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 Cruelle Aurore

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SUCKER FOR PAIN

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↳ Métier : Voleuse, Joueuse, Traqueuse, Tueuse, Mercenaire
↳ Opinion Politique : L’insouciance des jeunes pousses, volage et indifférente. Mais dans l’inconscient, le code sacré du Minotaure.
↳ Niveau de Compétences : Niveau 1 - Baby Monster
↳ Playlist : Between the bars - Elliott Smith ¦ Seven Nation Army - The White Stripes ¦ John and Jehn - Vampire ¦ Bashung - Madame Rêve ¦ Queen - Killer Queen ¦ Hubert Félix Thiéfaine - Les Dingues et les Paumés

↳ Citation : Madness is the emergency exit. You can just step outside, and close the door on all those dreadful things that happened. You can lock them away. Forever.
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MessageSujet: Cruelle Aurore   Mer 2 Aoû - 16:06

Cruelle Aurore


C’est un visage d’ange, innocent, que caresse des années d’absence. Des yeux de jade, verdoyants, que la lumière brule de mille nuances. Comme des perles, des bijoux, d’une beauté sans valeur, sur une peau pale, porcelaine. Des yeux plein d’envie et de désirs, des yeux qui regardent tout, tout le temps. Qui dévorent le monde sans s’en rassasier. Ce sont les yeux d’un enfant, d’un nouveau-né. C’est comme si l’âge n’avait affirmé les traits de son visage. C’est comme si une personnalité ne s’était encore emparée des fils de son corps. C’est comme si elle n’était qu’un fantôme, un souvenir, l’idée d’une jeune fille. Belle et irréelle, dans un monde sale et froid. Personne, elle n’est personne pour ce monde et même ses proches ne la reconnaîtraient. Personne, elle se sent personne, et même elle ne saurait se définir. Car ce qu’elle est juvénile. Car ce qu’elle est, est tant d’instincts et de doutes, de silences et d’un cri – celui de sa naissance. Comme un promeneur solitaire qui veut atteindre le sommet de la montagne, et se perds, se perds, et oublie, oublie. Qui il est, où il est et pourquoi. Pourquoi la montagne et pourquoi la vie. Il n’y a dans son regard que le désir de connaitre et la naïveté de ceux qui n’ont jamais eu les ailes froissées.

Et aussi.
Elle ne veut pas dormir.

Faut dire, aussi, les hommes, ils ne ressemblent en rien à son Minotaure. Ils ont un visage, un nom, ils ont des mains, la violence de leurs poings et la douceur de leurs caresses. Ils ont une voix, cruelle ou rauque, grave ou fluette. Ils ne lui font pas peur les hommes, ils ne ressemblent en rien aux monstres qui peuplent ses cauchemars. Et même si la ville, si grande, est pareille au labyrinthe de son bourreau et maitre, elle se sent presque à l’abri. Invisible.

L’Ariane a les cheveux longs, emmêlés, sales. Il faut dire aussi, elle n’a pas de maison. Plein de nœuds, elle ne se souvient pas ce que c'est d'en avoir. Et si Bianca a passé ses doigts dans sa chevelure, c’était il y a longtemps, au début de la nuit, il y a presque une autre vie. Et puis ce n’est pas si important, ce n’est pas ce qui gronde en elle. Désir. Faim. Besoin. Et surtout ne pas dormir. C’est comme une litanie dans sa tête et ses yeux qu’elle garde grands ouverts. C’est comme un chant, lointain, qui hante ses pas. Ses pas, elle marche. Parmi les ombres et au cœur de la nuit.

Kriss est pareille à ses princesses perdues, errantes dans les limbes comme dans la rue. Sans avoir déjà basculée du côté des mendiantes, ou celui, bien plus honorifique, des prostituées de l’amour. Et si on la regarde parfois, qu’elle croise des âmes aussi nocturnes qu’elle, elle passe comme un ange. Aussitôt vue, aussitôt oubliée, invisible. Comme si un drame couvrait son visage. Comme si la mort était le linceul de sa peau. Comme si personne ne voulait savoir et qu’il n’y avait, de reste, rien à savoir.  Les cernes sous ses yeux, la pâleur de sa peau, les lignes épuisées de ses joues. Elle semble si éveillée, et en même temps, c’est comme si elle foulait déjà les brumes éthérée d’une autre histoire, comme si chaque pas l’entrainait toujours plus profondément dans un rêve.  Un chemin que personne, personne, ne voudrait emprunter.

Dormir, Dormir, Dormir.

Les premiers reflets de l’aube, déjà, égaient son visage pale. La vie. La vie revient. La lumière est froide, elle en ressent pourtant une certaine chaleur. Elle s’en nourrie, elle s’en abreuve, de cette lumière étincelante qui éloigne la nuit, qui éloigne le besoin de s’allonger, de s’endormir. La vie, la vie et toutes ses agitations reviennent. Mais la vie, en soi, n’est plus vraiment son obsession. Sitôt elle revient et sitôt Kriss se sent étrangère. Et déjà, elle se mélange aux ombres nouvelles, grandissantes, qu’apportent le jour. Et cette odeur. Il y a une odeur dans l’air, un air de la nuit, les dernières étincelles d’un sentiment. Et ivres, ceux qui en ressortent. Il y a ce qu’il reste de noirceur avant que l’aube ne vienne laver les pavés de sa lumière pure.

