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 All the best people are crazy || Orfeo & Lucrezia

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RUNNING TO STAND STILL

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MessageSujet: All the best people are crazy || Orfeo & Lucrezia   Lun 8 Mai - 20:24


De soleil aveuglant, à la tempête de neige, le temps ne mettait que quelques instants pour passer de l’un à l’autre, énième signal d’alarme d’une planète à l’agonie. Cela aurait pu me rendre folle, cela aurait dû même, mais je me sentais dans le même état. Une agonie longue et douloureuse que j’empirais par des décisions impulsives et égoïstes. Tout me semblait plus douloureux dans mon quotidien, même respirer devenait une source de douleur. Peut-être que je n’étais qu’en train de me monter la tête, à trop réfléchir à tout ce que je devais faire, à trop réfléchir à ce que je n’aurais pas dû faire. Les flashs de ces instants coupables me revenaient sans cesse, dérangeant ma concentration, parasitant ma détermination. Je m’en voulais un peu plus à chaque seconde, une boule sans nom bien installée au creux de l’estomac. Cette situation me rendait malade. Plus j’avançais, plus je réalisais que je n’étais pas prête, oh non loin de là.

Pour tenir bon malgré ma tonne de faiblesses, je ressassais la liste des choses qu’il me restait à faire. Mais ma distraction devenait futile, ne me trompant plus au bout de la première heure à l’utiliser. Rien n’allait, je n’arrivais plus à réfléchir correctement à mon plan originel. Il fallait que ce regard un peu trop bleu vienne me hanter sans discontinuer, apportant son lot de doutes et de regrets. J’étais dans une impasse, une dont je comprenais enfin que je n’en sortirais pas seule. Une seule personne me venait à l’esprit afin d’y voir plus clair. Un soutien infaillible depuis bien des années, mais un roc sur lequel j’essayais de ne pas me reposer. Orfeo avait sa propre vie, ses propres démons, qui étais-je pour lui en confier d’autres. Pourtant, il n’avait jamais ignoré la nature de mes occupations officieuses, je ne l’avais pas épargné, dans une attitude, encore et toujours, égoïste. J’avais toujours eu besoin d’une personne à qui confier la tournure que prenait ma vie, une personne qui m’aiderait à y voir plus clair, à ne pas prendre de décisions hâtives. Avec le temps, j’avais pris de l’assurance, j’avais cessé d’impliquer Orfy dans mes affaires, pour mieux finir par chuter, victime de mon égo.

Il était grand temps que je m’en remette une dernière fois à ses conseils. Je n’avais qu’à joindre le besoin à l’un item de ma liste. J’avais quelque chose à confier à mon ami, quelque chose dont il n’avait probablement pas besoin, mais quelque chose que j’avais besoin de disperser pour le mettre à l’abri de l’avidité d’Ivanov. Mais j’attendis patiemment le couvert de la nuit, quel qu’elle soit. Les lumières de mon appartement toujours allumées, j’enfilais un gilet noir à capuche, une veste noire courte, attachais distraitement mes cheveux afin de les dissimuler dans une habitude mécanique avant de me faufiler dans le couloir de mon étage. Je gagnais silencieusement les escaliers, mais au lieu de descendre, je grimpais jusqu’au toit. Je me devais de prendre quelques précautions supplémentaires depuis qu’Ivanov m’avait condamné à mort. Il était plus que probable qu’il me fasse surveiller et je n’avais pas l’intention de l’aider à mettre à sac mon entreprise. Arrivée sur le toit, je rabattis la capuche sur mon visage et me faufilais jusqu’au bord le plus proche du toit adjacent, je restais cachée quelques instants recroquevillée près de la corniche, étudiant mon environnement, repérant les gorilles chargés de surveiller mes faits et gestes. Très discrets dans leur voiture de l’autre côté de la rue, comme d’habitude. Je pris le temps d’observer le reste par sécurité avant de me relever, prendre un peu d’élan et sauter sur le toit voisin. Je répétais mon manège sur un bloc complet avant de redescendre par un escalier de secours dans une ruelle uniquement éclairée par les néons venant de la rue principale un peu plus loin.

Je ne m’attardais pas et filais directement vers l’une de mes planques. Il ne m’était pas très compliqué de planquer mes petits cadeaux partout en ville, mais je ne les laissais jamais plus de quelques jours au même endroit avant de les livrer à leurs propriétaires finaux. Je récupérais celui que j’avais préparé pour Orfeo et filais vers son appartement à quelques minutes de là. L’avantage d’habiter dans le même quartier lui et moi. J’empruntais encore une fois les escaliers de secours extérieurs pour me hisser jusqu’à son étage. Je me faufilais par la fenêtre du couloir entrouverte et rasais les murs jusqu’à la bonne porte. Je cognais discrètement sur celle, trois coups rapides, une pause, puis deux coups longs, notre petit code de reconnaissance. Il savait ainsi que je ne passais que pour une visite de courtoisie, car je n’avais pas particulièrement envie de tomber sur quelqu’un d’autre que lui avec un sac rempli de liquide à la main.

Je retins mon souffle jusqu’à ce que la porte s’ouvre sur son visage, mais ne lui laissais pas le temps de dire quoi que ce soit et me faufilais dans l’appartement, refermant la porte silencieusement derrière moi. Je pouvais enfin reprendre une respiration normale, offrant un sourire à mon petit Orfy sur la joue duquel je déposais un baiser avant de m’avancer dans le salon. Je posais le sac sur le canapé et m’appuyais contre celui-ci avant de me tourner à nouveau vers le maître des lieux.

Je suis la mère Noël avant l’heure. Un sourire amusé aux lèvres, mon instinct maternel reprit le dessus en un instant alors que je détaillais sa silhouette à l’affût du moindre signe de mauvaise santé ou autres. Comment vas-tu ?

