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 Sticks and stones may break my bones (Leander)

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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↳ Citation : « Too late it was, for him, for them, the evil curse had won. The anger and the anguish overwhelmed his fragile soul, and caused a wicked tantrum that he never could control. »
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MessageSujet: Sticks and stones may break my bones (Leander)   Mer 5 Juil - 0:40


Here we go again,
another night of being bummed.
I'll keep to myself, avoid the sun,
and cancel plans with everyone I know.
Cause this is how it awlays ends :
our bond will break, cause you can't relate to anyone,
to anything at all.



Vaas hésita à se décider. Car il ne savait plus si ce qui le motivait par le passé était suffisant pour le faire avancer dorénavant. Il y avait-il seulement le moindre espoir pour retrouver sa vie ? Avait-il réellement envie de toute manière de le retrouver, son quotidien ? Sa lutte acharnée contre ce qu’il pensait être juste, son combat contre l’oppression et l’injustice qui lui suffisait habituellement à se sentir vivant ? Il n’avait rien avant les jeux. Il avait encore moins maintenant. Ses insomnies l’empêchaient d’y voir clair. Ou au contraire, était-ce de l’éclaircissement qu’il apercevait au bout de cet immense route que la vie semblait rendre infinie ? Les autres avaient vécu pire que lui. Ils avaient vu et survécu. Vaas avait vu les images. Elles étaient rediffusées presque quotidiennement ces derniers temps. Il n’avait plus allumé sa télé depuis des jours. Il n’arrivait plus à l’approcher.

Depuis plusieurs nuits, il n’avait pas fermé l’œil. Son travail sur le chantier s’en faisait ressentir. Impossible de se concentrer, son esprit divaguait à chaque instant pour s’éloigner loin du présent. Si bien qu’il se retrouvait souvent en face du même mur ou du même joint à combler pendant toute une journée, comme aujourd’hui. Il partit plus tôt. Ses collègues ne disaient rien. Ils n’étaient pas très bavards ces derniers temps. Vaas leur en était reconnaissait. Il avait tout sauf envie de bavarder. Pas maintenant. Pas avec eux. Il passa chez lui pour retirer sa combinaison de travail pour un simple jean et une veste par-dessus son tee-shirt. Il n’arrivait plus à se retrouver seul. Physiquement, ça le faisait souffrir. Alors depuis, il sortait, trainait dans les bars, puis dans les rues, cherchant n’importe quelle situation qui le ferait se sentir vivant. Je ne suis pas encore mort qu’il se répétait. Pourtant, sa démarche laissait penser le contraire. Déambulant, laissant ses pas l’amener là où ils le voulaient, il ne contrôlait plus rien. Sauf peut-être cette soirée.

Personne dans son entourage n’aurait pu prévoir cette arrivée. Une cigarette aux lèvres, Vaas passa devant un établissement redouté de beaucoup. Normalement, il lui était inutile d’y poser un pied. Ils s’étaient mis d’accord. Or, ce n’était pas les affaires qui amenait l’ouvrier entre ces murs aujourd’hui. Il écrasa sa cigarette sur le sol avant de franchir les portes battantes de l’immeuble grisâtre. A peine eut-il fait trois pas sur le parquet de la morgue qu’une odeur de produits chimiques suspects lui agressait les narines. L’accueil était étrangement calme, si bien que le jeune homme se sentit d’emblée mal à l’aise. C’était comme si l’âme du bâtiment oppressait la sienne. Vaas ne voulait pas s’attirer d’ennuis. La bienséance aurait voulu qu’il s’annonce et qu’il demande si la personne qu’il recherchait se trouvait dans les environs. Sauf qu’il avait tout sauf envie de les aborder. Cependant, c’était soit ça, soit prendre le risque de se faire attraper par le col de sa veste et de se faire jeter tel un malpropre. Ou pire. Les rumeurs sur cette morgue n’étaient pas rassurantes. Mais aujourd’hui, Vaas avait décidé d’ignorer les mauvaises langues. Il avait besoin de le voir. Il avait besoin d’en parler.

Ce fut donc avec toute la patiente du monde qu’il se dirigea à l’accueil et attendit patiemment qu’une âme pose ses yeux sur lui parmi les deux jeunes gens qui se trouvaient en face de leur bureau. Ce ne fut qu’à ce moment que Vaas quémanda si Leander Crowell travaillait ce jour-là. Il s’avérait que oui. Et Vaas ne savait pas s’il était soulagé ou déçu de cette réponse. Mais maintenant qu’il était là, hors de question de faire marche arrière. Il était pourtant si facile de prendre ses jambes à son cou. Mais finalement, il se laissa une fois de plus diriger par ses pas. Lorsqu’il eut le dos tourné, il crut entendre des chuchotements se faire sur son dos qui cessèrent dès lors qu’il tourna la tête vers eux. Ils savaient. Ils l’avaient reconnu. Une semaine à peine s’était écoulée depuis qu’il était revenu des Forgiven Days. Une semaine qu’il n’arrivait plus à vivre sans que les voix dans sa tête aient permuté en chuchotements irascibles d'humains.

Machinalement, il descendit les escaliers qu’on lui avait indiqué et qui amenait à l’espace de travail réservé à Crowell. Il croisa quelques personnes en blouse blanche qui lui confirmèrent la présence de Leander non loin. Leur regard avait le don de pétrifier l’ouvrier. Il eut la même horrible sensation de murmures incessants sur son dos lorsqu’il continua son chemin. Cette fois-ci, il ne prit pas le temps de se retourner. La mâchoire serrée et les poings enfoncés dans les poches de sa veste, il se retrouva en face de la porte qui abritait la salle de travail de Leander. Il hésita longtemps. Se contentant alors de faire les cents pas et de se frotter nerveusement l’arrière de son crâne jusqu’à en griffer sa nuque. « Et puis merde… » Vaas se stoppa net et frappa trois coups aux deux portes battantes dont tout l’établissement semblait être équipé. Il regarda à travers le hublot incrusté à hauteur de tête qui permettait une vue assez approximative de l'intérieur, et attendit le signe de Leander pour rentrer dans la salle. Une fois fait il ouvrit timidement la porte et se faufila dans l’entrebâillement afin de rentrer dans la pièce.

« Hey, désolé… Je... J'passais par là et... » Le simple faire de dire bonjour lui paraissait inconcevable. S’excuser de sa présence probablement non désirée en bafouillant semblait être la meilleure option. Car après tout, il devait être une des dernières personnes à vouloir faire face. Un rescapé des jeux qui passait par là… La belle affaire. Des jeux totalement truqués qui plus est, créés seulement dans la tentative de faire ciller les membres du gouvernement. Son visage à lui seul devait lui faire remémorer des souvenirs atroce. Vaas s'en voulait de lui faire infliger ce qu'il imaginait être une horrible sensation de déjà-vu nauséeux. Que pouvait-il bien faire, face à un ancien survivant des jeux qui avait vu lui aussi l’horreur ? Lui qui l’avait vécu réellement. Faire mine de s’intéresser à son travail ? Le jeune homme tatoué n’était pas dupe, il n’y croirait pas. Bien qu’il éprouvât une certaine curiosité envers le travail de Leander, Vaas n’en était pas fasciné à ce point. Demander des nouvelles d’une potentielle victime qui pourrait être sa mère ? Inutile, il serait venu vers lui en premier. Cette pensée le fit embarquer à la dernière fois où il l’avait vu. En illusion. Ce qui fait perdre ses yeux dans un vague brouillard de souvenir.

Vaas n’arrivait pas à décoller les pieds de l’entrée. Il prenait racine deux mètres à peine devant la porte. La vérité était qu’il ne se sentait pas à sa place. Il savait pourquoi il était là, il en avait pleinement conscience. Bien qu’il était assez étonné de lui-même d’être parvenu jusqu’ici. Ce n’était pas dans ses habitudes. Habituellement, il préférait pourrir dans sa crasse plutôt que de la partager avec autrui. Pourquoi était-ce différent des autres fois ? C’était cette sensation qui le rendait mal à l’aise. Même s'il était arrivé jusqu'ici, il ne savait toujours pas s'il arriverait ou non à lui parler. A oser lui faire rappeler les jours que Leander avait dû mettre un temps conséquent à oublier. Ou à accepter ? C'était ce que Vaas devait savoir. Si une fois avoir survécu aux jeux, il était possible d'avancer. S'il était possible de vivre avec.

