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 Toutes les eaux sont couleur de noyade. [Matthias ♥]

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RUNNING TO STAND STILL

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Numb ; The Exies - Creeper Kamikaze ; Silversun Pickups - Sort Of ; Metallica - Until It Sleeps ;
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MessageSujet: Toutes les eaux sont couleur de noyade. [Matthias ♥]   Sam 17 Juin - 18:51


« Toutes les eaux sont couleur de noyade. »



Matthias & Katsiaryna
featuring
Il y avait à la Nouvelle-Orléans souvent plus d’envers que d’endroits, plus de cauchemars que de rêves, plus d’abandon que d’attente. Âpre alors l’herbe tendre qui, autrefois, fondait ordinairement sous les corps, lugubre la rumeur des points d’eau, sanguins les astres d’un ciel couchant que l’on frémissait de compter par milliers ; autour des arbres du bayou, comme une parure inélégante en fil de fer, les branches ne figuraient plus que des dos rompus.
Il y avait assurément dans le paysage sans rachat de la Nouvelle-Orléans une poésie déchiffrable pour l’œil sensible et averti ; mais Katsiaryna n’était plus – n’avait jamais été – de ces lecteurs capables d’extraire la beauté de toute chose ; la défiguration apocalyptique de cet asile de fortune n’était qu’un enlaidissement infécond et celui-ci l’émouvait comme un ventre putride grouillant de larves peut émouvoir un cœur – en le soulevant haut, très haut, jusqu’au dégorgement.
La plus petite seconde d’inattention ne lui aurait pas permis de s’élancer immédiatement à la poursuite des quelques mafieux qui s’étaient candidement hasardés à leur fausser compagnie plutôt que de se montrer coopératifs ce soir-là. La plus petite seconde d’inattention ne lui aurait pas permis de ramener à sa juste proportion l’effleurement sans conséquence d’une balle sur sa peau. La plus petite seconde d’inattention ne lui aurait pas permis de se soustraire aux aspérités des trop nombreux chemins piégés par lesquels on essayait insolemment de la distancer.
Les descentes dans les repaires de trafiquants étaient devenues des missions de routine pour la Milice. Il arrivait que plusieurs Shadowhunters s’ajoutent à l’unité de Peacekeepers mobilisée lorsque l’on soupçonnait le groupe à démanteler d’abriter quelques voleurs d’énergie ; susceptibles de devenir dangereux dans les situations les plus critiques, poussés à l’être – par les miliciens eux-mêmes – sous l’aiguillon de la douleur ou de provocations plus ou moins subtiles pour que leur nature se révèle enfin et que « justice » soit doublement faite.
Elle pensait poursuivre l’un de ceux-là, le talonnant jusqu’au Chef Menteur Bridge dont l’axe matérialisa la ligne de mire de son arme à feu, inutilisable dans la sinuosité des ruelles qu’ils venaient de quitter. Son bras gauche en absorba le recul et un cri répondit bientôt à la déflagration. Mais elle vit l’homme tituber dangereusement, trébucher contre l’une des failles qui zébraient le pont et ruer en avant dans une maladroite tentative de se rétablir ; tout un pan du garde-corps fragilisé par les ans céda sous son poids.
L’agacement faillit la faire suffoquer. Dès qu’elle eut rengainé son arme, Katsiaryna rejoignit le fuyard en quelques foulées ; ses deux mains se refermèrent aussitôt sur son avant-bras et la brusque inclinaison de son buste fit battre son sang plus fort encore à ses tempes. Une volée de flocons lumineux moucheta sa vue l’espace d’une seconde. Elle s’entendit à peine murmurer quelque chose comme « Tu ne vas tout de même pas te laisser attraper sans montrer de quoi tu es capable ? » qu’un éclat métallique luisit dans un mouvement ascendant pour lui mordre le poignet. Elle dut se résoudre à laisser l’homme sombrer dans l’eau pour se dérober à l’attaque.

Le corps reparut à la surface quelques mètres plus loin, emporté par le courant et lesté par sa jambe blessée. Profitant de ce qu’un autre Shadowhunter courait déjà sur la berge pour en suivre le cheminement, Katsiaryna s’occupa d’alerter le corps de sapeurs-pompiers chargé de surveiller le pont qui menaçait de s’écrouler à tout moment.

Quelques instants plus tard, le corps alourdi du fuyard était péniblement hissé sur la terre ferme par deux pompiers ; un troisième, jusqu’alors armé d’une perche, leur prêta bientôt main forte. Katsiaryna s’approcha pour observer les résultats des manœuvres de réanimation, sans pudeur ni attendrissement. L’affaire n’avait que trop duré et la perspective d’avoir à supporter d’autres détours et temporisations lui crispait la mâchoire de contrariété. « Puisque vous n’avez pas la bouche pleine, commença-t-elle très sérieusement à l’attention du jeune homme qui se tenait en retrait pendant que son coéquipier assurait la ventilation artificielle du noyé, peut-être allez-vous pouvoir me dire s’il a des chances de survie ? » Une âme ingénue aurait sans doute pu croire qu’elle s’enquérait avec sollicitude du sort de la victime, empêtrée dans une maladresse sentimentale que l’appréhension redoublait. Mais il n’y avait plus aucune âme ingénue à la Nouvelle-Orléans, n’est-ce pas, et le flegme tranchant de sa voix ne tarda pas à confirmer ce que son uniforme noir permettait déjà de soupçonner : « Son corps doit être remis à la Milice, quoi qu’il en soit ; j’aimerais cependant que vous fassiez en sorte qu’il puisse comparaître devant ses juges. L’arène attend cet homme. » Katsiaryna manquait cruellement de délicatesse mais ne sut alors pas à quel point : elle n’avait pas encore reconnu l’ancien vainqueur qui figurait parmi les sapeurs-pompiers ; celui qu’elle venait tout juste d’interroger.




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↳ Opinion Politique : Ancien vainqueur des jeux établis dès 2012, durant la seconde campagne, Matthias s'est vu embrigader de force dans la propagande du gouvernement. La rancune couve cela dit, féroce.
↳ Niveau de Compétences : Un briquet capable d'aspirer les flammes environnantes. Feu de cheminée ou petits brasiers, une fois le chargeur rempli, les flammes peuvent être réutilisées comme le gaz d'un briquet classique. A recharger uniquement de cette manière, sinon il ne fonctionnera pas.
↳ Playlist : Feeling Good - Nina Simone ║ You know my name - Chris Cornell ║ Canned Heat - Jamiroquai ║ Freedom - Beyoncé ║ The Only Thing That Looks Good On Me Is You - Bryan Adams ║ Killing me softly - Frank Sinatra ║ John The Revelator - Curtis Stigers & The Forest Rangers
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MessageSujet: Re: Toutes les eaux sont couleur de noyade. [Matthias ♥]   Lun 19 Juin - 13:22


« Toutes les eaux sont couleur de noyade. »



Matthias & Katsiaryna
featuring
Les lunettes de soleil donnaient un reflet mordoré à la végétation tout autour et Matthias passa ses doigts dans des cheveux encore humides. Cela faisait plusieurs années maintenant qu’il faisait partie officiellement du corps des pompiers mais l’alarme le prenait encore à la gorge malgré tout. Le soleil n’était pas encore à son zénith mais la chaleur s’était faite accablante déjà. Matthias avait fui, comme tant d’autres, la glace et la neige de New York, mais la canicule de la Louisiane ne lui semblait pas toujours si accueillante. Les fortes températures avaient rendu obsolète les récoltes du Sud plongeant la cité et ses habitants dans des rationnements conséquents. Bientôt, ils auraient faim autant qu’ils avaient déjà chaud ou peur et cette perspective ne lui disait rien qui vaille.

Le thé désaltérant aux arômes lointains de fleurs coula dans sa gorge et il passa à nouveau le revers de son poignet sur son front. Il regrettait la douceur inhérente des lacs de son Oregon natal, le clapotis de l’eau fraîche à même sa peau. Son père lui avait raconté les histoires du Danemark, les croyances sur le peuple de l’eau et sur des sirènes qui ne pouvaient pas pleurer. « Elles ne peuvent pas, vois-tu. » lui avait-il dit et il avait écouté le regard ébahit et les lèvres entrouvertes sur toute ses merveilles cachées.

« Appel noir. On se bouge. » Noir, comme les uniformes d’une milice mortuaire. Les pas rapides, trois d’entre eux s’engouffrèrent dans le véhicule rutilant. La rivière serpentait, ocre et verte, sous leurs yeux et Matthias rajusta ses lunettes sur son nez, le désir d’y plonger pulsant suavement dans ses veines. Il y avait quelque chose de terriblement libérateur dans l’eau et ses méandres, ce silence obscur qui vous renvoyait uniquement à vous-même. Du reste, Matthias était trop occupé à repérer le corps qui se débattait à peine dans l’eau. « J’y vais. » Fit-il en courant vers le point d’eau accompagné par son supérieur. Le corps alourdit par l’eau laissa une mince traînée de sang à la jambe, rien d’à priori grave mais qui en nageant, n’avait pas dû aider à se montrer très rapide. La perche avait été attaché et Matthias pencha son visage pour voir le jeune Billy effectuer les premiers secours. « Puisque vous n’avez pas la bouche pleine, peut-être allez-vous pouvoir me dire s’il a des chances de survie ? » La bouche pleine ? Quoi ? Ohhhhh ! Matthias se tourna vers la voix en éclatant de rire, les lunettes rapidement dans les mains. « Ça devrait aller je crois mais faudra pas le gigoter de trop parce qu’entre la noyade et la jambe… » Le brun cilla, le regard perlant sur le minois devant lui. L’accent et la moue framboisine auraient dû lui instiller un warning rouge à l’arrière de son crâne mais, comme toujours, Matthias ignora les véritables signes que lui envoyaient l’univers. Jolie. Non pire, belle. Le sourire se fit colgate et la posture avantageuse. Baratin de baratineur en vue, le verbe facile, l’œillade suave et le clin d’œil en alerte. « Son corps doit être remis à la Milice, quoi qu’il en soit ; j’aimerais cependant que vous fassiez en sorte qu’il puisse comparaître devant ses juges. L’arène attend cet homme. »

Tout retomba comme un soufflé.

