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 Le Club des mauvais jours ♣ Solveig Erikkson

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RUNNING TO STAND STILL

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MessageSujet: Le Club des mauvais jours ♣ Solveig Erikkson   Lun 3 Juil - 13:07


« Le Club des mauvais jours »


Solveig E. ♣ Matthias P.
featuring

Matthias arrangea machinalement le col de sa chemise, le sourire se voulant aussi immaculée que tout le reste. Le Mary Rose avait tant changé selon les dires des habitants. Plus rien ou presque ne restait réellement du nom, de cet antique navire perdu au fin fond des mers. C’était bien la Nouvelle Orléans ça, donner un nom d’épave à un bar select de la ville. Exit les jeans et bottes crasseuses ici, on déployait la mousseline et les soies. On tentait du moins. La chaleur était la même ici ou ailleurs, la moiteur plus ou moins visible sur les fronts des habitués. C’était une prérogative de riches ça aussi : croire que tout ce qui était organique pouvait être modifié uniquement avec de l’argent. Quelque part, le Mary Rose en était le plus parfait exemple.

Esperanza O’Connell, prêtresse de l’établissement et adoratrice du beau avait dressé un code vestimentaire aux portes du Mary Rose. On ne pouvait y pénétrer sans des tenues adéquates, faites d’apparat et d’un luxe qui n’avait de sens pour Matthias que durant de grandes occasions. Ça ferait du bien à Solveig. C’était ce qu’il s’était dit en la voyant il y a quelques jours taciturne et mélancolique. La douleur se peignait un peu trop fort sur son visage, un peu trop vibrant dans sa voix. Il n’y avait rien de mieux pour se changer les idées, quelque chose qui tranche, quelque chose de différent, le taffetas des sièges, les brocarts vermillon, les nappes blanches et les odeurs délicieuses de la cuisine du sud, celle raffinée qui rappelait la cuisine de la France lointaine métropole qui s’était drapé de cajun et du vêtement des îles. « Tu vas voir, on y mange très bien… ça change des tickets de rationnement. » plaisanta-t-il à demi voix.

Il s’était drapé comme à l’époque des interviews quand il représentait si bien le gouvernement et les jeux. Le mot de passe fut livré dans un sourire presque navré. Le côté V.I.P. était loin de lui plaire, cette mise en demeure pour ceux qui n’avaient pas la chance de connaitre les méandres du pouvoir était toujours disgracieux au regard de Matthias. Lui, il avait eu de la chance voilà tout. Les images du sable et du sang flashèrent dans sa mémoire avant qu’il ne décoche un clin d’œil à son amie. Il l’avait prévenue sur le dressing code, avait parié que devoir se préparer lui changerait les idées. « La patronne est un peu maniaque. » chuchota Matthias à l’oreille de la scientifique. « En attendant, elle impose les cravates mais notes bien que t’es rentrée sans encombre… alors que bon… t’es rousse tu sais. » On en est désolé d’ailleurs, ça arrive. Matthias acquiesça à ses propres paroles pleines de sagesse avant de serrer la main d’un des hommes au service de propagande qui quittait déjà les lieux. « Petersen ! Vos ne changez pas dites-moi. Si vous avez pris des couleurs. » Matthias semblait tranquille, le sourire avenant, la main tendue. « Le soleil de la Louisiane. Ça change de New York. » Les dents se découvrirent, celles de loup. « Oui, des jeux ici seront merveilleux. Les marécages, l’ambiance, les alligators… » Le pompier eut un petit mouvement de tête. « Je vais vous laisser, on a réservé. On ne fait pas attendre les anniversaires. » Un petit mensonge, de quoi déguerpir et ne plus penser aux horreurs à venir.

