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 Muddy waters [Solveig]

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MessageSujet: Muddy waters [Solveig]   Mar 4 Juil - 17:22

All the spirits gather 'round like its our last day
To get across you know we’ll have to raise the sand


Tout est blanc.

Parfois dans cette ville, il fait tellement chaud que les bâtiments, le ciel, même l'air semblent laiteux : comme s'ils se changeaient en fer chauffé jusque après son point de fusion. Parfois mais c'est rare, les températures caressent brièvement le zéro à la tombée de la nuit et une fine pellicule de poudre tombe du ciel pour faire un tapis sur le sol et les toits. L'un des spectacles préférés de Charlie, qui n'avait jamais vu la neige jusqu'à subir l'apocalypse, peut-être bien la seule chose un peu douce à regarder qu'elle aura pu tirer de toute cette expérience.
Aujourd'hui, alors qu'il est quatorze heures et que le soleil devrait être à son zénith, ce n'est pas du fer chauffé ou un tapis de coton dehors, juste une ville changée en glace, à blanchir comme une articulation sous un poids trop lourd pour elle. Le bleu pâle d'un ciel dépourvu de nuage protecteur, chauffé par un soleil que dieu sait quelle force prive de sa chaleur, tranche avec le blanc criard du gel qui a figé le monde dans un manteau de glace.

Loin de s'en décourager, les habitudes de Charlie ont la peau dure. Ce sont juste des mains emmitouflées dans des gros gants récupérés sur les étals d'un rayon de sport alpin qui poussent son vélo dans sa cachette habituelle, contre le mur du Lttle D. Un visage prisonnier d'une épaisse cagoule emmanchée d'une écharpe chaude qui se tourne vers la porte, privé de vision périphérique par ses diverses couches, et un corps engoncé dans un blouson plus épais qu'elle qui s'engouffre par l'ouverture, en prenant soin de refermer promptement derrière lui. Assaillie par la chaleur que conserve jalousement l'enceinte, des corps qui s'agitent et du luxe de radiateurs pour lutter contre le gel extérieur, la jeune fille se débarrasse vite de ses diverses couches, qu'elle accroche près de l'entrée en prenant soin de ne pas faire de pli. Ses doigts se plient et se déplient méthodiquement, débarrassés de l'ankylose, retrouvant le sang dans leurs capillaires en une brûlure intense. Le rose aux joues et les bras frottés machinalement, Charlie s'avance un peu plus fermement vers le bar pour s'enquérir de son nouveau travail.

Son tabouret l'attend, ainsi que son verre d'eau habituel déjà posé devant. Sur le siège d'à côté, une fille, plus vêtue qu'à l'accoutumée, fume une cigarette fine d'un regard pensif vers le mur. Charlie sourit à la vision de ce nouveau rituel et va s'enquérir d'un pas rassuré de sa compagnie, les fesses posées sur la haute chaise avec un soulagement non dissimulé.
Après tout les habitudes sont faites pour être changées, ou du moins quelque peu améliorées.

" Salut Charlie. "

Elle lui sourit, la fille, lui tend l'une des cigarettes fines et lui permet de l'embraser à la flamme de son briquet. Sur son bras droit, les fantômes guéris d'une cicatrice à peine visible, sans doute un peu aidée par le maquillage. Même si c'est trop tôt pour travailler, qu'elle n'a encore rien à prouver à personne ici, ces filles ont appris à montrer le meilleur d'elles-mêmes et quand on y prête attention, il est facile de se rendre compte qu'elles se soucient de leur apparence même quand personne d'autre le fait. Parce que c'est elle qui leur permet de vivre ou de survivre, a fini par comprendre Charlie, le jour où elle a cessé de prétendre que ça ne l'intéressait pas. Dans un sourire un peu mécanique, elle arrache un volute à cette cigarette trop fine pour ses manières rigides, sent la menthe poivrée de l'arôme lui chauffer la gorge.

" T'es là tôt.
- Il fait plus chaud ici que dans mon appart. " Un peu plus en connaissance de ses manies, comme Charlie en sait d'avantage sur son rapport au corps, elle attend qu'elle ait bu deux gorgées d'un verre que la jeune fille ne touchait pas autrefois pour ajouter dans un sourire pensif, les yeux au plafond. " Alors. Voyons. La pyramide de Khéops ? "
Interloquée, une moue dubitative accuse la proposition, peu convaincue.
" J'ai déjà dit la bibliothèque d'Alexandrie, et c'est dans le même pays.
- Personne n'a dit que ça devait pas être dans le même pays.
- Oui mais je vois pas l'intérêt de pouvoir être partout si on va toujours dans le même pays. "

Un rire ponctue cette démonstration de logique élémentaire, les déstabilisant un peu. Mais Charlie n'a pas le temps de donner les preuves de son propre bon sens, que l'un de ses interlocuteurs habituels, celui qui lui donne certaine de ses missions, fait irruption par la remise pour interrompre l'échange.