Matthias cilla à nouveau, cette fois-ci l’incompréhension flagrante sur son visage, puis la méfiance qui juge. L’arène. On avait changé les règles maintenant mais il aurait dû s’en douter, on changeait les règles quand ça arrangeait le gouvernement. De nouvelles donnes pour de nouveaux spectacles. Il fronça le nez, un sourcil s’arquant tandis qu’il contempla le visage de la milicienne. Discours de merde dans la plus jolie petite bouche du monde. Bah, on était qu’un homme après tout et elle était rudement attrayante. La rivière en fond lui donnait l’air d’une sirène à qui on avait caressé les écailles à l’envers et il fronça doucement les sourcils en miroir involontaire. « Je comprends bien camarade. Ce serait con de ramener un gars qui rote de l’eau en plein combat. Enfin de par mon expérience, ça change pas grand-chose au bordel. Mais je vais vous dire ce qu’on va faire… Nemo ici présent ira mieux parce que mes copains soufflent comme personne, tu feras tes trucs de miliciens et ensuite on se fera un bol de bortsch en regardant le prochain « Qui veut bouffer du sable ? » quand ça passera à la téloche. »
Jamais il ne regarderait ça, les souvenirs en seraient trop pénibles, mais de toute façon avec une aussi charmante demoiselle à côté se disait-il dans une simplicité effarante de pragmatisme bienheureux, ce n’était pas la télé qui l’intéresserait dans ce cas précis. Il avait par ailleurs deviné maladroitement qu’elle n’était pas d’ici grâce à un accent qui tranchait comme hache chez un bûcheron, mais c’était là après tout le cas de beaucoup de monde, lui y compris quelque part. Les horizons étaient lointains, les langues diverses mais c’était son uniforme qui le plongeait dans un questionnement latent : qu’est-ce qu’une slave foutait à bosser pour la milice noire ?




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MessageSujet: Re: Toutes les eaux sont couleur de noyade. [Matthias ♥]   Sam 24 Juin - 19:00


« Toutes les eaux sont couleur de noyade. »



Matthias & Katsiaryna
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Le rire déconcertant dont il accueillit ses paroles fit imperceptiblement frémir ses paupières et troubla d’un bref remous le lac d’huile de ses yeux. Katsiaryna ne se fit pas la réflexion qu’il était devenu rare pour elle d’en entendre de si francs ; mais l’incongruité d’une telle réaction l’incommoda sans qu’elle n’en ait absolument conscience et commença d’instiller sournoisement, dans son esprit comme dans son corps, l’intuition du fossé abyssal – vraiment ? – qui la séparait de cet homme.
Déjà, elle profitait de ce qu’il venait d’ôter ses lunettes de soleil pour soutenir impassiblement l’examen de son regard tout en se livrant au sien propre. Sa physionomie d’imbécile heureux, elle s’en apercevait progressivement, ne lui était pas tout à fait étrangère. Ce genre de sourire qui atteignait les yeux, autrefois aisément, d’un bond primesautier d’écolier, aujourd’hui péniblement, comme on gravissait une montagne ; ce genre de sourire qui refusait résolument le statut d’écorché était au fond assez rare dans le cauchemar éveillé de la Nouvelle-Orléans, à plus forte raison dans les circonstances où elle l’avait vu la toute première fois, pour entraîner une résurgence très confuse encore : il lui avait alors laissé la même impression de discordance en charriant vigoureusement dans son rire et dans ses bras une trompeuse apparence de bonheur. Au demeurant, elle en concevait plus d’irritation que de plaisir, ignorant encore à quel point cet homme devait représenter à lui tout seul un pied de nez magistral et insolent à l’inélégance de leur quotidien.
Faute de finesse cependant, elle ne put goûter toute la saveur de son attitude et n’en perçut les nuances qu’animalement. Elle comprit, à la variation soudaine de sa posture, qu’il venait ingénument de voir en elle ce qu’il n’aurait jamais dû voir. Aussi, bien plus agacée qu’éblouie par le rayonnement espiègle et charmeur de son visage, elle lui opposa un froncement de nez désapprobateur auquel se serait ajoutée une avalanche de rabrouements si les épaules du sapeur-pompier ne s’étaient pas tout à coup affaissées. Bien, signifia-t-elle d’un lent battement de paupières, monsieur avait enfin la présence d’esprit de se discipliner un peu. Ce n’était pas qu’elle tirait la moindre satisfaction vaniteuse ou mesquine, le moindre sentiment gratifiant à être crainte ou haïe en tant que bras armé du Gouvernement. Elle trouvait toujours étrange – et un peu déplaisant, quoique sans réelle douleur, exactement comme peut l’être une piqûre – de voir un sourire se fissurer pour laisser paraître sous les tessons de joie une expression bien plus en adéquation avec la réalité sinistre qu’ils partageaient. Mais peut-être y avait-il aussi une forme d’insulte et de nonchalance malvenue dans la bonne humeur de surface qui s’apparentait tout à la fois à un « rayon de soleil » ou une « bouffée d’air frais » ; or la peur, combinée à la lâcheté – en somme l’individualisme –, était garante de l’ordre, par trop fragile déjà ; elle permettait de mesurer les citoyens et, à cet égard, un excès de décontraction devenait tout aussi suspect qu’une crainte ostentatoire.
Elle se trompait toutefois. Le changement très perceptible dans l’attitude de l’homme n’était pas le fruit d’une quelconque terreur ovine ; elle reconnut sans peine la défiance qui précipita la limpidité de ses iris, le jugement qui en rendit l’azur orageux, plus incisif. La façon qu’il eut de se murer un instant dans un silence réprobateur, elle le comprit bien assez tôt, n’eut rien d’un lâche retranchement ; elle y vit tout au contraire une certaine imprudence, presque un accès de témérité qui rendit sa trop grande familiarité bien plus âpre qu’il n’y paraissait. Katsiaryna se raidit davantage. Alors que la critique froissait le visage du sapeur-pompier, elle se défendit d’un léger plissement d’yeux et s’aperçut qu’elle avait, tout comme lui, sévèrement froncé les sourcils en le scrutant.
Elle n’aima aucun de ses mots. L’inflexion de sa voix lui hérissa irrationnellement la nuque. Son insupportable humour lui arracha pour finir un claquement de langue excédé. « Ne me reléguez pas au rang de femme que l’on peut courtiser insouciamment. » s’agaça-t-elle dans un anglais américain trop peu naturel qui achevait, avec son fort accent, de la donner pour étrangère. L’improbable « camarade » qu’il employa – comme pour lui signifier qu’il venait de reconnaître ses origines slaves, comme pour s’y adapter maladroitement – remua tant de choses en elle que ses paupières s’alourdirent et dissimulèrent à moitié la fixité reptilienne de son regard. Ce n’était pas nécessaire. Et tandis qu’il se montrait faussement conciliant, l’ironie piquante de ses propos – qu’elle saisit instinctivement – fit serpenter ses doigts jusqu’à la matraque qu’elle portait à la ceinture. « Il ne s’appelle pas Nemo. » rectifia-t-elle candidement, ignorante de la culture occidentale, comme pour se rattacher au semblant de sérieux que l’homme se refusait à avoir, comme pour rétablir un semblant de clarté, de certitude, d’exactitude dans ce magma de non-dits qui se formait déjà entre eux. Comme pour lui refuser l’échappatoire qu’il semblait trouver dans l’humour. Ce n’était que le début de sa morsure, cruelle peut-être, mais indispensable, où il n’entrait après tout rien de personnel, n’est-ce pas. L’évocation de son expérience la fit s’attarder davantage sur ses traits et lui permit enfin de comprendre. « Oh. » Nous y voilà, songea-t-elle. « Vous devez donc également savoir, d’expérience, que votre victoire passée vous a octroyé bon nombre de privilèges, certes, mais certainement pas celui de vous adresser aussi familièrement à un membre de la Milice. » Son expression s’adoucit froidement et elle poursuivit d’une voix égale. « Du moins accomplissez-vous votre devoir d’honnête citoyen en visionnant assidument les programmes gouvernementaux. » Après l’avoir considéré fixement, elle le contourna et vint s’immobiliser à quelques pas du corps étendu que l’on tâchait encore de réanimer. Le mafieux ne tarda pas à cracher de l’eau. Katsiaryna souffla par le nez et s’empara de son biper pour dépêcher un véhicule et faire transporter le fuyard jusqu’à sa cellule. Il était à peine conscient et de toute évidence trop faible pour se débattre. « Bon travail. » déclara-t-elle en rangeant son biper. « Le jour où vous cesserez d’être simple spectateur pour redescendre dans l’arène n’est manifestement pas encore arrivé. » Aurait-elle commenté les conditions climatiques qu’elle ne se serait pas exprimée autrement. Comme inconsciente de son profond manque de tact, elle interrogea de nouveau le sapeur-pompier qui avait naïvement caressé l’idée de partager un bortsch avec elle : « Mais à vous entendre, vous sembliez avoir quelque chose à reprocher à ce système. Quel est votre nom ? »




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MessageSujet: Re: Toutes les eaux sont couleur de noyade. [Matthias ♥]   Lun 26 Juin - 13:31


« Toutes les eaux sont couleur de noyade. »



Matthias & Katsiaryna
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« Ne me reléguez pas au rang de femme que l’on peut courtiser insouciamment. » Le creux des joues se fit plus proéminent. « Je le ferais avec plein de soucis dans les poches alors, vous en faites pas. » Et vu le vêtement ce n’était pas compliqué d’y parvenir.

