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 Des puzzles et des Hommes [Joseph]

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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MessageSujet: Des puzzles et des Hommes [Joseph]   Lun 19 Juin - 14:48

Sombre idiote.

Ces deux mots seuls tournent et résonnent dans son cerveau comme une litanie entêtante, une mélodie dysharmonique. Les yeux rivés sur les petits cubes de couleurs primaires qu'elle tord et pivote entre ses doigts, Charlie tente d'accorder un rythme entre à ses pensées galopantes dans les pivots du casse-tête, à défaut de pouvoir les étouffer complètement. Sombre-clac-idiote. Sombre-clac-idiote. Elle contemple les faces devenir uniformes sous ses gestes systématiques, les yeux absents, l'esprit ailleurs, prise au piège du dilemme qu'elle s'est infligée elle-même.

Elle n'aurait jamais dû intervenir - l'a su dès que l'écho de sa phrase s'est achevé d'entre ses lèvres, dans l'oreille de ses interlocuteur. Elle a entrouvert une porte piégée, sans le vouloir. Et maintenant, la refermer avant que le détonateur explose sera bien plus difficile que résoudre un stupide casse-tête pour enfants déniché dans un dépotoir. On ne disparaît pas, dans ce monde où elle a eu la bêtise de mettre un pied, ou alors d'une seule façon. Et elle a vu, au seul regard adressé à ces deux silhouettes massives entrain de murmurer, qu'elle était passée dans les phares du trente-six tonnes.
Quant à savoir comment rouler hors de la route avant qu'il ne démarre...

" C'est pas si grave. " à ses côtés, une voix d'outre tombe s'élève, rocailleuse, absente. Dans un mouvement expert, la main rachitique de Dan retire le garrot artisanale sous lequel il vient de planter son aiguille. Dans un soupir sombre, son corps marqué par les seringues s'écoule dans le canapé, le visage émacié dodelinant déjà sur la mousse d'un dossier en cuir éventré.  " Tu leur as rien volé. "

Derrière cette affirmation rassurante, Charlie entend l'ombre d'un point d'interrogation, qu'elle ne relève pas, se contente de mépriser dans un haussement d'épaules, toujours à son casse-tête, sa boucle de reproches. Déjà au début, Dan l'a prévenue trois fois que quoiqu'elle fasse, elle ne devait rien voler - que tous les autres étaient partis comme ça. Déjà au début, elle n'a pas fait mine d'entendre cette insulte. Que pourrait-elle bien voler, de toute façon - une pute ? Des produits qu'elle n'a pas le pouvoir ni les capacités de revendre... de l'alcool qu'elle ne boit pas. Quant à la nourriture, elle ne l'a jamais obtenue qu'au dépens des animaux errants, et elle ne compte pas déroger à ses règles. Elle mourra avant d'avoir besoin des biens d'un autre.

" Je ne veux pas qu'on me pose de questions. " résume t'elle pour réponse, d'une voix lapidaire. Le cube rendu à son état d'origine, elle le tend à Dan, pour qu'il le remette un peu de désordre dans l'uniformité des couleurs. Dan est un fouteur de chaos, tout ce qu'il touche se désagrège, tout ce qu'il approche entre dans un état d'anarchie incontrôlable. Dan est un mystère que Charlie ne veut pas percer, un terrain infini de déchets et de désordre à ranger. Docile, la silhouette décharnée s'emploie à détruire son office pour le lui rendre, une cigarette éteinte entre les lèvres, qu'il embrase et expire aussitôt son funeste office terminé. " Fallait pas faire un truc qui soulève des questions "

Dans un crissement de mâchoire, Charlie replonge dans ses cubes et ses couleurs. Les claquements du jeu enfantin se mélangent au concert de Dire Straits que Dan leur improvise, du bout de ses lèvres ankylosées - pour ne pas oublier ce que ça faisait, dit-il toujours. We are the Sultans-clac-Sombre idiote. Un sentiment d'oppression fait gonfler les intestins de la jeune fille. Incapable de quitter cette pièce sans avoir remis les couleurs à leur place, elle presse ses mouvements, les désaccorde des différentes mélodies qui résonnent dans la pièce comme dans son crâne.

" T'as pas le choix, de toute façon. " l'achève Dan dans un dernier ronronnement de camé, une impitoyable sentence. " Si tu y retournes pas, c'est un aveu de culpabilité. Et tu me fous dans la merde. "

Voilà ce que Charlie ne voulait pas entendre.
Elle n'a jamais voulu que cette situation prenne assez d'importance pour pouvoir décemment le foutre dans la merde.
Elle n'a pas eu l'intention de le laisser exister au point qu'il eut cet argument contre elle.
Ni lui, ni aucun autre.


***


Ce n'est pas un argument qu'elle acceptera d'un autre, d'ailleurs. Elle l'a entendu souvent, ces dernières semaines, fuser entre les murs de l'établissement criminel. L'homme qui la paye constamment l'aime beaucoup. Regarde ce que tu m'as fait, rends toi compte de la position dans laquelle tu me mets. Comme s'il attendait des autres qu'ils puissent inverser la course du soleil pour que les choses ne se soient pas produites. A peine arrivée devant la porte recluse de bar condamné, Charlie craint ce genre de discussion, par conviction qu'aucune de ses réponses ne risquerait de plaire à ce genre de personnes. Dans un soupir défait, elle pousse quelques cartons pour y dissimuler son vélo à l'abri des vols, comme d'habitude. Il est deux heures d'un matin sans lune, elle a sans doute bravé quatre risques de meurtre pour arriver là. Et une fois devant la porte, elle n'est toujours pas sûre de savoir ce qu'elle vient y faire. Elle espère, sans grande conviction, retrouver sa routine et son verre d'eau, comme si rien ne s'était passé.

Dan a au moins raison quand il affirme les soupçons que soulèveraient une disparition soudaine. Elle a pu fuir un petit groupe de résistant, serait incapable de reproduire l'exploit avec une mafia entière. Pour ça il faudrait quitter la ville - et elle y a songé, longuement. Mais ne sachant pas si on la recherche, s'approcher des forces de l'ordre aux abords de la frontière serait un risque bien plus grand que de seulement retourner sur son lieu de travail.
Qui sait. Peut-être cette histoire est-elle passée avec le reste du pain quotidien. Qu'ils n'aimaient pas trop ce client. Ni la façade du mur qu'elle a repeinte de son sang. Peut-être que ce sont des gens raisonnables. Peut-être qu'on ne va pas faire l'erreur d'essayer de la dominer.
La colère est une chose, le pouvoir en est une autre.

De la gratitude, au pire.
C'est le plus qu'elle puisse endurer.

Quand elle pénètre entre les murs moites de luxure, une chaleur plus humide l'accueille. L'odeur des liqueurs et la sueur des corps remplace la poussière et et les métaux rouillés de la ruelle, qui eux-mêmes avaient remplacé la rance et les excréments de rongeur imprégnés dans le salon de Dan. Engoncée dans un débardeur noir trop serré pour elle, vague compromis trouvé entre ses fripes habituelles et la sensualité brute des autres filles de l'établissement, Charlie réprime un instinct de fuite pour s'avancer vers le comptoir. L'endroit est empli d'une concentration inhabituelle à la tâche, les femmes plus lascives et les hommes plus ravis encore que d'habitude. Et pour cause, une silhouette trône au milieu des corps, à l'endroit où elle vient toujours prendre son verre, bien visible de son audience travailleuse.

Déjà, il perturbe ses habitudes. Déjà, elle le déteste.
Malgré elle, Charlie cherche la présence réconfortante d'un verre mal placé sur le comptoir. Mais il n'y a rien.
Rien que lui.
Même le barman est allé se pendre ailleurs. Échouée sur sa grande main qui prend toute la place de son verre, Charlie longe le bras qui l'emmanche d'un oeil fugace. Elle dessine les muscles visibles sous ses vêtements, calcule les chances d'avoir le dessus sur cet homme et de pouvoir s'enfuir sans être rattrapée.
Maigres.
Ses yeux caressent son épaule massive, son cou épais, son visage de titan, jusqu'à échouer enfin dans les siens quand elle arrive à sa hauteur. Elle ne se dérobe pas, moins par provocation que pour ne pas louper un seul geste qu'il aurait à son encontre. Ses lèvres s'ouvrent, prononcent sa politesse d'une voix mécanique, distante.

" Bonsoir. "

Pas de trace d'interrogation, de stupeur ni même de curiosité, sur son visage ou dans la vibration de ses cordes vocales. Elle n'a pas de questions à poser, sinon ce qu'elle doit livrer ce soir. Estime que toutes celles qu'elle aurait pu soulever, trouvent des réponses simples avec un peu de volonté, une légère dose de déduction.
En somme elle considère qu'il n'ont rien de plus à se dire que d'habitude et s'est décidée à venir ce soir pour le faire comprendre.

Ni victime ni coupable, elle exige l'indifférence.
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MessageSujet: Re: Des puzzles et des Hommes [Joseph]   Lun 19 Juin - 19:42

Extirpés d'une gorge un peu sèche, murmurés d'une voix rauque, les mots s'étaient empressés de sortir. Parce qu'il fallait raconter, parce qu'ils savent tous qu'il faut s'en référer à son supérieur, à chaque fois qu'il se passe quelque chose de troublant. Quelque chose qui fait qu'une soirée est sensiblement différente d'une autre. Je me suis hissé seul à la place que j'occupe – je suis certainement leur collègue, en réalité. Un vieux de la vieille, une connaissance du patron ultime, mais un collègue. Mais dans les faits, à leurs yeux comme aux miens, je suis en charge, je prends tout en charge lorsque les patrons ne sont pas là. Ça me fatigue, ça m'ennuie, ça m'épuise ; et c'est pourtant ce besoin viscéral d'être reconnu qui me fait persévérer. Alors, il m'a tout raconté. Le barman est une ombre fantomatique ; on a beau l'oublier au fond d'un verre, le temps d'une gorgée brûlante, il est toujours là. Ses yeux sont avides de curiosité, ses oreilles toujours à l'affût. Et puis, j'ai vu vermillon, rouge, écarlate. De cette couleur que je voulais désespérément voir peindre mes doigts et glisser le long du trottoir pavé. Ce besoin devenu vital de s'emporter, de vider les poumons de la haine qui s'y consumait et ne s'endort jamais, de meurtrir les doigts dans un nouvel excès de violence. De brûler, noircir, abîmer, tuer les chairs. Officiellement, pour faire peur. Pour imposer le respect, protéger les putes de la main d'un inconnu. Officieusement, pour soulager le feu qui me brûle les tripes et enfume mon esprit, le temps de quelques heures, quelques jours. M'épuiser à battre un corps inerte et rêver d'un sommeil opaque.
Mais je n'en ai pas eu l'occasion. La silhouette du coursier disparut dans l'obscurité avant même que je puisse l'interpeller – et à quoi bon, véritablement ? Puisque l'homme était là, abandonné au sol comme un chiffon usé. Je ne l'ai pas terminé – le brasier était douloureux, mais il me fallait garder mon honneur. Il a dégagé le chemin, et je m'en suis rentré au club, les traits crispés et la soirée gâchée.

À cette pensée, je fais la moue, pince les lèvres. Celle qui nous sert de coursier – Charlie – est tout en bas de la pyramide. Je ne la connais pas plus que ça. Trop mal à l'aise avec son corps pour se trémousser, elle sait l'utiliser autrement et n'a visiblement pas peur des risques que le métier engendre. Il n'y a jamais eu de véritable échange avec elle, rien d'autre qu'une salutation froide en entrant, une en sortant, et la porte qui se referme sur elle. Son verre trônant là, intouché, sur le comptoir. Ses interventions sont réglées, millimétrées, même si les rendez-vous sont anarchiques. Et voilà à peu près tout ce que je sais sur cette bonne femme. Un putain de glaçon camouflé sous une gueule d'ange. Ça, et ce type, abandonné sur le trottoir. Mais ça n'était pas elle – comment aurait-elle pu ? Elle est trop mince, même si quelques muscles se dessinent sur ses membres ; mais elle est trop femme. Et je n'ai jamais aimé l'idée qu'une femme puisse accomplir ces choses-là. Ou peut-être n'ai-je jamais eu la preuve qu'une femme le pouvait. Nicholas et moi le faisions, mon père le faisait – ma mère et Aimée, jamais. Depuis l'apocalypse, aucune femme ne s'est montrée suffisamment forte pour me faire changer d'avis. Parfois elles savent, bien sûr – les cicatrices de Maisy le prouvent. Mais c'est trop ténu pour en faire une généralité.
Tandis que les songes qui m'assaillent sont la raison principale pour laquelle les femmes n'aiment pas discuter avec moi, je m'appuie contre le comptoir du bar, incapable de décider ce que j'en pense.

« Et si elle revient pas ?
- Pourquoi ? Pourquoi elle reviendrait pas ? »

Les actes de Charlie n'éveillent pas grand-chose en moi que de la curiosité, ce soir. Il n'y a pas de honte à se défendre, me dis-je, comme si c'était le seul sentiment qu'elle pouvait ressentir à ce sujet. L'agacement, plus tard mué en colère, s'est évaporé depuis un moment. Il n'y a plus désormais que cette avidité malsaine de savoir : comment, pourquoi. Que s'est-il passé, comment a-t-elle su, comment a-t-elle fait ? Au regard incertain du barman, je fais la moue et marmonne quelque chose à propos de ses tickets restaurateurs. Inutile de parler davantage, je passerais pour un idiot si elle décidait de ne pas se pointer. Le monstre gronde, le grognement roule dans tout mon corps à cette simple hypothèse, électrise mes membres. Non, elle viendra, me dis-je. Elle viendra.
Il vaut mieux pour elle qu'elle revienne, sinon je devrais aller la chercher moi-même et... Un soupir s'échappe de mes lèvres, déjà ennuyé de perdre hypothétiquement du temps à poursuivre une garce qui en sait trop sur la maison, sur moi, sur nos pratiques. Maintenant qu'elle est parmi nous, elle n'en sortira que les pieds devant, à l'instar de ses prédécesseurs avant elle. Du coin de l'oeil, la silhouette du barman m'échappe et s'éclipse. Ils n'aiment pas la tension qui émane de mon corps ; mon aura est désagréable à supporter, peut-être. Le temps de quelques heures, tout le monde peut gérer. Les femmes aiment avoir l'animal dans leur lit, les collègues aiment voir la bête œuvrer au boulot, les adversaires craignent le courroux de la créature. Mais personne ne veut subir ça au quotidien, tous les jours, toutes les heures. Je les comprends, bien sûr. Me penchant au-dessus du comptoir, je me sers allègrement et remplis un nouveau verre, qui se précipite jusqu'à mes lèvres. Les putain de pilules de Mackenzie traînent dans l'appartement, dans une autre veste, chez Maisy, ou dans le triangle des Bermudes. De toute façon, rien ne s'allie correctement à l'alcool, ça me déglingue complètement. Un mal pour un bien, certainement.

Les prunelles courent autour de moi, balaient le club du regard. Et lorsque les silhouettes ralentissent, lorsqu'elles fondent dans la moiteur qui imprègne les murs, j'écrase le plat de la main sur la comptoir froid. Siffle, interpelle n'importe qui, tant que la pression remonte d'un cran. Et pendant ce temps, je sirote mon verre. Les heures coulent dans mon gosier en même temps que le liquide et la lune se hisse certainement haut dans le ciel, nous observe de son œil récriminateur. Déçue que l'on occupe son règne de cette manière – je souris à cette idée et promène mon regard sur les courbes des prostituées. Des courbes dont je parviens à ne pas faire d'overdose, que j'apprécie toujours à regarder, même après tout ce temps. Même en les connaissant par cœur. Je fais parfois le tour du comptoir, m'abandonne à quelques gâteries envers le chiot, bien caché dans l'obscurité du bar. Puis y retourne, regarde tout autour, compte les filles qui rejoignent les chambres et m'assure distraitement qu'elles en ressortent en même temps que le client, l'air satisfait et les joues rosies. La routine.
Brusquée par une intervention, de celle que j'ai attendue toute la soirée et qui daigne enfin nous rejoindre. Au fond, un poids s'envole de ma poitrine lorsqu'elle s'approche du bar.
Ses prunelles se font inquisitrices lorsqu'elles me détaillent et je m'offre à sa contemplation sans broncher. Tenté d'imaginer, le temps d'un instant, qu'elle me jauge, je balaie bien vite l'idée saugrenue de mon esprit. Elle n'oserait pas, n'est-ce pas ? Me regarder comme l'on regarde un rival, un adversaire potentiel, me tourner autour comme le lion dans sa cage ? Malgré moi, les lèvres se pincent et les yeux plongent dans les siens, fouillent tout ce qu'ils peuvent y trouver.

