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 Because every single moment will be precious [PV Orfeo]

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MASTER OF ILLUSIONS

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MessageSujet: Because every single moment will be precious [PV Orfeo]   Mer 14 Juin - 11:37

Ouvrir les yeux ce matin là n’avait pas eu l’air si compliqué. Mais si elle avait su les conséquences d’une telle journée, Kate aurait sans doute préféré les laisser clos. A la réflexion, se perdre dans les songes et l’irréalité des rêves avait quelque chose de bien plus rassurant que d’affronter une réalité qu’elle pensait définitivement éteinte. Au mieux. Le passé était quelque chose dont, bien souvent, on ne voulait pas se rappeler, et la concernant, c’était on ne peut plus vrai. Non qu’elle n’en apprécie plus la saveur des jours heureux ou n’adore plus leur paisible murmure. Mais il y avait des choses, dans cet autrefois qui est le sien, qu’elle n’avait pas le courage d’affronter. Sans doute est-ce stupide, tant elle n’est plus l’enfant innocente qu’elle était jadis et qu’une vie entière s’était écoulée depuis. Mais les stigmates d’un coeur arraché et piétiné ne s'effaçaient pas à grand coup de pinceau magique. Ou dans son cas, par l’archet d’un violon savamment maîtrisé. Le temps n’était pas seul à pouvoir panser les plaies, et pour tous ceux ayant connus l’Enfer, ce temps était une chose toute relative qui faisait presque aussi peur que le chaos lui même. L’esprit fêlé comme un morceau de verre le resterait, sans jamais pouvoir se réparer totalement.

Non vraiment, si elle avait su, elle serait resté au fond de son lit, sous les couvertures douces et moelleuses qu’elle avait la chance de posséder. La vie n’avait pas toujours souri à Kate et l’espoir s’était muré dans le silence, mais elle n’était finalement pas si mal aujourd’hui. En tout cas, la sorcière n’avait pas à se plaindre de sa situation pour le moins confortable. Riche pouvait-on dire, dans cette ère de chaos et d’horreur, dans cette vie misérable et pathétique. Riche et chanceuse, exerçant son art comme son métier, chose qu’elle n’aurait jamais pu espérer dans une autre existence. Chanceuse et protégée, par ce Gouvernement que beaucoup s’escriment à critiquer. Mais elle croit en lui, Kate, car il est bien le seul à faire quelque chose pour sauvegarder ce qui peut encore l’être, quitte à se salir les mains dans un bain de sang. Elle le sait, elle n’est pas idiote ni aveugle. Elle est seulement convaincue que c’est pour l’instant la seule et la bonne solution. Sans ce Gouvernement, elle ne serait sans doute pas à la place qu’elle occupe aujourd’hui. Et elle en tire une certaine fierté, assurer le contraire serait un mensonge. Et la jeune femme ne s’en cachait pas le moins du monde. Elle brillait par sa musique et sa fidélité pour la société actuelle. Même si on avait osé lui mettre un toutou sur le dos, elle n’en tenait pas trop rigueur aux instances supérieures.

C’était pour elles, d’ailleurs, que la jeune femme s’était levée ce matin là, quittant son bel appartement des grands quartiers pour se rendre dans le grand hôpital de la Nouvelle-Orléans. La poudre aux yeux, le mensonge, l’image et la réputation, c’était pour toutes ces raisons que la musicienne de talent et compositrice du Gouvernement s’était déplacée en personne pour jouer dans ces lieux que l’on pensait abandonnés par les politiques. Il était important pourtant de faire croire que les petites gens, perdus dans le flot d’une population à la fois trop grande et trop instables, attiraient le regard des plus grands. Qu’au fond, on ne les oubliait pas. La vérité était toute autre, et Kate le savait bien. Elle jouait d’ailleurs avec ces pauvres âmes abandonnés, son coeur blessé se nourrissant de ce mensonge faisant sourire les esprits fragiles. Qu’ils croient à cette lumière, qu’ils se réchauffent dans son sillage… car elle aurait tôt fait de disparaître. Et cette simple constatation ne l’ébranlait même pas. Elle se satisfaisait pleinement du travail qu’elle exerçait, peu importe la triste réalité.

Comme ils aiment et apprécient l’attention, ces pauvres hères qui ne connaissent sa musique quand sur le sable de l’arène ou tout ce qui ponctue les interventions du Gouvernement. Mais ils sont tous captivés par les notes qui chantent mélodieusement à leurs oreilles, envoûtant les esprits pour apaiser peut-être, tromper surtout. Quand le dernier morceau finit d’être exécuté, le tonnerre d'applaudissement fait vrombir les murs et l’air, flattant l'ego de la sorcière dont le sourire doux n’avait à aucun instant quitté ses lèvres. Elle salut ce public improvisé qui en vérité ne l’intéresse que peu. Elle les remercie, reçoit des acclamations et merci en retour. Quelques silences aussi, de ceux qui ne sont sans doute pas dupes. Eux, elle les ignore avec superbe avec un arrogant rictus. Puis finalement, elle décide qu’elle irait bien faire un tour dans l’hôpital pour rencontrer peut-être des patients moins mobiles. Certes moins par charité que caprice, mais les autres n’y voient que du feu.

