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 (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall

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ANIMAL I HAVE BECOME

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MessageSujet: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Ven 25 Aoû - 21:51

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

Y a des jours où je me dis que les forces toutes puissantes de la magie et de la transmutation se sont royalement plantées en m'affublant d'un coyote miteux. Étant donné la merde qu'est ma vie depuis que Roman et Andreï la hantent, j'ai plus le karma d'un chat noir que d'un croisement raté entre un chien et je ne sais quelle bestiole. Puis y a ces moments où j'me dis que ça doit être cool, la vie d'un crustacé... Ou d'un mollusque des fonds marins... C'est sûr qu'en fusionnant à une crevette j'aurais eu encore moins de valeur aux yeux de mon trou du cul de créateur, mais au moins j'aurais pu aller me planquer au fond de l'eau pour le reste de ma misérable existence ! Loin de lui, de cet abruti congénital de Ievseï et surtout loin des zombies et autres pourritures. Quoi que minute... ça existe, une crevette zombie ? Et une moule zombie, ça fait des dégâts ? Voilà à quoi j'en suis réduis... à me poser des questions douteuses pour éviter de trop penser à la douleur qui me tétanise les entrailles. Ça paraît facile, mais ça ne l'est pas. Ça ne l'a jamais été. Pourtant, on y a été entraînés, Andreï et moi ! Contrôle-toi, deviens la bête, dresse l'animal, obéis, supporte... Les techniques d'interrogatoire, je les maîtrise autant que je sais y résister et ça, Georg le sait.

C'est sûrement pour ça qu'il est là, assit dans son putain de fauteuil en cuir de je ne sais quelle pauvre bête qui doit regretter qu'un tel cul pourrit la souille, à me regarder comme une saloperie de chat fixerait sa proie. Et il est calme, le con ! Bien trop calme, tandis qu'il use de son influence sur moi pour distiller la douleur dans mes entrailles, entre mes articulations, rendant sensible la plus petite terminaison nerveuse à sa portée. Il a pas besoin de frapper. Il en a jamais eu besoin. Mais ses sous-fifres, eux, en meurent d'envie. Tout ce que je peux faire, ligotée à une chaise fermement enchâssée dans le sol, c'est me taire et supporter, mon regard haineux rivé dans le sien. J'pourrais bien dire qu'il n'est pas né, celui qui arrivera à me briser, malheureusement il est devant moi. Georg m'a déjà réduite en miettes, réparée, chouchoutée, prétendu aimer, avant de recommencer. Mettre en pièces, briser, écraser... puis reconstruire et établir à nouveau une relation de confiance. Il a toujours été comme ça, à mi-chemin entre le monstre de mes cauchemars et l'idéal tant désiré. Y a cette attirance morbide à son égard qui lutte pour faire face au dégoût qu'il m'inspire. Tout ce qu'a fait Georg, c'est faire de ma vie un enfer sur Terre. L'ennui, c'est que comme il se plaît à me le rappeler si souvent, sans lui, je ne serais plus là. Faut bien d'admettre que ça me ferait chier. Le souffle court, je penche la tête vers le sol et y crache un mélange de bile et de sang, résultat de la morsure que je me suis infligée pour ne surtout pas lui faire le plaisir de hurler.

« Tu es bien contrariante, Anastasia... Tu ne vas pourtant pas avoir le choix, tu dois me dire où il est. Sinon... »

Un rire nerveux agite mes épaules douloureuses tandis que je rejette la tête en arrière pour dégager les mèches de cheveux qui m'obscurcissent la vue.

« Sinon quoi ? Tu vas dire à tes gorilles de me casser la gueule ? Ou tu vas miser sur le déshonneur qu'il peuvent infliger à une innocente demoiselle ? Y a rien qu'ils puissent me faire que tu m'aies pas déjà fait alors tu sais quoi ? Va t'faire foutre. »

Pour l'insulter, je suis prête à desserrer les dents, mais pour lui dire ce qu'il veut, il peut toujours se torcher son royal cul d'enfoiré avec du papier de verre ! Et le voilà qui se lève, le sourire aux lèvres mais la petite ride contrariée sur le front. On dirait bien que je commence à l'agacer, tiens... Il s'approche, je relève les yeux, lui souriant avec un défi qui cache bien mal la terreur qui m'anime dès qu'il est à moins de cinquante centimètres de moi. Tandis qu'il se penche, tout mon corps se crispe et la douleur revient, vive et brûlante comme un brasier.

« Viendra un jour où tu n'auras plus la moindre importance pour moi, Anastasia. Ce jour-là, tu regretteras de ne pas m'avoir lécher les bottes plus souvent. »

Georg, ce n'est pas le genre de type qui menace sans rien exécuter en retour. C'est au contraire de le genre de sadique à masquer ses menaces sous du velours pour les faire paraître moins effrayantes. En réalité, je sais bien que le jour où il n'aura plus d'intérêt à me garder, il me tuera. Seulement, il le fera lentement, méthodiquement, et le simple fait d'y penser m'arrache un frisson de terreur.

« Pour la dernière fois, où est Andreï ? »

Je reste alors silencieuse, incapable de répondre honnêtement ou de lui dire à nouveau d'aller se faire foutre, tant la menace qu'il représente est proche, à présent. Dire que c'est pour cet enfoiré de rat d'égouts que je fais tout ça... Sans les putains de sentiments qui m'animent à son égard, je l'aurais vendu sans même me faire prier, simplement pour lui nuire et avoir une grattouille entre les oreilles de la part de Georg. Comme un brave petit toutou. Le problème, c'est que je suis plutôt du genre cabot qui mord sans raison. Je me suis jurée que je ne vendrai pas Andreï. Pas maintenant. Pas alors que j'en suis encore à me demander si je vais froidement exécuter ma vengeance personnelle en le détruisant minutieusement ou si je vais tenter comme la pauvre idiote que je suis de gagner son petit cœur de glace. C'est con, parce que la seconde option me tente bien plus mais elle n'a aucune chance de se réaliser. Ça serait bien plus raisonnable de tout dire à Georg, qu'il me pardonne... Alors je baisse la tête, incapable de soutenir plus longtemps son regard.

« D'accord... J'vais tout t'dire... », je murmure à voix basse.

Satisfait de son effet, Georg se redresse et s’appuie tel un conquérant à son bureau de businessman à deux balles. Y a tout pour y croire ! L'avilissement dans mon regard, la reddition dans ma posture et l'aveu dans ma voix. Même moi j'y croirais, si je ne me savais pas bête et bornée.

« Je sais où tu peux trouver Andreï. Mais tu d'vras aller au-delà des murs de la ville... »

Je relève la tête, un rictus aux lèvres.

« Et une fois qu't'y s'ras, j'espère que tu t'y feras bouffer les couilles par une bande de zombies. Alors j'me répète : va t'faire foutre. »

Voilà. Ça aurait pourtant été simple de lui dire qu'Andreï était chez moi ou mieux ! La jouer cliché en lui disant « où qu'il est le raton ? Dans ton cul ! Ahaha qu'elle est bonne ! » sauf que non, j'aime faire original, pour peu que ça implique les bijoux de famille de cette enfoiré réduits à l'état de charpie par des mastiqueurs de chair humaine. Visiblement, cette fois je l'ai bien énervé. Il ne sourit plus, serre le bois de son bureau comme s'il se retenait de me frapper et la douleur que je sens enfler en moi est telle que cette fois, je ne peux retenir ce hurlement qui m'irrite la gorge et me broie les tympans. J'ai l'impression qu'il cherche par tous les moyens à disloquer mon corps, à réduire en bouillie chaque petit os, tant et si bien que lorsqu'il cesse l'infâme torture, je retombe comme une poupée de chiffon sur ma chaise, tremblante de douleur. La vue brouillée par des larmes de souffrance qui me brûlent les paupières, je le vois à peine s'éloigner vers la porte du bureau.

« J'en ai assez entendu. Occupez-vous en et mettez-moi ça dehors. »

Ça... Je ne suis plus ni un humain ni même un animal pour lui. Je ne suis même pas un objet, je suis un « ça » méprisé et craché sans la moindre sollicitude. Et je crois bien que la seule chose qui m'empêche de rendre les armes à cet instant, c'est de savoir qu'un jour ou l'autre, je lui planterai mes crocs dans la gorge. Si je n'étais pas attachée à cette chaise ni aussi faible, je leur ferais tous la peau. À une main. Ouais, j'suis quelqu'un d'extrême. L'ennui c'est donc que je suis attachée, que Georg s'est lâché, et qu'avec les failles qui font n'importe quoi un peu partout, mes capacités soit disant surnaturelles me laissent en plan. Ça serait trop beau qu'Andreï sache que je suis ici, qu'il m'est suivie, ou que sais-je... comme ça serait trop beau qu'il vienne me sauver, hin ? Bah, oui, tu rêves, Anya ! Douloureusement, je relève la tête vers le premier abruti qui semble avoir décidé que ce soir, je ferai un parfait punching-ball.

« Allez tous vous faire prendre par un zombie... j'vous éclate quand j'veux... »

Rire gras de la part de l'autre tâche, visiblement mon état n'a pas l'air de lui faire peur. Sans que je puisse faire quoi que ce soit, le premier poing s'abat sur ma pommette, que je sens craquer sous l'impact. Je relève la tête, le défi du regard et attend le suivant. Ils ne peuvent rien me faire que Georg ne m'ait pas déjà fait, je l'ai pourtant prévenu. Ce poing abattu avec violence et hargne sur mon visage ne m'est pas plus douloureux qu'une plume. S'il revient et remet ça, en revanche... C'est comique, car c'est presque un moment de relâchement, celui pendant lequel je me prends des baffes de la part d'ahuris au QI pas plus élevé que celui d'une carpe. Putain... J'ai fière allure, tiens.

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We are going to die, and that makes us the lucky ones. Most people are never going to die because they are never going to be born.
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rirat bien qui rirat le dernier

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Ven 1 Sep - 19:47

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

Je suis rentré pour trouver son absence ; je suis revenu dans son appartement pour trouver l’atmosphère ivre de son odeur mais sobre de sa présence. Je suis revenu pour ne trouver que du vent. Et un soupçon d’inquiétude. Mon odorat n’a plus rien avoir à celui du rat, mais reste malgré tout plus fin que le reste, plus fin que tout le reste. Suffisamment fin pour que je sente de la peur, que je sente de l’appréhension, pour que je sente également autre chose. Son odeur. A lui. L’odeur qui me noue les entrailles, qui me rabaisse au rang d’animal soumis, d’animal apeuré, de bête tout simplement. Trop souvent frappé. Trop souvent torturé. Trop souvent puni. Mon esprit est conditionné à craindre cette odeur, que je reconnaîtrais entre mille. Mon esprit est conditionné à craindre ce que tout ça signifie. Georg est venu la chercher. Georg est venu me chercher. Georg est venu ici. Une demi-heure, c’est le temps que je suis resté immobile, au milieu de l’appartement d’Anya. Tétanisé. Terrifié. C’est le temps qu’il m’a fallu pour recommencer à respirer, pour contrôler mes tremblements. Deux heures, c’est le temps qu’il m’a fallu pour comprendre. Assimiler. Encaisser. Réfléchir. Et décider.

Et une poignée de minutes, à peine, c’est le temps qu’il m’a fallu pour remonter la piste. La trouver, la suivre, m’envelopper d’ombre et de discrétion, regretter le rat, et revenir. Oui, revenir, vers un quartier, vers des immeubles délabrés, vers des garages où règne l’écho et des traces dont j’évite de déduire l’origine, vers des guetteurs éliminés sans sourciller. Je suis un assassin. Et je vais où je veux, quand je veux, sans bruit. Dans le seul boucan phénoménal de ma folie, de ma connerie, de ces battements qui dérapent dans ma poitrine, irréguliers, précipités. Mes doigts sont moites autour d’une arme blanche, mon flingue attend son heure, sagement accroché à mon tibia. Pour infiltrer, rien n’est mieux que ses propres mains, qu’un filin pour étrangler, qu’un poignard pour frapper et égorger sans bruit. Pour infiltrer, il ne faut pas chercher à être efficace dans ses exécutions, il faut se contenter de ne pas se faire voir. Une poignée de minutes, c’est le temps qu’il m’a fallu pour arriver là.

A quelques pas. Quelques respirations. Quelques mètres à peine de mon pire cauchemar. Il est là. J’entends sa présence, je sens sa présence, addictive, enivrante, terrifiante. Le rat, les vestiges du rat, les vestiges d’un esprit brisé me poussent à me dévoiler, à sortir de mon perchoir, à m’aplatir devant lui pour implorer sa clémence et son pardon, pour le supplier de pardonner mon absence, mon échec, ma fuite et ma haine. Des vestiges me hurlent de faire ça. Et tout le reste de mon être est bloc de pierre : il est hors de question de bouger. De respirer. D’esquisser le moindre geste qui pourrait alerter qui que ce soit de ma présence. J’ai les yeux rivés sur Georg. J’ai les yeux rivés sur Georg, parce que je n’arrive pas à les en détacher, parce que je refuse de regarder celle assise en face de lui. Parce que je l’ai aperçue, et que je me suis senti mourir un peu en voyant son état. « Tu es bien contrariante, Anastasia... Tu ne vas pourtant pas avoir le choix, tu dois me dire où il est. Sinon... » Il. Je lutte, contre mon instinct, pour rester immobile. Ils ont beau être dans une pièce attenante au hangar où je me suis perché sur l’un des portants de fer qui grimpe dans les hauteurs, j’entends et je vois comme si j’étais à deux pas. Et le moindre mouvement peut trahir ma présence. Bouger serait me trahir. Fuir m’est hors de question. Intervenir l’est encore moins. Et le rire d’Anya parvient à me glacer le sang et me réchauffer dans un même temps. Pourquoi ai-je remonté sa piste ?