« Bonsoir. » La réponse est bien moins mécanique que ce que la femme vient de m'offrir. Un silence s'installe. Les yeux courent sur son corps impunément, se demandent comment une femme peut avoir fait ça à ce type. Me reviennent en mémoire les détails de son visage abîmé, de son nez cassé. Je l'observe, aussi pour voir si elle a une quelconque blessure – ça n'était pas un affrontement, de toute évidence. Parce qu'elle n'a pas pu y participer ; j'aimerais m'en convaincre, mais je n'y parviens pas. « Bon. Faut qu'on discute, tu t'en doutes. » C'est dit tranquillement, avec une pointe d'exaspération, parce que je ne suis pas vraiment un homme de paroles. Je n'aime pas discutailler avec des inconnus, d'autant plus lorsque je ne sais pas s'il faut leur faire confiance. Et qu'on est déjà coincés avec eux. La voix porte naturellement trop, elle est trop grave et trop forte, habituée à devoir attirer l'attention. Un instant de réflexion – elle ne voudra jamais me suivre nulle part, me dis-je rapidement. Inutile d'essayer de discuter ailleurs. Autour de nous, les hommes sont occupés à lécher du regard les corps qui se trémoussent ici et là, et je fais signe à Charlie de s'approcher encore un peu plus. « T'as foutu quoi, l'autre soir ? » C'est abrupt, évidemment. Il n'y a jamais aucun pot autour du quel tourner. Comme la nuit porte conseil, la soirée et ses quelques verres aussi. J'y vois plus trouble, mais aussi certainement plus clair ; il n'y avait qu'elle, ce soir-là. Peut-être que ce type était suffisamment saoul pour se faire avoir par une femme, me dis-je. Peut-être a-t-il été déstabilisé par quelque chose, n'importe quoi. À vrai dire, ça ne m'intéresse plus. « Écoute, t'as sûrement pensé que c'était la chose à faire, mais ça s'passe pas comme ça, ici. Sans parler du coup de chance que t'as eu... » Les yeux roulent dans leur orbite. « Bref. La prochaine fois, faut que t'en parles à quelqu'un. On peut pas s'permettre d'avoir un type à moitié mort devant l'établissement, tu t'rends pas compte. » Finalement, j'ai tout un tas de chose à dire et de remontrances à lui infliger, que j'enterre dans ma gorge. Une lampée d'alcool y coule, termine de les étouffer et je sors une cigarette de ma veste. L'allume, la coince entre mes lèvres, et marmonne, impatient : « Bon, raconte-moi c'qu'il s'est passé avec ce type. Du début. »

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MessageSujet: Re: Des puzzles et des Hommes [Joseph]   Lun 19 Juin - 22:19

Il a le col de travers.

C'est tout ce que parvient à penser Charlie, l'espace de quelques secondes.
Sans doute parce qu'il a dit qu'il fallait discuter - le col n'était peut-être même pas de travers avant ce moment là. Ou encore, parce qu'il lui a demandé de s'approcher. Docile, elle s'est avancée pour se coller au comptoir, en maintenant une distance plus grande que son bras tendu vers elle avec lui. Dans cette configuration, elle est en ligne droite vers la porte et s'il lui prend l'envie de l'attraper, elle pourra éviter son geste sans mal. Elle s'accroche à cette pensée pour oublier le reste - la discussion, le rapprochement, le col.

Derrière cet homme - Townsend. Jospeh; il y a des noms qu'il faut connaître et savoir redire - Charlie avise un regard de la fille qui s'est trouvée au cœur du débat l'autre soir. Inquiétée par le tableau comme un animal dans les phares d'une voiture, elle en a presque oublié l'homme vautré sur elle et la main dans son soutien gorge. Elle a l'air de s'en rappeler, d'ailleurs, dans un sursaut frémissant, et peine à se détacher de sa contemplation morbide pour faire mine de s'intéresser à lui. Ne laissant rien paraître de la méfiance acide que la scène fait couler dans ses tripes, Charlie s'arrache à ce constat pour reporter son attention sur l'auteur de cette crainte, qui soupire d'exaspération à l'entente de ses propres déclarations. S'il n'aime pas discuter, pas même pour la domination que ça lui apporterait l'espace de cet échange, alors elle ne voit vraiment pas pourquoi il le leur inflige. Ce qu'il peut y avoir à dire de si important, qu'ils abandonnent le confort de leur indifférence mutuelle, pour s'adonner à des discussions sur lesquelles ils ne pourront pas s'entendre. Elle ne compte pas essayer, d'ailleurs - de le lui faire entendre. Entendre qu'elle a pu avoir une réaction inconsidérée, un soubresaut d'irrationnel, à l'idée qu'on pût frapper une femme. Entendre qu'elle ne fait confiance à aucune des personnes présentes ici pour s'en émouvoir - ni, surtout, être du moindre secours quand elle-même ce retrouve face à ce genre de danger.
Alors, qu'y a t'il de plus à dire.

Lui se grandit et s'impose au milieu des corps, trône a ses côtés comme si des mètres de hauteur les séparait. Les traits épaissis par la violence quotidienne et le regard endurci par ces passés qu'on ne veut pas entendre. Caverneux. Voilà. C'est ça, le mot.
Il domine l'assistance, le comptoir, la salle, son verre. Il gonfle à mesure qu'elle comprend l'ampleur de son autorité sur les autres, et ce constat ne peut que retendre Charlie en retour.

Il a les pupilles dilatées. Une odeur un peu acide, fruitée, émane de sa sueur, son verre a déjà filé une fois entre ses lèvres depuis une minute qu'elle est là. L'alcool, ça brouille les signaux, ça dilate les vaisseaux et les traits du visage, ça crée des réactions imprévisibles. Il amorce le ton, d'une question lapidaire, et Charlie fait mine de détourner les yeux une seconde avant de revenir à lui, sans défiance. Elle a les muscles bandés d'une tension nerveuse, que tous ses efforts peinent à dissimuler. Et ce n'est pas tant le fait d'être en présence d'un macro porté sur l'alcool, assez doué dans son travail pour être enrôlé dans une mafia - même si, on le lui reconnaîtra, ce sont des raisons bien suffisantes. C'est lui, purement et simplement. C'est quelque chose qui grouille sous son épiderme, comme une nuée d'insectes, une violence nichée dans ses cellules, qui émanent jusqu'à elle et la prend au corps par convection dans l'air. C'est un truc dans ses yeux malgré la pupille noire qui les noie presque.

De ce contact prolongé, Charlie peut mettre des sensations plus précises, sur un malaise qu'elle a pu ressentir chaque fois en sa présence et qui a écourté tous ses échanges avec lui, peut-être plus encore qu'avec le tout un chacun. C'est un homme violent, bien au delà des simples déductions que sa position invoquent. Et s'il n'était pas ce qu'il est, ça ne la dérangerait pas outre mesure. Elle a vécu avec un garçon rempli de violence, pendant deux ans, il dormait dans la chambre en face de la sienne. Elle en a vu passer, de tous les milieux et de tous les âges, des types qui ne pouvaient plus endiguer leur rage face aux drames. Mais il est ce qu'il est. Il n'a pas choisi d'enterrer sa violence dans la rébellion, ou même au sein d'une milice de ripoux sans scrupules. Il a choisi de s'entourer de femmes et de les contrôler tous les soirs.

Malgré tout ça, le discours qui s'élève est plus censé qu'elle ne l'aurait cru de prime abord; même d'une logique imparable. Une fois les mots sortis de sa bouche, Charlie réalise ce qu'elle peut entendre, les problèmes qu'elle a pu poser. Docile, elle se radoucit presque, murmure en tout cas du bout des lèvres, un assentiment sans réticence.

" D'accord. "

Ni plus ni moins. Caressée par l'espoir un peu hâtif d'en avoir fini avec cette conversation, Charlie se redresse déjà un peu pour partir. Idiote, elle réalise sa naïveté quand la suite fuse, en une ponctuation éloquente.
Bon. Voit son soulagement naissant mourir aussitôt de ce petit mot bien efficace, comme un départ de feu enseveli sous la terre. Quoiqu'il dise maintenant, elle sait bien que c'est la partie qui la séduira moins.
Et ça se confirme.
Raconter.
S'il la connaissait, il ne pourrait pas prononcer cette phrase sans en rire un peu.

Dressé vers lui, le regard de Charlie invoque une incrédulité vaguement suppliante. Elle ne voit pas ce qu'il y a à raconter - rien qui ne soit facilement déductible ou témoigné par n'importe qui d'autre. Voudrait qu'il le comprenne, malgré l'évidence noyant son regard, qu'il n'est pas disposé à faire un tel effort. L'effort d'imaginer qu'il provoque un malaise inutile chez celle qui a empêché une de ses filles de se faire tabasser.

Non.

C'est la réponse que hurle la moindre de ses fibres cérébrales, et qui doit se ressentir dans l'expression de son corps - à défaut de son visage, trop distant pour être bien lisible. Ils y passent bien quelques secondes, à se regarder dans le blanc de l'oeil, visage au visage, en chiens de faïence. Un inconfort de surcroît, pour elle qui se trouve déjà collée par la sueur et la luxure de dix autres corps depuis trop longtemps déjà, et s'inflige une présence dérangeante à la faire grogner en elle-même, les crocs dehors. Elle admet finalement sa défaite dans un soupir bref, faute de moyens pour l'emporter. Si elle ne veut pas parler, il reste à cet homme des milliers d'options pour obtenir ses réponses. L'emmener ailleurs, sortir les menaces, les poings, ou dieu sait quoi encore. Rendre le souvenir de cet échange primal, tout à coup, beaucoup plus confortable.
Une escalade excessive pour une trace de sang au mur, en somme.

Alors, racontons.

" Il discutait avec cette fille. " elle lâche,
enfin, comme on s'arrache une dent. Enchaîne aussitôt,
d'un ton égal, une litanie monocorde et rapide, autant pour en finir que pour se faire comprendre, dans son dégoût à s'épancher sur quoique ce soit la concernant. " Ca se passait pas bien. Il était nerveux, il s'agitait déjà quand il est rentré ici, et j'ai vu un bout de métal dépasser de sa poche. Et puis ... " Dans un hochement négatif de la tête, Charlie renonce au développement qui a buté sur la barrière de ses lèvres. Et tout le monde sait qu'un homme violent recommencera, qu'il ne faut jamais le croire. Il pourrait bien se sentir visé - pour ce qu'elle en sait, il tabasse cette fille lui-même et ne doit sa colère qu'à l'idée d'imaginer un autre repeindre son corps. Alors elle s'en tient aux faits, reprend leur exposition pure. " Je l'ai signalé. Le barman a vu que c'était un poing américain, il l'a emmené dehors. Ensuite vous êtes arrivé, j'ai pris mon payement et je suis partie. Il a essayé de m'agresser devant et j'ai eu de la chance. "

Si péremptoire, imbécile même, soit cette déclaration, elle ne va pas se battre pour la contredire. S'il la pense faible, il l'attaquera seul. S'il la croit incapable, il n'appellera pas des renforts pour la tenir en cas de problème. Et s'il est un monde entre cet homme et le poids lourd qui l'agressait l'autre soir, en face à face, elle peut s'en sortir vivante - endommagée mais vivante; blessée mais moins que lui.
Dans un soupir, Charlie déploie malgré tout un effort, pour en finir avec cet échange déplaisant, dominateur. Surhumaine, la tâche pour adoucir son antipathie défensive, chercher dans le bois irrégulier du comptoir, un peu de douceur à se mettre sous la dent.

" J'aurai pas dû m'en mêler, je croyais qu'il y avait un problème, j'ai voulu aider. La prochaine fois, je viendrai vous voir.  " elle souffle de bonne grâce, avant de se reprendre, dans une contraction brève. " Il n'y aura pas de prochaine fois. " Tout pour s'éviter un tel remue ménage, n'importe quoi si ça peut les ramener à leurs mondanités rigides, mères d'une survie confortable. " Je vous présente mes excuses. "

Cette fois, l'espoir de le satisfaire se construit sur un socle vaguement plus solide que les autres. Ne sachant pas pourquoi une telle insistance à propos d'un incident qui doit arriver souvent avec d'autres hommes, elle ne voit pas que dire de plus pour épancher sa soif de racontars. Quoiqu'il en soi, elle est prête à tourner autour du pot, et il en faudra plus qu'une stature intimidante ou un regard assoiffé de sang pour lui arracher des détails à cette histoire.

Elle risque bien plus de ces détails, que d'une obstination au silence.

" Votre col est de travers. "
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MessageSujet: Re: Des puzzles et des Hommes [Joseph]   Mer 21 Juin - 0:34

Under my skin and into my bones
I feel insanity begin to make its home
Into my vision and through my mouth
Somebody's working me to get me all strung out



Non ? À l'intérieur, elle se tord. Ses membres grondent, son esprit doit hurler, son corps tout entier beugle. La bête le sent, elle sait lire les expressions et les mouvements – ou bien est-ce moi. Je ne fais plus la différence. Mais je le sens, pesant dans l'atmosphère comme une excroissance ou une grosseur prête à exploser. Je contemple un visage placide, deux lèvres charnues et pleines, et surtout résolument scellées. Ses prunelles déterminées fixent les miennes, têtues, pas prêtes à lâcher le morceau comme un chien sur un bout de viande. Ce silence me gêne – il marque son affront face à l'autorité, à mon autorité. Je n'aurais pas la prétention d'affirmer que les autres employés marchent dans mon ombre, boivent mes paroles comme l'eau de jouvence et se jettent tête la première pour satisfaire mes désirs... Mais presque. Adulte gâté, à défaut de l'avoir été enfant, elle triture mes nerfs en quelques secondes seulement et éveille mon impatience. Ses lèvres s'entrouvrent, abandonnent un soupir dans l'air, prémices du récit tant attendu. Je n'en apprendrai finalement pas grand-chose, le barman m'a déjà tout raconté – mais peut-être mettra-t-elle de côté un détail. Il discutait avec cette fille. Les prunelles ne prennent pas la peine de suivre l'affirmation. Je n'ai pas été la voir, elle n'a pas osé venir m'en parler ; nouvel affront dans cette banale histoire. Dans une histoire qui aurait pu se terminer en quelques secondes, qui s'étend dans le temps et nous fait, à tous, gâcher les minutes par poignées entières. Les lèvres se pincent, les paupières s'abattent sur mes yeux subrepticement, à mesure qu'elle s'explique. Et je la sens, la brûlure symptomatique, celle qui aime tant à me ravager l'estomac.

Bla, bla, bla. Elle me prend pour un idiot. Pire encore que de refuser de me répondre, pire encore que son hésitation, c'est qu'elle me prend pour un con. J'enfonce lentement les mains dans mes poches – pas d'esclandre, pas maintenant, devant tout le monde. Les Eriksson ont suffisamment d'emmerdes à gérer ces derniers temps. Pourtant, la poitrine enfle comme un ballon de baudruche et a bien du mal à désenfler. Elle se gorge d'un peu d'air acide, douloureux lorsqu'il se niche tout contre mes poumons. Les mains sont déjà mal à l'aise dans leur étau et s'enfuient d'elles-mêmes, pendent au bout de bras ballants. La cigarette échouée entre mes lèvres n'est même pas fumée, pas encore. Le long de mes membres court l'électricité, déjà. Pour première réponse, je la gratifie d'un grognement rauque, le regard perdu dans mes songes. Non. Quelque chose me gêne, cette chose est grosse comme une maison et ne m'incite pas à passer outre. Quelque chose dans cette histoire sent mauvais, terriblement mauvais. Quelque chose dans ses paroles sonne terriblement faux, sans que je sache pointer expressément du doigt ce qui ne convient pas – mais c'est là, tout près, sous mon nez. Aveugle, je ne le vois pas. Tire-lui les vers du nez. Dis-lui que tu veux la vérité, que tu veux tout savoir. Que tu ne la crois pas et que tu ne peux pas lui faire confiance. Attrape-lui les cheveux, frappe sur le comptoir jusqu'à ce qu'elle te dise tout ; tu es son supérieur. Elle te doit tout. La chaleur irradie mes membres, les murmures putrides du monstre roulent au fond de mon crâne. J'ai appris, parfois, à ne plus les écouter. Mais je les entends perpétuellement, si présents qu'ils se muent en un bourdonnement insupportable. Les cachets de Mackenzie, les cachets. Perdus on ne sait où, oubliés là où ils ne seront utiles à personne. Tout m'énerve, tout. Ce visage imperturbable qui fait face au mien, ces excuses d'imposteur et ce discours travaillé. La pute, le barman, la coursière, les clients, la musique, les odeurs. Les souvenirs, les pensées, le sifflement, les voix.