Kate aura tôt fait de regretter la faiblesse de son caractère.

Il y avait cette chambre à la porte ouverte. Elle n’y aurait sans doute pas jeté un oeil si elle n’avait pas entendu le bip régulier d’une machine signifiant un rythme cardiaque régulier. Vilaine curiosité qui la fait regarder. Accablante douleur qui la fait tressaillir. A côté d’elle, un médecin chargé de la guider s’interroge soudainement de son état, la voyant s’appuyer l’espace d’un instant, faiblement, sur le mur à côté de la porte. Ce n’est rien, qu’elle répond. Ce n’est rien. C’est en tout cas ce qu’il devrait en être. Sans doute la croit-elle choquée par ce qu’elle voit dans cette chambre, de l’état du patient qui n’a rien de très flatteur. Mais ce n’est pas tant les bandages et tout le reste qui l’a fait s’arrêter sur le seuil. Elle le connaît, murmure-t-elle à l’intention du médecin. Et curieusement, elle ne sait pas pourquoi elle a accepté qu’il la laisse seule pour aller le voir. Elle ne sait même pas pourquoi elle va le voir. Si elle s’était seulement écouté, elle aurait fait demi tour pour mieux fuir plus loin, comme elle l’avait déjà fait bien des fois en la compagnie de cet homme.

Sans doute est-il temps d’affronter son passé. Mais elle n’a qu’une envie, reculer. Alors si elle pénètre dans la pièce et ferme la porte à sa suite, elle garde une certaine distance avec le lit. Les talons claquent légèrement sur le sol à chacun de ses pas, mais c’est sans doute sa respiration altérée, légèrement moins serein, qui trahi sa présence. Dieu merci, il a les yeux fermés. Car elle n’est pas certaine, Kate, de pouvoir affronter un regard qu’elle déteste autant qu’elle l’a autrefois apprécié.
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MessageSujet: Re: Because every single moment will be precious [PV Orfeo]   Lun 19 Juin - 2:28


Because every single moment will be precious
Time is ticking away... ••• Silence seulement brisé par les bips réguliers des machines surveillant le corps inerte. Elles indiquaient que celui-ci était toujours en vie, miraculeusement aurait dit le médecin. Néanmoins, il ne restait de cette malencontreuse rencontre que des cicatrices, les blessures ayant été refermées par des moyens moins... Orthodoxes que la médecine moderne. Tout avait été caché sous les bandages, recouvrant une bonne partie du corps. Seul le visage dépassait, étrangement en opposition avec le reste, vierge de tous dégâts, comme s'il avait été protégé d'une quelconque manière, épargné peut-être par l'animal. Parce que oui, se faire réduire en charpie aussi violemment, cela nécessitait la présence d'une bête sauvage au moins. Assez énorme selon les diagnostiques, mais il faudrait que l'homme puisse parler pour que les experts en sachent plus. Pour l'instant, la pièce restait désespérément silencieuse, outre le métronome assourdissant des machines.

La fatigue pesait sur son corps, Orfeo le sentait bien. Chaque mouvement, même imperceptible, était une galère à effectuer, et il avait fini par abandonner l'idée de se redresser ou de revenir dans la réalité. Finalement, ne pas bouger lui permettait de se plonger dans ses pensées, ses souvenirs. Les événements se succédaient avec une rapidité folle. Il se revoyait sortir de la ville après avoir manipulé l'esprit des gardes, se perdre dans la forêt environnante malgré le danger qui rôdait, pour finir par tomber une bien pire. Une bête sauvage, ou ce qu'il avait identifié en tant que tel au premier abord. Un loup qui l'avait suivi, une traque dont il n'aurait jamais pu se sortir vivant mais la peur et l'adrénaline l'avait quand même poussé à se battre. La force du désespoir diront certains, et ils auraient raison pour le coup. La mort, il venait de la frôler une fois de plus. De si près cette fois, qu'il avait cru un instant qu'il retournerait en enfer. Des siècles supplémentaires à rajouter sous la capot, ou alors la fin pure et simple. Peut-être qu'il apprécierait finalement. Mourir, et ne plus être sur cette terre. Pourtant, une petite voix l'en empêchait. Certaines personnes qu'il ne voulait pas abandonner, même s'il avait été un expert de l'abandon pendant des décennies. Darkness Falls, que voulez-vous... Il avait cherché à fuir, à se créer ce masque de connard insensible bien loin de sa véritable nature. Mais il fallait se protéger, juste se protéger, quitte à détruire les autres...