" On a rendez-vous au cimetière. " Sans la laisser chercher une explication à cette injonction inhabituelle dans le regard de sa comparse, il pose quelque chose sur la table, dans un bruit mat, un geste un peu lourd. Les yeux de Charlie caressent la silhouette d'un neuf millimètres à côté de son verre. " Tu sais t'en servir ? Bon. On veut pas attirer l'attention, donc tu tires que si t'as pas le choix. En route. "


I will ask you for mercy
I will come to you blind
What you’ll see is the worst me
I'm not the last of my kind


Le béton crade des rues abandonnées, blanchi par le gel comme en une illusion de propre, défile à travers la vitre de la camionnette noire. C'est plus loin qu'elle n'a jamais pu s'aventurer sur son deux roues et malgré elle, Charlie ne peut s'empêcher de tendre le nez vers les bâtiments inconnus, pourtant similaires en tout point à ceux qui lui sont familiers. Sans trop savoir ce qu'elle cherche - peut-être bien une différence, justement, un truc qui accrocherait ses prunelles un peu plus longtemps que ce défilé de rien au gris devenu temporairement blanc.

La température s'est radoucie, assez pour les exempter de gants ou d'écharpe, bientôt les faire regretter de même porter des vêtements, quand la canicule aura repris ses droits. Pensive, Charlie contemple sur la fenêtre, le souvenir de la vision sur laquelle son regard a décoché malgré elle, quand le type qui conduit la camionnette en a refermé les portes. Un chargement, beaucoup plus imposant que ce qu'elle peut transporter seul sur son vélo. Elle craint de savoir ce que ça veut dire mais pas si c'est une bonne chose, ou si elle en a envie, ou encore si elle a vraiment le choix.

Après de longues minutes, elle sent le véhicule ralentir, ramenant par réflexe son regard devant elle, aux abords d'un édifice qu'elle aurait fui quand bien même elle avait les moyens de s'y rendre sans danger, à cause de ce - ceux - qu'il contient peut-être. Mais Charlie ignore l'ersatz d'horreur qui lui tord le ventre à cette pensée, consciente que ce n'est ni l'endroit ni le moment. Au pas, la camionnette contourne le cimetière, dont dépassent quelques croix de tombes un peu plus hautes que les autres, derrière les feuilles gelées et les murs d'enceinte, jusqu'à atteindre la face arrière. Là, elle s'engouffre à travers des grilles en fer forgé, parcourt quelques mètres avant de faire lentement demi tour, s'immobiliser à côtés d'un autre véhicule, fermant la route entre les deux en un angle qui interdit le passage d'une autre voiture, face à la sortie.

Attentive, Charlie regarde la berline noire, d'où s'échappe vite du siège passager, une silhouette qui frappe son regard. Par la finesse de son corps, la féminité de son visage, même le mouvement souple de ses cheveux au milieu d'un monde gelé par l'hiver, des monuments figés dans la mort. Elle a peur de deviner de qui il s'agit et si elle s'y résignait, elle serait tentée de présumer qu'il y a une erreur à sa propre présence.

Le conducteur baisse la vitre de Charlie, pour se pencher vers la femme qui approche. M'dame. il lance, dans un grognement formel, un peu tendu. Puis son regard se tourne vers elle, insiste d'un haussement de sourcil, jusqu'à ce que Charlie comprenne qu'on attend d'elle qu'elle descende de la voiture. Un peu défaite, elle déboucle sa ceinture, vérifie la présence de son arme dans son dos quand son conducteur sort la sienne et la dissimule sous le volant, les yeux déjà braqués sur les grilles. Ses pieds rejoignent le sol, à côté de cette femme dont elle devine l'identité, la seule qui pourrait arracher la moindre politesse à la brute qui l'a amenée ici, elle en a conscience. Elle est un peu plus grande qu'elle, et clairement plus imposante dans ce décor en perdition. Ne serait-ce que parce qu'elle domine sans doute ce territoire, que la jeune fille n'a jamais vu, et dont elle ignore encore l'utilité véritable, même si elle s'en doute. Charlie ne dit rien, parce qu'elle n'est pas sûre qu'on attende le moindre mot de sa part. Au lieu de ça, elle regarde le conducteur de la deuxième voiture, dans la même position que celui de la première, aux aguets, la crosse d'un fusil visible entre ses mains à travers la fenêtre de sa portière.

