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 (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall

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ANIMAL I HAVE BECOME

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MessageSujet: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Ven 25 Aoû - 21:51

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

Y a des jours où je me dis que les forces toutes puissantes de la magie et de la transmutation se sont royalement plantées en m'affublant d'un coyote miteux. Étant donné la merde qu'est ma vie depuis que Roman et Andreï la hantent, j'ai plus le karma d'un chat noir que d'un croisement raté entre un chien et je ne sais quelle bestiole. Puis y a ces moments où j'me dis que ça doit être cool, la vie d'un crustacé... Ou d'un mollusque des fonds marins... C'est sûr qu'en fusionnant à une crevette j'aurais eu encore moins de valeur aux yeux de mon trou du cul de créateur, mais au moins j'aurais pu aller me planquer au fond de l'eau pour le reste de ma misérable existence ! Loin de lui, de cet abruti congénital de Ievseï et surtout loin des zombies et autres pourritures. Quoi que minute... ça existe, une crevette zombie ? Et une moule zombie, ça fait des dégâts ? Voilà à quoi j'en suis réduis... à me poser des questions douteuses pour éviter de trop penser à la douleur qui me tétanise les entrailles. Ça paraît facile, mais ça ne l'est pas. Ça ne l'a jamais été. Pourtant, on y a été entraînés, Andreï et moi ! Contrôle-toi, deviens la bête, dresse l'animal, obéis, supporte... Les techniques d'interrogatoire, je les maîtrise autant que je sais y résister et ça, Georg le sait.

C'est sûrement pour ça qu'il est là, assit dans son putain de fauteuil en cuir de je ne sais quelle pauvre bête qui doit regretter qu'un tel cul pourrit la souille, à me regarder comme une saloperie de chat fixerait sa proie. Et il est calme, le con ! Bien trop calme, tandis qu'il use de son influence sur moi pour distiller la douleur dans mes entrailles, entre mes articulations, rendant sensible la plus petite terminaison nerveuse à sa portée. Il a pas besoin de frapper. Il en a jamais eu besoin. Mais ses sous-fifres, eux, en meurent d'envie. Tout ce que je peux faire, ligotée à une chaise fermement enchâssée dans le sol, c'est me taire et supporter, mon regard haineux rivé dans le sien. J'pourrais bien dire qu'il n'est pas né, celui qui arrivera à me briser, malheureusement il est devant moi. Georg m'a déjà réduite en miettes, réparée, chouchoutée, prétendu aimer, avant de recommencer. Mettre en pièces, briser, écraser... puis reconstruire et établir à nouveau une relation de confiance. Il a toujours été comme ça, à mi-chemin entre le monstre de mes cauchemars et l'idéal tant désiré. Y a cette attirance morbide à son égard qui lutte pour faire face au dégoût qu'il m'inspire. Tout ce qu'a fait Georg, c'est faire de ma vie un enfer sur Terre. L'ennui, c'est que comme il se plaît à me le rappeler si souvent, sans lui, je ne serais plus là. Faut bien d'admettre que ça me ferait chier. Le souffle court, je penche la tête vers le sol et y crache un mélange de bile et de sang, résultat de la morsure que je me suis infligée pour ne surtout pas lui faire le plaisir de hurler.

« Tu es bien contrariante, Anastasia... Tu ne vas pourtant pas avoir le choix, tu dois me dire où il est. Sinon... »

Un rire nerveux agite mes épaules douloureuses tandis que je rejette la tête en arrière pour dégager les mèches de cheveux qui m'obscurcissent la vue.

« Sinon quoi ? Tu vas dire à tes gorilles de me casser la gueule ? Ou tu vas miser sur le déshonneur qu'il peuvent infliger à une innocente demoiselle ? Y a rien qu'ils puissent me faire que tu m'aies pas déjà fait alors tu sais quoi ? Va t'faire foutre. »

Pour l'insulter, je suis prête à desserrer les dents, mais pour lui dire ce qu'il veut, il peut toujours se torcher son royal cul d'enfoiré avec du papier de verre ! Et le voilà qui se lève, le sourire aux lèvres mais la petite ride contrariée sur le front. On dirait bien que je commence à l'agacer, tiens... Il s'approche, je relève les yeux, lui souriant avec un défi qui cache bien mal la terreur qui m'anime dès qu'il est à moins de cinquante centimètres de moi. Tandis qu'il se penche, tout mon corps se crispe et la douleur revient, vive et brûlante comme un brasier.

« Viendra un jour où tu n'auras plus la moindre importance pour moi, Anastasia. Ce jour-là, tu regretteras de ne pas m'avoir lécher les bottes plus souvent. »

Georg, ce n'est pas le genre de type qui menace sans rien exécuter en retour. C'est au contraire de le genre de sadique à masquer ses menaces sous du velours pour les faire paraître moins effrayantes. En réalité, je sais bien que le jour où il n'aura plus d'intérêt à me garder, il me tuera. Seulement, il le fera lentement, méthodiquement, et le simple fait d'y penser m'arrache un frisson de terreur.

« Pour la dernière fois, où est Andreï ? »

Je reste alors silencieuse, incapable de répondre honnêtement ou de lui dire à nouveau d'aller se faire foutre, tant la menace qu'il représente est proche, à présent. Dire que c'est pour cet enfoiré de rat d'égouts que je fais tout ça... Sans les putains de sentiments qui m'animent à son égard, je l'aurais vendu sans même me faire prier, simplement pour lui nuire et avoir une grattouille entre les oreilles de la part de Georg. Comme un brave petit toutou. Le problème, c'est que je suis plutôt du genre cabot qui mord sans raison. Je me suis jurée que je ne vendrai pas Andreï. Pas maintenant. Pas alors que j'en suis encore à me demander si je vais froidement exécuter ma vengeance personnelle en le détruisant minutieusement ou si je vais tenter comme la pauvre idiote que je suis de gagner son petit cœur de glace. C'est con, parce que la seconde option me tente bien plus mais elle n'a aucune chance de se réaliser. Ça serait bien plus raisonnable de tout dire à Georg, qu'il me pardonne... Alors je baisse la tête, incapable de soutenir plus longtemps son regard.

« D'accord... J'vais tout t'dire... », je murmure à voix basse.

Satisfait de son effet, Georg se redresse et s’appuie tel un conquérant à son bureau de businessman à deux balles. Y a tout pour y croire ! L'avilissement dans mon regard, la reddition dans ma posture et l'aveu dans ma voix. Même moi j'y croirais, si je ne me savais pas bête et bornée.

« Je sais où tu peux trouver Andreï. Mais tu d'vras aller au-delà des murs de la ville... »

Je relève la tête, un rictus aux lèvres.

« Et une fois qu't'y s'ras, j'espère que tu t'y feras bouffer les couilles par une bande de zombies. Alors j'me répète : va t'faire foutre. »

Voilà. Ça aurait pourtant été simple de lui dire qu'Andreï était chez moi ou mieux ! La jouer cliché en lui disant « où qu'il est le raton ? Dans ton cul ! Ahaha qu'elle est bonne ! » sauf que non, j'aime faire original, pour peu que ça implique les bijoux de famille de cette enfoiré réduits à l'état de charpie par des mastiqueurs de chair humaine. Visiblement, cette fois je l'ai bien énervé. Il ne sourit plus, serre le bois de son bureau comme s'il se retenait de me frapper et la douleur que je sens enfler en moi est telle que cette fois, je ne peux retenir ce hurlement qui m'irrite la gorge et me broie les tympans. J'ai l'impression qu'il cherche par tous les moyens à disloquer mon corps, à réduire en bouillie chaque petit os, tant et si bien que lorsqu'il cesse l'infâme torture, je retombe comme une poupée de chiffon sur ma chaise, tremblante de douleur. La vue brouillée par des larmes de souffrance qui me brûlent les paupières, je le vois à peine s'éloigner vers la porte du bureau.

« J'en ai assez entendu. Occupez-vous en et mettez-moi ça dehors. »

Ça... Je ne suis plus ni un humain ni même un animal pour lui. Je ne suis même pas un objet, je suis un « ça » méprisé et craché sans la moindre sollicitude. Et je crois bien que la seule chose qui m'empêche de rendre les armes à cet instant, c'est de savoir qu'un jour ou l'autre, je lui planterai mes crocs dans la gorge. Si je n'étais pas attachée à cette chaise ni aussi faible, je leur ferais tous la peau. À une main. Ouais, j'suis quelqu'un d'extrême. L'ennui c'est donc que je suis attachée, que Georg s'est lâché, et qu'avec les failles qui font n'importe quoi un peu partout, mes capacités soit disant surnaturelles me laissent en plan. Ça serait trop beau qu'Andreï sache que je suis ici, qu'il m'est suivie, ou que sais-je... comme ça serait trop beau qu'il vienne me sauver, hin ? Bah, oui, tu rêves, Anya ! Douloureusement, je relève la tête vers le premier abruti qui semble avoir décidé que ce soir, je ferai un parfait punching-ball.

« Allez tous vous faire prendre par un zombie... j'vous éclate quand j'veux... »

Rire gras de la part de l'autre tâche, visiblement mon état n'a pas l'air de lui faire peur. Sans que je puisse faire quoi que ce soit, le premier poing s'abat sur ma pommette, que je sens craquer sous l'impact. Je relève la tête, le défi du regard et attend le suivant. Ils ne peuvent rien me faire que Georg ne m'ait pas déjà fait, je l'ai pourtant prévenu. Ce poing abattu avec violence et hargne sur mon visage ne m'est pas plus douloureux qu'une plume. S'il revient et remet ça, en revanche... C'est comique, car c'est presque un moment de relâchement, celui pendant lequel je me prends des baffes de la part d'ahuris au QI pas plus élevé que celui d'une carpe. Putain... J'ai fière allure, tiens.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Ven 1 Sep - 19:47

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

Je suis rentré pour trouver son absence ; je suis revenu dans son appartement pour trouver l’atmosphère ivre de son odeur mais sobre de sa présence. Je suis revenu pour ne trouver que du vent. Et un soupçon d’inquiétude. Mon odorat n’a plus rien avoir à celui du rat, mais reste malgré tout plus fin que le reste, plus fin que tout le reste. Suffisamment fin pour que je sente de la peur, que je sente de l’appréhension, pour que je sente également autre chose. Son odeur. A lui. L’odeur qui me noue les entrailles, qui me rabaisse au rang d’animal soumis, d’animal apeuré, de bête tout simplement. Trop souvent frappé. Trop souvent torturé. Trop souvent puni. Mon esprit est conditionné à craindre cette odeur, que je reconnaîtrais entre mille. Mon esprit est conditionné à craindre ce que tout ça signifie. Georg est venu la chercher. Georg est venu me chercher. Georg est venu ici. Une demi-heure, c’est le temps que je suis resté immobile, au milieu de l’appartement d’Anya. Tétanisé. Terrifié. C’est le temps qu’il m’a fallu pour recommencer à respirer, pour contrôler mes tremblements. Deux heures, c’est le temps qu’il m’a fallu pour comprendre. Assimiler. Encaisser. Réfléchir. Et décider.

Et une poignée de minutes, à peine, c’est le temps qu’il m’a fallu pour remonter la piste. La trouver, la suivre, m’envelopper d’ombre et de discrétion, regretter le rat, et revenir. Oui, revenir, vers un quartier, vers des immeubles délabrés, vers des garages où règne l’écho et des traces dont j’évite de déduire l’origine, vers des guetteurs éliminés sans sourciller. Je suis un assassin. Et je vais où je veux, quand je veux, sans bruit. Dans le seul boucan phénoménal de ma folie, de ma connerie, de ces battements qui dérapent dans ma poitrine, irréguliers, précipités. Mes doigts sont moites autour d’une arme blanche, mon flingue attend son heure, sagement accroché à mon tibia. Pour infiltrer, rien n’est mieux que ses propres mains, qu’un filin pour étrangler, qu’un poignard pour frapper et égorger sans bruit. Pour infiltrer, il ne faut pas chercher à être efficace dans ses exécutions, il faut se contenter de ne pas se faire voir. Une poignée de minutes, c’est le temps qu’il m’a fallu pour arriver là.

A quelques pas. Quelques respirations. Quelques mètres à peine de mon pire cauchemar. Il est là. J’entends sa présence, je sens sa présence, addictive, enivrante, terrifiante. Le rat, les vestiges du rat, les vestiges d’un esprit brisé me poussent à me dévoiler, à sortir de mon perchoir, à m’aplatir devant lui pour implorer sa clémence et son pardon, pour le supplier de pardonner mon absence, mon échec, ma fuite et ma haine. Des vestiges me hurlent de faire ça. Et tout le reste de mon être est bloc de pierre : il est hors de question de bouger. De respirer. D’esquisser le moindre geste qui pourrait alerter qui que ce soit de ma présence. J’ai les yeux rivés sur Georg. J’ai les yeux rivés sur Georg, parce que je n’arrive pas à les en détacher, parce que je refuse de regarder celle assise en face de lui. Parce que je l’ai aperçue, et que je me suis senti mourir un peu en voyant son état. « Tu es bien contrariante, Anastasia... Tu ne vas pourtant pas avoir le choix, tu dois me dire où il est. Sinon... » Il. Je lutte, contre mon instinct, pour rester immobile. Ils ont beau être dans une pièce attenante au hangar où je me suis perché sur l’un des portants de fer qui grimpe dans les hauteurs, j’entends et je vois comme si j’étais à deux pas. Et le moindre mouvement peut trahir ma présence. Bouger serait me trahir. Fuir m’est hors de question. Intervenir l’est encore moins. Et le rire d’Anya parvient à me glacer le sang et me réchauffer dans un même temps. Pourquoi ai-je remonté sa piste ?

Par folie. Pourquoi suis-je incapable de bouger désormais ? Par peur. Et pourquoi lui tient-elle tête ? Parce qu’elle est bien plus forte et courageuse qu’elle ne le pensait. Que je ne le pensais. Il se lève, il s’approche, mes doigts se crispent, mes phalanges blanchissent, ma respiration se stoppe une nouvelle fois et, pire que tout, mon ombre dégringole de son support pour se plaquer sur le sol du hangar et se faufiler vers mon créateur. Fait ce que j’aimerais faire mais dont je suis incapable. Avec la plus grande concentration, j’arrive à délier mes muscles et à m’avancer sur mon perchoir, à m’éloigner de la lucarne qui m’a permis de l’atteindre de prime abord. Je m’enfonce, je me rapproche de lui. « Viendra un jour où tu n'auras plus la moindre importance pour moi, Anastasia. Ce jour-là, tu regretteras de ne pas m'avoir lécher les bottes plus souvent. Pour la dernière fois, où est Andreï ? »

Andreï. Je me mords la lèvre à m’en faire couler le sang. Mon coeur s’emballe. J’ai l’impression qu’il me dénonce, qu’il me dénonce à tous ceux qui sont dans la pièce, à cet homme que j’abhorre de toutes mes forces mais face auquel je ne suis rien. Rien de plus qu’un lâche. Qu’un lâche pétrifié. Qu’un lâche immobile. Q’un lâche aux tremblements ininterrompus. Qu’un lâche aux yeux duquel une larme menace de s’échapper. Georg. Le revoir me renvoie des décennies en arrière. Le revoir me renvoie à ce que je suis réellement. Ai-je vraiment affirmé à Anastasia qu’il y avait une solution, qu’il fallait croire qu’on pouvait se dresser face à lui, faire front commun, nous battre et refuser le plier le genou ? Face à lui, je ne suis plus rien. Je n’ai plus la moindre volonté. « D'accord... J'vais tout t'dire... » Mon coeur fait un énième raté, je manque de tomber de mon perchoir. Elle m’a entendu, la certitude s’infiltre dans mon cerveau : mon premier réflexe est la fuite. Mais mes bras, mes jambes, mes muscles, plus rien ne me répond. « Je sais où tu peux trouver Andreï. » La trahison est un poignard qu’elle vient de planter dans mon abdomen et de lentement remonter en direction de ma gorge. La douleur est aveuglante, je n’entends plus rien d’autre, je retiens ma respiration mais… mais je me rends compte, les yeux rivés sur elle, que je suis incapable de lui en vouloir. Parce que face à Georg… je l’aurais trahie tout autant. Je m’éloigne, sans entendre la suite, trop concentré que je suis sur mes mouvements, pendant que mon ombre continue à se mêler à celles de la pièce, bien trop loin de moi. Il faut que je parte, elle m’a entendu. Il faut que je parte, tout de suite, il faut que…

Un hurlement. Qui me broie les tympans. Qui me fait perdre l’équilibre. Qui me fait m’arrêter dans ma fuite. Parce que ce hurlement, je le reconnais. Vieux de plus de quarante ans, je le connais par coeur. « Anya…» Ma voix n’est qu’un mince filet d’air, j’oscille entre l’envie de prendre mes jambes à mon cou et celle de lui venir en aide. Sauf que… « J'en ai assez entendu. Occupez-vous en et mettez-moi ça dehors. » Sauf que la silhouette de Georg se dessine, les réflexes du rat prennent le dessus, les réflexes d’un trouillard, les réflexes de la créature, je cesse de réfléchir et je me recroqueville dans un coin d’ombre, derrière une caisse, je me recroqueville pour disparaître. Et je ferme même les yeux, comme un enfant persuadé que s’il ne voit pas son pire cauchemar, alors son pire cauchemar ne le verra pas. Il passe à quelques mètres de moi, à peine. Son odeur m’envahit. Sa respiration m’asphyxie. Et il sort du hangar, et il s’éloigne, et je tremble. Tout mon corps tremble.

Et ma panique se transforme petit à petit en colère. Colère face à ce que je suis, colère face à mes désillusions, colère face à l’influence qu’un seul homme peut avoir sur mon être. Colère, aussi, envers ceux qui sont encore dans la même pièce qu’Anya. Je me redresse. Mes oreilles guettent le pas si caractéristique de Georg. Mes yeux, eux, s’obscurcissent et se posent sur la pièce, là-bas. Eclairée. « Allez tous vous faire prendre par un zombie... j'vous éclate quand j'veux... » Une pièce qui résonne de la voix de ma meilleure amie, d’un rire d’un connard. Du courage de ma meilleure amie, de la violence d’un connard. Quelques pas, j’avale la distance qui me sépare d’eux. Lentement. Je ne cours pas. Je me laisse juste envahir par cette colère qui m’a toujours soutenu. Un pas, j’ouvre la porte, attire tous les regards dans ma direction. « Désolé, je suis en retard. J’ai toujours été très mauvais pour la ponctualité. » Aucun humour dans ma voix, malgré le potentiel de mes mots. Je suis un assassin, je suis un meurtrier, je suis une machine à tuer, je l’ai toujours été. Et j’ai de la colère à évacuer.

Je ne compte pas être propre : mon coude percute une mâchoire, mon poignard éventre un autre, mon pied fouette l’air et brise un nez. Anya m’a toujours fait rire avec ses ballets, mais c’est bel et bien une représentation que je fais. Brutale. Mes doigts agrippent la chair, volent l’énergie, ne laissent que des cadavres derrière eux. Une balle s’enfonce dans ma chair, une deuxième, je les néglige d’un grognement, leur propriétaire suffoque et agonise, la gorge tranchée. Lorsque j’arrête de bouger, ils sont tous les sept à terre. Et moi, je ne suis plus très propre. Mais ma colère s’est légèrement dissipée, tout comme ma panique, tout comme tout le reste. Je desserre mes doigts, m’accroupis pour essuyer la lame de mon poignard sur un cadavre, me relève pour venir, sans un mot, détacher Anya. « C’était à toi que je parlais, pour la ponctualité, tu sais. » Je me sens obligé de me justifier, j’évite de la regarder dans les yeux. Je sais où tu peux trouver Andreï. Mes bras viennent la cueillir sous les aisselles pour l’aider à se relever, je me retiens de toutes mes forces de lui aspirer de l’énergie pour soigner ma blessure. « J’aurais dû arriver plus tôt. » Plus tôt ? Quand Georg était encore là ? Même moi, mon mensonge ne me convainc pas. J’aurais dû, oui. Mais je n’ai pas pu. Je sais où tu peux trouver Andreï. Où l’a-t-elle envoyé ? « Où t’as envoyé Georg ? Est-ce que Roman est en danger ? » Je n’arrive pas à lui en vouloir. Pas alors que… je ne peux pas lui en vouloir, alors qu’à cause de moi, elle est dans cet état là. J’ai l’impression d’être dans un état second. J’ai l’impression de… de tout simplement ne plus arriver à penser. A raisonner. Juste à formuler des pensées simples. Des concepts de survie. Les échos du rat « Faut qu’on se casse d’ici. Tu peux te transformer ? » Qu’est-ce qu’elle attend pour le faire ? De ne plus être en présence de celui qui fait gémir le coyote. Bien sûr.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Mar 12 Sep - 13:02

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

J'ai jamais trop compris l'expression « être dans de beaux draps ». J'ai beau m'dire que c'est sûrement ironique, je n'ai pas l'impression d'avoir droit en ce moment au confort de draps fraîchement repassés et pourtant, cette expression me va comme un gant ! Tiens bah... encore une expression. Pour rester dans les expressions, l'abruti congénital qui a décidé de faire de mon visage un Picasso n'y va pas avec le dos de la cuillère : je sens ses phalanges puissantes s'écraser sur mon visage, les os de ma mâchoire se fracturer à leur contact pour ensuite se ressouder bien trop lentement à mon goût. Les éclats brisés ont à peine le temps de commencer à se rassembler que déjà, le poing du type s'abat à nouveau sur mon visage. Je sens la peau gonfler, le goût métallique du sang dans ma bouche et, lorsque son poing s'égare un peu trop près de mon œil, ma vue se brouille. Si je pense que je vais mourir ici ? Oh ça non ! J'connais Georg. Il a beau m'avoir dit qu'un jour il me tuerait, je sais deux choses : ça ne sera pas aujourd'hui et surtout, il ne laisserait personne le faire à sa place. Ça sera bien le dernier privilège qu'il me fera, tiens ! En attendant, je sais que toute cette mise en scène est un avertissement, mais lui sait aussi qu'il faut bien plus que les poings combinés de trois ou quatre idiots bodybuildés pour que je consente à parler. Faut croire que ma volonté et les nombreuses années d'éloignement m'ont permis de lutter contre l'asservissement, mais j'ignore combien de temps je vais encore pouvoir tenir. Pour bien faire, il faudrait que je me détache de tout, des rares personnes qui me supportent et que Georg n'ait ainsi plus autre moyen de pression entre les mains que ma propre souffrance. Mais il me connaît. Oh oui ! Il me connaît ! Il sait que mon aversion pour la solitude me précipitera toujours dans les bras de quelqu'un. Manquerait plus qu'il aille trouver Roman, me dis-je en frissonnant d'angoisse. Pour l'heure, j'ai un coup d'avance sur Georg, ce qui n'est pas peu dire. L'ennui, c'est que ce connard a toujours été doué aux échecs, et je le soupçonne d'avoir un plan, soit pour me faire parler, soit pour trouver Andreï tout seul. Heureusement que c'con-là est loin, tiens... Manquerait plus qu'il...

