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 Because every single moment will be precious [PV Orfeo]

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MASTER OF ILLUSIONS

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MessageSujet: Because every single moment will be precious [PV Orfeo]   Mer 14 Juin - 11:37

Ouvrir les yeux ce matin là n’avait pas eu l’air si compliqué. Mais si elle avait su les conséquences d’une telle journée, Kate aurait sans doute préféré les laisser clos. A la réflexion, se perdre dans les songes et l’irréalité des rêves avait quelque chose de bien plus rassurant que d’affronter une réalité qu’elle pensait définitivement éteinte. Au mieux. Le passé était quelque chose dont, bien souvent, on ne voulait pas se rappeler, et la concernant, c’était on ne peut plus vrai. Non qu’elle n’en apprécie plus la saveur des jours heureux ou n’adore plus leur paisible murmure. Mais il y avait des choses, dans cet autrefois qui est le sien, qu’elle n’avait pas le courage d’affronter. Sans doute est-ce stupide, tant elle n’est plus l’enfant innocente qu’elle était jadis et qu’une vie entière s’était écoulée depuis. Mais les stigmates d’un coeur arraché et piétiné ne s'effaçaient pas à grand coup de pinceau magique. Ou dans son cas, par l’archet d’un violon savamment maîtrisé. Le temps n’était pas seul à pouvoir panser les plaies, et pour tous ceux ayant connus l’Enfer, ce temps était une chose toute relative qui faisait presque aussi peur que le chaos lui même. L’esprit fêlé comme un morceau de verre le resterait, sans jamais pouvoir se réparer totalement.

Non vraiment, si elle avait su, elle serait resté au fond de son lit, sous les couvertures douces et moelleuses qu’elle avait la chance de posséder. La vie n’avait pas toujours souri à Kate et l’espoir s’était muré dans le silence, mais elle n’était finalement pas si mal aujourd’hui. En tout cas, la sorcière n’avait pas à se plaindre de sa situation pour le moins confortable. Riche pouvait-on dire, dans cette ère de chaos et d’horreur, dans cette vie misérable et pathétique. Riche et chanceuse, exerçant son art comme son métier, chose qu’elle n’aurait jamais pu espérer dans une autre existence. Chanceuse et protégée, par ce Gouvernement que beaucoup s’escriment à critiquer. Mais elle croit en lui, Kate, car il est bien le seul à faire quelque chose pour sauvegarder ce qui peut encore l’être, quitte à se salir les mains dans un bain de sang. Elle le sait, elle n’est pas idiote ni aveugle. Elle est seulement convaincue que c’est pour l’instant la seule et la bonne solution. Sans ce Gouvernement, elle ne serait sans doute pas à la place qu’elle occupe aujourd’hui. Et elle en tire une certaine fierté, assurer le contraire serait un mensonge. Et la jeune femme ne s’en cachait pas le moins du monde. Elle brillait par sa musique et sa fidélité pour la société actuelle. Même si on avait osé lui mettre un toutou sur le dos, elle n’en tenait pas trop rigueur aux instances supérieures.

C’était pour elles, d’ailleurs, que la jeune femme s’était levée ce matin là, quittant son bel appartement des grands quartiers pour se rendre dans le grand hôpital de la Nouvelle-Orléans. La poudre aux yeux, le mensonge, l’image et la réputation, c’était pour toutes ces raisons que la musicienne de talent et compositrice du Gouvernement s’était déplacée en personne pour jouer dans ces lieux que l’on pensait abandonnés par les politiques. Il était important pourtant de faire croire que les petites gens, perdus dans le flot d’une population à la fois trop grande et trop instables, attiraient le regard des plus grands. Qu’au fond, on ne les oubliait pas. La vérité était toute autre, et Kate le savait bien. Elle jouait d’ailleurs avec ces pauvres âmes abandonnés, son coeur blessé se nourrissant de ce mensonge faisant sourire les esprits fragiles. Qu’ils croient à cette lumière, qu’ils se réchauffent dans son sillage… car elle aurait tôt fait de disparaître. Et cette simple constatation ne l’ébranlait même pas. Elle se satisfaisait pleinement du travail qu’elle exerçait, peu importe la triste réalité.

