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 Bomb - Maisy

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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↳ Opinion Politique : Contre le gouvernement, vit de la transgression des règles.
↳ Niveau de Compétences : Niveau général, 2 - Sarcasme, 8
↳ Playlist : Marilyn Manson - Coma Black, A Place In The Dirt, The Fight Song *
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MessageSujet: Bomb - Maisy   Dim 16 Juil - 0:38

Bam, bam, bam. Clac, clac, clac. Les semelles frappent la pierre de l'escalier, suivies du grattement des griffes de la chienne. La bête grossit à vue d’œil, gagne des louches de centimètres à mesure que les semaines s'écoulent. Pour s'écouler, elles ont littéralement fui au travers de la petite porte, ne se sont pas encombrées de quelques explications inexplicables. Quand le temps passe vite, beaucoup trop vite, c'est lorsque tout va mal ; ou lorsque tout va bien. Lorsque tout va mal, et qu'on ne peut pas l'empêcher de nous narguer, parce que la vie continue, avec ou sans nous. Lorsque tout va bien, et qu'on a pas même l'occasion de le regarder dans les yeux, d'en savourer le goût sucré qui se dépose sur la langue. Sucré, et d'une douceur infinie. Quand je suis seul avec moi-même, dans mon rituel interminable avec le monstre, ça n'est plus doux. C'est âcre, acide comme un poison qui s'insinue dans mes veines au compte-goutte, si lentement que la perle empoisonnée résonne dans mon esprit lorsqu'elle tombe dans le sang.
Finalement, je ne suis plus si souvent seul, plus tant que ça. C'est étrange, c'est agréable et ça ne l'est pas à la fois. À l'étage du dessous, je sens. Les effluves de nourriture, le parfum d'un repas préparé depuis quelques dizaines de minutes, d'ingrédients qui manquent cruellement à toute une population et qui fleurissent dans la cuisine de Maisy. La chienne presse le pas – si elle me dépasse dans les escaliers, elle m'attend au palier suivant, ne se hasarde jamais vraiment à s'avancer plus que de raison. Elle s'est rapidement attachée et a vite agi comme une bête apprivoisée, un animal de compagnie. Je me suis vite attaché, m'entiche peut-être un peu trop vite depuis quelques semaines ; les lèvres se pincent, l'esprit et la raison aussi. Brusqué par mes propres songes.

Un poing s'abat tranquillement sur la porte, en un mouvement presque habituel, et je referme aussitôt les doigts sur la poignée. La tourne sans succès – ça aussi, c'est habituel. Je sais qu'elle ferme à clé, lui répète de toute manière qu'il faut qu'elle s'enferme à l'intérieur, et essaie toujours de rentrer malgré tout. Alors je patiente, approche mon visage du judas lorsque j'entends du mouvement à l'intérieur, grimace bêtement sans savoir si elle le verra. La porte s'ouvre sur son joli, si joli visage et je m'engouffre à l'intérieur, talonné par Orka. Pas de baiser, pas d'accolade, pas même une main au cul – je passe devant sa silhouette, lui offre un sourire et dépose ma veste sur le canapé. « J'suis un peu en retard, j'ai eu un truc au boulot... », soupiré-je. Toujours en retard. L'intention n'y est pas, j'aimerais sans doute être davantage ponctuel, mais ma montre trône quelque part dans mon appartement. M'approchant de la fenêtre, je jette un coup d’œil à l'extérieur – il doit être treize heures, peut-être quatorze. Le soleil hissé tout en haut du ciel se veut rassurant, mais il n'apporte que moiteur et transpiration sur les simples mortels qui le subissent. Je tire sur mon t-shirt et le secoue, évente un peu ma peau humide – je ne sais pas pourquoi je prends encore ma veste. Elle fait office de sac, j'imagine – tout mon bordel la rend beaucoup plus lourde qu'elle ne devrait l'être. « La patronne est pas hyper en forme, ces derniers temps, et j'crois que... Bref, peu importe. » Je me tourne vers Maisy, occupée à recevoir l'affection de la chienne. « Ça va ? Ça sent bon. » Ça sent toujours bon, dans cette cuisine. Me penchant sur ma veste, justement, j'en tire le petit sachet que j'ai payé une putain de fortune chez Mackenzie et en extirpe une petite pilule. Comme si j'étais chez moi, je m'occupe de la prendre avec un grand verre d'eau, remets tout plus ou moins à sa place, abandonne quelques gouttes sur le plan de travail ; puis sur le sol lorsque je me lave les mains et les essuie vigoureusement sur mon jean.

Je ne sais pas ce que nous sommes. Et je crois que je ne participe pas vraiment à ce que notre relation soit définie de façon plus claire. On baise, souvent. On se voit, de fait, souvent. On s'est mutuellement accompagné ici ou là, durant le mois qui vient de s'écouler, plus rarement. Et j'essaie de ne faire aucun compte, de ne pas visualiser tous nos échanges, de ne surtout pas les fourrer dans les cases d'un tableau, mais c'est plus que difficile. Parce qu'au fond, je viens quasiment un jour sur deux, Orka est presque aussi bien habituée à cet appartement qu'au mien et je commencerais presque à y prendre quelques habitudes. Je les tue dans l’œuf et me contente d'agir simplement comme un habitué des lieux, mais je n'y oublie rien. Je récupère tout lorsque je pars, comme si je n'étais jamais venu et que mon odeur, mêlée à celle de Maisy, n'imprimait pas les draps. Ne dors jamais, ô grand jamais ici. Ne l'invite pas chez moi – elle n'y est passée qu'en cas de nécessité, deux ou trois fois peut-être, pour s'occuper du chien. Mais on se voit, toujours avec la même intensité, la fièvre au bout des doigts et la confusion dans l'esprit. Les prunelles qui crient ce que tout le corps se refuse à exprimer.
C'est idiot, c'est même hypocrite. Mais la discussion n'est jamais venue sur le tapis ; peut-être que Maisy ne ressent pas le besoin d'en parler non plus. Relevant les yeux vers elle, je souris. Elle est de retour derrière les fourneaux et je me glisse derrière elle, passe les doigts le long de son bras, glisse mon visage près du sien. Lorgne une seconde sur le plat qu'elle réchauffe et glisse ma main libre sur sa hanche. « T'as bossé c'matin ? J'ai pas pu écouter la radio – ouais, ouais, j't'écoute dès que je peux, pour voir si tu dis pas trop d'conneries. J'suis déçu à chaque fois, d'ailleurs... » Déposant finalement un baiser sur son épaule, je la regarde remuer la nourriture et m'empare de sa main active, lui fais faire n'importe quel mouvement avec sa cuillère. Le contact de sa peau brûlante sur la mienne me rappelle à la chaleur étouffante, mais je continue, écrase l'ustensile dans la sauce et m'amuse des bruits peu ragoûtants qui s'en échappent. « Putain, il fait trop chaud près du feu - ça te donne pas envie de t'foutre à poil, à tout hasard ? »

Pourtant, je reste et me plais à avoir chaud avec elle. Le grésillement de la nourriture qui se réchauffe se fait peu à peu entendre, néanmoins toujours mis à l'écart par le rire de Maisy. Un gloussement idiot, toujours spontané, qui m'arrache un sourire à chaque putain de fois. Tout change beaucoup trop vite, tout a beaucoup trop changé ces dernières semaines. L'acceptation, du bout des doigts, de cette condition merdique dans laquelle je suis coincé. Le retour de Aimée – avec, latent, celui de Nicholas ? La glace me passe dans le dos à cette idée –, l'arrivée de Orka. Et, bien sûr, Maisy. Un chapitre à elle toute seule, un passage obligé, peu importe le temps que ça durera. M'aveuglant d'un nouveau baiser près du cou, ma main s'oublie et repose un peu lourdement sur la sienne. L'autre lui dégage le cou de quelques mèches de cheveux. Le corps se plaque contre le sien. Et il y a toujours cette envie, ce désir incandescent, qui n'est même pas propre à Maisy. Je ne sais plus si j'ai toujours été comme ça – non, sûrement pas. Pourtant, je ne sais pas davantage si ça vient de la Chose. Mais c'est là, sous-jacent, comme des braises qui ne s'éteignent jamais vraiment, prêtes à faire repartir le foyer en un clin d’œil.
Alors je me décale, malgré tout conscient qu'il y a d'autres plans pour nous et m'enfuis vers la salle de bain, marmonnant que je reviens dans une minute.

L'eau froide court le long de mes doigts et sur mon visage, me ramenant à la réalité. Celle qui veut s'écraser sous quelques coups de reins, la vérité hideuse que je n'aime pas contempler. Passant une serviette éponge sur un buste un peu trop moite, je me rafraîchis et ne suis sorti de mes pensées que par le grattement de la chienne à la porte. J'ouvre presque immédiatement pour la surprendre et termine mes affaires, jette quelques coups d’œil à Maisy ; elle s'occupe de remplir deux assiettes et je réalise seulement que je meurs de faim. Forçant sur ma voix pour la rendre particulièrement rauque, je grogne d'une voix grave : « J'ai tellement faim que j'boufferais n'importe quoi. »

Sans surprise, le repas est bon. En réalité, je n'avais pas si bien mangé depuis des années, avant de rencontrer la cuisine de Maisy – je le lui dis, pendant la discussion informelle qui s'assemble à mesure que le repas avance. On se raconte notre journée, celle de la veille, on se moque de tout et n'importe quoi et je refuse obstinément de répondre aux demandes incessantes d'une Orka gourmande. Défends Maisy de lui donner quoique ce soit, par précaution, et repose une assiette pas terminée sur la table. Lorsque je me lève pour prendre des serviettes supplémentaires, j'en profite pour allumer la télévision – Danny Clocker ne va pas tarder, hein ? En général, il ne m'intéresse pas. Pas du tout, même. Mais pour l'événement qui arrive, je me sens concerné, alors je presse le doigt sur le bouton d'allumage et emporte la télécommande avec moi. Reprends aussitôt une discussion avec Maisy, ne portant qu'une attention distraite aux images qui passent à l'écran. Mais mon esprit est un peu ailleurs, un peu à côté de la plaque, le temps de quelques minutes – on mange, on dévore, et quand je ne suis pas avec elle j'ai le ventre assez creux. Les tickets de rationnement que l'on me donne pour les employés du Little sont revus à la baisse, et les miens par la même occasion. Les denrées sont plus rares, la bouffe vient à manquer depuis quelques semaines, et les pourris du Gouvernement ne sentent même pas la faim gronder dans l'estomac. Alors, après tout, ce repas est hypocrite. Je ne m'en délecte pas moins, profite de ce qui m'est grassement offert sans broncher, mais ne peux m'empêcher de trouver que cela sonne faux. Maisy a de tout – tout ce que l'on peut trouver aujourd'hui, elle peut en bénéficier. Elle n'a pas à s'affamer, peut nourrir le chien, a même la possibilité de subvenir à tous mes besoins alimentaires sans que j'ai besoin de demander, et j'en suis satisfait. Mais c'est mal.

Laissant traîner la fourchette dans l'assiette, je récupère machinalement les quelques restes et minuscules morceaux de nourriture abandonnés involontairement ici et là. Le son de la télévision n'est pas fort, mais il parvient à mes oreilles, s'insinue comme des paroles qui me mettent devant le fait accompli. Et je ne regrette pas mon choix – lorsqu'il a été demandé à la population de participer à une sortie au-dehors des murs, afin de partir à la recherche de quelques denrées supplémentaires, je n'ai pas le souvenir d'avoir franchement hésité. Au fond, ma décision est entachée d'hypocrisie, elle aussi. Je pars davantage pour le maigre frisson que cela pourrait me faire ressentir que pour le désir profond de ramener quelques vieilles conserves, flanqué de je ne sais qui à mes côtés. Reposant tranquillement l'assiette sur la table, je fais de même avec celle de Maisy et m'affale sur le sofa, la tire contre moi comme une poupée de chiffon. « C'était bon, t'as bien travaillé, femme. » Un léger silence de ma part, presque imposé par la télévision, qui parle du raid en dehors de la ville, celui-là même auquel je compte participer. Dont je n'ai parlé à presque personne – Isak, peut-être ? « Au fait, tu pourras garder Orka ? J'sais pas combien de temps ça va durer, c'truc, alors autant prévoir le coup. J'ai pas vraiment eu de nouvelles depuis que j'me suis inscrit... Compte genre, deux jours, j'sais pas. »

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MessageSujet: Re: Bomb - Maisy   Jeu 27 Juil - 2:35


Je soupire, le corps encore lourd de sommeil, une hanche callée contre le plan de travail et une tasse de café brûlant entre les mains. Je frotte distraitement mes yeux et étouffe un bâillement avant d’avaler une grande gorgée. Le café me réchauffe de l’intérieur, me réveille doucement tandis que le soleil perce les nuages qui s’amoncelle au-dessus de la ville depuis deux jours. Le rayon tombe en plein sur le carrelage devant moi et Chat s’y précipite. La rate, en liberté tant qu’elle le peut, se roule sur le sol et tend son corps vers la chaleur de l’astre. Je souris et m’accroupis pour grattouiller du bout des doigts son petit ventre tout doux. Elle se tortille, se remet sur ses pattes et s’empresse de grimper le long de mon bras nu. Elle se blottit dans mon cou, effleurant ma peau de petit coup de museau affectueux. Je lui donne un petit morceau du sablé qui accompagne mon café et glousse quand ses moustaches chatouillent mon oreille. Je fini ma tasse et m’étire. Joseph va passer aujourd’hui. Comme très souvent depuis quelques semaines. Je dépose Chat dans sa cage avant de la gratifier de quelques caresses. Mes dents accrochent ma lèvres inférieure quelques secondes tandis que je me dirige vers la salle de bain pour finaliser ma routine matinale. Je réfléchis pendant que l’eau s’abat sur moi et que je me lave. Je réfléchis encore pendant que je m’habille. J’enfile une jolie robe, lisse le tissu sur mon ventre et observe mon reflet. Mes joues sont roses, mes cheveux encore ébouriffés par la serviette qui a servi à les sécher sommairement. J’ai l’air jeune et heureuse. Mon reflet me surprend, il y a longtemps que je ne me suis pas sentit aussi bien. J’éloigne rapidement l’idée que c’est Joseph qui est à l’origine de ce changement.

Trop effrayante, trop pleine de chose que je ne suis pas prête à envisager. Pas encore. J’aime la simplicité apparente de notre relation. Il vient quand il a envie de me voir, je passe au LD, lui tiens compagnie jusqu’à la fin de ses heures de travail. Il me ramène à la maison et reste, souvent. Il me prend, sur mon lit, sur le canapé, le comptoir. Puis il part. Il ne dort jamais ici, je n’ai jamais le plaisir de me réveiller dans ses bras. Ça m’emmerde, parfois. Une sorte de routine s’est installé entre nous. On baise, on discute, on bouffe. Parfois, quand je n’y fais pas attention, je me surprends à rêvasser. À avoir l’impression que nous formons un couple. Un peu dysfonctionnel, mais un couple. Comme maintenant, quand je sais qu’il devrait arriver d’ici une heure, qu’il mangera à ma table ce que je vais préparer, pour lui. Je m’avance dans ma cuisine, désormais baigner de soleil. Je lance le vieux poste qui traîne dans l’appartement, y glisse un CD et commence à fredonner en préparant mes ingrédients. J’ouvre l’une des fenêtres en dansant l’esprit perdu dans mes pensées. Les casseroles s’entrechoquent, le bruit du couteau s’abattant sur la planche à découper, accompagne le cheminement de mes pensées. Une fois de plus, je repousse l’idée de former un couple avec Joseph. Ni lui, ni moi n’avons défini notre relation. Nous n’avons pas parlé de sentiment. Actant comme un fait, l’attirance sexuelle qui semble constamment nous ramener l’un vers l’autre. Je préfère faire comme si je ne savais pas qu’il y avait quelque chose d’autre. Ni lui, ni moi n’avons demander l’exclusivité. J’entretiens l’espoir, probablement vain, que comme moi, il n’a ni besoin, ni envie d’aller voir ailleurs. Berce-toi d’illusions, c’est plus simple que d’oser demander ce que tu veux vraiment, ma grande. Après tout, il ne m’a jamais dit qu’il souhaitait que je sois fidèle à ce que nous avons, peu importe ce que c’est. Je soupire et laisse les tomates glisser dans la casserole, remue et ajoute quelques épices qu’il me reste. Je les garde précieusement, elles se font rare depuis l’apocalypse. La sauce se prépare lentement, je suis la recette de ma grand-mère et je souris tendrement en me souvenant de ses gestes calmes et assurée tandis qu’elle m’apprenait comment la préparer. Elle me manque tout comme mon père. J’irais le voir bientôt.

Je sais que Joseph va arriver. Je le sens toujours avant qu’il arrive. Je ne sais pas si c’est l’attirance que je ressens pour lui ou la magie étrange qui l’habite qui crée le frisson dans mon dos quelques secondes avant qu’il ne frappe, mais une chose est sûre : je sais toujours quand il arrive. Je m’approche de la porte lentement, laissant son petit rituel s’accomplir avec un sourire. J’observe la poignée tourner avec un sourire. Un de ses trucs qui prouvent qu’il existe bien quelque chose de tangible entre nous. Je jette un œil dans le judas pour l’apercevoir, quelques courtes secondes où je peux l’observer sans qu’il ne le sache. Son visage grimaçant me tire un rire et j’ouvre la porte. Il entre, ne m’embrasse pas, se contente de passer près de moi, comme toujours. J’en profite pour jeter un œil à son dos et à ses épaules qui tendent le tissu de son t-shirt, la petite piqûre du désir s’insinuant rapidement dans mon ventre. Il est délicieux, il n’y a pas à dire, et en retard, comme toujours. Je détourne les yeux de lui et les pose sur la chienne à mes pieds. La boule de poils a bien grossi. Je m’accroupis et la gratte entre les oreilles tandis qu’elle coince son gros museau contre mon ventre avec un grognement de contentement. Je lui chuchote des idioties en attrapant ses oreilles. « Roh, oui, c’est un potichien très content ça ! Mouh, voui voui voui, c’est toi la plus belle, hein ! » Elle me lèche le menton et je laisse échapper un petit rire, avant de répondre à Joseph. « Pas d’problème, j’avais pas fini de toute ! » Je lui offre un sourire heureux. Je suis contente de le voir chez moi. Je me rappelle quelques secondes l’incongruité que représentait sa présence il y a peu. La première fois qu’il a mis les pieds ici avec ses poings ensanglantés et son air encore un peu parti. J’avais eu peur de lui à l’époque. Aujourd’hui, moins. Je mentirais si je disais qu’il ne m’effraie jamais, mais il me rassure plus souvent que l’inverse.

« Ouais, ça va, j’ai fait un rêve un peu chelou cette nuit, mais ça va. » Je hausse les épaules, mes rêves qu’ils soient prémonitoires ou pas, sont souvent étrange de toute façon. Je me lève et me dirige vers la gazinière pour reprendre ma préparation. « Et toi ? À part le taf, ça va ? J’espère que ça ira mieux pour ta boss, ce serait chiant pour le LD sinon. » Je le regarde déambuler dans mon appartement comme chez lui. Il prend un verre, avale l’une de ses pilules, se lave les miens. Il semble tellement à sa place. L’idée, insensée, de lui demander d’abandonner son taudis dans Storyville pour s’installer ici, me traverse l’esprit. Je la remballe bien vite et secoue la tête en remuant ma sauce. Il ne dort même pas ici. Orka se rapproche de la cage de Chat et renifle doucement le rongeur avant de s’affaler sur le tapis avec grognement de contentement. Elle va être énorme si elle continue à ce rythme. Un frisson me parcourt avant même que je ne sente ses doigts sur mon bras. Je retiens un petit soupir de contentement quand son corps s’imbrique contre le mien. Je penche légèrement la tête sur le côté, laisse son visage se pencher au-dessus de la bouffe. « Mmh, nan, j’ai pas bossé aujourd’hui, j’suis censé être au Colosseum ce soir, alors ils me filent la matinée. » Je hausse les épaules avec un sourire. Il ne sait pas à quel point je déteste devoir aller dans l’arène. Il n’y a rien de ça entre lui et moi. Nous ne parlons pas de nos ressenti, nos histoires restent dans nos têtes, là où elle ne risque pas d’attendrir l’autre. Pourtant, souvent, j’aimerais en savoir plus. Sa main se glisse sur ma hanche et je l’y pousse légèrement, pour lui faire remarquer que j’ai bien senti sa présence. Ses lèvres se posent sur mon épaule, papillon brûlant qui enflamment mes sens, avant que je ne me reprenne. J’assène une petite claque sur sa main tandis qu’il me fait faire n’importe quoi avec ma cuillère. « Malotru ! D’abord, tu t’moques de mon travail et après, tu tentes de ruiner ma sauce ?! J’vais te jeter dehors, Townsend ! » Je laisse néanmoins échapper un rire devant ses bêtises. Je n’ai probablement jamais ri aussi régulièrement que depuis un mois. Il trouve toujours le moyen de me faire rire, comme s’il trouvait un plaisir quelconque.


« J’y reste parce que j’ai pas le choix, gros con ! Et avec, ta carcasse sur le dos, c’est encore pire ! » Pourtant, malgré la chaleur étouffante de la ville et celle, brûlante de la gazinière, je ne bougerais pour rien au monde. Son torse, dur et chaud, contre mon dos dénudé, ses bras autour de moi, sa barbe qui râpe la peau de mon épaule, je n’échangerais pas ça conte une bouffée de l’air le plus frais. Son corps se fait plus lourd, intransigeant contre le mien. Je me liquéfie quand ses lèvres s’attardent sur mon coup, quand contre mes fesses, je sens la preuve de cette attraction qui ne semble pas s’éteindre entre nous. J’inspire l’air entre mes dents et cambre légèrement mon dos. Mais vite, trop vite, il se décale, s’éloigne de moi, et malgré la chaleur de la ville et celle de ma cuisine, une vague de froid s’abat sur moi. Je pousse un soupir tandis qu’il s’éloigne vers la salle de bain. Il a probablement une fois de plus pensé à un truc qui le met mal à l’aise et s’enfuit, comme toujours. Je grommelle sur mon désir rallumé et sers mes cuisses l’une contre l’autre. Je prépare les assiettes et quand sa voix, rauque, retentit, je me redresse ma casserole, encore, à la main. « Pour le moment, t’auras droit à des pattes à la bolo. Pour le désert… On verra. » Je lui souris d’un air canaille avant de retourner poser la casserole, désormais vide, dans l’évier.

La conversation va bon train durant tout le repas, comme toujours. Nous n’avons jamais de problèmes pour communiquer. Tant qu’il ne s’agit pas de parler de quelque chose de plus profond. Je ris souvent, souris beaucoup, comme à chaque fois que je passe du temps en sa compagnie. Je me retiens bien sagement de donner quoique ce soit à Orka, ne voulant pas rompre l’ambiance détendue qui s’est installée. Il allume la télévision et l’image du programme de Danny me soulève le cœur. J’essaie de ne pas le regarder. Il fait remonter trop de choses. Les horreurs des HS, celle de l’arène dans laquelle j’ai failli perdre tant d’amis. Les images de Lazlo, la poitrine ouverte, son cœur dans la main de son amant. Timothée, broyée par le sable. Vaas… Je secoue la tête, avale ma bouchée de pattes et me concentre sur tout sauf ce qu’il se passe à la télévision. Je regarde Joseph ramassé jusqu’à la dernière miette de nourriture et je suis fière de lui. Si j’ai conscience de la chance que j’ai de pouvoir manger à ma faim, nourrir mes animaux, aider Joseph et Lazlo, je sais que le monde dehors meurs de faim. J’en ai une conscience accrue et je fais toujours attention à ne rien perdre. À toujours mangé tout ce qui se trouve dans mon assiette et je suis heureuse de voir que Joseph fait de même. Un profond sentiment de gratitude me sert le cœur tandis que je pose mes yeux sur lui. Il est beau, il est loin d’être parfait, cumule pas mal de défaut, mais je sais que dans le fond, c’est un homme bon.

Je le regarde ranger les assiettes, décide que je ferais la vaisselle plus tard et le laisse m’attirer contre lui. Je me laisse tomber dans mon canapé, glisse mes jambes sur ses genoux et glisse mon nez dans son cou. J’en profite pour humer son odeur, terreuse, chaude, rassurante. S’y mêle les odeurs du bar, alcool, tabac et parfum capiteux des prostituées. J’inspire profondément, heureuse de retrouver l’odeur de l’homme que j’… apprécie. Je secoue mentalement la tête et ignore royalement ce que je viens de penser avant d’asséner une claque retentissante contre la cuisse de Joseph. « Tain, t’es tellement un gros con, qu’tu mérites que j’te jette par la fenêtre avec des remarques comme ça, Townsend. » Je me tais néanmoins, tends l’oreille pour écouter Danny parler des raids qui vont avoir lieu dehors. J’en ai entendu parler en long en large et en travers depuis deux semaines. J’en parle chaque jour à la radio, rappelle au citoyen de se porter volontaire et si une part de moi à envie d’accompagner un groupe dehors, j’ai bien conscience que je n’aurais pas la force de le faire. Trop de risque. Je me blottis dans l’étreinte de l’Anglais, laisse mes doigts glisser sur son torse, dessine ses tatouages que je devine à travers le tissu usé.

Quand il parle, il me faut quelques secondes pour comprendre qu’il s’adresse à moi. Quelques-unes de plus pour comprendre de quoi il s’agit. Je me redresse lentement et pose un regard étonné sur lui. « Tu comptes y aller ? » Le choc rend ma voix plus aiguë. Je suis estomaquée. Complètement sous le choc. Pas forcément, par le fait qu’il souhaite y aller. Je m’y serais attendue, il est assez altruiste et assez casse-cou pour vouloir tenter ce genre de truc. Je suis choquée qu’il n’ait même pas pensé à m’en parler. Je déglutis et me redresse encore un peu. Je dois m’éloigner physiquement de lui, vite. Je dois pouvoir exprimer ce qu’il se passe et je n’ai pas le temps de me laisser distraire par son contact. « Genre, tu comptes faire partie des raids ? » Je me tiens debout face à lui. « J’veux dire, c’est dans quoi ? Deux jours ?! Ça t’as pas semblé logique de m’en parler avant maintenant ? » J’inspire fortement. « Ou chais pas, même de me demander ce que j’en pensais ? » Je frotte mon front, enterrant d’un coup tous mes espoirs que ce que nous avions soit plus qu’une simple relation de cul un peu sympa. « J’veux dire "Coucou Weaver, j’vais partir dehors risquer ma vie pour ramener de la bouffe, pour un gouvernement dégueulasse qu’en a rien à foutre de sa population, j’vais p’tet crever dehors. " c’était trop dur à dire ? » Je soupire et fais les cent pas devant lui. Il semble un peu surpris de ma réaction. « Tu pensais vraiment que j’aurais aucune réaction ? Que c’était pas un truc qui méritait que je sois prévenue un peu plus de deux jours à l’avance ? Que j’avais pas le droit de donner un peu mon avis sur la question ? Chais pas, merde quoi ! Tu passes la moitié de ta semaine dans cet appart, tu passes la moitié de ton temps avec moi quoi ! Tu crois que j’aurais pas remarqué que tu t’étais barré ? Tu crois qu’j’aurais aimé devoir apprendre que t’y allais en lisant ton putain de nom sur un papier à la radio ?!» Est-ce qu’il est assez aveugle pour ne pas avoir vu que je tiens à lui ? Ou alors est-ce une façon de me dire que justement, lui n’en a rien à foutre de moi ? Je déglutis et le regarde, blessée, inquiète et choquée. Je ne sais pas comment réagir et comme toujours, je choisis la solution la plus simple, la moins risquée pour moi, je me mets en colère. Elle n’est pas forcément logique cette colère et si je prenais quelques secondes pour réfléchir j’en aurais conscience, mais je ne peux pas. Je ne peux pas prendre le risque de revivre ce que j’ai enduré quelques mois plus tôt. Je n’arrive pas à croire qu’il n’ait même pas pris ça en compte et je lui en veux pour avoir brisé, en une phrase, le calme et la quiétude dans lequel mon petit monde baignait depuis quelque temps. La colère sert à cacher quelque chose de bien plus profond. Elle cache cette peur complètement irrationnelle que j'ai de le perdre depuis le jour où il a passer cette porte pour la première fois. Depuis le jour ou il a taché ce tapis sur lequel je me tiens.

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'Cause maybe you're lovable and maybe you're my snowflake. And your eyes turn from green to gray and in the winter, I'll hold you in a cold place.