Par folie. Pourquoi suis-je incapable de bouger désormais ? Par peur. Et pourquoi lui tient-elle tête ? Parce qu’elle est bien plus forte et courageuse qu’elle ne le pensait. Que je ne le pensais. Il se lève, il s’approche, mes doigts se crispent, mes phalanges blanchissent, ma respiration se stoppe une nouvelle fois et, pire que tout, mon ombre dégringole de son support pour se plaquer sur le sol du hangar et se faufiler vers mon créateur. Fait ce que j’aimerais faire mais dont je suis incapable. Avec la plus grande concentration, j’arrive à délier mes muscles et à m’avancer sur mon perchoir, à m’éloigner de la lucarne qui m’a permis de l’atteindre de prime abord. Je m’enfonce, je me rapproche de lui. « Viendra un jour où tu n'auras plus la moindre importance pour moi, Anastasia. Ce jour-là, tu regretteras de ne pas m'avoir lécher les bottes plus souvent. Pour la dernière fois, où est Andreï ? »

Andreï. Je me mords la lèvre à m’en faire couler le sang. Mon coeur s’emballe. J’ai l’impression qu’il me dénonce, qu’il me dénonce à tous ceux qui sont dans la pièce, à cet homme que j’abhorre de toutes mes forces mais face auquel je ne suis rien. Rien de plus qu’un lâche. Qu’un lâche pétrifié. Qu’un lâche immobile. Q’un lâche aux tremblements ininterrompus. Qu’un lâche aux yeux duquel une larme menace de s’échapper. Georg. Le revoir me renvoie des décennies en arrière. Le revoir me renvoie à ce que je suis réellement. Ai-je vraiment affirmé à Anastasia qu’il y avait une solution, qu’il fallait croire qu’on pouvait se dresser face à lui, faire front commun, nous battre et refuser le plier le genou ? Face à lui, je ne suis plus rien. Je n’ai plus la moindre volonté. « D'accord... J'vais tout t'dire... » Mon coeur fait un énième raté, je manque de tomber de mon perchoir. Elle m’a entendu, la certitude s’infiltre dans mon cerveau : mon premier réflexe est la fuite. Mais mes bras, mes jambes, mes muscles, plus rien ne me répond. « Je sais où tu peux trouver Andreï. » La trahison est un poignard qu’elle vient de planter dans mon abdomen et de lentement remonter en direction de ma gorge. La douleur est aveuglante, je n’entends plus rien d’autre, je retiens ma respiration mais… mais je me rends compte, les yeux rivés sur elle, que je suis incapable de lui en vouloir. Parce que face à Georg… je l’aurais trahie tout autant. Je m’éloigne, sans entendre la suite, trop concentré que je suis sur mes mouvements, pendant que mon ombre continue à se mêler à celles de la pièce, bien trop loin de moi. Il faut que je parte, elle m’a entendu. Il faut que je parte, tout de suite, il faut que…

Un hurlement. Qui me broie les tympans. Qui me fait perdre l’équilibre. Qui me fait m’arrêter dans ma fuite. Parce que ce hurlement, je le reconnais. Vieux de plus de quarante ans, je le connais par coeur. « Anya…» Ma voix n’est qu’un mince filet d’air, j’oscille entre l’envie de prendre mes jambes à mon cou et celle de lui venir en aide. Sauf que… « J'en ai assez entendu. Occupez-vous en et mettez-moi ça dehors. » Sauf que la silhouette de Georg se dessine, les réflexes du rat prennent le dessus, les réflexes d’un trouillard, les réflexes de la créature, je cesse de réfléchir et je me recroqueville dans un coin d’ombre, derrière une caisse, je me recroqueville pour disparaître. Et je ferme même les yeux, comme un enfant persuadé que s’il ne voit pas son pire cauchemar, alors son pire cauchemar ne le verra pas. Il passe à quelques mètres de moi, à peine. Son odeur m’envahit. Sa respiration m’asphyxie. Et il sort du hangar, et il s’éloigne, et je tremble. Tout mon corps tremble.

Et ma panique se transforme petit à petit en colère. Colère face à ce que je suis, colère face à mes désillusions, colère face à l’influence qu’un seul homme peut avoir sur mon être. Colère, aussi, envers ceux qui sont encore dans la même pièce qu’Anya. Je me redresse. Mes oreilles guettent le pas si caractéristique de Georg. Mes yeux, eux, s’obscurcissent et se posent sur la pièce, là-bas. Eclairée. « Allez tous vous faire prendre par un zombie... j'vous éclate quand j'veux... » Une pièce qui résonne de la voix de ma meilleure amie, d’un rire d’un connard. Du courage de ma meilleure amie, de la violence d’un connard. Quelques pas, j’avale la distance qui me sépare d’eux. Lentement. Je ne cours pas. Je me laisse juste envahir par cette colère qui m’a toujours soutenu. Un pas, j’ouvre la porte, attire tous les regards dans ma direction. « Désolé, je suis en retard. J’ai toujours été très mauvais pour la ponctualité. » Aucun humour dans ma voix, malgré le potentiel de mes mots. Je suis un assassin, je suis un meurtrier, je suis une machine à tuer, je l’ai toujours été. Et j’ai de la colère à évacuer.

Je ne compte pas être propre : mon coude percute une mâchoire, mon poignard éventre un autre, mon pied fouette l’air et brise un nez. Anya m’a toujours fait rire avec ses ballets, mais c’est bel et bien une représentation que je fais. Brutale. Mes doigts agrippent la chair, volent l’énergie, ne laissent que des cadavres derrière eux. Une balle s’enfonce dans ma chair, une deuxième, je les néglige d’un grognement, leur propriétaire suffoque et agonise, la gorge tranchée. Lorsque j’arrête de bouger, ils sont tous les sept à terre. Et moi, je ne suis plus très propre. Mais ma colère s’est légèrement dissipée, tout comme ma panique, tout comme tout le reste. Je desserre mes doigts, m’accroupis pour essuyer la lame de mon poignard sur un cadavre, me relève pour venir, sans un mot, détacher Anya. « C’était à toi que je parlais, pour la ponctualité, tu sais. » Je me sens obligé de me justifier, j’évite de la regarder dans les yeux. Je sais où tu peux trouver Andreï. Mes bras viennent la cueillir sous les aisselles pour l’aider à se relever, je me retiens de toutes mes forces de lui aspirer de l’énergie pour soigner ma blessure. « J’aurais dû arriver plus tôt. » Plus tôt ? Quand Georg était encore là ? Même moi, mon mensonge ne me convainc pas. J’aurais dû, oui. Mais je n’ai pas pu. Je sais où tu peux trouver Andreï. Où l’a-t-elle envoyé ? « Où t’as envoyé Georg ? Est-ce que Roman est en danger ? » Je n’arrive pas à lui en vouloir. Pas alors que… je ne peux pas lui en vouloir, alors qu’à cause de moi, elle est dans cet état là. J’ai l’impression d’être dans un état second. J’ai l’impression de… de tout simplement ne plus arriver à penser. A raisonner. Juste à formuler des pensées simples. Des concepts de survie. Les échos du rat « Faut qu’on se casse d’ici. Tu peux te transformer ? » Qu’est-ce qu’elle attend pour le faire ? De ne plus être en présence de celui qui fait gémir le coyote. Bien sûr.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Mar 12 Sep - 13:02

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

J'ai jamais trop compris l'expression « être dans de beaux draps ». J'ai beau m'dire que c'est sûrement ironique, je n'ai pas l'impression d'avoir droit en ce moment au confort de draps fraîchement repassés et pourtant, cette expression me va comme un gant ! Tiens bah... encore une expression. Pour rester dans les expressions, l'abruti congénital qui a décidé de faire de mon visage un Picasso n'y va pas avec le dos de la cuillère : je sens ses phalanges puissantes s'écraser sur mon visage, les os de ma mâchoire se fracturer à leur contact pour ensuite se ressouder bien trop lentement à mon goût. Les éclats brisés ont à peine le temps de commencer à se rassembler que déjà, le poing du type s'abat à nouveau sur mon visage. Je sens la peau gonfler, le goût métallique du sang dans ma bouche et, lorsque son poing s'égare un peu trop près de mon œil, ma vue se brouille. Si je pense que je vais mourir ici ? Oh ça non ! J'connais Georg. Il a beau m'avoir dit qu'un jour il me tuerait, je sais deux choses : ça ne sera pas aujourd'hui et surtout, il ne laisserait personne le faire à sa place. Ça sera bien le dernier privilège qu'il me fera, tiens ! En attendant, je sais que toute cette mise en scène est un avertissement, mais lui sait aussi qu'il faut bien plus que les poings combinés de trois ou quatre idiots bodybuildés pour que je consente à parler. Faut croire que ma volonté et les nombreuses années d'éloignement m'ont permis de lutter contre l'asservissement, mais j'ignore combien de temps je vais encore pouvoir tenir. Pour bien faire, il faudrait que je me détache de tout, des rares personnes qui me supportent et que Georg n'ait ainsi plus autre moyen de pression entre les mains que ma propre souffrance. Mais il me connaît. Oh oui ! Il me connaît ! Il sait que mon aversion pour la solitude me précipitera toujours dans les bras de quelqu'un. Manquerait plus qu'il aille trouver Roman, me dis-je en frissonnant d'angoisse. Pour l'heure, j'ai un coup d'avance sur Georg, ce qui n'est pas peu dire. L'ennui, c'est que ce connard a toujours été doué aux échecs, et je le soupçonne d'avoir un plan, soit pour me faire parler, soit pour trouver Andreï tout seul. Heureusement que c'con-là est loin, tiens... Manquerait plus qu'il...

« Désolé, je suis en retard. J’ai toujours été très mauvais pour la ponctualité. »

Débarque. Mon attention est attirée par cette voix que je reconnaîtrais entre mille, cette voix que j'aime autant entendre badiner que je déteste l'entendre me repousser. Une voix que je suis à la fois soulagée et contrariée d'entendre. Non mais quel con ! Quel abruti d'être venu ! Il a vraiment envie de se faire prendre et de ruiner mes efforts, en fait ! Mais d'un autre côté, je suis contente qu'il soit là – puis après tout je l'ai souhaité, pour une fois que mon bon génie m'entend – parce que je sais que les cons qui sont là vont passer un sale quart d'heure. Tout comme je sais que ça enverra deux messages à Georg : soit que je sais encore me défendre et ça c'est pas plus mal, soit que je sais bel et bien où est Andreï et qu'il est venu me sauver. Ça c'est moins cool pour ma pomme. À moitié assommée, je ricane, un sourire marbré de sang aux lèvres.

« Oh putain... J'crois qu'j'ai jamais été aussi heureuse de t'voir, tête de con. Les mecs, vous allez en chier dans trois, d... tu pourrais m'laisser finir ! »

Tête de con c'est passe partout. Et tête de con c'est moins grillé qu'Andreï, au cas où l'un de ces idiots s'en sortirait et aurait la bonne idée de tout répéter à Georg. Je n'ai pas le temps de terminer mon décompte qu'Andreï est déjà au milieu de la mêlée. C'est tout de même impressionnant à voir : y a ces quatre types, enragés, désorganisés, qui cherchent à attraper ce qui ressemble davantage à une silhouette de fumée qu'à un homme. Quatre types qui font le double de son poids mais que la déficience intellectuelle empêche de réfléchir pour comprendre comment Andreï se bat. C'est un con sans aucune finesse verbale mais bordel il sait se battre. J'avais oublié à quel point son style était élégant... un mélange de douceur et de brutalité dans les gestes, des esquives savamment maîtrisées au point qu'elles ont l'air simples à reproduire... et puis des coups qui percutent, des frappes chirurgicales qui relèvent à la fois de l'instinct et de la précision mathématique. Andreï n'hésite pas quand il plante son poignard dans la carotide d'un type, car il sait, il la voit cette puissante artère qui pulse sous la peau de son ennemi. Il la perçoit, tant et si bien qu'il n'a pas besoin de s'y reprendre à deux fois pour la sectionner, réduisant à néant les chances de survie du con qui en est la victime. Y a qu'à voir comment Andreï s'en sort à cet instant pour savoir que c'est forcément un bon danseur. Et moi je le regarde, béate et surtout à l'ouest. Ce ne sont pas tant les coups des hommes de main de Georg, qui m'ont mise à plat, mais bien les attaques de Georg lui-même. Je sens encore la douleur irradier faiblement dans mes membres, me faisant trembler sur ma chaise et détruisant par la même occasion ma volonté à me sortir de là. La seule chose qui me reste face à ces types, c'est mon franc parler et ma vulgarité. Autant dire que ça ne fait pas grand chose. Autrement dit : il faut toujours avoir un Andreï dans sa poche pour se sortir des situations périlleuses ! En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, voilà les autre hommes à terre et Andreï qui se relève sans se soucier des deux balles qui sont venues se nicher dans sa chair. Efficacité russe, à n'en pas douter.