Comme ils aiment et apprécient l’attention, ces pauvres hères qui ne connaissent sa musique quand sur le sable de l’arène ou tout ce qui ponctue les interventions du Gouvernement. Mais ils sont tous captivés par les notes qui chantent mélodieusement à leurs oreilles, envoûtant les esprits pour apaiser peut-être, tromper surtout. Quand le dernier morceau finit d’être exécuté, le tonnerre d'applaudissement fait vrombir les murs et l’air, flattant l'ego de la sorcière dont le sourire doux n’avait à aucun instant quitté ses lèvres. Elle salut ce public improvisé qui en vérité ne l’intéresse que peu. Elle les remercie, reçoit des acclamations et merci en retour. Quelques silences aussi, de ceux qui ne sont sans doute pas dupes. Eux, elle les ignore avec superbe avec un arrogant rictus. Puis finalement, elle décide qu’elle irait bien faire un tour dans l’hôpital pour rencontrer peut-être des patients moins mobiles. Certes moins par charité que caprice, mais les autres n’y voient que du feu.

Kate aura tôt fait de regretter la faiblesse de son caractère.

Il y avait cette chambre à la porte ouverte. Elle n’y aurait sans doute pas jeté un oeil si elle n’avait pas entendu le bip régulier d’une machine signifiant un rythme cardiaque régulier. Vilaine curiosité qui la fait regarder. Accablante douleur qui la fait tressaillir. A côté d’elle, un médecin chargé de la guider s’interroge soudainement de son état, la voyant s’appuyer l’espace d’un instant, faiblement, sur le mur à côté de la porte. Ce n’est rien, qu’elle répond. Ce n’est rien. C’est en tout cas ce qu’il devrait en être. Sans doute la croit-elle choquée par ce qu’elle voit dans cette chambre, de l’état du patient qui n’a rien de très flatteur. Mais ce n’est pas tant les bandages et tout le reste qui l’a fait s’arrêter sur le seuil. Elle le connaît, murmure-t-elle à l’intention du médecin. Et curieusement, elle ne sait pas pourquoi elle a accepté qu’il la laisse seule pour aller le voir. Elle ne sait même pas pourquoi elle va le voir. Si elle s’était seulement écouté, elle aurait fait demi tour pour mieux fuir plus loin, comme elle l’avait déjà fait bien des fois en la compagnie de cet homme.

Sans doute est-il temps d’affronter son passé. Mais elle n’a qu’une envie, reculer. Alors si elle pénètre dans la pièce et ferme la porte à sa suite, elle garde une certaine distance avec le lit. Les talons claquent légèrement sur le sol à chacun de ses pas, mais c’est sans doute sa respiration altérée, légèrement moins serein, qui trahi sa présence. Dieu merci, il a les yeux fermés. Car elle n’est pas certaine, Kate, de pouvoir affronter un regard qu’elle déteste autant qu’elle l’a autrefois apprécié.
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MessageSujet: Re: Because every single moment will be precious [PV Orfeo]   Lun 19 Juin - 2:28


Because every single moment will be precious
Time is ticking away... ••• Silence seulement brisé par les bips réguliers des machines surveillant le corps inerte. Elles indiquaient que celui-ci était toujours en vie, miraculeusement aurait dit le médecin. Néanmoins, il ne restait de cette malencontreuse rencontre que des cicatrices, les blessures ayant été refermées par des moyens moins... Orthodoxes que la médecine moderne. Tout avait été caché sous les bandages, recouvrant une bonne partie du corps. Seul le visage dépassait, étrangement en opposition avec le reste, vierge de tous dégâts, comme s'il avait été protégé d'une quelconque manière, épargné peut-être par l'animal. Parce que oui, se faire réduire en charpie aussi violemment, cela nécessitait la présence d'une bête sauvage au moins. Assez énorme selon les diagnostiques, mais il faudrait que l'homme puisse parler pour que les experts en sachent plus. Pour l'instant, la pièce restait désespérément silencieuse, outre le métronome assourdissant des machines.

La fatigue pesait sur son corps, Orfeo le sentait bien. Chaque mouvement, même imperceptible, était une galère à effectuer, et il avait fini par abandonner l'idée de se redresser ou de revenir dans la réalité. Finalement, ne pas bouger lui permettait de se plonger dans ses pensées, ses souvenirs. Les événements se succédaient avec une rapidité folle. Il se revoyait sortir de la ville après avoir manipulé l'esprit des gardes, se perdre dans la forêt environnante malgré le danger qui rôdait, pour finir par tomber une bien pire. Une bête sauvage, ou ce qu'il avait identifié en tant que tel au premier abord. Un loup qui l'avait suivi, une traque dont il n'aurait jamais pu se sortir vivant mais la peur et l'adrénaline l'avait quand même poussé à se battre. La force du désespoir diront certains, et ils auraient raison pour le coup. La mort, il venait de la frôler une fois de plus. De si près cette fois, qu'il avait cru un instant qu'il retournerait en enfer. Des siècles supplémentaires à rajouter sous la capot, ou alors la fin pure et simple. Peut-être qu'il apprécierait finalement. Mourir, et ne plus être sur cette terre. Pourtant, une petite voix l'en empêchait. Certaines personnes qu'il ne voulait pas abandonner, même s'il avait été un expert de l'abandon pendant des décennies. Darkness Falls, que voulez-vous... Il avait cherché à fuir, à se créer ce masque de connard insensible bien loin de sa véritable nature. Mais il fallait se protéger, juste se protéger, quitte à détruire les autres...