« Désolé, je suis en retard. J’ai toujours été très mauvais pour la ponctualité. »

Débarque. Mon attention est attirée par cette voix que je reconnaîtrais entre mille, cette voix que j'aime autant entendre badiner que je déteste l'entendre me repousser. Une voix que je suis à la fois soulagée et contrariée d'entendre. Non mais quel con ! Quel abruti d'être venu ! Il a vraiment envie de se faire prendre et de ruiner mes efforts, en fait ! Mais d'un autre côté, je suis contente qu'il soit là – puis après tout je l'ai souhaité, pour une fois que mon bon génie m'entend – parce que je sais que les cons qui sont là vont passer un sale quart d'heure. Tout comme je sais que ça enverra deux messages à Georg : soit que je sais encore me défendre et ça c'est pas plus mal, soit que je sais bel et bien où est Andreï et qu'il est venu me sauver. Ça c'est moins cool pour ma pomme. À moitié assommée, je ricane, un sourire marbré de sang aux lèvres.

« Oh putain... J'crois qu'j'ai jamais été aussi heureuse de t'voir, tête de con. Les mecs, vous allez en chier dans trois, d... tu pourrais m'laisser finir ! »

Tête de con c'est passe partout. Et tête de con c'est moins grillé qu'Andreï, au cas où l'un de ces idiots s'en sortirait et aurait la bonne idée de tout répéter à Georg. Je n'ai pas le temps de terminer mon décompte qu'Andreï est déjà au milieu de la mêlée. C'est tout de même impressionnant à voir : y a ces quatre types, enragés, désorganisés, qui cherchent à attraper ce qui ressemble davantage à une silhouette de fumée qu'à un homme. Quatre types qui font le double de son poids mais que la déficience intellectuelle empêche de réfléchir pour comprendre comment Andreï se bat. C'est un con sans aucune finesse verbale mais bordel il sait se battre. J'avais oublié à quel point son style était élégant... un mélange de douceur et de brutalité dans les gestes, des esquives savamment maîtrisées au point qu'elles ont l'air simples à reproduire... et puis des coups qui percutent, des frappes chirurgicales qui relèvent à la fois de l'instinct et de la précision mathématique. Andreï n'hésite pas quand il plante son poignard dans la carotide d'un type, car il sait, il la voit cette puissante artère qui pulse sous la peau de son ennemi. Il la perçoit, tant et si bien qu'il n'a pas besoin de s'y reprendre à deux fois pour la sectionner, réduisant à néant les chances de survie du con qui en est la victime. Y a qu'à voir comment Andreï s'en sort à cet instant pour savoir que c'est forcément un bon danseur. Et moi je le regarde, béate et surtout à l'ouest. Ce ne sont pas tant les coups des hommes de main de Georg, qui m'ont mise à plat, mais bien les attaques de Georg lui-même. Je sens encore la douleur irradier faiblement dans mes membres, me faisant trembler sur ma chaise et détruisant par la même occasion ma volonté à me sortir de là. La seule chose qui me reste face à ces types, c'est mon franc parler et ma vulgarité. Autant dire que ça ne fait pas grand chose. Autrement dit : il faut toujours avoir un Andreï dans sa poche pour se sortir des situations périlleuses ! En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, voilà les autre hommes à terre et Andreï qui se relève sans se soucier des deux balles qui sont venues se nicher dans sa chair. Efficacité russe, à n'en pas douter.

« Faudrait qu't'apprenne à te pointer plus tôt, Ievseï, ils ont eu l'temps de m'abîmer... J'fais comment si j'ai un rencard ce soir ? »

J'ai mal... Putain que j'ai mal et pourtant, l'humour est ma seule parade contre la douleur. Celle qui irradie de mon visage me permet de rester éveillée, l'autre cherche à m'attirer vers les profondeurs et je ne dois pas céder. Un grognement m'échappe tandis qu'Andreï m'aide à me relever, et je suis obligée de prendre appui sur lui pour ne pas vomir ou m'écrouler à terre. Je me tourne alors vers lui, le visage grave. Je m'en fiche des excuses ou de ses « j'aurais dû arriver plus tôt ». Il n'aurait pas dû venir tout court.

« T'es complètement inconscient d'être venu, Andreï... Il aurait pu t'attraper, te récupérer et... et puis en même temps, j'suis contente que tu sois là, sinon j'aurais été bonne pour me faire casser la gueule avant de repartir pour un interrogatoire avec ce fou furieux. »

Y a ça aussi, qui me percute l'esprit : si Georg était revenu, il aurait repris ses questions, et qui sait combien de temps j'aurais pu tenir ? Je me détache d'Andreï, titube jusqu'au bureau et me penche vers les tiroirs en grognant. Je sais très bien que cet enfoiré de Tchekov garde une bonne bouteille dans un tiroir pour ses précieux « clients ». Aujourd'hui, la cliente c'est moi, et je n'ai aucun scrupule à foutre mes doigts et mes lèvres pleins de sang sur cette bouteille que cognac que j'ai finalement trouvée bien planquée au fond d'un tiroir. L'alcool me réchauffe le gosier et, contre toute attente, semble me réveiller. Je pose la bouteille sur le bureau, la pousse vers Andreï et hausse les sourcils tandis qu'il me demande où j'ai envoyé notre tortionnaire.

« Tout doux, le rat d'égouts. J'l'ai pas envoyé voir ton fiston. D'ailleurs j'l'ai pas envoyé voir qui que ce soit, » dis-je avec un sourire carnassier qui me donne un air de folle furieuse, « J'lui ai dit qu'il te trouverait en dehors de la ville. Et que quand il y serait, j'lui souhaitais de se faire bouffer les couilles par un revenant ! »

Si je suis fière de ma connerie ? Et comment ! Je contourne à nouveau le bureau en grimaçant de douleur et viens me planter devant Andreï avec un regard résolu.

« C'est toi qui m'as dit qu'on pouvait le combattre. Alors voilà, ça m'aura coûté ma journée, mon joli minois et ma fierté, mais j'lui ai rien dit. »

Je sais très bien mentir, mais Andreï sait encore mieux repérer les moments où je le fais. S'il ne me croit pas, tant pis pour lui, s'il me croit, il se rendra peut-être un peu plus compte de ma foutue loyauté à la con. Je me passe une main tremblante dans les cheveux en hochant la tête. Me transformer, ça ne serait pas une mauvaise idée. Si jusqu'à présent je ne l'ai pas fait, c'est bien parce que je craignais que Georg ne revienne. Mais maintenant... Andreï craint Georg comme la peste, peut-être plus encore que moi, alors je doute qu'il ait pris le risque de se montrer si notre tortionnaire commun n'est pas loin.

« J'devrais pouvoir, ouais... et tu d'vrais faire pareil, tu seras plus discret en rat si jamais les renforts arrivent. T'es mignon, Dreï, mais avec ta tignasse de soviétique, tu passes pas inaperçu. Puis ça fait combien de temps que le rat et le coyote n'ont pas voyagé côte à côte ? »

J'esquisse un sourire, songeant à ces quelques quarante années qui se sont écoulées depuis que tout est parti en vrille. Faut dire qu'à cette époque, on ne parlait déjà plus que pour s'insulter et... ça c'est de ma faute. Préférant ne pas songer à tout ça, je retire avec difficultés ma veste et avise la chaise sur laquelle j'ai bien dû passer deux heures. J'y jette le vêtement et me tourne vers Andreï.

« En fait non... S'il trouve mes fringues, Georg comprendra que j'ai fuis, mais s'il trouve les tiennes, il va mettre ses chiens à ta poursuite et ça, vaudrait mieux qu'on évite. Alors oublie le rat tant qu'on est ici, on trouvera un endroit pour se débarrasser de nos affaires. En attendant, si tu veux bien récupérer les miennes... »

Sans un mot de plus, j'entreprends de céder la place au coyote. Si la guérison se fait plus rapide sous cette forme, la transformation est toujours aussi douloureuse. Dans un concert de craquements osseux et gémissements de douleur, mon corps laisse bientôt place à la silhouette maigrelette d'un coyote au pelage gris cendré. Repoussant mes vêtements d'un coup de patte, je jette un regard à Andreï avant de trottiner vers la porte du bureau, restée ouverte. Sans me retourner, je traverse le hangar sans un bruit, mes déplacements étant étouffés par les coussinets de mes pattes. À mesure que j'avance, je sens mon énergie remonter, mes blessures cicatriser et mon esprit s'apaiser. C'est tout de même paradoxal d'aimer à ce point ma nature de métamorphe qui m'a réduite à l'asservissement, tout en haïssant profondément la créature qui m'a tirée d'affaire plus d'une fois. Au bout du hangar, je me hisse sur mes pattes arrières, appuie sur la poignée et hume frénétiquement l'air du dehors à la recherche de l'odeur de Georg. Elle est encore là mais si diffuse et effacée que je comprends rapidement qu'il n'est plus là depuis un bon quart d'heure. Parfait ! Après m'être assurée qu'Andreï est bien derrière moi, je m'engouffre dans une ruelle humide, bifurque à gauche, à droite puis, après m'être assurée que nous sommes suffisamment loin du hangar, m'approche d'une grosse poubelle métallique et à moité éventrée. Je me tourne vers Andreï, lui désigne la poubelle du museau et m'assoie sur le bitume en attendant sagement qu'il jette nos vêtements et se décide à se changer en rat. Enfin... Si encore il le pouvait...

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Mar 19 Sep - 0:58

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

C’est pas mon absence de ponctualité, la cause de mon retard. La cause de mon retard, c’est Georg. La cause de mon retard, c’est mon incapacité à lui faire face. C’est ma tétanie terrifiée qui m’a laissé figé dans un coin, cantonné dans le rôle de spectateur, alors qu’il torturait Anya. C’est pas vraiment pour mon retard que je m’excuse. Et c’est d’ailleurs pour ça que je ne souris pas. Que je ne tente même pas de faire de l’humour. Que je lutte pour ne pas chercher le regard d’Anya. Pour faire les choses dans l’ordre. D’abord évacuer le contre-coup de la terreur, d’abord éliminer mes adversaires, d’abord me défouler. Violemment. Sans la moindre douceur. Sans la moindre délicatesse. Juste faire ce que j’ai toujours su faire, juste faire ce que je fais de mieux, juste… « Oh putain... J'crois qu'j'ai jamais été aussi heureuse de t'voir, tête de con. Les mecs, vous allez en chier dans trois, d... tu pourrais m'laisser finir ! » Je ne fais pas attention aux propos d’Anya, j’ai mis la machine en branle. Un pas, j’ai esquivé le mec qui a voulu m’empoigner. Un autre, mon genou a percuté des parties, mon coude a directement enchaîné vers la trachée. Mes poings heurtent des mâchoires, des foies, des rates, des côtes flottantes ou non. Je casse, brise, je fracture, j’ignore les coups de feu et l’explosion de douleurs que provoquent les balles transperçants ma chair. J’ai de la panique à évacuer, de la peur à exorciser, de la terreur à transformer en colère, en violence, en plaies et en articulations disloquées. En un soupir, j’ai écopé des coupures plus ou moins graves, plus ou moins profondes, j’ai un sang noir et poisseux qui suinte un peu partout, du sang écarlate qui vient le maquiller et le masquer. En un soupir, il y a sept hommes à terre. Et moi debout, qui achève d’un coup un corps gémissant et qui ignore les balles encore logées dans mon corps. Ma priorité : sortir Anya de là, m’éloigner du carnage, dissipé les tremblements nerveux dans mes mains qui réclament du sang, encore du sang, toujours plus de sang. L’énergie volée fourmille sur mon épiderme, dynamise mes muscles, me drogue d’adrénaline. Ma priorité : nous sortir de là. Mon couteau s’essuie sur un corps, libère la métamorphe. « Faudrait qu't'apprenne à te pointer plus tôt, Ievseï, ils ont eu l'temps de m'abîmer... J'fais comment si j'ai un rencard ce soir ? » J’hausse les épaules, pas encore d’humeur à rire, pas vraiment capable de faire de l’humour. Revoir Georg, pour la première fois depuis plus de quatre, cinq ? décennies, ça… je me mords la lèvre et crache une réplique par automatisme. « Osef, ton rencard, c’est avec moi que tu l’as dans l’immédiat. Et je ne suis pas vraiment mieux. » Et pour être un rencard, c‘est un rencard. « Ça me fait carrément penser à Budapest... » Une mission qui avait tourné au carnage. L’une de nos rares missions après mon mariage, après Georg, qui nous avait vu être soudé comme deux doigts d’une main pour en sortir vivant. Une mission à laquelle nous n’avions survécu que grâce à nos alter-ego animaux.

Je l’aide à se lever, son grognement me fait mal au cœur et pourtant, une part de moi ne peut qu’être heureuse que la répartition des rôles : plutôt crever que de subir encore une fois la torture de Georg, plutôt crever que de… « T'es complètement inconscient d'être venu, Andreï... Il aurait pu t'attraper, te récupérer et... et puis en même temps, j'suis contente que tu sois là, sinon j'aurais été bonne pour me faire casser la gueule avant de repartir pour un interrogatoire avec ce fou furieux. » Je frissonne devant la mention de Georg, puis devant l’insulte qu’elle lui assène. Je frissonne devant la perspective de ce qu’elle évoque, et devant l’influence que notre créateur a sur nous. Créateur. Notre dieu personnel. Celui devant lequel je m’écrase plus que jamais, celui que tout le conditionnement dont j’ai pu être la victime veut me voir défendre. Celui que ma haine m’empêche de défendre, tandis que ma peur m’empêche de l’insulter à mon tour. Tout ce que j’arrive à articuler, en traçant un chemin invisible entre les corps et les cadavres qui nous entourent, c’est que… « Je suis prudent. J’aurais pas dû v’nir, mais j’aurais pas pu t’laisser seule. J’suis pas un débutant, il ne m’a pas pris, fin de l’histoire. » Fin de l’histoire. Vraiment ?

Non. Parce que l’histoire n’a pas de fin, n’aura de fin qu’à ma mort. Qu’à notre mort. Qu’à la mort de Georg. Anya titube, j’entreprends de regrouper les corps dans un coin, avec la ferme intention de m’en débarrasser d’une manière ou d’une autre. Histoire que l’autre se fasse bien chier à comprendre et qu’il en profite pour perdre son putain d’entrepôt au passage et… « Putain, il a toujours les mêmes habitudes ? » Le goulot de la bouteille de cognac heurte les lèvres et les doigts ensanglantés d’Anya, qui n’a jamais été sauvage à cet instant. Silhouette tout en grâce et légèreté, vengeance et dureté dans ses gestes. Ça me rappelle vraiment Budapest. Mais… mais on n’a pas le temps de boire, on n’a pas le temps de traîner : je veux savoir où elle a envoyé Georg.

Mes mains se saisissent de la bouteille au moment où elle commence à me répondre. « Tout doux, le rat d'égouts. J'l'ai pas envoyé voir ton fiston. D'ailleurs j'l'ai pas envoyé voir qui que ce soit, » « Ah ouais ? » C’est pas ce que j’ai entendu. Ce n’est… « J'lui ai dit qu'il te trouverait en dehors de la ville. Et que quand il y serait, j'lui souhaitais de se faire bouffer les couilles par un revenant ! » Mon visage se détend un instant. On a été formé à baver des mensonges et des vérités sur un même ton, sans distinction et on était plus que doués tous les deux dans ce domaine. Mentir, c’est aussi facile que de respirer pour nous. Et pourtant… et pourtant, j’ai brutalement la conviction qu’elle me dire la vérité. « Tu lui as dit ça ? Sérieux ? » Elle lui a tenu tête, face à lui, alors que moi, sans même qu’il ne sache que j’étais là, il m’a fait gémir de terreur ? Qui, de nous deux, est le plus faible et le plus lâche finalement ? Anya répond à cette question en se plantant devant moi, le menton levé, le regard résolu. « C'est toi qui m'as dit qu'on pouvait le combattre. Alors voilà, ça m'aura coûté ma journée, mon joli minois et ma fierté, mais j'lui ai rien dit. » J’esquisse un sourire, le premier vrai sourire depuis mon arrivée, et j’avale en cet honneur une gorgée de cognac qui me laisse un goût de cendres, et rien de plus, au fond de la gorge. Sale merde. « Bah tu vois, quand tu veux. T’avais qu’à t’sortir les doigts du cul et d’un coup, tout est possible. » J’esquisse un sourire, mon regard est crispé, l’angoisse de Georg refuse carrément de se dissiper.

Comment fait-elle pour supporter la présence de notre créateur, pour supporter de lui être confrontée tous les jours ? Ca me dépasse, ça me dépasse complètement mais je n’ai pas vraiment envie de savoir ce que ça fait : on a intérêt à se barrer rapidement, la bouteille de cognac se vide sur les corps entassés. Se répand un peu plus dans la salle. Il ne me manquera qu’un briquet. Heureusement que j’ai toujours ce genre de merde sur moi, pour aller de pair avec mes clopes. Mais… mais avant de se barrer, avant de foutre le feu à l’ensemble, est-ce que déjà Anya peut se transformer ? Parce que de mémoire, on a toujours guéri plus vite sous nos formes animales. « J'devrais pouvoir, ouais... et tu d'vrais faire pareil, tu seras plus discret en rat si jamais les renforts arrivent. T'es mignon, Dreï, mais avec ta tignasse de soviétique, tu passes pas inaperçu. Puis ça fait combien de temps que le rat et le coyote n'ont pas voyagé côte à côte ? » Depuis combien de temps ? Pas depuis Budapest, mais presque, j’en suis sûr. Mais… « Un bail… un sacré bail… » J’hausse les épaules dans un sourire, de toute manière, il n’est plus question de sortir le rat – heureusement que je ne me transformais pas en loup, mes pensées auraient été glauques – donc l’affaire est bouclée. Il ne reste plus qu’à… attraper sa veste. Mes doigts l’agrippent, mes yeux ne peuvent que l’observer et vaguement envisager qu’elle enlève le reste. Ce qu’elle ne fait pas, bien sûr. « En fait non... S'il trouve mes fringues, Georg comprendra que j'ai fui, mais s'il trouve les tiennes, il va mettre ses chiens à ta poursuite et ça, vaudrait mieux qu'on évite. Alors oublie le rat tant qu'on est ici, on trouvera un endroit pour se débarrasser de nos affaires. En attendant, si tu veux bien récupérer les miennes... » J’éclate de rire, comme si c’était évident comme raisonnement. Comme s’il n’y avait absolument aucun soulagement dans mon rire, comme s’il n’y avait aucune nervosité dans mon rire crispé.

Ni aucune jalousie dans mon regard, alors qu’elle devient un coyote. Un craquement osseux, je joue avec mon briquet pour détourner mon attention et mon regard. Je ne le repose sur la petite silhouette carnivore qu’une fois les gémissements de douleur redevenus silencieux. « Ca fait un bail que j’avais pas vu ta dégaine de chien galeux. Ca te va toujours aussi bien » Et ta gueule Andreï, on n’a vraiment pas le temps. Je la regarde sortir du bureau, je ramasse ses fringues et je la rejoints, avant de lancer mon briquet dans la pièce, avec un bras d’honneur. Avant de courir vers l’extérieur du hangar, suivi par Anya. Elle a pas tort : ça fait un bail que le rat et le coyote n’ont pas couru côte à côte. Et ils ne courront plus jamais ensemble, d’ailleurs. Je la laisse prendre les devants, son flair est nettement plus efficace que le mien. Elle s’arrête à la sortir, j’essaye de repérer l’odeur de Georg, elle est diffuse, plus faible que tout à l’heure, et son pas n’est pas audible. Je laisse encore Anya repartir en éclaireuse.

Et je regrette dès que je la vois s’arrêter à côté d’une poubelle. Je peux jouer l’imbécile qui ne comprend pas mais… Mais ses sens sont exacerbés par rapport à moi, elle me connaît trop bien, elle doit entendre mon cœur qui s’emballe dans ma poitrine, percevoir mon mouvement de recul, infime certes mais existant. Elle doit savoir que j’ai totalement compris l’implication de ses gestes, de sa communication sommaire.