La mesure dans les membres, torture supplémentaire, je me penche lentement vers le bar. En extirpe une bouteille, la vide partiellement dans mon verre. Passe une main moite dans ma barbe, ne touche pas à mon col de travers et me débarrasse enfin de la cigarette, l'abandonne dans un cendrier. Bois, suffisamment de gorgées pour presque vider le verre. C'est très mal, j'ai l'alcool mauvais et triste à la fois. Il ne faudra pas abuser, pas ce soir. Mais je bois, coule le liquide brûlant dans ma gorge et cherche quelques minutes de plus pour ne pas embrasser l’irascibilité.
Repose le verre brusquement, dans un claquement sur le comptoir. Me précipite jusqu'à la prostituée, repousse le client qui l'assaille de caresses avides d'un mouvement, défais un nouveau col par la même occasion. Elle est effrayée – l'excitation se mêle à la colère sourde et le palpitant frappe dans mes tempes. Ah, t'as peur ? Très bien ; au moins une. Une autre prostituée est propulsée vers le client lésé d'un coup de main et je m'en retourne au bar, les doigts serrés sur un avant-bras gracile – traînée derrière moi comme un sac encombrant, elle échoue contre le comptoir. Les filles, si elles sont décontenancées une seconde, reprennent rapidement leurs occupations. Rien de nouveau sous la lumière tamisée du club.
Les doigts se referment encore un peu plus sur son membre et la chaleur irradie, se propage sur son épiderme alors vierge. Mais il noircit sous mes doigts, pour l'instant camouflé par ma prise – seul son gémissement m'alerte de sa douleur, ne m'empêche en rien de serrer plus encore. C'est cette colère écarlate, qui teinte l'environnement et m'aveugle – elle n'a pas de sentiment, ne cherche qu'à se déverser. Envers les putes, elle n'est pas souvent violente, jamais irréparable. Simplement effrayante. Elle couine comme un chien apeuré, se tord sous mon étreinte mortifère.

« Joseph...
- Alors il était nerveux, il s'agitait ?
- De... Non, j'ai pas vu, j'ai pas fait attention...
- Tu n'as pas vu que c'était le même que celui de la dernière fois ? » sifflé-je lentement entre mes dents.
- S... Si-si, bien sûr... Mais...
- Tu n'as pas vu le poing américain, le métal qui sortait de sa poche ?
- Non non, je te promets que j'n'avais pas v-vu ; Joseph, ça me fait mal...
- Non, t'as rien vu du tout, t'avais pas les yeux en face des trous ? T'étais là au moins, tu foutais quoi, putain ? Écoute-moi bien, la prochaine fois – la prochaine fois...
- Y aura aucune prochaine fois, c'est promis, je... j'pensais simplement qu'il allait nous rapporter du fric et qu'il... »

La précipitation de sa réponse, les perles noisette recouvertes d'une pellicule humide, le bras tordu en un angle douteux pour échapper, vainement, à mon toucher morbide. La voix tremblante, le regard suppliant, et ces putains d'yeux pleins de larmes. Je lâche soudain, conscient de sa douleur pour l'avoir déjà vécue, incapable de contempler les larmes qui s'accumulent sous ses paupières. À la place, c'est à sa peau noircie, meurtrie, que je fais face ; le résultat du monstre, l'atrocité qui me bouffe. Elle se tient le bras, camoufle l'épiderme abîmé sans oser le toucher. Les doigts glissent dans ses cheveux, l'effleurent à peine. La voix est rauque lorsque je m'exprime : « C'est terminé. D'accord ? Rentre chez toi, passe-toi la pommade. Tu reviendras quand ça aura disparu. Je passerai demain. » À chaque morceau de phrase prononcé, elle acquiesce, soulagée que ça n'ait pas duré, et je poursuis. La pommade, elle sait bien ce que c'est, pour l'avoir utilisé des dizaines de fois. Sur elle et sur les autres. Paternaliste, j'embrasse son front, rendu un peu humide par le stress, replace le soutien-gorge sur son sein légèrement dévoilé, m'exhorte à ne pas toucher sa peau plus de quelques secondes. Elle s'éloigne et je l'observe partir, épaules voûtées et démarche incertaine. Je n'aime pas ça, je n'ai jamais aimé ça – sur le moment, peut-être. Peut-être que l'excitation étreint l'adrénaline, peut-être que j'aime ce qui court dans mes veines, peut-être que je me délecte du frisson dans le regard. Pas après, parce qu'elles pleurent indubitablement, parce que je suis l'ombre d'un père que j'abhorre. Les fantômes de la famille nous poursuivent, des siècles après.
D'un mouvement lent, mesuré malgré les tremblements qui enflamment mes doigts, je me tourne vers Charlie. Oubliée de cet échange, pourtant à la naissance de toute l'histoire, et je l'observe. Me penche vers elle, réduis l'espace qui nous séparait encore et scrute son visage. « Elle a dit la même chose que toi, sensiblement. Elle, je la crois – Toi, non. Comment t'expliques ça ? » Je murmure, avant de m'éloigner à nouveau, conserve une distance respectable entre elle et moi. La tension qui émane de son corps n'est pas rassurante, même pour une femme.

Le verre rejoint mes lèvres, le liquide échoue dans ma gorge. « Si je veux qu'une femme me fasse comprendre que j'en ai une grosse et que je suis le patron, je vais les voir, elles. » Un mouvement de la tête vers la scène, où tout a définitivement repris son cours – du coin de l’œil, j'apprécie les silhouettes qui se déhanchent lentement. « Si c'est pour entendre ce que j'ai envie d'entendre, elles me le disent, plutôt deux fois qu'une. Toi, t'es pas là pour ça, c'est pas ton putain de rôle. »
Les songes reprennent leur place au fond de mon crâne, le verre reposé sur le comptoir roule entre mes mains. J'ai besoin d'une clope, d'un cachet, d'un verre, j'ai besoin de sentir le sang sur mes doigts et de gueuler un bon coup. Au lieu de ça, je soupire longuement, réfléchis – l'alcool est vaporeux dans mon esprit. Je la fixe sans ciller, sans plus la voir au bout d'un moment. « Tu sais quoi... J'étais persuadé que t'as eu d'la chance – et t'en as peut-être eu, sûrement même. » Mais pas à ce point. Lorsqu'une femme a de la chance face à un homme, elle lui explose les couilles, pas le nez. Elle ne lui pète pas l'arcade, elle ne le met pas à terre. Souvent, je vois les choses comme j'aimerais les voir. Je modèle la réalité à mon bon désir, la tords jusqu'à ce qu'elle corresponde un tant soit peu à l'idée que je m'en faisais. Parfois, ça fonctionne – Maisy n'est qu'une passade, une énième dans mon lit, une femme de passage. Souvent, ça ne fonctionne pas – Une femme ne met pas un homme à terre par chance. Je souris, le sourire rendu carnassier par l'alcool.

« Et puis merde, tu sais quoi ? J'suis passé par là. On a tous nos secrets, hein ? J'm'en fous de ton histoire. Ne le refais plus, c'est tout. Mais, ses excuses à elle... » Je désigne une ombre derrière moi, la silhouette fantomatique et disparue de la prostituée. « Ça, c'était des excuses, des putain de regrets. » Une nouvelle cigarette se niche entre mes lèvres, destinée, celle-ci, à être fumée. Je tire lentement dessus, me satisfais du poison qui me parcourt. Et pousse une exclamation soudaine : je me décide à remettre mon col en place, largement plus défait que lorsqu'elle m'en a fait la réflexion tout à l'heure. Marmonne, la cigarette coincée entre les lèvres : « Mmh, t'es du genre maniaque, hein ? » Je grogne, abandonne un vêtement davantage soigné pour retirer la clope de mes lèvres et écarte les bras. « Mieux ? Bon... Y a quand même un sacré problème qui subsiste entre nous, hm... Charlie. J'te fais pas confiance, et c'est un frein à notre collaboration, hein ? »

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MessageSujet: Re: Des puzzles et des Hommes [Joseph]   Mar 27 Juin - 12:01

Ma petite entreprise connaît pas la crise
Épanouie elle exhibe des trésors satinés
Dorés à souhait

La cigarette fume, résolument campée au coin de ses lèvres, marque de l'inertie qui l'a pris tout à coup, dans l'attente de ses précieuses réponses; à des questions qui n'ont plus lieu d'être. Comme si Charlie était plus importante que cette cigarette, tout à coup - comme si elle pouvait décemment le satisfaire d'avantage que cette nicotine qui lui manquait tellement, pourtant.

Fumer, c'est aussi idiot que de poser des questions, ou avoir des attentes - on croit se détendre, on croit inhaler une rasade de satisfaction, expirer un peu de relaxation, mais ça ne fait qu'exciter les nerfs, énerver le système tout entier.

Il a des airs de Popeye, comme ça. Campé au dessus d'elle, avec ses gros bras qui dépassent du comptoire et sa cigarette au coin des lèvres, son air patibulaire. Tout dans cet endroit ressemble à du Bashki, un tableau graphique pour adultes, avec ses couleurs saturés et ses ambiances résolument claustrophobes. Charlie ne serait pas surprise de voir l'une des filles se changer en personnage de cartoon, en louve ou en renarde sciemment sexuelle, frotter une fourrure inavouable ou des attributs animaux sur les hommes demeurés eux-mêmes. Ses yeux ripent sur la cigarette qui lui fait extension au coin des lèvres, négligée, fumante, elle s'attend à ce que les vapeurs lui brûlant la rétine lèvent le voile sur un tableau de Guarnido, un zoo sexuel où Popeye cognerait dans les murs pour échapper à cette réalité alternative. Elle réprime un frisson, devant cette immobilité de bande dessinée, s'arrache à la contemplation de la fumante gâchée, l'air gonflant ses poumons comme à travers l'orifice d'un ballon, tant elle se sent piégée.

Enfin, il s'anime. Non pour accorder ses faveurs à la cigarette, toujours, mais pour porter son affection sur une nouvelle bouteille. Une odeur acide, entêtante et nauséeuse s'échappe du goulot qui fait ploup quand il l'ouvre, gonfle hors du liquide quand il se déverse dans le verre, pour s'atténuer aussitôt, prisonnière de sa bouche, son oesophage, puis son estomac. Charlie le regarde à peine boire, pour ne pas amplifier son malaise. Si la violence émanant de cet homme est déjà profonde, nerveuse et déplaisante, son rapport fébrile au liquide après l'indifférence au gaz est terrifiante. Plus que de brouiller ses expressions, ses émotions, la clarté de ses pensées sans doute; elle envoie des larsens dans les rapports de leur échange. Si bien que Charlie ne sait plus si elle est face à une autorité qui la gronde, ou un homme violent qui se défoule. Répondre à l'autorité, elle sait faire; apaiser les humeurs d'un homme, elle s'y refuse. Comment serait-ce possible, du reste; avec son visage statufié et sa voix atone, ses frissons d'animal blessé, elle serait risible en objet de douceur.
Fais-le rire, Charlie.


J'ordonne une expertise mais la vérité m'épuise
Inlassablement se dévoile
Et mes doigts de palper


Une autre paye les frais de son incompétence, et le malaise de Charlie se transforme en suffocation. Celui qui restait immobile comme un personnage de bande dessinée puis se mouvait, vaguement rigide, autour d'un verre d'alcool, se change en engin de démolition lancé en roue libre. Il frappe le comptoir pour le quitter, fonce comme un char vers le nouvel objet arbitraire de son courroux subjectif. Médusée, Charlie le voit renverser le client lubrique comme une quille pour s'emparer de cette fille, la ramener au devant du théâtre, presque la jeter sur la scène. Une décharge court dans ses jambes, l'envie de repousser cette pauvre femme hors du spectacle et d'arracher un crochet dans la mâchoire patibulaire pour calmer ses ardeurs. Elle ne comprend pas ce qui arrive, et de l'incompréhension naît une révolte viscérale dans ses tripes. Figée, elle assiste à l'échange improbable, cruel, bientôt même tortionnaire. Cette fille sanglotant presque de peur et l'autre qui s'en abreuve comme il boit ses verres, néglige la douceur des fumées de cigarette. Prompte à réagir d'habitude, elle ne sait plus du tout quoi faire - le moindre geste semblerait amplifier l'horreur, et il n'a visiblement pas les couilles de s'attaquer directement à elle : il ferait payer quelqu'un d'autre. Elle se sent affreusement responsable, plus à mesure que cet interrogatoire absurde lui parvient aux oreilles. Toujours pas victime; mais elle est devenue complice pour se faire enfin coupable. Une autre paye pour son intervention maladroite, sa bonne volonté insuffisante, son mutisme résolu. Enfoncée jusqu'à l'os dans ses incapacités, au bord de l'attaque nerveuse, Charlie rue en elle-même pour ne pas courir à toutes jambes. Très vite, elle n'ose même plus regarder la scène, intruse de mauvaise augure dans une dynamique qui la dépasse. Le pire, c'est peut-être de sentir la tension sexuelle derrière la rage; la palper rend Charlie tellement à fleur de peau, que la seule idée qu'on l'effleure en passant dans son dos la révulse.

Joseph, ça me fait mal... Il y a treize bouteilles dans l'étagère devant ses yeux. Trois rangées de cinq, et il en manque deux sur celle du bas. T'étais là au moins, tu foutais quoi, putain ? Treize de droite à gauche, de gauche à droite, de haut en bas, de bas en haut, en diagonale, dans l'autre sens. la prochaine fois. La prochaine fois... Deux fois six plus une, trois fois quatre plus une, trois fois cinq moins deux, quatre fois quatre moins trois, treize fois une. c'est promis, je...


Palper là cet épiderme qui fait que je me dresse
Qui fait que je bosse
Le lundi
Le mardi
Le mercredi
Le jeudi
Le vendredi
De l'aube à l'aube

Enfin, un vent de tendresse souffle à côté d'elle. Englué, violent, nécrotique, un peu moins affreux que le reste. Charlie essaye de se détacher de ses comptes, court-circuiter le cercle vicieux de ses automatismes. Elle inspire une grande bouffée d'air, mesure le temps qu'elle met à recracher son gaz carbonique dans l'alcôve saturé des putes et de leurs déboires. Parvient à renouer avec la scène, ne plus en détourner les yeux, regarder en face cette horreur dont elle ne sait pas si elle doit se sentir coupable. Bien malgré elle, ses yeux décochent sur cette grosse tâche noire que la fille tente malgré tout de dissimuler, qui lui lacère l'épiderme. L'autre est trop occupé à donner baisers et tendresses immondes pour la voir, elle qui se heurte et se fige sur cette vision terrible. Un hurlement de rage naît dans le ventre de Charlie, gonfle et explose à lui cribler les tripes d'éclats d'ogive. Pas lui, pas ça, pas comme ça. Elle qui se campait à une prudente et relative indifférence, elle est assénée par une révolte révulsée, à la seule idée d'un point commun avec cet homme. Surtout celui-là. Surtout les fondements même de son être. L'idée que ce qui motive ses actions d'enfoiré et ses gestes de tortionnaire, puisse être la même chose nichée sous ses propres chairs.

Dans son état, si un homme la touche, il subira le même sort que cette fille.

La pauvre est congédiée sans autre forme de procès. Lui daigne s'intéresser de nouveau à elle, pour assassiner une distance devenue nécessaire entre leurs corps. Secouée d'un électrochoc, Charlie entend à peine ce qu'il a à lui dire - trop occupée à penser au canif dans sa poche arrière, au temps qu'il faudrait pour le lui enfoncer dans la gorge, ou encore à l'énergie qu'il faudrait dépenser à le tuer d'un infarctus, là, dans la seconde. Quand il se recule, ce sont des yeux de révolte pure, d'horreur simple qui renouent à la grisaille de ses prunelles embrouillées. Elle ne s'en cache pas - n'a jamais trop su se cacher de ces choses là. Elle est écoeurée, et n'a pas les ressources nécessaires pour comprendre qu'on puisse encore l'accuser d'inciter la méfiance, après une telle mise en scène. Qu'on puisse la mettre au rang des accusés de l'imprévisible, après avoir commis une chose pareille. Plus la mauvaise foi roule par coulées de nécrose des lèvres de ce type, plus Charlie se perd en incompréhension totale. Pour cet homme qui exige l'honnêteté déjà livrée, ou une franchise qui l'aura menée à chercher des suppliques chez une autre. Pour cette chance qu'il remet encore et toujours sur le tapis, comme si ça avait de l'importance, comme si c'était un crime de ne pas être sans défense. Elle a beau chercher, Charlie ne comprend pas ses fautes.

