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 Des puzzles et des Hommes [Joseph]

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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↳ Playlist : Eminem : Space Bound - Johnny Cash : Personal Jesus, Hurt - Depeche Mode : Lie to me, Stripped, A Pain than I'm used to - The Rolling Stones : Sympathy for the devil - Claude Nougaro : Tu verras - Alain Bashung : Sur un trapèze - Serge Gainsbourg : Melody Nelson - Pierre Perret : Blanche - Mc Solaar : RMI, Solaar pleure, Impact avec le diable

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MessageSujet: Des puzzles et des Hommes [Joseph]   Lun 19 Juin - 14:48

Sombre idiote.

Ces deux mots seuls tournent et résonnent dans son cerveau comme une litanie entêtante, une mélodie dysharmonique. Les yeux rivés sur les petits cubes de couleurs primaires qu'elle tord et pivote entre ses doigts, Charlie tente d'accorder un rythme entre à ses pensées galopantes dans les pivots du casse-tête, à défaut de pouvoir les étouffer complètement. Sombre-clac-idiote. Sombre-clac-idiote. Elle contemple les faces devenir uniformes sous ses gestes systématiques, les yeux absents, l'esprit ailleurs, prise au piège du dilemme qu'elle s'est infligée elle-même.

Elle n'aurait jamais dû intervenir - l'a su dès que l'écho de sa phrase s'est achevé d'entre ses lèvres, dans l'oreille de ses interlocuteur. Elle a entrouvert une porte piégée, sans le vouloir. Et maintenant, la refermer avant que le détonateur explose sera bien plus difficile que résoudre un stupide casse-tête pour enfants déniché dans un dépotoir. On ne disparaît pas, dans ce monde où elle a eu la bêtise de mettre un pied, ou alors d'une seule façon. Et elle a vu, au seul regard adressé à ces deux silhouettes massives entrain de murmurer, qu'elle était passée dans les phares du trente-six tonnes.
Quant à savoir comment rouler hors de la route avant qu'il ne démarre...

" C'est pas si grave. " à ses côtés, une voix d'outre tombe s'élève, rocailleuse, absente. Dans un mouvement expert, la main rachitique de Dan retire le garrot artisanale sous lequel il vient de planter son aiguille. Dans un soupir sombre, son corps marqué par les seringues s'écoule dans le canapé, le visage émacié dodelinant déjà sur la mousse d'un dossier en cuir éventré.  " Tu leur as rien volé. "

Derrière cette affirmation rassurante, Charlie entend l'ombre d'un point d'interrogation, qu'elle ne relève pas, se contente de mépriser dans un haussement d'épaules, toujours à son casse-tête, sa boucle de reproches. Déjà au début, Dan l'a prévenue trois fois que quoiqu'elle fasse, elle ne devait rien voler - que tous les autres étaient partis comme ça. Déjà au début, elle n'a pas fait mine d'entendre cette insulte. Que pourrait-elle bien voler, de toute façon - une pute ? Des produits qu'elle n'a pas le pouvoir ni les capacités de revendre... de l'alcool qu'elle ne boit pas. Quant à la nourriture, elle ne l'a jamais obtenue qu'au dépens des animaux errants, et elle ne compte pas déroger à ses règles. Elle mourra avant d'avoir besoin des biens d'un autre.

" Je ne veux pas qu'on me pose de questions. " résume t'elle pour réponse, d'une voix lapidaire. Le cube rendu à son état d'origine, elle le tend à Dan, pour qu'il le remette un peu de désordre dans l'uniformité des couleurs. Dan est un fouteur de chaos, tout ce qu'il touche se désagrège, tout ce qu'il approche entre dans un état d'anarchie incontrôlable. Dan est un mystère que Charlie ne veut pas percer, un terrain infini de déchets et de désordre à ranger. Docile, la silhouette décharnée s'emploie à détruire son office pour le lui rendre, une cigarette éteinte entre les lèvres, qu'il embrase et expire aussitôt son funeste office terminé. " Fallait pas faire un truc qui soulève des questions "

Dans un crissement de mâchoire, Charlie replonge dans ses cubes et ses couleurs. Les claquements du jeu enfantin se mélangent au concert de Dire Straits que Dan leur improvise, du bout de ses lèvres ankylosées - pour ne pas oublier ce que ça faisait, dit-il toujours. We are the Sultans-clac-Sombre idiote. Un sentiment d'oppression fait gonfler les intestins de la jeune fille. Incapable de quitter cette pièce sans avoir remis les couleurs à leur place, elle presse ses mouvements, les désaccorde des différentes mélodies qui résonnent dans la pièce comme dans son crâne.

" T'as pas le choix, de toute façon. " l'achève Dan dans un dernier ronronnement de camé, une impitoyable sentence. " Si tu y retournes pas, c'est un aveu de culpabilité. Et tu me fous dans la merde. "

Voilà ce que Charlie ne voulait pas entendre.
Elle n'a jamais voulu que cette situation prenne assez d'importance pour pouvoir décemment le foutre dans la merde.
Elle n'a pas eu l'intention de le laisser exister au point qu'il eut cet argument contre elle.
Ni lui, ni aucun autre.