Matthias installa Solveig avant de s’asseoir à son tour. La musique sucrée aux relents de jazz emplissait la pièce et il eut un signe discret du menton vers le ventre de la demoiselle. « Maintenant qu’on est plus ou moins pépouze et qu’on va manger comme des rois, tu vas me dire ce qui t’es arrivé. Je suis pompier, pas ferrailleur, je sais quand quelqu’un s’est pris une tôle quand même. »




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MessageSujet: Re: Le Club des mauvais jours ♣ Solveig Erikkson   Mar 18 Juil - 15:41


« Le Club des mauvais jours »


Solveig E. ♣ Matthias P.
featuring

Le regard qui se portait sur le miroir en pied, une pièce de luxe qu'elle n'aurait jamais pensé avoir un jour. Cependant, en vivant avec Niklas depuis quelques jours, quelques semaines, elle avait découvert une vie bien plus riche que celle qu'elle avait vécu jusque-là. Après, il y a plus de deux cents ans, au fin fond de l'ancienne Suède, le confort n'était pas le même que dans les hautes sphères de ce gouvernement. Peut-être que son frère n'avait pas choisi la bonne voie pour lui offrir la vie qu'il aurait aimé lui offrir. Enfin, elle ne lui en voulait pas. Elle s'était toujours estimée heureuse de l'avoir retrouvé en 2012. Et elle ne reviendrait jamais sur sa décision de se laisser enlisée. Parce qu'elle n'en avait pas conscience. Parce qu'elle n'était pas capable de se rendre compte que tout était devenu de pire en pire. La violence, elle avait fini par l'intégrer, par l'utiliser aussi. De plus en plus ces derniers mois en réalité. Elle s'enfonçait dans l'horreur, devenait de plus en plus insensible. Oh, elle n'allait pas y perdre son innocence, puisqu'elle n'en avait déjà plus. Néanmoins, il faudrait qu'elle se l'avoue un jour : elle avait changé. En bien, en mal, mais elle avait changé. L'autodestruction à son paroxysme, la lame arrachant chairs et organes.

La tenue portée lui semblait bien trop... Décalée par rapport à son environnement habituel. Trop belle. Trop lisse. Trop parfaite. Elle lui avait été payée par Niklas évidemment, créée spécialement pour elle aussi. Une robe longue, couleur pourpre profonde, d'une matière qu'elle serait incapable de définir. Bien trop foncée dirait-elle, bien trop travaillée surtout. Solveig ne se sentait pas forcément à l'aise dedans, mais Matthias avait été clair : il fallait être bien habillé, classe. Alors, elle se prêterait au jeu. A cette robe si parfaite s'ajoutaient une paire de boucles d'oreilles en or et diamants, et un fin collier soulignant son cou. Et la pâleur de sa peau. Même si ce n'était pas forcément la chose à souligner, puisque cela rappelait son acte fou. Elle s'observait, la métamorphe, dans le miroir qui lui faisait face. Elle se détaillait, cherchait un point de repère dans cette nouvelle tenue. Pour ne pas se perdre, trouver la bonne direction. Elle n'aurait jamais eu l'idée de porter tout ça, si la situation ne l'avait pas exigé. Cela lui permettait au moins de penser à autre chose.

L'horloge résonna dans la pièce. Le signal du départ. Solveig logeant chez Niklas, elle était désormais proche du centre « luxueux » de la ville. Quelques minutes à pied. Enfin, si elle avait pris des chaussures à tâlons, elle en aurait eu pour quelques heures. Et elle se serait cassée la gueule à chaque pas. Donc, sous sa longue robe, elle avait gardé des chaussures confortables, quoique bien plus délicates que ce qu'elle avait l'habitude de mettre.

Elle retrouva Matthias, toujours à l'heure. Un sourire à l'intention de l'homme qu'elle considérait comme un ami, malgré une certaine réticence au début de la part de l'autre. Il fallait dire, elle était suédoise, et ce n'était pas très bien vu de sa part. En plus d'être rousse. Un sacrilège aux yeux de l'homme, pour une raison que Solveig n'était pas certaine de comprendre. Elle le suivit, lui qui semblait bien plus à l'aise, bien plus à sa place qu'elle en ce lieu. Un mot de passe, prouvant la sélection de l'établissement sur sa clientèle. Décidément, ce n'était pas pour elle. Une remarque sur ses cheveux, accueillie avec un sourire condescendant sur les lèvres, avant que les deux êtres ne se fassent stoppés par un... Inconnu pas si inconnu pour Matthias. Quelques mots échangés, et elle pouvait sentir l'autre se tendre. Avant d'offrir une excuse à son interlocuteur pour se dégager de la discussion envenimée qui arrivait. Le Gouvernement était quand même particulier...