Il repassa sa main sur sa nuque, gratta l’arrière de son crâne nerveusement. Sur une table aux pieds métalliques se trouvait un corps dont le bas était couvert d’un drap. Il devait être en plein travail. L’idée même de l’avoir dérangé en plein boulot le gênait davantage. Surtout lorsqu’on savait quel type d’activité faisait Leander pour gagner sa vie. « J'peux repasser hein, si t'es trop occupé avec euh... le job. Tu t'en sors ? » Question rhétorique car il était plutôt évident que le jeune homme avait la situation et le corps du défunt en main. Ce ne fut que maintenant qu’il se rendit compte qu’il n’avait pas bougé sa main qui grattait toujours nerveusement l’arrière de son crâne. Ne sachant plus quoi en faire, il enfonça ses deux mains en fond des poches de sa veste en reniflant bruyamment. Les deux hommes n’avaient jamais eu de longues discussions au-delà du cercle professionnel. Ils se contentaient du minimum, même les rares fois où ils avaient pu tomber l’un sur l’autre à l’extérieur du lieu de travail de Leander. Sans doute, Vaas le liait systématiquement à sa mère. Que s’il le verrait débarquer un de ces jours, ce serait pour lui annoncer l’irrécupérable. Il y avait une chance sur un million pour qu’elle s’en soit sortie. Un espoir de fou. Cependant, il n’était pas là pour cette raison. Autre chose l’amenait entre ces murs qui semblait lui aspirer son énergie vitale. Peut-être Vaas regrettera plus tard d’avoir abordé le sujet avec un ancien survivant des jeux. D'autant plus que Leander ignorait les doutes de Vaas sur son identité. Il se pouvait que cette visite inattendue l'avait trahi d'emblée. Mais son instinct lui disait d’essayer. Quitte à ce que fracas s’en suive.

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MessageSujet: Re: Sticks and stones may break my bones (Leander)   Dim 9 Juil - 10:31


Un léger soupir s’échappe des lèvres de Leander, tandis qu’il abaisse le masque qui lui couvre la bouche, et contemple avec satisfaction sa dernière œuvre de la journée. Devant lui, étendu sur une table métallique, un homme d’une soixantaine d’années, son corps frêle et froid à moitié dissimulé sous un drap blanc. Le labeur est presque achevé. Les ponctions ont été faites, la masse sanguine extraite et remplacée par du formol. Les plaies soignées. Les orifices bouchés. Lavée, désinfectée, la dépouille ne dégage plus qu’une saine odeur d’antiseptique, fragrance chimique aux assauts insidieux qui vient gratter les narines, la gorge, le palais, mais laisse aussi la saveur réconfortante du travail bien fait.

Leander remet son masque. Il n’a pas tout à fait terminé. Reste à habiller le défunt, le coiffer, le maquiller. Autrement dit : le rendre présentable pour la famille. Un sac de vêtements a été déposé à son intention, ainsi que quelques photos. Le thanatopracteur y jette un regard attentif, tentant comme il le peut de se concentrer sur sa tâche, de chasser les pensées parasites. Mais rien à faire. Elles reviennent. Elles reviennent toujours.

Des images crépitent dans sa tête. Des bruits, aussi. Toutes sortes de mélopées, surgies des tréfonds de sa mémoire. Son souffle rauque, précipité… ses propres halètements, les battements furieux de son cœur. Les hurlements qui secouent la jungle épaisse et sauvage, déchirant le silence comme des coups de canon, faisant trembler de terreur les quelques survivants terrés au fin fond de ces bois hostiles. Les pieds qui plongent, pataugent, s’emmêlent dans la boue, avant de déraper brusquement sur une flaque de sable. Le sifflement des lianes et des écrans de verdure qui fouettent, griffent et piquent la moindre parcelle de peau disponible. Et puis, toutes ces choses qu’il peut sentir, goûter, palper comme s’il y était encore… La sueur qui ruisselle, la moiteur qui enveloppe et qui étouffe, le sang tiède qui éclabousse. Le fer et le sel sur la langue, mêlés à l’acidité de quelques violents rejets gastriques. Les yeux embués de larmes qui cherchent un chemin à travers la végétation, tandis que les mains tremblantes s’appuient sur les genoux sales, écorchés, tandis que le temps se suspend entre les gémissements d’un combattant à l’agonie et les cris abominables, d’origine humaine ou animale, qui viennent percuter les tympans et se fracasser contre les rochers.

Il n’a jamais réussi à oublier, et il n’oubliera sans doute jamais. L’arène. Cette arène dans laquelle il a bien cru mourir, quatre ans auparavant. Cet enfer aménagé, cette cellule close sur elle-même et sa monstruosité, ce micro-univers encore plus farouche, encore plus impitoyable que la réalité. Survivre à une telle expérience ne vous enrichit pas, ne fait pas de vous une personne plus forte. Ça vous empoisonne. Détraque vos sens et votre instinct. Bouleverse votre perception de façon absolument définitive. Aucun remède n’existe. La reconstruction est un mythe. Tout ce que vous pouvez faire, c’est prendre les lambeaux de votre ancien vous, ramasser les débris, et essayer de les arranger un peu pour en faire quelque chose de vaguement supportable.

Toc, toc, toc.

Trois coups contre la porte le font tressaillir. Chiffonnant une photo de son patient, sur laquelle il vient de buguer quelques secondes, Leander se retourne alors aussitôt du côté du couloir, et ce qu’il aperçoit à travers le hublot lui glace le sang.

En temps normal, une visite de Vaas Milligan ne lui aurait pas fait cet effet-là. Mais après ce qu’il vient de se produire… Il l’a vu à la télévision, bien sûr. La ville toute entière l’a vu. Dans ce décor apocalyptique, cette version cauchemardesque de la Nouvelle-Orléans, grouillante de monstres putrides. Vaas et d’autres citoyens choisis au hasard, errant parmi les décombres. Paumés. Tentant de se défendre, de survivre comme ils le peuvent. Comme Leander l’a fait en 2012, dans une arène bien réelle… Mais la virtualité de ces Forgiven Days ne les rend pas plus acceptables pour autant. En vérité, Leander en a été malade. Juste à regarder ça, cette horreur au goût si familier. Dès les premières minutes de diffusion, passé la curiosité morbide, il s’est empressé d’éteindre son poste de télé pour ne plus le rallumer en l’espace d’une semaine, se contentant ensuite de murmures prélevés dans la rue pour répondre à ses interrogations.

Machinalement, Leander fait signe au visiteur d’entrer. Que peut-il bien faire d’autre, de toute façon ? Il ne va pas ignorer Vaas, lui tourner le dos, feindre de ne pas l’avoir vu. Ce serait puéril.

Son homologue semble timide, gêné, comme s’il venait lui demander un service particulièrement embarrassant. Le praticien ne comprend pas, ou plutôt, refuse de comprendre. Ils se sont mis d’accord, non ? Vaas n’a pas à venir le chercher, ce serait lui qui le ferait en temps voulu. Si jamais. Si jamais un jour il apprenait quelque chose, si le corps inerte de la mère de Milligan venait à se retrouver à la morgue. Les yeux verts se plissent légèrement au-dessus du masque hygiénique. Les mains gantées sur les hanches, Leander adresse un petit hochement de tête poli à Vaas, en guise de bonjour. Le peu qu’il connait de cet homme lui inspire plus de sympathie que le contraire, mais tout de même, il ne peut pas se résoudre à baisser sa garde, à l’accueillir plus chaleureusement. C’est qu’il n’aime pas être dérangé comme ça en plein travail. Et il ne sait pas à quoi s’attendre. Ces bafouillages le mettent mal à l’aise, la simple vue de Vaas le met mal à l’aise. Parce qu’elle relance avec elle tout un engrenage de pensées et de souvenirs qu’il tente déjà vainement de balayer. Parce que se retrouver face à une nouvelle victime de ce gouvernement immonde n’a rien d’agréable. Qui plus est, une victime qui lui ressemble tant…

Leander se reconnait en Vaas. Il trouve un peu de lui-même dans l’importance que ce dernier accorde à la recherche d’une éventuelle trace de sa mère, dans l’attachement qu’il semble éprouver pour cette femme disparue, malgré le temps et les obstacles de la vie. Il y a quelque chose de profondément humain et sincère qui se dégage de cet homme-là. Difficile à expliquer. Leander le trouve tout bonnement plus authentique que la plupart des gens qu’il est amené à fréquenter. Question de sensation. Et il sait qu’en général, il peut se fier à son instinct pour ces choses-là.