***


Ce n'est pas un argument qu'elle acceptera d'un autre, d'ailleurs. Elle l'a entendu souvent, ces dernières semaines, fuser entre les murs de l'établissement criminel. L'homme qui la paye constamment l'aime beaucoup. Regarde ce que tu m'as fait, rends toi compte de la position dans laquelle tu me mets. Comme s'il attendait des autres qu'ils puissent inverser la course du soleil pour que les choses ne se soient pas produites. A peine arrivée devant la porte recluse de bar condamné, Charlie craint ce genre de discussion, par conviction qu'aucune de ses réponses ne risquerait de plaire à ce genre de personnes. Dans un soupir défait, elle pousse quelques cartons pour y dissimuler son vélo à l'abri des vols, comme d'habitude. Il est deux heures d'un matin sans lune, elle a sans doute bravé quatre risques de meurtre pour arriver là. Et une fois devant la porte, elle n'est toujours pas sûre de savoir ce qu'elle vient y faire. Elle espère, sans grande conviction, retrouver sa routine et son verre d'eau, comme si rien ne s'était passé.

Dan a au moins raison quand il affirme les soupçons que soulèveraient une disparition soudaine. Elle a pu fuir un petit groupe de résistant, serait incapable de reproduire l'exploit avec une mafia entière. Pour ça il faudrait quitter la ville - et elle y a songé, longuement. Mais ne sachant pas si on la recherche, s'approcher des forces de l'ordre aux abords de la frontière serait un risque bien plus grand que de seulement retourner sur son lieu de travail.
Qui sait. Peut-être cette histoire est-elle passée avec le reste du pain quotidien. Qu'ils n'aimaient pas trop ce client. Ni la façade du mur qu'elle a repeinte de son sang. Peut-être que ce sont des gens raisonnables. Peut-être qu'on ne va pas faire l'erreur d'essayer de la dominer.
La colère est une chose, le pouvoir en est une autre.

De la gratitude, au pire.
C'est le plus qu'elle puisse endurer.

Quand elle pénètre entre les murs moites de luxure, une chaleur plus humide l'accueille. L'odeur des liqueurs et la sueur des corps remplace la poussière et et les métaux rouillés de la ruelle, qui eux-mêmes avaient remplacé la rance et les excréments de rongeur imprégnés dans le salon de Dan. Engoncée dans un débardeur noir trop serré pour elle, vague compromis trouvé entre ses fripes habituelles et la sensualité brute des autres filles de l'établissement, Charlie réprime un instinct de fuite pour s'avancer vers le comptoir. L'endroit est empli d'une concentration inhabituelle à la tâche, les femmes plus lascives et les hommes plus ravis encore que d'habitude. Et pour cause, une silhouette trône au milieu des corps, à l'endroit où elle vient toujours prendre son verre, bien visible de son audience travailleuse.

Déjà, il perturbe ses habitudes. Déjà, elle le déteste.
Malgré elle, Charlie cherche la présence réconfortante d'un verre mal placé sur le comptoir. Mais il n'y a rien.
Rien que lui.
Même le barman est allé se pendre ailleurs. Échouée sur sa grande main qui prend toute la place de son verre, Charlie longe le bras qui l'emmanche d'un oeil fugace. Elle dessine les muscles visibles sous ses vêtements, calcule les chances d'avoir le dessus sur cet homme et de pouvoir s'enfuir sans être rattrapée.
Maigres.
Ses yeux caressent son épaule massive, son cou épais, son visage de titan, jusqu'à échouer enfin dans les siens quand elle arrive à sa hauteur. Elle ne se dérobe pas, moins par provocation que pour ne pas louper un seul geste qu'il aurait à son encontre. Ses lèvres s'ouvrent, prononcent sa politesse d'une voix mécanique, distante.

" Bonsoir. "

Pas de trace d'interrogation, de stupeur ni même de curiosité, sur son visage ou dans la vibration de ses cordes vocales. Elle n'a pas de questions à poser, sinon ce qu'elle doit livrer ce soir. Estime que toutes celles qu'elle aurait pu soulever, trouvent des réponses simples avec un peu de volonté, une légère dose de déduction.
En somme elle considère qu'il n'ont rien de plus à se dire que d'habitude et s'est décidée à venir ce soir pour le faire comprendre.

Ni victime ni coupable, elle exige l'indifférence.
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MessageSujet: Re: Des puzzles et des Hommes [Joseph]   Lun 19 Juin - 19:42

Extirpés d'une gorge un peu sèche, murmurés d'une voix rauque, les mots s'étaient empressés de sortir. Parce qu'il fallait raconter, parce qu'ils savent tous qu'il faut s'en référer à son supérieur, à chaque fois qu'il se passe quelque chose de troublant. Quelque chose qui fait qu'une soirée est sensiblement différente d'une autre. Je me suis hissé seul à la place que j'occupe – je suis certainement leur collègue, en réalité. Un vieux de la vieille, une connaissance du patron ultime, mais un collègue. Mais dans les faits, à leurs yeux comme aux miens, je suis en charge, je prends tout en charge lorsque les patrons ne sont pas là. Ça me fatigue, ça m'ennuie, ça m'épuise ; et c'est pourtant ce besoin viscéral d'être reconnu qui me fait persévérer. Alors, il m'a tout raconté. Le barman est une ombre fantomatique ; on a beau l'oublier au fond d'un verre, le temps d'une gorgée brûlante, il est toujours là. Ses yeux sont avides de curiosité, ses oreilles toujours à l'affût. Et puis, j'ai vu vermillon, rouge, écarlate. De cette couleur que je voulais désespérément voir peindre mes doigts et glisser le long du trottoir pavé. Ce besoin devenu vital de s'emporter, de vider les poumons de la haine qui s'y consumait et ne s'endort jamais, de meurtrir les doigts dans un nouvel excès de violence. De brûler, noircir, abîmer, tuer les chairs. Officiellement, pour faire peur. Pour imposer le respect, protéger les putes de la main d'un inconnu. Officieusement, pour soulager le feu qui me brûle les tripes et enfume mon esprit, le temps de quelques heures, quelques jours. M'épuiser à battre un corps inerte et rêver d'un sommeil opaque.
Mais je n'en ai pas eu l'occasion. La silhouette du coursier disparut dans l'obscurité avant même que je puisse l'interpeller – et à quoi bon, véritablement ? Puisque l'homme était là, abandonné au sol comme un chiffon usé. Je ne l'ai pas terminé – le brasier était douloureux, mais il me fallait garder mon honneur. Il a dégagé le chemin, et je m'en suis rentré au club, les traits crispés et la soirée gâchée.

