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 Veins - Aimée

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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↳ Opinion Politique : Contre le gouvernement, vit de la transgression des règles.
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MessageSujet: Veins - Aimée   Jeu 18 Mai - 23:04


I know I took the path that you would never want for me
I know I let you down, didn't I?
So many sleepless nights where you were waiting up on me
Well I'm just a slave unto the night



Travailler, oublier. Échapper à un regard dans le miroir, éviter un reflet sur une vitre, fuir l'astre diurne comme la peste. Ses rayons cherchent à dessiner les contours de mon visage, à éclairer le bleu de mes yeux et à courir, brillants, sur les mèches de mes cheveux. Alors le corps se glisse contre le mur, s'approche de l'ombre et je prie pour qu'elles m'engloutissent tout entier, à chaque fois. Je prie pour couler entre les grilles souillées qui ornent le trottoir ici et là, j'implore la clémence d'un démon trop cruel. Et il rit, toujours. Un éclat guttural et humide de filets de bave, ses lèvres poisseuses et collantes près de mon oreille, il souffle. Attends. Attends encore un peu. Ses chuchotements m'arrachent d'interminables frissons, comme s'il passait l'ongle le long de ma colonne vertébrale et l'enfonçait entre l'os et la chair. On s'habitue à sa terreur, et on ne s'y fait jamais.
Mais aujourd'hui, le soleil brille et la brise printanière rendrait n'importe qui romantique – peut-être plus aujourd'hui, sûrement pas dans cette ville. Il faut penser à la saison de la douceur, à cette ère tendre de l'année. Et je n'ai que le démon en tête. Il n'a pas de saison, pas de cycle, pas de nuit ni même de jour. Il est simplement là, il tord mes songes comme un morceau de tissu trempé et envahit mon esprit de son imposante présence. Il faut travailler, s'occuper pour oublier, et certains jours je ne pense plus qu'à lui. Et lorsque ça devient trop difficile, lorsque j'ai l'impression qu'il ne me quittera plus jamais, il disparaît le temps d'un instant. De quelques heures, quelques jours, il se terre dans l'obscurité de mon cerveau et s'endort, m'abandonne à un peu de répit. Puis il revient.

Potiche devant le camion de nourriture, bras ballants et poumons gonflés d'un soupir latent, je patiente. Enfonce les mains dans les poches, les retire ; fais quelques pas, tourne en rond, me stoppe subitement. Prépare la monnaie, serrée entre mes doigts, et l'abandonne finalement au fond de la poche. J'ai terriblement mal dormi et je suis à fleur de peau, aujourd'hui – lorsque même l'épiderme se fait sensible, lorsqu'un frisson est douloureux. La bête se répète, inlassable : Patiente, bientôt. Glissant les doigts contre ma nuque, j'incline le visage en arrière et me risque à quelques nouveaux pas, m'éloigne de l'odeur tenace de nourriture qui s'accroche à l'air. Ferme les yeux et permets finalement au soleil de m'inonder la face.
Les songes s'égarent, volent dans tous les sens et ne cherchent pas à se lier les uns aux autres. Je les laisse se découdre, se perdre. Et le temps d'un instant, la bête s'y perd et s'efface. Le soleil chauffe ma peau, réconforte un esprit torturé. Profite. Le calme avant la tempête. Son chuchotement n'a plus rien de terrifiant – rien ne me semble effrayant, en ce moment. Les paupières se rouvrent lorsqu'on m'interpelle et la chaleur s'enfuit, remplacée par une moiteur désagréable, les odeurs de la ville, le bruit du quartier.
Les pièces rejoignent une autre main que la mienne et j'attrape la nourriture au passage. Le calme avant la tempête, hein ? D'éternelles menaces, voilà ce qu'elle me fait ressentir. Comme si une épée tournoyait inévitablement au-dessus de mon crâne ; et ces inlassables menaces finissent toujours par s'épuiser. Je n'appréhende plus rien, me dis-je avec conviction. Plus rien du tout.

Un trio comporte toujours un couple, et l'autre. Le troisième. C'était lui, il l'avait toujours senti. Même lorsqu'il passait des heures avec son frère, même lorsque aucun des deux n'accordaient vraiment d'attention à leur sœur. C'était lui quand même – le plus âgé, le plus désagréable, le plus délaissé. Le plus agressif, le moins aimé. Il avait toujours compris les choses de cette façon – les deux autres avaient toujours été un tandem qui fonctionnait terriblement bien. Ç'avait toujours été douloureux pour lui de les voir se compléter lorsque personne ne semblait vouloir l'approcher. Alors on repousse, on jette tout aux ordures, on se refuse à laisser quiconque approcher et on se persuade d'être digne de rien. Il avait une si maigre valeur aux yeux de tous. Et lorsqu'ils le rejoignaient, il sentait bien la lourdeur de l'atmosphère. C'est pour ça qu'il est parti. Sans un regard en arrière – pourquoi fallait-il leur accorder de l'importance, après tout ?
Avec les années, il s'était senti perdu, et puis ingrat. Sacrément ingrat. Et enfin, il avait réussi à se convaincre, à force d'huile de coude, qu'ils l'avaient oublié. Et il voulait les avoir oubliés aussi.


Mais on oublie pas le sang. Ces deux perles, ce visage si délicat. Ses sourires timides. Elle me rappelle l'odeur de la terre humide juste avant la pluie, l'herbe trop verte du pays, les mains pleines de boue et le goût de la crème à l'heure du goûter. La chape de plomb me tombe sur l'estomac et s'enfonce, écrase mes entrailles. Non, les gènes et le sang qui coule dans nos veines ne peuvent pas s'oublier, même avec tous les efforts du monde. On entretient un ressentiment, on range les souvenirs quelque part, mais comment oublier ? Ne demeurent que les souvenirs, qu'ils soient bons ou mauvais.
Ma sœur est à quelques mètres, et je suis incapable de faire le moindre mouvement. Le temps s'est arrêté et il a fait marche arrière – les bulles de cidre qui éclatent sur ma langue, ses cheveux entre mes doigts lorsqu'il fallait les lui nouer. Lorsque les parents ne prenaient pas le temps de le faire. Le goût du sang dans la bouche et la douleur de membres traumatisés. Et les bruits, les mêmes bruits. Celui, terrifiant, du silence en début de journée, lourd et pesant, finalement brisé par les cris. Par le bruit.
Les bribes du passé sont balayées par son corps qui s'avance et le mien qui se décale, s'éloigne du trottoir. La chape de plomb se fait béton, elle tombe le long de mes jambes et ralentit mes mouvements. M'ankylose les membres et l'esprit. Inexorablement, Aimée se rapproche – son regard n'a pas croisé le mien. Je demeure immobile, me laisse envahir par la houle des émotions et comme n'importe quelle vague, elle essuie tout sur son passage. Je n'ai à l'esprit que son visage, son visage si doux et si familier, un visage que j'ai redouté de croiser pendant des années, auquel je ne désirais même plus penser. Elle n'a pas vraiment changé – sûrement s'est-elle pourtant muée en femme. Elle est toujours une gosse pour moi, une gosse dont il faut s'occuper, une gamine à charge.

Elle s'approche et le cœur s'acharne à battre plus fort dans ma poitrine. Ça n'était plus qu'une question de temps avant que je la retrouve, me dis-je. Avant qu'on se croise à nouveau. Et, de toute évidence, elle n'est pas morte. Aussitôt, je pense à eux. Aux autres. Et m'efforce de les chasser de mon esprit aussitôt – il faut agir, maintenant. La héler, ou m'écarter. L'organe palpite dans ma poitrine et redouble de vitesse, gagné par l'appréhension. Et l'inquiétude, si je veux bien l'admettre. Et pourtant, elle arrive à ma hauteur – un nouveau mouvement de recul de ma part. Le temps passe, et elle avec.
« Aimée ? » Mon ton est ferme, j'étrangle la moindre trace d'hésitation et d'inquiétude dans ma gorge. Les doigts se posent sur son bras, s'enfoncent dans la chair et la retiennent. Alors, seulement, le déferlement de sentiments revient. La honte, la gêne, la culpabilité – puis l'amertume, le chagrin, la rancœur profonde et douloureuse. Tout me revient en pleine figure et je ne sais pas si je regrette de ne pas m'être enfoncé dans l'obscurité, finalement. Elle se tourne sous mon impulsion, me fait finalement face. Mon visage ne s'éclaire pas d'un sourire, mon regard ne pétille pas de ce bonheur intense et profond de retrouver une partie de soi. Une pièce qu'il me manquait. La nourriture que je tenais entre mes doigts tout à l'heure a rejoint la poubelle, intacte, et j'ai le bras ballant. Incapable de coordonner mon corps, de savoir comment le placer, je ressens un profond malaise me gagner. Je ne suis pas à ma place, en face d'elle, devant un visage si doux, devant une âme si délicate. Elle n'a pas à affronter la dureté de la mienne.
Pourtant, c'est cette drôle de fierté qui me gagne alors ; parce qu'elle est belle. Elle l'a toujours été, elle l'est encore plus que dans mes songes - le constat est amer. Mais j'ai l'impression de gratter un vieux souvenir, d'épuiser les couches de toutes ces années jusqu'à découvrir son nouveau visage. Plus de rondeurs enfantines, plus de peintures approximatives sur le visage, plus de vêtements de jeune fille. Redécouvrir sa propre sœur, c'est étrange et très douloureux à la fois. Mais le pire, c'est encore le regard qu'elle me lance. Ses beaux yeux ne fuient pas, ils ne m'évitent pas ; c'est simplement qu'elle ne me reconnaît pas.


