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 Drawing voices deep from you [PV Katsia']

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SUCKER FOR PAIN

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MessageSujet: Drawing voices deep from you [PV Katsia']   Mer 19 Juil - 1:12

Drawing voices deep from you
Walking out into the dark cutting out a different path led by your beating heart. All the people of the town cast their eyes right to the ground in matters of the heart. The night was all you had. You ran into the night from all you had. Found yourself a path upon the ground. You ran into the night you can’t be found. But this is your heart. Can you feel it ? Pumps through your veins. Can you feel it ?


Le vide s’entasse contre la pupille, ternit l’iris. L’esprit divague quand la carcasse s’immobilise. Les bruits de la rue s’enchevêtrent, engendrent une cacophonie que l’infecté ignore sciemment. La lassitude magnifie l’égarement, le rend inéluctablement hermétique au monde extérieur. Exilé dans une allée obscure, l’arnaqueur guette l’inconnu. La lanière du paquet qu'il détient, comprime sa paume. Le fardeau étire le tendon et irrite sans mal les articulations. Masse considérable qui tend le bras et relie directement le danois à l’une de ses nombreuses activités inavouables. D’ordinaire, le mafieux troque l’hémoglobine de quelques mortels contre une poignée de billets mais aujourd’hui, la transaction se pare d’une audace particulière. Le boulot d’un autre qu’il a récupéré pour s’octroyer le bénéfice d’une dette inestimable. Job ingrat et risqué qu’il exécute à l’ombre du doute. Au lieu de dissimuler quelques flacons dans sa veste, le trafiquant se voit affubler d’une valisette suspecte, encombrante. Il n’a posé aucune question, convaincu de ne pouvoir se captiver pour la réponse. Peut-être que c’est le poids d’un organe qui lui broie l’épaule. Peut-être pas. Indifférent comme trop souvent, l’escroc se contente de réagir quand le signal survient. Un halo de lumière harcèle la rétine à trois reprises et trouve sa source à la fenêtre d'une bâtisse quelconque, de l’autre côté de la rue. Le quatrième faisceau lui accorde le mouvement selon les règles imposées. Il ne lui suffit que de quelques enjambées nonchalantes pour atteindre l’immeuble d’en face. Une attitude décontractée qu’il ne doit même pas feindre. En cela, il se révèle d’une terrifiante efficacité. Habitué à flirter avec le danger et même stimulé par la perspective d’un péril imminent, Oswald ne trahit en rien le caractère illégal de son acte. Ainsi, il traverse le hall d’entrée, dépose à l’endroit indiqué sa mallette et attrape son exacte réplique à proximité. Celle-là, forcément vide. Il ressort, ensuite, calmement armé du leurre.

Quelques pas exécutés tranquillement, une cigarette au bout du bec et la fumée poursuivant le corps en mouvement. La quiétude au-dedans et au dehors jusqu’à l’accroc improbable. Le regard se relève devant une agitation particulière. L’horizon se pare d’or, une cascade encadrant un visage faussement candide. Elle file à toute allure dans sa direction. Une seconde pour dévier sa trajectoire, une autre pour reprendre le souffle évanescent et la suivante pour élaborer sa stratégie. Lui faire croire qu’il détient le magot initial, l’éloigner du vrai butin. Tant par auto préservation que par instinct de protection, fait qu’il décide d’omettre quand il se met à courir. Jouant au fugitif pour détourner l’attention de la milicienne du building qu’il a délaissé. Le scandinave construit son plan à mesure que les rues sont parcourues, rejetant de façon théâtrale aussi bien objets que passants sur sa route afin de ralentir la progression de l'assaillante.

Tenace et  endurante, Katsiaryna représente à elle seule, l’élément le plus aléatoire de son quotidien. La jeune femme est un risque permanent et réel, surgissant de recoins insoupçonnés pour le traquer à toute heure de la journée. Dire qu’il ne trouve pas ce petit jeu relativement amusant, serait mentir. Les imprévus apportent à l’aventurier de quoi nourrir son inventivité et bousculer la monotonie qui s’est imposée à son arrivée en Louisiane. Il dispose suffisamment de griefs à son encontre pour occulter une partie du passé. Suffisamment pour que la souris veuille bien piéger le plus sournoisement possible le gros matou. Jusqu’à un certain point du moins. Il l’a découvert à ses dépens mais se refuse tout aussi bien d’annoter la limite qu’il ne veut pas franchir. Il ne s’agit même pas de volonté au fond mais le solitaire se complait toujours dans son déni.

La bouche de métro se prête ainsi au reste de la poursuite. Il s’y engouffre sans la moindre hésitation, dévale les marches à toute allure, un sourire flottant sur ses lèvres serrées. Si elle parvient à l’arrêter, la frustration récompensera ses efforts vains. S’il obtient ce pourquoi il a foncé droit vers le réseau souterrain, il aura gagné cette manche et une satisfaction méritée. Le quai ne comporte aucun témoin et par chance, le métro n’a pas encore quitté cette station. Le fuyard saute dans le premier wagon à sa portée. Conscient que la prédatrice a pu, elle aussi, gagner les entrailles du tas de ferraille, l’homme se déplace rapidement, déterminé à rejoindre l’arrière du train. A seulement trois enjambées de la porte qu’il souhaite outrepasser, la machine s'arrête net. Freinage d’urgence qui oblige le corps non préparé à basculer vers l’avant abruptement. La tête heurte la cloison, l’épaule émet un craquement dérangeant. Les douleurs physiques sont très vite chassées par la peine psychique. L’esprit malade avise l’obscurité avec difficulté. A moitié affalé, le phobique ne demande qu’à se recroqueviller au sol et à fermer les yeux pour gérer la soudaineté de cette opacité. Ses sens affutés par sa nature altérée, lui permettent d’ordinaire de palier à une partie de ce souci désormais entier. A l’heure où il aimerait pouvoir se reposer sur une acuité visuelle accrue, il est forcé de constater que l’humanité a repris ses droits sur l’organisme envenimé. Phénomène incertain qui, lui, ne pimente en rien sa routine. La complique même d’une façon qui l’exaspère au plus haut point.

La terreur pour seule alliée, le quadragénaire  se met à tâtonner les parois pour se repérer. Ses doigts heurtent par chance la poignée désirée. Faux soulagement. Aucune coopération de la part de l'engin, le mécanisme parait bloqué. La panique grimpe, rend ses raisonnements bien moins cohérents. Oubliée la biélorusse, perdue dans l’espace-temps déformé par cette succession d’événements. Dans cet espace confiné, il ne reste déjà plus que ses angoisses pour exister. La main attrape le briquet au fond de la poche. Une étincelle pour réconforter le cœur en déroute, une flamme vacillante à laquelle le mental fracassé se raccroche péniblement. Mais les doigts tremblent, le pouce dérape. Le feu crépite contre la chair, le force à relâcher l’objet précipitamment. Il jure dans sa langue maternelle en s’accroupissant et rampe entre les sièges désespérément, en quête de sa seule source de lumière. Dans l’ombre, d’autres projets se construisent. Des sons que sa tare bâtit peu à peu. Des échos qu’il ne perçoit pas encore totalement, trop occupé à dénicher ce qu’il a malencontreusement égaré.

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MessageSujet: Re: Drawing voices deep from you [PV Katsia']   Mer 26 Juil - 17:56

Drawing voices deep from you
Walking out into the dark cutting out a different path led by your beating heart. All the people of the town cast their eyes right to the ground in matters of the heart. The night was all you had. You ran into the night from all you had. Found yourself a path upon the ground. You ran into the night you can’t be found. But this is your heart. Can you feel it ? Pumps through your veins. Can you feel it ?


La nuit n’était d’aucun réconfort à la Nouvelle Orléans. Katsiaryna avait toujours trouvé plus d’honnêteté dans le déploiement tentaculaire des couchers de soleil rougeoyants ; ceux-là semblaient refléter avec une froide exactitude les gerbes de sang qui tapissaient la majeure partie de la ville ; ils l’aidaient à garder ses sens en alerte, lui rappelaient que son propre sang aurait tôt fait de s’ajouter à tous ceux qui composaient déjà la vaste palette du Gouvernement et du crime organisé. La nuit, elle, vous projetait volontiers au-delà de votre corps et de vos obligations, vous poussait furtivement sur la pente de dangereuses rêveries.
Il fallait ainsi lutter contre soi-même, contre le sordide mécanisme d’adaptation qui assurait la survie – l’endormissement – de la conscience humaine et lui permettait de s’habituer à une routine délétère. Katsiaryna, sans remettre en cause ses allégeances, n’entendait pas pour autant fermer complaisamment les yeux sur le prix que d’autres – innocents ou non – payaient quand elle s’acquittait de son devoir. Cautériser une plaie n’allait pas sans douleur. Et la douleur avait une extraordinaire capacité de diffusion. Elle était tout aussi salissante que le sang. Katsiaryna tâchait, dans la mesure de ce que sa bonne foi défaillante lui permettait, de refuser le confort de l’aveuglement, de préférer l’inconfort de la lucidité. Elle voulait considérer en toute objectivité ce qu’il y avait de tragique dans les nuits étouffantes de la Nouvelle-Orléans, où seuls les hurlements poussés çà et là vous servaient de garde-fou contre les pièges qu’elles vous tendaient.
Il fallait encore lutter contre soi-même et ne pas songer que l’on avait pratiquement entendu les mêmes tout au long de la journée. Katsiaryna, afin de disperser le dangereux spectre de la routine qui ne cessait de se densifier autour d’elle, n’hésitait pas à se mentir un peu pour trouver une nuance là où il n’y en avait pas forcément. Les cris pulsaient un souffle glacé dans ses oreilles et s’y imprimaient durablement comme des tambours de guerre ; mais la nuit leur adjoignait perfidement la tessiture grave des râles d’agonisants.
L’agonie du jour se prolongeait en somme dans chaque être. La nuit démultipliait tous les maux. Elle lui faisait sentir plus que tout autre moment du quotidien son incapacité à se trouver sur tous les fronts. Prendre en considération un problème, lui rappelait-elle amèrement, revenait nécessairement à en négliger un autre. Elle instillait dans son cœur une culpabilité malsaine, incurable, l’empêchait de terminer son service avec le sentiment du devoir bien accompli, en accentuant plutôt l’égoïsme qui la poussait à se préserver, à mettre un terme provisoire à ses tours de garde.
Il fallait enfin lutter contre soi-même pour « rentrer à la maison », ne pas risquer sa vie davantage. Mais elle trouvait dans l’action une échappatoire paradoxale. La fin de service la propulsait immanquablement à l’instant autrement dangereux où elle se trouverait dans le silence d’un appartement vide, prise au piège d’un face à face avec son âme – avec sa conscience qui la poussait insidieusement, jour après jour, à faire le compte des dettes qu’elle contractait auprès de l’humanité.
Elle se voyait déjà franchir le seuil de sa porte et allumer aussitôt une petite bougie à la mémoire de sa mère. Ce n’était pas tant un geste religieux qu’une façon pour elle de matérialiser la pensée qu’elle avait en permanence à son égard ; de faire en sorte que quelque chose vive avec elle et d’écouter tout ce que pouvaient susurrer les vacillements de la flamme, dans un dialogue feutré qui lui permettait un tant soit peu d’atteindre un au-delà auquel elle n’avait pas encore accès.
La notion confortable de « mal nécessaire » prenait une tout autre couleur quand vous pouviez jouir de ces moments de tranquillité empoisonnés. Le travail acharné lui avait toujours semblé plus sûr : il sanctuarisait paradoxalement son quotidien.

… Du moins dans la plupart des cas. Par moments, elle était obligée de tout mettre en jeu : son intégrité physique, et le reste.

Le reste.

Katsiaryna regardait alors la ville délabrée défiler à travers la vitre brisée d’un véhicule de fonction. Celui-ci roulait quelquefois au pas pour faciliter la surveillance du quartier et ne pas couvrir les hurlements qui s’y élevaient et leur servaient de points de repère. Certains de ses collègues, à l’intérieur, étaient encore en service, qu’ils soient vêtus de noir ou de gris. Ils devaient la déposer un peu plus loin et elle tâchait de faire abstraction, contrairement à eux, des trop nombreuses agonies qui ponctuaient le silence du Nord de la Nouvelle Orléans.

Mais une silhouette douloureusement familière obscurcit bientôt son œil.

Une décontraction insolente dans la démarche, une arrogance mâle dans les épaules…

La fixité subite de son regard annonçait déjà une prise en chasse imminente.