Si être une femme a été érigé au rang de crime en son absence, comment va t'elle s'en sortir ?
Si sa seule condition doit en faire torturer d'autres, quelle place peut elle espérer regagner dans ce monde.

Elle voudrait partir. Ne jamais avoir mis les pieds ici. Elle voudrait revenir à son hôtel, son isolement, ses mensonges - ne jamais avoir rien vu d'autre du monde extérieur. Elle voudrait rentrer chez ses parents, se confiner à jamais dans sa chambre avec les tricots de sa voisine sur les oreillers. Là où la chaleur n'était qu'étouffante, pas si moite, si imprenable, si collante. Là où les rares sourires étaient des sourires, pas des rangées constantes de céramiques en quartier d'orange, sans aucune joie dans le regard. Là où il y avait trop de silences, mais où les silences voulaient dire quelque chose. Là où on lui mentait, mais le seul endroit au monde où elle n'a jamais vu le mensonge. Elle les déteste, tous. Elle déteste ce monde. Elle déteste cet homme encore plus. Cette fille qui pleure au lieu de se battre, les autres qui sourient au lieu de s'allier pour le dévorer. Les quartiers d'orange et les odeurs de transpiration tout autour.
Le monde n'est plus pour elle.
C'était son dernier mensonge.


" Pourquoi ? " finit elle par s'arracher dans un murmure enroué, en réponse à cette tirade farfelue, ces accusations de non fiabilité. Les yeux campés dans les siens, en désaccord jusqu'au plus profond de son être, Charlie fronce les sourcils, la respiration sifflante. Presque essoufflée - comme si la tension dans ses muscles lui pompait déjà tout son oxygène. " Parce que j'ai pas larmoyé mes excuses ? " tente t'elle de comprendre, malgré l'incompréhensible.
Maniaque, Charlie ne peut s'empêcher de tendre le bras vers les bouteilles échouées derrière le comptoir, à défaut de ce col qui n'est toujours pas droit. Elle les tourne, machinalement,
pour aligner les étiquettes face à eux, une par une, le regard accaparé dans la concentration qu'elle met à ne pas céder à la colère ou l'angoisse. " Ou parce que c'était pas une question de chance ? " Elle achève son office, recule, serre les dents à défaut de trouver un autre exutoire. " C'est sûr qu'implorer pardon sous la torture, c'est beaucoup plus authentique que reconnaître ses torts sans être motivé par la terreur. J'ai pas peur alors c'est pas sincère. Je peux me défendre donc je suis un ennemi à abattre. "

Elle crache, le corps bandé, le cerveau noyé dans ses ruades et ses incapacités. Dans un frisson, Charlie secoue la tête de droite à gauche, assène les vérités lapidaires par lesquelles elle communique dans ses pires états.

" C'est vous qui me nourrissez, j'en ai besoin et vous le savez, c'est notre seul échange et vous le savez. J'ai jamais rien fait pour qu'on me suspecte, à part me sentir concernée, et vous le savez. C'est pas de la confiance. C'est du contrôle. " Le regard qui scrutait le comptoir et ses bouteilles, papillonnait devant lui, trop nerveux pour se figer quelque part; se relève enfin dans le sien, statufié par la détermination. " Et j'ai rien de plus à vous dire. "


Ma petite entreprise
Ma locomotive avance au mépris des sémaphores
Me tire du néant
Qu'importe, l'amour importe
Qu'importe, l'amour s'exporte
Qu'importe
Le porte à porte en Crimée
Au sud de la Birmanie, les lobbies en Libye
Au Laos
L'Asie coule à mes oreilles
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MessageSujet: Re: Des puzzles et des Hommes [Joseph]   Mar 27 Juin - 23:07

C'est compliqué. Ça l'a toujours été, et la difficulté enfle avec les années, lorsqu'elle aurait du se faire oublier naturellement, s'égrainer avec l'âge et s'envoler avec les fantômes du passé. Avec la maturité aurait du arriver le calme, la sérénité de l'esprit et la guérison de l'âme. Une âme tordue, écrasée, étouffée – mais guérie, assainie par le temps qui court. Au lieu de ça, elle est bousillée, piétinée par le poids d'un monstre que Joseph ne mesure pas, qu'il visualise à peine. Si dans ses yeux danse un écran de fumée, parfois si opaque que ses iris en deviennent gris, presque noir, il n'y a pas les vapeurs d'un doux délire dans son esprit. À l'intérieur, là où tout est sombre, il n'y a que les pensées gluantes et oubliées, les rêveries qu'il ne s'autorise pas, les songes qui ne lui appartiennent plus. Les envies sont tordues, martyrisées pour ressembler à ce que désire la chose. Et lui, Joseph, l'instrument du monstre, agit sans cacher dans son ombre la naissance d'une rébellion. Non, jamais il ne cherche à comprendre, jamais il n'essaie autre chose. Alors les fils s'accrochent à ses membres et s'animent, les mots lui sont soufflés d'une haleine putride et étouffante, et il agit. C'est compliqué, et terriblement fatigant.
À cet instant là, l'humeur est meilleure, correcte – bonne ? Il ne sait pas. Il n'aurait pas la prétention de dire qu'il ne sait plus ce que c'est, que d'être de bonne humeur, il n'aurait pas la prétention de réellement s'apitoyer sur son sort, pas à son âge, pas après tout ce temps. La tentation est forte ; comme toutes les autres. Toutes les tentations sont pour lui le chant des sirènes, et dieu sait qu'il vogue sur une mer dans laquelle elles sont légion. Alors il ne cède pas à l'appel de la plainte – il préfère oublier et tout transformer en colère. Parce que la colère le meut là où le chagrin l'immobilise.


Je secoue la tête. « Ce ne sont pas des larmoiements. » soufflé-je. Une verre, une gorgée, une cigarette, une bouffée. J'alterne, entame l'un et oublie l'autre, me rattrape aussitôt et délaisse le premier. Il me faut quelque chose ; quelque chose dans la main, entre les doigts, les lèvres. Quelque chose qui se consume, qui meurt dans mon corps pendant que le temps court, inconscient et léger. D'un œil absent, je l'observe. En pleine discussion, elle se préoccupe des bouteilles, semble très accaparée par le fait qu'elles ne soient pas symétriques, ou quelque chose du genre. Désormais tournées vers nous, ça n'a pourtant pas l'air d'aller mieux – le visage de Charlie n'exprime pas grand-chose. Je cherche ses yeux, fixe des paupières baissées, des cils qui battent et des prunelles qui m'échappent. Tout se niche là-dedans, dans deux billes que personne n'aime à se laisser fouiller. J'ai abandonné une vaine lutte il y a longtemps – les humeurs s'étalent sur mon visage, se peignent sur mes traits, courent dans mes doigts et enflamment mes veines. Au bout d'une poignée de secondes, il n'y a déjà véritablement plus grand-chose à camoufler. Et puisque tout le monde n'est pas doté de cette incroyable incapacité à dissimuler ses tourments internes, je les cherche moi-même. Ici, point d'impulsion du monstre – il n'y a que moi. Que moi pour gratter la crasse qui se cache en chacun et la découvrir, pas au monde, à moi-même. Cette curiosité malsaine est poussée – je veux savoir, tout, tout le temps.
Je fais la moue à sa réponse, n'ayant pas grand-chose à répondre. La suite s'avère plutôt proche de la vérité, et j'engloutis une nouvelle gorgée d'alcool pour seule réponse. Acquiesce simplement à la dernière phrase – oui, quelqu'un qui sait se défendre dans ce putain de monde est un putain d'ennemi à abattre. Et si elle sait effectivement se défendre, elle le sait pertinemment.

Ses yeux, enfin, se reposent sur les miens. Après les ultimes paroles, je n'en ai finalement plus rien à faire, de son regard. Elle vient de s'exprimer suffisamment clairement, de sa voix suinte tout le mépris qu'elle me porte et de son corps tendu le peu de respect qu'elle ressent à mon égard. C'est pas de la confiance, c'est du contrôle. Non, non – ça n'est pas ça. Si, ça l'est – mais pas de cette manière, pas de la façon dont elle le dit. Un subreptice hochement négatif de tête, avant que j'étouffe le réflexe et m'immobilise à nouveau. Non, ça n'est pas ce contrôle, pas celui que je crois comprendre sous le poids de ses mots. Elle ne me connaît pas, je ne la connais pas, et pourtant le jugement est allègre entre nous. Personne n'aime le jugement, moins encore de la part d'un inconnu – et tout le monde oublie à quel point il est nécessaire, presque fondamental.
En cet instant, il ne m'apparaît qu'incongru, irrespectueux, bien malvenu et je pince les lèvres. Muet. L'autre phrase s'y joint, m'apparaît brusquement – implorer sous la torture. La torture. Le monstre agite ses griffes, tire les ficelles et tord la commissure de mes lèvres en un rictus. Il n'y a aucune torture là-dedans, me dis-je. La torture est tout le bien que l'on peut mutuellement se faire, souffle la bête.
Alors je ne sais plus quoi dire. La colère s'est évanouie, elle ne reviendra pas. Je force, de la toute volonté du monde, pour transformer le rictus en un sourire, si léger soit-il. Tente de poursuivre la conversation sur le même ton qu'il y a quelques minutes encore. Sauf que je n'ai rien à dire. L'envie y est, dévorante et brûlante, de lui balancer quelque chose, de pinailler sur un choix de mot original, de la contredire éternellement, de jouer encore à se lancer une aigreur au visage. Mais je serai acide, et pourtant trop amer pour admettre que ses mots ne me font ni chaud ni froid. Je n'ai pas envie qu'elle sache, alors je souris et acquiesce, fume un instant.

« Allez, encore une fois j'te l'accorde : on a plus grand-chose à se dire. » Me tournant lentement dos au comptoir, je m'y appuie, le verre entre les doigts. « T'as qu'à profiter de ta soirée, prends-toi un verre et... » Du coin de l’œil, la silhouette m'échappe. Je tourne le visage, ténu en tout premier lieu, et franchement lorsque je ne vois plus de la coursière que son dos. « Ou tu peux t'casser tout d'suite, ouais. » Marmonné-je à moi-même, quelques mots qui s'oublient déjà dans l'alcool et retournent dans ma gorge. Elle est partie. Elle est partie, respire. Oublie ce tête-à-tête, oublie cette femme, oublie cette discussion. Le malaise, la gêne, la chaleur qui irradie dans tes membres. Cette énième rencontre maladroite, presque malfaisante. Cet éternel rappel à un comportement incapable d'évoluer naturellement en société.
Pour l'instant, il n'y a que Maisy qui sache s'y faire – ses membres se tendent parfois sous une caresse empreinte de brusquerie, son corps entier se bande lorsque ma voix porte trop fort. Le temps d'une seconde, d'un réflexe achevé aussitôt. Et puis elle passe outre. Un sourire noyé d'un chagrin latent étire mes lèvres. Oui, elle passe outre. Pour combien de temps ? Quelques semaines, quelques mois. Et si elle ne met pas fin à la chose qui nous unit, peu importe son nom, je le ferai, dans une semi-conscience pleine de bons sentiments et de très mauvais procédés.
Alors Charlie, cette femme que je connais à peine et avec laquelle je suis voué à travailler... impossible de lui demander de passer outre. L'idée m'a effleuré, pourtant, de l'inciter à se taire, à m'octroyer le peu de contrôle que je demande et dont j'ai besoin. La chaleur d'un corps émane près du mien et je penche le visage vers une silhouette familière – une danseuse, une pute, une autre. La main glisse naturellement vers son ventre moite de sueur, se pose sur le creux de sa taille. La pensée fuse, se veut réconfortante : certaines aiment ça, certaines sont désireuses de sentir courir le long de mon corps la colère sourde et aveugle et n'en ont pas peur. Certaines. Les prunelles coulent dans les siennes. Mais la raison me rattrape presque aussitôt – elles sont brisées, déchues. Ce serait aussi absurde que de croire éperdument le dément qui m'affirmerait que je ne suis pas fou.

« J'croyais qu'elle était partie, celle-là ? » La voix m'arrive aux oreilles avec un peu de retard, distrait, et je lui demande silencieusement d'expliciter. « La femme, là. La coursière. » D'un mouvement de la tête, que je suis, elle m'indique la silhouette qui se faufile entre les corps et s'enfonce vers les toilettes. Le grognement roule entre mes lèvres, la prostituée pose une main sur mon bras. Je souris, me lance dans une discussion légère avec elle. Un peu trop légère, peut-être. On dirait qu'elle a bu ; un client généreux, à n'en pas douter. Ma propre langue déliée par l'alcool, je me détends, le temps d'un bref échange. Et sens malgré tout poindre quelque chose dans mon crâne, fendre la tentative d'oublier Charlie – et triompher.
« Une autre fois, j'dois y aller. » Abandonnant à contrecœur un corps chaud et un esprit embrumé, j'échappe à ses doigts et glisse le long du comptoir, m'avance jusqu'aux toilettes. Tends l'oreille, peu désireux de la troubler pendant un moment intime – quelques bruits résonnent dans la pièce. À nouveau, la curiosité m'électrise les doigts et je pousse la porte tranquillement, cale mon corps contre le bois et m'immobilise dans l'encadrement. Elle est là, debout près du lavabo abîmé, qui ne sera plus jamais propre, ne retrouvera jamais sa supposé blancheur d'antan. Rendu gris par le temps, comme le carrelage vert, la salle n'est pas très accueillante. Une lumière jaune court sur sa silhouette, penchée vers l'avant. Quelques morceaux de papier souillés de sang se sont échoués dans le lavabo, et elle serre une main sur l'autre, visiblement blessée. Je soupire ostensiblement.

« Reste là. » Les mots sont expédiés, engloutis par la porte battante qui se referme sur mon corps. D'un pas leste, pour avoir foulé mille fois le sol du club, je retourne à l'intérieur du bar, lance un coup d’œil à la prostituée déjà penchée sur un client. Paumée. Accroupi, j'extirpe une boîte nichée entre quelques bouteilles et attrape le chien qui s'éveille, la fourre sous mon bras.
La pose dans le couloir menant aux toilettes, bien peu fréquenté, et m'engouffre à l'intérieur. La coursière est là, elle n'a pas bougé et je m'approche du lavabo, ouvre la boîte. On a déjà vu mieux, comme pharmacie portable, mais ça fera l'affaire. La chienne me suit, le bruit de ses griffes claquant sur le carrelage – elle s'ébroue, glisse, manque de tomber sous son propre poids. « Tiens, bouge pas. » J'imbibe un coton d'alcool et tends la main vers Charlie – elle se recule, pas franchement confiante, et je me contente de lui tendre le morceau de coton. Réprime un soupir lorsque je vois la plaie de plus près.

Elle ne l'aime pas. Comment le pourrait-elle, après ce qu'il vient de lui montrer de sa personne ? Il a grandi dans la violence et se le martèle à chaque fois qu'il faut se convaincre qu'au fond, il n'est que la victime d'un père abusif, d'un mère faible, d'un frère identique à lui. Il ne sait jamais s'il aime ça, après tout – si ce sont des pulsions, des désirs, des automatismes construits avec les années. Tout ce qu'il sait, Joseph, c'est que personne ne supporte ça. Charlie pas davantage, et il ne peut même pas lui en tenir rigueur. Alors il demeure muet, s'emmure dans la seule chose qu'il puisse vraiment contrôler et qui ne sera, a priori, pas mal interpréter. Mais le silence est bruyant, le silence n'existe qu'autour de lui ; à l'intérieur, c'est le brouhaha, le bourdonnement, le sifflement, et sa propre conscience qui essaie de s'affirmer, trop souvent impuissante et tiraillée.
Il a envie de parler, de faire preuve de sagesse et de maturité, pour une fois. De temps en temps, ça lui arrive ; un peu plus ces dernières semaines. Comme si Maisy avait tout amélioré et tout empiré à la fois. Mais elle n'a rien à voir avec tout ça, se dit-il. Rien à voir avec les blessures qui s'estompent plus vite, avec la mort au bout des doigts qu'il a l'impression de pouvoir contrôler, le temps d'une poignée de secondes. Rien à voir avec le fait qu'il sente, parfois, sa petite voix prendre les devants.