« Faudrait qu't'apprenne à te pointer plus tôt, Ievseï, ils ont eu l'temps de m'abîmer... J'fais comment si j'ai un rencard ce soir ? »

J'ai mal... Putain que j'ai mal et pourtant, l'humour est ma seule parade contre la douleur. Celle qui irradie de mon visage me permet de rester éveillée, l'autre cherche à m'attirer vers les profondeurs et je ne dois pas céder. Un grognement m'échappe tandis qu'Andreï m'aide à me relever, et je suis obligée de prendre appui sur lui pour ne pas vomir ou m'écrouler à terre. Je me tourne alors vers lui, le visage grave. Je m'en fiche des excuses ou de ses « j'aurais dû arriver plus tôt ». Il n'aurait pas dû venir tout court.

« T'es complètement inconscient d'être venu, Andreï... Il aurait pu t'attraper, te récupérer et... et puis en même temps, j'suis contente que tu sois là, sinon j'aurais été bonne pour me faire casser la gueule avant de repartir pour un interrogatoire avec ce fou furieux. »

Y a ça aussi, qui me percute l'esprit : si Georg était revenu, il aurait repris ses questions, et qui sait combien de temps j'aurais pu tenir ? Je me détache d'Andreï, titube jusqu'au bureau et me penche vers les tiroirs en grognant. Je sais très bien que cet enfoiré de Tchekov garde une bonne bouteille dans un tiroir pour ses précieux « clients ». Aujourd'hui, la cliente c'est moi, et je n'ai aucun scrupule à foutre mes doigts et mes lèvres pleins de sang sur cette bouteille que cognac que j'ai finalement trouvée bien planquée au fond d'un tiroir. L'alcool me réchauffe le gosier et, contre toute attente, semble me réveiller. Je pose la bouteille sur le bureau, la pousse vers Andreï et hausse les sourcils tandis qu'il me demande où j'ai envoyé notre tortionnaire.

« Tout doux, le rat d'égouts. J'l'ai pas envoyé voir ton fiston. D'ailleurs j'l'ai pas envoyé voir qui que ce soit, » dis-je avec un sourire carnassier qui me donne un air de folle furieuse, « J'lui ai dit qu'il te trouverait en dehors de la ville. Et que quand il y serait, j'lui souhaitais de se faire bouffer les couilles par un revenant ! »

Si je suis fière de ma connerie ? Et comment ! Je contourne à nouveau le bureau en grimaçant de douleur et viens me planter devant Andreï avec un regard résolu.

« C'est toi qui m'as dit qu'on pouvait le combattre. Alors voilà, ça m'aura coûté ma journée, mon joli minois et ma fierté, mais j'lui ai rien dit. »

Je sais très bien mentir, mais Andreï sait encore mieux repérer les moments où je le fais. S'il ne me croit pas, tant pis pour lui, s'il me croit, il se rendra peut-être un peu plus compte de ma foutue loyauté à la con. Je me passe une main tremblante dans les cheveux en hochant la tête. Me transformer, ça ne serait pas une mauvaise idée. Si jusqu'à présent je ne l'ai pas fait, c'est bien parce que je craignais que Georg ne revienne. Mais maintenant... Andreï craint Georg comme la peste, peut-être plus encore que moi, alors je doute qu'il ait pris le risque de se montrer si notre tortionnaire commun n'est pas loin.

« J'devrais pouvoir, ouais... et tu d'vrais faire pareil, tu seras plus discret en rat si jamais les renforts arrivent. T'es mignon, Dreï, mais avec ta tignasse de soviétique, tu passes pas inaperçu. Puis ça fait combien de temps que le rat et le coyote n'ont pas voyagé côte à côte ? »

J'esquisse un sourire, songeant à ces quelques quarante années qui se sont écoulées depuis que tout est parti en vrille. Faut dire qu'à cette époque, on ne parlait déjà plus que pour s'insulter et... ça c'est de ma faute. Préférant ne pas songer à tout ça, je retire avec difficultés ma veste et avise la chaise sur laquelle j'ai bien dû passer deux heures. J'y jette le vêtement et me tourne vers Andreï.

« En fait non... S'il trouve mes fringues, Georg comprendra que j'ai fuis, mais s'il trouve les tiennes, il va mettre ses chiens à ta poursuite et ça, vaudrait mieux qu'on évite. Alors oublie le rat tant qu'on est ici, on trouvera un endroit pour se débarrasser de nos affaires. En attendant, si tu veux bien récupérer les miennes... »

Sans un mot de plus, j'entreprends de céder la place au coyote. Si la guérison se fait plus rapide sous cette forme, la transformation est toujours aussi douloureuse. Dans un concert de craquements osseux et gémissements de douleur, mon corps laisse bientôt place à la silhouette maigrelette d'un coyote au pelage gris cendré. Repoussant mes vêtements d'un coup de patte, je jette un regard à Andreï avant de trottiner vers la porte du bureau, restée ouverte. Sans me retourner, je traverse le hangar sans un bruit, mes déplacements étant étouffés par les coussinets de mes pattes. À mesure que j'avance, je sens mon énergie remonter, mes blessures cicatriser et mon esprit s'apaiser. C'est tout de même paradoxal d'aimer à ce point ma nature de métamorphe qui m'a réduite à l'asservissement, tout en haïssant profondément la créature qui m'a tirée d'affaire plus d'une fois. Au bout du hangar, je me hisse sur mes pattes arrières, appuie sur la poignée et hume frénétiquement l'air du dehors à la recherche de l'odeur de Georg. Elle est encore là mais si diffuse et effacée que je comprends rapidement qu'il n'est plus là depuis un bon quart d'heure. Parfait ! Après m'être assurée qu'Andreï est bien derrière moi, je m'engouffre dans une ruelle humide, bifurque à gauche, à droite puis, après m'être assurée que nous sommes suffisamment loin du hangar, m'approche d'une grosse poubelle métallique et à moité éventrée. Je me tourne vers Andreï, lui désigne la poubelle du museau et m'assoie sur le bitume en attendant sagement qu'il jette nos vêtements et se décide à se changer en rat. Enfin... Si encore il le pouvait...

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Mar 19 Sep - 0:58

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

C’est pas mon absence de ponctualité, la cause de mon retard. La cause de mon retard, c’est Georg. La cause de mon retard, c’est mon incapacité à lui faire face. C’est ma tétanie terrifiée qui m’a laissé figé dans un coin, cantonné dans le rôle de spectateur, alors qu’il torturait Anya. C’est pas vraiment pour mon retard que je m’excuse. Et c’est d’ailleurs pour ça que je ne souris pas. Que je ne tente même pas de faire de l’humour. Que je lutte pour ne pas chercher le regard d’Anya. Pour faire les choses dans l’ordre. D’abord évacuer le contre-coup de la terreur, d’abord éliminer mes adversaires, d’abord me défouler. Violemment. Sans la moindre douceur. Sans la moindre délicatesse. Juste faire ce que j’ai toujours su faire, juste faire ce que je fais de mieux, juste… « Oh putain... J'crois qu'j'ai jamais été aussi heureuse de t'voir, tête de con. Les mecs, vous allez en chier dans trois, d... tu pourrais m'laisser finir ! » Je ne fais pas attention aux propos d’Anya, j’ai mis la machine en branle. Un pas, j’ai esquivé le mec qui a voulu m’empoigner. Un autre, mon genou a percuté des parties, mon coude a directement enchaîné vers la trachée. Mes poings heurtent des mâchoires, des foies, des rates, des côtes flottantes ou non. Je casse, brise, je fracture, j’ignore les coups de feu et l’explosion de douleurs que provoquent les balles transperçants ma chair. J’ai de la panique à évacuer, de la peur à exorciser, de la terreur à transformer en colère, en violence, en plaies et en articulations disloquées. En un soupir, j’ai écopé des coupures plus ou moins graves, plus ou moins profondes, j’ai un sang noir et poisseux qui suinte un peu partout, du sang écarlate qui vient le maquiller et le masquer. En un soupir, il y a sept hommes à terre. Et moi debout, qui achève d’un coup un corps gémissant et qui ignore les balles encore logées dans mon corps. Ma priorité : sortir Anya de là, m’éloigner du carnage, dissipé les tremblements nerveux dans mes mains qui réclament du sang, encore du sang, toujours plus de sang. L’énergie volée fourmille sur mon épiderme, dynamise mes muscles, me drogue d’adrénaline. Ma priorité : nous sortir de là. Mon couteau s’essuie sur un corps, libère la métamorphe. « Faudrait qu't'apprenne à te pointer plus tôt, Ievseï, ils ont eu l'temps de m'abîmer... J'fais comment si j'ai un rencard ce soir ? » J’hausse les épaules, pas encore d’humeur à rire, pas vraiment capable de faire de l’humour. Revoir Georg, pour la première fois depuis plus de quatre, cinq ? décennies, ça… je me mords la lèvre et crache une réplique par automatisme. « Osef, ton rencard, c’est avec moi que tu l’as dans l’immédiat. Et je ne suis pas vraiment mieux. » Et pour être un rencard, c‘est un rencard. « Ça me fait carrément penser à Budapest... » Une mission qui avait tourné au carnage. L’une de nos rares missions après mon mariage, après Georg, qui nous avait vu être soudé comme deux doigts d’une main pour en sortir vivant. Une mission à laquelle nous n’avions survécu que grâce à nos alter-ego animaux.

Je l’aide à se lever, son grognement me fait mal au cœur et pourtant, une part de moi ne peut qu’être heureuse que la répartition des rôles : plutôt crever que de subir encore une fois la torture de Georg, plutôt crever que de… « T'es complètement inconscient d'être venu, Andreï... Il aurait pu t'attraper, te récupérer et... et puis en même temps, j'suis contente que tu sois là, sinon j'aurais été bonne pour me faire casser la gueule avant de repartir pour un interrogatoire avec ce fou furieux. » Je frissonne devant la mention de Georg, puis devant l’insulte qu’elle lui assène. Je frissonne devant la perspective de ce qu’elle évoque, et devant l’influence que notre créateur a sur nous. Créateur. Notre dieu personnel. Celui devant lequel je m’écrase plus que jamais, celui que tout le conditionnement dont j’ai pu être la victime veut me voir défendre. Celui que ma haine m’empêche de défendre, tandis que ma peur m’empêche de l’insulter à mon tour. Tout ce que j’arrive à articuler, en traçant un chemin invisible entre les corps et les cadavres qui nous entourent, c’est que… « Je suis prudent. J’aurais pas dû v’nir, mais j’aurais pas pu t’laisser seule. J’suis pas un débutant, il ne m’a pas pris, fin de l’histoire. » Fin de l’histoire. Vraiment ?

Non. Parce que l’histoire n’a pas de fin, n’aura de fin qu’à ma mort. Qu’à notre mort. Qu’à la mort de Georg. Anya titube, j’entreprends de regrouper les corps dans un coin, avec la ferme intention de m’en débarrasser d’une manière ou d’une autre. Histoire que l’autre se fasse bien chier à comprendre et qu’il en profite pour perdre son putain d’entrepôt au passage et… « Putain, il a toujours les mêmes habitudes ? » Le goulot de la bouteille de cognac heurte les lèvres et les doigts ensanglantés d’Anya, qui n’a jamais été sauvage à cet instant. Silhouette tout en grâce et légèreté, vengeance et dureté dans ses gestes. Ça me rappelle vraiment Budapest. Mais… mais on n’a pas le temps de boire, on n’a pas le temps de traîner : je veux savoir où elle a envoyé Georg.

Mes mains se saisissent de la bouteille au moment où elle commence à me répondre. « Tout doux, le rat d'égouts. J'l'ai pas envoyé voir ton fiston. D'ailleurs j'l'ai pas envoyé voir qui que ce soit, » « Ah ouais ? » C’est pas ce que j’ai entendu. Ce n’est… « J'lui ai dit qu'il te trouverait en dehors de la ville. Et que quand il y serait, j'lui souhaitais de se faire bouffer les couilles par un revenant ! » Mon visage se détend un instant. On a été formé à baver des mensonges et des vérités sur un même ton, sans distinction et on était plus que doués tous les deux dans ce domaine. Mentir, c’est aussi facile que de respirer pour nous. Et pourtant… et pourtant, j’ai brutalement la conviction qu’elle me dire la vérité. « Tu lui as dit ça ? Sérieux ? » Elle lui a tenu tête, face à lui, alors que moi, sans même qu’il ne sache que j’étais là, il m’a fait gémir de terreur ? Qui, de nous deux, est le plus faible et le plus lâche finalement ? Anya répond à cette question en se plantant devant moi, le menton levé, le regard résolu. « C'est toi qui m'as dit qu'on pouvait le combattre. Alors voilà, ça m'aura coûté ma journée, mon joli minois et ma fierté, mais j'lui ai rien dit. » J’esquisse un sourire, le premier vrai sourire depuis mon arrivée, et j’avale en cet honneur une gorgée de cognac qui me laisse un goût de cendres, et rien de plus, au fond de la gorge. Sale merde. « Bah tu vois, quand tu veux. T’avais qu’à t’sortir les doigts du cul et d’un coup, tout est possible. » J’esquisse un sourire, mon regard est crispé, l’angoisse de Georg refuse carrément de se dissiper.

