporter. Enfin, il n’était que rarement en tant que patient à l’hôpital. Parce que oui, il avait fini par faire le lien, avec les différentes informations qui se glissaient jusqu’à son esprit, se frayaient un chemin. Il ne saurait dire comment il s’était retrouvé là. En effet, les derniers événements ne lui apparaissaient pas. Il ne savait pas ce qu’avait fait son frère, cette puce dans son bras. Il n’avait pas perçu la venue des miliciens, patrouille lancée aux trousses de celui qui était un de leurs chefs. Il ne savait pas, et préférerait certainement ne jamais le savoir. Déjà qu’il n’aimait pas bien le Gouvernement, si en plus il réduisait ses membres à l’état de bêtes…

Les questions se bousculaient, mais son esprit n’était pas encore prêt à émerger entièrement. Il fallait reconstruire les barrières, les sensations, éviter de se laisser submerger. Revenir à son état normal mettrait plus de temps qu’il ne l’estimait…

Puis une présence. Quelques minutes, quelques heures après son réveil ? Il serait incapable de le dire. D’ailleurs, il n’aurait certainement même pas montré qu’il était éveillé si la personne ne s’était pas approchée de lui. Contact, et les paupières se mouvèrent, s’ouvrirent. Trop brutalement, car la lumière l’obligea à lever un bras pour se protéger. Douleur violente, grimace qui l’exprimait. Il le laissa retomber, attendit que la lumière s’atténue. Un temps d’adaptation, même si au vu des souffrances qui transperçaient son corps, il aurait préféré se rendormir ou s’évanouir.

Et la silhouette qui se dessina, peu à peu. « Rafael. » Un murmure rauque qui quittait sa gorge, prouvant qu’il n’était pas encore totalement remis. Pourtant, il parvint à s’asseoir, s’adosser sur le coussin. En ayant l’air d’un petit vieux, ce qu’il était quand même un peu au vu de son âge… Son regard fatigué se posa sur les aiguilles plantées dans ses veines, les électrodes posées sur sa peau. Il détestait ça, mais s’en accommodait. D’ailleurs, son esprit changea vite de focus, se concentrant sur son frère. « Tu n’es plus blessé, tu vas bien ? » Pourquoi s’inquiétait-il ? Ou plutôt : comment arrivait-il encore à s’inquiéter après que son frère a tenté de le tuer une nouvelle fois ? Bonne question. A laquelle il n’avait pas de réponse. « Comment sommes-nous arrivés ici ? » Interrogation, perte de repère. Normal, il venait de se réveiller après avoir dit bonjour à la Faucheuse. Il ne fallait pas lui demander d’être très vif. « C’est à ça que ressemble l’après-vie sinon... » Ses iris bleutées se détachèrent de la silhouette connue, scrutèrent avec suspicion les alentours, à la recherche du moindre indice pour étayer cette hypothèse. « Tu m’as tué ? » Les souvenirs qui se ramenaient, embrouillaient l’esprit brisé. La souffrance psychique se répercutait petit à petit sur le corps, lui donnait des nausées. Où était donc la vérité ?


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MessageSujet: Re: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Lun 15 Jan - 0:26

Mes doigts glissent sur les draps qui le couvrent, suaire anticipé, ombre d’un avenir trop de fois évité, trop de fois esquivé. Un avenir qui le poursuit, sans relâche, sans cesse depuis des siècles à présent. Mes doigts glissent, remontent jusqu’à ses épaules. Accrochent son visage. Dévisagent. Je le vois, mon frère, je la vois, ma victime. Pâle comme la mort. Emissaire de la mort. Messager abattu. Celui que l’on frappe, la victime dévouée. Celle qui subit. Encore et encore. La violence d’un homme qui a abandonné le refuge de l’art pour celui du sang, quand la colère est trop pressante, quand la fureur est trop brûlante, quand plus rien n’est stable dans un esprit trop de fois fracturé. Orfeo est ma victime. Du bout des doigts, je redessine son corps, je glisse sur le drap. Je respire en même temps que sa poitrine, péniblement soulevée par des poumons atrophiés. Tout est régulier, rien n’est autonome. Le silence de la pièce est brisé, en vagues successives, par les hurlements des machines, par le râle de ses lèvres, par le mutisme de ses yeux. Douce caresse, doux toucher que le mien, lorsque je remets en place quelques mèches éparses, lorsque, vestige d’une enfance, d’une adolescence, maintes fois oubliées, je remonte le drap, je le borde et me retiens d’en faire davantage. Enfant, c’est un enfant que mon frère, c’est un enfant que je vois. C’est une victime que je considère, allongée sur un lit dans lequel il ne se perd plus mais dans lequel, aussi, il est toujours perdu. Une victime, mais aussi un survivant.