Planté devant la porte, Vaas se gratte la tête. Encore. Encore et encore. Il parait si fatigué et si nerveux que le thanatopracteur peine à se remettre au travail, perturbé et déconcentré par cette présence qui transpire le stress, un élément absolument inacceptable entre ces murs. Le silence se fait lourd. Dépliant les habits préparés pour le défunt, Crowell se décide finalement à rebondir sur l’amorce de dialogue lancée par son vis-à-vis.

« Ça va. J’ai fait le plus gros. » Bon, il est évident que Milligan se trouve là pour une bonne raison, reste à savoir laquelle. « Qu’est-ce qui t’amène ici ? »

Il vient peut-être pour un autre service… Une demande qui n’a franchement rien à voir avec les jeux, ni avec l’actualité politique ? Leander tente de s’en persuader, mais au fond, quelque chose l’interpelle douloureusement. Il s’efforce de ne pas écouter son intuition, ce mauvais pressentiment qui expliquerait pourquoi son interlocuteur tourne autour du pot, pourquoi il démontre autant de réticences. Il ne veut pas. Mettre des mots sur ça, laisser place à la vulnérabilité. Perdre le contrôle. S’autoriser à faire preuve de sollicitude envers quelqu’un qu’il connait à peine, et avec qui il vaut mieux, de toute manière, que les rapports restent strictement professionnels. Occupé à retourner son patient sur la table pour pouvoir lui enfiler un pantalon, le tatoué se mordille la lèvre sous son masque. Se pourrait-il que Vaas soit au courant ? Non

« Tu peux t’approcher, si tu veux », finit-il par ajouter d’un ton encourageant.

Il ne sait pas trop ce qu’il lui prend de dire ça. Une part de lui a effectivement envie de détendre l’atmosphère, de voir son homologue reprendre un peu d’assurance. Mais une autre, au contraire, ferait n’importe quoi pour repousser le visiteur impromptu hors de son périmètre, et s’épargner la douleur d’aborder un sujet aussi sensible, aussi brûlant que celui qu’il craint de lire sur les lèvres de Vaas.

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Never mind that noise you heard,
it's just the beasts under your bed.
In your closet. In your head.

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MessageSujet: Re: Sticks and stones may break my bones (Leander)   Jeu 13 Juil - 1:19



« Qu’est-ce qui t’amène ici ? »

Malgré le fait que Vaas s’était préparé mentalement à cette question, il n’était manifestement pas prêt pour l’entendre. Ses dents se serrèrent tandis qu’il enfonça encore plus profondément les mains dans les poches de veste comme un adolescent intimidé par un professeur. Il ne pourrait pas échapper à la situation bien longtemps. Et tourner autour du pot était quelqu’un chose qu’il maîtrisait très mal. Aussi délicat qu’un éléphant dans une pièce remplie d’objets en porcelaine, il lui faudrait briser le lien délicat qui les unissait. Leander retourna son patient dans le but de lui faire porter un pantalon. Patient. Vaas n’était pas certain si ce terme pouvait convenir à quelqu’un de décédé. L’ouvrier posa son regard sur l’homme tatoué avant de se décider à lui répondre. « J’avais un… J’ai quelque chose à te demander. » Il avait hésité à employer le mot « service ». Pas sûr que cela aurait plu à Crowell. Il resta encore une fois flou, mais se connaissant, il savait qu’il ne pourrait plus tenir longtemps.

Lorsque le jeune homme lui proposa de s’approcher, l’ouvrier hésita un moment. Leander portait une blouse et le nécessaire en ce qui concernait l’hygiène envers les morts. Mais Vaas le prit au mot et tenta quelques pas en sa direction. A quelques centimètres de la table où se trouvait le défunt, une étrange sensation l’envahit. Un cadavre se tenait juste devant lui. Il aurait dû se sentir mal. Il aurait dû. C’était ce que la convention aurait voulu. Au lieu de cela, son corps se relâchait. Il était un peu plus détendu. Comme si la présence d’un corps sans vie avait eu le miraculeux don de calmer ses plus grandes craintes. Comme si la réalité lui faisait rappeler qu’il y avait bien pire dans la vie. Comme s’il réalisait soudainement, qu’il aurait pu être sur cette table, si tout ceci n’avait pas été faux. Un frisson glacial lui parcourut le corps, le rappelant brutalement à la réalité.

Vaas observa Leander faire son travail sans réellement le regarder. Ses yeux étaient posés machinalement sur ses gestes mais son esprit l’empêchait d’être concentré. Autant mettre les pieds dans le plat et en finir. Il retira enfin les mains de ses poches. Il les posa sur le rebord froid et métallique de la table sur lequel reposait le cadavre. « C’est à propos de ce qui s’était passé… en 2012. » Vaas eut du mal à avaler sa salive à la fin de sa phrase. Son regard chercha le sien. Il avait besoin de réponses. Il avait besoin de l’entendre de sa voix, que même s’il en avait bavé, il était possible de se reconstruire. De vivre avec ces images qui hantaient chaque recoin de son âme et l’empêchaient de fermer les yeux. Il avait besoin de l’entendre. « T’y étais hein ? C’était bien toi ? »

Peut-être qu’il se trompait. Après tout, cela faisait plus ou moins cinq ans, les images qu’il avait vu à l’époque ont pu être corrompu par son esprit et les autres jeux qui ont succédé. Et pourtant, son instinct lui disait que c’était lui. Il avait perdu les jeux, mais Vaas l’avait reconnu. La première fois qu’ils s’étaient rencontrés, il avait été bien trop obnubilé par les tatouages qui le recouvraient entièrement, trouvant ce procédé à la fois étrange et fascinant, presque envoutant. Puis il oublia. Après tout, il avait besoin de lui. Il était avant tout un besoin pratique et professionnel. Mais sa voix continua à résonner en lui comme un lointain écho qu’il avait entendu des années auparavant. Un écho sur lequel à l’époque, il avait compati et avait contribué à avoir de l’antipathie puis de la haine envers ce gouvernement qui avait infligé pareille abomination à un homme. Un travail sur la forme de son visage et la lueur de son regard ont fait que Vaas avait reconnu en lui un ancien participant des Hunter’s Seasons. Un ancien perdant. Il se souvenait de l’interview, des humiliations qu’il avait entendu à son sujet. De l’horreur que son quotidien avait dû être suite à cet événement.

Plus d’une fois avant de venir, Vaas avait douté. Il n’avait jamais entendu ce prénom auparavant, Leander. Ce n’était pas commun, il s’en serait souvenu. Se trompait-il ? Pouvait-il être à ce point à côté de ses pompes ? Le doute était forcément là, mais il fallait qu’il tente. Son corps même semblait réclamer une réponse pour épancher ses doutes.

« Écoute… on parle pas de c’genre de chose c’est vrai, puis tu veux certainement pas en parler avec un type comme moi, on s’connait pas après tout, hein… » Sa main repassa derrière son crâne pour gratter l’arrière de sa nuque assez nerveusement. Il reposa son regard sur Leander ce qui lui donne le courage nécessaire pour continuer. « Mais après c’qui c’est passé, c’que j’ai… » Il n’arrivait pas à formuler dans une phrase l’idée qu’il avait été sélectionné pour les jeux. Il déglutit difficilement avant de continuer et de dévoiler le réel but de sa visite. « J’ai besoin de savoir. » finit-il dans un murmure presque à l'agonie. Ses mains devenues moites se détachèrent de la table. Cette même table qui accueillait le corps et les sépara d’une bonne distance. Suffisamment pour pouvoir se baisser si Leander venait à choper un récipient pour le foutre à la gueule de Milligan. Il était prêt à tout entendre, même si dans son for intérieur il espérait une réaction positive. Mieux, il espérait de la compréhension. Lui qui avait pour habitude de ne rien partager, qui préférait pourrir dans sa crasse que de dévoiler son malheur avec autrui, le voici en train de se mettre à nu. Quelque chose en lui avait changé. Ces jeux avaient contribué à le changer. Le gouvernement semblait tout faire pour que son amertume envers son régime s’accentue. « Ils t’ont fait subir les jeux, hein ? » Ce n'était pas seulement une question. C'était un appel à l'aide.

Et s’il niait ? Si malgré toute la volonté du monde, Leander niait totalement sa participation aux jeux ? Pire, s’il avait réussi à oublier cette torture et que Vaas dans sa maladresse légendaire venait de tout faire ressurgir tel un volcan en éruption. Il n’osa imaginer les conséquences que cela pourrait avoir sur son interlocuteur. Entre subir sa colère ou son indifférence, il préférerait le premier cependant. Cela démontrerait au moins qu’il ne s’était pas trompé. Et qu’avec toute la délicatesse du monde, il pourrait peut-être tenter de découvrir une parcelle du passé sombre de Leander mais essentiel pour construire son propre avenir.