Comment fait-elle pour supporter la présence de notre créateur, pour supporter de lui être confrontée tous les jours ? Ca me dépasse, ça me dépasse complètement mais je n’ai pas vraiment envie de savoir ce que ça fait : on a intérêt à se barrer rapidement, la bouteille de cognac se vide sur les corps entassés. Se répand un peu plus dans la salle. Il ne me manquera qu’un briquet. Heureusement que j’ai toujours ce genre de merde sur moi, pour aller de pair avec mes clopes. Mais… mais avant de se barrer, avant de foutre le feu à l’ensemble, est-ce que déjà Anya peut se transformer ? Parce que de mémoire, on a toujours guéri plus vite sous nos formes animales. « J'devrais pouvoir, ouais... et tu d'vrais faire pareil, tu seras plus discret en rat si jamais les renforts arrivent. T'es mignon, Dreï, mais avec ta tignasse de soviétique, tu passes pas inaperçu. Puis ça fait combien de temps que le rat et le coyote n'ont pas voyagé côte à côte ? » Depuis combien de temps ? Pas depuis Budapest, mais presque, j’en suis sûr. Mais… « Un bail… un sacré bail… » J’hausse les épaules dans un sourire, de toute manière, il n’est plus question de sortir le rat – heureusement que je ne me transformais pas en loup, mes pensées auraient été glauques – donc l’affaire est bouclée. Il ne reste plus qu’à… attraper sa veste. Mes doigts l’agrippent, mes yeux ne peuvent que l’observer et vaguement envisager qu’elle enlève le reste. Ce qu’elle ne fait pas, bien sûr. « En fait non... S'il trouve mes fringues, Georg comprendra que j'ai fui, mais s'il trouve les tiennes, il va mettre ses chiens à ta poursuite et ça, vaudrait mieux qu'on évite. Alors oublie le rat tant qu'on est ici, on trouvera un endroit pour se débarrasser de nos affaires. En attendant, si tu veux bien récupérer les miennes... » J’éclate de rire, comme si c’était évident comme raisonnement. Comme s’il n’y avait absolument aucun soulagement dans mon rire, comme s’il n’y avait aucune nervosité dans mon rire crispé.

Ni aucune jalousie dans mon regard, alors qu’elle devient un coyote. Un craquement osseux, je joue avec mon briquet pour détourner mon attention et mon regard. Je ne le repose sur la petite silhouette carnivore qu’une fois les gémissements de douleur redevenus silencieux. « Ca fait un bail que j’avais pas vu ta dégaine de chien galeux. Ca te va toujours aussi bien » Et ta gueule Andreï, on n’a vraiment pas le temps. Je la regarde sortir du bureau, je ramasse ses fringues et je la rejoints, avant de lancer mon briquet dans la pièce, avec un bras d’honneur. Avant de courir vers l’extérieur du hangar, suivi par Anya. Elle a pas tort : ça fait un bail que le rat et le coyote n’ont pas couru côte à côte. Et ils ne courront plus jamais ensemble, d’ailleurs. Je la laisse prendre les devants, son flair est nettement plus efficace que le mien. Elle s’arrête à la sortir, j’essaye de repérer l’odeur de Georg, elle est diffuse, plus faible que tout à l’heure, et son pas n’est pas audible. Je laisse encore Anya repartir en éclaireuse.

Et je regrette dès que je la vois s’arrêter à côté d’une poubelle. Je peux jouer l’imbécile qui ne comprend pas mais… Mais ses sens sont exacerbés par rapport à moi, elle me connaît trop bien, elle doit entendre mon cœur qui s’emballe dans ma poitrine, percevoir mon mouvement de recul, infime certes mais existant. Elle doit savoir que j’ai totalement compris l’implication de ses gestes, de sa communication sommaire.

Il fallait bien que ça arrive un jour. Se transformer, ce serait la meilleure solution pour disparaître dans la nature mais… Je regarde le coyote. Balance ses fringues au milieu des déchets pour la dissuader de redevenir humaine et la dissuader de m’offrir son regard accusateur. M’adosse contre un mur et me passe une main sur le visage. Pour souffler. Gagner du temps. « T’es bien mignonne mais je peux pas. » Voilà, c’est dit. « Je peux pas me transformer aussi. » Je remonte la manche de mon avant-bras. Dévoile la cicatrice qui le lacère. Pas celle de l’ours. Celle du zombie. « J’ai été blessé » J’attrape mon poignard, coupe mon bras sur la longueur pour faire sortir le sang noir, dense, poisseux et inhumain qui se traîne dans mes veines. « Et depuis, j’suis plus un rat. J’suis autre chose. » Un autre chose, un truc que je n’ai pas encore vraiment défini. J’hausse les épaules en rabaissant ma main, indifférent au sang sur une plaie déjà résorbée. « Suis-moi, on peut pas rentrer chez toi pour le moment, on va aller sous mon pont. » Mon pont. Meilleur endroit du monde. Joie et… « Putain, mais tu guéris pas bien vite, c’est quoi ce bordel ? » Et le bureau de Georg a bien pris feu, aussi. Suffisamment pour que… une démarche transperce le silence, mes réflexes prennent le dessus en le voyant courir vers l’entrepôt. Et moi, je me plaque contre le mur en priant pour qu’il ne regarde pas dans notre direction. « Putain, faut se barrer, Anya. » Il faut se barrer, oui. Mais pour ça, il faut déjà que j’arrive à esquisser un geste.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Dim 1 Oct - 11:39

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

Ligotée à la chaise, je ne peux qu'observer – ou plutôt admirer – l'élégance dont Andreï fait preuve lorsqu'il se bat. Pour un type avec deux pieds gauches, c'est plutôt comique. Je me souviens encore de la fois où Georg nous a réuni pour s'assurer qu'on savait suffisamment bien danser la valse pour passer inaperçu. Cette andouille m'a marché trois fois sur les pieds en l'espace d'un morceau et a failli faire foirer la mission... jusqu'à ce qu'il soit envoyé en stage intensif. Jamais je n'ai dansé avec meilleur partenaire après ça. C'est tout Andreï ! Il a l'air d'un grand con pas très futé mais il cache de redoutables talents qui font vite regretter de ne pas l'avoir pris au sérieux. C'est peut-être pour ça que mon cœur flanche à chaque fois que je le regarde : je sais ce qu'il cache sous sa carapace, je sais qui il est, de quoi il est capable, je connais ce qui le hante et lui fait peur, tout autant que je sais que sa dégaine de coureur de jupon cache un type qui ne m'aurait pas abandonnée ici. Il l'ignore sûrement, mais c'est la certitude de le voir débarquer pour me sauver, qui m'a donné la force de tenir tête à Georg. Parce qu'il m'a secouée, m'a forcée à voir la réalité en face et à m'affirmer en tant que personne et non jouet d'un psychopathe. Tandis que je masse mes poignets douloureux et marqués par les liens, voilà qu'il mentionne Budapest. Je relève les yeux et lui jette un regard à mi chemin entre l'étonnement et le reproche. Qu'est-ce qu'il lui prend de parler de ça maintenant ? Des missions, on en a mené un paquet. Des missions où nous étions soudés, complices, pour lesquelles la victoire nous était assurée avec une facilité déconcertante mais Budapest... ça restera toujours un échec pour moi. J'ai laissé mes sentiments et mes blessures prendre le dessus sur la réussite de cette mission, et je sais que si j'avais été moins bête et lui aussi, nous aurions réussi bien plus facilement. Il a fallu que je la joue perso, qu'il fasse le con et au final, c'est l'énergie du désespoir et l'instinct de survie de nos créatures respectives qui nous a permis de nous en sortir.

« Mouais... Si tu le dis... j'aimerais éviter qu'on en arrive aux même emmerdes qu'à Budapest, si ça t'ennuie pas. »

Tout mon corps me fait mal alors qu'il n'y a bien que mon visage qui porte des traces de coups. Elles sont plus profondes, plus insidieuses et parfaitement invisibles, les blessures qui me meurtrissent les articulations. Il n'y a bien qu'à cet instant que je sens le poids de mes longues années passées sur Terre ! Foutu connard... Je n'ai même pas envie d'imaginer dans quel état je serais si Andreï n'était pas venu me chercher. Tandis qu'il expose les faits comme une évidence, je hoche la tête et baisse les yeux, comme si ce que j'allais dire était potentiellement honteux.

« Ouais... merci. »

J'suis pas douée pour les excuses, les adieux et les remerciements. Alors qu'il s'accroche bien à son caleçon parce qu'il est pas prêt de m'entendre lui redire ça. C'est idiot mais j'ai envie de lui hurler que c'est un idiot fini d'être fini, tout en étant soulagée qu'il soit venu... c'est complètement con. Je suis complètement conne. Tellement conne que j'en pique la précieuse bouteille de cognac de Georg pour en siffler une gorgée en haussant les épaules.

« Tu crois quoi ? Qu'après avoir passé 40 ans on ne sait où il aura changé ses petites habitudes ? C'est un vieux con. Et les vieux, ça change pas. »

Faut-il que je le haïsse suffisamment pour parler de lui ainsi... ça ne m'a pas non plus empêché de lui tenir tête un peu plus tôt, et je sais que je vais le regretter. Je ne sais pas quand, comment ni à quel point, mais je sais que Georg va me faire payer mon affront, ma fuite et accessoirement ses gorilles qui gisent à présent au sol. Putain j'vais passer un sale quart d'heure... ne pas y penser, suuurtout ne pas y penser, me dis-je en avalant une gorgée de cognac supplémentaire dans l'espoir que ça me donnera suffisamment d'énergie pour affronter la suite. Déjà parce que visiblement, Andreï a l'air de penser que je l'ai trahis et ça, ça me vexe. Je suis peut-être une sale garce, mais j'ai mon honneur. Je finis par hausser un sourire tandis qu'il semble vraiment douter de moi.

« Hè... j'suis p'tet pas un prix Nobel de maths, mais j'suis pas conne pour autant. Ton môme j'lui ai sauvé la peau une fois, ça servirait à quoi que je lui envoie Georg, hin ? J'aime pas trop bosser pour rien. »

Puis bon... évitons de préciser qu'à force de le côtoyer, Roman est passé du statut de morveux et cafards à écraser à celui de confident et... plus si affinités tout en restant dans le soft parce qu'il faudrait pas non plus abuser tout de suite. Mais si je commence à dire à Andreï, à qui j'ai très maladroitement avoué mes sentiments, que je tourne autour de son fiston... déjà il risque de me traiter de cougar ou je ne sais quel autre nom d'oiseau sympathique, mais en plus je pense qu'il me laissera en plan ici. Là il a plutôt l'air soulagé de savoir que son gosse va bien alors... autant lui laisser ça et ne pas entrer dans les détails, hin ! Je gratifie sa dernière remarque d'un doigt d'honneur tout en évitant d'y répondre. Ce qu'il n'a pas l'air de comprendre, c'est que ma grande gueule et mes injures cachent ma terreur. C'est le seul moyen que j'ai pour ne pas craquer et flancher face à Georg. Je préfère qu'il me trouve insupportable plutôt qu'il voit à quel point je suis tétanisée. Pourtant je sais qu'il ne peut plus faire pression sur moi comme avant : mon frère est forcément mort depuis des années, mes parents n'ont jamais été autre chose pour moi que les gens qui m'ont vendus au KGB, et il est persuadé que je hais suffisamment tous les Ievseï pour vouloir les envoyer au trou un par un. La seule personne qu'il peut encore briser, c'est moi. Et c'est bien suffisant. De toute manière, cette conversation commence déjà à me soûler parce qu'elle va soulever d'autres questions. Me changer en coyote va me permettre d'avoir une bonne raison de me taire.

Je n'ai jamais aimé cette forme. Enfin... si, au début. Quand j'ai découvert en quoi je pouvais me changer, j'étais ravie. Un coyote c'est rapide, silencieux, ça mord et ça un odorat sur-développé. Et puis Andreï est arrivé avec ses moustaches de rat d'égout et m'a une fois de plus volé la vedette. Il était plus petit, plus discret, plus furtif... j'ai été reléguée au rang d'animal encombrant et inintéressant et c'est à partir de là que je me suis mise à haïr cet animal en lequel je me transforme. Parce que j'aime ma nature de métamorphe, seulement... j'ai l'impression d'être de moins en moins en osmose avec cet animal, comme si nous étions finalement trop différents, lui et moi. La transformation achevée, c'est le coyote qui plisse ses grands yeux noirs alors qu'Andreï profite de mon mutisme pour se foutre de ma gueule. Petit con, tiens... J'émets un bref grognement en guise de « va te faire foutre » et me dépêche de sortir du bureau tandis qu'il laisse lire court à ses talents de pyromane. Ça aussi, ça va me retomber sur le coin de la gueule... mais c'était encore la meilleure chose à faire, je crois. Pas de preuves, pas de témoins, pas de coupable ! Juste un Georg en colère d'avoir perdu l'un de ses précieux entrepôts.