N’est-ce pas ? Le doute m’étreint, les signes lumineux sur l’écran ne m’apprennent rien de plus que ce que mes sens me disent déjà. Sa respiration est là, son cœur continue de battre, envers et contre tout, envers et contre moi. Le loup gémit, l’homme déglutit avec peine. Et son cœur, si bruyant, si régulier, si faible, s’emballe soudain. Brutalement. A moins que ce ne soit le mien qui n’accélère de stupeur, lorsque mes pupilles croisent les siennes. Un bras se lève, un bras retombe. Trop de lumières, mes pas me guident vers la fenêtre, l’obstruent d’un voile que je laisse, moi aussi, retomber lentement. Comme un suaire sur un cadavre aux doigts glacés. Ce qu’il n’est pas. « Rafael. » La culpabilité s’étrangle dans ma gorge, je m’y prends à deux fois pour respirer. Pour le regarder. « C’est moi. » soufflent mes lèvres quand je reviens à son chevet. Il s’asseoit, il s’adosse, il se redresse sous mon regard réprobateur. Le silence devient mon allié, un mutisme dans lequel je me plonge. Un regard oppressant que je lui inflige. Et l’haleine douce-amère d’une culpabilité corrosive qui se mêle à mon oxygène. « Tu n’es plus blessé, tu vas bien ? Comment sommes-nous arrivés ici ? » Mes yeux ne le quittent pas une seule seconde. Des plaies, recousues, parsèment son torse. Lacèrent ses chairs. Perfusions, je sais, je devine, que mon sang a dû être fourni. Souvenirs de brume, doutes lancinants, je recule jusqu’à ce qu’un mur me coupe toute retraite. M’y adosse à mon tour. « C’est à ça que ressemble l’après-vie sinon... Tu m’as tué ? » La souffrance explose. Mes lèvres se pincent, se mordent, se coupent. Perle de sang, odeur métallique, mon pouce la cueille et la fait disparaître d’un geste brusque. Tu m’as tué ? « Oui. » Mon cœur s’affole, mon cœur se brise. Ma gorge s’assèche. « Oui » je répète, comme une évidence. Douce la voix, douce la certitude. « Oui. » Certains renient trois fois, d’autres se contraignent à assumer. Trois fois. « Je t’ai tué, Orfeo, mais tu n’es pas mort. Ton âme corrompue s’est retrouvée enfermée dans un purgatoire constitué tout particulièrement à l’intention des membres de ton espèce, t’en souviens tu ? » Je l’ai tué, oui. Je l’ai regardé se consumer, j’ai été obligé de l’écouter hurler, s’étouffer, m’appeler au secours. Comprenait-il, à l’époque, que son frère le tuait comme il a pu comprendre que je le tuais tout à l’heure ? « Si tu penses aux flammes, à la fumée consumante, oui, je t’ai tué, Orfeo. Il y a des siècles. Mais si tu pensais davantage aux événements survenus il y a quelques heures à peine… » Ma voix disparaît, filet d’air coupé. Elle est moins forte, moins puissante, moins assurée quand elle reprend. « Il s’en est fallu de peu pour que je ne te tue une seconde fois, petit frère. Trop semblable à l’homme que je hais, trop différent de l’homme que je suis… j’ai tenté de te tuer parce que je voyais en toi notre aïeul. Et le loup a déchiqueté l’homme pour se faire maître de mon esprit, en corrompant ma haine et ma colère. Il a dénaturé mes émotions. Et j’ai voulu te tuer. » Maigre résumé, nulle réponse n’est apportée à ses questions malgré tout. Parce que des réponses, je n’en possède pas. Pas vraiment.

Agité, je me redresse. Encore. Pour me rapprocher de lui. Pas douloureux, cœur douloureux, âme douloureuse, je m’approche pour le regarder. Le considérer. L’observer. M’excuser. En silence. « J’ai déchiqueté mon bras pour titiller le maître qui tient la laisse. J’ai attiré leur attention, Orfeo, afin qu’inquiet de perdre leur animal, les autorités envoient des maîtres-chiens mâter la bête sauvage. Sur place, ils n’ont trouvé que du sang, que des corps. L’agonie d’un innocent et la douleur d’un meurtrier. » Maigre résumé, réponse biaisée. Coupée. Excuses voilées. Le vocabulaire est choisi pour pas laisser la moindre place au doute : ma culpabilité suinte par tous les pores de ma peau, teinte les adjectifs et les noms qui me qualifient d’un mépris cuisant. « Je ne suis plus blessé, Orfeo. J’ai le luxe de pouvoir m’abattre, encore et encore, sans que ce ne soit ma fin pour autant. Mais tu le sais, n’est-ce pas ? » Mes mains accrochent les barres du lit d’hôpital, trouvent une prise sur laquelle s’appuyer. « Je suis désolé, petit frère. De t’avoir laissé en vie. De t’avoir fait embrasser la mort. Je t’ai entraîné dans une danse que tu as bien trop de fois exécutée, déjà. »


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MessageSujet: Re: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Sam 10 Fév - 0:10


There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining
We have to find a way to change our destiny. Hate and fear corroded all our hopes and dreams. That's all we have achieved ••• Y’eut la lumière qui diminua, douce lueur tamisée qui lui permit d’ouvrir à nouveau les yeux, sans que les larmes ne perlent sur ses joues. Il bougea le bout de ses doigts, n’y délogeant que de la douleur, et une grimace sur son visage. Décidément, la douleur après-mort était nettement plus vive que ce à quoi il s’attendait. Un long soupir quitta ses lèvres, alors qu’il s’adressait à son aîné, mots entrecoupés de respirations laborieuses. Il avait l’impression qu’on lui compressait les poumons sous une presse, et que chaque alvéole explosait sous l’impulsion de l’inspiration. Il avait été mal par le passé, il avait enchaîné les conneries et les blessures. Pourtant, à part être brûlé vif, il n’avait pas connu pires douleurs. Finalement, avoir son frère à ses côtés, malgré tout, apporter un peu de baume au cœur maltraité, à peine vivant. Chaque battement lui rappelait à quel point la Faucheuse était proche, à quel point un simple pas de travers, et il partirait définitivement. Ou aurait le droit à un nouveau tour en enfer. Car il avait compris, qu’il était encore vivant. Plus ou moins, quelque part dans son esprit brumeux, il y avait cette part de conscience qui le secouait. Lentement, mais sûrement, les détails étaient pointés du doigt. Il faudrait un peu de temps…

Et les questions fusèrent, comme si cela pouvait lui permettre d’aller mieux, d’en savoir plus. Et le même mot fut répété. Trois fois. Rythme ternaire imposé, oui comme unique réponse, perturbant la réflexion naissante de l’individu. Il avait du mal à retrouver contact avec la réalité, quand bien même son esprit se battait pour. Il ne pouvait que chercher du regard ceux de son aîné, derrière le voile opaque de la douleur. La morphine ne calmait pas tout, pas à cette dose de souffrance en tout cas. Tant pis, il supporterait. Car hurler ou se débattre ne servirait à rien, si ce n’était empirer le tout. Il aurait aimé le savoir, quand le feu avait arraché ses chairs, mis à nu muscles et organes. C’était son seul réel souvenir de cette période, l’unique qui n’était pas rattaché à une note de musique, ou un effluve particulier. Tout ce qui restait marqué dans son esprit, de cette enfance si lointaine, était la morsure brûlante de son bûcher, et la violence d’une mort incomprise. Sans explication, on lui avait arraché les repères, et l’avait condamné. Rafael ne lui avait jamais expliqué pourquoi. Trop fier. Trop orgueilleux. Trop nécessiteux de supprimer ce passé pesant.