Puis il revint plus longtemps en arrière. Avant sa première mort. Les souvenirs étaient d'autant plus flous que son cerveau incapable d'emmagasiner toutes les images et les sons. Son frère était l'être le plus clair dans sa mémoire, suivie d'Azzura. Cette dernière était décédée depuis quelques années à présent, et le souvenir de cette femme eut tendance à le briser. Il l'avait appréciée, en tant que grande sœur, celle s'occupant de lui avec Rafael. Et elle n'était plus désormais, rendant la relation avec son aîné d'autant plus chaotique. Celui-là-même qui avait allumé le brasier sous ses pieds, le tuant et le condamnant par la même occasion à Darkness Falls. S'il n'était pas mort, Orfeo savait qu'il n'aurait pas fini là-bas. Néanmoins, il ne savait pas ce qui l'avait réellement mené en Enfer. Quelque chose qu'il avait fait ? Qu'il avait dit ? Qu'il avait vu ? Ou juste sa nature propre ? Des questions auxquelles il n'aurait certainement jamais de réponses, tout comme la raison qui a poussé son frère à faire ce geste. Il n'avait jamais eu d'explications, pourtant, il en avait demandé, à plusieurs reprises après l'avoir retrouvé dans ce monde-ci, à cette nouvelle époque. Sans aucun résultat.

Et Darkness Falls... Il n'eut pas le temps d'y penser que la porte se poussa. Les yeux s'ouvrirent, croisèrent ceux du médecin. Quelques mots, qui ne s'accrochaient pas à son esprit, et on lui injecta quelque chose dans les veines. Sédatifs, à l'effet que cela eut sur son organisme. Une dizaine de secondes avant que l'esprit ne s'embrouille et qu'il ne plonge dans un sommeil sans rêve.

**

Il faisait jour quand les yeux se rouvrirent une première fois. Il ne sut pas combien de temps il avait été maintenu dans ce sommeil si artificiel, mais il s'en moquait bien. En fait, il avait simplement envie d'un truc à grignoter et d'une douche. On lui apporta le premier, lui permit de faire le second dans la foulée. Les cicatrices laissées furent observées minutieusement, attentifs à la moindre possible infection. De longues minutes passées sous le crible des médecins, avant que de nouveaux bandages ne les recouvre. Cacher ces blessures qui lui faisaient si honte d'un côté. Il n'aimait pas fracturer son masque de froideur pour de telles idioties. Mais il n'avait pas le choix.

Le corps se reposa sur le dos dans le lit, les yeux se fermèrent. Quelques minutes, quelques heures. Au loin, il percevait une douce mélodie. Une de celles qui semblaient lui parler, sans qu'il ne sache réellement pourquoi. Il se laissa donc juste porter par les notes, lointaines, si lointaines... Il ne regretta pas de ne pas pouvoir bouger correctement, puisqu'il n'aurait pas pu pleinement profiter de la musique autant qu'il l'avait fait ici. Un vague sourire se dessina sur son visage, alors qu'il se replongeait inconsciemment dans des souvenirs plus heureux...

La porte se fermant lentement, suivie de bruits de talons. Une femme ? Que faisait-elle ici réellement ? La question germa dans son esprit. Il se serait presque plus attendu à Rafael qu'à une femme, puisqu'à part Lucrezia, il n'avait personne de réellement proche. Les paupières restèrent soudées, mais l'autre ne semblait pas vouloir partir. Toujours présente, sans le moindre mot. L'agacement se glissa dans les veines de l'homme, qui finit par ouvrir les yeux, se redressant soudainement. Le regard se heurta à une silhouette bien connue, lui coupant le souffle. Voilà la dernière personne qu'il aurait pensé recroiser un jour. Kate, qu'en bon connard qu'il était, il avait abandonné au beau milieu de l'Enfer. Le gorge se noua, mais les mots se frayèrent tout de même un chemin :

« Kate je... Que fais-tu ici ? Tu t'en es sortie... »

L'air devint soudainement plus pesant. Il n'était pas à l'aise, clairement pas. L'accent italien prenait le dessus dans son anglais, pourtant maîtrisé désormais. Ses entrailles se tordaient, pour peu, il vomirait le peu qu'il était parvenu à avaler jusque-là. Il aurait voulu poser mille et unes questions, s'excuser aussi, quand bien même c'était inutile. Mais il en était incapable. Finalement, il ressemblait à son aîné. Incapable d'expliquer les raisons de son geste. Incapable de s'excuser. Incapable de prendre les responsabilités, de les assummer. Il était parvenu à se cacher, à se dérober jusque-là, mais il fallait que son passé le rattrape.

« Cela faisait... Longtemps que nous ne nous étions pas revus... » Longtemps, c'était le mot. Quelques siècles. Les souvenirs se ravivaient dans son esprit. « Je ne pensais pas te revoir ici, ni dans cet état. »

Que pouvait-il bien raconter ? Peut-être parler du beau et mauvais temps ? Trop commun, mais ce serait un moyen d'éviter la conversation à venir... Puis un souvenir se rapprocha, une évocation d'un instrument que Kate maîtrisait. Evocation faite au cours d'une de leurs rares conversations, la barrière de la langue empêchant les deux d'aller plus loin.