Vaut mieux pas penser à ça, ouais... alors me voilà trottinant dans les ruelles, tentant d'ignorer la douleur et de profiter de l'air frais de ce début de soirée. J'entends derrière moi les pas rapides d'Andreï, alors que les miens sont étouffés par les coussinets sous mes pattes. C'qu'il a l'air pataud, vu d'ici... Lorsque je m'arrête après m'être assuré que nous sommes suffisamment loin de l'entrepôt pour échapper aux flammes et que l'odeur de Georg n'est plus qu'un lointain souvenir, je m'approche d'une poubelle et attend patiemment que sa majesté blondinet premier se décide à y jeter mes fringues, les siennes, et à échanger son corps un peu trop sexy à mon goût contre celui d'un vieux rat d'égout tout crasseux. Si je pouvais taper du pied en signe d'impatience, je le ferais, parce qu'il a franchement l'air con, à hésiter devant la poubelle ! Qu'est-ce qu'il attend ? Le déluge ? L'Apocalypse ? Elle l'a pas franchement attendu pour se pointer ! Ça me ferait presque de la peine de voir mes fringues finir au milieu d'un tas de déchets mais de toute manière elles auraient fini à la poubelle. Je ne supporte plus l'odeur de Georg sur le moindre morceau de tissu. Et puis viens finalement la révélation. Celle à laquelle je ne m'attends pas et qui me laisse d'autant plus muette que je ne peux pas lâcher un bon gros « putain » qui me démange pourtant. Voilà pourquoi je trouvais son odeur différente, voilà pourquoi il esquive depuis le début la transformation... il m'a mentit. Il ne m'a rien dit, délibérément rien dit, alors que je lui faisais confiance. Il a été blessé ? Et bien moi je m'sens trahie. Il avait peur de quoi ? Que je le juge ? Ouais je l'aurais fait, c'est dans ma nature de le juger quand il fait de la merde. Mais je ne lui en aurais pas voulu parce que ça n'aurait pas été sa faute. Là... c'est différent. Putain il m'a menti. Une fois de plus. Il n'est plus un rat, il n'est plus un métamorphe... alors quoi ? Qu'est-ce qu'on partage, maintenant, à part le même traumatisme ? C'est idiot mais une fois de plus, j'ai l'impression qu'il me laisse sur le côté pour ne pas s'embarrasser de moi. Je suis à la traîne, lui a évolué en un autre chose dont j'aimerais connaître le véritable nom. Alors je m'approche, méfiante, les oreilles couchées en arrière, alors qu'il me montre la cicatrice qui dessine une forme striée et irrégulière sur son avant-bras. La marque d'une morsure... ce con s'est fait mordre par un putain de zombie ! Soudain, il sort son poignard et je recule en grognant, sur la défensive. Lorsqu'il passe la lame du couteau sur son bras, l'épais liquide noir qui s'échappe de la plaie m'arrache un frisson qui me hérisse la fourrure de plus belle. Putain mais quel con ! Quel abruti fini ! Comment a-t-il pu laisser ça arriver ? A-t-il seulement conscience des conséquences ? Georg va me tuer, cette fois c'est certain. Et il voudrait que je le suive, en plus ? Il est complètement con, ma parole ! Un con qui vit sous un pont, qui plus est. T'es tombé bien bas, mon pauvre Andreï... Le coyote grogne de plus belle et l'animal prend le dessus sur l'humain. Je suis en colère mais j'ai aussi peur de ce qu'il est devenu, peur de ce que je ne connais pas et peur de ce que tout cela implique. Au loin, l'entrepôt brûle comme un joli feu de joie et la peur ne fait que grandir lorsque je perçoit moi aussi les bruits de pas précipités en direction du grand bâtiment. On ne peut pas rester là, c'est certain. Mais je ne peux pas le suivre, je ne veux pas... pas après tout ça. Faut se barrer, ça c'est certain. Alors, sans lui demander son avis, je m'élance à l'autre bout de la ruelle sans m'arrêter ni me retourner. Je ne trottine plus, je coure, comme si m vie en dépendait et quelque part, c'est vrai. Je coure sans me soucier de savoir s'il me suit ou non car au fond, je cherche à le semer. L'incompréhension et un sentiment ridicule de trahison me font perdre toute notion de l'orientation et bientôt, je me retrouve malgré moi non loin d'un cours d'eau et probablement pas beaucoup plus loin du pont qui abrite ce grand crétin au quotidien. Je pourrais continuer à courir longtemps, si mes forces ne m'abonnaient pas. Je sens mes pattes fléchir sous mon poids, ma respiration sifflante et bientôt, la forme animale devient trop lourde à porter. Elle a soigné l'essentiel de mes blessures mais pas le choc que je viens de recevoir en pleine poitrine. Il faut que je m'éloigne, que je regagne mon appart, mais Andreï a raison : c'est là que Georg me cherchera en premier et j'ai eu ma dose pour la soirée. J'entends au loin des pas qui se rapprochent et vue la vitesse, c'est quelqu'un qui coure. C'est donc certainement Andreï qui a réussi à me suivre. Épuisée par la course, mes blessures et surtout ce foutu changement qui amoindris mes pouvoirs, je me fond dans l'ombre d'une ruelle en cul de sac pour attendre l'autre con et lui dire ma façon de penser. Ses pas se rapprochent et moi, j'entreprends la douloureux mais nécessaire transition vers une forme plus adaptées aux engueulades mais un peu moins à la bienséance car... je me retrouve complètement nue. Faut dire qu'Andreï m'a déjà vue plus d'une fois comme ça mais : je compte l'engueuler, pas sûre que ça soit très efficace à poil, si quelqu'un se pointe, je vais passer pour quoi ?

Je l'entends s'arrêter juste devant la ruelle, il doit probablement me chercher, mais avant qu'il n'ait pu reprendre sa course je l'attrape par le bras, le tire dans l'obscurité et lui arrache sans ménagement sa veste pour m'en couvrir comme je peux. Vêtue d'un simple blouson en jeans, je n'ai plus que mes tatouages pour couvrir mes jambes, et faut bien avouer que c'est peu.

« TU EST VRAIMENT LE ROI DES CONS ! Pauvre crétin ! Imbécile ! Putain mais t'as d'la merde dans le crâne, ou quoi ? »

Je le pousse, l'envoie valser et me mets à faire les cent pas tandis que je sens tout mon corps trembler de colère, de peur et de douleur.

« T'as vraiment cru qu'me cacher ça, c'était une bonne idée ? Putain mais... j'viens de me faire torturer par Georg ! Tout ça pour te protéger, parce que j'ai refusé de dire où t'étais et toi... toi tu me caches ça ? Pourquoi tu m'as rien dit ? Tu me croyais pas digne de confiance, c'est ça ? »

J'ai peur, et il n'a pas l'air de le réaliser. J'ai peur sans savoir ce qui me terrifie le plus dans cette histoire. Qu'il soit... autre chose ou qu'il ne soit plus comme moi.

« T'es vraiment qu'un putain de con... et r'garde-moi dans les yeux quand j'te parle, mes jambes tu les connais ! »

Et qu'il ne vienne pas me dire qu'il se fascine pour tout ce que j'y ai fait dessiner, je le connais. Et je n'aime pas l'imaginer me reluquer parce que ça réveille l'ado attardée et un peu trop amoureuse de son « meilleur ami » que je suis. Je finis par soupirer, me fige dans mon mouvement et me tourne vers lui, tremblant d'une peur qui ne me ressemble pas.

« Tu piges pas, hin ? J'suis terrorisée, Andreï. J'ai fait la maline devant Georg parce que TU m'en as donné la force. Et là, la confiance que j'avais r'trouvé en toi, je la vois s'envoler parce que tu m'as caché ça. Putain... et puis t'es quoi, d'ailleurs ? Un genre de zombie sans l'option décomposition avancée ? »

Le vent s'engouffre dans la ruelle, se glisse sous le tissu de la veste d'Andreï et me fait frissonner. C'est que je commence à avoir froid, finalement. Je fais glisser mes mains dans les manches trop longues du vêtement et entoure ma poitrine de mes bras pour tenter de garder un semblant de chaleur. Putain qu'elle pue cette soirée...

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Dim 22 Oct - 13:52

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

« Mouais... Si tu le dis... j'aimerais éviter qu'on en arrive aux mêmes emmerdes qu'à Budapest, si ça t'ennuie pas. » Je lui lance un regard amusé, un regard presque complice malgré la gravité de sa, de notre situation, avant de retourner à mes petites affaires pour mieux la détacher, puis trouver une solution pour effacer nos traces de la meilleure manière qu’il soit. Budapest. Une sacrée merde que cette mission, mais un bon souvenir aussi. D’une certaine manière. Un cauchemar surtout. « J’avoue » J’avoue tout, j’avoue tout dans cette floppée de mensonges qui me caractérise. Elle se lève, j’hausse les épaules encore, et l’inévitable vient dans la discussion, comme un reproche de sa part, comme un remerciement, sans que je ne sache exactement comment réagir à tout ça. Alors je ne réagis pas, je me renferme dans une absence déplorable d’humour et surtout dans les faits. Oui, c’était stupide de ma part de venir. Oui, je l’ai même laissée se faire torturer dans la crainte d’être attrapé par Georg. Oui, oui, oui et encore oui. Mais… je refuse de penser ne serait-ce qu’une seconde à ce qui se serait produit si jamais Georg m’avait effectivement mis la main dessus. Je refuse d’envisager cette possibilité. Et pour mieux la repousser, je me concentre sur ce que je fais, je me concentre sur mes gestes, sur les mécanismes, sur ce qu’on m’a appris. Sur ce que je dois faire. Anya dégotte du cognac, moi, j’entasse les corps.

Je les entasse, je les rassemble dans un grognement, j’ignore la douleur des balles fichées dans ma chair déjà refermée – il va falloir que je réouvre pour les extraire, putain – et j’essaye d’oublier à quel point tout est fait pour me rappeler Budapest et notre passé. Anya dégotte une bouteille, m’impose davantage encore l’existence, la renaissance, la proximité de notre créateur. Il n’a changé aucune de ses habitudes. « Tu crois quoi ? Qu'après avoir passé 40 ans on ne sait où il aura changé ses petites habitudes ? C'est un vieux con. Et les vieux, ça change pas. » Je serre les dents, jette un œil sur mon amie de toujours. En sang. Le visage marqué par la torture. Parce qu’elle a pu retenir et ce que je l’ai entendu dire. Ouais, Georg change pas ses habitudes : il obtient toujours ce qu’il veut, surtout de nous, surtout de ses petites marionnettes, de ses animaux de compagnie. Anya avait raison, quand elle a dit qu’on aurait beau se débattre, on était foutu de base. Elle avait raison. Et elle a vendu mon fils, elle a… Mon visage se détend, je fixe mon regard dans le sien. Elle a menti ? Elle a tenu bon ? « Hè... j'suis p'tet pas un prix Nobel de maths, mais j'suis pas conne pour autant. Ton môme j'lui ai sauvé la peau une fois, ça servirait à quoi que je lui envoie Georg, hin ? J'aime pas trop bosser pour rien. » Un grognement. J’attrape la bouteille. En avale à mon tour une putain de gorgée au goût de cendre mais à l’arrière-goût brûlant malgré tout. « Te fous pas d’ma gueule Anya. Quand on parle de Georg, y’a pas d’logique qui tienne. » Tout comme il n’y a pas de logique qui tienne pour quoique ce soit dès lors qu’on parle d’Anastasia Bolkonsky et de son comportement vis-à-vis des Ievseï. Aux dernières nouvelles, elle me haïssait. Puis j’apprends qu’elle a sauvé Lara, qu’elle a sauvé mon môme, quand moi j’étais en train de lécher les bottes de Georg, persuadé qu’il les avait tués.

Je ferme les yeux, chasse les souvenirs qui affleurent, me réfugie dans le présent. Dans le futur proche. Dans l’urgence de notre situation et de la fuite. J’ai empilé les corps, j’ai vidé la bouteille pour en faire un combustible plus efficace : il ne reste plus qu’à prendre la tangente une fois Anya transformée : je ne compte pas la porter dans les rues adjacentes, merci bien. Un éclat de rire : bien sûr que j’oublie le rat, bien sûr que je ne me transforme pas, bien sûr que je récupère ses fringues, ce serait bien trop con qu’on tente ne serait-ce qu’une seconde de faire croire à l’autre connard qu’Anya est morte. Il ne croirait même pas l’ombre d’un battement de cœur que ce soit possible. Je détourne le regard de la transformation en jouant avec mon briquet, me permets une remarque tant qu’elle ne peut pas se payer le luxe de me répondre, fous le feu et la rejoins sans tarder à l’extérieur. Bon débarras, une bonne chose de faite. Le pire reste à venir.