Il n’avait jamais eu trop d’affaires avec la milice. Matthias s’était fait désordonné mais entouré les années qui avaient suivi sa victoire. La propagande avait coulé avec facilité autour de lui et dans sa bouche. Il avait régurgité les slogans pompeux et sécuritaire, le tout dans des sourires de cristal. L’arène n’avait rien d’un enfer, c’était pire. La survie vous glaçait les os, le sang battait à vos tempes et tout n’était jamais que grain de sable sous vos doigts. Il préférait ne s’en souvenir que par le biais des félicitations qu’on lui offrait de temps à autre, par les rêves qui clouaient encore parfois dans un sommeil carmin, mais rien d’autre que ça. Il évitait les retransmissions, signait d’une écriture négligée les autorisations aux rediffusions tardives, tournait la tête quand on en parlait sur le zinc fiévreux des bars.

« Vous devez donc également savoir, d’expérience, que votre victoire passée vous a octroyé bon nombre de privilèges, certes, mais certainement pas celui de vous adresser aussi familièrement à un membre de la Milice. » Matthias eut un sourire trouble. Des privilèges ? Peut-être. Mais il ne les avait pas volés, plutôt gagnés par le sang des autres et échangé contre des bouts de lui-même. Il l’observa à nouveau mais n’y parvint pas. Matthias avalait des yeux, gourmand et ravi. Elle avait les cheveux tirés dans une queue de cheval sévère, la bouche incisive et le regard dur mais ça ne cachait pas le blé des mèches, la moue adorable ni même la fierté sous-jacente d’un travail bien fait au fond des pupilles. Le pompier se garda bien de répondre. On voyait ce qu’on voulait voir, comme lui en cet instant. Il voyait une jolie fille et occultait l’uniforme. Pour un temps seulement. Elle ne comptait pas lui rendre la tâche plus simple visiblement, portait l’uniforme comme d’autres s’installaient en haut de tours imprenables. Rapunzel de la milice, voilà ce qu’elle était. La matraque n’était pas loin et il passa une main dans ses cheveux, esquissa une grimace et la suivit de quelque pas.

L’homme avait laissé un geyser d’eau s’échapper enfin. Les bronches étaient dégagées et il allait pouvoir regretter amèrement de ne pas être mort emportés par les flots. Il croisa les bras, un petit haussement d’épaules devant la mine confuse du criminel. Il n’allait pas faire long feu avec la jolie demoiselle si jamais c’était elle qui conduisait l’interrogatoire. Déjà se tournait-elle vers Matthias, la morsure de la voix et de l’accent claquant au vent. « Mais à vous entendre, vous sembliez avoir quelque chose à reprocher à ce système. Quel est votre nom ? »
L’ancien victor haussa un sourcil, secouant doucement son visage. « Moi, miss ? Quel drôle d’idée. Je suis sage comme un jack terrier qui viendrait de faire sa sieste. » Il fit signe à ses collègues, le clin d’œil si évident vers la blonde milicienne que l’un d’entre eux se mit à rire. « Je vais aider notre soldat à ramener Némo en cellule, allez-y les gars ! » Le sourire se refit scintillant ou quelque chose d’approchant tandis qu’il remit le pauvre semi-noyé sur pied, l’installant assis sur une roche. « Doucement. Matthias Petersen. » L’azur revint caresser la désapprobation toute slave qui se tenait devant lui. « Il aurait pas dû essayer de vous semer. La rivière laisse pas… C’est comme… les habitants vous le diront mais pendant longtemps, les gens ont pas pu enterrer leurs morts ici, parce que dès que la rivière gonflait, elle faisait remonter les corps. L’eau rythme la vie de la région. Pour le meilleur et pour le pire je suppose. Enfin c'est comme ça aussi chez moi, j'ai des lacs... » L’homme tenta quelques pas que Matthias stoppa net, laissant la milicienne passer les menottes. « Il a fait quoi ? Et maintenant que vous connaissez mon nom, ce serait cool que je connaisse le vôtre. Surtout si on doit dîner ensemble. C’est plus sociable. »

Le camion des pompiers disparu vers d’autres aventures et Matthias arrangea légèrement sa tenue sans même s’en apercevoir. « Qu’est-ce qu’une fille comme… pas d’ici, fait dans un uniforme…. Comme ça ? Ah je devrais peut-être attendre le rencard pour ça… vous préférez milk-shake ou pizza ? les deux ? Avec la pénurie c’est compliqué… à mon avis ça sera plutôt jambalaya simple ou brochette d’alligator. » Le courant imperceptible à la surface de l’eau attira son œil quelques secondes. Ici, les cyprès et les tupelos, le ciel et les nuages se reflétaient dans un tableau aérien. La Nouvelle Orléans avait cette couleur fusionnelle propre où le ciel et la terre ne faisaient plus qu’un donnant au monde l’impression de flotter entre rêve et réalité.

Il la fixa à nouveau.

« Vous êtes la plus jolie fille que j’ai jamais vu. » Fit-il simplement dans une candide sincérité.

C’était bien la peine de dire de charmantes choses. Le fugitif crut que c’était là sa porte de sortie, et bien que menotté, bien que crachant encore de l’eau et portant sur ses épaules des vêtements mouillés, il se mit à courir comme un idiot afin de s’enfuir. « Merde ! »




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MessageSujet: Re: Toutes les eaux sont couleur de noyade. [Matthias ♥]   Dim 16 Juil - 19:13


« Toutes les eaux sont couleur de noyade. »



Matthias & Katsiaryna
featuring
La répartie que cet homme lui opposait obstinément était amusante, à n’en pas douter, fort bien trouvée et pleine d’un bon sens presque enfantin qui avait de quoi rafraîchir ; mais il manquait au tempérament de Katsiaryna ce qu’il fallait d’espièglerie pour en apprécier le charme. Derrière la rondeur malmenée des joues, elle ne voyait que les braises d’un esprit frondeur et la plus petite variation de sa physionomie avait tôt fait de démentir l’innocence qu’elle aurait bien pu lui trouver.
Il n’y eut après tout rien d’innocent dans le sourire indéchiffrable qui couvrit sa bouche et ses yeux lorsqu’elle évoqua brutalement ses privilèges ; rien d’innocent dans son regard dont elle sentit le poids une fois encore ; de ces regards naturellement impudiques qui vous donnaient le sentiment de voir au-delà, bien au-delà du vêtement. Katsiaryna craignit tout à coup de blêmir. Ce n’était pas tant, croyait-elle, d’avoir à composer avec l’invasion de cet homme que de se sentir l’envie imperceptiblement croissante, douloureusement irrationnelle de ternir ce regard démesurément intrusif. Cela ne dura qu’une seconde. Une seconde de trop, ignora-t-elle, car enfin elle était bien au-dessus de ces puérilités, se mentit-elle.
Elle avait remarqué la façon qu’il avait de se passer nonchalamment une main dans les cheveux comme pour se donner un semblant de contenance. À quel point se mentait-il, de son côté ? À quel point cherchait-il à lui jeter de la poudre aux yeux ? Il avait une éloquence singulière, bien trop imagée pour elle. L’exemple du Jack Terrier lui fit d’ailleurs froncer les sourcils. « Que voulez-vous dire ? » s’enquit-elle en le dévisageant de plus en plus suspicieusement. « Un chien qui sort de la sieste a au contraire toute l’énergie du monde à revendre pour chahuter, il me semble. » La conversation prenait un tour absurde, s’appesantissait de ce malaise qui vous donnait envie de baisser les yeux et de vous enfoncer dans le sol lorsque vous aviez à expliquer la chute d’une plaisanterie. Cela lui apprendrait, songea-t-elle, à essayer de faire de l’esprit : elle n’était à cet égard définitivement pas la femme qu’il lui fallait, et la perspective toute danoise, qu’elle ne soupçonnait pas encore mais qui lui aurait permis de comprendre les propos du pompier, n’avait de toute façon jamais adhéré à son propre intellect.
Elle n’aimait pas les images. Il était si facile de brouiller les pistes avec un simple assemblage de mots. Et son embarras ne fit qu’augmenter lorsque la connivence de l’homme avec ses collègues la gifla. Katsiaryna se raidit tout à fait. L’orgueil lui mordit désagréablement l’estomac, fit remonter à ses yeux une bile qui signifiait : « Je vous ferai passer l’envie de rire. » Elle estimait n’avoir nul besoin de formuler un véritable avertissement, encore moins de s’épuiser en vociférations pour que cet imbécile ravale enfin son insupportable désinvolture. Sans un mot, elle observa attentivement le moindre de ses déplacements tandis qu’il assistait le fuyard dans son abdication, retint son nom comme elle aurait verrouillé une cible au moyen de son viseur. « Vous parlez beaucoup trop. » le rabroua-t-elle après l’avoir interrompu d’un claquement de langue. Quel besoin les hommes avaient-ils de se montrer si volubiles ? Du reste, savoir d’où il venait ne l’intéressait pas. Du moins s’en convainquit-elle.
La résurgence des lacs dont le clapotis avait assidument bercé les jours insouciants de sa petite enfance – ce long rêve éveillé – faillit la surprendre et l’émouvoir.
Cependant elle repoussa sèchement le souvenir enveloppant de sa Biélorussie natale et de ses jolis yeux bleus. La nostalgie mourut aussi brusquement qu’elle n’avait surgi dans le cliquètement des menottes qu’elle passa sans ménagement autour des poignets du fugitif. Elle guettait la ruade, secrètement frustrée par la discipline qu’il s’imposait quant aux pouvoirs qu’on le soupçonnait d’avoir mais persuadée, au fond, qu’il ne la laisserait pas sur sa faim.
Néanmoins la curiosité fureteuse du pompier continuait de le dévorer et d’interférer avec la mission dont elle était investie. « Ce qu’il a fait ne vous regarde pas. » gronda-t-elle encore, stupéfaite des indiscrétions qu’il se permettait. « Mais vous pouvez toujours essayer de vous faire enrôler dans la Milice, puisque vous vous sentez si concerné. » Il avait un esprit d’initiative absolument effarant qui se manifestait d’une très fâcheuse manière, et l’entendre congédier ses collègues acheva de la jeter dans des abîmes de perplexité. « Je n’ai pas besoin de votre aide ! » s’indigna-t-elle froidement, désespérant de lui faire retrouver un semblant de bonne tenue par les rares voies diplomatiques qu’elle connaissait. « Et je n’ai jamais accepté votre invitation – s’il est seulement possible d’appeler votre impertinence ainsi. » Elle perdait son calme, remarqua-t-elle dans un long cillement. S’imposant une seconde salutaire de silence – à défaut de pouvoir le museler, lui, sans avoir recours à ses poings –, elle s’efforça d’inspirer profondément avant de reprendre : « Bien, monsieur Petersen : puisque l’on ne doit de toute façon pas dîner ensemble, vous saurez bien vous passer de mon nom. » Le camion s’éloignait déjà et ce fut avec un dépit perceptible dans la voix qu’elle ajouta : « Et n’insistez pas. »
Quand diable le fourgon de la Milice arriverait-il ? « Vous auriez dû partir avec vos collègues. » lui dit-elle sur un ton de reproche en soufflant son agacement par le nez. Sa familiarité l’excédait, l’emportait d’abord dans un premier mouvement – celui des réponses immédiates, formulées à brûle-pourpoint pour éprouver la maigre satisfaction de lui faire essuyer une rebuffade –, avant que la raison et l’orgueil ne la rattrapent et ne lui rappellent rudement qu’elle n’avait pas à répondre. Elle ne répondit pas. Mais sans doute le prenait-elle déjà trop en considération, à part elle. Pourquoi son esprit voguait-il vers ses propres habitudes alimentaires, à présent ? Pourquoi devait-elle se rappeler qu’elle n’avait jamais été très difficile et que les mets les plus frugaux de la Nouvelle Orléans lui semblaient presque luxueux en regard des pommes de terre sempiternellement cultivées dans sa contrée natale ? Les poissons, notamment, devaient préférablement être bouillis avant toute consommation, pour éliminer un tant soit peu les résidus nocifs que l’eau pouvait charrier depuis l’industrialisation massive et les catastrophes nucléaires.
Mais il n’avait pas à savoir tout cela.
Le cheminement étonnamment tranquille de sa réflexion lui permit de remarquer le silence qui s’était soudainement installé entre eux. Un silence reposant qui figurait un sanctuaire dans le débit de parole extraordinaire et insupportable auquel il l’avait déjà accoutumée bien malgré elle. Un silence contemplatif…