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MessageSujet: Re: All the best people are crazy || Orfeo & Lucrezia   Mer 24 Mai - 18:27


All the best people are crazy
I can't feel no pain, I can't feel nothing but memories ••• Profond soupir alors que le corps s'affaissait sur le canapé de la salle de repos. Ces derniers jours, il avait enchaîné les interventions. L'annonce du Gouvernement avait poussé nombre de citoyens dans leurs retranchements, faisant ressortir la bestialité enfermée dans les corps. Incendies, coups et blessures, il avait vu défiler des blessés par dizaines, plusieurs maisons avaient été dévorées par les flammes. Des entrepôts aussi, beaucoup liés au Gouvernement, qu'il avait fallu sauver. Le sorcier ne savait trop quoi penser. Tout lui semblait si bien coordonné, qu'il suspectait la Résistance d'être derrière tout cela. Et cela expliquait pourquoi il avait tant de mal à s'engager à leurs côtés. Si ses idéaux n'étaient pas en accord avec la tyrannie actuelle, il rejetait tout de même les actions violentes faites par leurs opposants. Des morts étaient toujours à déplorer, et une partie de son cœur n'était toujours pas prête à tant de sacrifices. Il avait déjà connu l'Enfer, et s'y replongeait... Très peu pour lui. Il préférait rester à l'écart de tout cela pour le moment. Attendre l'instant où il pourra se glisser dans de telles activités sans aller à l'encontrer de toutes ses valeurs. Si seulement Rafael entrait dans ses pensées à ce moment-là, il aurait du souci à se faire...

On finit par venir le voir, lui offrir sa nuit, et la journée du lendemain. Il en soupira d'aise. Enfin, il allait pouvoir se poser sans qu'on l'appelle toutes les cinq minutes pour un départ de feux ou un règlement de compte qui avait mal tourné. En fait, souvent, il était obligé d'utiliser ses pouvoirs pour empêcher une mort, ou alors pour éviter qu'une personne ne parle trop. La guérison et la création d'illusions... Ils étaient devenus ses meilleurs amis en quelques années. Il les utilisait sur beaucoup, dès qu'il estimait la situation nécessaire. Et que son organisme le lui permettait. Cela n'en avait pas l'air, mais une utilisation continue entraînait un certain épuisement. Et en ce moment, il atteignait certainement le maximum qu'il pouvait supporter. C'était d'ailleurs peut-être pour cela qu'on le renvoyait chez lui. Ses supérieurs devaient vouloir éviter qu'un de leurs pompiers ne leur claquent entre les doigts. Déjà qu'ils étaient en sous-nombre.... Callum n'était toujours pas revenu, et tous le pensaient mort. Ca avait été un coup dur pour Orfeo, lui qui appréciait l'homme malgré ses airs un peu bourrus et violents. Ils étaient aux antipodes l'un de l'autre, mais ils avaient fini par bien s'entendre, notamment après les arènes. Et maintenant... Un disparu de plus à la longue liste de ceux qui avaient déjà péri. Certainement pas le dernier.

La nuit tombait quand il poussa la porte de son immeuble. Un immeuble plutôt classique d'apparence. Il ne voulait pas attirer l'attention, alors celui-ci était parfait. La clef se glissa dans la serrure, ouvrit cette porte sur un espace qui lui convenait plus. Un grand séjour, dont les éléments n'étaient pas sans rappeler l'époque dont le jeune homme était issu. Un piano trônait dans un coin. Piano dont il jouait parfois, même si sa maîtrise restait faible. Il appréciait les sons qui s'en dégageaient, même s'il trouvait qu'il manquait une voix pour les accompagner par moment. La porte se referma, la clef tourna à nouveau dans la serrure. Il était chez lui, et personne ne viendrait l'emmerder. De toute façon, à y réfléchir, il avait peu de réels liens. Il était solitaire, Darkness Falls l'ayant rendu incapable de réellement s'attacher. Par peur de perdre ceux qu'il appréciait, que son frère se décide à le détruire en s'en prenant à ceux qu'il estimait. Il y avait beaucoup de raisons à cela. Et quand bien même il arrivait encore à s'accrocher, les personnes n'avaient jamais accès à tout ce qu'il était, tout ce qu'il avait vécu. Lucrezia en était l'exemple-même. Malgré toute la confiance qu'il plaçait en elle, il lui avait quand même caché une partie de sa vie. Parce qu'elle n'était pas prête à apprendre l'existence des êtres comme lui. Oui, c'était ça l'excuse qu'il avait donnée à la petite voix dans sa tête...

Il s'était alors perdu dans ses pensées, assis sur l'un des fauteuils de son salon. Quelques minutes, quelques heures, il n'y avait pas prêté attention. Il ressassait juste les mêmes souvenirs, les mêmes interrogations. Ce besoin de liberté qui étreignait sa poitrine, sans qu'il ne puisse consciemment briser les règles pour le moment. Quelques coups contre la porte d'entrée le rappelèrent à l'ordre. Un code de reconnaissance, qu'il n'avait pas eu depuis quelque temps. Un sourcil s'arqua, alors qu'il se releva soudainement et se déplaça jusqu'à la porte. Un simple tour dans la serrure et celle-ci fut ouverte, dévoilant la silhouette de Lucrezia dans l'embrasure. Un soupir alors qu'il l'invitait à entrer, avant de la laisser refermer rapidement derrière elle. Elle posa un colis sur le canapé, attisant la curiosité de l'italien. Cela faisait quelque temps qu'ils ne s'étaient pas croisés à vrai dire. Il la détailla donc, sourit néanmoins au baiser déposé sur sa joue.