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MessageSujet: Re: Sticks and stones may break my bones (Leander)   Mar 25 Juil - 14:05


Quelque chose. Ça ne veut rien dire, ça, « quelque chose ». Ça n’explique pas, ne justifie pas. Milligan continue son cirque, et pour le coup, Leander se demande s’il va enfin réussir à cracher le morceau. Il en doute. Et ça ne le rassure pas trop. Parce qu’il sait, il sait que si ça ne sort pas maintenant, alors ça sortira plus tard. C’est un acharné, ce Vaas. Pas le genre à baisser les bras, à abandonner en cours de route – il n’y a qu’à voir la persévérance dont il fait preuve, en ce qui concerne les recherches sur sa mère.

Quelque chose de professionnel. Il ne peut s’agir que de ça, non ? L’identification d’un autre corps, ou peut-être un service un peu moins… légal. D’où l’embarras de Vaas ? Tandis que l’autre homme s’avance dans sa zone de travail, le praticien tente de se tranquilliser, se réconforter comme il le peut. Soulager sa conscience avec quelques idées saugrenues, mais qui parviennent difficilement à l’éloigner de son intuition première. Au fond de lui-même, il a compris. Il a su dès le premier instant, aux prémices de cette intrusion, quand le visage las et confus de son homologue est apparu derrière le hublot.

Des mains qui jaillissent, envahissent la table. Nerveusement, Leander surveille du coin de l’œil les gestes du visiteur, s’assurant qu’il ne touche à rien, ne dérange aucun instrument. Qu’en plus de le bousculer mentalement, il ne vient pas encore le perturber physiquement, dans ces dernières opérations toujours un peu délicates. Mais Vaas se contente d’agripper un rebord en métal. Avant de lâcher des mots comme on lâche une bombe à retardement.

2012. Inutile d’en dire plus. L’horrible crainte se confirme. Malgré la fraîcheur de la pièce, Crowell commence à avoir très chaud sous sa blouse. Le corps réagit avant l’esprit, qui, lui, persiste à s’enfoncer encore un peu plus dans le déni. Le tatoué accueille les paroles sans vraiment les écouter. Comme engourdi. Il cherche à se donner une contenance, rive désespérément son attention sur le cadavre, sur les tissus qu’il manipule, pour ne pas avoir à penser, à analyser, à traiter cette information qui l’encombre, dont il ne sait que faire… Résister. Bloquer le flux d’émotions qui menace de déborder, de tout submerger. Tel un enfant, il voudrait se boucher les oreilles pour ne plus rien entendre, pour ne plus laisser à Vaas une nouvelle occasion de l’atteindre, mais il ne quitte pas sa place d’adulte et tente plutôt, tant bien que mal, d’encaisser le choc de cette confrontation.

Encaisser, pour Leander, est synonyme de silence. C’est donc sans un mot qu’il se retourne, retire ses gants en vinyle, les jette à la poubelle – malheureux prétexte pour échapper, ne serait-ce qu’un instant, au regard insistant de Milligan. Hélas, le défunt ne va pas finir de se préparer tout seul. Tout comme son interlocuteur ne va probablement pas quitter les lieux avant d’avoir obtenu une réponse. Inspirant profondément, le thanatopracteur consent à montrer de nouveau son visage à Vaas, mais plutôt que de plonger ses yeux dans les siens, il se borne à regarder ses propres mains, revenues sur le corps inerte auquel il est désormais question d’enfiler une chemise. La bienséance voudrait qu’il adresse une parole à son vis-à-vis, ne serait-ce que pour lui indiquer un refus poli de poursuivre la conversation. Mais il en est incapable. Persuadé que s’il ouvre la bouche, sa voix se mettra à chevroter. Alors il serre les dents, et se limite à soulever les bras, le buste de son patient, agitant des pans de vêtements dans les airs comme pour meubler le silence. La gorge nouée. Le cerveau embrouillé, tentant vainement d’occulter la question qui, à l’instar d’un écho douloureux, ne cesse de rebondir contre les parois de son crâne. C’était bien toi ? C’était bien toi ? C’était bien toi ?

Etait-ce lui, réellement ? Parfois, il se le demande. Il se le demande, tant il a mis d’énergie à effacer, à camoufler cet être fragile et faiblard qui a lamentablement traîné sa carcasse dans l’arène. Looser attitré, dont la lâcheté et l’incompétence ont fait le bonheur des médias. Trop rêveur. Trop naïf. Trop sensible. Cette sensibilité qu’il voyait autrefois comme un atout, mais qui lui apparait aujourd’hui comme le pire des défauts, un handicap contre lequel il doit lutter de façon constante, pour ne pas se faire bouffer, tout bonnement…

Bien sûr qu’on peut le reconnaître. Il ne s’est jamais vanté d’avoir trouvé le déguisement parfait, même si une infime part de lui, peut-être, y a cru. Cependant, les gens n’osent pas le questionner, d’habitude. Ils évitent le sujet. N’essayent même pas de lui rappeler cet autre auquel il ne veut plus être associé. Le masque d’encre intimide, force une forme de respect. Sauf, apparemment, dans le cas de Vaas Milligan, qui, lui, semble s’estimer en droit de venir le provoquer et lui agiter les pires souvenirs de sa vie sous le nez.

La colère monte, monte avec le stress. Elle gronde dans ses entrailles. Elle fait trembler ses doigts, ses doigts qui s’acharnent mais n’arrivent même plus à boutonner une fichue chemise. Pendant un moment, Leander oublie qu’il se tient face à un autre rescapé des jeux, une autre victime du Gouvernement. Vaas poursuit sur sa lancée, s’embourbe dans des marmonnements qui l’irritent, de plus en plus. Et plus il le relance, plus Crowell se sent coincé. Agressé par ce qu’il perçoit comme une intrusion des plus violentes dans son intimité. Malgré ses efforts et sa bonne volonté, il n’a jamais été doué pour garder la tête froide en toutes circonstances. Encore moins ces derniers temps, avec les récents évènements. L’évocation directe des Hunter’s Seasons est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Soudain, le Hellraiser n’y tient plus. Se jetant par-dessus la table, il empoigne son comparse par la gorge, ébranlant au passage le chariot métallique.

« Qu’est-ce que tu veux, hein ?! Qu’est-ce que tu veux savoir, Vaas ? siffle-t-il avec une rage qui ne lui est que trop amèrement familière. Pourquoi tu fais ça ? Comment tu peux te permettre de… de… »

Abominable torture que celle du couteau que l’on tourne et retourne allègrement dans la plaie – ce que lui inflige Milligan, en cet instant même. La voix se brise mais l’étreinte autour du cou se resserre, marbrant bientôt la chair de taches sombres, mortifères. Quand Leander en prend conscience, il lâche aussitôt son homologue, une lueur de panique dans son regard encore flamboyant de fureur.

Il recule de plusieurs pas. Se heurte à une surface dure et froide, à laquelle il se raccroche, secoué, bouleversé. Sa poitrine se soulève par saccades douloureuses. Qu’a-t-il fait, bordel ?! Comment a-t-il pu à ce point perdre le contrôle de lui-même, alors qu’il sait, il sait très bien… Bon sang, quel cauchemar. Il se passe une main sur le visage. Comme pour balayer ce qui vient de se passer. Effacer ce coup qu’il n’aurait jamais dû porter, ces mots qu’il n’aurait jamais dû prononcer. Il s’est trahi. Sur toute la ligne. Il a mordu à l’hameçon, cédé à ces pulsions qui le répugnent…

« Pardonne-moi, je… j’… »

La situation lui échappe, clairement. Incapable d’articuler une explication cohérente, il laisse son regard errer dans le vague, se perdre quelque part où celui de Vaas ne pourra pas venir le brûler. Manquer à ce point de professionnalisme… Déraper et s’exposer dans toute cette impulsivité, cette agressivité… Il a honte. Si honte. Désemparé, il préfère se réfugier à nouveau dans son mutisme, tenter de se recomposer un visage impassible. Puiser ce qu’il lui reste de courage et de dignité, en attendant que l’autre homme ne fasse le prochain pas – sans doute en direction de la porte.