Il fallait bien que ça arrive un jour. Se transformer, ce serait la meilleure solution pour disparaître dans la nature mais… Je regarde le coyote. Balance ses fringues au milieu des déchets pour la dissuader de redevenir humaine et la dissuader de m’offrir son regard accusateur. M’adosse contre un mur et me passe une main sur le visage. Pour souffler. Gagner du temps. « T’es bien mignonne mais je peux pas. » Voilà, c’est dit. « Je peux pas me transformer aussi. » Je remonte la manche de mon avant-bras. Dévoile la cicatrice qui le lacère. Pas celle de l’ours. Celle du zombie. « J’ai été blessé » J’attrape mon poignard, coupe mon bras sur la longueur pour faire sortir le sang noir, dense, poisseux et inhumain qui se traîne dans mes veines. « Et depuis, j’suis plus un rat. J’suis autre chose. » Un autre chose, un truc que je n’ai pas encore vraiment défini. J’hausse les épaules en rabaissant ma main, indifférent au sang sur une plaie déjà résorbée. « Suis-moi, on peut pas rentrer chez toi pour le moment, on va aller sous mon pont. » Mon pont. Meilleur endroit du monde. Joie et… « Putain, mais tu guéris pas bien vite, c’est quoi ce bordel ? » Et le bureau de Georg a bien pris feu, aussi. Suffisamment pour que… une démarche transperce le silence, mes réflexes prennent le dessus en le voyant courir vers l’entrepôt. Et moi, je me plaque contre le mur en priant pour qu’il ne regarde pas dans notre direction. « Putain, faut se barrer, Anya. » Il faut se barrer, oui. Mais pour ça, il faut déjà que j’arrive à esquisser un geste.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Dim 1 Oct - 11:39

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

Ligotée à la chaise, je ne peux qu'observer – ou plutôt admirer – l'élégance dont Andreï fait preuve lorsqu'il se bat. Pour un type avec deux pieds gauches, c'est plutôt comique. Je me souviens encore de la fois où Georg nous a réuni pour s'assurer qu'on savait suffisamment bien danser la valse pour passer inaperçu. Cette andouille m'a marché trois fois sur les pieds en l'espace d'un morceau et a failli faire foirer la mission... jusqu'à ce qu'il soit envoyé en stage intensif. Jamais je n'ai dansé avec meilleur partenaire après ça. C'est tout Andreï ! Il a l'air d'un grand con pas très futé mais il cache de redoutables talents qui font vite regretter de ne pas l'avoir pris au sérieux. C'est peut-être pour ça que mon cœur flanche à chaque fois que je le regarde : je sais ce qu'il cache sous sa carapace, je sais qui il est, de quoi il est capable, je connais ce qui le hante et lui fait peur, tout autant que je sais que sa dégaine de coureur de jupon cache un type qui ne m'aurait pas abandonnée ici. Il l'ignore sûrement, mais c'est la certitude de le voir débarquer pour me sauver, qui m'a donné la force de tenir tête à Georg. Parce qu'il m'a secouée, m'a forcée à voir la réalité en face et à m'affirmer en tant que personne et non jouet d'un psychopathe. Tandis que je masse mes poignets douloureux et marqués par les liens, voilà qu'il mentionne Budapest. Je relève les yeux et lui jette un regard à mi chemin entre l'étonnement et le reproche. Qu'est-ce qu'il lui prend de parler de ça maintenant ? Des missions, on en a mené un paquet. Des missions où nous étions soudés, complices, pour lesquelles la victoire nous était assurée avec une facilité déconcertante mais Budapest... ça restera toujours un échec pour moi. J'ai laissé mes sentiments et mes blessures prendre le dessus sur la réussite de cette mission, et je sais que si j'avais été moins bête et lui aussi, nous aurions réussi bien plus facilement. Il a fallu que je la joue perso, qu'il fasse le con et au final, c'est l'énergie du désespoir et l'instinct de survie de nos créatures respectives qui nous a permis de nous en sortir.

« Mouais... Si tu le dis... j'aimerais éviter qu'on en arrive aux même emmerdes qu'à Budapest, si ça t'ennuie pas. »

Tout mon corps me fait mal alors qu'il n'y a bien que mon visage qui porte des traces de coups. Elles sont plus profondes, plus insidieuses et parfaitement invisibles, les blessures qui me meurtrissent les articulations. Il n'y a bien qu'à cet instant que je sens le poids de mes longues années passées sur Terre ! Foutu connard... Je n'ai même pas envie d'imaginer dans quel état je serais si Andreï n'était pas venu me chercher. Tandis qu'il expose les faits comme une évidence, je hoche la tête et baisse les yeux, comme si ce que j'allais dire était potentiellement honteux.

« Ouais... merci. »

J'suis pas douée pour les excuses, les adieux et les remerciements. Alors qu'il s'accroche bien à son caleçon parce qu'il est pas prêt de m'entendre lui redire ça. C'est idiot mais j'ai envie de lui hurler que c'est un idiot fini d'être fini, tout en étant soulagée qu'il soit venu... c'est complètement con. Je suis complètement conne. Tellement conne que j'en pique la précieuse bouteille de cognac de Georg pour en siffler une gorgée en haussant les épaules.

« Tu crois quoi ? Qu'après avoir passé 40 ans on ne sait où il aura changé ses petites habitudes ? C'est un vieux con. Et les vieux, ça change pas. »

Faut-il que je le haïsse suffisamment pour parler de lui ainsi... ça ne m'a pas non plus empêché de lui tenir tête un peu plus tôt, et je sais que je vais le regretter. Je ne sais pas quand, comment ni à quel point, mais je sais que Georg va me faire payer mon affront, ma fuite et accessoirement ses gorilles qui gisent à présent au sol. Putain j'vais passer un sale quart d'heure... ne pas y penser, suuurtout ne pas y penser, me dis-je en avalant une gorgée de cognac supplémentaire dans l'espoir que ça me donnera suffisamment d'énergie pour affronter la suite. Déjà parce que visiblement, Andreï a l'air de penser que je l'ai trahis et ça, ça me vexe. Je suis peut-être une sale garce, mais j'ai mon honneur. Je finis par hausser un sourire tandis qu'il semble vraiment douter de moi.

« Hè... j'suis p'tet pas un prix Nobel de maths, mais j'suis pas conne pour autant. Ton môme j'lui ai sauvé la peau une fois, ça servirait à quoi que je lui envoie Georg, hin ? J'aime pas trop bosser pour rien. »

Puis bon... évitons de préciser qu'à force de le côtoyer, Roman est passé du statut de morveux et cafards à écraser à celui de confident et... plus si affinités tout en restant dans le soft parce qu'il faudrait pas non plus abuser tout de suite. Mais si je commence à dire à Andreï, à qui j'ai très maladroitement avoué mes sentiments, que je tourne autour de son fiston... déjà il risque de me traiter de cougar ou je ne sais quel autre nom d'oiseau sympathique, mais en plus je pense qu'il me laissera en plan ici. Là il a plutôt l'air soulagé de savoir que son gosse va bien alors... autant lui laisser ça et ne pas entrer dans les détails, hin ! Je gratifie sa dernière remarque d'un doigt d'honneur tout en évitant d'y répondre. Ce qu'il n'a pas l'air de comprendre, c'est que ma grande gueule et mes injures cachent ma terreur. C'est le seul moyen que j'ai pour ne pas craquer et flancher face à Georg. Je préfère qu'il me trouve insupportable plutôt qu'il voit à quel point je suis tétanisée. Pourtant je sais qu'il ne peut plus faire pression sur moi comme avant : mon frère est forcément mort depuis des années, mes parents n'ont jamais été autre chose pour moi que les gens qui m'ont vendus au KGB, et il est persuadé que je hais suffisamment tous les Ievseï pour vouloir les envoyer au trou un par un. La seule personne qu'il peut encore briser, c'est moi. Et c'est bien suffisant. De toute manière, cette conversation commence déjà à me soûler parce qu'elle va soulever d'autres questions. Me changer en coyote va me permettre d'avoir une bonne raison de me taire.

Je n'ai jamais aimé cette forme. Enfin... si, au début. Quand j'ai découvert en quoi je pouvais me changer, j'étais ravie. Un coyote c'est rapide, silencieux, ça mord et ça un odorat sur-développé. Et puis Andreï est arrivé avec ses moustaches de rat d'égout et m'a une fois de plus volé la vedette. Il était plus petit, plus discret, plus furtif... j'ai été reléguée au rang d'animal encombrant et inintéressant et c'est à partir de là que je me suis mise à haïr cet animal en lequel je me transforme. Parce que j'aime ma nature de métamorphe, seulement... j'ai l'impression d'être de moins en moins en osmose avec cet animal, comme si nous étions finalement trop différents, lui et moi. La transformation achevée, c'est le coyote qui plisse ses grands yeux noirs alors qu'Andreï profite de mon mutisme pour se foutre de ma gueule. Petit con, tiens... J'émets un bref grognement en guise de « va te faire foutre » et me dépêche de sortir du bureau tandis qu'il laisse lire court à ses talents de pyromane. Ça aussi, ça va me retomber sur le coin de la gueule... mais c'était encore la meilleure chose à faire, je crois. Pas de preuves, pas de témoins, pas de coupable ! Juste un Georg en colère d'avoir perdu l'un de ses précieux entrepôts.

Vaut mieux pas penser à ça, ouais... alors me voilà trottinant dans les ruelles, tentant d'ignorer la douleur et de profiter de l'air frais de ce début de soirée. J'entends derrière moi les pas rapides d'Andreï, alors que les miens sont étouffés par les coussinets sous mes pattes. C'qu'il a l'air pataud, vu d'ici... Lorsque je m'arrête après m'être assuré que nous sommes suffisamment loin de l'entrepôt pour échapper aux flammes et que l'odeur de Georg n'est plus qu'un lointain souvenir, je m'approche d'une poubelle et attend patiemment que sa majesté blondinet premier se décide à y jeter mes fringues, les siennes, et à échanger son corps un peu trop sexy à mon goût contre celui d'un vieux rat d'égout tout crasseux. Si je pouvais taper du pied en signe d'impatience, je le ferais, parce qu'il a franchement l'air con, à hésiter devant la poubelle ! Qu'est-ce qu'il attend ? Le déluge ? L'Apocalypse ? Elle l'a pas franchement attendu pour se pointer ! Ça me ferait presque de la peine de voir mes fringues finir au milieu d'un tas de déchets mais de toute manière elles auraient fini à la poubelle. Je ne supporte plus l'odeur de Georg sur le moindre morceau de tissu. Et puis viens finalement la révélation. Celle à laquelle je ne m'attends pas et qui me laisse d'autant plus muette que je ne peux pas lâcher un bon gros « putain » qui me démange pourtant. Voilà pourquoi je trouvais son odeur différente, voilà pourquoi il esquive depuis le début la transformation... il m'a mentit. Il ne m'a rien dit, délibérément rien dit, alors que je lui faisais confiance. Il a été blessé ? Et bien moi je m'sens trahie. Il avait peur de quoi ? Que je le juge ? Ouais je l'aurais fait, c'est dans ma nature de le juger quand il fait de la merde. Mais je ne lui en aurais pas voulu parce que ça n'aurait pas été sa faute. Là... c'est différent. Putain il m'a menti. Une fois de plus. Il n'est plus un rat, il n'est plus un métamorphe... alors quoi ? Qu'est-ce qu'on partage, maintenant, à part le même traumatisme ? C'est idiot mais une fois de plus, j'ai l'impression qu'il me laisse sur le côté pour ne pas s'embarrasser de moi. Je suis à la traîne, lui a évolué en un autre chose dont j'aimerais connaître le véritable nom. Alors je m'approche, méfiante, les oreilles couchées en arrière, alors qu'il me montre la cicatrice qui dessine une forme striée et irrégulière sur son avant-bras. La marque d'une morsure... ce con s'est fait mordre par un putain de zombie ! Soudain, il sort son poignard et je recule en grognant, sur la défensive. Lorsqu'il passe la lame du couteau sur son bras, l'épais liquide noir qui s'échappe de la plaie m'arrache un frisson qui me hérisse la fourrure de plus belle. Putain mais quel con ! Quel abruti fini ! Comment a-t-il pu laisser ça arriver ? A-t-il seulement conscience des conséquences ? Georg va me tuer, cette fois c'est certain. Et il voudrait que je le suive, en plus ? Il est complètement con, ma parole ! Un con qui vit sous un pont, qui plus est. T'es tombé bien bas, mon pauvre Andreï... Le coyote grogne de plus belle et l'animal prend le dessus sur l'humain. Je suis en colère mais j'ai aussi peur de ce qu'il est devenu, peur de ce que je ne connais pas et peur de ce que tout cela implique. Au loin, l'entrepôt brûle comme un joli feu de joie et la peur ne fait que grandir lorsque je perçoit moi aussi les bruits de pas précipités en direction du grand bâtiment. On ne peut pas rester là, c'est certain. Mais je ne peux pas le suivre, je ne veux pas... pas après tout ça. Faut se barrer, ça c'est certain. Alors, sans lui demander son avis, je m'élance à l'autre bout de la ruelle sans m'arrêter ni me retourner. Je ne trottine plus, je coure, comme si m vie en dépendait et quelque part, c'est vrai. Je coure sans me soucier de savoir s'il me suit ou non car au fond, je cherche à le semer. L'incompréhension et un sentiment ridicule de trahison me font perdre toute notion de l'orientation et bientôt, je me retrouve malgré moi non loin d'un cours d'eau et probablement pas beaucoup plus loin du pont qui abrite ce grand crétin au quotidien. Je pourrais continuer à courir longtemps, si mes forces ne m'abonnaient pas. Je sens mes pattes fléchir sous mon poids, ma respiration sifflante et bientôt, la forme animale devient trop lourde à porter. Elle a soigné l'essentiel de mes blessures mais pas le choc que je viens de recevoir en pleine poitrine. Il faut que je m'éloigne, que je regagne mon appart, mais Andreï a raison : c'est là que Georg me cherchera en premier et j'ai eu ma dose pour la soirée. J'entends au loin des pas qui se rapprochent et vue la vitesse, c'est quelqu'un qui coure. C'est donc certainement Andreï qui a réussi à me suivre. Épuisée par la course, mes blessures et surtout ce foutu changement qui amoindris mes pouvoirs, je me fond dans l'ombre d'une ruelle en cul de sac pour attendre l'autre con et lui dire ma façon de penser. Ses pas se rapprochent et moi, j'entreprends la douloureux mais nécessaire transition vers une forme plus adaptées aux engueulades mais un peu moins à la bienséance car... je me retrouve complètement nue. Faut dire qu'Andreï m'a déjà vue plus d'une fois comme ça mais : je compte l'engueuler, pas sûre que ça soit très efficace à poil, si quelqu'un se pointe, je vais passer pour quoi ?

Je l'entends s'arrêter juste devant la ruelle, il doit probablement me chercher, mais avant qu'il n'ait pu reprendre sa course je l'attrape par le bras, le tire dans l'obscurité et lui arrache sans ménagement sa veste pour m'en couvrir comme je peux. Vêtue d'un simple blouson en jeans, je n'ai plus que mes tatouages pour couvrir mes jambes, et faut bien avouer que c'est peu.

« TU EST VRAIMENT LE ROI DES CONS ! Pauvre crétin ! Imbécile ! Putain mais t'as d'la merde dans le crâne, ou quoi ? »

Je le pousse, l'envoie valser et me mets à faire les cent pas tandis que je sens tout mon corps trembler de colère, de peur et de douleur.

« T'as vraiment cru qu'me cacher ça, c'était une bonne idée ? Putain mais... j'viens de me faire torturer par Georg ! Tout ça pour te protéger, parce que j'ai refusé de dire où t'étais et toi... toi tu me caches ça ? Pourquoi tu m'as rien dit ? Tu me croyais pas digne de confiance, c'est ça ? »

J'ai peur, et il n'a pas l'air de le réaliser. J'ai peur sans savoir ce qui me terrifie le plus dans cette histoire. Qu'il soit... autre chose ou qu'il ne soit plus comme moi.

« T'es vraiment qu'un putain de con... et r'garde-moi dans les yeux quand j'te parle, mes jambes tu les connais ! »

Et qu'il ne vienne pas me dire qu'il se fascine pour tout ce que j'y ai fait dessiner, je le connais. Et je n'aime pas l'imaginer me reluquer parce que ça réveille l'ado attardée et un peu trop amoureuse de son « meilleur ami » que je suis. Je finis par soupirer, me fige dans mon mouvement et me tourne vers lui, tremblant d'une peur qui ne me ressemble pas.

« Tu piges pas, hin ? J'suis terrorisée, Andreï. J'ai fait la maline devant Georg parce que TU m'en as donné la force. Et là, la confiance que j'avais r'trouvé en toi, je la vois s'envoler parce que tu m'as caché ça. Putain... et puis t'es quoi, d'ailleurs ? Un genre de zombie sans l'option décomposition avancée ? »

Le vent s'engouffre dans la ruelle, se glisse sous le tissu de la veste d'Andreï et me fait frissonner. C'est que je commence à avoir froid, finalement. Je fais glisser mes mains dans les manches trop longues du vêtement et entoure ma poitrine de mes bras pour tenter de garder un semblant de chaleur. Putain qu'elle pue cette soirée...

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Dim 22 Oct - 13:52

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

« Mouais... Si tu le dis... j'aimerais éviter qu'on en arrive aux mêmes emmerdes qu'à Budapest, si ça t'ennuie pas. » Je lui lance un regard amusé, un regard presque complice malgré la gravité de sa, de notre situation, avant de retourner à mes petites affaires pour mieux la détacher, puis trouver une solution pour effacer nos traces de la meilleure manière qu’il soit. Budapest. Une sacrée merde que cette mission, mais un bon souvenir aussi. D’une certaine manière. Un cauchemar surtout. « J’avoue » J’avoue tout, j’avoue tout dans cette floppée de mensonges qui me caractérise. Elle se lève, j’hausse les épaules encore, et l’inévitable vient dans la discussion, comme un reproche de sa part, comme un remerciement, sans que je ne sache exactement comment réagir à tout ça. Alors je ne réagis pas, je me renferme dans une absence déplorable d’humour et surtout dans les faits. Oui, c’était stupide de ma part de venir. Oui, je l’ai même laissée se faire torturer dans la crainte d’être attrapé par Georg. Oui, oui, oui et encore oui. Mais… je refuse de penser ne serait-ce qu’une seconde à ce qui se serait produit si jamais Georg m’avait effectivement mis la main dessus. Je refuse d’envisager cette possibilité. Et pour mieux la repousser, je me concentre sur ce que je fais, je me concentre sur mes gestes, sur les mécanismes, sur ce qu’on m’a appris. Sur ce que je dois faire. Anya dégotte du cognac, moi, j’entasse les corps.

Je les entasse, je les rassemble dans un grognement, j’ignore la douleur des balles fichées dans ma chair déjà refermée – il va falloir que je réouvre pour les extraire, putain – et j’essaye d’oublier à quel point tout est fait pour me rappeler Budapest et notre passé. Anya dégotte une bouteille, m’impose davantage encore l’existence, la renaissance, la proximité de notre créateur. Il n’a changé aucune de ses habitudes. « Tu crois quoi ? Qu'après avoir passé 40 ans on ne sait où il aura changé ses petites habitudes ? C'est un vieux con. Et les vieux, ça change pas. » Je serre les dents, jette un œil sur mon amie de toujours. En sang. Le visage marqué par la torture. Parce qu’elle a pu retenir et ce que je l’ai entendu dire. Ouais, Georg change pas ses habitudes : il obtient toujours ce qu’il veut, surtout de nous, surtout de ses petites marionnettes, de ses animaux de compagnie. Anya avait raison, quand elle a dit qu’on aurait beau se débattre, on était foutu de base. Elle avait raison. Et elle a vendu mon fils, elle a… Mon visage se détend, je fixe mon regard dans le sien. Elle a menti ? Elle a tenu bon ? « Hè... j'suis p'tet pas un prix Nobel de maths, mais j'suis pas conne pour autant. Ton môme j'lui ai sauvé la peau une fois, ça servirait à quoi que je lui envoie Georg, hin ? J'aime pas trop bosser pour rien. » Un grognement. J’attrape la bouteille. En avale à mon tour une putain de gorgée au goût de cendre mais à l’arrière-goût brûlant malgré tout. « Te fous pas d’ma gueule Anya. Quand on parle de Georg, y’a pas d’logique qui tienne. » Tout comme il n’y a pas de logique qui tienne pour quoique ce soit dès lors qu’on parle d’Anastasia Bolkonsky et de son comportement vis-à-vis des Ievseï. Aux dernières nouvelles, elle me haïssait. Puis j’apprends qu’elle a sauvé Lara, qu’elle a sauvé mon môme, quand moi j’étais en train de lécher les bottes de Georg, persuadé qu’il les avait tués.

Je ferme les yeux, chasse les souvenirs qui affleurent, me réfugie dans le présent. Dans le futur proche. Dans l’urgence de notre situation et de la fuite. J’ai empilé les corps, j’ai vidé la bouteille pour en faire un combustible plus efficace : il ne reste plus qu’à prendre la tangente une fois Anya transformée : je ne compte pas la porter dans les rues adjacentes, merci bien. Un éclat de rire : bien sûr que j’oublie le rat, bien sûr que je ne me transforme pas, bien sûr que je récupère ses fringues, ce serait bien trop con qu’on tente ne serait-ce qu’une seconde de faire croire à l’autre connard qu’Anya est morte. Il ne croirait même pas l’ombre d’un battement de cœur que ce soit possible. Je détourne le regard de la transformation en jouant avec mon briquet, me permets une remarque tant qu’elle ne peut pas se payer le luxe de me répondre, fous le feu et la rejoins sans tarder à l’extérieur. Bon débarras, une bonne chose de faite. Le pire reste à venir.

Je laisse Anya partir en éclaireuse, j’ai les yeux partout, les sens aux aguets, l’ouïe détériorée par les battements erratiques de mon cœur dans ma poitrine. La terreur, c’est la terreur qui me motive, la terreur de l’imminence de retrouvailles entre Georg et moi, entre le sorcier et la créature, entre le sorcier et la créature brisée. J’ai les yeux partout, les sens aux aguets, mais je me découvre aveugle lorsqu’Anya s’arrête et attend de moi, visiblement, que je me transforme à nouveau. En rat et en coyote, nous sommes invisibles. Nous avons été formés pour devenir invisibles. Pour disparaître, dans un soupir, pour trouver des chemins et des planques, pour laisser suffisamment l’animal s’accaparer notre volonté pour en exploiter tout le potentiel, sans perdre notre capacité de réflexion et notre mission du regard. Ouais, le plus intéressant, ce serait vraiment que je foute mes fringues dans cette poubelle et que je redevienne rat. Sauf que… Je peux pas. Adossé contre le mur, je m’oblige à la regarder dans les yeux. Je peux pas me transformer. Elle s’approche, toute son attitude clame la méfiance et la colère. Je remonte ma manche, dévoile la cicatrice dégueulasse qui lacère mon avant-bras, le lacère davantage de mon couteau pour faire suinter des gouttes denses et sombres d’un sang qui n’a rien d’humain, rien de vivant. Un grognement, je ne relâche pas une seule seconde la prise sur mon poignard. Essaye un peu de me sauter à la gueule, Anya, et je t’ouvre en deux. Essaye un peu et… et on n’a pas intérêt à traîner dans le coin : chez elle, c’est foutu, autant aller chez moi. Parce que si je reste un peu plus dans le coin… je sens déjà mes jambes se tétaniser, je sens déjà ma respiration s’affoler. Je vois la silhouette de Georg courir au loin. Et me pousser à le rejoindre pour lui demander pardon. Ferme les yeux, Andreï, ignore le.