La chienne tourne autour des pieds féminins, renifle de nouvelles odeurs et ne fait aucunement preuve de méfiance à l'égard d'une inconnue. Elle n'a que quatre ou cinq mois mais n'a définitivement pas les bons réflexes. Je claque des doigts, la rappelle, sans succès. Siffle son prénom entre mes dents, le prononce plus fort, élève encore la voix. « Orka – Orka ! » Sans succès. À vrai dire, elle ne me regarde même pas, trop occupée à laisser courir sa truffe sur les souillures des toilettes. Comme si Charlie avait encore besoin de me voir quémander un peu de contrôle.
Je me focalise sur l'animal pour oublier la peau noircie, le sang qui s'écoule d'une plaie à la chair meurtrie et beaucoup trop familière. Je me focalise sur la bête pour ne pas tourner malencontreusement le visage vers le miroir, croiser un reflet qui ne m'appartient pas. Toute mon attention est dirigée, le temps d'un instant, sur la chienne ; pour fuir encore un peu une soirée mal amorcée qui ne s'arrangera peut-être pas. Mais j'ai vu, j'ai vu et je n'aime pas ça. Je n'aime pas les rencontrer, les personnifier, je n'aime plus le faire. Dans mon esprit, ils ne sont que des ombres répugnantes, et j'aimerais qu'ils le restent.
Mais c'est impossible, hein, de modeler la réalité à son bon désir ? Et puis, j'ai toujours cette pulsion de sagesse qui palpite dans mes veines.

« Ça va aller ? » Elle n'a pas l'air de souffrir particulièrement, même le désinfectant sur sa plaie ne semble pas la troubler plus que ça – la question est spontanée, mais n'a peut-être pas vraiment raison d'être. L'alcool se dilue dans mon sang, court dans mes veines – ou bien est-ce un peu de sang qui se dilue dans beaucoup d'alcool ? Je le sens alourdir légèrement mon crâne, délier mes pensées et ma langue. C'est pratique, pour quelqu'un qui n'aime pas s'ouvrir, l'alcool. « C'est peut-être du contrôle. Peut-être que c'est la façon dont je fonctionne, et p't'être qu'il va falloir que tu t'y fasses. » Le tout est dit sans animosité, cette fois. Posé comme un cheveu sur la soupe, parce que je suis incapable de discutailler de banalités. « Alors, peut-être que j'me ferai aussi à ta façon de bosser, à ta personnalité – mais c'est à toi d'faire le premier effort, t'en conviendras. C'est très compliqué de bosser avec quelqu'un sans aucune affinité, j'préfère encore qu'on mette tout à plat ce soir. » Poussé par ce qui s'insinue dans mon crâne, j'ai envie de parler, retiens la moitié de la houle dans ma gorge. Une envie un peu étrange de lui expliquer, de lui dire que justement, je ne contrôle plus grand-chose, alors je veux poser la main sur tout ce qui m'entoure. Parce qu'au fond, je sais qu'elle comprendrait, parce que cette peau noircie est peut-être la chose qui nous rapprochera le plus. Mais la pudeur m'enveloppe à chaque fois qu'il en est question, alors je fais comme si je n'avais rien vu, comme si je n'avais pas découvert son secret honteux ; si tant est que c'est un secret à ses yeux.

Et puis, peut-être parce que c'est une femme et que mes relations sont atrocement complexes avec elles. Le temps passe, elle panse certainement la blessure, les soins à disposition. « J'vais prendre l'air et faire pisser le chien. » Une invitation camouflée à me rejoindre, lorsqu'elle aura terminé.
Passant devant les gens sans les voir, je me précipite à l'extérieur, referme la porte des vices et de la souillure et permets au vent tiède de me caresser le visage. Une clope déjà entre les lèvres, les paumes de mes mains s'appuient sur des paupières fermées. Pour effacer un peu ce que je ne désirais pas faire, pas voir, pas savoir. Rien ne disparaît, tout se garde, mais ça me fait du bien. Une seconde, cinq, quinze, vingt. Peut-être plus, et la porte s'ouvre – la chair de mes paumes abandonne aussitôt mes orbites et je fume. « C'est étouffant là-dedans, t'as raison de pas y traîner. Ça rend complètement dingue. »
C'est compliqué, putain.

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MessageSujet: Re: Des puzzles et des Hommes [Joseph]   Mer 28 Juin - 14:01

" Merde. "

You had something to hide
Should have hidden it, shouldn't you
Now you're not satisfied
With what you're being put through

Elle a filé dès qu'il a fait mine de la laisser faire. Assez. Assez de ses clopes, de ses verres, de son alcool et de ses remarques. Assez de sa gueule et de ses sautes d'humeur. Même s'il avait l'air de se radoucir, elle n'aurait pas pris le risque d'assister - ou provoquer - une nouvelle escalade. Elle ne sait pas ce qu'elle aurait été capable de faire, si elle avait dû assister à tout ce cirque encore une fois.
Elle est tellement fatiguée.

Dans sa précipitation à tirer son vélo hors de sa cachette, Charlie a entendu un frottement, comme un tissu qu'on lacère. Il lui faut quelques secondes à contempler sa main, pour réaliser dans un sursaut, que ça pisse le sang à nourrir un banc de requins. A bout de nerfs et harassée de fatigue, elle n'a même pas la force de se concentrer un instant pour limiter les dégâts, découragée par le manque de résultat. La douleur se réveille, enfin, elle lui chauffe la peau et engourdit le bout de ses doigts. Toutes les petites veines qui se noircissent arrachent une brûlure intense, brève, avant de mourir pour de bon dans un dernier souffle. Le sang n'a pas le temps de s'assombrir, qu'il est tiédi par une nouvelle rivière, dans cette zone trop irriguée pour se tarir toute seule aussi vite. Un frisson roule à toute vitesse le long de l'échine de Charlie, quand elle réalise qu'elle ne peut pas rentrer dans cet état, sans risquer de se faire remarquer, ou tout simplement d'infecter ses chairs pour de bon. C'est dégueulasse, la nécrose. Y a plus de cellule immunitaire vivante pour lutter contre les microbes qui se collent dans les berges de la plaies, et il est inutile de songer à planter une aiguille dans un tissu mort. Ca fibrose, ça fait des cicatrices, elle a encore la marque de la moindre griffure qu'elle a pu se faire ces deux dernières années. C'est un putain de fardeau existentiel et ce soir, elle n'a plus les épaules pour le porter.
Elle a vraiment très envie d'abandonner.

Charlie essaye de se faire discrète quand elle se précipite de nouveau à l'intérieur - mais difficile d'avancer à pas de loup quand il faut se dépêcher pour ne pas repeindre le sol de son propre sang. Les yeux rivés sur son bras tout couvert pour éviter que ça ne coule par terre, elle traverse la salle en longeant les murs, jusqu'à un petit couloir un peu sombre, un peu crade, qui sent la poussière à défaut de l'alcool et des fluides corporels. Une nouvelle porte, vers une pièce carrelée, un peu grisâtre, mais trop vide pour être en désordre. Elle jette sa main sous un jet d'eau tiédasse, décapite le rouleau de papier d'une bonne moitié pour commencer à tarir la plaie une fois la peau retrouvée en dessous des couches de sang. Le moment passé et l'adrénaline un peu retombée, les yeux rivés sur ses tentatives grossières d'améliorer les choses, elle ne peut retenir un soupir défait.

" Bien joué, Charlie. "

Un murmure morne, du bout des lèvres, destiné à nul autre qu'elle-même, ou peut-être juste le gros papillon de nuit qui se grille les ailes au dessus de sa tête, dans des bruits de fils qu'on brûle. Cette soirée a puisé dans ses dernières réserves, et son cerveau peine même à en retracer les événements dans un ordre logique. Elle regrette, seulement - elle regrette tellement, bien plus encore que d'habitude. Chaque événement qui a pu la conduire là, du vélo à cette discussion affreuse, son intervention et même d'avoir accepté ce travail, elle rejette tout ça en bloc face aux constats désastreux. Ce soir est un de ces soirs où elle ne sait plus comment continuer, ou si même le souvenir d'un échange un peu houleux l'épuise, elle ne voit plus comment affronter le reste. Si ses handicaps sont tels qu'un léger stress lui passe l'envie de sortir de son appartement, elle ne sait plus ce qui la retient de s'y cloîtrer pour s'y laisser mourir.

Elle aimerait bien, elle aussi, parfois. Elle aimerait oublier la chaleur caniculaire contre la tiédeur d'un autre, ne plus sentir que sa seule peau qui brûle de chaud ou de froid, irradie par ses pores et lui colle la sueur partout, tout le temps. Elle aimerait se laisser aller sur quelqu'un, pour l'écouter lui mentir sans l'entendre, se laisser jurer que tout va bien se passer et y croire. Elle aimerait se sentir moins seule, moins perdue, cracher cette culpabilité qui l'étouffe dans des oreilles sourdes, une confiance aveugle. Elle aimerait que la seule idée qu'on l'effleure ne la rebute plus, ne plus avoir besoin de réagencer tous les objets à défaut de pouvoir corriger les gens et ce qu'ils voient d'elle. Elle aimerait pouvoir parler à quelqu'un, de choses anodines, ne plus être trop bizarre pour l'idée même d'un moment simple avec quelqu'un d'autre. Malgré elle, Charlie lève les yeux vers le reflet décharné qui le faisant pas, qu'elle a assimilé comme le reste comme une partie d'elle, sans plus être sûre que ce fut une bonne initiative.
Le reflet. Le reste. Tout le reste.
Trop de montagnes à franchir pour en arriver là, dans un monde où elle n'aura plus jamais le temps d'amorcer la pente.
Alors non, on n'a pas le droit de le lui reprocher. De ne pas approcher des autres, ne pas chercher à les comprendre, ne pas leur trouver d'excuse. Quand on dépense autant d'énergie à vivre seule avec soi-même, on n'en a plus pour le reste.


La porte s'ouvre, et les prières de Charlie pour que ce soit seulement une fille de passage aux commodités ne sont pas entendues. Déjà nerveuse, elle déglutit, n'a pas trop le temps de se plaindre qu'une injonction brève la laisse à nouveau seule. Rester là, c'est la dernière chose qu'elle ait envie de faire, maintenant. Dans un frisson d'angoisse, Charlie ferme les yeux une petite seconde, pour trouver des forces à ce nouvel échange. Elle oublie les regrets et les remontrances qui en dépensent beaucoup trop, se concentre sur la blessure qui commence enfin à se tarir. C'est un bruit un peu incongru de griffes trottant sur les carreaux qui l'oblige à ouvrir à nouveau les yeux sur ce qui se passe, les baisser sur une touffe de fourrure petite et maladroite venue s'inviter dans la danse. Voilà autre chose.
Une truffe humide passe sur ses mollets mais Charlie l'oublie déjà pour se bander à la vue du corps plus humain qui se rapproche. Il a l'air de comprendre, elle lui reconnaît de ne pas insister et se contenter de garder ses distances.

Toujours calme. Si elle n'avait pas vu ce qu'elle a vu, elle pourrait le trouver rassurant. Les traits ouverts, le visage patient.
Elle, toujours pas vraiment.

" ... Merci. "

Un murmure du bout des lèvres, difficile à articuler, comme ankylosé par la fatigue. Charlie s'empare du coton imbibé tendu vers elle et le presse sur la plaie luisante, un peu contractée par la décharge électrique que le liquide lui balance dans les nerfs. Elle entend les pattes du chien gambader dans les toilettes crades, sent ses poils lui effleurer les mollets quand la curiosité ramène à nouveau l'animal vers elle. C'est pas vraiment le genre d'homme à qui elle aurait confié un chien si elle tenait aux chiens, songe t'elle une seconde - même en cas d'apocalypse. Pourtant la bête ne montre aucun signe de frayeur ou de mauvais traitement, elle semble mieux nourrie qu'elle et plus cajolée que les filles derrière la porte. Un relent d'ironie acide remonte dans la gorge de Charlie face à ce constat ridicule mais elle le ravale; même quand la scène prend des airs de burlesque, et que le type qui trimbalait une femme sans la moindre sommation il y a vingt minutes se met à appeler sa chienne sans oser une once d'agressivité dans sa voix maintenant.

Il la déroute, vraiment. A ne plus savoir si chacun de ses actes est une bonne raison de le détester encore plus, ou s'il y a vraiment une preuve de complexité humaine qui se joue dans l'acte trois des toilettes du bar. Charlie n'est pas pour creuser les gens, jusqu'au moindre sillon de leur personnalité. La complexité, c'est la porte ouverte à toutes les excuses. C'est la mère de la déresponsabilisation, la genèse des actes qu'on n'a pas besoin d'assumer. Y a une fille chez elle qui agonise sur ses chairs entrain de lutter contre la pourriture, à l'heure qu'il est.
Elle a entendu personne s'en émouvoir autant que pour ce chien qui trottine entre ses pattes.

Une interrogation s'élève et l'arrache à ses ruminations macabres. Interloquée, Charlie relève les yeux vers l'homme qui a cessé de courir derrière l'animal pour s'intéresser à son cas. Elle attend un fond de pensée, une suite - ça va aller ? parce que tu encombres les toilettes. Ca va aller ? j'ai d'autres chats à fouetter. Ca va aller ? il y a une course à faire. Mais la suite ne vient pas. Alors elle acquiesce, dans un bref hochement de tête, se penche et se tord pour attraper la boîte déposée plus loin, y chercher un semblant de pansement à se mettre. Espère que ce sera suffisant, que ça l'incitera à partir. Mais non. La suite finit par venir, et pas comme elle l'espérait. La suite manque de la faire pleurer de rage.

Non. Non. Non.
Est-ce qu'il est si aveugle que ça aux signaux élémentaires ? Est-ce qu'elle les cache tellement bien ? Son visage livide, son regard épuisé, ses traits tirés par une colère à bout de souffle. Y a t'il une fois, une seule fois dans cette foutue soirée où il va enfin lui épargner des choses trop pénibles pour elle.

Things could be so different now
It used to be so civilised
You will always wonder how
It could have been if you'd only lied

Parti faire pisser le chien. Cette fois, Charlie ne peut plus se persuader elle-même qu'il n'y avait pas de message derrière, qu'elle évitera une nouvelle confrontation. Pas avec les exigences amorcées avant.

Collée contre la fraîcheur du carrelage au mur, sa main grossièrement bandée, elle se brûle les yeux à regarder le papillon de nuit se brûler les ailes, sur un néon où sont collés des centaines de moucherons. Dans la chaleur humide du bayou, aucun insecte ne semble avoir souffert de l'apocalypse - au contraire, ils semblent avoir proliféré des cadavres engendrés par les événements, et les espèces ont trouvé les ressources pour survivre aux heures trop brèves de gel.
Ce constat fait relativiser le cours du monde.

Dehors, un homme se frotte le visage pour malaxer la ruée de ses pensées à la force de ses paumes - de tourment, peut-être. Il se rattrape dans la fumée d'une cigarette, encore une fois, par ego sans doute. Des excuses, des portes ouvertes. De bonne grâce et surtout coincée au mur, Charlie descend la petite marche du perron pour s'enquérir de son vélo, prudemment cette fois, sans vraiment tenter un regard plus long que les autres à son endroit. Elle tire la bécane et la repose avec douceur au sol, à côté d'elle, déroutée par la phrase qui s'élève derrière elle.
Non, vraiment. C'est pourtant évident à voir, qu'elle n'est pas douée pour les conversations.

" Faut pas rester, dans ce cas-là. " elle se contente de souffler pour réponse, sans agressivité, pétrie par les évidences sans détour. Encore des portes ouvertes.

La roue un peu voilée du vélo retapé à l'emporte pièce cliquette à ses côtés, déséquilibrée par la pression mins forte d'une main autour de son guidon. Le fond de l'air est encore très tiède, plutôt lourd, et le halètement de la chienne qui fait des allers retours devant eux accompagne le bruit de leurs semelles, celui de la roue, en menus signes de vie dans l'atmosphère brisée des alentours.
Ils se sont emboîtés le pas naturellement, pour une progression silencieuse. Joseph a raison, en un sens, elle se sent déjà moins tendue d'avoir retrouvé l'air libre. Dans l'absurdité de cette ballade et l'exigence de ses enjeux, il y a au moins quelques vents d'une respiration plus libre. Les yeux rivés sur la queue de l'animal qui remue à quelques mètres, Charlie sent son ventre se tordre de faim, en un réflexe primaire. Elle réalise que toute cette soirée fut parfaitement improductive, qu'elle ne sera pas payée pour avoir enduré une simple conversation.
Derrière ses grands airs, elle a rien qu'envie de se rouler en boule à terre, pour pleurer un grand coup.