Now remember when I told you that's the last you'll see of me
Remember when I broke you down to tears
I know I took the path that you would never want for me
I gave you hell through all the years

_________________
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SIN IS SINCERE


Dernière édition par Joseph Townsend le Lun 2 Oct - 1:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Veins - Aimée   Ven 19 Mai - 19:37

Veins

Aimée & Joseph

Tous les jours, elle s'adonnait au même rituel redondant mais rassurant. Elle se levait à une heure fixe que son réveil n'avait même plus besoin de lui rappeler, buvait le même thé anglais avec des biscuits au chocolat au petit déjeuner tardif, puis elle ouvrait un roman et lisait deux ou trois chapitres afin de laisser vagabonder son esprit loin de la puanteur de la Nouvelle-Orléans. Elle aimait ce moment de calme et de quiétude, emmitouflée dans un pyjama trop grand pour elle, les pieds chaussés de mules à pompons comme une petite fille. C'était son moment à elle, un petit écrin de solitude et de silence qu'il ne fallait surtout pas lui arracher. Alors les heures passaient et défilaient sur le cadran, et venait l'heure de s'activer. Au milieu de l'après-midi, trois fois par semaine, elle se rendait à un cours de krav maga qui l'aidait à prendre confiance en elle. Plus les semaines passaient, plus elle sentait son corps se muscler et les réflexes se faire moins hésitant. La confiance... Voilà bien une chose qu'elle peinait depuis longtemps à s'accorder ou à donner à d'autres. Elle avait trop souvent été déçue pour ça. C'était par les prises et les gestes qu'elle la retrouvait, dans la sueur d'un entraînement difficile et les rires qui suivaient dans les vestiaires. Il fallait bien l'admettre, elle aimait cette émulation et cette connivence. Elle n'était jamais avare de discussions tandis qu'elle séchait ses cheveux à la sortie de la douche, mais sitôt le nez dehors, elle se séparait du groupe pour se diriger vers l'hôpital et retrouvait sa solitude.

Certains se souhaitaient bonne soirée, à elle on souhaitait bon courage : elle allait troquer ses vêtements de sport pour son uniforme d'infirmière et commencer sa nuit de travail pour mieux s'en retourner chez elle lorsque les autres iraient travailler. On la disait souvent courageuse, et elle se contentait de dire en riant qu'elle profitait simplement du rythme moins soutenu de la nuit, laissant les journées à des collègues qui ne faisaient que courir dans tous les sens. A ses yeux, elle n'était ni plus lâche, ni plus courageuse qu'une autre, elle se contentait de faire son travail et d'aider les gens du mieux qu'elle pouvait. Chaque fois qu'elle y songeait, elle se rendait compte que ça avait toujours été comme ça. Elle la timide et douce princesse à protéger, Nicholas le preux chevaliers qui se changeait parfois en couard, et Joseph, à mi chemin entre l'ogre et le dragon. Sous le soleil déclinant, elle sourit avec nostalgie. Il ne se passait pas une journée sans qu'elle n'ait une pensée pour eux, qu'elle soit heureuse ou douloureuse, puis elle continuait sa route, son esprit s'égarant sur d'autres sujets plus ou moins importants.

Elle jeta un coup d’œil à sa montre, se félicitant d'être dans les temps. Elle avait une heure pour prendre un café chez son vendeur favori et continuer un peu son roman avant d'aller affronter une nuit dans le formol, la javel et les anti-douleurs. C'était d'un pas décidé qu'elle marchait, sans faire attention à cet homme qui la fixait comme s'il venait de voir un revenant. Depuis quelques temps, elle ne prêtait plus trop attention à ces ombres ou ces silhouettes qui la fixaient, persuadée qu'il s'agissait de son esprit décidé à lui jouer un mauvais tour. Ce regard insistant appartenait sûrement à l'un des ces fantômes qui semblaient la suivre partout. Elle le dépassa mais aussitôt, elle sentit une main se resserrer sur son bras et tout son corps se tendit dans une position défensive. Elle fit volte face, fixa celui qui venait de l'arrêter et son propre prénom la heurta. « Aimée ? » le ton était interrogateur, la surprise se lisait sur son visage et pourtant, la jeune femme ne se souvenait pas avoir jamais vu cet individu. Une barbe hirsute, un visage fermé et une stature imposante... Elle aurait pu le reconnaître, si seulement elle n'avait pas gardé de lui que le souvenir douloureux d'un homme rachitique au corps dévoré par la drogue et le mal-être. Elle le fixa un long moment, ses yeux bleus s'arrêtèrent sur ceux de son vis-à-vis, elle hésita un moment puis se rendit à l'évidence : si lui la connaissait, ce n'était pas réciproque.

« Oui ? Je suis navrée, je ne crois pas que nous nous soyons déjà croisés. »

Elle était polie mais le ton était ferme, et lorsqu'elle tira un peu sur son bras pour s'arracher à la poigne de l'inconnu, elle lui jeta un regard de défis qu'il n'avait sûrement jamais vu chez elle. Puis, aussi soudainement qu'il l'avait arrêtée, le son de sa voix la percuta et elle compris pourquoi cette façon de prononcer Aimée l'avait à se point interpellée. Il y avait quelque chose dans son ton, dans son accent et dans son timbre qui lui rappelaient quelque chose. Cette manière un peu traînante et rauque de prononcer les mots. Les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent de surprise avant que son visage ne se ferme à nouveau. Un instant, il lui avait semblé reconnaître la voix de son frère et, pendant ce court laps de temps, elle avait eut l'espoir qu'il soit en vie. Mais c'était impossible... Impossible, impensable, irréalisable. Une fois de plus, son esprit lui jouait des tours et elle tira à nouveau sur son bras avec impatience.

_________________
Our walk has been sublime
A soaring ride and gentle lead
You have the heart of a true friend
One day we’ll meet on that shore again
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MessageSujet: Re: Veins - Aimée   Sam 20 Mai - 2:22


I've been around the world and never in my wildest dreams
Would I come running home to you
I've told a million lies but now I tell a single truth
There's you in everything I do


Mon visage se fait inconnu dans le miroir depuis des mois, des dizaines de mois. Je n'ai plus la moindre idée de ce à quoi je peux bien ressembler. Je vis sur des souvenirs, mais je n'ai jamais été un grand admirateur de ma propre face. Jamais vraiment été soigneux de mon apparence, je me laissais vivre. Abhorrais ce que je représentais des années durant, refusais de contempler la déchéance dans le miroir, la déchéance et la misère de mon propre corps. Les muscles se sont asséchés avec les années, les veines n'étaient plus que des sillons arides et abîmés au creux de mes coudes. Il n'y avait bientôt plus de graisse dans mon corps, plus de masse, presque plus de muscles. La drogue terrasse comme une vague – le visage est terriblement, inlassablement fatigué. Le corps subsiste aux assauts d'un suicide à petit feu. Il résiste au poison, envoie à la charge ses dernières forces, si maigres soient-elles. L’œil est hagard, la pupille est dilatée et vide. Il ne faut pas que je fasse le compte des misères que j'ai infligé à cette pauvre carcasse, il ne faut pas ressasser. Mais les yeux de ma sœur sont un reflet, un miroir dans lequel je peux enfin me dévisager. La contemplation du souvenir pitoyable que je lui ai laissé. Je n'y pensais pas – elle ne se rappelle pas de moi, pas ainsi. Elle se souvient d'un pauvre type égaré, d'un fantôme déambulant entre les ombres dégoulinantes de toxines qui faisaient alors partie de mon monde. Dans ses yeux, j'imagine une houle de reproches, d'amertume, de regrets intarissables. Comment pourrait-il en être autrement ?