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MessageSujet: Re: Sticks and stones may break my bones (Leander)   Lun 7 Aoû - 1:03



Lorsque Leander se retourna, Vaas ressentit monter en lui une inquiétude si grande qu’il en fut déstabilisé. C’était comme s’il regrettait instantanément les mots qu’il venait de prononcer. Avant tout, il aurait aimé un regard. Un signe qu’il ne lui en voulait pas d’aborder un sujet aussi délicat. Lorsqu’il se retourna enfin vers lui, l’ouvrier pensait qu’il aurait peut-être enfin ce qu’il souhaitait. Mais il n’en fut rien. Vaas aurait tout aussi bien pu être un mur, ça aurait été la même chose. Il détacha ses mains, fit craquer quelques doigts par réflexe. Il fit quelques pas en arrière, cherchant du regard Leander, espérant un geste, un mot, n’importe quoi. Tout sauf l’ignorance. Il ne le supportait plus. Qu’on lui gueule dessus, qu’on lui crache au visage ses quatre vérités, mais qu’on ne l’ignore plus, plus jamais.

Le thanatopracteur continua son travail comme si de rien n’était. Il enfila une chemise au cadavre. Mais nulle réponse pour Milligan. Peut-être devrait-il rajouter qu’il n’était pas obligé de lui répondre après tout. Qui était-il pour venir sur son lieu de travail et oser faire remonter à la surface des souvenirs qu’il avait probablement mis un temps fou pour enfouir ? A dire vrai, c’était le désespoir. Le désespoir de ne jamais réussir à avancer de nouveau. D’être à tout jamais en train de se noyer dans ses pensées lugubres, sans trouver une façon d’y échapper. Il fallait que Vaas brise ce tabou. Avant d’être sélectionné pour les jeux, il n’était pas d’un naturel à avoir l’esprit et l’âme en paix de toute manière. Ses pensées ne le laissaient jamais en paix. Mais depuis qu’il était revenu, meurtri et affaibli par cette expérience traumatisante, tout avait empiré. La moindre petite secousse le déstabilisait, le moindre détail, chuchotement, regard, tout le faisait penser aux Forgiven Days. Il n’arrivait plus à détacher cet évènement de son esprit. Il en était hanté, et ça le tuait à petit feu.

Puis soudainement, un geste des plus imprévus fit sursauter l’ouvrier. Leander se jeta par-dessus la table et empoigna Vaas par la gorge. Prit de surprise, le premier réflexe qu’il eut fut de tenter de se dégager en attrapant le bras de Leander qui l’étouffait. Ses sourcils se froncèrent d’inquiétude et d’incompréhension. Il sentit sa gorge lui faire souffrir et qu’il commençait à manquer d'air. Hoquetant à l’agonie, dans l’espoir fou de la moindre parcelle d'oxygène, il avait la sensation que son cou brulait de douleur. Qu’il hurlait qu’on le laisse respirer. Mais aucun son n’y sortait, excepté des hoquets gisants pour sa survie.

Lorsqu’il se détacha enfin, Vaas recula encore de quelques pas, en posant une main sur sa gorge meurtrie, mais en ne lâchant pas Leander du regard. Il toussa à plusieurs reprises. S’il voulait l’effrayer, c’était réussi. Vaas respira avec difficulté, il pouvait encore sentir les doigts de Leander se serrer de part et d’autre de sa gorge. Lui aussi s’éloigna. Il balbutia des excuses. Toujours sous le choc, Vaas se massait péniblement la gorge, dans l’espoir que cette douloureuse sensation cesse pour de bon. Encore une fois, il lui était impossible de le chercher du regard. Vaas se trouvait lui aussi désemparé, il n’aurait jamais pensé qu’il ferait preuve d’une telle violence. Il hésita sur la réaction à avoir. Il n’avait jamais vu Leander comme quelqu’un de dangereux, et voilà que ça avait changé en l’espace d’une seconde. Son instinct lui disait de prendre ses jambes à son cou et de fuir le tatoué pour toujours. Mais une autre partie de sa personne refusait cette éventualité car il avait encore besoin de réponse.

Leander s’excusa certes, mais Vaas s’en voulait également. Il avait touché la corde sensible. Pire, c’était celle qu’il ne fallait jamais toucher. Maintenant il le savait. Il savait qu’il n’aurait pas dû tâter ce terrain-là. « Tu veux pas en parler, ok, j’comprends. Moi non plus, j’veux pas, j’te jure ça m’tue d’en parler. » Il ne parlait pas de ses démons. Jamais il ne mettait des mots sur les monstres qui le hantait. Ça les rendait réels. Il ruminait sa misère et jamais il ne la partageait avec autrui. Sauf cette fois-ci. Son mal était trop intense. Il le rongeait de l’intérieur, il pouvait physiquement sentir la douleur que ses souvenirs lui provoquaient.
Malgré le fait qu’il tenta une approche par les mots, Vaas ne bougea pas d’un millimètre. Leander était pourvu d’une force troublante dont sa gorge se souviendra pendant longtemps. Il n’avait pas envie de réitérer l’expérience aussi tôt. « Mais j’vais t’dire, j’vais te dire c’que j’veux savoir » Il était étrange de constater le mélange de sensation qui naissait en Vaas en ce moment-même. Il craignait sa réaction -d’autant plus maintenant- mais à la fois il avait envie de la connaître. C’était comme si tout son être voulait lui arracher les mots de ses entrailles pour qu’il lui avoue ses secrets. Néanmoins, Vaas continua à garder ses distances. Il pouvait toujours sentir ses doigts s'agripper à sa gorge. « Comment t’as fait pour continuer, hein ? Tu fais comment pour vivre avec ces souvenirs ? Comment on fait putain, Leander, comment on fait ? » Vaas l’enfant, Vaas l’innocent qui n’arrivait plus à dormir à cause de ses démons. Qui n’arrivait plus à fermer les yeux sans revoir les visions d’horreur qu’on lui avait infligé. Qui n’arrivait plus à rester seul car rester seul, c’était être coincé avec lui-même. Et être seul, coincé dans son cerveau, c’était être enfermé dans le pire endroit au monde.

Comme prit d’une soudaine fureur de savoir, Vaas osa quelques pas en sa direction. « Eh… Tu sais quoi, t’es pas obligé, tu… J’veux pas t’forcer non plus, c’est juste… » Il hésita, mais maintenant qu’il s’était jeté dans la gueule du loup, il était trop tard pour faire marche arrière. Il se frotta nerveusement l’arrière de son crâne, comme à la recherche des bons mots. C’était nerveux. Les mots, il ne les trouvait jamais. « Je sais que j’suis pathétique vieux, et ça m’tue d’en parler, parce que d’habitude j’me noie dans ma crasse et j’fais chier personne avec. Mais je peux plus supporter ça… seul. C’est d’la torture, je sais pas comment font tous les autres, j’en sais rien…» Il refoula des larmes qui montèrent doucement à ses yeux. Pour bloquer cette arrivée inattendue, il se repassa une énième fois une main derrière son crâne pour se gratter la nuque. Il n'a pas été mal à l'aise à ce point depuis un long moment. Ça le rendait nerveux et maladroit. Sa voix tremblait légèrement, signe qu'il se forçait presque à se confier, tant il n'aimait pas confronter ses pires craintes aux autres. Son corps l'obligeait à le faire. « Et j’me demandais si t’étais passé par là… et maintenant j’sais que oui ! Est-ce qu’on s’y fait ? Putain, bien sûr que non on s’y fait pas… » Il sourit maladroitement de sa bêtise avant de reprendre. « Putain Leander, comment on vit avec, comment on peut faire comme si de rien n’était après ça ? Faire comme si tout était normal alors que rien ne l’est. » Vaas soupira fortement. Malgré le fait que sa gorge soit libérée de toute étreinte forcée, il avait toujours du mal à respirer. Son souffle était fort et accentué par une voix trouble et tremblotante. Il avait beaucoup trop parlé, et la vision du jeune homme se jetant sur lui pour l'étrangler refit surface et lui glaça le dos. Il rajouta alors d'une voix hésitante mais sincère « Excuse-moi vieux... Si tu veux que j'me casse, dis-le moi, je m'en irai. »

Il se détestait de refaire vivre ça à un homme qui ne demandait qu’à oublier. Mais sa détresse le rendait vulnérable, à part s'adresser à quelqu'un ayant survécu à ce qu'il avait lui-même traversé, il ne savait plus quoi faire d'autre. Oh, il apprendra à vivre avec au bout du compte, comme il avait appris à vivre avec la culpabilité d’avoir abandonné sa mère. Néanmoins, à force d’encaisser, Vaas se sentit perdre le large. Il n’arrivait plus à flotter par-dessus l’océan de remord dans lequel il vivait. Il lui fallait une bouée, un phare, une lumière qui lui permettrait d’avoir une once d’espoir pour son futur qu’il ne voyait pas. Pour un avenir auquel il ne croyait plus.