D’un tapotement sur l’épaule, elle intima au collègue qui conduisait d’immobiliser le véhicule. La portière ne tarda pas à se refermer derrière elle. « Ne m’attendez pas, prévint-elle laconiquement. Je me débrouillerai pour rentrer. »
Elle marcha tout d’abord, et l’adrénaline lui fit oublier le poids de ses rangers. Puis elle se mit à courir. Le professionnalisme – ou tout simplement l’intelligence – aurait voulu qu’elle se montre plus subtile dans son approche, plus furtive ; mais elle avait toujours mis un point d’honneur à lui arracher ce détachement – ce dédain – insultant du corps ; à ébranler un tant soit peu tout cet édifice de traîtrises et de railleries en le forçant à courir à son tour ; à lui faire sentir le poids de ses années et de ses mensonges par le simple essoufflement qu’elle lui causerait.
Elle avait toujours très bien su se mentir à son sujet.
Peut-être souhaitait-elle seulement se distraire des trop nombreuses fois où elle avait couru après lui – bien différemment alors. Les réminiscences de jeunesse refluaient immanquablement, la parasitaient à son corps défendant.

Elle avait d’abord couru pour le rejoindre en cachant bougonnement sa joie chaque fois qu’il était apparu au bout de la route qui jouxtait sa petite maison à Minsk.
Puis elle avait eu le malheur de grandir et d’espérer beaucoup trop de lui. Elle s’était cassé les dents – et peut-être autre chose encore, mais ç’aurait été trop dire sans doute.
Il lui avait échappé à tous égards.
Et il continuait de lui échapper effrontément maintenant qu’elle n’attendait plus rien de lui, sinon d’être en règle avec le Gouvernement.
C’était beaucoup trop encore. La mallette qu’il tenait le disait assez bien.

Katsiaryna se précipita dans la bouche de métro sans se soucier des regards malveillants que son uniforme noir soulevait sur son passage et descendit lestement les escaliers trois à trois. Les portes du wagon se refermèrent sur l’air qu’avait brassé sa course effrénée.
Elle ne s’était arrêtée qu’une seconde, le temps d’expirer profondément et de souffler sa détermination par le nez, sans quitter des yeux la silhouette qui rapetissait dans l’encadrement des portes vitrées – toutes cassées – séparant chaque wagon.

Mais un freinage inopiné la cueillit bientôt en pleine course. In extremis, elle s’agrippa fermement à l’une des barres de métro et ancra solidement son pied fort au sol, soulevant légèrement l’autre pour que l’essentiel du choc s’y écoule sans rencontrer une résistance excessive qui l’aurait violemment projetée en avant. Elle ignora la douleur qui lui tirailla l’épaule malgré tout et repartit en titubant un peu dès que son corps eut englouti le contrecoup du freinage.
Tout le train était désormais plongé dans le noir. Une panne d’électricité, comme il en survenait tant dans le quartier. Elle savait qu’il était inutile – et extrêmement dangereux – de forcer les portes pour descendre sur la voie. Tâchant de garder son calme et de repousser le sentiment de vulnérabilité qui lui mordait les flancs, Katsiaryna sortit sa lampe torche et continua de progresser prudemment de wagon en wagon.
Elle craignit qu’il ne lui ait échappé bêtement, une fois encore. Mais elle ne tarda pas à buter contre un obstacle, qu’elle identifia comme étant la mallette qu’il avait transportée jusqu’alors. Vide, ou pleine de quelques papiers seulement, à en juger par le trop faible poids qu’elle avait senti au bout de son pied. Elle fronça suspicieusement les sourcils. Qu’avait-il encore manigancé ?
Ses yeux et le faisceau de sa lampe ne tardèrent pas à tomber sur une silhouette étendue au sol. En mouvement. Elle mesura sans un mot la distance qui la séparait de ce que la main tâtonnante cherchait et fondit rapidement dessus pour s’en emparer la première.
Quelques secondes s’écoulèrent, au terme desquelles elle substitua la lumière de sa lampe torche à la flamme capricieuse du briquet. Puis ce fut le noir à nouveau.
Elle n’aimait pas le voir amoché et vulnérable. Elle aurait préféré y être totalement indifférente.
Aussi se tint-elle à une distance raisonnable de lui. Hostile. « Pourquoi ce briquet t’est-il si précieux ? » l’interrogea-t-elle sans chercher à jouer la mascarade de leurs sempiternelles retrouvailles. « Et quelle comédie joues-tu encore ? Relève-toi, je n’ai pas l’intention d’endurer une autre de tes mises en scène. » Elle connaissait certains de ses démons. Mais pas ceux-là, dont l’étau s’épaississait subrepticement autour de lui ; pas ceux-là, qui léchaient déjà le bout de ses rangers comme autant d'ombres devenues tangibles.


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MessageSujet: Re: Drawing voices deep from you [PV Katsia']   Dim 6 Aoû - 12:21


« Darkness Falls Across The Land »


Deadnight Warriors




La rumeur qui grandit, qui enfle de plus en plus. Et finit par vous atteindre de plein fouet. Vous ne vous rendez pourtant compte de rien. Pas au début, tout du moins. L'endroit où vous vous trouvez semble tout à fait normal. Vous ne ressentez rien de particulier. Rien d'autre que la présence de votre interlocuteur. Rien qui ne laisse présager de ce qui vous attend. Aucun signe alarmant, aucun facteur particulier qui aurait pu vous rendre méfiant, encore moins vous mettre la puce à l'oreille. Que la tension palpable et caractéristique de l'endroit dans lequel vous évoluez. Vous n'en avez aucune idée mais pourtant, en quelques instants, quelques secondes à peine, vous basculez dans un autre univers.

La transition se fait dans la plus grande douceur pour endormir les suspicions. La brèche que vous traversez est invisible, impalpable. Vous pénétrez dans l'autre monde sans le savoir et faites votre entrée dans les ténèbres sans vous en rendre compte. Pas dans l'immédiat. Le décor ne change presque pas et vous abandonnez le metro light rail pour sa reproduction identique et apocalyptique située à Darkness Falls. Cette version des Enfers encore habitée par des créatures voraces, des monstres affamés qui n'aspirent qu'à vous dévorer les entrailles et vous détruire à petit feu. La promesse de longs moments de torture insupportable si vous vous laissez attraper. Elles vous attendent au tournant, les chimères dévastatrices. Atteindre une issue, une autre brèche vers le monde réel, reste votre meilleure chance de survie. Mais ces dernières se font rares et surtout très aléatoires. Alors, restez sur vos gardes si vous ne voulez pas rester piégés dans les limbes et y perdre bien plus que la raison.
 

 

 

 
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MessageSujet: Re: Drawing voices deep from you [PV Katsia']   Sam 12 Aoû - 21:59

L’opacité placardée à la rétine et la terreur enfouie dans la cage thoracique, le phobique racle le sol de ses mains. Les voix se pressent en nombre dans son crâne. Il sait que la source de cette cacophonie n’a d’autre siège que sa cervelle malmenée par quelques expériences chaotiques. Des yeux guettent, des mirages se rapprochant qu’il chasse d’une paume tremblante. La plupart de ses hallucinations le laisse indifférent. Mais celles qui naissent dans l’obscurité, se parent d’une toute autre substance. Tissu mémoriel déformé qui le ramène aux esquisses de cette peur enfantine. Des pleurs alimentent toujours ses cauchemars, construisent un sentiment de culpabilité accru. Ils éclipsent tout autre son quand la nuit fond sur lui et qu’aucune lueur ne vient l’en extirper. Sa mère qui exprime une détresse fatale à laquelle il n'a jamais répondu. La respiration devient pesante, les ongles grattent le plancher avec plus de férocité. Les cris que son esprit a engendré, se répercutent aux parois, créent un écho qui incite la tétanie. Figé et impuissant face à l’appréhension, un faisceau le rencontre ultimement. Douce et éphémère délivrance qui l’oblige à relever le menton pour croiser la silhouette familière. Un grognement pour toute réaction et l’instant suivant, le réconfort de cette lampe torche n’existe déjà plus. La femme, elle, demeure. Victorieuse et sans nul doute ravie de le dénicher dans cette position pour le moins embarrassante. L’irritation rend le danois revêche, moins enclin aux petits jeux qu’ils s’amusent à entretenir d’ordinaire. Elle lui fait savoir que durant sa transe, elle a pu rattraper ce qu’il recherchait vainement. A genoux, les poings repliés sur ses cuisses, le quadragénaire tente de s’accrocher à l’empreinte de la réalité que la blonde dessine de sa voix. Une inspiration profonde, une tentative inutile de fuir ce qui se tapit dans l’ombre. Il n’ose même pas se remettre debout. Il ne peut pas détaler face au danger, il le porte en lui.

Regrettablement, le mafieux se retrouve ainsi totalement à la merci de ses tares et de la milicienne. Il chasse les bruits fantasques en parlant plus fort, à un volume bien trop élevé pour l’espace confiné et silencieux dans lequel ils sont tous deux piégés. L’agressivité se fait congédier au profit de son insolence caractéristique. Il se donne l’illusion de maitriser une situation qui ne lui appartient plus. « C’est une bombe qui me l’a filé ce briquet. Du genre bonnet E, belle brune sulfureuse. Ton total opposé à bien y réfléchir. J’y suis sentimentalement attaché de ce fait. Je voudrais pas oublier tout le bien qu’elle m’a procuré, tu vois. » Heureusement que les ténèbres lèchent son faciès car si ses intonations suggèrent une surdité factice, elles se veulent tout de même nonchalantes. Sur ses lèvres, cependant, aucun sourire goguenard comme il aimerait le faire croire. Les traits crispés, l’homme doit mobiliser toute son énergie pour ne pas divulguer l’état de vulnérabilité auquel cet environnement hostile le soumet. « Et moi qui croyais que tu serais ravie de me voir mettre un genou à terre. » Ses réponses provocatrices ne lui achètent qu’un peu de temps. La sueur dégringole ses tempes. Les sanglots imaginaires se renforcent, il ne les supporte déjà plus. Il se met à crier pour les couvrir plus efficacement, pour ne plus y prêter l’oreille. Pour les oublier si possible. « T’as qu’à rallumer ta lampe si t’as envie que je bouge mes miches. J’ai pas spécialement envie de me manger un élément du décor ou la délicatesse de ton poing d’un seul coup. Puis tu comptes faire quoi avec ce truc de toute façon ? Me cramer peut-être ? Pas besoin d’en arriver là si tu veux que je vire mes fringues à toute vitesse, tu sais. Je pensais pas que c’était le genre de cadre que tu kifferais pour ça mais t’es pleine de surprise pas vrai, Katsie ? Une vraie sauvageonne. » La langue claque juste avant la ponctuation, révèle l’instabilité sur les dernières notes.

Étreint par l’anxiété grandissante, il finit par prendre appui sur un des sièges et reprend de la hauteur non sans mal. Ses jambes flageolantes lui apprennent qu’il est plus secoué qu’il ne l’aurait imaginé. « Putain. »  Devenu proie, il ignore pourtant encore qui est le réel prédateur. La chimère qui geint en arrière-plan ou la soldate si prompte à lui chercher des noises. Tout en progressant lentement, l’escroc se heurte, selon ses prédictions, à tout ce qui peut encombrer sa progression en ignorant sa direction. Les voix au-dedans s’accentuent. Le souffle coupé, il finit par discerner une carcasse, à laquelle les gémissements se superposent. Il veut que ça s’arrête alors il bondit pour arrêter la fiction. « Ca suffit. » supplie-t-il même d'un souffle. C'est une torture mentale sans fin. Mais si les plaintes n’ont rien de tangibles, le corps lui habite bien le lieu. Il fond sur la scandinave sans le vouloir, la percute de plein fouet avant de reculer de plusieurs mètres, légèrement sonné. Pour tenter de faire passer son coup de démence pour une manœuvre avisée, il poursuit très vite. « Allez, ça suffit de jouer, rends-moi ça. Tu risquerais de te brûler, fillette. » Son ténor rocailleux résonne dans l’habitacle. Toujours submergé par ses démons, il ne réalise pas le passage d’une dimension à l’autre, vit essentiellement dans ses enfers. Quand d’autres sons moins perceptibles se mêlent à ceux que produisent son esprit, il n’en prend pas toute la mesure. Une légère brise glacée caresse son échine, hérisse le poil. La respiration se fait plus difficilement, le décor devient menaçant. Mais tout ça, ce n'est que dans sa tête, pas vrai ? Les lamentations se transforment en une douce tonalité qui lui murmure quelques mots à l’oreille comme pour donner raison à sa théorie. Il trébuche devant les nouveaux spectres de son passé. Le pied cogne dans la valise qu’il avait emportée. Dès l’instant suivant, il la propulse contre la vitre la plus proche pour tenter de la fracasser. Il s’y reprend à plusieurs fois avec une rage animée de son désespoir. Bien loin de se douter que sa folie alerterait ce qui se terre dans cet endroit lugubre qu’il croit avoir imaginé.

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MessageSujet: Re: Drawing voices deep from you [PV Katsia']   Dim 8 Oct - 17:33

Drawing voices deep from you
Walking out into the dark cutting out a different path led by your beating heart. All the people of the town cast their eyes right to the ground in matters of the heart. The night was all you had. You ran into the night from all you had. Found yourself a path upon the ground. You ran into the night you can’t be found. But this is your heart. Can you feel it ? Pumps through your veins. Can you feel it ?