La Mère Noël en effet. Il se frotta légèrement les paupières, cherchant à chasser la fatigue qui s'accumulait quand même. Ou était-ce seulement la pression, alors qu'il attendait d'en savoir plus sur sa venue ici, sur le contenu du mystérieux sac. Et il n'eut qu'une seule question. Comment vas-tu?. Les épaules se haussèrent d'elles-mêmes.

« Ca va de mon côté, même si avec les dernières annonces gouvernementales, je passe de plus en plus de temps au boulot... » Léger soupir, regard au plafond, montrant son profond détachement avec ses supérieurs. « Et toi alors ? Ca fait quelque temps que nous n'avions pas discuté. »

Le ton était un peu plus sérieux, malgré le sourire qui restait ancré sur son visage. Il s'appuya sur une commode, ses yeux bleus plantés dans ceux de Lucrezia. Il espérait qu'elle ne lui mentirait pas. Même s'il n'avait aucun moyen de déceler le mensonge en fait. Il lui faisait juste suffisamment confiance pour cela.

« Qui a-t-il dans le sac ? Et pourquoi me l'amenait à une telle heure ? S'est-il passé quelque chose dont tu aurais omis de parler ? »

Les questions s'enchaînaient, avant que Lucrezia ne puisse changer de sujet. Son regard s'était fait grave, et il espérait que le comportement presque maternel de la femme ne l'empêcherait pas de lui expliquer le pourquoi du comment. Puis il se souvint qu'il était quand même l'hôte, et qu'un certain devoir lui incombait donc.

« Tu veux quelque chose à boire ? Café, thé... J'ai aussi de quoi manger si nécessaire. Et on ferait mieux de s'asseoir pour discuter... »


Quelques mots avant de la guider jusque dans la cuisine. Ils allaient certainement en avoir pour un long moment de discussion...

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MessageSujet: Re: All the best people are crazy || Orfeo & Lucrezia   Sam 10 Juin - 23:43

Mon regard inquiet glisse sur ses traits fatigués et une pointe de culpabilité étreint mon cœur alors que je me sais en train de lui voler un rare moment de répit. J’avais une forte admiration pour la détermination d’Orfy à se battre pour sauver le plus grand nombre. Malgré les aléas de la vie, malgré les évènements toujours plus abominables, il se tenait toujours droit prêt à affronter le pire tant qu’il y avait quelqu’un à aider. J’avais dans l’idée que cette obstination à faire le bien autour de lui finirait par le tuer, mais qui étais-je pour juger le meilleur d’entre nous ? Notre relation était basée sur le respect depuis le début et je m’en voulais d’avance de l’entacher avec mes erreurs. Des explications étaient de rigueur, je le savais que trop bien, tout en souhaitant repousser l’échéance au maximum. Malheureusement, l’on ne me laissait plus de temps pour prendre de gants, j’allais devoir aller droit au but. Mon attention n’avait pas quitté mon hôte alors qu’il répondait de sa manière détachée habituelle. Pas de doute, c’était bien mon Orfy. Un sourire discret et complice étira mes lèvres. Bourreau de travail un jour, bourreau de travail toujours. Mais mon sourire se fana légèrement à sa propre question, me rappelant que trop bien ce que je faisais ici. Sans me laisser le temps de répondre à sa première question, mon perspicace ami enchaina avec des questions bien trop ciblées pour son propre bien. Mais cela allait mettre utile, moi qui avais besoin d’aller droit au but, la voie était grande ouverte. Emprisonnée par le ton et le regard qui ne me lâchait pas, mon sourire revint telle une armure. J’avais presque l’impression de devoir rendre des comptes à ce qui devrait être un paternel, bien que je n’en aie jamais fait l’expérience. L’impression était étrangement inconfortable, je fronçais les sourcils sous l’interrogatoire, soudainement mal à l’aise. Je n’aimais pas vraiment l’atmosphère de cette discussion, une pensée qui me traversa l’esprit un instant avant que je ne me réprimande moi-même. Je n’avais pas le temps pour ces considérations, mes sentiments n’avaient plus à interférer dans mes objectifs, ils ne feraient que me ralentir. Je me ressaisis avec l’aide d’Orfeo qui me proposa de le suivre dans la cuisine pour s’installer et probablement autour d’un verre que j’aurais aimé alcoolisée pour une fois. Je me raclais discrètement la gorge avant de lui suivre dans la pièce adjacente.

Un café s’il te plaît.

Mon allié depuis plusieurs jours, me permettant de ne dormir que le strict nécessaire. Après tout, du repos, j’allais bientôt en avoir autant que nécessaire. Je m’installais directement sur l’une des chaises de la pièce, laissant le propriétaire des lieux, évoluer dans son espace sans le déranger.

Disons que beaucoup de choses se sont passées depuis la dernière fois qu’on a parlé. Je vais bien ceci dit, à quelques ennuis près.

Ce n’était pas vraiment un mensonge, j’allais vraiment bien, pour le moment. Je n’avais vraiment pas envie de m’étendre sur la cause du problème en lui-même. Pas besoin de le mêler de près ou de loin aux affaires d’Ivanov par accident. Je me détournais d’Orfy laissant ma tête partir en arrière, mon regard parcourant les irrégularités du plafond.

Je vais devoir disparaître et je règle mes affaires si tu vois de quoi je veux parler.

Mon ton avait perdu toutes intonations, se faisant plus monotone, plus distant, comme à chaque fois que j'étais forcée à parler de sujets que j'aurais voulu passer sous silence. J’évoquais ma disparition comme voulue, occultant totalement le fait que j'allais probablement être froidement tuée au détour d'une dernière confrontation avec Ivanov. Mais au delà de cela, même si Orfy avait toujours su pour la Menrva, fidèle confident et soutien dans mon entreprise, c’est pour l’épargner que je l’avais tenu éloigné d’une affaire qu’il ne méritait pas d’endurer. J’avais l’impression de le salir rien qu’en évoquant mes activités illégales, encore une chose que je détestais. Je secouais la tête me rappelant encore à l’ordre sur l’inutilité des sentiments dans cette situation et repris d’un ton plus assuré.