J'essaie de ne pas repenser aux derniers souvenirs que je lui ai laissés, à cette nuit misérable. Ses prunelles me fixent et j'ai envie de m'y fondre, de m'y enfoncer jusqu'à disparaître. Inutile d'avoir des regrets, me dis-je inutilement, tente vaguement d'anéantir la vague de remords qui m'ensevelit. Son regard me tord les tripes. Soulagé de le revoir, de m'assurer que c'est bien elle. De contempler ses beaux traits, ces traits qui, je l'espère, ne me ressemblent pas vraiment. Amer de couler dans ses billes bleues, qui se reflètent beaucoup trop facilement dans les miennes. Et l'affliction qui s'y mêle est une douleur sans pareille. Ses mots me transpercent, font tomber une nouvelle chape de plomb dans mon estomac et je pince les lèvres. Je suis navrée, je ne crois pas que nous nous soyons déjà croisés. Je détourne le regard une seconde, ferme les paupières sur cette scène, et j'aimerais tant qu'elle n'ait jamais existé. Les réminiscences provoquées par son doux accent sont une souffrance supplémentaire – je déteste cet accent, j'aimerais ne pas l'avoir, je le camoufle toujours. Je le déteste de l'avoir chéri, de ne plus l'avoir entendu tous les jours, j'exècre de l'entendre rouler hors de mes lèvres. Il est une nouvelle racine, un autre fondement de ma vie que j'aurais tant voulu voir partir en fumée. Secouant lentement la tête, je repose les yeux sur elle.
Elle tire sur son bras et je m'y agrippe, tentative désespérée de ne pas la voir s'échapper. Pourtant, je n'ai rien à dire. La bouche sèche, les lèvres closes, le regard fixé sur elle. Le bourdonnement incessant de mes pensées mêlées à des souvenirs inopportuns. Dans ses yeux danse ce que je n'y ai jamais discerné : une lueur de défi, petite provocation qui me peine profondément. Bien sûr, elle a changé. Elle n'est plus cette enfant dont je me souviens, cette petite chose à protéger.

Incapable de me souvenir depuis combien d'années on ne s'est plus croisés, je serre un peu plus les lèvres. Finalement, les doutes se confirment : elle a du ranger ça – moi – dans un tiroir abandonné, classer l'affaire dans celles qui ne seront jamais rouvertes. Elle ne doit pas espérer me revoir et au fond, je ne sais pas si je peux lui en vouloir. Ne sais même pas si j'ai sincèrement espéré la revoir. Quelques fois, peut-être – à compter sur les doigts de la main. Davantage par honte qu'autre jour, très certainement ; désireux qu'elle mène une vie plus paisible, loin du drame qui m'a poursuivi pendant des années. Elle a peut-être été une gamine à charge, mais j'étais un putain d'adulte, lorsque je suis devenu un fardeau. Les lèvres demeurent closes et le temps passe trop vite, elle s'impatiente. Je resserre les doigts sur son bras et le tire machinalement vers moi lorsqu'elle essaie de se dégager, brusque. De mes lèvres finalement entrouvertes s'extirpent des mots sourds, ceux qui me les brûlent de vouloir s'en échapper. Dis-le, dis-le.
Elle sera déçue de me retrouver. Déçue de faire face à ce pauvre type qu'elle a sûrement tant voulu fuir, qui lui a facilité la vie en le faisant de lui-même. Le temps presse et je lâche son bras, incapable d'y serrer mes doigts plus longtemps. Et je me souviens, je me gifle intérieurement, pendant que le rire du monstre roule dans mon ventre. Je me souviens que je n'ai jamais été timide, je n'ai jamais hésité, j'ai toujours agi avant de réfléchir.

« Aimée, c'est moi. » La voix est rauque, elle se fait grognement et les mots sont acides sur ma langue. D'une acidité douloureuse et corrosive, ils me brûlent la gorge à mesure que les nouvelles paroles s'y précipitent. « C'est moi, répétai-je, agacé de devoir le faire. Joseph. » Je me sens idiot de me présenter à ma propre sœur et entends mon accent s'empresser de se coller à mes quelques mots. Comme s'il était comblé d'avoir à nouveau un prétexte pour parader, pour montrer que j'ai des origines, que je ne suis pas né dans une feuille de chou. Il y aurait des dizaines, des centaines de choses à lui dire, dans l'immédiat. Mais rien ne vient. Je ne sais même pas si elle sera heureuse de me retrouver.
Il faudrait s'excuser. Des années pourtant que je m'évertue à ne pas demander pardon. Par fierté mal placée peut-être, ou parce que je sais à quel point j'ai désespérément besoin de la miséricorde salvatrice de quelques uns. Aimée en fait partie, bien sûr. Mais je ne pensais pas la revoir, pas dans ces conditions. Alors ça ne sort pas, ça ne sortira de toute façon pas. Il y a des termes tabous, des émotions qu'on se refuse à ressentir pendant tellement longtemps qu'elles se résignent à s'enfuir, à ne plus jamais s'imposer. Et lorsque je me perds dans ses perles bleues, je sais d'avance que ce sont des émois qui s'abattront sur moi un jour ou l'autre, qu'ils ne prendront pas la peine d'assurer mes arrières. Ce sera douloureux, comme tout ce que l'on a vécu jusqu'à présent.

« J'ai peut-être changé un peu... » dis-je inutilement, passe une main dans ma barbe. J'espère que j'ai plus l'air du gamin complètement paumé. « Au final, c'est pas plus mal que tu te... » Que tu te souviennes plus. « Que tu me reconnaisses plus. Ça veut dire que je suis plus vraiment le même. » Plantant à nouveau mon regard dans le sien, je décide finalement de m'en féliciter. Ma voix est ferme, je l'empêche de s'étouffer dans ma gorge et de céder à la vague des émotions. Et, sempiternelle querelle interne, je suis incapable d'être sincèrement empreint de douceur. Il faut un pas en avant de sa part, quelque chose, n'importe quoi. Parce qu'au fond, je brûle d'envie de briser le mur qui s'est construit entre nous, je meurs d'envie d'avoir ma sœur contre moi. Ne serait-ce que le temps d'une seconde, le temps de sentir qu'elle m'aime encore un peu, qu'elle ne m'a pas oublié. Que je n'ai pas fait tout ça pour rien. Les mirettes papillonnent, lui échappent un instant, faibles et incapables de soutenir son regard. C'est drôle, la facilité avec laquelle une poignée d'années peut s'effondrer en quelques secondes seulement. « J'ai mis des putain d'années à essayer d'être différent, et je sais pas si c'est vraiment le cas. Faut pas t'attendre à quelqu'un d'autre, juste à quelqu'un d'un peu moins pire. » Joseph parle de lui, évidemment. Parce qu'il ne sait que parler de lui, ce pauvre garçon. Il a des tas de blessures qu'il tente de guérir en se mettant sur le devant de la scène. Je secoue la tête, me sens plus idiot encore. « Enfin, c'est pas important. J'espère que tu t'en sors, que tu vas bien, ou en tout cas pas trop mal. Avec ces conditions... » Et plus je parle, plus je me sens bête. Je ne dis pas l'essentiel, je tourne autour du pot. « Écoute, je... » Je suis désolé, tellement désolé. « J'aurais du essayer de te retrouver, quand j'ai commencé à aller mieux. J'aurais du le faire. » Mais ma vie est un enchaînement de mauvaises décisions.

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Dernière édition par Joseph Townsend le Lun 2 Oct - 1:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Veins - Aimée   Dim 28 Mai - 21:36

Veins

Aimée & Joseph

C'aurait dû être une journée ordinaire, rassurante dans sa banalité, rythmée par un emploi du temps millimétré et identique pour chaque jour de la semaine. Ça aurait dû... Avant qu'il ne l'arrête. Avant qu'elle ne sente tout son corps se raidir, prêt à se défendre en cas d'attaque. Il avait la poigne ferme mais pas la moindre animosité dans sa voix. Juste une façon un peu bourrue de dire les choses, façons qui dissimulaient un léger accent anglais. Un compatriote, peut-être ? Quelqu'un qu'elle aurait connu en Angleterre ? Sur ses traits, elle cherchait quelque chose de familier, dans sa voix le connu, mais c'est sur ses yeux qu'elle s'arrêta. Ce bleu pâle, ternis par les années et la souffrance, il ne lui était pas inconnu, puisqu'elle avait les mêmes. Inconsciemment, elle voyait sur son expression faite de surprise et d'incertitude les cicatrices d'un passé encore trop présent. Des blessures qui ne se refermeraient probablement jamais et une indéfinissable tristesse qui voilà un peu plus son regard lorsqu'elle lui affirma ne pas le reconnaître. Aurait-elle dû savoir qui il était ? Les visages défilaient les uns après les autres dans son esprit, les noms également, mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt sur le bon. Pourtant, elle était persuadé qu'il ne lui tait pas étranger. Quelque chose dans le timbre de sa voix lui en rappelait un autre... Une autre voix s'apparentant à un souffle plus qu'à un grognement, mais cette voix-là appartenait à un mort. Elle le savait depuis toujours. On pouvait regretter les morts mais certainement pas les faire parler. S'impatientant, elle avait fini par tirer un peu plus sur son bras, désireuse de passer son chemin et de ne pas s'arrêter plus longtemps avec cet homme qui en venait à la troubler. Du moins jusqu'à ce qu'il se mette à nouveau à parler.