Se livrant témérairement aux dangers de l’obscurité, Katsiaryna ne s’en remettait plus qu’à son ouïe, désormais. Oswald était de ces comédiens naturels, pourvus par le Diable en personne, qui parvenaient toujours à se soustraire presque sans effort à l’examen des regards les plus acérés. Mais celui-ci, dès les premières confrontations, lui avait semblé plus redoutable encore, en ce qu’il avait appris à donner un visage à sa voix. Un véritable masque mouvant. Aussi avait-elle toutes les peines du monde à déchiffrer les manifestations de son existence perturbée. La lourdeur de son souffle, le grattement de ses ongles contre le sol souillé du wagon, son grognement enfin ; tout lui disait, pour commencer, qu’il n’était plus tout à fait le même ; comme s’il ne s’agissait pas seulement d’une marque d’irritation, mais que ces convulsions gutturales trahissaient une régression vers un autre rapport au monde, plus perceptif. Plus animal. Oswald s’apprêtait à survivre. Pas seulement à lui échapper. Mais qu’il puisse se débattre contre d’autres ennemis, intangibles ceux-là, Katsiaryna ne l’effleurait encore que du bout de la conscience.
Il ne s’était pas entièrement redressé, du reste, et l’avait par là même jetée d’une extrémité à l’autre de son orgueil : la pire, qui l’invitait à considérer avec une mesquine et vindicative satisfaction le ploiement impuissant de ses genoux ; la meilleure, qui lui rappelait avec sévérité que rien, dans la situation d’Oswald, n’était susceptible de la grandir noblement.
Rien n’était jamais simple quand elle croisait son chemin. Sa seule présence s’appliquait sur sa perception du monde à la manière d’un prisme, lui en montrait les versants les plus dégoûtants et l’obligeait du même coup à fournir un effort conséquent pour ne pas se laisser ensevelir et se raccrocher à ce qu’elle croyait juste. Oswald n’était qu’une eau sombre à la surface de laquelle miroitaient dangereusement les plus bas instincts. Mais sa conscience lui interdisait de dénier entièrement l’être humain qu’il restait, malgré tout.

Elle faillit l’interroger à nouveau, s’enquérir de son état avec une inquiétude mal dissimulée. Mais il lui épargna généreusement cet embarras.

Il parlait étrangement fort, tout à coup, comme ceux qui s’évertuaient à tenir une conversation tout en gardant leurs écouteurs dans les oreilles, croyant bêtement qu’on ne les entendrait pas car eux-mêmes ne percevaient plus le son de leur voix. Katsiaryna ne se doutait pas qu’elle touchait juste, en un sens. Oswald parlait fort, comme s'il craignait de ne pas s’entendre. Comme s’il fallait couvrir autre chose. Elle fronça suspicieusement les sourcils, voulut lui faire remarquer qu’elle l’entendait parfaitement et qu’il n’avait nul besoin de hurler ; mais ses cassantes paroles, signant soudainement le retour de l’homme qu’elle connaissait – qu’elle avait appris à connaître à ses dépens –, lui firent l’effet d’une violente claque sur la bouche.
Elle se sentit sonnée de s’être presque laissée attendrir. Et c’était ainsi qu’elle se laissait stupidement harponner par ses sempiternels et durs sarcasmes. Une fois encore. C’était ainsi qu’elle devait à nouveau recourir à ce mécanisme de défense paradoxal : mordre à l’hameçon des illusions qu’il distillait, commencer de croire à la position de force qu’il prétendait, comme toujours, se donner ; tout cela pour se barricader enfin, derrière ses traits durcis par la pénombre et une inavouable rancœur. Elle ne le voyait toujours pas, ne voulait pas le voir, et faisait complaisamment l’erreur de croire qu’elle pouvait lire l’expression de son visage à même le grain de sa voix.

Pour se protéger, elle avait à présent besoin de contempler exclusivement le salopard dans la peau duquel il se mettait. Tous deux loupaient ainsi le coche de la vérité et y trouvaient pareillement leur compte.

Son poing ganté se resserra fermement autour du briquet tandis qu’il l’attaquait là où il savait pertinemment que la petite fille et l’adolescente n’étaient pas tout à fait enterrées. Eh bien ? S’était-elle donc attendue à autre chose que cette récurrente grossièreté qui la blessait et la renforçait tout à la fois par la colère et l’impatience qu’elle lui inspirait ? « Touchante façon de vivre dans le passé et de t’agripper à des fantômes. » murmura-t-elle avec un soupçon de fiel de dans la voix – son fantôme, à elle, ne figurait pas dans le lot. « J’ignorais néanmoins que tu étais du genre à garder en mémoire tout le bien que l’on a pu te faire et à t’en montrer reconnaissant – mieux, à t’en sentir redevable. Je suppose que tu es plein de surprises, toi aussi. Et je m’en souviendrai la prochaine fois, si tu survis jusque-là. » Elle se hasarda enfin à faire un pas vers lui dans le but de le saisir et de le mener jusqu’aux locaux de la Milice. « Ce n’est pas moi qui te fais mettre un genou à terre, Oswald, mais ton indécrottable faiblesse. Je n’ai donc aucune satisfaction à en tirer. Et puis, contrairement à toi, je ne me réjouis jamais – presque jamais – des insuffisances des autres. » Peut-être aurait-elle dû, songea-t-elle très fort. Cependant elle s’immobilisa comme il criait encore, prête à se défendre en cas d’attaque. « CESSE de hurler ou mon poing finira effectivement par te bâillonner. » feula-t-elle en rangeant le briquet dans l’une des poches en cuir assemblées à sa ceinture.
L’obscénité faussement légère de ses paroles résonnait encore à ses oreilles et il lui semblait qu’elle lui salissait l’âme. Égal à lui-même, Oswald jouait, encore et encore. Il profitait éhontément de ce que, quelques années plus tôt, le simple fait d’entendre sa voix ait pu lui hérisser agréablement l’échine. Plus il s’amusait avec ses naïvetés passées, les manipulant sans la moindre délicatesse, plus elle sentait s’épanouir – pourrir – dans son cœur l’irrépressible désir de lui enfoncer la trachée du plat de sa semelle.

Ils avaient tous deux une erreur à se reprocher et à ne jamais se pardonner ; tout ceci était de bonne guerre, sans doute ; mais Katsiaryna s’obstinait à croire, puérilement, qu’il restait celui qui avait irréparablement ouvert les hostilités.

Elle refusait de regarder en face ce que ses représailles avaient pu avoir de disproportionné, de même qu’elle refusait d’entendre les bouleversements qu’il avait au fond de la voix.

Elle se laissait en somme submerger par le ressentiment, lui sacrifiant aveuglément la prudence qu’exigeait la situation. Le professionnalisme aurait voulu qu’elle se montre attentive au froissement de ses habits lorsqu’il se releva enfin – lourdement, aurait-elle alors pu deviner –, au tremblement de ses jambes dont l’effort devint perceptible à travers le soubresaut de sa voix. Bien qu’elle se soit précédemment mise en garde par instinct, elle ne fut pas en mesure d’esquiver la charge du mafieux ; la collision l’emporta sur quelques pas, sans lui laisser le loisir de le saisir ; déjà, il s’éloignait d’elle, qui ne s’était aperçue de rien.

Katsiaryna se rétablit dans un grondement agacé. La pénombre ne lui avait pas permis de voir les contours d’Oswald s’estomper brièvement. Cela suffisait, de fait : elle ne commettrait plus la moindre erreur. « Il est toujours utile de savoir que tu es en mesure de te lever et de courir. » dit-elle en allumant de nouveau sa lampe torche. Elle ne soupçonnait pas encore à quel point ils allaient en avoir besoin. « Laisse-moi cependant te faire remarquer que ce n’est pas en me fonçant dedans que tu parviendras à récupérer ton précieux briquet. » D’une façon improbable, la voix lui manqua tout à coup. Elle toussa, croyant avoir un chat dans la gorge, mais s’aperçut qu’elle avait en réalité du mal à respirer. Elle ignorait tout de l’envers où ils venaient tous deux d’atterrir. Les spécificités en étaient d’autant plus imperceptibles au premier coup d’œil que le Metro Light Rail figurait depuis quelques années parmi les lieux les plus délabrés de la Nouvelle-Orléans. Ce fut en déplaçant le bout de son faisceau lumineux qu’elle finit par distinguer une étrange luisance par endroits. Elle se raidit aussitôt, comme instinctivement consciente du danger ; inspira lourdement, et eut le sentiment de s’intoxiquer. Un cri dont elle ne parvint pas à identifier la provenance s’éleva subitement au loin. Son premier réflexe fut d’ignorer le frisson de peur qui la parcourut et de mettre la main à son arme, dans la perspective de se défendre contre une éventuelle agression.

Mais un autre cri, distinctement inhumain celui-ci, déchira le silence du Metro Light Rail et lécha les parois du wagon jusqu’à les atteindre dans une réverbération lugubre.

Katsiaryna craignit d’avoir compris. La stridence du hurlement, qui avait aussi quelque chose du feulement, l’avait jetée dans les réminiscences de ces rares – mais de plus en plus fréquentes – patrouilles qui s’étaient mal terminées. Elle revoyait les corps mutilés, les crocs luisants de salive et de sang. Mais elle n’avait pas pour autant été mise dans la confidence et elle sentait à présent tout le poids de son ignorance. Sa main quitta son arme avec résignation. Elle savait qu’il lui faudrait absolument fuir le combat qu’elle avait naïvement cru pouvoir livrer l’instant précédent : n’ayant pas soupçonné une seconde que des créatures puissent la cueillir dans l’enceinte même de la ville, l’équipement lui manquait. La lourdeur de ses insuffisances et de sa frustration remplaçait celle des fusils et des lance-grenades.

Sans un mot, elle coinça le manche de sa lampe torche entre ses dents et chercha fébrilement son biper pour envoyer un message d’urgence au reste de la Milice. Mais elle demeura stupide face au dysfonctionnement inexplicable de l’appareil. Son cœur gonfla dangereusement et éclata à ses tempes. Un autre hurlement acheva de lui glacer le sang. Lorsque celui-ci se remit en mouvement, ses pulsations résonnèrent à ses oreilles comme un glas : tout son corps sonnait lui-même le moment de la curée où il allait inévitablement être jeté en pâture. Son corps dépecé.

Aux tambours de son cœur s’ajoutèrent soudainement ceux d’Oswald qui tentait désespérément de briser une vitre avec la mallette qu’il avait laissée tomber. Il la sortit de son inertie. Tandis que ses doigts se refermaient à nouveau sur sa lampe torche, ses yeux, opacifiés par le désir de survivre, s’étaient fixement arrêtés sur lui. L’instinct dégueulassement humain la submergea un instant, la poussa à éteindre la lumière : le laisser là, songea-t-elle en ne s’appartenant plus, faire de lui la proie idéale, la diversion rêvée pour ne pas être dévorée à son tour ; s’ôter du pied et du cœur l’épine qu’il a toujours représenté à ses yeux.

Mais la nausée lui étreignit l’estomac comme un sursaut d’humanité glacé la forçait à retrouver ses esprits. L’impartialité et le devoir reprirent sévèrement leurs droits, la lumière éclaboussa de nouveau les parois du wagon : un civil, tout dangereux et parasite qu’il soit, restait un civil.

Or ce civil, tout dangereux et parasite qu’il soit, était un imbécile qui allait les faire repérer en un rien de temps.

Aussi ne s’attarda-t-elle pas davantage : elle se précipita sur lui pour l’obliger à lâcher la mallette au moyen d’une clé de main ; et plutôt que de le libérer, s’empara de ses menottes pour lier son poignet au sien. Sans ménagement, elle l’attira en arrière en lui expliquant qu’ils allaient rebrousser chemin, se rapprocher de la précédente station dont ils ne s’étaient pas beaucoup éloignés et traverser le reste de la voie pour rejoindre le quai et s’extirper de la bouche de métro. Un hurlement macabre la mit en garde. « Dépêche-toi, Oswald, on ne joue plus, tu l’as dit toi-même. Nous ne sommes pas seuls. » Comment tout cela était-il possible ? Courir, courir le plus vite possible sans attirer l’attention. Elle ne possédait qu’une arme de poing et deux fumigènes. « Il va falloir se passer de lumière. » La perspective de tomber nez-à-nez avec une créature faillit lui mouiller les yeux. Ce n’était pas le moment de faiblir. « Je crois… » Malheureusement, elle ne connaissait pas exactement la façon dont ces monstres fonctionnaient. Les fumigènes pouvaient les distraire, mais elle craignait que la lumière de la lampe torche ne les attire vers eux et ne leur permette de garder leur trace, de même que l’odeur de leur panique.