Puis il revint plus longtemps en arrière. Avant sa première mort. Les souvenirs étaient d'autant plus flous que son cerveau incapable d'emmagasiner toutes les images et les sons. Son frère était l'être le plus clair dans sa mémoire, suivie d'Azzura. Cette dernière était décédée depuis quelques années à présent, et le souvenir de cette femme eut tendance à le briser. Il l'avait appréciée, en tant que grande sœur, celle s'occupant de lui avec Rafael. Et elle n'était plus désormais, rendant la relation avec son aîné d'autant plus chaotique. Celui-là-même qui avait allumé le brasier sous ses pieds, le tuant et le condamnant par la même occasion à Darkness Falls. S'il n'était pas mort, Orfeo savait qu'il n'aurait pas fini là-bas. Néanmoins, il ne savait pas ce qui l'avait réellement mené en Enfer. Quelque chose qu'il avait fait ? Qu'il avait dit ? Qu'il avait vu ? Ou juste sa nature propre ? Des questions auxquelles il n'aurait certainement jamais de réponses, tout comme la raison qui a poussé son frère à faire ce geste. Il n'avait jamais eu d'explications, pourtant, il en avait demandé, à plusieurs reprises après l'avoir retrouvé dans ce monde-ci, à cette nouvelle époque. Sans aucun résultat.

Et Darkness Falls... Il n'eut pas le temps d'y penser que la porte se poussa. Les yeux s'ouvrirent, croisèrent ceux du médecin. Quelques mots, qui ne s'accrochaient pas à son esprit, et on lui injecta quelque chose dans les veines. Sédatifs, à l'effet que cela eut sur son organisme. Une dizaine de secondes avant que l'esprit ne s'embrouille et qu'il ne plonge dans un sommeil sans rêve.

**

Il faisait jour quand les yeux se rouvrirent une première fois. Il ne sut pas combien de temps il avait été maintenu dans ce sommeil si artificiel, mais il s'en moquait bien. En fait, il avait simplement envie d'un truc à grignoter et d'une douche. On lui apporta le premier, lui permit de faire le second dans la foulée. Les cicatrices laissées furent observées minutieusement, attentifs à la moindre possible infection. De longues minutes passées sous le crible des médecins, avant que de nouveaux bandages ne les recouvre. Cacher ces blessures qui lui faisaient si honte d'un côté. Il n'aimait pas fracturer son masque de froideur pour de telles idioties. Mais il n'avait pas le choix.

Le corps se reposa sur le dos dans le lit, les yeux se fermèrent. Quelques minutes, quelques heures. Au loin, il percevait une douce mélodie. Une de celles qui semblaient lui parler, sans qu'il ne sache réellement pourquoi. Il se laissa donc juste porter par les notes, lointaines, si lointaines... Il ne regretta pas de ne pas pouvoir bouger correctement, puisqu'il n'aurait pas pu pleinement profiter de la musique autant qu'il l'avait fait ici. Un vague sourire se dessina sur son visage, alors qu'il se replongeait inconsciemment dans des souvenirs plus heureux...

La porte se fermant lentement, suivie de bruits de talons. Une femme ? Que faisait-elle ici réellement ? La question germa dans son esprit. Il se serait presque plus attendu à Rafael qu'à une femme, puisqu'à part Lucrezia, il n'avait personne de réellement proche. Les paupières restèrent soudées, mais l'autre ne semblait pas vouloir partir. Toujours présente, sans le moindre mot. L'agacement se glissa dans les veines de l'homme, qui finit par ouvrir les yeux, se redressant soudainement. Le regard se heurta à une silhouette bien connue, lui coupant le souffle. Voilà la dernière personne qu'il aurait pensé recroiser un jour. Kate, qu'en bon connard qu'il était, il avait abandonné au beau milieu de l'Enfer. Le gorge se noua, mais les mots se frayèrent tout de même un chemin :