C’est un homme aussi affamé qu’elle. Qui la regarde, la suit, l’attrape. Il ne voit pas la plante de ses pieds ensanglantés – elle a abandonné les talons de  Bianca il y a longtemps déjà. Il ne voit pas ses cheveux défaits, son air fatigué et le sentiment de vide qui l’habite. Il ne voit même pas la plaie sur son bras, la marque noire d’une espèce différente. Il ne voit que ce qu’il voit. Cette robe noire au tissu délicat. Ce visage innocent et cet air perdu. Il ne voit que ce qu’il voit. La jeunesse, le doute, la faim, la déperdition. Une proie facile, un chaton égaré, une demoiselle en détresse.

Elle ne voulait pas dormir.

Et sa poigne enserre le poignet fin de la jeune femme. Il la jette contre le mur. Une perle de sang glisse le long de ses cheveux. Elle la sent presque, une odeur de délivrance, une odeur de violence. Il se serre contre elle, et derrière le mur froid, râpeux, abime sa peau fine. Il pue. L’alcool et le désespoir. Il pue. Ses lèvres s’ouvrent, elle le maudit dans la nuit. Il pose son bras sur sa gorge pour la faire taire, elle feule comme un chat sauvage. Et ses doigts griffent son corps, son visage, tout ce qu’elle peut toucher. Il ne s’en soucie guère, le monstre est déjà en dehors de sa cage. Il lui crie de se taire. Kriss commence à paniquer, son corps lui échappe, son âme est aux abois. Elle essaie de se rappeler, comment, déjà ? Ce qui lui était venu naturellement quand elle chassait, lui est soudain hors de portée alors qu’elle est petite proie.

Lui non plus, il ne veut pas. Dormir.

Tu ne peux pas, tu es prisonnière de son odeur et même son âme te donne envie de vomir. Tu es prisonnière de sa peau, qu’il colle à toi, de ce bras qui étrangle tes cris. De sa sueur que tu sens contre toi. Tout chez lui te répugne. Mais il te tient, si fort. Tu es prisonnière de son monde à lui, un conte désenchanté où  les jeunes femmes ne sont que monnaie sonnantes et trébuchantes ou bassesses grasses. Il pue. Rappelle-toi ! Ce n’est pas le tien. Tu te rappelles. Il y avait un Monstre, un Monstre gigantesque, il n’avait pas de visage, pas vraiment de nom et tu fuyais, tu fuyais, tu fuyais. Fuir, tu essaies en vain, ton corps fatigué ne semble avoir la force de soulever le poids de l’homme et derrière toi le mur si dur est une impasse. La chasseresse feule, ce n’est pas un Monstre, ce n‘est pas Ton monstre, ce n’est qu’un homme. Mais même son énergie, si proche, n’appelle ta faim. Son souffle obscène écorche tout. Tes pouvoirs semblent néants. Tu es perdue petite fille, perdue dans le labyrinthe d’une autre histoire. Un coup de poing dans ton ventre semble étrangler ta dernière résistance. T’arrêtant enfin, tu le regardes droit dans les yeux. Cet homme. Des yeux aussi bleus que le bleu de l’océan. Des pupilles dilatées. Une faim que tu ne reconnais que trop bien, l’envie de détruire quelque chose de beau. L’envie de détruire. L’envie de posséder. Tes lèvres laissent échapper un murmure.

« I will kill you.
I will hunt you and I will kill you.
You better have to kill me first. »


« Je te tuerais.
Je te chasserais et je te tuerais.
Tu ferais mieux de ne pas me laisser vivre. »



Son corps se tends, prêt à retenir l‘impact, prêt à soutenir l’insoutenable. L’animal ne se débat plus, il se prépare déjà à une riposte. Il aimerait fermer les yeux, il aimerait même s’endormir. Mais Kriss garde les yeux grands ouverts.

Que l’homme fasse une erreur, et elle lui sautera à la gorge.  