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MessageSujet: Re: Bomb - Maisy   Lun 31 Juil - 0:53


There is love in your body but you can't hold it in
It pours from your eyes and spills from your skin
Tenderest touch leaves the darkest of marks
And the kindest of kisses break the hardest of hearts


Gros con. Je souris, tant de fois que je ne les compte plus. Comme le soleil brille haut dans le ciel, comme ma Terre est calme, juste avant la tempête. Aucun bourdonnement pour me troubler, aucun pensée incongrue, presque pas l'ombre d'un désir brumeux que j'aimerais foutre sous le tapis. Il n'y a presque rien, juste cette sensation délicieuse et délicate d'apaisement – un petit quelque chose que je goûte, que j'effleure du bout des doigts, comme on a peur de froisser le pétale d'une fleur ou l'aile d'un papillon. Et pour une fois qu'il n'y a rien d'obscur, c'est étrange et difficile d'y succomber. Les songes s'agrippent à la télévision, au raid qui va bientôt se dérouler, mais j'ai bien du mal à m'y accrocher. Je n'ai envie de penser qu'à de la douceur infinie, des pensées que je n'assume pas mais qui demeurent et subsistent, malgré tout. Elles n'ont pas besoin d'être entretenues – elles le font suffisamment bien toutes seules. En deviennent indécentes de tant d'autonomie, d'une indépendance arrachée. Les doigts de Maisy sont une caresse agréable, l'odeur qui s'enfuit de sa chevelure sombre en est une autre pour mon odorat. Je ne sais pas quoi penser de cette relation – de ce qu'on a pas su définir.
Lorsque je parle du raid à Maisy, c'est très simple, et terriblement neutre. Parce qu'il n'y a rien d'autre à en dire, rien à ajouter – je n'aurais certainement rien dit si je n'avais pas eu le chien. Pourtant, la tension électrise ses membres et bientôt tout son corps. Elle se braque, laisse courir dans ses veines un je ne sais quoi – quelque chose qui la pousse à s'éloigner, l'acide qu'elle a choisi de récupérer de mes quelques mots et qui est en train de tout gâcher. L'intonation est aiguë lorsqu'elle s'exprime, et je décèle dans sa voix une surprise incompréhensible. Il n'y a rien d'étonnant là-dedans, me dis-je, moi-même un peu perdu. Et puis, enfin, vient l'éloignement brusque, celui qui abandonne sur mon flanc une ombre froide. Tout le fantôme d'un repas, d'une heure, d'une semaine.

La dispute. J'ai tellement de mal à y croire que je la dévisage, muet. Complètement immobile, seul mon bras retombe tranquillement sur le canapé, choit mollement contre ma cuisse. Je n'ai pas envie de me disputer – j'en ai même si peu le désir que je ne compte pas broncher. Je me tairai pendant une minute ou deux, jusqu'à ce que le vent se calme, jusqu'à ce que le soleil pointe à nouveau le bout de son nez. Dieu sait que je ne suis pas doué pour les disputes – les mots sont toujours trop violents, trop douloureux, teintés de faux tant qu'ils peuvent brûler. Je crains que la franchise ne s'arrête où naît la colère, j'ai peur de n'avoir que d'odieux mensonges pendus aux lèvres. Tu comptes faire partie des raids ? Elle se tient debout, presque trop dramatique pour le peu d'intérêt de la situation. Naïf, je la contemple sans mot. Pourquoi s'est-elle seulement levée ? M'évertuant à m'accrocher à cette naïveté pathétique, je sens pourtant déjà le sifflement dans mes oreilles et la chaleur qui court dans mes doigts, remonte le long de mes bras et s'échoue près de ma poitrine. Ça t'a pas semblé logique de m'en parler avant maintenant ? Non. Non, de toute l'honnêteté dont je sois pourvu, putain de non, ça m'a pas semblé logique.
La crédulité dont j'ai fait preuve depuis le début de sa petite scène s'évanouit en même temps que ma bonne intention – celle de ne pas répondre. Celle de ne rien dire, d'attendre que l'eau coule d'elle-même sous les ponts, d'attendre un moment propice, qu'on baise pour relâcher un début de pression. Et on aurait pu rire de sa réaction, de cet éclat beaucoup trop impulsif. Incertain de savoir si j'attends toujours la chute d'une drôle de plaisanterie, d'une imitation particulièrement réussie d'un putain de couple, les prunelles sont fixées sur sa silhouette.

Ou même me demander ce que j'en pensais ? La vague de froid s'abat, me gifle à m'en geler les os. Pourtant, j'ai les doigts brûlants, le visage en ébullition et les pensées se jettent d'elles-mêmes dans les flammes. Le sifflement se mue en bourdonnement, les battements de mon cœur s'intensifient, comme si je sentais arriver une putain de catastrophe, si minime puisse-t-elle être. J'aurais sûrement pu ne rien dire, tenté-je de me convaincre, si elle s'était contentée de s'agiter dans tous les sens, de me demander mes raisons, de répéter dix fois qu'elle ne comprenait pas pourquoi je voulais y aller. De me demander de ne pas y aller, peut-être. N'importe quoi, mais pas ça. Pas le chien attaché à la laisse, le gosse dans les pattes de sa mère, le mari sous les jupons de sa femme. Le corps se tend, les membres se bandent et plus rien dans ma silhouette n'exprimera plus la détente d'ici quelques minutes.
Le cachet n'a pas vraiment eu le temps de faire effet, et je me demande même s'il aura une quelconque utilité, dorénavant. Le bourdonnement s'intensifie, se mêle aux mots de Maisy, qui m'arrachent une lente grimace. À mesure que je comprends, que je saisis la teneur de ses propos, que je ne peux pas me cacher ce que j'y discerne, en filigrane. Elle fait les cent pas, et je saisis avec douleur la nécessité qu'elle ressent de bouger, de faire n'importe quoi. La chaleur irradie dans mes membres, je crève d'envie de me lever ; de me tirer. De marcher de tout mon saoul dehors, d'arpenter la rue. Sans le chien, sans la femme, sans personne d'autre. Tenté un instant de le faire, je lance un coup d’œil à une porte d'entrée qui me semble irrésistible. Durant une poignée, une gigantesque poignée de secondes, il n'y a rien d'autre que cette putain de porte – plus de plaisir, plus de douceur, plus d'accalmie. Plus de tempête ni même de soleil – juste le trou béant qu'elle représente. Que j'avais pas le droit de donner un peu mon avis sur la question ?

There is love in your body but you can't get it out
It gets stuck in your head, won't come out of your mouth
Sticks to your tongue and shows on your face
That the sweetest of words have the bitterest taste

Penchant à nouveau le visage vers elle, je me redresse lentement. Le sang, le feu, les fourmis courent le long de mes jambes et les poids s'accrochent à mes chevilles. Un soupir abyssal m'étrangle lorsqu'il remonte le long de ma gorge et s'extirpe hors de mes lèvres. Les mains passent sur mon visage – je lui tourne le dos et m'éloigne vers la cuisine, entame le fossé que Maisy a creusé entre nous. Du coin de l'oeil, je distingue Orka. Inconsciente, innocente, elle ne se doutera jamais de rien. Ses oreilles frémissent malgré tout lorsque Maisy prononce ses derniers mots. Je me trompe, elle sent. Elle sent cette putain d'odeur de cramé, elle sent l'odeur de la fin. Parce que je ne resterai pas, je ne resterai pas s'il faut se disputer à chaque fois. Je ne resterai sûrement pas s'il faut lui rendre des comptes. Me tournant finalement vers elle, je m'appuie dos au comptoir et la dévisage. Elle l'avait dit. La moitié de ta semaine dans cet appart, la moitié de ton temps avec moi. Il y a tellement de choses à dire que je suis incapable de choisir la première, incapable de faire de l'ordre dans mes pensées, dans tout ce qui me démange les lèvres. « Ça y est ? T'as terminé ? Je vais essayer d'être clair, calme –  d'être bref. » Sachant pourtant pertinemment que je ne serai pas bref – comment l'être ? Lorsque je reprends, j'appuie le premier mot : « Non. Non, j'ai pas pensé à te prévenir avant, non. J'suis justement en train de le faire, c'est pas comme si j'te mettais devant le fait accompli. De toute façon, qu'est-ce que ça te fait ? Qu'est-ce que t'aurais fait ? Qu'est-ce que tu croyais que, moi, j'aurais fait ? Qu'j'allais tout lâcher ? » Ça commence. La logorrhée verbale. Le ton se fait faussement plaintif : « "Maisy, faisons un débat sur une décision qui concerne que moi, c'est tellement mon putain de genre de discutailler sur des décisions qui sont déjà prises et qui ne concernent que moi" », je répète, insiste. « C'est ça qu'tu voulais, c'est ça que tu veux ? Alors j'suis désolé, putain de désolé de t'le dire, mais ça sera jamais comme ça. »
Ç'aurait pu être un point final. La ponctuation d'une désagréable, qui aurait eu le mérite de mettre les choses à plat, mais ça ne veut pas s'arrêter. Le bourdonnement emplit mon crâne, résonne dans les moindres recoins de mon esprit et se fait déjà douloureux.

Il a envie de décrocher. De pencher le visage vers les dorures du soleil et de s'y perdre, d'observer les gens qui, au-dehors, ne sont pas assaillis par une discussion aussi désagréable qu'inévitable. Joseph, c'est la porte impérieuse vers les abysses, l'obscurité si tentante qu'elle en est dangereuse. Et au fond, nichée dans les entrailles de son être, il y a la raison. Identique à celle qui sommeille chez n'importe qui, simplement recouverte d'un peu de poussière, d'une couche peut-être un peu plus épaisse que chez un autre. Mais c'est sa poussière, accumulée avec amour durant des années et des années, celle dont il ne veut pas se débarrasser. Dont il ne réalise pas pourtant qu'il a déjà commencé à souffler dessus. Que les lèvres de Maisy s'y sont penchées, salvatrices et inconscientes. Mais aujourd'hui, en ce moment précis, il a simplement envie d'être blessant. Parce qu'elle aura eu l'audace de gâcher son après-midi, avec ses sentiments beaucoup trop tangibles, parce qu'elle a eu le courage de s'exprimer avec beaucoup plus d'honnêteté en quelques minutes qu'ils ne l'ont jamais fait depuis qu'ils se fréquentent. Parce que ça l'effraie, tout simplement. Il ne supporte pas les disputes avec ses proches – et cette affection, presque maternelle, est tellement troublante qu'il ne veut pas avoir à l'affronter. Au fond du fond, il réalise ; Maisy fait partie de ses proches, alors ?

Je soupire. « Non putain,  Mai', vraiment, j'suis pas venu pour ça. J'ai aucune putain d'envie d'me disputer, j'veux pas perdre mon après-midi pour ces histoires. » Maintenant, il faut affronter son regard et espérer ne pas y lire la perche que je lui ai tendue. Pour quoi t'es venu, alors ? Pour baiser, pour bouffer, pour profiter de la légèreté ingénue d'une après-midi ensoleillée ? Peut-être pas, non. Je suis venu parce qu'on est bien. Parce qu'on l'était, en tout cas. « J'croyais que notre truc c'était de pas s'prendre la tête, de pas parler d'ces choses-là. J'croyais que tu savais dans quoi on s'embarquait – mais putain, si tu croyais sincèrement que j'allais t'demander ton avis là-dessus, tu me connais vachement mal, Maisy. Et j'vais te dire, j'dois hyper mal te connaître aussi, d'avoir cru que tu serais fichue de comprendre et de t'en foutre, de pas me faire la scène de la... de la copine complètement tarée. » Les derniers mots sont sifflés, presque crachés avec dégoût. J'ai l'impression d'avoir franchi un cap, d'avoir fait un pas. Un pas en arrière, ou un bond, pour ce que ça vaut. Fouillant les poches de ma veste, incertain de savoir pourquoi je ne suis pas encore parti, je sens le bout de mes doigts un peu fébrile. Le sang toujours brûlant, le cerveau noyé sous une ébullition mortifère. J'attrape un paquet de clopes, en cale une entre mes lèvres, l'allume et range le tout dans ma veste. Ouvre la fenêtre, fais quelque pas, fume distraitement sans même en avoir envie. Mais il faut occuper les doigts, les lèvres, l'esprit. Sans succès, parce que j'ai besoin de parler et d'en rajouter une couche à chaque fois, de me répéter inlassablement. « J'ai pas signé pour ça, mais putain, j'croyais que toi non plus. » Pour ça. Pour les scènes, les cris, la jalousie et la possessivité. Pas pour la tienne, Maisy, putain. Je peux bien ressentir les affres de la jalousie quand je vois un mec te reluquer, je peux bien serrer ton corps contre le mien lorsque je le possède tout entier et qu'il n'appartient plus qu'à moi. Mais on ne peut pas vouloir se posséder en-dehors du lit, n'est-ce pas ? Peut-être un peu... Lorsqu'on est ensemble, lorsqu'on est l'un avec l'autre. Mais pas en-dehors de tout ça – quand je suis chez moi, quand tu es chez toi, qu'en reste-t-il ? Il n'y a plus rien, rien de suffisamment tangible pour que je comprenne qu'il ne faut être qu'à toi.
Dieu sait que j'ai envie, parfois, que tu sois à moi. Que je ne pense pas à ce que tu fabriques quand nous ne sommes pas ensemble, et que j'espère que tu en fais de même. Mais de tout ça, il n'y a rien à en tirer. Parce qu'au fond, en réalité, tout ce qui m'intéresse, c'est que tu sois à moi. Je ne veux pas être à toi, parce que je ne vois pas ce que ça nous apporterait d'autre, de plus, de mieux.  

Je n'arrive plus à m'arrêter de parler, je ne sais pas pourquoi je suis encore là. À suffoquer dans un appartement qui ne m'appartient pas, dans un quartier qui n'est pas le mien, dans une relation subitement devenue étouffante. En plein sous le soleil brûlant qui perce les à travers la fenêtre et me grille la peau. Je demeure immobile, fume de temps en temps un alibi pendu à mes lèvres. Peut-être que je parle pour combler, pour couvrir le bruit dans mes songes, les murmures et l'éternel grondement, le chuchotement du monstre, le souffle de la réalité qui cherche à percer les œillères. Je me suis exprimé, mais je n'ai rien fait avancer, dans cette discussion. Alors je fais le tour du comptoir, me glisse dans la cuisine et cherche une bouteille d'alcool, les lèvres refermées sur une cigarette qui se consume sans accomplir son devoir. « Va falloir... On peut pas tourner autour du pot, hein ? » Je sors deux verres, dans le doute, et m'en sers un. Alterne entre la clope et l'alcool, consomme et consume le tout avec empressement, pour un peu de courage. Pour sentir les mains fantomatiques de l'ivresse me pousser en avant et s'enfoncer dans mon gosier, jusqu'à trouver quelques paroles utilisables. Mais ça n'était qu'un petit arrangement avec moi-même, ce verre. Les mots sont déjà mélangés dans ma tête, prêts à sortir. Enfin, je me stabilise, m'appuie à nouveau contre le comptoir et la dévisage. « T'attends quoi ? Je pensais que c'était clair, j'pensais vraiment qu'on était d'accord sur toute cette merde. Je veux pas d'une relation, je veux pas me sentir étouffé, et j'ai aucun putain d'compte à rendre à personne, je pensais que c'était suffisamment évident. C'est pas contre toi, ç'aurait été pareil... Pareil avec n'importe qui. » Les lèvres se pincent. C'est moche, terriblement laid, de lui balancer ça de cette manière. Mais il n'y a plus de temps pour les formes, pour sucrer mes paroles. Je ne me laisse pourtant pas le temps de prendre une pause, trop révélatrice du regret brûlant qui chauffe sur ma langue. « Mais si tu veux autre chose, va p't'être falloir revoir tes prétentions, ou arrêter tout de suite. J'serai peut-être jamais ce que tu cherches, j'attends pas à la maison que tu rentres du boulot, je bosse toute la nuit avec des putes Maisy, la plupart du temps j'bois comme un trou et j'oublie où s'trouve mon appart, tu crois que j'me rappelle de toi à l'aube ? » C'est sorti brusquement, peut-être un peu abrupt. Peut-être un peu trop acide pour Elle. Les lèvres se rouvrent, muettes, et voudraient mimer n'importe quoi, une parole, une excuse, une explication fournie. Mais j'ai dit toutes mes saloperies, et j'ai la bouche sèche. Le verre se remplit à nouveau, la cigarette meurt entre mes lèvres et le nuage de fumée s'élève. Pas suffisamment opaque pour me faire disparaître, pour me camoufler à ses grandes perles bleues. J'avais le sentiment qu'elle ne pensait qu'à elle, tout à l'heure. J'ai le sentiment de n'avoir pensé qu'à moi, à l'instant.

My heart swells like a water at weight
Can't stop myself before it's too late
Hold on to your heart
'Cause I'm coming to take you
Hold on to your heart
'Cause I'm coming to break you

_________________
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MessageSujet: Re: Bomb - Maisy   Lun 31 Juil - 20:42


Envolés la quiétude, la tendresse et le calme. Envolée la chaleur du flanc de Joseph contre mon corps, envolée la douceur de son bras autour de moi. Je reviens en arrière, laisse le temps faire se rembobiner. Je grave dans mon esprit l’image de son visage détendu, de ses yeux brillants, du demi-sourire qui étire ses lèvres, de ses doigts qui effleure doucement la peau nue de mon bras. J’inspire un peu, la gorge serrée, grave encore quelques souvenirs. Sa bouche contre ma joue, son corps, brûlant, contre le mien. Son rire, grave, rauque, comme s’il avait oublié comment faire, au creux de mon oreille. Son souffle dans mon cou, qui ébouriffe les cheveux dans ma nuque. La douceur de son regard juste après l’amour. Le son de sa voix, qui gronde comme un tonnerre, quand ma tête est posée sur son torse. J’inspire pour de bon, retourne lentement vers le présent, vers la situation que je viens d’enclencher. Consciente de laisser tout ça derrière moi. Consciente aussi et surtout, d’avoir tout gâché. J’y retrouve mon appartement, le bruit de la vie qui rentre par mes fenêtres, lui toujours assis sur mon canapé, la fausse sensation de calme. L’air semble crépiter de ma colère, je sais qu’elle sera bientôt rejointe par celle de Joseph.

Son absence de réaction jette de l’huile sur les flammes de la colère qui enfle en moi. Je fixe son visage impassible, son expression légèrement surprise, l’air un peu perdu qui s’affiche sur son visage. Ses sourcils qui se froncent quand il comprend, les muscles de sa mâchoire qui se crispent. Derrière ma colère, la fascination qu’il exerce sur moi reste là. Elle brûle mon âme avec autant de force que la colère. Il me fascine, tout chez lui m’intrigue. Sa beauté rude, son caractère de cochon, son histoire qu’il ne raconte pas, l’air de petit garçon triste qui a assaillit ses traits quand il a parlé de sa mère, sa nature étrange. Tout. Et je le déteste pour ça, parce que j’aimerais qu’il me fasse confiance, qu’il abandonne ses fardeaux sur mes épaules, qu’il m’autorise à partager ce qui le brise un peu plus chaque jour, mais il s’évertue à tout enterrer et une part de moi le comprendre. C’est tellement plus simple de vivre dans le déni, de faire comme si les problèmes n’existaient pas. Comme si les bleus, au corps ou à l’âme, étaient invisibles. Mes yeux errent sur lui, cherchent une raison de continuer à m’énerver, alors que je sais bien que ma colère est démesurée. Son poing se serre et je jubile intérieurement. Voilà. Là, je t’ai touché. Je vois son visage se tourner vers la porte du coin de l’œil. C’est lâche ça, Townsend, bien trop lâche même pour toi, même pour moi, même pour nous. Alors, je continue de parler, je l’assaille de mes mots. Plutôt crever, que de te laisser prendre cette porte Townsend.

Il se lève et mon souffle se perd quelque part entre mes poumons et ma gorge. Dieu, qu’il est beau quand il est en colère. Je perds le fil de mes pensées quelques secondes, laisse mes yeux dériver. Je me déteste, malgré la colère qui enfle et ronfle en moi, entre nous, le désir m’embrase aussi sûrement que s’il avait été nu. Je penche légèrement la tête sur le côté, soudain un peu effrayée. Inconsciemment, je recule d’un pas, tandis qu’il pousse un profond soupire et frotte son visage. Quand il se retourne et s’éloigne de moi, je relâche mon souffle, les mains tremblantes. Mais le soulagement ne dure pas, il s’éloigne, creuse le fossé entre nous. Instantanément, j’ai envie de retourner me blottir dans ses bras, de le serrer contre moi, de lui dire d’oublier tout ça. Et cet état de fait m’effraie, me fait repartir en arrière, à l’époque où je m’aplatissais face à Steven, parce qu’être aimé de lui me semblait plus important que ma propre sécurité. J’inspire entre mes dents, l’air vicié de nos colères, de ma faiblesse, de ma peur. Je recule encore, me force à creuser à mon tour de l’écart entre nous. Mes yeux papillonnent, mon ventre se serre, mes paumes deviennent moites et je lutte contre mon envie de fuir, contre celle de courir dans ses bras. Mon monde tangue, tandis que je prends conscience de la place qu’il a pris dans mon petit univers. Pourtant, je ne m’arrête pas de parler, je continue à lui balancer mes arguments à la figure, incapable de m’arrêter. J’appuie, sans vraiment le savoir, sur des leviers qui détruisent peu à peu la paix instable de notre relation. Il s’appuie dos au comptoir, les muscles de ses bras et de son torse gonfle son t-shirt et une fois de plus, je perds le fils de mes pensées. Je me tais finalement, reste les bras ballants dans mon salon, les pieds nus sur mon tapis, juste là où se trouve la preuve tangible de sa première visite.

Sa voix claque dans le silence nouvellement installé. Je relève le visage, éloigne difficilement mes yeux des taches de sang sur le tapis, les posent d’abord sur ses doigts, crispés sur le comptoir, puis les laisse remonter le long de son bras, jusqu’à son visage. Dur, froid, implacable. Je déglutis, la colère me reprend quand je croise son regard. Pourtant, je me tais quand il parle. Je croise les bras sous ma poitrine, dans une position de défense et hausse un sourcil. Ma belle assurance s’effondre quand son Non claque. Non, bien sûr que non, il n’avait pas pensé à me prévenir. Parce qu’il ne me voit pas comme je le vois. Parce que ce qu’il y a entre nous n’a pas la même importance de son côté. Parce que je ne suis qu’un plan cul régulier, la nana sympa, celle qui le nourri, ne lui prend pas la tête. Celle qui le laisse s’enfouir entre ses cuisses pour mieux oublier les problèmes du dehors. Je déglutis, blessée dans mon ego presque plus que dans mes sentiments. Je prends également conscience du fait qu’il a mal compris mes récriminations. C’est assez logique en somme. Je l’écoute d’une oreille distraite, trop occupée à réfléchir à quoi lui renvoyer. Mon cœur bat mes tempes, la colère est dure à tenir à l’écart. J’essaie de réfléchir calmement, de ne pas la laisser m’engloutir, je n’ai pas envie d’envenimer une situation qui l’est déjà bien assez. Je m’apprête à lui répondre quand il détourne la tête alors je ravale mes mots, l’écoute encore un peu.

Il n’est pas venu pour ça. C’est vrai, après tout, il ne vient jamais que pour une chose, deux tout au plus. Mon cul et son estomac. Le confort d’un appartement bien plus luxueux que le sien, pour quelques heures. Une douche chaude. Un canapé moelleux. Un repas consistant, préparé par d’autres mains que les siennes. Il y vient pour son plaisir personnel, pas pour moi. Pas pour me voir, pas parce que je lui ai manqué. Je continue à me taire, écoute sa colère, en nourrie la mienne. Puis c’est assez. C’est trop même. Alors avant qu’il puisse reprendre, tandis qu’il sort une clope de son paquet, j’ouvre la bouche. « Tout est toujours si simple dans ton petit monde. Tant que le monde tourne dans le sens qui t’intéresse ça va. Mais tu supportes pas, vraiment pas, que quelqu’un ose te dire la vérité en face, hein ?! » J’avale ma salive, attrape mon propre paquet sur la table basse et m’allume une cigarette à mon tour. Je tire sur le bâton de nicotine, laisse-la fumer encrassée mes poumons, tout comme ma colère encrasse mon esprit. « "Notre Truc" comme tu dis, n’existes que dans ta tête. T‘as décidé, implicitement apparemment, que ça serait comme ça, alors ça doit l’être, puisque Monsieur Townsend en a décidé ainsi ! » Je fais de grand geste de bras, un début de révérence et lui jette un regard noir. Ma cendre s’écrase sur le tapis, entre les taches de sang. « Mais nan, désolée, Townsend, mais le monde ne tourne pas autour de ta personne. J’ai signé pour rien mec, j’ai signé pour rien du tout. Tu viens quand t’as envie, on se voit quand t’as envie et tu sais quoi, j’te laisse faire parce que ça m’va ! Ça m’va de pas me prendre la tête, de te voir débarquer quand t’en as envie, de te laisser me baiser quand t’en as envie. Mais putain, si y a bien un truc pour lequel j’ai pas signé et ça tu peux m’croire, j’en suis sûre. C’est pour qu’on me manque de respect ! » Je secoue la tête. « J’te demande pas d’te comporter comme un prince charmant, y a bien longtemps qu’j’ai compris qu’t’en serais jamais capable. Y a longtemps que j’ai compris que t’étais du genre come and go. »

C’est méchant, parce qu’au fond, je sais que ce n’est pas vrai, je sais qu’au fond, il est juste aussi déboussolé que moi parce qu’il se passe entre nous. Mais je n’ai pas la force d’être gentille. « Et j’en ai rien à foutre que tu sois vexé, blessé ou j’sais pas quoi, par ma réaction. La moindre des choses ça aurait été que tu m’en parles, parce que tu ne me dois rien, si ce n’est du respect. Parce que je pensais qu’on avait passé un cap, un p’tit certes, mais qu’au moins tu me considérais digne de ton respect ! » J’inspire fort, consciente de m’énerver pour plus que ce qu’il dit. « Et si tu me connaissais comme tu pensais l’faire, t’aurais su que j’aurais rien fait pour t’empêcher d'y aller, parce qu’au moins moi, j’te respecte et je respecte tes choix et ton avis. » J’ai craché les derniers mots, le corps tremblant d’une rage qui ne m’appartient probablement qu’à moitié. « Et merde ! » Je lève les mains au ciel, avant de tirer à nouveau sur ma clope. « Tu crois vraiment que j’ai qu’ça à foutre ? Me prendre la tête avec toi alors que c’est le bordel dans ma vie ? Tu crois que ça m’plait d’te gueuler dessus pour obtenir un truc que j’devrais même pas avoir à demander ? » Je le regarde, le cœur serré, fouiller dans mes placards, en extirpé la bouteille d’alcool qui y traîne et sortir deux verres. Je le regarde se comporter chez moi comme chez lui, je le regarde prendre la place que j’aimerais qu’il prenne dans cet appartement, que j’aimerais qu’il prenne dans ma vie. Je le regarde la prendre comme s’il ne s’en rendait pas compte, comme s’il n’en avait pas envie. Je ne m’approche pas, ne vais pas me servir un verre, parce que ça voudrait s’approcher de lui. Ça voudrait dire prendre le risque de craquer, de m’aplatir devant lui, de me nicher entre ses bras, de m’excuser. Ça voudrait aussi dire, prendre le risque de m’approcher de ses mains, de prendre un coup, d’être une fois de plus frappée. Ma gorge se serre et je détourne les yeux. Les réflexes de femme battue, que je pensais oublier, sont toujours là. J’ai honte, l’espace d’un instant, honte de ce que j’ai laissé la vie me faire. Mais il reparle, de nouveau appuyer contre le comptoir de ma cuisine, sa large silhouette dessinant une ombre sur le sol. Il parle et marche à grand pas sur tout ce que je croyais.

Je laisse ses mots s’imprimer dans mon crâne. Je les laisse ravager tout ce qu’il reste à ravagé. Je le laisse me piétiner. J’inspire, la bouche sèche, la sensation brûlante des larmes derrière les yeux, la boule du dégoût de soi enflant dans ma gorge. Je pince les lèvres, détourne le regard. Soustrait à mon regard, la vision de sa beauté quand il me détruit. Tu es si beau quand tu me brises. Si beau quand tu écrases tout ce qu’il reste de moi sous ta chaussure. Si beau quand tu sembles te repaître des morceaux épars de mon cœur éclaté. Je secoue la tête, plisse les yeux. « J’attends quoi ? » Bonne question, tiens. J’attends quoi ? Je ne sais pas. « J’sais pas. J’attends d’être traité comme un être humain. J’attends que tu me traite avec plus de respect que le reste de la population. Pas parce que j’ai une place particulière, j’sais bien que t’es incapable de ça. » Ç'aurait été pareil... Pareil avec n'importe qui. La phrase tourne dans ma tête et me blesser comme s’il s’agissait d’un éclat de verre. Parce qu’il n’est pas n’importe qui, mais hors de question de lui dire. « J’sais bien qu’t’es pas capable de faire preuve de considération pour quelqu’un d’autre que ta personne Townsend. T'inquiètes pas va. J’pensais juste que chais pas, j’méritais autre chose qu’un "Garde mon clebs, j’pars à la mort. " » Je lève les mains en signe d’incompréhension. « J’allais pas te dire n’y vas pas, j’allais pas te dire non, j’allais rien dire, juste un "Fais gaffe à ton cul là-bas, j’voudrais pas d’voir soigner des morsures de zombar" ! Mec, j’ai fait partie d’la résistance, j’ai mis mon propre cul plus en danger qu’un paquet de gens dans c’te ville de merde ! J’le mets en danger encore régulièrement ! J’vais le remettre sur le marché bientôt parce qu’on a besoin de moi, parce que je sais que j’peux pas continuer à faire comme si j’en avais rien à foutre de voir ceux qui ont été ma famille, quand j’avais personne, se mettre en danger ! » Je secoue la tête. « J’aurais juste apprécié qu’tu me dises les choses, que tu m’demandes c’que j’en pensais, pas parce que tu l’dois, mais parce que t’en avais ENVIE ! » J’ai crié, c’est plus fort que moi, le ton froid ça ne marche pas.