Le coyote a déjà déguerpi, je jure dans ma barbe, me précipite à sa suite. Avec un temps de retard. J’essaye de suivre son odeur, sans succès, je m’attache à celle de son sang, avec un succès tout aussi moindre. Je cours, je ralentis, l’important, c’est de s’éloigner, de se planquer, de se terrer dans un coin. De faire le mort, de disparaître, de ne tout simplement plus exister. Se terrer, se cacher, se… l’odeur devient brutalement plus forte, je devine avant qu’elle ne me touche qu’Anya est celle qui m’entraîne dans une ruelle. Je ne lutte pas : je la laisse tout récupérer. Veste. Dignité. Réponse. C’est plus fort que moi : je la regarde quand elle m’engueule, encore une fois, je la laisse faire quand elle m’envoie valser contre un mur, sans pouvoir retenir un grognement. « TU ES VRAIMENT LE ROI DES CONS ! Pauvre crétin ! Imbécile ! Putain mais t'as d'la merde dans le crâne, ou quoi ? » Je lève les yeux au ciel. « T'as vraiment cru qu'me cacher ça, c'était une bonne idée ? Putain mais... j'viens de me faire torturer par Georg ! Tout ça pour te protéger, parce que j'ai refusé de dire où t'étais et toi... toi tu me caches ça ? Pourquoi tu m'as rien dit ? Tu me croyais pas digne de confiance, c'est ça ? » Un soupir, je détourne le regard, tente de détourner le regard, effleure ses yeux, sa nuque, ma veste, descends plus bas. « T'es vraiment qu'un putain de con... et r'garde-moi dans les yeux quand j'te parle, mes jambes tu les connais ! » « Roh putain, ta gueule ! » Elle me connaît, tout comme je connais ses putain de jambes. Elle sait que… elle ne sait pas qu’actuellement, la reluquer c’est beaucoup plus simple pour moi que d’assumer le regard qu’elle porte, elle, sur moi. C’est bas, c’est malsain, c’est ridicule, mais c’est comme ça : je suis peut-être un putain de con, mais c’est pas pour autant que je regrette une seule seconde de lui avoir caché ça. La seule chose que je regrette, en fait, c’est de lui avoir dit. « Tu piges pas, hin ? J'suis terrorisée, Andreï. J'ai fait la maline devant Georg parce que TU m'en as donné la force. Et là, la confiance que j'avais r'trouvé en toi, je la vois s'envoler parce que tu m'as caché ça. Putain... et puis t'es quoi, d'ailleurs ? Un genre de zombie sans l'option décomposition avancée ? » « T’es terrorisée ? Et tu crois que vraiment que j’en ai quelque chose à foutre, Anya ? » Parce que si oui, elle va être déçue. « Tu crois quoi, que je suis putain de rassuré, que je me suis pas pissé dessus en le voyant tout à l’heure ? On est dans le même putain de bateau, Nya ! » C’est faux. Nous sommes dans deux bateaux séparés. Sauf que le mien est en train de couler, alors que le sien est totalement sabordé par Georg. Même galère, même finalité, mais pas exactement les mêmes problèmes, je le sais. Si Georg me retrouve, c’en est fini de moi. Mais me retrouver, c’est aussi faire en sorte qu’Anya devient totalement inutile. Et après ce soir…

« PUTAIN ! » J’envoie mon pied heurter un mur, je sors de la ruelle sans tarder avec la ferme intention de me casser. Une ferme intention bien fragile, je me tourne face à Anya en étendant les bras. Vulnérable. « Qu’est ce que tu voulais que j’te dise, Anya ? Je sais pas c’que je suis, mais je sais très clairement c’que je suis plus. Tu vois pas le concept ? Je ne suis plus un rat ! JE NE SUIS PLUS COMME TOI ! Je suis un outil totalement brisé. ET TU SAIS CE QU’IL FAIT DES OBJETS BRISES ? » Georg les jette, ou tente de les réparer sans se soucier de la torture qu’il devra utiliser pour ça. « Ouais, j’te l’ai caché, et alors ? Qu’est-ce que ça peut bien t’foutre ? Qu’est-ce que je pouvais savoir de ta réaction ? Tant qu’j’suis offline, t’es le putain de chouchou de Georg. Mais s’il apprend que je suis totalement hors-jeu, tu vas carrément devenir son jouet principal, Anya. Et tu as voulu me saborder pendant suffisamment d’années pour que j’me méfie, bordel ! » Et ça… ça veut dire quelque chose qui ne va clairement pas lui plaire. « J’ai aucune confiance en toi. » Mais je n’ai confiance en personne en même temps. « J’ai pas confiance en toi, Anastasia. On a été dressé pour toujours faire passer nos propres intérêts et ceux de Georg en premier, merde ! Et ton intérêt, c’était peut-être qu’il ne me trouve pas. Mais maintenant, ça va clairement être qu’il me trouve et qu’il me fasse payer cette putain de morsure ! »

Un pas en avant, j’envisage de baisser d’un ton, sans pouvoir m’y résoudre. « T’es terrifiée ? ET ALORS ANYA ?! TU CROIS QUE JE SUIS COMMENT ? Presque toute ma vie, j’ai été un rat. J’ai eu le soutien du rat. Presque toute ma vie, le rat a été la seule créature en laquelle je pouvais avoir confiance, et il est plus là. Je deviens fou, j’ai HONTE putain, j’ai HONTE ANYA ! Je suis le môme d’une pourriture, et je suis cette pourriture maintenant. Je suis encore plus un monstre que tu ne l’es. » Mes bras s’agitent en rythme, dans cette violence qui me caractérise. « Alors tes insultes, ta rancœur et tes reproches, tu peux me les cracher autant que tu voudras, mais ça ne changera rien au fait que la seule chose que je regrette, là, c’est d’avoir été obligé de te dire ça et de perdre la seule illusion qu’il me restait ! » C’est faux : il y a encore une personne qui me pense métamorphe.

Georg.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Mer 1 Nov - 12:25

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

Rien n'est jamais simple avec Andreï. Ça a toujours été comme ça, aussi loin que je me souvienne ! Du jour de notre rencontre à aujourd'hui, cet aimant à emmerdes vient toujours compliquer les choses quand pourtant tout devrait être simple. Il aurait pu venir me sauver, me sortir du hangar de Georg, y foutre le feu et se changer en rat pour qu'on disparaisse tous les deux au milieu de la nuit mais non ! Bien sûr que non ! Pour ça, il faudrait que ce grand ahuri puisse se changer en rat et ça... visiblement, ce n'est plus d'actualité. J'ai envie de le gifler, de le secouer, de lui mordre son adorable petit cul rebondit pour lui apprendre la vie, de lui hurler ma peur, ma colère, ma rancœur... au fond, ce n'est pas le fait qu'il ait changé qui me met dans cet état. C'est plutôt le fait qu'il ne m'ait rien dit. Et pour ça, je lui en veut autant que je m'en veux. Si je n'avais pas mis autant de distance entre nous par jalousie à une époque, peut-être m'aurait-il tout raconté ? Une petite voix cynique dans un coin de ma tête m'affirme pourtant le contraire. Y a des choses dont Andreï sait se vanter à tout va, d'autres dont il a tellement honte qu'il préfère tenter de les enterrer dans l'espoir qu'aucun chien n'ira jamais flairer sa piste pour fourrer son nez au milieu des cadavres qu'il voudrait oublier. Andreï est un sale con, un abruti, un foutu salaud mais ce n'est pas un monstre. Du moins pas plus que moi. Je m'en fous qu'il soit devenu une bête en décomposition, le monstre de Frankenstein ou la petite souris. Ça me fait profondément chier qu'il ne soit plus un rat parce que ça signifie qu'il n'est plus comme moi mais... c'est toujours Andreï. Le même caractère, le même regard intéressé qui glisse vers mes jambes, le même sourire de gamin innocent... le rat en moins. Faut pas croire, ça m'ôte quand même un poids des épaules. Si Andreï n'est plus un rat, Georg ne pourra pas de nouveau l'utiliser comme avant, me délaisser comme avant, me rabaisser comme avant. L'ahurie soucieuse de voir ce substitut de père raté et malsain la regarder avec fierté en est plus que satisfaite. Pour le reste, en revanche... je hurle, je vocifère, j'agite les bras, fais les cent pas en ignorant les pavés froids et humides sous mes pieds. Et puis je me tais, consciente qu'il boue de son côté et n'attend qu'un moment de répit pour renchérir.

Pendant un instant, je le vois s'éloigner et suis persuadée qu'il va me laisser là sans me donner plus d'explication ni autant chose que sa veste à me mettre sur le dos. Je ne sais pas trop si je suis soulagée ou agacée de le voir revenir, mais les explications fusent, saccadées, vociférées, jetées comme ça au milieu de la rue, balancées comme si elles n'avaient pas la moindre importance et pourtant je les encaisse et les mémorise une à une. Andreï n'est plus un rat, Andreï est autre chose. Mais Andreï reste la seule personne au moins que je sois capable d'aimer et de haïr à ce point. Je ne sais pas trop si c'est un privilège ou une malédiction, mais ce qui est certain, c'est qu'il m'obsède toujours autant, ce con. Ce que je compte faire, là maintenant ? Je n'en sais rien. Ni l'instinct ni la raison n'arrivent à me persuader que soutenir Andreï ou le vendre à Georg serait la meilleure chose à faire. Même la fuite ne s'impose pas comme une solution viable. Pire, je ne suis même pas vexée quand il m'assène qu'il ne me fait pas confiance. Je ne me ferais pas confiance si j'étais à sa place, de toute manière. Pour autant, ma colère ne décroît pas, bien au contraire. J'en veux à Andreï pour ne m'avoir rien dit, à Georg pour avoir fait de nous des monstres de foire terrifiés par la vie, au monde entier de se liguer contre ceux qui traînent déjà trop de merdes derrière eux. Et je m'en veux de n'avoir rien vu plus tôt.

Quand enfin Andreï se tait, je le regarde un long moment, silencieuse. Il va me falloir du temps pour assimiler tout ça, pour me dire qu'une fois de plus, je me retrouve seule à bord d'un vieux rafiot prêt à couler, mais surtout pour admettre que si de nous deux je suis maintenant la seule métamorphe, moi au moins je sais ce que je suis. Andreï l'ignore et je n'ose imaginer l'effet que cela pourrait me faire d'ignorer encore plus qui je suis. Je finis par soupirer, me passe une main dans les cheveux et me force à garder mon calme, si bien que ma voix en tremble légèrement.

« Tu t'trompes. T'es pas un objet brisé. Pour la simple et bonne raison qu't'es pas un objet, Andreï. T'es peut-être un sale con, un meurtrier, un putain de mec infidèle mais bordel ! T'es ni une chaise, ni un vieux tas d'merde, ok ? C'est Georg qui nous pousse à nous sentir comme des moins que rien, Georg qui s'croit tout permis, Georg qui a fait de nous des animaux tout juste bons à obéir. Et tu crois sincèrement qu'il me considère comme un joujou en bon état de marche ? Allons... depuis le début, il me voit comme une création ratée parce que je n'ai jamais été la métamorphe qu'il voulait. Tu verras... C'est triste mais on s'y fait bien. »

Si je me veux encourageante, je suis aussi cynique. J'ai toujours envié Andreï et sa discrétion, Andreï et son côté passe-partout, j'ai détesté le coyote d'être si imposant, indiscret et maladroit... en réalité, c'est à cause de l'image que Georg me donnait de moi que je détestais à ce point le coyote. Et puis j'ai passé quarante putain d'années dans la peau d'un sac à puces et j'ai compris. Le coyote c'est moi et je suis le coyote. Je n'ai rien d'un rat, tout d'un coyote, un peu de la vipère mais certainement pas de ce genre de petit animal. Je n'ai commencé à apprivoiser le coyote qu'une fois loin d'Andreï et Georg.

« J'te d'mande pas d'avoir confiance en moi. J'te fais pas confiance, je fais pas confiance à Georg, mais y a deux trois choses que je sais. Actuellement, je ne suis qu'un appât pour Georg, le genre de sucrerie qu'il a foutu sous ton nez dans l'espoir que tu reviendrais la queue entre les pattes. Putain... t'as pas idée d'à quel point j'ai envie d'aller te balancer juste pour te faire payer ton mensonge, mais je sais très bien que je n'aurai pas droit à une grattouilles entre les oreilles comme un brave toutou qui ramène la balle. Il va s'venger sur moi. Si y a plus rien à faire pour refaire de toi un rat, il va me faire payer cet échec autant qu'à toi... Je ne serai jamais sa favorite, fourre-toi ça dans l'crâne ! Tu piges pas ? On est dans le même bateau ! J'avais mille fois plus d'intérêt à te balancer quand j'te croyais encore métamorphe ! Maintenant... ça a autant d'intérêt que d'essayer de vider la cervelle d'un zombie avec une petite cuillère. »

C'est un peu défaitiste, ce que je dis là, mais c'est aussi réaliste. Ça m'emmerde foutrement que ce con ne soit plus un métamorphe, car je n'ai plus la moindre monnaie d'échange avec Georg au cas où il me viendrait l'idée de lui vendre Andreï. Si je fais ça, je lui tends tout simplement le bâton pour me faire battre.

« T'as vraiment pas l'air de piger que maintenant, j'ai vraiment plus aucun intérêt à t'vendre. Tu m'fais p'tet pas confiance, mais fais confiance à mon instinct de survie parce que j'tiens quand même un peu à ma peau. La voilà, ma réactions, Andreï. Tu peux avoir honte de ne plus être un rat, tu peux avoir honte d'avoir perdu le contrôle sur ce que tu étais, mais j't'interdis d'avoir honte face à moi, c'est clair ? Être un rat, une tortue ou une putain de coccinelle ça t'changera pas, tu piges ? Regarde-moi ! Être un coyote ne fait pas de moi quelqu'un de meilleur ou de pire, j'suis toujours une garce égocentrique et paumée ! Et une dernière chose... »

La colère revient, doucement, insidieusement et pourtant, quand je m'approche, c'est avec une démarche féline et presque sensuelle. Une fois face à Andreï, je lève les yeux et, sans crier gare, lui assène une violente gifle.

« Ne te compare plus jamais à cette pourriture de violeur de femmes qu'est ton père, c'est clair ? Lui il t'a pas élevé, il a pas aimé ta mère, il a rien fait pour toi. Toi t'es p'tet un con qui s'y prend comme un manche, mais Lara tu l'as aimé et t'as tout fait pour les mettre en sécurité, elle et Roman. Rien que ça, ça fait de toi un type cent fois meilleur que ton père. Et t'es l'seul homme qui m'ait jamais prise de force. »

C'est l'aveu que je lui consens en baissant les yeux, bien qu'il ne soit pas totalement vrai. Bien que l'alcool nous ait aidé, Joseph ne m'a forcée à rien, quelques semaines auparavant. Avec Andreï, on a pas eu besoin de ça. Jamais. C'est le seul à n'avoir jamais voulu m'imposer sa domination d'homme ni à me forcer à faire quoi que ce soit. Le seul à avoir fait de nous des égaux, et je pense que c'est pour ça que malgré tous ses défauts et mon envie de le frapper, mon cœur persiste à l'aimer. Et ça, j'ai pas besoin de le lui répéter pour qu'il le sache. Mes yeux rivés dans les siens, je n'ai qu'une envie : l'embrasser et l'empêcher de dire quoi que ce soit d'autre. Je sais aussi qu'il risque de me renvoyer ma gifle ou de s'éloigner à nouveau, comme il sait si bien le faire. Je n'ai pas envie qu'il s'éloigne, pas envie qu'il mette plus de distance entre nous alors qu'une fois de plus, nous nous retrouvons tous les deux dans ce putain de bateau qui coule, seul et perdu au milieu de l'océan.

« On va s'mettre d'accord sur un truc, ok ? Actuellement, notre ennemi c'est Georg et point barre. Alors on arrête de s'mentir et on lutte ensemble, ok ? Libre à toi d'me mentir sur le reste, je sais très bien que tu ne t'en priveras pas. »

Je reste lucide, tout de même. Baisse les yeux vers son bras dénudé de sa veste, je tends la main vers la sienne. Curieuse et révulsée à la fois, j'effleure cette cicatrice blanchâtre qui marque sa peau.

« Ça fait mal ? »

Qu'est-ce qui fait mal, Anya ? De se faire mordre ? De changer ? De... mourir ? Je n'ose pas formuler la question entièrement. Je suis curieuse tout en refusant de connaître les réponses à mes questions. Je ne veux simplement pas qu'Andreï mette encore plus de distance entre lui et moi et me laisse à nouveau seule. Pas ici, pas dans cette ruelle humide où, vêtue d'une simple veste, je suis transis de froid et n'espère plus qu'une chose : qu'il m'emmène jusqu'à son putain de pont où, je l'espère, il aura de quoi faire du feu.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Lun 6 Nov - 1:01

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

Rien n'est jamais simple avec Anastasia. Rien n’a jamais été simple avec Anastasia. Rien n’a jamais été simple avec moi non plus. J’ai de vagues souvenirs de notre première rencontre, j’ai des souvenirs plus que vifs de notre première fois. De notre première mission. De notre complicité. Elle a été brutalement ce que j’avais de plus proche dans ma vie. Je m’endormais à côté d’elle, je me réveillais à côté d’elle, je transpirais avec elle, je me blessais avec elle. Je me bourrais la gueule avec elle, je courrais avec elle. Je vivais avec elle. Elle a débarqué dans ma vie sans crier gare, on me l’a imposée, elle s’est imposée, je me suis imposé dans sa vie. Et soudain, du jour au lendemain, quand j’ai choisi de m’engager avec Lara, cette fille qui m’apprenait à agir comme un être humain normal, comme un russe et non un agent, comme un père, parce que Lara était déjà enceinte à ce moment-là... Et soudain, je l’ai perdue. Elle est devenue une étrangère.

Rien n’est jamais simple avec Anya. Mais s’il y a quelque chose qui n’est jamais simple non plus, ce sont ces conneries qu’on appelle pensées qui me torturent, dans mon crâne. Ce sont ces conneries qu’on appelle émotions qui me paralysent. Me liquéfient. Me tétanisent. Dans mon cœur. C’est cette colère qui m’embrase, qui me consume de l’intérieur, qui me détruit et me pousse à détruire tout ce qui m’entoure. Dans mes veines. Rien n’est jamais simple avec Anya, rien n’est jamais simple avec moi non plus. Rien n’est jamais simple dans ce que je ressens – trop fort – dans ce que je pense – trop erratique. Dans cette rage qui ne veut que s’extérioriser en réponse à ses questions, à ses accusations, à cette douleur qui empoisonne mon sang et mes respirations, cette culpabilité et cette honte qui me brûlent la trachée. Elle est terrifiée ? Et bien grand bien lui fasse, parce que moi, je suis bien plus que ça. Je suis paniqué. La plupart du temps, je n’y pense pas, je n’y pense plus, je m’efforce de ne pas y penser. Mais là… Ma voix hurle. Ma voix crie. Ma voix crache ce qu’elle a dire. Qu’est-ce qu’Anya veut entendre au final ? Parce que la vérité, c’est que je suis un monstre. Plus encore qu’elle. La vérité, c’est que je ne sais pas ce que je suis, mais je sais ce que je ne suis plus. Je ne suis plus un rat, je ne suis plus un métamorphe, je ne suis plus utile pour l’URSS, je ne suis plus la créature docile de Georg, je ne suis plus l’outil affuté pendant plus de vingt ans pour tuer, torturer, charmer et briser des cibles. Je ne suis plus qu’un déchet, qui peine à trouver sa place dans un monde, dans un univers, dans une apocalypse qui ne veut pas de lui. Roman ne veut pas de moi. Mon propre fils ne veut pas de moi. Je suis ce qui se fait de pire dans le coin, si on oublie Georg. Et Anya me reproche d’avoir fermé ma putain de gueule ? Comment est-ce qu’elle peut ne serait-ce qu’oser me reprocher quoique ce soit ? Je ne lui dois rien, je ne lui dois aucune honnêteté, aucune sincérité. Elle a été, elle est, elle reste, ce que j’ai eu de plus proche, elle a été, de la même manière que Lara, mais différemment, le centre de ma vie et de mon équilibre. Mais je ne lui dois rien quand même. Je refuse de lui devoir quoique ce soit. Ça me coûterait bien trop à l’avenir. Ça me coûte déjà bien trop. Il suffirait, après tout, qu’elle aille voir Georg et qu’elle lui balance tout pour que… pour que… ma voix hurle, ma voix crie, ma voix s’éteint, sans force. Mais pas sans colère, ça non. Mes yeux sont plus expressifs que jamais, quand je me tais. Brutalement immobile. Je ne suis plus un rat, je ne suis plus qu’un objet brisé, en pièce, je suis un outil émoussé, je suis un flingue déchargé. Enraillé. Et je fais face au silence d’Anya. Aux reproches d’Anya. A son regard chargé de mépris, chargé de déception, chargé de tout ce que j’y lis, que ce soit réellement là ou non. Je suis incapable de ne pas voir dans son regard la colère et la haine qui la consume. Elle doit me haïr, elle doit me considérer avec hauteur, avec arrogance. Je ne vaux plus rien aux yeux de Georg, on le sait tous les deux. Et si je ne vaux plus rien, par conséquent… Elle a une valeur inestimable.