Je laisse Anya partir en éclaireuse, j’ai les yeux partout, les sens aux aguets, l’ouïe détériorée par les battements erratiques de mon cœur dans ma poitrine. La terreur, c’est la terreur qui me motive, la terreur de l’imminence de retrouvailles entre Georg et moi, entre le sorcier et la créature, entre le sorcier et la créature brisée. J’ai les yeux partout, les sens aux aguets, mais je me découvre aveugle lorsqu’Anya s’arrête et attend de moi, visiblement, que je me transforme à nouveau. En rat et en coyote, nous sommes invisibles. Nous avons été formés pour devenir invisibles. Pour disparaître, dans un soupir, pour trouver des chemins et des planques, pour laisser suffisamment l’animal s’accaparer notre volonté pour en exploiter tout le potentiel, sans perdre notre capacité de réflexion et notre mission du regard. Ouais, le plus intéressant, ce serait vraiment que je foute mes fringues dans cette poubelle et que je redevienne rat. Sauf que… Je peux pas. Adossé contre le mur, je m’oblige à la regarder dans les yeux. Je peux pas me transformer. Elle s’approche, toute son attitude clame la méfiance et la colère. Je remonte ma manche, dévoile la cicatrice dégueulasse qui lacère mon avant-bras, le lacère davantage de mon couteau pour faire suinter des gouttes denses et sombres d’un sang qui n’a rien d’humain, rien de vivant. Un grognement, je ne relâche pas une seule seconde la prise sur mon poignard. Essaye un peu de me sauter à la gueule, Anya, et je t’ouvre en deux. Essaye un peu et… et on n’a pas intérêt à traîner dans le coin : chez elle, c’est foutu, autant aller chez moi. Parce que si je reste un peu plus dans le coin… je sens déjà mes jambes se tétaniser, je sens déjà ma respiration s’affoler. Je vois la silhouette de Georg courir au loin. Et me pousser à le rejoindre pour lui demander pardon. Ferme les yeux, Andreï, ignore le.

Le coyote a déjà déguerpi, je jure dans ma barbe, me précipite à sa suite. Avec un temps de retard. J’essaye de suivre son odeur, sans succès, je m’attache à celle de son sang, avec un succès tout aussi moindre. Je cours, je ralentis, l’important, c’est de s’éloigner, de se planquer, de se terrer dans un coin. De faire le mort, de disparaître, de ne tout simplement plus exister. Se terrer, se cacher, se… l’odeur devient brutalement plus forte, je devine avant qu’elle ne me touche qu’Anya est celle qui m’entraîne dans une ruelle. Je ne lutte pas : je la laisse tout récupérer. Veste. Dignité. Réponse. C’est plus fort que moi : je la regarde quand elle m’engueule, encore une fois, je la laisse faire quand elle m’envoie valser contre un mur, sans pouvoir retenir un grognement. « TU ES VRAIMENT LE ROI DES CONS ! Pauvre crétin ! Imbécile ! Putain mais t'as d'la merde dans le crâne, ou quoi ? » Je lève les yeux au ciel. « T'as vraiment cru qu'me cacher ça, c'était une bonne idée ? Putain mais... j'viens de me faire torturer par Georg ! Tout ça pour te protéger, parce que j'ai refusé de dire où t'étais et toi... toi tu me caches ça ? Pourquoi tu m'as rien dit ? Tu me croyais pas digne de confiance, c'est ça ? » Un soupir, je détourne le regard, tente de détourner le regard, effleure ses yeux, sa nuque, ma veste, descends plus bas. « T'es vraiment qu'un putain de con... et r'garde-moi dans les yeux quand j'te parle, mes jambes tu les connais ! » « Roh putain, ta gueule ! » Elle me connaît, tout comme je connais ses putain de jambes. Elle sait que… elle ne sait pas qu’actuellement, la reluquer c’est beaucoup plus simple pour moi que d’assumer le regard qu’elle porte, elle, sur moi. C’est bas, c’est malsain, c’est ridicule, mais c’est comme ça : je suis peut-être un putain de con, mais c’est pas pour autant que je regrette une seule seconde de lui avoir caché ça. La seule chose que je regrette, en fait, c’est de lui avoir dit. « Tu piges pas, hin ? J'suis terrorisée, Andreï. J'ai fait la maline devant Georg parce que TU m'en as donné la force. Et là, la confiance que j'avais r'trouvé en toi, je la vois s'envoler parce que tu m'as caché ça. Putain... et puis t'es quoi, d'ailleurs ? Un genre de zombie sans l'option décomposition avancée ? » « T’es terrorisée ? Et tu crois que vraiment que j’en ai quelque chose à foutre, Anya ? » Parce que si oui, elle va être déçue. « Tu crois quoi, que je suis putain de rassuré, que je me suis pas pissé dessus en le voyant tout à l’heure ? On est dans le même putain de bateau, Nya ! » C’est faux. Nous sommes dans deux bateaux séparés. Sauf que le mien est en train de couler, alors que le sien est totalement sabordé par Georg. Même galère, même finalité, mais pas exactement les mêmes problèmes, je le sais. Si Georg me retrouve, c’en est fini de moi. Mais me retrouver, c’est aussi faire en sorte qu’Anya devient totalement inutile. Et après ce soir…

« PUTAIN ! » J’envoie mon pied heurter un mur, je sors de la ruelle sans tarder avec la ferme intention de me casser. Une ferme intention bien fragile, je me tourne face à Anya en étendant les bras. Vulnérable. « Qu’est ce que tu voulais que j’te dise, Anya ? Je sais pas c’que je suis, mais je sais très clairement c’que je suis plus. Tu vois pas le concept ? Je ne suis plus un rat ! JE NE SUIS PLUS COMME TOI ! Je suis un outil totalement brisé. ET TU SAIS CE QU’IL FAIT DES OBJETS BRISES ? » Georg les jette, ou tente de les réparer sans se soucier de la torture qu’il devra utiliser pour ça. « Ouais, j’te l’ai caché, et alors ? Qu’est-ce que ça peut bien t’foutre ? Qu’est-ce que je pouvais savoir de ta réaction ? Tant qu’j’suis offline, t’es le putain de chouchou de Georg. Mais s’il apprend que je suis totalement hors-jeu, tu vas carrément devenir son jouet principal, Anya. Et tu as voulu me saborder pendant suffisamment d’années pour que j’me méfie, bordel ! » Et ça… ça veut dire quelque chose qui ne va clairement pas lui plaire. « J’ai aucune confiance en toi. » Mais je n’ai confiance en personne en même temps. « J’ai pas confiance en toi, Anastasia. On a été dressé pour toujours faire passer nos propres intérêts et ceux de Georg en premier, merde ! Et ton intérêt, c’était peut-être qu’il ne me trouve pas. Mais maintenant, ça va clairement être qu’il me trouve et qu’il me fasse payer cette putain de morsure ! »

Un pas en avant, j’envisage de baisser d’un ton, sans pouvoir m’y résoudre. « T’es terrifiée ? ET ALORS ANYA ?! TU CROIS QUE JE SUIS COMMENT ? Presque toute ma vie, j’ai été un rat. J’ai eu le soutien du rat. Presque toute ma vie, le rat a été la seule créature en laquelle je pouvais avoir confiance, et il est plus là. Je deviens fou, j’ai HONTE putain, j’ai HONTE ANYA ! Je suis le môme d’une pourriture, et je suis cette pourriture maintenant. Je suis encore plus un monstre que tu ne l’es. » Mes bras s’agitent en rythme, dans cette violence qui me caractérise. « Alors tes insultes, ta rancœur et tes reproches, tu peux me les cracher autant que tu voudras, mais ça ne changera rien au fait que la seule chose que je regrette, là, c’est d’avoir été obligé de te dire ça et de perdre la seule illusion qu’il me restait ! » C’est faux : il y a encore une personne qui me pense métamorphe.

Georg.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Mer 1 Nov - 12:25

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

Rien n'est jamais simple avec Andreï. Ça a toujours été comme ça, aussi loin que je me souvienne ! Du jour de notre rencontre à aujourd'hui, cet aimant à emmerdes vient toujours compliquer les choses quand pourtant tout devrait être simple. Il aurait pu venir me sauver, me sortir du hangar de Georg, y foutre le feu et se changer en rat pour qu'on disparaisse tous les deux au milieu de la nuit mais non ! Bien sûr que non ! Pour ça, il faudrait que ce grand ahuri puisse se changer en rat et ça... visiblement, ce n'est plus d'actualité. J'ai envie de le gifler, de le secouer, de lui mordre son adorable petit cul rebondit pour lui apprendre la vie, de lui hurler ma peur, ma colère, ma rancœur... au fond, ce n'est pas le fait qu'il ait changé qui me met dans cet état. C'est plutôt le fait qu'il ne m'ait rien dit. Et pour ça, je lui en veut autant que je m'en veux. Si je n'avais pas mis autant de distance entre nous par jalousie à une époque, peut-être m'aurait-il tout raconté ? Une petite voix cynique dans un coin de ma tête m'affirme pourtant le contraire. Y a des choses dont Andreï sait se vanter à tout va, d'autres dont il a tellement honte qu'il préfère tenter de les enterrer dans l'espoir qu'aucun chien n'ira jamais flairer sa piste pour fourrer son nez au milieu des cadavres qu'il voudrait oublier. Andreï est un sale con, un abruti, un foutu salaud mais ce n'est pas un monstre. Du moins pas plus que moi. Je m'en fous qu'il soit devenu une bête en décomposition, le monstre de Frankenstein ou la petite souris. Ça me fait profondément chier qu'il ne soit plus un rat parce que ça signifie qu'il n'est plus comme moi mais... c'est toujours Andreï. Le même caractère, le même regard intéressé qui glisse vers mes jambes, le même sourire de gamin innocent... le rat en moins. Faut pas croire, ça m'ôte quand même un poids des épaules. Si Andreï n'est plus un rat, Georg ne pourra pas de nouveau l'utiliser comme avant, me délaisser comme avant, me rabaisser comme avant. L'ahurie soucieuse de voir ce substitut de père raté et malsain la regarder avec fierté en est plus que satisfaite. Pour le reste, en revanche... je hurle, je vocifère, j'agite les bras, fais les cent pas en ignorant les pavés froids et humides sous mes pieds. Et puis je me tais, consciente qu'il boue de son côté et n'attend qu'un moment de répit pour renchérir.

Pendant un instant, je le vois s'éloigner et suis persuadée qu'il va me laisser là sans me donner plus d'explication ni autant chose que sa veste à me mettre sur le dos. Je ne sais pas trop si je suis soulagée ou agacée de le voir revenir, mais les explications fusent, saccadées, vociférées, jetées comme ça au milieu de la rue, balancées comme si elles n'avaient pas la moindre importance et pourtant je les encaisse et les mémorise une à une. Andreï n'est plus un rat, Andreï est autre chose. Mais Andreï reste la seule personne au moins que je sois capable d'aimer et de haïr à ce point. Je ne sais pas trop si c'est un privilège ou une malédiction, mais ce qui est certain, c'est qu'il m'obsède toujours autant, ce con. Ce que je compte faire, là maintenant ? Je n'en sais rien. Ni l'instinct ni la raison n'arrivent à me persuader que soutenir Andreï ou le vendre à Georg serait la meilleure chose à faire. Même la fuite ne s'impose pas comme une solution viable. Pire, je ne suis même pas vexée quand il m'assène qu'il ne me fait pas confiance. Je ne me ferais pas confiance si j'étais à sa place, de toute manière. Pour autant, ma colère ne décroît pas, bien au contraire. J'en veux à Andreï pour ne m'avoir rien dit, à Georg pour avoir fait de nous des monstres de foire terrifiés par la vie, au monde entier de se liguer contre ceux qui traînent déjà trop de merdes derrière eux. Et je m'en veux de n'avoir rien vu plus tôt.

Quand enfin Andreï se tait, je le regarde un long moment, silencieuse. Il va me falloir du temps pour assimiler tout ça, pour me dire qu'une fois de plus, je me retrouve seule à bord d'un vieux rafiot prêt à couler, mais surtout pour admettre que si de nous deux je suis maintenant la seule métamorphe, moi au moins je sais ce que je suis. Andreï l'ignore et je n'ose imaginer l'effet que cela pourrait me faire d'ignorer encore plus qui je suis. Je finis par soupirer, me passe une main dans les cheveux et me force à garder mon calme, si bien que ma voix en tremble légèrement.