Donc oui, comme tu t’en doutes par régler, j’entends mettre en sécurité pas mal de choses. Maintenant, je ne sais pas si tu as besoin du contenu de ce sac, mais je te fais confiance, tu sauras quoi en faire.

J’avais une confiance aveugle même. Orfy saurait quoi faire de cet argent, et j’étais quasiment sure qu’il ne le garderait pas pour lui. Mon regard tomba à nouveau sur la silhouette du jeune homme et un nouveau sourire sans joie étira un coin de ma bouche.

Il est à toi désormais, fais-en ce que tu souhaites.

Je savais ne pas pouvoir m’en tirer à bon compte, mais j’attendais sa réaction avant d’envisager de donner d’autres explications.

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MessageSujet: Re: All the best people are crazy || Orfeo & Lucrezia   Lun 17 Juil - 0:04


All the best people are crazy
I can't feel no pain, I can't feel nothing but memories ••• Il avait posé les questions sans même réfléchir, directement. Il avait besoin d'explications, du pourquoi et du comment. Bordel, elle se pointait quand même à une heure indécente, déposant un sac plein de... Il ne savait même pas de quoi, et Lurezia semblait plus intéressée par lui et sa fatigue que par lui offrir plus d'informations. Il aurait pu tourner en rond, faire les cent pas. Il avait besoin de ça, pour ne pas trop s'inquiéter. Parce que oui, l'inquiétude se glissait dans ses entrailles, il n'avait jamais été réellement capable de gérer ce genre d'émotions. Son regard ne quittait pas la silhouette de la femme, même lorsqu'il se déplaça jusqu'à la cuisine. Un café. Quelques secondes suffirent pour trouver le café, placé à une hauteur convenable pour le jeune homme et en mettre une dose suffisante pour les deux tasses de prévu. Il en avait bu tellement ces derniers jours, dernières semaines, c'était un peu son carburant quand les gardes s'éternisaient. Ah, si seulement il avait pu dormir plusieurs heures avant l'arrivée de son amie... Enfin, elle n'avait pas l'air en meilleur état que lui.

La machine toussotait en crachant son liquide marronné dans les deux tasses sorties par Orfeo. Blanches, avec quelques dessins de paysage. L'Italie telle qu'il ne la connaîtrait jamais. Un sourire triste alors qu'il se détournait, se cachait de Lucrezia pour sortir sucre et lait de ses placards. Le rationnement, il en était victime, comme beaucoup d'autres citoyens, mais il avait la chance de faire « partie » du Gouvernement d'un côté, et donc d'obtenir des portions plus importantes. Les dirigeants ne pouvaient pas se permettre de perdre leurs pompiers, puisqu'il s'agissait de ceux les sauvant en cas de souci. Normalement. Orfeo, cela le faisait bien rire, et s'il le pouvait, il les laissait dans leur merde le plus longtemps possible. Avec ses pouvoirs d'illusions, tout était plus simple. Enfin, il ne l'avouerait jamais ça. Il n'aimait pas parler de sa nature, de ses dons, notamment depuis qu'il avait fait les frais de la frayeur de Mikkel. Cela lui rappelait que les mages n'étaient pas bien considérés. En réalité, la plupart du temps, ils étaient même haïs. Alors, il s'adaptait, le petit Italien qui n'avait jamais demandé à avoir de tels pouvoirs. Il faisait profil bas, cachant encore plus tout ça. Peut-être qu'un jour, il irait jusqu'à modifier cette nature. Cela plairait à son frère, à n'en pas douter. Mais arriverait-il à s'accepter lui-même, en devenant un monstre ?

La reprise de parole de Lucrezia l'empêcha de s'enfoncer un peu plus dans ses sombres pensées. Ce n'était pas le moment pourtant, d'y attacher de l'importance à cette envie soudaine de se renier. Ce n'était clairement pas le moment... A quelques ennuis près. Et que ne lui disait-elle pas ? Son regard continuait de se faire protecteur, comme il avait toujours eu tendance à l'être avec celle qui l'avait sauvé. Devoir disparaître ? Les doigts s'accrochèrent au rebord de la table, les jointures blanchirent. Elle lançait ça si... Innocemment, et elle espérait qu'il garde son calme ? Bon, c'est ce qu'il fit. Mais les muscles de sa mâchoire, tendus à l'extrême, exprimaient cette rage qu'il contenait. Car, sans être violent, Orfeo pouvait tout de même avoir des sautes d'humeur ou des réactions assez surprenantes. Quand on ne s'y attendait pas. Et Lucrezia, elle, semait les indices un par un, le faisant languir alors que la situation exigeait qu'il soit au courant de tout le plus rapidement possible. Même si c'était lié à la Menrva, et que son amie n'appréciait pas le mêlait à ses affaires. Elle n'aurait d'autres choix que le faire, puisqu'il ne la lâcherait pas avant d'être sûr qu'elle n'était pas en danger.

Le bip sonore de sa machine à café l'empêcha de répondre tout de suite, et ce n'était finalement pas plus mal. Quelques secondes de répit, de réflexion, alors que les tasses se posèrent face à leur propriétaire, et qu'il s'installait face à Lucrezia. Quelques gorgées du liquide brûlant pour se donner contenance, son regard azur ne quittant pas celui de la femme.