« C'est toi qui jouais il y a quelques minutes ? »

Tout faire pour retarder l'échéance. Oh oui qu'il était lâche...

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Look at what he can do. Let him show the world how powerful we can be. Because those with the greatest power protect those without. 



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MessageSujet: Re: Because every single moment will be precious [PV Orfeo]   Mar 20 Juin - 11:52

Long et lent murmure que le chant de sa respiration. Erratique, faible, fait de soubresauts légers qui se veulent discrets, vibrant en une harmonie discordante mais parfaite avec les tambourinements affolés de son cœur. A ses oreilles, le bruit sourd qui la coupe du monde aurait presque une saveur de symphonie nouvelle. La vérité, c’est que la mélopée est plutôt celle d’un souvenir qu’elle voulait effacer. Elle n’ose le croire, elle maudit le Destin, peut-être même Dieu, d’avoir guidé ses pas sur le chemin de la curiosité. Mais ne dit-on pas que celle-ci est un défaut ? Cela n’aura jamais été aussi vrai qu’à cet instant. Le regard perdu, Kate tente malgré tout de reprendre contenance, priant que l’homme dans ce lit ne s’éveille pas, que ses yeux restent clos. Une seconde même, elle l’espère dans un coma profond, ce qui ne l'obligerait en rien alors à affronter le passé qui se déchaîne dans le flot tempétueux de sa mémoire. Le masque de chair et de porcelaine, brisé une seconde plus tôt se reforme doucement. Dans un souffle plus fort, elle force son cœur à calmer sa danse insensée.

Pourtant, c’est comme si rien ne pouvait se maintenir lorsque deux yeux bleus osent s’ouvrir pour l’observer.

Une seconde, l’irritation. Et celle suivante, la surprise mêlée à l’incrédulité. Elle n’est pas certaine de pouvoir lire autre chose dans le regard de celui qu’elle avait considéré comme un élément important de sa vie, fut un temps. Ou peut-être ne veut-elle seulement pas lire autre chose. Instantanément, son corps s’est tendu. Et s’il lui avait seulement obéit, elle aurait reculé, voire même fuit. La perspective de s’en aller était bien plus alléchante que celle de rester. Plus sécuritaire. Sa seule satisfaction, en vérité, était de constater la gêne sur le visage d’Orfeo, la même qu’elle s’escrimait à dissimuler sous un sourire léger, un regard presque doux, fidèle miroir déformant, opposé à tout ce qu’elle ressentait vraiment. A l’envie de fuite finit par se substituer la colère sourde, la haine dense, la hargneuse vengeance qui brûle et bouillonne depuis si longtemps. Oh oui, elle n’a qu’une envie, lui hurler au visage toute la rancœur pourrie qui avait fini par avoir raison de l’innocence même, de l’espoir. Dès qu’il avait commencé à parler, elle sut qu’elle le détestait.

Mais il n’était sans doute pas encore temps de se nourrir de la vengeance. Elle n’avait rien entre ses doigts pour tirer des fils qui finiraient par l’étouffer, l’étrangler. Odieux imbécile, crétin, c’est là tout ce que tu as à dire, Orfeo ? Se dit-elle à elle même, le regardant avec une certaine insistance, sans parvenir à décoller la langue de son palais pour esquisser un mot. Dans sa gorge, sa voix est morte. Dans son regard, la colère brille, si froide qu’elle déchirait la moindre forme de fragilité. Et le sourire pourtant demeure, comme un mensonge arrogant balancé au visage de l’homme. Lui qui est si mal, lui qui semble se débattre, Kate elle en apprécie la saveur amère, un maigre récompense. Bien maigre oui, car elle souffre sans doute autant. Poupée brisée de porcelaine, pourtant si fidèlement recollée.

« C’est… aussi surprenant pour moi que ça l’est pour toi Orfeo. Je ne m’y attendais pas non plus. »

Terrible est son accent qui glisse sur sa langue, alors que la voix est si douce, si calme, mélodieuse et presque chantante. Mais l’allemand natal n’a jamais quitté le ton et le timbre de ses mots, malgré cet anglais qu’elle s’est forcée à apprendre dans cette nouvelle vie si étrange. Elle est surprise, un seconde, d’entendre chez Orfeo ce même défaut, elle qui le croyait plus intégré et fondu dans la masse qu’elle même ne l’était. D’un vestige d’affection demeuré dans son cœur en miette, le souvenir d’une autre vie remonte à elle. Et s’il ne semble en rien influencer ce bien joli masque qu’elle affiche, il vient malgré toute gangrener ses pensées tumultueuses. C’est une époque si lointaine que parfois ces instants du passé semblent bien flous. Pourtant, n’y a-t-il rien de mieux pour nourrir la rancœur que la mémoire de quelques moments brisés du bonheur ?