Sa voix, froide et dure, transperce le silence à la suite de ma dernière phrase et fini d’achever le travail entamé un peu plus tôt. Tu crois que j'me rappelle de toi à l'aube ? Ma tête tourne dans sa direction à toute vitesse, la bouche entrouverte sous le coup de la surprise. Le parpaing de la réalité s’écrase avec violence sur la tartelette aux fraises de mes illusions. Je regarde tous les fantasmes de tendresse et de changement dans notre relation s’effondrer. Je regarde mes rêves piétiner par les bottes de Joseph. Mes yeux s’humidifient et je vois sa bouche s’ouvrir et se fermer plusieurs fois. Il regrette ce qu’il vient de dire, cherche à trouver une excuse peut-être, mais c’est trop tard. Je lui tourne le dos, appuie mes mains sur le dossier du canapé et respire profondément. J’appelle la colère, qu’elle tienne éloigner la tristesse, elle est bien moins douloureuse. Je ferme les yeux, plisse les paupières de toutes mes forces et me retourne. « Ah ouais ? C’est marrant, tu t’en souviens bien quand t’es enfoncer entre mes cuisses. Tu t’en rappelles bien quand tu viens chercher ton comptant de chair. Tu t’en souviens bien aussi quand j’te sers à bouffer et quand j’te prête ma douche. » J’inspire par le nez. « Oh, mon grand, j’ai pas besoin que tu m’aimes pour te laisser me baiser. » Menteuse. « Mais, nom de dieu, j’ai effectivement été bien conne, de croire que tu pouvais avoir ne serait-ce que de l’affection pour autre chose que ton cul et ton chien ! »

Je pointe du doigt Orka, qui sentant qu’on parle d’elle se lève et s’approche de moi, elle frotte sa grosse tête contre ma jambe. « Ouais, toi au moins, tu sais qui j’suis. » Je lui gratte la tête et jette un regard amer à Joseph. « Excuse-moi d’être un être humain, Joseph. Vraiment. Excuse-moi d’attendre de toi un minimum de respect. » Je soupire, passe la main dans ma nuque. « Oh, et t’inquiètes pas, j’ai jamais voulu que tu sois autre chose qu’un gentil sex-toys que j’pouvais utiliser quand j’avais trop envie de baiser. T’inquiètes, j’ai certainement pas besoin de tes reproches à deux balles et de ta peur de l’attachement. J’ai arrêté de m’intéresser aux enfants y a bien longtemps. Alors, désolée si le fait qu’une femme te demande le respect te fasse baliser, mais non, tu n’es pas irrésistible, je ne suis pas en train de te demander de m’épouser et d’me faire des gosses. J’te demande juste de me considérer comme autre chose qu’une plante en pot, mais p’têtre que c’est trop te demander. » J’ai craché ma dernière phrase d’un air hautain. Je suis une menteuse, une grosse menteuse, mais j’appuie sur la seule chose qui peut l’énerver, sa jalousie. J’ai vu comment il réagit quand un autre mec me regarde de trop près. Il ne m’aime pas, mais il n’aime pas partager ses jouets le bougre. J’envisage un instant de taper sur sa nature, mais je me l’interdis, je veux le blesser comme il m’a blessé, mais je ne suis pas aveuglé par la colère à ce point.

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'Cause maybe you're lovable and maybe you're my snowflake. And your eyes turn from green to gray and in the winter, I'll hold you in a cold place.


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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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MessageSujet: Re: Bomb - Maisy   Mer 2 Aoû - 3:08

My heart swells like a water at weight
Can't stop myself before it's too late
Hold on to your heart
'Cause I'm coming to take you
Hold on to your heart
'Cause I'm coming to break you


Il se tient, là. Voudrait être intangible, s'élever avec les volutes de fumée et s'échapper avec eux par la fenêtre. La brune parle, ses grandes perles bleues lui semblent cerclées de rose, comme si ses billes étaient recouvertes d'une pellicule humide et acide. Il n'arrive plus à voir la douceur de son visage, la beauté de ses traits, ni à trouver le chagrin immensément beau. Comme il le trouve toujours – beau, attendrissant et, presque aussitôt après, ça le rend furieux. Un énième duel qui se joue à l'intérieur, là où personne ne peut les voir, à l'endroit même où Joseph n'y voit qu'une obscurité collante. Muet, il la dévisage. Il n'a plus envie de répondre, et pourtant les mots lui brûlent les lèvres. Elle dit des vérités, qu'il n'admet pas. De ces faits évidents, gros comme le nez au milieu du visage, qu'il recouvre d'un peu de fumée, que d'un souffle. Et puis, elle dit des choses qui le surprennent, mais sur lesquelles il ne ripe pas. Il aimerait écouter d'une oreille distraite, mais la colère s'accumule derrière son front et le long de ses tempes, court jusque dans ses doigts électrisés par un mouvement d'humeur lent et menaçant. Il ne veut pas admettre, il aimerait simplement faire comme d'habitude. Avancer, prendre à droite et sortir par la porte. Avancer, tout droit, passer la main dans ses cheveux ; il aimerait peut-être la prendre, pour arrêter de parler, pour taire les inquiétudes et l'angoisse qui gonfle dans sa poitrine. Par terre, sans s'embarrasser d'un lit – il pourrait bien se brûler les genoux sur le tapis, si dégueulasse puisse-t-il être, jusqu'à en avoir la chair à vif. Ce serait beaucoup moins douloureux que cette discussion – au fond, il reconnaît la pointe de souffrance qui naît et se cache, pudique, dans les tréfonds de ses entrailles. Cette petite souffrance d'avoir dit des choses qui ne sont pas totalement vraies, et la grande de voir son regard sur lui, ce regard triste et coulant de rage. Au moins, maintenant, elle est en colère. Il préfère ça – dans la colère, il se nourrit. Le sang bat dans ses tempes et l'esprit qui sommeille, caché dans son crâne, lui susurre de douces paroles inaudibles. Des mots qu'il n'entend pas mais qu'il prononcera, des mots qu'il doit penser, en vérité. L'esprit ne fait que le pousser un peu en avant. Il a du lui refiler un peu du courroux qui gronde, comme il le fait toujours sans le savoir.
Il déglutit pour continuer à agir normalement, il fume pour s'occuper et conserver un peu de nonchalance dans sa gestuelle, mais il n'en a plus envie. L'alcool n'a aucun goût, pas davantage que le tabac, d'ailleurs. Il voudrait bien faire semblant, savoir être d'une placidité à toute épreuve. Mais Joseph n'est pas placide.


« Non non, j'ai pas haussé le ton et tu en fais de même. » La voix, elle aussi, est soudain grave. Je n'ai rien dit, rien dit du tout pendant son grand discours, mais je ne supporterai pas qu'elle se laisse aller à crier. Parce que je ne crie pas, je garde le peu de calme qui demeure encore sous ma peau, et parce que si elle se met à gueuler, tout le monde se réveillera. La chose, la colère, la rage – elles me feront bouillir les veines, s'éveilleront comme un troupeau de monstres et voudront tout dévaster sur leur passage. Maisy est surprise – j'échappe à son regard, mais c'est trop tard. Je les ai vues ; la déception, la tristesse. Les lèvres se scellent finalement, se pincent même et les bras se croisent sur ma poitrine. Achèvent de coller de la distance entre nous. Elle échappe à mon regard et j'en profite – soupire, la cigarette choit à mes lèvres, je ferme les yeux. Le rideau se ferme et lorsqu'il se rouvre, c'est toujours la même scène. Toujours la même chose. Sa silhouette se tourne et me fait face, à nouveau. Coince une déglutition dans ma gorge.
Enfoncé entre tes cuisses. Je la dévisage et ne cille pas, m'enterre lentement dans un mutisme réconfortant. J'ai été bien conne de croire que tu pouvais avoir de l'affection pour autre chose que ton cul et ton chien. Les prunelles papillonnent aussitôt vers la chienne, qui s'approche de Maisy. Franchit le cap que je n'oserai, ô grand jamais, dépasser aujourd'hui. Je fume rapidement, recroise les bras sur ma poitrine et les observe. Muet. Un sex-toy, tes reproches à deux balles, ta peur de l'attachement. Enfant, respect, femme, épouser. Plante en pot. C'est peut-être trop te demander. Elle déballe son sac, balance son linge sale à mes pieds et en reste là. Comme je viens de le faire, et comme je vais sûrement encore le faire dans un instant. Les lèvres se pincent – je ne sais pas si elle fait exprès d'en rajouter ou si elle s'exprime en toute sincérité. Si elle pense, véritablement, tout ça – ou si elle veut me l'entendre dire. Si c'est le cas, si c'est ce qu'elle souhaite, elle n'en aura rien. Il n'y a, en ce moment précis, plus de place pour les confidences.

Parce que, Maisy, si je te raconte tout, qu'en restera-t-il ? Si je te raconte tout et que tu ne peux pas le supporter ? Si je m'ouvre à toi et que tu n'aimes plus ce que tu entends ? Si dans un mois, six, huit ou deux ans tu décidais d'en avoir marre ? Et si ce soir, je décidais d'en avoir marre ? Si je devais te rejoindre et que je tombais sur une femme, une autre. Je ne résisterai pas, je ne résiste jamais – et si un autre homme...
Le soupir gonfle dans ma poitrine et gêne ma respiration, m'encombre les bronches sans que je sache comment les dégager. Il n'y a peut-être rien à faire, peut-être qu'il faut laisser faire les choses. Et jusqu'à présent, c'est ce que nous avons fait – peut-être que Maisy n'aimera pas l'homme qu'elle découvrira là-dessous. Le vrai, le véritable ; et si elle l'aime malgré tout, je ne suis même pas capable de le supporter. Elle, aimer un homme que je ne peux pas regarder en face ? Accepter de cet homme ce que je ne peux pas admettre, ce que je veux oublier plus que tout ? Peut-être qu'à mes yeux, elle n'aura plus la même saveur. Et si elle ne l'aime pas, j'en souffrirai. Pour rien. Pour des miettes d'affection, de doux souvenirs que je ne me laisserai jamais chérir. Non, c'est beaucoup trop compliqué, beaucoup trop difficile à aborder. Il y a trop de facteurs en jeu, trop de choses que je n'accepterais pas – quant à elle... Je ne connais plus ses limites. Je pensais, il y a quelques minutes encore, que je venais d'en découvrir une. Qui n'en est peut-être pas, me dis-je sans conviction. Mais ces paroles, je les connais. Ces peurs, ces inquiétudes, je les connais terriblement bien, trop pour avoir envie de les regarder dans le blanc des yeux. La multiplicité d'incohérences me laisse démuni.
Dans tes yeux, je me vois meilleur. Avec toi, je me sens meilleur. Rien n'a changé, et j'ai l'impression d'être une meilleure personne. Et si tu savais tout, tu n'aurais plus ce regard. Peut-être accepterais-tu tout ce que je pourrais avoir à te raconter, mais la douceur de tes yeux serait viciée, quoique tu fasses. C'est un risque que je refuse de prendre. Et tu n'es pas une plante en pot, une poupée gonflable, tu n'es pas une femme comme les autres, tu n'es pas n'importe qui. Mais il vaut peut-être mieux que tu le croies.

« Sois pas dramatique, ça m'énerve. Si tu penses vraiment que j'ai pas d'respect pour toi, tant pis. J'vais pas m'jeter à tes pieds et te dire c'que tu veux entendre. De toute façon, tu sais bien que j'suis pas comme ça... » Ajouté-je, amer. « Que j'suis du genre come and go, que j'pense qu'à mon cul et que j'aime que moi, j'suis irrespectueux, tout ça. J't'apprendrai rien. » J'aurais du être pudique à ce sujet, mais je ne suis pas honteux d'avoir affiché la blessure à l'ego qu'elle vient de me faire. Je fume, la dévisage, laisse courir les prunelles sur sa silhouette. Le long de son corps et m'attarde sur son visage. La colère me bouffe tout entier, me brûle comme la cigarette entre mes lèvres – il ne restera d'elle bientôt plus qu'un cadavre. Alors je fume, encore. « Enfin, si. J'peux peut-être t'apprendre un truc, avec tout le respect que j'te dois. » Je m'interromps, et tire sur la clope. « Dans mon monde, mon petit monde comme tu dis, y a rien de putain de simple, tu vois ? Rien de putain de simple dans ce putain de monde, tu croyais quoi ? Que la vie est belle, que j'démarre ma journée avec un bon café et les oiseaux à ma fenêtre, le cœur léger ? » La poitrine se soulève, puis s'abaisse, trop vite. Le palpitant accélère, ses battements sont brusques et résonnent dans mes tempes. Je fume avec nervosité, malmène le bâtonnet qui pend à mes lèvres. Merde, Maisy. Les cachetons, l'alcool, la nuit, la solitude, la colère, le putain de truc qui me hante – comment as-tu pu dire ça ? Les lèvres se pincent à nouveau, les traits se tordent. Mais je ne peux pas expliciter – ça donnerait l'impression que je me plains, que je m'apitoie encore plus. « Tu t'es pas dit que justement, tout est tellement putain d'compliqué que j'essaie de m'éviter ces conneries, ces disputes à la con ? Pourtant, merde, j'vois que t'as eu le temps de réfléchir sur moi. T'as bien cogité, dans ton coin, c'est à s'demander pourquoi t'es encore là. T'avais du temps à perdre, un trou à boucher, une solitude à combler ? » Bien plus amer et vexé que je ne voulais bien le reconnaître, la pilule ne passe pas. Personne n'aime se faire juger, hein ? Mais elle l'a eu, le temps. L'opportunité de penser à la personne que je suis. Elle n'est d'ailleurs certainement pas loin de la vérité. La boule d'amertume grossit tant entre mes lèvres que j'aurais bientôt du mal à la contenir. Le bourdonnement me tourmente, brouille mes idées avec tant d'ardeur que je ne sais plus par où commencer, par où poursuivre, ou simplement s'il faut en terminer.

La cigarette se meurt et je tire un cendrier, l'abandonne à l'intérieur. Me sers un nouveau verre d'alcool, que je bois lentement. Certaines paroles tournent et tournent inlassablement dans ma tête, se mêlent au monstre et me harcèlent. Comme s'il n'y avait déjà plus rien à dire, je bois en silence. Alors qu'il y aurait tout un pavé à écrire à propos de cette histoire. Cette anecdote ridicule, ce moment que j'espérais ne jamais voir venir, ne jamais connaître – je ne suis pas fait pour les disputes, pour les étalages de sentiments et les faiblesses comme des plaies ouvertes à saupoudrer d'un peu de sel. Parce qu'une fois ouverte, la blessure de ne se referme jamais. La cicatrisation n'est jamais parfaite, et il y aura toujours quelqu'un pour enfoncer ses griffes à l'intérieur, pour la lécher si fort qu'elle se rouvrira, pour la mordre sans peine. « Alors ? » aboyé-je soudain, impatient. « Tu veux quoi ? T'attends quoi ? Dis-le. Tu veux que j'm'excuse, tu veux que j'te demande pardon d'avoir le caractère que j'ai ? D'avoir vécu trente balais et d'avoir créé tout c'truc, tu veux que j'sois désolé de cette façon de vivre ? Parce que tu dis que tu m'respectes, mais je vois pas le respect dans tout c'que tu viens de me dire. Et puis, pour c'que ça vaut... On a jamais défini notre relation. » Craché-je, acerbe. Ça recommence – le tourbillon roule dans ma gorge, cherche les lames à lui lancer au visage. « J'me suis peut-être pas manifesté, mais toi non plus, j'te rappelle. T'as jamais dit que tu voulais quoique ce soit, que tu voulais qu'on ressemble à quelque chose, que tu voulais qu'on s'pose des limites. J'ai pas plus de limites qu'avant, depuis qu'on se... » Qu'on se fréquente, qu'on se voit, qu'on passe du temps ensemble. Ne sachant pas comment qualifier la chose, j'accompagne l'incertitude d'un geste de la main et bois une nouvelle gorgée. Voilà, c'est dit. Tu n'es pas la seule, Maisy. Depuis le premier soir, jusqu'à la semaine dernière, jusqu'à il y a quelques jours. Comme si j'avais besoin de le dire – d'une part, pour qu'elle sache, simplement. De l'autre, pour lui faire du mal ; et je ne saurai jamais si ce désir malsain et honteux naît du monstre ou tout simplement de moi. Cette envie, ce besoin de triturer les plaies béantes. Celui qui les lèche, qui les malmène et les torture, c'est moi. C'est pour ça, que j'ai tant de crainte qu'on me fasse la même chose.

There is love in our bodies and it holds us together
But pulls us apart when we're holding each other
We all want something to hold in the night
We don't care if it hurts or we're holding too tight


« J'peux pas être désolé de ça, mais si t'avais tant besoin que j'te rassure, fallait l'dire. Si t'avais besoin que j'te donne toute cette affection, fallait pas hésiter à le dire. J'aurais pu prendre mes clics et mes clacs et me barrer avant qu'on en arrive à cette discussion à la con. Mais bon. T'es culottée, parce que t'en as eu quand même. » Lâché-je, magnanime, et bois une nouvelle gorgée. « C'était d'la confiture aux cochons de toute façon, hein ? C'est exactement pour ça, pour cette raison, que j'suis comme ça, tu vois. J'ai p't'être connu trop d'ingrats. » Je hausse les épaules, repose les yeux sur elle. Tu ne peux pas me faire culpabiliser sur quelque chose que j'assume, que je revendique, Maisy.
Et puis, comme un coup à l'arrière de la tête, les quelques mots prononcés un jour par Charlie me reviennent en mémoire. Aussi frais que si elle venait de les prononcer, aussi agaçants qu'à la seconde où elle les a prononcés. Énervants de vérité. 'Et jamais personne ne pourra vous aider, si vous ne le laissez pas vous toucher. Si vous n'acceptez pas qu'il soit capable de vous faire du mal, assez pour vous obliger à devenir meilleur. Les gens qui nous acceptent ne valent rien. Ceux qui nous changent...' Bien loin de m'apaiser, le souvenir de ses paroles fait ronronner la colère dans mon ventre. Fébriles, les doigts passent sur mon jean, sur le comptoir, à la recherche d'une cigarette. Détournant le regard, je le pose sur la fenêtre. Il n'y a plus qu'un sujet à aborder. Nous n'avons plus rien à nous dire. Je n'ai pas ton affection, celle que tu désires. Je n'accepterai pas la tienne. Je veux du rien, servi avec un peu de rien. Du vide, du vent, des baisers, te baiser, ta chaleur la nuit. Nous n'avons plus rien à nous dire. Les prunelles fixées sur le verre, où se reflètent, à la lumière du soleil, quelques traces. Nous n'avons plus rien à nous dire. Nous n'avons jamais eu quoique ce soit à nous dire. Je n'aurai jamais rien à te dire.
Mais je me sentais meilleur. Mais, l'autre jour, j'ai aperçu mon reflet dans le miroir – pas celui de la bête décharnée, non. Le mien, durant une fraction de secondes. Mais j'avais une stabilité, un petit quelque chose auquel me raccrocher.

Les paupières rendues lourdes par la chaleur et la luminosité, l'amertume et le changement perpétuel de mes humeurs, j'ai du mal à les garder ouvertes. Le bourdonnement ne m'octroie aucun répit. N'osant pas lancer un regard à Maisy, je demeure immobile – peut-être que c'est le moment. Il n'y a pas qu'une chose à dire, il y a un chemin à emprunter. Je peux y mettre fin immédiatement, ou faire durer encore le calvaire. « Y en a pas eu tant que ça. J'crois pas. » Non, bien sûr. Je fume, penche le visage vers elle et cherche ses yeux. Comment pourrait-il y en avoir eu plus de quelques uns ? Certaines leçons sont rapides à assimiler. « Tu sais bien qu'c'est pas comme ça. J'ai jamais été un opportuniste, sinon j'aurais essayé d'baiser toutes celles qui bossent pour le gouvernement.  Mais j'regrette. J'aurais jamais du m'avancer comme ça avec toi, j'aurais jamais du passer autant de temps avec toi, j'aurais pas du prendre le chien. J'aurais pas du venir, tous les jours ou presque. C'était vraiment une idée d'merde. Je t'ai... » Une brève pause, durant laquelle je tire sur ma clope, je bois une gorgée d'alcool. Vite. « J't'ai fait croire les mauvais trucs. C'est pas que j'ai peur de m'attacher. C'est juste que j'en ai pas envie. Avec toi... Ça marchait bien, mais ça marche plus. Tu m'en demandes trop, t'as raison. J'ai besoin d'une potiche, p't'être. Mais vois le bon côté des choses, ça veut sûrement dire que t'en es pas une. »

Je bois, avale une gorgée pour chaque mensonge proféré. Incapable de savoir pourquoi ils sont sortis, avec tant de facilité, alors que j'avais pris une bonne résolution. Du coin de l’œil, je vois sa tignasse foncée, j'imagine ses deux grands yeux, ses traits fins, les joues rosies par les émotions. Et, au fond, j'ai envie d'y aller. De sentir la chaleur de son corps sur le mien, son odeur naturellement parfumée à mon odorat, qui commence à reconnaître sa fragrance. Je ne sais pas ce que j'attends – qu'elle me mette dehors, peut-être. Le monstre tourne et retourne dans mon esprit, me susurre les mots qu'il voudrait que je prononce ; docile, je le fais. « De toute façon, c'est sûrement pas plus mal. J'imagine que j'ressemble trop à Steven. Hein ? Après tout, qu'est-ce qui t'plaisait chez moi ? J'suis curieux de le savoir.  » Les membres brûlants, parcourus de courants électriques, je fais le tour du comptoir. M'approche lentement d'elle. « Puisque j'suis si... terrible. J'étais pas là que pour combler tes envies, hein ? Non, t'es trop... Trop en demande, pour ça. » Quelques pas en avant, lents et mesurés. Pourtant, le souffle se raccourcit et la colère m'embrasse. Je ne parviens plus à trouver la cohérence, la cohésion entre mes pensées et mes paroles, entre mes désirs et mes gestes. « Alors ? Tu sais, j'l'ai senti dans tes membres. » Quelques dizaines de centimètres nous séparent encore – si elle recule, j'avance. Un mouvement de recul de sa part et je ralentis ma progression, jusqu'à approcher de son corps cependant, si près que j'en discerne la chaleur qui en émane. « Pas toujours, sans doute, mais j'le sentais, parfois. La petite tension, le stress, l'inquiétude. » La main tendue vers elle court le long de sa taille, glisse sur son bras et glisse jusqu'à son épaule. Les prunelles dans les siennes ne s'y noient pas – pas cette fois. Les doigts s'approchent de sa gorge. « Quand je te touche, parfois... Je sens le malaise, tu sais. Alors qu'est-ce qui te plaît ? C'est le danger ? Le fait de pas savoir si tu vas te prendre une tarte à la moindre occasion ?
C'est pour ça que tu veux retourner dans la résistance - pour sentir encore un peu de danger, parce qu'au final, t'en as pas tant qu'ça avec moi ?
 » Soudain, j'ai besoin de savoir. Peut-être pour rester plus longtemps avec elle, ou pour qu'elle admette ce que je n'exprimerai pas. Ou pour nourrir le monstre. « Moi, je vais te dire ce qui me plaisait. » Les yeux fouillent les siens, un rictus me tord les lèvres. « Tu m'as toujours fait marrer. C'est rare, tu sais, les femmes sont pas souvent dotées d'humour. Mais aujourd'hui... tu m'fais plus rire du tout. »

Le conseil de Charlie n'a plus aucun sens à mes yeux. Il est dénaturé dans mes paroles, vicié dans mon esprit. S'il le faut, je vais te toucher, Maisy. Si c'est nécessaire, je te ferai du mal. Pour voir si tu changes, pour voir si tu deviens meilleure, pour voir si tu m'acceptes malgré tout. Et si c'est le cas, peut-être que ce sera à ton tour d'être le bourreau.

Hold on.

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MessageSujet: Re: Bomb - Maisy   Dim 6 Aoû - 12:18


« Darkness Falls Across The Land »


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La rumeur qui grandit, qui enfle de plus en plus. Et finit par vous atteindre de plein fouet. Vous ne vous rendez pourtant compte de rien. Pas au début, tout du moins. L'endroit où vous vous trouvez semble tout à fait normal. Vous ne ressentez rien de particulier. Rien d'autre que la présence de votre interlocuteur. Rien qui ne laisse présager de ce qui vous attend. Aucun signe alarmant, aucun facteur particulier qui aurait pu vous rendre méfiant, encore moins vous mettre la puce à l'oreille. Que la tension palpable et caractéristique de l'endroit dans lequel vous évoluez. Vous n'en avez aucune idée mais pourtant, en quelques instants, quelques secondes à peine, vous basculez dans un autre univers.

   La transition se fait dans la plus grande douceur pour endormir les suspicions. La brèche que vous traversez est invisible, impalpable. Vous pénétrez dans l'autre monde sans le savoir et faites votre entrée dans les ténèbres sans vous en rendre compte. Pas dans l'immédiat. Le décor ne change presque pas et vous abandonnez le french quarter pour sa reproduction identique et apocalyptique située à Darkness Falls. Cette version des Enfers encore habitée par des créatures voraces, des monstres affamés qui n'aspirent qu'à vous dévorer les entrailles et vous détruire à petit feu. La promesse de longs moments de torture insupportable si vous vous laissez attraper. Elles vous attendent au tournant, les chimères dévastatrices. Atteindre une issue, une autre brèche vers le monde réel, reste votre meilleure chance de survie. Mais ces dernières se font rares et surtout très aléatoires. Alors, restez sur vos gardes si vous ne voulez pas rester piégés dans les limbes et y perdre bien plus que la raison.
   

   

   

   
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MessageSujet: Re: Bomb - Maisy   Dim 6 Aoû - 23:43


Je suis surprise qu’il ne m’ait pas coupé plus tôt quand sa voix claque. Je hausse un sourcil, avec un sourire mesquin. Je laisse échapper un rire, proche de l’aboiement. Ah non, Townsend, tu me traites comme de la merde, si tu t’attends à ce que je reste bien sage, c’est que tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’au coude. J’ai beau être au bord de la chute, le cœur serré et une boule de larmes nichée dans ma gorge, je ne me laisserai pas marcher dessus. « Tu es très mal placé pour dire quoique ce soit. J’gueulerais si j’ai envie et si ça te plaît pas… Tu connais la sortie. » J’indique la porte d’un mouvement de main. Je prie intérieurement pour qu’il ne sorte pas. Tout mon être refuse de le laisser partir. J’ai encore beaucoup trop de colère à évacuer, beaucoup trop de peine à consoler. Si être seule, voudrait dire pouvoir me rouler en boule sur le canapé et lécher mes plaies au calme, ça voulait aussi dire le laisser partir. Refuser toute possibilité de réconciliation, lui laisser la possibilité de fuir et d’aller se cacher, ce que je refuse. Il a l’air fatigué, épuisé par cette engueulade qu’il ne voulait pas. Mais moi non plus j’en voulais pas. J’appuie sur tous les boutons, laisse ma colère me faire dire des choses que je ne pense qu’à moitié. J’ai conscience qu’elle nous fait tous les deux dire des choses que nous ne pensons pas vraiment. Je sais que je ne suis pas n’importe qui, parce qu’il n’aurait probablement pas parlé de sa sœur, de son frère, de son enfance douloureuse à n’importe qui. Je sais que je ne suis pas n’importe qui parce qu’il y a cette lueur dans ses yeux juste après l’amour. Cette lueur qui a nourri tous mes espoirs jusqu’à ce soir. L’espace d’un instant mes certitudes s’effondre et je me prends à croire que j’ai rêvé. Qu’il n’y a rien de plus entre nous. Rien de plus que quelques blagues, quelques repas, un chien et des parties de jambes en l’air satisfaisante. Pourtant, j’ose encore croire qu’il n’aurait pas pris le temps de me répondre si je n’étais personne. J’ose croire qu’il ne s’engueule pas comme ça avec les filles qu’il ne fait que baiser. J’ose croire que ma place est, légèrement, différente de celle des autres.

