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 “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”

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MASTER OF ILLUSIONS

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MessageSujet: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Jeu 18 Mai - 23:31





« I can't lie to you as well as I fool myself...  »



Maisy & Joseph
featuring

Elle ne sait pas ce qu’elle fout dans le quartier du Little Darling, elle n’a définitivement aucune raison de s’y trouver. Elle ne consomme aucune des drogues que vend Isak, Niklas se tient plutôt tranquille depuis quelque temps donc elle n’a pas besoin de l’aide du sorcier non plus et si elle veut se faire une fille, elle peut en récupérer une dans un bar, sans avoir besoin de payer plus quelques consommations. Vraiment, elle n’a aucune raison de se retrouver ici. Vraiment aucune. Certainement pas, Joseph en tout cas. Elle n’est pas du tout venue à Storyville dans l’espoir de tomber sur les deux prunelles bleues du grand brun, de trébucher maladroitement jusqu’à s’effondrer dans ses grands bras musclés. Elle n’a pas du tout rêvé de ses tatouages qu’elle n’a pas eu l’occasion d’observer avec suffisamment d’attention. Pas du tout rêver qu’il revenait après qu’elle l’ait jeté dehors. Non, absolument pas. Elle déteste Townsend, il est suffisant et rustre et drôle et beau et un excellent amant. Elle secoue la tête. Non, Joseph n’est pas une possibilité. Joseph est une jolie histoire d’un soir qui ne se reproduira jamais. Elle avance à grand pas, passe devant le bar et garde la tête haute. Jusqu’au moment où elle craque et jette un œil dans le bar. Elle l’aperçoit. Il est de dos et il surveille la salle. Son ventre fait cette drôle de petite danse qu’il fait quand elle s’autorise à penser à lui un peu trop longtemps. Alors, elle jure et accélère. Elle sort du quartier, les dents serrées et l’esprit brumeux. Non, vraiment, elle n’a pas besoin de ce genre de chose. Elle soupire et ralentit le pas. Elle sort son téléphone, jette des coups d’œil autour d’elle et passe rapidement un coup de fil. En patientant, elle allume une cigarette et la fume lentement. Le taxi arrivé quelques minutes plus tard, avantage non-négligeable que lui offre son poste au sein du gouvernement. Elle rentre et lui ordonne de l’emmener où bon lui semble. Elle jette un œil dans le rétroviseur central et baisse la tête à toute vitesse. Merde. Elle vient de reconnaitre le chauffer et ses joues deviennent écarlate. Merde, merde, merde. Pourquoi est-ce qu’elle a une poisse digne des pires comédies. Pourquoi est-ce que parmi tous les chauffeurs de taxi qui peuple la ville, il faut qu’elle retombe sur celui qui a assisté à un des évènements les plus gênants de sa vie. Elle tourne la tête pour jeter un œil au paysage qui défile par la fenêtre. Sérieusement, le taxi dans lequel elle a failli baiser avec Meadow. Sans dec’ l’univers à un sens de l’humour sacrément douteux.

Elle demande au chauffeur de s’arrêter et elle sort du véhicule après avoir payé sa course. Elle est souvent venue ici avant… Avant tout ça et l’image qui lui fait face réchauffent son cœur. La forêt à l’odeur si fraiche et apaisante. Elle soupire, un sourire étirant ses lèvres et avance sur un chemin qu’elle connait aussi bien que celui du travail. Une vieille baraque à moitié en ruines, un panneau, défraichis, qui indique qu’il s’agit d’un refuge pour chien et, aussi étonnant que ça soit en pleine apocalypse, c’est le cas. Le jardin, gigantesque de la vieille maison, regorge de chien. Toutes les tailles, toutes les races, tous les âges. Des petits, des gros, des bâtards, des pures races, des maigrichons et des gros. Les aboiements la font sourire et elle s’approche. Immédiatement, une armée d’animaux se jette sur elle. Elle s’accroupit et caresse la horde de canidés en leur disant des idioties d’une voix stupide. Elle relève la tête, tout sourire, quand une femme assez âgée pour être sa grand-mère sort sur le perron, les mains sur les hanches. « Les enfants, foutez la paix à la demoiselle ! » Maisy laisse échapper un rire, devant la tendresse qui transpire de sa voix. « Oh, ils m’embêtent pas ! » Elle se relève, époussète sa jupe couverte de poils et de poussière avant de s’approcher. Elle tend la main et serre celle chaude et douce de la vieille femme entre les siennes. « C’est bon de te voir, Greta. » La vieille dame secoue la main l’air de dire que ce n’est rien et l’invite à entrer dans la maison. « Viens donc prendre un thé, ma mignonne. » Elle sourit en suivant l’ancienne. Les grands-mères sont toutes les mêmes avec leurs hospitalités presque agressives. Elle s’assoit, comme lui indique la vieille femme et croise ses jambes en attendant la tasse de thé qu’elle vient de lui promettre. « C’est un miracle que tu arrives à faire tourner ce refuge dans les circonstances actuelles ! » « Oh, tu sais, je n’ai pas besoin de grand-chose et j’avais fait des réserves quand j’ai compris ce qu’il se passait ! » Elle secoue la tête. « Tu sais, c’est pas parce que c’est la fin du monde que j’vais laisser mes p’tits mourir de faim. » Le visage ridé de la maitresse de maison se crispe en une petite grimace. « J’aurais quand même apprécié que tu ne disparaisses pas comme ça, Maisy Weaver ! » Elle baisse la tête, gênée. « J’suis désolée… » La vieille dame tapote sa main. « Ce n’est rien, je sais que ta vie a toujours été un peu mouvementée va ! Puis, au moins je t’entends tous les jours ! » Elle tape un petit coup sur le poste de radio antique qui traine sur la table et Maisy lui sourit. « Peut-être plus pour très longtemps. » Elle sait qu’elle peut tout dire à Greta, la vieille femme ne la jugera pas. « Tant mieux, ils ne te méritent pas ! » Les deux femmes restent assises quelques heures, Maisy lui raconte sa vie, esquive les passages qui risquerait d’inquiéter sa grand-mère de substitution, puis finalement, elle se lève, l’heure à tourner, il est tard et Greta doit nourrir les chiens. La brunette lui sourit et propose son aide. Côte à côte, elle prépare des gamelles de nourriture et quand Greta tourne la tête Maisy glisse discrètement quelques billets dans le pot qui traine sur le comptoir. Elle sait que l’ancienne n’aurait jamais accepté directement cet argent, mais qu’il lui sera d’une grande utilité. Elle finit par partir, non sans avoir déposé un baiser sonore sur sa joue parcheminée et promit de revenir rapidement. Elle sort dans la nuit, surprise par la température qui est rapidement tombée. Elle se sent légère, reposée et bien plus en paix avec elle-même qu’avant sa venue. Elle appelle le taxi qui arrive rapidement, avec heureusement un chauffeur différent.

Une semaine s'est écoulée depuis ses retrouvailles avec Greta et à nouveau, elle est devant le Little Darling. Elle se mordille la lèvre et tortille le bord de sa veste entre ses doigts. Elle est bien trop apprêtée pour quelqu’un qui ne compte pas rentrer dans le bar. Bien trop apprêté pour quelqu’un qui ne compte pas croiser quelqu’un qui lui plait. Elle s’apprête à faire demi-tour quand Joseph sort du bar, une clope à la main. Ses yeux tombent sur elle et la puissance de son regard la bloque sur place. Il est beau, putain. Elle s’avance lentement. « Eh... Salut ? » Elle est hésitante et elle déteste ça. Où est la fille qui charrie plus vite que son ombre quand on a besoin d’elle ? Elle lui pique son briquet, courant électrique traversant son corps quand ses doigts effleurent les siens. Elle allume sa clope et lui rend le briquet juste pour le plaisir de toucher à nouveau sa peau. « J’ai découvert un endroit… Très cool. Enfin, redécouvert, parce que j’le connaissais avant, mais c’était y a longtemps, tu vois ? » Elle se mord la lèvre, elle parle trop, trop vite et pour ne rien dire. Tout son corps crie famine de son corps à lui. Je suis désolée, pardonne-moi d’avoir flippé, de t’avoir foutu dehors, j’ai envie d’parler avec toi. Elle joue un peu avec ses cheveux, mal à l’aise et laisse à nouveau ses yeux se perdre dans les siens, ils ne sont pas doux, ne sont pas à la limite de la tendresse comme la dernière fois qu’elle l’a vue. Ils sont sombres et durs et ils portent le regard de quelqu’un qui n’est pas heureux de la voir. « J’me suis dit que p’tet t’aimerais v’nir, y aller avec moi, quand t’auras du temps, mais p’tet qu’en fait, c’est une mauvaise idée. J’sais même pas si t’aimes les chiens de toute façon, mais comme t’avais l’air de trouver Chat rigolote, j’me suis dit que p’tet t’aimais les animaux, fin bref, j’suis bête c’pas grave. » Elle s’apprête à s’éloigner puis se ravise, dos à lui, à voix si basse qu’elle n’est pas sûre qu’il l’entende. « J’ai vu un chiot… Il est super mignon… P’tet que tu l’aimerais bien… » P’tet que tu m’aimerais bien moi. Elle fait un geste de la main et s’éloigne. « Fin, voilà… Juste si jamais tu veux y aller quand tu seras dispo… T’sais où j’habite. » Elle s’éloigne déjà, pas prête à accepter un rejet qu’elle sait qu’elle devra endurer un jour ou l’autre de toute façon.




_________________

'Cause maybe you're lovable and maybe you're my snowflake. And your eyes turn from green to gray and in the winter, I'll hold you in a cold place.


Spoiler:
 


Dernière édition par Maisy A. Weaver le Dim 21 Mai - 21:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Ven 19 Mai - 2:31

Je déteste ça. Attendre. L'attente, c'est une chose que j'ai toujours maudite. Avec moi, on n'attend pas ; on poireaute, on tue le temps, on moisit en silence. Et depuis cette saleté de nuit, j'ai l'impression d'attendre éternellement. D'être à l'affût d'un visage, d'une parole, d'une silhouette qui passe dans la rue et s'avance vers moi. La solitude me dégoûte et j'ai à peine foulé le vieux plancher de mon appartement, au début. Je n'avais pas envie de rentrer, de faire face au silence et à l'attente, encore. Bien sûr, je l'ai particulièrement mal vécu parce qu'elle m'a mis un râteau monstrueux. Pas parce que c'est elle – non. Se faire rembarrer comme ça, c'est douloureux pour n'importe qui, me dis-je avec amertume. Cette nuit-là, je n'ai pas réussi à essuyer la sensation de sa peau sur la mienne et l'odeur de son corps dans mes songes. Je n'ai pas oublié son rire idiot et ses yeux trop bleus, ridiculement grands. Tandis que j'essaie vaguement de la diaboliser, il faut aussi vaquer aux occupations journalières. Rôder dans le Little, faire comme si je n'avais pas l'esprit ailleurs, comme si je n'avais pas le sentiment de trahir mon être tout entier. Enchaîner les clopes, ne pas se gêner sur les verres d'alcool – mais plus je bois, et plus j'ai envie de parler, de raconter ma vie et mes déboires. La sobriété a l'avantage de sceller mes lèvres, de les coller entre elles pour ne pas qu'elle bafouillent les secrets honteux qui peuplent mon esprit. Le seul avantage, s'il en est.

Et puis, c'est idiot de penser autant à une femme, non ? C'est à cause de la façon dont elle m'a jeté dehors, c'est certain – une bête histoire d'ego, aussi bien placé soit-il. J'oublie ses cheveux sur mon visage, ses lèvres tendres et ses deux océans. Je les oublie dès que possible, tant qu'elle est blonde ou rousse, châtain si je n'ai pas trop le choix. Et puis, à bien y penser, il n'y a que le corps de Maisy qui me plaise véritablement. Peut-être suis-je un peu frustré de ne pas l'avoir examiné sous toutes les coutures, de ne pas avoir fait courir ma langue le long de son épiderme moite et gorgé de frissons, de...
Le soupir est profond, tiré du fond de mes entrailles. Je repense à son putain de corps sur le mien et ça me bouffe. Comme un souvenir avorté. Une caresse stoppée dans son élan ou un baiser volé.
Le nez dans le verre, j'essaie de savourer et de ne pas le descendre cul-sec en déambulant dans le Little. Les jambes se traînent jusqu'à la scène, attendent qu'on vienne me sortir de mes propres turpitudes. Un regard vers les danseuses, et je désespère ; les femmes, Maisy, les putes. Beaucoup trop de vices à assumer pour une seule personne. Déambulant encore sans but, comme si j'en avais quelque chose à faire, je me dirige nonchalamment vers la porte d'entrée. J'ai définitivement besoin d'une pause et d'une bouffée d'oxygène. Le Little pue le sexe, la souillure, la dépravation. Je n'ai pas besoin d'en sentir la moiteur me coller à la peau, s'accrocher à mes vêtements comme l'odeur de cigarette, s'infiltrer sous ma ceinture pour me susurrer troubler mes songes. Les doigts passent dans une barbe récemment taillée – parce qu'elle était trop longue, évidemment. Pas pour être... présentable. Oui, j'y passe un peu d'huile pour l'adoucir, mais est-ce un crime, bon sang ?

L'air gorgé de la tiédeur de la journée me caresse le visage et je glisse une cigarette entre mes lèvres. Tressaille. Poursuis ma marche tranquillement, pas vraiment vers elle, pas vraiment à l'opposé non plus. Qu'est-ce qu'elle est belle, putain. Les pupilles courent sur son corps un instant – elle est bien habillée, me dis-je avec amertume. Je serre les lèvres sur la clope et l'allume rapidement – Maisy s'approche, à pas mesurés, et je ne sais pas me décider sur l'effet que ça me procure. Ça m'agace terriblement, et les lèvres me démangent d'une envie dévorante de sourire. Je me contiens et fais passer ça pour un rictus agacé, tire sur ma cigarette. « Salut. » lâché-je du tac-au-tac, abandonne mon briquet entre ses doigts. Lorsqu'ils frôlent les miens, le souvenir brûlant et fugace de ses mains sur ma peau me parcourt – inutile de nier que je lui ai voué beaucoup trop de mes pensées, ces derniers temps. Il faut sûrement encore passer une nuit avec elle, pour passer à autre chose.
Les sourcils se froncent au-dessus d'yeux plissés. Un endroit très cool ? C'est quoi, un bar ? Redécouvert ? Je fais la moue, tire sur ma clope. Si c'est vraiment tout ce que t'as à me dire maintenant, Maisy, tu peux repartir aussi sec. Toujours froissé, je ne prends même pas la peine de camoufler mon amertume. Je grogne et acquiesce vaguement, ne sais pas vraiment quoi lui répondre. L'aplomb et la confiance dans lesquels je me drape sont exagérés, parfois carrément inventés de toutes pièces. Au fond, le gamin est toujours bourré d'incertitudes et de bien peu d'assurance. C'est tout cela qui se reflète dans les deux perles que Maisy porte sur moi – elle ne trouve pas dans mon regard une caresse ourlée, un peu de douceur.

La curiosité me pique. Au fond, qu'est-ce qu'elle fait là ? Habillée comme ça ? Les yeux se plissent à nouveau et je grimace vaguement, incertain de comprendre. Elle voudrait qu'on y aille ensemble – je pince les lèvres, détourne les yeux. Elle parle de chien, de chats – je mets quelques secondes à me souvenir le nom de la rate dans sa cage –, d'animaux en somme. Et je suis un peu perdu. Je me détourne une seconde – est-ce que c'est vraiment tout ce que t'avais à me dire, Maisy ? Je n'attendais pas vraiment d'explications, mais sûrement pas une discussion à propos d'un chien. Puis elle se tourne, commence déjà à s'éloigner. J'éprouve toutes les difficultés du monde à comprendre ce qu'elle me dit ensuite. Les mirettes collées sur son dos, je la contemple s'éloigner et demeure muet.
Je ne sais pas si c'est la perspective de passer encore bien trop de temps à fantasmer sur la raison qui la pousse à reculer, à cause des mouvements inhabituels dans mon ventre, ou par simple souci d'ego, mais je sais que je ne vais pas réussir à me taire. Ni à parler de chien. « Ah, tu t'tires ? » Je tire rapidement sur ma clope et l'abandonne à mes pieds, à peine entamée, déjà trop agacé pour la fumer. Je la suis pourtant tranquillement, garde une distance respectable entre sa silhouette et la mienne. Il faut que ça sorte avant qu'elle ne se retourne, avant de pouvoir me noyer dans ses yeux. La honte de ressentir de telles émotions est suffisamment forte pour terrasser celle de les admettre. Une fois que je les ai ressentis, il n'y a pas de gêne plus grande à redouter. « Alors tu m'invites pour me foutre à la porte, tu viens pour te tirer comme une voleuse... ? » Ma voix, contrairement à la sienne, est forte. Elle ne se cache pas, ne s'étrangle pas dans la gorge – il y a là-dedans bien d'autres chuchotements étouffés, que je ne partage qu'avec moi-même.

Autant assumer, me soufflé-je. Peut-être que le fait de le dire tout haut, ne serait-ce qu'à demi-mots, me fera avaler la pilule. Soudain très pressé de la rattraper, j'engloutis les quelques grandes enjambées qui subsistent encore entre nous et je la contourne. Me perds dans ses yeux, ne lui offre toujours pas une once de tendresse – pour quoi faire, puisqu'elle repartait déjà. « T'es venue... pour ça. Pour me dire ton truc sur le chien, marmonner au vent et repartir ? » Je me sens bête de faire toute une histoire pour ça, et en même temps suffisamment offensé pour ne pas le passer sous silence. Elle est belle. Son visage est près du mien, les vent trouble quelques mèches de ses cheveux et je pince les lèvres. L'organe dans ma poitrine se fait velours et l'acidité me brûle la langue. Je n'ai même pas écouté ce dont elle me parlait sérieusement – de toute évidence, elle trouve que j'ai besoin d'avoir une bête à quatre pattes. Un rire amer s'échappe de mes lèvres et je souris. « Le chien, c'est pour quoi ? Pour avoir moins de scrupules la prochaine fois ? Pour savoir qu'il y a quelqu'un qui m'attend à la maison ? » Les derniers mots sont susurrés, acerbes. C'était assez bas, assez immature, assez à mon image. Les lèvres se pincent à nouveau et je secoue la tête. « J'ai pas le temps de m'occuper d'un chien et je sais me trouver de la compagnie quand j'en ai besoin, t'en fais pas Maisy. »
Je crois qu'on a déjà eu un chien, quand on était gosses. Ça m'a toujours manqué, mais une pauvre bête qui n'avait rien demandé n'aurait rien eu à faire chez nous. Aujourd'hui, en revanche... Je détourne les yeux et hausse les épaules, contraste avec ce que je viens de lui dire. Ça n'est pas vraiment la perspective de l'animal qui me fait osciller. C'est le fait qu'elle venue jusqu'ici.

« Sérieusement, pourquoi t'es venue ? » Plus d'acidité dans mes paroles, seulement la simplicité de la question. Les yeux courent encore sur son allure – parce que si t'es pas venue pour me voir, Maisy Weaver, tu t'es sacrément bien fringuée.

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MessageSujet: Re: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Lun 22 Mai - 0:14


Mes yeux s’échouent sur chacune des aspérités de son visage, caressent ses yeux ombrageux, effleurent ses lèvres et se gorgent de petits détails, comme les cicatrices qui marquent sa peau, reste des coups qu’il a dû prendre tout au long de sa vie. Je cherche à marquer son image dans mon esprit et à tatouer son visage sous mes paupières. Parce que, bien que je ne souhaite pas m’attacher, j’ai l’impression qu’il est déjà trop tard. Que j’ai tout gâché et qu’en m’éloignant, je pourrais bien ne plus jamais le voir. Qu’il pourrait disparaitre et ne plus jamais faire partie de ma vie en un claquement de doigts. Joseph est comme un mirage, un mirage violent, plein du vent sec et aride du désert. Il n’est pas doux, n’est pas tendre. Si loin de l’imagine du Prince Charmant, avec sa carrure trapue, sa voix rocailleuse et sa barbe broussailleuse. Sa voix répond à ma salutation et mon estomac fait un looping. Ses yeux se plantent dans les miens et mes orteils se crispent dans mes escarpins tandis qu’un frisson parcourt mon dos. Il tire sur sa clope et j’envisage, l’espace d’une seconde, l’idée de me transformer en filtre, avant que je ne me décide à lui tourner le dos. J’essaie de conserver un minimum de dignité, de ne pas passer pour ce que je suis au final : une femme qui cherche désespérément quelqu’un a aimé. J’avance aussi rapidement que mes chaussures de luxe me le permettent sans risquer une chute, mais déjà, j’entends le pas lourd de Joseph derrière moi. Il garde ses distances, mais ses yeux brulent ma peau. Si c’est tout ce qu’il a à m’offrir, des regards brûlant de colère et une voix acide, je suis néanmoins prête à le prendre pour le moment.

Je ne me retourne pas, garde les yeux fixés devant moi et laisse un petit sourire étirer mes lèvres. Je laisse la petite bulle d’espoir gonfler, quelques parts entre mon estomac et mon cœur. « Si t’as pas envie d’me voir, j’vais pas rester. » Je tire sur ma clope et laisse le nuage de fumée s’échapper derrière moi en espérant secrètement qu’il ira s’échouer sur son visage. Il parle fort et sa voix s’écrase contre moi, vagues de chaleur rageuse qui brûlent mon corps. Je ne réponds pas à son attaque, pas tout de suite, bien qu’elle tape en plein dans le mille. Oui, j’ai agi stupidement, mais qu’est-ce que j’y peux si j’ai flippé ? Qu’est-ce que j’y peux si tes yeux sont trop bleus, tes bras trop confortables et ta présence trop réconfortante ? Oui, j’ai agi stupidement, mais qu’est-ce que j’y peux si j’ai flippé ? Alors, je fuis, je m’éloigne, je me carapate, en bref, je fais tout pour ne pas risquer une fois de plus d’être blessée. Qu’est-ce que j’y peux, si tu ne t’es pas battu ? Je m’apprête à me retourner pour pouvoir le voir, son visage étant mille fois plus expressif que sa voix, mais il me prend de vitesse et j’entends son pas accéléré, puis le souffle d’air qu’il déplace en me contournant. Je plante mon regard sur la pointe de mes chaussures, plus vraiment sûre d’avoir envie de croiser son regard. Je continue à avancer, refusant de lui laisser croise qu’il peut m’arrêter si je n’en ai pas envie. Malgré ma trouille, mes yeux remontent le long de son corps, il est en marche arrière et ne ralentit pas, parfaitement à l’aise. Les mains dans les poches de son jean et quand mes yeux trouvent les siens, ils s’y accrochent comme s’ils étaient un radeau de sauvetage dans une mer déchainée. Ma bouche s’entrouvre sans me demander mon avis et je laisse ma langue glisser rapidement sur ma langue inférieure. Il est beau, dans le genre dur à cuire. Bien plus beau que Steven, mais probablement tout aussi dangereux.