« Tu t'trompes. T'es pas un objet brisé. Pour la simple et bonne raison qu't'es pas un objet, Andreï. T'es peut-être un sale con, un meurtrier, un putain de mec infidèle mais bordel ! T'es ni une chaise, ni un vieux tas d'merde, ok ? C'est Georg qui nous pousse à nous sentir comme des moins que rien, Georg qui s'croit tout permis, Georg qui a fait de nous des animaux tout juste bons à obéir. Et tu crois sincèrement qu'il me considère comme un joujou en bon état de marche ? Allons... depuis le début, il me voit comme une création ratée parce que je n'ai jamais été la métamorphe qu'il voulait. Tu verras... C'est triste mais on s'y fait bien. »

Si je me veux encourageante, je suis aussi cynique. J'ai toujours envié Andreï et sa discrétion, Andreï et son côté passe-partout, j'ai détesté le coyote d'être si imposant, indiscret et maladroit... en réalité, c'est à cause de l'image que Georg me donnait de moi que je détestais à ce point le coyote. Et puis j'ai passé quarante putain d'années dans la peau d'un sac à puces et j'ai compris. Le coyote c'est moi et je suis le coyote. Je n'ai rien d'un rat, tout d'un coyote, un peu de la vipère mais certainement pas de ce genre de petit animal. Je n'ai commencé à apprivoiser le coyote qu'une fois loin d'Andreï et Georg.

« J'te d'mande pas d'avoir confiance en moi. J'te fais pas confiance, je fais pas confiance à Georg, mais y a deux trois choses que je sais. Actuellement, je ne suis qu'un appât pour Georg, le genre de sucrerie qu'il a foutu sous ton nez dans l'espoir que tu reviendrais la queue entre les pattes. Putain... t'as pas idée d'à quel point j'ai envie d'aller te balancer juste pour te faire payer ton mensonge, mais je sais très bien que je n'aurai pas droit à une grattouilles entre les oreilles comme un brave toutou qui ramène la balle. Il va s'venger sur moi. Si y a plus rien à faire pour refaire de toi un rat, il va me faire payer cet échec autant qu'à toi... Je ne serai jamais sa favorite, fourre-toi ça dans l'crâne ! Tu piges pas ? On est dans le même bateau ! J'avais mille fois plus d'intérêt à te balancer quand j'te croyais encore métamorphe ! Maintenant... ça a autant d'intérêt que d'essayer de vider la cervelle d'un zombie avec une petite cuillère. »

C'est un peu défaitiste, ce que je dis là, mais c'est aussi réaliste. Ça m'emmerde foutrement que ce con ne soit plus un métamorphe, car je n'ai plus la moindre monnaie d'échange avec Georg au cas où il me viendrait l'idée de lui vendre Andreï. Si je fais ça, je lui tends tout simplement le bâton pour me faire battre.

« T'as vraiment pas l'air de piger que maintenant, j'ai vraiment plus aucun intérêt à t'vendre. Tu m'fais p'tet pas confiance, mais fais confiance à mon instinct de survie parce que j'tiens quand même un peu à ma peau. La voilà, ma réactions, Andreï. Tu peux avoir honte de ne plus être un rat, tu peux avoir honte d'avoir perdu le contrôle sur ce que tu étais, mais j't'interdis d'avoir honte face à moi, c'est clair ? Être un rat, une tortue ou une putain de coccinelle ça t'changera pas, tu piges ? Regarde-moi ! Être un coyote ne fait pas de moi quelqu'un de meilleur ou de pire, j'suis toujours une garce égocentrique et paumée ! Et une dernière chose... »

La colère revient, doucement, insidieusement et pourtant, quand je m'approche, c'est avec une démarche féline et presque sensuelle. Une fois face à Andreï, je lève les yeux et, sans crier gare, lui assène une violente gifle.

« Ne te compare plus jamais à cette pourriture de violeur de femmes qu'est ton père, c'est clair ? Lui il t'a pas élevé, il a pas aimé ta mère, il a rien fait pour toi. Toi t'es p'tet un con qui s'y prend comme un manche, mais Lara tu l'as aimé et t'as tout fait pour les mettre en sécurité, elle et Roman. Rien que ça, ça fait de toi un type cent fois meilleur que ton père. Et t'es l'seul homme qui m'ait jamais prise de force. »

C'est l'aveu que je lui consens en baissant les yeux, bien qu'il ne soit pas totalement vrai. Bien que l'alcool nous ait aidé, Joseph ne m'a forcée à rien, quelques semaines auparavant. Avec Andreï, on a pas eu besoin de ça. Jamais. C'est le seul à n'avoir jamais voulu m'imposer sa domination d'homme ni à me forcer à faire quoi que ce soit. Le seul à avoir fait de nous des égaux, et je pense que c'est pour ça que malgré tous ses défauts et mon envie de le frapper, mon cœur persiste à l'aimer. Et ça, j'ai pas besoin de le lui répéter pour qu'il le sache. Mes yeux rivés dans les siens, je n'ai qu'une envie : l'embrasser et l'empêcher de dire quoi que ce soit d'autre. Je sais aussi qu'il risque de me renvoyer ma gifle ou de s'éloigner à nouveau, comme il sait si bien le faire. Je n'ai pas envie qu'il s'éloigne, pas envie qu'il mette plus de distance entre nous alors qu'une fois de plus, nous nous retrouvons tous les deux dans ce putain de bateau qui coule, seul et perdu au milieu de l'océan.

« On va s'mettre d'accord sur un truc, ok ? Actuellement, notre ennemi c'est Georg et point barre. Alors on arrête de s'mentir et on lutte ensemble, ok ? Libre à toi d'me mentir sur le reste, je sais très bien que tu ne t'en priveras pas. »

Je reste lucide, tout de même. Baisse les yeux vers son bras dénudé de sa veste, je tends la main vers la sienne. Curieuse et révulsée à la fois, j'effleure cette cicatrice blanchâtre qui marque sa peau.

« Ça fait mal ? »

Qu'est-ce qui fait mal, Anya ? De se faire mordre ? De changer ? De... mourir ? Je n'ose pas formuler la question entièrement. Je suis curieuse tout en refusant de connaître les réponses à mes questions. Je ne veux simplement pas qu'Andreï mette encore plus de distance entre lui et moi et me laisse à nouveau seule. Pas ici, pas dans cette ruelle humide où, vêtue d'une simple veste, je suis transis de froid et n'espère plus qu'une chose : qu'il m'emmène jusqu'à son putain de pont où, je l'espère, il aura de quoi faire du feu.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Allegiance will blind us if we do not fall   Lun 6 Nov - 1:01

Allegiance will blind us if we do not fall

Anastasia & Andreï

Rien n'est jamais simple avec Anastasia. Rien n’a jamais été simple avec Anastasia. Rien n’a jamais été simple avec moi non plus. J’ai de vagues souvenirs de notre première rencontre, j’ai des souvenirs plus que vifs de notre première fois. De notre première mission. De notre complicité. Elle a été brutalement ce que j’avais de plus proche dans ma vie. Je m’endormais à côté d’elle, je me réveillais à côté d’elle, je transpirais avec elle, je me blessais avec elle. Je me bourrais la gueule avec elle, je courrais avec elle. Je vivais avec elle. Elle a débarqué dans ma vie sans crier gare, on me l’a imposée, elle s’est imposée, je me suis imposé dans sa vie. Et soudain, du jour au lendemain, quand j’ai choisi de m’engager avec Lara, cette fille qui m’apprenait à agir comme un être humain normal, comme un russe et non un agent, comme un père, parce que Lara était déjà enceinte à ce moment-là... Et soudain, je l’ai perdue. Elle est devenue une étrangère.

Rien n’est jamais simple avec Anya. Mais s’il y a quelque chose qui n’est jamais simple non plus, ce sont ces conneries qu’on appelle pensées qui me torturent, dans mon crâne. Ce sont ces conneries qu’on appelle émotions qui me paralysent. Me liquéfient. Me tétanisent. Dans mon cœur. C’est cette colère qui m’embrase, qui me consume de l’intérieur, qui me détruit et me pousse à détruire tout ce qui m’entoure. Dans mes veines. Rien n’est jamais simple avec Anya, rien n’est jamais simple avec moi non plus. Rien n’est jamais simple dans ce que je ressens – trop fort – dans ce que je pense – trop erratique. Dans cette rage qui ne veut que s’extérioriser en réponse à ses questions, à ses accusations, à cette douleur qui empoisonne mon sang et mes respirations, cette culpabilité et cette honte qui me brûlent la trachée. Elle est terrifiée ? Et bien grand bien lui fasse, parce que moi, je suis bien plus que ça. Je suis paniqué. La plupart du temps, je n’y pense pas, je n’y pense plus, je m’efforce de ne pas y penser. Mais là… Ma voix hurle. Ma voix crie. Ma voix crache ce qu’elle a dire. Qu’est-ce qu’Anya veut entendre au final ? Parce que la vérité, c’est que je suis un monstre. Plus encore qu’elle. La vérité, c’est que je ne sais pas ce que je suis, mais je sais ce que je ne suis plus. Je ne suis plus un rat, je ne suis plus un métamorphe, je ne suis plus utile pour l’URSS, je ne suis plus la créature docile de Georg, je ne suis plus l’outil affuté pendant plus de vingt ans pour tuer, torturer, charmer et briser des cibles. Je ne suis plus qu’un déchet, qui peine à trouver sa place dans un monde, dans un univers, dans une apocalypse qui ne veut pas de lui. Roman ne veut pas de moi. Mon propre fils ne veut pas de moi. Je suis ce qui se fait de pire dans le coin, si on oublie Georg. Et Anya me reproche d’avoir fermé ma putain de gueule ? Comment est-ce qu’elle peut ne serait-ce qu’oser me reprocher quoique ce soit ? Je ne lui dois rien, je ne lui dois aucune honnêteté, aucune sincérité. Elle a été, elle est, elle reste, ce que j’ai eu de plus proche, elle a été, de la même manière que Lara, mais différemment, le centre de ma vie et de mon équilibre. Mais je ne lui dois rien quand même. Je refuse de lui devoir quoique ce soit. Ça me coûterait bien trop à l’avenir. Ça me coûte déjà bien trop. Il suffirait, après tout, qu’elle aille voir Georg et qu’elle lui balance tout pour que… pour que… ma voix hurle, ma voix crie, ma voix s’éteint, sans force. Mais pas sans colère, ça non. Mes yeux sont plus expressifs que jamais, quand je me tais. Brutalement immobile. Je ne suis plus un rat, je ne suis plus qu’un objet brisé, en pièce, je suis un outil émoussé, je suis un flingue déchargé. Enraillé. Et je fais face au silence d’Anya. Aux reproches d’Anya. A son regard chargé de mépris, chargé de déception, chargé de tout ce que j’y lis, que ce soit réellement là ou non. Je suis incapable de ne pas voir dans son regard la colère et la haine qui la consume. Elle doit me haïr, elle doit me considérer avec hauteur, avec arrogance. Je ne vaux plus rien aux yeux de Georg, on le sait tous les deux. Et si je ne vaux plus rien, par conséquent… Elle a une valeur inestimable.

Son soupir me gifle, m’irrite, se fait papier de verre contre ma peau. Vas-y Anya. Dis-le. Dis-le-moi, que je ne suis qu’un menteur inutile, que je t’ai mise en danger pour rien. Que tu t’es mise en danger pour rien. Que je ne suis plus que l’ombre d’un monstre. Ose me dire, putain, ose me dire que je trompe. Je ne te croirais pas. Soupire donc, Anya, tais-toi donc, Anya, on sait l’un comme l’autre que j’ai raison. Que j’ai parfaitement raison. On le sait, alors… « Tu t'trompes. » « Pardon ? » J’ai le ricanement d’un désespéré. « T'es pas un objet brisé. Pour la simple et bonne raison qu't'es pas un objet, Andreï. T'es peut-être un sale con, un meurtrier, un putain de mec infidèle mais bordel ! T'es ni une chaise, ni un vieux tas d'merde, ok ? » Je fais un pas en arrière, alors qu’elle monte en puissance. Je ne suis pas un objet ? J’aimerais la croire. Mais le fait est que… Je secoue la tête alors qu’elle tente de me faire croire que Gerog ne changera pas le regard qu’il lui porte. Je refuse de croire ça. Je secoue la tête. « Raconte pas d’connerie. Tu es toujours sa créature, toi, au moins. » Toujours sa chose, toujours son outil, même s’il n’a jamais su correctement s’en servir à mes yeux. Envoyer Anya tapiner, ça, ça lui semblait évident. Exploiter ses talents de contorsionniste et la peau du coyote, en revanche… Anya n’est pas une création ratée, c’est une création mal utilisée. Et une part de moi s’en veut de penser d’elle en ces termes, sans pouvoir s’en empêcher pour autant. C’est Georg qui nous pousse à nous sentir comme des outils, ouais. Mais… Mais. Mais il y a toujours des mais avec moi, des mais fait pour s’opposer, des mais issus d’un esprit de contradiction qui m’a toujours foutu dans la merde. Mais. « J'te d'mande pas d'avoir confiance en moi. J'te fais pas confiance, je fais pas confiance à Georg, mais y a deux trois choses que je sais. Actuellement, je ne suis qu'un appât pour Georg, le genre de sucrerie qu'il a foutu sous ton nez dans l'espoir que tu reviendrais la queue entre les pattes. Putain... t'as pas idée d'à quel point j'ai envie d'aller te balancer juste pour te faire payer ton mensonge, mais je sais très bien que je n'aurai pas droit à une grattouille entre les oreilles comme un brave toutou qui ramène la balle. Plus ou moins inconsciemment, je me mets en garde. Oh si, j’ai idée d’à quel point elle peut avoir envie de me balancer. Le rat, le fantôme du rat, mon esprit brisé par la torture psychologique imposée pendant des années par Georg le sait bien. Parce que moi aussi, j’en suis venu à me dire que si je la balance, si je me pointe maintenant chez Georg, peut-être, peut-être qu’il me pardonnera cette morsure qui lacère mon bras. Une chance infime, un espoir psychotique, mais une vague pensée qui refuse de s’en aller. Le rat veut des gratouilles, le rat veut des sucreries, le rat n’est plus qu’un énième squelette dans le placard. Alors ouais, j’ai une vague idée de ce qu’Anya peut avoir en tête. Alors ouais, je me mets en garde, totalement prêt à me battre si elle fait l’erreur de penser pouvoir avoir le dessus sur moi. Alors ouais… « Il va s'venger sur moi. Si y a plus rien à faire pour refaire de toi un rat, il va me faire payer cet échec autant qu'à toi... Je ne serai jamais sa favorite, fourre-toi ça dans l'crâne ! Tu piges pas ? On est dans le même bateau ! J'avais mille fois plus d'intérêt à te balancer quand j'te croyais encore métamorphe ! Maintenant... ça a autant d'intérêt que d'essayer de vider la cervelle d'un zombie avec une petite cuillère. » Je secoue la tête, encore. Crache sur le côté pour marquer davantage encore mon désaccord. « T’as tort, putain, Anya. » Pour sûr, qu’elle a tort. Elle ne voit pas l’opportunité qu’elle a ? Ouais, il va se venger sur elle, et alors ? Aux dernières nouvelles, il n’a pas d’autres métamorphes. Aux dernières nouvelles, j’étais son préféré non pas parce que j’étais le meilleur de nous deux, bon sang, bordel, je me traîne un sacré kilo de défauts, mais parce que j’avais la forme la plus pratique. Et qu’il avait réussi à me mâter. Aux dernières nouvelles, si je suis hors course, Anya devient d’office sa nouvelle favorite. La seule et l’unique. Elle ne voit pas ça, bon sang ?

