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 (mikkeï) Lost and found, knocking heads, laying low

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rirat bien qui rirat le dernier

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↳ Opinion Politique : l'argent n'a pas d'allégeance, l'argent n'a pas de provenance ; il n'y a que l'argent qu'il reçoit, ceux qu'il tue et ceux qui veulent le tuer
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↳ Citation : « Difficile de trouver quoi que ce soit d'ordonné dans la mort. »
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MessageSujet: (mikkeï) Lost and found, knocking heads, laying low   Dim 2 Juil - 20:13

Lost and found, knocking heads, laying low

Andreï & Mikkel

« Allez, je plaisante pas. File-moi un nom, fais pas chier. » Et pour ne pas plaisanter, je suis loin, très loin, d’être en train de me pisser dessus de rire. Mon arme est pointée sur la tempe de ma cible, et pourtant : elle hésite encore. Je lève les yeux au ciel. Qu’est-ce qu’elle attend au juste ? « Tes potes vont pas venir, hein, ils font dodo dans la rue. Toi en revanche… » Ma main gauche se saisit de son col, le plaque contre le mur dans un choc sourd, sans qu’un instant, je ne cesse de réchauffer son front du canon d’un flingue qui a récemment servi. Le bégaiement que le gus m’offre en retour ne m’apprend rien – déjà il faudrait que je le décrypte et je ne suis pas du tout d’humeur à être patient et intelligent – mais en plus, il me donne une envie subite et particulièrement intense de le baffer. Pourtant, ma question n’est pas du genre compliquée aux dernières nouvelles : je lui demande juste un, et un seul, petit nom. Le nom d’un de ses potes, le nom d’un de ses supérieurs ; je veux juste un nom. Ca fait des mois, bien trop de mois même, que je me terre chez Anya, que je me suis cassé – contre mon gré – de chez Roman et malgré toutes mes ressources, aucun moyen de remonter la piste vers ceux qui veulent ma tête, et encore moins vers ceux qui veulent plus que ma tête. Pourtant, je ne sais même plus comment, j’en suis venu à la conclusion que c’est le seul moyen de refoutre un jour les pieds chez mon fils, de cesser d’être une persona non grata chez mon propre sang. Leur ramener la tête de ceux qui ont osé vouloir s’en prendre à eux au lieu de s’en prendre directement à moi. J’ai une quantité monumentale de mecs et de meufs qui veulent ma peau, ma tête, mes bijoux de famille et tout ce qui peut s’arracher de mon corps comme preuve de ma mort, et je n’en ai rien à faire. En revanche, que ces mecs et meufs s’en prennent à Roman, Mikkel, Colin ou Lizzie, là… ça, ça ne passe pas du tout. Mon point s’abat sur la pommette du trouduc qui persiste à fermer sa tronche. Une fois. Deux fois. La troisième fois, ma main plaque sa joue contre le mur et j’en profite pour puiser en lui sans la moindre hésitation, sentir sous ma peau ses veines qui se flétrissent. En l’espace de quelques secondes, un nouveau cadavre vient s’ajouter à la liste de ceux que j’aurais laissé derrière moi aujourd’hui. Histoire de garder un quota respectable pour un assassin sans maître, un animal sans laisse. Je donne un coup de pied dans le corps, je le déleste des trois trucs qu’il pouvait avoir sur lui, troque même ma veste contre la sienne – en bien meilleur état, ce serait quand même con que ça se perde, et me faufile hors de la ruelle, en lançant mon ombre en éclaireur.

Une dizaine de minutes, je gratte mes phalanges pour en ôter le sang et je me laisse tomber sous mon pont, en étalant devant moi mes trouvailles de la journée. La violence a quitté mes yeux et mes gestes, je redeviens avec aisance, et un certain soulagement, l’Andreï qui essaye de se reconstruire sans famille, sans ami, celui qui vient crécher sous son pont lorsqu’il sent qu’Anya n’a qu’une envie : l’égorger une bonne fois pour toute. Il est mignon, mon pont. Déjà, il y a quelques rats qui pullulent et qui me tiennent compagnie. Ensuite, je l’aménage à ma convenance depuis quelques semaines, lorsque je sens que non seulement, Anya a envie d’être tranquille chez elle, mais qu’en plus, elle n’a pas envie de me voir. Enfin, j’y suis donc il est forcément mignon, non ? Il est mignon mon pont, et assis en tailleur, je me demande à quoi je ressemble. A pas grand-chose, j’imagine. Un peu de sang, beaucoup de crasse, une barbe plus ou moins entretenue… Je me demande parfois où j’en suis. Rectification : je me demande souvent où j’en suis. Roman m’a chassé de chez lui ? Ok. Georg est à nouveau dans la partie, déterminé à me mettre la main dessus ? Ok. Anya m’a affirmé qu’elle m’aimait alors que tout ce que je ressens pour elle est une amitié vieille d’une éternité et malmenée, détruite, piétinée par ses choix et un quiproquo ? Ok. Mikkel, Colin, Lizzie sont de toute évidence ce que j’ai de plus précieux, en dehors de mon fils ? Ok. J’ai beau mettre des mots sur tout ça… il n’y a pas un de ces points que j’aie réellement assimilé, en fin de compte. Et même maintenant, même alors que tout s’est calmé, dans un sens, depuis trop de semaine, même maintenant… j’oscille entre des phases d’acceptation, lorsque je suis sous mon pont, des phases de colère franche et violente, lorsque je pars en chasse d’information, et des phases de contrôle et d’hypocrisie lorsque je me tiens devant une tierce personne. Comme rarement ; je suis un gus sociable, mais j’ai coupé les ponts lorsque je me suis réfugié dessous.

Mes doigts épluchent avec savoir faire les portefeuilles, mettent de côté ce qui peut me resservir, des emballages vides de nourriture à une photo de famille, balance dans la nature le reste. Un biscuit fini même dans un coin pour mes amis rongeurs. Et… je finis mon exposition par la seule chose qui ait vraiment de l’intérêt dans tout ce foutoir. Un biper. Pas le mien, naturellement, vu que je n’en ai pas vraiment – au risque d’étonner tout le monde, en tant que tueur à gages, me balader avec un machin électronique lié à la milice n’est pas vraiment dans mes priorités – mais celui d’un gus que j’ai éliminé. L’avantage, avec ce genre de machin, et le code que j’ai réussi à extirper après quelques côtes brisées et ongles arrachés, c’est qu’au moins, j’ai un atout dans ma manche si jamais j’ai besoin de faire débarquer la milice histoire de me sortir d’un mauvais pas. Je le balance dans un carton collé contre une des parois de ma planque, où se trouvent déjà d’autres gadgets que je mets de côté pour trouver comment les trafiquer par la suite. On verra quand je trouverai un mec capable de faire ça. En attendant, j’ai un regard pour le ciel qui n’a visiblement aucune envie de se voiler de sitôt et le soleil qui a encore fort à faire avant de se barrer, et je me cale sur les cartons et autres palettes de bois qui me servent de literie. Histoire de piquer un somme. C’est toujours plus sûr, à mes yeux, de dormir de jouer et de bouger la nuit. C’est toujours plus sûr, non seulement parce qu’en général, les prédateurs chassent de nuit – coucou c’est moi – mais aussi… aussi parce que c’est mon rythme. Et que j’ai envie de pioncer, merde.

Je me cale, un bras plié sous ma tête pour me servir d’oreiller. Ferme les yeux. Les rouvre immédiatement en entendant des pas venir dans ma direction. Le rat n’est plus là pour me véhiculer l’odeur de l’intrus, je me redresse, une main sur un poignard prêt à être lancé. Avant de distinguer plus nettement la silhouette du fillot. Bordel, ça fait combien de temps que je ne l’ai pas vu ? Un soupir, un sourire, je suis sur mes pattes, une main tenant toujours l’arme blanche, l’autre appuyée, coude replié, contre le mur. « Mikkel ! Tu viens faire le tour du propriétaire ? Désolé, j’ai totalement oublié de faire une crémaillère. » Depuis des semaines, j’oscille entre trois phases. Et face à une personne qui me connait, je me suis glissé sans réfléchir dans l’hypocrisie du sourire, du bavardage et du hey, what’s up ?, tout va bien pour moi. Aucune idée de si c’est une bonne idée. « Qu’est-ce que tu fous là ? » Coucou Mikkel, ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vu. Comment vas-tu ? Tu m'as manqué.

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MessageSujet: Re: (mikkeï) Lost and found, knocking heads, laying low   Mar 5 Sep - 11:26


« And I don't think that that's a selfish want, I really don't.»

Andreï & Mikkel
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Le vieux métro couvert de tags grinçait sur ses rails en traversant la ville cahin-caha. J'avais du bol d'avoir trouvé une place assise. Une grosse mégère face à moi et un espèce de vieux beauf poilu à ma gauche, je me perdais dans la lecture du journal pour passer le temps. Pourtant, il n'y avait rien de bien réjouissant à y lire, vu l'ambiance morose de l'actualité. Le front plissé, je parcourais rapidement les articles qui évoquaient les travaux de reconstruction de la prison, suite aux derniers attentats de la Résistance. On ne parlait pas d'évasions, on insistait surtout sur les nouvelles mesures de sécurité qui seraient mises en place et sur l'efficacité avec laquelle le gouvernement gérait la situation. Le visage blasé, je tournais les pages d'un air morne. Qu'est ce que j'en avais à foutre de ces pauvres taulards inconnus ? Bah rien. L'inutilité des actes des résistants m'agaçait prodigieusement. Pourtant, je continuais à lire, écrasé entre mes deux voisins, mes yeux voltigeant d'une ligne à l'autre. Dans d'autres articles, on narrait l'épopée des gars qui étaient partis en mission en dehors de la ville et qui en étaient revenus avec pas mal de ressources. On en parlait beaucoup dans le journal, de toutes ces denrées vitales que les courageux héros avaient ramené en ville, au péril de leur vie. N'empêche que le problème était toujours là : on crevait de faim. Et c'était pas le pire. Sans médicaments, le moindre rhume devenait dangereux. Lizzie était malade depuis trop longtemps, Roman s'épuisait à la soigner, il ne parvenait pas à venir totalement à bout de l'infection et ça finissait par le fatiguer énormément, comme si son énergie était aspirée...

Soudain, le métro freina brusquement. La bonne femme d'en face fut précipitée vers l'avant et, dans un cri d'effroi, me tomba littéralement dans les bras. Dans un grand bruit de déchirure et de papier froissé, mon journal n'y survécu pas.

« Outch. Y'a pas de mal, j'suis toujours vivant. Hum. Elle pourrait au moins s'excuser, la grosse.»
Merde, j'ai pensé ça tout haut ?
« N'en profitez pas pour me tripoter, espèce de pervers ! »
« Haha ! Mais genre ! Ah oui... non mais grave, j'adore les femmes c'pour ça. Ça m'a échappé. Désolé. »
Tais-toi Mikkel et souris-lui.

RIP mon journal. De toute manière, Lazlo m'avait expliqué que tous les journaux de la ville étaient soumis à la censure et que seuls les articles qui renvoyaient une image forte du gouvernement étaient tolérés. Il en savait un bout, Lazlo, sur la façon dont le monde tournait et du coup, grâce à lui, j'apprenais des tas de trucs. Et entre autres que les journaux n'étaient destinés qu'à endormir la méfiance du peuple par du bourrage de crâne, tout ce que je lisais n'était qu'un ramassis de conneries. Tout sauf la rubrique sur l'astrologie bien évidemment. De ce fait, ce fut la seule page que je décidai de sauver avant de quitter le wagon.

Sagittaire : il n'y a pas de raison de s'inquiéter aujourd'hui, l'élan vous accompagne, et votre envie de croquer la vie à pleine dent est bien réelle.

Lorsque j'émergeai hors du métro, retrouvant le ciel d'azur, j'avais retrouvé ma sérénité coutumière. Il faisait beau, pas de risque qu'un orage me tombe dessus. Je n'avais plus qu'à marcher pour rejoindre les berges du Mississipi et les longer jusqu'au vieux pont que j’apercevais déjà au loin. Il faisait encore sacrément chaud à cette heure et l'humidité de l'air me collait à la peau. Mes bottes s'enfoncèrent un peu dans la gadoue alors que je quittai le sentier pour descendre plus bas et observer le fleuve. L'endroit était bien calme, je n'entendais rien d'autre que le bruit de l'eau. Pourtant, si mes sources étaient fiables, c'était bel et bien sous ce vieux pont que créchait mon filou de grand-père. Des potes m'avaient dit qu'on l'avait vu zoner dans les parages et mon instinct me soufflait qu'il lui arrivait sûrement de dormir là, comme un vieux SDF abandonné. Le moment était venu de vérifier de mes propres yeux si la chose était véridique mais j’espérais quand même ne pas être venu pour rien.

Sagittaire : Argent. L'influence de Saturne dans votre Ciel représentera pour vous un véritable défi. En effet, vous devrez redoublez d'efficacité et même d'ingéniosité pour surmonter les difficultés et réussir à bien gérer vos finances. Néanmoins, évitez de solliciter des prêts importants.