Le Minotaure, il est si loin.
Le Monstre, ton Monstre.
Lui, il saurait te protéger.
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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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MessageSujet: Re: Cruelle Aurore   Dim 1 Oct - 23:31

La musique roule le long des murs, enfermée dans le club comme une honte à ne pas dévoiler, sous aucun prétexte, aux oreilles du monde extérieur. Pire, c'est une transgression, une opposition farouche à ce qui s'érige dans les beaux quartiers de la ville. Les beaux quartiers, voilà bien ce que je ne fréquente pas, me dis-je en lorgnant sur la porte métallique et résolument close du bar. Accoudé au comptoir, je compte les heures jusqu'à la fin de la nuit. J'attends patiemment que les filles aient terminé de se trémousser, la peau brillante dans la semi-obscurité de la salle et une lassitude latente dans les mouvements. Lorsque ce sera terminé, il me faudra patienter quelques dizaines de minutes supplémentaires que les chambres se vident et que les ébats s'endorment, engloutis eux aussi dans la nuit noire. L'oreille tendue, la nonchalance dans les membres lorsqu'il faut passer infatigablement le long des portes, celles qui renferment l'échange d'un amour factice. Écouter les soupirs, s'assurer qu'ils sont partagés et que les filles simulent convenablement le plaisir qu'elles ne ressentent pas. Être à l'affût du moindre soupçon de lutte, le verre pour seule compagnie et la cigarette nichée entre les lèvres, poison réconfortant dans la pénombre. Lorsque toutes les passes seront terminées, il faudra finalement clôturer la nuit et remplir les caisses du Little. Enfin.
Il arrive que le désir de croiser un client inconvenant me guette – sans succès ce soir. La nuit est trop longue et la fatigue trop lourde pour prétendre à m'user des poings martyrisés sur n'importe quel visage, sans raison.

Le bâillement étouffé par une ultime gorgée brûlante, je grignote quelques minutes de cette nuit interminable et accorde de l'attention au chien qui traîne à mes pieds et s'emmêle dans mes pas, maintenant éveillée. « Tu veux pisser ? Retiens-toi encore un peu. », la conjuré-je à voix haute, comme si elle comprenait ma demande. « On va bientôt rentrer. On va rentrer à la maison. », susurré-je à la bête pour la faire réagir. D'un bond elle m'échappe et se précipite vers la porte, fait désormais courir sur les murs les aboiements frénétiques d'une bête impatiente.
Les minutes glissent par dizaines et éjectent les hommes hors des chambres, la peau collante de luxure et l'esprit encore envoûté. La colonne vertébrale se redresse et la stature se grandit lorsque retentit le bruit caractéristique de la poignée qui se tourne dans le couloir. La barbe camoufle naturellement certaines des expressions de mon visage et je me contente de récupérer la rançon de quelques minutes de plaisir. Peu à peu, les voix gorgées de jouissance s'éteignent et s'estompent, les filles terminent leur nuit et dans mes veines coulent des heures de lente consommation. Puis, enfin, il est temps. L'heure de la libération sonne et les employés quittent les locaux en même temps que ma carcasse s'en extirpe. Le ciel n'est plus noir, la nuit laisse lentement place à son successeur et je ne presse pas la chienne. Elle se dégourdit les pattes et j'en fais de même, grille une nouvelle cigarette pour ne pas que l'ennui frémisse au bout de mes doigts. Laisse les prunelles courir sur le ciel, dans lequel quelques étoiles se laissent encore contempler, prêtes à disparaître dans la lumière du jour. La chienne marque de nombreux arrêts et je poursuis lentement mon chemin, étreins le désir de sentir un oreiller sous mon crâne, lourd d'une nuit trop longue.

Cet instant était trop calme, trop délicat pour subsister dans ce monde que j'habite. Ces moments sont éphémères, délicieux de cette fugacité que l'on n'ose approcher. Quand bien même serait-ce du bout des doigts, la crainte de la froisser au lieu de l'allonger est trop présente. Il faut les garder, sans même les contempler dans le blanc des yeux – sait-on jamais qu'ils prennent peur et s'enfuient plus vite encore. Celui-ci dura quelques secondes, minutes tout au plus. Il était doux mais si habituel qu'il est difficile de se dire qu'il ne se réitérera pas, il semble alors inutile de vouloir le conserver au creux de la main.
Un mouvement dans la poitrine, une palpitation différente du cœur, des fourmis dans les doigts, les bras, les jambes. Un poids qui s'ancre dans les entrailles, et ne m'alourdit pourtant pas. Le chien à mes côtés prend de l'avance sur moi, d'un mètre seulement – âgée de quelques mois maintenant, elle a grandi à une vitesse fulgurante, mais conserve toujours dans l'apparence une fragilité latente. Babines retroussées, la bave s'y accumule immédiatement, témoignage de sa soudaine prudence. J'esquisse un sourire, malgré le décor qui s'offre à mes prunelles lasses. La cigarette est abandonnée, elle s'allonge calmement au sol parmi tant d'autres, le fin papier toujours crépitant, la fumée tournée vers le ciel. Je ne suis pas doté de flegme et ne l'ai jamais été. Le sang bouillonne dans mes veines et les rétines me brûlent d'un tel spectacle, pourtant si fréquent. Un coup d’œil vers la chienne me rappelle que je ne peux plus tenir le rôle de l'animal, pas lorsqu'elle est là. Il n'est dorénavant plus question de se jeter dans un gouffre, tout prêt à se laisser engloutir silencieusement. Il faut l'inciter à ce qu'elle n'en fasse pas autant, à ce qu'elle retienne ses ardeurs face au danger. Encore peureuse, encore consciente de ses faiblesses, elle reste immobile, le corps tendu et immobile, les muscles bandés.