Son soupir me gifle, m’irrite, se fait papier de verre contre ma peau. Vas-y Anya. Dis-le. Dis-le-moi, que je ne suis qu’un menteur inutile, que je t’ai mise en danger pour rien. Que tu t’es mise en danger pour rien. Que je ne suis plus que l’ombre d’un monstre. Ose me dire, putain, ose me dire que je trompe. Je ne te croirais pas. Soupire donc, Anya, tais-toi donc, Anya, on sait l’un comme l’autre que j’ai raison. Que j’ai parfaitement raison. On le sait, alors… « Tu t'trompes. » « Pardon ? » J’ai le ricanement d’un désespéré. « T'es pas un objet brisé. Pour la simple et bonne raison qu't'es pas un objet, Andreï. T'es peut-être un sale con, un meurtrier, un putain de mec infidèle mais bordel ! T'es ni une chaise, ni un vieux tas d'merde, ok ? » Je fais un pas en arrière, alors qu’elle monte en puissance. Je ne suis pas un objet ? J’aimerais la croire. Mais le fait est que… Je secoue la tête alors qu’elle tente de me faire croire que Gerog ne changera pas le regard qu’il lui porte. Je refuse de croire ça. Je secoue la tête. « Raconte pas d’connerie. Tu es toujours sa créature, toi, au moins. » Toujours sa chose, toujours son outil, même s’il n’a jamais su correctement s’en servir à mes yeux. Envoyer Anya tapiner, ça, ça lui semblait évident. Exploiter ses talents de contorsionniste et la peau du coyote, en revanche… Anya n’est pas une création ratée, c’est une création mal utilisée. Et une part de moi s’en veut de penser d’elle en ces termes, sans pouvoir s’en empêcher pour autant. C’est Georg qui nous pousse à nous sentir comme des outils, ouais. Mais… Mais. Mais il y a toujours des mais avec moi, des mais fait pour s’opposer, des mais issus d’un esprit de contradiction qui m’a toujours foutu dans la merde. Mais. « J'te d'mande pas d'avoir confiance en moi. J'te fais pas confiance, je fais pas confiance à Georg, mais y a deux trois choses que je sais. Actuellement, je ne suis qu'un appât pour Georg, le genre de sucrerie qu'il a foutu sous ton nez dans l'espoir que tu reviendrais la queue entre les pattes. Putain... t'as pas idée d'à quel point j'ai envie d'aller te balancer juste pour te faire payer ton mensonge, mais je sais très bien que je n'aurai pas droit à une grattouille entre les oreilles comme un brave toutou qui ramène la balle. Plus ou moins inconsciemment, je me mets en garde. Oh si, j’ai idée d’à quel point elle peut avoir envie de me balancer. Le rat, le fantôme du rat, mon esprit brisé par la torture psychologique imposée pendant des années par Georg le sait bien. Parce que moi aussi, j’en suis venu à me dire que si je la balance, si je me pointe maintenant chez Georg, peut-être, peut-être qu’il me pardonnera cette morsure qui lacère mon bras. Une chance infime, un espoir psychotique, mais une vague pensée qui refuse de s’en aller. Le rat veut des gratouilles, le rat veut des sucreries, le rat n’est plus qu’un énième squelette dans le placard. Alors ouais, j’ai une vague idée de ce qu’Anya peut avoir en tête. Alors ouais, je me mets en garde, totalement prêt à me battre si elle fait l’erreur de penser pouvoir avoir le dessus sur moi. Alors ouais… « Il va s'venger sur moi. Si y a plus rien à faire pour refaire de toi un rat, il va me faire payer cet échec autant qu'à toi... Je ne serai jamais sa favorite, fourre-toi ça dans l'crâne ! Tu piges pas ? On est dans le même bateau ! J'avais mille fois plus d'intérêt à te balancer quand j'te croyais encore métamorphe ! Maintenant... ça a autant d'intérêt que d'essayer de vider la cervelle d'un zombie avec une petite cuillère. » Je secoue la tête, encore. Crache sur le côté pour marquer davantage encore mon désaccord. « T’as tort, putain, Anya. » Pour sûr, qu’elle a tort. Elle ne voit pas l’opportunité qu’elle a ? Ouais, il va se venger sur elle, et alors ? Aux dernières nouvelles, il n’a pas d’autres métamorphes. Aux dernières nouvelles, j’étais son préféré non pas parce que j’étais le meilleur de nous deux, bon sang, bordel, je me traîne un sacré kilo de défauts, mais parce que j’avais la forme la plus pratique. Et qu’il avait réussi à me mâter. Aux dernières nouvelles, si je suis hors course, Anya devient d’office sa nouvelle favorite. La seule et l’unique. Elle ne voit pas ça, bon sang ?

Elle ne comprend pas ça ? « T'as vraiment pas l'air de piger que maintenant, j'ai vraiment plus aucun intérêt à t'vendre. Tu m'fais p'tet pas confiance, mais fais confiance à mon instinct de survie parce que j'tiens quand même un peu à ma peau. La voilà, ma réaction, Andreï. » « Une belle connerie, si tu veux mon avis » Mais dans un sens, ça m’arrange. Ça ne me soulage pas – ça non. Ça n’atténue pas une seule seconde cette honte qui me consume avec autant de force que ma colère, ça non. En revanche… ça m’arrange. « Tu peux avoir honte de ne plus être un rat, tu peux avoir honte d'avoir perdu le contrôle sur ce que tu étais, mais j't'interdis d'avoir honte face à moi, c'est clair ? Être un rat, une tortue ou une putain de coccinelle ça t'changera pas, tu piges ? Regarde-moi ! Être un coyote ne fait pas de moi quelqu'un de meilleur ou de pire, j'suis toujours une garce égocentrique et paumée ! » La regarder ? Bien sûr que je la regarde. Je la regarde avec colère, avec cette rage qui me tourmente, avec cette envie de hurler, de l’attraper par les cheveux et de l’envoyer valdinguer contre un mur, juste pour me défouler, juste parce que je sais qu’elle guérira derrière plus vite que tout être humain. Plus vite que moi, d’ailleurs. Alors ouais, je la regarde. Et je la vois s’approcher quand elle reprend. « Et une dernière chose... » Je la vois s’approcher, avec une grâce hypnotique. Ce n’est pas un coyote que je vois, là, c’est un putain de chat. C’est une panthère, ce sont ses deux jambes bien trop dénudées, c’est Anastasia dans toute sa splendeur qui s’avance et s’approche, qui fait disparaître la distance de sécurité qui nous séparait. Je reste immobile, incapable d’esquisser le moindre mouvement de recul. Sensuelle, fascinante. Belle à crever. Dangereuse à crever, aussi. Imprévisible, surtout. Je ne vois pas venir sa baffe, je n’y réagis même pas. Je l’encaisse. Tout simplement.

Je l’encaisse. « Ne te compare plus jamais à cette pourriture de violeur de femmes qu'est ton père, c'est clair ? Lui il t'a pas élevé, il a pas aimé ta mère, il a rien fait pour toi. Toi t'es p'tet un con qui s'y prend comme un manche, mais Lara tu l'as aimé et t'as tout fait pour les mettre en sécurité, elle et Roman. Rien que ça, ça fait de toi un type cent fois meilleur que ton père. Et t'es l'seul homme qui m'ait jamais prise de force. » J’encaisse la gifle, pas ses mots. Pas ses propos. « T’en sais rien. » Elle n’en sait rien. Parce que comme moi, elle connait pas mon père. Elle n’en sait que ce que j’ai pu lui dire. Je n’en sais que ce que mon village natal a pu m’en dire, me fait comprendre, me faire subir. J’ai la gorge serrée. La colère étouffée. « Roman me hait. Lara est morte. C’est toi qui les as sauvés, pas moi, aux dernières nouvelles. Et mon père n’a jamais su que j’existais. » Elle se trompe : si j’ai cru pouvoir échapper à l’omniprésence de Georg, je n’ai jamais pu vraiment les protéger, Roman et Lara. La preuve, j’ai cru les avoir tués. Georg m’a retrouvé sans vraiment avoir besoin de me chercher. Ces quelques années volées en Sibérie, elles m’ont été octroyées par le KGB. Je suis resté leur outil, juste un outil en vacances. Alors… Quant à sa dernière phrase. Peut-être que ouais, ça fait de moi un homme à peine meilleur que mon père. Mais j’imagine que les meurtres que j’ai pu faire par la suite pour du fric ne m’ont pas permis de garder quoique ce soit de meilleur. Lara, j’l’ai aimée. Comme un taré, comme un demeuré. Seraphina aussi. Les deux sont mortes, disparues. Et même sans ça… je me sens pourri de l’intérieur. Vide. Complètement vide. Rempli d’émotions intenses, vide de toute moralité, de toute honnêteté, de toute humanité. Mes émotions sont débridées. Mes sentiments, eux, sont morts. Se sont nécrosés, rachitiques. Erratiques. Chaotiques.

J’encaisse sa gifle, j’encaisse rien d’autre. J’encaisse plus rien. Terreur. Colère. Honte. Culpabilité. Fatigue. Désespoir. J’ai les yeux rivés dans les siens, sans savoir quoi faire, sans savoir quoi dire. Je me raccroche juste à ses yeux, là. Ne te compare plus jamais à cette pourriture qu’est ton père. Trop tard. J’encaisse sa gifle, j’encaisse rien d’autre. Nous sommes dans un moment hors du temps. Une parenthèse figée, dans laquelle les secondes ne s’écoulent plus. Dans laquelle mon cœur ne bat même plus, dans laquelle, je ne respire plus. Dans laquelle je n’ai rien à dire. « On va s'mettre d'accord sur un truc, ok ? Actuellement, notre ennemi c'est Georg et point barre. Alors on arrête de s'mentir et on lutte ensemble, ok ? Libre à toi d'me mentir sur le reste, je sais très bien que tu ne t'en priveras pas. » J’hausse les épaules, j’articule d’une voix atone, je répète plus précisément, comme une excuse. « J’ai pas confiance en toi. » J’ai confiance en personne. Je ne peux avoir confiance en personne, personne ne peut avoir confiance en moi. Lutter ensemble, c’est tout ce que je demande. C’est tout ce que je lui ai demandé, d’ailleurs. C’est tout ce que j’ai toujours voulu. Alors pourquoi est-ce que je suis actuellement incapable d’articuler un vulgaire d’accord ?

Ses doigts effleurent ma peau, changent de sujet, me forcer à quitter son visage pour les suivre, me guider vers ma veste, qu’elle porte, vers elle. Vers la cicatrice que j’ai dévoilée, qui reste dévoilée, comme une aberration. Elle l’effleure. Et moi, je frissonne. « Ça fait mal ? » J’ouvre ma gueule. Et je la referme. Lentement, je dégage mon bras, je me saisis des siens. « Je sais plus. Ouais, je crois. Je crois que ça a fait un mal de chien. J’ai… » J’ai oublié. J’ai voulu oublier. Ca fait genre trois ans maintenant. Et la douleur revient. Le souvenir de la douleur revient. Est-ce que ça fait mal ? Maintenant non. Est-ce que ça a fait mal sur l’instant ? « Un mal de chien. Une blessure qui ne se soignait pas, qui refusait de se soigner. Pire que Georg, je crois. Ça a démoli le rat. Comme si on m’enfonçait des bouts de fer chauffés à blanc dans le bras, puis dans tout le corps. Quand je me suis réveillé,… quand je me suis réveillé, Roman était là. Et j’ai occulté ça de ma mémoire le plus vite possible. » Je l’ai si bien occulté que je n’en avais reparlé à personne depuis. Strictement personne. Absolument personne. Je sers mes bras contre ma poitrine pour faire disparaître la marque de notre champ de vision. Sans succès. « On n’en reparlera pas, d’ailleurs. » Mon ton est sans appel, je me détourne et m’éloigne en direction de mon pont. Je fuis, totalement. Je fuis une discussion dont je ne veux pas, je suis, aussi, son regard. Encore une fois. Je lance un regard dans sa direction. « Tu suis ? »

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Mon pont. Une vulgaire alcôve où personne ne va se risquer, parce que pour l’atteindre, faut pas avoir un chouais d’hésitation. Ca passe par des endroits crades, ça schlingue, ça fouette, c’est galère d’y foutre les pieds et pour le confort, on y repassera. Mais au moins, j’y suis tranquille, au moins, on y sera tranquille. Et depuis la visite de Mikkel, j’ai fait un effort pour que ça ait l’air un peu moins crade. Une couverture a trouvé sa place, des cartons ont pour vocation de l’isoler du sol, et de l’isoler de l’humidité. Un peu des rats, aussi. Une autre couverture – de survie celle-là – recouvre des fringues, j’extirpe un fute, un tee-shirt que je secoue pour en vérifier la propreté et l’intégrité, avant de les balancer en direction d’Anastasia. « Epargne moi tes remarques sur l’endroit, je m’y sens chez moi, compris ? » Je préfère devance des critiques, je sais que je risque de devenir violent sinon. Dans tous les cas, je ne m’assois pas, je m’adosse au mur courbé du pont, croise les bras sur ma poitrine. Encore. Et je repense à tout ce qu’elle a pu me dire. « Tu n’as pas idée d’à quel point je me sens vide, Anya. Ce n’est pas que de la honte, mais… Quand Georg a… Tu sais que le KGB m’a recueilli. Toi t’as demandé à être transformée. Moi, c’était la transformation ou la mort. Georg m’a… le rat… Tu as tort quand tu dis que je suis pas une chose. Georg a fait de moi quelque chose alors que j’étais rien. » Je n’étais pas rien. J’étais le mari de Lara. Mais… j’étais vide. Instable. Un assassin inachevé. « Je ne suis rien d’autre qu’un assassin, je suis rien d’autre qu’un meurtrier. Et ça m’allait, merde. Je croyais que ça m’allait. Je sais faire que ça. Plus ça va, plus je me rends compte que j’étais pas fait pour être père, j’étais pas fait pour avoir Lara. Si les rôles étaient inversés, je te vendrais. Je te donnerais à Georg. Pour avoir un but. Pour avoir une… une raison d’être. Tu t’trompes, j’suis un outil, Anya, et j’suis un outil sans maître. Sans propriétaire. Quelque part, dans mon crâne, j’suis encore un rat. J’ai encore les réflexes du rat, c’est ancré en moi. Je sais pas toi, mais je ne cesse de penser à… à juste me pointer devant lui. Je suis terrifié, mais je crève de courir la queue entre les jambes réclamer son pardon. Sauf que je peux pas, j’ai pas le choix. J’peux faire illusion. C’est tout ce que je peux faire. » J’ai les yeux rivés dans les siens. Sans savoir où mes propos me mènent, mais en ayant la conviction que ouais, j’fais exactement ce qu’elle m’a réclamé tout à l’heure : je lui dis juste la vérité. « Toi, il aura toujours besoin d’toi. Moi, s’il me trouve… il se rendra compte qu’il aura plus besoin de moi. » Je le hais, Georg. Je le hais tellement fort. Mais quand ton univers a tourné pendant plus de dix ans autour d’un même mec, tu ne peux pas t’empêcher de revenir à lui. Même quand t’es libre. A partir du moment où il est dans ton crâne. « Je t’envie, Anya. T’as sauvé Roman, t’as sauvé Lara, t’as tenu tête à Georg. Et t’es encore une métamorphe, t’as encore le coyote pour te réfugier. Pour t’enfuir, pour cesser d’être humain et goûter à l’animalité. » Ca me manque, de mettre en sommeil mon humanité. Ca me manque, de ne plus pouvoir me retrancher dans les préoccupations simplistes de l’animal. Ça me manque, et dans la colère qui me consume, dans la rage qui me détruit, dans le désespoir qui me menace, il y a cette jalousie croissante.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Jeu 30 Nov - 12:39

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

Mes poings se serrent, mon regard se fait assassin tandis que je le mets au défi d'essayer de m'interrompre. N'essaye même pas, Andreï. Qu'importe combien de fois il faudra que je lui répète tout ça, mais ça finira par rentrer : nous ne sommes pas des objets, des choses recyclables que l'on peut se permettre de jeter sur la chaussée en se disant que de toute manière, quelqu'un viendra nettoyer derrière. Nous sommes des êtres humains et je compte bien l'affirmer haut et fort. J'ai été comme Andreï. Quelque part, je le suis toujours. J'ai voulu voir de la fierté et du respect dans les yeux de Georg, je n'ai eu que du dégoût et du mépris. J'ai voulu être transformée, j'ai embrassé l'asservissement qui me lie à mon créateur, j'ai sciemment accepté d'être sa chose et son chien de garde. C'est là la première différence qui m'oppose à Andreï : lui, on l'a forcé. On l'a obligé à faire un choix entre la transformation et la mort, car contrairement à moi, lui avait une famille qui l'attendait et comptait sur lui. Il a dû tout abandonner, tout laisser derrière lui pour servir le KGB, quand je m'étais résignée depuis longtemps à l'idée que de toute manière, si je ne pouvais servir mon pays, je ne servais plus à rien. Arrachée à ma famille, à mon jumeau, souillée, détruite, privée d'une part de moi-même... avant de devenir une métamorphe, je n'étais plus que l'ombre de moi-même. J'ai espéré en ressortir transcendée, j'ai été franchement déçue. Il me manquera à tout jamais quelque chose, y aura toujours ce vide dans ma poitrine, un vide que je n'arrive pas à combler car je ne sais pas comment m'y prendre. Andreï m'a longtemps fait oublier ce néant qui me hante. Il a été un pilier, la moitié de mon âme, il a tout remplacé dans ma vie, absolument tout. Pendant un temps, je me suis à nouveau sentie entière à ses côtés car j'avais le sentiment que lui et moi nous comprenions et traversions les choses ensemble.

Et puis il y a eu Lara. Il y a eu cette nana sortie de nulle part, celle qui était mon exact opposé, celle qui a su combler le cœur d'Andreï là où j'avais visiblement échoué. Ce n'est pas Lara que j'ai jalousé. C'est le bonheur qui les liait, elle et Andreï. Je lui en ai voulu de ne pas partager ce bonheur avec moi, tout en sachant que ça n'était pas compatible. Je lui en ai voulu de se marier, d'être heureux, d'être père... Je n'aime pas les mômes. Ils sont bruyants, sales, difficiles à éduquer, et j'aurais fait la pire mère au monde. Seulement, j'aurais aimé qu'on me laisse le choix de le devenir, au lieu de m'imposer la stérilité. Andreï laissera un nom derrière lui, même s'il est bancal et que son entente avec son fils ne tient qu'à un fil. Des Ievseï, il y en a encore aujourd'hui et il y en aura sûrement d'autres. Des Bolkonsky, en revanche... à moins que mon frère n'ait eu des enfants, notre lignée s'arrêtera avec moi. C'est complètement con, quand on y pense. J'ai peur de ne laisser aucune empreinte sur le monde, mais qui voudrait d'un monde en ruines qui se limite pratiquement aux murs de la Nouvelle-Orléans ? Tout ça, je n'en ai jamais parlé à Andreï. Je ne sais pas trop pourquoi, après tout on s'est toujours à peu près tout dit, et à part me dire que je suis complètement conne, il ne peut rien me dire que je ne me sois pas déjà dis, du moins dans le négatif. Je ne sais pas trop... je crois que la honte et mon incapacité à véritablement poser des mots sur tout ça me bloque complètement. Autant qu'il continue à croire que je l'ai haïs pendant toutes ses années, après tout c'est un peu vrai. Alors je préfère lui asséner tout ce qui me semble évident et logique en balayant ses interventions de soupirs et regards en l'air, jusqu'à que ça soit trop.

« Mais putain tu t'écoutes, Andreï ? On dirait que tu essayes de me convaincre que je suis encore un joujou utile pour Georg et que je devrais te vendre à lui ! T'es complètement cinglé, mon pauvre ! J'suis toujours sa créature ? C'est bien ça, l'problème ! Je suis un jouet entre ses mains et j'ai horreur de ça. Face à toi, je peux le traiter de trou du cul et en tirer de la satisfaction. Face à lui... J'me liquéfie. Y a pas qu'la douleur qu'il peut m'infliger, y a la peur. Tu le sais mieux que personne : y a rien que Georg ne m'ait pas déjà pris et pourtant, il arrive encore à me terrifier pour ce qu'il pourrait trouver de pire à faire. Quand j'lui tiens tête, je douille, j'en chie, mais putain... si tu savais à quel point c'est jouissif de l'envoyer chier... Alors j'fais p'tet une belle connerie, mais j'te vendrai pas et je courberai plus l'échine face à lui. Tu devrais y songer, toi aussi. »

Au-delà du fait qu'il a l'air d'un lâche et d'une lavette finie, j'ai surtout peur que celui qui se décidera à vendre l'autre ce soit Andreï et non moi. C'est quand même terrible... je vais devoir me méfier de celui que je considère comme la moitié de moi-même, mon âme sœur ou ce genre de connerie. J'vais devoir me méfier qu'il ne me poignarde pas dans le dos uniquement pour que Georg le félicite et lui donne un sucre. Il n'a pas l'air de piger que dans l'histoire, il sera aussi perdant que moi. Et malgré tout ce que j'ai pu dire, le voilà qui proteste et tente de me prouver que j'ai tort. Les bras croisés, je lève les yeux au ciel.

« Oh mais ta gueule, pour une fois... J'suis sûre qu'il te hait pas, ton môme, tu lui as juste dit de la merde parce que t'es un inadapté social, Dreï. Au lieu de te morfondre là-dessus, pourquoi t'essayes pas de recoller les morceaux ? »

Voilà que j'en viens à tenter de les rapprocher, ces deux cons... Pourtant, ça arrange bien mes affaires, qu'ils ne se parlent plus car comme ça, les petits secrets que je leur confie restent bien gardés.

« Ton père était un connard, toi t'es juste un con et on va en reste là, ok ? Arrête de t'dévaloriser, t'as vraiment pas besoin d'ça. »

Et voilà qu'il m'assène qu'il n'a pas confiance en moi. Je dois bien l'avouer, sur le coup ça me vexe. Puis je réfléchis à tous les coups bas que je lui ai fait et je réalise qu'à sa place, je ne m'adresserais même pas la parole. De toute manière, je le lui ai dit : je ne lui demande pas d'avoir confiance en moi, juste en mon instinct de survie. Pour le reste... eh bien disons que si je le poignarde dans le dos, au moins il ne sera pas surpris ! Tant pis, tant mieux, je n'en sais rien. Autant changer de sujet et m'attarder sur ce qui m'intrigue depuis déjà de trop longues minutes. Et des questions, j'en ai un paquet. Comment c'est arrivé ? Où ? Quand ? Qui lui a fait ça ? Seulement, je n'ai pas le temps de poser toutes ces questions car déjà, il met fin à la discussion. C'est tout, Andreï, ça. Esquiver les problèmes d'une pirouette plus ou moins grossière et faire comme s'il ne s'était rien passé. Bougre d'idiot... Tant pis, je vais garder tout ça pour moi et ça ressortira un jour où il sera complètement bourré et bien plus disposé à parler. Oui, c'est fourbe. Je n'ai pas honte.