Est-ce que papy pourrait filer un peu de blé à son pauvre petit fillot fauché ? J'avais encore pas mal de dettes à régler avec les mafieux mais je ne me tracassais pas vraiment pour ça. Si Andreï acceptait de me donner un coup de main pour me débarrasser des emmerdeurs, tout irait bien, non ? Et peut-être qu'on pourrait se faire du fric en se dégotant de nouveaux contrats. Moi le cerveau, lui les muscles, notre équipe avait toujours très bien fonctionné. Et ça rapportait plus d'argent que de bosser.

Sagittaire : Travail. Vous devriez vous montrer plus appliqué et plus méthodique dans votre travail, sinon aucune amélioration ne pourra être envisagée.

De toute façon, je ne voyais pas trop quelle amélioration je pouvais espérer au niveau de mon job de merde. J'étais toujours simple brancardier mais avec le nombre de morts qu'il fallait ramasser tous les jours dans les rues, je risquais pas le chômage, c'était déjà ça.

Sagittaire : Amour. Célibataire, vous vous sentez prêt à vous investir dans une grande histoire d'amour. Mais, détail non négligeable, vous êtes aussi très exigeant. Difficile dans ces conditions de trouver un partenaire à la hauteur de vos rêves et qui se plierait à tous vos caprices. Un peu de réalisme, s'il vous plaît !

Parfois, l'horoscope disait quand même n'importe quoi.

Je tapai mes bottes boueuses contre le petit trottoir de béton et plissai les yeux. Il me semblait apercevoir une ombre, dissimulée sur un tas de vieux cartons. Quand elle se redressa, je me rapprochai doucement, prêt à foutre le camp en cas de danger. On ne savait jamais... Une créature barbue au poil hirsute me faisait face, nonchalamment appuyée contre le mur, un rictus imprimé sur sa face. Je tressaillis quand il m'appela par mon prénom avant de secouer la tête. « Une crémaillère ? Euh, ouais ça aurait pu être... sympa ? » Dans une moue perplexe, je m'avançai jusqu'à me poser enfin face à lui et examiner sa dégaine de clodo. Je me sentais tendu, sans doute à cause de ce sourire crispé que je m'efforçai d'afficher, en réponse au sien. « Bordel, pendant un moment, j'ai cru que t'étais un zombie, tu m'as foutu la frousse... Mais c'est bien toi, mon vieux papy.» A ces mots, je me détendis pour de bon, soulagé de le voir en un seul morceau devant moi, même si plusieurs couches de crasse le recouvraient. « Qu'est ce que je fous là ? Ben, j'passais par là et j'me suis dit tiens, j'ai encore jamais visité de pont. Enfin, de dessous de pont. Donc... c'était un peu l'occasion, tu vois. Hum. » Je lançai un regard circulaire autour de nous pour apercevoir les traces qui prouvaient que mon grand père dormait bel et bien ici depuis un bon moment. Un peu effaré par l'aspect sinistre de l'endroit, mes yeux se posèrent sur le couteau qu'il tenait à la main. « T'as cru toi aussi que j'étais un zombie ? J'ai un peu maigri avec ce foutu rationnement, mais quand même. » Si j'essayais de garder un ton léger comme à mon habitude, le ton de ma voix était un peu trop faible pour être crédible. J'avais faim. J'avais tout le temps faim.

Dans un geste chaleureux, je posai ma main contre son épaule, retrouvant aussitôt le russe pour m'adresser à lui, comme je le faisais presque toujours. « C'est bon, tu peux lâcher ton arme, camarade, détend toi un peu. J'suis content d'avoir eu du flair pour te dénicher dans ton coin de paradis. J'me doute que tu te plais ici, j'avoue que le coin est... charmant. Mais c'est fini les vacances, il est temps de revenir là, tu crois pas ? Y'a des tas de trucs qui se sont passé depuis que tu t'es tiré de l'appart, tu sais.» J'ignorais la raison exacte qui avait poussé Roman à foutre Andreï dehors. Même s'ils se disputaient souvent, ça n'avait jamais été aussi loin et je ne savais pas dans quel état d'esprit était mon grand père à présent. On aurait dit qu'il m'évitait ces derniers temps. Est-ce que je me faisais des idées ? Ou bien... est-ce qu'il avait décidé de faire cavalier seul désormais ? « Et j'te parle pas des vendredi raviolis. »

Sagittaire : Famille/foyer. Vous aurez un optimisme du tonnerre. Cela exercera notamment une influence bénéfique sur votre petit monde. Vous ranimerez le moral défaillant de certains de vos proches.


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MessageSujet: Re: (mikkeï) Lost and found, knocking heads, laying low   Jeu 14 Sep - 23:26

Lost and found, knocking heads, laying low

Andreï & Mikkel

Un intrus. Le rat, son fantôme, celui que je maintiens en vie par la force de ma volonté - ou de ma folie mais dans mon cas, ça revient sacrément au même - m’avertit qu’un intrus approche. Je l’entends venir, je le vois venir. Je le reconnais. Instantanément. Tout comme je suis capable de reconnaître Roman au milieu d’une foule, je le reconnais, Mikkel. On est semblable, on se ressemble, on a une infinité de points communs malgré tout le reste, malgré tout le reste de nos différences. Je reconnais mon sang, je reconnais ma descendance, je reconnais mon héritage avec fierté et agacement. Je le reconnais, Mikkel, malgré mon poing serré autour de mon poignard, dans un réflexe de défense tatoué sur mon âme par le temps. Qu’est-ce qu’il vient foutre par ici ? Je n’ai pas envie d’y réfléchir. Prendre des nouvelles, m’engueuler, prendre l’air loin de son père, me réclamer du fric, me proposer un contrat, j’ai l’impression qu’il y a un peu trop de possibilités, toutes plus valables les unes que les autres. Mais je suis incapable de me décider pour l’une d’entre elle. Nonchalant, je m’adosse au mur, seigneur des lieux, un sourire factice aux lèvres, je me glisse dans la peau de l’Andreï que rien ne déride, surtout pas dans ce cas de figure. Un peu plus tôt je frappais et je tuais, maintenant, j'accueille mon petit-fils avec un grand-sourire et une légèreté à mettre sur le compte de ma folie. Depuis combien de temps est-ce qu’on ne s’est pas vu ? J’ai perdu le compte des jours et des nuits, j’ai perdu la notion du temps : je n’en sais foutrement rien. Tout ce que je sais, c’est qu’à le voir, je me rends compte de ma propre crasse, de mon apparence hirsute, de la différence entre lui et moi, et dans cette différence, de ce sang, toujours ce sang, qui coule dans nos veines à tous les deux. Etrange concept que la paternité, étrange concept d’être à l’origine d’une lignée, étrange concept que d’être lié à des gus, même lorsqu’on ne les voit pas, qu’on ne les voit plus, même lorsqu’on ne veut plus d’eux ou qu’ils ne veulent plus de nous.

« Une crémaillère ? Euh, ouais ça aurait pu être... sympa ? » Il avance, je me décolle et lui présente d’un mouvement de bras mon si-joli-pont. Sa perplexité, le regard qu’il pose sur moi me renvoie ma propre image. Celle d’un clodo. d’un mec sans rien. D’un assassin sans fric, et d’un andreï, tout simplement, qui s’est toujours contenté de peu voire de rien. Son sourire crispé est tendu, son attitude n’a rien, strictement rien, de celle qu’il pouvait avoir face à moi avant que tout dérape. « Bordel, pendant un moment, j'ai cru que t'étais un zombie, tu m'as foutu la frousse... Mais c'est bien toi, mon vieux papy.» J’ai un sourire à mon tour, et un éclat de rire forcé. « Et ouais ! On ne l’enterre pas si facilement que ça, le vieux ! » Pas facilement que ça voire pas du tout, d’ailleurs. Je note ses muscles qui se détendent, mes doigts desserrent leur prise sur le poignard, j’ai l’impression que lentement, très lentement, se dégèle un mur de glace posé entre nous deux. De tous les Ievseï en vie – et il y en a tout de même un paquet, mine de rien – c’est de Mikkel dont je suis le plus proche, c’est celui que je comprends le mieux, c’est celui qui me ressemble le plus. C’est presque, d’ailleurs, celui qui risque le plus. Peut-être aussi celui qui m’a le plus manqué. Qu’est-ce qu’il fout là ? Ma question ne fait pas justice à mes pensées. Mais… « Qu'est-ce que je fous là ? Ben, j'passais par là et j'me suis dit tiens, j'ai encore jamais visité de pont. Enfin, de dessous de pont. Donc... c'était un peu l'occasion, tu vois. Hum. » Je lève les yeux au ciel, fais tourner ma lame entre mes doigts en le laissant observer mon environnement. « Du coup, tu commences tes visites par du haut de gamme, hein. » Je ne peux pas m’empêcher de faire un commentaire, presque mal à l’aise, presque sur la défensive. Ça ne me gêne honnêtement pas de vivre sous un pont, j’ai un passif de rat, j’ai une vie de rat derrière moi, j’ai une enfance de rat : mon foyer a finalement très longtemps été l’endroit où je posais mon derche pour une durée indéterminée. Et guère plus. Alors ouais, j’ai pas particulièrement honte de crécher dehors. Mais je me surprends à avoir honte du regard qu’il pose sur mes cartes, sur la couverture rapiécée, sur la crasse et les déchets et sur tout le reste. Mon couteau virevolte entre mes doigts, son regard revient dessus, le mouvement s’interrompt le temps d’une respiration avant de repartir. « T'as cru toi aussi que j'étais un zombie ? J'ai un peu maigri avec ce foutu rationnement, mais quand même. » J’hausse les épaules. « J’suis toujours méfiant quand j’vois des têtes de con, t’sais. » Je lui fais un clin d’œil, qu’il ne le prenne pas mal. C’est la manière qu’à son grand-père, son trop jeune grand-père, de répondre quand il n’a pas envie de répondre, de transmettre son affection lorsqu’il ne sait pas comment s’y prendre autrement.

Et, et puis merde. J’ai pas fait des études de socio ou de psycho, moi. Encore moins toutes ces matières pour enfumer le clampin et réinventer le monde. Je sais pas parler correctement, je sais pas faire de grandes phrases, je sais pas faire de discours, je sais juste maladroitement utiliser les trois mots de mon vocabulaire pour dire ce que j’veux. Et retenir ce qu’on me dit. Rationnement. Je ne suis pas touché, mais je vois que ça l’creuse. Ça creuse son visage, ça creuse ses fossettes, ça creuse le fossé qui nous sépare, lui et moi. Et ça me fait mal de me rendre compte, une fois encore, que je ne peux pas lui transmettre mon énergie, juste la lui voler. Y’a toujours la possibilité de le balancer au milieu de zombies et de voir ce qui en ressort, mais je doute pouvoir me réconcilier avec Roman, je doute pouvoir maintenir un lien avec ceux de mon sang. Je doute qu’ils acceptent et qu’ils comprennent. J’hausse les épaules, sa main se pose sur moi, je lui offre un sourire.

Un sourire qui s’élargit devant le russe. « C'est bon, tu peux lâcher ton arme, camarade, détend toi un peu. J'suis content d'avoir eu du flair pour te dénicher dans ton coin de paradis. J'me doute que tu te plais ici, j'avoue que le coin est... charmant. Mais c'est fini les vacances, il est temps de revenir là, tu crois pas ? » Mon sourire s’est accentué, mon sourire s’est affirmé, mon sourire a disparu. Brutalement. Les vacances sont finies, j’ai l’impression d’entendre la voix de Georg. Les vacances sont finies, reviens tuer pour ton pays, abandonne ta maison, ton fils, ta femme, reviens et redeviens mon objet, mon outil, mon jouet. Mon visage se ferme. Mes épaules effectuent un mouvement pour se dégager. Pour me reculer, pour effectuer quelques pas, jeter mon couteau en direction d’un carton dans lequel il se plante. *tchoc* « Y'a des tas de trucs qui se sont passé depuis que tu t'es tiré de l'appart, tu sais. Et j'te parle pas des vendredi raviolis. »[/i] Je me tourne dans sa direction. Pour le fixer. Silencieux dans un premier temps. Songeur. Tentant d’esquisser un sourire pour répondre aux raviolis – putain que j’aimerais en rebouffer un jour, tiens, avec masse d’emmental gratiné et…

Je soupire. Me penche pour fouiller dans un carton, dégotter un paquet de fruits secs et une bouteille de jus de fruits – je fais dans le sain, et ouais – et les lui balancer l’un après l’autre pour être sûr qu’il attrape. « Tiens, bouffe. Assieds-toi, fais comme chez toi. » Je désigne une couverture pliée sur une palette, me laisse tomber en face, sur… bah sur le sol. Ramène mes jambes contre ma poitrine. Fixe mon fillot dans les yeux. « Il s’est passé des tas d’trucs de mon côté aussi. Raconte. » Je ne sais pas par où commencer, alors je n’essaye même pas d’organiser mes questions. Je les lui pose, sans aucune organisation, juste en suivant mon instinct, en suivant mes pensées et leur bordel monstre. « Comment ça va, toi ? Là-bas ? Eux… » Eux. Les autres Ievseï. « Ton père veut plus me voir, j’ai décidé d’arrêter les frais et de mettre les voiles. Mais j’ai d’la bouffe pour vous, tu prendras dans l’tas si tu veux. Sans dire à Roman que c’est de moi, hein. » Je fronce les sourcils. Qu’est ce que je raconte déjà ? « J’compte pas r’venir tant que Roman l’aura pas voulu. J’ai sacrément foutu la merde dans vos vies, et ça risque clairement pas d’s’arrêter. » Parler de Georg, parler d’Anya ? Ne pas parler d’Anya. Ne pas parler de Georg. « Mais je peux toujours t’aider. » Je délie mes jambes, me penche en arrière, m’adosse au mur, prends mes aises. « J’t’avais promis d’apprendre à d’battre. Ca peut toujours se faire. Et si t’as des contrats et besoin d’fric, ça peut se faire aussi. »

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MessageSujet: Re: (mikkeï) Lost and found, knocking heads, laying low   Ven 13 Oct - 21:12


« And I don't think that that's a selfish want, I really don't.»