Deux corps pressés l'un contre l'autre, appuyés dans une posture ridicule et pénible à observer. Les battements de cœur sont bientôt infernaux, douloureux dans la poitrine et dans les tempes. L'ancre s'accroche à mes tripes et m'envoie une décharge glacée et le grondement résonne dans mon esprit. Le grondement monstrueux, animal, inhumain. À une époque, il me dégoûtait, représentait à mes yeux l'horreur d'une nature incompréhensible. Aujourd'hui, il faut l'accepter – il faut savoir travailler avec lui. Cette cohabitation forcée doit avoir de bons côtés, n'est-ce pas ? Peut-être faut-il les chercher, peut-être faut-il fouiller l'inaccessible pour en cerner les contours, si flous soient-ils.
Deux corps qui n'ont rien à faire l'un avec l'autre. L'ébauche qui se dessine sous mes yeux n'a pourtant rien d'extraordinaire. Les hommes qui viennent au Little n'ont rien à faire avec les putes qui offrent leurs services, ils s'attachent un instant à une esthétique qu'ils ne maîtrisent pas, le temps d'un dessin affreux. Je fais quelques pas et me glisse dans le dos de l'homme, à plusieurs mètres du mur contre lequel ils se trouvent. La colère enfle en moi, déjà prête à déborder – elle se répand toujours, jusqu'à se déverser entièrement lorsqu'elle pourrait se contenter d'un apaisement, certes, prématuré. En réalité, je n'ai plus qu'une hâte : qu'elle explose, qu'elle éclate contre ce mur comme un ballon gonflé d'eau. Les doigts frémissant d'une rage brûlante et douloureuse, la vision voilée, je me sens aveuglé lorsque j'avance vers la silhouette qui me tourne le dos. Aveuglé, prêt à me jeter dans le précipice, comme ce que je me refusais justement à faire il y a quelques secondes.

Les bruits de lutte, de gêne, et les souffles qui s'élèvent au-dessus des deux individus ne font qu'attiser le brasier. Non, je ne vois plus rien. Qu'une échappatoire au besoin latent que j'ai tant de difficultés à assumer. Ce besoin de sentir l'odeur, ferreuse, du sang sur mes doigts. Ce besoin de ressentir la douleur sur ma chair meurtrie, de sentir le corps d'un autre s'affaiblir sous les assauts du mien. Les muscles endoloris, torturés, l'esprit embrumé et relégué près de la poussière.
Il est temps, me dis-je lorsque je suis suffisamment près. Il faudrait réfléchir – positionner correctement mes membres, être suffisamment rapide, agir avec une somme de force convenable. Mais je n'en fais rien. Glissant mon bras contre un cou que je ne distingue pas, je serre aussitôt la prise achevée. De toutes mes forces, et le tire en arrière. L'homme est lourd, il gesticule immédiatement et rend la tâche difficile à accomplir. Paraît-il qu'il suffit de sept secondes pour que l'inconscience l'enlace. Sept secondes. Une, et il se débat comme un diable. Deux, ses bras s'envoient dans l'air et tentent de m'atteindre. Trois, ses doigts sont déjà à quelques centimètres de mon visage. Quatre, il se tord tant que j'ai l'impression que ma prise n'est plus aussi ferme – il faut rectifier le tir. Cinq, j'ai enfin l'opportunité de balancer successivement les genoux en avant. Six, les quilles se renversent enfin et l'homme glisse, m'entraîne dans sa chute. Sept, je serre de toutes mes forces le bras contre son cou. Huit, neuf, dix. Douze, quinze, je ne compte plus. Le poids mort sous mon corps m'incite à lâcher prise. L'adrénaline court dans mes veines et me gifle, douce amante, me pousse à cogner celui qui n'a dorénavant plus de défenses. La chose qui œuvre sous ma peau me chuchote de ne surtout pas m'arrêter. Autour de moi, il n'y a plus rien, rien d'autre que le vide. L'obscurité, d'une opacité troublante. La sueur roule le long de mes cils et m'aveugle, me brûle les yeux – qu'importe, puisqu'ils ne voient plus rien. Dans ces instants là, je ne regarde plus avec eux.