" J'ai figé le sang dans l'artère circonflexe. " Sa voix perce le silence tout juste remué de quelques bruits badins, après quelques mètres de cette progression gratuite. Puisqu'il ne compte pas la laisser couper aux grandes lignes, autant commencer par le premier vase de discorde, cette réalité inadmissible dans laquelle elle a pu avoir l'insolence de se défendre. " Ca simule un infarctus du coeur gauche. Ensuite, y avait qu'à cogner. Rien de très difficile. S'ils avaient été trois ou quatre, désarmée, je ne dis pas. Mais un gros type tout seul, franchement. " Charlie savait se débarrasser de ce genre de types avant même de subir tous ces changements. Entre les pilleurs de route, les viols d'émeute ou juste les opportunistes du monde en ruine, qu'on eut pu traverser le désastre sans savoir aujourd'hui se débarrasser des indésirables lui paraît surréaliste. " Et j'arrive à dire quand on me ment la plupart du temps, forcément, du coup y a pas vraiment de mystère. "

Au moins, les révélations malencontreuses de la soirée auront eu l'heur de désinhiber ce genre d'explications. Ni l'un ni l'autre n'avait très envie de se savoir du même bois, il faut croire, mais ça lui laisse une liberté de parole. Elle ne sait même pas comment elle aurait fait sans ça, d'ailleurs. Une providence au milieu du désastre.
Alors Charlie embraye. Elle dit tout ce qu'elle croit bon pour le satisfaire, démunie, sans toujours savoir ce qu'il attend vraiment - ce qui peut satisfaire son besoin de contrôle ou lui donner l'impression qu'elle fait le premier effort.
Des efforts, elle en a fait des dizaines. Ils sont tous passés à la trappe. Inefficaces à lui donner envie de cogner dans les murs. Elle est à bout de souffle et voudrait seulement que dans son quart d'heure de grâce, il parvienne enfin à s'en rendre compte.

" On raconte des trucs, sur ce qui peut nous arriver. Des rumeurs. Puis j'ai bien vu les réactions des autres. En cas de problème, j'ai personne pour assurer mes arrières. J'avais pas très envie de m'étendre sur le sujet. " Charlie se tait, une seconde. Elle bute - sur tout. Les mots, le ton pour les dire, l'expression de son visage qu'elle ne maîtrise plus, pour ne pas l'avoir vue depuis deux ans. Affolés, ses yeux dérapent sur un immeuble délabré, sans courage pour savoir si les autres la regardent ou pas. " J'aime pas mentir. J'aime pas ça comme la drogue, l'alcool, le contact, le désordre ou devoir dépendre des gens. Mais vous parlez de confiance alors que le seul risque que vous prenez c'est de devoir gâcher une balle. Vous me demandez de faire un pas en sachant pas si j'avance vers le vide. Les gens tuent pour moins que ce que je viens de vous dire. "

Elle grimace. Arrête son vélo progressivement et joue du pied avec la pédale, les yeux baissés, comme une enfant qui montre des signes d'impatience sans verbaliser son envie de partir, dans l'espoir qu'on lise sa gestuelle grossière. Le murmure s'échappe, un peu moins mécanique tout le reste, très mince filet d'air à travers les fissures de ses murs.

" Je comprends pas ce que vous voulez de plus. Je vois pas en quoi c'est plus compliqué, si on se connait le moins possible. Au contraire. Statistiquement, mon cadavre ira bientôt nourrir le bayou. Y a pas de quoi dépenser une telle énergie. Pas de quoi se mettre en colère, pas de quoi se promener, même pas de quoi considérer. "

It's just time to pay the price
For not listening to advice
And deciding in your youth
On the policy of truth

" ... Puis sans offense, mais ça a pas l'air tellement plus simple quand vous en avez, des affinités. "

Nerveuse, Charlie relève les yeux vers lui. Cette fois elle a plus la force de simuler sa propre force, jouer avec l'intimidation du règne animal pour le tenir à distance. Elle a pas la force de s'empêcher de l'implorer, de faire semblant qu'elle n'est pas prête à s'effondrer de nerfs, de faim et de fatigue.
Il a ce qu'il voulait, de toute façon. Il n'y a plus une chance pour qu'elle ait l'énergie de reprendre le dessus s'ils en venaient à l'affrontement. Un combat de longue haleine, remporté avec les honneurs, une soumission dans les règles de l'art.
Faut la laisser reculer, maintenant.

Never again
Is what you swore
The time before
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MessageSujet: Re: Des puzzles et des Hommes [Joseph]   Ven 30 Juin - 2:01

Faut pas rester, dans ce cas-là. Un grognement s'extirpe de ma gorge, lui répond sans avoir à formuler quoi que ce soit de plus. Oui... Enfin, non, certainement pas. Le Little est une maison, un foyer, le mien. Si étouffant, dégoulinant de vices soit-il, c'est le mien – mes vices, mes putes, mon délicieux enfer. J'ai passé ma vie à voguer de diables en diables, mais celui-là me plaît terriblement.
Clac, clac, clac. Le silence n'est troublé que de bruits. Le chien, les pas, le vent tiède qui court autour de nous, la vie des autres. Le quotidien nocturne des inconnus, le cliquetis de la roue du vélo, les respirations. Mon souffle qui recrache la fumée, expulse la mort lentement, grisâtre et sèche sur mon palais. Mais c'est agréable, cette percée de banalité au milieu d'une soirée trop fatigante. Peut-être étais-je déjà de mauvaise humeur avant que Charlie n'arrive. Peut-être étais-je, au contraire, d'excellente humeur – plus elles sont excessives et exagérées, plus elles basculent vite. Quoiqu'il en soit, tout est retombé comme un soufflé et la chose se repaît d'avoir encore gâché des poignées de minutes entières. Et bien davantage, en réalité. Charlie n'aura certainement plus jamais confiance, elle n'aura plus le désir de travailler à mes côtés parce qu'elle n'y sera pas obligée. Parce que je n'ai rien à lui offrir qu'elle ne sache pas s'octroyer seule. C'est certainement pour ça que les prostituées restent – parce qu'elles sont perdues, affamées, mais protégées. En quelque sorte. Pourtant, je tords les lèvres et les force à sourire sereinement. Ça n'est pas grave.

T'as fait quoi dans la quoi? Sérieusement, l'artère quoi ? Une moue sur le visage, je me fais à nouveau la réflexion que, définitivement, les dernières années de lycée me manqueront toujours. La pensée s'accompagne d'un sourire plus sincère, amusé envers ma propre méconnaissance. Comme dans Kill Bill, c'est ça?, grommelé-je à voix basse. Elle poursuit son explication sans que je doive le demander et je consomme la cigarette en silence. Plutôt fasciné, les traits se tordant sous l'impulsion de l'émotion, je coule un regard intrigué vers elle. Elle se dévoile, expose ses forces – ou ses faiblesses, je n'en suis plus sûr. L'alcool s'active dans mes veines, s'éveille et, paradoxal, m'enfonce dans une douce torpeur. Enveloppe mon cerveau d'un peu de coton, me fait battre lentement des cils et alourdit mon esprit. Charlie sait se défendre, elle sait même sacrément bien se défendre. Les dernières confessions de Maisy me reviennent en mémoire – elle se battait, au couteau. Se faisait battre, son corps et sa peau encore meurtrie en témoignent. Mais les deux femmes n'ont définitivement pas le même parcours, irrévocablement pas les mêmes techniques. Les quelques mots s'élèvent, font tâche après cette déclaration pleine d'une irréfutable matérialité. Sentir les mensonges comme on reconnaît l'odeur piquante du poison, ça n'a rien de tangible. Ça n'a rien à voir avec les artères circonflexes et la simulation de l'infarctus. Les lèvres se pincent sous l'aveu de ce qui représentait pour moi, il y a encore quelques mois, l'innommable. Pourtant, d'un hochement imperceptible de la tête, j'acquiesce. Reconnaissant de ces quelques confidences, même si elles ne sont pas spontanées, même si je ne suis plus sûr, tout à coup, de vouloir discuter de cette condition, que nous partageons. Apparemment. 4

« Tu sais quand on t'ment ? C'est un truc que tu savais faire avant ? »

Parce qu'en ce qui me concerne, je ne sais pas. Je ne crois pas savoir le faire. Mais la question est presque rhétorique, formelle. Pourtant, dieu sait que ça me servirait, que j'aurais un sacré putain de besoin de savoir quand on me ment. Contrôle. Le mot résonne à mes oreilles, tinte dans mon esprit comme le carillon au-dessus de la porte qu'on vient d'ouvrir, la porte des non-dits et de tout ce qu'on assume pas. Non, aucun contrôle là-dedans, c'est simplement pour me faciliter la vie. Bien sûr, bien sûr. Je ne m'en servirai qu'au boulot, c'est évident.
Et puis, elle continue. Comble le silence qui devient douloureux, épaissit la reconnaissance qui naît dans ma poitrine. Lançant quelques furtifs regards à la chienne qui trottine devant nous, je me concentre sur ses paroles, sens mon esprit lentement s'élever dans l'air chaud et moite de la ville. Des rumeurs. Le soupire enfle et s'extirpe de mes lèvres entrouvertes. Alors je les referme sur le filtre de la cigarette, me remets à fumer pour m'occuper, pour n'être pas tenté de répondre, pas déjà. Pas lorsqu'elle s'ouvre soudain et fait passer le temps.
Pour seule réponse spontanée, j'acquiesce, ne peux qu'approuver, même si je ne comprends pas. Le mensonge, l'alcool, la drogue, le contact, le désordre. Le résumé de toute une existence, la mienne, est bref mais plutôt fidèle. Incapable de savoir s'il faut que j'en ressente du désarroi, ou autre chose, je me contente d'acquiescer sans mot. Elle n'aime pas ça, alors que fait-elle ici ? Que fait-elle, à livrer la drogue, l'alcool, à écouter les mensonges qu'on lui balance en la regardant dans le blanc des yeux, à traîner sa carcasse près des femmes qui sont rémunérées pour un contact, au milieu d'une souillure éternelle et incrustée dans les murs ? La faim, toujours. La nécessité. Les valeurs subsistent mais les principes s'étiolent.

Le vélo ralentit, s'immobilise, et je me calque spontanément à sa cadence, claque machinalement des doigts pour avertir le chien d'un arrêt. Les yeux de la femme sont baissés, son corps crie d'une envie brûlante de partir, enfin. Une envie que je n'ai pas encore envie de satisfaire – alors je l'observe, laisse courir mes yeux sur des traits planqués derrière des gestes beaucoup trop expressifs.
À ses ultimes paroles, je ris. D'un rire identique aux autres, fardé d'amertume, couvert comme le ciel d'un orage d'été. J'ai envie de la contredire spontanément, de sauter sur ses mots et de lui assurer que, si, c'est beaucoup plus simple. Simplissime, d'une limpidité effarante, d'une clarté presque douloureuse. Et les mots ne sortent pas. Peut-être parce qu'une petite voix me chuchote qu'elle saura. Si tu mens, elle saura. Si tu transformes la vérité, elle le découvrira, elle le lira dans tes gestes et dans les tremolos de ta voix, si ténus soient-ils. Impossible d'afficher davantage de faiblesses auprès d'une employée, surtout auprès de celle-ci. Elle est trop vive, un peu sournoise dans ses façons de faire, parce qu'elle sait garder la vérité dans le creux de ses mains. Et qu'en fera-t-elle ?
Non, à celle-ci, il faut dire la vérité ou ne rien dire du tout. Et si ma langue est lourde, elle veut se délier, elle veut absolument rouler entre mes lèvres et près de mon palais à mesure que je parle. Parce que l'envie de me confier ne vient que lorsque je sais que je ne serai pas écouté. Lorsque je sais pertinemment que l'interlocuteur à d'autres chats à fouetter et pas d'oreille à laisser traîner. Ceux qui m'écoutent n'ont pas vraiment le plaisir de recueillir mes petits secrets.

« C'est... Pas toujours plus simple, c'est vrai. J'ai été tenté de t'baratiner mais, à quoi bon, hein ? » Je souris, tire sur ma cigarette. « Et puis... J'sais pas. Peut-être que je suis un bon-vivant et que j'ai besoin de relations cordiales, t'en dis quoi ? De boire un verre après l'boulot et de parler de n'importe quoi. Ou alors, j'estime que j'pourrais assurer tes arrières si on s'entendait pas trop mal – c'est un peu ma seule utilité ici, faut pas m'en déposséder. » Cette fois-ci, c'est moi qui détourne les yeux, m'enveloppe d'un écran de fumée, colle un vague sourire sur mes lèvres. Elle ne voulait pas s'étendre et je le comprends. N'aurais sans doute pas du insister, lui arracher les vers du nez – mais l'aveu ne viendra pas, les excuses encore moins. Ce soir, les éventualités se multiplient, les peut-être se propagent et n'osent dire la vérité, la noient sous quelques hypothèses. Le visage penché vers l'ailleurs, quel qu'il soit tant qu'il n'est pas le visage en face du mien, je marmonne : « Ce serait con qu'j'ai envie de t'buter alors qu'on se ressemble tellement, quand même. » Parce que c'est le cas, n'est-ce pas ? L'alcool et le reste, ce sont peut-être des détails – ce qui nous ravage, l'horreur qui roule dans nos veines et la rage qui bout dans le ventre, voilà ce qu'on partage. « Charlie, on est pas des statistiques. Plus on s'connaîtra, moins y aura de statistiques, moins t'auras de chance de croupir dans le caniveau. Parce que, le bayou, soyons honnêtes... J'irai pas jusque là-bas pour cacher ton corps, tu pourras tout aussi bien terminer là, ou là-bas. » Sarcastique. Je lui montre une poubelle ou un trottoir, qu'importe, et souris.
Ce qui s'est mué en mégot entre mes doigts rejoint le sol, achevé par une semelle distraite. Le chien tourne entre mes jambes et je n'ai pas le cœur à lui accorder de l'attention, qui se porte presque naturellement sur la coursière. Je la contemple sans mot, laisse les prunelles scruter son visage sans pudeur, comme j'en ai l'habitude. Elle est fatiguée, exténuée – quoi d'autre ? La boule de nerfs enfle dans sa poitrine, électrise ses membres et l'abandonne, presque pantelante. Comme si elle était dotée d'une force vive et brève, d'une fougue temporaire. Et puis les gestes sont si importants, si révélateurs, j'enfonce les mains dans les poches de ma veste, ose même un mouvement de recul de quelques centimètres, peu perceptible. Voilà. Mais la soirée n'est pas finie, la soirée n'est jamais finie à cette heure-ci, elle est dans la force de l'âge. Où l'alcool coule à flot, la drogue hurle dans les veines et les corps s'épuisent harmonieusement.

« L'énergie, j'ai besoin de la dépenser. Ça a pas vraiment d'rapport avec toi. J'ai un trop plein, j'étouffe dans l'énergie, il faut que j'm'en débarrasse, et elle se manifeste souvent très mal. C'est pour ça que... Au fond, oui, c'est pas beaucoup plus facile quand y a des affinités. Mais les gens apprennent à m'connaître, c'est ça qui est plus facile. Tu sais, on s'fait à l'imprévisibilité. Au bout d'un moment, on s'y attend. »

Les excuses ne sont pas formulées, elles suintent de mes paroles à qui pourrait les comprendre. En général, personne ne prend le temps de lire entre les lignes, et ça m'arrange terriblement. Dans ce monde, on ne peut pas s'excuser – il faudrait s'excuser de tout. Puis demander pardon d'exister, d'être là, de perdurer.
Soudain, les questions me brûlent les lèvres. Comme si le garde-fou s'était effondré et que la houle des interrogations se jetait à l'intérieur de la brèche. J'ai besoin de fumer. La main dans la poche s'en charge et me colle une cigarette entre les lèvres, essaie de colmater la fissure. Sans succès. « Tu sais, y a un truc qui m'a étonné, quand j'ai vu ce type devant la porte. Il était pas particulièrement amoché. » j'explique, marque une pause pour fumer. « Comme si t'avais fait le job et que t'étais partie sans demander ton reste – c'que t'as sûrement fait, de toute façon. Mais ça... ça m'taraude un peu. » Lorsqu'ils devraient fuir, un peu honteux de couler de haine, les yeux se reposent sur elle. « T'as réussi à te contenir ? » Ou alors, tu n'as tout simplement pas ressenti cette folie meurtrière. Et si c'est le cas, ça veut dire que la mienne n'est pas suscitée par la bête – c'est qu'elle est inhérente à ma personnalité. J'ai envie d'aboyer ce qui me bouffe les lèvres. J'peux pas, j'peux pas me contenir, j'peux pas. Jamais, la sueur me coule dans les yeux et la fureur m'étouffe, il faut absolument détruire, frapper, hurler. J'ai ce truc qui m'incendie, j'ai le feu qui me lèche les membres et la fumée qui me tue le cœur, j'peux pas aller contre. Répéter inlassablement la litanie comme une prière mortifère que j'peux pas, que je peux pas m'en empêcher, que c'est plus moi qui contrôle.
Je regarde Charlie et y vois un schéma connu, une fragilité sous-jacente, plutôt troublante. Et comme à chaque fois, ça me chagrine, pour y avoir trop souvent assisté. De ma main aveugle, les erreurs sont commises. Et les remords m'assaillent. Je ne voulais pas vraiment qu'elle soit dans cet état, pas devant moi en tout cas. Je ne voulais pas affronter un visage fatigué, une femme épuisée. Mais il est tard, elle est très mince, n'a de toute évidence aucune affinité pour le monde nocturne que je n'ai qu'à lui offrir.
J'aimerais lui proposer autre chose – un verre, une clope, une nuit. Mais rien ne l'intéresserait et je crois que ça me déstabilise, incapable d'agir sans vices. Un repas ? Maisy dépose régulièrement, bien trop régulièrement, de la nourriture à l'appartement. Mais je ne lui proposerai jamais d'y aller. Il n'y a donc plus grand-chose à promettre.