« Oui, longtemps. » Répète-t-elle avec une légère pointe de sarcasme, mais ne cédant pas à l’envie de répondre aux derniers mots qui font enfler sa colère un peu plus à chaque seconde. Dans cet état ? Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier hein…  croyait-il qu’elle était morte ? Espérait-il même qu’elle ne s’en soit pas sortie seule et que Darkness Falls ait eu raison de son existence ? Qu’il se rassure, Kate était bien morte dans cet endroit, dépossédée de tout ce qu’elle avait, de tout ce qui faisait d’elle une personne bien. Ne restait plus que les ruines sauvages et solitaires. Oh elle se garde bien de lui préciser oui. Endormir la proie a toujours été plus efficace. Qu’il croit, se fourvoie. Qu’il pense qu’elle n’est pas pleine de haine et de rage contre lui, même si en vérité, difficile qu’il en soit autrement. « J’ai eu de la chance, je suppose. » Ce qui n’était pas totalement faux, songe-t-elle une seconde. Mais certainement pas grâce à lui.

Il fuit. Il se débat. Pour mieux éviter l’évidence comme elle aussi le voulait il y a quelques minutes. Non qu’elle ait plus que lui l’envie d’affronter le passé qu’elle aurait eu grand plaisir à oublier mais… le goût de la revanche était bien plus satisfaisant que celui de la lâcheté. Et qu’il était lâche, Orfeo, de la lancer sur un sujet qu’elle aimait, qui était le seul pilier de sa vie désormais. Elle jette un regard au violon qu’elle tient contre sa poitrine, serré entre ses bras pour lui donner un peu de contenance. De courage. Malgré elle, son sourire se fait plus tendre. Elle se souvient lui en avoir déjà parlé, de cet amour pour la musique, dans les profondeurs de l’Enfer quand les choses n’étaient encore qu’innocence.

« C’est… oui. Je suis venue ici spécialement pour ça, à la demande du Gouvernement. Pour apaiser un peu les gens, leur permettre de se changer les idées. » Ce que cela pouvait sonner comme hypocrite. Elle même n’y croit pas et ne jouait pas par charité. Même si des gens avaient apprécié le geste, tout n’était là que pour les amadouer un peu plus. « Tu as entendu d’ici ? Tu… tu as aimé ? » S’attache-t-elle réellement à l’avis de cet homme ? Curieusement, il y avait peut-être un peu de cela. C’est qu’elle était fière, Kate, de sa musique et de son talent. Dans quelques élans de vanité, elle aimait à ce qu’on la complimente. Sans aucun doute.

« Et toi, qu’est-il arrivé ? Tes blessures ont l’air… graves. »

Ce n’était pas comme si cela l’intéressait vraiment au fond. Mais puisqu’il jouait le jeu pour esquiver la réalité, elle voulait bien lui donner cette chance avant de frapper. De toute façon, elle avait bien encore le temps pour cela, pas vrai ?
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MessageSujet: Re: Because every single moment will be precious [PV Orfeo]   Sam 15 Juil - 18:57


Because every single moment will be precious
Time is ticking away... ••• Corps brisé, à l'image de cette âme qu'il tentait pourtant de réparer. Illusions subtiles de force, de puissante, dans lesquelles il s'enveloppait. Il arrivait à se jouer de certains, à faire croire à la majorité qu'il allait bien, mais cela faisait bien longtemps qu'il avait perdu son bonheur. D'ailleurs, avait-il déjà été heureux ? A chaud, il dirait que oui. Avant sa mort, à cette époque où tout paraissait si différent, à travers la lentille de sa maladie. Un retard qui l'avait poussé à être heureux, dans son monde, si loin des préoccupations de son grand-père. Et après ? Darkness Falls avait été une tombe. Sa lucidité soudaine lui avait fait prendre conscience de l'horreur à l'état pur. Et... Un moment un peu moins désespéré. Kate, celle dont la silhouette se tenait désormais face à lui. Douloureux souvenir. Ces décennies passées ensemble, à survir la plupart du temps, certes, mais cela avait rendu la solitude moins âcre, moins amère. Et il avait fallu qu'il fuit. Qu'il disparaisse. Finalement, il n'avait jamais valu plus que son aîné. Ce devait être génétique à ce point. Faire souffrir ceux qu'on apprécie, ceux qui nous entourent. Se penser si supérieur qu'aucune explication sur un geste n'avait besoin d'être donné. Tout prendre pour acquis, et tout laissser tomber du jour au lendemain si nécessaire. Sans un mot. Sans un murmure.

Il la détailla, cette femme aux traits si angéliques. Même l'enfer n'était pas parvenu à les faire disparaître. Un regard insistant, presque trop au vu de l'abandon qu'elle avait subi. Avant de détourner le regard, légèrement, de chercher à fuir la confrontation, pourtant inévitable. Ah, il était trouillard le petit Orfeo, incapable de faire face à ses responsabilités. Aussi ne voulait-il pas se rendre compte de ce qu'il était, si semblable à son aîné dans son comportement. Cet aîné qu'il haïssait rejeter. Un sujet qu'il n'avait jamais abordé avec la jeune femme. Ils n'avaient aucune langue en commun pour permettre une réelle discussion, tout du moins, avant aujourd'hui. De plus, ils avaient autre chose à penser que ressasser leur passé respectif. Définitivement. Ils connaissaient peu l'autre, et cela ne les avait jamais dérangés. C'était mieux ainsi certainement, Kate aurait-elle fait confiance à un ancien autiste, puisque c'était ce qu'il devait être ? Bon, à vrai dire, il n'en savait rien, mais en se basant sur son passé... Il se doutait que tout n'aurait pas été tout rose. Malheureusement.