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MessageSujet: Re: Sticks and stones may break my bones (Leander)   Mar 15 Aoû - 15:29


Une bonne distance les sépare, à présent. Dans un élan commun, ils se sont éloignés l’un de l’autre, traçant un vaste périmètre de sécurité dans lequel aucun des deux n’ose plus s’aventurer. A quelques pas de la porte, Vaas se masse le cou, l’air vaguement horrifié. Aussi désemparé que son vis-à-vis. Leander, lui, continue de s’agripper piteusement à un plan de travail, contre le mur au fond de la pièce. Dans le silence douloureux qui les enveloppe, les oppresse, il jette de temps en temps des coups d’œil en direction de l’autre homme, sans jamais se résoudre à affronter directement son regard. Juste histoire de constater. S’il semble plus enclin à partir ou à rester.

Malgré cet éclat de violence et la frayeur qu’il a dû lui causer, Milligan parait pencher pour la deuxième option. Les secondes s’égrènent, et le tatoué n’entend toujours pas le battement caractéristique de la double porte. Il ne sait pas si cela le contrarie encore plus ou si, au contraire, cette présence persistante, déterminée, le rassure, d’une certaine façon. Peut-être, peut-être n’a-t-il pas tout gâché. Tout – non, c’est ridicule, vraiment. Il ne devrait pas se sentir mal. Ce type, il le connait à peine. Il ne lui doit rien. Et ce n’est même pas comme si Vaas le payait pour le service qu’il lui rend, comme si le fait de se le mettre à dos pouvait entraîner une perte quelconque ou lui porter préjudice. Il faut qu’il se ressaisisse. Qu’il reprenne ses esprits, et qu’il tâche de se concentrer pour terminer rapidement son travail. Un travail bien plus important que les états d’âme d’un pauvre gars qui n’a rien de mieux à faire que de venir le harceler, en répandant ici, dans ce lieu privé où il n’est guère le bienvenu, son stress et ses préoccupations douteuses.

Même sans ce patient défunt entre eux deux, il n’aurait certainement pas tenté une approche. Trop habitué à se voir repoussé après que cette Chose en lui se soit réveillée, déformant ses traits sous l’effet de la rage, le faisant rugir et, bien souvent, brandir un poing prêt à frapper. Eva ne le laissait que très difficilement revenir vers elle après ce genre de crise, lui refusant la douce étreinte ou les mots tendres qui lui auraient permis de se sentir un peu moins monstrueux. Et elle avait raison d’agir ainsi. C’était à lui de se maîtriser. Prouver qu’il en était capable. Ce devrait être plus facile aujourd’hui, maintenant qu’il a acquis une meilleure compréhension de cet état, une conscience plus fine de ces nouveaux mécanismes et des éléments susceptibles de provoquer les réactions les plus gênantes, sur le plan social. Mais il n’en est rien. Du moins, il n’en est rien ce soir. A cause de l’attitude intrusive de Milligan, mais aussi et surtout parce qu’il n’arrive pas à se protéger, à mettre une barrière entre lui et les souvenirs cuisants que ces Forgiven Days font remonter à la surface.

Quand Vaas reprend la parole, Leander s’efforce de refouler la réplique cinglante qui lui brûle les lèvres. « Pourquoi t’en parles, alors ? » – Oui, pourquoi ? Pourquoi s’embarrasser, ramener tout ça sur le tapis, quand il est clair que ça le fait souffrir… que ça les fait souffrir. Tous les deux. Décidément, il ne comprend pas cette façon de faire, bien trop éloignée de sa stratégie à lui. Mais la colère ne revient pas pour autant. Il s’est calmé. Peut-être que le fait d’avoir explosé, même brièvement, l’a soulagé. Peut-être aussi que la crainte aiguë de se compromettre davantage l’a bien refroidi. Sans compter qu’il n’a plus à cacher sa participation aux jeux de 2012, maintenant. La vérité a éclaté d’elle-même, et quelque part, ça le libère d’un poids.

Lentement, Leander relève les yeux vers son comparse en l’entendant prononcer son nom. Il consent enfin à soutenir son regard, tandis que Vaas amorce de nouveau quelques pas dans sa direction. A-t-on déjà vu plus bel exemple de persévérance ? Vraiment, on ne pourra pas dire que Milligan ne s’est pas battu pour établir un dialogue… Mais le fait est que lui, lui n’a pas envie de parler. Pas de ça. Pas de grand-chose, d’ailleurs. Il n’a jamais été très bavard, même sur les sujets qui le passionnent. Son silence, en cet instant, contraste durement avec le déferlement verbal qui s’échappe de la bouche de l’autre homme.

Il lui fait penser à Eva. Toujours à essayer de lui tirer les vers du nez, de lui faire dire ce qu’il ressentait, ce qu’il avait derrière la tête. Comme si cracher quelques mots allait nécessairement lui faire du bien, ou rendre la réalité plus supportable… Néanmoins, venant de Vaas, ce n’est pas de la curiosité déplacée, ni une tendance pénible à la psychanalyse. S’il pose toutes ces questions, s’il se confond en bafouillages, c’est tout simplement parce qu’il est paumé. Quand d’autres préfèreraient se noyer dans le travail ou dans une bouteille d’alcool, lui cherche un contact humain, une oreille attentive, pour tenter d’alléger un peu son mal-être.

Le besoin de partager quelque chose avec quelqu’un. Le besoin de se sentir écouté, compris. Le besoin d’être reconnu comme un être sensible à part entière, et pas comme un énième pion ou un vulgaire morceau de viande, méprisable cobaye parmi tant d’autres. Crowell n’était pas préparé à ce qu’on lui impose ça aujourd’hui, mais au fond… il ne peut en vouloir à son homologue. Difficile de fermer les yeux sur cette douleur qui le ronge. Sur cette détresse que lui-même a connue, expérimentée dans son âme et dans sa chair. Difficile aussi de le rejeter, alors que l’autre vient précisément de faire l’inverse. Vaas, dans sa fragilité, sa naïveté, le touche comme lors de leur première rencontre. Gratte les vestiges d’une empathie profondément enfouie, par dégoût généralisé de l’espèce humaine, et par instinct de protection. Sans doute est-ce à cause de cette authenticité, cette chaleur sous sa forme la plus pure qui émane du visiteur… mais Leander balaye l’idée de le congédier avant même qu’elle ne soit formulée.

« Qu’est-ce que tu espères ? lâche-t-il dans un souffle. Un rituel magique pour chasser les cauchemars ? Une méthode d’autoguérison infaillible en trois étapes ? Il n’y a pas de comment faire, Vaas. On fait. On continue de faire. C’est tout. »

Si les paroles peuvent sembler moqueuses, le ton, en revanche, ne l’est pas. Lui aussi aurait aimé que ce soit si simple. Qu’il existe une sorte de programme à suivre, formel, concret, qui suffirait à laver ses angoisses et repousser ses démons intérieurs.

« Je ne sais pas ce que font les autres, mais… moins on se préoccupe des autres, et mieux ça vaut. Personne ne saura te donner de bons conseils sur la meilleure façon de gérer ça. Tu es seul dans ta tête. Seul avec ces sentiments et ces pensées toxiques. Seul à pouvoir vraiment te comprendre, à savoir ce qu’il te faut et ce qu’il ne te faut surtout pas. »

C’est triste. Mais c’est ce qu’il pense. Lâchant le plan de travail, il secoue la tête, s’avance à son tour. Son regard cherche la gorge de Milligan, guettant la disparition définitive des traces laissées par ses doigts. La poitrine de Vaas se soulève rapidement. Le souffle encore rauque, il a les yeux humides, et Leander ne peut que constater à quel point cette mise à nu lui en coûte. Pathétique, qu’il a dit. Ce n’est pourtant pas ainsi que Crowell le voit. Il continue d’avancer, lentement. Jusqu’à venir poser une main calme sur l’épaule de son alter ego. Il ne veut pas lui mentir. Lui assurer que tout ira bien, que tout finira par s’arranger avec le temps. Non. Devant un tel étalage de sincérité, quelque chose en lui s’y refuse.

« Tu ne seras plus jamais le même. Inutile de te raccrocher aux branches pourries. Accepte les changements qui s’imposent. »

N’est-ce pas ce que font tous les animaux sur cette terre ? Muter, évoluer ? S’adapter continuellement à de nouveaux environnements, de nouvelles conditions de vie, pour ne pas s’éteindre ? Certes, tout cela doit paraître un peu flou et mystérieux pour Vaas. C’est encore trop frais, sans doute. Trop tôt. Une bonne part de lui doit être toujours coincée dans cette arène de malheur.