Alors, je reprends la marche lentement – Orka, qui s'était allongée, bondit et repart droit devant nous. Dépasse nos silhouettes de quelques mètres et nous offre une bien maigre protection, instinct auquel elle semble pourtant tenir. J'incite par la même occasion Charlie à reprendre sa progression ; non, ça n'est pas terminé.

Je vais te raccompagner, le plus loin possible, marcher à tes côtés pour m'épuiser et rêver d'un profond sommeil. Recule tant que tu veux, tant que tu me laisses avancer.

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MessageSujet: Re: Des puzzles et des Hommes [Joseph]   Mar 4 Juil - 13:31

Alors vint le moment, ce moment, que Charlie attendait dès l'aveu échappé de ses lèvres. Réglé comme une horloge, le mutisme soudain laisse place aux grands discours et aux fanfaronnades - chez une personne de plus, quand elle réalise que les mensonges sont devenus audibles, les écrans de fumée envolés pour de bon dans une nuit sans air.

Si elle le déplore, d'habitude, cette fois elle l'espérait presque : rien de mieux pour écourter une conversation que révéler la réalité la plus dérangeante, la tombée prématurée des masques, enveloppes sociales décharnées avant même qu'elle sût le prénom de son interlocuteur. Reste un fond de dépit, pour cet homme de plus qu'elle aura perdu en l'espace d'une soirée, pierre ajoutée à l'édifice de son isolement. Charlie n'est pas sectaire, elle ne s'entoure pas de personnes à la morale irréprochable, bien au contraire. Si cet homme la dérange profondément, elle n'était pas prompte à le juger, décider qu'il ne méritait pas une discussion avec elle - seulement consciente de ne pas pouvoir endurer sa présence trop longtemps, parce qu'il est des présences qui prennent trop de place pour qu'elle respire à leurs côtés. Dans cet instant de silence, jeté comme une pierre dans leur échange, une ruade d'animal conscient du danger, le visage de Gareth s'impose à l'esprit de Charlie. L'une des seules personnes au monde à n'avoir jamais tari ses mots quand bien même il connaissait l'affreuse réalité, au contraire à faire les louages de ce don auprès duquel il prétendait n'avoir rien à cacher. Gareth était un meurtrier amoral, un tueur trop humaniste pour pour son propre bien. C'était la seule raison pour laquelle il supportait leurs conversations sans mensonge; parce que la morale elle-même est un mensonge qu'on se raconte à soi-même. Que les gens restés dans le droit chemin sont terrifiés à l'idée de se voir révéler un jour leurs envies de s'en écarter. Les gens honnêtes mentent pour le bien public, conscients de subir l'effondrement de leur propre cause si d'aventure elle est mise au devant de ses contradictions. Il n'y a plus guère que les monstres en accord avec leur propre horreur pour admettre la vérité, parce qu'elle n'a plus rien à leur apprendre.

Mais ce monstre-là n'en est pas encore arrivé à ce point. Ce monstre boit et se drogue pour oublier ce qui le compose. Ce monstre creuse à la force de ses ongles dans des vallées bétonnées pour trouver l'étincelle au milieu de ses pulsions. Ce monstre garde une flamme mourante de conscience au milieu des réalités de ce monde et il ne gagnerait rien à toucher de trop près la femme qui ne pourra que lui marteler les réalités en retour.

Pourtant.
La voix s'élève dans l'air du soir, une phrase qui ne la congédie pas autant qu'elle l'espérait. Les yeux fatigués de Charlie se relèvent sur son sourire dépité, un peu décontenancée. Masochiste, voilà ce qu'il est. A quoi bon rester là et se faire du mal, quand tellement de choses qui font du bien l'attendent quelques mètres plus loin, derrière cette porte du magicien d'Oz. A quoi bon s'entêter à faire un travail qui le rend dingue, et se coller ensuite à ceux capables de dévoiler la folie. Il poursuit, dépeint des qualités qui ne semblent pas vraiment profiter à une moindre entente entre eux. Je veux pas qu'on assure mes arrières, se retient de répondre Charlie, dans une révolte boudeuse, parce qu'elle a le sentiment vague que c'est important pour lui. Elle le scrute, de longues secondes, à en oublier le vélo entre ses mains et son urgence à l'enjamber pour partir. Décontenancée. Il y a dans la contradiction à vouloir les créatures qu'on violentait quelques minutes plus tôt, des subtilités trop grande pour elle. Cette torsion de l'esprit humain que Charlie ne peut pas comprendre, trop naïve soyons honnêtes, pour entendre de telles contorsions. Un peu déphasée, la jeune fille hausse des épaules incertaines à cette déposition de ressemblances, contemple du bout des yeux les tombeaux qu'il choisit pour la convaincre. Un frisson révulsé court dans ses doigts, ses jambes, une envie de fuir quand sa vision s'élargit vers les rues qui les entourent, les bâtiments à l'horizon et les murs qui les emprisonnent. Plaisantin, Monsieur touche du doigt une idée qui la frappe et la décompose, tout à coup - celle de pourrir là, au milieu d'un mensonge révélé depuis longtemps. De nourrir l'écosystème d'une poubelle en plastique au milieu d'une ville en carton. Claustrophobe et déprimée tout à coup, Charlie se reprend dans un spasme quand elle sent le regard de l'autre peser sur elle, inspire un air temporairement débarrassé des volutes âcres qu'il aspire sans arrêt.

Elle ne veut pas qu'il sache que c'est important pour elle. Pas encore.
C'est plus facile de mourir des mains des statistiques, que de celles des affinités. Les statistiques ne trahissent pas. La méfiance ne se sent pas trahie.
On ne peut pas avoir mal, tant qu'on a pas accordé sa confiance.

Mais ça, il refuse de le comprendre. Ou de l'admettre. Un peu des deux.

La voix s'élève à nouveau à côté d'elle, inlassable, intarissable, forçant les yeux de Charlie à se relever vers les autres, un peu stupéfaits. Pas même parce qu'il ressent cet étrange besoin de se confier, ou encore une pulsion étrange de se justifier auprès d'elle - de lui-même - mais pour cette certitude improbable qu'on peut admettre l'imprévisible. Dans les yeux de Charlie, il y a cette question qui hurle, un peu absurde, presque comique - est-ce qu'il l'a bien regardée ? Est-ce qu'il a vu les bouteilles sur le comptoir ? Un sourire menace même la barrière de ses lèvres, les plisse un instant en une moue plus légère. Eveille une vague étincelle dans ses yeux résolument mutique. C'est peut-être bien la première fois depuis qu'elle a rencontré cet homme, qu'elle se voit sourire en sa présence. Même un peu.
Charlie peut sourire beaucoup, mais pas en présence de grand monde.

Son regard s'attarde un instant sur la chienne, résolument allongée dans les pattes de son maître qui refuse de partir, à laper dans la présence de cet homme un sentiment de sécurité évident. De quoi contredire les certitudes de Charlie sur l'instinct animal, même si elle entend bien une forme de rédemption dans les paroles de son maître. Cette énergie imparable et imprévisible dont il fait déclaration, comme un mea culpa un peu forcé par les multiples verres. L'alcool danse dans le rythme de ses syllabes, la profondeur de ses mots - sérum de vérité aussi vieux que le monde lui-même. Elle ne sait pas quoi dire, n'a jamais su rassurer ni même conforter l'autre dans des notions qui la dépassent elle-même. Elle devrait peut-être se contenter de sourire patiemment - lui assurer qu'elle comprend et compatit à son sort, que ce n'était pas lui, ce type qui a fait preuve de tant de cruauté impulsive. Que c'était un autre, que c'était la colère, que c'était l'énergie, que c'était l'alcool. C'est ça, qu'il faudrait dire pour être relâchée.

Mais Charlie n'a jamais cru devoir quelque chose à l'autre, que sa propre honnêteté. C'est sa seule preuve d'amour pour l'Humanité, son dernier acte de bienveillance, que de ne pas lui mentir par envie de confort.

La fumée s'élève dans l'air du soir, rapidement suivie par de nouvelles phrases, comme une danse où les deux s'épouseraient inlassablement ce soir. De moins en moins certaine des raisons pour lesquelles cet homme s'accroche à une conversation insatisfaisante, Charlie s'accroche à son visage, un peu plus longtemps qu'à la dérobée cette fois. Il y a comme une fissure dans la pierre dure de son visage, un masque effrité par cet épisode qui l'interroge. Plus de sourire ni de sarcasme, ces expressions qui papillonnent d'habitude sur son visage pour détourner l'attention de ses yeux sombres, comme des tours d'illusionnistes. Si Charlie ne résiste jamais à une preuve de sincérité, cette fois on l'a trop de fois dissuadée de s'y engouffrer ce soir, comme d'habitude, comme une droguée en manque. Perpétuelle quête d'instants moins factices que les autres, à laquelle elle préférerait résister ce soir. Elle n'est pas sûre d'oser y voir la détresse qu'elle devine, comprendre l'impuissance sous entendue face à cette énergie qu'elle a dominée, et pas lui. Des détails oubliés la frappent, soudain, comme on ferait un pas de recul pour mieux voir un tableau de maître. La cigarette qu'il fume par envie de contenance plus que par plaisir, son étonnement quant elle a fait étal de ses capacités, chaque gorgée avalée sans douceur depuis le début de soirée.

Elle qui clamait son droit à garder ses distances, n'est même plus sûre de pouvoir y prétendre après un tel spectacle.

Cruels, chien et maître reprennent leur marche badine, la laissant là, avec son vélo entre les bras, démunie, incertaine. Courroucée, Charlie jette une oeillade vexée au dos de cet homme, qui a fait tout ce qu'elle lui interdisait de faire ce soir. Insolent qui a ignoré chacune de ses demandes, la moindre exigence de solitude, et quand-même imposé le tangible là où elle réclamait l'absence. Dans un soupir bref, résigné, Charlie redresse son vélo et se met en route à sa suite, boudeuse pour de menues secondes. Vexée de s'être fait avoir par des confessions alcooliques et des fissures dans la pierre.

«  Je range des trucs. » elle finit par marmonner du bout des lèvres, comme un enfant à qui on aurait arraché des confessions sur la dernière bêtise en date.
« Ca aide à remettre ses priorités en ordre. Se souvenir des choses qui valent le coup de s’emporter. » Elle hausse les épaules, donne un petit coup dans un caillou sur le chemin pour l'écarter de ses roues. « Ca et l’exercice, la solitude, le jeûne, l’abstinence de psychotropes et le fait d’avoir trop peur pour se souvenir ce que c’est d’être en colère la plupart du temps. » Les divergences fondamentales au milieu de ce qui les rapproche tellement, selon les déclarations qu'il vient de lui faire. Comme on recule pour mieux sauter dans le vide, jusqu'à manquer d'options. Mais Charlie a su depuis le début que cette chose finirait par remporter la victoire, elle a juste choisi de tirer quelque chose du combat avant la défaite. Pour ne pas mourir inutile au début, incapable maintenant qu'elle n'a plus d'illusion d'utilité en ce bas monde. Devenir un être un peu plus consistant avant l'inévitable. Juste un peu. « Je dis pas que ça marche tout le temps, et quand ça marche pas c’est beaucoup plus grave qu’une petite blessure au bras. Mais je suis pas en position de contrôler la façon dont le monde tourne, je gaspillerai moins d’énergie à essayer de me contrôler moi-même. »

Sans fournir d'explication superflue, Charlie arrête à nouveau son vélo quelques mètres plus loin, contre une petite barrière en fer décoratif, d'un mètre de haut à peine. Elle hésite une seconde, se résigne dans un raclement de gorge et se penche sur sa bécane ébranlée pour en accrocher l'antivol émietté, presque inutile. Elle resserre les bretelles de son sac à dos et s'empare des barreaux pour enjamber l'édifice « Finissez votre cigarette. Pas besoin de fumer là où je vous emmène. », elle déclare sans cérémonie par dessus son épaule, avant de faire atterrir son corps de l'autre côté dans un mouvement souple. Attentive, elle attend qu'il la rejoigne, sa chienne dans les bras, et se remet en route dans un silence résolu.

Derrière la barrière, un petit immeuble communautaire désaffecté. Tessons de verre et graviers craquent sous les semelles de Charlie quand elle le devance sur un petit sentier longeant la façade, tout juste assez grand pour laisser passer un corps à la fois. Arrivée dans la cour arrière, elle la traverse en diagonale, jusqu'à un deuxième bâtiment identique à l'autre, tout aussi défraîchi, derrière lequel elle se faufile d'un pas félin. Dans une obscurité quasi opaque, on devine un espace d'environ trois mètres sur cinq entre la pierre du bâtiment et le prolongement de la barrière en fer. Arrivée à destination, Charlie renverse un conteneur cubique pour leur improviser une assise plus confortable que le sol et fait signe à Joseph de s'asseoir face au mur. De son sac, elle arrache trois petites lampes de poche, qu'elle allume et dépose méticuleusement par terre, le long de la façade, sur environ deux mètres. Les faisceaux uniques des lampes révèlent une petit oeuvre de morceaux de verres collés en spirale, qu'elle a teinté avec des pigments naturels trouvés aux abords de la frontière et collée le long du mur. Les petits éclats scintillent faiblement, de toutes les couleurs, fabrication sans la moindre utilité qui lui aura servi de distraction un soir, pour oublier la terreur de mourir sans laisser la moindre trace en ce bas monde. Sans d'avantage de cérémonie, Charlie quitte son sac à dos et le pose entre ses jambes en tailleur quand elle vient s'asseoir à côté de Joseph, prolongeant un silence bienvenu. Nulle musique ou gémissement pour les laisser échapper à leurs corps, rien d'autre pour divertir le regard que ces petits morceaux de verre éparpillés, chacun se démarquant par son inutilité improductive. Ce dessin ridicule est l'une des seules chose capable de l'apaiser dans cette fichue ville, précisément parce qu'elle n'a pas de raison d'être. Et, en y prêtant un peu d'attention, parce que la symétrie dans les couleurs a été déchirée dans le coin gauche par deux éléments inversés par rapport au droit - ou bien l'inverse. Ce truc est la preuve qu'elle peut faire des progrès.

« C’est plus joli quand il neige. »  constate malgré tout la jeune fille, dans une moue désapprobatrice, cachée par la semi obscurité qui les encercle. Le silence les enveloppe, de nouvelles secondes, rythmé par le battement de leurs cils et les quelques frottement d'une truffe canine sur l'environnement nouveau. « Pourquoi vous tenez tellement ce que les autres vous connaissent, soi disant, au point de refuser de me laisser partir ? » elle ose enfin souffler, du bout des lèvres,
absorbée par le spectacle ridicule - assez pour oublier un peu ses complexes et obsessions de silence. « Personne ne vous donnera l'excuse que vous cherchez, vous savez. Les verres qu'on boit après le travail, les rires, l'imprévisibilité, ce chien, c'est pas des affinités, c'est de la poudre aux yeux pour se cacher de ce qu'on est vraiment. De la distraction. Vous n'êtes pas touché par ma mort, ou intéressé par ce que je suis. Vous cherchez une distraction. Et jamais personne ne pourra vous aider, si vous ne le laissez pas vous toucher. Si vous n'acceptez pas qu'il soit capable de vous faire du mal, assez pour vous obliger à devenir meilleur. Les gens qui nous acceptent ne valent rien. Ceux qui nous changent... les deux, peut-être trois personnes qu'on rencontre dans toute une vie, qui nous transpercent assez pour détruire ce qu'on est et le changer en un autre meilleur; c'est la seule chose qui vaille encore le coup dans ce foutu monde. »

Jusqu'à ce qu'elles disparaissent et vous abandonnent, comme une racine arrachée sur le bord d'une route. Mais une racine un peu plus grandie qu'avant.
Ses yeux se décrochent de l'oeuvre amatrice, un instant, pour se porter vers l'étoile superficielle d'un phare allumé au loin, décor urbain, dégueulasse, qui chaque jour la ramène à l'ingratitude dont elle faisait preuve pour la beauté de sa ferme.