On n'a pas eu à marcher bien longtemps pour tomber sur l'endroit où vit Andreï. Enfin l'endroit... le dépotoir serait un terme plus exact. Mon odorat de coyote est une fois de plus un calvaire plus qu'autre chose, et je ne peux m'empêcher de jeter des regards dégoûtés autour de moi. Bon sang... même un rat ne voudrait pas de cet endroit ! Alors que je m'apprête à faire une remarque, Andreï me prend de vitesse et me coupe une fois de plus dans mon élan.

« Ok. Ça va pas m'empêcher d'te dire que ça pue, c'est dégueu et qu'y a probablement plus de souches bactériennes ici que dans l'cul d'un porc. Mais promis, je ne ferai aucune remarque ! »

Un sourire charmeur, des yeux de biche qui papillonnent et j'affirme fièrement mes mots, durs et sans respect. J'attrape les fringues que me tend Andreï et enfile le pantalon sans me poser trop de question. Dos à lui, je retire sa veste pour enfiler le t-shirt, avec une pudeur que je m'impose en sa présence. Y a bien des années, je n'en aurais rien eu à foutre d'être nue devant lui. Maintenant... C'est bien trop différent. Affublée d'une tenue dans laquelle je me sens minuscule et fluette, je finis par me laisser tomber sur un morceau de carton à peu près sec. C'est franchement pas l'grand luxe mais je vais faire avec. Au bout de quelques minutes à regarder l'autre tanche qui s'adosse au pont sans bouger, je soupire et me relève. Tandis qu'il commence son récit, je récupère alentours des branches bien sèches, de vieux cartons et journaux et ramène le tout sous le pont. Là où les reste d'un ancien feu ont noirci le sol, j'entasse le tout et farfouille à la recherche d'une boîte d'allumettes, avant de me souvenir qu'Andreï a un briquet dans sa veste. Une fois le feu allumé, je me réinstalle devant et fixe les flammes en l'écoutant bavasser. J'ai envie de le secouer mais d'un autre côté, je le comprends. Parce que j'ai ressenti ça, moi aussi. J'ai subi les traitements de Georg, accepté les pires ignominies, tué en son nom et... et ça m'allait. Parce que je me croyais récompensée. Mais tout ça, tout cette mascarade, ce n'est que le jeu pervers et malsain de Georg, rien de plus. Alors, au bout d'un long moment de silence, je lui désigne le bout de carton à côté de moi.

« Viens t'asseoir... »

Y a de la lassitude et de la résignation, dans ma voix. De l'acceptation, aussi. C'est triste, quand même... une fois Andreï assit à côté de moi, j'enroule mon bras autour du sien et pose ma tête sur son épaule. J'en ai besoin, de ce contact, et je l'ai trop longtemps cherché pour m'en priver. Ce n'est plus ni une ruse, ni quoi que ce soit de sournois, c'est juste... je ne supporte plus la distance qui nous sépare : trop restreinte pour que je ne fasse pas attention à lui, trop grande pour que ça ne soit pas douloureux.

« Tu t'souviens de cette mission, à Paris ? T'avais dû voler les bijoux d'une vieille baronne qui empestait la naphtaline, une horreur... Georg t'avait filé un de ses costumes, et m'avait... prêté cette robe affreuse qui me moulait tellement le cul que j'avais l'impression de m'balader à poil. « ça coûte une fortune, faites-moi honneur, pour une fois ! » qu'il avait dit... On avait fini dans la Seine et on avait passé la nuit sous un pont, trempés et couverts de vase ! »

J'éclate de rire en repensant à ce jour-là. On avait pas l'air fin, on ressemblait à deux chiens mouillés mais... hè ! On était des gosses, à cette époque ! Des gosses qui se pensaient investis d'une mission ou ce genre de connerie. On l'avait ramené, ce putain d'collier. En revanche, Georg avait pu jeter sa chemise et la robe avec.

« Tu vois ? C'est ça, le souci. On a des dizaines, des centaines de souvenirs ensemble... mais la plupart sont liés à Georg, font référence à Georg, impliquent Georg... Notre relation est construite sur celle, hyper malsaine, qu'on entretient avec lui. »

Instinctivement, mes doigts se crispe sur le bras d'Andreï. J'ai l'impression que ça fait une éternité que nous n'avons pas été aussi proches... une éternité qui a tout de même duré 40 longues années.

« J'en suis v'nue à la conclusion qu'toi et moi, on pourrait pas s'en sortir tant que tout tournerait autour de Georg. Regarde-toi ! Tu dis que tu as honte de ne plus être un rat, mais tu as essayé de voir les choses autrement ? T'es libre, Dreï ! S'il ne peut plus contrôler le rat, alors tu peu lui dire merde, en tout cas plus facilement que moi si tu en as la volonté. T'es pas rien. À mes yeux, t'as jamais été un rien. T'as été beaucoup d'autres choses. T'es en miettes, c'est un fait, mais ne laisse pas Georg rassembler les morceaux comme ça lui chante, fabrique-toi un nouveau... toi. Un toi qui ne ressembleras pas aux autres parce qu'il ne devra rien à personne. »

J'aimerais avoir cette chance, moi aussi, pouvoir dire définitivement merde à Georg et foutre le camp mais je ne peux pas. Je suis sa métamorphe, sa créature, son jouet, et je le resterai quoi qu'il arrive car ce sont des chaînes incassables qui me lient à lui. Je finis par relever les yeux, mon visage bien trop proche du sien pour que je ne sente pas son souffle contre ma peau. Cette proximité a toujours eu quelque chose d'effroyablement tentant et toxique. Tentant car nous n'avons jamais résisté bien longtemps à nos désirs charnels, toxique parce qu'au final, nous n'avons jamais eu les mêmes attentes. Mes yeux rivés dans les siens, j'esquisse un sourire.

« Tu sais, passer quarante ans dans la peau d'un clébard, ça fait réfléchir. Hormis les puces et les instincts de l'animal qui finissent par prendre le dessus, y a une chose que j'ai retenue. Malgré une prison de fourrure, j'étais libre. Cette liberté, j'y ai goûté trop longtemps et je ne veux pas que toi tu te retrouves dans ma situation, ok ? T'es pas qu'un rat, t'es pas qu'un assassin. J'te jure que t'es bien plus, mais tu refuses de le voir. Et puis... »

Et puis on a l'air de deux cons, hin Anya ?

« Et puis c'est drôle. Tu m'envies d'avoir sauvé ta famille, tu m'envies d'être encore un coyote, mais moi je t'envie cette vie de famille que tu as eu, je t'envie la liberté que cette morsure t'a octroyé... Je t'envie, t'as juste pas idée. Mais est-ce qu'on s'rait vraiment plus heureux si on échangeait nos places ? J'en suis même pas sûre. J'ai pas envie que Georg ait besoin de moi, je veux plus éprouver cette admiration écœurante pour lui, je veux plus être son jouet, tu comprends ? J'ai envie de me lever le matin en me disant que je suis mon propre maître. »

J'ai envie de faire ce que je veux sans me soucier des conséquences. J'ai envie... Putain, pourquoi il est si proche, ce con ?

« Là j'ai envie de t'embrasser en me foutant des conséquences que ça pourrait avoir... Et j'ai formulé ça à haute voix, c'est pas super malin. »

Pas super malin, mais ça a au moins le mérite d'être clair. Je ne suis pas libre de régir ma vie comme je l'entends, alors autant tout faire pour contrarier Georg et faire ce qui me plaît.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Ven 8 Déc - 0:12

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

« Mais putain tu t'écoutes, Andreï ? » Je la foudroie du regard. Si je m’écoute ? Non, je suis bien trop occupé à parler. Je suis bien trop occupé à respirer. A étouffer ma colère, à contrôler ma rage et ma panique. Qu’est-ce qu’elle croit, au juste ? Elle n’a toujours pas compris que mes fanfaronnades de la dernière, que cette possibilité évoquée d’échapper à Georg, de se défaire de son emprise, de résister à son influence, elles ne sont plus que cendres et ruines pour que je m’étouffe avec ? Qu’est-ce qu’elle croit, Anya ? Roman me hait, Lara est morte, qu’est-ce qu’elle croit, Anya ? Que j’ai encore vraiment quelque chose pour laquelle me battre, une famille à défendre, une identité et une indépendance qui valent la peine que je me batte pour ? Oui, elle est toujours un jouet utile pour Georg. Rien que pour ça, je l’envie, ouais. Parce qu’elle a un but, elle. Elle est un outil fonctionnel, mal utilisé mais fonctionnel. Qu’est-ce qu’elle croit, Anya ? Il n’y a rien que Georg ne nous ait déjà pris, de notre fierté à notre humanité, mais ouais, on arrive encore à être terrifié parce qu’il peut imaginer. Je suis d’accord avec ça, sauf qu’elle parle au je et que je pense à nous. Nous sommes deux, dans la même galère. Sauf qu’elle est toujours une métamorphe. Moi, je suis un mort-vivant. Elle est là la différence. « Quand j'lui tiens tête, je douille, j'en chie, mais putain... si tu savais à quel point c'est jouissif de l'envoyer chier... » Je la coupe lorsque je crache que « Je sais ce que ça fait, Anya ! » Quand elle lui léchait les bottes pour avoir ses faveurs, j’avais le rôle du celui qui se rebellait. Les rôles sont peut-être inversés maintenant, mais je sens encore dans mes veines la douleur de ses punitions, je sens encore sur moi son regard furieux, teinté de cette excitation à l’idée de me briser. Bien sûr que je sais à quel point c’est jouissif de se battre et de grapiller des victoires. Souviens-toi, Anya, c’est moi qui t’ai soufflé cette idée la dernière fois ! Seulement… « Alors j'fais p'tet une belle connerie, mais j'te vendrai pas et je courberai plus l'échine face à lui. Tu devrais y songer, toi aussi. » Je secoue la tête, je crache, encore. « Va te faire foutre, Anya ». Parce qu’elle ne sait rien de ce à quoi je songe. La dernière fois que je lui ai vraiment tenu tête, il a torturé Lara, il l’a tuée, il a torturé Roman. Il a brisé mes dernières limites, il a fracassé mes dernières réserves. Je lui ai résisté pendant des années, il m’a mis en pièces. Et j’ai eu beau me convaincre pendant toutes ces années loin de lui que je m’étais libéré de son asservissement, ce que j’ai compris ce soir, c’est que ce n’en est absolument pas le cas. Les choses sont pires encore. A la terreur, à la torture, au conditionnement et au lien entre la créature et le créateur s’est ajouté la culpabilité. Dévorante. Une culpabilité dont je ne veux pas. Une culpabilité qui me consume. Une culpabilité dont je ne parle pas. Mais une culpabilité qui est là, qui se transforme en ce besoin, écœurant, d’aller chercher chez Georg son pardon. De le supplier de me trouver une utilité malgré tout. De le provoquer, de lui faire voir chez moi un nouveau défi, un nouvel intérêt. Je me tais, je garde ça pour moi.

Roman me déteste, Lara est morte. Roman me hait, Lara m’a abandonné. Et le pire, dans tout ça, c’est de se dire qu’au final, je ne les ai même pas sauvés. Même pas protégés. Je les ai juste laissés, du jour au lendemain, et en un clignement d’yeux, je n’en ai retrouvé qu’un des deux. Qu’un des deux, mais quatre. Et qu’à nouveau, je me suis retrouvé éjecté de leur vie. Sans que Georg n’ait besoin d’intervenir directement, non, je l’ai fait tout seul, comme un grand. Je n’ai peut-être pas connu mon père, mais les coups de ceinture qui marbrent encore mon dos plus de soixante ans après m’ont fait comprendre la leçon : je ne vaux pas mieux que lui. « Oh mais ta gueule, pour une fois... J'suis sûre qu'il te hait pas, ton môme, tu lui as juste dit de la merde parce que t'es un inadapté social, Dreï. Au lieu de te morfondre là-dessus, pourquoi t'essayes pas de recoller les morceaux ? » Pourquoi je n’essaye pas de recoller les morceaux ? « Tu l’as dit : j’ai juste dit de la merde, qu’est ce qui te fait croire que je suis capable de dire autre chose que de la merde ? Et qu’est-ce qui te fait croire, aussi, que j’ai envie de recoller les morceaux ? Roman est à peine mon fils. C’est un inconnu. Je l’ai pas élevé, il ne me connait pas, je ne le connais pas. J’en ai rien à foutre de lui au final. » Alors pourquoi est-ce que je fais une fixation sur les sentiments qu’il éprouve contre moi ? Je soupire. Je n’aime pas cette conversation, je n’aime rien de ce qu’elle me fait dire, de ce qu’elle me fait penser, de ce qu’elle me fait comprendre. Je n’aime rien de tout ça. Et j’aime encore moins la direction que tout cela est en train de prendre. Bordel, je voulais juste venir l’aider, je voulais juste… Je ne voulais pas lui dire. Et je veux encore moins lui parler de moi. De Roman. De… « Ton père était un connard, toi t'es juste un con et on va en reste là, ok ? Arrête de t'dévaloriser, t'as vraiment pas besoin d'ça, ok ? » Je souffle. « Roh ta gueule, sérieusement, ta gueule Anya. » Juste qu’elle arrête de parler, je veux juste qu’on arrête de parler. Qu’on se casse d’ici, déjà, qu’on lui trouve des fringues pour que j’arrête de lorgner sur son corps que je connaissais par cœur à un moment, sur ses jambes trop parfaites, sur ces tatouages que j’ai envie de découvrir, sur… tout ce qui fait qu’elle est elle. Et tout ce qui peut me permettre de me distraire de tout le reste. Je veux qu’on arrête de parler de ma cicatrice, de ma famille, de Georg. Juste qu’on se barre et qu’on soit en sécurité. Ou presque. Tant pis pour toi si tu voulais rajouter quelque chose, Anya, mais je me casse sans même te regarder. Suis-moi.

Suis-moi et ne fais surtout aucun commentaire sur mon lieu de vie. Pitié, épargne-moi chacun des sarcasmes et chacune des conneries et des moqueries qui peuvent avoir germé dans ton petit cerveau, Anya. Mon regard est menaçant. « Ok. Ça va pas m'empêcher d'te dire que ça pue, c'est dégueu et qu'y a probablement plus de souches bactériennes ici que dans l'cul d'un porc. Mais promis, je ne ferai aucune remarque ! » Et mon regard glisse dans la furie. « Ебать тебя » Je crache, sans la moindre patience. Ses yeux charmeurs ne fonctionnent pas, je l’ai prévenue : je ne supporte pas ses remarques. Ouais, c’est dégueu, ouais, c’est le bordel. Mais… et alors ? Je ne lui ai pas demandé son avis. Et depuis quand, d’ailleurs, est-ce que son avis m’importe ? Je me suis débrouillé – littéralement – des dizaines d’année sans elle, sans me soucier de ce qu’elle pouvait penser parce qu’elle n’était plus dans ma vie. Alors bon. Je secoue la tête, clairement sur la défensive. Et dans mon environnement, dans un environnement qu’elle critique mais qui est aussi ce qui se rapproche le plus d’un chez moi pour moi, actuellement, je m’entends – est-ce que tu t’écoutes, Andreï ? – je m’entends reprendre la conversation que j’ai délaissée un peu plus tôt. Et surtout, pire que tout, je m’entends évoquer ma culpabilité.

La honte. La peur. La détresse. Pourquoi est-ce que je lui dis tout ça ? Je n’en sais trop rien. Je veux qu’elle comprenne à quel point je ne comprends pas son comportement, à quel point je suis complètement paumé. Revoir Georg… le rendre plus concret que jamais… J’ai l’envie malsaine d’aller le voir. Vraiment. L’envie malsaine de ramper à ses pieds. De me réfugier sous sa protection. De l’entendre me dire que je peux lui être utile. Juste ça. Le rat, le cadavre du rat, le fantôme du rat ne demande que ça. Andreï aussi. Et ça m’écœure, ça m’écœure vraiment. Mes yeux suivent les mouvements d’Anya alors que je reste à distance. Elle entasse des branches qui traînent, les transforment en petites braises, puis en petit feu. Et je parle, je parle encore. Est-ce que tu t’écoutes, Andreï ? Ouais, là ouais, je m’écoute. Parce que je suis misérable. Vraiment misérable. Et que ma meilleure amie me manque. Tellement. Parce que je l’envie. Tellement. Parce qu’elle est vaguement la seule personne qui puisse me comprendre. « Viens t'asseoir... » Elle tapote un carton à côté d’elle. Je m’exécute dans un vague soupir, dans un vague sourire. Lorsqu’elle enroule son bras autour du mien, pose sa tête sur mon épaule, je dégage mon bras pour l’enrouler autour de ses épaules, je pose ma tête sur la sienne. Je n’ai même plus envie de me crisper dans l’attente d’un coup de couteau ou d’une remarque cinglante. Parce que j’ai besoin de ce contact, j’ai besoin de la confiance qu’elle arrive à avoir quand je ne suis plus que dans l’acceptation et la résignation.

Les rôles se sont complètement inversés. « Tu t'souviens de cette mission, à Paris ? » Je me retiens de demander laquelle : c’est évident. « Ouais… » « T'avais dû voler les bijoux d'une vieille baronne qui empestait la naphtaline, une horreur... Georg t'avait filé un de ses costumes, et m'avait... prêté cette robe affreuse qui me moulait tellement le cul que j'avais l'impression de m'balader à poil. « ça coûte une fortune, faites-moi honneur, pour une fois ! » qu'il avait dit... On avait fini dans la Seine et on avait passé la nuit sous un pont, trempés et couverts de vase ! » J’ai un petit rire, loin de ses éclats à elle, en repensant à ça. Une des missions avant notre transformation, quand on n’avait qu’une vingtaine d’années. Quelques mois avant qu’on ne transforme Anya, avant que je ne me marie, avant que tout ne dégringole. L’une de mes premières rencontres avec Georg, d’ailleurs. « Je la trouvais sympa, la robe, moi. Surtout qu’elle te moulait davantage encore, trempée… » J’ai un ricanement, un peu plus enjoué celui-là. Je nous revoie, à nous marrer comme des baleines, sous ce pont parisien. Simplement nous marrer, en évoquant nos catastrophes de la soirée. Mes maladresses, des échecs resplendissants. La chemise de costume devenue transparente grâce à la Seine. Et simplement nos allures. Deux chiens mouillés, ouais. On n’avait pas l’air fin, mais… « Tu vois ? C'est ça, le souci. On a des dizaines, des centaines de souvenirs ensemble... mais la plupart sont liés à Georg, font référence à Georg, impliquent Georg... Notre relation est construite sur celle, hyper malsaine, qu'on entretient avec lui. » Ses doigts se crispent sur mon bras, moi, je désapprouve ses propos. Nos souvenirs tournent autour de Georg, ouais. Mais pas tous. Seulement les derniers, seulement les plus marquants. Mais ce ne sont pas les seuls dont je me souvienne, moi. « J'en suis v'nue à la conclusion qu'toi et moi, on pourrait pas s'en sortir tant que tout tournerait autour de Georg. » Je me détache un peu d’elle. « Comment ça ? » Tout, absolument tout tournera toujours autour de Georg. Juste ça. Parce qu’en soi, ce monstre nous a créé. Il est notre créateur, il est le pivot de nos vies. J’ai essayé de faire sans, je fais sans, je veux faire sans. Mais à partir du moment où il est revenu dans mon existence par le biais d’Anya… La disparition du rat n’a rien changé. Parce que le lien a toujours été plus puissant que le simple rat. Renforcé par le conditionnement, renforcé par la douleur, renforcé par le temps et la patience d’un sociopathe méthodique. « T'es pas rien. À mes yeux, t'as jamais été un rien. T'as été beaucoup d'autres choses. T'es en miettes, c'est un fait, mais ne laisse pas Georg rassembler les morceaux comme ça lui chante, fabrique-toi un nouveau... toi. Un toi qui ne ressembleras pas aux autres parce qu'il ne devra rien à personne. » Je secoue la tête, encore une fois. Ce ne sont que des conneries. En lesquelles, je suis sûr, elle ne croit même pas. Qui pourrait croire à ça ? J’étais un môme en morceaux, qui s’est assemblé comme un grand quand il a décidé qu’il en avait marre des coups de ceinture et de la haine, quand il s’est barré de son village à huit ans pour chercher son père et son avenir. De base, je suis un amas hétéroclite composé à la va-vite. Le KGB m’a donné un but, Georg m’a donné les moyens d’atteindre ce but. Une cohérence. Et Lara… Lara m’a donné un héritage à chérir. Chérir. Putain, dommage que j’aie fini ma vodka l’autre jour.

Elle lève les yeux vers moi, je sens son souffle effleurer ma peau. Et j’oscille. Le KGB m’a donné un but. Georg, des moyens. Lara, un héritage. Anya… une liberté. Une confiance. Absolument. Une famille. Une cohérence. La proximité est enivrante. Fascinante. Je vois dans ses yeux un trouble que je ne peux que comprendre, notre amitié initiale ressurgit. S’impose. M’obsède. Me fascine. M’hypnotise. Elle sourit, je ne peux que sourire en retour. Trop proches, ça ne s’est toujours fini que d’une manière. Sauf que de toute évidence, nous n’avions pas les mêmes attentes. Pas plus que maintenant. « Tu sais, passer quarante ans dans la peau d'un animal, ça fait réfléchir. » « Je sais. » Bien sûr que je sais. J’ai été libre, moi aussi. J’ai ressenti cette liberté, les instincts de l’animal primant sur ceux de l’homme. La complétude apportée par un simple morceau de fromage, la chaleur d’un vêtement servant de nid douillet. Les recoins où me faufiler, la nourriture à ronger. Elle ne veut pas que je me retrouve dans sa situation ? « C’est moi qui ne veux pas que tu te retrouves dans la mienne » C’est moi qui ne veux pas qu’elle perde tout, qu’elle perde sa chance de devenir importante aux yeux de Georg. Pourquoi vouloir se libérer de lui, au final ? Parce que c’est un monstre et que nous ne sommes pas des objets. Bien sûr. Mais… « Et puis c'est drôle. Tu m'envies d'avoir sauvé ta famille, tu m'envies d'être encore un coyote, mais moi je t'envie cette vie de famille que tu as eu, je t'envie la liberté que cette morsure t'a octroyé... Je t'envie, t'as juste pas idée. Mais est-ce qu'on s'rait vraiment plus heureux si on échangeait nos places ? J'en suis même pas sûre. J'ai pas envie que Georg ait besoin de moi, je veux plus éprouver cette admiration écœurante pour lui, je veux plus être son jouet, tu comprends ? J'ai envie de me lever le matin en me disant que je suis mon propre maître. » L’herbe est toujours plus verte chez le voisin, hein, c’est ça que tu es en train de me dire, Anya ? Mais j’en ai rien à foutre qu’il y ait de la pelouse dans le mien, tout ce qui m’intéresse, c’est que Georg… Georg, encore Georg, toujours Georg. Je veux pouvoir me le sortir de l’esprit. « Moi aussi, je veux être libre » Je m’entends murmurer alors qu’elle reprend, se rectifie, s’en veut.