Plus je me lâche et plus j’ai envie de le blesser. Je me déteste d’être comme ça, je me revois face à Neria, appuyant sur toutes ses insécurités juste pour le plaisir de la voir sortir de ses gonds. Juste pour le plaisir de m’engueuler avec elle pour mieux la retrouver après. Pourtant, j’ai peur que la situation soit trop différente entre lui et moi pour qu’il y ait une quelconque forme de retrouvaille. Il esquive mon regard, se renferme sur lui-même, pourtant, une fois de plus, je la vois l’étincelle dans son regard. La trouille qui le bouffe, l’attachement qui le terrifie. L’élan d’affection qui réchauffe mon cœur s’arrête bien vite quand il ouvre la bouche. Je grince des dents, les mâchoires crispées à m’en faire mal. « Dramatique, hein ? » Je laisse échapper un rire froid. « Ah, c’est ça alors ? "J’suis comme ça j’peux pas changer, bla, bla, bla ?" » Je secoue mes mains entre nous. « C’est clair que c’est plus simple de se dire que tu peux pas changer. Ça fiche moins la trouille que de se dire que c’est faisable tiens. » Pourtant, derrière le sel de ses paroles, je sens bien que je l’ai blessé et je me rends compte que je m’en veux. Un peu. Un tout petit peu. Je voulais le faire réagir, je voulais le blesser, lui faire mal comme il m’avait heurté. Et, je me retrouve à regretter de l’avoir fait, mais il reparle et je contente d’écouter. « T’es sérieusement en train de me la jouer pauvre petit gamin ? Tu crois que ma vie est plus simple ? Tu crois que j’me lève le cœur léger ? » J’inspire profondément, la voix brisée par la violence des émotions qui se débattent en moi. « Tu crois que j’ai pas conscience que ta vie pue au moins autant qu’la mienne ? Tu crois que ça m’plaît de d’voir aller trois fois par semaine au peloton d’exécution ? Tu crois que j’aime ça, torturer des gens avant de les voir se faire buter ?! » J’ai des larmes dans la voix et les yeux brûlants. Non, bien sûr que non, tu ne sais pas, parce que je ne t’en parle pas, parce que ça doit rester simple entre nous, hein ? « Tu crois vraiment qu’si j’avais qu’un trou à boucher, j’me serrais emmerder à prendre quelqu’un qu’a autant de problème ? » Je soupire, passe la main sur mon visage, frotte mes yeux pour en retirer les dernières larmes. J’inspire par le nez plusieurs fois, tente de calmer mon rythme cardiaque tandis qu’il se serre un verre. Je tourne sur moi-même, éloigne mon regard de lui, le pose sur mon appartement, cherche le calme que cet endroit m’a toujours apporté. Je sursaute quand il parle. Sa voix claque, forte, dure, pleine de colère dans le silence qui venait de tomber.

« Tu crois vraiment, que t’es tout seul à aller mal ? Tu crois pas que si tu prenais la peine d’ouvrir un peu ta gueule, d’expliquer un peu c’qui te bouffe, quelqu’un pourrait p’tet te filer un coup de main ? Tu crois pas que si t’acceptais de parler, au lieu de toujours vouloir baiser quand y a un truc qui t’fait chier, on éviterait ce genre de situation ! » Je tends la main entre nous, désigne la tension qui nous bouffe, avant de me rallumer une cigarette. Je le regarde boire, le cœur battant la chamade, les mains tremblantes. Mes émotions sont un tel bordel que je n’arrive pas à savoir qui domine. Je n’arrive pas à savoir si je suis en colère, triste ou juste déçue. Je n’arrive pas à faire le point. Me contentant de fixer des yeux celui qui aurait pu être tout, mais qui est en train de ne devenir que du rien. Qu’un souvenir amer, d’une relation qui aurait pu marcher si nous avions tous les deux accepter de faire des efforts. Il me blesse, me rappelle que j’ai moi aussi mes torts dans cette histoire. « Tu crois que j’veux quoi ? J’ai pas besoin d’un chiot qui me suit partout et dis "Amen" à tout c’que j’dis, hein. Tu crois que si ton caractère me dégoûtait comme tu le crois, j’serais encore là ? » Je souffle, cherche mes mots. « J’sais pas c’que j’veux. Voilà. T’es content ? Puis bordel, t’as jamais montré la moindre envie de mettre des mots sur c’qu’on vivait. » J’ai pas voulu mettre de nom dessus, pas voulu dire quoique ce soit, parce que j’avais la trouille que tu me ris au nez, que tu m’envoies bouler. Moi, la pauvre fille qui a cru qu’elle pouvait dire que Joseph Townsend était son mec.

Je m’appuie contre le canapé, la colère retombant un peu entre nous, je suis déjà fatiguée de cette dispute, fatiguée de n’être jamais contente, fatiguée d’être celle à qui on ne donne que des miettes. Quand Joseph reparle, il me sort de mes pensées. Sa voix est un peu plus calme, plus amère aussi. Je le regarde, la tête encore basse, comme si je n’écoutais qu’à moitié. Pourtant, ses mots m’atteignent, comme une armée de petites dagues acérées. Je soupire, pose les mains sur le dossier et lève la tête, mes yeux se perdent au plafond. Ma voix est basse, trop calme, en comparaison à la tempête qui fait rage sous mon crâne. « Nan, justement. J’aurais pas dû avoir à demander. J’aurais jamais dû te laisser faire. J’aurais dû me tirer après qu’t’ai péter la gueule à c’gamin dans le bar. » Je me parle à moi-même plus que je ne lui réponds. Pourtant, je rebaisse la tête, laisse à nouveau mes yeux se poser sur lui. Il cherche ses clopes et l’agitation qui l’anime amène une certaine forme de calme dans mon esprit. Au moins, je ne suis pas la seule à être touché par cette dispute. La première, probablement la dernière aussi, de cette pseudo-relation chaotique. Le goût amer de la défaite envahit ma bouche. Nous aurions pu être beaux, grands même. Et nous voilà, dans ma cuisine et mon salon, séparé par un océan de non-dits, un océan d’amertume et de tristesse, les vagues de la colère ont brisé ce qui aurait pu être. Je pleure sur cette relation qui ne naîtra jamais, sur cette chance que nous nous refusons. Je le regarde, le regarde reprendre contenance et m’assener le coup fatal. Je le regarde tuer dans l’œuf cet embryon de quelque chose. Un sourire triste étire mes lèvres, je n’ai plus la force d’être en colère pour le moment. « Merci du compliment. » Ma voix est acide. Je ne sais pas quoi dire d’autres. J’inspire, évite son regard. « Garde tes excuses pour toi, tu veux. J’ai pas besoin d’explications foireuse. C’est bon. J’suis une grande fille, tu sais. »

Je lui tourne le dos, une fois de plus. Je cache mes yeux noyés de larmes, je cache mon cœur blessé. Je me blottis dans ma tristesse et refuse de poser les yeux sur lui. Je n’ai pas la force de voir ces yeux, d’y voir le soulagement de s’être débarrassé de cette relation. J’attends patiemment d’entendre la porte claquer, d’entendre le cliquetis des griffes d’Orka sur le sol. Pourtant, la phrase qui suit me coupe le souffle et rallume les braises de ma colère. Je me retourne d’un coup, les yeux lançant des éclairs. Tu oses Townsend ? Tu m’cherches ? Il s’approche à pas lent, le prédateur dans toute sa splendeur. Je devrais avoir peur, je devrais être terrorisée par ces paroles. Sa voix, grave et calme, venimeuse, coure sur moi comme une caresse. La peur éclot, doucement, mais elle reste en arrière, supplanté par les trois émotions que Joseph est le plus à même de déclencher chez moi. La colère, la curiosité et le désir. Ils flambent de conserve, embrasent mon être. Je refuse de reculer. Il est proche, trop proche me crie la colère, pas assez susurre mon désir. Il s’approche encore et la peur prend le dessus quelques secondes, me poussant à reculer d’un demi-pas. Il s’approche encore, plus lentement, comme s’il cherchait à m’apprivoiser, pourtant ses mots sont toujours aussi venimeux. La chaleur de son corps semble s’étendre jusqu’au mien, son odeur me parvient. Enivrante, elle permet au désir de supplanter tout le reste quelques secondes. Mon souffle se fait court et l’envie de le toucher si forte que je suis obligé de serrer le poing. Sa main se pose sur ma taille, mon bras, mon épaule, elle s’approche de ma gorge. La colère et le désir m’embrasent. Je ne tremble pas de peur, mais de rage. Il me met face à mes déviances. Face à la perversité de ce que je ressens pour lui.

J’inspire lentement par le nez. Laisse un sourire carnassier étiré mes lèvres et je me glisse dans son éteinte. Je garde sa main contre ma gorge et j’avance d’un pas, plaquant ma poitrine contre son torse. Les lèvres près de son oreille. Ma voix n’est qu’un souffle quand elle parle dans son oreille. « Non. Tu ne ressembles pas à Steven. T’es bien trop futé pour t’attaquer à une sorcière de ma trempe n’est-ce pas Townsend. Bien trop intelligent pour t’attaquer à moi. » Je laisse la magie monter. L’illusion se forme, je le laisse percevoir la magie qui l’entoure, le laisse sentir mon pouvoir. Je couvre ma peau d’un courant électrique qui crépite à son contact, le forçant à reculer, le souffle coupé sous le choc. Je le regarde reculer, le regard froid. « Tu ne fais pas peur Joseph. Tu m’as jamais fait peur. » Je claque des doigts et Joseph ouvre sort de l’illusion dans laquelle je l’avais plongé. Nous sommes toujours dans la même configuration, sa main sur ma gorge, un léger espace entre nous. Je le regarde et lui laisse le temps de comprendre ce qu’il vient de se passer.

La colère revient en force, ces mots résonnant dans mon esprit et sans réfléchir, je lève la main et lui assène une claque retentissante. « Tu n’es pas le seul à être un monstre, Townsend. » Je recule, laissant son bras retomber entre nous. « Je ne laisserais personne… » Je m’arrête en cours de route les yeux écarquillés par la peur. Je tourne sur moi-même, observe l’appartement. Je m’éloigne de lui, me rapproche de la fenêtre. « Merde, merde, merde ! » La terreur intense que je ressens me désarçonne et j’ai soudain du mal du mal à respirer. Mes jambes se mettent à trembler et je m’accroche au comptoir de ma cuisine. Le froid ambiant m’étreint et je tremble légèrement. La vie qui règne en temps normal dans le French Quarter n’existe plus. Le ciel est d’un rouge sombre, teinté de noir, un épais brouillard m’empêche de voir plus loin et mon cœur rate un battement et je serre plus fort mes bras autour de moi. Quand je me retrouve, je manque ne pas reconnaître mon appartement. Mes meubles sont dans un état déplorables, tout est détruit, au bord de l’effondrement. La fissure qui court au plafond de mon salon s’est approfondie, un morceau en est tombé, en plein sur la table basse. Mes coussins sont couverts de poussière, éventrés pour la plupart. Chat n’est pas là, Orka non plus. Je déglutis, des larmes pleins les yeux. Je ne sais pas où je me trouve. Complètement perdue, mes yeux dérivent et suivent une particule qui flotte dans l’air avant de retomber sur Joseph. Il est tendu et son regard sombre me transperce. J’ai du mal à déglutir tant ma gorge est serrée et c’est un filet de voix qui répond à sa question muette. « J’y suis pour rien. J’te le jure. C’est pas moi pour le coup. » Le lieu où nous nous trouvons m’étouffe et je tourne sur moi-même.

Je réponds distraitement à la question que Joseph pousse dans un grognement. « Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?! J’ai l’air d’être du coin ? » Ma voix est sèche, trop cassante. Je secoue la tête, tente de me reprendre. « Désolée… » Je soupire et tourne mes mains, paumes vers le plafond, en un geste universel d’incompréhensions. « J’en ai aucune idée, mais j’aime pas ça. Faut qu’on s’tire de l’immeuble, il risque de s’effondrer… » Un cri strident, ni humain ni animal, transperce le silence ambiant et je m’immobilise, le souffle court. Je cherche désespérément à appeler ma magie, mais rien ne vient. Pas le moindre frémissement d’énergie. Si j’étais effrayé avant, je suis désormais terrorisé. Mon regard croise celui de Joseph et j’ai envie l’espace d’une seconde de me jeter dans ses bras, de m’y cacher, de le laisser me serrer contre son torse, de le laisser me rassurer. Pourtant, ça n’arrivera pas. Ça n’arrivera pas, parce que ce n’est pas, comme il vient bien gentiment de me le rappeler, le genre de Joseph. Et parce que je ne suis pas du genre à me planquer. Alors j’inspire profondément, et jugule du mieux que je peux la terreur qui m’étouffe. J’attrape mon couteau de cuisine et le lui lance. « Prend ça, ça nous servira. » La lame est émoussée, mais c’est déjà mieux que rien. Il s’en servira probablement mieux que moi. L’arme est trop grosse pour moi, j’ai l’habitude de me battre avec un poignard, cadeau de Neria, pas avec un énorme couteau de cuisine. Je me dirige vers une des chaises et termine de casser un des pieds. Le gourdin de fortune se termine par une pointe et il est presque aussi long que mon bras. Je soupèse l’arme de fortune et prends quelques secondes pour regarder dans ma salle de bain. Bien sûr, aucune potion dans mon placard. J’inspire et jette un coup d’œil à l’escalier qui monte jusqu’à ma chambre, avant de me raviser. Tenter d’y monter se résumerait à me briser les deux jambes, le bois vermoulu ne supportera jamais mon poids. Une grimace amère étire mes lèvres. Je me contenterais du gourdin. « On s’tire. » Je repasse devant lui et sors de l’appartement à pas lents. Le couloir est encore plus sombre que mon appartement et les escaliers sont délabrés, mais heureusement le ciment tient encore le coup. Je descends doucement, certaine que Joseph me suivra. J’ai envie de prendre sa main, d’y trouver le calme qui me manque. Je respire un grand coup en arrivant dans le hall de mon immeuble. « J’ai aucune idée de c’qu’on va trouver dehors… J’sais pas si on y serra mieux qu’a l’intérieur et j’préfère te prévenir… Je… J’arrive plus à contrôler ma magie. Pire que ça, j’arrive même pas à la trouver. » Je détourne le regard, mal à l’aise d’avouer que ma principale arme est inutilisable. « J’ai aucune idée d’où on est même si ça ressemble vaguement à des trucs que j’ai entendu dans la bouche de vieux sorciers… Si c’est ne serait-ce que le quart de c’que j’ai entendu… On va en chier… » J’inspire, la terreur grandissant en moi. Pitié, pitié, faite qu’il ne s’agisse pas de ça. « On reste ensemble, on s’lâche pas, on a plus de chance de s’en sortir à deux que seul. »

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MessageSujet: Re: Bomb - Maisy   Mer 20 Sep - 0:41

La lave court dans mes veines et le sang bout sous mon visage. Les tempes frémissent des battements de cœur fiévreux. La mention à l'épisode du bar, au gamin, le sous-entendu au retour dans cet appartement ; amères, les lèvres s'amincissent en un trait, perdu au milieu de ma barbe. C'était il y a mille ans, hein ? Il y a mille ans, ou trois mois. J'aurais dû me tirer aussi. Je n'aurais jamais dû monter, je n'aurais jamais dû avoir envie de rester, il aurait fallu que j'étouffe dans l’œuf l'horreur de la situation. Une situation qui, à mes yeux, a tout d'une tragédie ; pour d'autres, ç'aurait été une chance, une petite bénédiction dans cet univers catastrophique. Sur mes épaules, c'est une putain de malédiction. Un regard en biais coule vers Maisy. Elle a presque tout, tout pour me convenir. Et je ne veux pas qu'elle me convienne.
Le cerveau en ébullition et l'estomac tordu par une douleur latente, j'attends. Cette gêne est douloureuse, caractéristique du stress de la dérive que je contemple, immobile. Une nouvelle dérive, un nouveau gâchis. Les yeux dans les siens, immensément bleus, trop grands ; le blanc est rose, et brillant. C'est sale, cette histoire, Maisy. Cette relation est bouffée par la perversité, par une déviance qui nous consume tous les deux. Alors, je veux savoir ce qui t'attire, j'ai besoin de savoir s'il y a véritablement quelque chose, ou si ça n'est qu'une contradiction parmi tant d'autres.

Elle engloutit le peu de distance qui subsistait encore entre nous et rapproche les deux corps tendus. Cette poitrine contre la mienne m'incite à profiter d'un contact brisé il y a seulement quelques minutes, comme si cela faisait des semaines que je ne l'avais plus sentie contre moi. C'était il y a mille ans, cette histoire. Le souffle de son chuchotement se glisse près de mon cou, court sur mon épiderme – pourquoi se disputer, déjà ? Certain que j'oublie prématurément les raisons de la discussion houleuse qui vient de se dérouler, du reste probablement pas encore éteinte, je prête une oreille peu attentive à ses quelques mots. Y acquiesce mollement, marmonne d'approbation. Et presque aussitôt, c'est le retour sur terre – son contact est électrique, douloureux sur ma peau. Le mouvement de recul est instantané, poursuivi par un juron. Elle était obligée, il le fallait, de faire montre de ses capacités. Je ne lui aurais pas fait de mal ; du moins, pas consciemment. Peut-être l'aurais-je secouée. Et la limite est ténue entre les deux, hein ? Maigre lorsqu'on ne les distingue plus, inexistante lorsque la colère est telle qu'elle est aveuglante. Machinalement, les doigts s'agitent et se nichent contre la paume charnue de mes mains, le bras engourdi par une décharge électrique. Tu m'as jamais fait peur. J'esquisse un sourire. Soulagé qu'elle le dise avec tant d'aplomb, ou peut-être même qu'elle le dise tout court. Railleur, parce qu'il est évident qu'elle m'a déjà craint – elle aurait été idiote de ne pas se méfier. Tu es tellement loin d'être idiote, Maisy. Il nous arrive simplement quelque chose d'incontrôlable.
D'un claquement de doigts, sec comme une gifle, elle rompt le charme. La distance entre nous est inexistante, la douleur n'était qu'illusion. Les doigts se crispent et abandonnent finalement leur emprise.

La seconde claque, réelle et bien tangible celle-ci, retentit. Le sang ne refait qu'un tour dans mes veines, la colère m'ébouillante le visage, le bruissement résonne dans mon crâne. L'espace d'une seconde, la tentation de lui répondre m'effleure, mais je l'oublie. J'avais besoin qu'elle se réveille et qu'on arrête de parler, qu'on enclenche un ersatz d'affrontement. Il ne dure pourtant qu'une poignée de secondes. Ne réalisant ce qui se produit que lorsqu'elle gesticule, c'est une troisième gifle qui m'est assenée. L'appartement est dans un état lamentable, laissé à l'abandon pendant ce qui semblent être des dizaines d'années. Les meubles sont abîmés, torturés par un mal que je ne distingue pas encore, dans le tumulte d'une apocalypse différente de celle que nous connaissons. Il y a quelque chose, il s'est passé quelque chose – l'atmosphère est lourde, du ciel tombent de fines particules sombres sans interruption. Les murs sont décrépits, les animaux ont disparu, et nos deux silhouettes colorées et vivantes n'ont rien à faire dans un environnement pareil. Je la fusille du regard. « T'as fait quoi ? C'est bon, j'ai compris l'message, t'es super puissante et tout, ça sert à rien d'essayer d'me stresser. » Au fond, les mots sont prononcés pour ne pas que le silence s'installe, dans la précipitation – Maisy est inquiète, et je ne pense pas qu'elle soit si bonne comédienne. Je la suis, déambule dans l'appartement délabré. Le canapé est éventré au centre, puis bouffé par les mites. Je ne réalise pourtant pas l'ampleur des dégâts : il y a trop de place dans mon crâne, trop de silence dans mon esprit. Les murmures ont disparu, la colère s'est évanouie ; elle est latente, comme elle l'a toujours été. Rien de plus. Je m'y attarde beaucoup plus que sur le reste, malgré l'état déplorable de la rue que nous observons de l'appartement. Le quartier n'a rien du French Quarter, il ne ressemble d'ailleurs à rien que j'ai déjà connu. Au centre de la pièce, la cigarette échouée dans le tas de cendre et de poussière me rappelle que j'ai la gorge sèche – par acquis de conscience, j'ouvre le robinet de la cuisine. Il n'y a que le silence pour s'en déverser.
La voix de Maisy me sort d'un état contemplatif. C'était rassurant, de se dire qu'on sortirait d'ici en un claquement de doigts, mais il faut rapidement se rendre à l'évidence : Maisy n'y est pour rien.

Je pose machinalement la question me brûlait les lèvres et qui semble pourtant bien inutile : On est où, putain?
Sa réponse m'interpelle et je l'observe, silencieux. Pas tant pour sa brusquerie, mais pour son indubitable absence de contrôle. Elle n'est pas stressée, inquiète, choquée. Elle est véritablement effrayée, terrorisée par ce qui nous arrive. Là où mes nerfs ne sont que triturés. C'est qu'il y a quelque chose à craindre, et je ne sais pas ce que c'est. « Calme-toi, on va trouver une... » Un cri strident me coupe. Les lèvres pincées, je m'approche de la fenêtre, le cœur battant. « C'est pas toi, tout à l'heure ? Avec ta magie ? T'as p't'être, j'sais pas, déréglé un truc... » marmonné-je sans conviction, uniquement pour dire que je participe à l'enquête. Les bras croisés sur la poitrine, je me retourne vers elle – la vue de la rue est oppressante.
Elle me donne une lame que je passe lentement sur mes doigts – pas très coupante, elle ne sera pas très utile, mais je me retiens d'un quelconque commentaire. L'observant du coin de l’œil se fabriquer une arme de fortune, je déambule dans l'appartement. Il y a quelque chose de bon, dans mon crâne. Un mieux, qui efface l'horreur de la situation et ne me permets toujours pas d'en réaliser l'envergure. Cette sensation de calme,d'une quiétude infinie, m'incite à demeurer silencieux. L'inquiétude tarde à m'étreindre et je ne cherche pas sa compagnie. Maisy me passe devant et je me contente de calquer mes pas sur les siens, incertain de savoir ce que nous cherchons. Lorsqu'elle s'exprime, elle me semble particulièrement dramatique et je suis partagé dans mes sentiments. Un grognement en guise d'approbation, je hausse les épaules. Maisy, ma jolie, de quoi tu parles putain ?

« Tu trouves pas ta magie ? Écoute, j'sais pas, fouille tes placards... » Soufflé-je, désabusé. Je reprends aussitôt : « Non mais j'en sais rien, c'est sûrement à cause de c'que t'as fait tout à l'heure qu'on est là, concentre-toi et tout reviendra à la normale, non ? » Non, je ne me rends pas compte. Je déteste tout ce qui est surnaturel, je ne m'y suis jamais penché, je ne m'y pencherai jamais – alors je ne sais pas comment ça fonctionne, j'imagine qu'il suffit de forcer un peu pour que ça revienne. De fouiller les tréfonds de son âme pour la toucher du doigt. « Franchement j'sais pas quoi te dire, ça me paraît un peu dramatique c'merdier, non ? Le pied d'chaise, les cris mystérieux, les trucs à la Silent Hill qui tombent du ciel... On est p't'être victimes d'un sort ou un truc du style... »
Nous descendons lentement les escaliers. Je sens d'ici la tension exhalant de sa silhouette raidie – je l'agace, tire sur ses nerfs à vif avec mes réflexions toutes rationnelles. Peu à peu, l'air se fait difficile à engloutir. La gorge se serre, la poitrine aussi – le temps de s'y faire, juste le temps de quelques minutes, me dis-je. Comme lorsqu'on change d'altitude. Mais plus nous approchons de l'extérieur de l'immeuble, plus l'air se fait lourd – j'ai du mal à respirer. Un regard en coin vers Maisy m'apprend que je ne suis pas le seul. « Ça va aller. On a qu'à tenir un moment, le temps que tout s'remette dans l'ordre. » Le hall de l'immeuble est lamentable, recouvert de poussière. Les portes sont dévorées par le temps et je les pousse du pied. Au-dehors, les particules tombent du ciel comme la neige en hiver et s'oublient sur nos vêtements, parsèment ses cheveux. Sur ma peau se dépose une pellicule désagréable, comme de la sueur après quelques heures – collante et sale. Enfin, c'est le décor tout entier d'une cité méconnaissable qui s'étale sous nos yeux.

La rue n'est plus dans la ville – la nature a largement repris ses droits et la verdure s'épanouit à perte de vue. Le lierre grimpe le long des façades des immeubles, le goudron de la route est éclaté ici et là, déchirures desquelles s'extirpent d'imposantes racines d'arbre. Comme si les lieux n'avaient pas été habités durant des centaines d'années. Mais cette verdure n'est pas chatoyante. Bien loin de me rappeler aux paysages de l'Angleterre qui me prennent aux tripes, celle-ci est étouffante et laide. L'atmosphère semble désespérément terne, grisâtre. C'est cela : tout est terne. Dans le ciel, les masses rouge sombre se multiplient. C'est étouffant. Mais je ne suis pas du genre à paniquer, n'est-ce pas ? La présence de Maisy à mes côtés m'incite davantage encore à taire mes craintes. « Ouais, ouais, on s'lâche pas. Tu te sens bien ? » Soufflé-je, enclin à économiser mon souffle. « Ça va aller, t'en fais pas. On va s'tirer d'ici. » Putain, ça j'en sais rien. Mais il faut le dire, pour se donner de l'espoir, pour faire mine d'y croire. Tenté un instant de passer la main dans son dos, je n'en fais rien et progresse lentement dans la rue déserte. Quelques secondes à peine de progression confirment la règle selon laquelle les apparences sont définitivement trompeuses. Une troisième silhouette hante désormais les environs, puis une quatrième. Me glissant devant celle de Maisy, je l'incite à rester en arrière. « Faut pas s'épuiser, alors tu restes derrière. J'sais de quoi t'es capable, tout ça, alors sois pas tentée de prouver quoique ce soit. T'interviens que si c'est nécessaire. »
Ce sont ceux du Bones. Ni plus ni moins, ce sont les mêmes. Les mêmes, martelé-je, en m'approchant des deux anciens. D'anciens humains, voilà ce qu'ils sont. Mes songes se veulent rassurants, gorgés d'espoir, et je ne ressens toujours pas d'adrénaline. Pas de colère brûlante, pas de membres électrisés. J'attends la colère aveugle, ou que le paysage se teinte de rouge, n'importe quoi. Les battements du cœur accélèrent, le souffle se raccourcit et la crainte, elle, grossit. D'un coup de pied dans la rotule, j'en ralentis un, toujours dans l'attente. Ça va venir, me dis-je. Ça va forcément venir. L'autre macchabée s'approche et je dois me rendre à l'évidence, à nouveau : il n'y a rien à attendre de plus de ma part. Alors, presque à contrecœur, je m'exécute dans ce que je sais faire de mieux, las et sans passion aucune.

Les deux zombies n'ont pas représenté une difficulté majeure, me dis-je avec espoir. Ils trônent au sol, abandonnés sitôt morts une ultime fois. Je ne me suis pas acharné.
« T'as p't'être raison, y a un truc ici qui est pas normal, y a un truc qui va pas. » Chuchoté-je, à bout de souffle. « Y a quelque chose... qui me manque. » Susurré-je, dépité. Déçu. Il n'est pas temps de se pencher sur mes tourments et je m'en détourne. « Allez. On bouge. » Je la laisse me guider dans le quartier méconnaissable. Éprouvant toutes les difficultés du monde à ne pas songer au néant qui grandit en mon sein, je suis particulièrement déconcentré. La ruelle devant laquelle nous passons dégage un remugle qui me prend à la gorge. « C'est quoi ça, putain ? » Dans l'obscurité se dessinent des formes ovales, accolées les unes aux autres. Leur reflet brillant, même dans le noir, laisse à supposer que ces choses sont gluantes, d'une texture visqueuse et repoussante. Nous pressons le pas et les battements de mon cœur s'intensifient. Je me sens terriblement faible et, aussi étrange que cela puisse paraître, terriblement humain. Vulnérable comme je ne l'avais pas été depuis une éternité. Un nouveau cri tranche l'air. « Ta gueule toi, putain... » Sifflé-je, sur les nerfs. Doutant même de savoir si le hurlement est réel ou s'il n'est qu'une illusion effrayante, je commence à m'agacer. Comme avant. Sans bouillonnement, sans aveuglement. Distrait, je n'arrive pas à me concentrer et Maisy en fait les frais – je me parle à moi-même, je ne lui lance aucun regard. De toute façon, je n'ai pas envie qu'elle voit mon malaise.
La poitrine lourde, le souffle coupé, nous ralentissons. Des zombies. Deux, trois, six. Vigoureuse, ma main libre passe sur mon visage. Comme au Bones.

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MessageSujet: Re: Bomb - Maisy   Jeu 28 Sep - 18:54


Les yeux perdus dans le paysage post-apocalyptique qui nous entoure, je cherche mon souffle. La situation a évolué si rapidement. Trop rapidement. J’étais si bien blotti contre Joseph, sourde au monde extérieur, sourde à la souffrance de l’univers, jusqu’à ce qu’il me la rappelle. Qu’il me remette à ma place, qu’il me rappelle que je ne suis rien, rien de plus qu’une fille sympa avec laquelle, quand il a du temps à perdre, il passe du temps. Le monde lui-même nous a rappeler que nos engueulades futiles ne valaient pas la peine. Qu’il n’y avait rien à faire pour lutter contre ce qu’il se passe. Que nous n’avions aucune raison de nous accrocher à nos espoirs de vie normale. Je déglutis, cherchant quelque chose de connu, quelque chose de rassurant dans le spectacle mortuaire qui se déploie devant moi. Mon cœur rate un battement quand mes yeux croisent ceux de Joseph. Me calmer ? Il croit que c’est aussi simple que ça ? Je retiens un rire hystérique. Me calmer, si seulement j’en étais capable, peut-être que si je n’étais pas coupé de ce qui m’a toujours protégé, j’y arriverais. Pourtant, l’attitude calme de Joseph, la maîtrise qu’il semble appliqué à son caractère normalement explosif, apaise vaguement mes craintes. Si Joseph ne s’énerve pas, si Joseph ne panique pas, c’est que la situation n’est pas si désespérer que ce que mon cerveau essaie de me faire croire.