Le claquement de mes talons rythme notre avancée et l’espace d’un instant, j’envisage de le déconcentrer par une illusion pour le faire tomber, mais il parle et me sort instantanément de mes pensées. Malgré, mes grandes idées sur la liberté et les non-sentiments que je pourrais ou ne pourrais pas avoir pour lui, l’absence de toute douceur dans son regard me blesse. Ses yeux sont si froids, si durs, que je sens mon cœur se serrer dans ma poitrine. Je repousse les quelques mèches que le vent poussait vers lui, regrettant l’espace d’un instant que chacun de mes cheveux ne soit pas capable de sentir ce qu’ils touchent. Je serre les doigts sur mon mégot et lui offre un visage sans expression, du moins je l’espère. Mes yeux sont probablement trop brillants et mes joues trop rouges pour que je n’aie pas l’air toucher par ses paroles. Elle me transperce, chauffe mon âme à blanc, me faisant osciller entre l’envie de pleurer et celle de hurler. « Tu m’prends vraiment pour une connasse, hein ? » La phrase censée s’échapper avec sécheresse est, au final, sortie sur un ton bien plus fatiguée qu’énervé. J’ai réussi. Je voulais qu’il s’en aille, je voulais qu’il me laisse toute seule, pour ne pas avoir à prendre le risque d’en tomber amoureuse. J’ai réussi, je devrais me réjouir, mais ses mots me blessent. « Pourquoi un chien ? Parce que t’as pas l’air d’être une personne à chat. Parce que j’me suis dit que p’tet ça nous ferrais un truc en commun. Chais pas, parce que j’aime bien les chiens p’tet ! » Je jette mon mégot et laisse la colère prendre le pas sur la tristesse. Ma voix sort plus sûre, plus claire. « Oh, t’inquiète pas Townsend, j’sais bien que tu peux trouver tout ce que tu veux pour remplir ton putain de lit ! »

Ne pas montrer qu’il a fait mal. Ne pas montrer qu’il a touché la corde sensible, qu’il a touché le truc qui te fais flipper plus que tout. Oui, depuis que Joseph Townsend est rentré dans ta vie, ton appart', ton lit et ton corps, il a été le dernier. J’avale ma salive, difficilement, douloureusement, à travers ma gorge serrée par l’émotion qui m’étreint. Je tire une dernière fois sur ma cigarette et ferme les yeux pour effacer son image quelques secondes. Je jette le mégot derrière moi d’une pichenette et plante à nouveau mes yeux dans ceux de Joseph. Du moins, j’essaie, il évite mes yeux, et hausse les épaules. Je fronce les sourcils, ça ne ressemble pas à ce qu’il m’a montré de lui dans le passé, contrairement à moi, il ne fuit pas. Il est comme un bulldozer qui fonce tout droit, sans jamais se poser la moindre question sur les dégâts qu’il pourrait faire autour de lui. Et soudain, il me regarde à nouveau et sa voix redevient douce, ses yeux aussi. La colère quitte mon corps aussi vite qu’elle s’y est installé. « A ton avis, gros con. » Je laisse mes doigts glisser le long de l’anse de mon sac, le regard perdu quelque part entre son menton et son épaule. « Parce que le quartier est super touristique. »

Je lui jette un regard, cherchant à juger si ma boutade l’a blessé ou si l’ambiance est à présent assez légère pour dire ce genre de chose. Je soupire et prends une cigarette dans mon paquet, sans trop réfléchir, je m’arrête et tandis qu’il se stoppe à mes côtés, je laisse mes doigts glisser dans la poche avant de son jean, pour récupérer le briquet qu’il y a glissé. Je l’en extirpe, allume ma cigarette et sans le regarder, glisse à nouveau l’objet à sa place. Je tire sur la clope et la lui tends. « Tu veux la vérité ? » Un peu d’honnêteté n’a jamais fait de mal après tout. « Chuis venue parce que j’avais envie d’te voir, et parce que j’ai un peu trop pensé à toi, à mon goût, depuis que t’as foutu tes sales pattes pleines de sang sur mon canapé. » Et tes sales mains pleines de doigts partout sur moi, et tes sales yeux partout sur mon âme et ta sale personne partout dans mon cerveau. Je récupère le bâtonnet de nicotine entre ses lèvres pour le glisser entre les miennes. « Et aussi, vraiment, parce que j’ai vu un clebs, trop chou, qui pourrait tout à fait te plaire, si t’arrêtais d’jouer au con et que t’acceptais de te dire, que si j’ai pensé à toi en voyant un chien, c’est uniquement parce qu’elle te ressemble. » Je lui lance un sourire goguenard avant de reculer de deux pas et de lui tendre la cigarette en symbole de paix. « Vraiment, c’est la vérité. » Et puis, parce que je ne sais jamais fermer ma gueule, je l’ouvre une dernière fois. « Et si toi, t’as si peu envie d’voir ma tronche, pourquoi tu m’as suivi alors ? »

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MessageSujet: Re: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Lun 22 Mai - 19:58

Non, je te prends pas pour une connasse, Maisy. Je sais pas pour quoi je te prends, je suis incapable de te définir et ça me désespère. Ses joues se fardent de rouge, ses yeux papillonnent et je pince les lèvres, mal à l'aise. Je ne sais plus comment réconforter les gens – le réconfort et la douceur dont avait besoin ma famille entière à longueur de temps a épuisé toutes nos capacités à savoir le faire. Aimée en serait encore sûrement capable. Alors je demeure immobile, écoute ses réponses sans la couper. Je n'ai rien à lui répondre de demeure plus silencieux encore, fais la moue lorsqu'il s'agit de mon putain de lit. Je ne sais pas où se trouvent les limites du respect et de la correction, lorsqu'on est incapable de définir une relation, un sentiment. Elle n'est pas grand-chose pour moi, et je sens pourtant poindre quelques mots au fond de mon esprit ; c'était irrespectueux. Chercher les bras d'une autre, quelle qu'elle soit, souiller la nuit que j'ai passée avec Maisy dans les draps d'une autre. Le souvenir fugace me fait détourner le regard, désarmé face au sien. Tout se lit sur mon visage et elle y lirait l'embarras, cette petite pointe de gêne que j'étouffe dans mon esprit. Tandis que je regarde ailleurs, je me demande si elle a fait pareil. Si l'intérieur de ses cuisses a accepté quelqu'un d'autre après moi, si à ses draps se mêlent les odeurs conjointes de plusieurs hommes. Les lèvres se pincent encore davantage, amères. Peu importe, peu importe. Chacun sa vie, chacun son cul – mais je ne m'en convaincs pas et me décide à reposer les yeux sur elle.

Nos réactions se calquent les unes aux autres et elle efface toute aigreur de mon esprit, me fait aussitôt oublier les quelques doutes qui me dévoraient. Gros con. Le sourire me brûle les lèvres et je fais la moue, le retiens quelques secondes avant de poser les yeux sur son visage. Comme si elle ne savait pas encore sur quel pied danser, elle semble mal à l'aise et achève de m'extirper un sourire amusé. Les prunelles courent autour de nous – un quartier touristique, ouais. Pour être honnête, j'aimerais autant qu'elle n'y mette plus les pieds, dans ce coin.
Ses doigts me tirent de mes songes et je baisse les yeux. Ils se glissent dans la poche de mon jean, déclenchent une brève tension le long de mon ventre. Profitant de son regard fuyant, mon attention se focalise sur elle, sur les mèches de ses cheveux qui se balancent au vent. Un grognement en guise d'acquiescement tandis que je glisse sa cigarette entre deux lèvres un peu sèches et je détourne le regard. La vérité, de toute évidence, n'aime pas qu'on la regarde dans les yeux. Ou bien est-ce moi qui n'aime pas la contempler frontalement. Je tire lentement sur la clope et lève les yeux vers le ciel, un arbre, un immeuble. Diable, qu'ils sont intéressants, c'est dingue. Pas suffisamment pour évincer ce qu'elle est en train de me raconter, évidemment, et j'accueille son honnêteté sans mot. Ses paroles éveillent quelque chose au fond de mon ventre, tendent mon corps, électrisent mes veines. L'excitation, la découverte de quelque chose de bon. Je déglutis lentement et abandonne la clope entre ses doigts, n'ose pas encore croiser son regard. Je ris doucement lorsqu'elle poursuit et suis soulagé qu'elle détende une atmosphère que je n'assume finalement pas.

La gorge encore sèche, je laisse ma réponse en suspens et l'observe se reculer, me tendre la clope. Dieu que c'est solennel – amusé, j'incline silencieusement le visage vers le sol et récupère la clope, signe évident de paix entre nous. Incapable de réprimer un sourire à ses derniers mots, le regard fuit à nouveau et court sur les buildings tandis que je tire longuement sur la cigarette, justifie tant bien que mal un silence qui s'allonge. Souffle lentement la fumée, fais durer les secondes qui s'écoulent jusqu'à la dernière. Mais je ne sais pas quoi répondre. Il y aurait trop de choses à dire. Le filtre retrouve mes lèvres et m'accorde encore un peu de temps. Trop de choses que je ne saurais pas définir, trop de trucs que je suis incapable d'expliquer. Tout est tellement nuancé qu'il n'y a aucun mot pour exprimer ce que je ressens.
Je peux assumer la boule qui enfle au fond de mon ventre, ce qui me prend aux tripes lorsque je croise son regard, le fantôme d'elle qui hante mes songes ; je peux l'assumer si c'est une passade. Il fallait bien que je trouve quelqu'un qui me plairait plus qu'une autre, il fallait bien que Maisy ait quelque chose en plus. Des choses en plus, elle en a des tas, et c'est bien ce qui me torture. La passade ne pourra pas perdurer, elle ne devra pas s'éterniser. Et ce qui s'éternise vraiment, c'est ce silence, cet horrible silence, qui me pousse à demeurer muet – comme si c'était trop tard, que j'avais dépassé le délai de réponse. Passant la langue sur mes lèvres, je lui rends sa cigarette et ose un léger sourire. Me risque à poser les doigts sur son avant-bras. Dieu sait ce qui est déjà sorti de cette gorge, les mots qui se sont déversés hors de ces lèvres. Je les entrouvre, souris devant ma propre bêtise. « Ouais, je... Je reviens tout de suite. »

Au moins, elle peut admirer ma lâcheté. Elle peut la voir se dessiner sur mon dos, pendant que je me dirige vers le Little. Incapable de dire pourquoi j'ai fait ça, je m'engouffre dans le bar et reprends aussitôt mes esprits. Il n'y a plus son visage pour me troubler, ses yeux pour me dévisager, ses mots pour étrangler les miens. Ils sont là, coincés dans ma gorge, préparés dans mon esprit – je peux me convaincre qu'il n'y a rien à dire, mais il y a des tas de choses à lui raconter. Je prends possession du bar et noie mes paroles dans un peu d'alcool. Putain, elle me fait perdre toute contenance. C'est mauvais Joseph, tellement mauvais. Les jambes me portent déjà à la porte – elle est encore là, au même endroit. Elle doit se morigéner d'être restée, de m'accorder encore un peu de temps. Il faudra qu'elle ne regrette pas d'avoir poireauté, ne serait-ce que pour une poignée de minutes. À mesure que je me rapproche d'elle, les mots se forment dans mon esprit et je sais exactement ce que je vais lui dire. Ce sera honnête, franc, et je n'aurai qu'à regarder ailleurs si le poids des deux perles bleues pèse sur mon courage. Le courage de quoi, justement?
Sa silhouette est proche, à quelques pas seulement. Je souris vaguement, arrive à sa hauteur et peux détailler tout son visage. Putain, elle est beaucoup plus courageuse que moi. Les doigts glissent jusqu'aux mèches de ses cheveux, les replacent et s'immiscent contre sa nuque. Ils s'y font fermes tandis que je me perds dans ses yeux. Elle y voit tout, c'est sûr. Je meurs d'envie de les baisser, d'échapper à son regard pour ne pas qu'elle sache. Son souffle se mêle au mien à mesure que nos visages se rapprochent et c'est comme si je ne l'avais jamais embrassée. Les choses dans mon ventre se remuent et me donnent envie de sourire.
Joseph, c'est tellement mauvais.

Et lorsque mes lèvres se pressent sur les siennes, c'est pourtant tellement bon. Il n'y a peut-être pas grand-chose à dire, en réalité. Les actes ont toujours pris le pas sur les paroles. Les lèvres se caressent, se scellent – elle va associer à mes baisers le goût de l'alcool et du tabac, me dis-je. La main libre se niche contre sa taille et s'y accroche lentement. La douceur de son parfum m'entête et me donne envie de ne plus jamais terminer de l'embrasser.
Ses lèvres sont pourtant abandonnées, la pudeur me pousse à glisser jusqu'à son oreille. « J'ai pensé à toi, moi aussi. » Un souffle contre sa peau, honteux et troublé. Honteux de dire des trucs si niais, d'être incapable d'avoir su le faire normalement tout à l'heure. Troublé de les penser, d'avoir à les assumer.
Mon corps se décale lentement et se remet à ses côtés, une main dans son dos. Je me racle la gorge et fais comme d'habitude : il ne s'est rien passé de particulier. Je ne viens pas de briser tout un mur interne, je ne le regarde même pas s'effondrer en mon sein. Il ne s'est rien passé, et nous n'en parlerons plus. Les doigts grignotent encore quelques centimètres et se calent contre sa taille.

« Bon, ce clébard ? J'ai pas relevé tout à l'heure, mais trop chou... » Je grimace et hausse les sourcils, amusé. Putain, j'espère que c'est pas ce qui vient à l'esprit quand on pense à moi, ça. « On attend quoi ? J'dis pas que j'vais prendre un chien, mais on peut toujours aller voir... » J'ai la verve plutôt enthousiaste, quand tout va bien.
Les minutes s'écoulent tandis que je lorgne sur le téléphone de Maisy, comme si l'objet appartenait au siècle passé, un vieux bidule d'une ère différente de la nôtre. Alors je lui parle de son boulot parce que je souligne en mon for intérieur ses petits privilèges. Au fond, c'est pas plus mal qu'elle travaille pour le gouvernement. Être opportuniste, c'est un très bon point, et je n'ai pas à me préoccuper de sa sécurité.
Le taxi arrive et je lui lance le même regard qu'au téléphone – un truc qu'on ne voit que trop rarement, auquel on a plus trop envie de toucher. Un peu rustre, je m'engouffre dans l'habitacle à sa suite. On discute de tout et de rien, quelques silences naturels s'immiscent entre les bribes de discussion qui nous animent. Ma main trône nonchalamment sur le siège rebondi, tout près de celle de Maisy. La chaleur de sa peau exhale sur la mienne et on s'effleure parfois, comme des jeunes. On est pas vieux, mais on a déjà beaucoup trop vécu, elle comme moi. Tant que l'heure des premiers émois me semble beaucoup trop lointaine, beaucoup trop révolue. Alors mes doigts glissent jusqu'à sa cuisse, se refusent à plus de douceur et embrassent davantage de lubricité.

« Comment t'as connu cet endroit ? » La voiture ralentit. Je regarde par la fenêtre, fais la moue. Merde, je suis vraiment pas sûr de vouloir un clébard. Les prunelles cherchent celles de Maisy – peut-être bien que si, en fait.

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MessageSujet: Re: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Lun 22 Mai - 23:43


Le sourire qui étire les lèvres de Joseph tiraille quelque chose à l’intérieur de moi, petite douleur piquante et agréable qui se mêle à un sentiment de fierté tout à fait mal placé. Qu’il est beau quand il sourit, ses yeux fatigués s’illuminent et il semble subitement détendu, et bien qu’il s’évertue à esquiver mon regard, je peux aisément voir qu’il l’est réellement. La tension qui régnait entre nous quelques minutes plus tôt semble d’être évanouie. Nos colères respectives, dégonflées comme des ballons de baudruche, gisent à nos pieds, et, l’espace d’un instant, j’oublie pourquoi j’étais en colère, pourquoi j’étais blessée. Mes yeux se perdent sur lui, les siens dans le paysage et son rire qui retentit. Léger, un peu enroué, un rire qui n’a probablement pas vraiment l’habitude d’être laissé libre, un rire un peu brisé, comme tous ceux qui se trainent à la Nola en ce moment. Je tire sur la cigarette dont le filtre est chaud, de la fumée aspirée, de ses lèvres. L’espace d’un instant, dans ce silence douloureux qu’il nous impose, je laisse mes yeux glisser sur cette bouche bien trop pleine et incongrue. L’envie de mordre sa lèvre inférieure me traverse l’esprit, mais je la repousse. Non, clairement, l’idée n’est pas bonne. Je suppose que mon honnêteté des minutes précédentes était de trop. Qu’il ne sait pas où se mettre face à ça, face à moi. Ses doigts effleurent mon avant-bras et la sensation électrise l’intégralité du côté droit de mon corps. Ma peau se couvre de chair de poule et j’inspire longuement par la bouche. Il s’en va. J’étais tellement obnubilé par son contact, je n’ai même pas prêté attention à ce qu’il me disait. La bouche entrouverte, je le regarde rentré dans le bar, ne sachant pas si je dois attendre ou partir. Je ne dis rien et jette le mégot, qu’il vient de me rendre, sur le sol, avant de l’écraser du bout de mon escarpin. Une fois de plus, je hausse mentalement les sourcils sur ma tenue. Quelle idée stupide que de débarquer devant son lieu de travail, d’où il ne peut probablement pas s’échapper, habiller comme pour un rencard avant de lui balancer qu’il m’a manqué. Je lui donne cinq minutes. S’il ne revient pas, je pars. Même si ce qu’il reste de mon amour-propre est déjà bien amoché, j’y tiens. Menteuse, tu lui laisserais probablement une heure. P’tet même plus.

Mon corps est tendu, raide, crispé dans l’attente d’un retour dont je ne suis pas sûre. Je déplace le poids de mon corps d’un pied sur l’autre pour soulager mes orteils qui sont à la torture dans mes escarpins. La boule de joie et d’espoir qui s’était formée dans mon ventre remonte lentement et change de parfum. Une fois qu’elle est bien sagement logée dans ma gorge, elle enfle et prend le parfum de la tristesse et de la trahison. Le regard toujours braqué sur le LD, je sens mes yeux se remplir de larmes et je serre les poings à m’en faire mal. Pourtant, au moment où je m’apprête à m’éloigner en emportant avec moi le peu d’espoir et de dignité qu’il me reste, il sort du bar. J’arrête mon mouvement et fixe mes yeux sur lui. Son expression me fait peur l’espace d’un instant. Il a l’air de souffrir, physiquement et mentalement, et d’être déterminé. Je m’interdis de reculer et me construit un visage inexpressif. Non, je n’étais pas sur le point d’éclater en sanglots. Non, ton expression ne me terrifie pas. Non, je ne suis pas inquiète pour toi. Sourcils froncés, je penche la tête pour l’observer qui s’approche, il ralentit, hésite et se poste finalement juste en face de moi. Quand ses doigts se tendent lentement vers mon visage, je n’ai pas peur, je ne tremble pas et mon expression se fait curieuse. Ils effleurent ma joue en replaçant les mèches dérangées par le vent derrière mon oreille et mon souffle se perd quelque part entre mes poumons et mes lèvres. Quand ils échouent sur ma nuque, je ne cherche même pas à retenir le frisson qui couvre mes bras de chair de poule et je penche la tête en arrière, laissant ma tête s’alanguir contre sa paume. Mes paupières papillonnent, je cherche à comprendre ce que je décèle dans ses yeux, cette gravité ne ressemble pas au Joseph que je croyais connaitre. Il finit par les fermer quand son visage se fait trop proche et j’oublie à peu près toutes les raisons qui pourraient me pousser à fuir quand ses lèvres effleurent les miennes.

La chaleur de son corps englobe tout le mien, comme un feu ronflant dans une cheminée, tandis que mes lèvres se font soumises sous les siennes, mon corps cherche son contact. Je pose les mains à plat sur son torse, me love dans son étreinte. Alcool fort et tabac, le parfum que je connais. Je m’appuie sur lui, laisse reposer une partie de mon poids dans son étreinte, oublieuse du monde autour, ne souhaitant que me perdre davantage dans son corps. Pourtant, un peu trop rapidement à mon gout, nos lèvres se séparent. Je m’apprête à tendre la main pour m’emparer de sa nuque et ramener sa bouche sur la mienne, mais son visage m’échappe et il s’enfouit dans mes cheveux, contre mon oreille. Le sang bat si vite à mes temps que j’ai l’impression d’être dans un tempête. Pourtant, ses mots me parviennent avec une clarté étonnante. Je mords ma lèvre inférieure pour retenir le sourire niais qui fait mine de s’étaler sur mon visage et serre entre mes doigts le tissu de son t-shirt. Tu n’es pas en train de tomber amoureuse. Non. Pas du tout. Jamais, même. C’est juste plutôt très mignon ce qu’il vient de faire. Quand il recule et se contente de m’enlacer la taille d’un bras. Je me cale naturellement contre lui. Le laissant reprendre contenance. Je le connais déjà suffisamment pour savoir que ce qu’il vient de faire a dû lui demander un effort considérable. Alors, je me tais, regarde autour de moi bien que je meure d’envie de le voir pour pouvoir me faire une idée de son état. Je n’ai qu’une seule peur. Qu’il regrette ce qu’il vient de faire, mais, il se met à parler et l’ambiance se détend, bien que teintée d’une douceur toute nouvelle. Je laisse échapper un rire. « Nan, c’pas ton côté chou qui m’a marqué, en vrai… » Je me mords la lèvre, ma voix est un peu rauque, avant de lui jeter un regard taquin. « C’est surtout, qu’elle a l’air de vouloir écouter personne. » Il se moque de mon téléphone et je rétorque qu’il s’agit d’un luxe rare de nos temps, tout comme ce taxi qui nous emmènera où nous le souhaitons.

Le trajet qui nous amène chez Greta se passe dans un calme étonnant. La présence de Joseph à mes côtés m’électrise et j’ai énormément de mal à me concentrer sur quoi que ce soit. Mes doigts effleurent les siens et j’ai envie de prendre sa main dans la mienne, de mêler mes doigts aux siens, mais le geste me paraît presque trop intime après ce qu’il vient de se passer. Alors je me contente de caresse légère, au milieu de nos conversations légère. Et je comprends que j’ai bien fait de ne pas prendre la main de Joseph, quand il dépose la sienne sur ma cuisse. Mon corps s’enflamme, et mes jambes se mettent à trembler légèrement. Le bourdonnement de l’excitation enfle dans mon ventre tandis qu’il décrit des cercles du bout des doigts sur la peau de l’intérieur de ma jambe. Heureusement pour ma santé mentale, la voiture finit par s’arrêter au bord de la forêt et les yeux de Joseph croisent les miens. Il a l’air un peu perdu, peut-être un peu effrayé à l’idée d’avoir un chien. Alors, sans réfléchir, dans un geste que je veux rassurant. J’attrape sa main dans la mienne et la serre doucement. « Hmm ? Oh… Euh, j’venais ici quand j’ai emménagé au début. J’sais plus vraiment comment j’suis tombé dessus, p’tet à l’époque où, j’faisais encore partie de la résistance, je sais plus trop. Mais tu vas voir, c’est génial ! » Je sors du véhicule et trébuche sur une racine, je me rattrape de justesse à la portière. « Tain, quelle cruche ! » Je peste et me rassois sur le siège. « Attends, deux secondes. » Je pose mon sac à mes pieds et en sort une paire de sneakers que j’enfile rapidement. Tant pis pour le côté sexy de ma tenue, je n’avais pas prévu qu’on irait directement chez Greta. Je relève la tête et remarque que, d’où Joseph se tient, il a dû avoir une vue charmante sur mon décolleté et ma lingerie tandis que j’enfilais mes chaussures. Je lui jette un regard taquin et lui tire la langue. « Ça va, t’as kiffé la vue Townsend ? Allez, en route, j’ai du monde à te présenter ! »

Le trajet jusqu’au refuge est court et nous l’effectuons en silence. La forêt à quelque chose d’apaisant pour moi et j’espère que Joseph en profitera aussi. Nos mains s’effleurent tandis que nous marchons côte à côte, mais une fois de plus je n’ose pas attraper la sienne. La maison apparait et j’accélère le pas. Les chiens ayant remarqué notre présence bien avant que nous ne puissions les voir, ont déjà prévenus Greta de notre arrivée et la vielle femme à la peau sombre et au cheveux blanc nous attends déjà sur le pas de la porte. Je la salue d’un baiser sonore sur sa joue et elle me sert dans ses bras. « Faut que tu manges, ma p’tite. Si tu continues comme ça, tu vas finir plus maigre qu’un coucou. » Je secoue la tête et lui souris gentiment. « Promis, Greta, promis. » Joseph arrive derrière nous. « Laisse-moi te présenter Joseph, c’est… Mon ami. » J’ai hésité un peu, ne sachant pas trop comment présenter Joseph, mais, je n’allais clairement pas dire à ma grand-mère de substitution qu’il s’agissait d’un mec que j’avais baisé puis ignorer, hein. Tu mens si mal… Il est déjà tellement plus que ces deux choses, Maisy. Greta lui jette un regard que je n'arrive pas a définir. Elle juge les gens presque aussi bien que les chiens et m'avait tout de suite mise en garde contre Steven, ce qui nous avait amenée à ne plus nous parler pendant une longue période. Jusqu'à ce que je me sépare de lui en fait. « On est venu pour voir les chiens ! On peut entrer ? » Elle s’efface et nous laisse passer le portail. « Je vous laisse avec les enfants, je vais faire un thé. » Elle me jette un regard inquisiteur, signifiant clairement que la venue de Joseph ne resterait pas inexpliquée et je hoche la tête à son encontre. Je jette un œil aux chiens, me laisse une fois de plus envahir par leur présence joyeuse et rassurante, regrettant une fois de plus la taille de mon appartement. Je m’assois dans l’herbe, ne prêtant aucune attention à ma robe désormais couverte de terre, d’herbe et de poils de chien. « Viens voir ! » Je ris à gorge déployée à moitié recouverte de chien et tend le doigt vers la petite chienne qui était déjà restée à l’écart la dernière fois que je suis venue. La créature est morte de trouille, mais elle donne le change, elle reste à l’écart, les yeux écarquillés de terreur, mais le poil du dos tout debout en guise d’avertissement. Elle ressemble tellement à Joseph dans son attitude que s’en est hilarant. « C’est elle. La dernière fois que j’suis venue, elle voulait pas me laisser approcher, mais elle a vraiment l’air cool comme chien. » Je tourne la tête vers la fenêtre ouverte. « Greta ! » Je crie et rapidement, la tête de la petite grand-mère apparaît à la fenêtre. « Elle s’appelle comment ? » Je tends mon doigt vers le chiot. « L’a pas d’nom, elle se laisse pas encore approcher alors j’ai pas pu trouver. » Je jette un regard à Joseph, mes yeux se perdent dans les siens et j’essaie de lire son expression. Qu’est-ce que tu veux Townsend ? Est-ce que tu veux ce chien ? Est-ce que tu veux de moi ?

