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 La Dame de Pique et l'As de Trèfle

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SUCKER FOR PAIN

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MessageSujet: La Dame de Pique et l'As de Trèfle    Mar 29 Aoû - 17:52

La Dame de Pique





Entre les doigts pales de l’enfant prodige, les cartes défilaient, les unes après les autres, si blanches et si colorées. Rouges et Noires. Son âme arlequine, aux teintes mortelles d’un jeu terriblement ennuyant, se prête au masque de l’élégance aristocratique et des jeux sans adrénaline. Elle rêve. Et même la Dame de Pique ne peut retenir une petite moue moqueuse. Elle rêve, et sur les lèvres du Roi de Cœur se meurt un soupir.

C’était un homme des plus intelligents. Grand et fin, longiligne même, il avançait le jour sous un chapeau élégant. Il portait une chemise fine, sous une écharpe de soie. Un homme de goût, sans l’oisiveté des petits princes, avec la légèreté de ceux  à qui tout passent si loin de leur âme, que rien ne les touche. Un intouchable, un collectionneur. Un de ces hommes qui paient, qui achètent ou qui gagnent les dernières œuvres d’art du marché noir. Un amateur de beaux objets aux poches pleines et au cœur étrangement nostalgique. Comme si rien jamais ne pouvait l’émouvoir. Comme si rien, toujours, ne réveilleraient les passions mortes. Et pas même les toiles de l’ancienne Madone n’éveillaient une lumière dans le fond de ses yeux sombres.

Et pourtant, il avait posé ses yeux sur Kriss, l’enfant volage, virevoltante de jeunesse et si provocante. Il avait porté sa main à ses lèvres, pour embrasser sa peau. Sa chevalière à son doigt, ses bagues fines, comme une armée de griffes pour enfermer le poignet fin de l’enfant sans destin. Et puis ses lèvres si douces, si soignées, comme une offrande d’amour pour éloigner le mauvais temps. La pluie, et, aussi, les orages si plein de fureurs. Ils avaient échangé quelques mots courtois, qui avaient désarçonné la créature sans éducation. Il avait murmuré quelques douceurs. Et la jeune femme l’avait laissé l’habiller d’une belle robe de dame. Kriss se laissait bercer par sa voix, toujours si douce et si autoritaire à la fois, la voix de velours d’un homme racé. Oh que l’ennui est triste, quand les créatures de la nuit ne se repaissent plus que de promesses à venir et s’endorment, dans le jour, pour se réveiller en princesses d’autrui. Oh que l’ennui est triste quand la chasseresse cesse de chasser, quand la faim n’est plus si cruelle et qu’elle cherche désespérément un moyen d’éveiller l’émoi en son cœur.

Dans les yeux lavasses de Kriss, si plein d’ennuis, de pupilles éteintes et de désirs vains,  les ombres grises dévorent les lumières de sa renaissance. Le phœnix se demande, à  quoi bon le jour, à quoi bon la vie. Tuer encore et encore ne lui apporte plus cette impulsion brutale et puissante d’adrénaline. Et puis les souvenirs, les souvenirs de tous et d’aucuns, comme les hommes s’ennuient, comme les femmes se délaissent, comme les amours sont mornes et les nuits si semblables les unes aux autres.  Tous dévorés par l’ennui, dévorés par ce profond désespoir tapis, ce sentiment terrible que les heures se ressemblent. Bien sur leur mal a un nom, cette maladie qui les ronge ils l’appellent le quotidien, la routine. Le diagnostic est sévère et pourtant la maladie échoue sur leurs lèvres comme un avènement. Comme si le mal était un bien. Ils disent. Un monde, se faire un monde, s’inventer une routine, se construire un succès. Kriss n’a pas de monde. Elle n’a que le désordre imaginaire de lignes cruelles, l’enroulement de labyrinthes qui la laissent éteinte et vaincue.