« Là j'ai envie de t'embrasser en me foutant des conséquences que ça pourrait avoir... Et j'ai formulé ça à haute voix, c'est pas super malin. » J’ai un sourire. Léger. On doit avoir l’air fin, appuyé l’un contre l’autre devant un feu de bois. Il ne manque plus que la guitare et les marshmallows, en somme. Sauf que… je ne sais pas chanter juste – sans chanter particulièrement faux, hein – et que tout ce que je peux bouffer a un goût de cendre dans ma gueule. Mais je n’en ai rien à foutre, en fait. Tout ce que je sais, c’est que j’ai Anya contre moi. Ses yeux rivés dans les miens. Et, accessoirement, conscience que demain tout rebasculera à nouveau. Alors bon… « Qu’est ce qui t’en empêche ? » Qu’est-ce qui nous en empêche, au final, si elle a envie ? « T’as pas menti à Georg juste pour ça ? Juste pour t’octroyer le droit de faire ce que tu veux ? De… » Son souffle courrait sur ma joue : il ne court plus du tout quand mes lèvres percutent les siennes avec douceur. D’abord. Puis avec plus de force, quand mon bras qui l’enlace se repositionne pour la tenir. « Je ne veux pas être son jouet, Anastasia. Je ne savais pas que le coyote avait une telle sagesse, pour avoir déteint à ce point sur toi. Même si bon, sagesse, c’est peut-être surévalué. Je veux être libre, Anya. Libre de vivre ma vie, libre de me redéfinir, libre de repartir à zéro. Libre d’être à nouveau l’Andreï qui avait plongé dans la Seine avec sa meilleure amie. » Je l’embrasse, à nouveau, sans savoir si je lui donne ce qu’elle veut, ou si je prends ce que je veux. Ou si, justement, je me laisse guider par ce qu’on veut peut-être tous les deux. Dans tous les cas, on bascule, elle se retrouve sur le dos, mes mains, paumes contre terre, encadrent son visage. « Je t’ai jamais forcée, Anya. Je te forcerai jamais. » Je guette une autorisation. A ce qu’on aille plus loin. Peut-être. « On n’a pas que des souvenirs liés à Georg, tu sais. On en a d’autres. Rien que nous deux. Avant qu’il soit là. Avant que Lara soit là. Avant que tout se casse la gueule. Je suis en train de dire que cette fois-là, à Paris… j’aimerais que ma vie ne soit que cette longue soirée. » Mon souffle se raccourcit, je ne la quitte pas des yeux. Trop proches, nous sommes trop proches. Et j’ai trop besoin d’elle. « Quand Georg n’était pas encore au centre de nos vies. Quand Lara n’était même pas là. Quand il n’y avait que toi. Et moi. Et que nous étions encore tout l’un pour l’autre. »

Toxiques. Nous sommes toxiques l’un pour l’autre. Trop proches. Trop tentant. Trop toxiques. Nous n’avons jamais longtemps résisté à nos désirs charnels, mais nos attentes n’ont jamais été vraiment les mêmes. Et maintenant, j’ai beau savoir qu’ils sont toujours différents, je… elle n’aurait pas dû évoquer Paris. Parce que ça remonte à avant Georg, et que pour être libre, j’ai plus qu’envie de me projeter à cette époque. De m’y perdre. Et d’y rester, finalement. Avant Georg. Avant Roman. Avant Lara. Juste Anastasia, moi, et la Seine.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Sam 20 Jan - 14:10

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

Y a pas de moments de calme entre Andreï et moi. Y en a jamais eu. Y a toujours eu que des émotions fortes, violentes, passionnées, du genre à vous retourner les tripes et vous laisser le souffle coupé. Mais y a rarement eu des discussions posées. On a toujours senti cette petite tension, cette menace et ce défi entre nous. Comme si, même dans le cadre d'une discussion sereine, nous cherchions inconsciemment à provoquer l'autre. Et cette conversation, à grands renforts de cris et insultes, est la preuve d'une chose : nous n'avons pas changé, l'un avec l'autre. Je suis irrémédiablement attirée par cette voix rocailleuse qui pourtant me dit d'aller me faire foutre, attirée par ses si beaux yeux bleus qui me foudroient du regard, attirée par toute la tension et l'agressivité qu'il y a dans ce corps que j'ai tant aimé par le passé. Putain... t'es quand même con, Anya. J'ai envie de le secouer, de le forcer à mettre le nez dans la merde qu'il cherche à enterrer depuis des décennies, mais j'ai peur qu'il ne finisse par me tourner définitivement le dos.

J'ai peur de me retrouver seule, une fois de plus. Pourtant... hè... je ne suis pas si seule... y a Georg, dirait certains, y a maintenant Roman, qui est quand même bien moins prise de tête que son père, y a Joseph qui, même si je n'ai finalement pas eu tant de temps que ça pour le côtoyer, gueule quand même bien moins fort qu'Andreï... mais non. Encore et toujours cette putain de contradiction qui me pousse à vouloir le seul qui ne veut pas de moi. Je finis par hausser un sourcil et ricane, pas crédule pour un sou.

« T'es vraiment qu'un gros con, Ievseï. Tu fais le fier en disant que tu t'en fous de ton fils, que t'as pas envie de recoller les morceaux et toutes ces conneries, mais on voit bien que tu ne t'es pas regardé. Quand tu dis ça, t'as l'air au bout d'ta vie. T'en crèves d'envie, d'te rabibocher avec ton fiston, t'as envie que ça marche pour te prouver qu't'es capable de faire UNE chose bien dans ta vie... alors arrête de te mentir, ok ? T'as dit d'la merde, t'as fait d'la merde, ça veut pas dire que t'es pas capable de te rattraper. »

Quand j'entends mini Ievseï et son père râler, j'ai envie de les prendre par la peau du cou et de les enfermer dans la même pièce pour qu'enfin ils s'expliquent, se hurlent dessus et se prennent dans les bras. Bon ok... qu'ils se serrent la main, au moins. Je ne sais même plus quoi dire pour le convaincre qu'il fait de la merde sur toute la ligne. Au bout d'un moment, je suis fatiguée de me battre à main nues dans un roc polit par le déni. L'ennui, c'est que je connais Andreï. Il gueule, il mord, mais c'est juste une façade. Juste une manière de se donner de l'allure alors qu'il est terrorisé. Et je le suis aussi. J'ai peur de Georg, de ce monde, j'ai peur d'Andreï, de moi, de nous... j'ai peur de ce que je ne peux pas anticiper. Dans un monde à l'agonie, j'arrive encore à avoir plus peur de trop baffes dans la gueule que d'une armée de zombie, si c'est pas ironique ! Et au final, ça me fatigue, tout ça. Ça m'épuise de me battre contre lui et je préfère aller m'asseoir et l'inviter à faire de même. Parce que même si ni lui, ni moi n'avons l'intention de nous excuser, le silence et la reddition valent tous les pardons du monde. Je préfère évoquer les souvenirs, ceux d'une époque où nous étions encore soudés, où on se soutenait pour ne pas penser à ce qui nous attendait. Et je lui mets un coup de le bras en tentant d'avoir l'air outrée.

« T'es con ! Avoue que tu m'as jetée à l'eau juste pour le plaisir de mater mon cul, crétin ! »

On empestait la vase, j'avais les cheveux couverts de saloperies, mon maquillage me faisait ressembler à un chien mouillé... et pourtant, c'est un bon souvenir. Un souvenir de complicité, de rire et d'insouciance, à des années lumière de ce que nous sommes aujourd'hui : deux animaux blessés, deux jouets brisés. Je sais que nous sommes plus forts à deux, mais je sais aussi que Georg a méticuleusement travaillé son rôle pour que jamais on ne l'oublie, pour que son ombre pèse toujours sur nous. Il s'est arrangé pour tout en nous, tout en l'autre nous rappelle irrémédiablement sa présence. C'est presque drôle, d'ailleurs, cette façon que nous avons de nous raccrocher à l'autre, de le penser plus courageux... en fait c'est ça, qui me donne du courage : je me persuade qu'avec Andreï, j'arriverai à fuir Georg une bonne fois pour toute. C'est une fable. Il est aussi pété de trouille que moi et ça, je refuse de l'assimiler. La tête posée contre son épaule, je savoure ce premier moment de calme entre nous depuis... bien trop de décennies.

Alors je tourne les yeux vers lui, me perds dans ses prunelles azur et me surprends à souhaiter pouvoir embrasser ces lèvres auxquelles j'ai si souvent goûté par le passé. Sauf qu'avant, c'était facile, j'avais encore des espoirs, là... si je l'embrasse, ça sera différent et je le sais. Alors ce qui m'en empêche ? La peur, une fois de plus. La peur de le voir me repousser, particulièrement, la peur que ça ne dure pas, la peur de Georg, s'il découvre ça. Pourtant, lorsqu'il s'interrompt au milieu de sa phrase pour rompre la dernière distance qui nous séparait, je me laisse faire. Je me laisse aller dans ses bras, m'agrippe à sa chemise et réponds à ses baisers avec une passion qui m'électrise. Finalement, j'y suis toujours accro, à ce con. Son front contre le mien, l'esquisse un sourire amusé lorsqu'il fait allusion à la sagesse du coyote. Il est plutôt résigné par les années, le coyote, il a compris que pour s'en sortir, il allait devoir se battre avec des cartes identiques à celles que possède Georg. Il a compris que s'il voulait survivre, il allait devoir mettre sa vie en jeu. Mon sourire de fane lorsque Andreï parle de moi comme de sa meilleure amie, et je me raidis dans ses bras. Est-ce que le commun des mortels embrasse sa meilleure amie de cette façon ? Est-ce que le commun des mortel a déjà couché avec la meilleure amie en question ? J'ai envie de lui dire qu'il se voile la face, que si je ne suis que sa meilleure amie, il me le montre d'une bien étrange manière. L'espace d'un instant, j'ai envie de le repousser et de lui dire que si nous ne sommes pas sur la même longueur d'ondes, ça ne sert à rien d'aller plus loin. Mais si je fais ça, il va à nouveau se fermer et me fuir et ça, je sais que je le supporterai pas. Alors je laisse ses mots de côté, l'attire avec moi en arrière et glisse une main dans ses cheveux tandis que mon dos heurte le sol. Il est froid et dur, le sol et pourtant, je souris avec plus de chaleur et d'honnêteté que jamais. Il me l'a suffisamment répété pour que je le comprenne : Andreï ne m'aime pas comme moi je l'aime, mais il a plus de respect pour moi et pour nous qu'aucun autre. Alors que ma conscience s'égare du côté de Roman, de belles promesses que je lui ai faites, la gamine amoureuse que je suis la chasse et décide qu'après tout, on ne vit qu'une fois. De toute manière, tout ça, je sais que demain ça sera derrière nous, qu'il sera à nouveau le même con que d'habitude et qu'il recommencera à me fuir. Alors quitte à souffrir, autant que ça soit le plus tard possible.

« Tu es le seul à m'avoir jamais demandé si j'étais d'accord. À n'avoir jamais rien pris de force. Et tu t'étonnes encore que j'ai plus d'affection pour toi que pour un autre, Andreï ? Si tu veux à nouveau être libre de penser par toi-même et d'arrêter de constamment regarder par-dessus ton épaule en flippant, alors tu le peux. On peut tout envoyer balader, même si ça risque d'être long, difficile et pas franchement agréable. »

Même si dans mon cas, ce qui me lie à mon sorcier risque de me faire plus souffrir que jamais. Pourtant, les mots d'Andreï me font sourire plus encore, mon cœur se met à battre d'espoir et de satisfaction mêlés. Quand Georg n'était pas là, mais quand Lara n'était pas là aussi. Ce qui signifie avant que ça soit la merde entre nous. Quand tout était encore possible, je me dis innocemment.

« T'as raison... y a aussi ça... y a même eu des moments en dehors du KGB, en dehors des entraînements, des moments de vie ordinaires. Alors on attend quoi, au fond, pour reconstruire ça ? »

Mon sourire se fait malicieux tandis que je glisse une jambe contre sa hanche pour le faire basculer sur le dos et me retrouver au-dessus de lui. Mes doigts glissent entre les siens tandis que je me penche pour l'embrasser à nouveau, comme avant, comme lorsqu'on avait vingt ans.

« Alors on va se battre. On va se défaire de cet enfoiré et on y arrivera ensemble. Et puis tu sais, ce soir... on peut toujours s'imaginer qu'on est toujours au bord de la Seine, sous le pont, sans Georg... rien que nous deux... t'en dis quoi ? »

Je me fichais de savoir que nous étions toxiques l'un pour l'autre, que nous nous rappelions mutuellement nos années d'asservissement... je savais surtout que nous étions complémentaires et qu'il m'avait bien trop manqué. Tandis que mes doigts jouaient avec les boutons de sa chemise, j'en retirais un, puis deux, avec un sourire amusé aux lèvres.

« Dis donc, Ievseï ! Tu t'es ramollis ! Dans mes souvenirs, tu avais horreur que je te fasse languir comme ça... »

Finalement, je me prête au jeu, j'accepte volontiers de troquer le costume du coyote résigné, malmené par la vie contre celui de l'innocente humaine qui croyait encore que sa vie n'était pas qu'un gros merdier. Et dans les bras d'Andreï, sous les caresses d'Andreï, j'ai le sentiment que c'est encore possible. Que, plus que jamais, nous pouvons encore être libres. D'un geste un peu plus brusque, je fais sauter les derniers boutons de sa chemise et fait glisser sur son torse mes doigts avec envie. Il voulait mon accord ? Il l'a. Parce qu'il a toujours su mettre les formes pour ça.

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rirat bien qui rirat le dernier

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Dim 28 Jan - 10:58

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

« T'es vraiment qu'un gros con, Ievseï. » J’hausse les épaules. Qu’est-ce que ça peut m’faire, d’être un gros con ? Je sais très bien où j’en suis avec Roman : nulle part. Et je sais encore mieux où on va : nulle part aussi. Ça tombe bien, on est donc déjà arrivés, fin de l’histoire, plus rien à dire. Je me borne dans cette idée. « Tu fais le fier en disant que tu t'en fous de ton fils, que t'as pas envie de recoller les morceaux et toutes ces conneries, mais on voit bien que tu ne t'es pas regardé. Quand tu dis ça, t'as l'air au bout d'ta vie. T'en crèves d'envie, d'te rabibocher avec ton fiston, t'as envie que ça marche pour te prouver qu't'es capable de faire UNE chose bien dans ta vie... alors arrête de te mentir, ok ? T'as dit d'la merde, t'as fait d'la merde, ça veut pas dire que t'es pas capable de te rattraper. » j’hausse les épaules, encore. Comme un gamin boudeur, comme un gamin de père, comme un gamin obtus, buté, têtu, qui n’a pas oublié d’être un mule à défaut de ne plus pouvoir être un rat. Je me ferme à toute discussion : Anya est aussi obstinée que moi, ça ne ferait que mal tourner, cette connerie. Mon père est un connard, je suis un gros con, et mon fils ne vaut guère mieux : les hommes de ma famille ne sont que de gros enfoirés, tout le monde le sait et c’est très bien comme ça. Ou du moins, on ne peut pas y faire grand-chose. Quand tu dis ça, t’as l’air au bout d’ta vie ; et bien non, c’est ça l’problème. J’suis physiquement bien plus jeune que mon crétin de môme, j’suis pas au bout d’ma vie, j’en suis même pas à la moitié alors que lui, oui, il l’a franchie, la moitié de sa vie. Et ça, ça risque pas de changer, ça risque plus de changer.

Je ne réponds rien, parce que j’ai décidé qu’il n’y avait plus rien à répondre. Ouais, je fais le fier, ouais, je me borne à me réfugier dans ma certitude d’idiot, mais ouais, aussi, j’en suis convaincu. Moins j’fraye avec les Ievseï, mieux ils se porteront et puis basta. Moi, je suis bien sous mon pont, même si elle le critique. Moi, je suis bien dans ma crasse et ma misère, parce que je me contente de ce peu et que ça me va très bien. Et бать тебя si elle a des remarques à faire, le russe est là pour cracher sans aucune patience qu’Anya n’a vraiment pas à faire de commentaires.

On parle, on hurle, on se foudroie du regard, on explose, et on se retrouve là. Assis. Au coin d’un feu, à côté d’un carton fait pour nous isoler du béton glacé. On se retrouve là, assis. Viens t’asseoir, et j’obéis. Parce qu’au final, si je regarde deux secondes en arrière, j’en a ras le bol de toujours gueuler. De toujours me heurter aux autres parce qu’aller dans leur sens, ça me fait chier de base. Quand je regarde deux secondes derrière moi, je vois un môme qui hurle, un adulte qui ne connait que l’agressivité. Et je vois aussi Anya. C’est dingue comme elle est une constante dans ma vie, une foutue constante qui a disparu, qui est revenue, qui m’a repoussé, qui m’a détesté, qui a dit qu’elle m’aimait, qui me hait, qui s’accroche, qui part et qui revient. Mais une foutue constante malgré tout. Est-ce que je me souviens de la mission à Paris ? Pour sûr que je m’en souviens, avec autant de clarté qu’elle… et que sa robe bien trop moulante, bien trop transparente une fois trempée. « T'es con ! Avoue que tu m'as jetée à l'eau juste pour le plaisir de mater mon cul, crétin ! » Je ricane, de mon rire de rat. « Bien sûr, tiens, toujours ! Absolument pas parce qu’on nous tirait dessus comme des pigeons. » Absolument pas, ouais. Deux espions russes à Paris en pleine guerre froide, c’était le pied. Quand je regarde Anya, c’est facile de nous propulser cinquante ans en arrière. Je nous revois, à nous marrer comme des baleines. Chemise et robe trempées, éclats de rire à nous couper la respiration. Pas de souci, pas d’angoisse, pas de problèmes : on savait pertinemment qu’on allait s’en sortir, parce qu’on était jeunes et cons. Et qu’on avait confiance l’un en l’autre. Nos souvenirs ne se rattachent pas qu’à Georg, c’est faux. Nos souvenirs, ce sont des éclats, des étoiles filantes, des heures et des heures d’entraînement, de rire, de complicité. Une complicité éclair, quelques années à peine, mais une complicité qui sommeille encore, je le sais. Il n’y a qu’à voir mon sourire lorsqu’elle évoque Paris, il n’y a qu’à sentir son épaule sur la mienne. Il n’y a qu’à toucher du bout du doigt cette sérénité timide qui est en train de me titiller, comme pour me provoquer. Je suis tout le temps en colère, tout le temps au bord de l’explosion. Comment expliquer qu’à cet instant, la seule tempête qui m’agite, c’est un calme reposant, en passe de laisser un grand vide en moi ? Une difficulté à respirer provoquée par la disparition soudaine d’un poids pesant sur ma poitrine ? Je veux être libre. Mes mots me dépassent, je me rends compte qu’ils sont plus vrais que jamais. Je veux être libre, juste être libre. Me lever le matin en me disant que je n’ai rien d’autre à penser qu’à ce que je vais bouffer, comme ces premiers jours quand j’ai cessé d’être un rat et que je n’étais qu’un animal dans un corps d’homme, aux pensées aussi claires que celles d’un nouveau-né. Avant que tout le reste ne me rattrape. Je veux être libre.

On veut être libre. Et elle, elle, elle veut m’embrasser. Et moi, moi, je veux me défaire de mes pensées, de mes souvenirs, effacer le rat, effacer Georg, effacer Roman, Mikkel, Lizzie, Colin, Lara, effacer les meurtres, effacer la peur, effacer la panique. L’embrasser, aussi, je m’en prends le droit. M’électrise à la passion avec laquelle elle me répond. Aussitôt. Je bascule. Je bascule psychologiquement, lorsque je me laisse aller à la facilité de mes désirs, de mes pensées, de mes instincts, de mon inconscient. Je bascule psychologiquement lorsque je la regarde dans les yeux, lorsque je l’embrasse à nouveau. Je bascule, physiquement, avec elle, souffle raccourcit, je n’ai que trop conscience de notre position. De mon invitation. Physique. « Tu es le seul à m'avoir jamais demandé si j'étais d'accord. À n'avoir jamais rien pris de force. Et tu t'étonnes encore que j'ai plus d'affection pour toi que pour un autre, Andreï ? Si tu veux à nouveau être libre de penser par toi-même et d'arrêter de constamment regarder par-dessus ton épaule en flippant, alors tu le peux. On peut tout envoyer balader, même si ça risque d'être long, difficile et pas franchement agréable. » Mon sourire se crispe un instant. Est-ce que je peux être libre ? Pour ça, il faudrait au mieux que je devienne amnésique. Au pire, que je perde tout pour tout recommencer véritablement à zéro. On peut tout envoyer balader, ouais. On peut s’envoyer en l’air, aussi. Ca risque d’être long, difficile et pas franchement agréable, ouais Mais ça peut être long, difficile et on peut faire en sorte que ce soit agréable. Je n’arrive pas à me projeter dans le futur, j’ai peur de me projeter dans un futur plus loin que les minutes à venir. Je n’arrive pas à me projeter, tout ce que je veux, bien au contraire, c’est remonter le temps. Me perdre à Paris. Quand il n’y avait qu’Anastasia. Et rien d’autre. Quand Lara, ce n’était qu’une amie que j’oubliais une fois hors de mon champ de vision.