Ils s'installèrent, et Solveig se laissa un peu bercée par la musique en fond. Elle en écoutait peu, si ce n'était celle dansante du Little, faite pour que les danseuses se déhanchent. Un souvenir qui l'habitait quotidiennement, mais auquel elle s'était faite avec le temps. Alors qu'elle aurait pu être à la place de ses prostituées, si son frère n'avait pas été le créateur de ce bordel.

La question de Matthias la fit sourire. Un sourire contrit. Trop observateur certainement, mais il était pompier, comme il l'avait si bien souligné. C'était son boulot de remarquer ça. Solveig se laissa aller dans le dossier, attrapa un bout de nappe qu'elle tritura entre ses doigts. Un moyen comme un autre de faire passer le stress. La langue passa sur ses lèvres sèches, et une grande inspiration fut prise.

« C'est... Compliqué. » Evidemment, si ça avait été simple, elle ne serait pas ici. Elle n'aurait pas non plus tenté de cacher la blessure, et la souffrance que le tout occasionné. En temps normal, ce n'était pas si long à cicatriser. Pourquoi Diable aujourd'hui elle n'y parvenait pas ? « J'ai... J'ai essayé de me suicider. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis enfoncée un couteau dans le ventre. »

Murmure, pour ne pas que d'autres l'entendent. Sa peau avait encore pâli un peu plus, même si le tout était atténué par le maquillage léger, mais présent, qu'elle avait mis. Tant mieux, cela lui faisait garder un teint lumineux, elle ne se transformerait pas en cadavre ambulant. Elle jetta un regard autour d'elle, s'assurant que personne ne leur prêtait réellement d'attention. Trop de luxe ici, définitivement.

« Tu vas me dire que c'est parce que je suis rousse que j'ai fait ça ? »

Ton légèrement sarcastique, prouvant que l'évocation du geste était encore épineux, douloureux. Tendue, désamparée, son regard se fit fuyant, refusant de se poser ou de se confronter à celui de Matthias. Ah, le jugement des autres, dont elle se foutait pertinemment. Sauf quand il s'agissait de ses proches. Isak. Niklas. Matthias aussi. Beaucoup de personnes quand même... Elle finit par changer de sujet, maladroitement.

« Tu as les moyens de te payer un repas ici ? Ca a l'air... Très luxueux. Trop pour un pompier. »

Ce n'était pas dit méchamment. Mais plutôt réaliste dans la manière de penser de la jeune femme. A toujours vivre dans la pauvreté, on finit par avoir du mal avec l'appréciation de la richesse...




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MessageSujet: Re: Le Club des mauvais jours ♣ Solveig Erikkson   Mar 8 Aoû - 18:50


« Le Club des mauvais jours »


Solveig E. ♣ Matthias P.
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L’expression en anglais était adequate: you clean up nicely. Sous entendu, avant t’étais crade. Un truc dans ce genre. La lutte des classes c’était d’abord une affaire de vocabulaire et de tissu. Il l’avait bien compris durant les parades et autres joyeusetés gouvernementales. La propagande avait le toucher de la soie ou celle des couvertures rêches des prisons, les mots étaient codifiés, matraqués eux aussi, on vivait en dolby surround mais le son n’était jamais le même.
Solveig avait coupé le son depuis longtemps. Pas volontairement, non. Une histoire de famille. C’était dingue comment on pouvait se briser soi-même les vertèbres pour des gens juste parce qu’on avait soi-disant un partage d’ADN avec. Le frangin c’était ce que Matthias appelait tranquillement ‘un classique’. Gueule d’ange, âme de connard. De quoi faire suer les midinettes et les petits gars en recherche de sensation forte. Solveig, c’était différent. Elle était sa sœur. Elle se sentait investie d’une mission divine avec le gusse, du type marche ou crève, et si tu peux plus marcher, t’en fais pas, je te porte.