La pique qu’il me lance, face à mon incapacité à appeler mes pouvoirs me rassénère un peu. Quelque chose de normal, de quotidien, dans cet enfer. J’inspire profondément avant de lui répondre, descendant lentement les escaliers, portant une attention accrue à la position de mes pieds sur les marches. « Tu crois que c’est si simple que ça ? Tu crois que je suis capable de me coincer moi-même dans une de mes illusions ? Ou alors tu crois que je suis assez puissante pour dérégler le monde comme ça ? » Je frotte mon front. « Pas de bol, tu me surestimes. J’y suis pour rien, j’te le jure, j’suis pas capable de ça ! » J’englobe d’un geste désespéré le paysage qui nous entoure. Le fait qu’il évoque Silent Hill et un monde qui n’existe plus me tire un sourire, mais la fin de sa phrase me rappelle cruellement les arènes dans lesquelles se sont trouver mes amis. Je fais la moue, consciente qu’il y a peu de chance que ce soit le cas, mais envisageant quand même la possibilité d’une des idées tordues du gouvernement. « C’est possible, je suppose que si on fourre ensemble suffisamment de sorcier… Ce serait possible oui. » Je hausse les épaules, peu convaincue par mes propres mots, mais m’y accrochant malgré tout. C’est toujours plus rassurant que l’idée que je me faisais. Je tousse grassement, mes poumons cherchant désespérément à évacuer la crasse qu’ils inspirent depuis quelques minutes. L’air semble gras, il est chargé de particules étrange qui tombe sur mes cheveux et mon visage. On dirait de la cendre, comme après un grand incendie. Je pousse du bout du pied un tas sur le sol, y reconnaissant la même substance que le ciel déverse sur nous. Ma respiration est difficile et je me racle une fois de plus la gorge. Mon regard croise celui de Joseph et je remarque la pellicule de sueur qui recouvre son front, son souffle court et ses joues rouges. « Putain, chais pas si ça va aller, mais j’sais pas combien de temps, on va pouvoir tenir avec ces conneries. »

À l’extérieur, le paysage me coupe le souffle, une fois de plus. La nature a repris ses droits, les immeubles sont engloutis par des racines et des branchages décharnées. Le sol est gondolé, des crevasses, suffisamment profondes pour nous engloutir au moindre faux pas, creusent la route et j’entends par intermittence les craquements du béton martyriser. Mes yeux s’écarquillent, cherchent à trouver des repères dans un quartier ou j’habite depuis plus d’un an, mais si tout est semblable rien n’est pareil. Je pose le bout des doigts sur une branche, curieuse d’en connaître la texture. Si je m’attendais à la texture rêche et sèche du bois mort, c’est une humidité gluante qui rencontre la pulpe de mes doigts. Je retiens un haut-le-cœur et m’empresse d’essuyer ma main contre mon jean avec un frisson. Je lève les yeux, observe le ciel d’un rouge sale, comme si un soleil écarlate cherchait à percer de lourds nuages gris, j’essuie mes joues et mon front, parsemé de particule. Je sursaute quand la voix de Joseph me parvient, il me sort de ma torpeur et je hoche la tête. « Chais pas trop, j’ai du mal à respirer, mais ça devrait le faire. » Je crachote un peu, la gorge sèche. Ses paroles, bien que vaines, me rassure. Au moins, je ne suis pas seule. Je glisse mes bras autour de moi et m’enlace, cherchant une chaleur dont ma peau, recouverte d’une sueur glacée, manque cruellement. Quand mon compagnon s’avance lentement, je lui emboite le pas, fixant son dos plutôt que le paysage qui nous entoure. J’accélère un peu pour me placer à ses côtés refusant, malgré la peur, le rôle de suiveuse. Pourtant, je n’ai pas le temps de dire un mot qu’il se glisse rapidement devant moi. Je n’ai pas eu le temps de voir ce qu’il se passait, mais mon instinct me hurle que Joseph ne se placerait pas devant moi sans raison. Je penche la tête sur le côté, cherchant à apercevoir ce qui a déclenché sa protection et je m’étrangle avec ma salive. Mon dieu, je savais qu’ils existaient, j’en ai vu à la télévision, mais jamais en vrai. Ce qui me fait face me terrifie plus encore que n’importe quelle pratique de magie noire. Dans un geste instinctif, je recule d’un pas, le souffle court. Je n’ai pas le temps de répondre à Joseph, de me reprendre qu’il s’avance vers nos assaillants.

Je le vois se raidir, prêt au combat et malgré l’horreur de la situation, je reconnais dans son attitude celle du combattant, celle de ceux que je respecte, celle de ceux qui sont prêts à tout donner pour vaincre. Je me mords la lèvre, appréciant du regard sa musculature et la puissance de son corps. Ses gestes mécaniques écrasent les infectés comme s’il s’agissait de vulgaire jouet. Je soupire, observant de loin, celui que je refuse de considérer comme plus qu’un ami, se battre avec la puissance d’un guerrier. Pourtant, pour l’avoir déjà vu s’attaquer à quelqu’un, quelque chose manque. Ses gestes sont vides de passion, vide de la rage que j’ai appris à connaître. Je regrette d’autant plus l’absence de ma magie puisqu’elle m’empêche de comprendre ce qu’il se passe. Je soupire et m’approche lentement de lui, posant une main sur son épaule. « J’ai vu. » L’inquiétude se lit sur mes traits, quand la déception s’affiche sur les siens. « C’est pas grave, on va s’en sortir, t’inquiète. » Je n’y crois qu’à moitié, mais si Joseph commence à paniquer la situation ne va faire qu’empirer. Pourtant, la déception que j’ai lue sur ses traits ne m’étonne qu’à moitié. J’ai depuis quelque temps compris, que si Joseph déteste ce qu’il est, il y trouve aussi une certaine forme de réconfort, comme si sa nature monstrueuse lui offrait l’excuse parfaite à sa violence. Ses gestes mécaniques écrasent les infectés comme s’il s’agissait de vulgaire jouet. Je suis la fille qui a préféré transformer son mec en animal plutôt que de fuir. Je serre son épaule avant de la lâcher et avance précautionneusement dans mon quartier. « Normalement, si on passe par là. » J’indique une rue du doigt. « On devrait retrouver le centre-ville, la partie clean, celle où y a tous les bâtiments du gouvernement. »

J’enjambe une racine énorme, manquant de trébucher, fière de moi quand j’évite de justesse une de mes nombreuses chutes. Pourtant, avant d’atteindre la ruelle qui nous intéresse nous passons devant une impasse et l’odeur qui s’en échappe me tire un haut-le-cœur. Je retiens tant bien que mal ma nausée. Consciente que si je vomis ce que je viens de manger, je n’aurais plus rien pour me donner de l’énergie. Je me penche légèrement en avant, observant avec Joseph les formes étranges qui s’y trouvent. Un frisson me parcourt. « J’en sais rien, mais putain, ça inspire pas confiance ces merdes… » Je frissonne dans l’ombre de la rue, jette un dernier regard a ce qui ressemble à s’y méprendre à des œufs d’insectes gigantesques, avant de suivre Joseph. « Putain, on s’croirait dans Alien !» La peur, laisse peu à peu place à une émotion que je sais mieux gérer. La colère et la frustration. Je ne sais pas où je suis, je ne sais pas ce qu’il se passe et l’idée d’être dans une situation potentiellement dangereuse, mais surtout d’être en présence de créature que je ne connais qu’à peine, m’énerve plus qu’autre chose. Le monde m’a filé des pouvoirs magiques, pour m’en priver quand j’en ai le plus besoin. Le sursaut de Joseph au cri de la créature me fait autant sursauter que le cri lui-même. « Bordel, j’espère qu’on croisera pas ce truc, j’veux vraiment, mais alors vraiment pas savoir ce qui fait ce bruit. »

L’énervement de Joseph commence à me déteindre dessus et je commence à passer de la colère au stress, tandis qu’il marmonne dans sa barbe. Je pose la main sur son torse, quand j’aperçois les six créatures qui s’approche de nous. Je déglutis et inspire profondément avant de lui faire face, ils sont lents, j’ai le temps d’essayer quelque chose. « Reprends-toi, putain. » Il passe brusquement la main sur son visage, étalant au passage la cendre qui le recouvre. « Reprends-toi.» Je lui attrape les joues et force son regard à croiser le mien. « On peut pas se permettre de péter les plombs, ni toi, ni moi. Si tu restes avec moi, c’est entièrement. Ici, aussi. » D’un doigt, j’appuie sur son front et lâche son visage en mordant ma lèvre inférieure. J’ai envie de le rassurer, mais j’en ai tout autant besoin que lui. Je ramasse mon gourdin de fortune, tombé au sol, et le serre fermement entre mes mains. « On y va. » Je m’avance aussi rapidement que me le permet le sol défoncé et avec toute la puissance que m’offrent mes bras, j’assène mon arme sur la tête du premier zombie. Je déglutis, le cœur au bord des lèvres quand le bruit des os qui éclate et de la chair qui explose me parviens aux oreilles. Ils sont déjà morts, Maisy, ils sont déjà morts. C’est toi ou eux. Toi d’abord. Toujours. Du coin de l’œil, j’accroche l’image de Joseph se battant de son côté. Mon souffle court, me ralentit, mes muscles ne répondent plus comme avant et la peur m’étreint. Une seule morsure et s’en est fini de moi. J’esquive rapidement l’un des zombies, poussant de mon pied dans sa poitrine pour l’envoyer dans une des crevasses et je prends quelques secondes pour reprendre mon souffle. Je m’étouffe dans une quinte de toux, le corps secoué et les poumons douloureux. Je crache une salive noirâtre, écœurée par ce que cet endroit fait à mon corps. Un nouveau zombie s’approche de moi et j’enfonce la partie pointue de mon pied de chaise dans son crâne. Mes mains et mes avant-bras sont couverts de matière cervicale et je secoue mes bras dans l’espoir de pouvoir m’en débarrasser. J’ai les larmes aux yeux et le souffle court quand je rejoins Joseph.

J’attrape le bas de mon pull et j’essuie mon visage dans un geste réflexe. Dessous, ma petite robe en coton me donne une idée. J’en attrape le bas et d’un geste le coince entre mes dents, rien que Joseph n’est déjà vu là dessous de toute façon. J’en arrache deux bandes suffisamment larges pour cacher nos nez et bouche. Dans une tentative d’humour d’espérer, je claque la langue en lui tendant son morceau. « Lève les yeux, Townsend, on t’a jamais dit que ça s’faisait pas de mater sous les jupes des filles ?! » J’attache le cache-nez de fortune autour de mon visage, le laissant filtrer les résidus de cendre qui flotte dans l’air. « Ça devrait nous filer un coup de main pour la respiration… J’espère. » Ma voix, étouffée par le tissu, est rauque d’avoir tant toussé et mon souffle accéléré me fait haleter. J’espère vraiment que mon idée servira à quelque chose. Dans un geste doux, j’essuie le dessous de ses yeux du bout du pouce, retirant la sueur, les larmes et les cendres qui s’y sont accumulé. J’arrache un morceau de plus à ma robe et m’en sers pour nous essuyer le visage. Elle m’arrive au ras des fesses, mais je n’en ai rien à faire. Je me félicite cependant d’avoir mis des ballerines, bien plus pratique pour marcher que la paire d’escarpins que j’avais envisagé d’enfiler avant son arrivée. « Ça va ? » Je suis inquiète, si mon manque de magie me perturbe, j’ai l’impression que l’absence de ses pouvoirs met Joseph dans une situation bien pire que la mienne. Je nous laisse encore quelques secondes pour reprendre notre souffle avant de reprendre notre marche bringuebalante dans les décombres de la Nouvelle-Orléans. Je trouve finalement la rue par laquelle je passe chaque jour pour rejoindre le Government Building.

Par chance, elle est accessible, je m’y avance, lentement, Joseph à mes côtés. Une fois de plus, le cri retentit. Plus près, plus fort. Mon cœur rate un ou deux battements et j’accélère le pas. Quand je sors de la ruelle, je manque de pousser un cri. La rue normalement étincelante, est dans un état presque pire que French Quarter. Je me frotte les yeux, estomaqué par l’état des lieux. Le bâtiment dans lequel je travaille chaque jour est en ruine. De l’immeuble, il ne reste plus que des gravats, le marbre est éclaté, les plantes envahissent tout. Toute à mon choc, je pousse bel et bien un cri, qui m’arrache la gorge quand mon regard croise celui d’une créature. Je recule lentement. « Joseph… » Je me prends les pieds dans une racine et me retourne pour courir, mais la chose est derrière moi. Elle ressemble à un croisement entre un félidé et un crocodile. Recouverte de poils luisant et noirs, ses pattes courtes et arqués se terminent par des griffes acérées. Son dos tremble d’impatience et ses yeux, aux pupilles verticales me fixent avidement. Sa mâchoire, allongée, aux crocs humides de bave, claque avant qu’elle ne laisse une langue, semblable à celle des serpents, se tendre dans ma direction dans un sifflement. Quand son souffle putride me frappe en pleine face, un haut-le-cœur me soulève l’estomac et me réveille définitivement. Je pousse un hurlement suraigu, qui transperce le silence. Je serre mon gourdin entre mes mains, prête à me battre, consciente que je n’ai presque aucune chance face à une telle créature. « Bordel de merde… »



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MessageSujet: Re: Bomb - Maisy   Mar 3 Oct - 2:23

Les doigts qui se posent sur ma poitrine sont chauds, et j'ose un bref regard sur le visage qui fait face au mien. Le temps d'un battement de cil, avant de reporter mon attention sur les macchabées qui avalent lentement la distance les séparant encore de nous. Mais son contact sur ma peau me gêne – ce n'est pas le moment de discuter, pas le moment de s'arrêter, d'apaiser la colère de quelques tendresses. Reprends-toi, putain. L'incertitude grimpe en même temps que Maisy m'annonce, à demi-mot, qu'elle voit la contrariété m'emporter. Ça m'agace profondément, d'une exaspération froide et désespérante. Les mots ne se précipitent pas entre mes lèvres, les expressions manquent terriblement à mon visage. Me reprendre, je n'attends que ça. Mais rien ne va, rien ne se déroule comme il le faudrait. La colère, la seule amante que je désire jour et nuit, la rage, la seule qui ne me fasse plus peur, s'est éloignée en un claquement de doigts. Comme une putain de jambe qui me manque, une béquille de survie, et je ne sais pas réagir sans elle. La crainte, insidieuse, s'immisce sous ma peau et m'électrise. Il n'y a rien de bon, là-dedans.
Une fois encore, Maisy m'extirpe de mes songes. Suivant le mouvement qu'elle m'intime, nos yeux se croisent. Les siens sont d'une douceur absurde en cet instant, inlassablement grands, ils offrent un univers entier dans lequel se perdre. Tout un monde dans lequel je n'ai définitivement pas le temps d'errer maintenant, mais la fenêtre qui s'y dessine est revigorante. Je regrette que le contact soit rompu lorsqu'elle décide de se reculer et me contente d'acquiescer silencieusement. Au fond de mon ventre, dans mes entrailles qui ne sont ni brûlantes, ni gorgées d'acide, dans mes veines où ne court aucune adrénaline, je sens malgré tout persister l'inquiétude.

On y va. Puisqu'il faut bien y aller, je m'exécute. Si la vigueur est atténuée par l'appréhension, mes gestes sont mécaniques. M'évertuant à ne pas penser aux risques d'une morsure, d'un contact malheureux avec les morts, j'essaie de viser leur visage de ma lame. Il faut impérativement que le combat dure le moins longtemps possible. Le cœur se pince lorsque Maisy a tant de mal à récupérer son souffle, mais je n'ose pas porter davantage d'attention à ce qui lui arrive. Il faut planter le cou, le crâne, le visage – atteindre leur putain de cerveau.
Comme lors d'une course dans le froid, j'ai les poumons douloureux et le souffle coupé lorsque les morts sont enfin à terre. D'un coup d’œil, je m'assure que Maisy est intacte, sans prendre la peine de le lui demander. Je l'observe faire, tandis que ses vêtements se font lambeaux entre ses doigts, incertain. Rien de nouveau sous le soleil, me dis-je en laissant courir mon regard sur sa peau, distrait. Sa réflexion m'arrache un sourire amusé, malgré la situation, et je lorgne d'autant plus sur ce qu'elle découvre. « Paraît qu'une fille bien s'fout pas à poil devant un mec, mais bon... Merci, c'est pas bête. » Le masque de fortune recouvre une partie de mon visage, comme celui de Maisy. Elle est douce lorsque ses doigts glissent sur ma peau sale et je la laisse faire, profite distraitement de cette nouvelle cassure pour me perdre dans ses yeux. Ils sont un souffle d'air pur dans ce putain de cataclysme.

Ça va? D'une normalité effarante dans cet univers qui ne l'est en rien, les quelques mots ne sont pas à leur place dans cette atmosphère. Personne ne serait foutu d'aller bien, ne serait-ce que passablement bien, dans cette rue. Le vide abyssal qui m'habite me file des sueurs, toutes plus glacées les unes que les autres, à chaque fois que j'ai le malheur d'y songer. Essuyant la lame collante sur mon jean, je balaie la rue du regard. « Hein ? Ouais, ouais, ça va. C'est juste que... » C'est seulement que je ne pensais pas être aussi dénaturé, d'habitude. De toute évidence, celui que je suis tous les jours n'est pas celui que j'ai pu être, à une époque. Tant de silence en moi, tant d'absence, tant de... Rien. Un néant effrayant, une abîme étouffante. Pour seule répondre, je lui offre un haussement d'épaules inconsistant. Je lui en parlerai peut-être un jour, lorsque je saurai comment analyser ce qui m'arrive. À cet instant, je n'ai en tête que l'espoir de me retrouver, à la sortie de cet endroit. Je ne demande pas à Maisy si elle va bien en retour, me contentant de marcher à ses côtés, trop occupé à me perdre dans de vaines pensées. Tourner en rond dans son propre esprit, c'est bien l'occupation la plus inutile que je puisse avoir en ce moment, me dis-je avec amertume. Le souffle nous manque à tous les deux, j'imagine ses organes s'encrasser à l'instar des miens. Comme si le cœur s'enfermait sous une couche de crasse, les poumons étouffés dans une fumée perpétuelle. Nous marchons et rien ne se passe, rien ne se produit – j'attendais un changement brutal, peu importe qu'il se déroule dans une explosion ou un silence de plomb, tant qu'il daigne se manifester. Mais il n'y a rien, rien d'autre que ce décor suffoquant. Ces rues semblables à celles que nous connaissons et pourtant parfaitement différentes.

Nous progressons silencieusement dans les rues désertes, aux relents de mort, de la ville. Le cri retentit à nouveau, beaucoup trop proche pour notre propre bien. Le corps s'approche naturellement de celui qui m'accompagne, tenté de faire un pas en avant. Mais le danger, même s'il semble imminent, ne s'annoncera pas. Il peut surgir de n'importe quelle zone d'ombre, il est inutile de se cacher des choses qui rôdent dans cette ville. À mes côtés, la brune presse le pas. « Tu fais quoi ? Reste là. » Sifflé-je, tout enclin à plutôt ralentir l'allure. Mais elle n'en fait rien, se dépêche d'engloutir les quelques mètres restant tandis que je conserve mon rythme de croisière. Un rythme motivé par une inquiétude croissante, qui me bouffe les nerfs. De la gorge de Maisy s'extirpe un cri qui me glace le sang – Danger. Elle nage en plein danger, me dis-je avant même d'apercevoir l'objet de cette terreur soudaine. Un pas en avant, puis deux – finalement, je suis déjà tout près. Mon prénom est soufflé, je tends aveuglément un bras dans l'air, sans plus détourner les yeux de la bête immonde qui nous fait face. Maisy en est proche, d'une proximité étouffante. Le cœur s'emballe, le souffle est saccadé comme il ne l'a pas été depuis le début de toute cette histoire. Les poumons douloureux dans ma poitrine me rappellent à cette condition amoindrie, pathétique d'humanité et de faiblesse. Je l'imite, souffle son prénom entre mes lèvres.
Maisy, je t'en supplie, ne sois pas gauche. Ne tombe pas, ne glisse pas – face au monstre, rien n'est moins sûr. Croisement abominable entre un crocodile et un félin, la chose ne semble pourtant pas dotée d'une grande agilité. Des poils luisants recouvrent son corps, à défaut de porter des écailles. La dureté de son regard provoque en moi un nouveau frisson glacé. Non, pas maintenant Maisy, pas maintenant. « Non, non, fais doucement. » Lui intimé-je, en approchant d'elle, le bras toujours pointé dans sa direction. Un mètre cinquante me sépare de sa silhouette. « Lâche pas son regard, ne bouge pas, sauf le bras. Tends lentement le bras vers moi, derrière toi – j'suis là. Quand je te le dis... » J'enjambe une crevasse, la dernière avant d'être tout près de Maisy. « Tu lui balanceras ton bout d'bois et tu cours vers moi. » La gorge serrée de m'exprimer autant, les poumons me semblent atrophiés, tout prêts à tomber en morceau à mes pieds – il est particulièrement difficile de prétendre à une quelconque placidité en ces circonstances, mais je me fais violence. Ma voix, mon ton, ne doivent absolument pas trahir les émotions qui m'étranglent. J'avale enfin les quelques, derniers, centimètres qui me séparaient encore d'elle. Dans quelques secondes, nos doigts se toucheront. Avec un peu de chance, son arme de fortune tombera dans la gueule de la monstruosité. Avec beaucoup de chance, nous ne serons plus là pour la contempler. Le cœur dans la gorge, j'attrape sa main dans la mienne. « Maintenant ! » Le temps nous manque, à l'un et l'autre, et je n'attends pas de savoir si elle a pu s'exécuter. Tirant son bras dans ma direction de toutes mes forces, je l'entraîne dans une course à contre-sens. Nous revenons sur nos pas, bifurquant aléatoirement dans n'importe quelle ruelle, tant qu'elle ne s'ouvre pas sur une marée d'horreurs. Parfois, le sol est jonché de cadavres, d'os, d'organes encore sanguinolents. La trachée complètement sèche, les poumons à l'agonie, les muscles torturés, il n'y aura bientôt plus grand-chose à tirer de ma personne. Mais pour l'instant, il faut courir. Se ruer comme des dératés jusqu'à un nouveau danger, c'est certain, tant que nous échappons au premier. Ses doigts compressés entre les miens, je la tire dans n'importe quelle direction. De toute façon, je ne reconnais plus la ville. Ces rues me sont rapidement semblables les unes aux autres, dénuées de couleur et de vie.

Peu à peu, il faut ralentir. Poussé, forcé par cette constitution lamentable, je me contente bientôt de marcher rapidement, traînant Maisy derrière moi. Quelques pas supplémentaires et la marche est lente, très lente, et nous sommes déjà à l'arrêt. M'enfonçant dans un portail, les doigts emmêlés aux siens, nous nous glissons contre un mur de boîtes aux lettres éclatées. Alors, enfin, j'ai tout le loisir de vérifier qu'elle n'a rien. Sa robe, dans cette fuite effrénée, ne couvre presque plus rien de son anatomie. À bout de souffle et dans une tentative de nous rappeler à un semblant de normalité, je la rhabille, tire sur le peu de tissu qu'il lui reste encore, mécaniquement. Une fois fait, lorsqu'il semble évident qu'elle n'est pas blessée, mon corps se laisse glisser le long du mur effrité. « Viens. Une minute. » Elle accepte et s'exécute lentement, s'assied à mes côtés au sol. Mon masque de fortune s'est envolé durant la course mais je ne m'en préoccupe pas. Le bras autour de ses épaules, j'appuie le front près de sa tempe. Brusquement, j'ai besoin de la sentir contre moi. La main libre près de son poignet cherche son pouls rassurant, un battement frénétique et naturel dans cette horreur.
Un profond soupir se heurte à sa peau sale, puis un baiser, du bout des lèvres. J'ai eu peur, me dis-je. L'incitant à pencher le visage vers moi, j'ôte le morceau de tissu qui le recouvre partiellement et écrase mes lèvres contre les siennes. De ces baisers puissants, si forts qu'ils ont forcément une signification. J'ai flippé, pendant quelques secondes j'ai crevé de peur. Il n'y a aucune sensualité là-dedans, seulement une force brute. Aucune luxure sous-jacente, aucun désir camouflé. Rien d'autre qu'un message.

Je remets le lambeau de tissu en place et m'octroie quelques secondes supplémentaires de calme, comme cet univers ne doit pas en offrir régulièrement. Puis je suis tenté de rester ici – les bêtes peuvent-elles seulement passer la porte de cet immeuble ? Aussitôt contredit par mes propres pensées, je réalise que nous ne sortirons jamais d'ici en restant assis dans un coin. « J'imagine qu'il faut bouger. Ça va aller ? On est bien sortis d'ici, j'en suis sûr. » L'amertume coule sur ma langue et au fond de ma gorge. Il n'y a rien de moins sûr que ça, rien du tout, mais il faut le dire pour faire semblant d'y croire. « Peut-être qu'à force de marcher on va trouver un truc... » Chuchoté-je, en ayant toutes les difficultés du monde à me redresser. Comme un vieillard, le cœur épuisé et le corps en miettes. Je lui tends la main et l'aide à en faire de même, avant de lui coller le manche du couteau entre les doigts. « Tiens, j'me débrouillerai jusqu'à trouver un autre truc. » Refusant catégoriquement toute insoumission de sa part, je lui laisse l'arme de fortune et prends le chemin des escaliers. Peut-être certaines habitations renferment encore de quoi se défendre, me dis-je, sans espoir. « On devrait peut-être rester à l'intérieur, le temps de voir... J'veux dire, quitte à devoir rester ici... » Les mots sont expulsés hors de mes lèvres, la mort dans l'âme. Les escaliers sont à l'image de tout ce qui nous entoure depuis tout à l'heure : dans un état lamentable. Mais ils nous permettent d'accéder jusqu'au deuxième étage sans trop d'encombre. Le reste de l'immeuble étant inaccessible, nous fouillons quelques appartements. Il y règne une atmosphère de mort et il est difficile de se faire à l'idée qu'ils ont, un jour, été habités. Dénués du plus simple charme, à l'abandon le plus total, ils ne sont à mes yeux qu'une partie d'un immense décor.

Un marteau en main, seul outil convenable que j'ai pu trouver dans ce désordre, nous repartons après quelques minutes de fouille vers le premier étage. Le manche n'a pas l'air d'être très solide, mais c'est mieux que rien, hein ?
Le long corridor miteux qui nous accueille est particulièrement repoussant et je conserve quelques dizaines de centimètres d'avance sur la silhouette de Maisy. Au loin, le cri strident retentit à nouveau, menaçant. Comme si la bête cherchait à se manifester, à ne pas se laisser oublier. Comme s'il était possible de ne plus penser à elle, ni à celles que nous n'avons pas eu le plaisir de croiser. Pas encore. Tournant lentement la poignée d'une porte d'entrée, nous pénétrons à l'intérieur de l'appartement. L'odeur y est pestilentielle. Si j'avais retrouvé un semblant de souffle, il est littéralement coupé par les émanations qui exhalent cette puanteur. Terrifiante, parce qu'elle sent le fer, la mort, la pourriture. Un son poisseux sous ma semelle termine de me retourner l'estomac. Partout autour de nous s'étendent boyaux et viscères, un champ écarlate sous nos pieds. Un champ de mort.

Dans mon dos, la porte claque lentement.

« Vous êtes qui, vous m'voulez quoi ? Vous êtes pas comme eux mais... Mais putain, vous êtes qui ?! » La voix, féminine, traduit un malaise des plus profonds. Comme si elle était au bord de la crise de nerfs.

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MessageSujet: Re: Bomb - Maisy   Jeu 5 Oct - 3:03

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La ville ne m’effraie pas, jamais. Je n’en ai jamais eu peur, pas une seule fois depuis que je suis en âge de sortir seule. J’ai traîné dans les coins les plus mal famés de la Nouvelle-Orléans, dans les bars les plus craignos, dans les rues les plus sombres. Jamais, je n’avais peur. Mes amis, ma magie, mon maniement des armes, me protégeaient. Je n’étais jamais en danger, j’étais le danger, j’ai tabassé des flics qui n’avait rien fait d’autre qu’avoir eu la mauvaise idée de porter leur uniforme un samedi soir. J’ai embrassé Neria a pleine bouche face à un groupe de Peacekeeper, juste pour le plaisir de les voir enragés, avant de leur lancer une illusion qui nous aiderait à disparaitre. Je suis sortie seule, des colis précieux pleins mon sac, pour effectuer des livraisons risquées. Pourtant, à cet instant, le souffle court, la gorge en feux et les bras plein de sang de zombie : je suis terrorisée. Les murs dévorés par la végétation, l’odeur écœurante des végétaux en décomposition, celle de la mort qui colle à la peau. Le ciel, d’un rouge sale, qui saupoudre cette espèce de cendre sur nos corps moites. Mon souffle court, mes poumons douloureux, l’absence de ma magie, les zombies. Trop de choses se passent pour que la femme forte que je suis en temps normal ne s’effondre pas. J’ai envie d’appeler mon père, de l’appeler au secours. Lui l’humain, celui qui ne possède pas une once de magie, mais dont l’étreinte a toujours su chasser les pires horreurs. Pourtant, je prends sur moi. J’inspire aussi profondément que mes poumons encrassés me le permettent et je me mets en marche.