« Quelques ennuis près ? Tu sais, ce n'est pas très rassurant de rester aussi vague... Développer la situation dans laquelle tu es m'aiderait réellement à mieux comprendre ce qui t'arrive... »

L'accent italien sur le retour, comme à chaque fois que les émotions devenaient trop fortes, trop incontrôlables. Il n'aimait pas qu'on lui mente, qu'on lui omette des informations. Et Lucrezia devait le savoir, depuis le temps qu'ils se côtoyaient. Un soupir, pour évacuer le stress qui s'agglutinait dans ses veines. Les doigts frottèrent les paupières, les tempes. Jamais il n'aurait pensé se retrouver dans une telle situation. Son regard s'enfonça un peu plus dans celui de Lucrezia, la scruta, chercha à découvrir ce qu'elle cachait. Comme si ses iris pouvaient le renseigner si facilement...

« Disparaître ? C'est-à-dire ? Parles-tu de fuir ? »

Et si tel était le cas, pour quelles raisons ?[/i] La question lui brûlait les lèvres, mais il fut incapable de la poser. Il y en avait déjà bien trop en fait... Le coude se posa sur la table, soutenant sa tête. Il s'étonnait lui-même de rester aussi calme là où une partie de son esprit lui ordonnait d'agir, de bouger. Il ne savait pas ce que Lucrezia avait en tête, mais il ne devrait pas la laisser faire. Même si physiquement, elle était plus âgée que lui, et qu'elle était convaincue de cela même réellement. Il serait capable de se placer en paternel, quand bien même il n'avait jamais eu d'enfants, et n'en aurait certainement jamais. Ah, il fallait croire qu'il en avait la fibre.

« Je regarderai ça plus tard, ça ne me semble pas être le plus pertinent pour le moment. J'espère que je ne te décevrai pas. »

Elle paraissait quand même placée pas mal d'espoir en lui, et ça l'intriguait. Pourquoi tout ça ? Pourquoi ?

« Maintenant, j'attends toujours que tu me racontes tout. Et arrête de rester vague, tu sais très bien que ça ne fonctionnera pas avec moi. »

Oh que non, il était bien trop hargneux avec elle. Il saurait ce qu'il avait besoin de savoir, coûte que coûte.

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MessageSujet: Re: All the best people are crazy || Orfeo & Lucrezia   Dim 6 Aoû - 21:00

J’avais repoussé cette entrevue le plus longtemps possible, ne voulant vraiment pas faire face à cet homme auquel je tenais, auquel j’avais confié tellement de choses, qui m’avait soutenu au fil des années. L’heure avait sonné et c’est à contrecœur que j’étais venu sonner à cette porte. Je ne voulais pas dire au revoir, c’était une chose, mais si j’étais honnête avec moi-même, je ne voulais pas faire face à celui qui me demanderait le plus d’explications. J’avais réussi à tout raconter à Kenneth, je le pourrais aussi avec Orfeo, mais comme pour le premier, je redoutais la réaction et les conséquences. Hors de question que quelqu’un d’autre ne tombe avec moi, je devais déjà m’assurer que Kenneth ne ferait rien d’insensé, je ne pouvais pas gérer Orfeo en plus.

Les secondes s’égrainaient, le silence troublé par mes quelques mots et le vrombissement sourd de la machine à café, un ronronnement doux et apaisant, vestiges d’un passé où cette action était encore anodine, quotidienne. Un passé sur lequel je m’étais interdit de m’apitoyer le jour même où j’avais pris la décision insensée de créer la Menrva. Pas d’apitoiement, mais le constant rappel des évènements, pour me rappeler mon but dans la vie, ou ce qu’il en restait. Si mon ouïe se laissait hypnotiser par son environnement, mes yeux quant à eux ne quittaient pas le profil ou alternativement le dos de mon hôte. Je ne ratais rien de sa crispation, mon propre corps répondant à cette vision. Je croisais mes doigts avec force, mes paumes soudées l’une à l’autre. Quel bon moment pour laisser son empathie refaire surface. J’attendais une réaction négative quelle qu’elle soit, mais sauvée par le gong, Orfeo retourna s’occuper de nos boissons, prenant sans doute le temps de tempérer sa propre attitude. Une vague de soulagement me traversa, bien vite étouffée par l’inconfort de la situation. La tasse au dessin ouvragée atterrie sous mes yeux alors que mon ami s’installait devant moi. L’intensité de son regard me brûlait, réveillant toute la culpabilité qui pouvait me tordre les entrailles. Le liquide contenu dans le récipient obtint alors toute l’attention qu’il méritait, mes mains s’appropriant instinctivement la tasse. Mes yeux ne quittèrent plus les ondulations du liquide alors que j’attendais encore cette réaction, autant que je l’appréhendais.

La sentence tomba, et elle fut bien plus douce que ce que j’imaginais. J’avais envisagé le pire comme à mon habitude, sans prendre en compte l’homme qui m’accueillait chez lui. Un léger sourire déforma mes lèvres, le nez toujours dans ma tasse, invisible au regard de mon ami. Je le retrouvais bien là, à toujours tout vouloir savoir, même quand j’avais voulu le protéger de ma vie. C’est bien de cette manière qu’il m’avait amené à lui avouer l’existence de la Menrva. Un acte de foi que de lui raconter cette partie de ma vie, mais malgré la confiance que j’avais en lui, il ne savait pas toute l’histoire et ne la connaîtrait jamais, je l’espérais.

Je sentais son regard insistant sur moi et cédait pour relever mon visage vers le sien, mon regard rejoignant le sien. Son enchaînement de question me fit rire, nerveusement, mais c’était tout de même un léger rire, bref. Mais ces dernières paroles me calmèrent, ne laissant trainer qu’un petit sourire tendre. La gentillesse innée de cet homme me sidérait toujours un peu. Me faisait culpabiliser aussi. Il ne voulait pas me décevoir alors que j’étais celle qui le décevrait s’il savait, et il finirait bien par savoir un jour ou l’autre. Je ne pouvais pas lui mentir, c’était une de mes rares certitudes. La seule option qu’il me restait, était d’omettre certains points. Un soupir m’échappa avant que je ne me lance dans une demi-confidence.