Elle ne comprend pas ça ? « T'as vraiment pas l'air de piger que maintenant, j'ai vraiment plus aucun intérêt à t'vendre. Tu m'fais p'tet pas confiance, mais fais confiance à mon instinct de survie parce que j'tiens quand même un peu à ma peau. La voilà, ma réaction, Andreï. » « Une belle connerie, si tu veux mon avis » Mais dans un sens, ça m’arrange. Ça ne me soulage pas – ça non. Ça n’atténue pas une seule seconde cette honte qui me consume avec autant de force que ma colère, ça non. En revanche… ça m’arrange. « Tu peux avoir honte de ne plus être un rat, tu peux avoir honte d'avoir perdu le contrôle sur ce que tu étais, mais j't'interdis d'avoir honte face à moi, c'est clair ? Être un rat, une tortue ou une putain de coccinelle ça t'changera pas, tu piges ? Regarde-moi ! Être un coyote ne fait pas de moi quelqu'un de meilleur ou de pire, j'suis toujours une garce égocentrique et paumée ! » La regarder ? Bien sûr que je la regarde. Je la regarde avec colère, avec cette rage qui me tourmente, avec cette envie de hurler, de l’attraper par les cheveux et de l’envoyer valdinguer contre un mur, juste pour me défouler, juste parce que je sais qu’elle guérira derrière plus vite que tout être humain. Plus vite que moi, d’ailleurs. Alors ouais, je la regarde. Et je la vois s’approcher quand elle reprend. « Et une dernière chose... » Je la vois s’approcher, avec une grâce hypnotique. Ce n’est pas un coyote que je vois, là, c’est un putain de chat. C’est une panthère, ce sont ses deux jambes bien trop dénudées, c’est Anastasia dans toute sa splendeur qui s’avance et s’approche, qui fait disparaître la distance de sécurité qui nous séparait. Je reste immobile, incapable d’esquisser le moindre mouvement de recul. Sensuelle, fascinante. Belle à crever. Dangereuse à crever, aussi. Imprévisible, surtout. Je ne vois pas venir sa baffe, je n’y réagis même pas. Je l’encaisse. Tout simplement.

Je l’encaisse. « Ne te compare plus jamais à cette pourriture de violeur de femmes qu'est ton père, c'est clair ? Lui il t'a pas élevé, il a pas aimé ta mère, il a rien fait pour toi. Toi t'es p'tet un con qui s'y prend comme un manche, mais Lara tu l'as aimé et t'as tout fait pour les mettre en sécurité, elle et Roman. Rien que ça, ça fait de toi un type cent fois meilleur que ton père. Et t'es l'seul homme qui m'ait jamais prise de force. » J’encaisse la gifle, pas ses mots. Pas ses propos. « T’en sais rien. » Elle n’en sait rien. Parce que comme moi, elle connait pas mon père. Elle n’en sait que ce que j’ai pu lui dire. Je n’en sais que ce que mon village natal a pu m’en dire, me fait comprendre, me faire subir. J’ai la gorge serrée. La colère étouffée. « Roman me hait. Lara est morte. C’est toi qui les as sauvés, pas moi, aux dernières nouvelles. Et mon père n’a jamais su que j’existais. » Elle se trompe : si j’ai cru pouvoir échapper à l’omniprésence de Georg, je n’ai jamais pu vraiment les protéger, Roman et Lara. La preuve, j’ai cru les avoir tués. Georg m’a retrouvé sans vraiment avoir besoin de me chercher. Ces quelques années volées en Sibérie, elles m’ont été octroyées par le KGB. Je suis resté leur outil, juste un outil en vacances. Alors… Quant à sa dernière phrase. Peut-être que ouais, ça fait de moi un homme à peine meilleur que mon père. Mais j’imagine que les meurtres que j’ai pu faire par la suite pour du fric ne m’ont pas permis de garder quoique ce soit de meilleur. Lara, j’l’ai aimée. Comme un taré, comme un demeuré. Seraphina aussi. Les deux sont mortes, disparues. Et même sans ça… je me sens pourri de l’intérieur. Vide. Complètement vide. Rempli d’émotions intenses, vide de toute moralité, de toute honnêteté, de toute humanité. Mes émotions sont débridées. Mes sentiments, eux, sont morts. Se sont nécrosés, rachitiques. Erratiques. Chaotiques.

J’encaisse sa gifle, j’encaisse rien d’autre. J’encaisse plus rien. Terreur. Colère. Honte. Culpabilité. Fatigue. Désespoir. J’ai les yeux rivés dans les siens, sans savoir quoi faire, sans savoir quoi dire. Je me raccroche juste à ses yeux, là. Ne te compare plus jamais à cette pourriture qu’est ton père. Trop tard. J’encaisse sa gifle, j’encaisse rien d’autre. Nous sommes dans un moment hors du temps. Une parenthèse figée, dans laquelle les secondes ne s’écoulent plus. Dans laquelle mon cœur ne bat même plus, dans laquelle, je ne respire plus. Dans laquelle je n’ai rien à dire. « On va s'mettre d'accord sur un truc, ok ? Actuellement, notre ennemi c'est Georg et point barre. Alors on arrête de s'mentir et on lutte ensemble, ok ? Libre à toi d'me mentir sur le reste, je sais très bien que tu ne t'en priveras pas. » J’hausse les épaules, j’articule d’une voix atone, je répète plus précisément, comme une excuse. « J’ai pas confiance en toi. » J’ai confiance en personne. Je ne peux avoir confiance en personne, personne ne peut avoir confiance en moi. Lutter ensemble, c’est tout ce que je demande. C’est tout ce que je lui ai demandé, d’ailleurs. C’est tout ce que j’ai toujours voulu. Alors pourquoi est-ce que je suis actuellement incapable d’articuler un vulgaire d’accord ?

Ses doigts effleurent ma peau, changent de sujet, me forcer à quitter son visage pour les suivre, me guider vers ma veste, qu’elle porte, vers elle. Vers la cicatrice que j’ai dévoilée, qui reste dévoilée, comme une aberration. Elle l’effleure. Et moi, je frissonne. « Ça fait mal ? » J’ouvre ma gueule. Et je la referme. Lentement, je dégage mon bras, je me saisis des siens. « Je sais plus. Ouais, je crois. Je crois que ça a fait un mal de chien. J’ai… » J’ai oublié. J’ai voulu oublier. Ca fait genre trois ans maintenant. Et la douleur revient. Le souvenir de la douleur revient. Est-ce que ça fait mal ? Maintenant non. Est-ce que ça a fait mal sur l’instant ? « Un mal de chien. Une blessure qui ne se soignait pas, qui refusait de se soigner. Pire que Georg, je crois. Ça a démoli le rat. Comme si on m’enfonçait des bouts de fer chauffés à blanc dans le bras, puis dans tout le corps. Quand je me suis réveillé,… quand je me suis réveillé, Roman était là. Et j’ai occulté ça de ma mémoire le plus vite possible. » Je l’ai si bien occulté que je n’en avais reparlé à personne depuis. Strictement personne. Absolument personne. Je sers mes bras contre ma poitrine pour faire disparaître la marque de notre champ de vision. Sans succès. « On n’en reparlera pas, d’ailleurs. » Mon ton est sans appel, je me détourne et m’éloigne en direction de mon pont. Je fuis, totalement. Je fuis une discussion dont je ne veux pas, je suis, aussi, son regard. Encore une fois. Je lance un regard dans sa direction. « Tu suis ? »

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Mon pont. Une vulgaire alcôve où personne ne va se risquer, parce que pour l’atteindre, faut pas avoir un chouais d’hésitation. Ca passe par des endroits crades, ça schlingue, ça fouette, c’est galère d’y foutre les pieds et pour le confort, on y repassera. Mais au moins, j’y suis tranquille, au moins, on y sera tranquille. Et depuis la visite de Mikkel, j’ai fait un effort pour que ça ait l’air un peu moins crade. Une couverture a trouvé sa place, des cartons ont pour vocation de l’isoler du sol, et de l’isoler de l’humidité. Un peu des rats, aussi. Une autre couverture – de survie celle-là – recouvre des fringues, j’extirpe un fute, un tee-shirt que je secoue pour en vérifier la propreté et l’intégrité, avant de les balancer en direction d’Anastasia. « Epargne moi tes remarques sur l’endroit, je m’y sens chez moi, compris ? » Je préfère devance des critiques, je sais que je risque de devenir violent sinon. Dans tous les cas, je ne m’assois pas, je m’adosse au mur courbé du pont, croise les bras sur ma poitrine. Encore. Et je repense à tout ce qu’elle a pu me dire. « Tu n’as pas idée d’à quel point je me sens vide, Anya. Ce n’est pas que de la honte, mais… Quand Georg a… Tu sais que le KGB m’a recueilli. Toi t’as demandé à être transformée. Moi, c’était la transformation ou la mort. Georg m’a… le rat… Tu as tort quand tu dis que je suis pas une chose. Georg a fait de moi quelque chose alors que j’étais rien. » Je n’étais pas rien. J’étais le mari de Lara. Mais… j’étais vide. Instable. Un assassin inachevé. « Je ne suis rien d’autre qu’un assassin, je suis rien d’autre qu’un meurtrier. Et ça m’allait, merde. Je croyais que ça m’allait. Je sais faire que ça. Plus ça va, plus je me rends compte que j’étais pas fait pour être père, j’étais pas fait pour avoir Lara. Si les rôles étaient inversés, je te vendrais. Je te donnerais à Georg. Pour avoir un but. Pour avoir une… une raison d’être. Tu t’trompes, j’suis un outil, Anya, et j’suis un outil sans maître. Sans propriétaire. Quelque part, dans mon crâne, j’suis encore un rat. J’ai encore les réflexes du rat, c’est ancré en moi. Je sais pas toi, mais je ne cesse de penser à… à juste me pointer devant lui. Je suis terrifié, mais je crève de courir la queue entre les jambes réclamer son pardon. Sauf que je peux pas, j’ai pas le choix. J’peux faire illusion. C’est tout ce que je peux faire. » J’ai les yeux rivés dans les siens. Sans savoir où mes propos me mènent, mais en ayant la conviction que ouais, j’fais exactement ce qu’elle m’a réclamé tout à l’heure : je lui dis juste la vérité. « Toi, il aura toujours besoin d’toi. Moi, s’il me trouve… il se rendra compte qu’il aura plus besoin de moi. » Je le hais, Georg. Je le hais tellement fort. Mais quand ton univers a tourné pendant plus de dix ans autour d’un même mec, tu ne peux pas t’empêcher de revenir à lui. Même quand t’es libre. A partir du moment où il est dans ton crâne. « Je t’envie, Anya. T’as sauvé Roman, t’as sauvé Lara, t’as tenu tête à Georg. Et t’es encore une métamorphe, t’as encore le coyote pour te réfugier. Pour t’enfuir, pour cesser d’être humain et goûter à l’animalité. » Ca me manque, de mettre en sommeil mon humanité. Ca me manque, de ne plus pouvoir me retrancher dans les préoccupations simplistes de l’animal. Ça me manque, et dans la colère qui me consume, dans la rage qui me détruit, dans le désespoir qui me menace, il y a cette jalousie croissante.

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