Andreï & Mikkel
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Il était coriace mon vieil ancêtre, ce rat increvable, ce dur à cuire au sourire cynique. Avec lui, tout semblait toujours aller comme sur des roulettes, il ne se tracassait de rien, encore moins des convenances et, pour moi, ça avait toujours eu quelque chose de rassurant. Si la crasse dans laquelle il croupissait ne le dérangeait pas, alors c'était bonnard. M'enfin, après avoir touché son épaule, je m'essuyais quand même la main sur mes fringues, avec un d’égout ostensiblement moqueur. Deux générations nous séparaient et pourtant, il ressemblait à un mec de mon âge. En fait, il aurait pu facilement passer pour mon frangin, une réplique de moi-même en blond. Ce miracle de jeunesse rendait sans doute notre relation si spéciale encore plus particulière. Une relation de fraternité mêlée de camaraderie barbare. C'est qu'il ne s'embarrassait pas de délicatesse, mon dur à cuire de grand-père. La plupart des gens profitaient de leur papy gâteau ou gâteux mais moi j'avais droit à Andreï-la-brute et son humour si légendaire. Tête de con hein. « Hé ouais, on m'a toujours dit que j'te ressemblais trop ! » Et sans doute que je lui ressemblais aussi dans mon sans-gêne et cette désinvolture qui me collait à la peau. Si sa rudesse ne me choquait que peu, je ne me gênais pas pour lui renvoyer l’ascenseur. Mais ça ne m'empêchait pas d'être toujours un petit-fils très chaleureux et mon sourire était sincère. « Mais ouais, moi aussi j'suis heureux de te revoir, mon papy préféré.» Quoiqu'il en dise, je savais qu'il l'était.

Retrouver le russe avec lui me faisait un bien fou. Les autres Ievseï ne l'utilisaient pas spontanément, il fallait toujours que j'insiste et, la plupart du temps, j'étais obligé de me parler à moi-même pour utiliser notre si belle langue. Si mon grand père semblait ravi dans un premier temps, son sourire disparut assez vite, à croire que j'avais mis le doigt sur le sujet qui fâche. Le retour au bercail lui paraissait si impossible que ça ? A le voir tirer la gueule, j'esquissai une légère moue tout en le regardant balancer son couteau avec une précision diabolique. J’espérais qu'il ne pensait à personne en visant ce vieux carton et que son geste ne traduisait pas un trop plein de rancune envers Roman. Ou même envers la famille Ievseï dans son entièreté. Son silence ne présageait rien de bon et j'enfonçai mes mains dans mes poches songeusement en l'observant fouiner dans son tas de crasses. J'eus juste le temps de redresser mes pognes pour attraper ce qu'il me balançait, mes yeux brillants de surprise et de plaisir. De la bouffe putain ! « T'as une âme de papy gâteau quand même ! J'l'ai toujours dit. » En plus, il me proposait une place de choix dans son luxueux salon, comme un grand-père attentionné, digne de ce nom. J'y posai mes fesses avec grâce, sans me faire répéter l'invitation, j'étais partout chez moi de toute façon. J'ouvris aussitôt le paquet de fruits secs pour y plonger la main et m'enfourner une bonne poignée que je mastiquais consciencieusement.

Installé devant moi, Andy me fixait d'un air trop grave et je hochai la tête, la bouche pleine. « J'irais mieux si t'avais un bon gros steak à me donner, m'enfin ça va. »  Ouvrant la bouteille, j'éclusais une lampée de jus trop tiède. Évidemment, Andreï n'avait pas de frigidaire sous son pont, dommage. « A part les emmerdes avec la mafia, comme d'hab... surtout ceux de la Niflheim. J'sais pas trop ce qu'ils me veulent en ce moment.» Je grimaçais. J'avais appris qu'Isak me cherchait et j’espérais qu'il n'était pas au courant de ma complicité dans les meurtres de ses hommes, au Bones. Je repris encore quelques fruits secs que je grignotais songeusement en répondant aux questions d'Andy. « A la maison, c'est pas la joie, Lizzie est malade et on a rien à béqueter. Roman la soigne mais il s'épuise et le manque de nourriture n'aide pas. » Je soupirai, fronçant les sourcils en le regardant plus sérieusement. « T'as plus parlé à Roman depuis votre dispute ? Écoute, j'sais pas ce qui s'est passé entre vous mais c'est pas la première fois que vous vous frittez. C'était... si grave que ça ? » Dans un haussement d'épaules je manipulai la bouteille de jus entre mes mains, avant de me résoudre à boire une autre gorgée. Le jus de fruit chaud, c'était vraiment dégueulasse mais... « P'tain, ce serait cool si t'avais de la bouffe pour nous. C'est pas comme si t'en avais besoin toi en plus, hein ? » Plissant les yeux dans un sourire insolent, je l'observais en réfléchissant à ses paroles. Je pouvais bien-sûr cacher à Roman l'origine de ces victuailles inespérées mais c'était quand même sacrément con. Est-ce que ça n'aiderait pas à ce qu'ils se réconcilient, justement, si Andreï montrait de la bonne volonté ? Pourtant, je renonçai à insister, je ne savais que trop à quel point ils pouvaient être obstinés, l'un comme l'autre. Il fallait peut-être laisser passer un peu de temps. Je mis quelques instants avant d'aborder la suite, me mordillant les lèvres. « Et puis, je l'ai pas encore dit à Roman mais j'ai retrouvé sa femme. Ma... ma belle-mère. Tu l'as pas connue, elle avait disparu quand t'es venu habiter avec nous. Mais voilà, elle est vivante et... c'est encore une histoire compliquée des Ievseï quoi. »

Autour de nous, tout était tranquille, on n'entendait que le clapotis des eaux du fleuve qui coulait auprès de nous. Pendant que je réfléchissais, le bruit de l'eau fut la seul chose qui meubla le silence. Je me souvenais bien de cette conversation qu'on avait eue, quelques temps plus tôt. Andreï m'avait bel et bien promis de m'apprendre à me battre et à utiliser des armes pour me défendre. Et pour défendre aussi notre famille. Je n'avais jamais été trop enclin à me bagarrer, du moins pas froidement. Pourtant, mon grand-père avait fini par me convaincre au vu du danger de notre situation. Les ennemis ne manquaient pas. Je me frottais la bouche avant de hocher la tête. « J'ai peut-être un contrat pour toi, ouais. Au Bones, ils se font harceler par les gars de la Niflheim et je sais qu'ils ont besoin d'aide, donc faut voir. Et sinon... j'ai toujours besoin de fric mais surtout de médicaments. Il en faut pour Lizzie, elle a besoin d'antibiotiques cette môme. »Je regardais Andreï, comme s'il allait me donner toutes les réponses à mes problèmes. Il m'avait dit qu'il s'était passé des tas de choses dans sa vie, à lui aussi. Je l'interrogeais du regard. « T'en es où toi ? Enfin ouais, t'es sous un pont mais genre... à part ça, ça va ? » Genre, à part le fait que tu sois devenu un clochard hirsute et crasseux, chassé par sa famille et esseulé. Hum. Tu peux mieux faire, Mikkel...


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MessageSujet: Re: (mikkeï) Lost and found, knocking heads, laying low   Dim 29 Oct - 22:59

Lost and found, knocking heads, laying low

Andreï & Mikkel

On pourra dire ce qu’on voudra, je pense pas être des masses un mec chiant niveau bouffe, confort, logement, tout ça. Un pont, ça m’suffit pour crécher, un mec ou une gonzesse, ça m’suffit pour manger, et trois cartons, ça m’suffit pour dormir. On pourra dire ce qu’on voudra, y’a quand même plus difficile que moi. Là où ça se complique, en général, c’est quand on me demande de me comporter comme un humain lambda ou comme un mec avec un petit peu de savoir-vivre ou des conneries dans le genre. Je sais plus trop faire, j’ai pas envie de faire et puis merde, les codes de politesse et tout ça, a m’a toujours paru incroyablement long à retenir, avec des détails et des pièges : péter un coup et faire ce qu’on veut, c’est quand même un peu plus malin. Mais visiblement, c’est pas ce qu’on attend de moi. C’est pas ce que Roman attendait de moi. C’est pas ce que les gens attendent de moi et c’est pour ça qu’inévitablement, ils finissent par m’en vouloir. Bande de cons. Une chance, en fait, que Mikky ne fasse pas partie des susceptibles même s’il semble avoir quelque chose à redire quant à mon hygiène de vie. J’ai l’eau courante, sous mon pont, mais elle s’appelle mississipi river, c’pas ma faute si elle pue la vase, tout d’même ! Une chance, donc parce qu’au moins… il est là. Et je me rends compte, même si je ne prends pas la peine de lui dire, qu’il m’a manqué. Que ma famille me manque. Que le russe me manque. Ce russe qu’il persiste à utiliser avec moi, comme une façon de nous reconnaître et de nous accepter l’un et l’autre. Une chance, donc, que Mikkel me comprenne même lorsque je raconte de la merde, juste parce que c’est toujours plus drôle à dire que des choses sensées. « Hé ouais, on m'a toujours dit que j'te ressemblais trop ! » J’ai le rire d’un rat qui naît dans la gorge. « J’imagine, tiens, j’espère que tu prends ça comme un compliment ! » Un rire ou un ricanement, la distinction n’est pas aisée. « Mais ouais, moi aussi j'suis heureux de te revoir, mon papy préféré.» J’hausse les épaules, esquisse un rictus qui fera office de sourire, avant qu’il ne commence à me raconter sa vie. La vie des Ievseï, sans le papi assassin. Sans le monstre de foire qu’ils se traînent. Ah, ça oui, ils auraient sûrement préféré avoir un grand-père grabataire. Roman, surtout. Mais non, à la place, ils ont droit à moi. A moi et à la lame qui voltige entre mes doigts, qui se plante dans un carton. A moi qui fouille des tas de crasses, qui extirpe de quoi bouffer et qui balance le tout à Mikkel, histoire de. Histoire de quoi ?