… Qui donna plus de poids encore à son improbable compliment, jeté comme un pavé dans la mare de ses éternelles alarmes, sans la moindre transition.

Katsiaryna voulut avoir mal entendu.

Elle avait mal entendu.

Et pour se distraire tout à fait de l’aberration qui venait de franchir avec hardiesse le rempart de ces lèvres insoutenablement stupides, pour nier absolument l’existence de ce qui la contrariait à cet instant, elle procéda à la vérification, étape par étape, de la mécanique de son propre corps. En silence, elle tâcha de ciller sans confusion, s’assura qu’elle n’avait pas oublié de respirer et qu’elle savait encore comment déglutir.

Elle demeura très calme, en somme.

Si ce n’était le poing serré qui faillit cueillir la candeur insultante dont il venait à nouveau de s’auréoler. Malheureusement – ou par bonheur –, elle n’eut pas le loisir de lui faire ravaler son audace : le détenu avait de toute évidence vu dans l’incongruité de la situation une improbable échappatoire. Le sang de Katsiaryna ne fit qu’un tour. Comme toujours, lorsque les réflexes reprenaient le dessus, elle se vit à peine dégainer son arme une deuxième fois. Où espérait-il aller, avec une jambe blessée et le corps éprouvé par sa récente noyade ? Oh, elle-même se surprit à nourrir le vague espoir de le voir enfin utiliser d’hypothétiques facultés surhumaines pour se tirer de ce mauvais pas, mais il n’en fit rien ; et là était peut-être le but d’une telle mascarade, s’obstina-t-elle : lui montrer – ou lui faire croire – qu’il n’avait pas de cordes cachées à son arc.
Tout aurait été beaucoup plus simple sans ces satanés individus surnaturels.
Bien entendu, il s’écroula à terre avant même qu’elle n’ait pu lui loger une balle dans l’autre jambe. Un soupir à la fois irrité et dédaigneux lui échappa. Tout ceci était ridicule et elle sut gré à ses collègues d’apparaître enfin à bord du fourgon qui devait emporter le fugitif. Celui-ci feignit de se débattre un peu entre les mains autoritaires des miliciens puis s’assagit comme à contrecœur, désignant aussitôt le pompier en fixant sur lui ses yeux hagards. « Et lui, vous l’embarquez pas ? Il m’a aidé à m’enfuir avec ses conneries ! Il était dans l’coup depuis l’début, c’était prévu ! »
Un ricanement inaudible agita la poitrine de Katsiaryna. L’amertume que suscitait toujours en elle ce genre d’attitude la fit taire. Les règles du Gouvernement et de sa milice étaient on-ne-peut-plus simples : le plus petit soupçon commençait de vous condamner. Alors que ses collègues embarquaient le détenu, elle se retourna tranquillement vers le pompier.

Le regard qu’elle posa sur lui n’aurait pu suffire à déterminer si elle croyait ou non à sa complicité.

Peut-être trouvait-elle son compte dans la perspective de pouvoir l’emmener au poste, lui aussi, en dépit de l’empressement qu’elle avait d’abord mis à se débarrasser de lui.
Peut-être méritait-il également de passer un sale quart d’heure, pour le punir de toute l’insolence dont il avait fait preuve. N’était-il pas de son devoir de tuer dans l’œuf toute velléité d’opposition, quelle que soit la forme qu’elle ait prise par ailleurs ?

La frontière entre l’intérêt de l’Etat et le sien propre lui semblait bien mince, tout à coup. Et cela lui ressemblait fort peu. (Mais rien ne devait lui ressembler, en sa compagnie.)

Un pli songeur lui froissa la bouche. « Vous allez m’accompagner aussi. » déclara-t-elle enfin, enclenchant ainsi l’affreux broiement de la machine gouvernementale. « Il ne sera pas nécessaire de vous menotter, n’est-ce pas ? » l’avertit-elle en le poussant pour qu’il ravale ses protestations et grimpe à l’arrière du fourgon. Elle referma la portière sur eux et fit signe aux collègues installés à l’avant qu’ils pouvaient enfin démarrer.
Elle aurait dû surveiller attentivement les deux passagers – cela signifiait : dans un silence absolu – mais se surprit à ne pouvoir s’en contenter. « Vous n’avez pas dû en voir beaucoup, dans ce cas. » Son regard s’était un instant fixé sur le pompier. « Des filles. » précisa-t-elle pour le ramener à ses précédentes paroles, qu’elle aurait pourtant préféré oublier. « Le sable de l’arène vous est sans doute resté dans les yeux depuis votre victoire. » Elle cilla sagement. C’était méchant et cruel, sans doute. Mais c’était tout ce dont elle avait besoin, en cet instant. Officiellement pour s’assurer que le suivi psychologique dont avait « bénéficié » chaque vainqueur opérait toujours – et elle en doutait franchement, pour celui-ci ; officieusement pour le remettre à sa place – et c’était ce qu’elle n’admettait pas.




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MessageSujet: Re: Toutes les eaux sont couleur de noyade. [Matthias ♥]   Mer 26 Juil - 15:44


« Toutes les eaux sont couleur de noyade. »



Matthias & Katsiaryna
featuring
Le temps du romantisme était mort. Peut-être qu’il n’avait jamais véritablement existé d’ailleurs et les considérations métaphysiques effleuraient l’aura de Matthias avec une légèreté qui n’agrippait en rien aux parois.

Elle n’appréciait aucun de ses compliments, pire, elle semblait s’en méfier comme si c’était là entourloupe de base et désir de corruption. Sois malin, Matthias. Il fronça les sourcils, sans comprendre l’animosité de la blondinette en face de lui. Peut-être qu’elle le jugeait condescendant ? « Vous parlez beaucoup trop. » Ah non, trop volubile. « Oui, je sais ça. » Tu peux toujours me picorer la bouche pour que je parle moins.
 Ce n’était pas une grande découverte en soi mais il apprécia le phrasé sobre qui dénotait plus une observation sévère qu’une exclamation de surprise. Elle n’aimait pas le bruit la miss, c’est ce que confirma le claquement de langue qui suivit. Elle n’aimait définitivement pas le bruit sauf probablement celui des menottes autour des poignets. Kinky pensa-t-il avant de se concentrer à nouveau - tout du moins de tenter - sur ce qu’elle disait plutôt. L’accent n’aidait pas mais il trouvait quelque chose de charmant au hachoir tranchant qui lui servait de langue.  Les ‘r’ roulaient en rouleau compresseur, des ‘ch’ glissaient de façon suintante sous le satin des consonnes, autant d’attributs qui le faisaient un peu sourire bêtement tandis qu’elle s’indignait d’une colère sobre et glacée. « Et je n’ai jamais accepté votre invitation – s’il est seulement possible d’appeler votre impertinence ainsi. » Matthias secoua la tête joyeusement. « Jamais d’imper, que des blousons. Et encore fait chaud ici…. Je suppose que ça change. » Il n’aurait peut-être pas dû amorcer cette énième plaisanterie en fait au vu du regard qu’elle lui lança.