Leander retire sa main. En soupirant, il se tourne pour épouser du regard la silhouette allongée sur la table. Puis, il se décide à revenir sur ses pas. Il ouvre une mallette remplie de produits cosmétiques, qu’il commence à retirer un à un de leur écrin, les déposant ensuite à intervalles réguliers sur la surface en inox. Se concentrer sur l’instant présent. Laisser les sensations immédiates prendre de l’ampleur, prendre le dessus, jusqu’à occulter tout le reste. Ne distinguer que des objectifs à court terme. C’est probablement là-dedans qu’il trouve le plus de réconfort, le plus de sérénité… Quand bien même il n’en souffle mot à son compagnon d’infortune.

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MessageSujet: Re: Sticks and stones may break my bones (Leander)   Lun 4 Sep - 21:32



Lorsque Leander leva la tête et posa enfin son regard sur Vaas, ce dernier déglutit d’inquiétude. Ses tatouages renforçaient l’aspect intimidant de son physique. Il s’était déjà posé de nombreuses questions à propos de ce choix. Il était étonnant et rare d’opter pour un tatouage intégral sur tous le corps. C’était son choix, et Vaas estimait qu’il n’avait pas à lui poser la question la première fois qu’il s’était vu. Il était évident qu’il se la posait, comme tout le monde ayant déjà posé les yeux sur lui sûrement. Une nouvelle peau, une nouvelle vie, ou un simple goût prononcé pour l’encre et l’aiguille. Un mélange de tout ça. Peu importait dans le fond, c’était fait.

A dire vrai, Vaas s’étonnait lui-même. Il était rare les occasions où il venait de son plein gré rompre une glace si fine qu’à peine effleurée elle se parcellait en millions d’éclats. Celle la plus évocatrice était sans nulle doute la fois où il était venu voir sa mère -la dernière fois qu’il l’avait vu- afin d’essayer d’obtenir des réponses. Mais sa frustration, sa colère et l’incompréhension de toutes ses années dans l’ignorance avaient eu raison de lui, et son tempérament colérique l’avait emporté. En repensant à ce moment, il avait honte. Suite à cela, il s’était renfermé tel un coffre inviolable : personne ne lui fera avouer ses faiblesses. Il accusera le choc et s’y tiendrait. Hélas, c’était sans compter sa faiblesse et son incapacité à rester seul avec ce qui lui faisait office de cerveau. Trop de pensées, trop de voix qui lui criaient mille et une divergences qui tiraillaient ses boyaux. Chaque jour était une souffrance qu’il s’infligeait à lui-même. Une douleur atroce qui lui faisait mal physiquement à l’intérieur de son corps, du creux de son estomac au myocarde de son cœur. Il était son propre bourreau.

Leander finit par se confier. C’était brutal, mais réel. Véridique, tout simplement. Il écouta ses paroles, presque religieusement. Impressionné et même intimidé par cette franchise soudaine venant de sa part. Tu es seul dans ta tête. Il acquiesça avec un sourire triste sur son visage, acceptant l'inévitable. Encore une fois, l’univers semblait lui rappeler qu’il n’y avait pas d’échappatoire. Il était coincé avec lui-même. Il devait se gérer, comme le monde entier le faisait. A quoi s’attendait-il… A une recette miracle ? Bien sûr qu’il n’y en avait pas. Il devait l’accepter. A dire vrai, il ne s’attendait pas à grand-chose en venant ici. C’était un geste de désespoir venant d’un homme ayant déjà tout essayé. Un geste insensé que de venir voir un homme qui vous était presque inconnu, dans le simple but de parler. Comme pour se sentir vivant. Il avait besoin de cette sensation, comme si c’était une question de survie.

Le sourire triste que Vaas abordait ne le quitta pas. Il s’y attendait. Il s’y était même préparé. Alors pourquoi, pourquoi diable était-il si déçu ! Il devait faire un effort monstrueux pour ne pas fondre en larme devant les paroles crus mais indéniables de Leander. Mais encore plus que la frustration mêlée à la tristesse, il s’en voulait. Il était en colère contre lui-même car les paroles du thanatopracteur sonnaient comme un rappel assourdissant. Mais dit de la bouche de quelqu’un d’autre, il y avait un quelque chose de beaucoup plus terrifiant. Parce que ça rendait la situation réelle.

Ses yeux n’arrivaient plus à supporter le regard de Leander. Affronter la réalité était un calvaire. Vaas n’était pas prêt. Il se sentait faible. Incapable d’affronter cette évidence. S’il n’était pas assez fort pour pouvoir y vivre, à quoi bon ? Pourquoi était-il là ? Pourquoi avoir survécu à l’apocalypse si au final, il n’était pas capable d’affronter ses démons ? Il était si las de combattre. Il avait la sensation d’avoir lutter toute sa vie. Il n’entendit pas Leander s’approcher de lui afin de poser une main sur son épaule. Une main qui fit de nouveau relever son regard vers l’homme. Ce simple geste compatissant rendit ses yeux bleus humide d’émotion.

« J’essaye Leander, putain j’te jure j’essaye. Mais… des fois j’ai l’impression que ce sont ces branches qui se sont accrochées à moi et qui veulent pas m’laisser partir. » Ce fut une illusion de sa mère qui provoqua sa perte durant les jeux. Comme un écho à sa plus grande peur. Que les séquelles qu’elle avait laissées derrière elle provoqueront sa fin. Vaas avait tenté de fuir cette angoisse, mais elle la rattrapait, où qu’il se trouvait. Tant qu’il vivra, son souvenir ne disparaîtra pas. Il devait l’accepter puis vivre avec. « Je… peux pas être seul dans ma tête, c’est le pire endroit au monde, parce que toutes ses pensées, elles m’étouffent, et j’arrive pas à m’en défaire, j’oublie tout et elles me consument. J’peux pas m’faire confiance… » Il aurait voulu continuer sur sa lancée mais une force obscure lui fit arrêter ses confidences. Reprends-toi merde. Leander n’était pas son psychiatre. Il n’avait pas à étaler ses plus grandes craintes à nu aux yeux d’un homme qui n’avait rien demandé de tel.

Vaas observa Leander disposer des produits un par un sur une table en inox impeccable. Vaas n’avait jamais eu de projet d’avenir. Il n’avait jamais eu le souhait de devenir pompier, architecte, artiste, qu’importait selon lui. Depuis toujours, son père avait pris un soin particulier à l’élever afin de lui faire comprendre qu’il n’était bon à rien, quoiqu’il déciderait. Alors il avait choisi la voie des lâches : celle déjà toute tracée pour lui par son père et le faire travailler sur des chantiers. Uniquement du piston, pas une once de passion. Bien qu’avec le temps, il apprit à reconnaître que son métier fut beaucoup plus pratique qu’il ne le reconnaissait à l’époque. Surtout de nos jours, les survivants ont besoin d'hommes et de femmes à tout faire pour aider à reconstruire ce qui reste du monde. « Avant, c’était une partie de mon taf qui m’faisait penser à autre chose. » Il osa quelques pas vers la large table, une main fourrée dans la poche de sa veste, l’autre se massant la nuque comme pour débloquer ses nerfs trop tendus. Ces dernières années, avoir été dans journaliste à The Mission l’aidait à se sentir utile bien plus que repeindre des façades de bâtiments usées pour remettre à neuf des quartiers dont il ne mettait jamais posé les pieds. Il l’avait quitté car la trêve avait fait venir d’autres journalistes qui dénaturaient l'atmosphère. Vaas s'était sentit perdu, ne se reconnaissait plus dans cette mentalité. Il avait eu la sensation de revivre les évènements lorsqu’il avait compris plusieurs années de cela qu’il ne pouvait plus être hacker. Plus aucun moyen pour aider les siens. « J’faisais partie d’un groupe qui… aidait la population. J’écrivais dans un journal. » Il n’osait pas tout lui révéler, bien que cette dernière révélation pût lui coûter beaucoup. Malgré les horreurs qu’il avait vécues, il n’avait aucune idée des opinions politiques de Leander. Même si la surprise serait grande s’il lui avouait être un partisan du gouvernement et de sa politique. « Ça m’faisait rappeler un peu c’que j’faisais avant tout cette merde d’apocalypse. »

Il fit quelques pas sur le côté de la table pour y poser ses avant-bras. Ses yeux ne voulant pas quitter les produits dont Leander s’occupait minutieusement. « T’sais, quand t’as la sensation que c’que tu fais compte, là j’étais bien, enfin… « bien ». Parce que j’étais pas condamné à être seul avec moi-même. J’suis ma pire compagnie. » Vaas sourit tristement. Lui qui s’acharnait à rester seul malgré son attachement à une poignée de personne, il n'avouait jamais son affection à quiconque. Persuadé qu'il n'avait besoin de personne. Il ne se supporte pas, comment les autres le pourrait.