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MessageSujet: Re: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Mar 23 Mai - 2:55

Ses doigts rejoignent les miens et je lui offre un vague sourire. Il y a cette proximité dont j'use facilement ; le bras autour des épaules, autour de la taille, le baiser sur la joue, les doigts à l'orée de ses cuisses. Et il y a la proximité intime, celle qui laisse courir sur ma peau des frissons un peu fiévreux ; un visage niché dans un cou, la caresse de quelques mèches de cheveux sur ma peau, des doigts entrelacés. Mais elle tente de me rassurer et je hoche lentement la tête, acquiesce à ses dires et fais la moue lorsqu'elle mentionne la Résistance. Difficile à croire, me dis-je en l'observant dans toute son habileté et me félicite plutôt qu'elle n'en fasse plus partie. Nos doigts se quittent pendant que nous sortons du véhicule, je m'en extirpe rapidement et fais le tour de la voiture. Bien sûr, elle trébuche et je hausse les sourcils, lui lance un rire moqueur. « Quelle gourde putain, j'ai jamais vu ça... » Le sourire narquois étire mes lèvres et la toise tandis qu'elle se rassied dans la voiture. Les avant-bras glissent sur le toit de la voiture et je m'y accoude en penchant le visage vers elle. Pas déçues de ce qu'elles contemplent, mes prunelles courent sur la vue plongeante que Maisy m'offre sur son décolleté. La naissance de sa poitrine, recouverte par le tissu fin et délicat de sa lingerie, me fait clairement de l’œil. Un sourire amusé étire de nouveau mes lèvres. « Fais pas ta mijaurée, je sais qu't'as fait exprès. » L'aperçu d'un corps qui hante mes nuits depuis des jours et des jours éveille le fantôme qui rôde dans mes rêves. Elle est de plus en plus belle, et le moindre de ses sourires, le moindre battement de cils, le rose qui colore ses joues me plaisent. Je me gorge de ses expressions, de sa façon de se mouvoir, de sa posture.

La forêt nous accueille et le silence s'installe lentement. Il n'est pas troublant ; plutôt léger et naturel, finalement rapidement balayé par le bruissement du vent dans les feuilles, le froissement de la terre sous nos pieds, et je lance un coup d’œil aux chaussures qu'elle a enfilées. Souris et caresse le paysage du regard, profite de ce que la terre a encore a nous offrir après tout ce temps à la martyriser. Les doigts s'effleurent et s'échappent, comme balayés par le vent qui court entre nos silhouettes. Bientôt, le jappement de jeunes chiens retentit entre les arbres, avant même qu'on ne les aperçoive. S'y mêlent rapidement les aboiements de chiens plus âgés, et je souris. J'aurais du avoir une bête depuis longtemps, si seulement j'avais été foutu de m'en occuper correctement. Me laissant devancer par Maisy, visiblement pressée de rejoindre une vieille femme sur le pas de la porte, je laisse courir mes yeux un peu partout. Les chiens attirent mon regard – ils sont tous beaux, joyeux, et ont cette puissance assez noble qui caractérise la bête. Celle qui rôde au fond de mon ventre s'éveille, la bave aux lèvres et le poil hirsute. Je vais te trouver un copain, ouais. Relevant les yeux vers Maisy, j'adresse à la vieille femme un sourire affable et une poignée de main avant même d'être présenté. Elle ne l'attrape pas immédiatement et me lance un regard agaçant – je déteste les vieux. Surtout ceux qui ont ce côté un peu occulte qu'elle tient sur ses traits. Je fais la moue après coup en lorgnant sur la silhouette de Maisy, qui me semble particulièrement agréable à regarder et souris à l'évocation du mot – Ami. C'est bien, ça veut tout dire et rien dire à la fois. De toute façon, il n'y a pas d'urgence à se trouver une qualification, surtout pas devant cette vieille femme qui ne m'inspire rien.

Me détournant des deux femmes, je leur offre un semblant d'intimité et passe le long du portail, près des bêtes. Maisy ne perd pas de temps et je l'observe à la limite de se rouler dans l'herbe auprès des chiens. Elle rit comme une gosse, elle est plutôt mignonne, me dis-je pudiquement. Je les observe sans mot, le visage éclairé d'un sourire et suis du regard le petit chien qu'elle me désigne du doigt. « Quoi, ce truc ? » Apeuré et à l'écart, il ne paie pas vraiment de mine. Je fais la moue et m'avance de quelques pas avant de me laisser nonchalamment tomber dans l'herbe entre la horde de chien et la minuscule chose qui semble terrifiée. Merde, cette petite crotte me ferait presque de la peine. Je ne m'en préoccupe pour le moment pas et me fais sauter dessus par un énorme chien. Maintenant que je suis là, j'aimerais tous les prendre. La vieille s'en occupe certainement bien, mais ils me font de la peine quand même.
La grosse langue chaude et baveuse roule sur ma joue et je ris, presque aussi fort que Maisy, tandis que j'essaie de maîtriser la bête. Ils aiment bien les jeux de force et je le pousse en arrière jusqu'à ce qu'il revienne jusqu'à moi, recommence plusieurs fois. Je sens déjà la bave sécher sur ma peau mais je m'amuse comme un gosse dans un parc. La petite crotte n'est pas nommée et je lui lance un regard dépité. Les perles de Maisy croisent les miennes et semblent y chercher une réponse. Lui offrant un hochement de tête peu perceptible, j'incline la tête. Ah, je ne sais pas Maisy, je ne sais pas si je suis prêt à tout assumer. Je n'aime pas les bouleversements, le changement, et je ne dois pas beaucoup apprécier la nouveauté. J'ai mis des années à trouver un semblant de stabilité, j'aurais peur de céder à l'appel des vieux démons si quelque chose n'allait subitement plus aussi bien qu'avant. Ou si quelque chose allait subitement beaucoup mieux.

Je me redresse, enclin à faire le tour du groupement pour voir les autres lorsque le gros chien de tout à l'heure bondit. Son corps s'abat sur moi et je chancelle, m'écroule comme une poupée de chiffon, surpris. Et je m'esclaffe pendant qu'il me lèche la figure, comme je n'ai pas autant ri depuis des semaines. Le changement peut être bien, mais la nuance est si ténue... Les mains passent vigoureusement sur le poil ras de la bête, qui s'envole tout au-dessus de nous, retombe lentement dans l'air. Je lorgne son collier et sa médaille. « Myrtille ? C'est un nom qui te va pas du tout, ça... Mais ma sœur aurait adoré. Les noms débiles, genre Noisette ou Praline... » Dis-je sans y penser et je ris doucement, repousse un nouvel assaut du chien et parviens finalement à contourner la horde. J'observe Maisy un instant, essaie de ne pas trop m'attendrir et déambule lentement le long du portail. Quelques chiens me suivent et courent entre mes jambes, me lèchent les doigts lorsque je leur caresse le crâne. Un clébard, peut-être que ça pourrait m'aider – d'ici huit à dix mois, en tout cas. Ils sont fidèles, protecteurs. Mais je ne rentre pas toujours à l'appartement... Un coup d’œil bref vers Maisy me fait douter – peut-être que je sortirai moins, dorénavant. Un léger frisson glacé coule long de ma colonne vertébrale et me serre le ventre. Comme s'il fallait déjà dire adieu à un quotidien que je vis depuis des années, tant que je ne sais plus quand tout ça a commencé.
Je ne sais pas. Un peu perdu, je retourne vers la petite chose apeurée qui nous observe de loin et m'assied au sol à quelques pas d'elle. La petite chienne se recule encore un peu, se colle contre le mur. « Sérieusement Maisy, elle te fait penser à moi ? J'vais m'vexer si tu continues. » Pourtant je souris vaguement, dans mes pensées, et m'immobilise. Si elle est un tantinet curieuse, elle finira bien par venir.

Puisque je sens le malaise s'installer, il faut détendre l'atmosphère, tant que les plaisanteries sont mauvaises, à défaut de pouvoir être sarcastique. Je me penche vers la silhouette à mes côtés, dont un bref répit semble avoir été accordé par les maîtres du lieu et passe une main dans ses cheveux, les nettoie machinalement des saletés qui s'y sont déposées. « J'suis moins farouche que le clebs, quand même. C'est ça quand on est... Amis. » Je fais la moue, lui lance un sourire idiot et élève la voix : « C'est sympa ici, t'avais pas tort. Peut-être que je repartirai avec ce truc si elle daigne m'approcher. » dis-je en désignant la crotte d'un mouvement de la tête. Un nouveau regard vers la fenêtre et je baisse à nouveau vaguement la voix, habituellement peu discret. « Et c'est qui cette femme ? En tout cas elle m'aime pas. » Et je n'aime pas qu'on ne m'aime pas.
Je me détourne lentement et me tourne vers Maisy, passe le tissu qui recouvre mon avant-bras sur ma barbe pour un nettoyage fugace. Ses joues rosies expriment sa bonne humeur et son sourire est communicatif. Toujours machinal, je nettoie les éventuelles traces de terre sur son visage et près de ses épaules. C'est étrange, comme on peut être attentionné envers les autres et parfois aussi indifférent – pire, comme on peut parfois chercher à échapper à n'importe quel marque de sollicitude. Comme lorsque je m'occupais d'Aimée, comme lorsque je m'occupe des filles au boulot. C'est automatique, mais il doit bien y avoir quelque chose là-dessous, un quelconque intérêt à le faire. Les yeux se perdent et se noient dans ceux de Maisy. Même dans cet état, elle est belle. Une main court à nouveau le long de sa cuisse, s'y dépose lentement. Sa peau est douce, chaude et j'ai une putain d'envie d'elle à chaque seconde qui passe. Ma silhouette camoufle certainement cette main curieuse au regard de la vieille, et mes doigts l'abandonnent tranquillement. Un peu de décence, bordel.

Le dos s'appuie à nouveau contre le portail et je lance un regard en biais à la petite bête prostrée qui ne l'est finalement plus. Elle a fait quelques pas, se hasarde à s'approche avec lenteur. Elle ressemble vaguement à un petit Saint-Bernard et je souris, satisfait. J'ai gagné, sale bête – il va falloir t'habituer à mes nombreuses victoires. Je penche le visage vers Maisy, lui offre un regard triomphant. « Si elle vient, c'est qu'elle est pour moi, t'en penses quoi ? » dis-je. Elle s'approche tranquillement, sur ses gardes, et s'immobilise lorsque je tends la main vers elle. Je laisse choir mon bras au sol et pose les yeux sur le doux visage à côté du mien. « Je pourrais l'appeler, j'sais pas... Nessie, ou Oakes. Ou Sloane. » Je me prends bêtement au jeu et souris, me souviens des prénoms dont on parlait avec mon frère lorsqu'on imaginait qu'on aurait à nouveau un chien. Une truffe fraîche et humide se décide enfin à effleurer mes doigts et je penche le visage vers l'animal, qui me renifle consciencieusement. « Ou Orka, j'crois qu'on voulait l'appeler Orka, quand on était gosses. » soufflé-je, encore dans mes pensées. Les yeux glissent vers la vieille qui nous rejoint et mon visage se redresse lentement en sa direction. « J'prends la petite crotte, elle s'appelle Orka. » J'attrape la bête par la peau du cou et la dépose sur mes cuisses, passe vigoureusement la main sur son dos avant de lui gratter le menton. Elle s'y fera.
Putain Maisy, mes efforts, si naturels soient-ils, sont monstrueux.

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MessageSujet: Re: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Mar 23 Mai - 4:57


Fais pas ta mijaurée, je sais qu’t’as fait exprès. Non, c’est faux. Si, c’est vrai. Bien sûr que oui, j’ai fait exprès. J’avais envie qu’il me regarde avec ce même regard qu’il avait eu chez moi. Un regard d’affamer, un regard d’homme qui vous veut. Ce qu’il avait fait, ses yeux avaient plongé dans mon décolleté, effleurer ma poitrine, déchirer ma lingerie. Et je m’étais revu sur mon canapé, sous son regard brûlant. Le désir avait fait flamber mon ventre l’espace de quelques douloureuses secondes et j’avais envisagé la possibilité de ne pas aller au refuge, de simplement profiter de la nature et de son calme pour m’adonner à des activités autrement plus charnelles que l’adoption d’un chiot. Mais, j’avais envie d’autre chose, j’avais envie d’être autre chose qu’une bonne partie de jambes en l’air pour Joseph Townsend. Alors, j’avais inspiré un grand coup l’air frais de la forêt et m’étais redresser l’entrainant à ma suite.

À l’instant où le chien avait été en vue, j’avais su que mon idée était bonne. Le visage de Joseph s’était illuminé. Il aimait les chiens, je le savais. Et maintenant que j’étais entourée par la horde des chiens, Joseph à mes côtés, je me sentais détendue pour la première fois depuis très longtemps. Les vêtements pleins de crasse, les cheveux ébouriffés et un troupeau de chien bruyant autour de moi, je n’avais pas été aussi bien depuis des siècles. Le sourire qui traverse le visage de Joseph est bancal, mais lumineux. Ses yeux brillent de joie et je suis définitivement heureuse de lui avoir montré mon refuge. Je le regarde observer la boule de poil terrifiée que je viens de lui désigner et laisse échapper un rire devant sa tête déconfite. « Ce truc, comme tu dis, a failli me bouffer la main quand j’ai voulu l’approcher l’autre jour ! Alors ouais, ce truc ! » Je lui tire la langue et le regarde s’avancer. Il y a quelque chose d’animal dans la façon dont Joseph se déplace, quelque chose de proche de loup. Il ressemble à un prédateur. Il se laisse tomber au sol et j’hésite entre l’ours et le loup, tandis qu’un rottweiler se couche sur mes jambes. Je gratte la tête de l’animal, distraite de mon observation par sa présence et le temps que je relève les yeux, une sorte de Terre-Neuve, se jette sur lui. Je ris quand je le vois encaisser le coup et répondre gentiment en poussant le chien. Un loup, je décide. Il est aussi grognon qu’un ours, mais son caractère sauvage le rapproche bien plus du loup. J’observe ses épaules se mouvoir son sa veste, les muscles de ses avant-bras se contracter quand il pousse le chien, ceux de son cou qui se crispent quand il encaisse le poids de la bête, et je souris bêtement. Il a l’air dans son élément ici, entouré d’une meute. Je pose mes mains derrière moi et l’observe calmement. Il se fait lécher la figure et le rire qui s’apprêtait à jaillir de ma gorge se coupe net.

Joseph vient de rire. Un vrai rire, pas ses espèces de ricanements énervé, ou ce demi-rire triste qu’il offre tout le temps. Un vrai rire, grave, rauque, un vrai rire de joie et c’est le plus beau son que j’ai entendu depuis longtemps. Mes yeux s’écarquillent tandis que je grave ce souvenir dans ma mémoire. Je m’en rappellerai probablement plus tard comme du moment où je suis tombée amoureuse de lui. Je secoue la tête. Enfin non, celui où j’ai découvert qu’il n’était pas qu’un vieux monsieur acariâtre dans le corps d’un homme de trente ans. Menteuse, c’est trop tard. Déjà trop tard et tu le sais, tu peux te mentir tout ce que tu voudras, mais ça ne changera rien. Il tourne ses yeux vers moi, hoche la tête, soudain plus sérieux. Je me demande, l’espace d’une seconde si mon idée était si bonne. Son expression se ferme et il a l’air presque effrayé. Je me mords la lèvre et le regarde se lever. Après tout, que sais-je de la vie de Joseph ? Je n’ai aucune idée de ce qu’il a pu traverser, aucune idée de ce qu’il a vécu. Mon cerveau tourne à toute vitesse et je suis si concentré que je ne reviens à la réalité que quand j’entends un gros boum. Je sursaute et observe l’enchevêtrement de Joseph et du chien en riant. Même recouvert de poils, j’ai envie de l’embrasser. Je ne prête pas vraiment attention à ce qu’il dit, trop occupée à trouver une solution pour pouvoir le faire sans que Greta ne nous voie, mais une partie de sa phrase me fait tiquer. Ainsi, il n’est pas fils unique, j’ai beau le connaître depuis quelque temps, nous n’avons jamais été proches, mais jamais je n’ai entendu qui que ce soit mentionné une quelconque sœur de Joseph. Je me rends compte instantanément que j’ai envie d’en savoir plus. Comment s’appelle-t-elle ? Petite ou grande sœur ? Sont-ils proches ? L’étaient-ils ? Qui est-elle ? Est-elle à la Nouvelle-Orléans ? Je prends aussi conscience du fait que j’ai envie d’en savoir plus sur Joseph tout court. J’ai envie d’en apprendre plus sur l’homme qui m’accompagne aussi. J’ai envie de mériter le nom d’amie que je me suis donné toute à l’heure. Je suis tellement dans mes pensées, à nouveau que sa voix me tire d’une sorte de transe. Je sursaute et m’aperçois qu’il s’est éloigné. Instinctivement, je me relève, repousse la horde des chiens et m’approche de lui. « Mais l’prend pas comme ça ! Elle te ressemble, j’te dis, sauf qu’elle risque encore de grandir elle ! » Je lui tire la langue, mais dans mon regard, il lit la tendresse que j’ai mise dans cette boutade.

Je m’assois près de lui et de la petite chienne, lentement, en prenant garde à ne pas l’effrayer. Joseph se penche vers moi et une fois de plus me coupe le souffle en glissant ses doigts dans mes cheveux. Il en retire quelques branchettes et pas mal d’herbe, mais qu’est-ce que j’en ai à foutre, quand le mouvement de ses doigts dans ma chevelure envoie une myriade de frissons le long de ma colonne vertébrale. Je pousse un soupir de contentement sous sa caresse. Sa voix est rauque quand il s’adresse à moi et elle ravive mon désir éteint. « Peut-être un peu mouiiii… » Je le pousse légèrement de l’épaule, cherchant son contact sans m’en rendre compte. « Arrête, tu voulais qu’j’lui dise quoi d’autre ! » Bonjour Greta, voilà un homme avec qui j’ai couché une fois, un mec qui me terrifie et me remplit d’espoir à la fois, quelqu’un qui pourrait changer ma vie si nous nous en laissions la chance ? Mes doigts courent légèrement sur son bras, près du mien et j’observe le petit chien devant nous. Elle semble un peu moins effrayée, mais n’a toujours pas l’air rassuré. « Elle viendra. » Je ne sais pas ce qui me donne cette certitude, mais je suis persuadée que l’animal s’approchera de Joseph. Je hausse les sourcils à sa question sur Greta. « Oh, Greta ? Mais nan, c’est pas qu’elle t’aime pas… » J’hésite à lui expliquer l’histoire qui me lie à la vieille femme, mais si j’espère obtenir des réponses sur sa fameuse sœur, je vais bien devoir me livrer un peu à mon tour, mais pas tout de suite. Parce que présentement, Joseph est en train de frotter délicatement le tissu de son t-shirt à manche longue sur ma joue. Il nettoie ma peau et le contact me semble bien plus intime que ce que nous avons déjà échangé. Je sens mes joues chauffer et je détourne le regard. Il frotte doucement mon épaule pour en retirer une marque de terre et je lui souris doucement avant de tendre la main. Avec des gestes lents et doux, pour ne pas l’effrayer, je retire à mon tour quelques brins d’herbe et branche de ses cheveux et de sa barbe. J’effleure ses lèvres du bout des doigts au passage. Je me racle la gorge. « Merci… » Je lui lance un sourire un peu timide, ne sachant pas vraiment où placer ce qu’il vient de se passer sur l’échelle de notre relation. « Euh, ouais, donc Greta… » Je change de sujet, lâchement. « Ahem… J’la connais depuis pas mal de temps maintenant en fait. Quand j’suis arrivée à la Nola, j’trainais dans le coin et j’suis tombée par hasard sur l’refuge et j’ai commencé à filer un coup d’main a Greta, c’est un peu d’venu ma nouvelle grand-mère. » Je jette un regard attendri à sa silhouette qu’on distingue par la fenêtre. « Elle a souvent été là pour ramasser les pots cassés dans ma vie. Fin bref, j’l’aime beaucoup. Et non, c’est pas qu’elle t’aime pas, c’est que comme elle te connait pas, elle sait pas si elle peut t’faire confiance avec moi ! » Je laisse échapper un petit rire, Joseph semble vouloir être aimé de tous et repousser l’amour qu’on lui offre avec autant d’ardeur. Son regard se perd dans le mien et je m’en délecte, le bleu de ses yeux se perd dans celui des miens et le calme me tombe dessus.