A l'instant où il prononça les mots « c'est moi », elle su. Le prénom était presque de trop, intrus venu affirmer plus encore l'évidence. Aimée resta sans voix, fixant celui qui affirmait être son aîné comme si elle craignait qu'il ne disparaisse comme tous ces fantômes qu'elle avait l'impression de voir ces derniers temps. Fantômes qui n'étaient que l'extrapolation de son cerveau fatigué face à de simples sensations. De stupeur, elle porta une main à ses lèvres pour étouffer une exclamation, tandis que ses yeux s'emplissaient de larmes trop longtemps contenues. La stupeur céda la place à de multiples interrogations, au chagrin mais aussi à la colère. Si c'était une blague, si ce type cherchait à obtenir quelque chose d'elle en se faisant passer pour son frère, il était bien cruel. Rapidement, la colère se tarie, à mesure qu'elle réalisait que personne n'aurait mis en place un tel stratagème pour l'approcher. Elle n'avait rien qui puisse intéresser qui que ce soit et surtout, elle était bien assez naïve pour se faire avoir par des tours bien plus grossiers que celui-ci.

Joseph... Joseph était en vie. Son grand frère bien aimé, quand bien même s'étaient-ils si souvent hurlé dessus, son grand frère protecteur qui avait aussi réduit à néant ses chances avec tous ses prétendants, son grand frère qui avait préféré s'auto-détruire que de saisir que sa sœur lui avait tendu. Celui qui avait délibérément tourné le dos à sa famille après avoir minutieusement soufflé chacune des cartes du fragile château que Nicholas et Aimée s'étaient évertués à construire. Alors, amputés d'un membre précieux, ils s'en étaient tous deux aller, boitant, meurtris mais bien plus unis qu'ils ne l'avaient jamais été avec Joseph. Maintes fois, elle avait regretté d'être partie, de ne pas s'être retourné ou de ne pas avoir insisté, maintes fois, aussi, elle avait pleuré l'absence de son frère. Puis les larmes s'étaient taries, les années l'avaient endurcie et l'Apocalypse avait achevée de faire d'Aimée une personne bien différente de celle que Joseph avait connu. Au fond d'elle, elle le savait : elle avait pardonné ses erreurs à son frère. L'ennui, c'était qu'elle n'était pas certaine que lui-même se les pardonne. Alors elle resta silencieuse, toute à son observation de ce revenant qui n'avait plus grand chose en commun avec celui qu'elle avait connu. D'un grand type sec et rachitique aux orbites creuses, il s'était changé en un homme à la carrure respectable, portant même une barbe qui ne lui allait pas si mal. Elle le vieillissait, certes, mais elle le rendait mature, adulte... A des années lumière de cet adolescent refusant sa peau de personne responsable qu'il avait été auparavant. Et lui ? Que devait-il penser en la voyant ? Il avait quitté une petite sœur d'à peine vingt ans, portant encore les rondeurs de l'adolescence et l'ingratitude d'une peau parsemée de boutons d’acné. Une gamine toujours planquée derrière ses cheveux et qui s'évertuait à présent à les attacher pour ne plus jamais avoir le nez dessous. Ils avaient changé, tous les deux. En bien comme en mal, c'était certain.

Incapable de prononcer le moindre mot, Aimée laissa son frère parler, s'embourber dans des excuses et des justifications qu'elle écoutait à peine. Changé un peu ? C'était comme une renaissance ! Mais si le physique avait changé, en était-ce de même pour tout ce qui lui trottait dans la tête ? Ce n'était pas tant la drogue que ses démons, qui avaient ruiné Joseph, elle en était persuadée. Et pourtant, il avait essayé. Il avait cherché à changer, à ne pas être quelqu'un d'autre mais à simplement être meilleur. Jamais Aimée n'aurait demandé à son frère de se fondre dans un moule trop petit ou trop grand pour lui. Elle aurait simplement souhaité qu'il se coule un peu plus tôt dans celui de l'homme bien qu'il aurait pu être des années auparavant. Lorsqu'il eut fini de parler, elle resta immobile, le fixant toujours avec la même intensité, inconsciente des larmes qui coulaient silencieusement sur ses joues. Elle fini par s'approcher, tendit une main tremblante et alla la poser sur la joue de son frère. Sa peau était tiède, piquante à cause de la barbe mais elle était bien tangible. Toute sa personne était réelle, de cette joue qu'elle caressait à ces cheveux dans lesquels elle alla glisser son autre main. Sans réfléchir davantage, la petite sœur pris son aîné dans ses bras, de toute sa force de jeune femme maigrelette, et refusa alors de le lâcher.

« Dieu soit loué, Joseph, tu es en vie... »

Elle se rendit compte de l'absurdité de sa phrase. Si Dieu avait quelque chose à voir là-dedans, il était bien cruel et ironique.

« Je t'ai cru mort, si tu savais combien de fois j'ai regretté que nous ne soyons pas resté, avec Nicholas ! J'espérais que tu t'en sortais mieux sans nous, que tu remonterais la pente quoi qu'il arrive... Et puis le... L'Apocalypse est arrivée, nous avions déjà quitté l'Angleterre... Bon sang je t'ai cru mort ! »

A regrets, elle relâcha son étreinte, s'agrippant à sa veste pour l'empêcher de partir et, de son autre main, chassa les larmes qui faisaient couler son maquillage.

« Comment as-tu fait pour t'en sortir ? Raconte-moi tout ce qui s'est passé ! »

L'autorité, c'était une chose qu'elle avait gagné avec l'indépendance. Ce n'était pas de la curiosité mais un besoin vital, et alors que le soulagement s'estompait, la colère refit surface. Des reproches à lui faire, elle en avait des centaines, mais il en était un qui dépassait les autres. Un qu'il avait lui-même admis. La main de la jeune femme quitta l'épaule de son frère et, serrant le point, elle le lui asséna, sans douceur mais sans pour autant y mettre toute sa force, dans l'estomac.

« Tu n'es qu'un idiot ! Je me suis fait un sang d'encre pour toi ! Je t'ai pleuré ! Et toi tu... Toi tu es en vie... Oui tu aurais dû me chercher ! Nous chercher ! Imbécile ! »

Elle recula d'un pas, tremblante. Depuis toujours, Aimée était émotive, sensible à chaque sentiment passant à sa portée et incapable de les contrôler. La peur et panique se muait en incompréhension, laquelle passait le relais à une colère à laquelle elle n'était pas habituée et qu'elle ne savait pas conséquent pas gérer. Poussant un profond soupir, elle fixa à nouveau son frère.

« Je suis désolée, je... j'ai besoin de comprendre... j'ai besoin de réponses... »

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MessageSujet: Re: Veins - Aimée   Sam 10 Juin - 1:31

Dans ses yeux, trop bleus, court la rivière asséchée de notre vie. Celle de nos souvenirs, aride ; mais le flot d'émotions n'est pas sec, il se déverse dans un océan et rejoint le mien, s'y mêle avec plaisir. La vision de ses traits est presque douloureuse et je suis tenté, l'espace d'une seconde, de détourner les prunelles. De ne plus m'infliger ça, d'oublier encore, le temps d'un nouveau battement de cil. Une seconde de répit qui me rendrait avide d'en avoir d'autres, de détourner suffisamment les yeux pour faire comme si de rien n'était. Comme d'habitude. Mais le visage d'Aimée est bien là, c'est elle qui se tient devant moi, quoique j'en dise, quoique j'essaie de faire. Peu importe les envies de fuite qui m'assaillent. Je hoche lentement la tête, inutilement, ne sachant plus comment apporter ma pierre à l'édifice ni comment réagir. Il n'est pas question de réaliser tout ce que ça implique, pas encore. Mais une chose est sûre : il y a quelques minutes, comme il y a des années, je n'avais plus vraiment de sœur. J'ai envie de la toucher, de passer les doigts sur son visage, de m'assurer qu'elle ne disparaîtra pas dans l'obscurité comme le fantôme d'une vie passée, ombre mouvante parmi les autres. Mais je n'en fais rien – les bras restent résolument le long de mon corps, abandonnés à leur sort. La poitrine s'enrobe et se serre, le cœur pressé entre les doigts délicats de ma sœur, sans qu'elle le sache. Elle n'en fait rien, ne dit encore rien, et pourtant je suis au bord de la suffocation. Non, il n'est vraiment pas question de réaliser tout ce que sa présence implique, il n'est pas question de lire entre les lignes et de songer au futur. Il faut seulement profiter de son doux visage, de la tendresse de tout son être qui manquait à ma vie. D'un morceau tout entier de ma personne, d'un tiers du sang qui coule dans mes veines.