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MessageSujet: Re: Sticks and stones may break my bones (Leander)   Sam 7 Oct - 9:25


En tant qu’employé du secteur funéraire, côtoyer la souffrance d’autrui est une chose à laquelle Leander est habitué. Voir la détresse se peindre sur le visage de Vaas, sentir ces oscillations douloureuses dans sa voix, lire cette tristesse écrasante dans ses yeux embués de larmes – tout cela ne l’effraie pas, ne le désoriente pas, mais le touche néanmoins, et bien plus qu’il ne voudrait l’admettre. Si ça n’avait pas été le cas, sans doute aurait-il eu une réaction différente. Une réponse moins authentique, plus déguisée, détachée, proche de celle qu’il sert généralement à ses clients endeuillés. Une réponse aimable et pleine de douceur, bien propre, bien lisse, le genre de comédie que l’on offre avec quelques observations intelligentes et un sourire compatissant, juste pour plaire et s’attirer de bonnes critiques. Fausse, creuse, autant que ce cynisme mordant, en cet instant, peut déborder de sincérité.

Au fond, il n’a plus la force de faire semblant, de revêtir un nouveau masque et de se cacher derrière, comme il y est parvenu, tant bien que mal, au cours des premières minutes. Trop de choses ont été dévoilées, déjà. En assumer les conséquences est probablement ce qu’il reste de mieux à faire. Le regard de Leander s’enracine un moment dans les prunelles d’un bleu trouble de son comparse, qui balbutie encore quelques phrases, avant de finalement laisser sa voix s’étrangler, se confondre avec le silence reposant de la chambre mortuaire.

« Je sais, Vaas », murmure-t-il en guise d’assentiment.

Moi aussi. Ces voix qui vous épuisent à force de hurler, de se contredire. Ces forces invisibles, redoutables, ces mains monstrueuses qui ne ratent jamais une occasion de vous rattraper par le col, et de vous gifler avec toute la puissance, toute la violence du souvenir qu’un malheureux élément dans votre quotidien aura réussi à ressusciter. On peut les décrire comme on veut, ces phénomènes. Ça prend plein de formes. Celle d’une migraine qui vous empêche de fermer l’œil, par exemple, ou d’un mal diffus et tenace qui, tous les matins au réveil, vient vous tordre les boyaux. Hanté par des images, des visages, des paroles – qu’elles aient été prononcées ou non –, lui-même est devenu l’esclave de sa conscience meurtrie, obéissant à des ordres tous plus farfelus et contre-productifs les uns que les autres, laissant peu à peu l’anxiété régir entièrement sa vie. Mais comment expliciter tout ça à voix haute, calmement, posément ? Et… à quoi bon insister ? Est-ce nécessaire de souligner à quel point ces jeux les ont, tous les deux, marqués au fer rouge ? Résigné, le tatoué se borne ainsi à pousser un soupir qui, à ses yeux, en dit déjà suffisamment long, tandis que ses pas le ramènent vers la table métallique.

Tubes, pots, flacons sont alignés sur le plan de travail comme des petits soldats de plomb. Viennent ensuite les différents pinceaux, rangés selon leur taille, par ordre croissant. Enfin, des carrés de cotons et quelques autres accessoires de maquillage, le tout placé en éventail autour du matériel déjà sorti de la mallette. Leander recule d’un pas et penche un peu la tête sur le côté, examinant avec satisfaction, l’espace d’une poignée de secondes, la touche d’harmonie qu’il vient de créer dans cet environnement confus et disparate. La voix de Vaas le tire de ces considérations superflues – et pourtant indispensables –; se rappelant qu’il est observé, il se hâte alors d’aller se laver les mains au lavabo, puis d’enfiler une nouvelle paire de gants, arquant légèrement les sourcils face à la remarque de son homologue. Il croit savoir que Vaas travaille dans le bâtiment, mais il n’est pas sûr de comprendre où ce dernier veut en venir, exactement.

Comme il sent que l’autre homme est sur le point de se confier, il ne dit rien, se contente de passer de la lotion sur la peau du défunt, pour la débarrasser des ultimes résidus de saleté. Il se munit ensuite d’un produit correcteur, qu’il commence à appliquer soigneusement, au pinceau, sur les plus grosses imperfections. Cicatrices et marques de vieillesse, lésions, baisers laissés par la Mort au cours de son étreinte langoureuse et funeste. Leander maquille beaucoup au pinceau. Pour la précision, le naturel du résultat, et sans doute aussi pour le plaisir retrouvé… Plaisir obscur et indéfinissable, dans le cœur d’un ancien peintre, que de recommencer à manier ses chers outils.

Aider la population. Ecrire dans un journal. Sur le coup, le praticien a du mal à dissimuler son étonnement. Interrompant son ouvrage, main levée en l’air, il se met à regarder machinalement autour d’eux, comme pour vérifier que personne, entre-temps, n’est entré dans la pièce, y surprenant cette conversation. « Tu… » Tu ne le cries pas sur tous les toits, j’espère ?! Que peut-il bien répondre à ça ? Et pourquoi Vaas lui raconte ça, d’abord ?! On parle quand même d’actes de résistance contre le saint Gouvernement, là. Autrement dit, d’actes illégaux. Punissables. Est-ce un élan d’inconscience de la part de Milligan, ou un excès de confiance étrange, presque insensé, en quelqu’un dont il ignore tant de choses ? Leander ne sait qu’en penser. Ses yeux verts vrillent à nouveau ceux du visiteur, non sans une once d’incrédulité inquiète. S’il a bien interprété le message, il n’est pas sûr de vouloir, à son tour, avouer quoi que ce soit quant à ses positions politiques. Se retournant, il reporte son attention sur l’étalage de cosmétiques, examine et manipule quelques tubes de fond de teint, avant de rebondir sur les dernières paroles de son vis-à-vis.

« Je suis persuadé que trouver de la compagnie ne doit pas être bien difficile pour toi. » Cette bonhomie, cette familiarité si simple et si chaleureuse dans sa façon de parler, d’agir, dans toute sa façon d’être. Vaas est de ces personnes qui attirent à elles la sympathie, sans calcul, sans feindre ni forcer les choses, naturellement, simplement en étant elles-mêmes. Alors non, c’est sûr, il ne connait pas cet homme comme il le faudrait pour pouvoir affirmer cela. Mais la première impression que l’on a de quelqu’un, surtout quand elle est aussi forte, ne peut jamais s’avérer complètement fausse par la suite. « Humainement parlant, tu es loin d’être repoussant », ajoute-t-il comme pour éclairer ses propos. Vaguement conscient de la bizarrerie de son compliment, il esquisse un petit sourire, le genre de sourire que l’on voit rarement traverser son visage, si souvent sérieux, stoïque. « Et tu ne manques pas d’audace non plus. Qu’est-ce qui t’empêche de t’entourer de monde, si c’est ce que tu veux ? »

Il est bien mystérieux que Vaas, manifestement, préfère rester là à le regarder pomponner un cadavre, plutôt que d’aller rendre visite à un ami – dont Leander, encore une fois, ne doute pas de l’existence. Splatch. Une noisette de fond de teint tombe sur le dos de sa main. Ne perdant jamais de vue son travail, le thanatopracteur revient près du corps inerte, tout en plongeant un autre pinceau, plus large et plus plat, dans le liquide beige crémeux, qu’il ne tarde pas ensuite à étirer sur le faciès froid et livide. S’activant méticuleusement, il finit par relancer son interlocuteur, après un bref silence :

« Du coup, qu’est-ce que tu faisais avant… avant l’apocalypse ? »

Quitte à finir sa tâche en discutant, il aime autant que la conversation tourne autour de Vaas. Il n’est pas prêt à se confier, à exprimer de façon plus directe ses ressentis, ses opinions. Du moins, en ce qui concerne les Hunter’s Seasons et la politique gouvernementale. Peut-être ne sera-t-il jamais prêt, d’ailleurs. Ce n’est pas vraiment un besoin qu’il éprouve. Même si, il doit bien l’admettre, le fait de se trouver à côté d’un être susceptible de le comprendre, dans ses mots et dans ses silences, susceptible de partager ses angoisses les plus profondes… cela, oui, étonnamment, lui procure un soupçon de réconfort.

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