Quand nos regards se séparent, je prends conscience de sa main sur ma cuisse, de la chaleur de sa peau sur ma peau nue. Alors, sans réfléchir, je me penche légèrement et dépose un baiser, léger comme l’air sur ses lèvres entrouvertes. Je me recule aussi vite qu’il retire sa main et suit le mouvement quand il s’adosse au portail. Je m’appuie contre lui, laisse mon épaule reposer contre la sienne et laisse ma peau se gorgée de la chaleur qui se dégage constamment de lui. Du coin de l’œil, j’observe le chien se rapprocher de lui et reculer aussi sec quand il approche sa main. Je prie pour qu’elle ne le morde pas, bien que je sois profondément persuadée qu’il n’aura pas un geste violent envers une si petite créature, je n’aimerais pas que la morsure lui fasse décider qu’il n’en veut pas. « Ouais, chuis d’accord. » Je retiens un sourire qui risque d’arracher la peau de ma joue tant il est promet d’être grand. Joseph affiche un sourire triomphant, mais il ne sait pas qu’en réalité, c’est moi qui ai gagné. Je savais qu’il aimerait ce petit chien et que ce petit chien l’aimerait. Je le savais. Je l’écoute proposer des noms, sans donner mon avis directement, trop obnubilé par la vision de Joseph apprivoisant la bestiole. Il se penche en avant et je me redresse pour ne pas le déséquilibrer. La petite chienne renifle son visage avec attention et je retiens un couinement devant la mignonnerie de la scène. « Orka, c’est parfait… » Je regarde la boule de poil puis Joseph. « Orka et Joseph ? Ouais, ça sonne bien. » Et Maisy. Tais-toi. Il l’attrape par la peau du cou et la pose sur ses genoux avant de la caresser durement. Je laisse éclater un gloussement. Ce comportement lui ressemble tellement. La pauvre bête est complètement perdue et elle me jette un regard dépité. Je tapote mes cuisses tandis qu’il annonce à Greta qu’il prend la petite. La chienne saute de ses jambes aux miennes et renifle mes doigts avant de se laisser tomber de tout son faible poids sur mes cuisses. Je souris attendri et observe Greta. Elle regarde Joseph avec douceur. Il a gagné. Il a gagné des points auprès de trois femmes aujourd’hui. Elle ne dit rien, hoche la tête et lui tend un verre de thé glacé. Elle m’en tend un et me fait un petit clin d’œil. « Ça me va, personne n’en aurait voulu trouillarde comme elle était ! Je vous laisse, mon tricot m’attend. Venez me chercher quand vous partirez. » Je hausse un sourcil, Greta ne tricote pas. Elle déteste ça, d’ailleurs. Je souris attendrie et attrape la boule de poil sur mes genoux pour la poser entre Joseph et moi.

Je me mords la lèvre inférieure, partagée entre l’envie de l’embrasser ici et maintenant et celle de lui poser des questions. J’opte pour la seconde option, la première risquant de nous attirer les foudres de Greta. « Elle t’aime bien maintenant. » Je hoche la tête vers la maison. « Elle est comme ça Greta, si t’arrives à faire un truc qu’elle n'a pas réussi à faire avec un clebs, tu fais rire sa p'tite protégée et elle t’aime bien. » Je tends la main et la pose sur la sienne. Une fois de plus, je n’entrelace pas nos doigts, me contente de juste apprécier le contact de sa peau contre la mienne. Je me cale à nouveau contre lui et pose même ma tête sur son épaule, légèrement tendue à l’idée qu’il me trouve intrusive. « Alors, comme ça t’as une sœur ?J'en apprends tout les jours. » La question à fuser dans le silence léger qui nous entoure. « T’es pas obligé d’en parler si tu veux pas. » J’inspire doucement par le nez et m’appuie contre lui plus lourdement. Sans réfléchir, parce que je suis à l’aise, que je me sens bien, je pousse un soupir et les yeux mi-clos, balance sans vraiment réfléchir. « J’ai envie d’plein de choses, là. » J’enchaine avant que mon cerveau ne me rattrape. « Genre, j’ai envie de te poser plein de questions sur ta sœur et sur toi, pour apprendre à te connaitre un peu. Mais, j’ai aussi envie de rester à rien foutre avec toi et le Potichien… » Je tourne la tête légèrement, pour l’apercevoir entre mes cils mi-clos. « J’ai peut-être aussi envie de t’embrasser… Juste un peu. » Menteuse. Tu meurs d’envie de l’embrasser. Tu meurs d’envie d’en savoir plus. Mais tu ne lui diras pas parce que t’es qu’une trouillarde. Je me redresse un peu, détourne le regard, consciente de peut-être en avoir trop dit. Alors, j'enchaine rapidement. « S'tu veux on peut jouer à un jeu ! Tu m'poses une question et j't'en poses une. On a droit à trois Joker, et comme ça on peut rester un peu ici avec Potichien... » Dans un geste nerveux, j'effleure la cicatrice dans mon cou. S'il te plait, dis oui... Laisse moi apprendre à te connaitre, laisse moi te découvrir.

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MessageSujet: Re: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Mar 23 Mai - 13:41

Ses doigts passent sur mon visage, imitent les miens et nettoient les saletés qui ornent mes cheveux, ma barbe. Là où mes gestes étaient mécaniques, les siens sont davantage empreints de douceur. J'acquiesce lentement lorsqu'elle me parle de Greta. Au fond, elle a de la chance d'avoir rencontré la vieille femme. Lorsque j'en avais besoin, il n'y avait sur ma route que des gens comme Isak. Et même si je l'apprécie, même si je ne sais plus depuis combien d'années je le connais, il n'est là pour aider personne. Une figure âgée et sage, j'en aurais eu sacrément besoin. Je l'aurais repoussée jusqu'à ce qu'elle parte d'elle-même, dégoûtée ; comme avec les autres, et j'aurais pu me morfondre d'être abandonné de tous.
Un baiser papillon sur mes lèvres, auquel je n'ai pas le temps de répondre, et son visage s'éloigne déjà du mien. Pour revenir contre mon épaule. Un drôle de silence s'installe, je n'entends même plus le bruit incessant des bêtes autour de nous ; un silence plein d'intimité qui me met vaguement mal à l'aise, le corps tendu.
Le prénom semble plaire à Maisy et je souris, une main vigoureuse toujours sur le dos de l'animal. Elle n'a pas l'air d'apprécier ça, mais il va falloir lui apprendre la dure vie, à cette petite. À mes côtés, elle ne semble pas de cet avis et m'arrache le chiot avec douceur. Rapidement remplacé par un verre de thé glacé, je souris à la vieille femme et grommelle un remerciement d'une voix rauque. Le verre entre mes lèvres déverse un liquide froid et sucré que je bois d'une traite, jusqu'à la dernière goutte. La vieille femme est encore là pour que je lui rende son verre avant de nous abandonner et je tique sur ce qu'elle vient de dire. Personne n'en aurait voulu. Un regard de pitié vers le chien et je me persuade que c'était définitivement celle que je devais choisir, et cette petite chose deviendra bientôt une robuste bête plein d'assurance. À nouveaux seuls, je passe la main sur le crâne rond et doux de Orka. Le prénom est pratique et gorgé de souvenirs, de toute façon ; l'idée n'était peut-être pas idéale, à bien y penser.

Elle se laisse tomber au sol et me tend son ventre, que je gratte sans y penser, le regard posé sur elle. Merde, ce chien risque de devenir un sacré gros truc, il va se cogner dans les meubles de l'appartement. Tandis que je réfléchis à la logistique, la voix de Maisy m'en extirpe et je relève les yeux vers elle, hoche machinalement la tête. Un sourire se dessine sur mes lèvres – c'est très bien, j'ai toujours besoin de prouver quelque chose à tout le monde, à n'importe qui. Et si Greta a pu apprécier de mes talents de maître-chien, je n'en demande pas plus. Le visage de Maisy rejoint à nouveau mon épaule et je me cale correctement contre le portail. Elle manque de douceur, d'une tendresse qui se fait nécessaire dans ses gestes. Je peux la lui offrir et demeure immobile contre elle, abandonne ma main sous ses doigts chauds. La mention de ma sœur se fait intrusion dans la conversation. « Hein ? Ah, ouais. » Je connais mes tics de langage, et lorsque je commence une réponse par ce hein, ça signifie toujours la même chose : je n'ai pas envie d'en parler. Alors j'en reste là, glisse une main libre entre nous, contre le poil déjà épais du petit animal. Je l'écoute sans mot. Elle reparle d'Aimée, curieuse qu'elle est, et mentionne un potichien, qui me fait sourire. Sa dernière proposition, c'est encore celle qui m'attire le plus. De toute façon, la discussion débordera sur quelque chose d'intime – elle a envie d'en savoir plus, je ne me vois pas lui refuser toutes les questions qui germeront au fond de son crâne. Et quand les mots sont trop lourds, il faut absolument alléger ça d'un peu de lasciveté.
Je crève d'envie de l'embrasser et me convaincs encore que c'est tout ce qui m'intéresse sincèrement chez elle, comble mon esprit de rêveries charnelles. La douceur de ses lèvres roses contre les miennes, un baiser qui se prolonge et se fait langoureux, la chair de poule qui se dessine le long de ses bras et mes doigts sous ses vêtements. Maisy se redresse et regarde ailleurs, nous rend notre mobilité.

« Ça m'va. Disons que ta première question concerne ma sœur. » Et puis comme ça, tu n'en auras plus que deux à me poser. Je fais la moue et soupire, prêt à déverser les informations au compte-goutte. « Elle s'appelle Aimée. On a grandi en Angleterre jusqu'à mes dix ans, j'dirais, avant de déménager ici. Elle est très douce et très... » Les prunelles se perdent dans le décor, s'oublient dans l'herbe verte et abîmée par le piétinement incessant des chiens. Elle est très quoi, au juste ? Son souvenir est très beaucoup de choses. Je hausse lentement les épaules, pince les lèvres. La description est avortée dans l'air. « Mais ça fait longtemps que j'l'ai pas vue, je sais pas trop ce qu'elle devient. Y a pas grand-chose d'intéressant à dire sur nous, c'était plutôt banal. » Ça n'est pas véritablement un mensonge. Ou peut-être que si. En tout cas, c'est sorti naturellement et je décide d'en rester là. Je suis mal-à-l'aise à l'idée de me confier et si ça ressemble vaguement à la première nuit que j'ai passée avec Anya, le contraste est lui très saisissant. Je me suis certainement beaucoup trop épanché auprès de la Russe, mais l'atmosphère n'était alourdie que des vapeurs d'alcool. Elle n'allait pas s'attacher à moi et je ne m'attacherais pas à elle, c'était inscrit dans le moindre de nos gestes.
Je sais que Maisy a besoin de quelque chose, de souvenirs tangibles, d'un truc auquel se raccrocher. J'ai peur de savoir pourquoi, et je repousse le moindre assaut de mon esprit qui irait en ce sens. Je ne veux pas de tout ça. Je ne sais pas ce que je veux. Incapable d'assumer une relation, je lui ferai du mal et je sais que je gâcherai tout. Que je me lèverai un jour avec l'intention de foutre en l'air cette mascarade, de noyer un radeau sur lequel on se serait promis de survivre à deux.
La tension grimpe seule, simplement poussée par la résonance des mots prononcés par Maisy et par leur écho dans mon esprit. Le monstre grogne et s'y joint, les babines coulantes du liquide collant et étouffant, d'une amertume douloureuse dans mes entrailles. Il sait ce qui me fait peur, il sait comment me pousser dans le vide et je pince les lèvres. La sueur froide coule le long de mon corps, avec plus de vigueur que précédemment. C'est lui, il estime qu'il est temps de s'éveiller et le chuchotement au creux de mon oreille s'intensifie. Son grognement roule, rocailleux et abîmé, et m'arrache un frisson. Comme avec Anya, comme à chaque fois que ça se produit, la lave coule dans mon ventre. Putain, je n'ai plus envie de parler, j'ai envie de baiser – j'ai besoin de baiser, d'arrêter avec les mots, de bloquer souvenirs et songes. Je me redresse lentement, la tranquillité de mon corps contrastant avec l'assaut interne dont je suis victime. Tout ça, c'est un peu moi. Et un peu du monstre, de ce truc qui sommeille au fond de moi, de cette chose qui déforme tout ce que je touche.

J'attrape la main de Maisy et la hisse jusqu'à moi, l'attire plus loin, m'éloigne d'un endroit beaucoup trop bucolique. C'est trop tendre, c'est trop agréable, trop calme. Contournant la maison, on s'en éloigne un instant et je la pousse contre un épais tronc d'arbre, qui grimpe jusqu'au ciel. La Chose est là, elle guide mes membres et m'électrise les doigts, se glisse dans mes pensées et chacun de mes gestes. Elle facilitera finalement mon débit de paroles, peu soucieuse de ce qui pourrait s'extirper de mes lèvres tant que je l'ai pensé. Pour l'instant muettes, elles se pressent sans plus de cérémonie sur celles de Maisy, qui me font l'effet d'être un bonbon que je convoite depuis des heures. Les mains sur sa taille, le corps déjà collé au sien, je l'embrasse avec force. Dis-moi que je vais arrêter de penser, que je n'ai plus à me souvenir. Que je ne dois plus rien définir. Je n'aime pas les mots ni les sentiments et les assembler est clairement au-dessus de mes forces. La bête remonte dans ma gorge, glisse ma langue jusqu'à celle de Maisy et l'étreint avec envie. Elle voudrait que je me fonde en elle – je voudrais me fondre en elle. Ses envies sont les miennes, même si j'essaie toujours de nous distinguer. Il n'y a peut-être aucun monstre, il n'y a certainement rien, mais j'ai besoin de justifier l'impulsivité. Sa lèvre inférieure passe entre mes dents et je me recule un instant. Son visage exprime l'incertitude et les mots sortent seuls, soigneusement préparés par la Chose. « Tu n'avais pas envie de ça. Tu voulais rester là-bas, tu voulais qu'on parle, et j'ai voulu autre chose. Ça sera toujours comme ça, Maisy. Et je peux pas me contenter de discuter, j'peux jamais me contenter d'un baiser et ça te fera souffrir. » Si j'en embrasse une autre que toi, ça ne sera pas différent. Si je suis bourré, si elle est trop près, si j'en ai envie. Si tu en as marre de baiser, si tu veux une relation normale et sincère, si... Je soupire, glisse une main contre sa nuque et me perds dans ses yeux. « Y a des trucs qu'on contrôle pas, des pulsions, des trucs plus forts que la raison. Et j'ai besoin que tu m'dises que tu sais tout ça. » Que tu me le reprocheras pas. Même si c'est impossible, même s'il faudra me le reprocher, même s'il faudra façonner mon caractère près du tien pour qu'il s'améliore. Mes parents ont eu une relation catastrophique, les miennes n'ont pas été meilleures. Jamais longues, souvent intenses, intimes uniquement dans la chair. J'ai envie de reproduire le schéma alors que je sais pertinemment qu'il est voué à s'effondrer. « J'peux tenter avec le chien, mais parfois j'rentre pas chez moi pendant des jours... J'peux essayer, parce qu'il est peut-être temps que j'me force à faire des trucs comme ça, mais j'peux rien promettre. » Et je t'en demande, des promesses. Celles d'être patiente, de nous laisser prendre du temps. Les mots s'écoulent sous l'impulsion du monstre, il triture mes nerfs et me pousse à déballer ce que je voulais surtout pas lui dire. « Des fois, j'fais des trucs... Je sais même pas pourquoi, je les comprends pas moi-même. Ma vie est devenue très compliquée, c'est un foutoir mais j'veux pas qu'on essaie de la ranger, j'veux pas qu'on y mette de l'ordre, c'est un foutoir dans lequel j'me reconnais. Toi et moi, on peut essayer, mais j'promets rien. J'imagine que c'est la merde pour toi, je sais que t'as envie de savoir plein de trucs et qu'on discute, mais tout ça c'est encore le plus important que j'puisse te raconter sur moi. » Tout a été lâché, chuchoté par la bête, extirpé de mes songes avec violence. Et les quelques mots ont été prononcés au milieu de la houle. Toi et moi, on peut essayer. Le bleu de ses yeux me tire dans une immensité océanique, et maintenant que tout est dit, j'ai les lèvres sèches. Le monstre s'est fait un malin plaisir de percer l'abcès, de laisser couler le flot d'incertitudes qui me constitue. Le glissement est douloureux sur ma peau, acide dans mes membres et je fouille son regard du mien sans le voir – Il fouille, Il veut savoir ce qu'elle en pense. Pas moi.

Alors je l'embrasse, je force de mes lèvres sur les siennes. Maintenant, on peut vraiment arrêter de parler. Une main passe fiévreusement sur sa cuisse, remonte impunément jusqu'à sa naissance, à l'orée de son sous-vêtement. On peut arrêter de parler parce que je n'en ai plus envie, parce que j'aurais du mal à supporter le poids de tout ce que je viens de débiter. Parce qu'après avoir baisé, elle n'aura peut-être plus envie de bavarder. C'est le serpent qui se mord la queue, parce qu'il y aura toujours un moment pour placer quelques mots. Pour qu'elle veuille me répondre. Et si elle ne m'embrasse plus, je lui couperai la parole, je la ramènerai au milieu des chiens. Et je discuterai avec la vieille Greta, je parlerai au chien et au chauffeur de taxi, et dans le taxi... Le baiser se fait fébrile, mes doigts s'enfoncent dans sa chair. Je comblerai les silences.  

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MessageSujet: Re: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Dim 28 Mai - 0:51

Mes yeux dérivent, l’endroit est chargé de souvenir heureux, de moment de détentes. Instants éphémères gravés dans ma mémoire et dans celle des arbres. J’enfonce le bout des doigts dans la terre meuble, inspire profondément l’odeur des bois, fraiche, humide, une odeur de nature. Celle des chiens rejoint la première, musquée, chaude, animale, une odeur de vie. Le soleil tape doucement dans mon dos, Orka, sur le dos repose contre ma cuisse, le ventre en l’air tandis que Joseph la caresse doucement. L’angoisse qui m’étreignait, face aux questions que j’avais osé poser, s’évanouit. Si Joseph n’est pas prêt à répondre, je ne lui en voudrais pas. J’ai moi-même des sujets que je n’évoque pas. Maman, la maladie, les soucis qui me tiraillent quand je vois que ma magie ne cesse de fluctuer. Je tourne doucement la tête et pose les yeux sur le visage vers Joseph. Le soleil mouchette son visage d’éclat doré et mon cœur rate un battement. Non, je ne suis pas amoureuse, mais si seulement il pouvait être un peu moins sexy, ça pourrait aider. J’envisage le temps de son silence qu’il puisse prendre la fuite, disparaître de ma vie, comme tant d’autres avant lui. L’idée me tire une grimace, je n’ai définitivement pas envie de le voir s’enfuir. L’angoisse revient et la nature n’arrive pas à la calmer. Je sens mon pied commencer à bouger sporadiquement, signe que si ce n’est pas lui qui s’enfuit, c’est moi qui le ferrait. Fuis tant que tu le peux, il va te détruire, transformer ton cœur et ton âme en poussière si tu lui en laisse la chance. Les doigts de Joseph se crispent légèrement sous les miens et je retiens mon souffle. Ne pars pas. S’il te plait. Alors je reparle, tente de le distraire, au moins un peu, de ce que je viens de dire. Je parle du chien, de tout de n’importe quoi, balance une idée de jeux, dans l’espoir de le pousser à parler. Quand sa voix rauque traverse le silence qui est retombé après que je me sois tue, je suis si soulagée que je soupire.

Il parle de sa sœur, Aimée, le nom me tire un sourire. Il est doux et délicat, tout l’inverse de Joseph et quand il confirme la douceur de sa sœur, mon sourire s’élargit. Je ne bouge pas, craignant de rompre le charme, c’est tout juste si j’ose respirer. Il s’arrête pourtant rapidement, le visage déformé par une petite grimace. Il hausse les épaules et je me redresse en comprenant qu’il n’en dira pas plus. Moitié flattée, moitié déçue, j’ai appris quelque chose, mais c’est si peu. « Hum… J’comprends ouais… J’aurais bien aimé avoir une sœur ou un frère, être fille unique, c’est plus relou qu’autre chose. » A mon tour de hausser les épaules, je cherche à détendre l’atmosphère en lui souriant, mais je sens la tension remonter, je sens le mur, qu’il s’efforce de dresser entre nous à chacune de nos rencontres, se remettre en place, lentement et surement. Et étonnamment, au lieu d’être repoussé par l’idée de le voir une fois de plus fuir à l’abri de sa barricade préférée, j’en suis soulagée. Je ne suis pas amoureuse de toi, Townsend. Je ne veux pas, ne peux pas, tomber amoureuse de toi. Alors, reste bien tranché derrière les murs de ton château, laisse-moi dehors, là où je ne risque rien. J’avale ma salive, fixe mes yeux sur ses traits, l’observe se retrancher dans son silence, inconsciemment, je recule de quelques centimètres, lui laisse un peu d’espace. J’aperçois du coin de l’œil qu’Orka recule, les oreilles et la queue basse. Je ne comprends pas son comportement, elle qui quelques secondes plus tôt se roulait au sol sous les doigts de Joseph. L’air semble se raréfier autour de nous et la température descendre de deux ou trois degrés. Un frisson parcourt mon dos et je suis des yeux le corps de Joseph qui se lève. L’Ours auquel je pensais tout à l’heure, vient de laisser place à un Lion. Le mouvement fluide de son corps se levant, fait s’embraser les braises qui nichait au creux de mon ventre.

Sa main attrape la mienne et sans vraiment comprendre ce qu’il se passe, l’esprit déjà ailleurs, je le suis. Il m’attire dans les bois, loin des chiens, loin de Greta. Un petit gémissement s’échappe de mes lèvres quand il me plaque le dos contre un arbre. Les sens en émoi, je sens la rugosité de l’écorce contre mon dos, la fraicheur de l’ombre du feuillu autour de nous, l’odeur doucereuse des feuilles en décomposition. Je soupire lourdement quand son corps s’appuie contre le mien, quand il m’écrase de sa masse contre le mur de bois. La vibration du désir se fait étouffante quand ses lèvres s’écrasent avec force sur les miennes. Oubliée, la douceur des instants précédents. Oubliée, la tendresse de nos mains reposant l’une sur l’autre, celle de son baiser devant le Little Darlings. Oubliée, la délicatesse de ses doigts retirant les brins d’herbe de mes cheveux. Les souvenirs de la première nuit me reviennent et s’écrasent par vagues contre mon esprit déboussolé. Je sais que je devrais être gênée, que la situation devrait au moins me mettre mal à l’aise, si ce n’est m’énerver. Une fois de plus, il échappe à la discussion en se servant de mon corps comme d’un exutoire, mais mon désir est si fort qu’il efface tout. Je tremble entre ses mains, me liquéfie sous la chaleur brulante de son corps contre le mien et quand ses dents s’enfoncent dans ma lèvre inférieure, je laisse échapper un nouveau gémissement. Il se recule et plante son regard bleu dans le mien. Bleu céruléen contre bleu translucide. Nos pupilles s’affrontent tandis que j’halète contre sa bouche. Quand il commence à parler, mon cerveau met quelques secondes à réagir. Je vois ses lèvres bouger, articuler des mots sans en comprendre directement le sens. Et soudain, ces paroles m’arrivent. Elle m’agresse, se fracasse contre mon esprit avec la force d’un train lancé à pleine vitesse.

Je tente de reculer, de me donner de l’espace, mais je suis coincé contre l’arbre. La panique commence à m’envahir tandis que ses mots réveillent toutes mes anciennes frayeurs. Steven et la façon dont il a pris des morceaux de moi, petit à petit, sans que je ne me rende compte, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de moi. La peur des coups, celle des insultes, celle de rentrer chez moi pour trouver un homme qui n’aura pas de scrupules à démolir mon esprit et mon corps. Celle de n’être jamais assez bien. Mon souffle se coupe dans ma poitrine. Mon cœur bat si fort que j’ai l’impression qu’il est dans ma gorge sur le point de tomber au pied de Joseph, qui se fera un plaisir de le piétiner, je n’ai pas le temps de répondre qu’il enchaîne. Ses paroles suivantes font, bizarrement, reculer la frayeur et je me détends un peu dans son étreinte. Il est honnête, du moins il essaie, chose que Steven n’a jamais été capable de faire. J’écoute, les sourcils froncés, les mains à plat contre le tronc de l’arbre. Donne-moi ta force, donne-moi celle de ne pas tomber. Donne-moi la force de ne pas tomber, pour lui. Le cœur au bord des lèvres, j’inspire par le nez pour me calmer. Pour détendre mes muscles crispés au point d’en avoir mal. Pour détendre mon cœur, écrasé par la force de ce que je crois entendre dans ses mots. Toi et moi, on peut essayer, mais j'promets rien. Mon cœur a un raté. Mes yeux s’écarquillent et je ne réfléchis plus quand il se penche à nouveau, que ses lèvres se posent à nouveau sur les miennes. Une fois de plus, il a raison du peu de jugeote que j’ai. Il a dit ce que je voulais entendre au milieu de tout ce que je ne voulais pas savoir. Il a brisé les murs qui m’enfermait. Je me laisse fondre une nouvelle fois sous ses lèvres, laisse sa main remonter trop haut sous ma robe, laisse ses doigts effleurer la dentelle de ma culotte, laisse son odeur, sa chaleur, sa présence, engloutir les incertitudes. Je le laisse effacer demain et hier, je le laisse engloutir peut-être et et si. Mes mains glissent le long de son dos, s’enfouissent sous son t-shirt, s’agrippent trop fort à ses hanches, mes ongles s’y plantent et je réponds à son baiser pour ne pas dire ce qui me brule. Mais soudain, mes sens me reviennent. Ma magie s’agite comme elle ne l’a pas fait depuis longtemps. Non, pas ma magie. Le flux d’énergie qui parcourt le monde s’agite. Et je remarque les plaies, là où ses mains sont restées posé trop longtemps.