La voix de son interlocutrice retentit, enveloppée de cet accent allemand qui ne l'avait jamais quitté. Cette remarque, purement pensée, ne manqua pas de faire sourire l'italien. Comme lui ne s'était jamais débarrassé du sien. Cette marque de son passé, ancrée en lui. Une marque de fabrique. C'était ainsi qu'on le reconnaissait à la caserne. Cet accent chantant, rapellant les côtes méditerrannéennes à ceux les ayant connues. Cette réflexion le faisait toujours rire, puisque lui ne les avait jamais vues. Pas une seule fois. Il aurait bien aimé finalement... Mais tout ce qu'il avait comme vision de l'Italie, c'était la maigre vue qu'offrait sa chambre sur l'extérieur. Si peu de choses comparaît aux merveilles que ce pays pouvait offrir. Il s'en rendait compte avec Lucrezia, quand elle lui racontait ce qu'elle avait vu elle, au cours de son existence. Avant que tout ne bascule dans l'horreur. D'ailleurs, c'était plutôt elle qu'il se serait attendu à voir. Bon, l'un dans l'autre, il ne savait pas bien si ça aurait été mieux. La neurologue lui aurait passé un savon, elle qui avait tendance à se comporter comme une mère à son encontre, n'ayant pas connaissance de son âge ou de sa nature. Alors que Kate... Elle semblait plus calme. Trop calme. Et autant l'avouer, il n'était pas forcément très à l'aise dans la situation...

Il la laissa parler, souhaitant avoir plus d'informations, comprendre ce qu'elle faisait ici. Si elle lui en voulait aussi, bien qu'il se doutait de la réponse. Avoir de la chance. Ce n'était pas qu'une question de chance. Et puis, il était soulagé de la voir ici, en vie. Elle prouvait qu'une femme pouvait s'en sortir seule, entière. Du moins, c'était l'illusion que Kate donnait, et lui ne chercha pas à aller plus loin. Pour se rassurer. Juste pour se rassurer. Il la sentit néanmoins changer à l'évocation de son art favori. Le violon. La première remarque à ce sujet remontait à peu de temps avant leur rencontre. Il s'en souvenait, comme toujours. Puis, comment ne pas s'en rappeler, lorsque la jeune femme tenait contre elle l'instrument. Elle avait retrouvé une place ici, à n'en pas douter. Et cela... apaisait Orfeo. Réellement. Se dire qu'elle était bien aujourd'hui, à sa place... Oui, cela lui ôtait une certaine culpabilité. Même si ce n'était qu'apparence, et qu'il allait regretter encore plus par la suite. Mais c'était mieux ainsi, il le méritait.

A la demande du Gouvernement. Les iris bleues se refroidirent, les muscles se tendirent, réveillant la douleur sommeillant en leur sein. Il n'aurait jamais pensé la retrouver de ce côté-là. Cette dictature qu'il haïssait, même s'il n'était toujours pas parvenu à rejoindre un quelconque groupe de résistants. Trop violents pour lui. Il voulait rendre leur liberté aux êtres vivants, pas les aliéner à un autre type de tyrannie... S'il avait aimé... Evidemment. Il y avait un quelque chose dans la musique qui l'avait toujours attiré. Peut-être parce qu'il s'agissait des seuls sons que sa mémoire d'avant retenait. Alors, il s'y accrochait aujourd'hui, allant jusqu'à apprendre à jouer du piano. Inutile, puisqu'il ne parvenait pas à reproduire les sons qu'il recherchait.

« Il n'y a pas de chance qui tienne dans de telles conditions. » Pause, hésitation palpable. Les doigts se serrèrent autour du drap, doigts enveloppés de bandages blancs. Si blancs, comme toute cette putain de pièce. « Je suis... Heureux que tu ailles bien. »

Que tu sois encore en vie serait plus juste, mais il y avait quelque chose d'assez... Glauque dans cette formulation qui ne lui plaisait pas forcément. Alors, il avait changé, était resté sur quelque chose d'assez simple. Peut-être que Kate lui ferait une remarque là-dessus. Comme son frère. La rage se glissa dans ses entrailles, alors qu'il tentait de garder le visage le plus neutre possible. Une rage, mêlée à bien d'autres sentiments. Un curieux mélange, risquant de le faire chuter sous peu. Pourtant, il faudrait mieux qu'il évite de les laisser sortir.