Âme corrompue. L’appellation lui arracha un sourire, déchirant les lèvres gercées par l’inaction, et une perle de sang s’écoula, lentement, premier grain d’un sablier de vie à peine retourné. Il aurait été un de ces zombies voleurs d’énergie que Rafael l’aurait apprécié davantage, tout membre du Gouvernement qu’il était. C’était incompréhensible, cette haine à son égard, tout ça à cause d’une nature qu’il n’avait pas choisi. Leur ancêtre avait trouvé un bon remplaçant dans ce domaine… « Oui, je me souviens. C’est d’ailleurs la seule chose qui est restée dans ma mémoire de cette époque… » Murmures, regard qui se perdait dans les rares fragments nostalgiques de son cerveau malade. Finalement, il y avait plus que ce seul souvenir-là. Il y en avait d’autres. Les jeux de magie, la présence de son frère et d’Azzura, et les compositions musicales de l’époque. Certains souvenirs subsistaient, rattachés à sa mémoire par de fins fils, connecteurs. De nombreux s’étaient cassés, durant les siècles d’errance, et quelques rares étaient encore présents. Il n’aimait pas quand ils étaient rappelés à sa mémoire. Il n’aimait pas devoir s’y replonger, car, inexorablement, cela le ramenait vers le bûcher. Foutu cercle vicieux, foutue mémoire…

Il l’écoutait parler, pour une fois que son frère s’ouvrait. Seule la machine suivant son rythme cardiaque répondait au métamorphe. Les battements s’accéléraient, en même temps que les bips sonores emplissaient la pièce. Oui, il avait frôlé la mort de peu ce soir. Et pourtant… « J’ai vu la Faucheuse bien plus que deux fois, tu sais… » Un maigre sourire supplémentaire craquela un peu plus ses lèvres affaiblies. Les yeux détaillaient la silhouette éloignée, réfugiée contre ce mur si frêle, si dur. L’homme paraissait si loin de sa stature habituelle, si… Fragile. « Malheureusement, je ne pourrais jamais m’éloigner de son image, non ? Je crois même que de nous deux, c’est moi qui finis par marcher dans ses pas. » Les ténèbres étaient toujours là, la malédiction aussi, et ils attendaient les faux pas, les failles, nourrissant le cœur et l’âme dès que possible. Il percevait les changements, petit à petit. Il se souvenait, d’avoir usé de ses dons sur Lucrezia, douces illusions pour lui faire cracher le morceau, de l’avoir manipulée, blessée. Et il le faisait de plus en plus, quand il avait besoin d’informations, quand il avait besoin que les gens se taisent, ne sachent pas.

L’âme en peine, l’autre se rapprocha. Le faisait-il à contre-cœur ? Orfeo n’en savait rien, il n’avait jamais été des plus doués pour lire les émotions des autres. Il se contentait de l’écouter, d’hausser un sourcil intrigué par rapport au choix des mots. Meurtrier, avait-il bien entendu ? Le corps tenta de se relever, sans succès, n’attisant que la douleur. « Tu t’es blessé pour ne pas que je meure. Je ne sais pas si te qualifier de meurtrier après un tel geste est toujours véridique. Rafaele, je suis tout aussi tueur que tu peux l’être. » L’innocence et la naïveté n’avaient plus lieu d’être désormais. Il l’avait été, au début. Puis la lucidité avait repris le dessus, et la violence s’était glissée jusque dans ses veines. Il se targuait de n’avoir jamais tué, mais ce n’était vrai que depuis six ans. Et puis, il avait pris part à des éliminations, de loin, en côtoyant une mafia. Il était loin de l’innocence à laquelle l’attachait son aîné. « Oui, je le sais bien. L’avantage des métamorphes, de pouvoir se soigner eux-mêmes, contrairement aux sorciers. » Il sait que les mots n’étaient pas à dire en présence de Rafael, mais aujourd’hui, il se permettait de transgresser nombres de règles. Parce qu’il était faible, parce qu’il était blessé. Et surtout parce qu’il était la pauvre petite victime.

Il tenta de rire aux derniers propos, mais les poumons atrophiés le lui firent regretter, alors qu’une quinte de toux le secouait. Douleur paralysante, regrets instantanés. Ah, il lui faudrait réfléchir à deux fois à ses réactions tant qu’il serait bloqué dans ce lit d’hôpital. Il attendit de se calmer, pour enfin oser répondre. « Tu devrais plutôt t’excuser de m’avoir laissé en vie. » Sourire calme, presque trop pour la situation. Orfeo n’avait jamais été suicidaire, et il n’y pensait pas non plus en ce moment. « Je suis… Epuisé par cette danse, par les douleurs qu’elle impose, et la survie qui s’ensuit. Je suis épuisé de me battre dans ce combat perdu d’avance. J’aurais dû mourir tellement de fois déjà, mais même la Mort ne semble pas vouloir de moi… » Il avait toujours survécu à la Faucheuse. Certains parleraient de chance, mais pour lui, ce n’en était pas une. Il en venait à se demander s’il n’était pas définitivement damné, pour filer entre les doigts de la Mort à chaque fois…


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MessageSujet: Re: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Ven 16 Mar - 23:01