Elle ne lui laissa pas en placer une et fit signe à ses compagnons d’uniformes tandis que le moteur du camion s’était mis à tressauter. « Vous auriez dû partir avec vos collègues. » Le reprocha cette fois-ci était parfaitement audible et il considéra l’aimable profil blond quelques longues secondes. « Ok ok je… j’insiste pas… c’est parce que je suis pas à votre gout ? C’est p’tet l’uniforme… y’a toujours des rivalités entre les forces de protection. » Protection… la bonne blague. Il eut un petit sourire, de quoi s’amuser juste avant que l’autre ne file entre les doigts, aussitôt rattrapé dans sa maigre cavalcade. « Ben alors ? » Quel drôle d’idée… pour un peu Matthias se prit de compassion pour le malfrat et, en le ramenant, il lui tapota discrètement sur l’épaule, évitant le regard inquisiteur de la milicienne. « T’as bien eu une idée de con là. » Murmura-t-il avant de cligner des yeux sous l’accusation de celui qu’il consolait encore il y a quelques secondes.

Quoi ?

Lui ?

Coupable de quoi?

Merde.

Matthias eut un rire incrédule. Une pile de mensonges stupides. Ils s’en foutent de la vérité, Matthias.

« Vous allez m’accompagner aussi. »

Le rire mourut.

Pendant un bref instant, le souvenir du bruit de l’arène satura son esprit et le reflexe inné d’un corps aguerri était ici de fuir. Il sentit presque l’impulsion salvatrice faire trembler ses guibolles, pourtant, les jambes restèrent solides et il la fixa avec la même méfiance d’un canari devant un python. « Ben finalement, vous vouliez trop ce rendez-vous avec moi… suffisait de demander. » Il passa un revers de main sous son menton avant de suivre le mouvement et de s’engouffrer non sans lui décocher un « Je préférerais vous les mettre. » coulant et enrobé d’un regard qui ne faisait aucune équivoque sur ce qu’il voulait dire par là. Le regard se perdit vers l’extérieur, le bayou ocre et kaki sous un soleil de plomb. Il froussa ses lèvres à la remarque étrange de l’étrangère. Pendant un court moment il fut tenté de lui dire que si justement, des filles, il en avait tellement vu. Ce n’était pas pour se vanter - est-ce qu’on pouvait seulement le faire ? -  c’était juste quelque chose d’inhérent avec ce qu’il avait vécu. Les premiers émois dans l’Oregon avec les filles aux shorts trop serrés sur des cuisses rondes, puis celles qui voyaient l’apocalypse comme cette ouverture sans frontières à des désirs enfouis, il y avait eu celles qui s’offraient alors qu’il sortait à peine des massacres des Jeux, qui voulaient laper la mort et le sang à même ses plaies…  « Le sable de l’arène vous est sans doute resté dans les yeux depuis votre victoire. »  Matthias eut un rire sans joie, les doigts tapotant sur la poignée de cuir près de sa tête. « On me kidnappe, on veut aussi jouer à l’infirmière…. Ça va un peu vite, même pour moi. » Un soupir filtra, tendu avant qu’il ne tourne son visage vers elle, chassant ses démons d’un cillement nerveux. « Vous avez regardé ? C’était cool hein ? … je crois que j’ai encore le record du nombre de morts dans le moins de temps impartit. C’était une idée brillante que celle des chaines qui décapitent. » La voix resta égale quoiqu’un peu sourde. Comme s’il avait l’habitude.

(Il l’avait. On l’avait forcé tant de fois à répéter ses « exploits » lors des soirées mondaines new-yorkaises, sourire d’ivoire et toucher d’argent.)

« Du coup, après le petit interrogatoire, ce sera pizza ou steak d’alligator ? » Le véhicule s’arrêta et il lui fit un clin d’œil avant de la voir sortir et qu’elle ne vienne elle-même l’intimer d'extirper ses fesses de là.

Ah. Le QG de la Milice.

« C’est vraiment pas ce que j’avais en tête comme premier rencard. »





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MessageSujet: Re: Toutes les eaux sont couleur de noyade. [Matthias ♥]   Sam 2 Sep - 18:30


« Toutes les eaux sont couleur de noyade. »



Matthias & Katsiaryna
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Le poing serré autour de sa matraque, Katsiaryna s’était murée dans un silence accablant. Elle ne souhaitait pas se compromettre davantage, vis-à-vis de lui comme vis-à-vis d’elle-même. Le sourire stupide qu’il arborait en permanence et ses traits d’humour qu’elle ne comprenait jamais immédiatement, elle le sentait, menaçaient encore de suspendre la sévérité de son visage en une expression de bête égarement. Les missions d’escorte ne lui avaient jamais semblé si pénibles. Elle s’apercevait tout à coup du poids considérable que pouvaient prendre ces dangereux moments de désœuvrement. Oh, elle surveillait scrupuleusement chacun des détenus, voulait-elle croire, mais elle ne s’appartenait plus tout à fait en vérité. Son esprit lui paraissait étrangement agité, ne consommait pas le repos aveuglant que lui octroyait d’ordinaire l’accomplissement d’un devoir, quel qu’il soit. Il se projetait en arrière, cherchait à ressaisir les bribes qui lui avaient échappé, à revenir de son incompréhension, de ses insuffisances. Il compensait. Et ce fut ainsi que Katsiaryna se surprit à conjecturer, entre autres, sur les origines de son suspect imprévu, à partir des maigres indices qu’il avait insouciamment disséminés tout au long de la conversation. La chaleur dont il n’avait de toute évidence pas l’habitude et la consonance de son nom de famille suggéraient un pays nordique.
Mais quelle importance, au juste ? se rabroua-t-elle aussitôt. Il n’y avait plus que la Nouvelle-Orléans, désormais, et se soucier de la provenance d’un individu revenait probablement à reconnaître que la sienne propre comptait encore à ses yeux. Dans la moiteur répugnante de ce fourgon, la suspicion se propageait insidieusement et allait jusqu’à entacher son front immaculé de milicienne dévouée à la cause gouvernementale. L’ironie du sort salissait toutes les considérations que son esprit assemblait, lui rappelait qu’un slave ne reniait sa patrie sous aucun prétexte et que ses supérieurs hiérarchiques n’avaient jamais eu la bêtise de croire qu’elle pourrait un jour constituer une exception à la règle.
Pourquoi cet homme remuait-il tout cela ? Il n’était pourtant pas le premier dont le rire s’était rompu sur les crocs du Gouvernement ; il ne serait pas non plus le dernier à la regarder avec une inapaisable défiance au fond des yeux, à lui donner ainsi le sentiment d’avoir – enfin – brisé quelque chose. Cela avait néanmoins été plus désagréable, plus douloureux qu’elle ne l'avait prévu. Le semblant de satisfaction mauvaise qu’elle en avait conçu lui était aussitôt devenu une souillure. Le rire de cet homme mourut encore et encore sur les débris de ses piteuses maladresses. Il lui semblait maintenant n’entendre plus que lui.

Katsiaryna secoua sèchement la tête pour se soustraire à ce ressouvenir. Son malaise avait insensiblement augmenté. Peut-être aurait-elle préféré qu’il cède, lui aussi, à la première velléité de fuite. Mais il s’était docilement présenté aux portes du fourgon, avait trouvé le moyen de se réfugier une fois encore derrière son attitude enjôleuse. Il ne perdait pas le Nord, ne se laissait pas ébranler durablement par la manière dont elle lui battait froid. Pourquoi en tirait-elle malgré tout une pointe de soulagement, bien dissimulée sous la violente irritation qu’il lui inspirait ?

C’était qu’elle n’avait finalement rien cassé.

Ou qu’il n’y avait plus grand-chose à casser. L’audace qu’il affectait la trompait de moins en moins et le silence contemplatif qui s’était de nouveau lourdement abattu entre eux en disait bien plus que ses incessantes provocations. Elle avait ce sentiment en horreur. La perspicacité lui avait toujours paru être une qualité ambiguë par son impudeur, et alors qu’elle lisait tout ce que le corps de cet homme disait, à la façon d’un animal, elle croyait sentir très perceptiblement la manière dont il érigeait ses pitreries en rempart. Sans doute aurait-elle préféré être en mesure de lui accorder ce mécanisme de défense, sans se sentir l’irrépressible besoin – tout professionnel – d’en faire quelque chose. Mais voilà : il y avait une rupture suspecte entre le soupir qu’il venait de laisser échapper, la crispation qui voulait manifestement lui tordre les lèvres et les allusions grivoises qu’il s’obstinait à distiller çà et là dans la conversation. Son rire, à cet instant, n’en fut plus vraiment un et la prit aux tripes.
Elle détourna fébrilement les yeux lorsqu’il évoqua ses exploits dans l’arène avec une légèreté glacée. Sa question ne lui plut pas. Son appréciation – cool ? – non plus. Il avait achevé de la mettre mal à l’aise. « Tout le monde est tenu de regarder. » rappela-t-elle sèchement pour repousser toute tentative de personnalisation. Il était beaucoup plus simple pour elle de réduire ce geste à ce que le Gouvernement souhaitait en faire : un devoir dont chacun devait s’acquitter, indépendamment de ses susceptibilités. Elle craignait en effet d’éclaircir un aspect de sa propre psyché en s’entendant faire la moindre remarque intime au sujet de ces jeux sanglants. Elle ne voulait être qu’une présence vide et désengagée face au téléviseur, entendait seulement faire preuve d’une froide assiduité. Lui-même n’était qu’une machine bien huilée, en apparence, se dégorgeant d’observations ahurissantes sur un mode tout appris pour en abreuver les âmes impressionnables. Lâchement, Katsiaryna recula une fois encore devant l’opportunité d’en saisir plus qu’il ne voulait bien en dire. « Un véritable héros. » conclut-elle laconiquement comme elle aurait tranché une gorge. L’homicide était le tribut qu’il avait dû payer pour assurer sa survie. Elle ne voulait pas songer à la sélection douteuse que le Gouvernement opérait alors. Elle ne voulait pas non plus entendre son petit discours maintes fois répété de citoyen prétendument convaincu par le système. Elle faillit lui faire remarquer, à cet égard, qu’elle n’était pas de ces femmes avides de spectacles sanguinaires dont il fallait encore étancher la soif par le récit de ses impressions… avant de s’apercevoir que c’était en fait précisément tout ce qu’elle avait exigé de lui : montrer patte blanche. Une légère nausée la prit, qu’elle ravala en même temps que ses mots.