« Je comprends, pour apaiser les maux qui tourmentent leurs pauvres âmes... » Tout ça à cause du Gouvernement. De ses membres pourris jusqu'à la moëlle. Mais il se tut. Il tut ce dégoût envers cette dictature qui brûlait dans ses veines. « Oui, j'ai entendu. Cela me rappelle que je n'avais jamais eu le droit à une performance de ta part. C'était très beau. »

La pure vérité. Oh, il aurait pu être un peu plus manipulateur. Se jouer d'elle, se foutre de son art. Néanmoins, il n'en avait pas la force aujourd'hui. Pas après avoir manqué de se faire bouffer vivant par son propre frère. Alors, il avait dit ce qu'il pensait. C'était beau. C'était vrai. C'était juste. Ce n'était pas étonnant que le Gouvernement l'envoie elle plutôt qu'un autre. Une artiste, ça soulageait les cœurs, ça offrait un peu de répit dans un monde qui n'en laissait aucun. Une artiste n'effrayait pas la population. Il en avait conscience, tellement conscience...

« Je me suis juste retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Un sauvetage à la frontière du mur qui a mal tourné. Ca n'est pas bien grave. »

Il haussa les épaules, ignorant la douleur qu'un tel geste lui procurait. Il gardait son visage de marbre malgré tout. Pour ne pas apparaître comme faible certainement. Foutue fierté mal placée.

« Alors, tu travailles pour le Gouvernement maintenant ? C'est une bonne place... »

Retenir le dégoût que cela lui inspirait. Juste le retenir, Kate n'avait pas à le savoir...

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MessageSujet: Re: Because every single moment will be precious [PV Orfeo]   Sam 29 Juil - 18:21

Ils sont comme deux adversaires, se regardant en chien de faïence dans un silence de mort. Nulle animosité encore, mais si elle avait dû paraître dans un regard, aurait sans doute fait vibrer les pupilles claires de Kate, embrasant l’air comme une traînée de poudre. Mais c’est le calme serein qui semble au contraire éclairer ses iris, le calme qui est semblable à celui qui cache une tempête. Ce calme qui n’est pas naturelle, qui sous ses voiles masquait une réalité bien différente, bien moins harmonieuse. Elle sait, la violoniste, que ce masque ne fait pas vrai, au vu du passif qui existe entre elle et Orfeo. Mais il était délicieux de constater que ce froid visage n’exprimant que douceur chatouillait le doute de l’homme devant elle, à tel point qu’il n’avait pas le courage de la regarder dans les yeux. Jeu exquis qui se solderait tôt ou tard par un brasier fatal, nourrit de cris jamais exprimés et de morceaux de cœur piétinés. Ce jour ou un autre, qui sait. La confrontation viendrait tôt ou tard entre eux. Et si aujourd’hui n’était pas le bon, alors demain le serait peut-être, et ainsi de suite jusqu’à ce que le Destin se décide à jouer différemment sa mélodie cruelle.

Oh si cruelle oui.

Pensait-il réellement que ses mots seraient capables d’apaiser la douleur ? De rassurer d’un passé de torture et d’horreur ? De faire oublier l’amertume de l’abandon et des longs silences ? Comme si les paroles étaient suffisantes… Comment si elles avaient la moindre valeur. C’en était risible, pathétique. Chaque mot glisse comme mélodie dissonante, comme une fausse note sur la partition parfaite. Et la seule chose qui semble un tant soit peu harmonieuse dans cette fugue, c’est ce regard tout à coup froid chez Orfeo, ces pupilles qui se voilent de glace, ce froncement imperceptible des sourcils qui juge, qui semble… déplut ? Oh comme cela importe peu, en réalité. Mais quelle belle satisfaction que de le perturber ainsi, à tel point que Kate en eut un léger rictus, froissant au passage, l’espace d’un silence, le masque tout sourire qui lui faisait office de visage.

« N’en soit pas si sûr. A moins que cela ne tienne du miracle. » En étant tout à fait honnête, Kate n’aurait su dire de quelle manière elle s’en était sortie dans les profondeurs absolues de Darkness Falls. Si la chance n’avait pas joué de sa mélodie pour elle, alors qui avait bien pu la guider sur le chemin de la survie ? L’instinct certainement. Et son cœur meurtri qui n’avait fait que se servir des autres pour arriver à ses fins. C’est ce que lui avait apprit Orfeo en l’abandonnant, après tout. Piètre menteur est-il, sa remarque sur ses états d’âme fait avoir à la jeune femme un léger rire. Dans son timbre mélodieux, nul amusement, juste la moquerie. Elle ne peut s’empêcher de répliquer avec une légèreté si terrible : « Ah oui ? C'est gentil. »  Doux rire, plein d'amertume. « Si ce n’était toi qui me l’avais dit, je n’y aurais pas cru. » Et elle n’y croit pas. Elle se moque bien des mots, elle en joue et se persuade qu’il en est de même pour Orfeo. Comment pouvait-il être heureux de la savoir en vie après tout ? Lui qui n’avait pas eu beaucoup de scrupules à l’abandonner au cœur de l’horreur sans un regard pour elle, sans un mot à lui adresser. Il ne pouvait que mentir. Mentir pour se rassurer. Se dédouaner de l’affaire comme on le ferait pour un pauvre animal de compagnie. Elle n’est pas particulièrement blessée dudit mensonge d’ailleurs, cela donne simplement une raison de plus pour se venger.