À cette pensée, je fais la moue, pince les lèvres. Celle qui nous sert de coursier – Charlie – est tout en bas de la pyramide. Je ne la connais pas plus que ça. Trop mal à l'aise avec son corps pour se trémousser, elle sait l'utiliser autrement et n'a visiblement pas peur des risques que le métier engendre. Il n'y a jamais eu de véritable échange avec elle, rien d'autre qu'une salutation froide en entrant, une en sortant, et la porte qui se referme sur elle. Son verre trônant là, intouché, sur le comptoir. Ses interventions sont réglées, millimétrées, même si les rendez-vous sont anarchiques. Et voilà à peu près tout ce que je sais sur cette bonne femme. Un putain de glaçon camouflé sous une gueule d'ange. Ça, et ce type, abandonné sur le trottoir. Mais ça n'était pas elle – comment aurait-elle pu ? Elle est trop mince, même si quelques muscles se dessinent sur ses membres ; mais elle est trop femme. Et je n'ai jamais aimé l'idée qu'une femme puisse accomplir ces choses-là. Ou peut-être n'ai-je jamais eu la preuve qu'une femme le pouvait. Nicholas et moi le faisions, mon père le faisait – ma mère et Aimée, jamais. Depuis l'apocalypse, aucune femme ne s'est montrée suffisamment forte pour me faire changer d'avis. Parfois elles savent, bien sûr – les cicatrices de Maisy le prouvent. Mais c'est trop ténu pour en faire une généralité.
Tandis que les songes qui m'assaillent sont la raison principale pour laquelle les femmes n'aiment pas discuter avec moi, je m'appuie contre le comptoir du bar, incapable de décider ce que j'en pense.

« Et si elle revient pas ?
- Pourquoi ? Pourquoi elle reviendrait pas ? »

Les actes de Charlie n'éveillent pas grand-chose en moi que de la curiosité, ce soir. Il n'y a pas de honte à se défendre, me dis-je, comme si c'était le seul sentiment qu'elle pouvait ressentir à ce sujet. L'agacement, plus tard mué en colère, s'est évaporé depuis un moment. Il n'y a plus désormais que cette avidité malsaine de savoir : comment, pourquoi. Que s'est-il passé, comment a-t-elle su, comment a-t-elle fait ? Au regard incertain du barman, je fais la moue et marmonne quelque chose à propos de ses tickets restaurateurs. Inutile de parler davantage, je passerais pour un idiot si elle décidait de ne pas se pointer. Le monstre gronde, le grognement roule dans tout mon corps à cette simple hypothèse, électrise mes membres. Non, elle viendra, me dis-je. Elle viendra.
Il vaut mieux pour elle qu'elle revienne, sinon je devrais aller la chercher moi-même et... Un soupir s'échappe de mes lèvres, déjà ennuyé de perdre hypothétiquement du temps à poursuivre une garce qui en sait trop sur la maison, sur moi, sur nos pratiques. Maintenant qu'elle est parmi nous, elle n'en sortira que les pieds devant, à l'instar de ses prédécesseurs avant elle. Du coin de l'oeil, la silhouette du barman m'échappe et s'éclipse. Ils n'aiment pas la tension qui émane de mon corps ; mon aura est désagréable à supporter, peut-être. Le temps de quelques heures, tout le monde peut gérer. Les femmes aiment avoir l'animal dans leur lit, les collègues aiment voir la bête œuvrer au boulot, les adversaires craignent le courroux de la créature. Mais personne ne veut subir ça au quotidien, tous les jours, toutes les heures. Je les comprends, bien sûr. Me penchant au-dessus du comptoir, je me sers allègrement et remplis un nouveau verre, qui se précipite jusqu'à mes lèvres. Les putain de pilules de Mackenzie traînent dans l'appartement, dans une autre veste, chez Maisy, ou dans le triangle des Bermudes. De toute façon, rien ne s'allie correctement à l'alcool, ça me déglingue complètement. Un mal pour un bien, certainement.