Mon corps se crispe dans les bras de Joseph quand je prends conscience que ce qui fait remuer l’énergie, c’est lui. Il dégage une puissance effrayante, quelque chose de sombre, de froid et de nauséabond. Je sens cette énergie, si semblable à celle de Niklas et elle éteint définitivement le brasier dans mon ventre. Il n’est pas lui-même. Je continue à l’embrasser et caresse délicatement son dos du bout des doigts en réfléchissant. Je ne veux pas attirer son attention sur ma découverte. J’effleure sa peau et soupire sous ses lèvres, tout en rassemblant ma magie. Je me dresse sur la pointe des pieds pour retirer mes petites baskets et enfouir mes pieds dans la terre meuble de la forêt. Depuis plusieurs mois, ma magie ne m’obéit qu’à moitié, comme si quelque chose perturbait le flux et ici, c’est encore pire. Je calme ma respiration, tout en continuant à répondre au baiser de Joseph, laisse l’énergie arrivée jusqu’à moi et applique mes deux mains bien à plat dans son dos tandis que je dessine l’illusion dans ma tête. Je ne change rien au décor qui nous entoure, mais je force Joseph à s’y concentrer. Je force son désir à retomber, sa colère à se calmer. Je force ce qu’il y a en lui à se calmer, transformant la mer de ses émotions en quelques choses de calme. Une fois que c’est fait, j’attrape son visage à pleine main et le repousse doucement.

Je plante mes yeux dans les siens, ils sont un peu brumeux et vagues, comme chez tous ceux qui sont coincés dans une illusion et je chuchote contre son oreille quelques mots dont il ne se souviendra pas. « Moi aussi, j’ai envie d’essayer. » Je recule mon visage et relâche doucement la puissance de l’illusion, je le laisse reprendre possession de son esprit. Il ne se sera rendu compte de rien, mais l’effort m’a vidé de mon énergie. Je m’appuie contre l’arbre et plante mes yeux dans les siens. « Tu sais pas c’que j’veux Townsend, encore moins ce que j’suis capable de supporter. » Les mots sortent difficilement, parce que je n’ai pas envie de les dire, parce que je n’ai pas envie de faire passer ce que je ressens pour du rien, du pas grand-chose. Mais ai-je le choix ? Si je te disais la vérité, si je te disais que tu m’obsèdes et que si je ne réfléchissais pas, tu pourrais me modeler à ta guise, faire de moi ta parfaite petite amie ? Si je te disais ça, tu t’enfuirais en courant. Alors, je te mens comme je me mens parce que c’est plus facile comme ça. C’est moins risqué pour nous deux. « Ce sera pas toujours comme ça, parce que j'te laisserai pas faire. » J’esquisse un sourire taquin. « Parce que j’te laisserai pas continuellement m’repousser et ça t’énervera et on s’prendra la tête. Mais, j’t’en demanderai jamais plus qu’tu peux m’en donner. » Je me mords la lèvre, c’est un peu plus proche de la réalité que ce que je souhaitais lui dire. « Puis tu sais, si ça devient trop quoique ce soit pour moi, bah, j’me tirerais. Moi aussi, j’sais me barrer quand ça m’plait pas. » Je laisse mes doigts glisser sur son torse. « J’dirais rien, si tu dis rien… Et on continue comme on peut, jusqu’à c’qu’on en puisse plus. C’est toujours comme ça qu’ça marche avec moi. » Je soupire, glisse un doigt dans son col. « Puis, j’ai rien demandé à c’que j’sache. » Deuxième doigt. « Qu’est-ce… » Troisième. « Qui te dit… » Je tire doucement vers l’avant. « Que j’ai envie de quoi que ce soit Townsend ? » Je l’embrasse a pleine bouche. Oublie pendant une seconde ou deux, que je ne suis qu’une énorme menteuse. Je me noie dans ses lèvres pour ne pas me noyer dans ma propre stupidité. Je me recule, pose mon regard dans le sien. « Mais pour le moment, j’ai pas envie qu’tu m’baises contre un arbre chez ma grand-mère pis t’as un chien qui t’attends qu’ça t’plaise ou non. » Je lui souris doucement, laisse ma main glisser le long de son bras et attrape son poignet. Une fois de plus j’esquive sa main. Je le tire derrière moi, oubliant mes chaussures près de l’arbre. « Allez viens. Je ne fuirais pas. » Je me mords la lèvre et lui tourne le dos, toujours agrippé à son bras. Bien joué, Maisy, bien joué. Tu ne voulais rien dire et tu viens de lâcher le plus important. Clap, clap.

Quand nous arrivons devant chez Greta, la lumière a décliné un peu et je suis étonnée par le temps que nous avons passé dans la forêt, j’ai dû mettre plus de temps que prévu à prendre ma magie en main. L’idée me terrifie autant qu’elle m’énerve. Greta nous attend à l’intérieur et quand elle pose les yeux sur la marque noirâtre qui orne mon épaule, je lui fais signe de ne rien dire. Je rabats mes cheveux vers l’avant et la camoufle sous l’épaisse masse noire, avant d’attraper Orka à bras-le-corps. « Aller viens, Potichien ! On a des trucs à t’acheter ! » Je lève la tête vers Joseph, plante mes yeux dans les siens et lui souris. C’est un peu forcé, mais au final, je suis contente d’être là avec lui et qu’il ne se soit pas enfui. Même si sa nature m’inquiète et que je vais avoir besoin de faire des recherches dessus que j’aurais également besoin de lui poser des questions sur ce qu’il ressent pour mieux comprendre ce qui lui arrive, ça peut attendre. Après tout, on vient d’adopter un chien. Je regarde la boule de poil et la tends à Joseph. « Tu peux m’attendre dehors deux secondes ? » Je serre son avant-bras entre mes doigts et me tourne vers Greta, dès qu’il est sorti. « Ne dit rien, c’est un bon gars, d’accord ? » J’essaie de m’en persuader aussi fort que j’essaie de la persuader elle. Je la supplie des yeux, les mains serrées contre ma robe toute froissée. « Ça va aller pour moi, d’accord ? » Elle hoche la tête et je sens bien son inquiétude quand je la serre dans mes bras et qu’elle répond à mon étreinte. « Ça va aller, j’te le promets, Greta. » Je sors les billets de mon portefeuille et les pose sur la table, il y a bien plus que le prix de la chienne, mais je m’en fiche et elle sait très bien qu’elle n’arrivera pas à me faire reprendre l’argent. « Prend soin de toi Maisy. » Sa voix est fragile, fatiguée. « Greta, il ne me fera pas de mal. » Ses yeux se braquent sur la marque sur mon épaule. Je grimace et soupire. « Pas en le voulant en tout cas. D’accord ? » Elle hoche la tête et m’autorise enfin à sortir après une dernière étreinte. Je rejoins Joseph à grande enjambée, heureuse d’avoir rassuré Greta et de sentir la terre sous mes pieds. « En route, Townsend, on a du matos à acheter pour ton Potichien ! » J'avance avec lui à mes côtés, le chien dans ses bras, les pieds nus dans la terre, j'y puise une force que je ne me connais pas. J'inspire fort et retiens les tremblements qui agitent mes membres. Je pourrais m'écrouler de fatigue quand les affaires du chien seront achetées, pour le moment, je dois continuer, pour le chien, pour moi, pour Joseph. Pour ce qu'il a dit dans la forêt et pour ce que j'ai répondu, même s'il ne s'en souvient pas. Enfin, normalement. Vu comment ma magie fait n'importe quoi, rien n'est sûr. Mais, j'espère qu'il n'en a gardé aucun souvenir. Souviens t'en... S'il te plait... « Eh, va pas t'imaginer que j'ai oublié qu'on avait un jeu en cours.» Je lui met une petite tape sur le bras.« C'est ton tour d'poser une question ! » C'est ça, essaie de changer de sujet, de rendre la situation moins bizarre.

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MessageSujet: Re: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Dim 28 Mai - 20:54

Le brasier consume mes songes, pétille douloureusement dans mon ventre. Il se presse avec envie contre le sien, d'un plaisir qui se fait souffrance. Je ne sens pas la tension qui anime son corps et le malaise qui s'installe, ni la douceur de ses caresses dans mon dos. Il n'y a que la douleur du feu qui crépite, le ventre qui se tord sous l'envie, les nerfs traumatisés d'une torture perpétuelle. Au fond, je ne sais plus si je sais qui elle est – une femme, des lèvres, la dentelle d'une lingerie. Voilà, ce qu'elle est. La douceur d'une étreinte et le caprice d'un baiser. Le caprice brûlant, sur lequel court pourtant une caresse froide et ferme – une poigne qui s'enfonce entre mes entrailles et asperge de glace le foyer. Pourquoi, pourquoi faudrait-il s'arrêter ? Les lèvres s'appuient sur les siennes avec force, tentent vainement de nous convaincre qu'il faut poursuivre. La pression enfle dans ma poitrine à l'idée d'achever une discussion si bien avortée et se mue en un hurlement bestial qui me déchire les chairs. La bête gueule son désarroi et toute sa peine, forcée de se terrer dans l'obscurité, poussée dans l'ombre par une énergie intangible. Et lorsqu'elle s'y enfonce, elle entraîne tout avec elle ; l'aigreur, le désir, la colère, l'agacement, la peur. Ne reste que moi, fatigué de trop d'intrusions invisibles, incompréhensibles. Fatigué de me demander ce qui m'arrive, las de contempler une lente et douce déchéance. Épuisé de ne plus savoir la place que je dois me réserver, de ne pas savoir si je me retrouverai un jour. Les lèvres pressées avec douceur sur celles de Maisy, prêtes à terminer un baiser que je me souviens à peine avoir entamé, elle écarte lentement mon visage du sien. Ses doigts sur ma peau sont délicats et son regard est d'une inlassable indulgence, d'une patience qui me crève le cœur. Je la contemple sans mot, porte davantage d'attention à l'énergie qui suinte de tous les pores de ma peau qu'à ce qu'elle me chuchote.

Le sentiment qui me parcourt est indescriptible – il s'attarde quelques secondes, roule sous ma peau comme une vague de glace et me laisse pantois. Comme si la bête prenait un peu de répit, un vrai répit, une absence entière. Comme après une injection de morphine, comme au réveil d'une anesthésie. Pourtant, la sensation qui grimpe dans ma gorge est tout sauf indescriptible ; elle est très claire et me rend malade. Un manque inexplicable, une gêne éprouvante – Où es-tu ? Le vide ne me plaît plus, et l'absence dans mon corps me rend fébrile. Je ne peux pas être seul, pas après tout ce temps, pas après la cohabitation forcée. Je ne veux pas être seul.
Les mirettes coulent vers le sol, le visage décline avec lentement et je perds les prunelles translucides de Maisy. Semblable à une fièvre brutale et éphémère, les symptômes s'évanouissent déjà et la normalité revient. Aussi douloureuse, aussi brusque. Les mots qu'Elle prononce m'accompagnent et je redresse le visage, l'observe sans mot. Non, je sais très bien ce que tu veux, je sais très bien à quoi tu t'attends. Les idées polluées par le visage de son ex, je pince les lèvres – c'est ça, que tu peux supporter ? Les coups d'un merdeux? Amer et fatigué, je fais la moue, me retiens de lui couper la parole à chaque seconde qui passe. Steven n'était rien, rien du tout. Les prunelles se vident à mesure que je la fixe, me perds dans son regard ; le monstre est déjà de retour, ses chuchotements accompagnent les mots de Maisy et expriment en mon for intérieur ce que je n'ose pas penser trop haut.
L'amertume se dessine sur mes lèvres et je souris lentement. Là où je ne me hasarde pas à formuler mes propres songes, Maisy dit tout à voix haute – les mots sont d'une pénible matérialité et je détourne les yeux. Je ne te repousse pas, me dis-je spontanément. Parce qu'il faudrait te laisser avancer un peu, avant de te repousser ; tandis que je me promets de ne plus lui accorder suffisamment d'espace sur lequel empiéter, la lèvre se mord lentement, à l'image de la sienne.

Ses paroles sont un exutoire et une putain de fournaise, de laquelle je refuse de m'approcher. Ils sont douloureux et rassurants à la fois, tordus dans mon esprit étriqué. Et comme la récompense d'avoir survécu à une discussion beaucoup trop intense, je me jette sur ses lèvres offertes et rends un baiser salvateur. Oh, nous avons tous les deux envie de quelque chose – le fatalisme me pousse à le penser, en tout cas. Comme si c'était la pire chose qui pouvait nous arriver, et qu'être mués par une envie commune était honteuse. Au fond, elle l'est, cette envie. Elle me dévore et me consume, détourne la moindre de mes pensées et éveille des sentiments que je ne connais que trop mal.
Ses doigts s'approprient mon poignet et je la suis sans mot, toujours un peu vaporeux. Je ne fuirai pas. Les lèvres se pincent et les yeux se détournent d'une fatalité que je ne veux pas embrasser, cherchent à ne surtout pas la faire se retourner. Elle ne doit pas en avoir plus envie que moi et ne m'offre que son dos. La boule d'angoisse s'immisce à nouveau, glaçante et effrayante. Elle traîne avec elle les échos de vieilles inquiétudes, les souvenirs acides d'un passé que je ne m'approprie plus. Des épreuves dont je cherche à ne plus me souvenir, qui sont pourtant inscrites dans mon être tout entier, des erreurs que je recommence encore et encore. C'est bien tout ce qui m'inquiète, Maisy. Les visages se succèdent dans la brume et j'avance sans mot. Je sais, je sais. Et si tu ne fuis pas, c'est moi qui le ferai.

La forêt se couvre d'obscurité et l'herbe s'assombrit sous leurs pas. La petite baraque de la vieille femme s'éclaire d'une lumière jaune et rassurante à mesure que les deux silhouettes s'extirpent de la protection des arbres. Il assiste à tout sans vraiment y participer, dans un état second – il ne sait pas pourquoi, mais il n'est pas vraiment là. Sur ses yeux danse un voile brumeux, comme le ciel d'hiver après la tempête. Il faudra quelques temps aux nuages pour se vider de l'humidité qui les alourdit. Et beaucoup plus pour que son esprit oublie toutes les discussions de la journée. Au fond, il ne se souvient pas vraiment des mots qu'elle a murmurés au creux de son oreille, à son esprit ensuqué. Ou peut-être n'a-t-il pas envie d'y prêter attention, trop affaibli par ceux qu'il a lui-même prononcés. Elle n'a pas caressé ses doigts des siens et il lui en est reconnaissant. Il ne veut pas sentir son cœur pulser au creux de sa main ni la chair tendre de sa paume contre la sienne, rugueuse et un peu sauvage. C'est le chien qui en profite, pendant qu'il récupère l'animal comme un objet encombrant. Le temps de reprendre ses esprits, de s'arracher avec force à cette sensation collante et glacée qui ne le quitte plus. L'air frais et un peu humide de la forêt se colle dans son cou, baiser furtif et désagréable. Les bras s'élèvent et portent la petite bête à hauteur de son visage. Il aurait voulu être un animal, une sale bête sans impuretés de l'esprit pour souiller son cerveau fatigué. Il aurait vécu dix ou quinze ans, à ne penser qu'à manger et dormir. Et ç'aurait été parfait.

La fuite en avant, ma spécialité. En avant, en arrière, peu m'importe, finalement. Les mirettes lorgnent tout autour de moi à mesure que je reprends mes esprits. Et se reposent sur les gros yeux d'Orka, pas franchement jolis à regarder, quoique attendrissants. Ma pauvre, comment vas-tu souffrir, toi ? L'inquiétude d'oublier peu à peu son existence est douloureuse. Les couinements accusateurs et plaintes canines s'élèvent tranquillement, dans un brouhaha contenu, tout autour de nous. Les autres chiens sont déçus ne pas être élus au grand départ. Je ne leur lance aucun regard, pas certain de savoir assumer tant de pupilles avides sur mon humble personne, et fais quelques pas, m'éloigne de la maison. Je ne sais plus si j'ai salué la vieille femme, s'il fallait lui régler quoique ce soit, si je l'ai remerciée poliment, sans savoir pourquoi.
La petite langue vive et un peu gluante cherche à se poser sur mon visage et je lance un coup d’œil en arrière. Maisy n'est pas là. M'approchant fugacement du chien, je la laisse me gratifier de baisers humides et souris. Sale bête. Quelques dizaines de secondes s'écoulent encore avant que sa silhouette ne nous rejoigne et brise le silence. Allez, fais exprès, Joseph. Fais comme s'il n'y avait rien eu, pour la vingtième fois de la journée, et promets-toi qu'il n'y aura jamais plus rien de tel. « Du matos ? Mais non, elle a besoin de rien. J'aurais qu'à lui acheter des assiettes en carton pour lui donner à bouffer. » C'est sorti naturellement, sincèrement. « Un collier, à la rigueur... » Et encore, me dis-je. C'est devenu assez compliqué pour moi de trouver tout ce dont j'ai besoin au quotidien, la nourriture se fait particulièrement rare, et je ne sais pas si j'ai envie de dépenser temps et argent dans des achats qui me semblent aussi futiles. Mais j'acquiesce. « Un truc en cuir noir, pour qu'on sache directement à qui on a affaire ! Une petite dure ! » ajouté-je comme si ça n'était pas une évidence en soulevant à nouveau l'animal dans les airs, et frotte vigoureusement le haut de son crâne de ma main libre.

Plutôt soulagé que Maisy fasse mention au fameux jeu, étrangement avorté plus tôt, je lui lance un coup d’œil amusé. Au moins, elle n'a plus parlé de ma sœur. Je pose la bête au sol, pas vraiment conscient ni de son âge ni de ses capacités, et la laisse déambuler autour de nous. Une cigarette rejoint mes lèvres avec précipitation – putain, en voilà une qui a su se faire désirer. Je réfléchis à voix haute, laisse un silence s'installer, uniquement troublé par ma réflexion. Je ne sens pas les faiblesses qui parcourent son corps, pourtant à mes côtés – focalisé sur mes propres pensées, peu désireux d'être à l'écoute de quelqu'un d'autre. Justement : je n'ai pas grand-chose à lui demander. Ce serait accepter, lui permettre de faire quelques pas dans mon for intérieur et moi dans le sien. Je me racle la gorge et fume en silence, hésitant. Elle n'a pas de tatouages, mais elle a bien autre chose qui orne sa peau. Penchant le visage vers elle, je l'observe un instant, me souviens de cette putain de nuit qui me hante. Pire qu'un fantôme du passé, qu'un instant présent à dévorer, un désir inavoué ou un souvenir à chérir. « Ok, j'en ai une. J'veux bien savoir, pour tes cicatrices. » Je me rapproche sensiblement d'elle en un mouvement ample et passe un bras autour de ses épaules, abandonne la cigarette entre mes lèvres et glisse une autre main près de sa poitrine et le long de sa clavicule, sans pudeur. « T'as pas à être gênée, elles ont leur charme. Et puis, faut bien que les souvenirs s'inscrivent quelque part, histoire qu'on oublie jamais l'pire. » C'est un peu amer mais je souris. Je trouvais ça vraiment joli, ces petites marques sur sa peau – pas d'une beauté flagrante, pas d'une douceur indiscutable, mais les échos de la douleur ont toujours quelque chose d'agréable à regarder, une fois qu'ils ne sont plus qu'une ombre incrustée dans la chair. Ils sont révélateurs, ils signifient quelque chose et parlent beaucoup plus que les mots. Les prunelles courent sur son cou, ses épaules, sa mâchoire et je fais comme si de rien n'était. Comme si je ne me souvenais pas de l'emplacement exact des tâches roses sur sa peau, des marques qui ornent sa poitrine. D'une peau que j'ai envie de couvrir de baiser, de sucré d'un peu de douceur. Relevant le bras, j'abandonne ses épaules et son corps tout entier à quelques centimètres du mien. La chaleur qui en exhalait avait réchauffé, en quelques secondes, un flanc qui se retrouve glacé.

« On va supprimer les jokers, tu sais ? C'est un peu d'la triche. » Je lui tends ma cigarette et souris. C'est de la triche, inutile de jouer si on peut choisir ses questions. Encore une fois, elle avait fait montre de davantage de clémence que moi. Au fond, je n'aurais jamais proposé à dégager les jokers à l'une de ses questions, et je suis sûr que je le regretterai d'ici quelques minutes. Mais puisque je suis soudain si curieux... Je siffle brusquement pour ramener le chien, qui s'égare derrière nous et m'accroupis jusqu'à ce qu'elle arrive, essoufflée et haletante. Tellement heureuse de nous voir que c'en est ridicule. La gratifiant d'une caresse, je me redresse aussitôt et reprends la marche aux côtés de Maisy. Finalement, c'est vrai que ce jeu est idéal pour détendre l'atmosphère.

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MessageSujet: Re: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Lun 12 Juin - 0:15


Quand je m’apprête à passer la porte de la maison de Greta, mon regard tombe sur Joseph, sur sa tête penchée en avant, toute proche de celle de la chienne. Je m’arrête, apprécie le tableau quelques secondes, il semble détendu, relaxé et le sourire qui étire ses lèvres est si tendre qu’il m’arrache le cœur. Me souriras-tu comme ça un jour ? Comme si j’avais de l’importance ? Je secoue la tête, éloignant les idées stupides qui s’y installent, et descends la volée de marches avant de rejoindre l’Anglais et son nouveau compagnon. Mon pas est un peu plus chancelant que ce que j’aurais aimé, et la migraine s’installe tranquillement derrière mon front, signal bien connu me rappelant que puiser aussi profondément dans mes réserves n’est jamais une bonne idée. Je trébuche légèrement sur une motte d’herbe et arrive en sautillant presque à côté de mes compagnons d’infortune. « Nan, mais Townsend, faut au moins qu’tu lui prennes un peu d’bouffe et p’tet même un pieu, à c’te pauv’ bête ! » Prenant sur moi, je plonge mes yeux dans les siens. « Si jamais elle te fait la gueule et qu’elle a pas envie de pioncer dans ton plumard hein ? » Il me fait rire en soulevant la chienne, brandissant l’animal pataud en vantant la force qu’elle aura. « Mais ouais, s’tu veux, on prendra même un truc avec des clous ou des piques tiens ! » Le silence retombe doucement entre nous, tandis que nous avançons sur le chemin de terre, qui m’a l’air bien plus long maintenant que je suis épuisée. Mon esprit divague, s’éparpille et me ramène en arrière constamment.