Lorsque le fourgon s’immobilisa, elle reconnut intérieurement avoir baissé sa garde. Sans s’attarder davantage, elle descendit du véhicule et laissa à ses coéquipiers le soin de mener le fugitif jusqu’à sa cellule. Son propre fardeau, quant à lui, était revenu à la charge. « Vous ne lâchez donc jamais l’affaire ? » s’enquit-elle froidement en l’attirant dehors d’une poigne ferme. Elle n’aurait jamais dû lui faire ce genre de remarque, néanmoins, ni se demander quel était le goût de la chair d’alligator. C’était une ouverture dangereuse. « Je suis en droit de vous arracher les paupières pour que vous ne puissiez plus me faire le moindre clin d’œil. » le prévint-elle pour essayer de mettre un terme à son improbable numéro de séduction. Elle referma les portières du véhicule et poussa l’homme devant elle en désignant l’entrée du poste d’un signe du menton. Mais il s’entêtait. « Je vois. C’est pour cela que vous vous obstinez à vouloir changer ce supposé premier rencard en enterrement ? » Elle lui intima de ne pas traîner dans les couloirs et le fit asseoir dans un petit local sommairement meublé. « Je ne vous retiendrai pas longtemps, déclara-t-elle en croisant les bras, ce n’est pas à moi de m’occuper de vous. » Elle eut un petit froncement de nez tandis qu’elle le considérait, encore debout, dans une attitude martiale, derrière la table qui les séparait. « Pompier. C’est sans doute une étrange vocation, pour un vainqueur... » Un soupir ennuyé lui échappa. « À quand remonte votre dernier suivi psychologique, monsieur Petersen ? »




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MessageSujet: Re: Toutes les eaux sont couleur de noyade. [Matthias ♥]   Jeu 5 Oct - 19:03


« Toutes les eaux sont couleur de noyade. »



Matthias & Katsiaryna
featuring
L’injonction résonna de façon fantomatique. Oui, tout le monde était tenu de regarder et lui avait été tenu de participer. Des obligations sous forme de courtoises menaces. La fin du monde, l’apocalypse vous collait aux talons, il fallait bien un tribut aux divinités du Chaos. « Un véritable héros. » avait-elle dit, la moue cruelle et le regard sévère. Matthias eut un coup de chaud. L’ironie ne lui échappait pas et il cilla en se renfrognant imperceptiblement. Nul doute à l’époque que l’illusion avait prise. L’image était tout, la propagande était manne. Dans un monde en dislocation où les repères s’effaçaient un à un, voir des figures sympathiques s’en sortir, survivre, avait quelque chose de cathartique et galvanisant. Matthias dans sa simplicité n’avait pas compris le symbolisme dans lequel le gouvernement l’avait alors mouillé malgré lui. Il ne voyait encore aujourd’hui que le spectre erroné, les malentendus grotesques dont il avait été la victime. On l’avait félicité au sortir de l’arène alors qu’il puait encore le sang, on l’avait habillé d’or et de velours quand il sentait encore sur lui le poids des guenilles arrachés par les mains concurrentes.
Un véritable héros en effet. C’était peut-être pour ça que tout le monde courrait dans le vide comme poulet sans tête dans la basse-cour qu’était devenue la Louisiane. Le temps des héros était révolu, celui des nouveaux dieux commençaient et les prophètes d’un nouvel âge versaient le sang des premiers sacrifices sur les cendres encore fumantes d’un ancien monde.

« Vous ne lâchez donc jamais l’affaire ? » Matthias eut un sourire. « C’est une autre de mes plus belles qualités. Fait gaffe tu vas en faire le tour avant même qu'on se connaisse mieux. » Répondit-il comme si c’était là l’exploit du siècle. Elle était vivante elle et son accent martial qui vous faisait l’effet d’un shot de vodka glacé dans la gorge., elle pouvait sans aucun doute dès lors se vanter de la même aptitude. « C’est pas ma faute quand même toute cette tension sexuelle, Natasha !! » Presque. Il avait dit le nom le plus russe de son répertoire dans l’idée de voir si elle y réagissait. Peine perdue semblait-il.

Il fit claquer sa langue sur son palais tant sous la frustration que sous la menace. C’est qu’elle en était capable en plus au vu du regard. Il la devinait dangereuse sur les rebords, au milieu aussi surement, mais bah, le danger on s’en riait, n’est-ce pas ? « Trop d’imagination macabre… » murmura-t-il pour lui-même avant de poursuivre à haute voix cette fois-ci. « Je ne m’obstine pas, agent. » L’homme s’ébroua, bien moins outré qu’il n’y paraissait, la défiance de la jeune femme comme un trait commun aux chemises noires. « Je suis pompier tu sais. » Il tourna son regard vers l’un des autres gardes en poste et lui adressa tout naturellement un large sourire. « ‘Va ? Elle veut me faire des trucs héhé ! » Il revint sur la Nikita moderne, le pas faussement souple et les menottes brinlebalant autour des poignets. ce n’est pas à moi de m’occuper de vous. » Le jeune homme cilla. « Comment ça ce n’est pas vous qui allez-vous occuper de moi ? Je m’insurge ! Ce n’était pas ce qui était prévu. Hey Anastasia ! » Il tenta un regard désespéré avant de se rendre compte du relatif sérieux de la situation. Ici les couloirs gris étaient peuplés de fantômes, d’hurlements qui n’avaient rien de la légèreté qu’il s’obstinait à afficher en cet instant. « Pompier. C’est sans doute une étrange vocation, pour un vainqueur... » Matthias plissa des yeux, leva les bras et fit un tour sur lui-même. « L’uniforme me va bien, tu vois ? c’est juste pour ça. » Pour ça et parce qu’il avait encore l’impression de servir à quelque chose ainsi. Il fallait se racheter coûte que coûte. Sauver autrui pour se sauver soi-même. Il agita ses poignets en direction de la blonde. « Tu peux enlever ça maintenant ? J’aurai voulu te faire du mal ça serait déjà fait. » Le papillonnement des cils fut instantané. « Moi je ne te veux que du bien. » Le tout suivi d’une tentative de sourire étincelant.

Oui, bon.

Il fallait s’y résoudre, ça ne fonctionnait pas.

Le victor se laissa choir sur une chaise, les longues jambes devant lui et le regard mobile sur la pièce froide. « À quand remonte votre dernier suivi psychologique, monsieur Petersen ? » « A quand remonte ton dernier rencard, Nikita ? » La provocation le fit sourire et il se garda in extremis de lui lancer un autre clin d’œil. Il tenait à ses paupières après tout.
« Bon, donne-moi le formulaire de base je vais le remplir. Tu perds ton temps je suis corpo savon dans mentos sano. C’est du latin. » Le Gaffiot se roulait probablement dans sa couverture épaisse mais Matthias n’en avait cure. Il voulait surtout c’est qu’elle lui enlève les bracelets d’acier aux poignets.




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MessageSujet: Re: Toutes les eaux sont couleur de noyade. [Matthias ♥]   Sam 21 Oct - 19:56


« Toutes les eaux sont couleur de noyade. »