Ses prunelles courent sur mon visage, et les lèvres se pincent sous l'observation minutieuse qu'elle fait de mes traits. Cherche-t-elle la ressemblance ? La différence ? Les traits, les yeux, les lèvres. Une émotion, un tic traître. La gêne m'étreint soudain, mal à l'aise d'être contemplé par celle qui, un jour, a le mieux connu mon visage. Un visage dont je ne me souviens plus, une face que je préfère encore oublier. Mais je ne me rappelle pas davantage l'actuel, me dis-je avec amertume. Alors, enfin, je détourne les yeux subrepticement pour les reposer aussitôt sur elle, juste pour briser cet échange de regard. Je me sens régresser, oublier ce que je suis devenu pour faire face à ma petite sœur, à cette petite chose qu'il faut protéger et que je n'ai jamais su épargner pourtant. La sensation est mauvaise dans mon ventre, un courant glacé et un peu acide.
Le silence est pénible et salvateur – j'aimerais qu'il dure, qu'elle ne le brise pas, et je suis pourtant impatient d'entendre à nouveau sa voix. Son timbre, ses mots, son accent – sa voix aura changé, à elle aussi. Impatient d'écouter sa réponse. M'as-tu enterré, Aimée ? Tu aurais pu, tu en aurais eu tous les droits. Personne ne veut d'un squelette hors du placard, personne ne désire voir ses fantômes se matérialiser. Et je comprendrais.
Les prunelles se perdent dans les larmes qui roulent sur ses joues, dans ses cils humides, comme si l'océan de ses iris s'écoulait sur son visage. Ils rappellent tout ce que j'ai jamais connu, tout ce que j'ai jamais détesté. Les larmes d'Aimée naissent encore à cause de moi – combien a-t-elle pleuré, lorsque je suis parti ? Il n'y a là aucune prétention, je n'ai jamais mérité son chagrin. La pauvre aurait du tourner la page sur le frère indigne que je suis depuis bien longtemps ; mais elle a toujours été si sensible. D'une sensibilité douloureuse, d'une émotivité que je redoutais contagieuse. Contagieuse, elle l'est pourtant en ce moment – me refusant à refermer les paupières sur deux billes humides, je fixe mon regard sur la tristesse qui inonde son épiderme.

J'ai trop parlé, j'ai dit n'importe quoi. J'ai bafouillé, tenté d'expliquer ce qui n'a pas d'excuse, ce qui n'a presque pas de fondements. Aimée a le courage que je n'ai pas eu tout à l'heure et tend une main vers mon visage. La chaleur de ses doigts achève de me convaincre, une bonne fois pour toute s'il en fallait une, qu'elle est bien réelle. Les lèvres se pincent à nouveau et la chaleur envahit mes paupières, le liquide brûlant s'amasse entre mes cils. Ne coule pas, ne coule pas. Reste où tu es, et tu finiras bien par retourner à l'intérieur, hein ?
Ses doigts sur mon visage et dans mes cheveux me torturent – j'élève les miens, gauches et maladroits. Essuie sa joue et efface un sillon humide qui se forme à nouveau, presque aussitôt. Lorsque son corps se presse contre le mien et que mon visage échappe à son regard, il n'y a plus aucune barrière. C'était tout ce dont j'avais besoin. L'étau de mes bras se referme sur son corps gracile et la brûlure sous mes paupières s'estompe enfin. Les vannes s'ouvrent seulement le temps de se refermer aussitôt, contraintes et forcées. Je serre son corps contre le mien, laisse des odeurs familières et inconnues à la fois se mélanger, courir sur mon visage. Dieu soit loué, tu es en vie. Je souris. Les vieux réflexes ont la peau dure – pensée fugace à la vierge incrustée dans ma peau, j'acquiesce. Les paroles qui suivent sont pénibles et je suis soulagé de ne pas affronter son visage pendant qu'elle les prononce. Alors j'acquiesce, hoche la tête sans vigueur. Incapable de répondre quoique ce soit, même pas certain de savoir si j'ai envie de répondre.
L'étreinte prend fin et je me détourne une seconde, pudique. Appuie la paume de mes mains sur mes paupières fermées, essuie les traces humides qui parcourent mon visage et s'échouent dans ma barbe. Comment as-tu fait pour t'en sortir? Aimée, si seulement je le savais moi-même… Je fixe mon regard sur elle, incertain de savoir s'il faut répondre – le ton autoritaire qu'elle emploie m'arrache l'esquisse d'un sourire. Mais il ne m'incite pas à répondre, pas tout de suite ; y-a-t-il seulement une réponse à cette question ? Remuer les souvenirs ne me plaît pas. Remuer les siens ne m'attire pas davantage. Je hausse les épaules, pince les lèvres, fais la moue. Je ne sais pas, je ne sais pas comment j'ai fait. J'ai fait n'importe quoi, certaines erreurs se sont révélées – d'une quelconque manière – bénéfiques. Disons qu'elles n'ont pas eu les retombées catastrophiques auxquelles on aurait pu s'attendre.

Aimée m'arrache à mes quelques songes – son poing est petit, et si le coup qu'elle assène n'est pas très violent, il me surprend et m'arrache une exclamation de surprise. Ça, elle l'a toujours fait. Moins fort, peut-être, mais toujours. En revanche, les quelques mots qui suivent sont réellement douloureux. Elle n'est pas grossière, mais je sais que je ne suis pas seulement un idiot. Je suis plus que ça, de ces mots qui abîmeraient les lèvres de ma sœur, douces et délicates, s'ils en franchissaient la barrière. Je soupire longuement, garde les yeux résolument posés sur elle. Il n'y a rien à dire pour la réconforter, rien de suffisamment fort ou de suffisamment vrai pour lui faire du bien, pour répondre à ses questions.
Elle recule et je l'imite, fais un pas en arrière, sans savoir pourquoi. Je secoue négativement la tête. « T'excuse pas... » C'est à moi de le faire, à moi de te demander pardon. Les mots me brûlent les lèvres, sont douloureux dans ma gorge, pénibles à remuer dans mon esprit. « C'est compliqué, Aimée, y a pas... Y a pas vraiment de bonne réponse, y a pas trop d'explications. »

Il ne veut pas en parler, il ne veut pas gâcher l'instant. Romantique, ou sensible, il ne l'a jamais vraiment été. Lâche, en revanche... Et si pour ne rien gâcher, il vaut mieux ne rien dire, alors ses lèvres ne s'ouvriront plus. Au fond de son crâne, il sent pourtant la chose qui le triture et le tiraille depuis des mois remuer depuis plusieurs minutes. Cette chose aime les émotions, elle les cherche comme l'or dans la rivière, fouille le moindre de ses souvenirs, le moindre de ses songes jusqu'à tomber sur quelque chose, un bouton magique qui ouvrira les vannes. Sans émotion, il n'y a pas de douleurs à expier, pas de quoi se nourrir, rien à transformer en colère, en haine.
La vision d'Aimée face à lui, les émotions passant sur son visage impunément ; il se fait la réflexion qu'aucun des deux ne sait vraiment cacher ce qu'il ressent. Ce sont deux livres ouverts, face l'un à l'autre. Et le sang se met à bouillonner, le cœur s'emballe devant les prémices d'un courroux qu'il ne veut pas voir naître. La bête qui le possède se tord de rire, se félicite de n'avoir à faire qu'une petite poussée pour éveiller les autres démons avec lesquels elle cohabite. Mais il n'y a plus rien à faire, il sent le flot grimper le long de son gosier comme un vomi acide et brûlant. Le cœur s'emballe dans sa cage, s'agite et témoigne des fameuses émotions ; celles que Joseph déteste, celles qu'il ne voudrait plus jamais ressentir, qu'il aurait voulu ne jamais connaître. Celles qu'il n'assume pas.