La poitrine gonflée, douloureuse d'un souffle frénétique, les mains poisseuses, je retrouve l'ouïe. La chienne aboie, m'alerte naïvement. La vue – il fait clair, le jour termine de se lever tranquillement, indifférent. La déglutition est difficile.
Lorsque je me redresse, les muscles douloureux de s'être rués, une énième fois, sur une cible, je me souviens. Penchant la tête de côté, j'observe la femme. M'essuie les mains sur le tissu rêche du jean, m'octroie deux nouvelles secondes pour retrouver une respiration décente. Sans succès, mais je m'approche pourtant d'elle. Cette scène n'est pas inhabituelle – en général, elles ont peur, doublement peur de moi. Mais je n'ai pas le temps, ni l'envie, ni le réflexe de prendre des pincettes. Jamais. « Ça va ? » Demandé-je simplement, d'une voix éraillée. Non, ça ne va sûrement pas, mais que dire d'autre. Puis prends le temps de l'observer une seconde. Ses cheveux, son visage, ses vêtements. Balayant du regard l'endroit, je n'ai pas davantage l'occasion d'être courtois. « Vous vivez dans la rue depuis longtemps ? » La femme Ievseï aurait, peut-être, l'opportunité d'accueillir cette femme. Cette femme qui, vraisemblablement, n'est plus une enfant – Laura Ievseï ne prend en charge que les gosses perdus, me dis-je vaguement. N'ayant pas le cœur de dire à l'inconnue qu'elle peut prétendre à une couche plus décente lorsque je sais pertinemment à quel point la vie est aujourd'hui difficile, je me contente d'un raclement de gorge. « Bon... Un p'tit-déjeuner, ça vous dit ? Vous avez pas vraiment l'choix. »

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MessageSujet: Re: Cruelle Aurore   Mar 10 Oct - 15:37

Burn your soul
From the Ashes, you will rise.

Les reflets dorés de ses yeux pales se brisent à la lourdeur incisive de l’homme qui la caresse bien contre son gré. L’or se mêle à la misère ocre et dans la verdure étincelante du nouveau-né s’use une jeunesse innocente. La rage palpite dans les sphères brillantes de ses iris irisés, mais la belle que la mort tente, délaisse son corps pour se réfugier dans les replis de sa mémoire retorse, fragments d’illusion qui lui reviennent, douloureux mais consolateurs. Elle s’échappe dans des chemins parcourut mille fois pour ne pas subir l’effroi d’une première fois. Kriss n’est pas si puissante qu’elle ne l’aimerait, et elle a beau appeler de toutes ses forces la faim qui fut sienne, sa peau n’épouse l’énergie de l’homme. La puanteur absout son appétit, l’âme pure ne saurait se tacher de tant de lâchetés, de tant de salissures basses. La créature ne rêve que d’une énergie belle et voluptueuse. Si jeune et déjà, si capricieuse. Si jeune, et si fragile. Des cendres couvrent encore ses forces, la poussière enraille son corps chétif. Kriss revient d’années de corps passif, embué, immobile. Ses muscles sont faibles et si sa volonté seule les maintient actifs, ils ne peuvent rien contre une force brute, frontale. La vérité la percute comme une évidence. Son créateur est un mort, la morsure est une bénédiction mais ne saurait être assez, son air fragile la rend vulnérable. L’enfant monstre se doit de grandir. Sa vie ne tient qu’à un fil, un fil fin sur lequel, funambule, elle a joué avec la nonchalance de l’artiste qui s’affame. La vérité la percute comme une évidence, il lui faudra subir l’intenable. La vérité la bouscule et la broie entre ses crocs cruels, Kriss était peut-être bien plus à l’abri entre les bras du Minotaure. Loin, si loin, de cette humanité dont les monstres n’ont la grâce des prédateurs mais juste le sacro-saint gout des gestes laids. La beauté de sa mise à mort n’est guère acquise.

Un nouvel espoir bruisse dans son cœur froid, il y a une ombre au derrière qu’elle perçoit a peine tant la douleur englue son regard. Kriss reste insensible, son visage porcelaine est vide de toutes émotions, la joie comme la crainte, la douleur comme la fureur. L’homme sale remonte lentement sa robe noire, révélant les prémisses des bleus qui coloreront sa chair. La peau fine est si fragile, inhabituée à la chute, à la déchéance, elle s’habille de cette petite mort. Se noircie sous les doigts, uppercuts masculins. Bleuie sous l’impact, même le plus léger, déjà le plus cruel. Les effleurements sont les scalpels de l’âme. Ils nourrissent une imagination grasse, pestilentielle. La peau pale se refuse à une lassitude détendue qui la rendrait plus malléable, moins sujette aux douleurs érectiles du moindre des tressaillements. La peau se transforme sous la cruauté, modelée par les gestes, les offenses. Douloureuse, elle envoie des décharges électriques à Kriss qui s’enfonce loin, dans un rêve glacé ou ni l’homme, ni son touché n’existe, s’enfermant dans un labyrinthe que la chair ne saurait atteindre. Mais alors que l’homme attrape une nouvelle fois ses hanches, la bouche baveuse, enflammée par un amour rageur perçant entre ses dents jaunes, une décharge plus profonde foudroie son échine féminine. L’ombre qui se rapproche, l’homme qui s’avance sans un bruit, il a la même grâce du prédateur qui s’abat sur une proie qui se croit victorieuse. La même violence contenue entre ses poings. L’insoutenable ne sera peut-être pas son odieux destin. Mais il lui faut détourner l’attention du monstre qui la retient. Quitter le labyrinthe et revenir dans son corps, au risque de se perdre.