Matthias & Katsiaryna
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Il ne lâchait donc jamais l’affaire, dut-elle admettre pour de bon comme il confirmait ses soupçons en les illustrant avec la subtilité défaillante qui le caractérisait. Elle aurait assurément mieux fait de ne pas le questionner à ce sujet. Cet homme semblait devoir s’infiltrer partout, dans la moindre brèche de leur conversation, et l’accoutumer par la force plus que par la douceur à toute la place qu’il se sentait obligé de prendre. Elle ne sut pas, du reste, ce qui la fit blêmir le plus : le fait qu’il évoque avec une telle aisance une « tension sexuelle » qu’elle n’était pas certaine de savoir définir à la lumière de sa sensualité atrophiée et qu’il était évidemment le seul à percevoir – dans quel monde vivait-il ? – ; ou le fait qu’il décide de l’appeler aléatoirement par le premier prénom slave qui lui venait à l’esprit dans l’espoir d’obtenir l’information qu’elle lui avait opiniâtrement refusée jusqu’à maintenant. « Ce n’est pas avec vos clichés que vous parviendrez à en apprendre davantage de moi. » s’était-elle agacée en tâchant d’ignorer la familiarité qu’il s’était permise avec l’un de ses collègues et de ne pas répondre à ses grivoiseries pour ne pas apporter plus d’eau à son moulin. Néanmoins il devenait étrangement difficile de ne pas réagir à la lourdeur de ses provocations et plusieurs manifestations d’impatience lui avaient échappées : une crispation dans la mâchoire, la paupière droite qui se fermait à demi sous le coup de l’irritation… Elle manquait de lever les yeux au plafond chaque fois qu’il la rebaptisait. Son deuxième prénom était a priori plus facile à deviner – et à prononcer – que le premier mais semblait tout aussi répandu au-delà de l’Europe de l’Est. Il n’y songerait pas, se persuada-t-elle en daignant enfin s’installer en face de lui.
Elle ne l’avait pas quitté des yeux et s’était efforcée de fixer sa nuque lorsqu’il avait frivolement fait un tour sur lui-même pour parader. Elle s’aperçut qu’elle l’avait – plus ou moins justement – catalogué avant même de le questionner. Devenir pompier avait indubitablement représenté pour lui un moyen de mieux courir les filles. Il le lui confirma sans la moindre timidité, d’ailleurs. Mais elle n’aima pas qu’il le lui confirme. Elle n’aima pas qu’il le lui confirme parce qu’elle avait déjà fort bien compris que l’auto-dérision – car c’en était, n’est-ce pas ? – était chez lui suspecte, pouvait cacher sous l’apparente légèreté quelque chose de plus grave. Cependant, l’air benêt qu’il se donnait était pour elle on-ne-peut-plus commode : combiné à sa propre mauvaise foi, il l’excusait de ne pas insister, de ne pas chercher plus avant ce que la candeur saisissante de ces grands yeux bleus dissimulait.
« Tu peux enlever ça maintenant ? J’aurais voulu te faire du mal ça serait déjà fait. » Ses yeux se détachèrent de lui avec lenteur pour considérer les menottes qui entravaient toujours ses mouvements. « Auriez-vous souhaité me faire du mal que vous seriez déjà mort. » rectifia-t-elle machinalement. « Mais vous voilà bien présomptueux, monsieur Petersen. Un autre effet de votre victoire, sans doute ? » De toute évidence peu disposée à accéder à sa requête, elle demeura immobile face à lui et se félicita d’avoir ainsi gardé ses distances. Sa répartie lui déplaisait au point qu’elle devait à présent sévèrement réprimer l’envie de forcer les présentations entre son nez et le coin de la table. Et le regard polaire qu’elle avait commencé de poser sur lui lorsqu’il s’était hasardé à une énième tentative de séduction se cristallisa tout à fait quand il eut de surcroît le culot de sourire complaisamment à son audace.
Sans un mot, elle secoua la tête pour manifester son agacement et repousser l’interrogation au sujet de son dernier rencard qui menaçait de faire son chemin dans son esprit – de plus en plus perméable aux inepties continuelles du pompier. Elle ne se ferait pas l’offense d’y répondre, pas même intérieurement. Il en était hors de question. « Vous perdez également votre temps à me poursuivre de vos séductions minables, rétorqua-t-elle lorsqu’il lui réclama le formulaire à remplir. Or cela n’a pas l’air de vous déranger. » En vérité, les attaques qu’elle lui retournait n’étaient qu’une façon pour elle de ne pas montrer la légère perte de contenance qu’il provoquait parfois en proférant ses âneries. Mais elle avait bien conscience, au fond, qu’une inavouable confusion avait voilé son regard lorsqu’il avait prétendu réciter du latin. Elle ne savait pas les premiers rudiments de la moindre langue ancienne, pourtant la formule « corpo savon » lui avait semblé assez farfelue – et bouffonne – pour lui faire froncer les sourcils.

Il se fichait définitivement d’elle.

D’un geste sec qui dut trahir son impatience, Katsiaryna l’exauça à moitié en tirant de l’unique tiroir de la table le formulaire qu’il avait évoqué. Il était habitué à ces formalités, pour sûr. « Vous n’avez pas besoin que je vous retire les menottes pour écrire. » précisa-t-elle en posant un stylo sur la feuille et en poussant autoritairement le tout vers lui. « Elles sont pensées pour. » Pour les petits malins dans votre genre, aurait-elle voulu compléter, mais elle n’en eut étrangement pas la force. Sans qu’elle ne sache se l’expliquer, elle avait à présent envie que tout cela cesse. Le poids de la mascarade qu’ils jouaient presque malgré eux avait comme augmenté – doublé, triplé – en l’espace de quelques secondes et lui paraissait bien moins endurable désormais. Sa montre lui indiqua fort à propos qu’elle venait de terminer son service. « Dépêchez-vous. » ordonna-t-elle. Sans doute serait-il convoqué une autre fois pour un entretien plus approfondi avec l’un des psychologues. Dans tous les cas, ce n’était plus de son ressort.

Katsiaryna se redressa sitôt que la relève tant attendue franchit le seuil de la pièce. Le soupir de soulagement qu’elle avait au bord des lèvres n’en sortit pas, mais s’écoula à travers la lourdeur de son battement de paupières. Elle eut un dernier regard pour le détenu, qui se voulut dissuasif, puis se dirigea de son habituel pas martial vers les vestiaires pour se rafraîchir et se changer.

Le temps n’avait-il pas eu une bien étrange façon de s’écouler à l’intérieur de ce petit local aux murs dénudés ?

Il lui semblait avoir quelquefois attendu Dieu savait quoi tout en se trouvant en-dehors de son propre corps...

... Tout s’était passé comme s’ils avaient joué la mauvaise partition.


Aussi ne fut-elle pas étonnée, au fond, de le retrouver à la sortie du bâtiment, nonchalamment adossé à un mur, et de le voir s’en détacher dans un sursaut qui révéla naïvement l’impatience de son attente. « Vous êtes véritablement suspect. » lui fit-elle remarquer lorsqu’ils eurent tous deux terminé d’avaler la distance qui les séparait d’un même mouvement. « Aucune des passantes n’était donc à votre goût ? » Elle avait poursuivi froidement en serrant son sac contre son flanc. Toutefois elle n’avait pas fait l’effort de le rejoindre pour lui ménager la moindre ouverture. « Ecoutez, reprit-elle très sérieusement. Je ne sais pas ce que vous recherchez — ou plutôt, si, je le sais très bien ; ce que je veux dire par là… C’est que je suis navrée d’avoir sans doute… peut-être eu l’air d’un challenge à vos yeux. C’est bien cela, n’est-ce pas ? La difficulté vous stimule ? » Mais pourquoi diable proférait-elle tout à coup de telles sottises ? Et pourquoi était-il si nécessaire de parler ? Elle aurait aimé pouvoir se réfugier à nouveau derrière la noirceur symbolique d’un uniforme qui se passait de mots. À cet instant, elle se sentait nue, et la facilité d’un poing dans la figure lui semblait de plus en plus séduisante. « Au lieu de m’obliger à faire de la psychologie de comptoir, murmura-t-elle sur un ton de reproche, vous feriez mieux de vous trouver quelqu’un d’autre, disposé à vous céder sous ses dehors inaccessibles. » Son expression demeura imperturbablement sévère tandis qu’elle cillait. « Et puis cessez de me regarder ainsi, cela ne prend pas avec moi. Vous êtes un homme, pas un chiot. » Mais il est imbécile à la façon d’un chiot, pas à la façon d’un homme, lui susurra une voix insidieuse qu’elle ne voulut pas écouter. Lasse de ses propres explications qu’elle vivait comme une véritable exhibition, elle se détourna enfin, décidée à rentrer chez elle et à oublier cet homme pour de bon – du moins à ne s’en souvenir que comme d’un suspect. « Evitez de vous trouver au mauvais endroit au mauvais moment, la prochaine fois, suggéra-t-elle pour conclure. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a des métiers beaucoup moins dangereux qui permettent tout autant d’avoir du succès auprès des femmes. » Mais de quoi se mêlait-elle ? se gronda-t-elle intérieurement. Sans un mot de plus, ponctuant ses paroles d’un regard glacial qui s’apparentait à une gifle pour lui intimer de se taire, de ne pas insister, elle s’éloigna en tâchant d’ignorer la présence qu’elle sentait toujours dans son dos. Qui persistait à ne pas disparaître. « Je vais me trouver dans l’obligation de vous cogner… » prévint-elle dans un murmure sans même chercher à se retourner.




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MessageSujet: Re: Toutes les eaux sont couleur de noyade. [Matthias ♥]   Lun 30 Oct - 16:28


« Toutes les eaux sont couleur de noyade. »



Matthias & Katsiaryna
featuring
Elle s’exprimait avec un vocabulaire particulier, très 'dictionnaire martiale' qui indiquait aisément combien l’anglais n’était pas la langue mère. Pendant quelques secondes, il pensa à lui demander de lui dire quelque chose dans cet autre alphabet qui lui était sans doute plus familier. Pour voir. Pour sentir. Mais il ne le fit pas. Il y avait une marge entre l’inconvenance et la drague ouverte, être gouailleur passait, revendiquer quelque chose de son passé beaucoup moins.

« Vous n’avez pas besoin que je vous retire les menottes pour écrire. » Il leva un regard opaque vers elle, le coin des lèvres boudeur, ne sachant pas s’il aimait sa résistance ou si ça l’ennuyait profondément. Elle disait non en infligeant en gifle tranquille un argument en béton. Pas de fissures sous l’éclat des saphirs, pas de tremblements dans la blondeur nacrée d’une queue de cheval parfaite. Il n’insista pas cette fois-ci, se garda bien d’ajouter une autre remarque. Il avait compris quelque part que l’habit faisait le moine et que tant qu’elle serait vêtue de l’horrible noir de la milice, il n’y aurait pas d’écarts possibles, pas d’humanité envisageable. « Bye bye Blondie. » Fit-il sans relever son visage du formulaire, la sentant s’éloigner plus que ne la suivant réellement d’un regard qui pourtant se fit curieux sur la porte une fois refermée.

Une impression de sucre amer sur la langue.

Le stylo fit un bruit creux tandis qu’il en tapotait l’embout sur la table.