Une première porte céda sous leur progression. Doucement, se dit-elle sans réussir à s’obéir, le bruit était une empreinte comme les autres. Derrière eux, le fracas d’une vitre que l’on brise couvrit bientôt le craquement de leurs pas, rapidement suivi d’un son mat, comme si un corps avait mollement atterri sur le sol avant de reprendre sa course. La panique voila un instant ses yeux accoutumés à l’obscurité. Elle se sentit obligée d’allumer la lampe torche pour mémoriser sur une courte distance le chemin à suivre, sans soupçonner ce que la lueur avait de salutaire pour son prisonnier ; puis il fallut l’éteindre de nouveau. Sans doute la rallumerait-elle par intermittence ; mémoriser ; courir ; recommencer ; ne pas mourir.


@Oswald E. Madsen

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MessageSujet: Re: Drawing voices deep from you [PV Katsia']   Jeu 19 Oct - 1:11

Dans les ténèbres, les terreurs construisent la prochaine aube. Renouveau macabre aux rayons de suie, le jour où la fin embrasse l’homme. Oswald respire la nuit, avale l’encre sans jamais effleurer les étoiles. Sur sa langue, le goût traine, dérange. Des toxines qui râpent la langue, qui saccagent le larynx. L’air l'entourant, ressemble à une seconde peau qui colle et oppresse. Les doigts veulent la gratter, la retirer couche après couche. La gorge supplie peu à peu, la rétine s’humidifie sous la pression atmosphérique. Les voix chuchotent encore dans les ombres. A moins que ça ne soit les ombres qui chuchotent et miment des voix ? Le danois redouble de vigueur en balançant la mallette contre la vitre inutilement, répétant le geste jusqu’à en avoir mal aux articulations. Des mains l’arrêtent. Il sursaute, menace de frapper l’apparition avant de se souvenir. La sueur perle sur son front, les tremblements animent son corps de soubresauts inconvenants. La panique s’insinue toujours plus douloureusement dans le réseau sanguin. Il se raccroche avec désespoir au contact de la blonde, fait tomber la valisette et s’en remet à son timbre intransigeant pour recouvrer un semblant de lucidité. En temps normal, il se serait insurgé ou moqué du ton autoritaire que la scandinave emploie mais la normalité a foutu le camp en même temps que le sang-froid. Il ne cherche pas vraiment à déchiffrer pour l’heure la situation et ne réveille nullement la conscience tapie sous la folie douce. A la place, l'escroc suit de près la trentenaire, le souffle court et l’enfer frôlant les talons. Les paroles résonnent dans son crâne. Pas seuls, pas seuls. Lui, il ne l’est jamais tout à fait. Parfois, ils fichent la paix mais trop souvent, les fantômes s’invitent. Mirages visuelles, sonores. Il a envie de leur répondre. Aujourd’hui ne fait pas exception.

Ainsi alors que Katsiaryna  fait céder la première porte, il gueule à l’attention des hurlements chimériques. « La ferme, la ferme. » Le quadragénaire sait très bien à qui ils appartiennent. Ils sortent toujours à la nuit tombée, vampires d'un autre temps venu écailler les tympans. Arrivé dans l’autre wagon, le dément a le malheur de se retourner en direction d’un bruit sourd. Celui-là lui parait différent. Bien différent de ceux qu’il a recueilli jusqu’ici. « Qu’est-ce qui se passe ? » Finit-il par demander d’un murmure. L’opacité placardée à la pupille est brièvement chassée par un faisceau lumineux. Marin traquant la lueur du phare alors que la mer se déchaine de part en part, il soupire de soulagement durant un bref instant. Mais dès le suivant, il réalise que le décor n’a plus rien de commun et que les réactions de la biélorusse n’ont pas plus de cohérence en considérant leur conflit initial. L’appréhension  de l’infecté se métamorphose subitement. Les paumes agrippent la carrure de la milicienne, la rapprochent drastiquement de lui. « Tu le vois ? Tu le vois toi aussi ? On est pas … On est plus… C’est pas… » Une injure échappe à l’arnaqueur, sifflée dans sa langue natale. « Je sais pas, merde. Je sais pas ce qui est réel et ce qui l’est pas. Tu peux être contente, c’est ton œuvre en partie. On va crever comme des sales merdes parce que j’ai perdu la boule. » Les doigts s’enfoncent dans l’épaule adverse avant qu’il ne relâche sa prise. Derrière eux, quelqu’un ou quelque chose remue, approche et l’oblige à remettre à plus tard ce règlement de comptes mal venu. Il la pousse vers l’avant abruptement sans réfléchir et tente de renverser tout ce qui se trouve sur leur passage pour ralentir la progression de la créature.

La cécité exacerbe chaque seconde un peu plus sa nervosité. Le flegme envolé et la vulnérabilité atrocement démontrée, l’homme décide de ne plus s’encombrer de faux semblants. Pas tant que leur existence est menacée. Derrière eux, la bête rampe lourdement. Gagne du terrain. Dans un accès de désespoir, l’orgueilleux saute sur la soldate. « Ton arme. Ton arme, bordel de merde. » Difficile de réussir à dénicher la crosse du flingue, difficile de savoir où chercher alors qu’il tente avec ridicule d'atteindre la meneuse tout en continuant leur course effrénée.

Seconde porte, la main écarte vivement la femme et il s’y jette de tout son poids, sur la maudite paroi. Deux, trois fois. Elle s’effondre soudainement dans un odieux craquement et il suit le mouvement de façon imprévue. Le menton heurte le sol pour la seconde fois. L’hémoglobine viciée inonde la cavité buccale. La langue gonflée par la morsure ne l’intéresse pas. Très vite plus rien ne semble, d’ailleurs, avoir d’importance parce que son bras est enroulé par quelque chose de non identifié.

Matière indescriptible quand il y pose ses doigts. Visqueux, mou, odeur nauséabonde. Une tentacule semble enserrer l’épaule, applique de drôles de ventouses contre la chair et le comprime jusqu’à la douleur insoutenable. Non contente de sa réussite, la chose le traine entre les rangées de sièges correctement alignés. Il se débat durant une poignée de secondes. Le pied se retrouve piégé à son tour. La semelle droite frappe la gauche à toute allure, l'adrénaline va et vient dans l'organisme. Il se sent tellement vivant pour être bientôt bien mort. Le corps racle l’habitacle. La souffrance le fait presque tourner de l’œil. Alors que les appendices cessent de le tirer, une silhouette se dessine. Le ténor de l'arrivante dévore le cœur du blessé. « Alors le vieux ? C’est l’heure de la pause pipi ? Tu vas pas faire dans ton calbute quand même. » Elena, la gamine. Sa gamine. Tout ça c'est dans sa tête, forcément. Pas réel. Pas réel. Ça n’empêche pas un sourire de poindre. Elle est là pour l'accueillir dans le trépas. Ça a un certain sens. « T’inquiète pas, fillette. T’inquiète pas. » Qu’il chuchote avec chaleur et douceur, attendri malgré lui. Résigné à quitter cette réalité et à embrasser l’autre. Celle où l’adolescente, sa protégée, vit encore. Là où son esprit repose peut-être loin du corps putride qu’il n’a pas réussi à abattre par faiblesse. Tellement d’erreurs pour aucune rédemption. C’est bête. Il a laissé filé plus d’une occasion. En lâchant un soupir, il relâche toute la tension de ses muscles et attend sagement son châtiment.  Pourquoi lutter ? Tout est déjà joué.

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MessageSujet: Re: Drawing voices deep from you [PV Katsia']   Lun 23 Oct - 15:31

Drawing voices deep from you
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La morsure métallique qui se refermait toujours un peu plus durement autour de son poignet au gré des cahots de leur course lui rappelait en permanence qu’elle avait un tout autre type de monstre au bout du bras. Celui-ci s’était fait étonnamment docile dans son sillage, en apparence disposé à la suivre sans lui jouer l’un de ces mauvais tours qu’il mettait ordinairement un point d’honneur à penser pour lui pourrir l’existence. Encore en-deçà de la vérité, elle ne croyait devoir ce sursaut de bon sens qu’à l’instinct de survie qui continuait de chercher l’échappatoire idéale, laissant en suspens le sort qu’il allait lui faire sitôt que l’opportunité de sauver sa peau à coup sûr se présenterait. Mais peut-être aurait-elle préféré l’entendre proférer ses sarcasmes familiers et ses moqueries désobligeantes plutôt que ces incompréhensibles « La ferme, la ferme. », hurlés trop tard pour lui être réellement destinés. Katsiaryna tâchait de ne pas se laisser distraire, de garder toute son énergie pour conserver cette épuisante posture qui consistait à se méfier de tout ; mais le rempart érigé autour de sa concentration s’était malgré elle fissuré ; une pensée s’enfuyait déjà, entièrement tournée vers lui, soupçonnant enfin les étranges angoisses qui le tourmentaient. Excédée par ses propres faiblesses, elle tira un coup sec sur les menottes qui les liaient pour lui intimer de revenir à lui, à l’urgence et à l’extrême précarité de leur situation. Mais c’était peine perdue. Ses interrogations, lorsqu’il se hasarda à s’immobiliser en plein enfer, achevèrent de l’alerter. « Il se passe que nous allons tous les deux crever si tu t’obstines à t’arrêter de courir alors que nous sommes poursuivis ! » s’écria-t-elle avec une supplique au fond de la voix. Par bonheur pour son attention déjà défaillante, elle ne perçut pas le soulagement incompréhensible qu’il eut au bout des lèvres lorsqu’elle ralluma brièvement la lampe torche pour considérer le chemin qu’il leur restait à parcourir. Elle voulut tirer à nouveau sur les menottes, remettre en branle le mécanisme déficient de ce corps trop lourd pour elle, mais les grandes mains d’Oswald s’abattirent sur ses épaules et la clouèrent sur place pour la forcer à distinguer dans l’obscurité ce qu’elle ne voulait surtout pas voir. « Je sais pas, merde. Je sais pas ce qui est réel et ce qui l’est pas. Tu peux être contente, c’est ton œuvre en partie. On va crever comme des sales merdes parce que j’ai perdu la boule. » La gifle partit aussitôt, sèche, pleine de mécontentement, de rancœur et d’impuissance. « Ressaisis-toi ! Ça, dit-elle en désignant la main qui venait de le frapper, c’est aussi réel que la créature qui va faire de toi son quatre heures si tu restes planté là. On va crever comme des sales merdes SEULEMENT PARCE QUE tu ne m’écoutes pas, Oswald ! » L’impulsion brutale qu’il lui donna en la bousculant la fit se sentir incroyablement légère, l’espace d’une seconde ; elle s’élança de nouveau, respirant la cendre insaisissable qui semblait composer l’air. La créature s’était dangereusement rapprochée d’eux. Ils avaient stupidement amenuisé leurs chances d’en réchapper et elle se laissait maintenant aller, sans n’y rien pouvoir faire, à des ressassements pleins d’amertume. L’accusation d’Oswald ne lui avait pas échappée. Il lui était impossible d’ignorer ce à quoi il faisait allusion et elle se sentit obligée d’y revenir, refusant de reconnaître dans ces circonstances critiques l’occasion rêvée de lui demander pardon lui signifier qu’elle regrettait, peut-être, ne serait-ce qu’un peu : il avait ses torts, dans l’histoire, dans leur sotte histoire, et le fait de les relativiser se serait apparenté à la complaisance de ceux qui se résignent à mourir. Aussi l’accabla-t-elle à nouveau, comme pour lui donner encore un peu de l’énergie du désespoir, comme pour insinuer dans leur cœur la promesse tacite de se faire mutuellement ravaler ces mots chargés de fiel dès que la mort les talonnerait d’un peu moins près : « Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même, Oswald. Tout ce que j’ai à me reprocher, c’est de m’être aujourd’hui laissée attraper bêtement, comme toi à l’époque. » Le fracas des rares obstacles qu’il parvenait à jeter sur la route de la créature couvrit à moitié ses paroles, cependant, et elle ne put en dire davantage : il lui fallut se soustraire aux tâtonnements de ses mains et les repousser sèchement, coup sur coup, pour l’empêcher d’accéder à son arme. « N’y compte pas ! » cracha-t-elle pour lui rappeler aussitôt qu’il devait se concentrer sur la fuite. Elle n’était pas encore désespérée au point de céder une arme à feu à un individu aussi dangereux. Oswald se laissait de toute évidence submerger par la panique – et son propre cœur éclatait de même – ; mais elle refusait de se laisser désarmer, dans tous les sens du terme, par la vulnérabilité qu’il avait malgré lui consenti à dévoiler.