Les prunelles courent autour de moi, balaient le club du regard. Et lorsque les silhouettes ralentissent, lorsqu'elles fondent dans la moiteur qui imprègne les murs, j'écrase le plat de la main sur la comptoir froid. Siffle, interpelle n'importe qui, tant que la pression remonte d'un cran. Et pendant ce temps, je sirote mon verre. Les heures coulent dans mon gosier en même temps que le liquide et la lune se hisse certainement haut dans le ciel, nous observe de son œil récriminateur. Déçue que l'on occupe son règne de cette manière – je souris à cette idée et promène mon regard sur les courbes des prostituées. Des courbes dont je parviens à ne pas faire d'overdose, que j'apprécie toujours à regarder, même après tout ce temps. Même en les connaissant par cœur. Je fais parfois le tour du comptoir, m'abandonne à quelques gâteries envers le chiot, bien caché dans l'obscurité du bar. Puis y retourne, regarde tout autour, compte les filles qui rejoignent les chambres et m'assure distraitement qu'elles en ressortent en même temps que le client, l'air satisfait et les joues rosies. La routine.
Brusquée par une intervention, de celle que j'ai attendue toute la soirée et qui daigne enfin nous rejoindre. Au fond, un poids s'envole de ma poitrine lorsqu'elle s'approche du bar.
Ses prunelles se font inquisitrices lorsqu'elles me détaillent et je m'offre à sa contemplation sans broncher. Tenté d'imaginer, le temps d'un instant, qu'elle me jauge, je balaie bien vite l'idée saugrenue de mon esprit. Elle n'oserait pas, n'est-ce pas ? Me regarder comme l'on regarde un rival, un adversaire potentiel, me tourner autour comme le lion dans sa cage ? Malgré moi, les lèvres se pincent et les yeux plongent dans les siens, fouillent tout ce qu'ils peuvent y trouver.

« Bonsoir. » La réponse est bien moins mécanique que ce que la femme vient de m'offrir. Un silence s'installe. Les yeux courent sur son corps impunément, se demandent comment une femme peut avoir fait ça à ce type. Me reviennent en mémoire les détails de son visage abîmé, de son nez cassé. Je l'observe, aussi pour voir si elle a une quelconque blessure – ça n'était pas un affrontement, de toute évidence. Parce qu'elle n'a pas pu y participer ; j'aimerais m'en convaincre, mais je n'y parviens pas. « Bon. Faut qu'on discute, tu t'en doutes. » C'est dit tranquillement, avec une pointe d'exaspération, parce que je ne suis pas vraiment un homme de paroles. Je n'aime pas discutailler avec des inconnus, d'autant plus lorsque je ne sais pas s'il faut leur faire confiance. Et qu'on est déjà coincés avec eux. La voix porte naturellement trop, elle est trop grave et trop forte, habituée à devoir attirer l'attention. Un instant de réflexion – elle ne voudra jamais me suivre nulle part, me dis-je rapidement. Inutile d'essayer de discuter ailleurs. Autour de nous, les hommes sont occupés à lécher du regard les corps qui se trémoussent ici et là, et je fais signe à Charlie de s'approcher encore un peu plus. « T'as foutu quoi, l'autre soir ? » C'est abrupt, évidemment. Il n'y a jamais aucun pot autour du quel tourner. Comme la nuit porte conseil, la soirée et ses quelques verres aussi. J'y vois plus trouble, mais aussi certainement plus clair ; il n'y avait qu'elle, ce soir-là. Peut-être que ce type était suffisamment saoul pour se faire avoir par une femme, me dis-je. Peut-être a-t-il été déstabilisé par quelque chose, n'importe quoi. À vrai dire, ça ne m'intéresse plus. « Écoute, t'as sûrement pensé que c'était la chose à faire, mais ça s'passe pas comme ça, ici. Sans parler du coup de chance que t'as eu... » Les yeux roulent dans leur orbite. « Bref. La prochaine fois, faut que t'en parles à quelqu'un. On peut pas s'permettre d'avoir un type à moitié mort devant l'établissement, tu t'rends pas compte. » Finalement, j'ai tout un tas de chose à dire et de remontrances à lui infliger, que j'enterre dans ma gorge. Une lampée d'alcool y coule, termine de les étouffer et je sors une cigarette de ma veste. L'allume, la coince entre mes lèvres, et marmonne, impatient : « Bon, raconte-moi c'qu'il s'est passé avec ce type. Du début. »

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MessageSujet: Re: Des puzzles et des Hommes [Joseph]   Lun 19 Juin - 22:19

Il a le col de travers.

C'est tout ce que parvient à penser Charlie, l'espace de quelques secondes.
Sans doute parce qu'il a dit qu'il fallait discuter - le col n'était peut-être même pas de travers avant ce moment là. Ou encore, parce qu'il lui a demandé de s'approcher. Docile, elle s'est avancée pour se coller au comptoir, en maintenant une distance plus grande que son bras tendu vers elle avec lui. Dans cette configuration, elle est en ligne droite vers la porte et s'il lui prend l'envie de l'attraper, elle pourra éviter son geste sans mal. Elle s'accroche à cette pensée pour oublier le reste - la discussion, le rapprochement, le col.