« T'as une âme de papy gâteau quand même ! J'l'ai toujours dit. » Je lève les yeux au ciel en me laissant tomber sur le sol, ramenant mes jambes contre ma poitrine pour lier mes mains autour de mes genoux et les maintenir au repos. Il s’en est passé des choses, côté Ievseï junior, il s’en est passé des choses côté Ievseï senior aussi. Des sales trucs, ouais. Mais… mais ce n’est pas l’important. Mes yeux se posent sur lui, le détaillent, quand mes pensées peinent à s’organiser. Comme mes questions, que je lui bave dans le même chaos que celui qui habite mes yeux. « J'irais mieux si t'avais un bon gros steak à me donner, m'enfin ça va. » J’hausse les épaules ; s’il veut un steak, je dois pouvoir lui trouver de gros rats qui rôdent dans les parages, mais pas sûr qu’il apprécie l’attention. « A part les emmerdes avec la mafia, comme d'hab... surtout ceux de la Niflheim. J'sais pas trop ce qu'ils me veulent en ce moment. A la maison, c'est pas la joie, Lizzie est malade et on a rien à béqueter. Roman la soigne mais il s'épuise et le manque de nourriture n'aide pas. » Un nouveau rictus déforme mon visage, mais lui, on ne peut pas l’appeler sourire. Vaguement agacement. Colère. Agressivité. Je ne sais pas trop ce qui le suscite, la mention d’une maladie côté Lizzie ou juste le prénom de mon fils. Mais… « T'as plus parlé à Roman depuis votre dispute ? Écoute, j'sais pas ce qui s'est passé entre vous mais c'est pas la première fois que vous vous frittez. C'était... si grave que ça ? P'tain, ce serait cool si t'avais de la bouffe pour nous. C'est pas comme si t'en avais besoin toi en plus, hein ? » Son sourire insolent déride à peine ma tronche. Parler de Georg, parler d’Anya ? Non. Parler de Roman et de notre dispute ? Non. Je me penche en arrière, vers le carton dans lequel j’ai fouillé un peu plus tôt, pour le tirer vers moi. Des bruits de bouteilles de verre qui sont déséquilibrées, qui roulent et qui s’entrechoquent. Celui d’un animal qui s’enfuit en couinant. Et le carton arrive vers nous, prêt à glisser en direction de Mikkel. « J’ai pas besoin de cette bouffe, ouais. Apparemment vous, si. Si je trouve des médocs, je te les récupèrerai aussi, du coup. Pour la môme. » C’est marrant comme les mots ont un pouvoir : trouver. Miraculeusement, on a l’impression que je tombe dessus par hasard, en remerciant la Providence et en sacrifiant une prière à Sainte Rita et toutes les causes désespérées. Trouver, c’est toujours plus moral que récupérer sur le corps de ceux que je viens de bouffer, ça, c’est certain. La môme, c’est l’effet inverse. Je me détache de Lizzie, juste pour ne pas trop m’impliquer. De toute manière, les Ievseï se débrouillent sans moi. Ou pas. Mais… J’hausse les épaules. Je veux bien leur filer de la bouffe, mais je refuse que Roman soit au courant. Pourquoi ? Parce que Roman, bordel. Ca se passe d’explication. Visiblement, il aime pas mes méthodes, donc bon. Et… « Et puis, je l'ai pas encore dit à Roman mais j'ai retrouvé sa femme. Ma... ma belle-mère. Tu l'as pas connue, elle avait disparu quand t'es venu habiter avec nous. Mais voilà, elle est vivante et... c'est encore une histoire compliquée des Ievseï quoi. » « Sa femme ? » Sa belle-mère. Mes pensées me mènent inévitablement vers Lau. « Et bah bordel de merde. C’est plutôt cool. ». Disparue quand j’suis arrivé, réapparue quand je me suis cassé, si ça c’est pas une putain de coïncidence, ça me donnerait presque l’impression d’être encore plus un fouteur de merde, tiens. Je soupire, sur cette remarque spirituelle au plus haut point – Sainte Rita, priez vraiment pour nous, tiens – et laisse mon regard dériver. Comme mon attention. Comme mes pensées. Et mes mots. C’est pas que je peux toujours aider, parce que j’ai jamais cessé de pouvoir aider, mais ce que je veux dire, quand je reprends, c’est que je veux aider. Marrant pour un orphelin jeté par sa mère que la famille soit aussi importante, mais c’est bien simple, en dehors d’Anya, c’est tout ce que j’ai. Et c’est tout ce qui ne veut pas de moi, lalalalala.

Donc ouais, je veux aider. Contrat, entraînement. Je peux former Mikky pour qu’il protège les mômes, vu que Roman refuse de reconnaître qu’il a les couilles pour tuer si nécessaire. « J'ai peut-être un contrat pour toi, ouais. Au Bones, ils se font harceler par les gars de la Niflheim et je sais qu'ils ont besoin d'aide, donc faut voir. Et sinon... j'ai toujours besoin de fric mais surtout de médicaments. Il en faut pour Lizzie, elle a besoin d'antibiotiques cette môme. » Antibiotiques, je note. Sans trop savoir dans quel coin j’vais devoir aller pour ça. « Ca paie bien ? Si ça paie bien, y’a pas de souci. » Visiblement, castagner c’est la seule chose dans laquelle je me démerde, si on oublie le tricot. Je délie mes jambes, m’appuie en arrière après avoir récupérer mon couteau. Besoin de m’occuper les mains.

« T'en es où toi ? Enfin ouais, t'es sous un pont mais genre... à part ça, ça va ? » Je fixe Mikkel, à la recherche de sous-entendu ou juste de sincérité. Il se soucie de moi ? Visiblement. Et ? Et. « Quand on s’est fritté avec ton père, c’était juste après,… tu sais quoi. On s’est pas vraiment fritté tout de suite, enfin, un peu, il a voulu savoir ce qui en retournait, tout ce merdier, tu me connais, je lui ai expliqué posément la merde. Et y’a des gus qui nous sont tombés dessus. J’ai flippé, j’ai merdé aussi, ton vieux est intervenu. Il a buté quelqu’un. » Le pouvoir des mots. ton vieux. Ton père. Roman est-il vraiment mon fils ou encore une fois, j’ai besoin de foutre le plus de distance entre lui et moi ? « Visiblement, il l’a pas bien vécu. Et j’ai peut-être pas fait preuve d’un tact de folie non plus. » J’ai quitté le russe pour ces derniers mots, sans trop savoir pourquoi. Besoin d’une rupture. Je fouille à nouveau dans mes merdes avant de reprendre, histoire de dénicher une bouteille pas encore vide. Que je manque de vider d’une rasade. « J’suis un monstre, Mikkel. » Tu es un monstre, Andreï. « Roman veut plus rien avoir à faire avec moi , il aurait préféré que son père reste un conte pour enfants. Donc pour répondre à ta question, non, j’lui ai pas reparlé. Et j’compte pas lui reparler de sitôt. C’est plus mon môme, de toute façon. » C’est à peine mon fils. « Fin bref. » J’avale une nouvelle gorgée, avant de me rendre compte que Mikkel va peut-être préférer ça au jus de fruits, tiens, et de la lui tendre. « Sinon, je fais le mort, ça a l’air de fonctionner pour quelques gus que j’ai énervés. Et… » Et. « Je vis pas toujours ici. J’ai trouvé un squat. Chez… » Chez Anya. « Une amie » Le russe revient de lui-même, avec l’étranglement et l’implicite qu’il porte. Anya est pas qu’une amie. C’est aussi une ennemie. Une adversaire. Une ancienne amante. Une sœur. Une partenaire. Quelque chose de plus… « Je viens ici quand je lui porte sur les nerfs. » J’ai un rictus. Un sourire. Un ricanement. « Ce qui est assez fréquent, faut être honnête. » Bref. « T’as à te faire de souci pour moi, fillot, j’ai la peau dure, j’ai été solo depuis le jour où on m’a fait croire que Lara et Roman étaient morts, donc… » Donc ça n’a rien à voir. Presque rien. « Comment va Colin ? Vous avez des flingues, au fait ? Roman s’est décidé à vous armer ? »

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MessageSujet: Re: (mikkeï) Lost and found, knocking heads, laying low   Dim 5 Nov - 16:54


« And I don't think that that's a selfish want, I really don't.»

Andreï & Mikkel
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Quand Andreï se marrait comme un vieux rat, le nez froncé et les yeux luisants dans la pénombre, une aura lugubre lui collait au front. Sûr qu'il était cute mon blondin de grand-père et, en dehors de la couleur de son poil, j'appréciais assez notre ressemblance. Pas uniquement pour le coté beau gosse de notre personne mais aussi pour cet aspect plus sombre et venimeux qui se cachait au fond de nos rétines. Pour ce vice qui infectait notre sang. Ce cynisme, cette absence de scrupule à frayer avec la lie de la société, à suivre des voies malhonnêtes ou crapuleuses pour obtenir ce que nous voulions. C'est aussi ce qui nous rassemblait, lui et moi. Avec la capacité de tourner en dérision toutes les horreurs qui parsemaient nos vies. Pourtant, j'étais capable d'enrober ma saloperie d'un joli ruban argenté pour la rendre plus présentable alors qu'Andreï en était tout bonnement incapable. Il ne faisait pas dans la finesse ni dans la dentelle et c'était peut-être ce coté plus massif et brute de décoffrage qui le distinguait de moi.

C'était à tout cela que je pensais à l'écoutant me répondre. Il ne me détaillait pas ses pensées, c'était tout juste si ses expressions passaient sur son visage, fugacement, simples témoignages silencieux des émotions qui traversaient son crâne. Andreï ne m'offrirait aucun commentaire, il ne me montrerait pas qu'il s’inquiétait pour ma frangine, il ne me dirait pas s'il regrettait sa discorde avec Roman. Il se contentait d'empoigner son carton sous mon regard sceptique, provoquant la fuite d'un espèce de gros ragondin moustachu qui bondit dans un couinement. « Wow merde ! » J'eus un recul de surprise en voyant la bestiole s'échapper pour plonger dans le fleuve dans un bruit mouillé. « Charmant tes colloc, dis moi... » Ce fut avec méfiance que je jetai un regard lointain vers la caisse qu'il me présentait, qui savait ce qui s'y cachait encore ? De la bouffe à l'en croire et je laissai échapper un soupir en hochant la tête, sans pour autant oser y mettre la main dans l'immédiat.

L'épisode des retrouvailles avec Laura était un sujet fortement chargé en émotions pour moi et je me mordillai les lèvres en baissant les yeux. Les commentaires de papy à cette nouvelle si importante furent tout aussi sobrement bourrus que pour le reste. Non pas que ça m'étonnait, je lui aurais annoncé que je venais tout juste de me marier avec la reine d'Angleterre dont j'étais fou amoureux qu'il n'aurait sans doute pas réagi autrement. « Hé bah bordel de merde ouais, c'est cool. Tu l'as dit. » Je haussai les sourcils sans plus rien ajouter, prêt à poursuivre la suite du rapport. Avec Andreï c'était un peu comme à l'armée, on se racontait les faits importants et puis on passait à la suite, sans s'attendrir, sans se réconforter, sans s'émouvoir. Les faits bordel. Après, on voyait ce qu'on pouvait en tirer.

Le fric. Pour ça, ses oreilles de rat se dressaient assez pour consentir à poser une question. Il voulait savoir si un job de garde du corps paierait bien ? Un job ponctuel s'entend, Andreï était un mercenaire, comme moi. On n'allait pas s'attacher à une faction en particulier, rien à foutre des raisons qui opposaient les mafias entre elles, nous on se contentait de bosser et d'encaisser. Enfin il bossait et puis j'encaissais. Et je dépensais surtout. « Hmmm. Ouais, ça pourrait rapporter un beau paquet de dollars. Tu penses, avec tout le fric qu'ils se font au Bones, avec les paris puis les combats. Et puis la dirigeante m'a à la bonne, j'lui ai rendu un p'tit service gratos y'a quelques temps. T'as qu'à aller voir cette chère Moïra de ma part. Une jolie rousse, j'suis sûr qu'elle te plairait. » Sur un clin d’œil, je croisai les jambes pour m'asseoir en tailleur sur la couverture. Mes yeux suivaient les mouvements du couteau que manipulait Andy.

Quand nos regards se croisèrent à nouveau, le sien me paru un peu trop scrutateur et je plissai les yeux, secouant la tête. Bah quoi, je venais seulement de lui demander comment il allait. C'était si déplacé comme question ? Pour un peu, il me ficherait presque la frousse à me fixer de cette façon, avec sa méfiance farouche d'homme sauvage. Sous sa crasse et ses poils hirsutes, j'avais pourtant l'impression de percevoir une fissure dans son regard bleu. C'était peut-être moi qui essayais de voir des choses qui n'existaient pas, Andreï n'avait jamais été un gars très sensible...

Juste après "tu sais quoi."  Mes poils se hérissèrent un peu tandis que je me pinçais les lèvres. Je savais quoi ? Non je ne savais pas... Ou plutôt j'avais pas envie de le savoir. Merde. Est-ce que la dispute entre mon père et Andreï avait été déclenchée par ma faute ? A cause de cette fameuse bagarre, ce soir là, dans les quartiers mal famés où j'avais entraîné le frangin. Roman n'avait pu que voir le visage effaré de Colin, quand il était revenu à la maison, sous le choc de notre agression. Mon frère avait dû prévenir notre grand-père pour qu'il m'évite de me faire complètement ratatiner par nos ennemis. Je m'étais fait salement amocher et, même si mes capacités surnaturelles m'avaient permis de guérir plus vite que la moyenne des humains, je n'avais tout de même pas pu cacher mes blessures à mon père. Pas plus que Colin avait réussi à lui masquer entièrement son inquiétude.

La gorge nouée, mes doigts se crispèrent contre le paquet de fruits secs en l'écoutant poursuivre. Il lui avait expliqué posément la merde. Bordel, le con. J'imaginais tellement ce butor d'Andreï cracher à mon père sa façon de voir la vie, fallait pas demander... ça devait être cataclysmique ! Mais alors qu'un vague rictus se formait déjà sur mes lèvres, la suite de ses explications me fit beuguer. « Euh quoi... mon vieux a quoi ? Il a fait quoi sans dec, tu dis quoi là ? » Le russe se mélangeait à l'anglais, me faisait bredouiller. Roman avait... tué quelqu'un ? Le paquet de bouffe m'échappa des mains, échouant sur le sol tout comme la bouteille de jus, et ma paume se plaqua contre mes lèvres, le regard agrandi par le choc. Je n'arrivais plus à articuler la moindre parole, pour le coup. La voix trop froide d'Andreï avait repris l'anglais, comme pour mieux articuler la raison de cette rupture et son coté définitif. Je n'arrivais pas à intégrer ce fait, mon cerveau grésillait dans mon crâne alors que je dévisageai Andreï, le souffle coupé.