« Si un jour je vous donne envie de faire quelque chose pour moi. Vraiment, je veux dire. Pas cette espèce de courtoisie qui ne vient de nulle part. » elle ajoute, de ce murmure qui serait maintenant inaudible sans le silence compact pour les cerner tous les deux.« Plutôt que d’assurer mes arrières quand je suis vivante. Assurez-vous que je finisse dans le bayou quand je serai morte. Dehors. Je vous en serais plus que reconnaissante. Je veux pas me décomposer dans un accessoire d'illusionniste. »
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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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MessageSujet: Re: Des puzzles et des Hommes [Joseph]   Dim 16 Juil - 0:26

Tu sais, parfois, comme tout va trop vite. Comme ta vie est plate, pendant un instant qui te semble abyssal, et quele sort répare son erreur en un claquement de doigts. Cette façon que tu as, sans le vouloir, d'apprécier le positif du bout de la langue, une goutte de plaisir sucré et fugace ; et comme l'amertume s'installe, creuse des sillons de chagrin près de tes veines et dans ton cerveau, comme elle s'incruste dans ta peau, tatouage indélébile et naturel, invisible et tangible. C'est bien ce qui me ronge, en ce moment. Je sens quelque chose de, au bas mot, pas trop mal arriver. Avec ses gros sabots et ses valises, il veut s'installer, frappe à la porte – résolument fermée. Je n'ai pas envie d'ouvrir.
Comme cette soirée va trop vite, comme cet instant s'allonge sans que je sache si nous en avons tous les deux envie. Si moi-même j'en ai envie, ou si je désire simplement parler, lâcher la pression, laisser couler un flot ininterrompu auprès d'une presque inconnue qui ne souhaite pas vraiment m'écouter, mais qui doit le subir. Oui, ce soir tout va bien trop vite – et demain matin, lorsque j'y repenserai, je voudrais revenir. Faire durer certains instants plus longtemps, les revivre pour réfléchir à de meilleures décisions, essayer de moins t'effrayer. Réfléchir, simplement. Peut-être que je voudrais rattraper les derniers mots échangés, fixer ton visage pendant que je les prononce, tenter d'autres tournures – juste pour voir ce qui fonctionnerait le mieux, juste pour savoir. Un léger soupire gonfle dans ma gorge. Cette histoire de mensonge tourne dans ma tête, l'esprit cherchant à en déterminer les contours ; sans succès. Il n'y a rien à en tirer, hein ? Je dois seulement savoir que les mots que je prononcerai à l'avenir résonneront en Charlie – et que se passe-t-il, alors ? Ils tintent lorsque faux ? Sont un doux chant d'oiseau lorsque la vérité s'exprime, un horrible chant de sirène lorsqu'elle se camoufle ? À quelques pas derrière moi, le cliquetis du vélo en route reprend, accompagne mes pas et ceux du chien. Étrange trio, dont la bête est la plus heureuse, une nouvelle habitude à laquelle je me fais vite. Comme une caresse subtile et subreptice, le fantôme d'un sourire frémit au coin de mes lèvres, un instant.

Elle range des trucs. Chuchotement que j'entends à peine dans la nuit, il s'immisce avec difficulté au milieu de mes pensées – j'incline le visage en arrière, lance un coup d’œil vers la silhouette que je devine, qui se dessine tranquillement dans mon dos. J'acquiesce, muet, l'attention désormais portée entièrement sur elle et ses quelques révélations. Puis vient une petite liste, l'énumération de ce qui représente son échappatoire, vraisemblablement. Et je ne comprends pas. Bute sur la moitié des mots, sur la moitié des concepts et des notions que cela représente. La solitude, le jeûne, l'absence de psychotropes. C'est bien tout ce qui me fait chuter, tant d'obstacles sur lesquels je ripe à chaque fois que j'essaie de m'en débarrasser. Mais Charlie y arrive – nous ne gérons pas les choses de la même façon. Et, au fond, ça me perturbe. Parce que la vérité revient comme une gifle en plein milieu du visage – celle que je ne veux pas admettre, pas regarder dans les yeux. J'acquiesce sans vigueur, lentement, la laisse poursuivre. Je ne sais pas si c'est la tournure que prend cette soirée ou l'alcool qui agit, mais les paroles de Charlie me semblent gorgées d'une sagesse douloureuse. Difficile à entendre, telles ces fameuses vérités, celles qu'on redoute de voir formulées. Et que la femme déclare platement, simplement. Là où elle préfère se contrôler, au lieu de tenter de contrôler le monde, j'ai l'impression que le dernier fossé qui nous séparait se creuse inlassablement, éclate sous le poids des différences qui nous constituent. C'est peut-être un peu trop, n'est-ce pas ? Aussitôt, l'esprit joue ses tours – il n'y a plus rien à tirer de cette relation. Plus rien à faire, et je suis tenté de me tirer. Brusquement, la cigarette n'a plus le même goût, et l'alcool ne produit plus le même effet.

Un désir brouillé, aussitôt battu par les mouvements de la silhouette. Les prunelles tournées sur son ombre qui se meut, attache son vélo et s'éloigne. La barrière entre nous m'offre un peu de répit, et son ordre encore davantage. Terminant la cigarette consciencieusement, alors qu'elle ne fait plus que m'assécher la gorge et la langue, je réfléchis. Le désir éphémère de finalement m'enfuir commence déjà à disparaître et les changements d'humeurs accumulés dans la journée me fatiguent, pèsent sur mes épaules comme des sacs de plomb. Je fume silencieusement, jauge cette barrière, le corps de Charlie qui se dessine derrière, presque en filigrane dans l'obscurité, le vélo épuisé auquel on accorde un peu de repos. L'antivol, simplement là pour représenter une figure d'antan, qui ne sert aujourd'hui plus à grand-chose. Orka, destinée à me suivre à vie, petite bête esclave de mes décisions.
« D'accord. » marmonné-je en un grognement, comme si je répondais à une question invisible. D'accord – après tout, c'est moi qui ai commencé, hein ? Cette soirée, c'est un peu de ma faute. Grimpant la barrière fragile, j'atterris lourdement de l'autre côté et suis Charlie, qui reprend une marche silencieuse que je n'ai pas envie de troubler.
Les débris de verre craquent sous nos pas et je récupère la chienne et la coince contre mon bras, passe une main distraite sur son crâne chaud. Cette bête a un rythme complètement décousu, et je sens dans son corps aussitôt alourdi qu'elle a besoin de repos. Laissant la coursière prendre les devants, j'observe avec peu d'attention les environs. À l'instar du reste du quartier, c'est sale, abandonné, abîmé. Rien de nouveau sous la Lune de la Nouvelles-Orléans, en somme. L'allure de la femme, tout comme sa démarche, sont d'autant plus d'éléments qui nous distinguent. Elle est mue de cette légèreté qui jamais ne m'a parcouru, se faufile gracieusement là où je m'impose avec lourdeur. Tandis que je me demande avec plus de vigueur à chaque fois ce que nous faisons, dans quel endroit elle peut bien m'emmener, j'avance sans mot.

Ses gestes, s'ils sont mesurés, sont fluides. Une sorte de vieille habitude, un rituel dont on ne se lasse pas. Je m'installe sur l'assise improvisée, dépose la bête quasiment endormie au sol – dans l'obscurité, elle ne remue pas et se rallonge aussitôt. Les prunelles flirtent avec les ombres, avec tout ce que je distingue difficilement, tout ce qui pourrait bien être des milliers de silhouettes adossées au mur, me fixant de leurs abysses invisibles.
Mais il n'y a aucune silhouette, aucun fantôme – seulement le mur, qui s'effeuille lentement et se découvre à mon regard nouveau lorsque la lumière vient s'y écraser. Les trois lampes allumées, Charlie revient à mes côtés, s'assied sans mot. Un nouveau silence que je ne brise pas – d'ailleurs, lorsque je contemple le mur, je n'ai rien à dire. Observant la spirale de couleurs, redessinant des yeux la forme dessinée, les prunelles ripant parfois sur quelques coins anguleux, je demeure muet. Pas particulièrement du genre à m'émouvoir devant une scène, à avoir le souffle coupé devant un paysage ou n'importe quoi que l'on serait tenté d'appeler de « l'art », je ne sais pas vraiment ce qu'il faut regarder. J'imagine que cette espèce de mosaïque est son œuvre. C'est ce qu'elle fait, peut-être, lorsque la pression est si forte que son cerveau cherche secrètement à imploser, lorsque ses veines se gonflent de sentiments qui ne sont pas les siens. C'est plutôt joli, en quelque sorte. Bien réalisé, parce que tout est symétrique – je connais à peine cette femme, et pourtant ça m'étonne déjà plus de sa part. Les lumières qui scintillent à la lumière artificielle, s'extirpant de la nuit comme un tourbillon intrus, est sans doute ce qui retient le plus mon regard. Comme si les couleurs n'avaient rien à faire ici – et plus je les observe, plus elles me semblent brillantes, étincelantes dans l'axe de la lumière. À trop les regarder, peut-être pourrait-on en oublier la crasse qui demeure tout autour de nous, le désespoir, et ce vide sombre, insondable.
Acquiesçant subrepticement, j'en détache les prunelles. D'accord – pourtant, il n'y a rien ici qui m'apaise. Mu par des sentiments contradictoires, agacé de voir que chacun trouve, quelque part, une source de quiétude, je passe lentement les mains sur mon jean. Impatient déjà de partir. Je ne veux pas troubler son endroit, abandonner ici quelques unes des gouttes d'amertume qui courent en moi. La chienne ne s'endort finalement pas, renifle la nouveauté et se gorge d'odeurs inconnues.

Et comme si Charlie n'avait pas senti que l'instant était le moins propice à ce type de réflexions, elle s'exprime. D'un murmure que je ne suis d'abord pas certain d'avoir entendu, que je crois être sorti tout droit de mes songes, ces mots qu'on ne veut pas entendre. Elle les prononce, me mets devant le fait accompli comme un enfant que l'on punirait de ses mauvaises réactions, comme un gosse pourri gâté auquel on voudrait faire entendre raison. Sans savoir si c'est trop tard, si les œillères sont déjà suffisamment bien installées – alors on essaie, quitte à n'avoir rien à y perdre de plus que quelques minutes d'une discussion stérile.
Ça commence fort, avec les mots que je ne voulais surtout pas entendre. Les lèvres se pincent et je subis, sans savoir pourquoi, en silence. Je n'ai rien à dire, la gorge est encore sèche de ma cigarette, les mots encore étouffés par le silence qui s'est inlassablement installé et a pris ses aises entre nous. Peut-être surpris de ce qui me semble être un affront, de sa part. Le regard se porte à nouveau, vite, sur la spirale de couleurs. Mais je ne les distingue pas vraiment, je ne vois pas ce que je devrais y discerner. À force de refaire, au crayon invisible, les contours du tourbillon, je sens les mots s'imprimer dans mon esprit. Je voulais les oublier et j'ai l'impression de les écrire dans mes songes. Mais je ne peux plus m'arrêter. Encore cette sagesse pénible, qui enfonce les mots comme des poignards – je ne voulais rien entendre de tout ça, je ne voulais pas savoir ce qu'elle en pense, ce que je peux refléter. Et puis, surtout, elle se trompe. Elle se trompe terriblement, me dis-je. D'une assurance solide, seulement poursuivie par cette ombre de doute, tel le ver dans la pomme.

Le silence revient et je penche le visage vers le chien, me détourne de Charlie. Ferme les paupières une seconde, une seconde qui s'éternise. Les rouvre lorsque les mots reviennent, prononcés si bas que j'ai l'impression d'avoir besoin de mes yeux pour les cerner avec plus de précision. Inconsciente, même ma respiration se bloque le temps d'une parole supplémentaire et les prunelles glissent jusqu'au coin de mes yeux, cherchent à l'entendre mieux. Sa demande formulée, le silence revient. Elle est honnête, et plus que compréhensible. D'un grognement, j'acquiesce. Évidemment, que je le ferai. Ne serait-ce que par respect pour cette soirée idiote. Aussitôt acceptée, sa sollicitation s'envole dans la nuit, laisse place aux mots prononcés un peu plus tôt. « T'es jeune, Charlie. T'as quel âge, vingt ans ? » Un regard vers elle, vers des traits qui semblent correspondre à mon hypothèse. « T'es jeune, et je t'accorde cette drôle de sagesse... » Diable, elle m'aurait sacrément servi il y a dix ans, cette sagesse. « Mais tu sais pas, t'as peut-être pas assez vécu pour parler comme ça. T'as peut-être l'impression d'avoir rencontré ces sauveurs, ou alors t'espère les rencontrer un jour, mais les gens sont pas souvent ceux qu'on s'imagine... Il faut attendre un putain de temps, putain de long, avant d'y voir clair. On peut pas appliquer tes grands principes, aussi justes soient-ils, à tout l'monde. Toutes les situations s'y prêtent pas, … Ces deux, trois personnes ont peut-être déjà croisé mon chemin et m'ont rendu bien meilleur qu'avant. » Meilleur, oui. C'est sûr. Ces personnes, si elles ont existé, n'ont plus vraiment de visage. Je ne sais même pas si ma sœur en fait partie – elle m'a changé, bien évidemment. Mais comment ? Faite dans le même moule que le mien, elle n'avait pas une grande marge de manœuvre. « Toute l'aide que j'ai pu mériter, je l'ai déjà obtenue. » Une fragile main tendue vers moi, c'était déjà bien trop que ce à quoi je pouvais prétendre. Nous ne sommes dignes de rien, conçus dans le péché, nés dans le péché. Et les péchés m'ont embrassé, si fort que j'en ai encore les jambes pantelantes et le cœur battant. Réduisant à néant mes maigres chances de m'en sortir, noyé dans une souillure de laquelle je me dois de m'extirper, sans aucune aide. « La vie, c'est juste prouver qu'on s'en sort très bien tout seul. C'est comme un marathon – tu peux pas attendre des gens qu'ils te tendent la main si tu te manges un obstacle. Faut tenir la distance, faut adapter son allure, et espérer arriver au bout sans encombre. Et au bout, à la ligne d'arrivée, y a que toi. Ceux qui allaient trop lentement, tu les auras abandonné au bord de la route. Ceux pour lesquels t'allais trop lentement te dépassent, avec, peut-être, un regard en arrière si t'es chanceuse. »

Déjà suffisamment dramatique, je n'ai pas vraiment envie d'en rajouter, même si les mots me brûlent les lèvres. Accepter la souffrance, je l'ai déjà fait. Oui, je suis sûr de l'avoir déjà fait – attendre qu'on m'aide, permettre aux autres... Les mots courent dans mon esprit et sonnent terriblement faux, parce qu'ils sont toujours contrés. Oui, tu l'as fait, mais. Mais c'était trop tard, mais tu n'as pas attendu suffisamment, mais tu as refusé. Mais tu n'y as pas mis du tien. Charlie a dit tout ce qu'il ne fallait pas, et je reporte mon attention sur la spirale. Pousse un profond soupir. « À la ligne d'arrivée, t'auras une sépulture décente. » Le chuchotement, brusque, est peu audible. À son instar. Soumise à la condition énumérée plus tôt, l'acceptation est formulée, comme un drôle de serment. Quand on a plus rien, on a des lubies de ce genre. Comme de ne pas terminer entre deux poubelles, près du caniveau, ou dans un cul-de-sac. Pourtant, qu'est-ce que ça changerait ?

« Et toi, c'est quoi, ta distraction ? C'est ça ? » Un mouvement vers la spirale, un nouveau regard appuyé sur les couleurs intruses. « Elle vaut mieux que la mienne parce qu'elle n'implique personne ? Parce que tu te distrais suffisamment bien sans l'aide de personne ? Oh, te méprends pas – j'admire ça. Mais ça ne vaut pas mieux, c'est juste la meilleure manière que t'as trouvé d'oublier ce qui t'angoisse. Pour toi. » La chienne renifle, j'entends d'ici une truffe humide et je tends la main vers le sol, jusqu'à ce qu'elle remarque ma présence. Elle s'approche et je passe la main contre son cou, gratte inconsciemment. « Elle, c'est pas une distraction. » La voix rauque et désormais basse, je laisse les prunelles voguer ici et là, ne s'ancrer nulle part. « J'en voulais pas. » L'explication est simple et, à mes yeux, elle représente une gigantesque justification. La justification parfaite et absolue, en réalité. « Comme quoi, on peut tous faire des efforts. » Le regard se porte sur le coin de la spirale, là où la symétrie des couleurs est brisée, et je m'autorise un bref sourire.


_________________
SPITTING OUT
THE DEMONS
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Des puzzles et des Hommes [Joseph]

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