Tu sais, si j’étais ton médecin, je te diagnostiquerais un sérieux problème avec le contrôle. Une tentative d’humour qui tombait un peu à l’eau, je devais bien le reconnaître, mais j’aurais essayé. Une moue s’imprima sur mon visage avant que je ne me décide à me jeter à l’eau. Bien la version courte alors. Un de mes clients a découvert que je ne lui vendais pas des œuvres authentiques. Il a des moyens assez conséquents pour m’obliger à travailler pour lui. C'est ça ou il me prendra tout par la force. Je suspendis mon discours, pas certaine de devoir continuer, j’allais encore plus inquiéter mon ami, mais je savais qu’il ne me laisserait pas m’en sortir aussi facilement. Je secouais la tête et continuais à contrecœur. Comme tu t’en doutes, il en est hors de question. Ma détermination ou mon obstination aveugle me poussait sans doute à prendre de mauvaises décisions, mais personne et surtout pas quelqu’un du gouvernement, ne me dicterait ma conduite. La Menrva continuera à exister malgré mon absence, mais j’ai besoin de disparaître des radars. Mon regard se braqua dans le sien avant que je n’ajoute. De tous les radars.

J’attaquais là le point le plus compliqué, je voulais m’assurer qu’il comprenait bien ce que cela impliquait. J’allais disparaître, qu’il le veuille ou non et il ne pourrait pas rester en contact avec moi. Avec le temps, et sans la moindre nouvelle, j’espérais que ma disparition serait moins soudaine.

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MessageSujet: Re: All the best people are crazy || Orfeo & Lucrezia   Lun 4 Sep - 20:10


All the best people are crazy
I can't feel no pain, I can't feel nothing but memories ••• Chaque mot avait été prononcé dans l’optique d’obtenir une réponse. Et pourtant, il savait que Lucrezia pourrait lui mentir, les esquiver. Elle venait tout juste de le faire d’un côté… Il ne pouvait s’obliger à dire la stricte et complète vérité, sauf en utilisant ses pouvoirs, ceux-là-même qu’il avait maintenu secret aux yeux de son amie. La question se posait réellement. Parce qu’il voulait la protéger, mais elle ne l’aidait pas en cachant d’elle-même des informations sur sa vie, sur sa situation. Pour débarquer au milieu de la nuit, il y avait quelque chose de plus grave derrière cette disparition. Et cela le stressait, le bouffait à un point qu’il n’aurait jamais pensé possible. Peut-être qu’il s’était trop attaché à cette femme finalement, et que désormais il s’inquiétait pour un tout et un rien. Seulement, son instinct lui hurlait que c’était bien plus grave que tout ce qu’il pourrait avoir à l’esprit. Ca concernait la mafia après tout, enfin, il s’en doutait, avec le sac qu’elle lui avait donné… Un léger soupir alors que les fesses prenaient place sur un de ses tabourets, que les tasses trouvaient leur place devant leur propriétaire du jour. La femme face à lui plongea les lèvres dans le liquide brûlant sans attendre. Cherchait-elle à éviter les questions de cette manière ? Elle devait pouvoir le savoir, que cela ne fonctionnerait pas…

Alors, il attendit, laissant le silence se faire après ses paroles. Il tentait, d’un côté, d’avoir un comportement similaire à celui de son aîné. A lui, personne ne lui refusait jamais rien. Un ordre, une demande, et on s’y pliait. Il avait tout du seigneur, tout hérité de ce grand-père si haï. Orfeo, lui, ne savait rien de cette époque, n’avait pas reçu la même éducation. Voilà pourquoi il avait tant de mal à  agir de la sorte, à obliger les gens à lui parler, à avoir de la prestance. Enfin, ce n’était pas ce qu’il voulait. Il s’embrouillait lui-même l’esprit avec tout cela, incapable de savoir ce qu’il désirait vraiment. Le regard finit d’ailleurs par se détourner, les doigts finirent par masser les tempes, espérant par la même occasion supprimer la tempête qui faisait rage à l’intérieur de son crâne. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne vire fou là… Il fallait que Lucrezia brise le silence désormais, le remette dans le droit chemin. Juste quelques minutes de plus, maintenir loin ce qui menaçait de le faire basculer.

Puis la voix de Lucrezia s’éleva, seul éclat de lucidité dans les sombres pensées qui l’assaillaient de toute part. Etait-ce la possibilité qu’elle meurt, comme elle semblait si bien le sous-entendre, qui le faisait autant plonger ? Impossible de le savoir, pour l’instant. Et il ne voulait pas avoir raison sur ce point, étonnamment. Le diagnostique, elle pouvait déjà lui donner… « Tu crois que ça changerait quelque chose dans ma façon d’être ? » Sourire en coin, amusé par la déclaration. Un souci avec le contrôle, clairement… Et il ne changerait certainement plus, à son âge. Enfin, il ne s’attarda pas plus que cela là-dessus, au vu des informations qui lui arrivaient dans la gueule. Les muscles se tendirent, le regard azzuré se refroidit, et les doigts serrèrent un peu plus la tasse blanche usée qu’ils tenaient. Aucun mot ne passa la barrière de ses lèvres, il se contentait désormais d’écouter. Dans tous les cas, serait-il capable d’empêcher les tremblements de son ton, ou même la colère qui allait résulter de ses mots ? Certainement pas, alors, dans le doute, le silence serait sa meilleure arme. Bordel, elle allait réellement choisir sa mort pour sauver la Menrva ? Elle était folle…. Enfin, c’était ce qu’Orfeo comprenait, et qu’il ne laisserait pas faire.