Le voir se rincer le gosier avec une bonne rasade de gnôle avait quelque chose d'extrêmement lugubre après des paroles pareilles. Des mots trop glacés, trop neutres, dénués de toute émotion. Il abandonnait le russe et j'avais l'impression confuse que différents mondes s'entrechoquaient dans le chaos. Roman ne faisait pas partie de cette sphère sordide de violence, de vices et de meurtres. Pas plus que Colin ou Lizzie. C'était celle d'Andreï, c'était la mienne. C'étaient nous qui rampions dans la fange des milieux criminels, pas eux, ils n'appartenaient pas à cette vie glauque. Eux, ils habitaient dans cette partie du monde encore propre et lumineuse, cette zone préservée en laquelle j'avais tant besoin de croire. Peut-être que moi aussi, j'aurais préféré que mon père reste un conte pour enfants...

Mon regard tomba sur la bouteille qu'il me tendait et je mis un moment à la prendre, d'une main molle, sans pour autant la porter à mes lèvres. Je me contentai de rester là, un peu hagard, à écouter le vocabulaire russe qui revenait dans la bouche de mon grand-père. Il a la peau dure. Il va en solo. Une lueur trouble s'alluma dans mon regard, jusque là voilé par l'égarement. Une lueur colérique qui ranima tout à coup l'énergie dans mes membres alors que le coin de mes lèvres frémissait. Revenait la sensation bien connue de la nausée qui me soulevait le cœur et me tordait l'estomac sous l’anxiété. Et Andreï me parlait de Colin, il me parlait de flingues... « Bah Colin a l'air d'aller, ouais... » Dis-je d'une voix blanche. Je secouai la tête, avant de me redresser un peu trop brutalement, mes doigts crispés sur la bouteille.

« Attend, attend, attend. On va ranger les choses une par une ok ? Parce que ta vie c'est un fameux foutoir mon vieux, et t'y mets pas du tien.» L'écrasant de mes prunelles métalliques, je pris une légère inspiration. « Sûr que t'as autant de tact qu'un grizzli, mec et tu sais quoi ? T'es un monstre sacrément relou et puant. Genre t'es solo... ah bon t'es solo. Génial.» Je marmonnais ces mots dans un grognement. Et moi j'étais quoi ? Avec qui il faisait équipe depuis les deux dernières années ? Qui l'aidait à trouver des jobs ? Un monstre relou, puant et ingrat, voilà ce qu'il était. Mais passons. Les narines frémissantes sous la colère, je me contentai de lui lancer un regard noir de taureau furieux. Moi aussi j'étais solo de toute façon, ça tombait extrêmement bien, on était faits pour s'entendre décidément.

« Bon. » Dans un premier temps, je choisis de goûter cette gnôle, histoire de m'éclaircir les idées. Je renversai la tête en arrière pour boire au goulot une bonne gorgée de ce liquide inconnu. Une grimace me tordit les lèvres sous le gout du tord boyaux et je frottai ma bouche d'un revers de manche. Ma gorge en feu rendait ma voix plus rugueuse. « Faut que tu me dises ce que t'as raconté à Roman sur cette affaire. Tu lui as dit quoi, rapport à moi, hm ? » Je n'oubliais pas qu'à la toute base, c'était moi qui avait dégoté le contrat qui avait tout fait foirer avec les autres crapules. Si mon père savait que j'étais mêlé à l'affaire, j'aurais apprécie d'être au courant. Dans un rictus cynique, je reportai le goulot à mes lèvres, oubliant déjà que ce breuvage soit proprement dégueulasse, j'en bus une profonde gorgée jusqu'à en avoir le tournis. J'avais l'estomac trop vide pour supporter ce genre de saloperie bordel. Je ne pouvais m'empêcher de me demander comment Roman avait fait pour tuer... est-ce qu'il avait froidement collé une balle dans le front d'un gars ? Qu'est ce qu'il avait ressenti ? Qu'est ce qu'il avait pensé ? Je fermais les yeux dans une grimace, faudrait pas que je dégueule aux pieds d'Andreï non plus. Au lieu de ça, je me mis à marcher sous le pont, de long en large, le visage pensif, la bouteille en main comme un sceptre.

« On a un flingue ouais, Roman m'a montré où il le cache à l'appart. Mais il préfère tenir Lizzie et Colin à l'écart, ils sont pas au courant. » Mon paternel m'avait en effet attiré à l'écart, un soir qu'on était seuls à l'appart, pour me parler de cette arme qu'il camouflait dans le fond d'un tiroir, pour le cas où. Il m'avait fait promettre de le cacher aux gosses. Je ne savais pas me servir d'une arme, mais je supposai que je pourrais le faire en cas de besoin. Roman avait l'air de le penser en tous cas...

Faisant craquer mes articulations avec inquiétude, je retournai mon regard vers Andreï et son couteau. Le voir croupir sous son pont, seul et misérable me creusait un peu le cœur, fallait quand même l'avouer. Dans un soupir, je revins vers lui doucement, une moue plus chaleureuse aux lèvres. « Et quand tu squattes chez ta pote, elle te dit pas que tu schlingues ? C'pas comme ça que tu vas faire tomber les meufs, papy, tu feras juste tomber les mouches... » Il avait beau paraître froid, je savais qu'il morflait, que se retrouver seul et éloigné de sa famille devait le plomber. Personne ne pouvait survivre en solo, parce qu'on n'était pas des robots, parce qu'on avait tous besoin d'une famille... même lui. Surtout lui.

« Tu vas revenir à l'appart. » Ce n'était pas une question, ni une proposition mais une injonction. « Tu vas reparler à ton fils. Et tu vas arrêter de faire le con. Ce soir, tu repars avec moi, tu prends une douche et on te rend figure humaine. Parce que franchement, Andy, les gus que t'as au train finiront par te repérer à l'odeur et j'déconne pas. » Un mince sourire s'afficha sur mon visage, dans cette expression insolente qui ne me quittait que rarement. C'était mon grand père. C'était mon grand père russe à moi. Je haussai les épaules avant de lui rendre sa bouteille, d'une voix où se mêlait la chaleur et la volonté d'y croire. « On a besoin d'être unis. Sinon, il nous reste quoi ? Tu vas pas rester vivre avec des ragondins jusqu'à ta retraite. C'est pas eux qui ont besoin que tu leur apprennes à tirer ou à se castagner... C'est pas eux que t'as promis d'entraîner. » Mes yeux s’éclairèrent dans un sourire brillant de cette volonté. La volonté de croire en notre famille. Parce que c'était la seule chose vraiment importante dans ce monde.



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MessageSujet: Re: (mikkeï) Lost and found, knocking heads, laying low   Dim 26 Nov - 0:37

Lost and found, knocking heads, laying low

Andreï & Mikkel

« Wow merde ! Charmant tes colloc, dis moi... » Je plisse les yeux, suis du regard l’ombre qui couine et qui se laisse tomber dans l’eau, bien plus bas. « Ils font pas des masses la vaisselle, j’avoue, mais ils écartent les nuisibles » Et ça, c’est déjà pas mal. Sans compter que parfois, je les regarde avec nostalgie et que j’ai l’impression de bien mieux les comprendre que les autres êtres humains. Que mon fils ou mon fillot, tiens. Quoiqu’il en soit, je lui tends la caisse de bouffe, avec la promesse pas vraiment formulée mais bel et bien là de lui en ramener d’autres, quitte à ce que je doive racketter des mamies ou des gosses. Voire des vieux, aussi. Et en parlant de Roman… Je fronce les sourcils quand Mikkel me parle de la femme de mon fils. Sa belle-mère. Ma belle-fille ? Une vraie Ievseï, ouais, si elle arrive à foutre la merde en étant absente mais en vie. Elle pourrait foutre aussi la merde présente, mais morte, mais j’avoue que ce serait plus compliqué. Peut-être. Ou juste plus glauque. Et… et dans tous les cas, en quoi est-ce que ça me concerne, au juste ? C’est cool pour Roman, c’est cool pour mon fils, pour son bonheur et son épanouissement personnel, tout ça, tout ce que je ne sais pas lui apporter. C’est cool pour lui. Mais personnellement, je sais que ça ne me fait ni chaud ni froid. Juste la sale impression qu’au final, ils sont quand même nettement mieux sans moi. Et c’est vexant. Blessant. Je soupire. « Hé bah bordel de merde ouais, c'est cool. Tu l'as dit. » J’hausse les épaules, en faisant un tour d’horizon de mon très, très humble chez-moi. Le temps de respirer. De laisser mes mots se glisser entre moi et Mikkel. Le temps de l’écouter répondre à mes questions peut-être trop directes, trop intrusives, trop sèches et dénuées d’une réelle chaleur.

Le fric, les contrats, les bastons, voilà ce que je cherche à savoir, et je me rends bien compte que quelque chose cloche vraiment dans mes priorités. Je peux former ma descendance pour qu’elle puisse survivre dans ce monde de merde à la con, ouais. Je peux foutre un flingue dans les mains encore innocentes de Lizzie, je peux décorer le visage de Colin de cocards, je peux imposer à Mikkel une torture psychologique, je peux faire ça sans la moindre hésitation si j’ai la conviction – et je l’ai – que ça peut leur permettre de souffler encore une bougie en plus l’année prochaine. A la différence de Roman, je n’ai plus aucune morale. Plus aucun scrupule. Plus aucune limite. Je doute même en avoir déjà eues, au final. Alors ouais, le fric, les contrats, les bastons, c’est ce qui m’intéresse à l’instant. Parce que ça, je sais gérer. Bien gérer. Trop bien gérer. « Hmmm. Ouais, ça pourrait rapporter un beau paquet de dollars. Tu penses, avec tout le fric qu'ils se font au Bones, avec les paris puis les combats. Et puis la dirigeante m'a à la bonne, j'lui ai rendu un p'tit service gratos y'a quelques temps. T'as qu'à aller voir cette chère Moïra de ma part. Une jolie rousse, j'suis sûr qu'elle te plairait. » J’ai un sourire, un vrai sourire sincère sous ce dernier clin d’œil. Une rousse, des combats ? « Va pour ça alors. Moïra tu dis ? Au Bones ? » Je note ça dans ma mémoire. Et je retrouve mon couteau pour m’occuper une partie de l’esprit. Mikkel a parlé de combats, de paris, ça m’intéresse aussi. Tant que ça peut m’occuper, me permettre de glaner du fric et de me trouver de la bouffe facile, ça m’intéresse, ça me va, ça me suffirait presque.

Je n’ai pas vraiment de visibilité sur du long terme, pour être honnête. Avant, ma vie avait ce petit quelque chose simple qui consistait à suivre, aveuglement, sans avoir le choix, les ordres de ma hiérarchie. Tue ce mec. Drague cette femme. Embarrasse ces ambassadeurs. Récupère ces documents. Infiltre toi là-bas, forme des mômes au combat. Torture, exécute ces traitres. Salis-toi les mains à notre place. Puis, il y a eu le rat, avec l’esprit clair, concentré sur la bouffe, concentré sur l’oubli complet, sur la sérénité d’un esprit simple, si simple. Et enfin, il y a eu mon fils. Et maintenant, il y a Georg, Anya, mon pont. Et la solitude. La solitude mordante, l’errance glaçante, la perdition continue dans un désert moral et l’étreinte addictive de l’aveuglement, la suffocation des remords, l’anesthésie de l’apathie. Je me vautre dans l’absence d’émotions pour mieux me supporter. Je me complais dans cette attitude morbide de l’assassin et l’apaisement du sociopathe. Le détachement est salvateur lorsque je résume le dernier conflit qui nous a opposé son père et moi. Pas mon fils, non. Son père. Un vaste merdier, déclenché en premier lieu par moi-même, soyons lucide, et précipité par l’inconséquence de Mikkel, soyons honnête. Et donc ouais. Un vaste merdier. Que j’ai bien étalé. Que j’ai bien expliqué à Roman, à grand renfort de silences et de sous-entendu. Qu’est-ce que je lui ai dit déjà ? Que j’avais oublié de buter quelqu’un, je crois. Vaste merdier, vaste blague. Et Roman qui a fini par buter un mec, à son tour. Je me détache des réactions de Mikkel, mais l’espion ne peut que les voir, que les analyser. Et l’homme, le grand-père, le frère, le cousin, le sang, ne peut que se les prendre en pleine gueule. « Euh quoi... mon vieux a quoi ? Il a fait quoi sans dec, tu dis quoi là ? » Le russe et l’anglais se rejettent, je contemple dans l’attitude de Mikkel la même surprise et le même… désarroi ? Panique ?, que Roman a pu avoir. Et que je suis incapable de comprendre. Le russe me fuit encore, je récupère une bouteille pas trop vide, me décape la gorge avec, sans prêter attention à la cendre qui me tapisse l’œsophage. Détaché. Rester détaché. Quand je répète les mots de Roman, Je suis un monstre, quand j’établis tout simplement le constat du lien brisé, tranché, effilé avec mon fils. Il n’y a plus rien à sauver. Parce que je suis tout simplement incapable de comprendre… de percevoir… d’appréhender les conséquences d’un meurtre sur sa personne. Une nouvelle gorgée, je me sépare de la bouteille en la tendant à mon petit-fils.