Ils sont trois, entre mes lèvres. Identiques. Ils sont trois, reflets, échos les uns des autres. Ils sont trois, égrenés un à un, en réponse à ses questions, d’une voix soufflée, concédée, d’un aveu asséché, d’une certitude douce, d’une culpabilité tenace, d’une réalité amère. Ils sont trois, trois fois aveux. Assumés. Pleinement. Ou peu s’en faut. Oui, Je l’ai tué, bien sûr que je l’ai tué. Une fois, une fois m’a suffi, une fois et ses hurlements résonnent encore à mes oreilles comme des cris de terreur et de détresse, de ceux qui troublent mon sommeil, couleurs éclatantes d’un brasier, odeurs écœurantes de chair brûlée, fumée dense et poisseuse, asphyxiante, irritant les yeux noyés de larmes. Oui, je t’ai tué petit frère. Mais pas en ce temps, pas en ce siècle, le fratricide n’a pas encore été commis une seconde fois, même s’il s’en est fallu de peu. S’en souvient-il ? S’en souvient-il de sa trahison, la première, qui l’a mené au bûcher alors que naïf et crédule, il avait la responsabilité d’un bambin malgré ses vingt années tassées ? T’en souviens-tu réellement, petit frère ? Je l’ignore. Te souviens-tu des crocs du loup déchirant ta chair, de ses yeux qui te traquent dans la neige, qui t’affolent et t’épuisent ? Te souviens-tu de cela aussi, petit frère ? Je l’ai tué, je t’ai tué, mais qu’une seule fois. La seconde a été évitée, de peu. De très peu. Il s’en est fallu de peu pour que le fratricide impose une seconde fois sa marque sur mon épaule, sur mon regard, sur mon âme en pièce et ma salvation perdue. Je me redresse dans une inspiration, tandis que d’une voix pâle, atone, que je souhaite impassible mais qui se fait filet d’air, je lui résume les derniers événements. Te souviens-tu, Orfeo ? J’ai encore le goût de ton sang dans ma gueule. « Oui, je me souviens. C’est d’ailleurs la seule chose qui est restée dans ma mémoire de cette époque… » Mon regard se perd, tout comme un murmure. « Je suis ravi de le savoir. » Un murmure amer, qui ne concerne que moi, qui n’est pas voué à être partagé avec mon frère mais que je formule bien malgré tout. Ne se souvient-il que de cela, que d’un frère meurtrier, assassin, juge, juré et bourreau, et non du frère qui lui apprenait patiemment à tracer ses lettres, à pincer les cordes d’une viole, esquisser peinture et silhouette, chanter conte et comptine ? Mes lèvres se pincent une nouvelle fois, heurtent mes lèvres pincées, coupées. Jugule le frisson qui menace de me faire flancher. Le réprime, le comprime, le supprime.

Je poursuis. Il s’en est fallu de peu pour que la mort ne vienne le cherche une seconde fois, une fois de trop. Ne lui avais-je pas fait la promesse de ne le tuer que si cela en valait la peine ? L’ombre de notre aïeul a perverti mon regard, mes actes, mes promesses, mon honneur, il a souillé le pelage et l’humanité du loup. Et le loup n’a été que trop content de céder, de se laisser berner. La violence que j’héberge, le meurtre dont je me fais le porte étendard, si facilement, tout cela porte mon cœur au bord des lèvres, un cœur que je doute parfois d’entendre battre, surtout quand je sens dans ma poitrine la vacuité de mes émotions et l’absence d’espérance. Le cœur de mon frère, que j’entends battre laborieusement, me semble si vivant, si fort, si faible, si fragile, si homme que je ne peux que contempler la différence entre lui et celui que ma poitrine héberge. Desséché par le temps, par l’âge et la poussière, la cendre des cadavres. Je suis désolé m’entend-je dire dans la sincérité de ma voix, dans les faits que j’énonce. Je suis désolé, m’entends-je m’excuser à mots couverts, nausée dans la gorge, bile acide remontant. Distance imposée entre lui et moi. « J’ai vu la Faucheuse bien plus que deux fois, tu sais… Malheureusement, je ne pourrai jamais m’éloigner de son image, non ? Je crois même que de nous deux, c’est moi qui finis par marcher dans ses pas. » Un rictus, je détourne le regard. Dit-il cela pour me rassurer ou pour flageller son âme encore préservée, si peu préservée, presque indemne par bien des aspects. Âme corrompue par le diable et les démons, âme de sorcier, de maléfice. Mais une âme presque plus pure que la mienne. Il ne marche guère dans les pas de notre grand-père. Je suis celui qui tue, celui qui peine à ressentir, à écouter son ressenti. Il se leurre, il s’aveugle. « N’essaye même pas » Je chuchote. Pour le dissuader. Dissuader de jouer à ce petit jeu. Tue-t-il pour le plaisir ? J’en doute. Je le crains. Tue-t-il pour la satisfaction de savoir la puissance couler entre ses doigts, pour cette ivresse de la supériorité ? J’en doute. Je le crains, également. Je crains de découvrir que c’est le cas. A-t-il idée une seule seconde de la noirceur que j’héberge ? Il me sait loup, il me sait homme, il me sait meurtrier. Mais me sait-il définitivement perdu ?

Non. Agité, je me rapproche de lui. Agité par ses mots. Par ses propos. Par sa conviction, infantile. Veut-il réellement dépasser son grand-frère dans le pire des domaines ? Je me rapproche, pour le regarder. L’observer. M’excuser. Expliquer. Comment sommes-nous venus ici ? Par une folie, par un miracle, par une tentative soldée d’une réussite, inespérée. Bras déchiqueté, Gouvernement à l’affût, le chien s’est débattu et a mordillé sa laisse. « Tu t’es blessé pour ne pas que je meure. Je ne sais pas si te qualifier de meurtrier après un tel geste est toujours véridique. Rafaele, je suis tout aussi tueur que tu peux l’être. Oui, je le sais bien. L’avantage des métamorphes, de pouvoir se soigner eux-mêmes, contrairement aux sorciers. » J’hausse un sourcil. Avantage. Sorcier. Ces mots me hérissent le poil, tout comme ma condition, cette condition dont je profite, hypocrite, tout en la méprisant. Les sorciers, pense-t-il réellement être une égérie de l’altruisme par le seul fait de pouvoir soigner d’autres êtres ? Douce folie, douce folie à l’instar de celle de me croire bon pour avoir l’égoïsme de ne pas le laisser mourir. Mes mots se poursuivent en un murmure d’excuses, d’excuses enfin formulées réellement. D’excuses articulées. Sans mots couverts, sans métaphores, sans double-sens. D’excuses offertes, enfin, arrachées du bout des lèvres. Mais sincères. Et son rire, son rire me lacère la poitrine comme un rejet de ces mêmes excuses, un mépris pour la difficulté que j’ai eue à les prononcer. Mes yeux se posent sur lui, indifférents à la douleur, inquiets pour sa quinte de toux, écœurés et coupables, tiraillés d’émotions contraires. « Tu devrais plutôt t’excuser de m’avoir laissé en vie. Je suis… Epuisé par cette danse, par les douleurs qu’elle impose, et la survie qui s’en suit. Je suis épuisé de me battre dans ce combat perdu d’avance. J’aurais dû mourir tellement de fois déjà, mais même la Mort ne semble pas vouloir de moi… » Mon visage se fige. Perd de son éloquence. Mes traits se figent. Perdent de leur émotion. « Tu es fatigué, Orfeo ? » Je reprends ses mots, les charge d’incompréhension, dans un premier temps.