Derrière cet homme - Townsend. Jospeh; il y a des noms qu'il faut connaître et savoir redire - Charlie avise un regard de la fille qui s'est trouvée au cœur du débat l'autre soir. Inquiétée par le tableau comme un animal dans les phares d'une voiture, elle en a presque oublié l'homme vautré sur elle et la main dans son soutien gorge. Elle a l'air de s'en rappeler, d'ailleurs, dans un sursaut frémissant, et peine à se détacher de sa contemplation morbide pour faire mine de s'intéresser à lui. Ne laissant rien paraître de la méfiance acide que la scène fait couler dans ses tripes, Charlie s'arrache à ce constat pour reporter son attention sur l'auteur de cette crainte, qui soupire d'exaspération à l'entente de ses propres déclarations. S'il n'aime pas discuter, pas même pour la domination que ça lui apporterait l'espace de cet échange, alors elle ne voit vraiment pas pourquoi il le leur inflige. Ce qu'il peut y avoir à dire de si important, qu'ils abandonnent le confort de leur indifférence mutuelle, pour s'adonner à des discussions sur lesquelles ils ne pourront pas s'entendre. Elle ne compte pas essayer, d'ailleurs - de le lui faire entendre. Entendre qu'elle a pu avoir une réaction inconsidérée, un soubresaut d'irrationnel, à l'idée qu'on pût frapper une femme. Entendre qu'elle ne fait confiance à aucune des personnes présentes ici pour s'en émouvoir - ni, surtout, être du moindre secours quand elle-même ce retrouve face à ce genre de danger.
Alors, qu'y a t'il de plus à dire.

Lui se grandit et s'impose au milieu des corps, trône a ses côtés comme si des mètres de hauteur les séparait. Les traits épaissis par la violence quotidienne et le regard endurci par ces passés qu'on ne veut pas entendre. Caverneux. Voilà. C'est ça, le mot.
Il domine l'assistance, le comptoir, la salle, son verre. Il gonfle à mesure qu'elle comprend l'ampleur de son autorité sur les autres, et ce constat ne peut que retendre Charlie en retour.

Il a les pupilles dilatées. Une odeur un peu acide, fruitée, émane de sa sueur, son verre a déjà filé une fois entre ses lèvres depuis une minute qu'elle est là. L'alcool, ça brouille les signaux, ça dilate les vaisseaux et les traits du visage, ça crée des réactions imprévisibles. Il amorce le ton, d'une question lapidaire, et Charlie fait mine de détourner les yeux une seconde avant de revenir à lui, sans défiance. Elle a les muscles bandés d'une tension nerveuse, que tous ses efforts peinent à dissimuler. Et ce n'est pas tant le fait d'être en présence d'un macro porté sur l'alcool, assez doué dans son travail pour être enrôlé dans une mafia - même si, on le lui reconnaîtra, ce sont des raisons bien suffisantes. C'est lui, purement et simplement. C'est quelque chose qui grouille sous son épiderme, comme une nuée d'insectes, une violence nichée dans ses cellules, qui émanent jusqu'à elle et la prend au corps par convection dans l'air. C'est un truc dans ses yeux malgré la pupille noire qui les noie presque.

De ce contact prolongé, Charlie peut mettre des sensations plus précises, sur un malaise qu'elle a pu ressentir chaque fois en sa présence et qui a écourté tous ses échanges avec lui, peut-être plus encore qu'avec le tout un chacun. C'est un homme violent, bien au delà des simples déductions que sa position invoquent. Et s'il n'était pas ce qu'il est, ça ne la dérangerait pas outre mesure. Elle a vécu avec un garçon rempli de violence, pendant deux ans, il dormait dans la chambre en face de la sienne. Elle en a vu passer, de tous les milieux et de tous les âges, des types qui ne pouvaient plus endiguer leur rage face aux drames. Mais il est ce qu'il est. Il n'a pas choisi d'enterrer sa violence dans la rébellion, ou même au sein d'une milice de ripoux sans scrupules. Il a choisi de s'entourer de femmes et de les contrôler tous les soirs.

Malgré tout ça, le discours qui s'élève est plus censé qu'elle ne l'aurait cru de prime abord; même d'une logique imparable. Une fois les mots sortis de sa bouche, Charlie réalise ce qu'elle peut entendre, les problèmes qu'elle a pu poser. Docile, elle se radoucit presque, murmure en tout cas du bout des lèvres, un assentiment sans réticence.

" D'accord. "

Ni plus ni moins. Caressée par l'espoir un peu hâtif d'en avoir fini avec cette conversation, Charlie se redresse déjà un peu pour partir. Idiote, elle réalise sa naïveté quand la suite fuse, en une ponctuation éloquente.
Bon. Voit son soulagement naissant mourir aussitôt de ce petit mot bien efficace, comme un départ de feu enseveli sous la terre. Quoiqu'il dise maintenant, elle sait bien que c'est la partie qui la séduira moins.
Et ça se confirme.
Raconter.
S'il la connaissait, il ne pourrait pas prononcer cette phrase sans en rire un peu.

Dressé vers lui, le regard de Charlie invoque une incrédulité vaguement suppliante. Elle ne voit pas ce qu'il y a à raconter - rien qui ne soit facilement déductible ou témoigné par n'importe qui d'autre. Voudrait qu'il le comprenne, malgré l'évidence noyant son regard, qu'il n'est pas disposé à faire un tel effort. L'effort d'imaginer qu'il provoque un malaise inutile chez celle qui a empêché une de ses filles de se faire tabasser.

Non.