Alors, elle étudie les hommes, les femmes. Il semble que l’amour est le sentiment qui fait battre leur cœur. Il semble que l’amour est ce qu’ils recherchent, partout, tout le temps. Que s’ils s’amusent et dansent comme des putains, ce n’est pas tant pour dénouer l’énergie violente que retiennent les os fins de leur cage thoraciques mais le besoin d’être vu et d’être aimé. Que s’ils séduisent et se maquillent c’est pour s’offrir le luxe d’une future routine. Et même, dans leur travail, dans la rue, quand ils marchent et se regardent dans les vitres, quand ils parlent ou s’achètent de quoi se nourrir, toujours et tout le temps, à chaque instant. Il semble que seul l’amour leur fait oublier leur terrible ennui.

S’ils aiment. Eux, tous. Légion dans les rues noires. S’ils aiment, alors elle, elle aussi, elle doit pouvoir. Kriss s’essaie à ce nouvel art tout à sa manière, et cet homme élégant qu’étranglent une écharpe de soie et une arrogance aristocratique, elle l’aimera. Il suffit d’attendre, il suffit d’être patient. De l’écouter, de le laisser la toucher, l’habiller, la posséder. Il lui suffit d’être patient, de jouer la comédie. Elle a tant et tant voler de souvenirs, elle doit savoir comment faire pour pouvoir donner le change.

Oh diable, encore, voilà qu’il dépose les cartes les unes après les autres. Oh Diable, encore, comme ce jeu l’ennui. Les cartes blanches n’ont ni la saveur de la mort, ni la légèreté d’une danse. Les cartes blanches sont lourdes dans ses mains, comme un poids dans son cœur, et cette sensation obsédante que le tranchant de leur fil est en train d’égorger les derniers émois de son âme. L’amour, définitivement, n’est pas sa tasse de thé. La créature endormie soudain se réveille et la vie se déploie dans ses membres colériques. D’un geste, la capricieuse jette des cartes de sa main au sol et renverse sa tasse de thé.  Elle se lève sans un mot et rejoint la ville, dehors. Qu’importe son cœur, a lui, à tant chasser une jeune femme morte, à tant traquer un passe défunt, voilà que la vérité lui saute au visage, toute griffe dehors. Rien ne fera revivre les émois d’enfance, rien ne lui permettra de se revêtir de la peau de l’adolescence. Ses amours sont condamnés à l’obsolescence. L’ombre d’une absente ne sera jamais que son pâle reflet.  Elle est vouée à se mourir d’ennui.

La porte claque, derrière elle. Kriss défait l’écharpe qui retient son souffle, la tient du bout de ses doigts fins. Le vent s’enroule dans le tissu fin et la fait voleter contre sa cuisse.  Une écharpe noir e et fine, légère, d’un tissu doux et tendre, comme le faux amour étouffant du collectionneur.

-Kriss revient.

Il la suit. Oh Diable, comme il est ennuyant.
Oh Diable, la faim, si bien tenue en cage, semble se ressaisir. Chaton capricieux, monstre hurlant dans son petit cœur si plein de vide. Oh Diable, comme Kriss a faim. Qu’il la laisse, elle le délaisse. Qu’il aille s’offrir une autre statue humaine.

Et les bagues, la chevalière, cogne les os fins de son poignet. Il la tient. Des doigts de pianiste, peut-être, qu’importe, il n’a de substance que la beauté fine d’un souvenir lointain. Kriss feule, se retourne. Il y a du monde, peut-être, pas loin, il l’emmène dans une rue déserte, juste au tournant, pour pouvoir la disputer comme une petite fille. Il a honte, peut-être, de sa poupée défaillante, de son aventure qui s’échappe, de sa crise de colère.

-Kriss, qu’est-ce qu’il y a ?
-Je m’ennuie.
-On peut arrêter de jouer si tu veux, qu’est-ce qui te ferait plaisir ?