« Tu es fatigué de vivre, de cette vie que l’on t’a offerte en seconde chance ? » A la culpabilité, mordante, se substitue la colère, brûlante. La colère de le savoir si las. Si fatigué. Si défaitiste, défait jusqu’à la salvation encore possible de son âme, à lui. « Fatigué, Orfeo, ainsi bien ainsi que tu te qualifies ? Mais ne vois-tu pas que… » D’un mouvement vif, mes mains s’arrachent à leur support, mes pas contournent le lit. Et ma paume s’écrase sur sa poitrine de mon frère, cette poitrine lacérée, couverte de bandages qui se teintent bientôt de rouge. « Et bien crève, dans ce cas, que veux-tu donc que je te dis, petit frère ! » Je relâche la presson, avant de me passer une main sur le visage, de me prendre le visage entre les mains. « Tu prends mes excuses, tu les froisses, tu les jettes, tu les piétines, tu les méprises et tu les souilles d’un pessimisme et d’un air suicidaire et fatigué ? » La colère est sourde, la culpabilité est dense et l’orgueil, l’orgueil est blessé, malmené, lacéré de m’avoir vu être aussi faible face à la bête, être aussi faible face à mon frère, être aussi faible face à tout cela. « N’as-tu donc de respect pour rien ni personne ? Et encore moins pour toi-même ? Te crois-tu être le seul à être fatigué, épuisé de vivre contre son gré ? » Je crache, j’éructe ma colère, le soulagement de le savoir en vie, la vexation de le savoir déçu d’avoir survécu. Qu’aurais-je fait s’il avait péri de ses blessures ? « Votre capacité à soigner les autres est écoeurante, écoeurante d’égoïsme. Tout comme ta volonté t’en finir et d’embrasser une nouvelle fois la mort, tout comme ta déception d’entendre ton cœur battre et de me savoir soulagé de ne pas avoir à porter une seconde fois le fardeau d’un fratricide. Tu te penses pire que notre aïeul, tu n’es que son ombre parce que tout ce que tu sais de lui, ce ne sont que des échos et mes mots. Mais tu n’es rien, rien d’autre qu’un Orfeo, rien d’autre qu’un petit imbécile qui est las de souffrir, quand tout le monde souffre. » Et je crache, je crache ces mots avec dégoût. « Que crois-tu donc ? Que je ne suis pas las également de vivre ? Toujours enchaîné à un animal, à des capacités de régénération supérieure à la normale ? Que je n’ai pas essayé de me trancher les veines, de me tirer dans la poitrine à bout portant, de me jeter d’une falaise ? » L’amertume ressurgit face à ce dernier point. « Pour le dernier, pourtant, tu étais aux premières loges. » Mon regard se darde dans le sien. « Nous dansons autour de la Mort sans parvenir à l’embrasser, mais je ne m’excuserai pas de t’avoir sauvé. Ca ne me rachète pas, ça ne rachète aucun de ces cadavres dont le sang me couvre et me consume. Aucun de ceux que j’ai déchiquetés en tant qu’homme ou en tant qu’animal. Je suis un meurtrier, Orfeo, je suis un assassin, je suis de ceux que j’exècre et que je hais, je suis le juge, le jury, le bourreau, je suis celui qui proclame la sentence et qui la met en application parce que c’est ce que je sais faire de mieux. Et toi, petit frère, tu vas vivre, tu vas me faire le plaisir de vivre encore, et encore. De te dépasser, de me dépasser, de sauver l’honneur d’un nom, l’honneur de la famille Renzacci qui a été piétiné trop de fois par Antonio et par Rafaele. JE suis le monstre encore en vie et toi tu es notre seule chance de rédemption. Ne t’excuse pas d’être en vie, ne me blâme pas de ne pas t’avoir laissé agonisant dans la neige. Parce que tu es l’une des deux personnes qui me permettent de ne pas me transformer en lui. »

Je reprends ma respiration. Et la colère gonfle encore ma poitrine. Lentement je contemple les dégâts d’une perte de contrôle, d’un index accusateur, de mes mots et de tout ce qu’ils sous-entendent. Je ne supporterais pas de le perdre. Je ne supporterais pas de le tuer encore une fois. « Aurora. Lorenzo. Stain. Cora. Azzura, ils sont morts, ils sont tous morts. Morts tu m’entends ? Il ne reste plus que toi. Noah. Et moi. » Mon point se crispe. « Et je t’interdis d’être le prochain à y passer sans mon consentement, même si pour cela, je dois te trouver un de tes pairs pour te transformer en l’un des miens. »


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MessageSujet: Re: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Dim 29 Avr - 2:44


There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining
We have to find a way to change our destiny. Hate and fear corroded all our hopes and dreams. That's all we have achieved ••• Il captait les murmures de son frère, si proches de lui. Son sourire se fit sans joie, après les propos. Evidemment, il n’y avait pas que ce souvenir douloureux. Il y avait quelques images plus tendres, douces, qui revenaient. Souvenirs flous, d’une période mouvementée. Il les avait offerts en illusion à Lucrezia, pour lui prouver qu’il était plus qu’il le lui avait avoué. Il se rappelait de son regard, de la peur, de l’incompréhension. Et lui s’en voulait, de ne pas être capable de montrer plus. Son esprit n’avait jamais été bon pour se souvenir, encore plus avec la maladie. Et ce serait mentir à son aîné que lui dire qu’il se rappelait de sa présence, de son visage, de ses gestes à l’époque. Il ressentait toujours cela, mais rien ne s’était ancré dans la conscience. C’était dans son cœur, son subconscient. Son frère devrait s’en rendre compte, un jour, qu’il n’avait jamais été entièrement présent durant son enfance. Jamais il n’avait su pourquoi il s’était retrouvé ainsi, et peut-être était-ce mieux, mais il n’avait pas pu s’empêcher de demander à la neurologue son avis. Certes, les explications avaient été plus que floues pour son esprit loin d’être scientifique, mais il en était ressorti que tout semblait être un souci de gênes et patrimoine génétique. Ce qui en soi n’aidait pas plus Orfeo.