La voix moqueuse de Joseph résonne encore dans ma tête quand mes deux perles bleues croisent celles, d’un noir d’encre, de la bête. Sa façon de se moquer, plus ou moins, gentiment e moi a quelque chose d’apaisant, comme si je le connaissais depuis toujours. Cette forme d’intimité entre nous, bien plus profonde que ce que nous voulons bien croire tous les deux, me réchauffe jusqu’à l’os et c’est cette sensation de sécurité que je ressens à ses côtés qui m’empêche de hurler instantanément. C’est elle, une fois de plus, qui me pousse à l’appeler, doucement. Cette sensation profonde de calme qui m’envahit quand la panique menace de m’étouffer et que je pense à lui. Cette sensation d’apaisement quand son regard se pose sur moi et me force à prendre pied. Pourtant, elle s’efface bien vite, la sensation de sécurité, quand l’animal est déjà derrière moi quand je me retourne. Je déglutis frénétiquement, les mains tremblantes, le cœur battant la chamade, quelque part entre sa place et ma gorge, je serre les poings, tandis que mon cerveau cherche une explication rationnelle à ce qu’il voit. Ça ne devrait pas exister. Une créature comme celle-ci ne devrait pas exister, l’odeur qui s’échappe de sa gueule m’informe sur son régime alimentaire et manque de me faire chavirer.

Je prends conscience que je suis toujours sur mes pieds, une seconde, mon cerveau déconnecte et s’autorise à s’étonner de la sensation du sol sous mes pieds, malgré mon retournement rapide et le fait que j’ai trébuché. J’aurais dû t’écouter, Joseph. Oui, j’aurais définitivement dû t’écouter, ne pas m’aventurer vers ces quartiers que je connais pourtant par cœur. Mon cœur rate un battement quand la bête se déplace de quelques centimètres. Je suis seule, face à une créature qui peut me décapiter d’un simple coup de patte et je n’ai rien d’autre pour me défendre qu’un vulgaire bâton. Moi, Maisy, la grande sorcière, celle que le gouvernement à embaucher à deux reprises, faisant fi de sa trahison, jugeant son talent d’illusionnisme suffisamment puissant pour qu’on lui épargne les procès. Pourtant, à cet instant, je ne suis rien de plus qu’un petit four sur pieds, attendant patiemment d’être dévorés. Le ridicule de la situation aurait pu me faire rire, mais il se contente juste de me faire monter les larmes aux yeux. Joseph ne m’a probablement pas entendu et puis, quand bien même, qu’est-ce qu’il pourrait faire contre une bestiole de cette taille ? À l’instant où cette pensée m’effleure, où la terreur menace d’engloutir ma conscience, le regard de la bête se déplace, et sans bouger, je suis son regard, pour apercevoir un bras. Il est l’orée de mon champ de vision, et si je n’avais pas autant maté son propriétaire, si je n’avais pas passé beaucoup trop de temps à observer aveuglément la musculature de ce bras, je ne l’aurais peut-être pas reconnu instantanément. Pourtant, mon corps se détend à la simple vision de cet avant-bras surmonté d’une main que je connais tout aussi bien. Je pousse un minuscule soupir, ce qui attire à nouveau l’attention de la bête sur moi, me tirant un couinement pitoyable. Mon prénom, entre les lèvres de Joseph, fait courir un frisson le long de mon dos. Il y a plus chose dans ce simple mot que dans tout ce que nous avons pu nous dire ce matin. Il a l’air aussi effrayé que moi et, la simple idée qu’il puisse réellement avoir peur, me tétanise sur place.

Joseph n’a pas peur, non. Joseph fonce tête en avant, il détruit tout ce qu’il touche sans se poser la moindre question, essuyant les remords et les reproches d’un haussement dédaigneux de l’épaule. Joseph est plus vivant que tous les habitants de la Nola, il court après la vie, cherche, je ne sais quoi, ne l’a pas encore trouvé, mais il le fera. Pourtant, pour le moment, Joseph tâtonne, il marche à petit pas, pour se rapprocher de moi. J’ai envie de me retourner, de lui hurler de fuir, que ça ne sert à rien de se faire bouffer tous les deux, mais sa présence m’empêche de sombrer. Je tente un pas en arrière, cherche à m’éloigner de la bête, à m’approcher de celle que je connais. Sa voix, chuchotement essoufflé, me frappe de plein fouet. Une nouvelle fois, je suis surprise de voir l’effet qu’il produit sur mon corps. Sa simple présence suffit à me relaxer alors que je fais face à une créature de cauchemar. Je hoche la tête imperceptiblement, marmonne une réponse affirmative entre mes lèvres serrées, mes yeux toujours plongés dans ceux de l’animal qui me fait face. Très lentement, je recule doucement mon bras. Je le tends imperceptiblement cherchant Joseph du bout des doigts. Pourtant, je ne le sens pas et je tressaille quand il me demande de courir. Je retiens la remarque cinglante qui me vient automatiquement à l’esprit quand j’effleure un bout de tissus. Joseph semble calme à nouveau et son calme me rassure. Il a la situation en main, il ne va rien m’arriver. Mon instinct me hurle l’inverse, mais la voix de Joseph m’ancre dans ce monde. Le souffle court, les battements, désordonnés, de mon cœur résonnant dans mes oreilles, je me concentre et quand sa voix transperce le silence qui s’est abattu. Je lance mon autre bras, lance le gourdin de toutes mes forces, ne regarde pas et me retourne. La main de Joseph enserre la mienne dans un étau.

Je n’ai pas le temps de réaliser qu’il m’entraîne. Ses jambes puissantes nous traînant tous les deux, je trébuche, manque de m’étaler, mais je résiste et suis, tant bien que mal le rythme. L’adrénaline me permet de suivre le rythme infernal qu’il m’intime et nous zigzaguons entre les racines et les crevasses. Dans certaines ruelles, les restes de repas des zombies et des monstres qui peuplent cet endroit, dégagent des odeurs qui me prennent à la gorge. Mes doigts, broyés contre ceux de Joseph, sont la seule chose qui me rattache au moment présent. Et au fur et à mesure que nous ralentissons, je prends conscience que c’est la première fois depuis que je le côtoie qu’il me prend la main. Il m’a tenue par la taille, par l’épaule, parfois par le bras, jamais par la main. Je baisse les yeux sur nos mains enlacés, il me tient la main comme on tient celle d’un enfant. Nos doigts ne sont pas enlacés, il se contente de serrer ma paume contre la sienne. Mon cœur se serre un peu au souvenir de la dispute précédente, au fait que c’est probablement la première et la dernière fois qu’il me tient de la sorte. Un sourire amer étire mes lèvres, alors que je bataille pour reprendre mon souffle, il le fait, probablement, uniquement parce qu’il n’est pas lui-même.

Je crache une salive noirâtre, tousse tout mon saoule et réussi tant bien que mal à récupérer un semblant de respiration quand nous arrivons devant un portail. Sa main se déplace et finalement, nos doigts s’entrelacent, je laisse une fois de plus mon regard se perdre sur nos mains liées et je me mords la lèvre inférieure. Les larmes me montent aux yeux, la tension s’évacuant lentement. L’adrénaline est retombée et avec elle, mes émotions refont surface. La peur, paralysante et la tristesse, profonde. Il m’attire près de lui et je garde la tête baissée, esquivant son regard tandis qu’il me palpe. Ses mains effleurent mes épaules, mes bras, ma taille. Sa main se déplace et finalement, nos doigts s’entrelacent, je laisse une fois de plus mon regard se perdre sur nos mains liées et je me mords la lèvre inférieure. Il ne me touche jamais comme ça. Quand Joseph me touche, c’est généralement dans un but précis, mais ses gestes sont dénués de toute demande. Il se contente simplement de veiller à mon intégrité physique. Le froid me gagne, ma peau, couverte d’une sueur qui refroidit, se couvre de chair de poule et je suis des yeux Joseph qui se laisse tomber sur le sol. Je penche la tête sur le côté, la gorge nouée et m’assieds près de lui comme il me le demande. Ma voix ressemble au grincement d’une porte quand je m’autorise à parler. « On peut pas rester trop longtemps… » Pourtant, je me tais. Je me tais parce que le bras de Joseph est sur mes épaules, parce que son front est tout contre mon visage. Je me détends à son contact, laisse mon corps se relâcher contre le sien et me niche dans son étreinte. Il effleure mon bras et lui offre mon poignet, consciente de ce qu’il fait. Je l’ai fait mille fois avec Neria après un combat particulièrement effrayant. Chercher la preuve qu’on ne rêve pas, que l’autre est bien en vie, bien contre nous. Ses doigts sont légers, son toucher caresse et je soupire de soulagement, prenant finalement conscience d’avoir échappé de très peu à une mort lente et douloureuse. Il effleure ma joue de ses lèvres et me sort une fois de plus de la terreur. Je le laisse m’attirer et ses lèvres s’écrasent sur les miennes.

J’inspire profondément, laisse mes mains glisser jusqu’à son visage, apprécie le crissement de sa barbe rêche contre ma paume, me noie dans son contact. Nos baisers sont violents, ses lèvres écrasent les miennes, nos dents s’entrechoquent, mais je m’en fous. Je m’en fous parce que je suis vivante, qu’il l’est aussi et que peu importe ce qu’il pourrait se passer dans les secondes à venir, j’ai besoin de ça. Je n’en avais conscience, mais j’avais besoin de ça. D’être sûre d’être en vie. Dans nos baisers, nous mettons tout ce que nous ne savons pas dire. Je m’inquiète pour toi. Je tiens à toi. J’ai eu peur. Pour moi. Pour toi. Pardon d’être comme ça. Pardon. Je suis en vie. Je vais bien. Ou du moins, j’irais bien. Promis. J'halète légèrement quand il recule et je laisse ma main glisser jusqu’à son cou, à mon tour de chercher son pouls, de m’assurer qu’il est entier. Je coince mon visage contre son épaule, le nez contre sa clavicule, il sent la poussière, la transpiration et la peur, mais je m’en fiche. Ma peau moite se colle à la sienne et j’oublie, pour les quelques minutes de calme que nous nous octroyons, l’endroit où nous nous trouvons. J’oublie l’engueulade, j’oublie les zombies, j’oublie la cendre étouffante, j’oublie la créature, j’oublie la peur. Je me noie dans un calme bienfaiteur. La voix de Joseph résonne et roule comme un tonnerre dans sa poitrine, alors je relève la tête. Je n’ai qu’un filet de voix à lui offrir en réponse. « Nan, t’as raison, faut qu’on bouge. » Je soupire profondément et lui offre un sourire peu convaincant. « Ouais, ça va, enfin, ça ira, t’inquiète pas. » Il chuchote comme moi, nous laissant enfermé dans notre cocon de faux calme. « P’têtre ouais… En tout cas, on aura plus de chance de sortir si on bouge que si on reste sur place, c’est sûr. »

Il se relève, difficilement, et je le suis, m’accroche à sa main. Il me colle le manche de son arme contre la paume et je lui jette un regard noir. « Arrête, t’en as besoin. » Il me coupe, colle son doigt sur mes lèvres et je le fixe, frustrée. J’abandonne, n’ayant pas l’énergie nécessaire, mais me jure de lui trouver une arme le plus rapidement possible. Je tente de tirer sur ma robe, mais abandonne bien vite l’idée de réussir à cacher le bas de mes fesses. De toute façon, qui pourrait bien me voir dans cette tenue ? Mes restes de pudeur stupide me tirent un sourire et j’acquiesce quand Joseph propose de rester à l’intérieur. « On a moins de chance de croiser… Des trucs, dedans que dehors c’est clair. » Je soupire et fouille les appartements en compagnie de Joseph, refusant de m’éloigner de lui de plus de quelques mètres. Je trouve une paire de basket un peu grande, mais dans un état portable dans le premier appartement. « Regarde, c’est très seyant ! » Ma tentative d’humour me tire une grimace. J’enfile rapidement les chaussures et continue la fouille avec Joseph. Je ramasse un vieux sac à dos, il est moisi, mais si nous trouvons des choses utiles, il pourra toujours servir. Joseph trouve un marteau et mon inquiétude s’apaise un peu. Il est armé, moi aussi, j’ai des chaussures correctes, les choses devraient aller un peu moins mal à partir de maintenant.

Nous reprenons le couloir et quand le cri retenti, je me projette en avant, la terreur me donnant des ailes. J’attrape le coude de Joseph et ne le lâche pas. Il ouvre une porte et nous entrons dans l’appartement. Instantanément, je reconnais l’odeur. Je l’ai senti tant de fois au Colosseum. Le sang, les déjections, la mort. Je tousse et m’appuie contre le mur le souffle court. Le sol est collant sous nos pieds et je manque de vomir quand je marche sans faire exprès, sur ce qui semble être un intestin. La porte claque et je pousse un glapissement. Je me retourne d’un coup quand une troisième voix retentit. « Amanda ?! » Je cligne des yeux à plusieurs reprise, incapable d’en croire mes yeux. La jeune femme a disparu il y a quelques jours. Le gouvernement avait fait diffuser sa photo a la télévision, j’avais moi-même du faire des annonces régulièrement. « J’vous connais ?! » Je secoue la tête et m’approche d’elle lentement. « Non, non mais moi, je vous connais. Je… Vous avez disparu il y a plusieurs jours maintenant ! Ça explique pourquoi personne ne vous a retrouvé, si vous êtes coincé ici… » Je jette un regard à Joseph, vaguement persuadé d’halluciner, jusqu’à ce qu’il s’approche à son tour de notre interlocutrice. « Je… On est plus ou moins coincé ici aussi… » Elle tourne vers moi un regard hanté, avant de secouer la tête. «Alors vous êtes foutu. Bienvenue en enfer. » Elle écarte les bras et encercle la pièce des bras. Elle laisse échapper un rire fou et je me rapproche de Joseph, pas vraiment sur de quoi faire. « Je… Tu as trouvé de quoi manger et de quoi boire, je suppose... ? » Elle me jette un regard noir avant de reporter son attention sur Joseph. Elle lui jette un regard qui ne me plaît pas, mais qui suis-je pour lui en vouloir. Les yeux toujours braqués sur Joseph, elle me répond. « Ouais, j’ai de quoi bouffer et boire. » À contre-cœur, elle se tourne vers moi avec un sourire étrange. « Venez. »

Je jette un regard à Joseph quand il passe devant moi. « J’sais pas trop si on devrait la suivre… Elle a à boire et à manger, ok… Mais elle est flippante, nan ? » Je frotte mon avant-bras en grimaçant, consciente d’avoir été celle qui viens de nous mettre dans cette situation. L’idée de pouvoir boire me surexcite, mais j’ai aussi peur de ce qu’elle pourrait tenter de faire. Nous la suivons, lentement. Joseph marche devant, en bouclier et elle vient se placer à côté de moi. J’ai un petit mouvement de recul quand elle attrape mon bras. Elle ne dit rien, mais son regard fou fait des allers-retours entre moi et Joseph. Je déglutis et frotte mon bras quand elle le lâche. Elle retourne marcher près de Joseph et je reste en arrière, tentant de comprendre ce qu’il vient de se passer. Elle nous emmène jusqu’à une ancienne maison, elle est dans un état pitoyable, mais semble tenir debout. Dedans, un bric à bac d’objet en tout genre nous accueil. Amanda m’indique du doigt un grand réservoir qui contient une eau croupie. Je grimace, comprenant qu'il n'y a rien à manger ni à boire ici. Ma gorge, asséchée, crie au scandale. « Euh... Elle n'est pas vraiment potable... Tu sais ? » Elle ne répond pas et, avec un sourire secret, disparaît dans une autre pièce. « Joseph… » Je siffle, lui faisant signe de s’approcher de moi. Je glisse la main dans sa nuque et le force à se pencher en avant. « Faut qu’on se tire d’ici. Vite. Elle me fait flipper, j’te jure, j’ai l’impression qu’elle veut m’bouffer, ou toi, mais ça m’fait flipper. En prime, si on boit c'te flotte on est bon pour choper une connerie... » J’ai parlé vite, ma voix n’étant qu’un souffle dans son oreille. Quand je relève la tête, Amanda nous fixe dans l’embrasure d’une des portes.



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MessageSujet: Re: Bomb - Maisy   Sam 7 Oct - 0:29

L'air est insoutenable. L'odeur, insidieuse, s'immisce sous mon épiderme et flirte avec mes os. Me gèle profondément, à tel point que le moindre de mes muscles se bande sous l'inquiétude. Il n'y a plus d'ombre derrière laquelle me cacher, plus de bête pour hurler plus fort que moi, plus de monstre plus aveugle encore que je ne le suis. Il ne reste que moi, pathétique humain, d'une faiblesse qui me tord les tripes. Les odeurs ne plaisent à personne, ici. La chose aurait pu s'en délecter, si elle avait été là. M'inciter sournoisement à, moi aussi, apprécier – tout au moins à ne pas m'en soucier. Les restes humains qui jonchent le sol sont répugnants et, à mesure que le temps passe, exhalent leur parfum âcre. Nous chatouillent les narines – l'estomac fragile en ces terres, je ne sais pas combien de temps je tiendrai avant d'y ajouter mon dégueulis.
Amanda. Les yeux plissés, je passe de l'une à l'autre successivement, perdu. Est-ce une tactique pour troubler notre interlocutrice ? Peu persuadé par l'hypothèse, je fais la moue, observe la scène sans mots. Les prunelles de Maisy croisent les miennes et ne m'éclairent pas vraiment – sérieusement, elle connaît cette femme ? Scrutant désormais l'inconnue, je brûle d'envie de lui poser mille questions, de l'agresser d'interrogations, mais demeure silencieux. Elle a l'air d'être complètement timbrée, me dis-je, étonnamment sage. Rien à tirer de cette personne. L'enfer, vraiment ? L'inquiétude grandit dans mes entrailles. Cette femme est là, coincée, depuis plusieurs jours. Et rien n'a changé, elle n'a pas rejoint le monde réel, elle est toujours là. Damnée. Les questions s'enchaînent et s'entrechoquent – qu'est-ce qu'on a bien pu faire, putain ? Pour se retrouver ici, au milieu des tarés et des monstruosités, à quel moment avons-nous emprunté le chemin infernal ? Peut-être est-un châtiment, une punition divine pour avoir agi de façon si misérable. La Vierge sur mon épaule me donne l'impression de m'observer, de ses pupilles transperçantes, à travers le tissu de mon vêtement. Tu n'as que ce que tu mérites.

Brusqué dans mes songes par la conversation qui se poursuit, les paupières s'écrasent sous mes yeux. Désespérant à chaque fois qu'elles se relèvent sur le même spectacle, je contemple silencieusement ce qui se déroule autour de moi. Elle me regarde. Me jette une œillade insupportable, à laquelle je réponds d'un regard fixe. Timbrée. La silhouette de Maisy se rapproche de moi lorsque le rire de la femme – Amanda – éclate dans la pièce. Je jurerais qu'il se répercute sur les murs décrépis et roule le long du bois, résonne durant des secondes entières dans mon esprit fatigué. Puis elle m'observe à nouveau, un regard plus perçant encore que celui de la Vierge qui me dévisage. Sans en démordre, croisant ses yeux aux miens, et je ne cille pas. Au fond de ses orbites creusées, la fatigue. Intense, dévastatrice, elle me fait froid dans le dos. Jointe à une solitude extrême – à cette vie qui s'offre à elle. Cette survie.
Me glissant devant Maisy, pourtant pas certain de savoir la défendre en ces conditions, je fais la moue lorsqu'elle me souffle quelques mots. Je ne sais pas quoi dire – cette femme est flippante, nous ne devrions rien accepter d'elle. Nous devrions nous tirer immédiatement. Sous mes pas, ce bruit poisseux, un peu collant, et cette sensation d'écraser quelque chose de mou. La poitrine serrée, le souffle toujours si court, le cœur emballé comme il l'a rarement été, je suis l'inconnue, Maisy sur les talons. Elle se désintéresse soudain de moi, attrape l'avant-bras de celle qui m'accompagne comme s'il fallait en déduire quoique ce soit, et les doigts me brûlent d'envie de la repousser. Glissant pourtant le marteau dans ma poche, les bras se croisent sur la poitrine. Zen, merde.

Nous la suivons dans un débarras étrange, où règne ici une odeur de renfermé étouffante. Mieux qu'il y a quelques minutes, mais je ne suis toujours pas convaincu. Bien sûr, elle nous offre de l'eau croupie. Amer malgré mes doutes, je parviens malgré tout à ressentir une petite déception. Un peu d'eau, ne serait-ce qu'une maigre gorgée, nous aurait fait un bien fou. Il faut cependant en faire le deuil et je me décale en même temps que la femme, avant que Maisy ne se jette sur moi. Ses quelques mots chuchotés à mon oreille, j'acquiesce à mesure qu'elle me parle. Se tirer d'ici, oui putain, et plutôt deux fois qu'une. Je hoche encore la tête lorsque sa voix s'éteint, puis j'observe les murs, les recoins suffisamment éclairés pour être dévisagés. Mais lorsque mon regard tombe sur le visage de Maisy, elle m'incite sans le vouloir à me retourner. Amanda nous regarde, la folie dans les prunelles. Me retournant, désormais face à elle, nous nous observons tous un instant, chiens de faïence dans cet environnement à peine croyable. Incapable de songer, d'ancrer mes pensées, je me contente de la dévisager. Comme s'il n'y avait plus d'échappatoire – et tout cela, c'est de ma faute. Je n'aurais jamais du rentrer dans cette pièce, dans la maison de l'horreur, je n'aurais jamais du entraîner Maisy près de cette femme.

« Je voudrais te parler. » D'une voix posée, elle me fixe. S'adresse, vraisemblablement, à moi. Une seconde s'écoule, puis deux, bientôt trois. Quatre secondes que je la dévisage sans mots. Ne penche pas le visage vers Maisy et soutiens celui de la femme, de son démon qui cherche à flirter avec le mien. Mais il n'y a plus rien à y trouver, me dis-je bêtement, une once de désespoir dans le fond du crâne. D'un hochement imperceptible de la tête j'acquiesce et m'avance avec lenteur vers elle, mesure les pas qui me séparent encore d'elle à chaque mètre englouti. C'est dangereux et stupide, mais j'ai l'impression de n'avoir pas le choix. Peut-être que Maisy en profitera pour s'enfuir – elle ne le fera pas, je le sais, mais j'en caresse néanmoins le doux espoir. Dégage, casse-toi d'ici dès qu'elle a le dos tourné, tire-toi vite fait. M'engouffrant dans la mystérieuse petite pièce, je pousse spontanément la porte sans lancer un regard à Maisy. Un coup d’œil la convaincrait de rester, d'essayer de faire quoique ce soit, et il faut absolument éviter ça. « Tu me fais penser à quelqu'un. » Demeurant près de la porte, je laisse les yeux courir sur la petite pièce qui m'accueille. Quelques conserves sont posées dans une étagère, desquelles s'écoulent une petite traînée noire ou marron sombre. Tout est pourri, ici, absolument tout. Le cerveau de cette n'a pas échappé à la règle. Marmonnant une réponse indistincte, j'acquiesce lentement, sans raison. Réfléchis, réfléchis. Dépêche-toi de réfléchir, de t'arracher les pensées de l'esprit, d'en extirper une idée lumineuse. Et puis je m'efforce de penser, plus mon crâne se vide. Les songes s'y liquéfient, je n'ai plus de self-control, je pense beaucoup trop. Elle s'approche de moi et m'incite à m'éloigner de la porte – la lame, longue et affinée, d'un couteau se dévoile entre ses doigts. À nouveau, je pense – quelle serait sa vitesse ? Y arriverait-elle ? Les questions s'enchaînent et la femme s'exprime à nouveau.

« – Tu me fais penser à mon mari. Souffle-t-elle, animée cette fois d'une douce démence.
Ah. Comme, Ah, me voilà dans de beaux draps. Ou, le plus simple Ah, merde. Cette histoire sent terriblement mauvais. Pourtant, je hoche la tête sans vigueur, attendant la suite.
J'sortirai plus jamais d'cet enfer, je le sais. Mais je peux pas rester seule. Je veux que tu restes avec moi.
Ah. À nouveau. J't'avoue que j'suis pas très intéressé, et je comprendrais pas bien c'qui nous empêcherait de nous tirer tout d'suite, alors... Les traits se tordent, faussement contrits.
Ce qu'il y a... Commence-t-elle, mystérieuse, en s'avançant près de la porte. C'est qu'autour de cette baraque rôdent des tas de monstres. Tout l'temps. J'ai déjà appris les moindres recoins de ces pièces, je sais me tirer par la bonne sortie. Mais ton amie... Fermant la serrure de la porte, elle se retourne complètement vers moi. Ils l'auront en premier, si on tarde trop ici. Ils la verront à travers la fenêtre. Ensuite...
J'ai compris. La coupé-je, sec. Anxieux. Soudain, je ne réfléchis plus.  D'accord. Mais elle s'en va immédiatement, et il ne lui arrive rien. J'essaie de mesurer mon intonation, pour ne pas avoir l'air complètement désespéré.  Rouvre la serrure, la discussion est terminée.
Non, elle l'est pas. La femme s'approche de moi. Je répugne à la nommer par son prénom – ce serait lui rendre un peu d'humanité, un peu de ce qu'elle était avant. De toute évidence, elle est désormais complètement folle. Tu vas me donner... Ceci. Glissant les doigts le long de ma hanche, elle s'empare du marteau qui se niche dans ma poche et si le désir de lui agripper le poignet est brûlant, je me retiens. Réfléchis, merde. Ne fais rien d'idiot, ou aucun de vous deux ne s'en sortira ! »
La voix désormais plus puissante, elle n'est plus posée. Elle ressemble à celle que nous avons rencontrée il y a quelques minutes. Elle se tient près de mon corps et je peux observer ses cheveux emmêlés, sentir l'odeur désagréable qui émane d'elle, son visage émacié. Ses vêtements sont sales, tout comme sa peau. J'acquiesce lentement – hors de question que je passe une minute de plus à ses côtés.

Elle rouvre la porte et nous retrouvons Maisy – on dirait qu'on la surprend, comme si elle s'affairait ailleurs. Bien sûr, elle est encore là. Les yeux posés le long des murs, puis sur la fenêtre aux vitres jaunies, j'évite consciencieusement son regard. Ses perles bleues et la bouffée d'oxygène ne doivent surtout pas m'atteindre.
Le temps passe, je n'ai aucune idée, et la femme est équipée de non pas une, mais de deux armes. Alors, de ces gestes qui me ressemblent tant et ne me réussissent pourtant pas forcément, je m'exécute sans réfléchir. Attrape la première chose qui me passe sous la main – un balai – que j'assène en direction de la damnée. Comme si elle s'attendait à cette réaction, comme si ses cheveux emmêlés étaient remplis de pupilles, sa silhouette malingre échappe au coup. Dans une exclamation de victoire, elle tend le bras vers moi, manque de me charcuter à l'aide du couteau. « Recule ! » D'un mouvement, je rejoins la silhouette de Maisy. J'ai merdé. J'ai tellement merdé. Il n'y a plus rien à faire. Cette femme est faible, mais animée de cette rage qui lui électrise les membres. Je ne suis plus animé de quoique ce soit. Je n'y arriverai pas, me dis-je.

« Je le savais ! Je l'savais ! Tu es pareil, pareil aux autres, tu trahis... C'est terminé ! J'vous ai offert une porte de sortie et... l'offre ne tient plus ! » Puis elle parle, marmonne des paroles difficilement compréhensibles. Sa pièce la protège et elle attendra que les monstres viennent se repaître de nos dépouilles, nous allons les alimenter et elle n'aura qu'à attendre patiemment pour s'en retourner à son appartement. « Tu entends ! » Crie-t-elle à Maisy. « Il aurait pu te sauver et n'en a rien fait, il a préféré tenter le... » Elle glousse. « Le diable ! » Gloussant de plus belle, elle se met à rire longuement, le corps parcouru de spasmes hystériques.
Les doigts près du poignet de Maisy, je laisse son contact réchauffer ma peau. J'ai complètement merdé. « Vous savez à quel point j'en chie d'être ici ? Tout c'que j'ai fait pour survivre ici ? Vous imagineriez pas, vous... comprendriez pas. » Souffle-t-elle finalement, le couteau toujours brandi dans notre direction. « C'est dingue, dingue, j'ai cru devenir folle pendant des jours, et puis j'ai compris. J'ai compris ! » La femme s'égosille soudain. Elle a changé de ton des tas de fois, tant que j'ai l'impression d'avoir une dizaine de personnes en face de moi. « Tout c'que j'avais à faire, c'était d'trouver... » Dans un fracas, le mur contre lequel elle se tenait se brise soudain, se fendant en une ouverture par laquelle s'engouffre une énorme tête lisse et sombre. La gueule de la chose s'ouvre, dévoilant une multitude de rangées de dents acérées, pointues comme des tas de lames, et se referme sur la femme. Sur son épaule, son cou, son visage.

Tressautant avec violence, j'agrippe le bras de Maisy dans un profond mouvement de recul. Aussitôt acculés, pressés contre le mur, mon corps tout entier hurle. Un instant incapable de détourner les yeux de ce spectacle morbide, la poitrine écrasée, douloureuse, l'esprit beugle son choc. Distrait, je n'entends pas les mots de Maisy, ne suis même pas certain de l'entendre à mes côtés. La gorge serrée, une vague de glace s'empare de mon corps. L'adrénaline, enfin, se joint à l'instinct de survie. « La fenêtre, la fenêtre, la fenêtre ! » Répété-je, stressé.
Cassant du pied le verre déjà fragilisé, nous n'avons pas le temps de dégager les morceaux coupants qui dépassent, ici et là, du montant. Mais nous passons, l'un après l'autre. Et tout recommence. La course, le choc, les douleurs intenses, le corps meurtri. Ses doigts écrasés dans les miens. Tout recommence.