***

Elle n’eut pas l’air étonnée en le voyant nonchalamment appuyé sur le mur du parking. L’évidence dans son sourire conquérant,  le feu couvant dans la gestuelle tranquille. Matthias croyait stupidement au destin, celui-là même qui l’avait conduit sur le sable de l’arène, celui qui lui permettait de ne pas être encore en décomposition dans un trou de la Nouvelle-Orléans, il voyait dans les territoires déserts des dés aux couleurs vives, implacables, que les dieux des contes et légendes de sa mère, roulaient sans états d’âmes. Loki  était fourbe et joueur, Thor puissant vous protégeait de son bras et Odin présidait aux guerres et au monde dans ce qu’il avait de plus violent. Le destin qui vous créait obstiné, trop prompte à survivre, trop faible devant un petit nez rond et un front touchant. « Vous êtes véritablement suspect. » Matthias eut un rire. « Si je cherche à vous faire du mal, vous l’avez dit, vous pourrez me tuer mais c’est vraiment, vraiment pas mon but. » Il y croyait d’ailleurs au fait qu'elle puisse le mettre à terre en un mouvement soyeux de jambes, c’était dans la démarche comme des coups de poignards, des regards en coup de fusils, du fer sous la peau qu'il devinait douce.

Le brun allongea son pas, les jambes longues se détendant sur l’asphalte, les yeux délicatement fébriles sur l’embarras des mots qu’elle lui fustigeait. Il aurait pu lui dire qu’elle n’était pas si loin de la vérité mais qu’il manquait des fragments à sa « psychologie de comptoir ». Si peu. Il aimait qu’on l’aime, qu’on soit enclin à la bienveillance à son égard. S’exposer, se montrer avait été la partie la plus simple durant les Jeux, les vivas et les fleurs, rien n’était véritablement comparable à ce sentiment mais pour comprendre, pour le vivre pleinement, il fallait saisir la douleur de n’avoir été plus rien, d’avoir été effacé juste avant.  Ou peut-être que tout ceci avait été propagande, que sa machine était enrayée à ce niveau, qu’il avait encore du mal à s’en extraire encore aujourd’hui. Matthias n’avait jamais eu spécifiquement à trouver les bons mots. C’était certes prétentieux à dire mais il n’en demeurait pas moins qu’il n’avait jamais eu à convaincre et il se retrouva à court de mots devant l’expression froide et hostile de la slave.

« Après. » Finit-il par dire, le souffle un peu court sous l’urgence. Elle allait s’envoler sinon, il allait laisser filer le Destin et ses promesses d’or. « Si le dîner se passe mal… » Matthias glissa ses mains dans ses poches, comme un refus ostentatoire de se battre. « … si le steak d’alligator est mal cuit… tu pourras me cogner. Deal? » Il attendit, suspendu à sa décision, un peu confus devant tant de grâce crépusculaire. Elle était slave peut-être de cœur, mais de corps il y avait du Botticelli, le front lumineux, un halo doré n’entachant qu’à peine une distance qu’il percevait sous la souplesse animale avec trop d’acuité pour ne pas être pris d’une panique maitrisée.  

C’était flippant, la beauté.

Elle allait continuer son chemin n’est-ce pas ? Lui dire non par habitude, par esprit de contradiction. Pas de dîner. Pas de saphirs. Porte-close sur le Destin.

« Tu sais, » Il fronça les sourcils. « On va forcément se revoir. » De ses yeux dégoulinaient des étoiles et le sourire revint. « J’en suis sur. C’est l’instinct. » Merde, maintenant il avait l’air niais. La main glissa dans des cheveux qu’il n’avait jamais su coiffer. Du chaos capillaire en bredouillements indistincts, il n’y eut qu’un pas. « Ce que je veux dire, c’est qu’un petit resto c’est cool et tu dois avoir faim… on a fait une sacrée journée. La justice ça creuse ! » Il pointa finalement l’extérieur, une route éparse, peu importait. « Y’en a un par là-bas. » Viens, dis oui. C’était terrible de vouloir et de ne pas avoir de mode d’emploi. « Pour me faire pardonner de toute les blagues... même si bon... elles étaient drôles. »




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MessageSujet: Re: Toutes les eaux sont couleur de noyade. [Matthias ♥]   Sam 2 Déc - 15:59


« Toutes les eaux sont couleur de noyade. »



Matthias & Katsiaryna
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« Après. » s’était-il obstiné à répondre malgré sa menace. Katsiaryna s’immobilisa au même instant pour faire volte-face – une ultime fois, se persuada-t-elle avec un mécontentement aussi bien tourné vers lui que vers elle. Mais le désarroi presque tangible qui raccourcissait perceptiblement son souffle lui sauta littéralement à la figure. Il n’avait pas couru, lui signala perfidement une voix maline, comme pour la devancer et l’empêcher de se mentir. Ce devait être son âme qui courait après la sienne, lui dit-elle encore, et celle-ci avait une distance autrement importante à parcourir. Ce n’était pas acceptable. Elle n’avait que trop bien entendu l’emballement de son pouls et il lui fallait absolument tout ignorer. « Si le dîner se passe mal… » Le mouvement de ses mains, qu’il avait résolument fourrées dans ses poches, représenta une heureuse échappatoire pour son regard. Il la ramena temporairement à une posture plus ordinaire et confortable de méfiance. Ses traits se durcirent insensiblement comme il cherchait de nouveau à réécrire l’issue de leur rencontre – ce mot la blessait. « … si le steak d’alligator est mal cuit… tu pourras me cogner. Deal ? » Ses paupières, pendant quelques secondes, demeurèrent orgueilleusement baissées sur les mains qu’il cachait.
Mais lorsqu’elle reporta son attention sur lui, sur l’ingénuité lumineuse qui auréolait sa physionomie, le pétillement impatient de ses yeux la heurta d’autant plus. Ses pupilles semblaient définitivement inadaptées pour soutenir l’expressivité agressive qui le caractérisait. Agressive et impudique. Il lui paraissait cruellement ironique de s’en trouver si contrariée alors qu’elle avait, plus que toute autre chose, la dissimulation en horreur. Mais cet homme-là, décidément, ne dissimulait pas assez. « Niet. » asséna-t-elle dans un claquement de langue – par habitude, de fait. Quiconque la connaissait un peu aurait décelé le signe d’un agacement profond et tout personnel dans le vestige persistant du russe qui avait fortement grignoté sa propre langue natale. « Tu sais, » Elle fronça les sourcils tout comme lui. « On va forcément se revoir. » Puis inclina légèrement le visage pour le regarder durement par en-dessous, les yeux glacés dans une fixité incisive. « J’en suis sûr. C’est l’instinct. » Elle voulut lui répondre que son instinct lui semblait défaillant en tout point, mais la candeur qu’il avait au fond des prunelles et qui lui barbouillait adorablement la bouche lui parut soudainement plus insoutenable que jamais. Sans s’apercevoir que son cœur venait de manquer un battement, Katsiaryna eut un froncement de nez et un petit mouvement de recul comme pour se protéger de la naïveté trop sucrée qu’il irradiait de tout son être, tout autour de lui. Ce n’était pas acceptable. « Votre instinct me dispense donc d’honorer votre première invitation, puisque nous sommes forcément condamnés à nous revoir. » se défendit-elle en serrant le poing plus fort. « Ce que je veux dire, c’est qu’un petit resto c’est cool et tu dois avoir faim… on a fait une sacrée journée. La justice ça creuse ! »

Cet improbable « on » comme ce mot de « justice » la stupéfièrent. Une aberration ambulante, vraiment.

Katsiaryna ne sut pas, sur le moment, ce qui motiva son geste. Les énormités qu’il proférait ? Sa jovialité corrosive, la fête qu’il lui faisait constamment du bout des yeux ? Le cocon que tissait insidieusement autour d’elle le ronronnement grave et chaud de sa voix ? Ou peut-être était-ce l’égarement de son propre esprit qui lui rappelait combien elle réprouvait les repas pris dans les lieux publics, aujourd’hui ? Elle ne comprenait pas que l’on consente à s’exposer ainsi. S’adaptant à l’absurdité à laquelle un quotidien de survie les réduisait tous, elle préférait désormais fuir autant que possible ces moments où elle se sentait insupportablement vulnérable, prise en flagrant délit d’humanité, de besoin primaire. Du reste, il y avait là des plaisirs qu’elle ne chérissait plus, peut-être en raison de ce que le sort avait décidé quelques années auparavant pour la mère qu’elle avait tant aimée et admirée. Elle ne parvenait pas à oublier que la commissure parcheminée de ses lèvres ne frémirait plus du moindre bonheur gustatif anticipé.

Pourquoi diable remuait-il tant de choses en elle ?

Katsiaryna ne sut pas, sur le moment, ce qui motiva son geste ; mais son poing s’écrasa sèchement sur le visage trop amène qui prétendait insouciamment la hanter.

La seconde suivante, elle ramenait tranquillement son bras contre son flanc, l’humeur à nouveau égale, une froideur sereine au coin des yeux et des lèvres.

Car enfin, elle l’avait prévenu.

Toutes les brûlures de son corps comme de son âme semblaient néanmoins s’être concentrées dans ses phalanges proximales. Celles-ci résonnaient d’un bourdonnement désagréable qui n’était pas seulement celui du choc. Elle l’ignora. Comme tout le reste.

« Vous n’avez rien à vous faire pardonner, rétorqua-t-elle mécaniquement. Il est inutile d’essayer de me lier à vous de quelque façon que ce soit. » Ne pas l’avoir repris sur la qualité qu’il prêtait à ses plaisanteries douteuses s’apparenta pour elle à une petite victoire. Refermer les vannes. En rester là. « Maintenant, rentrez chez vous, conclut-elle en se détournant pour de bon. Et ne vous mettez plus jamais en travers de mon chemin. »

RP terminé  



_________________

Bred to kill, not to care.
Disposable hero ☽ Fright night, won't leave you alone; fright night, you may never get home; dead night, the chicks are coming to roost. You hear the most horrible sounds; your heart, how heavy it pounds; you fear the worse is yet to come. The taste that's been left in your mouth of rot, but for acid a drought; your head, you will never empty it out.
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Toutes les eaux sont couleur de noyade. [Matthias ♥]

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