« J'aurais du venir... vous chercher. » Un hochement de tête, vague et presque imperceptible. Les prunelles fixes sur les siennes, sur ses yeux rougis et sa peau troublée par un peu de maquillage effacé. « T'es sûre ? Troubler votre vie, votre quotidien ? Et ça vous aurait fait quoi, de me retrouver ? T'as regretté... de pas être restée, que vous soyez pas restés, hein ? Pourquoi ? Tu peux me dire ce qui te manquait ? » Les derniers mots sont soigneusement détachés les uns des autres. Rien, il est inutile de me mentir. « Je suis vraiment... navré, que tu te sois fait un sang d'encre, Aimée. Je suis désolé que tu aies pleuré, vraiment. C'est vrai que ça a du être difficile... pour vous. » Les seules excuses qui acceptent de s'extirper de mes lèvres sont sarcastiques. Je hoche la tête, plus franchement cette fois-ci. Les sous-entendus sont injustes, je le sais. Elle n'y est pour rien, elle n'avait pas à patienter éternellement, à attendre sans le savoir que je remonte la pente. Mais elle me rappelle cette personne que je hais, que j'abhorre plus que tout, Aimée me renvoie sans le vouloir à cet être méprisable, à cette famille pathétique. Je soupire longuement et détourne les yeux. J'enfonce les mains dans les poches de ma veste, en sors un paquet de cigarettes. L'une d'entre elle rejoint mes lèvres, s'embrase sous la flamme du briquet, et je range le tout. Elle ne fume pas, n'est-ce pas ? Je me retiens de tirer fiévreusement sur la clope, laisse toute cette saloperie s'enfoncer dans mon corps et noircir mes organes. « Tu veux savoir comment j'ai fait, t'es sûre ? J'espère que t'as pas été tentée de m'idéaliser pendant toutes ces années, tu vas pas être déçue. » Je tire une nouvelle fois sur la cigarette, prends mon temps. « Quand j'suis parti, j'ai pas du tout arrêté toutes ces merdes, en fait. J'ai continué, pendant un baille. Tu penses bien que j'y ai rencontré du beau monde, des gens vraiment classes. » Un silence s'installe. Je ne sais plus comment le briser. « Je suis désolé que tu aies pleuré, vraiment. C'est vrai que ça a du être difficile... pour vous.[/color] » Les seules excuses qui acceptent de s'extirper de mes lèvres sont sarcastiques. Je hoche la tête, plus franchement cette fois-ci. Les sous-entendus sont injustes, je le sais. Elle n'y est pour rien, elle n'avait pas à patienter éternellement, à attendre sans le savoir que je remonte la pente. Mais elle me rappelle cette personne que je hais, que j'abhorre plus que tout, Aimée me renvoie sans le vouloir à cet être méprisable, à cette famille pathétique. Je soupire longuement et détourne les yeux. J'enfonce les mains dans les poches de ma veste, en sors un paquet de cigarettes. L'une d'entre elle rejoint mes lèvres, s'embrase sous la flamme du briquet, et je range le tout. Elle ne fume pas, n'est-ce pas ? Je me retiens de tirer fiévreusement sur la clope, laisse toute cette saloperie s'enfoncer dans mon corps et noircir mes organes. « Tu veux savoir comment j'ai fait, t'es sûre ? J'espère que t'as pas été tentée de m'idéaliser pendant toutes ces années, tu vas pas être déçue. » Je tire une nouvelle fois sur la cigarette, prends mon temps. « Quand j'suis parti, j'ai pas du tout arrêté toutes ces merdes, en fait. J'ai continué, pendant un baille. Tu penses bien que j'ai rencontré du beau monde, des gens vraiment classes. » Un silence s'installe. Je ne sais plus le briser. Je fume, me racle la gorge. « Et puis ça s'est terminé, c'est tout. J'm'en souviens plus. » Le mensonge, gros comme une maison, s'échappe naturellement de mes lèvres.

« Enfin... C'est du passé, hein. Peut-être que t'auras des réponses à tes questions, un jour. Là, j'en ai pas pour toi... » Je fais la moue. « Et toi ? Qu'est-ce que t'as fait ? Comment tu t'en es sortie ? » Les mots sont un peu secs, mais l'intention est bonne, l'inquiétude sous-jacente. Les termes, eux, sont choisis. Toi. Pas Nicholas.


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MessageSujet: Re: Veins - Aimée   Mar 12 Sep - 13:01

Veins

Aimée & Joseph

Depuis quelques années, Aimée cherchait à s'affirmer en tant que personne et non plus comme étant l'ombre d'un frère, elle voulait qu'on la respecte et non qu'on l'ignore. Aimée avait conscience du chaos que l'Apocalypse avait laissé, tout comme elle ne pouvait ignorer que Nicholas s'enfonçait petit à petit dans la folie et que Joseph était, jusqu'à peu, porté disparu et sûrement mort. Alors, la jeune femme avait réalisé une chose : elle n'était pas un parasite gangrenant l'existence de ses proches, elle aussi pouvait les soutenir et être un pilier. Or, pour cela, il fallait qu'elle sorte de l'ombre, combatte ses démons et se montre au grand jour. Joseph l'avait-il remarqué ? Avait-il vu dans les yeux de sa petite sœur une détermination qui, jusqu'à il y a peu, n'existait pas ? Aimée aussi voulait que son frère puisse prendre appui sur elle et que les choses ne fonctionnent plus à sens unique. Le chemin était long, semé d’embûches, et elle avait bien vu dans le regard réprobateur de Nicholas qu'il n'approuvait pas cette prise d'initiatives de la part d'une petite sœur qu'il verrait toujours comme le pendant fragile de leur trio. Mais avec Joseph, peut-être les choses seraient-elles différentes ? Rien n'était moins sûr.

Ce que la jeune femme savait, en revanche, c'est qu'elle serait toujours la plus sensible et la plus frêle de la fratrie. À ses yeux, il était normal pour elle de laisser couler ses larmes quand Joseph peinait à contenir les siennes : c'était cette vieille éducation un brin réductrice qui coulait toujours dans ses veines. Elle était la petite sœur, celle qui pleure, que les tourments de la vie bousculent plus qu'elle ne le voudrait, celle qu'il fallait réconforter. Bien trop heureuse de retrouver son frère, elle fut tentée, tandis que ses doigts parcouraient la peau burinée du visage de son frère, de lui dire de laisser aller son chagrin et son soulagement de se retrouver enfin. Elle ne se retint qu'en se souvenant que les sentiments étaient une chose tabou chez lui, et qu'une pudeur naturelle l'empêchait d'y céder. Faisant mine de ne pas voir ses yeux brillant posés sur elle, elle se contenta de nicher son visage entre les bras puissants de son frère. Il avait changé... tellement changé ! Et pourtant, la rigidité du geste, le contact et son odeur n'avaient, eux, pas bougé. Ce qui avait le plus changé, c'était le monde. Le monde, leurs objectifs, leurs vies... Tout mais pas le sang ni le lien tumultueux qui les unissait. Son poing vint cueillir le flanc de son frère tandis que la colère déformait l'expression de soulagement qu'affichait jusque là son visage. Qu'elle ne m'excuse pas ? Et lui, avait-il seulement l'intention de lui en présenter, des excuses ? Les bras de la jeune femme se croisèrent avec une résolution dont elle ignorait jusque là l'existence. Elle secoua la tête en soupirant à son tour.

« Je m'en fiche, Joseph. Ce n'est pas une bonne ou une mauvaise réponse que je veux, c'est... Une réponse tout court. Que tu me dises ce qu'il s'est passé, pas que tu te mures dans le silence comme tu as toujours su si bien le faire. »

Elle aurait aimé que Joseph s'excuse, lui donne des explications et qu'ils n'en parlent plus. Elle aurait aimé qu'il soit aussi simple que le héros d'un film, et que tout soit résolu en cinq minutes. Seulement voilà : son frère était compliqué, buté, borné... Tout ce qui franchi ses lèvres sonnait davantage comme un reproche aux oreilles de la jeune femme. Elle pinça les lèvres, déterminée à ne pas se laisser marcher sur les pieds.

« Arrête de jouer les martyrs, Joseph. Pendant des années, tu as détruit tout ce qui t'entourait, nous y compris. Tu prenais un malin plaisir à mettre le feu à tout ce que tu touchais, sans réellement te soucier du fait que ça pouvait nous brûler aussi. Tu vois, ça, c'est l'image que tu renvoies. Mais moi je te connais. Je sais très bien que cette attitude cache un malaise plus profond, un mal dont tu refuses de parler. Et je ne suis pas psy, je ne te demande pas de me raconter l'intégralité de ton existence pour la comprendre. Après tout, j'en ai vécu un bon nombre d'année à tes côtés, je... »

Elle s'interrompit, ses mots dépassant sa pensée, et se passa une main rageuse sur les yeux pour chasser les quelques larmes qui y subsistaient et tenter de sauver un peu son maquillage.