**

« On peut plus. On peut plus. On peut plus faire ça, courir, s'enfuir, frôler le danger toutes les dix minutes, s'enfuir... » La voix se brise dans ma gorge. Secoué d'une toux brusque et grasse, je rejette de mes bronches quelque chose de sombre. « Qu'est-ce qu'on fait, putain ? » Je me sens faible, d'une horrible faiblesse. Si nos corps parviennent à tenir encore un peu, nous ressembleront bientôt à cette Amanda. Je sens déjà poindre les émotions exacerbées en moi. Lançant un regard en coin à Maisy, j'attends qu'elle dise quelque chose. Quoique que ce soit, mais qu'elle me recadre, encore. Qu'elle ne me laisse pas déborder dans le désespoir. « J'ai medé tout à l'heure. J't'ai mise en danger. J'savais pas quoi faire, c'était... » La phrase n'a pas de fin, je conclus d'un bref et peu perceptible haussement d'épaules.

Deux zombies s'approchent. Ne nous laissent aucun répit. Poussant un soupir exténué, un peu dramatique, je me redresse, prêt à reproduire le schéma.

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MessageSujet: Re: Bomb - Maisy   Dim 8 Oct - 22:22


Le corps de Joseph comme un rempart contre l’adversité. C’est à ça que j’ai pensé quand il s’est glissé entre moi et elle. À sa carcasse protectrice, m’effaçant au regard fou d’Amanda, me soustrayant à la violence de ses yeux sur ma peau à vif. Mes nerfs sont des cordes effilées, la terreur de la bête rampe encore sous mon épiderme et l’attitude de la jeune femme m’en met d’autant plus mal à l’aise. Mon cœur tambourine dans ma poitrine, mes paumes sont moites et mes sens décuplés, par une adrénaline qui refuse de s’évacuer de mon organisme, capte des odeurs toutes plus violentes et désagréables les unes que les autres. Pourtant, Joseph est là, et quand il passe devant moi, l’espace d’une seconde, son odeur efface celle des autres, sa carrure imposante me cache du monde et j’inspire une goulée d’air salvatrice. Je cherche à calmer le tremblement de mes membres, à ne pas être le poids que je suis depuis le début de cet enfer. Elle est belle la vaillante guerrière, celle qui sait se défendre et se battre, celle qui n’a peur de rien. Privez-la de ses avantages et elle redevient une petite fille terrorisée. Amanda s’adresse à lui et j’ai envie de lui hurler de le laisser tranquille, de lui foutre de la paix, de me le laisser, qu’il est mon garde-fou. Je tends lentement la main vers celle de Joseph, mais il s’avance. Un pas, puis deux, et le voilà hors d’atteinte.

Mes lèvres s’entrouvrent sous la surprise et je suis incapable de fixer autre chose que l’arrière de son crâne qui s’éloigne avec lenteur de moi. Belle métaphore de notre histoire, de son habitude de fuir, de la mienne d’aller le chercher. Pourtant, je ne bouge pas, trop choquée pour tenter le moindre mouvement, trop sonnée pour comprendre qu’il s’agit peut-être d’une stratégie. Quand il se tourne pour fermer la porte, je cherche son regard, l’appelle de toute la force du mien, mais il l’ignore ostensiblement. Mon cœur et mon ego blessé sont trop fatigués pour s’offusquer. Ils se contentent simplement d’être là, douloureux, dans ma poitrine. L’absence de colère m’étonne un peu, tant je suis habituée à l’être contre Joseph. Frustrée, de le voir perpétuellement s’enfuir, aujourd’hui, je n’ai pas la force de me battre pour ce que je crois voir en nous. Ce que tu crois voir, c’est ça. Tu t’es jamais demandé si t’hallucinais pas, si tu l’enfermais pas dans un cocon dont il ne voulait pas ? Tu t’es jamais dit que t’étais p’têt tellement seule que t’étais prête à croire que le premier mec qui te donnerait un peu d’attention serait amoureux de toi ? Tu t’es jamais dit que t’étais assez stupide pour t’imaginer une histoire maudite là où il n’y a rien ? Je secoue la tête, me sors de mes pensées, me concentre sur ce qui m’entoure. La baraque est en ruine et je ne peux m’empêcher un instant d’imaginer que c’est ce qui va arriver à la Nouvelle-Orléans quand le monde en aura assez de nous. Qu’il finira le travail et détruira le dernier bastion de civilisation. Je jette des coups d’œil régulier à la pièce dans laquelle ils sont enfermés, incapable de m’en éloigner trop loin, mes rondes dans la pièce m’en rapproche même. Du coin de l’œil, je repère une tache étrange sur le sol, je m’en approche rapidement pour reculer aussitôt. Du sang, encore, et des ossements, clairement humains, clairement ceux d’un enfant. Je déglutis et recule encore.

Je suis désormais tout près de la porte de la pièce dans laquelle se sont enfermés Joseph et Amanda. Je me plaque contre le bois vermoulu et tends l’oreille. La voix de Joseph sourde et profonde est moins facile à comprendre que celle, aigue et criarde, de la jeune femme. Je retiens un hoquet quand je l’entends lui proposer de rester avec elle. Je plaque la main sur ma bouche, étouffe mon souffle saccadé par la surprise et la poussière qui encrasse ma gorge et mes poumons. Je me plaque, plus encore, contre le bois de la porte, tends l’oreille pour entendre sa réponse. Mon souffle se ralentit quand il rejette sa proposition et je me relaxe un peu, mais c’est de courte durée. J’entends le verrou de la porte claquer et je me mords la lèvre pour ne pas pousser un juron. La garce ! Elle veut m’enfermer ici, fuir avec lui et me laisser seule aux mains des monstres. Je me bats contre la peur et la colère, essaie de laisser la seconde prendre le dessus pour ne pas m’effondrer et me retrouver tétanisée. Contre mon oreille, la voix de Joseph, étouffée par le bois, résonne à nouveau. Mais elle s'en va immédiatement, et il ne lui arrive rien. Mon cœur rate un battement et je recule, m’éloigne de la porte, me force à ne pas défoncer la porte. Je ne vais pas entrer en trombe dans la pièce pour passer un savon à Joseph. Je ne vais pas non plus le faire pour l’embrasser à pleine bouche. Sa stupidité et son entêtement sont épuisants, mais son sempiternel besoin de me protéger à quelque chose de touchant, même s’il faudra bien qu’il comprenne, un jour, que je ne suis pas aussi fragile que ce qu’il pense. Je tourne dans la pièce, fais les cent pas, cherche à me calmer, pour ne pas lui sauter à la gorge si elle s’aventure dans ma direction.

J’effleure, du bout des doigts, une vielle commode. Je glisse mes doigts à l’intérieur d’un tiroir et en sort un vieux coupe papier. Étonnée de trouver une arme à cet endroit, je soupèse l’objet, je le fais jouer entre mes doigts, je sers finalement le manche dans ma paume et souris. Le manche, abîmé par le temps est relativement solide et la lame, bien qu’émoussée, doit pouvoir faire quelques dégâts. Il me rappelle vaguement le poignard que m’a offert Neria. Je le sers, me rassure devant l’utilité de cette arme. Au moins, j’ai de quoi me défendre, une arme que je connais mieux que le lourd couteau de cuisine qui repose au fond de mon sac à dos. Je sursaute, glisse mes mains dans mon dos, les doigts fermement serrés sur mon arme de fortune. Joseph évite mon regard et mon cœur se serre. Il compte vraiment se laisser crever ici, dans un élan chevaleresque d’une stupidité affligeante. Mes yeux dérivent sur Amanda, lui lance un regard noir, plein de la haine que je lui voue, avant de retourner sur Joseph. Regarde-moi, regarde-moi. Ne m’ignore pas. Je suis là, je ne te laisserais pas faire cette bêtise. Je ne te laisserais pas te sacrifier pour moi. Je te dois la vie, je te dois bien plus que ça. « Regarde-moi. » Mes mots ont dépassé ma pensée et je siffle entre mes dents à son intention. Il ne m’écoute pas et attrape un balai qui traîne près de lui. Je m’avance d’un mouvement souple, mais elle le menace de son couteau et il recule, se retrouve à côté de moi. Son expression me fait mal au cœur. Il a l’air persuadé de n’être capable de rien, de ne rien pouvoir faire pour nous sortir de ce pétrin.

La voix, folle, d’Amanda résonne à nouveau et ma rage ne fait qu’amplifier. « IL trahit ?! Lui ?! » Je crache mes mots, les yeux mi-clos dans ma rage. J’avance d’un pas, me rapproche d’elle, reste assez loin pour ne rien risquer de son couteau. « IL trahit ? Tu t’es vu ? C’est toi qui as essayer de nous monter l’un contre l’autre, sale garce ! » Ma colère n’est pas seulement nourrie par la peur et par le besoin de survivre, elle est aussi nourrie par l’attachement que j’ai pour Joseph, pour ce qu’il pourrait y avoir entre nous, si seulement nous nous en laissions la chance. Pour ce qu’elle a voulu détruire. Elle est aussi renforcée par Joseph et sa peur, par son impression d’être inutile. « Tu crois un seul instant que je vais gober tes merdes connasse ?! J’en ai rien à foutre de ce que tu lui avais offert, tu penses qu’une seconde, je t’aurais laissé l’embarquer dans tes plans de merde ? Tu crois que je t’aurais l’emmener à une putain de mort lente et horrible dans c’t’enfer ?! » Je tremble de tous mes muscles, n’écoute ses mots qu’à moitié. Du coin de l’œil, j’aperçois mon reflet dans la vitre et un frisson me traverse. J’ai l’air tout aussi folle qu’elle, le corps tendu par la colère, les cheveux complètement ébouriffés, la sueur marquant des lignes plus claires dans la crasse qui couvre mon visage, avec ma robe déchiquetée et mes baskets trop grandes. Mes yeux sont exorbités par la rage, la peur et l’épuisement. Mes lèvres sèchent se craquelle quand j’ouvre grand la bouche pour chercher un air vicié qui ne fait qu’encrasser plus encore mes poumons.

Quand je m’apprête une fois de plus à lui répondre, un grand fracas retentit et la main de Joseph se referme sur mon bras, il me tire en arrière, me plaque contre le mur à côté de lui. Mes yeux, encore aveuglés par mon emportement, mettent quelques secondes à comprendre ce qui se déroule devant eux. Ma bouche s’ouvre sur un cri silencieux et je m’agrippe au grand brun, incapable de détourner le regard du carnage qui prend place. Une créature, aussi laide et effrayante que celle qui nous as attaqué précédemment. Puis, ma conscience reprend le dessus, et je secoue Joseph, secoue son bras de toutes mes maigres forces. « Faut qu’on bouge ! » Ma voix, brisée par les cris, la fatigue et l’air immonde qui nous entoure, peine à franchir la barrière de mes lèvres. Je me rends compte rapidement qu’il ne m’entend pas, trop choqué par ce qu’il voit. Je lève la main et l’abats de toutes mes forces sur son épaule. « JOSEPH ! Il faut qu’on bouge ! » Je lui indique la fenêtre du doigt, espérant le faire réagir et je pousse un soupir de soulagement quand il sort de sa transe. Il brise le verre de son pied et j’enjambe la fenêtre juste après lui, entaillant mon avant-bras superficiellement et ma cuisse bien plus profondément. Je cours, le sang coule sur mon poignet, dans ma paume, contre ma cuisse, derrière mon genou, dans ma chaussure. J’ai mal, mais je n’ai pas le temps de m’arrêter. Je sers la main de Joseph de toutes mes forces tandis qu’il nous entraîne dans le dédale de la ville.

Il nous entraîne dans des ruelles de plus en plus délabrées, les maisons sont de plus en plus espacées et bientôt nous arrivons en bordure de la ville. Il s’arrête et je pose les mains sur mes genoux, cherche à reprendre mon souffle, la respiration sifflante, une quinte de toux nous secoue et je cherche à parler, mais n’en ai pas le temps. Je secoue la tête, cherchant à l’empêcher de poursuivre son résonnement. Je refuse de jeter un œil à mes plaies, essuie les traces de sang, qui salissent ma main, contre ce qu’il reste de ma robe et m’approche en boitillant de lui. Je m’apprête à lui parler quand deux zombies s’approchent. Je pousse un cri de rage qui finit de briser ma voix et jetant mon sac à dos par terre, j’attrape le grand couteau qui y traîne. Je lance un regard d’avertissement à Joseph et m’approche des deux créatures. « ASSEZ ! » Je crie, la voix rauque, en enfonçant l’arme dans le crâne du premier. « J’en peux plus ! » Je me tourne vers le deuxième et fait de même, laissant l’arme à sa place, une fois le danger écarté. Je m’arrête, le souffle court et les mains tremblantes, prends quelques secondes pour laisser la rage s’évacuer en même temps que quelques larmes traces des sillons propres sur mes joues crasseuses. Je renifle et frotte mes joues du dos de la main avant de retourner vers Joseph. L’adrénaline retombe, doucement, et avec sa disparition, la douleur se réveille. Je l’ignore pour le moment, me retrouve face à Joseph. J’attrape son visage à pleine main. Embrasse ses joues sales de baiser léger, avant de planter mon regard dans le sien. Il est perdu, aussi terrorisé que moi. Cette image devrait m’effrayer pourtant, elle me rassure. Me montre qu’il est aussi humain que moi et qu’en cet instant, nous avons autant besoin l’un de l’autre. « Ça va aller. On va s’en sortir. J’te le jure. » Ma voix n’est plus qu’un filet, je suis incapable de parler à voix haute, heureusement pour moi, la ville est silencieuse. « T’en veux pas, j’t’aurais pas laissé partir avec elle de toute façon. Tu le sais. J’lui aurais arraché la gueule de mes propres mains si elle avait essayé de te faire partir avec elle. » Je me fiche de ce que je dis, d’en dire trop, de trop me dévoiler. Je pourrais toujours mettre ça sur le compte de la frayeur et de l’adrénaline.

Je m’appuie un peu plus lourdement contre lui, poussant un gémissement de douleur quand ma jambe plie légèrement. Ignorant mon bras qui n’a rien de plus qu’une égratignure, pour me concentrer sur la plaie assez profonde qui barre horizontalement l’arrière de ma cuisse, je pousse un grognement de dégoût. « Merde. C’est salement moche. » J’arrache la manche de ma robe pour essuyer la zone qui entoure la plaie, rassuré de voir qu’elle n’a rien atteint de trop grave. Je soupire, quand la large main de Joseph rejoint la mienne. Ses yeux sont voilés d’inquiétude quand il caresse la peau autour de la plaie. « Ça ira, ça n'a rien touché de mortel, par contre j’vais en chier si on doit courir. » Je soupire et appuie mon front contre son épaule tandis qu’il s’accroupit pour mieux voir la plaie. Il arrache une bande du bas de son t-shirt et l’enroule autour de ma cuisse, utilisant la bande de tissus pour faire un pansement compressif autour du tissu de ma robe. Je caresse distraitement les cheveux de sa nuque, retenant mes grognements de douleurs tandis qu’il me soigne. Il y a quelque chose de très tendre dans sa façon de prendre soin de ma plaie, une tendresse qu’il n’a jamais eue pour moi jusqu’à présent. Sa douceur me fait monter les larmes aux yeux et je serre son épaule quand il se relève. J’essuie mes joues contre lui, cherche à effacer la tempête de mes émotions. Je pose le pied par terre, consciente que je ne pourrais pas marcher très longtemps, prête à tenter le tout pour le tout.

 J’observe notre environnement, peu sûre de la direction à prendre. D’un côté, la ville, ses zombies et les créatures qui la peuplent. De l’autre la forêt, probablement pas mieux, mais avec au moins une possibilité de se cacher. « J’sais bien que c’est pas le truc le plus rassurant du monde, mais la forêt, ça m’semble pas pire que la ville nan ? » Je commence à avancer vers la forêt, boitant à chaque pas, quand le bras de Joseph se glisse contre ma taille. Il tapote son épaule et je m’y appuie. « T’habitues pas trop à ça, Townsend ! Je ne serais pas ta demoiselle en détresse bien longtemps ! » Je lui jette un regard, cherche à calmer l’atmosphère tendue qui règne entre nous, cherche à faire fuir la tension, la peur et la tristesse qui semble flotter autour de nous. Pourtant, le sentir me soutenir, physiquement, me fait du bien. « Faut qu’t’arrêtes de t’excuser, au passage. Faut qu’on se serre les coudes et on va réussir à sortir de là, j’te jure. Mais putain, arrête de me prendre pour un truc super fragile. » Je glousse en prenant conscience qu’à cet instant, je le suis particulièrement. « Ouais, bon, imagine que j’te sors pas ça avec une jambe dans le sac et le bras en sang ok ? » La forêt est étrangement calme et je soupire de soulagement en prenant conscience, que nous sommes peut-être en sécurité pour le moment. Nous continuons à avancer. « Tu crois qu’on est entré comment ici ? » Je pose la question un peu en l’air. « J’ai l’impression que c’est comme si on était passé dans une sorte de faille spatio-temporelle à la con… » Je touche du bout des doigts ma joue, tortille une mèche de mes cheveux en réfléchissant. « J’suppose que pour sortir faudrait passer par la même chose... Sauf que ça a pas l’air d’être facile à repérer ! » Je soupire et demande une pause. Je suis épuisée, le souffle court et ma jambe m’élance. Je me laisse glisser le long de l’arbre et soupire, à bout de forces. « Juste deux secondes hein… » Je siffle de douleur en m’asseyant, serre les dents. « Au fait… » Assise par terre, je lève les yeux vers sa silhouette, cherche son regard. « Merci. » J’inspire profondément. « Merci, pour ce que t’étais prêt à accepter, merci pour m’avoir sorti des griffes du… Trucs. Merci… » Je ferme les yeux, les laisser plonger dans ceux de Joseph devenant trop difficile. Il a tant fait pour moi aujourd’hui, était prêt à abandonner sa vie pour épargner la mienne, a failli finir dans l’estomac d’une créature que ni lui ni moi ne comprenons. A aucun moment il n’a envisagée de continuer sans moi pour survivre. Je déglutis difficilement, heureuse que le monde dans lequel nous nous trouvons m’offre quelques secondes de paix. Pourtant, au moment où ma tête effleure le tronc de l’arbre, un grognement reconnaissable entre mille traversent le silence. « Merde… » Une horde de zombies. Elle est loin, certes, mais elle semble bien chargée. Je pousse un soupir de détresse. « Aide moi. » Je tends la main à Joseph et nous reprenons notre marche. Nous avançons aussi vite que nous le pouvons, mais avec ma jambe blessée, nous sommes trop lents. Si nous n’accélérons pas, ils vont finir par nous rattraper. Je jette un regard affolé à Joseph, mon corps menace de me lâcher d’un instant à l’autre, comment allons-nous nous en sortir ? Quand allons-nous sortir de cet enfer ?

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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MessageSujet: Re: Bomb - Maisy   Lun 9 Oct - 23:28

Le palpitant dans les oreilles, la fièvre sous l'épiderme, les perles de sueur pendent à mes cils, menaçant de m'aveugler à chaque instant. Le visage noirci de cendre, il ne me vient pas à l'esprit de passer la main sur ma peau. Ni négligemment, ni avec rage, encore moins avec précaution. Seul la face abominable me reste en mémoire, fouille mon esprit pour en vicier les songes. À chaque pensée, il s'impose. Surgit avec fracas, comme si le mur traversé n'était qu'une feuille de papier. Comme si mon esprit n'était composé que de minces, fragiles couches de papier – la bête prend un malin, terrible plaisir à les déchirer, une à une. La chose qui me manque depuis notre arrivée dans ce monde aurait apprécié. Elle m'aurait fait partager son goût pour l'abomination, aurait essuyé la peur d'un battement de cils. Au lieu de ça, me voilà atterré, les pieds liés au sol, enfoncés dans l'asphalte crevé. À quelques mètres, Maisy nous débarrasse des importuns, réalise la moindre des actions que je devrais être en train de faire. Au lieu de cogiter, au lieu de chercher une réponse qui n'existe pas – mais je fouille dans mon crâne, m'évertue à trouver quelque chose, n'importe quoi. Pourquoi n'y a-t-il plus de bruit, pourquoi cet horrible, asphyxiant silence.
Quelques baisers viennent troubler ma réflexion, m'extirpent à mes tourments. Inutiles, superficiels tourments. J'acquiesce, incapable d'apprécier la sensation de ses lèvres sur ma peau, esquisse un vague mouvement de recul. Dans un état second, continue de hocher la tête à ses quelques mots. Ravale quelques réponses désagréable – j'avais pas besoin de toi. J'avais un plan depuis le début. J'ai pas besoin qu'on essaie de me sauver.

Puis du tangible. Une blessure – la sienne. La chair blessée, meurtrie, pleurant sa douleur de quelques larmes carmines. Autour de la blessure, les doigts s'affairent, simplement pour toucher l'épiderme choqué. Pour essayer d'y distinguer des morceaux de verre abandonnés là, une douleur particulièrement intense – Maisy se veut rassurante et je continue d'acquiescer. Laisse un peu de réalité couler dans mes veines, un peu d'adrénaline me gifler le visage. Presque machinalement, je me penche en avant et arrache un morceau de mon t-shirt, enroule la bande de tissus sur la plaie. Il fallait toujours soigner quelqu'un – mon frère, souvent. Moi, lorsque ni lui ni Aimée n'étaient disponibles. Nous n'avions aucun matériel, rien de professionnel. Alors, faire des vêtements quelques bandages de fortune n'est pas nouveau.
Les doigts dans mes cheveux sont une caresse rassurante et je mime la douceur de ses gestes lorsque je prends soin d'elle. Un raisonnement optimiste est marmonné, les lèvres pourtant un peu closes, lorsque nous nous relevons. Ça va aller. Il n'y a qu'à attendre, s'enfuir tranquillement – à défaut de s'enfuir à toute vitesse. Espérer qu'il ne faudra pas prendre la fuite pour encore des jours, des semaines, des mois. Les prunelles courent sur notre environnement, l'esprit s'attache à la démarche maladroite de Maisy. Tiens bon, encore un peu. Presque rien, juste le temps de s'habituer à la douleur. Juste le temps qu'on retrouve notre chemin. Désespéré malgré moi, je demeure silencieux sans le vouloir, ne parviens pas à desserrer les dents.

Maisy a raison : la forêt ne semble pas représenter un danger terrible. Pas à côté des rues desquelles nous sortons, en tout cas. Peut-être est-ce tout simplement moins peuplé, me dis-je naïvement. Peut-être le vrai danger se terre-t-il à l'orée des arbres – plus réaliste. La silhouette à côté de la mienne a bien du mal à avancer et je passe le bras autour de sa taille, lui indiquant de s'appuyer sur moi. Un sourire amusé, puis agacé sur le visage, j'acquiesce. « Ouais. Tu seras toujours en détresse, Maisy, c'est ta destinée. Et tu vas l'regretter mais, d'accord, j'm'occuperai plus de toi après aujourd'hui. » Je ne réponds pas au reste. Je ne m'excuse pas –  je n'ai même rien à me faire pardonner. Ou pas grand-chose, tout du moins. Rien dans l'immédiat, c'est certain, me dis-je, m'empêtrant dans mes propres songes. Mes principales marques d'affection résidant dans les quelques soins que je peux lui prodiguer lorsqu'elle est fragile, je ris silencieusement à sa demande. Tu reviendras en courant, Maisy Weaver.
La laissant évoquer ses quelques théories, auxquelles je n'ai aucune réponse intéressante à apporter, je me contente d'avancer à ses côtés. Une faille spacio-temporelle, ouais – en réalité, j'imagine que ça y ressemble beaucoup. Mais puisque nous étions immobiles – du moins, je le crois ? – lorsque c'est arrivé, il n'y a aucun moyen de savoir comment renverser la partie. Aucun putain de moyen de savoir. Certain désormais de n'avoir aucune envie de répondre à ses questionnements, je hausse les épaules, agacé. Peut-être même n'y a-t-il aucune foutue logique là-dedans, peut-être qu'une force supérieure joue avec nos vies comme elle bougerait des pions sur un échiquier.

Le corps certainement aussi épuisé que l'esprit, Maisy a besoin d'une pause. Lançant un coup d’œil à sa blessure, je fais la moue. Une putain de catastrophe. Le sang au bord de l'épiderme, l'estomac vide, les poumons abîmés par l'atmosphère irrespirable qui règne sur ces terres, les prochaines heures promettent de se révéler calamiteuses. La gorge asséchée par la soif, j'économise ma salive, m'accroupis régulièrement pour observer cette cuisse blessée. Ses remerciements me mettent mal à l'aise – il n'y a pas grand-chose à remercier. Rien qu'elle n'aurait fait, par ailleurs. Lui offrant un sourire, j'acquiesce. Maisy est sentimentale. Elle est bavarde, ressent le besoin d'expliciter les songes qui enflent dans sa gorge – romantique même, les pensées doivent naître près d'un cœur battant, tachées par un idéalisme touchant. Elle sait être réaliste, parfois. Parfois. La poitrine serrée, une autre sorte de masse gluante s'agglomérant dans ma tranchée, je détourne les yeux lorsqu'elle le fait. C'est étouffant – cet air, cette crasse, ces idées. Ces faits, si tangibles que je les sens s'agripper à ma chair, lacérant mon épiderme à chaque mouvement.
Plus durement que tout autre son, les gargouillis difformes des morts me réveillent. Tirant Maisy à mes côtés, nous reprenons la route. Le cœur accélère, la panique grandit – encore ce sentiment ignoble, révulsant. La peur, le stress. L'angoisse. Le vide, le silence abyssal. Je la porte presque contre mon corps, lui faut sauter quelques pas de temps en temps, mais c'est trop lent. N'ayant moi-même plus la force de courir, les souffle atteignant ses limites, je le gaspille avec inquiétude dans une respiration difficile. Les idées morbides se faufilent dans mon crâne – je ne peux pas la voir se faire bouffer par les cadavres, je ne peux pas y assister. Tout comme elle ne peut pas assister à ma disparition, sous ses yeux épuisés, si grands et bordés de quelques perles d'eau calme. Accélérant encore le pas, j'entends ses gémissement au creux de l'oreille, m'en veux de lui faire vivre ça. « Maisy écoute, je vais te lâcher. Encore quelques pas et j'vais te lâcher, faut que tu continues tout droit, tu cours comme tu peux et tu te fous à l'abri. Je vais les distraire ou... Je sais pas, je te retrouve après ; promis. » Il n'y a dans mon intonation aucune place au refus. Elle pue le sang et la douleur, mais ils se rapprocheront de moi si je suis à proximité.

Comme prévu, je l'abandonne, retire mon étreinte de sa silhouette fatiguée. « Et j'me sacrifie pas, arrête de dire ça ! » Un ersatz de plaisanterie, le dernier peut-être, me dis-je, un peu dramatique. Apostrophant les morts de quelques exclamations, je m'évertue à fixer leur attention sur mon unique personne. Bande de crevards, venez par là. Et je me rapproche d'eux, tente d'empêcher une progression trop rapide dans sa direction. Tu vas trouver, Maisy. Tu vas trouver où te camoufler. Renonçant finalement à économiser mes dernières forces, celles dans lesquelles il me faut justement puiser maintenant, je m'avance vers la horde, m'éloigne désespérément de la silhouette boitillante qui disparaît peu à peu. Incapable de m'en empêcher, je lui lance quelques regards, m'assure qu'elle est là, quelque part et plus ou moins en sécurité. Les zombies me prennent pour cible et le plan se déroule normalement. Le cœur s'énerve, s'agace de tant d'émotions – le souffle court, saccadé, j'ai du mal à me mouvoir avec aisance.
Lorsque je lui lance un sempiternel coup d’œil, elle a disparu. Délaissant les assaillants qui avancent inexorablement en ma direction, je rebrousse chemin. C'était le plan, mais je n'aime pas ne plus la voir. Je me suis éloigné plus que prévu, plus que je ne l'ai réalisé en le faisant et il me faut quelques longues, terriblement longues secondes pour revenir sur mes pas. Elle n'est pas là. Visualisant le souvenir si frais de sa silhouette entre deux souches d'arbre, je m'y dirige, le cœur au bord de la frénésie. On se calme, elle doit être juste là. Et comme un idiot, tu gâches le plan, tu ramènes les morts jusqu'à elle – mais je ne peux pas m'en empêcher. « Maisy ! » Je siffle, et recommence, plus fort. Rien, rien – aucune réponse, et les deux souches qui se rapprochent dangereusement. Toujours pas de silhouette, de boiterie, pas l'ombre d'un gémissement fatigué. Pas même un foutu soupir. Elle était là, me dis-je avec assurance – juste là, entre les deux putain de souche. À quelques centimètres désormais, je cherche à me fondre dans ses propres pas, à imiter les derniers mouvements du fantôme.