C'est la réponse que hurle la moindre de ses fibres cérébrales, et qui doit se ressentir dans l'expression de son corps - à défaut de son visage, trop distant pour être bien lisible. Ils y passent bien quelques secondes, à se regarder dans le blanc de l'oeil, visage au visage, en chiens de faïence. Un inconfort de surcroît, pour elle qui se trouve déjà collée par la sueur et la luxure de dix autres corps depuis trop longtemps déjà, et s'inflige une présence dérangeante à la faire grogner en elle-même, les crocs dehors. Elle admet finalement sa défaite dans un soupir bref, faute de moyens pour l'emporter. Si elle ne veut pas parler, il reste à cet homme des milliers d'options pour obtenir ses réponses. L'emmener ailleurs, sortir les menaces, les poings, ou dieu sait quoi encore. Rendre le souvenir de cet échange primal, tout à coup, beaucoup plus confortable.
Une escalade excessive pour une trace de sang au mur, en somme.

Alors, racontons.

" Il discutait avec cette fille. " elle lâche,
enfin, comme on s'arrache une dent. Enchaîne aussitôt,
d'un ton égal, une litanie monocorde et rapide, autant pour en finir que pour se faire comprendre, dans son dégoût à s'épancher sur quoique ce soit la concernant. " Ca se passait pas bien. Il était nerveux, il s'agitait déjà quand il est rentré ici, et j'ai vu un bout de métal dépasser de sa poche. Et puis ... " Dans un hochement négatif de la tête, Charlie renonce au développement qui a buté sur la barrière de ses lèvres. Et tout le monde sait qu'un homme violent recommencera, qu'il ne faut jamais le croire. Il pourrait bien se sentir visé - pour ce qu'elle en sait, il tabasse cette fille lui-même et ne doit sa colère qu'à l'idée d'imaginer un autre repeindre son corps. Alors elle s'en tient aux faits, reprend leur exposition pure. " Je l'ai signalé. Le barman a vu que c'était un poing américain, il l'a emmené dehors. Ensuite vous êtes arrivé, j'ai pris mon payement et je suis partie. Il a essayé de m'agresser devant et j'ai eu de la chance. "

Si péremptoire, imbécile même, soit cette déclaration, elle ne va pas se battre pour la contredire. S'il la pense faible, il l'attaquera seul. S'il la croit incapable, il n'appellera pas des renforts pour la tenir en cas de problème. Et s'il est un monde entre cet homme et le poids lourd qui l'agressait l'autre soir, en face à face, elle peut s'en sortir vivante - endommagée mais vivante; blessée mais moins que lui.
Dans un soupir, Charlie déploie malgré tout un effort, pour en finir avec cet échange déplaisant, dominateur. Surhumaine, la tâche pour adoucir son antipathie défensive, chercher dans le bois irrégulier du comptoir, un peu de douceur à se mettre sous la dent.

" J'aurai pas dû m'en mêler, je croyais qu'il y avait un problème, j'ai voulu aider. La prochaine fois, je viendrai vous voir.  " elle souffle de bonne grâce, avant de se reprendre, dans une contraction brève. " Il n'y aura pas de prochaine fois. " Tout pour s'éviter un tel remue ménage, n'importe quoi si ça peut les ramener à leurs mondanités rigides, mères d'une survie confortable. " Je vous présente mes excuses. "

Cette fois, l'espoir de le satisfaire se construit sur un socle vaguement plus solide que les autres. Ne sachant pas pourquoi une telle insistance à propos d'un incident qui doit arriver souvent avec d'autres hommes, elle ne voit pas que dire de plus pour épancher sa soif de racontars. Quoiqu'il en soi, elle est prête à tourner autour du pot, et il en faudra plus qu'une stature intimidante ou un regard assoiffé de sang pour lui arracher des détails à cette histoire.

Elle risque bien plus de ces détails, que d'une obstination au silence.

" Votre col est de travers. "
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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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MessageSujet: Re: Des puzzles et des Hommes [Joseph]   Mer 21 Juin - 0:34

Under my skin and into my bones
I feel insanity begin to make its home
Into my vision and through my mouth
Somebody's working me to get me all strung out



Non ? À l'intérieur, elle se tord. Ses membres grondent, son esprit doit hurler, son corps tout entier beugle. La bête le sent, elle sait lire les expressions et les mouvements – ou bien est-ce moi. Je ne fais plus la différence. Mais je le sens, pesant dans l'atmosphère comme une excroissance ou une grosseur prête à exploser. Je contemple un visage placide, deux lèvres charnues et pleines, et surtout résolument scellées. Ses prunelles déterminées fixent les miennes, têtues, pas prêtes à lâcher le morceau comme un chien sur un bout de viande. Ce silence me gêne – il marque son affront face à l'autorité, à mon autorité. Je n'aurais pas la prétention d'affirmer que les autres employés marchent dans mon ombre, boivent mes paroles comme l'eau de jouvence et se jettent tête la première pour satisfaire mes désirs... Mais presque. Adulte gâté, à défaut de l'avoir été enfant, elle triture mes nerfs en quelques secondes seulement et éveille mon impatience. Ses lèvres s'entrouvrent, abandonnent un soupir dans l'air, prémices du récit tant attendu. Je n'en apprendrai finalement pas grand-chose, le barman m'a déjà tout raconté – mais peut-être mettra-t-elle de côté un détail. Il discutait avec cette fille. Les prunelles ne prennent pas la peine de suivre l'affirmation. Je n'ai pas été la voir, elle n'a pas osé venir m'en parler ; nouvel affront dans cette banale histoire. Dans une histoire qui aurait pu se terminer en quelques secondes, qui s'étend dans le temps et nous fait, à tous, gâcher les minutes par poignées entières. Les lèvres se pincent, les paupières s'abattent sur mes yeux subrepticement, à mesure qu'elle s'explique. Et je la sens, la brûlure symptomatique, celle qui aime tant à me ravager l'estomac.