Ainsi, il a aimé sa performance. Devait-elle s’en réjouir ? L’orgueil de l’artiste se gonflait de plaisir face au compliment. C’était ce qu’elle avait attendu et certainement se serait-elle grandement vexée si la réponse n’avait point été celle-ci. Mais elle lui en veut à nouveau d’oser évoquer le passé, comme un souvenir qui se voudrait doux, sur ces moments qu’ils avaient vécus à deux. Jamais elle n’avait pu jouer pour lui, juste pour lui, c’était vrai. Dans cette autre vie, alors que tout n’était pas encore brisé, elle aurait pu le faire. Elle aurait voulu le faire. Jouer pour cet homme qui l’avait sauvé, qui avait veillé sur elle. Elle le pensait fiable, elle pensait qu’il voudrait la garder à ses côtés pour la protéger. Jouer pour lui aurait été une bien maigre récompense, un cadeau pour le remercier. Un cadeau sincère. Mais il n’y avait jamais rien eu de vrai. Rien sinon la douleur. Darkness Falls n’offrait après tout que ça. Les mains serrées sur l’étui du violon semblent pendant une seconde se raffermir un peu plus, son regard se perdre dans le vague et revenir à la réalité.

« Tu aurais pu, si tu étais resté. » Elle n’évoque pas quoi, elle n’évoque pas quand. Il n’y a pas besoin de préciser, il n’y a pas besoin d’en rajouter. Le reproche est perceptible dans sa voix, et plus encore dans son regard qui perce le voile de douceur pour se poser avec aigreur dans celui d’Orfeo. Une haine si vite éclipsée, remplacée par le masque habituel qui semble s’éclairer : « Je suppose que c’est parce que tu n’étais pas sensible à ce genre de chose. Mais c’est gentil de complimenter. » Fit-elle sur un ton presque enjoué, dissonant avec violence du ton précédemment employé. Elle le sait, elle en joue, pour mieux perturber et tromper, car elle ne souhaite plus attendre pour au moins frapper. Juste ce qu’il faut pour faire mal. Elle avait pourtant perçu la sincérité dans les mots du jeune homme, mais cela n’avait pas la moindre importance. Hautaine, c’est comme si elle avait marché dessus du haut de ses talons, écrasant sans la moindre pitié – et un soupçon de plaisir – cette vérité qui avait franchi les lèvres d’Orfeo. L’air de rien, elle vient s’asseoir sur le bord du lit, déposant aux pieds de celui-ci son violon, parfaitement consciente du malaise et prête à l’affermir. « Et toi, ta pauvre âme tourmentée a-t-elle été apaisée ? » Ment donc, Orfeo. Ment encore, toujours, esquive. Kate savait qu’elle n’aurait pas de véritable réponse, qu’il se cacherait, qu’il fuirait. Comme toujours. Oh sourire arrogant qui l’affronte, sourire mesquin.

Sourire qui ne s’efface guère, quand par quelques mots, Orfeo explique les raisons de son hospitalisation. Elle est néanmoins surprise, mais sa réponse ne peut s’empêcher d’être sombre, mélangé d’une taquinerie vacharde, d’une méchanceté feinte par un rire. « Ah parce que tu sauves des vies maintenant ? Tu en reviens à tes anciennes occupations ? » Par culpabilité, peut-être, semble crier son regard, qui quitte celui de son interlocuteur pour observer son état général, les bandages et les pansements qui parcourent son corps. Chaque attaque verbale était si délicieuse sur son palais... « Ce devait être sacrément dangereux néanmoins, vu ton état. » Semble-t-elle y porter la moindre attention ? L’usage le voulait, la vérité était toute autre. Il n’avait, après tout, pas l’air de beaucoup souffrir.

« Excellente place oui ! Je jouis des meilleurs avantages et je peux exercer mon art comme je l’entends. Sans le Gouvernement je n'en serais pas là, il m'a beaucoup aidé. »

Chaque mot, elle le pense. Chaque pensée est sincère. Car sans lui, elle ne serait rien. Sans le Gouvernement elle serait sans doute morte. Tout n’était peut-être pas beau, mais tous les efforts étaient fournis malgré tout. Penser autrement, c’était n’être qu’un imbécile, aux yeux de la jeune femme.

« Et toi donc, le sauvetage ? Cela te réussi on dirait. »

_________________


Moonlight sonata
"Par deux fois, j'ai écouté le son de mon coeur :  sa symphonie nouvelle et son tempo renversant, vibrant d'une intensité délicieuse ; son requiem funèbre, sa fugue et l'assonance ratée d'une existence entière, amère. ©endlesslove.
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Because every single moment will be precious [PV Orfeo]

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