Je pince avec violence la peau entre mon pouce et mon index, cherchant à me ramener dans une réalité qui n’a d’attrayant que l’idée. La douleur me fait grimacer et je fais claquer ma langue dans un petit bruit de mécontentement avant de secouer la main pour évacuer la douleur. Mes yeux papillonnent, s’éparpillent, refusent de se poser sur quelques choses plus de quelques secondes. Les arbres, les mains de Joseph, leurs feuilles d’un vert insolent, ses chaussures, les grains de poussière à travers un rayon de lumière, son épaule droite, l’herbe mouchetés de soleil, son avant-bras, les racines qui s’entrelacent sur le sol, sa barbe en broussaille, le chemin de terre brune, ses sourcils froncés, mes pieds, nus dans la poussière, son nez, la petite queue d’Orka qui remue à toute allure, sa bouche. Mon esprit refuse, malgré l’épuisement, malgré mes efforts répétés, de sortir de la scène qui s’est déroulée plus tôt. Mon nez est encore plein de l’odeur de la peau de Joseph, mes lèvres encore brûlantes de ses baisers et la tension qui tord mon bas-ventre me rappellent constamment à cet arbre à l’arrière de la maison de Greta. À son regard, rendu fou par la chose qui l’habite, à ses gestes empressés, à ce besoin de s’oublier dans le stupre, mais aussi à ce qu’il a dit. À ces mots qui emprisonnent l’idée qu’il pourrait y avoir "plus". Mais qu’est-ce que ça veut dire "plus" ? Qu’est-ce qu’il pourrait y avoir de plus entre lui et moi ? Je n’aime rien chez lui. Menteuse. Il ne m’intéresse que parce qu’il est brisé, comme moi, comme Steven avant lui, comme Alistair avant eux. Menteuse.

Mes yeux se voilent et je me perds dans le souvenir de sa bouche sur la mienne, de sa main sur ma cuisse, de ces mots. Je repousse les souvenirs, les enferme dans une petite boite que je prendrais peut-être le temps d’ouvrir plus tard. La migraine me bat les tempes, mon corps est au bord de l’effondrement, je n’avais pas eu besoin d’utiliser une telle quantité d’énergie depuis si longtemps que je ne semble plus savoir comment reprendre mes forces. J’avale ma salive, la bouche sèche, ma langue tente d’humidifier mes lèvres, mais n’en retire qu’un gout de poussière sèche. Je me décide à lui rappeler l’existence du jeu que j’ai lancé quelques heures plus tôt, pour ne pas laisser le silence m’emporter. Pour ne pas me sentir obligé de le remplir de mot que je pourrais regretter. Pour garder en moi, ce qui pourrait sortir. Pour pouvoir à nouveau respirer librement.

J’observe Joseph déposer Orka par terre, la bestiole me tire un sourire. Elle semble si heureuse de vivre, de simplement courir dans l’herbe et la poussière, le nez au ras du sol, se gorgeant des milles et une odeur que la forêt a à lui offrir. Sa queue bat l’air tandis qu’elle chasse la piste invisible d’un quelconque écureuil. L’ambiance se détend imperceptiblement, le poids sur mes épaules semble s’alléger légèrement maintenant que je sais que Joseph cherche une question à me poser. Je tourne la tête vers lui, le dos toujours raide, cherchant à obtenir des informations sur son visage. Les volutes de fumée passent devant son visage avant de disparaître dans les feuillages. Je les suis des yeux quelques secondes, laisse mon esprit s’accorder avec le vent calme qui fait bruisser les bois et porte jusqu’à mon nez les odeurs chaleureuses de la terre humide chauffée par le soleil. Je suis tellement partie, que quand il se penche vers moi, j’ai un petit sursaut, je me reprends dans un gloussement un peu niais, que je hais instantanément. Je ne suis pas le genre de fille qui glousse, je suis plus du genre qui balance des horreurs avant de me lancer dans un concours d’alcool avec le mec que j’ai envie de mettre dans mon lit. Avec Joseph, j’ai l’impression d’être une adolescente stupide, de marcher sur des œufs et de tenir une grenade dégoupillée, tout à la fois. Je lève les yeux vers lui, plonge dans le bleu froid de ses yeux et hoche la tête pour l’encourager. Mauvaise idée. J’esquisse une grimace et ramène mes cheveux sur mes épaules par reflexe. Je me mords la lèvre inférieure. Idiote. Bien sûr. Bien sûr qu’il allait demander ça… Je tourne et retourne la question dans mon esprit tandis qu’il s’approche. Un frisson me parcourt quand il pose son bras sur mes épaules.  Je baisse la tête, pose les yeux sur les cicatrices qui barrent mes bras et mes épaules. Sur celle que je ne vois pas, mais que je devine, sur mon ventre, dans mon dos, sur mes jambes, cuisses et mollets Ses doigts effleurent celle qui barrent ma clavicule et celle juste au-dessus de mon sein gauche, sans gêne aucune. Les mots de Joseph resonne avec force en moi. Je n’en ai pas honte, mais je n’en suis pas fière. Pour la plupart des gens, elles sont une preuve de la folie qui m’a habité. Pour moi, elle représente la période de ma vie ou j’avais le plus de contrôle sur qui j’étais. Symbole d’une rébellion qui a été une deuxième famille, des combats que j’ai gagnés, de ceux que j’ai perdu aussi. Symbole de la force avec laquelle j’étais capable de me battre pour mes idées à l’époque. Avant. Avant que Neria ne change de camp, avant que je ne rejoigne le groupe contre lequel je me battais dans l’espoir de la retrouver.

Je le sens qui m’observe, je sais qu’il attend une réponse, mais je ne sais pas si je suis prête à lui offrir quoique ce soit. Je continue à réfléchir et alors que je m’apprête à lui dire que je préfère utiliser mon joker, il me coupe l’herbe sous le pied. « Quoi ! Eh, c’est d’la triche, mon cul, t’aurait carrément pu utiliser le tien pour la première question ! » Pour ignorer le froid qui m’habite maintenant qu’il m’a lâché, je lui mets un coup de poing. Mes doigts s’écrasent sur son biceps, sans lui faire le moindre mal et je fais semblant de bouder quelques secondes. « Sérieusement, tu crains ! » J’inspire profondément, tenté quelques secondes d’inventer un mensonge, mais mes yeux croisent les siens et j’oublie cette idée. « Ahem… Mes cicatrices, j’les ai choppé en me battant et j’en ai pas honte. » J’effleure ma gorge du bout des doigts, effleurant la cicatrice qui barrent mon cou. Enfin pour la plupart. Enfoiré d’Ivanov. « J’sais pas trop si tu sais, mais euh… Avant d’avoir mon poste, j’étais dans la résistance. » Je repousse ma frange sur le côté. « Pas dans le genre soft comme résistance quoi, et bon, j’les ai choppé comme ça. » Je hausse les épaules. « Je me bats... Me battais, principalement avec un couteau, du coup, j’suis plutôt une cible facile pour ce genre de blessure. » Je n’ose pas croiser son regard, de peur d’y voir la même chose que j’ai vue dans ceux de Steven. Une forme de dégout qui m’avait fait rester à la maison pendant des semaines, refusant de me battre quand on me le demandait, m’enfermant dans un rôle de parfaite petite-amie, bien sage, qui restait à la maison. Tandis qu’Orka nous rejoint après un sifflement sonore, je lui raconte quelques histoires rapides sur comment j’ai écopé de certaines de mes cicatrices. Je garde une main près de mon cou, effleurant régulièrement la cicatrice qui s’y trouve, oubliant bien gentiment d’évoquer celle-là. Mais Joseph est loin d’être stupide. Je sens ses yeux s’y poser plusieurs fois et il profite d’un de mes silences pour la pointer du doigt. "Et celle-là ? " Semblent dire ses yeux. La fatigue, l’espèce de confiance étrange qui semble naitre entre nous et ce qu’il a dit un peu plus tout, tout tourne dans ma tête. Je n’ai pas envie d’en parler, ils sont si peu, ceux qui savent. Lazlo, Giu, mon père, Neria. Les yeux de Joseph, qui s’enfonce dans les miens m’y forcent pourtant. Je m’accroupis et accueille le petit corps chaud d’Orka entre mes jambes. Elle pose deux pattes sur ma cuisse et tortille son arrière-train toute à sa joie d’avoir des câlins. « Celle-là… » Je me racle la gorge, honteuse. Honteuse d’avoir été suffisamment faible pour que Niklas Ivanov ait pu me marquer à vie, honteuse de la peur qu’il m’inspire. « Celle-là, c’est à Ivanov que j’la dois. L’enfoiré m’a choppé par surprise. Si une ancienne connaissance n'était pas v’nue à mon secours, il m’aurait tranché la carotide. » Je plonge mon visage dans la fourrure un peu rêche du chiot. « Prochaine fois qu’tu l’vois à la télé. La cicatrice sur sa main. C’moi. » Je relâche la chienne qui reprend son chemin tranquillement.

Dans un soupir, je me redresse et reprends ma marche. La présence de Joseph à mes côtés n’est pas si gênante que ça et bientôt le taxi apparait devant nous. J’ouvre ma porte, laisse le chien grimper sur le siège au milieu et m’installe à ses côtés sur la banquette. Joseph grimpe à son tour, dans un silence qui me met mal à l’aise. Les doigts posés à plat sur le dos de la chienne, j’appuie ma tête sur le rebord du siège, les yeux perdus dans le vague. La fatigue me rattrape et sans m’en rendre compte, je m’endors, bercée par le ronronnement du taxi. J’ouvre les yeux, surprise, quand le chauffeur nous arrête. Mes yeux papillonnent quelques secondes, cherchant à faire le point. « Oh merde, j’me suis endormie. Désolée ! » Je me mords la lèvre, les joues rougies par la gêne et ma sieste. « C’était pas au programme ! » Je ris doucement, la voix un peu rauque de sommeil. « N’empêche, j’ai trouvé ma question, en dormant. » Je lui jette un regard sous ma frange tandis qu’il descend du taxi. À nouveau, je m’assois, les jambes dehors et frotte mes pieds pour en retirer la poussière afin d’enfiler mes escarpins, regrettant au passage d’avoir oublié mes sneakers chez Greta. Je sors de la voiture et trébuche, encore un peu chancelante de ma sieste. Je me rattrape à la première chose que je croise et qui se trouve être Joseph. Sa main enlace ma taille et je m’agrippe à ses épaules. Je pose un baiser rapide sur le coin de ses lèvres. « Merci, de m’empêcher encore une fois de m’étaler sur le bitume, c’est fort aimable, mon brave. » Je recule et lui offre une révérence idiote, avant de me redresser. « La boutique est par là ! » J’avance, d’un pas plus lent et moins assuré que dans les bois, juché sur mes échasses. « Alors, voilà ma question, qu’en est pas vraiment une au final. Parle-moi de l’Angleterre ! Comment c’est là-bas ? Mon père est irlandais, mais j’ai jamais eu l’occaz’ d’aller mettre un pied sur la terre de mes ancêtres. » Après les questions intimes, j’espère qu’en tapant dans les informations moins personnelles, il ne se braquera pas à nouveau et surtout, qu’il ne posera pas de question trop intime à son tour.






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MessageSujet: Re: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Dim 18 Juin - 23:36

Un haussement de sourcils, un rire bref qui suit le sien, et la callosité des doigts qui passe instinctivement sur mon bras, là où un minuscule poing s'est abattu. Minuscule, tendre, presque affectueux – une caresse, en quelque sorte. Les lèvres s'étirent d'un sourire pâle et je regarde droit devant nous. Ose un coup d’œil vers les deux perles bleues, insistant. Maintenant, je veux savoir. Son hésitation me fait mourir d'envie de savoir, pour le principe – pour avoir une réponse à ma question, une approbation de sa part à mes interrogations. Pour qu'elle réponde à mes attentes, tout simplement. Mais la réponse m'arrache une moue, puis une grimace et je ricane. En te quoi? Le ricanement s'évanouit, la grimace demeure, s'incruste sur les traits déjà déformés de mon visage. Je hoche presque imperceptiblement la tête ; non, je ne sais plus, je ne sais pas si j'ai déjà su. Les souvenirs se font poussière au fond de mon crâne, m'abandonnent à quelques sensations, quelques réminiscences fragiles, finalement délétères. Je ne sais plus. Les lèvres se scellent, d'avoir envie de lui chanter mon jugement et tout mon avis sur la question. Mais tu n'en as pas envie, hein ? T'as hésité, tellement hésité – tu sais bien ce que j'en pense. Alors je détourne les yeux, les recolle sur le chemin qui nous accueille au fur et à mesure, sur le chiot. C'est idiot, une femme n'a rien à faire là-bas, une femme n'a pas à subir les affres d'un combat qui n'est pas le sien, une guerre qu'elle n'a pas à mener. Si ma sœur avait été dans cette situation... Je pince les lèvres, déglutis lentement. Maisy a tout aussi peu sa place qu'Aimée l'aurait eu sur le terrain. Preuve en est, son corps parsemé de cicatrices. Dieu sait que je me bats, force est de constater que je ne suis pas une cible aussi aisée à atteindre. Je hausse les épaules.

« Bah. C'est d'l'histoire ancienne, tout ça. » Le marmonnement précède quelques anecdotes – je souris. Les histoires s'enchaînent et l'image de Maisy se transforme au fond de mes pensées, se modèle à cette femme qu'elle me décrit. « Sérieusement, ils t'envoyaient sur le terrain ? T'as jamais glissé ? J'aimerais que t'admettes que tu t'es fait une de ces cicatrices toute seule, en ripant sur une lame – sois honnête, s'il te plaît. » L'atmosphère se détend, et ses doigts passent et repassent sur son cou. Sur l'autre souvenir qui orne sa peau, celui qu'elle oublie ostensiblement de mentionner. La curiosité enfle comme un bubon, éclate lorsque les yeux glissent jusqu'aux siens, se font intrus. Mon indiscrétion est autoritaire et je m'immobilise en même temps qu'elle. Et Maisy s'explique, écrit sur la cicatrice une nouvelle anecdote. Ivanov ? Je fais la moue – ce putain de nom me dit quelque chose. Spontanément, je le maudis, avant même que son visage ne me revienne en mémoire. Mais oui, la télé ! L'enfoiré, me dis-je, amer. Comme la curiosité il y a quelques secondes à peine, c'est une brusque animosité qui gronde dans ma poitrine – l'enfoiré... Les raisons m'importent peu – il devait avoir les siennes, je parie même qu'elles devaient être bonnes, pour un peu qu'on soit ouvert d'esprit. L'action, finalement, m'importe aussi peu. Non, la colère n'est mue que par les sentiments, les passions qui m'animent et brûlent dans mon ventre. Du feu qui crépite à chaque fois que je croise ses deux perles, son visage, que j'entends son rire et que j'ai envie de toucher sa peau. La raison s'enfuit à tire-d'aile, seule la passion demeure, et c'est sûrement la plus mauvaise nouvelle que j'ai eue depuis longtemps.

J'acquiesce mollement et reprends la marche avant qu'elle se redresse, affolé par ma propre constatation. C'est une putain de sacrée mauvaise nouvelle, une saleté que j'essayais de retenir sous un tapis miteux, un placard que je m'évertuais à garder clos. C'est une passade, tout ça – les balades, le chien, les rires, le brasier. Je poursuis un hochement de tête, destiné à ma propre personne, avec davantage de conviction. La passade s'évanouira bientôt. La balade s'achève et j'accueille l'arrivée du taxi avec satisfaction. Mes envies me fatiguent, m'épuisent même – je voudrais tout et rien à la fois. Je ne sais pas quels sont mes désirs sincères, quels sont ceux portés par le monstre, quels sont ceux qui naissent par esprit de contradiction, s'imposent à moi comme un défi à relever, oublié une fois remporté. Je ne sais plus.
Trop occupé à batailler avec mes songes, je me glisse machinalement dans l'habitacle et oublie de parler, nous enfonce dans un silence embarrassant que Maisy ne brise pas davantage. Le visage penché, je l'observe un instant. Les paupières se referment sur ses océans, m'empêchent de vouloir m'y noyer encore un peu plus. Sa respiration devient régulière – elle somnole, s'endort. Et je la fixe sans plus la voir. Cette journée, cette nuit, c'est terrible. Ce qui m'arrive, c'est effrayant. Remerciant silencieusement son corps épuisé de m'offrir quelques minutes de repos, je pense. Ne fais que penser, ne sais pas quoi penser de plus et me répète inlassablement les mêmes choses. C'est une passade, un rien du tout. Ce soir j'irai voir quelqu'un d'autre, ou demain soir, ou dans deux jours. J'irai me perdre entre deux autres cuisses, j'irai m'enfouir dans une autre chevelure. Pas la sienne. Je devrais carrément me tirer de ce putain de taxi, attraper ce clébard qui est un cadeau empoisonné et me barrer. Les doigts caressent la poignée de la portière – on est en marche, putain, on va quand même pas se jeter d'une voiture en marche, hein ?

Oh merde, j'me suis endormie. Désolée! Les yeux rendus humides par la sieste et les joues roses attendent son rire, qui m'arrache un profond soupir. Non, je ne veux pas partir. C'est idiot. Je ne sais plus. Elle dit avoir trouvé sa question, et je soupire de plus belle, incapable de les retenir dans les poumons gonflés, dans la gorge sèche. Je quitte le taxi sans un regard vers le chauffeur, tiers complètement oublié de notre escapade, et fais le tour du véhicule. Bien sûr, elle glisse en se redressant et je roule des yeux. « Ah, Maisy... Tes tentatives de tâter de mon corps sont grosses comme des baraques, tu sais » Les doigts glissent le long de sa taille, retiennent son corps contre le mien. J'aimerais dire que son baiser efface quelques doutes persistants, que j'en oublie les inquiétudes qui me bouffent. J'aimerais que le poids de son corps contre le mien n'éveille en moi que l'envie puérile de l'embrasser davantage, de rire naïvement en pensant à ce qui nous attend. Mais non, jamais – il me faut penser à tout ce qui est désagréable, tout ce qui me semble effroyable, insurmontable, tout ce que je ne connais pas et que je ne suis pas certain de vouloir connaître. Tout ce qui tourmente, perpétuellement, comme s'il fallait remuer le couteau et jeter un peu de sel sur la plaie béante.
Elle ne me laisse pas le temps de répondre à un baiser fugace, se penche en une drôle de révérence. « J'pourrais pas éternellement te rattraper, simplifie-moi la tâche, tu veux bien ? » Je souris. D'un sourire certainement crispé, un peu agacé. Un peu étrange. On reprend notre marche, j'attrape l'animal et le coince contre mon bras. De ma main libre, je caresse le haut de son crâne sans y penser, réflexe déjà adopté.

« Quoi ?! » L'exclamation lui répond brusquement et je me tourne vers elle, dramatique. Serre le chien contre ma poitrine, offusqué. « T'es... irlandaise ? Et tu m'avais caché ça ? Non, putain, c'est la pire trahison qu'on a jamais pu me faire. Ah, ça va pas être possible, ma mère serait malheureuse de savoir... » La plaisanterie s'évapore en une seconde, je fige pourtant un sourire sur mes lèvres. Ma mère, que serait-elle, au juste ? Une mère qui n'a plus de figure, qui n'est plus qu'un souvenir, qui n'a plus de sens. Je n'ai pas particulièrement envie de parler de l'Angleterre, mais j'acquiesce vaguement. « Oh, tu sais... » Me penchant, je repose le chien à terre et suis la silhouette de Maisy instinctivement. « C'était bien. C'est bien, là-bas. Mais quand on est partis, j'devais avoir dix ans, j'imagine que j'idéalise les souvenirs que j'en ai. Forcément, j'me rappelle que de trucs idiots, comme la bouffe. Y a plein d'odeurs qui me rappellent l'Angleterre. Là-bas, l'herbe est plus verte que tout ce que j'ai pu voir ici, et tellement haute que tu pouvais presque t'y cacher. On l'faisait, d'ailleurs. » Je souris, d'un sourire sans joie. Bien sûr, qu'on le faisait. Quand c'était trop insupportable pour rester entre quatre murs, à écouter les cris rebondir d'un côté à l'autre de la pièce. « Au final, on s'baladait pas tant que ça, on voyait pas souvent nos grands-parents, j'sais pas trop quoi dire... » Je fais la moue, gêné. Des souvenirs du pays natal, des trucs de gosse, je sais pas trop comment les exprimer. Je sais même pas vraiment si j'en ai à raconter. « J'sais pas. J'me souviens de l'odeur de la pluie et de la terre mouillée, du lait hyper épais que ma mère mettait dans le thé, des poches pleines de pièce pour acheter des sorbets au citron et de la gueule que ma sœur faisait à chaque fois, parce que c'était trop acide. » Un sourire étire mes lèvres. « C'était bien, j'en crevais de devoir partir. Enfin, j'crois que c'était pas trop ta question... » Je hausse les épaules. « J'vais te coller une image impérissable en tête pour m'faire pardonner : dis-toi qu'on allait au catéchisme quand on était gosse, mon père voulait qu'on soit pratiquants. On était... hyper impliqués, tu sais. » D'où la vierge sur mon épaule, certainement.

Du vent, comme le reste. Un énième sourire se colle sur mon visage, que j'incline vers elle. « J'espère que ça répond à ta question. » C'était soit ça, soit les souvenirs vraiment merdiques, de ceux que je me refuse à remuer et qui s'agitent quand même, perpétuellement secoués de soubresauts. Jamais vraiment endormis, jamais suffisamment éveillés pour que j'en fasse le deuil, si l'envie m'en prenait. Ils ne seront peut-être jamais enterrés, destinés à errer au fond de mon crâne, fantômes semi-tangibles du passé. J'ai tellement parlé qu'une devanture attire aussitôt mon regard – le magasin pour le clébard, déjà. D'ailleurs, où est-elle ? Je tourne sur moi-même, surpris de l'avoir perdue du regard, et la trouve dans notre dos. Elle rejoint à nouveau la protection de mes bras et je m'autorise d'être gâteux quelques secondes envers la bête. Un baiser gluant de sa part se perd sur ma main.

« Bon... Et toi ? Tu savais t'défendre, t'as l'air de savoir c'que tu veux. Pourquoi tu restais avec Steven ? Qu'est-ce qui faisait que tu l'quittais pas ? » La peur d'être seule, l'habitude. Les mots sont sortis, brusques et impolis. Mais le sujet est délicat, il ravive à nouveau un visage maternel en mon sein. Un visage que je ne visualise plus que souillé d'hématomes. Sa peau n'est pas douce et pâle, elle est abîmée et durcie par les poings. Sa chevelure n'est pas blonde et souple, elle est nouée et timide, refuse de se montrer. Pour quoi ? Pour qu'il puisse les agripper, pour qu'il puisse se servir des mèches de ses propres cheveux comme d'un outil pour la blesser, encore ? Encore, encore, encore. Sa voix n'est pas assurée et aimante, elle est faible et rauque, cassée par les coups, par le temps qui passe et qui l'étiole. Brisée à force de crier, fatiguée de pleurer, jamais satisfaite. Elle n'aura que trop peu lu des contes à ses enfants, je ne me souviens pas de jolis mots s'extirpant de ses jolies lèvres. Elle ne parlait pas de princes et de princesses, elle ne mentionnait pas de grandes richesses camouflées dans un coffre magique, elle ne rêvait jamais avec nous de paysages splendides et imaginaires. Elle ne rêvait jamais. Nos contes n'étaient ponctués que de dragons, de sorciers, de monstres, sans même avoir à les dépeindre. La main libre caresse le cou du chien entre mes bras et je m'arrête une seconde devant le magasin. « Mon père était un Steven, si on peut dire... » Je souris faiblement, hausse les épaules. « J'voulais pas être indélicat, et puis j'suis hyper mauvais en banalités. J'me suis toujours demandé pourquoi ma mère restait avec lui, pourquoi elle a fait d'autres gosses que moi, mais j'imagine qu'y a pas de bonne réponse. Bon, j'vois d'ici un super collier pour bidule, avec les pointes et tout ! » j'ajoute, ne laisse pas le temps d'une réponse, ni même d'un silence gêné. S'ouvrir, c'est ça. C'est raviver le brasier de l'embarras, du malaise, du trouble. Je ne veux pas silences ou d'hésitation confuse, je ne veux pas de caresse sur le bras, d’œillade compréhensible et douce. Une gifle revivifiante serait encore une meilleure invitée.