« Tu ne veux pas comprendre, hin ? Notre vie n'a jamais été parfaite, notre quotidien non plus. Il ne le sera probablement jamais et alors ? Tu veux savoir ce qui me manquait ? Toi. Parce que malgré les disputes, les problèmes et tout le reste... Tu es mon frère, merde ! »

Le mot lui avait échappé et elle baissa les yeux, le rose aux joues. Aimée avait toujours été d'une politesse et d'une retenue presque risible tant elle était poussée. Relevant la tête, elle jeta un regard courroucé à son frère. C'était tout lui, ça ! Ronchonner, être sur la défensive, renvoyer la balle avec l'intention évidente d'assommer son interlocuteur... Blessée, la jeune femme ne réagi pas à la dernière pique lancée par son aîné. Elle croisa les bras, le laissa reprendre non sans un regard réprobateur sur la cigarette qu'il coinça entre ses lèvres et l'écouta. Qu'elle l'idéalise ? Un sarcasme qui ne lui ressemblait pas resta coincé en travers de sa gorge, mais ce n'était pas l'envie qui lui manquait de lui répliquer que pour l'idéaliser, encore aurait-il fallu qu'elle attende quoi que ce soit de lui. Elle le laissa parler, incapable de savoir si elle devait croire son frère ou le traiter d'idiot. Quelque chose de sombre et de malveillant s'était toujours tapi dans un coin de son esprit, Aimée en avait bien conscience. C'était cette chose qui avait fait couler Joseph, mais peut-être aussi la même chose qui l'avait poussé à s'en sortir, qui sait ? Ce dont elle était certaine, c'était qu'il ne lui disait pas tout et qu'il faudrait du temps, de la patience et apprendre de nouveau à l'apprivoiser pour avoir des réponses. Elle poussa un soupir, décroisa les bras et consenti même à lui accorder un sourire.

« Tu n'as jamais été très fort pour te confier mais... Si jamais tu veux en parler, tu sais maintenant que je suis là. C'est une chance pour nous de nous être retrouvés, tu ne crois ? »

La question s'était perdue à mi chemin entre la supplication et l'espoir : elle espérait de tout cœur que ces retrouvailles ne seraient pas leur unique occasion de discuter et qu'ils pourraient apprendre à renouer. Des pas vers lui, elle était prête à en faire, car si Aimée était douce et prévenante, elle était aussi très naïve vis-à-vis de son frère.

« Oh moi, je... », commença-t-elle en haussant les épaules, « Avant tout ça, avant tout ce... bazar, j'ai fait des études pour devenir infirmière. J'exerce de nuit à l'hôpital ! »

Il y avait de la fierté dans sa voix. Cette pauvre enfant qu'on n'avait destinée à rien, à qui l'on avait pu permettre les études de médecine qui lui faisaient tant envie... elle avait pourtant fini par s'en sortir et donner ce qui lui semblait être un sens à son existence. Elle aidait son prochain, gagnait sa vie sans voir à vivre aux dépends d'un autre et, bien que rien ne l'y ait préparée, elle avait gagné son indépendance.

« C'est un peu fatiguant, mais j'aime ça, j'essaye d'aider ceux qui en ont besoin. Nous avons fuit l'Angleterre, avec Nicholas, ici c'est à peu près sûr et... On essaye de s'en sortir. »

Il y avait quelque chose de touchant dans l'altruisme et la bonne volonté d'Aimée, mais aussi quelque chose qui touchait à la naïveté. Qu'importe, elle préférait voir son engagement désintéressé comme une preuve de sa bonne volonté, mais aussi parce qu'un sourire l'aidait à moins voir le verre à moitié vide.

« Et toi, raconte-moi ? Que fais-tu ? Où vis-tu ? »

Elle voulait tout savoir, rattraper le temps perdu, savoir si un nouveau départ serait possible ou si son frère avait véritablement trop changé pour qu'un retour en arrière soit possible. Avisant les quelques tables bancales qui accompagnaient le camion fumant devant lequel elle avait retrouvé son frère, Aimée lui désigna deux chaises.

« Tu ne veux pas qu'on s'assoit ? Je vais aller nous chercher des cafés. »

S'asseoir, se poser, s'établir, c'était bien tout ce qu'elle avait pu trouver pour retenir son frère. Aimée l'avait vu disparaître trop de fois pour accepter qu'il ne s'en aille une fois de plus sans un regard derrière lui.


Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Veins - Aimée   Lun 2 Oct - 1:51

Ses mots sont un inlassable rappel à la terre ferme. Joseph. Qui m'appelle encore comme ça ? Maisy, parfois, peut-être. Personne d'autre ne saurait prononcer mon prénom de cette façon, personne d'autre qu'Aimée ne serait capable d'y mettre tant d'intensité, tant de véracité, de profondeur, et je dois bien l'avouer aujourd'hui, de fermeté. Sa voix est un puits sans fond de souvenirs. Le feu sous les paupières, je me refuse à battre des cils. Ce serait ouvrir à nouveau la porte à ce qui ne doit pas s'exprimer, à ce qui doit impérativement demeurer en sommeil sous ma peau. Mais je me refuse aussi à l'observer plus longtemps – les prunelles courent ailleurs, glissent là où je peux me raccrocher. Ce décor, ce sempiternel décor, cette crasse et ce trottoir immuable. Si je n'ai pas à la contempler, je dois l'écouter. Force est d'admettre, à nouveau, qu'Aimée ne se laisse pas faire. Elle se grandit sous mes yeux, hisse sa silhouette plus près de la mienne au lieu de l'abandonner dans un coin, adorable et fragile. Adorable, elle l'est toujours, à jamais à mes yeux. Sa fragilité pourtant se froisse, s'abîme à mesure que je juge du temps passé et de ses effets sur ma sœur. Comme si je ne la connaissais plus. Elle sait me remettre à ma place, exactement comme j'ai besoin qu'on le fasse. Les mots sont fermes, pourtant prononcés d'une voix douce, me dis-je, en plein dans l'idéalisation. Quelques réponses suintent de mon corps à mesure qu'elle parle – un malaise profond ? J'aurais gloussé de dédain si j'en avais eu le temps. Me contentant de hocher la tête, incapable de la laisser parler sans intervenir d'une quelconque manière, j'écoute le silence s'imposer soudain. Le temps de quelques secondes, d'effacer de nouvelles larmes perlant au bord de ses cils, avant de reprendre.

Merde ! Salvateur, le juron m'arrache un sourire malgré l'intensité de la discussion et j'ose à nouveau porter les yeux sur elle. Elle ne jure, ou tout du moins ne jurait, jamais. Sa délicatesse s'étirait jusque dans ses mots.
J'acquiesce faiblement, d'un hochement de la tête peu perceptible, à sa proposition. Parler, parler. Ah, Aimée, un jour. Tout débordera, comme la colère se déverse inlassablement et détruit tout sur son passage, le reste saura l'imiter pour tes beaux yeux. Il y a tant à dire, si peu pourtant qui daigne s'élever dans le silence pesant. Les lèvres sont lourdes, les pensées douloureuses. Mais un jour, si tu es suffisamment patiente, peut-être sauras-tu le nécessaire sœurette, à défaut de tout savoir. C'est une chance pour nous de nous être retrouvés, me dit-elle, la voix gorgée d'optimisme. D'une pureté si éclatante qu'elle en serait éblouissante. Les non-dits, les drames, tout ce que je traîne derrière moi, tout ce que je ne sais pas encore d'elle, tout ce que Nicholas est capable d'avoir fait pendant tout ce temps, ses propres casseroles que j'entends déjà résonner à mesure qu'il se rapproche de moi sans que je le sache encore, les espoirs déjà morts étouffés d'Aimée. Incapable de savoir s'il s'agit vraiment là d'une chance, je me contente de tirer sur mes lèvres un imperceptible sourire.

Le suivant est plus franc, teinté d'amertume pourtant. Je fume silencieusement en l'écoutant parler, ponctue à nouveau son récit de quelques réactions spontanées et expressions faciales manifestes. Infirmière, bien sûr. Tirant sur ma cigarette, je hoche la tête, pas particulièrement étonné par ses révélations. Le soulagement de savoir qu'elle a su s'accomplir, malgré cette jeunesse catastrophique, m'ôte un poids de la poitrine. Un nouveau sentiment, que je ne ressens pour ainsi dire jamais, frémit dans mes entrailles, brûlant. Un élan de fierté pour ma sœur n'en finit pas d'allonger mon sourire – il n'y avait dans mon existence aucune raison pour moi d'être fier. Aucune, à part elle. Audacieux, je tends le bras vers elle et, gauche, lui octroie une petite caresse sur l'épaule à cette évocation. Elle n'a donc besoin de personne, elle a su se dépêtrer de cette misérable condition pour s'élever. La mention à Nicholas me laisse, pour le moment, indifférent et j'acquiesce lentement. « De nuit ? C'est pas trop dangereux, en ce moment ? Enfin... Ça me soulage beaucoup pour toi. Tu le méritais. » Je tire sur la cigarette. Une émotion instable court toujours dans mes veines, pas prête à tarir, et il me faut user de n'importe quel stratagème pour l'étouffer jusqu'à ce qu'elle consente à s'enterrer à nouveau. Les deux perles bleues se perdent de temps en temps sur la clope qui se consume, désapprobatrices à son égard. Aimée n'a jamais apprécié ça, je peux constater que certaines choses n'ont pas changé. « Malheureusement, t'étais faite pour ce boulot, hein ? Formée dès le plus jeune âge. » Soufflé-je, sarcastique. Un peu moqueur pour alléger la situation.