Une autre porte leur barrait la route, à présent. Etourdie par sa difficulté croissante à respirer, Katsiaryna essaya de forcer la serrure qui résistait inopportunément à ses mains tremblantes. Ce dut être trop long pour son compagnon d’infortune qui chercha brutalement à prendre le relais. À mesure qu’il s’écrasait contre la porte, la forçant à se tenir tout près, les menottes achevèrent de lui arracher la peau du poignet. Elle tenta confusément de lui faire remarquer que ce n’était pas la bonne méthode, ayant toutes les peines du monde à s’emparer de sa lampe torche pour la rallumer et la braquer vers l’intérieur du wagon qu’ils venaient de traverser. Ses yeux s’agrandirent quand elle aperçut la créature rampante dans le faisceau lumineux, progressant inexorablement vers eux. Elle n’eut pas le loisir de ranger sa lampe torche pour saisir son arme, néanmoins ; la porte céda enfin sous le poids d’Oswald qui, violemment propulsé en avant, l’emporta du même coup dans son élan. Elle chuta avec lui ; la lampe roula au sol, s’éteignit ; il y eut comme une stridulation glaireuse qui lui donna pour de bon le sentiment d’être une proie sans recours. La peur la glaçait tant, désormais, qu’elle souffrit à peine de sa mauvaise réception. Elle n’eut que vaguement conscience de tâtonner dans l’espoir de récupérer sa lampe torche, mais sentit bientôt sous ses doigts, avec une acuité que seule donne l’imminence de la mort, un corps abominablement visqueux. Foudroyée, les yeux bordés de larmes où l’effroi et la rage se mêlaient, elle retira brusquement sa main ; mais au même moment, elle perçut, impuissante, que la présence d’Oswald s’éloignait. Son propre bras, menotté au sien, finit par se tendre à son tour pour suivre son cheminement. Elle comprit que la créature venait de réussir à s’emparer de lui. Un hurlement dans le cœur, Katsiaryna tira de toutes ses forces dans le sens opposé, l’appelant désespérément pour l’exhorter à ne pas se laisser entraîner. « T’inquiète pas, fillette. T’inquiète pas. » Il lui sembla au même instant que quelque chose venait de crever dans sa poitrine – pas son cœur, se persuada-t-elle, elle ne voulait plus en avoir pour ce crétin-là. Un regain d’énergie inespéré – qui était assurément dû à son instinct de survie et certainement pas à la tendresse inavouable que lui avaient inspirée des paroles dont elle avait naïvement cru être la destinataire – lui permit de redoubler d’efforts pour empêcher la créature de l’attirer tout à fait à elle.

Sa voix se mua de nouveau en supplique lorsqu’elle l’appela pour la énième fois.

Quand elle voulut se redresser afin de se ménager une assise plus solide, la semelle de ses rangers glissa sur la substance gluante que la créature répandait sur son passage. Sa prise sur Oswald perdit de sa fermeté, elle sentit son bras échapper irréparablement à l’étau fragilisé de ses doigts.

Ce fut en agrippant sa main in extremis qu’elle s’aperçut qu’il avait cessé de se débattre, qu’il n’y avait plus la moindre tension, la moindre trace de lutte dans ses muscles.

Cet imbécile fini.

« OSWALD ! » hurla-t-elle subitement d’une voix enragée où la tronçonneuse slave avait repris tous ses droits. « Tu n’as pas le droit d’abandonner ! OSWALD ! BATS-TOI ! » Sans réfléchir, ni se soucier de l’absence de visibilité ou des conséquences dramatiques que son initiative pourrait avoir, Katsiaryna s’empara enfin de son arme de poing pour tirer aveuglément devant elle, dans l’espoir d’atteindre le corps de la créature. Elle ne fut cependant pas en mesure de déterminer le résultat de son action ; ou plutôt, l’enroulement d’un tentacule autour d’elle lui apprit qu’elle avait échoué. La crosse de son arme ne lui fut d’aucun secours et elle dut l’abandonner, quelque part contre le flanc d’Oswald, dont le corps était désormais moins proche de la mort que le sien. Il avait suffi d’une seconde pour que le tentacule la neutralise à la façon d’une camisole. Elle ne voyait plus rien, à présent, seulement les taches lumineuses que provoquaient le manque d’air comme la créature l’étouffait. Elle sentit l’une de ses côtes se rompre sous la force de l’étreinte qui devait la dissuader de se débattre.

Pourtant elle aurait aimé pouvoir mordre cet ennemi qui avait fait son jeu de l’obscurité et de leurs faiblesses. Elle aurait aimé pouvoir hurler.

Elle aurait aimé pouvoir vivre, éventuellement.


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MessageSujet: Re: Drawing voices deep from you [PV Katsia']   Lun 23 Oct - 15:31

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MessageSujet: Re: Drawing voices deep from you [PV Katsia']   Lun 30 Oct - 1:13

Les sons et les mouvements s’apparentent à des échos indistincts, provenant d’un rêve lointain. Dans cet espace encombré par le cauchemar, infesté de créatures difformes, seule la chimère respire la vie. Au centre de la débâcle, la sérénité survient de façon bien mal venue. Bercé par les souvenirs et l’émotion, le danois s’accorde ce havre de paix totalement éphémère et factice. Elena demeure proche, assise sur un siège quelconque, la main soutenant le menton avec nonchalance. Son regard le transcende. Il ne discerne que ça au milieu de l’obscurité implacable, ces deux iris illuminés par cette malice intarissable. La chaleur envahit la carcasse. Cette gosse ne partage pas son sang, elle n’a été qu’une infime partie de son histoire mais elle représente à elle seule, un sentiment que le fugitif n’a que très peu ressenti au cours de son existence. La rouquine a été son refuge, son point de repère. Son foyer. Et il rentre à la maison pendant une poignée de secondes, l’esprit plus léger que jamais. Il aimerait pouvoir courir jusqu’à la porte d’entrée, saisir la poignée, la tourner pour retrouver sa protégée allongée dans le canapé, les baskets étalées au sol et les livres dispersés autour d’elle. Elle s’y assoupissait toujours dans ce foutu divan. Parfois, il se permettait de la réveiller d’une façon franchement agaçante pour mieux l’entendre râler. Souvent, il prenait la liberté de la recouvrir avec la couverture qui trainait. Des gestes devenus naturels, spontanés. Il n’avait pas conscience de s’attacher à ce point. Au point d’en crever de son absence chaque jour un peu plus. Alors ces quelques mots au fond de son crâne, cette voix que la mémoire et le délire miment avec brio, l’infecté les accueille avec soin, les chérissant bien plus que sa seule réalité. Il ne réalise pas que son instinct de survie a simplement pris l’apparence la plus apaisante. Il ne conscientise pas plus la situation dans laquelle il se trouve. Dans laquelle ils se trouvent.

Les hurlements de la blonde finissent, néanmoins, par déchirer la bulle qu’il s’est créé. Les cliquetis de la chaine lui réapprennent tout autant son existence que le coup de feu remet en perspective le contexte chaotique. « Tu vas vraiment la regarder crever ? » Qu’elle lui demande, l’hallucination. Elle rejette sa tête en arrière en soupirant comme l’aurait fait l’originale. Oswald se force à décrocher les yeux de cette apparition pour se concentrer sur son acolyte aux prises avec la bête. La pupille inanimée et la paume mollement placée dans celle de la victime, le suicidaire ne trahit pas le dilemme qui s’opère en lui. Aucune impulsion, pas même le désespoir expulsé avec simplicité de la milicienne, ne parviennent à réveiller totalement sa lucidité. « Tu vas peut-être me sortir que t’en as rien à branler ? A d’autres, vieux chnoque. Bouge-toi le cul. T’es pas assez con pour la laisser se faire bouffer. » Elle est plus proche, la gamine et elle lui montre du bout du nez, le flingue de Katsiaryna. « Fais un truc cool pour une fois. Montre que t’as des couilles, je sais pas. » Le scandinave ne peut réprimer un léger rire nerveux et trouve même le temps de répondre aux ombres. « Ouais, enfin, vu l’animal, elle va s’empresser de me castrer si je les montre trop, tu vois. » Un sourire carnassier se dessine sur le visage de l’adolescente. Il le devine au ton qu’elle emploie. « Elle me plait bien, celle-là. » Un rictus relève brièvement les lèvres de l’aliéné alors qu’il saisit l’arme subitement. La main légèrement tremblante relève le canon. Premier tir effectué quand la tentacule se resserre. Il étouffe un gémissement.

Sa prise déjà frissonnante sur la crosse, devient plus que hasardeuse. La balle siffle du côté de la biélorusse. L’effroi le glace immédiatement. « Merde. » Qu’il gueule inutilement, le souffle coupé par l’intervention ratée. La gravité reprend ses droits sur l’enveloppe, le cloue au sol. L’esprit s’occupe du reste, rappelle à ses tempes, les palpitations anarchiques de son cœur en déroute. Chaque battement nourri par la peur de savoir sa comparse blessée ou pire. Il puise davantage de volonté dans ce sentiment insoupçonné. Une part non-négligeable de lui, qu’il aimerait pouvoir déplorer, n’a pas envie qu’elle succombe. Pas elle aussi, s'entend-t-il même penser un bref instant. Il ne sait déjà plus très bien pourquoi il l'apprécie cette furie mais de la voir se débattre avec la mort, ça suffit à le motiver. C’est une seconde tentative qu’il enchaine avant de se poser trop de questions. Au niveau du cou, la chair démange, brûle. A l’endroit exacte où l’appendice raffermit son emprise tandis que l’impact lui annonce sa réussite. Il réitère. Une fois, deux fois. Trois fois avant que l’abomination ne se décide à reculer, relâchant ses proies doucement, déversant sur son passage de longues trainées sanguinolentes et attestant de la réussite de l’escroc. Hors d’haleine, l’homme rampe jusqu’à la femme.

Quelque part, au-delà des parois du métro, la bête respire encore. Il peut l’entendre aspirer l’air, pousser de légers cris aigus. Secoué mais cependant, toujours rationnel, le quadragénaire saisit la blessée en se relevant. Sans prendre la peine d’identifier les blessures de la trentenaire, il l’embarque en la soutenant par la taille et en rejetant à la suite, de force, son bras par-dessus sa propre épaule. Mouvement qui lui arrache une longue plainte alors que le membre adverse atterrit sur sa chair calcinée. Refoulant à chaque pas une nouvelle plainte entre ses dents serrées, l’arnaqueur parvient à distancer pour quelques temps leur adversaire. Il fracasse une autre porte à coup de pieds. Entre deux wagons, un sas transitoire étroit reçoit leur détresse. La respiration affreusement erratique, l’égaré pose délicatement à terre sa complice avant de barricader l’entrée dans cette entre-deux à l'aide de bagages échoués, tantôt légers, tantôt lourds. Il se place ensuite face à elle, dépose le pistolet au sol et lui arrache la lampe torche. Le faisceau l’aide nettement à se calmer bien que la vision des plaies adverses refroidisse quelque peu sa vivacité retrouvée. Sans un mot, il cale l’objet entre ses dents, déchire un morceau de sa chemise pour entourer la meurtrissure qu’il a causé, dévoilant ainsi une partie de son t-shirt. Les gouttes de sueur glissent le long de sa nuque alors qu’il se concentre pour comprimer l’hémorragie. Pas facile quand on a une main entravée par un bracelet métallique. Il oblige son vis-à-vis à remuer ses articulations sans le vouloir durant l’opération.

Livide, il la détaille une fois son œuvre achevée et brise le silence relatif d’un murmure en reposant à leurs pieds leur seule source de luminosité. « Pas fait exprès, pour une fois. » Ses excuses, en quelque sorte. Après avoir établi un examen rapide de son interlocutrice, il s'occupe de son propre cas. Le plus calmement possible, il avance la main jusqu’au cou et descend jusqu’au bras pour palper l’inflammation. La douleur lui arrache un geignement imprévu. Une injure la complète très vite. En ôtant les doigts de ses lésions, il note la présence d’un liquide. La bestiole produit de l’acide, c'est comme ça qu'elle m'a cramé, note-t-il mentalement en essuyant précipitamment sa main contre son blouson. « Tu m’en dois une, je crois bien. Retire-moi cette merde. » Qu’il demande précipitamment en montrant les menottes. Sans se départir de sa fausse assurance retrouvée, il reprend. « J’espère que j’aurais droit au moins à un bisou magique pour la gifle de tout à l’heure. D’autant que j’ai même pas répliqué. Si ça, c’est pas coopérer avec l’autorité, je sais pas ce qui te faut, gamine. »  Il tente d’apaiser l’atmosphère. D’ici quelques minutes, il leur faudra avancer. Autant que la soldate soit psychologiquement apte à poursuivre leur avancée. Si seulement, ils savaient où ils allaient.  « Lena ? »  Le surnom se pare de cette affection qu'il ne cherche pas à dissimuler. Un chuchotement destiné à son mental fragmenté. Il a besoin de son guide, de ce morceau d’humanité. « Elena ? »  Il le répète un peu plus fort. En vain. La mâchoire craque, le palpitant s’emballe. La terreur s’infiltre par chaque pore. Il se sent bien con à gueuler après des fantômes pour mobiliser un semblant de courage.

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MessageSujet: Re: Drawing voices deep from you [PV Katsia']   Sam 11 Nov - 19:00

Drawing voices deep from you
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Le faible rire qui échappa à Oswald fut la dernière chose qu’elle entendit. Elle ne sut s’il fallait y trouver l’écho mourant d’un espoir ou le glas de son existence. Il lui semblait que son esprit lui mentait vaguement, essayait de la persuader, comme l’aurait fait la caresse rassurante d’une main tendre, que tout irait bien, que ce n’était pas encore terminé. Elle se représentait inconsciemment un sort plus clément, où elle parvenait à faucher la créature lorsque celle-ci pensait enfin pouvoir faire d’elle son dîner et consentait hasardeusement à endurer la vulnérabilité qu’impliquait tout repas. Mais Katsiaryna, dans le naufrage de sa lucidité, sombrait seulement sur l’écueil des vaines espérances. Le doux leurre que lui présentait son esprit anesthésié avait sans doute pour unique but de lui rendre l’abandon moins pénible.

