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 Stretch Your Eyes [Lewis]

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MASTER OF ILLUSIONS

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Féminin
↳ Nombre de messages : 384
↳ Points : 48
↳ Arrivé depuis le : 14/02/2017
↳ Age : 30
↳ Avatar : Zoe Kravitz – sign ©Frimelda
↳ Age du Personnage : 24/222
↳ Métier : Réceptionniste à l'hôtel Overlook
↳ Opinion Politique : Rebelle
↳ Niveau de Compétences : Niv. 2 (niv. 3 en nécromancie et potions, niv. 4 en perception des fantômes)
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Nina Simone – I Put a Spell on You
Charles Bradley - The World (Is Going Up In Flames)
Ibeyi – Oya
Ibeyi – Ghosts
Laura Mvula – Can’t Live with the World
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↳ Citation : A Witch is born out of the true hungers of her time. [...] The things that are most wrong here summoned me.
↳ Multicomptes : non
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les petits papiers
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↳ Disponible pour un topic?: Oui =D
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MessageSujet: Stretch Your Eyes [Lewis]   Mer 23 Aoû - 4:33


« Dug-out from below there to damn the gods »

Lewis & Helix
featuring



Tout était prêt. Tout était impeccable. Les miroirs si propres qu’ils semblaient refléter un autre monde, seulement troublé par les essaims de mouchetures piquant leur tain. Le sol ciré et lustré craquait doucement sous les pas. Les tentures avaient été soigneusement dépoussiérées, et si le temps avait affadi leur carmin, l’étoffe demeurait lourde et luxueuse, son velours encore doux au toucher.

Helix s’était personnellement chargée de dénicher un accordeur — profession et savoir-faire presque éteints en ces temps troublés — pour le grand piano de la salle de réception. Le vieil homme avait caressé les touches d’ivoire jauni et fait résonner l’instrument de notes discordantes jusqu’à trouver le timbre parfait. Les tables avaient été repoussées à l’arrière de la salle, où elles supporteraient de délicates bouchées et autres victuailles. Autrefois, de véritables festins étaient donnés là. Mais si le propriétaire des lieux semblait mépriser la tradition, le format du buffet servait surtout à donner le change, à cacher une réalité à laquelle ils devaient tous s’accoutumer : la nourriture se faisait rare, les garde-mangers étaient épuisés. Même la fortune d’un roitelet comme Kingsley ne suffisait pas à remplir les panses des hôtes importants. Alors on prétendait, la disette se muait en minimalisme chic sous les sourires de façade.

Helix tira sur une nappe immaculée pour effacer un pli, récupéra la boîte d’allumettes qu’elle avait utilisé pour embraser les lustres. Les bougies étaient fixées par leur propre cire aux ramures des luminaires, plutôt conçus pour supporter des ampoules électriques. Celles-ci cohabitaient, éteintes, avec leurs primitives cousines. À cette heure-ci, le couvre-feu était en place et l’électricité coupée presque partout en ville. Il fallait bien trouver des parades, il fallait bien continuer à vivre. Pour la sorcière, ça ne changeait pas grand chose. Elle ne connaissait l’électricité que depuis quelques années et ne s’était jamais vraiment habituée à cette clarté agressive. La danse des flammes créait des jeux d’ombre sur sa peau cuivrée, réchauffait ses paupières.

Elle soupira.

Le patron avait évoqué la possibilité d’abattre les deux murs du fond pour ouvrir la pièce, de remplacer le parquet vétuste et les antiques tapisseries par des matériaux plus actuels. Il parlait de ressusciter l’hôtel, mais s’acharnait à imaginer des manières toujours plus élaborées d’écorcher son âme jusqu’à complète destruction. Modernité, il n’avait que ce mot à la bouche. Modernité. C’était la texture gracieusement industrielle du béton ciré, l’éclat fade du plexiglas, la caresse irritante des fibres synthétiques. Modernité, c’était jeter des draps sur les fantômes et prétendre les avoir chassés.

Kingsley n’avait encore rien fait, mais ce n’était qu’une question de temps. Elle le sentait. C’était un homme d’affaires, toujours pressé, toujours ennuyé. Toujours distrait lorsqu’il adressait la parole à ses employés, pour bien montrer que son esprit était occupé ailleurs, à quelque chose d’autrement plus important. Il rêvait de grandeur quand l’Overlook se révélait dans sa beauté fanée. Oui, Helix s’était attachée à l’endroit. À sa personnalité d’actrice déchue, à ses caprices et ses charmantes excentricités, à sa poussière et ses morts encombrants. L’hôtel était un refuge hors du temps dans lequel elle aimait se retrouver. Elle y fréquentait des collègues vivants, palpables, boursouflés de quotidien. Elle y fréquentait des spectres falots aux histoires torturées, coincés dans leurs époques respectives comme autant de tiroirs.

Ça lui convenait, cette vie. Le meilleur des deux mondes. Pourquoi fallait-il que cet homme vienne tout gâcher ? Avec ses liasses de billets bien repassées et ses costumes tirés au cordeau et son visage toujours rasé de près. Dieu qu’elle le détestait. Il ne comprenait rien à rien, c’était une brute en chemise blanche, voilà tout.