Je pénètre dans la boutique et approche la bête des quelques articles qui traînent ici et là. Rien à voir avec une véritable boutique, comme toutes les autres, mais on s'y fait vite. « J'peux consentir à un jouet ou deux, mais c'est tout, tu vas pas m'faire acheter tout l'attirail ! » Les étagères métalliques ne sont pas très remplies, le choix est limité, mais il y a suffisamment de quoi exciter la bête. Orka s'agite dans mes bras et je relève alors seulement le visage vers le vendeur, lui adresse un hochement poli de la tête, un vague sourire. J'ai beaucoup trop dépensé, ces derniers mois. L'appartement déborde de cachets, de drogues, de liquides en tout genre, et le frigidaire est vide. Penchant le visage vers Maisy, bien peu impliqué dans le choix à faire, je lui indique en un coup d’œil confiant qu'elle n'a qu'à s'en occuper.

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MessageSujet: Re: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Jeu 22 Juin - 22:01


Oh, oh. Mes yeux esquivent le visage de Joseph, se soustraient à son regard scrutateur. Je le connais ce regard, j’y ai eu droit de la part de tellement de mecs. Tellement de gros lourd, persuadé que quand on fait moins d’un mètre quatre-vingts, qu’on pèse moins de quatre-vingts kilos et qu’on ne possède pas un pénis, on n'a pas le droit de se battre. Il pique un peu, quand il s’attarde dans les yeux de Joseph, ce regard. Il commence par ricaner avant de comprendre que je ne moque pas de lui. Mais après tout, à quoi est-ce que je m’attendais ? Je ne le connais peut-être pas bien, mais suffisamment pour savoir qu’il est de ceux qui considère que la place d’une femme est ailleurs que sur un champ de bataille. Il fait partie de la vieille école, de cette génération de jeune garçon qui ont été élevée par des femmes par encore complètement sortie du carcan dans lequel les avais mis le patriarcat. Je me reprends et plante mes yeux dans les siens. Vas-y, Townsend, vas-y, juge, essaie de rabaisser ce que j’ai fait, essaie un peu. Il fut un temps où je n’étais pas capable de me battre pour ce qui me semblait juste, ou Steven avait si bien écraser ce qui me constituait, que je ne savais même plus me battre pour sauver ma propre vie. Mais c’est fini, rien, rien ne pourra faire de moi une faiblarde. Je renifle dédaigneusement quand il parle d’histoire ancienne. Consciente qu’il a raison, que la résistance est dans mon passé, que mon présent se trouve entre les mains d’un gouvernement tyrannique et que mon futur est tellement flou qu’il me fait peur. « Hmm… » Ma réponse est évasive, je ne sais pas si j’ai eu envie de lui parler de mon envie d’y retourner, de me battre à nouveau, mais si c’était le cas, je l’ai perdue. Hors de question que je le laisse ne serait-ce qu’essayer de me faire changer d’avis. Plus jamais ça.

J’ai envie de lui en vouloir, de le traiter de sale con sexiste, de lui dire que je sais ce qu’il pense, mais il se moque de moi et ses yeux se font plus doux alors, à mon tour, je m’attendrie. La facilité avec laquelle il me désarme m’énerve au plus haut point. J’ai l’impression d’avoir perdu vingt ans et la moitié de mon cerveau quand il sourit. « Te fous pas d’ma gueule, Townsend, j’suis une adversaire surprenante et puis, c’est toujours utile d’avoir quelqu’un qui peut coincer une partie de l’équipe adverse dans une illusion, ou soigner tes blessés. » J’agite mes dix doigts devant son nez en haussant les sourcils. J’explose de rire quand il parle de ma maladresse. « Crois-le ou non, jamais ! J’suis maladroite que quand ça fout pas ma vie en danger, faut croire ! » Je hausse les épaules en souriant et réponds à sa question. Je lève le bras, lui montre la marque sous mon aisselle. « Ouais, celle-là. En me rasant. » Je lui jette un regard de défi avant de rire et de rependre ma marche. L’ambiance change de façon radicale quand j’évoque la cicatrice que m’a laissée Niklas. Je sens Joseph bouillir à côté de moi et il accélère légèrement, laissant un espace entre nous. Je ne comprends pas vraiment la raison de son brusque changement d’attitude, mais j’ai arrêté de chercher depuis longtemps avec lui. Je fronce les sourcils en le suivant. Ok, il est impulsif et s’énerve rapidement, mais, c’était il y a longtemps et puis, après tout qu’est-ce que ça peut bien lui faire ? Ne prends pas tes rêves pour des réalités, Weaver, il n’est certainement pas inquiet pour toi. Je suis donc le mouvement, le rattrape rapidement et grimpe avec lui dans le taxi. Le silence est lourd, l’ambiance légère des instants précédant, oubliée. Je déglutis, mal à l’aise devant la colère froide qui suinte de Joseph. Je déteste quand il est comme ça, parce que je ne sais pas ce que j’ai fait pour le mettre dans cet état. Son silence buté et dur, me renvoie en arrière à l’époque où quand je trouvais Steven dans cet état, je savais que j’avais fait une connerie, quelle qu’elle soit et que j’allais en prendre plein la gueule. Inconsciemment, je m’éloigne de lui, me rapprochant de la porte, laissant mes pensées dérivées par la fenêtre. Je me renferme comme une huître avant de m’endormir.

Je me réveil en sursaut, surprise d’avoir réussi à tomber dans une situation si tendue. Je jette un regard en coin à Joseph, m’excuse, lance en l’air que j’ai une question, tente de détendre l’atmosphère. Il soupire, deux fois. Ses soupirs sont lourds d’un sens que je n’arrive pas à comprendre, j’ai l’impression qu’il en à marre d’être là avec moi. Qu’il a envie de se barrer et de nous laisser en plan moi et mon idée a la con de récupérer un chien. S’il te plaît, reste encore un peu... La sensation de son corps contre le mien, rassurante et dérangeante comme toujours, emballe mon cœur. Malgré moi, je dépose un baiser sur le coin de ses lèvres avant de planter mes yeux dans les siens. « Qu’est-ce que j’y peux si t’es aussi appétissant qu’un éclair au chocolat, hein ? » Le ton a beau être ironique, il y a plus de vérité dans ses mots que je ne suis prête à me l’avouer moi-même. Dès qu’il se trouve dans le secteur, j’ai constamment envie de le toucher, de sentir la puissance de ses muscles sous mes paumes, de laisser mes doigts redessiner ses tatouages. Je me recule, un peu trop brusquement peut-être, mais je m’en fiche, je recommence à penser n’importe quoi et ce n’est ni le lieu, ni la personne avec qui le faire. « J’espère bien, j’compte pas t’avoir sur le dos jusqu’à la nouvelle fin du monde ! J’trouverai bien quelqu’un pour me ramasser, t’inquiète pas. » Oh, la menteuse. Oh, que c’est moche de se mentir comme ça ! J’ignore la sensation désagréable qui s’est logée dans mon ventre et lui jette un regard faussement hautain avant de lui poser ma question. Sa réponse est si brusque et naturelle qu’elle me fait éclater de rire. « Je suis l’ennemie ! » J’agite mes mains autour de lui avec des petits "Ouuuuh" se voulant effrayant. Mais je m’arrête rapidement, parce que si le sourire reste plaqué sur ses lèvres, il a disparu de ses yeux. Je penche vaguement la tête sur le côté avec l’envie de lui prendre la main. Sa famille semble être un sujet difficile et douloureux et je devine à demi-mot qu’il n’a pas eu une enfance aussi simple que la mienne.

Je l’écoute religieusement me parler de cet endroit que je ne connais qu’en photo. De ce lieu où se trouvaient les racines de ma famille paternelle, que je n’ai jamais connu et que je connaîtrais jamais. Dans chacun de ses mots, de ces sourires, durant son récit, je vois l’amour qu’il porte à ce pays. Il s’écrit en grande lettre dans ses yeux qui s’animent. Je lis aussi sa tristesse et la dureté d’une enfance pas facile. Ses traits se durcissent par moment, ses yeux s’assombrissent et son sourire se fait triste. Sa mémoire semble plein de souvenirs doux-amers et mon cœur se serre à l’idée d’un petit Joseph, beau comme un soleil et malheureux comme un jour de pluie. Je sens son amour pour sa sœur, Aimée, qui porte définitivement bien son prénom. « J’imagine que c’est dur de quitter le seul endroit qu’on a toujours connu, quand c’est pas par choix… » Je le pousse doucement du coude et l’écoute finir avant d’exploser de rire. « Le catéchisme ?! Sérieusement ?! » J’essaie de relier l’image de Joseph avec celle d’un croyant pratiquant et l’idée est tellement incongrue qu’elle me fait rire. « Mon dieu, ton prêtre se serait arraché les cheveux s’il t’avait entendu proférer les insanités que tu t’amusais à glisser dans mon oreille l’autre soir. » C’est la première fois que j’évoque aussi directement la nuit que nous avons passée ensemble et je sens mes joues chauffer et le feu se rallumer dans mon bas-ventre. Alors, pour nous changer les idées, avant qu’il n’ait le temps de me poser sa question, je lui parle à mon tour. « L’Irlande, et le Royaume-Uni en général, ça représente au final rien pour moi, j’veux dire, j’y ai jamais foutu un pied, on m’en a parlé et j’ai vu des photos, mais ma maison, c’est l’Alaska. La neige, putain la neige ça me manque de fou, l’odeur piquante des premiers jours d’hiver, avec les premières chutes de neige, faire de la luge dans les rues du quartier, la forêt, qui ressemble absolument pas à c’qu’on vient de voir. » Je secoue la tête. « Mais bon, c’est bloqué maintenant, comme le reste du pays, ça doit être plein de zombies et de conneries dans le genre. »

Il récupère la chienne qui était à la traine et la serre dans ses bras quelques secondes, elle le gratifie d’un coup de langue et je souris, attendrie par l’affection qu’il semble déjà ressentir pour elle. Sa question, me coupe le souffle. Je ne comprends pas pourquoi il pose cette question. Profondément blessée, je tourne vers lui un regard douloureux. Elle réveille tant de choses cette question. Tant de questions que je ne veux pas me poser, tant de souvenirs douloureux que je ne veux pas remuer. Elle réveille ce que je déteste chez moi, cette faiblesse dont j’ai fait preuve pendant des mois, sans comprendre pourquoi. Je déglutis, tourne la tête pour camoufler mon visage incertain et peiné. Pourquoi est-ce qu’il a fallu qu’il pose cette question ? Le silence s’installe entre nous, parce que je refuse de répondre, parce que je ne sais pas quoi répondre. Il s’arrête devant le magasin, mais je refuse de le laisser faire ça. Je refuse de le laisser me culpabiliser, je l’ai déjà fait suffisamment moi-même. La colère enfle en moi, le ressentiment aussi. S’il croit que je ne me sus pas déjà posé la question mille fois. Pourtant, je m’arrête. La main à plat sur la porte, prête à la pousser. Mais ce qu’il me dit, me coupe dans mon élan. Je me retourne, surprise. Mes yeux plongent directement dans les siens. Je sais que j’ai l’air surpris, autant que blessée, mais pour la première fois, il s’ouvre sans que je n’aie eu besoin de demander. Ses excuses, maladroites, mais présentes, adoucissent la colère qui montait en moi. Je m’adosse contre le mur et l’écoute expliquer. Je ne dis rien, consciente qu’il n’a pas envie, ni besoin de ma pitié ou de ma compréhension. Je lui souris en me forçant un peu et rentre à sa suite dans la boutique. Je le regarde se diriger vers le collier en question et un sourire plus sincère étire mes lèvres. Il est en cuir, noir avec des piques en métal, le collier parfait pour le molosse que deviendra Orka. Je laisse mes doigts glisser le long du bras de Joseph jusqu’au chien et je la gratte derrière l’oreille.

Elle me remercie d’un coup de langue baveux et faisant mine d’être dégoutée, essuie ma main sur l’épaule de l’Anglais. « Eeeew, va falloir lui apprendre à arrêter de baver ! » Je déambule dans la boutique à la recherche de quelque chose. J’attrape un jouet, un de ceux qui fait "Pouic" quand on appuie dessus et laisse une nouvelle fois mes yeux se perdre vers Joseph. Qui es-tu ? Est-ce que j’ai raison de pensée que tu es bon ? Est-ce que j’ai raison de croire qu’un jour j’arriverai à te comprendre ? Orka arrive à mes pieds et je lui tends le jouet et qu’elle mord avec violence. Le bruit l’a fait sursauter et elle le lâche avant de le renifler, un peu inquiète. Elle finit néanmoins par s’y attaquer et je ris doucement. J’attrape une gamelle en métal toute simple, un paquet de croquettes et quelques boites de pâtés avant de toute entasser dans les bras de Joseph et d’attraper un coussin, il est d’occasion, rafistolé et un peu miteux, mais il sera suffisamment grand pour qu’Orka s’y couche quand elle aura atteint sa taille adulte. Je fonce vers la caisse sans laisser le temps à Joseph de dire quoique ce soit et paie en vitesse. Je sors de la boutique en le trainant derrière moi. « Essaie même pas de me sortir une de tes merdouilles sexistes à propos de laisser les meufs payer, Townsend ! Tu dis rien, tu te plains pas. J’l’ai pas fait par pitié ou pour te rabaisser. J’l’ai fait parce que c’est moi qui voulais que tu prennes un chien et que j’gagne de toute façon trop d’argent pour moi toute seule. Puis en plus, j’ai envie de m’en servir pour faire des trucs qui me plaisent. Ok ? En plus, c’est de l’argent dégueu qui vient de ses gros bâtards du gouvernement alors, interdiction de se plaindre ! » Je l’ai fait parce que j’ai envie que tu sois heureux avec ce chien et non pas qu’elle soit un poids pour toi.

Je passe la main dans mes cheveux, plusieurs fois et me racle la gorge avant de m’adosser contre le mur de la boutique. « J’suis restée parce que… Parce que j’croyais c’qu’il me disait. » Je baisse les yeux, la honte colore mes joues et serre ma gorge. « Parce qu’avant lui, j’avais jamais été dans une relation sérieuse… » Je m’arrête et je reprends. « Avec un mec, j’veux dire. Et que… Chais pas… La première fois qu’il m’a frappé, il avait l’air si profondément désolé… » Je scrute le trottoir, cherchant quelque chose auquel m’accrocher. « Parce que, j’étais amoureuse aussi, et qu’une fois que j’ai arrêté d’le croire, j’avais toujours envie d’le faire. C’pas si simple que ça. Il… Il avait une certaine emprise sur moi et j’pouvais pas vraiment m’en sortir. C’pour ça que j’l’ai transformé. Que j’ai fait le truc l’plus horrible qu’on puisse faire. Et putain, il m’en a voulu, mais pendant un temps, un petit temps, c’était moi qu’avait le pouvoir ! » Je redresse la tête, des larmes pleins les yeux. La honte, la colère et la tristesse se mêlent et remplissent ma bouche d’une bile amère. « Mais ça a pas duré, et j’ai écopé d’un paquet de cicatrices par la suite. C’est p’tet pour ça… Que quand j’me battais, j’faisais pas si gaffe que ça. » Je réalise que c’est la vérité. Que j’ai laissé mes adversaires me couvrir de cicatrices pour qu’ils cachent celle que Steven avait faite. Je tends mon bras vers Joseph, et pointe du doigts la marque de morsures sur mon avant-bras. « J’en ai un paquet des comme ça, mais on les voit pas. Les gens regardent d’abord les marques de couteau. » J’inspire fort, le souffle un peu court après avoir balancé mon histoire, les mains tremblantes. Je n’avais pas besoin de dire ça, je n’avais aucune obligation, mais je lui devais bien ça. Je relève les yeux, le regard en coin, sous la masse de mes cheveux, cherche à définir son état d’esprit. Je m’accroupis finalement et plonge la main dans le sac pour récupérer le collier et que j’attache autour du cou d’Orka. « T’es belle comme un cœur toi ! Tu vas devenir tellement forte que j’aurais même plus besoin de ton maître pour me rattraper, tu pourras presque me servir de poney ! » C’est ça, Maisy, c’est ça. Parle, parle donc, pour ne pas qu’il remarque ce que tu commences à peine à comprendre. Je penche la tête sur le côté, réfléchissant à une question à lui poser. «Pourquoi tu bosses au LD ? Pourquoi à c’poste ? T’as une frangine, ça te dérange pas de t’occuper de filles qui font ce taf là ? » Il n’y aucun jugement dans ma question, quand j’étais à la rue, j’avais envisagé de me prostituer pour survivre, mais je n’en avais pas eu le temps. J’ai énormément de respect pour les prostitués, leur métier est l’un des plus difficile que je puisse concevoir. La vraie question que j’ai envie de poser s’échappe finalement de mes lèvres. « Dans un au registre, t’as jamais voulu savoir c’qui t’arrivais ? » D’un hochement de tête j’indique ses mains, évoquant à demi-mot les pouvoirs qu’il possède. « Parce que j’en connais d’autre… Des qu’ont des trucs comme toi et… J’ai bien envie de rechercher un peu c’que c’est. »

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MessageSujet: Re: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Lun 26 Juin - 1:38

Je hoche lentement la tête, une moue sur le visage. Le catéchisme ouais, sérieusement. De toute évidence, l'image l'amuse beaucoup – comment pourrait-elle ne pas sourire à l'idée d'un moi, enfant de chœur, silencieusement installé sur les bancs de l'église ? La référence au prêtre m'arrache une grimace contrite, un sourire. Le pauvre se serait arraché cheveux et poils compris, à l'évocation d'une existence un peu trop dissolue, beaucoup trop éloignée des préceptes qu'ils essayaient de nous apprendre, tant bien que mal. Puis c'est la référence à la nuit qu'on a partagée qui s'ancre dans mes songes et ravive des souvenirs beaucoup trop frais. Oh, des insanités qui sont toujours d'actualité, qui crépitent au creux d'un brasier qui n'a pas envie de s'éteindre. Alors je souris, lui lance un regard bien peu innocent, m'amuse du feu qui lui monte aux joues. Pour le forcer à mourir, elle y jette les souvenirs enneigés de l'Alaska, dont elle me parle tranquillement. Je l'écoute sans mot, souris à l'évocation de quelques anecdotes. Il neigeait aussi, à Birmingham, mais ça ne m'a pas beaucoup marqué. Alors je l'écoute, hoche silencieusement la tête, me l'imagine aisément emmitouflée dans des vêtements chauds, s'amusant dans la neige. Ces souvenirs qu'on échange sont idiots, mais reposants. Le temps d'un instant, ils nous éloignent d'un présent beaucoup trop intense, d'une Nouvelles-Orléans qui nous bouffe et nous attire inexorablement dans une gueule mortifère. Un présent ramené brutalement par les quelques mots qu'elle prononce ensuite et j'acquiesce, hausse les épaules. Des conneries dans le genre, ouais. Pourtant, je lui souris.
C'est con. On aurait pu y aller, en Alaska. On aurait pu crever de froid, obligés de se réchauffer toute la journée, toute la nuit. À se rouler à poil dans une peau de bête, comme dans ces films idiots. Au lieu de ça, on se coltine la moiteur de la Louisiane, cette chaleur humide et interminable.

Pour ne pas admettre que d'autres rêveries atteignent ses songes, il se focalise sur celle-ci. Sur leurs corps nus, enlacés à même le sol, la peau parcourue de frissons. Ils frémiraient parce qu'il fait froid à l'extérieur, beaucoup trop chaud à l'intérieur. Mais même s'ils feraient l'amour, même s'il ne s'autorise qu'une évasion charnelle, elle ne ressemble pas aux autres. Il ne pense pas à la sensation de son corps dans le sien, aux bruits qui comblent son crâne et couvrent ceux de la chose qui l'habite et dont il a à peine conscience. Il n'imagine pas davantage que ses lèvres sur sa peau sont une caresse agréable, il ne pense pas à ses doigts courant sur son épiderme, à sa langue infernale. Et surtout, il se refuse obstinément à songer à « l'après » – aurait-il envie de prendre la porte, de s'enfoncer dans le froid mordant, tant qu'il lui permettrait de retrouver sa solitude ? Lui, Joseph, souhaiterait-il réellement s'allonger à ses côtés, discuter, l'écouter rire ? Il est toujours dégoûté, après le sexe – dégoûté de sa personne, dégoûté de l'autre, répugné de sentir une peau brûlante et moite contre la sienne et de ce simple contact. Écœuré de la transpiration qui recouvre son corps, comme une seconde peau, un habit dont il n'a qu'une hâte : se débarrasser au plus vite, se l'arracher et entraîner avec elle la souillure de l'autre, souvent presque inconnue. Et puis, il est dégoûté du sexe. Dégoûté de lui-même. Ça ne dure que quelques minutes, parfois moins, parfois une poignée de secondes. Avec Maisy, il n'avait été dégoûté que de vouloir rester, d'avoir envie de sa compagnie pour toute la nuit, puis de se faire reconduire poliment à la porte. Mais le souvenir n'est pas sali dans son esprit.
Non, il ne veut pas penser à tout ça, surtout pas. Et à faire tant d'efforts pour ne pas y songer, il n'a plus que ça à l'esprit.


**

Elle essuie la bave du chien sur mon vêtement et je fais la moue. L'animal rejoint le sol et je déambule sans but, regarde sans y prêter beaucoup d'attention tout ce qui nous est proposé. Il y a trop de choses, beaucoup trop de trucs inutiles sur lesquels s'attarder, mais Orka semble aux anges. Orka. Le prénom est encore fragile dans mon esprit, encore nouveau. Tout comme ce chien, tout comme les balades diurnes loin de la ville, tout comme Maisy. Maisy est un tout, une entité à part entière, qui me dépasse complètement. Elle englobe beaucoup trop de faits, de peurs, d'inquiétudes, de plaisir. Beaucoup trop de nouveauté, d'inconnu – je ne me jette pas dans l'inconnu. En tout cas, je ne le fais plus, je me suis promis de ne plus jamais fermer les yeux avant de passer une porte, si prometteuse soit-elle. Rejoignant celle qui occupe toutes mes pensées, je la laisse me fourrer entre les bras tout un tas de choses inutiles, prêt à faire le tri devant la caisse, ou ailleurs. Le coussin prend toute la place, un jouet menace de s'échapper de mes bras, je me cogne dans l'angle d'une étagère. Fantomatique, elle file vers la caisse, ne me laisse pas l'opportunité de m'offusquer – hors de question que je le fasse devant le vendeur. Et admettre devant un inconnu que je me fais quasiment entretenir ? Il me désigne un endroit devant la porte du magasin où sont entreposés quelques cartons. Abandonnant tout mon bazar à l'intérieur, je récupère la boîte et sors à la suite de Maisy, lèvres pincées, prêt à lui promettre un remboursement complet, jusqu'au dernier putain de centime, mais elle me prend de court. À chacune de ses phrases, je grommelle une justification, m'explique dans un souffle agacé. Y a rien de sexiste là-d'dans ; j'me plains pas. De la pitié ? Oh non ; j'gagne aussi ! – mais moi ça m'plaît pas, j't'ai rien d'mandé. Tout est décousu, glissé hâtivement après ses mots, avec moins de conviction à chaque nouvelle intervention. Quant aux derniers, je ne peux pas vraiment les contredire – ces bâtards du Gouvernement ont casqué pour Orka et au fond, j'en suis bien content. Alors je souris, abandonne la bataille.