« T'as raison... y a aussi ça... y a même eu des moments en dehors du KGB, en dehors des entraînements, des moments de vie ordinaires. Alors on attend quoi, au fond, pour reconstruire ça ? » Je me tais. Qu’y-a-t-il à reconstruire ? Pourquoi est-ce qu’elle ne voit pas qu’il n’y a rien à reconstruire, parce que le temps est passé par là et que… j’ai le souffle coupé, je bascule, encore. Je me tais, j’arrête de penser, je me tais pour ne pas la contredire. Ses doigts glissent entre les miens, je me laisse faire, je me laisse guider, je la laisse prendre les commandes et je la dévore du regard. « Alors on va se battre. On va se défaire de cet enfoiré et on y arrivera ensemble. Et puis tu sais, ce soir... on peut toujours s'imaginer qu'on est toujours au bord de la Seine, sous le pont, sans Georg... rien que nous deux... t'en dis quoi ? » Ce que j’en dis, vraiment ? Elle joue avec les boutons de ma chemise, les défaisant trop lentement à mon goût. J’en ai plus rien à foutre de Georg, à cet instant, j’en ai plus rien à foutre de la terreur qui m’a paralysé tout à l’heure, j’en ai plus rien à foutre de ce décalage entre ce qu’elle me dit et ce que je crois, j’en ai plus rien à foutre de me dire qu’à jouer à ce petit jeu, je vais finir par lui faire mal, par la blesser, par la perdre parce que j’aurai fait mon hypocrite. J’en ai plus rien à foutre de tout ça. Ce que j’en dis. « J’en dis que ça me paraît être une bonne idée… » J’en dis que mon cœur bat à toute vitesse dans ma poitrine. « Dis donc, Ievseï ! Tu t'es ramolli ! Dans mes souvenirs, tu avais horreur que je te fasse languir comme ça... » Je souris, ma main vient guider la sienne pour malmener les derniers boutons, dénouer tout ce qui tenait encore mes vêtements et les siens, mon jean prêté un peu plus tôt n’aura pas caché longtemps ses jambes, ne me les aura pas cachées très longtemps. « Tais-toi, Anya… » Voilà tout ce que j’ai à répondre. « Arrête un peu de parler. » Qu’elle arrête de parler de Georg, de souvenirs, de passer, pour que l’illusion tienne, pour qu’on ait encore vingt ans, pour qu’on soit réellement à Paris et que j’aie l’impression de voir la Tour Eiffel un peu plus loin. Je l’embrasse pour la faire taire. Bascule encore. Irrémédiablement.

Qu’est-ce qu’on a fait, putain ? J’ai le souffle court. Dans ma cage thoracique, mon cœur bat à toute vitesse, bat à mes tempes. Je ferme les yeux. Mes doigts glissent sur elle, connaissent par cœur chaque centimètre carré de sa peau, connaissent les parties les plus sensibles, les plus électriques. Mes doigts glissent sur elle dans une énième caresse, s’éprennent à nouveau de son être, de son corps, dessinent encore ses courbes. Mes lèvres retrouvent les siennes, comme une conquête, comme des retrouvailles, encore et encore. Qu’est-ce que je fais ? A quoi je joue avec elle ? Je joue à l’Andreï de vingt-ans. Je joue à celui qui se sent plus vivant que jamais à cet instant, plus vivant que tous ces derniers mois, je joue à celui qui se sent empli d’énergie, de force, de vie, qui… Mes yeux s’écarquillent je m’écarte brutalement. Parce que j’ai envie de davantage. Parce que je me suis perdu dans un souvenir de nous, dans son souvenir de nous, dans le souvenir bestial, jeune, vivant de notre première fois. Parce que dans ce souvenir, je nous voyais par ses yeux, je me voyais par ses yeux. Parce que si je me sens vivant, à cet instant, c’est parce que j’ai pris un peu de sa vie. Et que j’en veux encore. Le souffle court, je regarde Anya. Le souffle court, j’ai envie de m’excuser. Le souffle court, je veux lui dire que je suis désolé. Que je n’avais pas le droit. Le souffle court… « Tu m’as manqué. Tu me manquais tellement. Plus que je ne pouvais l’imaginer. »

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Ven 2 Mar - 13:13

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

Je suis bien là, la tête posée contre l'épaule d'Andreï. Je suis bien lorsque j'enfouis mon visage dans sa chemise, bien que ses doigts effleurent ma peau, mieux encore lorsque ce sont ses lèvres qui le font. Je suis bien, comme je ne l'ai pas été depuis des années, comme si l'oxygène atteignait enfin mes poumons après des années d'asphyxie. Comme si, après avoir cherché à tâtons ma voie dans le noir, je voyais enfin la lumière au bout du tunnel. Je suis bien, vraiment bien et pourtant... merde... c'est toxique. Il est toxique pour moi, je suis toxique pour lui. Nous sommes deux faces abîmées d'une pièce de mauvaise facture, une pièce sans valeur, défectueuse, même. Mais après quarante années passées dans la peau d'un coyote, loin de la haine que j'ai pu prétendre éprouver à son égard, loin de Georg, loin de toutes les horreurs, j'ai pourtant le sentiment sincère que c'est auprès de lui que je suis entière. Que je ne suis plus la créature qui se cherche mais celle qui a trouvé sa moitié. C'est con, dit comme ça... mais c'est un peu vrai. Seule, j'ai peur, je m'angoisse pour tout et rien, je crains le froid de mon appartement, l'impersonnalité de ma vie, je suis terrifiée à l'idée qu'un jour j'oublie qui je suis... et à chaque fois, c'est Andreï qui me tire de ma solitude, Andreï qui me ramène sur terre, Andreï qui est ce putain de fil d'Ariane que je suis comme une brave bête sans instinct. Andreï avec qui je n'ai jamais peur de quoi que ce soit parce que je préfère mourir à ses côtés que d'affronter le demi siècle à venir toute seule. Que c'est con... voilà que je me perds dans le bleu de ses yeux, dans la franchise de son sourire, redessinant du bout du doigt les pattes d'oies qui creusent le bord de ses paupières, laissant mes paumes s'égarant dans sa barbe. Je ne serai jamais capable de lui faire une déclaration d'amour à l'eau de rose et pensée avec le cul. Je ne sais même pas si j'arriverai un jour à lui dire spontanément que je l'aime. Mais je ne suis pas certaine que ça soit vraiment utile avec lui, de toute manière. Après tout, il me l'a dit : ça ne sera jamais réciproque et mes sentiments, c'est juste de la connerie. Songeant à cela, mon sourire se fane un peu et mon regard se voile de tristesse. Pourquoi faut que ça soit si compliqué, hin ?

Et puis, finalement, il a raison. Encore une fois. Tais-toi, Anya. Ta gueule et profite. Boucle-la et savoure. Parce que ce moment d'insouciance que vous vous octroyez, lui et toi, tu n'as aucun moyen de savoir s'il sera suivit d'une myriade d'autres ou s'il te laissera un goût amer de pas assez sur la langue. Sa peau est brûlante contre la mienne, mes mains fébriles se perdent dans ses cheveux blonds et j'en oublie tout le reste. L'insalubrité de l'endroit, le clapotis répétitif de l'eau croupie qui coule un peu plus loin, le vent glacial qui s'engouffre sous le pont... À quoi ça servirait de nous en faire pour ça alors qu'on est enfin tous les deux ? Qu'est-ce que ça peut me foutre, à cet instant, que ses intentions et les miennes ne fassent que se croiser à défaut de se rejoindre ? J'abandonne la raison, la retenue et la rancœur, plonge tête la première dans un abîme de désir et d'envie, de passion et de confusion mais je m'en fiche. Je m'en fiche qu'il soit peut-être en train de jouer avec moi, m'en fiche qu'il risque de me faire à nouveau souffrir, m'en fiche de savoir que dès que tout ça sera fini, je vais regretter de m'être laissée aller.

Parce qu'à cet instant, je donnerais mon âme brisée et ma peau de coyote pour une fraction de seconde passée dans ses bras.

Alors je me suis laissée aller et lui aussi, comme quand on avait vingt. On croyait que tout était possible, à l'époque ! Puis moi, naïve, je croyais que tout était réciproque. Mais il faut bien que je me rende à l'évidence : Andreï n'a jamais eu besoin de son propre reflet, il a toujours eu besoin de son contraire pour l'arracher à ses démons. Moi, tout ce que je peux faire, c'est l'inviter à les embrasser de nouveau et ça craint, putain, ça craint ! Pourtant, je me laisse aller, m'électrise dans ses bras, réapprends à connaître, à aimer, redécouvre des sensations qu'aucun autre homme n'arrive à me faire éprouver.

Quand tout s'arrête, quand la tension redescend et nous laisse là, haletant et frissonnant, mon regard se perd à nouveau dans le sien. Je crois que je pourrais rester des heures ainsi, tout ça pour ne pas à nouveau affronter une réalité qui pue la merde. Mes lèvres effleurent les siennes, mes doigts s'entremêlent aux siens et je me love dans ses bras à la manière de l'animal que je suis, au fond. J'ai alors la sensation d'avoir l'esprit plus léger qu'une plume et le corps plus lourd et il me faut un certain temps pour comprendre que si mon esprit part si loin, c'est que je manque d'air. Lorsque Andreï me lâche brutalement, je retombe lourdement sur le carton en grognant. C'est comme si toute mon énergie venait subitement de m'abandonner. Ma méfiance me pousse à vouloir m'écarter, me tenir loin mais je me sens trop épuisée pour cela. Je cherche à nouveau le contact, me blottis contre lui en relevant les yeux à la recherche de son regard.

« Tu m'as manqué aussi... de ta tête de con à tes mains d'artiste... »

Mais à nouveau, je sens que quelque chose ne va pas, que je m'épuise comme si j'étais en train de fournir l'effort de ma vie. Pourtant, le marathon c'était y a deux minutes, pas maintenant.

« Andreï... Que... qu'est-ce que j'ai ? »

Je tente de me redresser, m'effondre sur le sol telle une poupée de chiffon et reste là, le dos sur le carton froid et le regard rivé au plafond. C'est pas lui qui m'a fait ça, hin ? Nerveusement, j'éclate de rire.

« Putain mais tu m'as vue ? L'âge me rattrape, j'suis crevée avec une partie de jambes en l'air... sérieux tu m'as droguée, ou quoi ? »

Il tourne, le pont, et les gouttelettes qui continuent à tomber résonnent comme des balles de ping-pong autour de nous. Je tourne doucement la tête vers Andreï, grimaçant en sentant mes muscles endoloris me hurler de me calmer. Il faut dire que je les ai bien malmenés, face aux gorilles de Georg.

« Pourquoi tu me dis que je t'ai manqué avec une mine de chien battu ? T'as peur de quoi, que j'm'en aille ? Ou que ça soit toi qui t'en ailles ? »

Dans l'un des cas, on sera quitte. Dans l'autre... dans l'autre on sera quitte aussi mais ça me plaît beaucoup moins.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Jeu 15 Mar - 21:23

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

Mais qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce qu’on a fait ?

Nous nous retrouvons. Pleinement. Je retrouve l’Anya que je connais, de découvrir des marques sur son corps que je ne connaissais pas, je redécouvre son contact, sa douceur, sa force et ses mouvements, dans un souvenir de plus en plus concret de nos corps de vingt ans. Dans les faits, ça ne fait que douze ans, douze petites années, douze longues années sans elle. Mais quand je la retrouve, je la redécouvre, je découvre qu’elle m’a manqué, vraiment, qu’elle et ses mains m’ont manqué, ses lèvres aussi, cette complicité qui nous lie, nous a toujours liés, nous a noués dès le premier jour, enchaînés l’un à l’autre, une complémentarité acquise. Perdue. Jamais détruite. Juste égarée. Anya, je réapprends à la connaître et lorsque la tension redescend, je me sens plus vivant que jamais, plus complet que jamais. Lovée dans mes bras, elle est là, contre moi. Je me surprends à sourire. Je me surprends à être apaisé, un peux. A sentir la fournaise de ma colère, de ma haine, de ma panique, de mes terreurs, apaisée. Sous contrôle. Pas éteinte mais contrôlée, comme si j’avais mieux à faire que de ressentir tout ça, à cet instant. Je me sens plus vivant que jamais, une énergie débordante, qui frappe et me heurte sans discontinuer, dans des souvenirs entêtants de notre première fois, dans ce qu’elle a ressenti pour moi, dans ce désir asphyxiant. Je me sens plus vivant que jamais. En lui volant sa vie. La peur se fait brutale, aussi brutale que la déroute, aussi brutale que mon recul : je m’écarte, je la lâche, je me lève, je m’éloigne. Je panique. Vraiment. Dans des mots qui ne retranscrivent en rien ces émotions contraires qui me tiraillent. Dans des mots qui sont en décalage. Elle m’a manqué. Mais il y a un mais, écoeurant. Terrifiant. « Tu m'as manqué aussi... de ta tête de con à tes mains d'artiste... » J’hésite à sourire, mes lèvres ne parviennent pas à s’étirer, sous une culpabilité nerveuse. Qu’elle amplifie par ses gestes empreints de fatigue. « Andreï... Que... qu'est-ce que j'ai ? » Elle s’effondre, mes muscles se contractent, j’ai un pas en avant, un mouvement avorté par mon hésitation. Il est beau, l’Andreï qui s’en fiche des autres, celui qui n’obéit qu’à ses propres règles, celui qui bouffe les gens comme des burgers et qui en redemande sans s’embarrasser de scrupules ou de remords. Il est beau : il est terrifié. Je regarde mes mains, celles-là même qui se sont épris d’elle, qui l’ont caressée, qui l’ont redécouverte tout à l’heure. Peau contre peau. Corps contre corps. Monstre contre Skinchanger. Elle s’effondre, et moi, je reste à distance, monopolisant toute ma concentration pour… pour quoi au juste ? Me fendre d’un sourire sous sa remarque. « Putain mais tu m'as vue ? L'âge me rattrape, j'suis crevée avec une partie de jambes en l'air... sérieux tu m'as droguée, ou quoi ? » J’ai la voix crispé, le sourire faux, le regard fuyant quand je réponds machinalement un « Merde, et moi qui allais t’en proposer une deuxième… » sans grande conviction, juste pour le principe de ne pas rester muet qu’autre chose.

Je me tords nerveusement les mains, me penche pour récupérer ma chemise, sans l’enfiler pour autant. Dans mes veines, je sens son énergie. J’entends mieux les sons. Je sens mieux entre mes doigts les drains du tissu. Je sens le froid, vif, sur ma peau, le froid et l’humidité induits le vent, la proximité de l’eau. La sueur qui me glace les tripes, aussi. « Pourquoi tu me dis que je t'ai manqué avec une mine de chien battu ? T'as peur de quoi, que j'm'en aille ? Ou que ça soit toi qui t'en ailles ? » J’ouvre les lèvres, les referme, me la ferme, un instant. Avant de contracter la mâchoire, d’enfiler une manche, puis l’autre, sans pour autant remettre les boutons. Pourquoi est-ce que je lui ai dit ça ? « J’te l’ai p’t’être dit parce que c’est vrai, Anya. J’pensais sincèrement pas qu’tu m’avais autant manquée. » Et c’est vrai, en même temps. « Et j’te l’ai p’t’être dit parce que… j’pense que t’as tout intérêt à t’casser maint’nant. » Et ça encore, c’est la vérité. « T’es faible comme un chaton noyé à cause de moi, Anya. J’suis plus un méta comme toi. J’suis autre chose, et c’t’autre chose, ça t’a bouffé. Faut pas qu’on r’commence, faut pas qu’j’te touche à nouveau. J’ai plus eu d’contrôle. On a dérapé, j’ai dérapé, et merde, j’meurs d’envie d’recommencer, mais si j’le fais, j’vais finir par t’tuer. » Je déglutis. Putain d’merde, tout ce que je raconte, c’est la stricte vérité. « J’pense qu’il vaut mieux qu’tu t’casses. » Mes yeux la contemplent, dégringolent sur tout son corps, remontent sur son visage. C’est ma meilleure amie. C’est l’une des ancres de ma vie. L’un des phrases de la période où j’ai été le plus heureux, putain. La première avec qui j’ai été heureux. J’veux pas d’connerie d’amour entre nous, parce que ça ne risque que de tout foutre en l’air. Mais c’est ma meilleure amie. Et je me rapproche pour ramasser ses fringues, qui ont traîné plus loin de là où nous nous sommes allongés. Je ramasse le froc que je lui ai passé, ma veste, le haut, je les lui balance à la gueule. « Sérieusement, casse-toi. Ca peut que mal se passer. » Quoique... Georg saura où la trouver, non ? Sans compter qu’elle est clairement pas en état de se retransformer. Et de se soigner. Ses blessures, certaines se sont rouvertes. Parce que je lui ai bouffé ce qui lui permettait aussi de se soigner. Putain. « Bordel, en fait, vaut p’t’être mieux que ce soit moi qui m’casse en fait, t’es trop faible pour lutter contre l’autre s’il te trouve. » Et moi, alors ? Je me fais dessus à la seule idée de le voir.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Jeu 15 Mar - 22:21

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

L'espace d'un instant, tout a été parfait. Nos deux corps liés l'un à l'autre, nos souffles courts battant aux rythmes synchronisés de nos cœurs, nos lèvres se frayant un chemin sur la peau brûlante de désir de l'autre... et puis tout est retombé. Comme un soufflé mais en beaucoup plus désagréable. Il s'est arraché à mes bras, s'est éloigné, s'est levé, a remis cette distance que j'exècre entre nous. Il ne comprendra jamais à quel point la solitude et le rejet peuvent m'angoisser. On pourrait croire qu'avec les années, je me serais soignée ou assagie mais non : je crains plus que tout de mourir seule et de ne laisser derrière moi qu'un vieux souvenir poussiéreux qu'on finirait, de toute manière, par jeter à la poubelle. Je crains égoïstement que personne ne me plaire, que nul ne me regrette, j'ai peur de ne rien laisser de bon après mon passage parce qu'après tout, c'est ce qu'on a fait de moi : je suis une machine à tuer, un outil, une exécutante. Ma seule bonne action a été de sauver Roman et Lara et parfois, je me demande si je n'ai pas simplement fait ça pour tenter de racheter une miette de mon âme défigurée par les horreurs que j'ai perpétrées avec Andreï. Je le regarde sans comprendre, prenant de plein fouet les poignards qu'il plante dans ma poitrine sans le moindre remord. Il me dit que je lui ai manqué, me fait espérer un retournement de situation que je n'attendais plus... tout ça pour me balancer à la figure qu'il faut que je m'en aille. L'incompréhension cède peu à peu la place à la colère, à la déception et à la détresse. Épuisée par mes blessures et l'énergie qu'il vient de me voler, je sens des larmes de rage me brûler les yeux et couler sur mes joues, sans que je ne trouve la force de les retenir.

« T'es vraiment qu'un connard, Andreï... T'es qu'un putain de connard... En fait, oublie tout ce que j'ai pu te dire. T'es ni un type bien, ni plus respectueux que les autres. T'es pire. Parce que te fais mielleux, gentil, tu utilises ce que je peux éprouver pour obtenir c'que tu veux et... ça marche pas comme ça. Tu peux pas m'baiser et m'dire de me barrer comme ça, putain ! »

Je m'en fiche qu'il se voit comme un monstre, m'en fiche qu'il cherche maladroitement à me protéger car tout ça, je ne le vois pas. Je suis bêtement aveuglée par l'idée qu'il a juste voulu tirer son coup avant de se débarrasser salement de moi. Je me retiens de justesse de lui dire que s'il meurt d'envie de recommencer, alors qu'est-ce qu'il attend ? Je me rends pourtant compte que je suis ridicule et pathétique. Je suis prête à mourir dans ses bras, de sa main plutôt que d'affronter à nouveau l'avenir seule. Quelque part, je m'y étais faite, et puis il m'a de nouveau fait espérer. Pas longtemps, mais suffisamment pour que cet espoir s'ancre en moi et soit trop douloureux à retirer pour le moment.

« J'en ai marre, Andreï... marre de subir tes caprices, marre d'être un pantin que tu utilises, marre de me faire toujours avoir parce que j'peux rien refuser à ton putain de regard de chien battu. »

Alors que je me relève maladroitement, je sens tout mon corps trembler, transis de froid et de fatigue. Mes muscles sont douloureux, certaines de mes blessures se sont rouvertes et saignent, et je sais qu'il va me rester tout juste assez d'énergie pour me transformer à nouveau et fuir loin d'ici. Loin d'Andreï. À cet instant, j'en viens à espérer qu'un crétin butte Georg pour être certaine de passer le restant de mes jours dans la peau de ce foutu clébard. Il me rend pathétique, l'enfoiré et pourtant, une petite voix dans ma tête me susurre que je n'ai pas besoin de lui pour ça.

« Non. C'est moi qui m'casse, pauv' con. Parce que contrairement à toi, j'ai les couilles d'affronter Georg. Contrairement à toi, j'lui tiens tête même s'il me terrifie. Et contrairement à toi, je ne lui ressemble pas. »

C'est méchant. Vraiment. Et je me fous bien de savoir comment il va prendre ça, s'il va me croire sérieuse ou s'il va comprendre que je dis ça sous le coup de la colère pour le blesser. Après tout, il me connaît trop bien pour croire que je suis sérieuse, mais je sais aussi que ça va le travailler suffisamment pour qu'il se remette éventuellement en question. Qu'il comprenne que j'en ai assez qu'on m'utilise.

« Y a un truc que je retirerai pas. T'es pas un monstre. Mais tant que tu croiras qu't'en es un, tu f'ras d'la merde. Alors bon vent. Vis ta vie de je ne sais quelle bestiole et ne reviens plus jamais m'amadouer comme ça. La prochaine fois, ça marchera pas. »

Tu parles, que ça marchera pas... j'vais me faire avoir, oui ! Enfin... si tant est qu'il y ait une prochaine fois... Je lui jette alors ses vêtements à la figure, insuffle le peu d'énergie qu'il me reste dans une transformation plus douloureuse que les autres et m'enfuie sans demander mon reste. Où je vais ? Aucune idée. Loin de ce putain de pont, loin de moment de bonheur partagé bien trop court à mon goût, loin de mes pensées. Je me vide la tête, apprécie le vent sur mon pelage et m'enfonce dans les rues sans demander mon reste.

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