Elle même porte les yeux vers les grilles, puisqu'il ne faut pas être un génie pour deviner qu'ils en attendent quelqu'un, à défaut de savoir pourquoi on l'a mandée pour attendre avec eux.

Sold me out
In the muddy water we’re falling
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MessageSujet: Re: Muddy waters [Solveig]   Mer 19 Juil - 1:26


Muddy Waters
Sold me out, in the muddy water we’re falling ••• Les papiers étaient déposés en fouilli sur le bureau qu'elle avait investi. Une nouvelle place à l'étage du Little Darlings. Cette partie qui avait brûlé. Certes, il s'agissait en premier lieu de la chambre d'Isak, mais le feu s'était propagé un peu. Elle le pensait en tout cas, que c'était lié à cela. Mais elle venait à peine de revenir ici, et n'avait même pas encore croisé son aîné. Elle espérait d'ailleurs qu'il allait bien. Il ne pouvait qu'aller bien maintenant... Le geste de Solveig avait eu pour effet d'exploser leur relation. En mieux ou en pire... Elle était encore incapable de le dire. Elle était dans le flou total. Qu'avait-elle fait ? C'était la question qui tournait en boucle dans son esprit ces dernières semaines. Elle avait été obligée de la partager avec Niklas, qui avait réitéré sa demande qu'elle habitde définitivement avec lui. Mais elle ne le pouvait pas. Elle ne pouvait pas laisser tomber son frère et la Niflheim. Malgré tout, elle s'y était attachée à cette organisation. Et surtout, elle ne voulait pas décevoir son aîné. Alors, elle l'accompagnerait, quoi qu'il en coûte. Et même s'il souhaitait la voir partir, elle s'accrocherait. Pire qu'une sangsue. Et c'était certainement ce qui empoisonnait leur relation fraternelle, l'incapacité de la cadette à se détacher de l'autre.

La situation s'était curieusement maintenue au Little. Aucune explosion à déplorer, tout avait bien tourné. En faisant la comptabilité, Solveig se rendait compte que les affaires avaient bien tourné. Notamment dans la vente de drogue. Ses dealeurs étaient quand même allés sur le terrain, malgré son absence. Enfin, Isak avait dû le leur ordonner. Et sans sa présence, il était leur chef. Bon, même avec, mais il avait toujours évité d'interférer dans ses décisions. Ou alors il était trop défoncé pour le faire. C'était aussi une possibilité, au vu des passions de son aîné. La drogue. Et le sexe. Mais pour le second, elle l'avait juste deviné. Et n'avait pas besoin d'en savoir plus, avouons-le. Les fantasmes de son frère ne la regardaient pas. Absolument pas. Ses yeux peinaient à lire les différents rapports, écrits à la main et en anglais, double difficulté pour la jeune femme. En redevenant humaine, elle avait appris à lire et parler cette nouvelle langue, mais il fallait qu'elle le dise, la compréhension écrite restait compliquée pour elle. Et quand une graphie exécrable s'en mêlait... Cela lui demandait des efforts considérables pour déchiffrer le tout. Comme si elle avait envie de les faire...

On toqua à la porte, entra, déposa une nouvelle feuille. Elle la lut rapidement, haussa un sourcil. Une livraison importante dont elle n'était pas au courant, mais qui aurait lieu dans la soirée. Bien. Super. Elle allait s'éclater. L'un des seconds resta plantée là, attendant sa réponse. Un profond soupir, alors qu'elle donnait son accord et surtout acceptait d'y aller. Ce qui eut l'air de détendre l'accompagnateur, qui sortit de la pièce sans demander son reste. La langue passa sur les lèvres sèches, alors que ses yeux se posèrent sur un dossier à part. Le dossier qu'elle avait récupéré en arrivant. Quelques mots touchés par Joseph qui l'avait poussée à effectuer une petite enquête. Pas grand-chose comparé aux moyens qu'elle pouvait mettre en œuvre, mais de quoi la rassurer sur les états de service de cette presque inconnue. Qui allait être mise au défi dès aujourd'hui. Un mince sourire sur les lèvres de la mafieuse, qui quitta son siège, rattrapa son second en quelques enjambées, et lui demanda de faire venir cette Charlie en fin d'après-midi. Pour l'accompagner. Pour la tester. Même si Isak n'apprécierait certainement pas que sa sœur soit accompagnée simplement d'une femme. Oh, juste la faute à une très légère mysogynie... Et le fait qu'il pensait être le seul à pouvoir la protéger aussi.