« Kate je... Que fais-tu ici ? Tu t'en es sortie... »

L'air devint soudainement plus pesant. Il n'était pas à l'aise, clairement pas. L'accent italien prenait le dessus dans son anglais, pourtant maîtrisé désormais. Ses entrailles se tordaient, pour peu, il vomirait le peu qu'il était parvenu à avaler jusque-là. Il aurait voulu poser mille et unes questions, s'excuser aussi, quand bien même c'était inutile. Mais il en était incapable. Finalement, il ressemblait à son aîné. Incapable d'expliquer les raisons de son geste. Incapable de s'excuser. Incapable de prendre les responsabilités, de les assummer. Il était parvenu à se cacher, à se dérober jusque-là, mais il fallait que son passé le rattrape.

« Cela faisait... Longtemps que nous ne nous étions pas revus... » Longtemps, c'était le mot. Quelques siècles. Les souvenirs se ravivaient dans son esprit. « Je ne pensais pas te revoir ici, ni dans cet état. »

Que pouvait-il bien raconter ? Peut-être parler du beau et mauvais temps ? Trop commun, mais ce serait un moyen d'éviter la conversation à venir... Puis un souvenir se rapprocha, une évocation d'un instrument que Kate maîtrisait. Evocation faite au cours d'une de leurs rares conversations, la barrière de la langue empêchant les deux d'aller plus loin.

« C'est toi qui jouais il y a quelques minutes ? »

Tout faire pour retarder l'échéance. Oh oui qu'il était lâche...

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MessageSujet: Re: Because every single moment will be precious [PV Orfeo]   Mar 20 Juin - 11:52

Long et lent murmure que le chant de sa respiration. Erratique, faible, fait de soubresauts légers qui se veulent discrets, vibrant en une harmonie discordante mais parfaite avec les tambourinements affolés de son cœur. A ses oreilles, le bruit sourd qui la coupe du monde aurait presque une saveur de symphonie nouvelle. La vérité, c’est que la mélopée est plutôt celle d’un souvenir qu’elle voulait effacer. Elle n’ose le croire, elle maudit le Destin, peut-être même Dieu, d’avoir guidé ses pas sur le chemin de la curiosité. Mais ne dit-on pas que celle-ci est un défaut ? Cela n’aura jamais été aussi vrai qu’à cet instant. Le regard perdu, Kate tente malgré tout de reprendre contenance, priant que l’homme dans ce lit ne s’éveille pas, que ses yeux restent clos. Une seconde même, elle l’espère dans un coma profond, ce qui ne l'obligerait en rien alors à affronter le passé qui se déchaîne dans le flot tempétueux de sa mémoire. Le masque de chair et de porcelaine, brisé une seconde plus tôt se reforme doucement. Dans un souffle plus fort, elle force son cœur à calmer sa danse insensée.

Pourtant, c’est comme si rien ne pouvait se maintenir lorsque deux yeux bleus osent s’ouvrir pour l’observer.

Une seconde, l’irritation. Et celle suivante, la surprise mêlée à l’incrédulité. Elle n’est pas certaine de pouvoir lire autre chose dans le regard de celui qu’elle avait considéré comme un élément important de sa vie, fut un temps. Ou peut-être ne veut-elle seulement pas lire autre chose. Instantanément, son corps s’est tendu. Et s’il lui avait seulement obéit, elle aurait reculé, voire même fuit. La perspective de s’en aller était bien plus alléchante que celle de rester. Plus sécuritaire. Sa seule satisfaction, en vérité, était de constater la gêne sur le visage d’Orfeo, la même qu’elle s’escrimait à dissimuler sous un sourire léger, un regard presque doux, fidèle miroir déformant, opposé à tout ce qu’elle ressentait vraiment. A l’envie de fuite finit par se substituer la colère sourde, la haine dense, la hargneuse vengeance qui brûle et bouillonne depuis si longtemps. Oh oui, elle n’a qu’une envie, lui hurler au visage toute la rancœur pourrie qui avait fini par avoir raison de l’innocence même, de l’espoir. Dès qu’il avait commencé à parler, elle sut qu’elle le détestait.