C’est étrange. Je me fais la remarque en croisant ses prunelles qu’il me donne parfois l’impression d’être dans mon monde, se fondant comme un poisson dans l’eau de la criminalité, et parfois… il m’est aussi loin que peut l’être Roman. Ils appartiennent parfois à un même monde, que je n’arrive pas à atteindre. J’ai dû perdre mon chemin. Fin bref, je préfère clôturer cette partie de la conversation, me recroqueviller dans de fausses certitudes et affirmations, de cette voix rauque et agressive du sibérien égaré. J’ai la peau dure, je sais bosser en solo, faut pas s’en faire pour moi, et voilà. Je n’ai pas besoin de famille et de soutien, à force de me le répéter, ça va finir par rentrer. On y croit. Et assez parlé de moi, le petit va bien ? « Bah Colin a l'air d'aller, ouais... » Je m’apprête à acquiescer d’un air approbateur, mais Mikkel se lève d’un bond : mon couteau s’immobilise dans ma main, mes genoux se ramassent pour me permettre de bondir en avant et de me redresser. Sur les nerfs, le grand-père. Je me détends quand il reprend, en me levant à mon tour, mais dans une lenteur mesurée. Le russe est de retour, je n’ai pas pu m’empêcher de le noter.

« Attend, attend, attend. On va ranger les choses une par une ok ? Parce que ta vie c'est un fameux foutoir mon vieux, et t'y mets pas du tien.» Je le foudroie du regard, peu amène. « Et c’est d’ma faute, peut-être ? » Bien sûr que c’est de ma faute. Ses prunelles sont fixées sur moi. « Sûr que t'as autant de tact qu'un grizzli, mec et tu sais quoi ? T'es un monstre sacrément relou et puant. Genre t'es solo... ah bon t'es solo. Génial.» Je fronce les sourcils. Puant ? « Non mais t’as vu ta gueule ? » Dans un mouvement particulièrement élégant, je lève le bras pour me renifler les aisselles, sans rien relever quoique ce soit de particulièrement horrible. Pitié, quoi. Enfin, je crois. « C’est quoi cette colère, là ? » Quand je disais que Mikkel me semblait parfois se téléporter sur la même planète que Roman pour me laisser me vautrer dans ma criminalité, on est en plein dedans, là. « Bon. »

Bon. Il renverse la tête en arrière, je balance mon couteau sur le côté pour m’en débarrasser et lui faire retrouver le support d’un carton, tchok. Avant de me baisser pour le récupérer. « Calmos avec la gnôle, là, gamin ! J’en ai pas des masses ! » Je lance un regard vers le jus de fruit abandonné. « Faut que tu me dises ce que t'as raconté à Roman sur cette affaire. Tu lui as dit quoi, rapport à moi, hm ? » Je soupire. Qu’est-ce que je lui ai dit déjà ? « Qu’est-ce que… » Le russe se refuse à nouveau à moi, je lui fais forcer le passage. « Mais… des conneries, et rien à propos de toi, si ça peut t’rassurer. J’allais pas t’vendre quand même ! » Je ne suis pas un enfoiré à ce point-là, tout de même. Enfin… pas avec ma famille, merde, j’ai des principes ! Peu, d’accord, très peu, mais tout de même… Roman est l’une des plus belles choses qui soit arrivée dans ma vie, alors partant de là, Mikkel, Colin, Lizzie, toute la smala des rejetons, ce sont mes petits miracles personnels. En quelque sorte. Je suis un enfoiré, j’ai peu de limites, mais… « Je lui ai balancé la vérité. Que j’avais oublié de tuer un gus, et qu’on s’en était pris à toi en représailles. » Je soutiens son regard. « J’ai dû sortir un truc genre tu étais allé bouger tes fesses sous leur nez, que ça avait pas aidé, tout ça… mais je t’ai chargé d’aucune responsabiltié autre, à c’que je sache. » Il a pas à être mêlé à du drama de merde, surtout si ça va pas déjà des masses bien entre lui et son père. A croire que les liens père-fils, c’est vraiment voué à n’être que de la merde, chez les Ievseï.

Je fais quelques pas, vu qu’il squatte la bouteille, pour me dégourdir les jambes et enfoncer mes mains loin dans mes poches. Il ne tarde pas à faire de même. Tel russe, tel fillot russe. « On a un flingue ouais, Roman m'a montré où il le cache à l'appart. Mais il préfère tenir Lizzie et Colin à l'écart, ils sont pas au courant. » Je mets de la distance entre lui et moi, je sais que j’ai un regard approbateur pourtant. Savoir où est une arme, c’est déjà ça. A quel âge est-ce que je lui ai foutu un flingue entre les mains pour la première fois ? Il devait avoir trois ans, c’était pour rire. Et pour rire, on en avait ri tous les deux, quand guidé par mes mains protectrices, il avait fait exploser des bouteilles en verre, j’en ai un sourire aux lèvres. La seule qui n’avait pas ri, dans l’affaire, ça avait été Lara. Qui avait expliqué au môme qu’il ne fallait surtout pas toucher au pan-pan et à moi, que la prochaine fois qu’elle me surprendrait à mettre quelque chose de plus dangereux qu’un ballon dans les mains de notre môme, elle me trouerait le corps avec mon flingue, juste pour rire, elle aussi. Mon sourire se volatilise. Je soupire. « Et quand tu squattes chez ta pote, elle te dit pas que tu schlingues ? C'pas comme ça que tu vas faire tomber les meufs, papy, tu feras juste tomber les mouches... » « C’est bon, t’as fini ? Va te faire foutre, Mikky. » Pas que je fasse grand cas de mon hygiène, vu qu’elle ne peut pas me tuer, mais… C’est pas non plus mon grand kif, faut bien le dire. « Tu vas revenir à l'appart. » « Parce que j’pue ? » J’oscille entre l’agressivité et le sarcasme. Un mélange subtil des deux, un mélange détonant. « Tu vas reparler à ton fils. Et tu vas arrêter de faire le con. Ce soir, tu repars avec moi, tu prends une douche et on te rend figure humaine. Parce que franchement, Andy, les gus que t'as au train finiront par te repérer à l'odeur et j'déconne pas. » Son sourire ne parvient pas à en faire naître un sur mes lèvres, je le fixe avec lenteur. Comme mes mouvements, lorsque je récupère ma bouteille. Son niveau baisse d’un coup, je m’en enfile une rasade. Le tord-boyau clapote. Tu vas reparler à ton fils. « J’ai pas d’fils, Mikky. » Juste un petit fils. Lui. Les autres… « On a besoin d'être unis. Sinon, il nous reste quoi ? Tu vas pas rester vivre avec des ragondins jusqu'à ta retraite. C'est pas eux qui ont besoin que tu leur apprennes à tirer ou à se castagner... C'est pas eux que t'as promis d'entraîner. »

Je laisse mes doigts se crisper autour du goulot, dans une force qui dépasse la normalité. Jusqu’au bout, j’ai eu envie de m’envoyer se faire foutre, le fillot. L’unité, j’en ai rien à carrer. Les ragondins, je leur ressemble bien plus qu’aux humains. Jusqu’au bout, ouais. Presque. C’est pas eux que t’as promis d’entraîner. C’est lui. Je suis en solo depuis que ma mission à la Maison Blanche a tourné au désastre, ouais. J’suis allé en solo, malgré les groupes de réfugiés que j’ai rejoint pour descendre à Nola, j’suis allé en solo, malgré la mafia russe. Presque en solo. Mais pas totalement seul. Parce que ouais, il y a Mikkel, Mikkel et le russe, Mikkel et ces trop nombreux points communs qui nous rapprochent, Mikkel et son attitude, Mikkel et ses expressions, Mikkel et sa relation trop compliquée avec Roman. Mikkel, bordel. Mikkel. Mon poing se serre.

« Шлюха! » La bouteille explose en dizaines de fragments contre le mur le plus proche, ils se répandent dans mes fringues, dans mes tas de crasse, dans mes cartons, ils se faufilent dans les moins recoins de ma cave. Le fond de la bouteille glisse jusqu’à mes pieds, tourne lentement. Bords coupants. Je donne un coup de pied dedans, il heurte une nouvelle paroi, se fendille mais rebondit sans se briser davantage – solide, cette merde. « Tu fais chier, Mikkel ! Tu fais chier bordel ! » Il fait chier, parce qu’il vient de réussir l’exploit de me faire me sentir coupable, ouais. Oui, j’ai promis de l’entraîner. Ouais, je me sens responsable d’eux, suffisamment pour… « Je ne peux pas rentrer ! Je ne veux pas rentrer ! Je suis… je suis trop dangereux pour vous, je suis… je suis un putain de parasite, un putain de monstre, et vous vous débrouillez mieux sans moi ! J’ai rien apporté de bon à votre putain de vie, et j’apporterai jamais rien de bon, merde, tu le vois pas, ça, Mikkel ? » Mon poing se serre sur le vide, et faute de projectile, c’est lui que je balance contre le mur, en tournant le dos à mon petit-fils le temps de m’écorcher les phalanges, de déchirer une chair qui, de toute manière, ne va demander qu’à se réparer. Je me passe la main devant le visage. C’est pas eux que t’as promis d’entraîner. « T’as pas l’droit, bordel, de me reprocher de vous laisser tomber ou de ne pas tenir ma promesse ou… » Je me réfugie dans l’allemand, « Ton père me reproche déjà assez de l’avoir abandonné CONTRE mon gré… », avant de souffler pour me calmer. J’expire, brutalement, tout l’air de mes poumons. Pour m’éclaircir l’esprit. Et contrôler mon ombre, devenue mortifère. « Tu veux que j’t’entraîne, c’est ça ? Et bien je t’entraîne. Tu veux dompter le chacal ou… qu’est-ce que tu vaux au corps à corps ? Tu sais donner des droites ? Tu sais te servir d’un couteau ? Tu sais faire quoi ? Tu veux quoi au juste ? Je t’ai déjà donné de la putain de bouffe et je t’ai promis de t’en ramener d’autre, et des médocs pour la petite. Qu’est-ce que tu veux d’plus, Mikkel ? J’ai aucune raison de reparler à Roman, point. » J’essuie le sang accroché à ma main soignée sur mon tee-shirt, je me penche pour arracher à son support mon couteau, pour le tendre à Mikkel. « Tiens, tu veux t’entraîner ? Attaque-moi. On peut faire ça ici, pas besoin de refoutre un pied à l’appart pour rien, je te rappelle que je suis persona non grata là-bas. On peut faire ça ici, vaut mieux que j’reste à distance. »

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MessageSujet: Re: (mikkeï) Lost and found, knocking heads, laying low   Mar 9 Jan - 17:20


« And I don't think that that's a selfish want, I really don't.»

Andreï & Mikkel
featuring

C'est quoi cette colère là ?  La rage ruisselait dans mes veines à la manière d'une lave en fusion, elle irradiait dans mes prunelles, elle consumait mon cœur. Mes émotions colériques me prenaient toujours par surprise, elles étaient toujours tellement puissantes, plus dévastatrices qu'un typhon. Je savais très bien d'où me venait ce sang chaud, cette incapacité totale à me maîtriser, cette façon de me montrer si destructif, comme un ouragan qui rase tout sur son passage. C'était inscrit dans mes gênes, c'était un cadeau explosif, transmis de génération en génération en même temps que le nom des Ievseï. Et ce grand-père là, il m'envoyait me faire foutre, il multipliait par zéro tout ce qu'on avait vécu ensemble, il faisait comme si on avait jamais eu la moindre complicité, que notre duo c'était rien, que dale, nada, peau d'zob, walou. Alors, quand Andreï me demanda c'était quoi cette colère, j'eus aussitôt l'envie furieuse de lui en coller une en pleine poire. Mes poings se serraient déjà, j'allais lui filer une mandale dans la gueule, suivie d'une autre et d'encore une autre, jusqu'à lui défoncer la face et en faire de la bouillie.

Au lieu de ça, je me rattrapai sur la bouteille dont le contenu eu le don de m'anesthésier un tant soit peu. Et il aurait fallu que je me calme là dessus ?

« Si t'es radin avec ta gnôle, fallait pas m'en donner, c'est trop tard maintenant. »

Je sentais déjà l'alcool me monter à la tête. J'avais réussi à reprendre le russe mais mon grand-père donnait l'air d'avoir à se forcer pour réussir à me répondre dans la même langue. Une pointe de remord me hérissa à ses mots et surtout à la sincérité qui s'en dégageait. Je n'avais jamais suspecté Andreï de me mentir, ni d'être déloyal avec moi. Il était de mauvaise foi, souvent dans le déni et d'une malhonnêteté crasse mais bordel... non, je savais bien qu'il ne m'aurait jamais vendu. Et sûrement pas à mon père. Il savait bien quelles seraient les conséquences si Roman savait à quel point je frayais dans les mêmes combines que lui, il aurait pas voulu que je me brouille avec mon vieux pour toujours... Je cillai légèrement et hochai la tête avant d'esquisser une légère moue à la suite de ses paroles. Okay, j'aurais quand même préféré qu'il évite de raconter à mon père des trucs du style, "Mikkel a remué ses fesses sous le nez de l'ennemi", ça le faisait moyen d'avoir l'air d'un pervers devant son propre père. « Ça parait crédible. » Et ça l'était, voilà le pire. Je grimaçais dans un soupir, résigné à assumer mon statut de dépravé jusqu'au bout, et je haussai les épaules pour me débarrasser de ce vague malaise.