Bla, bla, bla. Elle me prend pour un idiot. Pire encore que de refuser de me répondre, pire encore que son hésitation, c'est qu'elle me prend pour un con. J'enfonce lentement les mains dans mes poches – pas d'esclandre, pas maintenant, devant tout le monde. Les Eriksson ont suffisamment d'emmerdes à gérer ces derniers temps. Pourtant, la poitrine enfle comme un ballon de baudruche et a bien du mal à désenfler. Elle se gorge d'un peu d'air acide, douloureux lorsqu'il se niche tout contre mes poumons. Les mains sont déjà mal à l'aise dans leur étau et s'enfuient d'elles-mêmes, pendent au bout de bras ballants. La cigarette échouée entre mes lèvres n'est même pas fumée, pas encore. Le long de mes membres court l'électricité, déjà. Pour première réponse, je la gratifie d'un grognement rauque, le regard perdu dans mes songes. Non. Quelque chose me gêne, cette chose est grosse comme une maison et ne m'incite pas à passer outre. Quelque chose dans cette histoire sent mauvais, terriblement mauvais. Quelque chose dans ses paroles sonne terriblement faux, sans que je sache pointer expressément du doigt ce qui ne convient pas – mais c'est là, tout près, sous mon nez. Aveugle, je ne le vois pas. Tire-lui les vers du nez. Dis-lui que tu veux la vérité, que tu veux tout savoir. Que tu ne la crois pas et que tu ne peux pas lui faire confiance. Attrape-lui les cheveux, frappe sur le comptoir jusqu'à ce qu'elle te dise tout ; tu es son supérieur. Elle te doit tout. La chaleur irradie mes membres, les murmures putrides du monstre roulent au fond de mon crâne. J'ai appris, parfois, à ne plus les écouter. Mais je les entends perpétuellement, si présents qu'ils se muent en un bourdonnement insupportable. Les cachets de Mackenzie, les cachets. Perdus on ne sait où, oubliés là où ils ne seront utiles à personne. Tout m'énerve, tout. Ce visage imperturbable qui fait face au mien, ces excuses d'imposteur et ce discours travaillé. La pute, le barman, la coursière, les clients, la musique, les odeurs. Les souvenirs, les pensées, le sifflement, les voix.

La mesure dans les membres, torture supplémentaire, je me penche lentement vers le bar. En extirpe une bouteille, la vide partiellement dans mon verre. Passe une main moite dans ma barbe, ne touche pas à mon col de travers et me débarrasse enfin de la cigarette, l'abandonne dans un cendrier. Bois, suffisamment de gorgées pour presque vider le verre. C'est très mal, j'ai l'alcool mauvais et triste à la fois. Il ne faudra pas abuser, pas ce soir. Mais je bois, coule le liquide brûlant dans ma gorge et cherche quelques minutes de plus pour ne pas embrasser l’irascibilité.
Repose le verre brusquement, dans un claquement sur le comptoir. Me précipite jusqu'à la prostituée, repousse le client qui l'assaille de caresses avides d'un mouvement, défais un nouveau col par la même occasion. Elle est effrayée – l'excitation se mêle à la colère sourde et le palpitant frappe dans mes tempes. Ah, t'as peur ? Très bien ; au moins une. Une autre prostituée est propulsée vers le client lésé d'un coup de main et je m'en retourne au bar, les doigts serrés sur un avant-bras gracile – traînée derrière moi comme un sac encombrant, elle échoue contre le comptoir. Les filles, si elles sont décontenancées une seconde, reprennent rapidement leurs occupations. Rien de nouveau sous la lumière tamisée du club.
Les doigts se referment encore un peu plus sur son membre et la chaleur irradie, se propage sur son épiderme alors vierge. Mais il noircit sous mes doigts, pour l'instant camouflé par ma prise – seul son gémissement m'alerte de sa douleur, ne m'empêche en rien de serrer plus encore. C'est cette colère écarlate, qui teinte l'environnement et m'aveugle – elle n'a pas de sentiment, ne cherche qu'à se déverser. Envers les putes, elle n'est pas souvent violente, jamais irréparable. Simplement effrayante. Elle couine comme un chien apeuré, se tord sous mon étreinte mortifère.

« Joseph...
- Alors il était nerveux, il s'agitait ?
- De... Non, j'ai pas vu, j'ai pas fait attention...
- Tu n'as pas vu que c'était le même que celui de la dernière fois ? » sifflé-je lentement entre mes dents.
- S... Si-si, bien sûr... Mais...
- Tu n'as pas vu le poing américain, le métal qui sortait de sa poche ?
- Non non, je te promets que j'n'avais pas v-vu ; Joseph, ça me fait mal...
- Non, t'as rien vu du tout, t'avais pas les yeux en face des trous ? T'étais là au moins, tu foutais quoi, putain ? Écoute-moi bien, la prochaine fois – la prochaine fois...
- Y aura aucune prochaine fois, c'est promis, je... j'pensais simplement qu'il allait nous rapporter du fric et qu'il... »