La première déflagration lui fit l’effet d’un violent soufflet. En un sens, le tir n’eut rien de manqué : à la fois salutaire et cruel, il lui permit de recouvrer une conscience partielle des événements. Ses paupières frémirent ; elle eut dans tout le corps, mais dans la tête surtout, la détresse qui agite violemment les nouveau-nés lorsqu’ils sont confrontés pour la première fois à la corrosivité secrète de l’air. Un hérissement parcourut tous ses membres comme pour les exhorter à accomplir un dernier effort, charriant du même coup dans son sillage la douleur pénétrante qui lui rongeait maintenant l’épaule ; non, un peu plus bas, rectifia-t-elle intérieurement, situant à présent tout à fait la morsure brûlante de la balle qui avait profondément creusé le méplat de son bras.

Elle n’avait pas hurlé. Pendant les longues secondes qu’avait nécessitées sa percée dans la réalité cauchemardesque de la Nouvelle-Orléans, son esprit s’était comme désolidarisé de son corps. Revivre, dès lors, ne lui avait pas paru bien différent de mourir. Ce fut une violence.

Elle n’eut guère besoin de se débattre, cependant. La salve de tirs se réverbéra dans son être en autant de sursauts qui ne furent pas les siens. Le sarment tentaculaire qui la brisait ne tarda pas à se desserrer ; bientôt, alors que la créature reculait dans un feulement meurtri, elle reprit conscience des contours de son corps, redessinés par la souffrance qui s’y était abondamment répandue. Discernant la présence d’Oswald qui se déplaçait tout près, elle roula lourdement sur le ventre, son genou et son bras fléchis sous elle dans une amorce de redressement. L’effort lui emplit les oreilles d’un bourdonnement désagréable auquel s’ajoutèrent les cris insoutenables de la bête blessée. Le calvaire était-il donc la seule façon d’être au monde qui existe encore ici-bas ?
Le bras d’Oswald, dont l’étau se referma autour de sa taille endolorie, le lui confirma durement. L’ample mouvement qu’il lui imposa dans la foulée lui arracha une manifestation de douleur, hargneusement étouffée entre ses dents serrées. L’une de ses côtes semblait bel et bien fracturée et lui faisait sentir tout le joug de la gravité maintenant que son compagnon d’infortune l’avait hissée contre lui. Elle s’efforça de ne rien dire, se contenta de penser très fort ce suppliant « Doucement… » qu’elle ne voulait surtout pas entendre dans sa propre bouche, craignant les modulations incontrôlées de sa voix dans une telle situation. Katsiaryna ne s’était jamais sentie si vulnérable et insuffisante. Elle ne disposait plus que de son orgueil, désormais, et de cet escroc qui lui était enchaîné, ironiquement contraint de la traîner comme un fardeau – pour espérer s’en sortir, se persuadait-elle égoïstement.
Il avait émis une plainte, lui aussi, mais elle ne parvint pas à en déterminer la cause exacte, l’épaisseur résistante et rugueuse de son uniforme l’empêchant de sentir les plaies atroces qui striaient la peau du mafieux. Du moins tâcha-t-elle d’amoindrir le poids qu’elle représentait pour lui, poussant péniblement sur ses jambes en ignorant résolument la douleur intense qui irradiait de son abdomen jusqu’à son épaule. Elle se répétait intérieurement que chaque pas les rapprochait de leur salut. Mais il fut bien inutile de tendre l’oreille pour s’assurer que la créature ne s’était pas remise à les poursuivre : contre les parois de son crâne, les tambours de sa respiration décousue avaient repris et l’assourdissaient, secondés par le souffle chaotique d’Oswald. Elle sentait de nouveau une sueur glacée lui couler sur l’échine tandis qu’une fièvre grandissante étrécissait désagréablement son champ de vision. Soutenir l’effort de leur progression tout en ravalant systématiquement la douleur l’essoufflait tant qu’elle en avait la nausée.
Elle eut beau distinguer confusément le coup de pied d’Oswald dans l’obscurité, le fracas de la porte qui cédait la fit tout de même sursauter. Sa perception du monde n’avait plus la moindre fluidité ; son cerveau, saturé d’informations, semblait désormais inapte à en recevoir davantage. Elle ne comprit d’abord pas où ils avaient atterri, jusqu’à ce qu’il la dépose à terre avec une délicatesse qu’elle ne lui avait jamais connue. Il faudrait donc tout recommencer à zéro, se découragea-t-elle intérieurement alors que ses forces l’abandonnaient déjà. Toutes les ressources insoupçonnées qu’elle avait mobilisées pour fuir s’éparpillèrent. C’est une perte de temps, aurait-elle aimé lui faire remarquer, il fallait profiter de ce qu’ils pouvaient encore marcher, de ce que le corps était encore chaud et disposé à l’effort, gorgé d’adrénaline pour achever de se mettre à l’abri. Optimiser leurs déplacements, se gronda-t-elle sans parvenir à exprimer son humeur. Son corps épuisé la contredisait immanquablement : ses épaules s’affaissèrent et elle laissa échapper une expiration à la fois douloureuse et soulagée ; de celles qui montrent que l’on est au bord du précipice, au bord des larmes. Ne pas craquer, se rappela-t-elle avec intransigeance, en s’efforçant d’oublier l’inconfort de sa position.

Son visage se fronça farouchement lorsque la lumière de la lampe torche lui agressa les yeux. Ceux-ci étaient toujours humides de douleur et de rage, corrodés de surcroît par la toxicité de l’atmosphère. Dans un réflexe tout pragmatique, elle aperçut l’arme qu’il avait abandonnée au sol, à ses côtés, mais dut rapidement ciller à plusieurs reprises pour s’assurer qu’il était bel et bien en train de panser la plaie dont il avait lui-même abîmé son bras. Elle ne sut pas vraiment pourquoi ses yeux s’étaient humidifiés davantage, tout à coup. Peut-être parce qu’en ce très, très bas monde, les gestes attentionnés, tout intéressés qu’ils soient, étaient devenus de plus en plus rares. Il n’y avait jamais plus que de la brusquerie dans les rapports humains, désormais. Katsiaryna n’y faisait pas exception, du reste.
Par bonheur, elle se déroba promptement à ces pensées futiles, l’esprit entièrement tourné vers la souffrance continue qu’Oswald entretenait en l’obligeant à s’ajuster à ses mouvements. Les menottes avaient sans doute été une bien mauvaise idée, songea-t-elle en serrant de nouveau les dents ; néanmoins elle ne se ferait jamais l’offense de l’admettre de vive voix.
« Pas fait exprès, pour une fois. » Ce fut un murmure qu’elle dut se rejouer plusieurs fois pour le comprendre. L’aveu la surprit malgré elle. Elle crut y percevoir une nuance de regret, si inhabituelle chez l’escroc qu’elle avait eu le malheur de découvrir à ses dépens. Au fond, sans doute voulait-elle bien croire que ce tir perdu n’avait pas été volontaire ; mais elle se répétait opiniâtrement, avec la sempiternelle mauvaise foi qui lui servait de garde-fou, qu’elle ne pouvait en être absolument sûre. Il lui était nécessaire, salutaire de rejeter tout ce qui pouvait le rendre attachant à ses yeux.
Sans qu’elle n’ait répondu, son propre regard s’ajouta prudemment à l’examen qu’Oswald fit de lui-même. Grâce à la lumière de la lampe torche et malgré la brume inopportune qui brouillait son champ de vision, elle distingua certaines de ses blessures. Alors qu’elle considérait ce que le mafieux avait recueilli sur le bout de ses doigts, son esprit suivit le même cheminement que le sien. La créature semblait avoir été plus clémente à son égard : la seule brûlure dont elle souffrait était celle de son bras ; pour le reste, la résistance de son uniforme avait manifestement suffi à la protéger. La milice, de ce – seul – point de vue-là, avait eu la décence de bien faire son travail.
Katsiaryna finit par froncer les sourcils. Oswald, lui, n’avait malheureusement rien pour diminuer la réaction exothermique qui devait lentement continuer de lui ronger la peau. Elle voulut s’enquérir de son état mais il la devança. « Tu m’en dois une, je crois bien. Retire-moi cette merde. » Elle referma la bouche, se mura dans un silence défiant en posant sur lui un regard fauve, très assombri par la douleur et l’épuisement. Elle avait naturellement conscience qu’il y avait ici un piège à éviter. Ses réflexes les plus primaires se manifestaient à nouveau. Il lui était extrêmement difficile d’oublier qu’elle n’était pour l’heure plus qu’un morceau de viande tout à fait étranger aux impératifs de la milice. Le bon sens – ou plutôt le cœur – aurait voulu qu’elle consente à le libérer de ses liens, qu’elle voie exclusivement les efforts qu’il avait déployés pour lui sauver la mise, alors même que son avenir semblait si compromis.
Mais il y avait longtemps maintenant que l’autoritarisme était devenu son seul et unique pilier. Elle trouvait tant de dangers à penser humainement. Aspirer à la machine, bien qu’elle soit condamnée à ne jamais y parvenir ; s’en rapprocher le plus possible cependant, rendre l’existence indolore. Seulement, Katsiaryna avait terriblement mal, à cet instant, partout, absolument partout. Et il ne restait que deux choses. « J’espère que j’aurais droit au moins à un bisou magique pour la gifle de tout à l’heure. D’autant que j’ai même pas répliqué. Si ça, c’est pas coopérer avec l’autorité, je sais pas ce qui te faut, gamine. » Il ne restait que deux choses, se répéta-t-elle, encore et encore. La capacité extraordinaire d’Oswald à s’exprimer avec légèreté dans les situations les plus critiques, son bagou à se faire écouter des pires créatures, opposé à son propre orgueil, dernier rempart contre l’attendrissement. L’humanité était décidément une trop mauvaise idée, aujourd’hui, un très mauvais calcul ; elle ne sauvait personne, opérait une sélection naturelle en jetant les plus tendres en pâture aux cœurs les plus cyniques. Aussi répondit-elle dans un tremblement de voix. « Si mon sens moral l’avait un jour emporté sur mon sens du devoir, cela se saurait, Oswald. Tu le saurais. » Son implacable professionnalisme avait une odieuse façon de lui tenir chaud. À tort ou à raison, les directives de la milice étaient toujours passées avant ce qu’elle devait personnellement aux autres. À cet égard, sa mère représentait l’exception qui avait cruellement confirmé la règle.
Découragée par ses propres insuffisances affectives, Katsiaryna baissa lentement les paupières. Au fond – et même si au fond n’était pas assez –, elle savait gré à Oswald de ses efforts : elle n’avait jamais su détendre l’atmosphère, elle. Evidemment, elle ne songea pas que lui laisser les menottes était aussi une façon pour elle de ne pas rester seule dans ce chaos si peu familier, dans cet accroissement critique de l’horreur. Ce n’était pas son genre. La froideur enveloppante de la machine, songea-t-elle encore. L’anesthésie des instructions aveuglément appliquées. Peut-être lui avait-il sauvé la vie ; mais la vie ne valait plus grand-chose, dans une Nouvelle-Orléans apocalyptique, la vie n’était plus ce concept si chaud, si rassurant que l’on chérissait et pour lequel on composait des hymnes : sa perte était monnaie courante et la survie, paradoxalement, absurdement, était devenue un miracle banalisé.

Elle ne voulut pas prolonger la réflexion plus avant.

Elle ne le voulut pas, car elle aurait alors abouti à l’idée que la dévalorisation chronique de l’existence, de la vie humaine, était précisément ce qui rendait le geste d’Oswald si précieux.

« Et pour le bisou magique, c’est niet. » conclut-elle après avoir cillé lourdement, afin de retrouver un semblant de contenance. Une douleur s’était insidieusement ajoutée à toutes les autres : celle de ne pouvoir lui être ouvertement reconnaissante. Peut-être comptait-elle secrètement sur lui pour se libérer comme un grand. La variation étrange de son comportement ne lui laissa pas l’occasion de s’en blâmer, cependant.