On avait beau s'envoyer des fleurs fanées à la gueule, ma colère s'était effacée pour laisser place à des résolutions plus importantes. Le sarcasme d'Andy, tout agressif soit-il, ne m'empêcha pas de renchérir, dans un léger rictus avant de retrouver plus de sérieux. « Bien-sûr, papy, c'est parce que tu pues que tu dois rentrer d'urgence. Mais c'est pas la seule raison. » Je me rapprochai de lui, le laissant se réapproprier sa bouteille tout en posant sur lui un regard attentif et concerné. Parce que je pouvais bien être désinvolte et me foutre de tout mais pas de ce qu'il ressentait. Et Andreï souffrait.

La bouteille explosa entre ses doigts crispés et je reculai d'un pas, les yeux agrandis. Il s'acharnait sur les débris et je ne pus que rentrer la tête dans mes épaules, les lèvres pincées. Il me foutait la trouille quand il gueulait comme ça, quand il hurlait, quand il se maudissait par des mots insultants, quand il se faisait du mal en cognant son poing contre le mur. Il me foutait la trouille quand il se blessait, quand il me blessait. Parce qu'il crachait des affirmations qui n'était pas du tout vraies, du moins pas en ce qui me concernait et durant quelques instant, je me sentis écrasé par le feu de sa rage « Tu penses vraiment c'que tu dis, là ? » Je fronçai les sourcils, le cœur serré. La vodka me piquait un peu trop les yeux et j'avais l'impression d'avoir des fourmis dans la nuque et les jambes. C'était pas un grand-père que j'avais en face de moi. C'était un mec jeune, un mec qui avait grandi trop vite, sans avoir connu de véritable foyer. Un mec qui aurait pu être mon frère. Un mec qui me ressemblait un peu trop. Ce mec là était appliqué à m'envoyer me faire foutre, à m'expliquer qu'on avait rien à voir ensemble, à me rejeter en allant jusqu'à changer de langue, pour faire disparaître tout ce qui pourrait nous rapprocher. Je ne comprenais pas l'allemand... mais je sentais que ce qu'il venait de me dire était foutrement important. Assez pour qu'il perde sa froideur si farouche, assez pour qu'il me crache de nouvelles tirades. Qu'est ce que tu sais foutre Mikkel hein, à part être un salaud de couillon ingrat ! Voilà ce qu'on aurait pu résumer de tout ce qu'il me balançait, ses fringues souillées de son propre sang, ses yeux explosés par la rage. C'est quoi cette colère, là ?

C'est quoi cette colère, Ievseï ? Pourquoi tu détruis tout comme ça ?

...

 « Attend mec, non je... »

T'as pas compris, Andy, c'était pas un reproche. Tu comprend tout de travers, tu sais ? Cette histoire d'entrainement, c'était une main tendue, c'était un prétexte pour te ramener vers moi, pour te prouver que j'ai besoin de toi, moi. Parce qu'aucun danger ne me fera me détourner de toi, parce que tu seras jamais un parasite ni un monstre à mes yeux, parce que je ne me débrouille pas mieux sans toi et... Parce qu'un grand père russe tombé du ciel, c'est bien le plus beau cadeau que j'ai reçu depuis de très longues années.


Mon regard tomba sur la lame qu'il me tendait et je frémis. Je ne pouvais pas refuser. Ma fierté était mise à l'épreuve et si je gardais le silence, mon visage toujours trop expressif ne pouvait cacher à quel point j'étais paumé. Je relevai vers lui des yeux égarés avant de tendre la main pour recueillir maladroitement le couteau entre mes doigts. La peur de le décevoir encore une fois me tordait l'estomac et je restai irrésolu quelques secondes, essayant de me résoudre à l'attaquer, à essayer de lui obéir pour... pour quoi au juste ? Pour lui faire plaisir ? C'était lui, après tout, qui avait insisté pour me convaincre que j'avais besoin d'apprendre à me battre. Pour protéger la famille, nos intérêts, nos propres vies. Je ne le sentais absolument pas et cette situation me plongeait dans un malaise indéfinissable. Peut-être parce que je sentais trop de mépris dans les paroles d'Andreï, j'en savais rien au juste, mais la bagarre n'avait jamais été mon point fort. Je sentais confusément que le but d'Andreï était de m'effrayer, voire de me ridiculiser pour que je me la ferme et que j'abandonne l'idée de le ramener au bercail. Et j'allais me laisser faire ? Depuis quand Mikkel faisait des trucs qui ne lui plaisaient pas ? Merde à la fin. Le feu aux joues, je soutins son regard, le mien ayant retrouvé plus de dureté et d'assurance. « T'sais quoi ? On dirait vraiment que c'est toi l'môme. » Et je n'avais jamais eu l'habitude de satisfaire les caprices de qui que ce soit, qu'il s'agisse d'un vieux grand-père aigri ou d'un sale gosse en pleine crise d'ado.

Au lieu de l'attaquer, je me retournai pour lancer violemment le couteau vers la caisse, dans l'intention de l'y planter, comme il l'avait fait juste avant. Sans doute que j'avais mis trop de puissance dans ce lancer. Malheureusement, je manquais de pratique et ce fut le manche qui heurta le carton au lieu de la lame. L'arme échoua sur le sol bétonné dans un léger bruit métallique et je me pinçai les lèvres devant cet échec, sans me démonter pour autant. On aurait qu'à dire que je l'avais fait exprès... Peu importait, de toute façon, là n'était pas la question. « J'ai pas envie de te faire mal. » Dis-je avec gravité, retournant vers Andreï un regard sérieux. « Et crois-le ou non, j'suis pas venu ici pour profiter de toi, ni pour te traiter de monstre ou de ne je sais pas quoi encore. Tu t'insulte tout seul beaucoup mieux que moi, de toute façon. C'est dingue quoi, on dirait que tu l'fais exprès de transformer mes paroles ou de penser à ma place... » Mais je doutais que ce soit le cas en réalité. Andreï ne jouait pas un rôle, c'était pas du tout son genre. Il était sincèrement persuadé de ce qu'il disait et c'était ça le plus douloureux. Il pensait qu'on ne pourrait avoir besoin de lui que pour ce qu'il avait à nous donner matériellement ou pour ses capacités de tueur. Mais il refusait d'envisager ne serait-ce qu'une seconde qu'il puisse y avoir d'autres raisons. Des raisons beaucoup plus profondes, beaucoup plus importantes. Et je n'étais pas sûr d'être capable de les lui décrire. Il fallait absolument que j'essaie de voir le problème avec plus de distance mais ce n'était pas si facile que ça pour moi. Après tout, mes relations avec mon propre père était salement chaotiques depuis une bonne décennie.

Pour mieux réfléchir, je me détournai d'Andreï pour aller ramasser le couteau, un peu plus loin. Je m'accroupis pour le manipuler entre mes doigts, ne sachant trop comment le tenir et je m'essayai à le planter dans la caisse. Tchoc tchoc tchoc. De près, ça semblait facile. Sans relever le regard vers Andreï, je repris la parole, tout en plantant la lame dans cette putain de caisse avec application.

« Je me suis souvent fritté avec mon père dans ma vie, tu sais. Je l'ai envoyé se faire foutre plus d'une fois, je lui ai dit que j'avais plus envie de jamais le revoir. Y'a quelques mois, j'lui ai même dit que j'le détestais. J'ai souvent pensé que tout était foutu entre nous. » Et j'y pense encore, très souvent, dès que ça gueule un peu trop, dès que Roman me dit un truc qui ne me plait pas ou dès que je me rend compte qu'on est trop différent et qu'il ne me comprendra jamais. Les vieux, tous des cons. Je secouai la tête doucement. « Pourtant, quand j'étais en taule, il est venu me voir et il m'a apporté des trucs cool, des friandises, ce genre de conneries... Et quand Laura a disparu, j'suis revenu vivre avec lui pour le soutenir, lui et les gosses, même si c'est pas génial de pieuter sur un matelas dans le salon. » Je détachai doucement la lame du carton et l'examinai un instant avant de regarder dans la direction d'Andreï. «  Si c'était pas ton fils, pourquoi tu t'emmerderais à lui fournir de la bouffe ? Pourquoi t'aiderais ses gosses ?»

Je me redressai, revenant vers Andreï pour lui rendre son couteau, manche en avant.

« L'entrainement, ça me saoule, moi j'ai envie de rentrer dans le vif du sujet. » Je lui offris un regard frondeur. « T'sais que j'ai jamais été très patient. Ce que j'veux c'est qu'on aille chercher la bouffe et les médocs ensemble. » Je lui assénais cette annonce avec la plus grande assurance, comme si ça allait de soi, alors qu'en vérité, je venais de décider à la minute même. Sortir au delà des murs ne devrait pas être si terrible. Et si ça pouvait permettre que mes liens avec Andreï se resserrent, ça me paraissait la meilleure solution. Bien plus que d'essayer de lui filer un coup de couteau. Parce que c'était pas lui mon ennemi, c'était pas lui le monstre, contrairement à ce qu'il s'obstinait à répéter. J'articulais donc encore une fois ma décision, sans le lâcher du regard.

« J'veux qu'on fasse équipe. Que t'arrête de te la jouer solo. Et qu'on ramène les victuailles à l'appart tous les deux, dès ce soir. Comme ça t'auras une bonne raison de reparler à Roman et ce sera une putain de raison positive. Tu saisis le concept ? Si tu veux pas passer pour un parasite ou un monstre, faut pas cacher ta facette de héros. »



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MessageSujet: Re: (mikkeï) Lost and found, knocking heads, laying low   Jeu 18 Jan - 0:51

Lost and found, knocking heads, laying low

Andreï & Mikkel

Les Ievseï ne savent pas s’exprimer, s’expliquer, dialoguer, discuter posément. Voilà une constante dans mes gènes, dans mon sang, que je retrouve dans les gènes et le sang de Mikkel. Les Ievseï ne savent pas rester calmes. Notre sang est bouillant, nos caractères sont explosifs et nos colères sont irrationnelles. Nos fureurs sont débridées, hors de contrôle, comme nos émotions, comme nos réactions, comme une impulsivité malvenue en règle générale. Comme notre intelligence, sommaire dans mon cas. Inégale, irraisonnée. Comme ma compréhension, actuellement inexistante. Les Ievseï ne savent pas communiquer, ne connaissent rien à la diplomatie. Le premier des Ievseï, du moins. Je ne comprends pas la colère de Mikkel, je ne veux pas la comprendre. Je serre le poing, je crache, je me complais dans une colère destructrice parce qu’au fond, être colère, c’est mon état normal. La haine, la fureur, les cris et la destruction, c’est ce que brasse mon coeur à chaque battement, parce qu’il ne sait faire que ça, parce que c’est mon moteur au même titre que la violence, et que cette violence que je ne contiens pas. Presque pas. Que je ne sais, ni ne veux, réellement contenir. Cette violence dans le regard, dans mes mouvements secs, vifs, brutaux, dans mes mots, crachés, dans mon russe, agressif. Je suis violent, chaque seconde de mon existence est violente. C’est d’ma faute, peut-être ? C’est quoi cette colère, là ? Et il va se calmer sur la gnôle, le môme ? Mes injections sont des agressions. « Si t'es radin avec ta gnôle, fallait pas m'en donner, c'est trop tard maintenant. » Une insulte se perd en russe, ma colère se transforme en rancœur, en remord, en une sincérité peuplée de soupir.

Ce que j’ai raconté à Roman ne regarde que moi, j’ai envie de dire, et pourtant, je réponds, je raconte, ouais, je m’agace dans une colère tout juste contrôlée, au final. J’ai envie de lui serrer la bride, à ma colère, avant de tout détruire autour de moi comme je sais si bien le faire. Ce que j’ai raconté à Roman ? Des conneries. Des semi-vérités. Rien de vrai, pas grand-chose de faux, juste pas le principal. Qu’est-ce qu’il croit, Mikky ? Que je suis un enfoiré au point de foutre la merde entre mon fils et mon petit fils ? Je ne suis pas comme ça. J’ai déjà trop perdu, j’ai déjà trop détruit, je ne suis pas comme ça. Roman, c’est le fils que j’aurais jamais dû espérer avoir. Mikkel, c’est le petit fils que j’aurais jamais dû espérer avoir. Roman, c’est le père que je n’ai jamais su être. C’est le père que j’ai jamais eu. Et Mikkel, il a cette part de moi qui l’envie, parce qu’il est celui que j’aurais pû être je crois. Je ne peux pas ruiner ce qu’il y a entre eux, parce qu’il y a trop peu, parce qu’il y a quelque chose, parce que je ne suis pas un enfoiré à ce point. Je crois. Alors qu’est-ce que j’ai raconté à Roman ? Ce qu’un assassin aurait raconté. Semi-mensonge, semi-vérité. « Ça parait crédible. » Je fixe mon regard dans le sien. « C’était l’but. » Et désolé pour ta réputation inexistante, Mikkel, mais ouais, je t’ai pas impliqué totalement dans mon récit, mais quand même un minimum. Il hausse les épaules, je sens ma colère s’apaiser. Un temps. Il squatte la bouteille, moi, je m’agite pour me dégourdir les jambes le temps que la discussion s’apaise. Un peu plus. Qu’une hache de guerre semi-déterrée soit semi-enterrée, que nos caractères de merde cessent de se heurter et de faire des étincelles. Je souffle en l’écoutant.