L’envie de tirer violemment sur une des nappes et de briser toute la vaisselle disposée dessus traversa son corps comme une fulgurance. Tout était prêt. Tout était impeccable. Mais pour quoi ? Pour qu’une troupe de nantis emperlés décide en mastiquant des meilleures façons de ruiner son lieu de vie ? Les dents serrées, en gestes brusques, elle remonta dans la petite chambre qu’elle occupait sous les combles. Il fallait en plus se dépêcher de se préparer pour les accueillir. Kingsley était un véritable maniaque, capable de repérer une tache infime ou un pli disgracieux de l’autre bout de la pièce.

Elle se débarrassa de son uniforme pour en vêtir un autre, propre et nettement pendu dans son armoire. Lorsqu’elle se retourna pour enfiler une paire de bas, Phyllis était assise sur son lit. Elle possédait cette qualité évanescente des fantômes, mais semblait tout de même plus dense que bien d’autres. La sorcière lui adressa un signe de tête poli assorti d’un sourire distrait, sans lui adresser la parole. Les apparitions étaient nombreuses dans les recoins biscornus de l’établissement, et si elle ne pouvait pas se permettre de converser avec chaque esprit qu’elle croisait, Helix s’assurait toujours de leur offrir un petit signe d’attention.

Mais Phyllis ne bougeait pas, posée sur la couverture. Elle l’observait.

Les fantômes obéissaient à d’autres règles. On ne savait jamais vraiment ce qu’ils faisaient là, pourquoi ils décidaient de surgir à un moment précis. La réceptionniste avait l’habitude de ne pas s’en formaliser et de prendre les choses en route. Tout en continuant de s’habiller, elle se lança dans une petite diatribe dénuée de tout contexte. L’avantage, avec les spectres, c’est qu’on n’avait pas non plus besoin de s’embarrasser de civilités.

— Il m’énerve, il m’énerve ! Penser seulement aux sourires que je vais devoir déployer devant ces porcs gras, et les servir avec ça ! Comme s’il n’y avait rien de plus important à faire pour la ville que d’organiser le saccage son patrimoine… En dansant, notez, et avec des courbettes.

Tandis qu’elle éructait, une nouvelle silhouette s’était matérialisée au bord du lit, puis une autre, et une dernière enfin. Leroy, Jeanette, Benedict. Tous faisaient partie de la même bande, un sabbat immolé près de trois siècles plus tôt, et qui en gardait une certaine rancune. Ils pouvaient se montrer assez… vindicatifs, mais n’avaient jusqu’ici jamais causé de tort à l’Haïtienne, qu’ils considéraient surtout comme une brebis égarée en raison de ses spécialités magiques pour le moins morbides. Les quatre silhouettes altéraient la structure de la lumière qui les traversait, tout en continuant d’observer attentivement leur interlocutrice.

— Mais je ne les laisserai pas faire sans rien dire… Non, non, je ne suis pas stupide, pas de vagues ce soir. Mais demain… Ah demain il va m’entendre, croyez-m– Oh, damnation !

La sorcière venait de jeter un regard à sa montre et acheva de nouer son tablier dans la précipitation. Elle allait être en retard. Le patron détestait les retards. Jeanette dodelina de la tête d’un air compréhensif. Les traits de Leroy, constamment brouillés, laissèrent apparaître ce qui s’apparentait vaguement à un rictus. Phyllis sembla prendre un peu plus de consistance. Seul Benedict ne changeait pas, tout juste visible lorsqu’on inclinait la tête sous un certain angle.

Sans plus leur accorder un regard, Helix se hâta de redescendre. Quinn et Noona l’attendaient déjà dans le hall, et la première lui tendit un objet souple et noir dans un geste d’impatience dicté par l’anxiété plus que par un réel agacement. La réceptionniste l’attrapa sans s’arrêter, rejoignant son pupitre à petits pas rapides. Un loup noir. Passe encore que les invités doivent se grimer comme des clowns, mais les employés ? Elle ajusta l’accessoire sur ses yeux en pestant avec toute la mauvaise foi du monde, puisqu’en d’autres circonstances l’idée l’aurait enchantée.

Quelques secondes plus tard à peine, les premiers hôtes firent leur entrée. Elle les accueillit d’un sourire professionnel, vérifia leurs invitations puis étendit le bras pour leur indiquer la direction de la salle de bal. Le même manège se poursuivit pendant une heure environ, jusqu’à ce que tous les noms sur sa liste soient rayés. Elle rejoignit ensuite ses collègues au centre de l’action pour assurer le service. Ce n’était pas dans ses attributions habituelles, mais les heures supplémentaires étaient payées.

Les convives valsaient et riaient comme si la fin du monde n’avait jamais eu lieu.

Helix ravitaillait le buffet d’un grand plateau de petits fours lorsque les lustres commencèrent à trembler dans un grand tintement de breloques cristallines.

_________________


Everything is poison in the right dose.
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