On n’arrivait déjà pas à se porter nous-mêmes…

« C'est... Compliqué. » Matthias eut un mouvement d’épaules décontracté. « J'ai... J'ai essayé de me suicider. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis enfoncée un couteau dans le ventre. » Il cilla cette fois-ci, la petite lueur au fond de la pupille, mélange de « merde tu déconnes putain » et de « ouais je comprends », l’étincelle bordélique qui fronce le nez et qui finit par se fendre d’un « Ah … ouais quand même. » Ce n’était pas sa première tentative à la rouquine, tout du moins il n’était plus trop sure. Les temps avaient changés ou peut-être plutôt que l’humanité, et ce qu’il en restait, l’avait fait. Solveig coulait, mais ils coulaient tous. Elle le faisait juste un peu plus vite. Matthias vida son verre avant de l’agiter puis de le reposer. Elle s’était enfoncé un couteau, comme ça. Il se l’imaginait parfaitement et les cils tremblèrent silencieusement vers le ventre caché derrière la table et ses coins carrés.
« Tu vas me dire que c'est parce que je suis rousse que j'ai fait ça ? » Le sourire - même imparfait -  s’éclipsa. « Ben disons que moi j’allais te raconter comment j’ai éteint un feu, faire mon gars lambda, briller un peu et tout, là je t’avoue c’est compliqué d’enchainer. » Il se rapprocha, les coudes sur la table, les bras croisés, la haute silhouette en perdition au-dessus des assiettes. « Qu’est-ce qui t’as pris putain ? T’as voulu répéter un numéro de magie ? C’est à cause de l’autre ? » L’autre. Le bidule avec le même sang. « Tu veux pas l’abandonner mais à quoi ça sert si tu t’abandonnes toi-même ? » Le visage de Matthias s’allongea. Voilà qu’il parlait comme un moine bouddhiste, encore un peu et il sortait les sandales et la toge safran. « T’as compris ce que je voulais dire… » Elle était plus futée que lui après tout, elle savait faire des trucs de scientifiques quand lui en était encore à doser combien de gouttes de sirop il fallait avec la limonade pour faire le diabolo parfait.

La tentative de changement de conversation ramena un sourire sur son visage solaire. « Si je te disais que j’ai hérité ? Attends non ce n’est pas crédible, j’ai plus de famille … enfin à priori…. Non mieux, j’ai tué un crocodile à main nue, dedans il y avait un trésor ! Toujours pas ? » Le brun dodelina de la tête. « Je t’invite, demande pas des trucs comme ça, ça me vexe. Puis oublie pas que je suis à leurs soldes, poster boy tout ça… » Il eut un haussement d’épaules, ça n’avait aucune importance. Le sable des arènes et le sang des adversaires. Aucune. D’ailleurs il ne s’en souvenait même plus, à peine des bribes.

Il ne s’en souvenait que dans ses cauchemars.

La carte leur fut présentée et ils choisirent ensemble, Matthias insistant pour qu’ils prennent des plats différents afin de pouvoir gouter dans l’assiette l’un de l’autre. « On fera ça discrètement. » Ajouta-t-il dans un clin d’œil fugace. « On va pas ternir la réputation du Mary Rose. C’est cosy y’a pas à dire… » Le regard revint vers le tissu chatoyant de la robe. Derrière il y avait la blessure, celle du corps et celle de l’âme. L’œil se fit plus sérieux, la voix plus basse. « En attendant nos crevettes exquises… tu vas m’en dire plus…je croyais que tu allais mieux… »

Il était presque embêté de l’aveu et le noya dans une gorgée de vin.



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