Le silence, à nouveau, se glisse entre nous. Immobiles devant la boutique, je pose le carton à mes pieds et demeure silencieux, abandonne une caresse sur le crâne de la bête. À l'instar de toute la journée, cet instant est ponctué de nouvelles fluctuations émotionnelles. Déjà oubliées, mes conneries sexistes – elle répond à ma question, celle qui était indélicate et intrusive. Je l'écoute avec attention, dans le silence, les mains fourrées dans les poches de ma veste. Les prunelles dirigées vers son visage qui m'échappe, vers un regard fuyant. Et puis sa réponse me gifle, je me sens idiot – elle était amoureuse. L'amour, c'est une putain de maladie. Peut-être qu'il n'y a peut-être pas besoin de davantage d'explications ; incertain malgré tout de comprendre l'ampleur de l'amour sur la raison, j'acquiesce. Mes parents s'aiment certainement – ou bien ma mère l'aime, elle aime peut-être le souvenir qu'elle a de lui, elle aime peut-être l'emprise qu'il a sur elle.
Les grandes perles bleues se noient dans les larmes lorsqu'elle les relève vers moi. C'est pénible de la regarder prête à éclater en larmes, mais je demeure immobile, une moue contrite sur le visage. Suivant du regard ce qu'elle me désigne, je regarde son avant-bras, les marques pâles qui s'y dessinent. Que je n'avais effectivement pas vues avant. Mes doigts y courent lentement, en une caresse réconfortante. Étouffer les cicatrices du passé sous de nouvelles, je connais. Alors j'acquiesce, les yeux à nouveau portés sur son visage, cherchant les siens. Lorsqu'enfin elle se décide à affronter mon regard, elle n'y lit rien de particulier – un peu de gratitude, de s'être ouverte. Un peu de contrariété, de la voir dans cet état. Autre chose, que j'étrangle avant que ça n'émerge, que j'étouffe avant de savoir ce dont il s'agit. Et je passe une main sur son visage, le dégage de quelques mèches sombres. Elle m'échappe et s'occupe du chien, et je les regarde, absent.
Si absent que la question fuse, m'arrache de mes songes. « Le LD, c'est une sorte de maison. J'ai rencontré Isak y a quelque chose comme mille ans, dans une autre vie. Avant... Avant qu'il ouvre tout c'bordel avec sa sœur. J'crois que j'ai naturellement été dans toute l'histoire. Mais pour les putes, j'sais plus trop – j'crois qu'à un moment, il a fallu distribuer les rôles, fallait quelqu'un avec suffisamment d'autorité pour s'en occuper et crois-le ou non, mais j'ai un regard vachement professionnel sur elles. » Je souris, hausse les sourcils. « Y avait des gros porcs, des gros cons, des camés dans tous les coins. Et puis y avait moi, p't'être un peu moins con et un peu moins camé, un peu moins un gros porc j'crois ? » Je ris et me penche vers le chien qui s'appuie sur mon pied puis la dépose dans le carton, sur le coussin, me redresse lentement. « Non, ça m'dérange pas, c'est pas... C'est pas comme ça que j'le vois. » Maisy le comprend, parce qu'il n'y a pas l'once d'une critique dans sa réflexion, mais j'ai du mal à m'expliquer clairement. « Ma sœur, y a jamais aucun mec qui aurait pu la toucher sans que j'le sache ; elle avait l'impression que j'voulais lui gâcher la vie, mais c'était pas du tout ça. J'voulais pas que n'importe qui pose ses pattes dessus, j'voulais pas qu'elle soit traitée comme ces filles... » La phrase perd en intensité, se termine plus faiblement. Comme ces filles dont on s'occupait si mal, comme celles que je traitais moi-même comme un rien, comme mon frère les traitait. Avec bien peu de respect, bien peu d'intérêt. Comme ma mère, mariée à un bourreau. « Bref, les putes du Little, elles ont plus personne. Y a personne pour s'assurer que leur besogne se termine une fois les cuisses fermées. Même en sachant que j'suis là, que j'veille, y en a plein qui essaient, qui débordent. » Je souris, ne sachant pas vraiment quoi ajouter de plus. La discussion est facile, avec Maisy.
Elle l'était, du moins, jusqu'à l'ultime question.

Un sourire aux lèvres, forcé et faux, je l'observe. Je fais la moue, secoue négativement la tête. « Non, jamais. »

Le mensonge s'écoule tranquillement hors de ses lèvres. Joseph est horriblement lâche, d'une lâcheté qui l'effraie parfois. Il veut lui dire de ne rien chercher, de ne pas s'en mêler. Parce qu'au fond, ça ne la concerne pas du tout, il en est persuadé. Il n'est pas une bête de foire et cette curiosité que la chose suscite l'agace terriblement. Alors il remet les œillères, les rabat sur une réalité un peu trop tangible. Mais elles ne sont pas suffisamment larges, il faut choisir ce dont on se cache et à cet instant précis, c'est de cette condition dont il veut se débarrasser. La chose n'aura pas le dessus, elle n'occupera pas ses pensées un instant de plus et ne sera certainement pas un quelconque objet d'études.
D'ailleurs, Joseph ne prête pas attention à la suite – il en existe bien d'autres comme lui, il le sait. Et la discussion qu'il avait eue avec Mackenzie l'a vacciné de vouloir en apprendre davantage. Chacun chez soi, et le monstre sera bien gardé, tapi au fond d'un esprit malade et vicié. Alors il plonge les yeux dans ceux de Maisy, après avoir jeté un regard au chien déjà endormi, lovée dans la protection d'un carton plus haut qu'elle. Ils sont beaucoup trop bleus, et beaucoup trop beaux. Ils lui rappellent aussi ceux de sa sœur, encore un peu humides, un peu rougis par ses précédentes déclarations. Des aveux qui ne l'ont pas ennuyé une seconde – pourtant, l'homme ne voue aucune passion aux paroles, il n'est pas vraiment un homme de lettres, de mots, de longues discussions. Il n'aime pas les petites confessions, à moins qu'elles ne soient susurrées au creux de l'oreiller, encore moite d'insanités. Ou au détour de quelques verres de trop, lorsqu'il ne se souviendra de toute façon pas de ce qu'il a bien pu raconter.
Avec Maisy, ces bavardages sont de plus en plus faciles, il commence même à apprécier les petites révélations qu'ils entraînent. Elle ne l'ennuie pas, et ses gloussements ne sont pas agaçants. Sa maladresse ne l'a jamais incommodé – au contraire, ça l'amuse. Ses questions, leurs discussions, les songes qu'elle provoque chez lui. La place qu'elle prend dans son crâne, les battements de son cœur qui sont amplifiés par toutes ces pensées imprévues. Le drôle de sentiment qui naît dans sa poitrine – il a envie de vomir, de hurler, de rire. Le cœur bat encore plus vite et il ne peut plus soutenir son regard, alors il fait mine de jeter un coup d’œil dans la rue. À gauche, puis à droite. Pendant que Joseph se demande quel chemin serait le plus court pour prendre ses jambes à son cou sans jamais être rattrapé, il a peur de savoir ce qu'il en est vraiment. Non – au fond, il le sait pertinemment.


Le corps s'approche du sien lentement et la chaleur qui en émane m'arrache un frisson. Son visage est à quelques centimètres du mien seulement et je savoure ; son odeur, sa tiédeur, et tout ce qu'elle me procure. Une main se glisse contre sa taille, s'y loge lentement. Le cœur bat beaucoup trop vite dans ma poitrine – une excitation que je ne comprends pas, qui me tord le ventre en deux et me coupe la respiration. Ma main libre remonte jusqu'à son visage, repousse encore quelques mèches de cheveux et se glisse dans sa nuque. Les nez se frôlent, les lèvres s'effleurent, et je l'embrasse. D'une douceur toute nouvelle, d'une délicatesse jusqu'ici inconnue. Si le baiser se prolonge, il n'a rien de fiévreux. Mes doigts ne s'agrippent pas à ses vêtements, ne cherchent pas à se glisser entre ses cuisses – même la langue n'ose s'y mêler, n'est pas tentée d'apporter plus de lascivité que nécessaire à cet instant.
Me reculant finalement, je laisse une main contre sa taille, avant de souffler : « Non, j'y ai jamais... jamais réfléchi. Bon, je – on devrait rentrer, peut-être. Je... Ouais, j'vais te raccompagner chez toi, on est pas loin. Avec Orka. Merci... Pour tout ça. »

Tout ça. Merde, ça sent mauvais, toute cette histoire sent terriblement mauvais. Alors, pourquoi c'est si agréable, putain ?
Le carton dans les bras, j'observe l'animal endormi à l'intérieur. Sa tête dodeline tranquillement au rythme de nos pas, inconscient des vicissitudes qui ponctuent la vie des humains. Oh, Orka est beaucoup plus heureuse sans toute cette pollution.

« C'était sympa, toutes ces questions. Un peu bizarre, mais sympa. C'est... On s'connaît mieux. » Je parle, sans savoir quoi dire, laisse les mots s'écouler sans mesurer leur intérêt. Forcément, il est très faible. Je ne sais plus quoi ajouter, comme si les quelques minutes qui viennent de s'envoler avaient été beaucoup plus bavardes que de longues discussions. « On pourrait peut-être se voir, ce soir. Ou un autre soir. Tu m'dois bien plus que des cookies, maintenant – un putain de repas, c'est ça que tu m'dois, pour essuyer l'affront de l'autre soir. » Je souris sans la regarder. Après cette putain de journée, elle ne me doit rien. Mais je crois que j'ai encore besoin d'un prétexte pour la voir.

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MessageSujet: Re: “A dog teaches a boy fidelity, perseverance, and to turn around three times before lying down.”    Jeu 6 Juil - 1:04


Le sourire de Joseph est comme un baume sur les souvenirs désagréable. Ses regards appuyés, plein d’un désir simple et brûlant son vivifiant. Sa voix rauque, d’avoir trop fumé, d’avoir trop bu, d’avoir connu trop de cri, est une caresse sensuelle. Je pense la tête sur le côté, les yeux fixés sur sa silhouette, sur ce corps que je connais intimement. Pourtant, j’aimerais le connaitre mieux, j’aimerais connaitre chacune des encres qui décorent son corps, chacune des cicatrices qui le marque. J’aimerais compter tous ses grains de beauté un par un, savoir les placer comme des marqueurs sur une carte au trésor. J’aimerais savoir le goût de son corps, de l’intégralité de sa peau. Mais plus encore, j’aimerais connaitre l’homme qui se cache à l’intérieur. Je grimace devant ma propre niaiserie, soupire devant l’étendue de ma stupidité et reporte mon attention sur le chien. Elle a beau être absolument adorable, sa vision n’efface pas les images de Joseph dans mon esprit. Celle de son torse soulevé par un souffle erratique après nos ébats, celle de ses lèvres formant des mots qui torturaient mon esprit, autant que son corps torturait le mien. Je n’arrive pas à m’ôter la sensation de ses doigts sur moi, de son corps sur le mien, de sa langue contre la mienne. J’inspire rapidement entre mes dents, le désir enflammant mes sens. Putain, l’avant-gout de toute à l’heure m’a laissé à vif, le corps plein d’un désir inassouvi.

J’apprécie le silence de Joseph, son absence de réflexion tandis que je raconte. Me souvenir des raisons qui m’ont poussé à rester dans ma relation avec Steven est douloureux. Elles n’étaient pas bonnes, aucune d’entre elles. Pourtant, je suis restée. Les souvenirs me ramènent à une période que je déteste. Ils me renvoient en plein visage celle que j’étais, la femme soumise, celle qui se laissait battre, ne disait rien, trouvait des excuses. Une porte, un meuble, ma maladresse avait bon dos à l’époque. J’avais plus de bleus laissés par Steven que par mes assaillants lors des rixes avec des représentants de la loi. Je revois mon regard hanté, les sursauts au moindre bruit un peu trop fort. Me battre dans la rue me permettait de me cacher la face. Si j’arrivais à taper sur des mecs deux fois plus gros que moi dans la rue, alors je n’étais pas si faible. Je ne l’étais pas physiquement, ça non, mais j’étais une loque mentalement parlant. Je n’étais rien, rien d’autre que le jouet avec lequel Steven aimait s’amuser quand il trouvait qu’il n’obéissait pas suffisamment bien. L’expression de son visage, mélange de compassion et de pitié, m’est douloureuse. Je n’ai pas envie qu’il ait pitié de moi, j’ai envie qu’il voie en moi une femme, pas une pauvre chose. Je n’ai pas envie que quand il me voit nue, il cherche sur mon corps la marque de Steven. Pourtant quand ses doigts effleurent la marque sur mon avant-bras, je ne sens pas de pitié dans son geste. Juste une caresse délicate, un contact réconfortant, un soutien silencieux et une reconnaissance de ce que j’ai traversé. Quand je relève la tête, mes yeux s’accrochent aux siens, le contact apaisant la tempête d’émotions qui fait rage en moi, il y a une tendresse dans son regard qui me surprend. Quand sa main s’approche de mon visage, j’y appuie naturellement la joue, avide de son toucher, il repousse les cheveux qui tombent devant mes yeux et son regard se rempli de quelque chose de plus profond qui me bouleverse et me terrifie. Je baisse la tête, oublie les questions que fait naitre sa façon de me regarder. Non, t’as pas le temps pour ses conneries Maisy, t’as pas le temps de te laisser embarquer là-dedans.

Je suis surprise qu’il réponde aussi facilement à mes questions en rapport avec le LD. Plus je le côtoie et plus je me rends compte que je ne le connais. Parfait inconnu pourtant familier. Il a fait partie du paysage pendant longtemps, ses gros bras musclés et son rire rauque des détails habituels qui fondait avec ceux des autres le fond sonore et visuel de mes sorties. Un sourire étire mes lèvres pendant qu’il parle du bar. Il y a une forme de tendresse, pour l’établissement et ses employés qui est touchante, dans son discours. Je lui mets un petit coup d’épaule, contente de voir qu’il laisse l’ambiance se détendre après mes explications. « Toi ? Autoritaire ? Tu m’charrie, Townsend ! » Il a cette forme d’autorité naturelle, de celle qui me pousse à le trouver bien plus excitant que la plupart des mecs que je croise en général. Cette autorité qui me pousse à courber l’échine dans la chambre à coucher, de celle qui me pousse à avoir confiance, à laisser mon corps entre les mains d’un quasi-inconnu. En une nuit, il a pu faire des choses que je n’aurais supporté de la part d’aucuns autre amant. Mes pensées dérivent vers sa main enroulée autour de ma gorge, a la pression qu’elle avait exercée, a l’air qui avait commencé à légèrement me manquer avant qu’il ne desserre sa poigne. Elles dérivent surtout sur l’absence totale de peur. Il y avait eu de l’appréhension, mais aucune peur quand il avait serré sa poigne autour de mon cou ou quand il avait enfoncé ses doigts suffisamment forts dans ma cuisse pour y laisser des marques bleutées. Le souvenir m’assèche la bouche, le désir brûlant à nouveau dans mon ventre. « T’es définitivement un gros porc ! » J’accompagne ma pique d’un rire avant de le regarder ramasser la chienne pour la poser sur le cousin. Elle pose ses pattes avant sur le rebord du carton et regarde par-dessus bord tandis qu’il soulève son paquet. D’une main douce, je grattouille l’arrière de son oreille, laissant à Joseph le temps de répondre à la seconde partie de ma question.

Je l’imagine sans mal en grand frère trop protecteur, étouffant même. Il n’y a rien dans l’attitude de Joseph qui pourrait laisser penser qu’il se serait comporté autrement. Il est facilement devinable qu’il est du genre à considérer que ce qui lui appartient est intouchable. Pas étonnant que sa sœur rentre dans la description. Je me prends quelques secondes à imaginer ce que ça ferrait. Ce que je ressentirais si Joseph venait un jour à me porter suffisamment d’affection pour considérer que personne ne devrait avoir le droit de poser la main sur moi, hormis lui. L’idée est émoustillante tout en étant détestable. J’aurais du mal à supporter de l’avoir à surveiller chacun de mes faits et gestes. Mais après avoir été traité comme une possession sans importance par Steven, l’idée d’être traité à l’inverse par Joseph à quelque chose d’attirant. Je secoue la tête, consciente que ce n’est pas sain. Que s’il se comporte comme ça, il y a des risques qu’il finisse par se comporter comme Steven. Après tout, avant de devenir un punching-ball, j’étais la prunelle de ses yeux. Et puis de toute façon, ça n’arrivera pas. « C’est fou comment j’ai aucun mal à t’imaginer en grand frère despote ! » Je hoche la tête. « C’est bien c’que tu fais. C’est un taf compliqué et dangereux, c’est bien qu’elles aient quelqu’un comme toi. Un mec qu’est pas là pour les sauter, juste pour vérifier qu’elles sont pas blessées, pour les soutenir un peu. Elles en ont b’soin putain. » L’ambiance change du tout au tout après ma question suivante. Ouille, j’aurais pas dû la poser celle-là.

Il ment, il ment comme un arracheur de dents. Mes sourcils se redressent, mes lèvres se pincent. Je déteste qu’on me mente. Je fais claquer ma langue entre mes dents. Il doit être terrifié, comme tous ceux qui souffrent de cette nouvelle connerie. Vaas, Sigrid, Giulietta, aucun des trois ne m’a dit ce qui les atteignaient. Aucun des trois n’en à parler, pourtant sur chacun d’entre eux, comme sur Joseph, j’ai senti. Oh oui, j’ai senti, ce même sentiment froid de malaise, comme si quelque chose manquait, comme si quelque chose n’était pas normal. Il y a quelque chose de profond sombre en chacun d’eux et le seul que je connaisse qui semble y trouver du plaisir, c’est ce monstre d’Ivanov. Je vais vraiment devoir m’y intéresser parce que s’il y a un moyen pour aider Joseph et les trois autres, alors je ne vais pas me gêner. Surtout si ce moyen me permet de mieux me défendre contre Niklas. Pourtant, mes pensées dérivent à nouveau. Parce que les yeux de Joseph se sont à nouveau posés sur moi, parce qu’il y a dans son regard des choses terrifiantes, plus terrifiantes encore que l’idée de Niklas possédant un pouvoir que je ne connaisse pas. Il me fixe et dans ces yeux, j’ai peur de lire des choses que je ne suis peut-être pas prête à voir. J’inspire longuement, mes yeux noyés par le bleu des siens. J’ai envie de le connaitre, de le découvrir, d’en apprendre davantage sur lui. J’ai envie de tout savoir de lui. De connaitre sa vie, ses souvenirs, ses rêves, d’être capable au moindre coup d’œil de savoir comment il se sent. J’ai envie de le connaitre si bien, que je pourrais percevoir son entrée dans une pièce au chamboulement magique que provoque la forme de magie qui lui donne ses pouvoirs. Je penche la tête sur le côté, coince ma lèvre inférieure entre mes dents, mais il détourne le regard, observe la rue. Je me rassasie de ses traits tandis qu’il esquive mon regard. Mes yeux effleurent son visage, caressent doucement ses yeux, la courbe trop pleine de sa bouche, son nez, probablement cassé plusieurs fois, sa mâchoire enfouie sous la barbe qu’il porte. Je tends les doigts, me retenant de justesse d’y enfouir mes doigts.

Pourtant, comme s’il avait senti mon envie, il se tourne vers moi. Le carton retrouve le sol, la chienne endormie ne réagit même pas. Il s’approche tandis que mon souffle s’accélère. Son corps enveloppe le mien, sa chaleur réchauffant mon corps. Mes yeux ne lâchent pas les siens quand il glisse sa main contre mon dos. Sa paume englobant ma cambrure avec délicatesse. Je cligne des yeux, une fois. Son autre main effleure ma joue, avant de se glisser contre ma nuque, qu’elle enveloppe instantanément. Un frisson me traverse et ma main gauche va se perdre dans sa barbe, mes doigts effleurant son cou, la paume épousant la courbe de sa mâchoire. La deuxième s’accroche, se pose, à plat sur son torse avant d’agripper le tissu tout doux d’un t-shirt porté et lavé de nombreuses fois. Je me gorge de son odeur, il sent l’été, un mélange de soleil, de poussière et d’odeur boisée. J’inspire profondément et mes yeux se ferme quand ses lèvres se posent sur les miennes. Je me laisse aller, appuie mon corps contre le sien, la douceur du baiser me touche et me surprend. Je commençais à avoir l’habitude de ses baisers enflammés, de son désir bouillant. Pourtant, il est d’une douceur et d’une délicatesse désarmante quand ses lèvres capturent les miennes. Nos souffles se mêlent et quand il se recule, je retiens de justesse un gémissement de désapprobation. J’aurais pu passer des heures à le laisser m’embrasser comme ça. J’ai le souffle un peu court et probablement les joues rouges. Je découvre avec surprise que je ne suis pas la seule un peu perdue quand il commence à parler. Je souris et décide de le taquiner. « Tu peux décemment pas m’dire que tu m’ramènes alors que tu viens d’m’embrasser comme ça, Townsend. C’était digne d’un film ! » Au moins, je ne mens pas, qui n’a pas rêver de se faire embrasser comme ça par l’homme de ses rêves. L’homme de tes rêves ? Sérieusement ? Va falloir te calmer, ma petite. Il commence à marcher alors je laisse ma main glisser le long de son bras. J’hésite quelques secondes avant de laisser ma paume glisser contre la sienne. Mes doigts se glissent entre les siens et je jette un œil inquiet à nos mains désormais enlacé. « Raccompagne-moi donc chez moi… » Je serre doucement sa main, juste pour le plaisir de sentir sa paume contre la mienne. « J’te préviens, j’vais marcher à deux à l’heure avec ça ! » De ma main libre, je désigne mes chaussures. L’ambiance est lourde, silencieuse, mais, pas désagréable. Je pense que nous avons tous les deux des choses à penser, cette journée a été forte en émotion, en décision et en révélation. « C’est pas grave si t’as pas envie d’y réfléchir… J’verrais c’que j’peux trouver d’mon côté, j’t’embêterai pas avec ça, promis. Mais oui… C’était bien. » Je me tais, ne sachant pas trop quoi ajouter avant de me raviser. « J’aime bien "mieux te connaître", Joseph. T’es pas un aussi gros con que j’croyais ! Quel dommage, j’vais être obligé de t’envisager comme ami ! » C’est ça, un ami. Tss, tu mens tellement. Il est déjà beaucoup plus que ça, et tu le sais.

Je fais mine de m’offusquer. « J’te dois un repas ?! C’est la meilleure ça ! » Alors qu’à l’intérieur, je trépigne. Il a envie de me revoir, au moins je ne suis pas la seule embarquée dans cet étrange bateau qu’est notre relation. Je ne sais pas ce que nous sommes, je ne sais pas ce que nous deviendrons, ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui a changé quelque chose. « Mais, si ta question est d’savoir si j’suis libre ce soir… La réponse est oui et j’dois avoir de quoi faire des spaghettis bolo, si ça t’intéresse. » J’serais toujours libre pour toi. Ça, je ne le dis pas, non, certainement pas. Ça, je le garde pour moi, parce que ça en dirait beaucoup trop sur ce que je pense réellement. Parce que ça risquerait de tout gâcher. Parce que j’ai peur aussi, un peu. Je soupire et marche doucement à ses côtés, le silence retombe, ponctué par les petits ronflements de la chienne dans son carton. Rapidement, trop à mon goût, mon immeuble apparaît. Je soupire, prend le carton des mains de Joseph et le pose par terre. Je l’attire à l’abri du porche et le pousse doucement contre le mur avant de chercher son contact. Je me blottis contre lui, avec douceur et lèvre le menton. J’embrasse son cou, juste au-dessus de la lisière de son t-shirt puis sa mâchoire, avant de me jucher sur la pointe des pieds pour planter mes lèvres sur les siennes. Comme plus tôt, le baiser est plus tendre qu’enflammé, mes lèvres câlinent les siennes, proposant plus qu’elles ne prennent. Mon cœur s’emballe, mon souffle se précipite tandis que je m’éloigne de lui, mettant fin au baiser. J’inspire lentement, le nez dans son cou. « Tu veux monter du coup ? Ou tu préfères la ramener tout de suite à la maison ? » Une partie de moi espère qu’il choisira de monter, l’autre qu’il préférera rentrer. J’ai beaucoup de choses à penser, beaucoup à réfléchir. J’ai besoin d’être au calme, d’avoir un peu de temps pour comprendre ce qu’il se passe. Prendre du temps pour laisser la réalisation de ce qu’il s’est passé aujourd’hui atteindre mon cerveau pleinement. Besoin d’un peu de temps pour envisager le fait que je suis très probablement en train de tomber amoureuse de Joseph Townsend.

Que le probablement n’a peut-être même plus de raison d’être. Merde.

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