La précipitation de sa réponse, les perles noisette recouvertes d'une pellicule humide, le bras tordu en un angle douteux pour échapper, vainement, à mon toucher morbide. La voix tremblante, le regard suppliant, et ces putains d'yeux pleins de larmes. Je lâche soudain, conscient de sa douleur pour l'avoir déjà vécue, incapable de contempler les larmes qui s'accumulent sous ses paupières. À la place, c'est à sa peau noircie, meurtrie, que je fais face ; le résultat du monstre, l'atrocité qui me bouffe. Elle se tient le bras, camoufle l'épiderme abîmé sans oser le toucher. Les doigts glissent dans ses cheveux, l'effleurent à peine. La voix est rauque lorsque je m'exprime : « C'est terminé. D'accord ? Rentre chez toi, passe-toi la pommade. Tu reviendras quand ça aura disparu. Je passerai demain. » À chaque morceau de phrase prononcé, elle acquiesce, soulagée que ça n'ait pas duré, et je poursuis. La pommade, elle sait bien ce que c'est, pour l'avoir utilisé des dizaines de fois. Sur elle et sur les autres. Paternaliste, j'embrasse son front, rendu un peu humide par le stress, replace le soutien-gorge sur son sein légèrement dévoilé, m'exhorte à ne pas toucher sa peau plus de quelques secondes. Elle s'éloigne et je l'observe partir, épaules voûtées et démarche incertaine. Je n'aime pas ça, je n'ai jamais aimé ça – sur le moment, peut-être. Peut-être que l'excitation étreint l'adrénaline, peut-être que j'aime ce qui court dans mes veines, peut-être que je me délecte du frisson dans le regard. Pas après, parce qu'elles pleurent indubitablement, parce que je suis l'ombre d'un père que j'abhorre. Les fantômes de la famille nous poursuivent, des siècles après.
D'un mouvement lent, mesuré malgré les tremblements qui enflamment mes doigts, je me tourne vers Charlie. Oubliée de cet échange, pourtant à la naissance de toute l'histoire, et je l'observe. Me penche vers elle, réduis l'espace qui nous séparait encore et scrute son visage. « Elle a dit la même chose que toi, sensiblement. Elle, je la crois – Toi, non. Comment t'expliques ça ? » Je murmure, avant de m'éloigner à nouveau, conserve une distance respectable entre elle et moi. La tension qui émane de son corps n'est pas rassurante, même pour une femme.

Le verre rejoint mes lèvres, le liquide échoue dans ma gorge. « Si je veux qu'une femme me fasse comprendre que j'en ai une grosse et que je suis le patron, je vais les voir, elles. » Un mouvement de la tête vers la scène, où tout a définitivement repris son cours – du coin de l’œil, j'apprécie les silhouettes qui se déhanchent lentement. « Si c'est pour entendre ce que j'ai envie d'entendre, elles me le disent, plutôt deux fois qu'une. Toi, t'es pas là pour ça, c'est pas ton putain de rôle. »
Les songes reprennent leur place au fond de mon crâne, le verre reposé sur le comptoir roule entre mes mains. J'ai besoin d'une clope, d'un cachet, d'un verre, j'ai besoin de sentir le sang sur mes doigts et de gueuler un bon coup. Au lieu de ça, je soupire longuement, réfléchis – l'alcool est vaporeux dans mon esprit. Je la fixe sans ciller, sans plus la voir au bout d'un moment. « Tu sais quoi... J'étais persuadé que t'as eu d'la chance – et t'en as peut-être eu, sûrement même. » Mais pas à ce point. Lorsqu'une femme a de la chance face à un homme, elle lui explose les couilles, pas le nez. Elle ne lui pète pas l'arcade, elle ne le met pas à terre. Souvent, je vois les choses comme j'aimerais les voir. Je modèle la réalité à mon bon désir, la tords jusqu'à ce qu'elle corresponde un tant soit peu à l'idée que je m'en faisais. Parfois, ça fonctionne – Maisy n'est qu'une passade, une énième dans mon lit, une femme de passage. Souvent, ça ne fonctionne pas – Une femme ne met pas un homme à terre par chance. Je souris, le sourire rendu carnassier par l'alcool.

« Et puis merde, tu sais quoi ? J'suis passé par là. On a tous nos secrets, hein ? J'm'en fous de ton histoire. Ne le refais plus, c'est tout. Mais, ses excuses à elle... » Je désigne une ombre derrière moi, la silhouette fantomatique et disparue de la prostituée. « Ça, c'était des excuses, des putain de regrets. » Une nouvelle cigarette se niche entre mes lèvres, destinée, celle-ci, à être fumée. Je tire lentement dessus, me satisfais du poison qui me parcourt. Et pousse une exclamation soudaine : je me décide à remettre mon col en place, largement plus défait que lorsqu'elle m'en a fait la réflexion tout à l'heure. Marmonne, la cigarette coincée entre les lèvres : « Mmh, t'es du genre maniaque, hein ? » Je grogne, abandonne un vêtement davantage soigné pour retirer la clope de mes lèvres et écarte les bras. « Mieux ? Bon... Y a quand même un sacré problème qui subsiste entre nous, hm... Charlie. J'te fais pas confiance, et c'est un frein à notre collaboration, hein ? »

There goes my reason
Where's all my hope
I'm just a puppet pulled by stings to make me cope

_________________
SPITTING OUT
THE DEMONS
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Des puzzles et des Hommes [Joseph]

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