Je souffle, je tremble, je me projette dans ce qu’il me raconte à son tour. Un flingue, ouais. Enfin, Roman a décidé à se bouger, c’est déjà ça de pris. Un flingue, donc. Et… il insiste. Pour que je revienne. Je m’essaye au sarcasme, je cède à l’agressivité pour ne pas entendre ce qu’il me dit vraiment. Comme un peu plus tôt, quand je ne voulais pas comprendre sa colère, je refuse d’entendre davantage que ce qu’il me dit. Je refuse d’ouvrir les yeux sur ce que son regard me dit. « Bien-sûr, papy, c'est parce que tu pues que tu dois rentrer d'urgence. Mais c'est pas la seule raison. » Il se rapproche, je refuse de reculer. Tu vas reparler à ton fils. C’est ça, son autre raison ? Je revois le regard de Roman, je revois le sang sur ses mains, je revois les expressions de son visage. J’entends sa voix. J’entends la violence de ses mots. J’entends, j’entends tout ça, encore et encore. Je n’ai pas d’fils. Et Mikkel, Mikkel est injuste de me refuser le droit à l’indifférence, le droit à la distance.

Mikkel est injuste d’insister à ce point. Il a s’est rapproché, moi je m’échappe. Mes doigts se sont crispés autour de la bouteille, au point de la fissurer. Et je l’achève en l’explosant contre le mur le plus proche, quand j’explose moi aussi. Ses mots tournent dans ma tête, et ceux-là, putain, ceux-là je les entends bien trop. Bien, bien trop. Tu as promis. A quoi il joue, ce petit con ? Ma colère explose. Mes propos se font autonomes, m’échappent, échappent à toute censure. Le russe coupe mes lèvres, tranchent mes mensonges, délitent mes silences. Les exposent, hurlant. Les explosent, encore et encore, ouvrent ma peau contre un mur qui refuse de se laisser abattre. Le sang s’esquinte, ma chair coagule. Ouvre des plaies dans ma poitrine, éjecte un venin et un pus trop longtemps contenu. Ça ne me soigne en rien, mais ça pue, dans l’ensemble. « Tu penses vraiment c'que tu dis, là ? » Si je pense ce que je dis quand je me traite de monstre, quand je contemple les dégâts que j’ai pu infliger à une famille qui se débrouillait plutôt bien sans moi ? Bien sûr. « Bien sûr. » Et plutôt deux fois qu’un. Il n’a pas le droit, Mikkel, il n’a pas le droit de me reprocher de les laisser tomber quand ma plus grosse erreur, selon Roman, c’est justement de trop m’accrocher. Ou pas assez. Je ne sais plus. L’allemand se fait refuge le temps d’une phrase, je reviens au russe pour regarder Mikkel droit dans les yeux. Essayer de me calmer. Sans y arriver. Depuis combien de temps n’ai-je pas été aussi… je ne sais pas. Je veux m’éclaircir l’esprit, sans y arriver. Je veux faire une croix sur l’idée stupide de Mikkel, je veux qu’il oublie ça. Je veux qu’il oublie tout ça. Et mon regard se durcit, quand j’inspire. Il veut que je l’entraîne ? « Attend mec, non je... » J’arrache mon couteau à son support, je lui tends le manche d’un geste brusque. Trop brusque. Je ne plaisante pas, je ne plaisante vraiment pas. Il veut s’entraîner ? Et bien on peut le faire ici. Il veut que je revienne dans leur vie ? Et bien, je peux le faire d’ici. Pas besoin d’aller ailleurs. Pas besoin d’aller chez eux. Pas besoin de me confronter à Roman. Je peux le faire d’ici. N’est-ce pas ? La pointe du poignard est dirigée vers mon torse. Vas-y, prends-le, Mikkel, vu que tu y tiens tant. Et frappe-moi. Attaque-moi. Tente de m’attaquer. De toute manière, je ne risque rien.

Il l’attrape, il le tient, je décroise mes bras, je les étends de part et d’autre de mon torse. Proie offerte. Cible offerte. Mon regard, mon visage est une invitation à l’agression. Mes yeux, eux, sont toujours aussi durs. Il veut s’entraîner ? Et bien qu’il le fasse, qu’il y aille franco, qu’on en finisse. Que se prendre une raclée lui change les idées et qu’il revienne sur son idée stupide. J’y crois, pendant un instant. J’y crois, une fraction de seconde. Puis quand il relève la tête, soutient mon regard, j’ai l’impression de me voir face à Georg. Lui cracher à la gueule, le défier. « T'sais quoi ? On dirait vraiment que c'est toi l'môme. » Il m’assène une claque que je ne peux pas éviter, parce qu’elle n’est pas physique. Pourtant, je tremble comme si je me l’étais prise en pleine poire, sa beigne. Est-ce que je suis un môme ? Pire que ça. On a le même âge. Ou presque. Est-ce qu’il s’en rend compte ? Mon couteau voltige de ses doigts au sol, avec force, trop de force, je frémis et je le suis du regard, il disparaît hors de ma portée, hors de la sienne, dans un échec lamentable de vouloir m’imiter. Le bruit métallique occupe un instant le silence. « J'ai pas envie de te faire mal. Et crois-le ou non, j'suis pas venu ici pour profiter de toi, ni pour te traiter de monstre ou de ne je sais pas quoi encore. Tu t'insultes tout seul beaucoup mieux que moi, de toute façon. C'est dingue quoi, on dirait que tu l'fais exprès de transformer mes paroles ou de penser à ma place... » J’ai les visage fermé, mes bras retombent le long du corps. Mutisme pincé. Sale môme. Je ne réponds rien parce qu’il n’y a rien à répondre. Est-ce que c’est à lui que j’attribue l’insulte de monstre que je m’inflige ? Non. Celle-là, ceux qui l’ont eu les premiers à la bouche, c’était ceux de mon village. Ma mère. Les gérants de l’orphelinat. Ça fait un bail que je sais ce que je suis.

Mikkel se détourne pour ramasser le couteau, moi, je reste muet, je joue du bout du pied avec les éclats épars du vestige d’une bouteille d’alcool. Tchoc tchoc tchoc. Il est accroupi, reproduit mes mouvement. Me tourne presque le dos. Je me retiens d’aller lui arracher ce putain de couteau des mains pour faire cesser le bruit ou mieux, lui apprendre à le tenir correctement. A sentir l’équilibre de la lame. Histoire qu’il n’ait pas besoin de se tenir à quelques centimètres de sa cible pour la toucher. Je me retiens, je préfère de loin ramasser un éclat plus gros que les autres pour le faire tourner entre mes doigts. Et balayer le reste du verre d’un mouvement de chaussures, histoire de faire un peu le ménage. Puisqu’on en est au silence. Ou presque.

« Je me suis souvent fritté avec mon père dans ma vie, tu sais. Je l'ai envoyé se faire foutre plus d'une fois, je lui ai dit que j'avais plus envie de jamais le revoir. Y'a quelques mois, j'lui ai même dit que j'le détestais. J'ai souvent pensé que tout était foutu entre nous. » Mes lèvres s’entrouvrent : tu crois vraiment que ta vie m’intéresse ? Le venin et le mensonge y restent logés, je reste silencieux. Parce que ouais, quelque part, ça m’intéresse. Je rejette l’éclat sur le côté, va fouiller pour récupérer un opinel, moins pratique que celui avec lequel Mikkel joue. Mais tout aussi affuté. « Pourtant, quand j'étais en taule, il est venu me voir et il m'a apporté des trucs cool, des friandises, ce genre de conneries... Et quand Laura a disparu, j'suis revenu vivre avec lui pour le soutenir, lui et les gosses, même si c'est pas génial de pieuter sur un matelas dans le salon. » J’ai fait un pas dans sa direction quand il me regarde. Et je m’immobilise. Un, deux trois, soleil. Un, deux, trois, foutaises. La lame de l’opinel s’ouvre dans ma main. Se referme. Glisse dans ma poche. «  Si c'était pas ton fils, pourquoi tu t'emmerderais à lui fournir de la bouffe ? Pourquoi t'aiderais ses gosses ?» Toujours sans un mot, je le laisse faire, regarde la lame qu’il tient, le manche qu’il me tend. « L'entrainement, ça me saoule, moi j'ai envie de rentrer dans le vif du sujet. T'sais que j'ai jamais été très patient. Ce que j'veux c'est qu'on aille chercher la bouffe et les médocs ensemble. J'veux qu'on fasse équipe. Que t'arrêtes de te la jouer solo. Et qu'on ramène les victuailles à l'appart tous les deux, dès ce soir. Comme ça t'auras une bonne raison de reparler à Roman et ce sera une putain de raison positive. Tu saisis le concept ? Si tu veux pas passer pour un parasite ou un monstre, faut pas cacher ta facette de héros. » Il se tait. Sur ce mot. Ce mot… « ridicule » Parce qu’il faut être honnête. Héros et Andreï dans la même phrase… Je secoue la tête. « Tu veux qu’on fasse équipe ? » Je veux être sûr d’avoir bien entendu une connerie. « Tu veux qu’on aille chercher de la bouffe et des médocs ensemble ? » Je veux être sûr d’avoir bien entendu une connerie encore plus grosse que la précédente. Mikkel et moi, aussi étrange que cela puisse être, on a le même âge, ou presque. Alors pourquoi est-ce qu’il me semble si jeune, si vieux, si mature, quand moi, je ne suis que celui que j’ai toujours été, sans vraiment d’âge autre que celui de foutre le camp ? Que celui de te dire de fermer ta gueule et d’aller te faire foutre ? « T’es au courant, que la bouffe que je récupère, en général, les gens qui me la donnent ne sont pas toujours d’accord. Ou alors qu’ils sont devenus eux-mêmes de la bouffe pour les rats ? » Il est conscient de ça, le petit ? Je me rapproche de lui. « T’es au courant que si je t’entraîne là-dedans et qu’il t’arrive le moindre truc, non seulement ça me fera chier et je ne me le pardonnerai pas vraiment, mais qu’en plus… ton père ne me le pardonnerait jamais même si je lui ramenais l’Adventist Hospital en kit ? » D’un mouvement brusque, j’arrache le couteau de ses mains. Et le lui rend.

Mikkel, Mikkel a le même regard que moi. Il me ressemble. Et il a mon âge. Ça faisait longtemps que je ne m’en étais pas rendu compte. On a le même âge. Presque. Le même sang. « Prends la caisse, on va l’amener à ton père, puisque tu y tiens tant. T’façon tu me lâcheras pas les basques tant qu’on l’aura pas fait, j’me trompe ? » Pourquoi est-ce que j’ai pris cette décision de merde ? Parce que Mikkel pourrait être mon frère avant d’être mon petit-fils. Et qu’il est têtu. Et que je suis fatigué. Et que même si je suis terrifié à l’idée de faire face à Roman… Faut pas cacher ta facette de héros. Je préfère ramener une caisse de bouffe et un Mikkel en un seul morceau, pour le moment : c’est tout ce que j’ai trouvé comme compromis entre le putain de regard de Mikkel et mon caractère borné. Je le pousse d’une main brusque pour me diriger vers l’extérieur de mon pont, pas vraiment enclin à la ramasser moi-même, ma caisse de bouffe, mais il me suffit de quelques pas pour me rendre compte que je ne lui ai pas dit quelque chose et que si j’ai sous-entendu, réellement sous-entendu, qu’un duo était envisageable alors… Je m’immobilise, me tourne à moitié. « Mikkel… le mec qui m’a transformé. Il faut que tu saches qu’il est dans le coin. » Georg. A sa seule mention, je sens ma voix se fendiller. Bien malgré moi. Je prends sur moi pour compléter, d’une voix sèche, d’un ton brusque, pour plier ça au plus vite. « Si tu veux qu’on fraye ensemble, qu’on se démerde à deux pour ramener de la bouffe et des médocs, je veux que tu me promettes de me tuer si un jour je te le demande. Parce que les milieux qu’on fréquentera, ce seront les mêmes que les siens. » Je n'arrive même plus à me la jouer grand-père, pour le coup. « C'est pas négociable. »

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Life is old there, older than the trees ; Country roads, take me home ; To the place I belongJohn Denver©️ by anaëlle.


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(mikkeï) Lost and found, knocking heads, laying low

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