Ce qui lui reste de fureur brule alors. Elle rue comme une jument qui s’agace. Et ses hanches blessées vibrent de colère. De ses ongles elle tente d’arracher les yeux de celui qui s’empare d’elle et ne griffe que son visage. Elle s’avance et mord sa chair. Les dents glissent sur la peau sale, claquent dans le vide, manque de percer une joue. Mais ce ne sont que de petits crocs, ils ne sont aussi tranchant que la faim qui la traverse. De rage, elle jure comme une petite fille et s’il pose sa main sur sa bouche, l’empêchant de gesticuler davantage, elle ne cesse de le repousser. Ses poings s’abattent alors sur elle, mordant son bas ventre. Coups sourds et profonds, ils embrasent son intérieur d’une douleur organique. Son souffle est difficile, elle ne peut se replier comme son corps l’exige. Dans son regard passe une faiblesse, la clarté d’une inconscience lui semble presque une délivrance. Mais l’âme est mordante, elle s’attache à la vie comme un chien hargneux qui s’approprie une chaussure et tirera tant que le maitre ne cèdera pas, et qu’importe la douleur d’une correction sévère. Kriss est aussi féroce que la lionne qui protège ses petits, plus tenace que le tique qui mord la chair, plus faible que la puce qui tente de blesser le chat. Mais elle attire à elle toute son attention, elle capture son regard, son touché, son ouïe et même son instinct de survie. Lui vole la moindre chance de ressentir l’homme qui s’approche.

Shadows are you new Salvation.

Il attaque. L’homme. Son regard qu’alourdie une violence froide la laisse stupéfaite. Ce n’est pas la première fois. Il attaque avec la froideur calme du tueur du Dimanche. Son bras attrape une gorge, tire, minutie calculée. Kriss, contre le mur, glisse, ses jambes frêles s’effondrent, sa volonté est happée, capturée. Elle n’est plus que ce qu’elle voit. Dans les yeux innocents ne passent aucune peur, un immense soulagement caresse ses pupilles, et les iris, les iris pales se gorge de cet air qui manque, Crystal soudain plus claire. L’homme, l’homme qui se meurt, il est exactement comme les autres, quand sa faim les éreinte. Il cherche, attrape, abat, il s’ébroue mais rien n’y fait. Le même bleu un peu foncé s’immisce sur ses lèvres blasphèmes. Les bras de Kriss viennent tout contre son ventre qui implose, elle tente de contenir la douleur, mais elle ne quitte du regard la mort qui s’avance. Elle ne compte pas, mais pourtant elle ressent le martèlement sauvage des secondes. La mort s’approche, la panique explose dans les yeux rouges, asphyxiées. Il tombe au sol, colosse dont la force s’étiole. Elle perçoit le moment de sa perte, alors même qu’il vit encore. A genoux sur le sol, un de ses bras quitte son flanc amoché. Fine et légère, Kriss se tends vers l’avant. Ses doigts cherchent la peau de celui qui se meurt. Fascinée par son âme en déperdition, elle aimerait dévorer ses derniers restes de conscience. Trop tard, les yeux tournent blancs, sa main revient à elle, comme brulée, contre son cœur qui bat la chamade. Les secondes s’éternisent, l’étrangère ombre salvatrice reste sur sa proie, déchiquettent ces derniers espoirs de réveil. Kriss se repose contre le mur. Les lumières de l’aurore brûle les arrêtes fatigués de son visage. Elle ferme les yeux un chaste un instant, se ressaisissant de ses forces. Et alors qu’elle se réveille, le chien est juste devant elle. Avec un sourire triste, elle le caresse, cherchant un réconfort auprès de l’animal.

La fureur bat toujours dans son cœur, c’est un sentiment étrange que son faux calme peine à tenir en cage. Elle aimerait hurler. Elle aimerait gémir. La douleur palpite dans son ventre. Mais la douleur n’est qu’extérieure. Le phœnix se maudit d’être si faible. Et alors que son cœur volcanique s’insurge, la voix calme de l’homme lui rappelle que la mort n’est de son fait. Elle répond dans un souffle sans grande conviction.


Ca va.

Lentement, elle pose ses mains contre le mur et s’aide à se relever. La douleur tambourine ses reins. Elle s’agrippe v la pierre puis se repose, les jambes encore un peu faibles, reprenant son souffle. Il s’inquiète. Il ne devrait pas, la vie est trop courte pour vivre dans une cage. La rue est bien plus excitante. Un sourire balaie ses lèvres, l’enfant a deux jours et sa renaissance lui est toujours aussi belle.


Non. Non, non. Enfin, si. Quelques jours.