Son regard s’accrocha à la silhouette de l’aîné. En savait-il plus lui ? Parfois, le cadet doutait, se disait que oui. Et pourtant, il y avait encore tant d’admiration dans son cœur pour cet homme, qu’il avait des airs d’infaillible. Il ne pouvait pas lui mentir. Et il l’avait tant de fois fait. Il ne pouvait pas lui mentir. Et il était celui coupable de fratricide. Il ne pouvait pas lui mentir. Et pourtant jamais il ne lui avait avoué la vérité. « Il y a plus de sensations et sentiments comme souvenirs, que des images… » Il souriait, laissant les paroles se suspendre dans les airs, puis s’évanouir. Peut-être que Rafael ne comprendrait pas, lui qui avait plus l’habitude d’être pleinement conscient de son environnement et de ses gestes et idées. Il était un génie, là où Orfeo n’avait toujours été qu’une pâle copie faite de déchets.

Il y avait eu nombre de mots prononcés, derrière le voile des anti-douleurs. Il aurait aimé dire qu’il avait conscience de ce qu’il disait, des implications, et des conséquences. La réalité était bien différente. Il savait ce qu’il racontait, et y croyait dur comme fer. Mais n’était-ce pas là le problème avec la vérité ? L’esprit était conditionné à offrir à la conscience seulement de quoi appuyer ses pensées et propos. Jamais il ne se contredira lui-même. C’était pathétique. Peut-être qu’il l’était. Ses yeux azur suivaient les mouvements de son aîné. Avait-il peur de mourir à nouveau ? Pouvait-il lui faire confiance ? Etait-il à nouveau lui-même ? Orfeo, il n’avait jamais créé de métamorphes. Pas consciemment du moins. Il ne savait pas comment l’animal impacté la vie de l’être transformé. Cependant, l’italien pensait que Rafael était toujours son frère, toujours celui qu’il avait été. Certes, il avait passé des siècles sous forme animale, mais cela n’avait pas affecté sa psyché, non ? Si naïf le petit Orfeo…

Et il continuait de parler le gamin, sans penser aux possibles réactions de son aîné. La langue s’était déchaînée. Il aurait pu blâmer les médicaments, pour son changement si soudain de discours. Cela aurait été de bonne guerre, avec ces services qu’il côtoyait tous les jours, et avait fini par haïr. Il ne saurait l’exprimer avec des mots. C’était un ressenti profond, latent. Il s’exprimait par vague, prenant toujours naissance dans le creux de son cœur. Foutus sentiments.

Il vit le changement chez Rafael. De frère, il repassa à seigneur. De perdu, désolé, il devint colérique, violent. Il ne s’en rendit pas compte tout de suite le gamin, appréciant que trop la disparition de la pression. Celle qu’il s’était mis lui-même, à vouloir vivre envers et contre tout, à passer outre les horreurs qu’il avait vécu. C’était égoïste, par rapport à tant d’autres. C’était égoïste, et il assumait pourtant. Même si ça n’allait pas à l’autre. Celui qui l’avait mené en Enfer.

Un geste vif, pour se poser sur sa poitrine. Intense douleur qu’il perçut en premier, bien avant la sensation des cicatrices se réveillant. L’odeur métallique titillait ses narines, lui offrit un haut-le-cœur dont il se serait bien passé. Et l’autre ne le lâchait pas. Un tel revirement… Ce n’était pas étonnant que le Gouvernement cherchait à garder un œil sur lui. Il s’interrogeait Orfeo, il se demandait combien de temps avant que Rafael coupe les ponts. Il suffisait d’attendre ce jour où les dirigeants s’en prendraient à quelqu’un qui lui ait cher, quelqu’un en qui il a entièrement confiance. Cette pensée le faisait sourire, ironique. Puis l’esprit se concentra sur les paroles, sur les mots crachés, empreints de haine. Du moins le pensait-il.

Il avait du mal à respirer, et pourtant, il se donna un point d’honneur à répondre au fur et à mesure, même en murmurant. Rafael l’entendrait. Le frère peut-être pas, mais qu’importait finalement. Il avait l’impression de passer son temps à courir après l’aîné, pour retrouver leur complicité d’antan. « Une seconde chance, c’est ce que tu vois ? Y’a pas de seconde chance ! Cesse donc d’être naïf et de te cacher derrière des œillères. » Légère pause. « Tu m’as offert une lucidité sur ce que je suis, sur ce que j’ai fait. Même s’il n’y a eu que des enfers se succédant depuis. » Combien de personnes as-tu tué sous ce prétexte Orfeo ? Combien d’êtres descendus à cause des enfers ? Tant de sang sur ces doigts si enfantins… La tête se secoua, la pâleur de son visage s’accentuant. Pourquoi revenait-elle ? Il aurait aimé l’ignorer, pourtant, depuis que Darkness Fall était revenu dans son existence… Tout s’barrait dans tous les sens. Et Orfeo, il avait sans cesse flirté avec la folie, cette ligne dangereuse qui l’attirait à chaque fois.

Il se tut, recommença à l’écouter. Qu’il devenait impertinent à interrompre son aîné… Puis n’hésita pas à le refaire, dès qu’il en avait envie. Pour camoufler la douleur, le corps qui vacillait. Montrer des faiblesses ne le mènerait nulle part face à Rafael. La dernière fois, ne s’était-il pas fait rouler dans la boue ? L’autre avait porté un coup sur la blessure, une première fois déjà. Il fallait croire que c’était ce qu’il aimait, de raviver les souffrances des autres. « Tu n’as pas d’excuses à donner. Et pardonne-moi d’avoir du mal à me rendre compte de leur pertinence, quand tu les prononces à chaque fois que la mort semble vouloir s’en prendre à moi. » Il s’était déjà excusé, par le passé. Et il avait recommencé. Comme si tout n’était qu’une vaste mascarade. « Je ne suis pas le seul à l’être. Mais de nous deux, je serais le seul capable de le dire. » Son regard se faisait, se voulait glacial, mais il y avait surtout une souffrance indescriptible, perdue derrière les iris bleutées. Il aurait aimé dire que tout n’était que manipulation.