Rien, rien de si facile à obtenir. La créature aime la traque, elle n’aime obtenir si vite et sans attendre. L’enfant capricieuse n’a de désir qui porte des mots. Mais ses lèvres, ses lèvres de femme se portent à ses lèvres d’homme. Elle le laisse la déposer contre le mur. Elle s’abandonne. Il est si délicat, elle se sent si femme, si futile entre ses bras. Et l’étole, ce présent si beau, si fin, si cher, il est si doux dans sa main. Ses mains remontent à son visage, elle le caresse, puis, dans un souffle, entoure le tissu autour de son cou. Comme si elle voulait tenir, comme si elle voulait le posséder. Comme si elle voulait l’aimer, encore, plus fort.

Mais c’est alors qu’elle sert et que se meurt cet amour vain. Ses mains touchent sa peau si fine, Kriss le dévore et l’étouffe dans une même humeur. Oh Diable, comme il l’empêchait de respirer, comme elle devait retenir son souffle, comme elle devait se tétaniser pour ressembler à ce portrait froid d’une immortelle demoiselle, frêle et fragile, au teint rose et aux lèvres souriantes. Oh Diable, comme même sa mort l’ennuie.

Mais lui, là-bas, ne l’ennuie pas.
Il y a quelqu’un, quelqu’un qui la regarde.

Kriss devrait avoir peur, elle devrait s’enfuir. Oh comme elle aimerait que l’inconnu la traque, oh comme elle aimerait se sentir chassée encore, et le souffle du Minotaure sur sa nuque. Mais son ombre est étrange, son ombre s’éloigne de sa proie qu’elle enlace dans ses derniers soubresauts alors que les derniers souvenirs affluent dans le réceptacle vide de son âme cruelle.

L’ombre de Kriss sur le mur est l’acrobate, le funambule, une artiste étrange et libre qui s’imagine sous ses yeux. Elle danse, l’ombre, comme seules dansent les toutes jeunes enfants en tournant et tournant, encore et encore. Les cheveux virevoltent sans se cogner au pic des briques, sans s’enliser dans la pierre ou sur le fer. Son ombre est si libre, pareille aux feuilles mortes qui chutent sans fin si loin et si loin de Kriss. L’empreinte noire laisse le souffle doux du vent la porter jusque l’étranger. Si légère, si fluide, fragment noir et mouvant de son âme légère, elle s’élance puis s’arrête dans une révérence devant l’inconnu.

Kriss a les yeux grands ouverts, ses yeux de Jade, si innocents. La curiosité embrase ses pupilles. Dans sa robe d’ocre clair, et sa chevelure si savamment rélevée, elle ressemble presque à ces jeunes dames, si étrangère à son ombre joueuse. Ses mains se desserrent, elle relâche le cadavre encore chaud de son rêve d’adolescente. L’homme glisse le long du mur et reste, comme assis, comme s’il n’était vraiment mort. Kriss enroule l’écharpe meurtrière autour de sa propre nuque, baisse un peu le chapeau de l’homme mort, pour cacher son visage, puis s’avance d’un pas – comme s’il était déjà passé oublié.  

-Il semble que mon ombre vous aime.

Ses lèvres s’ouvrent dans un sourire, Kriss semble presque paisible alors qu’elle est tout aussi prête à rester qu’à fuir le plus vite possible. L’homme l’a vu. Seule son ombre récalcitrante la retient encore près du corps qui refroidi. Mais pourquoi donc est-elle si proche de l’homme ? C’est la première fois que son ombre s’éloigne tant et tant de son corps à elle et sans elle, Kriss se sent encore plus seule.

-Son amour est parfois cruel. Vous feriez peut-être mieux de la fuir.

Et si l’homme avait peur de ses petites piques provocantes ? Et s’il s’effrayait de son ombre ? Oh, comme peut-être cela pourrait être amusant ! Encore plus amusant que d’être vu ! Peut-être même son ombre l’aiderait. Peut-être qu’elles le chasseraient comme une seule âme. Kriss aimerait que son ombre rugisse pour lui faire peur. Mais rien n’y fait, l’ombre semble toute douce, elle accueille l’étranger comme un ami et lui tends sa main, comme si elle attendait de lui un baiser.


L'As de Trèfle
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