La funambule avance sur le fil. Lentement elle se détache du mur, teste ses jambes. Sur ses hanches, les marques noircissent. Les mains s’accrochent à cette robe trop haute, redescendent les plis, cachant l’impudique et le cruel. Elle ne se sent, par ailleurs, d’aucune sensualité et c’est peut-être la première fois qu’elle s’adresse à quelqu’un sans désir de séduction, qu’il ne croit pas qu’elle recherche le voile de sa protection. Son bassin épuisé de tant de luttes est las. Et si alors qu’il lui parle de nourriture, sa faim refait surface, vague décimant sur son passage sa clarté et sa bonté. Sa rage latente rebondit contre le souffle court de l’homme et celui vide de celui qui git. De deux pas elle s’approche du corps et son échine ploie. Ses doigts se glissent contre la gorge infâme, chasse le moindre soubresaut. Le moindre battement de cœur. Rien. Un instant silencieuse, songeuse, alors qu’un vague soulagement se mêle à une besoin mourant de vengeance cependant tenace, elle se retourne vers son sauveur. L’homme sous sa barbe, semble avoir la douceur des bêtes sauvages. Celles qui, toutes pleine de griffes, malaxeraient sa peau avec amour pour la dévorer ensuite à la moindre once de faim. Il a touché la mort, et dans ses yeux brûlants, perce un certain soulagement, une certaine paix enraillée par une fatigue latente. Kriss ne risque rien. Alors, esquissant un sourire sur ses lèvres pales, elle répond de toute la voix qui lui reste.


D’accord, allons-y.
Je meurs de faim.

La faim martèle son corps, aussi puissante que sa douleur. Le Phoenix ne sait encore que son appétit est tout autre, que sa fascination pour l’étranglement est l’œuvre d’une pulsion prédatrice si profonde, qu’elle ne saurait y résister longtemps. Kriss s’éloigne du corps, son pas est lent, difficile. Ses bras encerclent son ventre et si nul froid ne la taraude alors qu’elle passe près de la mort, elle ne peut retenir un frisson. Comme l’homme pue. Songeant une dernière à son corps si près du sien, ses lèvres s’ouvrent une nouvelle fois, de son sauveur elle ne se cachera pas. Elle lui est infiniment reconnaissance du cadeau qu'il lui a offert. Ce cadavre refroidissant qui est sien.

Merci. Je m’appelle Kriss.

Au moment où elle dit son nom, la jeune femme songe qu’elle aurait pu changer complètement d’identité. Tuer vraiment la femme qu’elle fut pour se réveiller toute nouvelle. Personne ne l’aurait su. Et pourtant Kriss ne saurait s’y résoudre. Elle préfère le garder comme un verrou sur le passé, scellant son âme morte. Kriss est Morte, Vive Kriss. Puisse tout le reste, les souvenirs, les besoins, la famille, les illusions dépérir sous l’ombre de la nouvelle Kriss.
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MessageSujet: Re: Cruelle Aurore   Hier à 15:13

Sa silhouette se redresse puis s'affaisse, se gonfle puis se vide. D'abord tentée de nier, elle admet finalement qu'elle est dans cette situation depuis quelques jours. Posséder un toit au-dessus de la tête est plus encore qu'un luxe, et ce depuis des années. Le mien est peut-être fragile, certainement à la limite du miteux, mais il existe. La femme caresse ma chienne et j'esquisse un sourire fantomatique. Elle ne doit pas avoir un mauvais fond. Quant à savoir ce qui l'a menée ici, les raisons aujourd'hui en sont innombrables. Tirant sur le tissu de sa robe, l'inconnue achève de redresser un corps épuisé et empreint de lassitude. Il n'y a dans mon regard fixe qu'une mécanique spontanée, sûrement précipitée, de protection. Les prunelles la détaillent sans succès – qui était-elle, qu'était-elle, qui est-elle. Les questions se heurtent au mur froid et la curiosité grandit, d'autant plus attisée. Je l'observe s'approcher de ce bourreau, cet énième bourreau, et apposer sur la dépouille sa marque. Sa petite vengeance, sa riposte, la réponse qu'elle juge adéquate. Les doigts serrés sur la gorge, elle s'exécute. Avant que ses prunelles ne rejoignent les miennes, et j'esquisse un sourire en réponse au sien. Cette femme a l'air perdu, les yeux pâles de l'enfant fatiguée et son épiderme reflète une vitalité lasse. Mais elle n'a pas l'air de renfermer le vice, me dis-je. Ou la méchanceté. Je ne la connais pas, et elle représente beaucoup trop de choses. Si une fille du Little vivait la même chose, évidemment qu'il faudrait l'aider, et qu'elle n'aurait rien demandé pour terminer là. Et s'il était arrivé la même chose à ma sœur, il aurait évidemment fallu que quelqu'un l'aide. Je fais alors un pas en avant.