Mais il n’était sans doute pas encore temps de se nourrir de la vengeance. Elle n’avait rien entre ses doigts pour tirer des fils qui finiraient par l’étouffer, l’étrangler. Odieux imbécile, crétin, c’est là tout ce que tu as à dire, Orfeo ? Se dit-elle à elle même, le regardant avec une certaine insistance, sans parvenir à décoller la langue de son palais pour esquisser un mot. Dans sa gorge, sa voix est morte. Dans son regard, la colère brille, si froide qu’elle déchirait la moindre forme de fragilité. Et le sourire pourtant demeure, comme un mensonge arrogant balancé au visage de l’homme. Lui qui est si mal, lui qui semble se débattre, Kate elle en apprécie la saveur amère, un maigre récompense. Bien maigre oui, car elle souffre sans doute autant. Poupée brisée de porcelaine, pourtant si fidèlement recollée.

« C’est… aussi surprenant pour moi que ça l’est pour toi Orfeo. Je ne m’y attendais pas non plus. »

Terrible est son accent qui glisse sur sa langue, alors que la voix est si douce, si calme, mélodieuse et presque chantante. Mais l’allemand natal n’a jamais quitté le ton et le timbre de ses mots, malgré cet anglais qu’elle s’est forcée à apprendre dans cette nouvelle vie si étrange. Elle est surprise, un seconde, d’entendre chez Orfeo ce même défaut, elle qui le croyait plus intégré et fondu dans la masse qu’elle même ne l’était. D’un vestige d’affection demeuré dans son cœur en miette, le souvenir d’une autre vie remonte à elle. Et s’il ne semble en rien influencer ce bien joli masque qu’elle affiche, il vient malgré toute gangrener ses pensées tumultueuses. C’est une époque si lointaine que parfois ces instants du passé semblent bien flous. Pourtant, n’y a-t-il rien de mieux pour nourrir la rancœur que la mémoire de quelques moments brisés du bonheur ?

« Oui, longtemps. » Répète-t-elle avec une légère pointe de sarcasme, mais ne cédant pas à l’envie de répondre aux derniers mots qui font enfler sa colère un peu plus à chaque seconde. Dans cet état ? Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier hein…  croyait-il qu’elle était morte ? Espérait-il même qu’elle ne s’en soit pas sortie seule et que Darkness Falls ait eu raison de son existence ? Qu’il se rassure, Kate était bien morte dans cet endroit, dépossédée de tout ce qu’elle avait, de tout ce qui faisait d’elle une personne bien. Ne restait plus que les ruines sauvages et solitaires. Oh elle se garde bien de lui préciser oui. Endormir la proie a toujours été plus efficace. Qu’il croit, se fourvoie. Qu’il pense qu’elle n’est pas pleine de haine et de rage contre lui, même si en vérité, difficile qu’il en soit autrement. « J’ai eu de la chance, je suppose. » Ce qui n’était pas totalement faux, songe-t-elle une seconde. Mais certainement pas grâce à lui.

Il fuit. Il se débat. Pour mieux éviter l’évidence comme elle aussi le voulait il y a quelques minutes. Non qu’elle ait plus que lui l’envie d’affronter le passé qu’elle aurait eu grand plaisir à oublier mais… le goût de la revanche était bien plus satisfaisant que celui de la lâcheté. Et qu’il était lâche, Orfeo, de la lancer sur un sujet qu’elle aimait, qui était le seul pilier de sa vie désormais. Elle jette un regard au violon qu’elle tient contre sa poitrine, serré entre ses bras pour lui donner un peu de contenance. De courage. Malgré elle, son sourire se fait plus tendre. Elle se souvient lui en avoir déjà parlé, de cet amour pour la musique, dans les profondeurs de l’Enfer quand les choses n’étaient encore qu’innocence.

« C’est… oui. Je suis venue ici spécialement pour ça, à la demande du Gouvernement. Pour apaiser un peu les gens, leur permettre de se changer les idées. » Ce que cela pouvait sonner comme hypocrite. Elle même n’y croit pas et ne jouait pas par charité. Même si des gens avaient apprécié le geste, tout n’était là que pour les amadouer un peu plus. « Tu as entendu d’ici ? Tu… tu as aimé ? » S’attache-t-elle réellement à l’avis de cet homme ? Curieusement, il y avait peut-être un peu de cela. C’est qu’elle était fière, Kate, de sa musique et de son talent. Dans quelques élans de vanité, elle aimait à ce qu’on la complimente. Sans aucun doute.

« Et toi, qu’est-il arrivé ? Tes blessures ont l’air… graves. »

Ce n’était pas comme si cela l’intéressait vraiment au fond. Mais puisqu’il jouait le jeu pour esquiver la réalité, elle voulait bien lui donner cette chance avant de frapper. De toute façon, elle avait bien encore le temps pour cela, pas vrai ?
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