« Donc si je comprends bien, tu vas disparaître dans l’espoir que cette personne laisse tomber ses envies de vengeance ? C’est d’une lâcheté... » Les mots étaient durs, le jugement présent, bien plus qu’habituellement. Parce qu’il voulait la protéger, parce qu’elle était importante à ses yeux. « Sinon, tu crois vraiment qu’il s’arrêtera à ta disparition ? S’il est aussi puissant que tu sembles le penser, il prendra la Menrva de force. L’être humain est attiré par le profit, et il pourra s’en faire avec ton réseau, ton recul lui sera bien plus profitable que si tu t’opposes à lui… » Son regard ne relâcha pas celui de la brune. Non, il n’y avait aucune hésitation dans ses propos, et il ne cherchait pas à y aller par quatre chemins. Elle l’avait souligné, ils n’avaient pas le temps pour ça. Il s’affala contre le dossier, s’obligea à prendre de profondes inspirations. Un moyen comme un autre de retrouver son calme, de ne pas s’affoler. Puis une nouvelle question, pour empêcher la fuite de son amie : « Qui t’a obligé à faire ça ? Personne n’est infaillible, tu dois bien le savoir, alors il y aura toujours un moyen pour le faire tomber avant qu’il ne mette ses plans, quels qu’ils soient, à exécution... » Un nom. Il voulait un nom. Si elle refusait de faire quoi que ce soit, lui prendrait les responsabilités. La mort n’avait jamais été un souci pour lui.

« Je peux t’aider. » Le couperet qui tombait. Peut-être était-il temps de dévoiler sa véritable nature...

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MessageSujet: Re: All the best people are crazy || Orfeo & Lucrezia   Mar 12 Sep - 14:40

La colère, un sentiment que je suscitais souvent ces temps-ci, je pouvais la reconnaître à l’instant même où les iris de mon ami perdirent leur chaleur habituelle. Mes yeux s’attardèrent un instant sur ses doigts prêts à broyer la pauvre tasse. Une colère froide et contenue que je n’avais jamais vu chez Orfeo. Venir ici avait-il été une erreur de jugement ? Je me laissais bien trop gouverner par mes sentiments ces temps-ci et cela me desservait. Combien de temps pour que je le réalise ? Combien d’erreurs avant que je prenne les bonnes décisions ? J’aurais dû agir autrement, ne jamais mettre les pieds dans cet appartement avec le propriétaire présent. Je savais pertinemment qu’il ne me laisserait pas partir facilement, pourtant j’étais venue. Est-ce que je voulais inconsciemment qu’il me fasse changer d’avis ? Etais-je si désespérée que je mette la vie de mon ami en danger ? Un sentiment d’angoisse me noua la gorge alors qu’un malaise latent prenait possession de mon corps plus je réalisais la vérité : j’avais commis une énorme erreur. Mon regard s’échappa vers la porte. Avais-je le temps de l’atteindre et de partir sans un mot ? Probablement. Mais une force inconnue me tenait clouée à cette chaise. L’illusion d’une échappatoire disparut aussi vite qu’il était apparu alors que la sentence s’échappa de ses lèvres.
 
Mon regard se posa doucement sur mon accusateur. J’avais du mal à encaisser le jugement, mais me gardais bien de faire la moindre remarque, ce n’était que la pure vérité après tout. Pourtant la remarque me blessa, je pensais vraiment que de tout, ce serait celui qui serait le moins prompt à me juger et à me condamner. Quelle serait sa réaction s’il savait à quel point je m’étais abaissée à la lâcheté et à la cruauté, je n’osais l’imaginer. J’écoutais religieusement la suite, consciente du besoin de s’épancher que j’avais fait naître avec mes propos. Je ne pus néanmoins pas retenir un sourire désabusé à ses hypothèses. Non, Niklas ne récupérerait jamais la Menrva, jamais il ne pourrait en tirer profit, je l’avais confié à des mains plus que compétentes, plus puissantes en un certain sens. Seule, je n’étais pas de taille contre lui. J’aurais pu demander de l’aide, j’aurais pu essayer de sauver ma peau, mais la vérité, c’est que je n’y tenais pas. J’attendais la mort comme une délivrance depuis des années sans avoir le courage de la provoquer.
 
Le moment que je redoutais arriva bien plus vite que je ne l’aurais voulu. Lui donner un nom, l’impliquer dans mon problème, le mettre en danger. Il en était hors de question. Toute trace de sourire disparut alors mon regard se durcit à son tour. Ses dernières paroles finirent de me mettre en colère, seule émotion gérable à cet instant pour ne pas crouler sous la peur. Je lâchais brusquement ma tasse, pointant un doigt accusateur vers lui.
 
« Il est hors de question que tu interviennes, tu m’entends ? » Les mots avaient de mal à sortir de ma gorge, la panique limitant mon allocution. Je fermais un instant les yeux, me forçant à prendre une respiration pour me calmer. Ma main vint sagement se reposer sur la table, jouant avec la tasse sans s’en saisir. « Infaillible ne s’applique pas à cette personne, il est intouchable, tout ce que tu risques à m’aider c’est tomber avec moi. »
 

Je voulais le supplier de rester en dehors de cette histoire, mais je ne savais pas si cela aurait une quelconque utilité. La colère guidait ses paroles, c’était un réflexe de l’imiter, mais peut-être pas la bonne solution non plus. La colère ne m’aidait en rien ces derniers temps, au contraire elle envenimait toutes mes relations. Elle, ma plus fidèle amie, qui m’avait aidé à garder la tête hors de l’eau pendant des années. Me séparer d’elle était une épreuve, mais je me devais d’essayer une nouvelle approche.
 