Ses initiatives sont un peu déroutantes et je me laisse porter par les plans qu'elle dessine pour nous. Il est tôt, je n'ai nulle part où aller, pas de travail à rejoindre – quand bien même, je n'y aurais pas été. Pas maintenant. « Ah, je... Euh, si si... » D'un mouvement je la suis et m'assieds maladroitement à une table, tandis qu'elle rejoint le camion de nourriture. Les mains dans les poches de ma veste, la cigarette entre les lèvres, j'adopte la posture qui me colle à la peau – nonchalante, éternellement à l'aise, quoique prêt à bondir s'il le fallait. Je fume tranquillement, dans l'errance de mes songes, décontenancé par une rencontre que je n'attendais plus. Incapable de savoir ce qu'il faut penser désormais.
D'un bond je me redresse et me rends à ses côtés, l'empêche de régler les deux cafés et nous commande deux sandwichs supplémentaires – ça n'est pas l'heure, mais y a-t-il encore tant de formalisme à respecter, par les temps qui courent ? Aimée désapprouve mais j'en fais fis, lui marmonne qu'elle m'offrira autre chose, un autre jour. « Je coûte cher, tu verras que bientôt on s'battra plus pour savoir qui paie la bouffe. » Les sandwichs en main, je lui laisse tout le loisir de porter les cafés à la table et me réinstalle tranquillement. Ça y est, me dis-je lorsque je suis vissé à la chaise. Ça y est, nous faisons déjà quelque chose de normal, quelque chose que tous ceux qui s'entendent font également. Un sourire aux lèvres, je ne sais plus par où commencer. Ou, du moins, je ne sais pas comment commencer. Insidieuse et rarissime, pour ne pas dire inexistante, la gêne enfle et se mêle à l'embarras lorsqu'il me faut aborder le volet de mon emploi. Ma sœur, c'est aussi ça. Celle qui me fait me sentir idiot, celle qui m'a connu avant, qui sait pertinemment d'où je viens et le peu que je suis capable d'accomplir. Touillant le verre, les yeux perdus dans le tourbillon noir du café, j'y lâche un petit sucre. « Je travaille aussi. » Commencé-je, avare de détails. « De nuit, moi aussi. Certaines sont plus longues que d'autres, d'ailleurs... » Le malaise grandit, teinté de pudeur, comme je ne le ressens jamais. La crainte est simple : que va-t-elle penser ? Je suis supposé avoir changé, être différent. Pas un autre, ni vraiment le même qu'avant. Terminant ma cigarette, je l'abandonne au sol et l'écrase distraitement sous la semelle de ma chaussure.

« En fait, je bosse dans un club, si tu veux. C'est sympa, un peu sombre pour toi j'pense, mais bon... Forcément, c'est clandestin, on y trouve de l'alcool et... d'autres trucs. » Dis-je, vague. N'ayant aucune envie d'aborder le sujet de la drogue avec Aimée, j'estime inutile d'en dire davantage à ce propos. « Y a des danseuses, aussi. Elles se produisent, et j'm'occupe d'elles. Enfin, j'dois veiller à ce qu'il leur arrive rien, quoi, tu vois l'genre. Parce qu'en fait, elles offrent aussi leurs, euh, leurs charmes. Tu vois. » Je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'en dire plus. Un léger silence de ma part s'installe et je bois une gorgée de café, croque dans mon sandwich, avant de reposer les yeux sur celle qui m'accompagne. Engloutissant ma bouchée, je reprends. « C'est... J'peux pas dire que j'en ai honte, c'est plus compliqué que ça. J'ai eu une opportunité, ça s'est goupillé comme ça... C'était très compliqué, j'ai pas eu la présence d'esprit de faire des études et fallait que je bosse. J'essaie d'faire en sorte à ce qu'elles soient pas trop lésées, même si avec mon caractère c'est pas toujours simple. » Ajouté-je. Rien qu'elle ne sache pas déjà, à ce propos. Je les protège des connards qui hantent le club, et il n'y a plus grand-chose pour les protéger de moi lorsque je suis mal luné. Je mords à nouveau dans le sandwich et laisse passer quelques secondes. « Bref, et je vis au nord de la ville. C'est pas très glamour. » Je ris, entrecoupe mes quelques révélations de bouchées de pain affamées. « Mais ça me convient, j'ai besoin d'un quartier comme ça, alors... J'espère que t'y vas jamais, et puis on se retrouvera jamais là-bas, c'est pas pour toi. » C'est un ordre, camouflé sous un conseil. Hors de question qu'elle foule le sol souillé des quartiers les plus au nord de la ville. Quant à mon appartement... Il n'y a pas grand-chose à y voir.

Je l'observe, pas vraiment impatient de savoir ce qu'elle pense de mes activités – d'autant que les détails ont été distribués avec parcimonie. Il n'y a pas besoin qu'elle sache tout, n'est-ce pas ? Pas pour le moment, et sûrement pas en une seule fois. On ne peut pas rattraper tant d'années en une discussion. Il faut que la confiance se construise, puis qu'elle s'installe. Puis, plus ardu encore, qu'elle soit pérenne. Pour l'instant, contentons-nous de nous tenir au courant de nos vies respectives. Reposant le casse-croûte sur la table, je prends mes aises sur mon siège et étends les jambe. « Y aurait tant à dire... J'sais pas par où commencer. Mais je sais qu'il faut que j'te dise un truc. » C'est le moment, un de ces moments difficiles. Ceux durant lesquels la voix risque de s'étrangler dans la gorge – à ce propos, je bois une gorgée de café, tente de repousser la boule qui se forme dans ma trachée. Ceux durant lesquels il faut absolument, impérativement s'ouvrir. Je repense brièvement à Charlie – la gosse est sage. S'ouvrir aux autres pour ne pas stagner, pour ne pas contempler l'échec cuisant, l'énième,  d'une nouvelle relation. « J'ai beaucoup pensé à toi l'autre jour, y a quelques temps. » Ma main libre glisse le long de la table jusqu'à celle d'Aimée, s'aventure jusqu'à la toucher du bout des doigts. « J'étais un peu... Fatigué, enfin peu importe. » J'étais surtout complètement défoncé à la drogue qu'Helix m'avait donnée, mais il me semble un peu hasardeux de mettre ça sur le tapis immédiatement. « Bref, et j'arrivais pas à penser à autre chose qu'à toi, à tout ce qu'on a vécu, à tout ce que tu as traversé. Tu... T'es jeune, tu es la plus jeune de nous trois et j'imagine que, de nous, t'étais celle qui avait le moins de raisons de souffrir. Pourtant... » Je ne termine pas ma phrase, laisse planer les faits plutôt que de chercher à les qualifier maladroitement. Comme prévu, la voix cherche à se briser, les yeux se couvrent d'une lave bouillonnante. C'est très difficile, mais c'est le moment ou jamais de lui faire quelques confessions. Elle mérite bien ça. Les doigts se pressent légèrement contre les siens. « Y a plein de choses qu'on explique pas, et j'peux pas te promettre de faire mieux à l'avenir. Mais je sais que, de tous... C'est à toi que j'dois le plus d'excuses. C'est peut-être toi qui as le plus souffert de tout ça, t'as jamais rien demandé et surtout... T'as toujours été là. À ta place, j'me serais tiré. Plus tôt encore que quand j'ai décidé d'le faire. Tout ça pour dire que je sais tout ça. J'm'en rends compte, et tu mérites des excuses pour tout. »
Elles ne sortent pas, ne sortiront sûrement pas aujourd'hui, mais l'aveu en est déjà une belle avancée, hein ? Avec espoir, je me dis qu'elle verra les choses sous le même angle que moi.

Quelques secondes supplémentaires de douceur, et mes mains retrouvent leur place initiale. Je termine le café pour reprendre mes esprits, remue le sucre accumulé au fond du verre, croque dans mon sandwich et laisse mon regard se balader ici et là. Le moment est terminé, mais j'espère qu'elle comprend ce que ça représente. Je n'ai jamais été très doué avec les mots, je n'ai jamais aimé parler – n'essayant pas de me trouver des excuses, je m'efforce de ne plus y penser. Chaque chose en son temps.

« Et toi, tu vis où ? Tu fais quoi de tes journées, puisque tu bosses de nuit ? Et puis, t'as un mec ? »
Place aux questions.

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