Et y’eut la colère, sourde, alors que les propos continuaient, inlassables. Il semblait épancher son cœur, ses émotions. Celles qu’il avait trop longtemps gardé au fond de lui. La colère qui finit par s’éteindre, se calmer à la suite des propos. Il secoua à nouveau la tête, cherchant à supprimer toutes les pensées parasites qui profitaient des faiblesses pour rentrer. Il était tout aussi assassin que son aîné, bien plus égoïste. Lui, il aimait à dire que c’était une question de survie, pour laquelle il avait arraché tant de vies. Pourtant, on peut toujours trouver une autre solution. Il n’avait juste pas eu envie, ni eu la foi. C’était l’hyper-violence au quotidien. Et lui-même avait fini par se faire aspirer par ce tourbillon. « On parle réellement d’égoïsme ? Ne m’as-tu pas tué par égoïsme ? Ne m’as-tu pas sauvé par égoïsme ? Balance-moi ma nature ou mes propos à la gueule, mais ce discours semble juste un moyen de faire en sorte que je sauve un nom, une identité, qui n’est synonyme de rien. Pourquoi ne pas te battre toi pour changer tout cela, plutôt que de demander à quelqu’un d’autre ? » C’était une discussion qui ne mènerait nulle part. Mais ils s’embourbaient dedans, les deux handicapés. « Bats-toi pour vivre alors, si tu veux tant que je survive aussi. » Finalement, si l’un tombait, l’autre ne tarderait pas à chuter d’une manière ou d’une autre… « Il restera encore une personne pour t’en empêcher sinon. » Finalement, les propos se faisaient moins virulents, plus calmes. Peut-être que la douleur, grignotant, y étant pour quelque chose.  

Il avait mal, alors qu’il se redressait un peu désespérément. Il essayait de calmer les afflux de souffrance, par vague. Il sourit légèrement, après la phrase finale. « Tu dois toujours penser que tu peux tout contrôler, non ? » Ne pas mourir sans son consentement, quelle idée… De toute façon, vu comme c’était parti, il mourrait de sa main. Comme un cercle qui se bouclait. « Je sais… Qu’ils sont morts. » Ca restait, ça le hantait, notamment la mort d’Azzura. Elle qui avait été une grande sœur, une mère… Elle avait péri, avant lui. Il aurait dû tendre une main à son frère à ce moment-là, mais il y avait encore trop de rancœur. Lui en voulait-elle, de ne pas avoir su aider ou protéger Rafael ? Le regard se voila de tristesse, les paupières se fermèrent quelques secondes. Chaque inspiration était douloureuse, avec les blessures de nouveau à vif. Il n’avait pas envie de se rappeler des pertes. Il n’avait pas envie d’imaginer ce qu’il se passera quand ce sera au tour de Rafael. C’était peut-être pour cela qu’il cherchait à tout prix à partir avant lui…

« N’as-tu jamais pensé à quitter le Gouvernement ? » Se libérer des chaînes autour des poignets, prendre son envol…


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MessageSujet: Re: (rafeo) There is nowhere for you to hide, the hunter's moon is shining   Jeu 10 Mai - 12:22

« Une seconde chance, c’est ce que tu vois ? Y’a pas de seconde chance ! Cesse donc d’être naïf et de te cacher derrière des œillères. Tu m’as offert une lucidité sur ce que je suis, sur ce que j’ai fait. Même s’il n’y a eu que des enfers se succédant depuis. » Naïf. L’ironie de ce mot fait naître sur mes lèvres un rictus bien vite disparu au profit de la colère. La colère, nerveuse. Présente en mon être sous la forme d’une rage bestiale, animal, qui préexistait au loup mais que le loup a révélée. Transcendée. La colère, la colère mêlée de fatigue, la colère mêlée de culpabilité, la colère, brûlante, consumante, la colère acide qui ronge ma gorge, ronge ma patiente, élimine un par un tous ces liens qui me relient encore à mon humanité, des liens mille fois malmenés, mille fois brisés, trop de fois tranchés. Son égoïsme m’écœure, autant que mon orgueil figé de stupeur face à la mort qu’il a frôlée une fois de trop. Mais cet égoïsme, cet égocentrisme, ce narcissisme aveugle est également l’une des rares protections qu’il me reste. Et je la renforce dans un visage impassible. Emotions étouffées, émotions cadenassées. Colère prédominante. Culpabilité omniprésente. Non, je ne me suis pas blessé pour lui sauver la vie, je me suis blessé pour m’épargner des regrets et des remords supplémentaires. Je ne l’ai pas fait par bonté d’âme, et ce n’est également pas par bonté d’âme que je l’espère vivant. Ce n’est que par intérêt, ce n’est que par égoïsme. Encore. Tu es fatigué, Orfeo ? Mes traits se figent, mes mots deviennent agressions. Mon regard devient glacial. Il est fatigué, comment ose-t-il seulement se juger fatiguer, se juger exception, se juger cas unique ? ne comprends-t-il pas qu’il n’en est rien, ou plutôt que c’est le cas de toute personne portant en elle le poids des décennies multiples, trop souvent répétées ? D’un mouvement vif, mes doigts pressent sur son torse déchiqueté, recousue, couvert de cicatrices, maintenu de bandages qui se teintent rapidement de rouge, encore ; la violence du geste n’est compensée que par le froid de mon regard. Le dégoût de ma voix. N’est amplifiée que par ces questions que je lui assène, comme des reproches que je nous fais. C’est une perte de contrôle complète qu’il se produit, c’est une perte de contrôle complète à laquelle Orfeo assiste. Une perte de contrôle une confession et des aveux crachés, ces aveux de tous ces espoirs que je peux placer en lui, et qu’il s’obstine, chaque fois, à piétiner. A ignorer. Sans se soucier de la rédemption que je cherche, de la rédemption que je veux croître en lui, le seul Renzacci qui vaille la peine d’être sauvé, d’être préservé, d’être tué pour le figer dans un état de pureté inégalable. La pureté de sa débilité, il l’a perdue, je ne suis pas dupe, mais l’horreur n’a pas encore complètement dévoré son âme, il n’a pas encore morcelé cette dernière en des millions de meurtres et des centaines de gouttelettes de sang écarlate répandues sur le sol. Ne comprend-il pas que je suis moi-même fatigué de cette vie que je me traîne, que l’on m’impose et que je ne suis pas parvenu à arracher de mon être ? Ce cœur qui s’obstine à battre encore et encore dans ma poitrine, ce cœur que j’ai voulu écraser tant de fois, qui est vide, qui est pourri, qui est nécrosé mais qui refuse de disparaître complètement. Ne comprend-il pas qu’il est l’un des rares qui fasse de mon existence quelque chose de supportable, par moment ? Ne comprend-il pas qu’il a le devoir de vivre, qu’il a le devoir de racheter tous les torts des Renzacci, qu’il a le devoir de me dépasser, de dépasser notre aïeul, de dépasser mes attentes ? Je perds le contrôle de mes mots dans des crachats amers, dans ces mots essoufflés qui grondent d’une colère douloureuse. Des mots qu’il entrecoupent de remarques, des remarques que j’ignore parce que je poursuis, parce que je ne les écoute pas. « Tu n’as pas d’excuses à donner. » m’a-t-il dit, se justifiant de piétiner mes excuses, se justifiant de ne pas les considérer comme telles sous prétexte d’un précédent, mettant en avant, justement, la sincérité de ses mots, et l’imposture des miens. « Je ne suis pas le seul à l’être. Mais de nous deux, je serais le seul capable de le dire. » a-t-il renchéri, dans cette lucidité que je lui ai, apparemment, offerte et que j’ai, de mon côté, égarée depuis bien trop d’années. Mes excuses sont rejetées, mes excuses sont refusées. Et ma colère n’a pu que croître. Sourde et grondante. Encore.