« Ecoutes je ne suis pas venue pour me battre avec toi. C’est une cause perdue d’avance, tu dois l’accepter comme je l’ai fait. J’ai limité les conséquences autant que j’ai pu. Je peux t’assurer qu’il ne prendra jamais avantage à mon retrait, bien au contraire il a perdu au change. S’il est intouchable, il a tout de même des limites à son périmètre d’action. »
 
Je ne savais pas comment lui faire lâcher le morceau. Peut-être que c’était une cause perdue aussi. La fuite resterait une option potable finalement.

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MessageSujet: Re: All the best people are crazy || Orfeo & Lucrezia   Ven 20 Oct - 22:55


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I can't feel no pain, I can't feel nothing but memories ••• Il se sentait dans une situation similaire que s’il faisait face à son aîné. Une certaine incompréhension pesait dans son esprit, dans ses entrailles. On refusait de lui parler, de lui donner des informations capitales. Et l’impression qui en ressortait, c’était qu’il était inutile, indigne de confiance. Il n’aimait tout simplement pas cela, et c’était la raison pour laquelle la colère était ressortie, qu’elle s’était imposée. Un moyen de gérer au mieux cette foutue frustration, qui s’accrochait un peu trop. Il aurait pourtant aimé garder cette image d’ami altruiste, parfait. Néanmoins, il était loin de l’être, quoi qu’il fasse pour le cacher. Chasser le naturel et il revient au galop, n’est-ce pas ? Les doigts blêmes se serraient un peu plus sur sa tasse, alors qu’il entrepenait de garder le visage le plus neutre possible. Lucrezia n’avait pas besoin de gérer la colère de l’italien en plus de tous les problèmes qui lui tombaient dessus. Orfeo aurait dû être capable de se contenir, d’accepter cela. Si elle le voulait, alors soit, il n’était personne pour faire la moindre remarque. Et pourtant… Et pourtant, il ne s’était pas gêné, avait utilisé des mots froids, violents, cassants, sans la moindre hésitation. Putain qu’il s’en voulait. Mais pour l’instant, tout était embrouillé dans son esprit, contrôlé par les émotions.

Sa colère finit par se transmettre, et Lucrezia réagit de la même chose, avec la même force. Alors, ils en étaient arrivés à ce point ? Celui où le ton monterait, où ils s’affronteraient, ni l’un ni l’autre souhaitant céder le moindre morceau de terrain. Néanmoins, Orfeo avait bien plus de possibilités pour faire craquer Lucrezia. Et il se rendait compte désormais qu’il n’hésiterait pas à user de ces procédés pour la faire parler… Même si elle était son ami, la personne la plus proche de lui en un sens. Même si après, elle le haïssait de tout son être, ne souhaitait plus jamais le revoir. Il pourrait simplement la protéger, détruire l’objet de ses angoisses, lui rendre tout ce qu’elle avait sacrifié pour lui, toute l’aide qu’elle lui avait apporté sans le connaître, alors qu’il revenait dans le monde réel après des siècles passés en enfer… Il lui devait bien cela, qu’elle l’approuve ou non. Quelques gorgées supplémentaires de café furent prises, alors qu’il écoutait les paroles de son amie. Aussi dures, aussi vraies qu’elles soient.

Ne pas intervenir. Il n’avait pas à intervenir. Le sourire se dessina sur ses lèvres, légèrement plus malsain qu’habituellement. Il n’avait pas à le faire, mais il le ferait quand même. Et que l’autre soit intouchable ne le dérangeait pas, puisqu’intouchable ne signifiait pas qu’il ne pouvait pas le faire tomber. Bien au contraire, ce serait juste un peu plus chalangeant. Mais Lucrezia ne savait tout simplement pas qu’il avait vécu pire. Et aussi que son frère était un membre du Gouvernement, envers lequel tous les deux vouaient une certaine haine. Il n’aimait pas se heurter à son amie, mais il ne lâcherait pas l’affaire non plus. C’était un bras de fer, mais un bras de fer qu’il était certain de remporter.

Et les propos suivants ne changèrent rien à ses pensées, à ses envies, tout en le perdant un peu plus. Lucrezia soulignait que le périmètre d’action de la personne était limitée, et pourtant, elle était supposée disparaître. Si elle connaissait les faiblesses de celui qui la recherchait, elle pouvait facilement rester en vie, rester à la lumière du jour, et le prendre au piège. Ou alors elle mentait, et là, Orfeo appréciait nettement moins. Il ne put d’ailleurs pas retenir ses mots de passer la barrière de  ses lèvres :

« Tu sais que j’attendrai d’avoir mes réponses avant de te laisser repartir. Et s’il le faut, je te collerais aux basques pour ne pas que tu disparaisses de ma vue. » Son regard bleu acier accrocha celui de la femme. A cet instant, il devait être plus proche de son aîné que de lui-même. Tant pis, cela lui importait peu désormais. Tant qu’il pouvait la sortir de là… « Hé bien, je tomberai et toi tu t’en sortiras. Il faut faire des sacrifices parfois. » Et si ce devait être le sien, il foncerait.

Puis un soupir quitta ses lèvres, alors que ses pouvoirs commençaient à jouer avec l’esprit de Lucrezia. Il n’était pas fière de son geste, il ne le serait certainement jamais, mais ce n’était pas pour autant qu’il ferait marche arrière. L’illusion prit forme devant les yeux de la femme. Une situation de confiance, une situation qui l’obligerait d’un côté à parler. A dire la vérité. De la pire des façons possible, prise en traître. Tant pis, il avait l’habitude qu’on le haïsse. « Qui veut s’en prendre à toi ? Qui t’oblige à te cacher ? » Réponds-moi, comme une injonction donnée dans l’illusion. La culpabilité lui bouffait le coeur, mais il n’arrêtait pas. C’était trop tard de toute manière, il n’avait plus qu’à assumer son acte...

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