Elle se replongea dans les dossiers, quelques heures avant qu'une voiture ne vienne la chercher, tout droit dépêcher par Niklas. Le froid mordant de la soirée semblait ne pas avoir de prise sur Solveig lorsqu'elle se glissa hors de l'établissement, après avoir fait un signe de la tête aux videurs. Sa nature de métamorphe avait tendance à l'empêcher de ressentir les différents de température. Ou alors elle avait tout simplement l'habitude des négatives, en ayant vécu en Suède pendant des années...Elle se glissa à l'intérieur du véhicule, se laissant à présent conduire jusqu'au cimetière des quartiers nords. Un drôle de lieu pour un rendez-vous, mais Solveig en avait l'habitude. Et clairement, elle n'était pas du genre à avoir peur de se retrouver à un tel endroit, et de côtoyer quelques petits cadavres au passage. Elle espérait juste qu'aucun zombie ne s'y trouverait, elle n'avait clairement pas envie de se battre. Et surtout, elle ne savait pas le faire autrement qu'en se transformant en lionne ces derniers temps. Comment réagirait son accompagnatrice du jour ? Si la condition de Solveig était connue à la Niflheim, rares étaient ceux à l'avoir vue se transformer. Ce serait une expérience étonnante, non ?

La voiture s'arrêta, et quelques minutes d'attente plus tard, la camionnette qu'ils attendaient débarqua. Bien. Solveig sortit dans la foulée, se rapprocha du deuxième véhicule. Elle, dans son chemisier blanc et sa jupe noire, semblait en décalé dans l'environnement glacial. La fenêtre ne tarda pas à s'ouvrir, lui laissant découvrir un des gardes de son frère et la jeune fille dont elle avait demandé la présence. Bien. Pour une fois qu'on l'écoutait. Le M'dame sorti de la bouche de l'homme paraissait lui arracher la langue. Ah, il n'avait pas l'habitude d'être si respectueux d'une femme. Mais le choix ne lui était pas donné. A partir de maintenant, ce serait marche ou crève. Sois d'accord ou dégage. Elle n'avait plus envie de jouer ou de subir, sous prétexte qu'elle n'était que l'ombre de son aîné, et appartenait au sexe faible. Finalement, elle était bien plus forte que la plupart des hommes sous ses ordres...

La jeune fille sortit, et la suédoise adressa un sourire au chauffeur. Un remerciement masqué. Chaque trait de son visage se veut calme, posé, contrôlé. Elle ignorait la peur et les interrogations qui lui nouaient les entrailles. Parce qu'elle était humaine au fond, encore capable de ressentir de l'effroi. Mais elle avait appris qu'il fallait se montrer impitoyable dans ce monde. Alors, elle cachait le reste, les enfouissait sous un masque créé pour l'occasion, copié de son frère. Face à la grille, elle se tenait droite. Bien trop droite. Regard vers la montre, alors que le silence s'éternisait. Puis l'aiguille se positionna sur l'horaire attendue. Bien, il était temps de bouger. Un geste en direction de la jeune fille à ses côtés :

« Vous, vous m'acompagnez. »

Le ton ne souffrait d'aucun refus. Et Solveig s'était de toute façon déjà engagée sur le sentier qui menait à la grille. Celle-ci résista quelques secondes à la tentative d'ouverture de la métamorphe, avant de céder face à la pression effectuée par Solveig. Qu'une foutue porte ne se foute pas de sa gueule non plus... Les hommes étaient restés dans les véhicules, surveillant leurs arrières. Au cas où tout cela n'était qu'un piège et qu'il faille faire demi-tour. Une possibilité, au vu des ennemis que la Niflheim possédait...