« Tu m'étonnes. Allez, suis-moi. » Dis-je simplement. Incapable de savoir ce que je ressens – elle me met mal à l'aise, certainement. Il y a dans son visage, dans cet état lamentable, l'inquiétude latente de savoir que cette misère peut frapper à tout hasard. Pas moi, je m'en fiche ; mais les autres. Ceux dont je prétends me ficher tout autant et dont pourtant le sort m'importe. Elle s'attarde quelques secondes de plus sur l'homme qui repose au sol, celui que j'ai déjà oublié. Vivant, il avait rejoint le camp des ordures ; mort, il est déjà un fantôme de plus dans ces rues. Je ne pense pas à la vie qui l'a quitté, à la mort au bout de mes doigts. À ce service rendu, qui consistait à tuer – quel étrange service. Réalisé avec empressement pourtant, sans l'ombre d'un doute.
Les bras serrés autour de son ventre, l'inconnue me rejoint tranquillement puis me remercie. Se présente finalement, et je hoche la tête. « Joseph. Et là... » Me penchant pour trouver la chienne des yeux, je la siffle et l'arrache à sa contemplation de l'homme qui gît au sol. Entre curiosité et agressivité, elle n'osait s'approcher pour le renifler, babines retroussées sur ses jeunes crocs. Elle répond presque immédiatement et se précipite vers nous, marchant à mes côtés, la curiosité maintenant toute dirigée vers l'inconnue – Kriss. « Orka. » Terminé-je. « J'crève de faim, moi aussi. On va pas aller très loin. » S'il est rare que je prenne le petit-déjeuner dehors, je le prends souvent à quelques rues lorsque je le fais. Ça n'est pas loin de ma deuxième maison, et dieu sait que les nuits y sont longues. À cette pensée, j'étouffe un nouveau bâillement.

Il ne fait pas froid dans les rues, bientôt baignées de soleil, mais la femme n'est quasiment pas vêtue. Il y a quelque chose chez elle qui me remue le ventre et je déporte rapidement mon regard sur le trottoir. Quelque chose de très égoïste, me dis-je enfin. Elle me fait de la peine, bien sûr – mais je ne la connais pas. Peut-être même mon propre frère est dans cet état-là, qui sait. Aimée me l'aurait sûrement dit, si j'avais consenti à demander de ses nouvelles. Ou certainement me l'aurait-elle dit sans que je demande. Portant à nouveau le regard sur Kriss, je lui lance un sourire, pensif. « Assieds-toi là-bas, je vais commander. » Ce n'est pas un restaurant, loin de là. Un camion de nourriture, dont s'échappe une odeur de friture, quelques tonneaux de bois qui font affaire de table et plusieurs chaises dépareillées. Mais je n'ai plus l'habitude d'aller au restaurant, lorsqu'il faut manger dehors. Une habitude que je n'ai jamais vraiment eue, en réalité. M'approchant du camion, je cherche la chienne des yeux. Pas encore éduquée, pas toujours très fidèle, Orka est restée avec Kriss. Désespéré par le comportement de la bête, je m'en détourne et commande dès que possible. Deux assiettes de petit-déjeuner, deux grands thés et une assiette de pain de mie. À l'aube, il y a peu de clients ; je n'ai qu'à attendre une poignée de minutes, cigarette au bord des lèvres, pour ramener les deux assiettes chargées à notre table improvisée. Lors d'un second trajet, j'apporte le reste et m'assieds nonchalamment en terminant ma cigarette. « Et voilà. J't'ai commandé du thé. » Par habitude, cette fois-ci. La nourriture industriel disparaît et le choix aussi – le pain de mie est un peu compact, mais qu'importe tant qu'il remplit le ventre.

« Bon... Il t'es arrivé quoi ? Pourquoi t'es dans la rue ? Je peux t'aider mais... » Dis-je, avant de me couper. Elle n'a pas vraiment demandé d'aide. Mais son allure, ses yeux pâles, sa peau blanche, ses cheveux emmêlés me crient à l'aide, quoiqu'elle en dise. « T'as rien demandé, je sais, mais j'peux pas te laisser comme ça. Sans nourriture, sans toit, avec tous ces connards dehors, tu survivras pas longtemps. » J'explique, avant de lâcher la cigarette au sol, une fourchette débordant de nourriture déjà en main, coupant à peine la saucisse en deux avant de l'engloutir. Dénué de douceur, d'élégance, je donne l'impression de n'avoir pas mangé depuis des jours. « Y a bien des centres, des trucs d'aide pour ceux qui sont dans ta situation... Enfin, j'imagine ; j'en connais un pour gosses. » Pressé de trouver une solution, je prends les devants avec aisance, alors qu'elle n'a pas eu l'occasion de me répondre. Mais pourquoi refuserait-elle ? Ce serait idiot. Et de toute évidence, elle ne doit pas être en état de trouver une solution adéquate à ses problèmes.
N'osant pas croiser ses yeux, fatigué de succomber à des paires de perles bleues, que la mer soit calme ou tourmentée, je ne fixe pas mon regard et le laisse vagabonder ici ou là. Et tandis que je réfléchis bêtement à savoir ce qu'on pourrait faire d'elle – le Little ? Non, quand même pas... –, j'avale mon repas, balance un morceau de lard à la chienne, puis fais une pause. « Mais, remarque, y a pas moyen pour que tu retournes d'où tu viens ? T'étais où, y a quelque jours ? » La curiosité parfois agressive, je décide finalement de me taire un instant, affichant un sourire vague, caché dans ma barbe.

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Cruelle Aurore

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