Puis, semblable à la première fois, le paysage reprend vie sous mes yeux. Les feuilles se gorgent de sève, le soleil semble n'avoir jamais cessé de briller dans le ciel, rendant à la nature ses couleurs les plus chatoyantes. Verdoyant, le paysage qui se déroule sous mes yeux m'incite à demeurer immobile, profondément silencieux. Incertain de savoir s'il faut bouger, s'il faut espérer que la peinture ne se fixe sur la toile ou craindre un nouveau retournement de situation, je respire lentement. Réalise à quel point l'air est délicieux lorsqu'il s'immisce en moi, léger.
Enfin, je la vois. « Putain j'y crois pas, il s'est passé quoi ? Ah merde, tu sais quoi ? On s'en fout, c'est pas grave. » Soudain plus jouasse, parce qu'il est plus aisé d'être agréable lorsque tout va bien, je m'approche d'elle. Pose un rapide baiser sur sa joue crasseuse, dégage un visage moite de sueur de quelques mèches de cheveux. Je ne sens plus l'épuisement – rien que l'excitation d'être de retour, sans même chercher à savoir comment. Les muscles sont fatigués, le souffle encore fragile, mais qu'importe, me dis-je vaguement. « Allez viens. Tu vas nous ralentir. » Soufflé-je, railleur, avant de la soulever. Princesse d'un instant dans mes bras, je me fais chevalier – une réminiscence étrange au creux des songes, d'un jour qui n'a jamais vraiment existé, nous nous remettons en marche. Le chemin s'annonce un peu long, mais nous occupons le silence – je lui rappelle déjà les pires moments vécus comme s'ils s'étaient déroulés il y a des semaines. Pourtant, à chaque pas supplémentaire, je crains de voir le paysage mourir à nouveau sous nos yeux. L'interroge sur les monstres abordés avec superficialité – curieux mais pas trop, soucieux de ne pas en apprendre plus que de raison. Lorsque nous passons devant un commerce quelconque, je nous achète des boissons, avalées avec empressement. À force de discussion, le French Quarter s'impose rapidement à nous. Les bâtiments se hissent fièrement dans le ciel, pas décrépis le moins du monde. Les ruelles sont semblables à ce qu'elles ont toujours été et dans la rue ne règne pas une odeur insupportable. À vrai dire, nos deux silhouettes font peur à voir dans cet environnement.

« On dirait qu'on y a passé que quelques heures. » Marmonné-je, les prunelles perdues dans le ciel teinté d'orange – le crépuscule tombe à peine sur la ville. L'immeuble renfermant son appartement ne pouvait pas mieux tomber – les forces, enfin, me quittent. Je le réalise sur le pas de la porte, symboliquement, au moment où je dépose Maisy sur le palier. La porte n'était pas fermée, comme nous l'avons laissée – Orka s'anime d'excitation, déchaîne furieusement sa joie de nous apercevoir, comme si nous étions partis depuis des semaines. M'occupant brièvement d'elle, n'ayant pour autant pas le courage de passer davantage d'heures chez Maisy, je demeure réservé. L'appartement me rappelle le dernier échange que nous avons eu – comme si, définitivement, le voyage aux enfers n'avait pas existé. Je rêvais d'une douche brûlante, si pressante que je l'aurais prise ici – et subitement, je n'ai plus qu'envie que de partir. L'atmosphère m'étrangle, nos derniers mots échangés ici m'étouffent. Déambulant dans le salon, je vais nous servir un verre d'eau – essaie d'oublier l'enfer pour ne pas m'alourdir de pensées négatives. « Tu te sens normale ? Tout est revenu ? »
Chez moi, il n'y a encore rien. Rien de particulier, rien d'autre pour l'instant que ce vide dans ma poitrine, ce silence mortifère dans mon crâne. L'humeur, qui était plutôt bonne depuis notre retour, redevient presque exécrable. L'aller-retour d'émotions est affligeant d'instabilité. Brusquement épuisé, éreinté, je pousse un profond soupir. Ne sachant plus s'il y a quoique ce soit à dire, je m'approche à nouveau d'elle et m'accroupis lentement à hauteur de sa blessure. Intrusif, directif, je l'entraîne dans la salle de bain comme une enfant rentrée du parc. « Allez, à la douche. » Il vaut mieux ne plus en parler, faire comme si de rien n'était, hein ?

Lui dégageant la nuque de quelques mèches humides, je m'emploie à ôter sa robe – rien que je n'ai pas déjà vu là-dessous.
À nos pieds, la chienne n'a de cesse de s'agiter, la queue remuant frénétiquement de bonheur. Il règne dans la salle de bain une atmosphère lourde, désespérante de non-dits et de silence forcé. Comme juste après une dispute – ou juste avant. Celle de tout à l'heure m'a déjà suffit, me dis-je amèrement. Le tissu sali, déchiré de toute part rejoint le sol et je passe de l'eau sur mon visage lorsqu'elle retire ses chaussures. Machinalement, tandis qu'elle se dénude complètement, je cherche un onguent à passer sur sa blessure, le met en évidence près du lavabo, et patiente. M'assieds sur le bord de la baignoire, passe une éponge gorgée d'eau savonneuse sur ses épaules, le long de ses bras, évite la blessure superficielle dans laquelle s'infiltre pourtant un peu de savon. Les lèvres closes, l'esprit embrumé, je m'exécute machinalement – il y a des tas de choses qui me brûlent la gorge, mais aucune n'est agréable à entendre. Pas même à dire, en cet instant. Les vêtements humides collent mon épiderme dans une sensation des plus désagréable et je me contente de nettoyer mes doigts avec précaution, remonte jusqu'à mes poignets. « Ça va mieux ? J't'ai sorti le... le truc. J'me suis dit qu'il valait mieux que la plaie soit propre avant d'le mettre. » Dis-je, désignant la petite fiole renfermant la texture épaisse. Tandis que je frotte vaguement sa peau désormais propre, bien moins sensuellement qu'il nous est arrivé de le faire par le passé, je fais la moue avant de lâcher : « J'pense que je passerai moins, ces prochains jours. J'crois que j'ai trop pris mes aises, c'est pas... C'est pas très bon. Tu pourras passer au Little si tu veux qu'on s'voit, mais j'imagine que j'ai besoin d'me retrouver. Y a trop d'changements pour moi, trop de trucs que je contrôle pas, et j'en ai marre de rien contrôler dans ma propre vie. » Désolé que tu fasses partie des dommages collatéraux.

Faisant mine de sourire, j'abandonne l'éponge dans l'eau chaude, tends mécaniquement la main vers la chienne. Les baisers humides qu'elle y dépose sont agaçants mais je ne retire pas mes doigts, trop heureuse qu'elle est d'exprimer son affection. « Puis faut que j'passe plus de temps avec Orka, elle connaît presque mieux ton appart que le mien. » Un sifflement sous-jacent, camouflé par mes pensées, point dans mes songes. Il revient. Étrangement, douloureusement plus satisfait maintenant que je le perçois à nouveau, les prunelles se détournent de Maisy.
Le rappel à notre première nuit ensemble s'immisce, insidieux, dans mon esprit. Ce passage expresse dans la salle de bain, cette envie étrange et curieuse de rester entre ces quatre murs. Le refus brusque et surprenant de Maisy, vaccin brûlant dès que j'y pense. Lorsqu'elle termine de se laver pourtant, je me contente de l'observer. J'ai envie, une envie dévorante de me tirer, mais pas comme un voleur. Pas trop.


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MessageSujet: Re: Bomb - Maisy   Mar 10 Oct - 23:53


La douceur des doigts de Joseph, contre ma chair meurtrie, est un cadeau. Ses doigts effleurent, caressent, cherchent des débris qui se seraient insérés dans la plaie. Il bande ma jambe, avec une aisance que je ne lui connaissais pas, mais qui ne m’étonne qu’à moitié. Un combattant sait panser ses blessures, je suis juste étonnée qu’il sache également pansées celles des autres. J’observe ses gestes, le cœur en paix pour quelques secondes, mes doigts s’égarant dans les mèches moites de sa tignasse brune. Simplement heureuse d’avoir le droit de profiter de ce contact apaisant. Son silence n’est pas douloureux pour une fois et il n’est qu’à moitié inquiétant. Après ce que nous venons de vivre, je ne m’attendais pas à ce qu’il soit très loquace. Là où je parle pour empêcher mon esprit de trop réfléchir, il préfère se perdre dans un silence qui lui est salvateur. Pourtant, il me répond, me taquine gentiment et je ne peux empêcher un sourire de fleurir sur mes lèvres. C’est bon. C’est un plaisir simple que de retrouver nos piques habituelles, mais la fatigues et la douleur m’empêche de m’adonner à l’une de nos joutes verbales. Alors, je me contente de sourire et de secouer la tête. Ignorant la pointe de vérité qui se cache derrière ses paroles, après tout ce qu’il s’est passé depuis ce midi, il ne devrait, en effet, plus s’occuper de moi. Une fois de plus, quand mon corps lâche, quand je demande une pause, il s’affaire autour de moi, tourne en rond, surveille les alentours, veille sur moi. Il revient à plusieurs reprises vérifier l’état de ma plaie et s’empresse de me soutenir, à nouveau, quand ils arrivent.

Courir. Encore. Ne pas s’arrêter, ne pas penser à la douleur. Avancer, pour ne pas mourir. Je suis épuisée, exténuée, mon corps tout entier me fait mal. Tellement mal que même la douleur dans ma cuisse, pourtant cuisante, s’y perds. Mes poumons hurlent, mon souffle s’échappe, s’extirpe de ma gorge dans un sifflement grinçant. Ma bouche, sèche, pâteuse, lutte pour avaler une salive souillée de cendre. Mes yeux brûlent et mes paupières sont du papier de verre sur mes rétines asséchées. Je m’appuie sur Joseph, bien plus que je ne devrais, mais il est une béquille bienvenue. Nous trébuchons, avançons bien trop lentement pour la horde qui nous suit et la terreur grandit en moi comme en lui. Je halète, je grogne, je gémis de douleur, refuse de m’arrêter, refuse de laisser mon corps gagner cette bataille. Je ne vais pas mourir de ce putain d’enfer à cause d’un putain de troupeau de zombies ! Pourtant, la voix de Joseph résonne dans le creux de mon oreille et mes yeux s’écarquillent. Non, non, non, ne me laisse pas toute seule, ne va pas là-bas, ne cherche pas à me protéger, j’en suis capable, promis ! La terreur pure, instinctive qui m’emplit quand me demande de le lâcher m’étouffe presque. Je sais qu’il a raison, que s’il reste accroché à moi, que s’il continue à me soutenir nous allons tous les deux y passer. Pourtant, je n’en ai pas envie. Je lui jette un regard suppliant, mon corps tout entier refusant d’obéir à son ordre. Mais ses yeux dans les miens et la promesse qu’il fait me poussent à lâcher. Je tourne la tête vers lui et d’une fois forte, sur un ton ironique, tellement faux qu’il ferait grincer des dents n’importe qui lui rétorque. « Faut vraiment que t’arrête de te sacrifier pour la bonne cause Townsend, le gens vont commencer à croire que t’es un bon gars ! » Sa réponse me parvient tandis qu’il s’éloigne déjà et, c’est les yeux pleins de larmes que je ris à sa plaisanterie. Je reste une seconde, peut-être deux, à fixer sa silhouette qui apostrophe la horde de zombies.

Le cœur en miette et le corps brisé, je m’éloigne, boitant tant bien que mal. Je cherche un endroit ou me cacher, pas trop loin et suffisamment facilement repérable pour que Joseph puisse me trouver facilement. Je trébuche plus que je ne devrais, je regarde trop derrière moi, distingue difficilement sa silhouette de mes yeux embués. T’as intérêt à t’nir ta promesse Townsend, j’te jure, que si tu viens pas me chercher, tu m’le paieras ! Je me faufile entre les arbres, avance de mon mieux, jetant fréquemment des coups d’œil à Joseph, espérant à chaque fois l’apercevoir revenir dans ma direction. Pourtant, chacun de mes regards semble l’éloigner plus encore. Il entraîne les zombies loin de moi, se dirige à l’opposé de moi et le voir s’éloigner de la sorte est une torture. Je ne le distingue que parce que sa silhouette m’est presque aussi familière que la mienne. Un pas en avant, puis deux et je trébuche à nouveau. Je m’étale de tout mon long sur le sol dans un grognement de douleur. Mon menton frappe la terre et je remercie les cieux qu’il s’agisse de ça plutôt que du bitume.

Les yeux fermés, les larmes coulant sur mes joues, fruits de la fatigue, de la colère et de la douleur, j’ai presque renoncé à me relever quand un bruit, profondément perturbant, dans l’environnement qui est le nôtre depuis ce qui me semble être une éternité, me fait ouvrir les yeux. J’ai le nez dans une touffe d’herbe. Verte, grasse et fraîche. Je lève mon regard, pose mes mains sur le sol et m’agenouille. Autour de moi, les arbres sont hauts, verdoyants, la forêt est en vie, si pleine de vie qu’elle me semble hurler dans mes oreilles. Je cligne des yeux à plusieurs reprise, pleine d’un émerveillement enfantin devant la beauté de notre monde. Le soleil me pique les yeux et les odeurs des pins et de la terre humide m’emplissent les narines. Je plante mes mains dans le sol, enfonce mes doigts dans la terre. Mon regard trouve l’oiseau, celui qui m’a fait ouvrir les yeux et je laisse échapper un gloussement. Instantanément, le son de mon rire, rauque, et la douleur qu’il déclenche dans ma gorge me rappelle à la réalité. Aussi vite que ma jambe blessée et mon corps fatigué me le permettent, je me mets debout. Je vacille quelques secondes, cherche du regard. Il n’est pas là. Mon souffle se perd dans ma poitrine et ma gorge se serre. « Joseph ? » Ma voix n’est qu’un souffle, un chuchotis qui se perd dans l’immensité de la forêt, que le vent emporte au loin. Aucune réponse, pas de grognement caractéristique, pas de soupir, pas de voix. La panique me gagne quand je prends conscience que j’ai réussi à sortir, mais qu’il est toujours dedans. Je déglutis, prends une grande inspiration et faisant fi de la douleur, je crie. « JOSEPH ?! JOSEPH ! JE SUIS LÀ ! » Je me déplace un peu, cherche l’endroit par lequel j’ai dû passer, explore vaguement la zone qui m’entoure, ne m’éloignant qu’à peine l’endroit de ma chute.

Au bord de la crise de nerfs, le soulagement manque de me faire tomber à la renverse quand je me retourne et qu’il se trouve debout à l’endroit même de ma chute. Je laisse échapper un glapissement de surprise et de joie mêlées avant de me précipiter vers lui aussi vite que ma jambe me le permet. Sa grosse voix bourrue me réchauffe le corps plus sûrement que tous les soleils et je frissonne quand ses lèvres se posent sur ma joue. Je lui offre un sourire resplendissant et tandis qu’il écarte quelques mèches de mon visage crasseux, je lui caresse la joue, essaie d’effacer du bout de mes doigts les traces de cendres sur son visage. « Ouais, on s’en fout. Putain, tu m’as filé une trouille. J’ai cru que j’verrais plus jamais ta tronche d’Anglais ! » Je pose ma paume à plat sur sa joue, simplement heureuse de l’air frais qui s’engouffre dans mes poumons, de l’odeur de la forêt et d’avoir son visage, épuisé certes, mais en vie, sous les yeux. Quand il se penche et me soulève, je pousse un petit cri, mélange de surprise et de contentement. Je glisse mes bras autour de son cou, affermis ma prise pour lui faciliter la tâche et niche mon visage dans son cou. Je m’agrippe de toutes mes forces à lui, métaphore une fois de plus de notre relation, mais pour une fois, il me sert tout aussi fort. « Moque-toi, ouais ! On verra quand tu te péteras un bout de jambes qui est-ce qui sera capable de te soigner hein ! » Je lui assène une petite tape sur le pectoral du plat de la main, goûtant la joie simple de pouvoir le taquiner sans craindre la mort dans la seconde. Il avance et ses foulées rapides nous font rapidement sortir des bois et je souris en reconnaissant la ville.

Soulagés d’être en vie et d’être sortis, presque, indemne de cet enfer, nous nous rappelons les moments les plus marquants. Des frissons glacés dévalent mon échine quand il mentionne les créatures étranges que nous avons croiser à deux reprises. « Tain, ils sont vraiment chelou… » Je soupire et me pose les mêmes questions que lui. « J’verrais c’que j’peux trouver sur eux, parce que franchement, imagine si… S’ils sont capables de passer comme on l’a fait ? » L’idée de croiser l’une de ses bestioles dans mon monde, dans ma réalité, me terrifie, mais, au moins, ici j’ai mes pouvoirs pour me défendre, mes potions, ma magie. Depuis notre retour de la faille, depuis que nous nous en éloignons, je ressens les picotements familiers dans mon corps, le flux qui reprend place au sein de mon organisme et je soupire. Distraitement, sans même qu’il ne s’en rende compte, je teste ma magie que Joseph. Je soigne une éraflure superficielle dans son cou du bout des doigts, faisant passer mon soin pour une caresse et je soupire de soulagement quand sous mes yeux, la plaie se referme jusqu’à disparaître. Il me dépose, avec douceur, sur le sol devant une boutique et s’empresse d’y acheter de quoi boire. L’eau, fraîche, presque trop froide, m’arrache un gémissement de plaisir quand elle s’écoule dans ma gorge meurtrie. Je l’avale à grande gorgée, éteint le feu de la déshydratation qui me menaçait et soupire. Le French Quarter apparaît bientôt sous nos yeux, je me rends compte que jusqu’à cet instant précis, j’avais encore peur de ne jamais revoir mon chez-moi. Je soupire de contentement, toujours niché dans les bras de Joseph. Enfin, je vais retrouver mon appartement, mon chez-moi. Le crépuscule tombe sur la ville, parant les murs et le ciel de couleur pastel. Le rose, l’orange et le parme se mêlent au bleu qui s’assombrit progressivement. J’observe le spectacle avec ravissement, appréciant la beauté du ciel après avoir passés des heures sous un ciel rouge sombre. « Ouais, faut croire… Tain, j’ai eu l’impression de vivre quinze jours en une seule après-midi quoi… »

La fatigue me tombe dessus comme une enclume. Joseph grimpe les escaliers, lentement, douloureusement, et une part de moi se dit que je devrais descendre, que je suis capable de les monter moi-même, s’il m’aide un peu. Pourtant, je n’en fais rien, profite de la quiétude que m’offrent ses bras, de la sécurité que m’apporte son étreinte. Trop vite, la porte de mon appartement apparaît et il l’ouvre, maladroitement, avant de me déposer sur le sol. Je titube un peu, mes muscles endoloris criant leur désaccord. Ma peau, moite et collante de sueur séchée, se couvre de chair de poule, la chaleur de Joseph me manque instantanément. Je jette un regard vers la cuisine, le verre toujours posé sur le comptoir, les mégots de cigarette qui traînent dans le cendrier. Les restes de notre dispute. Les restes d’une conversation qui a, sans doute aucun, marqué un tournant dans notre relation. Je jette un œil à la chienne, trop heureuse de retrouver son maître, les quatre fers en l’air, la langue pendante et la queue remuante. Si tout s’arrête maintenant, elle me manquera autant que son propriétaire. La grosse boule de poil baveuse qu’elle va devenir ne fera, peut-être, plus partie de mon futur d’ici quelques heures. Mes yeux esquivent Joseph, refusant de le regarder, refusant de voir dans ces yeux ce que je me refuse à accepter. J’effleure le dos râpé de mon canapé, respire l’odeur rassurante de mon chez-moi, enfin. Il m’apporte un verre d’eau et je le prends de bonne grâce, en descend une grande gorgée, avant de lui répondre. « Ouais, j’pense pas avoir tout récupéré, mais… » Plutôt que de me perdre en explications, je lève ma main libre et effleure la cicatrice fraichement soignée sur son cou. Puis, j’attrape sa main et, en y mettant le peu de forces qu’ils me restent, soigne une autre petite plaie. « Voilà. »

Mes yeux fatigués se lèvent sur lui et je lui offre un sourire contrit. « J’pourrais pas tout soigner, en tout cas pas ce soir, mais oui, ça revient. » Je frotte ma nuque, cherche à dénouer mes muscles crispés. Je me perds dans mes réflexions sur nos pouvoirs, n’ose pas lui demander ce qu’il en est pour lui. Espérant probablement une fin différente à notre voyage que lui. Si j’espère qu’il ne récupère ce qui le ronge au quotidien, je sais qu’il en a besoin, qu’il le veut. Alors, je ne dis rien, d’autant plus que je sais pertinemment que pour le moment, il n’a rien retrouvé. Je ne ressens rien d’étrange quand mes doigts l’effleurent, le picotement lié à la présence magique que je sens en lui n’est pas là. Je sursaute légèrement quand il s’accroupit près de moi, que sa main effleure ma peau à nouveau. Ses larges mains entourant ma cuisse dans une emprise rassurante. Je baisse les yeux sur lui, encore un peu déconnectée de la réalité et me laisse faire sans rien dire quand il me dirige vers la salle de bain. Je me sors de ma torpeur pour lui lancer un regard faussement choqué. « J’savais bien que c’était pour profiter d’mon corps ! Tu m’entraînes en enfer, tu joues les héros, tout ça pour trainer ta princesse dans une douche juste après ! Tout s’explique ! » La fatigue me retombe dessus et je redeviens silencieuse, le laisse s’afférer à me déshabiller. Le geste, intime, est presque habituel entre nous. Ses longs doigts caressent ma peau quand il descend la fermeture éclair, le tissu tombe à mes pieds et s’étale en corolle. Je vais jeter cette robe, en faire des copeaux, il y a trop de mauvais souvenirs, trop de crasse, trop de sang sur ce bout de tissu. Le silence, lourd, presque aussi étouffant que l’air de là d’où nous venons, m’écrase. Je n’ai pas la force de me battre contre nos non-dits, contre nos incompréhensions. Je regarde son visage retrouver sa propreté tandis que je délasse la paire de basket que j’ai trouvé de l’autre côté, elles rejoindront la robe à la première occasion. Douloureusement, lentement, je retire mes sous-vêtements, la pudeur longtemps oublié entre lui et moi. Mon corps, couvert de crasse, de futurs bleus et de sang, n’a rien d’attrayant pour l’instant.

Je me laisse glisser dans la baignoire, sifflant de douleur quand l’eau chaude frappe mes plaies. Pourtant, je me détends rapidement, les gestes de Joseph sont doux. Tellement doux qu’il menace de me tirer des larmes, tellement doux qu’ils finissent par les faire couler. Jamais personne ne s’est occupé de moi avec autant de délicatesse. Il presse l’éponge au-dessus de ma peau, m’effleure peine, comme s’il craignait de me blesser plus gravement en pressant trop fort. Je lui jette un regard reconnaissant et un sourire à travers mes larmes, la gorge trop serrée par l’émotion pour parler. Il veille à ne pas frotter les zones à vif, évite mes blessures avec toute la douceur dont il peut faire preuve et mon cœur, gonfle, gonfle, gonfle dans ma poitrine. Je me racle la gorge, abandonnant toute idée de cacher mon émotion. Je toussote avant de lui répondre. « Désolée, c’est la fatigue et la chute d’adrénaline, tu sais c’que c’est hein ? » Je hausse les épaules avec une grimace contrite. Ce n’est pas du tout ta douceur et ta tendresse qui me frappe si fort que la vague menace de m’emporter. Elle menace de me noyer après tout ce que tu m’as dit tout à l’heure. Tu vois, j’suis comme ça moi, tu me dis des horreurs, puis tu me sauves la vie et me traites comme si j’étais faite de cristal, puis j’pleure comme un bébé dans une baignoire parce que tu m’offres exactement ce dont j’ai besoin à cet instant, sans même que j’ai à demander, sans même le savoir, et après, tu vas partir, comme toujours. Parce qu’il va partir, je le sais aussi sûrement que j’ai senti le retour de ce qu’il est dans le flux de son énergie. Elle est de retour l’ombre qui l’habite, la force froide et sombre qui pèse sur lui. Je redresse la tête, éloigne mon regard de ma chair meurtrie quand il m’annonce avoir sorti l’onguent de soin. Je lui souris. « Merci, je m’en servirais une fois sèche… T’as raison oui, si j’l’avais mis sur des plaies sales ç’aurait probablement fait de la merde. »

Il me lave, sans désir, sans luxure. Il me lave parce que j’ai besoin d’être lavé et de ses soins, il nettoie aussi bien mon corps que mon esprit. Je soupire quand je sens ses yeux s’éloigner, que je le sens prendre une grande inspiration. Voilà, c’est le moment, celui où il va m’annoncer que c’est fini, qu’on ne se verra plus. Je me crispe, serre mes poings autour de mes genoux, essaie de toutes mes forces de ne pas entendre ses mots. Je serre les dents et pourtant, je me détends rapidement. Je redresse la tête et le laisse à nouveau croiser mon regard. Ces mots ne sont pas agréables, mais ils sont loin d’être aussi définitif que ce à quoi je m’attendais. Je peux comprendre le besoin d’éloignement, je peux comprendre le besoin de souffler. Je peux entendre le besoin de se retrouver et de retrouver un peu de contrôle. Je hoche la tête lentement et lui offre un sourire bancal. « J’comprends, t’inquiète. J’suis trop pour toi ! » Je mime la vanité quelques secondes avant de reprendre mon sérieux et de m’adresser à lui sur un ton plus bas. « Non, vraiment, je comprends, ça m’fera pas de mal non plus, de prendre un peu de temps pour moi. Je passerais te voir, tu peux compter sur moi, mais j’te laisse ton espace. » Je lui souris, à la fois attristée et heureuse du dénouement de cette journée infernale. Il caresse Orka, sagement assise sur le carrelage de la salle de bain et je souris doucement en le regardant faire. « Pauvre bête, deux maisons au lieu d’une ! N’empêche, tu m’étonnes qu’elle préfère être chez moi ! J’ai un tapis moi au moins, pis moelleux avec ça ! »

Je lui adresse un coup d’œil éloquent, en me redressant, le corps ruisselant d’eau. Consciente du léger changement d’ambiance, je m’assois au bord de la baignoire et me sèche rapidement. Vacillant, légèrement, en me redressant, j’imprime une trace de mains humide sur le t-shirt de Joseph. Juste sur son cœur. L’image est tellement clichée que je dois retenir un rire. J’attrape le flacon de potion et m’asseyant sur le tapis de la salle de bain indique la douche à Joseph. « Débarbouille-toi ici au moins, tu pourras toujours partir après, mais tu sais aussi bien qu’moi que l’eau est plus souvent chaude ici que dans ton quartier. » J’applique une couche généreuse de la crème sur ma cuisse et pousse un soupir de contentement quand la crème apaise la douleur. La blessure devrait être refermée d’ici deux jours maximum grâce à l’onguent que j’ai acheté. Je l’applique également, en moindre quantité, sur mon bras et soupir de soulagement en bandant mes deux blessures. Je jette un coup d’œil à Joseph, désormais nu et qui s’apprête à rentrer dans la douche. L’intimité de la scène, me frappe de plein fouet, nus tous les deux, dans ma salle de bain, nous ressemblons à s’y méprendre à l’un de ses couples qui vendent du rêve. Je me redresse rapidement et sors doucement de la salle de bain. « Profite bien de ta douche ! J’te sors des fringues. » Je sors et ferme la porte derrière moi avant de m’y appuyer. Je ne peux pas. Je ne peux pas penser à nous comme à un couple quand il me dit qu’il a besoin d’espace, je ne peux pas penser à la beauté de son corps musculeux alors que nous venons de vivre l’une des expériences les plus traumatisantes de nos vies.

J’inspire à plusieurs reprises, calme la panique que je sens monté dans mon estomac et me dirige vers ma commode. J’enfile un pantalon de pyjama, léger, coloré, rassurant et un vieux t-shirt qui a dû appartenir à Lazlo. Blotti dans mes vêtements doudous, je redescends l’escalier pour croiser Joseph, à la porte de la salle de bain. Je lui tends les affaires que j’ai prises pour lui, vieux vêtements de Steven que je gardais pour faire du ménage ou des travaux. « Tiens, c’est un peu craignos, mais c’est toujours mieux que de remettre tes fringues sales. » Je hausse les épaules en déposant les vêtements dans ses mains, avant de me laisser tomber dans mon canapé. Mes paupières sont lourdes et mon corps s’alanguit dans les coussins. Quand il ressort, mon cœur se serre et je pousse un soupir en me redressant. J’offre une caresse à la chienne en les suivant tous les deux vers la porte. « Sois sage, Townsend. Je viens te voir d’ici quelques jours de toute façon, j’te rapporterai le ravitaillement habituel. » J’effleure sa joue d’un baiser avant de me décider et d’embrasser doucement ses lèvres. Nos lèvres s’écrasent les unes contre les autres et je soupire de contentement avant de reculer. « Potichien ! » Orka lève la tête vers moi et je lui parle très sérieusement. « Tu es sage et tu prends bien soin de lui ! » J’indique Joseph du pouce. « Et surtout, vous oubliez pas de manger tous les deux ! » Je le regarde partir avec un sourire un peu triste. Consciente que notre relation vient d’évoluer, d’une manière que je ne comprends pas encore totalement. Je rentre chez moi et referme la porte derrière moi. L’envie de le voir repasser le seuil me serre le ventre tandis que je me blottis sur mon canapé, mon plaid sur le dos.

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Bomb - Maisy

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