La suédoise attendait d'être à l'abri des oreilles indiscrètes pour reprendre la parole, de son ton neutre et son accent bien présent :

« Bien, Charlie... Savez-vous pourquoi vous êtes ici aujourd'hui ? Savez-vous qui je suis ? » Pause. Solveig cherchait à tester les connaissances de son interlocutrice. Finalement, elle avait tendance à bosser dans l'ombre, et peu de personnes en dehors de ceux bossant sous ses ordres étaient au courant de qui la jeune femme était. Un mal pour un bien. « On m'a parlé de vous en de très bons termes... Assez pour attirer mon attention en tout cas. »

Surtout venant de Joseph. Leur relation était houleuse, et Solveig ne pouvait pas dire qu'elle appréciait son souteneur. Mais il avait pour le moment une certaine... appréciation de la part de l'aîné. Et elle ne pouvait donc rien faire contre lui. Alors, elle se contentait de le surveiller. Enfin, ça, c'était avant sa tentative de souci, et le recul qui en avait suivi. Peut-être qu'ils pourraient à présent s'apprécier. Cette simple pensée la fit sourire. Si seulement c'était si facile... Un hullulement attira son attention. Bruit bientôt relégué en tant que fond sonore.

« Parlez-moi un peu de vous. »

Elles avaient encore pas mal de distance à parcourir, et de temps à tuer avant l'arrivée du livreur...

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MessageSujet: Re: Muddy waters [Solveig]   Dim 1 Oct - 11:54

Il y a toujours beaucoup à voir dans la dynamique des corps. Que ce soit celui de ce chauffeur qui reluque et se tend devant les femmes avant de se reprendre pour leur adresser la parole, assez médiocre à masquer ses pulsions intérieures. Ou bien encore, cette grande femme qui se tient très droite entre les protagonistes, dans une démonstration d'autorité évidente - avec ses vêtements détonants pour la température et l'ambiance, ses jambes bien tendues son nez levé bien haut. Mais le plus intéressant, c'est surtout leur dynamique à deux. Le mot que monsieur s'arrache comme on crache un plat rance, le hochement de tête de madame dont le mouvement retenu grince comme du métal sur la tension interne de sa désapprobation. Campée dehors, immobile en attendant qu'on la sonne puisqu'elle n'a pas tellement d'autre choix, Charlie observe le manège d'une oeillade furtive. C'est dans cet échange lapidaire qu'elle peut confirmer la véritable nature de l'homme à côté duquel elle est restée assise plusieurs minutes - et plus inquiétant encore, les craintes presque imperceptibles de la grande dame qui leur fait office de chez d'orchestre. Il y a dans la conviction ferme avec laquelle elle veut afficher visage neutre et posture droite, l'aveu d'une inquiétude latente. Un très léger frémissement de ses lèvres, manifestation de ruminations intimes, quand elle est libérée du regard de l'autre. Attentive, Charlie se tait. Elle contemple les grilles, se remémore le moment où elle a chargé son arme et la présence d'un couteau à sa ceinture pour détendre ses nerfs - chacun se rassure à sa manière.

Si le manège entre les deux mafieux est beaucoup plus limpide qu'ils ne veulent s'en convaincre, la raison de sa présence au milieu reste obscure, et c'est bien ce qui l'effraie le plus. Elle doute que ce soit personnel - doute qu'on puisse mobiliser patronne et voitures pour apprendre une leçon à un simple coursier. On l'a conviée à se faire petite main d'une mission plus importante qu'un simple aller retour, ça semble évident. Ce qu'elle ne saisit pas, c'est la raison de cette soudaine et brève promotion. Elle ne se souvient pas avoir fait grand chose pour en revendiquer une - tout au contraire elle s'est surtout employée à raser les murs. Désapprouvant l'idée qu'on la remarque, répugnant jusqu'à la notion de lien avec ses employeurs, Charlie a employé ces dernières semaines à faire son travail en attendant de mourir. Par obstination à ne pas se laisser crever bien plus que par véritable instinct de s'en sortir. Il est un peu vexant de constater que sa prétention à rester invisible est un échec cuisant, au point que la patronne de la baraque elle-même se trouve un jour en sa présence. A lui parler. Lui donner des ordres.

Que la rouquine exécute, sceptique, dans l'expectative pour l'heure. Un peu rigide, elle s'active à suivre madame d'une démarche mécanique - madame et sa jupe noire, madame et son autorité, madame et ses silencieuses inquiétudes. Elle franchit les grilles à sa suite, sort les mains de ses poches malgré le froid pour se tenir prête. Attentive, Charlie guette les allées vides, les tombes inertes, à l'affût d'un mouvement - par réflexe conditionné et avant même de savoir ce qu'on lui demande. Les effluves d'un parfum subtil, cher, émanent de sa compagnie pour lui caresser les narines - achèvent de marquer la distinction entre leurs mondes. Dans le gel éphémère, le brouillard des tombes, le craquement de leurs semelles sur les plaques de glace, elle attend de comprendre. Partiellement. Pas longtemps. Quelques secondes à peine.