Sans qu’il ne comprenne qu’il n’avait pas à m’interrompre, franchissant à chaque phrase un cap supplémentaire. Jusqu’à l’acmé de cette discussion qui n’en est par vraiment une. Quand j’achève mes mots, quand il achève les siens, c’est pour nous garder dans état de tension qui me pousse à reculer. « Bats-toi pour vivre alors, si tu veux tant que je survive aussi. » Mes pupilles se perdent sur lui, l’eau qui les teinte se glace. Se cristallise. Que je me batte pour vivre ?

Sur mes doigts s’énumèrent ceux qui se sont battus pour vivre, et qui sont tombés malgré tout. Sur mes doigts s’énumèrent les vestiges de notre passé commun, ces vestiges qui avaient survécu jusqu’à ce monde décadent. Mon poing se serre, clôt la valse des morts et se reporte sur le mourant. Qui n’a pas le droit de devenir cadavre. « Tu dois toujours penser que tu peux tout contrôler, non ? Je sais… Qu’ils sont morts. » Mon regard se durcit davantage encore. « Pardonne moi d’en douter » cingle ma voix sèche, avant qu’un silence s’interpose. Me pousse à m’écarter, à considérer ma main légèrement rougie, son torse maculé. Son regard voilé que je ne sais comment interpréter. Dans le silence résonne mes mots, résonnent les siens, se répercutent les syllabes, s’amplifient les remords. Je ne peux le soigner, je ne peux le guérir, je ne sais que saccager, je ne sais que détruire. Le loup mord, arrache, chasse et tue. Il ne soigne pas. Il ne guérit pas. Il se contente de protéger ce qu’il peut protéger : je ne suis pas pleinement un loup. Un gémissement veut se former dans ma gorge, dans ma poitrine, il se transforme en soupir déposé au bord de mes lèvres, comme un haut-le-cœur. J’envisage de partir, de laisser notre discussion se perdre dans ce silence chargé de tension, de non-dits, de trop-dits. Aussi violente qu’a été ma colère, aussi brutale qu’a pu être ma perte de contrôle, le temps semble suspendu dans ce silence. Interrompu.

« N’as-tu jamais pensé à quitter le Gouvernement ? » Le temps reprend son cours. Pardon ? murmure mon corps, dans ce langage silencieux que le loup maîtrise si bien. Ai-je bien entendu ? « Pourquoi donc y songerais-je ? » Pourquoi, pourquoi donc songerais-je à quitter la structure qui maintient comme elle le peut l’humanité en vie ? Mes doigts glissent à mon avant-bras, trouvent une peau immaculée, un épiderme lisse et sans marque, qui masquent pourtant la réalité de ma situation. « Le Gouvernement est ce qui maintient l’ordre. Et c’est mon devoir de maintenir l’ordre, d’une manière ou d’une autre. On ne quitte pas une telle structure comme on pourrait quitter une pièce, lui tourner le dos, franchir le pas de la porte, et la fermer derrière soi. » Non je n’y ai jamais songé, Orfeo, parce que cela me semble inconcevable. « Ce monde, cette civilisation, mérite d’être sauvée. D’être purgée de ces horreurs qui la peuplent. Et tant que cela ne sera pas fait, il faudra un Gouvernement et j’en serai l’un des représentants. Je ne suis pas esclave ou prisonnier de mon engagement. J’ai bien des défauts, Orfeo, je sais le reconnaître. » Le sais-je vraiment ? « Je ne suis pas déloyal ni même suffisamment lâche pour tourner le dos à une justice dont je suis l’un des outils. » Le suis-je encore ? « Je t’interdis de sous-entendre une nouvelle fois une telle chose. Tu déraisonnes ; même venant de toi ces propos me sont intolérables. Et je t’interdis, également, de songer ne serait-ce qu’une seconde à te porter du côté des parasites qui se mettent en travers de notre chemin. » N’ai-je donc que des interdictions à lui offrir ? Tu dois toujours penser que tu peux tout contrôler, pas exactement, petit frère. Je veux tout contrôler, j’ai besoin d’exercer un contrôle.

Pour ne pas me perdre davantage encore. D’un claquement de langue, je me redresse, je me rapproche de la porte de la chambre. Cette discussion n’a que trop duré. « Tu articules des propos dangereux, je pense qu’il vaut mieux que nous nous en arrêtions là. Tu vas te soigner, tu vas guérir, tu vas te plier à ton devoir et tu vas sauver n nom, une identité qui est synonyme de tout. Les Renzacci ont régné, à leur échelle. Je ne tolèrerai pas que mon frère se repaisse de médiocrité, de lâcheté et d’une fuite en avant, et qu’il s’en contente. » D’un mouvement sec, j’ouvre la porte, je le mets au défi de répondre. Je baisse les yeux sur ses blessures, brièvement. Le temps de m’asphyxier une fois de plus de culpabilité. « Et ne doute pas de mes excuses lorsque je les formule. Ne les rejette pas, s’il te plaît. Elles me sont pénibles, mais elles sont sincères. » Qu’il n’en doute pas un seul instant.


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