« Lena ? » Elle reconnut dans sa voix la tendresse dont elle avait d’abord cru qu’elle lui était destinée et eut un froncement de sourcils alors que sa propre naïveté commençait de s’agiter narquoisement sous son nez. Mais cela n’avait été qu’un chuchotement, se mentit-elle, peut-être avait-elle mal entendu. Toutefois il leva aussitôt toute ambiguïté. « Elena ? » Une palpitation nerveuse à ses tempes et une vexation dans le cœur lui apprirent combien la vérité lui déplaisait. Pourquoi aurait-elle à ce point préféré être celle qui avait précédemment permis à Oswald de rassembler ses débris de conscience et de force ? « Qui est Elena ? » s’enquit-elle en essayant tant bien que mal de ravaler toute manifestation de sentiment personnel dans sa voix. Et pour se vautrer davantage dans son mensonge, ayant du moins compris que cette Elena était celle qui l’exhortait à avancer, elle dut se résoudre à lui proposer une initiative qui lui plairait sans doute : « Allons la chercher. » Elle se persuadait ainsi que son pragmatisme venait simplement de reprendre ses droits. Après l’avoir contemplé sévèrement, elle redressa doucement le buste pour lui signifier qu’il était temps de repartir. Inutile, n’est-ce pas, de s’appesantir sur la démence qu’il affichait. Elle aurait préféré s’en tenir aux blessures corporelles. Or tout, chez lui, la contrariait. Mais ils devaient impérativement sortir d’ici. Et au plus vite. Elle ne savait pas comment. De la même façon qu’ils étaient entrés, sans doute. De fait, elle comprenait confusément que cet endroit ne présentait pas sa configuration ordinaire.

Ce fut en attendant maussadement l’appui du mafieux qu’elle s’aperçut de sa profonde indélicatesse : elle ne lui avait pas une seule fois dit merci. L’espace d’une seconde, elle en blêmit de honte ; pourtant elle n’ajouta rien, s’entêtant absurdement dans son orgueil mal placé.

Qu’importe. Toutes les crasses dont il s’était rendu coupable par le passé valaient bien un petit acte de bravoure. Elle eut un froncement de nez agacé.



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MessageSujet: Re: Drawing voices deep from you [PV Katsia']   Jeu 23 Nov - 1:03

Le prénom frissonne encore dans sa poitrine alors que la gorge voisine se permet de le déployer dans leur environnement sonore. Le visage fermé et la respiration pesante, le danois ne répond pas. Il ignore quel adjectif coller au front de cette gosse paumée de toute manière. Pas sa fille, pas sa sœur, pas même un membre éloigné de sa famille et pourtant, il l’a chéri de cette manière. A sa manière. A coup de sarcasmes et d’attentions discrètes. Il peut encore sentir le poids de son corps dans ses bras tandis que la fièvre l’emportait. Il s’est dit qu’elle ne pesait pas très lourd alors, là tout contre lui. Il a réalisé qu’elle était jeune, trop jeune pour crever. Souvent, il occultait ce détail. De bien des façons, Elena en a pris bien plus dans les gencives que la majorité des adultes. Elle n’avait déjà plus rien d’une enfant quand ils se sont rencontrés. Elle en gardait l’allure mais ses gestes contrastaient avec la candeur de ses traits tout autant que ses paroles acerbes. Rien ne lui a été épargné à cette petite. Et pendant qu’elle luttait pour survivre, lui passait sa vie à se détruire. La cruauté ne lui échappe pas. Que ça soit lui qui ait assimilé le venin pour subsister et non, elle. Ce qu’il aurait donné pour lui donner sa place. « Fais pas ta chochotte. Tu vas me faire gerber. Bouge tes fesses et agis, putain. » La voix émerge des tréfonds des ténèbres. Plus de visuel. Il devra se contenter de ça. D’emporter avec lui une petite part d’elle, logée dans son crâne, ça vaut mieux que de l’oublier de toute façon. Il se racle la gorge, retrouve un semblant de contenance et se redresse pour marquer ce fait. Il lui faut retrouver un semblant de contrôle. Ou du moins, s'en offrir l'illusion.

L’émotion colle encore à la voix cependant quand elle s’allonge entre eux. Et ça, bien malgré lui. « Dis pas de conneries. » Il pense qu’elle se moque de lui, qu’elle gratte là où ça fait mal. Après tout, en se montrant aussi vulnérable, il lui a offert plus d’une munition. Il ne s’attend pas à mieux de sa part, de s'en servir pour tirer sur lui à bout portant. Elle sait pertinemment qu’ils ne sont que deux ici. Et elle connait tout autant les séquelles psychiques qu’il a subies. « Je suis peut-être sacrément barjot mais faut pas abuser. » Qu’il réplique avec un air faussement assuré. « Heureusement que je compte pas sur toi pour me faire capter ce qui est vrai et ce qui l’est pas. Et ta liste s’allonge, au fait. » Son bras vient entourer la milicienne pour la soutenir une nouvelle fois et ponctue son propos. Il ramène une fois de plus le coude de son interlocutrice autour de sa carrure et grince des dents quand la douleur refait surface. Les toxines s’agglutinent contre la rétine, s’accumulent dans les bronches et rendent ainsi la situation encore plus insoutenable. Ajouté à tous ces encombrements, le stress permanent détraquant la mécanique aortique. Derrière eux, les ombres remuent déjà. Les forces reviennent le temps d’une secousse, l’adrénaline agit sous l’impulsion de l’instinct de survie. Ce n’est pas pour sa vie qu’il se met à courir mais ça, elle peut bien l'ignorer, lui également d'ailleurs.

Sa prise se resserre alors qu’ils franchissent la prochaine porte. Il dégage le passage à coups de pied. Des mâchonnements se font entendre ici et là. Plusieurs bestioles rampent dans cette nuit opaque. Il peut scinder les cris imaginaires de ces sons quasiment organiques. Alors qu’il butte maladroitement contre un corps à moitié déchiqueté, Oswald se met à penser que finalement, ils n’ont peut-être jamais été seuls ici. S’il y a des survivants, il ne parvient pas à les identifier parmi ses mirages auditifs. De toute manière, le scandinave s’en fiche bien. Il choisit très vite de sauver leurs fesses et non celles d'anonymes dont l'existence ne l'intéresse pas. Sans jamais s’arrêter, il poursuit leur course, soulevant la blonde quand cela lui parait nécessaire.

A bout de souffle, il brise de l’épaule la paroi fragile, fendue menant au wagon suivant. Il s’y reprend à trois fois, grogne à chaque martèlement, l’acide grignotant encore la peau et finit à la quatrième fois par outrepasser le rempart. Sans se poser de questions, l’escroc continue sur sa lancée, se remettant à sprinter en consumant toute son énergie. Il lui faut plusieurs longues secondes pour noter le changement atmosphérique, pour comprendre que l’oxygène s’achemine bien plus facilement dans les poumons. Le rythme démentiel de la course s’amoindrit mais les cauchemars se poursuivent au-dedans. Ses doigts s’enfoncent un peu trop dans la chair de son alliée. Comment savoir ? [color=#ffffff]« Tu entends encore quelque chose ? » [/color]L’interrogation transperce ses démons l’espace d’un instant avant qu’ils ne se mettent à gratter à nouveau le cœur. C’est les intonations de Lisa qui le hantent désormais, l’accusent, l’acculent. Tétanisé à nouveau au milieu de l’obscurité, l’arnaqueur ne parvient plus à décoller sa semelle du plancher. Par chance, la lumière revient et atteste de ce qu’il a pressenti. Le métro a retrouvé son allure habituelle. Un coup d’œil par-dessus son épaule, par sécurité. Rien. Pas de monstre. Sonné et désorienté par ce changement, l’homme se contente d’aviser la réaction de sa complice, cherchant un semblant de réponse dans sa pupille. Puis la fatigue et la souffrance physique le ramènent à l'essentiel.

Légèrement tremblant, les guiboles accusant la fuite, il s’installe sur le premier siège à sa porte. Il emporte et place précautionneusement, sa comparse à ses côtés, non sans grommeler quelques phrases incompréhensibles. Le train redémarre, il se surprend à en écouter religieusement les bruits métalliques et à les savourer. Toutes les autres tonalités se sont éteintes et de manière inattendu, il se sent tout à coup affreusement seul dans cet espace inondé par la normalité. Risible. La paume cueille la sueur, la chasse des tempes alors qu’il défait très lentement sa poigne autour de la blessée maintenant qu’elle possède un appui suffisant. Le front posé contre la main, le criminel reprend péniblement son souffle. « J’aurais bien une idée pour chasser toute cette tension et oublier ce qu’on vient de voir mais elle risque de pas te plaire. » commente-t-il avec insolence afin de rétablir un semblant de dialogue au milieu de cette démence.

Les doigts viennent comprimer la brûlure, tentent de comprendre les événements endurés, en vain. Désabusé, le quadragénaire fixe un point imaginaire face à lui. « Et maintenant, hein ? » Il capture les prunelles de la soldate dès la seconde suivante, la soumet à un sérieux qu’il ne manifeste que très rarement. « Tu comptes vraiment me garder menotté à toi encore longtemps ? » L’agacement s’estompe, offre toute la place à son impertinence coutumière. « Non parce que, c’est sûr que ça va pas être très pratique de coexister comme ça. C’est clair que ça va nous rapprocher et que ça me dérange pas de t’aider à te désaper le soir avant d’aller te coucher mais … Ton sens du devoir, il a des limites j’espère ? Parce que je vais pas te tenir le rouleau de papier cul tout de même. » Un rictus point, léger, sans chaleur et disparait très vite. Le peu de couleurs sur son visage témoigne du trouble bien présent. Secoués, éreintés, blessés, les vêtements crasseux, la mine déconfite et la respiration toujours erratique, ils sont pathétiques et diminués. Il n’a même pas envie d’en parler. Il n’est pas sûr de vouloir réellement piger ce qu’il s’est passé. Il veut juste rentrer, s’abrutir avec les premières substances illicites qu’il dénichera. Mais pour ça, il lui faut régler quelques détails majeurs. « Allez, si tu me libères, on oublie le bisou. Et je suis prêt à étendre ma grande bonté en te balançant à l’hosto une fois que c’te truc sera arrêté. Pour quelqu’un que t’as pourri et que t’as envoyé à la torture, je me trouve sympa. Affreusement sympa et conciliant. » Il lui sert quelques battements de cils, pousse le vice en se permettant de virer les quelques mèches solaires encombrant la vision de sa protégée et finit par lui tapoter le haut du crâne ensuite. Sa façon de manifester son soulagement à retardement.

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MessageSujet: Re: Drawing voices deep from you [PV Katsia']   Dim 10 Déc - 14:09

Drawing voices deep from you
Walking out into the dark cutting out a different path led by your beating heart. All the people of the town cast their eyes right to the ground in matters of the heart. The night was all you had. You ran into the night from all you had. Found yourself a path upon the ground. You ran into the night you can’t be found. But this is your heart. Can you feel it ? Pumps through your veins. Can you feel it ?


« Dis pas de conneries. » Katsiaryna eut un froncement de sourcils contrarié. La réponse d’Oswald, comme souvent, venait de mettre une fausse note dans la partition douteuse qu’elle avait prétendu écrire. Sans un mot, elle lui reprit la lampe torche pour se distraire un tant soit peu de l’émotion perceptible qu’il avait dans la voix. « Je suis peut-être sacrément barjot mais faut pas abuser. » Une grimace de déplaisir lui tordit la bouche. Il avait quelquefois de ces plaisanteries dont elle était proprement incapable. Pourtant… « Heureusement que je compte pas sur toi pour me faire capter ce qui est vrai et ce qui l’est pas. Et ta liste s’allonge, au fait. » Un faible rire, nerveux, manqua de lui échapper. À la place, une manifestation mal étouffée de douleur, qu’elle déguisa maladroitement en grognement comme il l’aidait à se redresser. Elle peina terriblement, les premières secondes, à ne pas se reposer entièrement sur lui ; elle se sentait affreusement lourde et infirme alors même que ses jambes avaient été épargnées par les assauts de la créature. Quelle ironie d’être devenue le poids mort que l’on traîne, se reprocha-t-elle avec amertume, alors qu’elle avait d’abord eu la prétention, dans un accès d’altruisme plus que suspect, de ne pas le laisser derrière en l’attachant à elle. Brillante idée, vraiment. Elle voyait déjà se profiler un autre dilemme moral à l’horizon de leur hypothétique survie, et ce fut la perspective d’y être confrontée, combinée aux clameurs qui s’étaient de nouveau élevées dans l’obscurité, qui injectèrent dans ses jambes l’adrénaline nécessaire à un semblant d’autonomie. Pas à pas, ses mouvements lui réchauffèrent de nouveau le corps, réduisirent l’ankylose de ses membres. Elle tâcha de peser un peu moins sur Oswald, en dépit du bras qu’il resserrait davantage autour d’elle chaque fois qu’il faisait céder une nouvelle porte sous le poids rageur de son pied.