" Vous êtes Solveig Eriksson, vous gérez le Little Darling avec votre frère, c'est tout ce que je sais. Et non, on ne m'a pas dit pourquoi j'étais là. "

Une réponse simple et lapidaire, humilité conformée à la hiérarchie en place, apprise dans les rangs de la rébellion. La déférence de ce premier échange l'étonne, sans totalement lui déplaire. Elle ne se souvient pas avoir été vouvoyée depuis son arrivée au Little Darling - d'habitude on lui donne plutôt du Toi, du sobriquet paternaliste, des marques grossières de mépris et de luxure dont elle se fout comme de sa première chemise. Avant ça elle errait parmi des rebelles qui la prenaient pour un monstre et ne montrait pas la moindre estime à son égard. En réalité, Charlie ne se souvient pas avoir été adressée avec véritable politesse, ou très rarement, et ce depuis qu'elle est en âge de pouvoir le réclamer. Cette marque de respect attire son regard un peu plus durablement sur cette femme, apaise d'un peu la méfiance de ses premières impressions à son égard. Elle explique, aussi. Elle explique tout.

L'inquiétude à peine visible et la tenue élégante - tu es trop correcte pour ce monde, tu le sais, tu t'en caches et tu crains que ça te porte préjudice.
Et tu as parfaitement raison.

" Y a rien de très original à en dire. " ajoute la jeune femme, gardant pour elle son premier état des lieux,
après un silence un peu plus durable. Un silence aussi éloquent que l'échange entre la Femme et la Brute - qui traduit sans ambiguïté son aversion naturelle à parler d'elle. A ce premier silence s'ajoute un deuxième, entre deux phrases. Une pause pour s'accabler brièvement de l'impasse dans laquelle elle se trouve,
encore. Ne pas répondre serait suspect, et très peu recommandé - mais trop en dire va à l'encontre de tous ses instincts naturels. " J'ai fait des erreurs de jeunesse, je peux plus vraiment me pointer chez les administrations pour chercher un job. Je cours vite et j'ai plus grand chose à perdre, puis je prends pas de drogue. Du coup un de vos dealers m'a recommandée pour vos livraisons. " elle ajoute alors, d'une voix fermée, dans un compromis de révélations partielles. Le reste - la rébellion, sa condition, ses dons et ses meurtres - il faut d'avantage qu'un ton poli pour les lui arracher. " J'aime pas trop parler, à part pour mettre les pieds dans le plat. C'est même assez étonnant qu'on vous ait parlé de moi en bons termes.  "

C'est pas la sympathie que j'inspire le plus aux gens, d'habitude. Sinon, je serais hôtesse, pas livreur de drogue.

" Vous êtes inquiète. " poursuit la jeune femme, assez vite, pour couper court aux envies que pourrait avoir madame d'épiloguer sur ses aveux. Pour comprendre, aussi. Risquant une oeillade à son adresse dans leur progression rigide au milieu des tombes, Charlie expire une moue incertaine. Un silence interrogatif. " C'est parce que ce type vous respecte pas, c'est ça ? " Je te l'avais dit. Les pieds dans le plat. Un haussement d'épaules, empreinte de fatalisme. " Cet homme est un violeur, ça se lit sur son visage. Il vous respectera jamais. Mais si c'est ça y a pas à vous en faire - à votre place, le problème c'est pas de vous faire respecter d'un seul crétin, c'est de pouvoir mobiliser une foule de crétins. Et votre nom suffit, pour ça. " Elle a passé assez de temps dans les bas-fonds de la ruche pour savoir que les petites ouvrières tremblent à la seule évocation de ces trois syllabes. Sans savoir pour quelle raison, si c'est l'autorité hiérarchique qui fait foi ou la réputation extrêmement instable de son frère qui tient les rangs, Charlie devine que c'est une motivation suffisante à la crainte collective. Il n'y pas de honte à utiliser son nom - ni ses armes ni ses poings ni sa réputation ni sa gueule, ni aucun atout à portée de main s'il peut nous aider à survivre. "... Par contre, si c'est à cause de ce qu'on fait là, j'aimerais bien être mise au courant. "
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Muddy waters [Solveig]

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