La rame lui semblait interminable. À mesure qu’ils progressaient, Katsiaryna s’apercevait que le délabrement abominable des lieux n’allait pas en s’arrangeant. Elle songea vaguement, sans soupçonner à quel point elle touchait juste, que les enfers étaient venus jusqu’à eux à la façon d’un relent, d’une vomissure acide. Elle n’arrivait pas à se rendre sourde à tous ces bruits qui les environnaient, pulsations d’une vie macabre qui lui hérissait la nuque et lui donnait une furieuse envie d’y mettre le feu. Lorsqu’elle eut le malheur de diriger le faisceau de la lampe torche vers le corps contre lequel Oswald venait de buter, l’odeur de décomposition qui en émana et les mutilations qu’elle ne reconnaissait que trop bien lui donnèrent un haut-le-cœur. Désorientée, assommée par l’idée insupportable qu’ils n’avaient pas été les seuls à se retrouver prisonniers d’un tel endroit, elle eut le réflexe improbable de vouloir s’arrêter pour déterminer s’il y avait encore quelqu’un, quelque chose à sauver. Néanmoins, la progression impérieuse de son compagnon d’infortune et la douleur qui lui transperçait l’abdomen la dissuadèrent d’esquisser le moindre mouvement superflu. Elle souffrait déjà doublement chaque fois qu’il la soulevait pour lui épargner un obstacle ou avaler plus vite la distance qu’ils avaient à parcourir. Il lui aurait coûté de s’en plaindre, cependant, aussi anticipait-elle tout sanglot en gardant la mâchoire résolument serrée.

Tandis qu’il cherchait à enfoncer une énième porte d’un coup d’épaule, elle s’aperçut, à l’aspect vacillant du faisceau de lumière dont elle parcourait les parois du wagon, que sa main tremblait de plus en plus, échappant totalement à son contrôle. Ce poison qui corrompait l’air était peut-être le fait des créatures qui le respiraient. La nécessité perverse où elle se trouvait de l’inhaler à fond l’enrageait. Elle éteignit brusquement la lampe torche pour ne plus être accablée par ses humiliantes démonstrations de faiblesse.

Suffoquée par le soufre ambiant et la douleur, l’étrange purification de l’atmosphère fut la première chose qu’elle remarqua une fois qu’ils eurent repris leur marche. Son cœur palpita douloureusement ; elle inspira et expira à s’en faire mal, pensant l’accalmie passagère. Mais il lui sembla tout à coup que le sol ne menaçait plus de se dérober sous ses pieds ; que les bourdonnements, si près de faire éclater ses tempes, diminuaient progressivement ; que ses sens recouvraient lentement leur efficacité, l’aidaient enfin à rationaliser la souffrance qui lui courait dans tout le corps, l’y rendant plus endurante. Katsiaryna sentit avec acuité les doigts d’Oswald s’agripper à elle et ne put réprimer un soupir où trembla un soulagement tout instinctif. « Tu entends encore quelque chose ? » Et, tendant l’oreille à travers le chaos de son pouls, elle eut la satisfaction inespérée de ne plus rien percevoir de ce souffle visqueux qui saturait l’enfer auquel ils venaient manifestement de s’arracher.

Soudain, ce fut comme si tout le poids du monde lui était tombé sur les épaules. L’immobilité subite d’Oswald ajouta à son envie de s’effondrer et de s’allonger là, dans le noir, pour ne plus être confrontée à la sordide réalité. Une fois encore, ses forces l’abandonnèrent temporairement ; la lampe torche roula de nouveau sur le sol maculé du métro et ce fut à l’exact moment où elle percuta le pied métallique d’un siège que la panne électrique prit fin. Annoncée par de longs grésillements, la lumière se diffusa dans l’ensemble des wagons, mettant au jour une crasse toute humaine, ô combien ordinaire, ô combien rassurante. Katsiaryna se surprit à fermer longuement les yeux pour que rien n’en déborde. Quand elle les rouvrit, ce fut pour croiser le regard d’Oswald, visiblement aussi confus, aussi désemparé face à la clémence toute relative de leur sort qu’elle ne l’était. Le métro n’était pas encore reparti. Ils semblaient seuls dans ce wagon et ceux qui l’encadraient. Aucune voix humaine ne leur parvenait. Elle ignorait que tous ceux qui avaient emprunté la rame en même temps qu’eux n’avaient pas forcément eu la chance d’y revenir. D’en réchapper. « Je pense que c’est terminé. » murmura-t-elle d’une voix râpeuse, ponctuant ses premières paroles d’un silence prudent, craignant d’être aussitôt démentie. « On ne court plus le moindre danger... » finit-elle par ajouter comme pour défier le sort. « En tout cas, aucun danger qui sorte de l’ordinaire. » Il n’y avait de toute évidence plus de feulement sinistre pour lui répondre. Son cœur se liquéfia à nouveau de soulagement.

Son organisme brûlait de s’endormir, se défendait en repoussant mollement le superflu maintenant qu’il n’était plus tenu d’enregistrer la moindre manifestation de l’enfer qui les avait environnés. Comme désolidarisée de son propre corps, elle se vit à peine rejoindre le siège le plus proche aux côtés du mafieux, ne revint à elle qu’au moment où la douleur l’élança tandis qu’elle s’asseyait péniblement – ou plutôt qu’Oswald l’aidait à s’installer avec cette prévenance inusitée qui ne l’avait toujours pas quitté. Ses genoux, désormais incapables de soutenir le fléchissement de ses jambes, avaient presque cédé. Ses membres se mirent aussitôt à refroidir, exhalèrent ce qui leur restait d’énergie comme un agonisant le ferait de son dernier soupir. Les battements chaotiques de son cœur lui emplirent de nouveau le crâne. Il lui semblait pouvoir mourir là. Une amertume au coin des lèvres et des yeux, elle peinait à garder le menton levé. Plus elle songeait à tout ce qui venait de leur arriver, plus ses sourcils se fronçaient d’incompréhension et de colère.

Le démarrage du train emporta son buste en avant ; elle se ressaisit dans un claquement de langue et considéra en silence son compagnon d’infortune dont le bras ne la soutenait plus. Le lent déroulement dans lequel il s’était retiré lui avait donné froid. Cependant elle se taisait obstinément. Il n’était pas difficile de comprendre, de mesurer combien il avait dû se faire violence pour se montrer à la hauteur de la situation. Sa verve assassine ne lui avait pas été d’un grand secours, n’est-ce pas ? Katsiaryna ne desserrait pas les dents. Elle ne savait pas vraiment quel mot, quel geste avoir pour lui signifier qu’elle lui était reconnaissante au-delà de leurs convictions, tourments et travers respectifs. Reconnaissante bien malgré elle. Alors elle ne fit rien. Ne dit rien. N’eut pas le courage de se hasarder à la moindre maladresse affectueuse. Froidement, lâchement, elle préféra ensevelir encore tout ce que ce monde vicié pouvait miraculeusement contenir de précieux. Son regard ne s’était adouci qu’une seconde ; pour se réobscurcir aussitôt. « J’aurais bien une idée pour chasser toute cette tension et oublier ce qu’on vient de voir mais elle risque de pas te plaire. » Elle finit par baisser les yeux. Il s’était montré, se montrait encore plus fort qu’elle en tout point. Au-delà de ce constat humiliant, sa sociabilité atrophiée lui susurra qu’il était peut-être temps de sourire ; mais la tentative, à peine contrôlée, avorta en un tremblement âcre au bord de ses lèvres. Les mots lui manquaient. L’envie de faire semblant que tout allait bien également.

De fait, elle ne parvint pas à contenir le reproche éclatant qu’elle se sentit au fond des yeux lorsqu’il reprit ses railleries déplacées. En vérité, elle aurait aimé pouvoir en rire, lui rendre chacune de ses indélicatesses sur le même ton faussement léger. Mais son tempérament taciturne s’érigeait invariablement en rempart tout autour d’elle. Elle s’abîmait dans un silence lourd, hostile et fugitif tout à la fois, qui avait toujours été chez elle le signe d’un profond désarroi. Sans un mot, les paupières pesantes d’orgueil et d’agacement, elle considéra la froideur du sourire qu’il s’était composé, avant d’accrocher à nouveau son regard, fixement. Elle n’était pas dupe de sa petite comédie, bien entendu, mais sa pudeur affective la disposait à le laisser se voiler la face. Surtout, elle non plus n’avait guère envie de songer à leur état lamentable. Pourtant elle le dévisageait avec insistance, ne pouvant détourner les yeux de tout ce qui, chez lui, hurlait la souffrance.

« Allez, si tu me libères, on oublie le bisou. Et je suis prêt à étendre ma grande bonté en te balançant à l’hosto une fois que c’te truc sera arrêté. Pour quelqu’un que t’as pourri et que t’as envoyé à la torture, je me trouve sympa. Affreusement sympa et conciliant. » D’un mouvement de tête farouche, Katsiaryna se déroba à ses gestes étrangement – cruellement – tendres. Elle se sentit furieuse contre lui, l’espace d’une seconde ; une égalité d’humeur était pourtant tout ce dont elle avait besoin, à cet instant, et il l’empêchait sans arrêt de garder sa contenance. « Je n’ai pas besoin de toi. » se défendit-elle avec opiniâtreté. C’était vrai, en un sens, mais l’amertume et la vexation changeaient ce qui devait être à l’origine une noble et légitime obstination en une risible et déraisonnable puérilité.

Je n’ai plus besoin de toi, aurait-elle dû rectifier pour être tout à fait honnête – vraiment ? –, mais cet infime détail l’exaspérait. Une fois encore, elle préféra se réfugier derrière son éternel mur de silence. Elle dut pourtant s’astreindre à prononcer des paroles qui lui coutèrent – c’est qu’elle n’avait nullement l’habitude de se lire. « Je t’ai menotté à moi pour ne pas être tentée de t’abandonner à ton triste sort. » lui fit-elle remarquer en soufflant agressivement par le nez. « Et la seule chose qui pouvait excuser la stupidité d’un tel geste était la perspective de pouvoir te livrer à la Milice une fois que l’on s’en serait sortis. » Pourquoi cette perspective lui semblait-elle odieuse et hors de propos, désormais ? Avant de pouvoir se questionner trop avant, elle s’empara de son biper et constata, non sans surprise, que son précédent message de détresse avait été pris en compte à retardement. Un faible rire lui échappa bel et bien, cette fois-ci, beaucoup plus amer qu’elle ne l’aurait voulu. « Ils seront là plus vite que je ne l’avais prévu. » lui annonça-t-elle en rangeant le petit appareil. Au reste, pourquoi son sang n’avait-il fait qu’un tour ? Quelle sottise son instinct – son cœur ou ce qui lui restait d’âme – avait-il planifiée sans même qu’elle ne le soupçonne ? « Je te l’ai déjà dit, Oswald, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. » Elle eut un ultime silence, on-ne-peut-plus éloquent, à travers lequel elle put lui dire toute sa pensée : certains gestes, parmi lesquels se trouvait la décision inconcevable de le libérer, ne pouvaient décemment pas venir d’elle. « Après tout, poursuivit-elle, est-ce de ma faute si tu es trop idiot – pardon, trop civilisé – pour fouiller les poches de ma ceinture et y trouver ce que tu convoites tant… ? »


Une poignée de minutes plus tard, le deuxième bracelet métallique, ouvert, reposait en travers du siège qu’il venait précipitamment de quitter.


Ce geste ne peut venir de moi, se répétait-elle, se convainquait-elle intérieurement. L’absence totale de résistance qu’elle lui avait opposée tandis qu’il reprenait enfin son destin en main – en même temps que la petite clé et son précieux briquet – représentait déjà une faute difficilement réparable.


Enfin seule, le spectre de ses sarcasmes impertinents dans les oreilles, Katsiaryna ne put réprimer davantage l’affaissement de sa tête et de ses épaules. Elle se livra sans la moindre retenue à l’épuisement, à la douleur qui pulsait violemment dans tous ses membres et semblait désormais lui tenir lieu de sang.

Sans doute venait-elle de passer à côté d’une superbe occasion d’accomplir son sacro-saint devoir. L’incorrigible, l’impénitent, l’incurable Oswald Madsen, enfin appréhendé par la Milice…


Mais Oswald Madsen aux mille frasques, Oswald Madsen, capable de se soustraire indéfiniment aux griffes de ses poursuivants, était l’un des derniers vestiges de stabilité au sein d’une réalité où tout foutait le camp, l’un des derniers piliers d’un monde, de son monde, à elle, le sien, qui lui permettaient encore d’affirmer que celui-ci tournait toujours à peu près rond.


Or c’était assez d’anomalies, de déséquilibres, de ruptures pour aujourd’hui.


Oswald Madsen, pour un temps supplémentaire, pour un tout petit temps seulement, devait continuer de courir, de truander dans les rues de la Nouvelle-Orléans. Dans le grand chambardement de son esprit, elle se jurait naïvement de lui mettre la main dessus plus tard, quand elle serait prête à subir une nouvelle crise, une nouvelle reconfiguration des éléments qui composaient sa routine dénaturée. Pour l’heure, paradoxalement, ironiquement, Oswald Madsen représentait encore l’un des derniers restes de sa propre normalité.


Elle n’avait pas été capable de le remercier autrement.


Et si la Milice ne lui aurait sans doute pas pardonné une telle complaisance...


... Katsiaryna n’était pas certaine non plus de pouvoir pardonner à la Milice l’incompétence crasse à laquelle elle l’avait contrainte vis-à-vis de ces monstres imprévus.


RP terminé    



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